+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La Papauté depuis les apôtres

Dossier sur la Papauté : ici

Nous réunissons dans le présent dossier toutes les preuves historiques de la Papauté que nous avons publié ou que nous publierons. Cet article qui sera régulièrement mis à jour contient toutes les preuves positives de l’existence de la Papauté depuis les apôtres jusqu’à l’époque où son existence n’est plus contesté. Nous proposons également les réfutations des attaques historiques contre la Papauté dans les trois dossiers suivants : dossier n°1 ; dossier n° 2 ; dossier n°3.

Saint Clément de Rome (Ier siècle)

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Ce disciple des saints apôtres Pierre, Paul et Jean fut le quatrième Evêque de Rome. Il nous fournit la première manifestation historique de l’autorité romaine sur l’Eglise universelle. Il le fit à l’occasion de sa Lettre aux Corinthiens qu’il écrivit à ces derniers qui l’avaient consulté pour régler un litige interne à leur Eglise. La pertinence de cet épisode pour prouver l’existence de la Papauté dès la première génération de chrétiens est bien entendue contestée par les anti-romains. Aussi vous trouverez dans notre article consacré à cet événement (cliquer ici), la présentation de saint Clément, les preuves que celui-ci est un témoin de l’existence de la Papauté ainsi que la réfutation en règle de toutes les objections. Nous rapportons tout de même ici une présentation rapide de la chose :

« C’est là un fait capital. Pourquoi ce cri de détresse jeté vers Rome par une Eglise qui ne trouve pas en elle-même de quoi remédier à ses désordres ? S’il était vrai qu’au premier siècle toutes les Eglises fussent sur un pied d’égalité, quel besoin y avait-il pour les Corinthiens de passer la mer pour implorer une intervention lointaine ? Pourquoi ne pas s’adresser de préférence aux chrétiens de la même race, à l’une des communautés si florissantes de Thessalonique, de Philippes et de Bérée ? Ou bien, s’il fallait chercher plus loin le secours d’une autorité qu’ils ne trouvaient pas chez eux, sur le sol de la Grèce, pourquoi ne pas recourir à cette Asie-Mineure, d’où la foi leur était venue et dont les rivages touchaient aux leurs, ces célèbres Eglises de Smyrne et d’Ephèse, leurs ainées dans la foi ? Il y avait une raison majeure qui aurait dû, ce semble, leur faire prendre ce dernier parti. Comme l’atteste toute l’antiquité chrétienne, saint Jean vivait encore sur cette terre qui avait été le théâtre principal de son activité. Le respect de toutes les Eglises environnait le dernier survivant des apôtres du Christ. Dès lors n’était-il pas naturel que les Corinthiens eussent recours à son autorité pour éteindre leurs divisions ? Eh bien : ce n’est ni à saint Jean ni aux Eglises de l’Asie-Mineure, si rapprochées d’eux, ni aux communautés voisines de la Grèce qu’ils feront appel, mais à une Eglise lointaine, où la persécution éclatait chaque instant, où les chrétiens étaient obligés de se cacher sous terre pour échapper à la mort, à l’Eglise romaine. Je le demande à tout homme de bonne foi : Quelle pourrait être la raison de ce fait, si ce n’est que saint Pierre avait établi à Rome le centre de l’unité chrétienne ? Dans ce cas, tout s’explique. Cet appel fait au Siège de l’unité et l’intervention de ce Siège, pour extirper le schisme, deviennent une conséquence naturelle de la suprématie de l’Eglise romaine. On s’adressait à elle, parce qu’en elle résidait l’autorité suprême. Rien de plus légitime que l’induction tirée de ce fait. » (Mgr Charles-Emile FREPPEL, Les Pères apostoliques et leur époque, Paris : Bray et Retaux, 1870, Sixième leçon, pp. 136-137)

Nous pourrions même ajouter qu’en plus de la proximité plus grande de l’apôtre saint Jean, les Corinthiens avaient aussi la proximité plus grande de saint Timothée qui avait eut une place plus privilégiée que n’importe qui dans leur évangélisation et qui aurait donc du être consulté en priorité par rapport à tout le monde après saint Jean. En effet, saint Paul rappelle que Timothée eut un rôle important dans l’œuvre d’évangélisation de Corinthe  : « le Fils de Dieu, Jésus-Christ, que nous avons prêché au milieu de vous, Silvain, Timothée et moi » (II Corinthiens I, 19) et que lorsque de graves malentendus s’élèvent dans la communauté chrétienne, c’est Timothée qu’il y envoya : « C’est pour cela que je vous ai envoyé Timothée, qui est mon enfant bien-aimé et fidèle dans le Seigneur ; il vous rappellera quelles sont mes voies en Jésus-Christ, de quelle manière j’enseigne partout, dans toutes les Eglises. » (I Corinthiens IV, 17). Voir aussi I Corinthiens XVI, 10-11. Il est donc rigoureusement inenvisageable que Clément, même s’il avait été à Corinthe avec saint Paul, ait « grillé la politesse » à un apôtre, ainsi qu’à un Disciple ayant connu le Christ et ayant été le principal collaborateur de saint Paul dans l’évangélisation et la fortification de l’Eglise de Corinthe, si il n’avait détenu une autorité supérieure.

Saint Ignace d’Antioche (vers 35 – vers 110)

ignace d'antioche

Disciple des saints Apôtres Pierre et Jean, troisième évêque d’Antioche. Né vers 35 en Syrie, mort en martyr à Rome sous Trajan entre 107 et 110. Il est également appelé « saint Ignace le Théophore ». Théophore signifiant « porteur de Dieu », on le surnommait déjà « Ignace le Théophore » de son vivant !  Il est aussi l’un des Pères apostoliques généralement reconnus par les protestants.

Saint Ignace est donc un homme du Ier siècle qui fut enseigné par au moins deux des Apôtres, et il désigne l’Eglise de Rome comme celle qui est choisie entre toutes par Dieu et qui préside à son alliance. Il tient à trois reprises dans sa Lettre aux Romains des propos qui ne peuvent qu’indiquer la primauté non seulement d’honneur mais encore de juridiction, ainsi que la mission d’enseignement de l’Eglise romaine.

Le premier et le plus connus de ces trois passages est l’incipit de la Lettre, c’est également souvent le seul passage utilisé -car le seul passage connu par eux – de la plupart des apologètes de la Papauté invoquant cette Lettre :

« Ignace, dit aussi Théophore, à l’Eglise [l’Eglise de Rome] qui a reçu miséricorde par la magnificence du Père très haut et de Jésus-Christ son Fils unique, l’Eglise bien-aimée et illuminée par la volonté de celui qui a voulu tout ce qui existe, selon la foi et l’amour pour Jésus-Christ notre Dieu ; l’Eglise qui préside dans la région des Romains, digne de Dieu, digne d’honneur, digne d’être appelée bienheureuse, digne de louange, digne de succès, digne de pureté, qui préside à l’universelle assemblée de la charité, qui porte la loi du Christ, qui est ornée du nom du Père ; je la salue au nom de Jésus-Christ, le Fils du Père ; aux frères qui, de chair et d’esprit, sont unis à tous ses commandements, remplis inébranlablement de la grâce de Dieu, purifiés de toute coloration étrangère, je leur souhaite en Jésus-Christ notre Dieu toute joie irréprochable. » (Lettre aux Romains, incipit).

Nous renvoyons nos lecteurs à notre dossier consacré à la doctrine de saint Ignace d’Antioche à la section « Papauté ». Ils y trouveront le commentaire de ce passage, bien que cela apparaisse bien superflus au regard de son caractère explicite. On y trouvera également les deux autres passages mentionnés plus haut ainsi que leurs commentaire.

Nous ajouterons seulement ici une remarque sur la crédibilité particulière de saint Ignace. En effet, il était en déportation vers Rome pour y être mis à mort dans l’arène. Et lorsqu’il apprend que les chrétiens de Rome veulent obtenir sa grâce, il les exhorte à n’en rien faire pour qu’il puise offrir son martyre à Dieu (Lettre aux Romains, IV-VI).

La visite de saint Polycarpe de Smyrne (vers 69-155) au Pape saint Anicet

Saint Polycarpe (vers 69-155) fut le premier évêque de Smyrne, en Asie mineure. Saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202) nous apprend qu’il fut le disciple direct de plusieurs apôtres, mais n’en nomme qu’un seul : saint Jean (Contre les hérésies, III, 34 ; Lettre à Florinus, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 20, 4-6 ; Lettre au pape Victor, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 24, 16). L’un de ces autres apôtres doit sûrement être « Philippe, l’un des douze qui s’est endormi à Hiérapolis » (Histoire ecclésiastique, V, 24).

Polycarpe était donc évêque dans la province d’Asie. Or, les chrétiens de cette province avaient une date de Pâques différente ce celle du reste de l’Eglise. En effet, les Asiates suivaient la coutume juive de célébrer la Pâques le 14 Nisan (un mois du calendrier juif), d’où leur nom de quartodécimans, tandis ce que le reste de l’Eglise calculait la date de Pâques selon la pratique de l’Eglise universelle actuelle : le dimanche suivant le 14 nisan. Aussi, cette divergence de pratique n’ayant aucune incidence sur la foi, elle pouvait quand même causer des difficultés pratiques. C’est pourquoi il se rendit à Rome pour tenter de régler cette question :

« A cette époque, Anicet gouvernait l’église des Romains. Polycarpe, qui vivait encore, fut à Rome pour s’entretenir avec lui d’une question concernant le jour de la Pâques. C’est Irénée qui rapporte ce fait. » (Histoire ecclésiastique, IV, 14, 1)

« Le bienheureux Polycarpe, lui aussi, lit un séjour à Rome sous Anicet ; ils avaient entre eux divers autres différends de minime importance, ils furent rapidement d’accord, et sur ce chapitre ils ne chicanèrent pas. Anicet ne pouvait pas persuader à Polycarpe de ne pas observer ce qu’avec Jean, le disciple de notre Seigneur, et avec les autres apôtres, dont il avait été le familier, il avait toujours observé. Polycarpe de son côté n’amena pas non plus à l’observance Anicet, qui lui dit qu’il fallait conserver la coutume des presbytres qui avaient précédé. Les choses étaient ainsi: ils restaient unis l’un à l’autre, et à l’église Anicet cédait l’eucharistie à Polycarpe, évidemment par déférence, et ils se quittèrent l’un l’autre en paix, et dans l’Église tous avaient la paix, qu’ils gardassent ou non l’observance. » (Saint Irénée, Lettre au pape Victor, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 24, 16-17).

Une question se pose alors : pourquoi Polycarpe alla-t-il traiter de « différends de minime importance » avec un évêque si lointain si celui-ci n’était pas son supérieur ? Et pourquoi traiter avec lui de la question de la Pâques plutôt qu’avec n’importe quel autre évêque non-quartodéciman infiniment plus proche de lui et avec qui la concorde aurait été bien plus importante qu’avec celui de Rome ? La seule réponse possible est qu’il savait qu’Anicet était son supérieur qui avait le pouvoir de lui donner des ordres et parallèlement et qu’il était le seul à avoir le pouvoir d’imposer une règle à toute l’Église ou, plus raisonnablement et vraisemblablement à pouvoir l’autoriser avec autorité vis-à-vis des autres à conserver sa pratique. Comme le fait remarquer Vincent ERMONI :

« cette visite a une signification toute spéciale; Polycarpe est un personnage apostolique; il a connu saint Jean dont il a recueilli les enseignements; il occupe le siège de Smyrne et est l’oracle de l’Asie ; si donc, dans une question de cette nature, il fait le voyage de Rome pour consulter Anicet, c’est qu’il est convaincu que l’évêque de Rome est le chef de toutes les Eglises. » (La primauté de l’évêque de Rome : dans les trois premiers siècles, 1903, chapitre IV, p. 46

D’ailleurs, saint Polycarpe était alors âgé de 85 ans, cela en ajoute au témoignage de la Papauté, car chez les premiers chrétiens, l’âge rehaussant encore l’autorité. Et pourtant saint Polycarpe en réfère quand même à l’Évêque de Rome.

Saint Denys de Corinthe (vers 170)

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Ruines de Corinthe

« On a encore de Denys une lettre aux Romains ; elle est adressée à Soter, alors leur évêque : rien n’empêche d’en citer le passage où l’auteur approuve l’usage conservé parmi les Romains jusqu’à la persécution de notre temps. Voici ce qu’il écrit :

« Depuis le commencement, vous avez en effet coutume de donner toutes sortes de secours à tous les frères ; vous envoyez aux nombreuses Églises, dans chaque ville, des provisions de bouche : ainsi vous soulagez le dénuement de ceux qui sont dans le besoin ; ainsi par les ressources que, dès le début, vous leur faites parvenir, vous soutenez les confesseurs qui sont aux mines. Romains, vous gardez les traditions que vous ont laissées vos pères les Romains. Non seulement Soter, votre bienheureux évêque, les maintient; mais il les développe, en fournissant généreusement tout ce qu’on expédie aux saints ; et, quand les chrétiens viennent à lui, il les accueille par des paroles aimables, comme un père bienveillant ferait ses enfants. »

Denys, dans cette même lettre, parle de l’épître de Clément aux Corinthiens ; il montre que, depuis longtemps, l’usage antique était d’en faire la lecture dans l’assemblée des fidèles. Il dit en effet :

« Aujourd’hui nous avons célébré le saint jour du dimanche, pendant lequel nous avons lu votre lettre ; nous continuerons à la lire toujours, comme un avertissement, ainsi que du reste la première que Clément nous a adressée. »

(Eusèbe, Histoire ecclésiastique, IV, 23, 9-11)

Saint Irénée de Lyon (vers 125 – vers 202)

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« Mais comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci, d’énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l’une d’entre elles, l’Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome ; en montrant que la Tradition qu’elle tient des apôtres et la foi qu’elle annonce aux hommes sont parvenues jusqu’à nous par des successions d’évêques, nous confondrons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ou par infatuation, ou par vaine gloire, ou par aveuglement et erreur doctrinale, constituent des groupements illégitimes : car avec cette Église, en raison de sa principauté supérieure [ou « de son origine plus excellente », selon certaines traductions], doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 2)

Ce passage est clair comme de l’eau de roche. Cependant les contestations se font entendre de partout chez les chrétiens non-catholiques, reconnaissant dans ces quelques mots une preuve implacable en faveur de l’Église catholique, si on les comprend dans leur signification la plus obvie. C’est pourquoi il n’est pas inutile de consulter une explication du texte, et de prendre connaissance des réponses aux objections. A cet effet, nous invitons notre lecteur à consulter notre article traitant du sujet en profondeur : cliquer ici.

Saint Victor Ier et la querelle des quartodécimans

Il est un événement de la fin du IIè siècle qui a fait coulé beaucoup d’encre au sujet de l’autorité papale. Il s’agit de la controverse de la Pâque, visant à déterminer si on devait la fêter le 14 nisan comme les juifs (les partisans de cette thèse se nommaient les quatrodécimans) ou le dimanche suivant. C’est un événement dans lequel aussi bien les défenseurs que les ennemis de la Papauté pensent trouver un argument en faveur de leurs positions. Nous nous proposons ici de mettre fin au débat en établissant une bonne fois pour toute que cette affaire témoigne de manière tonitruante en faveur de la souveraineté de la Chaire de saint Pierre ! L’abbé Charles-Emile FREPPEL, qui deviendra un célèbre évêque d’Angers, après avoir réfuté les objections contre l’interprétation en faveur de la primauté romaine dans le célèbre passage de saint Irénée Contre les hérésies, III, 3, 2, présente et réfute ainsi l’objection :

« Le dernier critique protestant qui se soit occupé du texte de saint Irénée n’a pas cru pouvoir nier que l’évêque de Lyon proclame la nécessité d’un accord dans la foi avec l’Eglise romaine; mais, pour échapper à la conséquence qui découle de là contre les communions dissidentes, il s’est appuyé sur un fait que Néander et Grabe avaient également allégué dans le même but [Die christliche Kirche an der Schwelle des lrenaeischen Zeilalters, von D. Graul; Leipzig, 1860, p. 138]. Ce qui prouve, dit-il, que saint Irénée n’attribue pas à l’évêque de Rome un pouvoir de juridiction sur l’Église universelle, c’est son altitude en face du pape saint Victor dans la question des quarto-décimans, dans la controverse entre le pontife romain et quelques évoques do l’Asie Mineure touchant le jour où l’on devait célébrer la Pâque. Il faut être doué d’une audace peu commune pour chercher une objection dans ce qui fournit au contraire une preuve irrécusable de la prérogative du Siège apostolique. Nous avons démontré, l’an dernier, en analysant les premières lettres des papes, que ce débat liturgique sur la célébration de la Pâque fait ressortir l’autorité souveraine qu’exerçaient les successeurs de saint Pierre, au IIè siècle, en Orient aussi bien qu’en Occident [Les Apologistes chrétiens au IIè siècle, Tatien, Hermias etc., leçon XIX, p. 397 et suiv.]. C’est pourquoi nous ne reviendrons là dessus que pour déterminer le rôle de saint Irénée dans cette mémorable discussion. Or, l’évêque de Lyon ne conteste nullement au souverain Pontife le droit d’excommunier les Orientaux ; de plus, il partage son sentiment sur le fond même de la question. Seulement, il estime que la gravité de celle sentence comminatoire n’est pas en rapport avec le peu d’importance du point en litige. A son avis, au lieu de déployer une si grande servilité dans une affaire de pure discipline, qui ne louche pas au dogme, il vaudrait mieux user de la tolérance qu’avaient montrée les prédécesseurs de Victor. Voilà toute la substance de sa lettre au pape, dont Eusèbe nous a conservé un fragment [Eusèbe, Hist. ecclés., V, 24].  C’est une remontrance respectueuse, telle que tout évêque catholique pourrait en adresser une, en pareil cas, au chef de l’Église; mais il faudrait vouloir s’aveugler soi-même pour y trouver la négation d’un droit quelconque. Cette tentative de conciliation fait honneur au caractère de saint Irénée dont elle prouve le zélé pour les intérêts de l’Église; il est même probable qu’elle eut un plein succès auprès du pape, en l’empêchant de donner suite à la menace d’excommunication qu’il avait lancée contre Polycrate d’Éphèse et ses partisans: c’est du moins le résultat qu’attribue à celle intervention pacifique saint Anatole d’Alexandrie, dans son Livre sur la Pâque composé vers la fin du IIIè siècle. En tout cas, cette démarche entreprise par l’évêque de Lyon dans un esprit de modération et de charité chrétienne ne contredit d’aucune façon le sentiment qu’il exprime ailleurs sur la suprématie de l’Église romaine.» (Saint Irénée et la primauté du pape. Leçon faite à la Sorbonne en 1860 par M. L’abbé FREPPEL, Doyen de Ste Geneviève, professeur à la Sorbonne, pp. 23-24. Extrait des oeuvres de Mgr Freppel Tome IV, Saint Irénée et l’éloquence chrétienne dans la Gaule pendant les deux premiers siècles)

Vous trouverez cet article le récit de l’événement suivit d’une réfutation précise des prétentions anti-romaines et des preuves de la Papauté que cette affaire recèle, puis une explication plus approfondie de l’enjeu et des dessous de la controverse, plaidant eux aussi dans le sens de la Papauté

l’Inscription d’Abercius (vers 190)

Abercius est un saint grec dont la tradition fait un évêque d’Hiérapolis (Phrygie) vers la fin du IIe siècle. Son nom est associé à une célèbre inscription aujourd’hui conservée au Musée du Latran. Sur la foi des synaxaires médiévaux, il y est honoré le 22 octobre (et peut-être localement le 22 novembre) comme premier évêque d’Hiérapolis. Il s’agit sans doute d’une confusion car le premier évêque d’Hiérapolis fut a priori plutôt Papias (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 36, 2). Thaumaturge et surtout grand évangélisateur, il reçoit le titre traditionnel d’ « Égal aux Apôtres ».

Il est connu pour l’épitaphe qu’il fit graver sur sa tombe avant sa mort qui intervint vers 190 et qu’il fit rédiger de son vivant. On a plusieurs fois désigné ce texte comme « la reine des inscriptions chrétiennes » tant son importance est évidente pour l’histoire du christianisme primitif. Son texte dut avoir un tel succès dès sa rédaction, qu’un certain Alexandre, fils d’Antonios. Elle est précisément datée de l’an 300 de l’ère phrygienne, soit l’an 216. On y reconnaît rapidement les vers de l’épitaphe d’Abercios. De plus, on remarque que la substitution du nom d’Alexandros à celui d’Aberkios rend l’hexamètre boiteux, ce qui indiquerait qu’on est en présence d’une réutilisation de la composition. Cette « Reine des inscriptions chrétiennes » nous dit donc ceci :

« Citoyen d’une ville distinguée, j’ai fait construire ce [tombeau] de mon vivant afin que mon corps y repose un jour. Mon nom est Abercius. Je suis le disciple d’un saint pasteur qui dirige la troupe de ses agneaux à travers monts et plaines et dont l’œil immense voit toutes choses [ndlr: on peut penser qu’il s’agit là de Dieu], car il m’a appris les lettres dignes de foi. C’est lui [Donc Dieu peut-être] qui m’a fait entreprendre le périple de Rome pour en contempler la majesté souveraine et y voir une reine au vêtement et aux sandales d’or; j’y vis aussi un peuple portant un sceau brillant. Et je vis le pays de Syrie et toutes ses villes; je vis Nisibe en allant au-delà de l’Euphrate. Partout j’ai fais la connaissance des frères. J’avais Paul [pour compagnon ?]… La foi me guidait et me procurait en tout lieu pour nourriture un poisson très grand et très pur, recueilli à la source par une Vierge sans tache, et c’est ce qu’elle sert constamment à la table des amis, elle a un vin excellent qu’elle verse [coupé d’eau ?] pour accompagner le pain. Ce sont les paroles véritables que j’ai dites, moi Abercius, afin qu’elles soient mises ici par écrit, alors que je suis dans la soixante-douzième année de mon âge. Que le frère qui entend et comprend ces choses comme moi prie pour Abercius. »

Cette « reine » de « souveraine majesté », « au vêtements et aux sandales d’or » que Dieu l’a envoyé voir à Rome, ce ne peut-être que l’Eglise ! En effet, d’une part cela ne peut pas être la Rome païenne, idolâtre et persécutrice, et d’autre part, nous savons que les premiers chrétiens désignaient parfois l’Eglise par l’allégorie d’une femme, nous en avons un exemple dans le Pasteur d’Hermas :

« Une révélation, frères, me fut faite quand je dormais, par un jeune homme très beau qui me dit:  » La femme âgée de qui tu obtins le petit livre, qui est-elle, à ton avis?  » Moi, je dis:  » La Sibylle. – Tu fais erreur, dit-il, ce n’est pas elle. – Qui donc est- ce? dis-je. – L’Église « , dit-il » (Vision 2, 4, 1)

Origène (vers 185-vers 254)

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« Adamantios [c’est le nom d’Origène], écrit qu’au moment où Zéphyrin gouvernait l’église de Rome [198-217], il se rendit dans cette ville, parce qu’il avait l’intention, comme il le dit ailleurs, de voir de près cette église, la plus ancienne de toutes. Après y avoir séjourné un peu de temps, il revint à Alexandrie. » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, Livre VI, chapitre 14 dans PG, 20/554.)

Dans ce passage, la primauté romaine ne saute pas aux yeux, mais pensons au motif qui fit faire le déplacement d’Origène à Rome : « parce qu’il avait l’intention, comme il le dit ailleurs, de voir de près cette église, la plus ancienne de toutes. » comme nous l’apprend Eusèbe. Aussi il le fit sans même en avoir de nécessité particulière, et ce alors même qu’il était lui-même originaire de l’Eglise apostolique d’Antioche, et que s’il voulait se rendre en d’autres Eglise apostoliques, il y en avait à foison bien plus proche de chez lui que Rome : Jérusalem, Antioche, les Eglises d’Asie mineure, celles de Grèce etc. 

De plus il faut réaliser la portée du terme « église, la plus ancienne de toutes », elle nous est expliquée par le Cardinal Louis BILLOT, SJ :

« Mais que doit-on entendre sous ces épithètes ? Quand on parle de « l’Église la plus importante », on ne pense pas tellement au nombre des fidèles, puisqu’il est hors de doute qu’à cette époque d’autres églises auraient pu revendiquer ce titre à l’égal de Rome ; on pense surtout à l’étendue de l’autorité. En disant que cette église est « connue de tous » [ndlr : ce sont des références à saint Irénée], on veut désigner l’église plus illustre et plus excellente que toutes les autres et que toutes les autres reconnaissaient et vénéraient comme leur tête et comme la première. En disant qu’elle est « la plus ancienne de toutes », on ne se place pas au point de vue chronologique, puisqu’il est avéré que l’église de Jérusalem a été fondée aussitôt après l’Ascension du Seigneur, que celle d’Antioche, où on a pour la première fois désigné du nom de chrétiens les disciples du Christ, a elle aussi précédé celle de Rome dans le temps. Saint Irénée et Origène disent que l’église de Rome est la plus ancienne de toutes en raison de sa dignité et de sa suprématie, exactement de la même manière que dans les Actes des apôtres et dans leurs épîtres on appelle anciens ou vieillards tous ceux qui ont l’autorité dans l’Église [ndlr : de même que saint Paul disant à saint Timothée : « Que personne ne te méprise à cause de ta jeunesse » (I Timothée IV, 11) ; cela signifie que les premiers siècles de l’Eglise qualifiait d’anciens les détenteurs de l’autorité et non les plus âgés]. C’est pourquoi, cette expression « la plus ancienne de toutes » équivaut à dire que l’église de Rome était l’église placée à la tête de toutes les autres et la première en dignité. » (L’Église, Courrier de Rome, 2010, n° 880, tome 2, pages 414 et 415)

Saint Cyprien de Carthage (vers 200-258)

Évêque, martyr et Père de l’Eglise. Né vers 200 en Afrique du Nord de parents païens très probablement berbères, et mort le 14 septembre 258 lors des persécutions de Valérien. Après saint Augustin, il est l’un des plus grands témoins de la doctrine de l’Église latine des premiers siècles.

Etudes de spécialistes sur saint Cyprien

Saint Cyprien est très souvent utilisé par les anti-romains comme témoin à charge contre la Papauté. Leur premier argument est que son exégèse du de « Tu est Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Matthieu XVI, 18) serait contraire à l’exégèse catholique. Leur deuxième argument est qu’il ne s’est pas soumis à l’Evêque de Rome lors de la querelle des rebaptisants. Nous allons ici répondre à l’un puis à l’autre.

L’exégèse de saint Cyprien sur « Tu est Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Matthieu XVI, 18)

Article « Saint Cyprien et la Papauté » par le Père Yves LEROY de La BRIERE, SJ, dans la revue Etudes, 5 novembre 1908, pp. 339 à 356 : cliquer ici

Trois articles en anglais : ici, ici et ici

Saint Cyprien et la Papauté dans la querelle des rebaptisants

Télécharger le livre La question baptismale au temps de saint Cyprien du Père Adhémar d’ALES (48 pages) : cliquer ici

Notons toutefois que lors de la querelle des rebaptisants, saint Cyprien convoqua un concile réunissant 71 Evêques d’Afrique Latine. A son issu le concile envoya la Lettre Synodale suivante au pape saint Etienne pour lui demander de confirmer leurs canons :

« Quelques dispositions qui réclamaient une délibération commune, frère bien-aimé, nous ont forcé de réunir et de célébrer un concile auquel nous avons appelé plusieurs évêques. Un grand nombre de questions y ont été proposées et résolues ; mais il en est une surtout au sujet de laquelle nous croyons devoir vous écrire pour en conférer avec votre sagesse et votre autorité, car elle intéresse à un haut degré le pouvoir sacerdotal, l’unité de l’Église catholique et l’honneur qui découle pour elle de sa divine organisation. » (Lettre 72 au pape Etienne)

Saint Cyprien ne se soumettra finalement que tardivement au refus du pape d’approuver ces canons. Mais cela ne découle pas d’une négation de l’autorité papale (tout ce qui vient d’être dit suffira à en convaincre quiconque) mais d’un empressement déréglé à défendre un ancien usage d’Afrique Latine. Aussi lui-même et saint Firmilien dont il sera question plus bas, déchaineront leurs passions dans un acharnement d’une rare violence contre les décisions du pape sans pour autant jamais remettre en cause le principe de son autorité. C’est une marque de l’enracinement indéfectible de la doctrine de la Papauté chez les saints de tous les siècles, malgré les oppositions injustifiées qu’ils ont eu avec les papes. On lira également avec profit un mise au point au sujet de la querelle sur le baptême des hérétiques entre saint Cyprien et le Pape saint Etienne Ier : cliquer ici. Notons déjà que plus tard Saint Vincent de Lérins (mort vers 450) donnera aux rebaptisants au motif de leur désobéissance à Rome :

« C’est un grand exemple que celui de ces bien- heureux, et tout à fait divin, digne aussi d’être repris par tous les vrais catholiques dans une infatigable méditation : en effet, rayonnant, comme le chandelier à sept branches, des sept lumières du Saint Esprit, ils ont en effet révélé à la postérité le principe très lumineux grâce auquel, plus tard, dans tous les vains propos des erreurs, l’audace d’une nouveauté profane serait laminée par l’autorité de la sainte antiquité. La méthode à coup sûr, n’est pas nouvelle, puisque ce fut dans l’Église une coutume toujours en vigueur que, plus chacun était religieux, plus rapidement il s’opposait aux inventions nouvelles. Tout est rempli de tels exemples. Pour faire court, nous n’en citerons qu’un seul, emprunté de préférence au siège apostolique, afin que tous voient, plus clairement que le jour, avec quelle vigueur, quelle ardeur, quels efforts, les bienheureux successeurs des bienheureux apôtres, ont défendu l’intégrité de la religion traditionnelle. Jadis Agrippinus, de vénérable mémoire, évêque de Carthage, fut le premier de tous les mortels qui pensa, contrairement au canon divin, contrairement à la règle de l’Église universelle, contrairement à l’opinion de tous ses confrères, contrairement aux usages et aux institutions des aïeux, que l’on devait rebaptiser [les hérétiques]. Cette théorie trompeuse apporta tant de mal qu’elle fournit non seulement une procédure sacrilège aux hérétiques, mais en outre à certains catholiques une occasion d’erreur. Comme, de toute part, tous protestaient contre la nouveauté de ce rite et que tous les évêques, en tous pays, résistaient chacun dans la mesure de sa vigueur, le pape Étienne, de bienheureuse mémoire, qui occupait le siège apostolique, y fit opposition, avec tous ses autres collègues il est vrai, mais plus qu’eux néanmoins, car il trouvait normal, je pense, de surpasser tous les autres par le dévouement de sa foi autant qu’il les dominait par l’autorité de sa charge. » (Commonitorium, VI)

Commentaire de l’abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI (1803-1859) :

« Tout l’ensemble de ce passage, où il n’est question ni du sénat ni de l’empereur, mais du siège spécialement nommé apostolique, tout ce passage montre que l’autorité du lieu, grâce à laquelle le pape surpassait les autres évêques, était l’autorité religieuse de Rome etnon son autorité politique. Le choix même du mot autorité le prouve; s’il s’agissait du relief donné à Etienne par la capitale du monde, on aurait parlé de la splendeur, de la célébrité, de la majesté de cette ville, expressions ne risquant pas de devenir amphibologiques comme celle dont a usé saint Vincent, qui, en rapprochant les idées de supériorité dans Etienne et d’autorité dans le lieu, nous porte nécessairement à croire que les deux choses corrélatives étaient de même nature et de l’ordre ecclésiastique. D’ailleurs, son second extrait expliquera le premier. » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome 1, page 118-119, note de bas de page)

A la fin du Commonitorium, saint Vincent de Lérins récapitule les preuves que lui ont fournies la Bible et l’usage constant des conciles, puis il ajoute :

« Tout cela suffit abondamment et surabondamment, sans doute, à l’extinction totale des profanes nouveautés ; cependant, afin qu’il ne parût rien manquer à la plénitude des preuves, quelque grande qu’elle soit déjà, nous avons rapporté, en ter-minant, deux autorités du siège apostolique, l’une du saint pape Sixte, qui fait aujourd’hui l’ornement de l’église romaine, et une autre de son prédécesseur, le pape Célestin, de bienheureuse mémoire, que nous avons jugé nécessaire de répéter encore ici. » (Commonitorium, XXIII)

NB : ce Commonitorium peut prêter à confusion, nous suggérons de lire cet article pour l’appréhender correctement.

« C’est ainsi que l’ouvrage du moine de Lérins commenceet se termine par deux passages élogieux en l’honneurde la papauté ; le premier nous apprend que l’évêque deRome surpasse tous les autres évêques par l’autorité quedonne à cette ville la présence du siège de saint Pierre ; le second montre saint Vincent qui, après avoir cité la Bible et les conciles, après avoir terrassé l’hérésie sous sescoups, appréhende, tout victorieux qu’il est, de paraîtren’avoir pas su employer toutes ses armes. Qu’a-t-il donc oublié, lui qui a invoqué les témoignages de l’Eglise uni-verselle et de l’Ecriture sainte ? Pour quelle autorité y a-t-il donc place entre ces deux oracles du christianisme ? Quelle est donc cette autre parole sacrée que les fidèles regretteraient de n’avoir pas entendue, même à la suite de tant de paroles infaillibles et divines ? C’est la décisionde la papauté. Saint Vincent la donne, et se réjouit en voyant que rien ne manque plus à sa triomphante démonstration.

Par conséquent, ce que saint Vincent dit des papes suppose en eux une prééminence, et ce que, d’accord avec tous les chrétiens et les papes eux-mêmes, il leur dénie, ne touche en rien aux privilèges dont on croit le Saint-Siège investi. » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome 1, page 119-120)

Citations de saint Cyprien lui-même

Saint Cyprien parle en ces termes de la manière dont Dieu a établit la distinction entre les vrais chrétiens et les hérétiques :

« Nous comprenons, frère très cher, et notre coeur voit dans le plein éclat d’une lumière intérieure, les conseils salutaires et saints de la divine Majesté; nous comprenons pourquoi soudain, chez vous, s’est élevée la persécution, pourquoi la puissance séculière s’est tout à coup déchaînée contre l’Église du Christ, contre l’évêque Corneille, bienheureux martyr, et contre vous tous. C’était afin que le Seigneur, pour confondre les hérétiques et les rabattre, fît voir quelle était son Église, quel était son évêque, unique et choisi par une Disposition divine, quels étaient les prêtres revêtus de la dignité sacerdotale, unis à l’évêque, quel était le vrai corps du peuple fidèle du Christ, uni par le lien de l’Amour divine, quels étaient ceux que l’ennemi tourmentait, et au contraire ceux qu’il épargnait comme lui appartenant. L’adversaire du Christ ne poursuit et n’attaque que le camp du Christ et ses soldats. Les hérétiques sont à terre et à lui : il passe et les dédaigne. Il cherche à faire tomber ceux qu’il voit debout. » (Lettre 61 à Lucius)

Mais quel est cet évêque sur qui toute l’Eglise repose ? Saint Cyprien nous donne également la réponse. Il témoigne que ses collègues dans l’épiscopat et lui ont envoyé à Rome les deux évêques Caldonius et Fortunat, pour vérifier la légitimité de l’élection du pape Corneille, alors que l’antipape Novatien semait la division dans l’église de Rome (Lettre 44 au pape Corneille). Il accusa à cette occasion les partisans de Novatien de se couper de la « racine » de l’Eglise, c’est-à-dire du vrai évêque de Rome, il dit :

« Il y a cependant des gens qui jettent quelquefois le trouble dans les esprits et dans les coeurs, en racontant les choses autrement qu’elles ne sont. Quant à nous, nous savons que, donnant des explications à chacun de ceux qui prenaient la mer, pour leur permettre d’aller à Rome sans rencontrer aucune pierre d’achoppement, nous les avons exhortés à y reconnaître la matrice et la racine de l’Église catholique, et à s’y attacher. » (Lettre 48 [45] au pape saint Corneille, chapitre 3)

Parlant de schismatiques revenus à la vraie Eglise :

« Il était naturel de communiquer toute l’affaire aux fidèles afin qu’ils vissent rentrés dans l’Église ceux-là même qu’ils avaient vus si longtemps avec douleur errer çà et là. Leurs dispositions connues, il se fit un grand concours de nos frères. Il n’y avait qu’une voix pour rendre grâce à Dieu; la joie qui remplissait les coeurs s’exprimait en larmes; on embrassait les convertis comme s’ils avaient été délivrés le jour même, du cachot. Mais, pour reproduire leurs propres expressions, « nous savons, disaient-ils, que Corneille a été élu évêque de la très sainte Église catholique par Dieu le Tout-Puissant et par le Christ notre Seigneur. Nous reconnaissons notre erreur. Nous avons été victimes d’une imposture. Nous nous sommes laissé circonvenir par des bavardages perfides et trompeurs. Nous paraissions être comme en communion avec un homme et schismatique et hérétique : mais notre coeur a toujours été dans l’Église. Nous n’ignorons pas en effet qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et qu’un seul Christ notre Seigneur que nous avons confessé, un seul saint Esprit, et qu’il ne doit y avoir qu’un évêque dans une Église catholique ». » (Lettre 46 alias 49 au pape Corneille)

Il dit encore :

« Le schisme et l’hérésie n’ont pas de source plus commune que le refus d’obéir à l’évêque institué de Dieu, et l’oubli trop fréquent de cette vérité qu’il n’y a dans l’Eglise qu’un pasteur, vicaire de Jésus-Christ, investi temporairement du sacerdoce et de la judicature. Si, docile aux enseignements divins, la grande famille chrétienne lui était soumise, dès lors plus de rébellion contre le collège épiscopal. Une fois que la sentence divine aurait été prononcée, que le peuple aurait donné son suffrage et les autres évêques leur assentiment, on ne verrait pas l’audace se constituer juge non plus seulement de l’évêque, mais de Dieu lui-même, l’unité de l’Eglise mise en lambeaux, et d’orgueilleux sectaires, pleins de complaisance dans leurs pensées, fonder hors de l’enceinte sacrée des hérésies nouvelles… L’ennemi du Christ ne s’acharne obstinément contre le pilote, que pour mieux consommer le naufrage de l’Eglise, quand la main qui dirige ne tiendra plus le gouvernail… L’hérésie consommé, ils lui donnent un prétendu chef ; puis les voilà qui traversent les mers, afin d’aller porter les lettres des schismatiques et des profanes au siège de Pierre, à l’Eglise principale, d’où émane l’unité sacerdotale, sans songer qu’ils s’adressent à ces mêmes Romains à la foi desquels l’apôtre a rendu un glorieux témoignage, et auprès de qui le parjure ne peut avoir d’accès. » (Lettre 55 alias 84 au pape Corneille)

Dans sa lettre à Antonin, saint Cyprien identifie le lien de communion vis-à-vis de l’évêque légitime de Rome et la communion catholique. En effet, Antonin venait de recevoir une lettre de l’antipape Novatien et commençait à pencher pour lui. Saint Cyprien l’encourage à ne pas changer d’avis et à rester dans la communion du pape Corneille. Il s’adresse à lui en ces termes :

« J’ai reçu votre première lettre […] dans laquelle vous m’indiquiez que, loin d’avoir embrassé le parti de Novatien, vous suiviez notre conseil en restant uni à Corneille, notre frère dans l’épiscopat. Vous m’avez même demandé par écrit de transmettre à Corneille un exemplaire de votre lettre, afin qu’il fût sans inquiétude et sût que vous étiez en communion avec lui, c’est-à-dire avec l’Église catholique. » (Lettre 55 [52] à Antonianus, chapitre 1 dans Saint Cyprien, Correspondance (texte établi et traduit par le chanoine Bayard), T. II, coll. des universités de France, Les Belles Lettres, 1961 (2e éd.), p. 131-132)

 Vient ensuite son témoignage le plus connu de la Papauté :

« Quand il y a de tels exemples, et beaucoup d’autres de même nature, par où Dieu daigne affirmer l’autorité et la puissance épiscopale, que pensez-vous que soient ceux qui, se faisant les ennemis des évêques, et se mettant en révolte contre l’Église catholique, ne se laissent toucher ni par les menaces de Dieu qui nous avertit, ni par les rigueurs vengeresses du jugement qui doit venir ? Jamais en effet les hérésies n’ont surgi d’ailleurs, jamais les schismes n’ont eu une autre source : c’est toujours qu’on n’obéit pas à l’évêque de Dieu, que l’on ne songe plus qu’il n’y a dans l’Église qu’un évêque, qu’un juge, tenant pour un temps la place du Christ. Si, conformément aux enseignements divines toute la communauté des frères lui obéissait, personne ne remuerait d’intrigues contre le sentiment du collège des évêques, personne n’oserait, après le jugement de Dieu, l’approbation du peuple, l’accord des évêques, s’établir juge non des évêques, mais de Dieu; personne ne déchirerait l’Église en rompant le lien de l’unité; personne n’aurait assez de suffisance et d’orgueil pour s’en aller au dehors fonder une nouvelle secte séparée;  […] De même vous deviez connaître Felicissimus, le porte-drapeau de la révolte, dont le nom aussi se trouve dans les lettres que nous envoyèrent jadis nos collègues. Il n’a pas été seulement excommunié ici par ces évêques, mais encore il a été récemment chassé par vous de l’Église, à Rome. […] Quand leur mensonge eut été mis à nu et confondu par la présence à leur réunion de seulement cinq naufragés excommuniés par nous, ils ont navigué vers Rome avec leur cargaison de mensonges, comme si la vérité ne pouvait pas naviguer derrière eux, et en établissant les faits, confondre leurs langues menteuses. […] Après cela, ayant même obtenu des hérétiques un soi-disant évêque, ils ont l’audace de franchir les mers et de venir auprès de la chaire de saint Pierre, de l’église où réside l’autorité suprême, qui est la source dont procède l’unité du corps sacerdotal […] sans songer qu’ils ont là affaire aux évêques de Rome, sur lesquels les ennemis de la foi ne sauraient avoir aucune prise [cela signifie que pour lui, l’Église romaine est infaillible]. » (Lettre 59 [55] au pape Corneille)

Il est donc acquis que saint Cyprien croyait en la papauté. Et cela allait très loin chez lui car, après avoir identifié l’Eglise du Christ au pouvoir de l’évêque de Rome, il dit :

« « Chassez loin du corps la lumière du soleil, la lumière garde son unité sans se diviser ; sciez la branche d’un arbre, les bourgeons n’apparaîtront pas sur la branche retranchée de l’arbre ; détournez le ruisseau de sa source, il va se tarir. L’Église du Seigneur est inondée de lumière et elle rayonne dans le monde entier. C’est pourtant toujours la même lumière qui se répand partout, et elle ne se sépare pas de l’unité du corps. Cet arbre dont la fécondité est si grande étend ses branches par toute la terre, cette source répand largement ses flots abondants tout au loin. Et pourtant, tout procède d’un seul chef, d’une seule et même origine, et c’est une même mère qui s’enrichit des fruits de sa fécondité. » (De l’unité de l’Église catholique, n° 5 dans PL, 4/501. )

Les écrits de saint Cyprien témoignent de la primauté de l’évêque de Rome. Cyprien croyait que l’unité de l’épiscopat et de l’Eglise étaient symbolisée en la personne de Pierre, à qui la primauté avait été donnée, et en son siège et que tous les évêques détenaient cette charge en commun (« in solidum » ; De unit. ecc., 4-5).

Comme nous le disions plus haut : lors de la querelle des rebaptisants, saint Cyprien convoqua un concile réunissant 71 Evêques d’Afrique Latine. A son issu le concile envoya la Lettre Synodale suivante au pape saint Etienne pour lui demander de confirmer leurs canons :

« Quelques dispositions qui réclamaient une délibération commune, frère bien-aimé, nous ont forcé de réunir et de célébrer un concile auquel nous avons appelé plusieurs évêques. Un grand nombre de questions y ont été proposées et résolues ; mais il en est une surtout au sujet de laquelle nous croyons devoir vous écrire pour en conférer avec votre sagesse et votre autorité, car elle intéresse à un haut degré le pouvoir sacerdotal, l’unité de l’Église catholique et l’honneur qui découle pour elle de sa divine organisation. » (Lettre 72 au pape Etienne)

Le cas de l’évêque schismatique Marcianus d’Arles (vers 254)

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Ville d’Arles

Cet évêque d’Arles adhéra au schisme de Novatien suivit la rigueur de ce dernier et se conduit envers ceux qui avaient été faibles dans la persécution avec une véritable cruauté. Les choses allèrent si loin que Faustin, évêque de Lyon, de concert avec les autres évêques des Gaules, le dénonce au pape Etienne. N’ayant pas reçu de réponse, on ne sait pour quelle raison, Faustinus s’adresse à Cyprien, évêque de Carthage. Cet évêque qui jouit dans l’Église d’une grande influence, adressa au pape, une lettre concernant l’évêque arlésien. Il s’agit d’une lettre pour la défense des chrétiens repentants de la ville d’Arles après les persécutions de Dèce (250) et mentionnant donc le premier évêque historiquement connu, Marcianus appelé également Marcien, dont Cyprien demande au pape Étienne Ier, sur le rapport de saint Faustin, évêque de Lyon, la déposition pour son adhésion au schisme de Novatien. Dans cette Lettre il demande au pape de pourvoir à la déposition et au remplacement de Marcianus. Tout cela est une preuve que les Evêques des Gaules ainsi que saint Cyprien en Afrique du Nord reconnaissaient la supériorité de l’Evêque de Rome ainsi que son pouvoir juridictionnel. Cette lettre est datée de 254, en voici des extraits :

« Faustinus, notre collègue de Lyon, m’a écrit à plusieurs reprises, frère très cher, pour me faire connaître (et je sais que la nouvelle vous a été aussi annoncée par mes autres collègues dans l’épiscopat de la même province) que Marcianus d’Arles * s’est joint à Novatien, et éloigné de la vérité de l’Église catholique et de l’unanimité de notre corps épiscopal, il a adopté les dures maximes d’une hérésie présomptueuse, qui fermant la porte de l’Église à des serviteurs de Dieu qui regrettent et pleurent leur faute, et y viennent frapper avec des gémissements et des larmes, leur refuse les consolations et les secours de la Bonté de Dieu et de sa paternelle Miséricorde, sans se soucier d’admettre des blessés à soigner leurs blessures, préférant les abandonner à la rapacité des loups et à la rage du diable. […] C’est pourquoi vous devez écrire très explicitement à vos collègues dans l’épiscopat qui sont en Gaule, afin qu’ils ne permettent pas plus longtemps à Marcianus, qui est opiniâtre et orgueilleux, ennemi de la piété et du salut de nos frères, d’insulter à notre collège. […] Envoyez aussi en Provence, aux fidèles d’Arles, une lettre en vertu de laquelle, Marcianus étant excommunié, un autre soit mis à sa place, afin que le troupeau du Christ qu’il a dispersé, et qui reste blessé et diminué, puisse se rassembler. […] Faites-nous connaître qui aura été mis à Arles à la place de Marcianus, afin que nous sachions à qui nous devons adresser nos frères et écrire nous-même. » (Lettre 68 à Etienne)

* Le nom de Marcianus ne figure pas dans les diptyques de l’église d’Arles. C’est la conséquence de son excommunication. Cf. MABILLON, Annales, t. III, P. 432.

Saint Firmilien de Césarée (mort en 256)

Césarée de Cappadoce

« Et ici une juste indignation s’empare de moi devant l’évidente et manifeste folie d’Étienne. Ne le voit-on pas, lui, si fier du rang de son siège épiscopal, lui qui revendique l’honneur d’être le successeur de Pierre, sur qui ont été établis les fondements de l’Église, introduire beaucoup d’autres pierres, et beaucoup de nouvelles Églises, en prêtant au baptême qui se donne chez les hérétiques l’appui de son autorité ? Ce sont les baptisés, incontestablement qui remplissent les cadres de l’Église. Celui donc qui approuve leur baptême, admet aussi qu’il y a la une Église composée de ces baptisés. Et il ne s’aperçoit pas qu’on obscurcit, qu’on anéantit en quelque sorte la vérité de la pierre chrétienne, en trahissant ainsi et en abandonnant l’unité. Les Juifs, bien qu’aveuglés, et charges du plus grand des forfaits, ont cependant, au témoignage de l’apôtre, le zèle de la gloire de Dieu. Étienne, qui se vante de succéder à Pierre et d’occuper sa chaire, n’est animé d’aucun zèle contre les hérétiques, puisqu’il leur accorde au point de vue de la grâce, non un petit, mais un grand pouvoir. Il dit en effet, il soutient que, par le sacrement de baptême, ils effacent les souillures du vieil homme, relèvent des anciens péchés et de la mort, donnent par une nouvelle et divine régénération des enfants à Dieu, et par la sanctification du bain céleste rendent apte à la vie éternelle. » (Lettre à Cyprien, conservée par saint Cyprien : Lettre 75 (74), 16).

Ce document est intéressant car il prouve que saint Firmilien croit  non seulement que l’Église est fondée sur Pierre et que l’évêque de Rome est son successeur, mais encore que cette succession implique un privilège particulier pour ce qui est de la foi. En effet, il parle de la « manifeste folie d’Étienne […] lui, si fier du rang de son siège épiscopal, lui qui revendique l’honneur d’être le successeur de Pierre, sur qui ont été établis les fondements de l’Église, introduire beaucoup d’autres pierres, et beaucoup de nouvelles Églises, en prêtant au baptême qui se donne chez les hérétiques l’appui de son autorité ? […] Étienne, qui se vante de succéder à Pierre et d’occuper sa chaire, n’est animé d’aucun zèle contre les hérétiques, puisqu’il leur accorde au point de vue de la grâce, non un petit, mais un grand pouvoir ». Si l’évêque de Rome occupe la « chaire de Pierre », il ne s’agit pas sa chaire physique, mais de sa fonction. Aussi, Firmilien témoigne qu’Etienne occupe la chaire de Pierre  « sur qui ont été établis les fondements de l’Église » et que, selon lui à tort, il « appui de son autorité » les baptêmes des hérétiques et ainsi d’accorder à ceux-ci un « au point de vue de la grâce, non un petit, mais un grand pouvoir ». Qu’est-ce que tout cela pourrait-il bien faire si l’évêque de Rome n’avait pas de prérogative sur l’Eglise universelle en matière de foi ? De quelle autorité pourrait-il bien couvrir quoi que ce soit ? Et quelle motif pousserait à mentionner qu’il succède à saint Pierre ? Il est d’ailleurs stupéfiant de constater que malgré son grave désaccord avec le pape, il ne remet pas la Papauté en cause, indice que cette dernière était un article de foi indiscutable.

« Il fallait qu’il fût bien impossible de nier le double fait du séjour de saint Pierre à Rome et de la transmission de son autorité aux êvêques de cette ville, pour que Firmilien, si irrité, ne le niât pas, et qu’il raillât seulement Etienne de ses soins à faire valoir un titre qu’il ne soutenait guère, disait-il, par son enseignement. L’Eglise a justifié Etienne de sa folie et pardonné à Firmilien les emportements de son zèle en les rangeant tous deux au nombre des saints. La papauté n’a pas été rancunière » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome 4, page 160-161)

Cette lettre prend place dans le contexte de la querelle des rebaptisants qui vu s’affronter les saints. Il s’agissait de savoir si les baptêmes administrés par des hérétiques pouvaient être valides. La réponse est oui. Mais ce fut alors un conflit atroce qui vit entre autres le Pape saint Étienne soutenir la validité de ces baptêmes et saint Cyprien ainsi que saint Firmilien la nier.

« Saint Denys d’Alexandrie, dans une lettre au pape Étienne. ibid. [Eusèbe, Histoire ecclésiatique]., VII, nomme Firmilien au premier rang des évêques d’Asie Mineure qui réprouvaient le novatianisme. Mais la part active que Firmilien a prise à querelle baptismale du siècle forme le côté le plus saillant et le plus important de son épiscopat. Entre 230 et 235, on voit l’évêque de Césarée siéger dans les conciles d’Iconium et de Synuada, tenus l’un et l’autre en Phrygie, qui rejettent tout baptême administré hors de l’Église, établissant ainsi dans l’Asie Mineure la même règle que le concile de Carthage, vers 220, avait formulée en Afrique. De là, vers la fin de 253, la mésintelligence du pape Étienne et de Firmilien, soutenu par tes évêques de Cappadoce, de Cilicie et des provinces voisines. Peu s’en fallut que le pape, Eusèbe, H. E., VII, 5, P. G., t. XX, col. 645, ne fulminât l’excommunication contre tous ces évêques, qui persistaient à renouveler, contrairement à l’usage de Rome, le baptême conféré par hérétiques. Seule l’intervention de saint Denys d’Alexandrie, ibid., VII, 3, P. XX, col. 641, détourna le coup de leur tête. Mais le conflit s’envenima, lorsque le pape Étienne, dans le courant 256, enjoignit aux évêques d’Afrique comme à ceux d’Orient de se conformer sur la question du baptême, à l’usage de Rome et les menaça de rompre au besoin rapport avec eux. Un peu avant ou aussitôt après le concile de Carthage du 1er septembre, saint Cyprien envoya la diacre Rogatien à l’évêque de Césarée, pour nouer des relations avec lui et s’encourager à la résistance par son exemple. La lettre de saint Cyprien est perdue ; mais nous avons encore la longue lettre dans laquelle Firmilien approuve sans réserve les principes et l’attitude de son collègue, et qui, traduite du grec en latin par saint Cyprien lui-même, selon toute apparence, forme le n. 75 du recueil des lettres de ce dernier, P. L., t. III, col. 1101 Sq. Lettre virulente et irrévérencieuse envers le pape Étienne, à ce point que l’authenticité en a été autrefois contestée. Molkenbuhr, Binae dissertationes de S. Firmiliano, Münster, 1790, P.L., t. III, col. 1357-1418. Elle ne l’est plus aujourd’hui : locutions et manuscrits, tout attesté la main de l’évêque de Césarée. Acta sanctorum, Bruxelles, 1867, t. XII, octobris, p. 480-493. » (P. GODET, Dictionnaire de théologie catholique, article « FIRMILIEN »)

Saint Denys de Rome (mort en 268)

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Né à une date inconnue en Grèce, évêque de Rome à partir du 22 juillet 259, mort le 26 décembre 268. Il fut le premier pape non-martyr.

Son règne en tant qu’évêque de Rome est une série d’exemples de ce en quoi l’évêque de Rome était déjà à l’époque l’autorité doctrinale et disciplinaire suprême. Il y a d’abord le cas de Sabellius qui prêchait une fausse doctrine : l’erreur de ce Sabellius fut condamnée par un concile tenu à Rome en 261 sous la présidence de Denys.   Ce dernier envoya une lettre doctrinale à Denys d’Alexandrie (évêque) qu’il soupçonnait (à tort) d’hérésie sur la Trinité et lui demanda de prouver son : c’était une obligation qu’il avait de se justifier devant son supérieur. Saint Denys mettra également un terme, lui, en tant qu’évêque de Rome à une dissension interne à l’Église d’Alexandrie, entre l’évêque Denys et son clergé. Il s’efforça également de réorganiser l’Église, localement très éprouvée, et renforce le rôle des prêtres au détriment de celui des diacres : qu’il ait pu faire tout cela est une preuve de sa juridiction universelle.

L’affaire Paul de Samosate (272)

Ville d’Antioche

Cette prééminence des évêques de Rome été remarquée même par les païens. Paul de Samosate, déposé et excommunié, n’en était pas moins resté à Antioche dont il venait de cesser d’être l’évêque, refusant d’obéir et occupant toujours les bâtiments de l’évêché. Les catholiques eurent recours à la justice impériale et donc à l’empereur Aurélien qui eut à juger l’affaire en 272. Il ordonna de livrer la maison à ceux à qui les évêques d’Italie et de Rome adressaient leurs lettres ; sa sentence manifeste une reconnaissance de l’ordre établit chez les chrétiens :

« l’empereur Aurélien, auquel on recourut, rendit une décision très heureuse sur ce qui devait être fait ; il ordonna que la maison fût attribuée à ceux à qui les évêques d’Italie et de la ville de Rome l’auraient adjugée. Ce fut donc ainsi que l’homme susdit fut chassé de l’église avec la dernière honte par le pouvoir séculier. » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique VII, 27)

Que signifie cette formulation sinon que même les païens savaient que le critère essentiel et formel de l’appartenance à la véritable Eglise était la soumission à l’Evêque de Rome ? En effet, dans le cas contraire, pourquoi ne pas avoir attribué le bâtiment à ceux qui étaient en communion avec les Evêques immédiatement voisin, au motif que ces derniers gardaient le vrai christianisme (puisque Paul de Samosate était seul dans son hérésie avec quelques partisans) ? Ou à ceux qui croient en la divinité de Jésus-Christ (puisque la négation de cette dernière était l’objet de l’hérésie de Paul de Samosate) ? Ou à ceux qui acceptaient les deux conciles locaux le concernant dont le deuxième l’avaient excommuniés (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 29, 30, 1-18) ? Ou à ceux qui partageaient la même foi que tous les autres chrétiens répandus dans l’empire ?

Il n’y a aucune échappatoire : la Papauté était un fait tellement notoire en 272 que même l’évidence éclatait même aux yeux des païens que le vrai christianisme se définissait par la soumission à l’Evêque de Rome !

On doit souligner que les païens ont toujours su distinguer les vrais chrétiens des hérétiques. Saint Justin Martyr (vers 100-165) écrivait :

« Mais nous le savons bien, vous n’avez ni persécuté ni fait mourir à cause de leurs opinions les disciples de Simon le magicien et de Marcion. » (Première apologie pour les chrétiens, adressés à l’empereur Antonin, n°26, dans PG, 6/370)

Et Origène (vers 185-vers 254) :

« Celse a revendiqué pour ces hérétiques, qui pourtant n’ont rien subi de pareil, ce que nous autres catholiques accomplissons, lorsque, poussées, pour ainsi dire, par une piété débordante, nous allons au-devant de toute espèce de mort et affrontons le supplice de la croix. » (Contre Celse, VII, 40, PG, 11/1478-1479)

Et lorsque le l’empereur Constance II commença à persécuter l’Eglsie, à partir du moment où il prit parti pour les ariens, Ammien Marcellin, qui était pourtant païen, ne put s’empêcher de remarquer que l’empereur s’était écarté du droit chemin, puisqu’il avait abandonné la pure et simple expression de la religion chrétienne (Histoire de Rome, XXI, 16).

Aurélien nous apprend donc que la marque à laquelle les païens différenciaient les vrais des faux chrétiens étaient la soumission de ces premiers à l’Evêque de Rome.

Concile d’Arles  (314)

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Villes d’Arles

Ce concile organisé dans à Arles dans le Sud de la France le 1er août 314, est une preuve que l’évêque de Rome était la tête de l’Église. En effet, les pères du concile, venus de Gaule, d’Italie, de Sicile, et d’Afrique, tout en exprimant leur regret de Sylvestre, l’évêque de Rome (qui n’a donc pas prit part au débat), ils estiment devoir lui transmettre les canons du concile pour que ce dernier les approuve :

« Vous n’avez pu vous éloigner de ces lieux où les apôtres siègent aussi chaque jour, et où leur sang rend continuellement témoignage à la gloire de Dieu. » (Sirmond, Conc. ant. Gall., t. I, ad ann. 314)

Concile de Nicée (325)

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Les ennemis de l’Eglise affirment que le concile de Nicée (325) se tint sans le concours de l’autorité du Pape. Ils infèrent que ce n’est pas saint Sylvestre, l’évêque de Rome de l’époque qui le convoqua, que ce n’est pas lui qui le présida, que ce n’est pas par son autorité que ses décrets furent pris, et même qu’un de ses canons contredit la Papauté. La réalité est diamétralement inverse. Elle est que le concile de Nicée est une preuve de plus de l’Autorité Romaine dans l’Eglise ancienne. Tout cela est prouvé par notre étude sur ce concile.

Concile de Sardique (343)

Ruines de Sardique

« L’évêque Ossius dit : cela aussi (..doit être ajouté..) : qu’aucun évêque ne voyage d’une province à une autre province dans laquelle se trouvent des évêques, à moins qu’il n’y soit invité par ses frères, de manière que nous n’ayons pas l’air d’avoir fermé la porte de la charité. À cela aussi il faut pourvoir : si dans une province un évêque devait avoir un litige avec un autre évêque, son frère, qu’aucun des deux n’appelle à l’aide des évêques d’une autre province. Mais si un évêque a été condamné dans une cause et s’il pense que sa cause est bonne pour être jugée à nouveau, honorons s’il vous plaît la mémoire du très saint apôtre Pierre : que ceux qui ont examiné la cause, ou bien les évêques qui résident dans la province voisine, écrivent à l’évêque de Rome ; et si celui-ci juge qu’il faut réviser le procès, qu’il soit révisé et qu’il : donne des juges. Si par contre il estime la cause telle qu’on ne doive pas reprendre ce qui a été fait, ce qu’il aura décidé sera confirmé. Cela plaît-il à tous ? Le synode répondit : oui. » (Canon 3)

« L’évêque Gaudentius dit : s’il vous en convient il faut ajouter à cette décision que vous avez prise et qui est pleine de sainteté : si un évêque a été déposé par le jugement des évêques qui résident dans le voisinage et qu’il a déclaré qu’il devait traiter l’affaire qui dans la ville de Rome, alors après l’appel de celui qui a été considéré comme déposé, un autre évêque ne doit absolument pas être ordonné à sa place dans la même cathèdre tant que la cause n’aura pas été arrêtée par un jugement de l’évêque de Rome. » (Canon 4)

« L’évêque Ossius dit : or il a plu que, si un évêque a été accusé et si les évêques de la région assemblés l’ont jugé et déchu de son rang, et s’il apparaît qu’il a fait appel et s’est réfugié auprès du bienheureux évêque de l’Eglise romaine, et si ce dernier a voulu qu’il soit entendu et qu’il a pensé qu’il était juste de renouveler l’examen, qu’il daigne écrire à ces évêques qui sont dans la province voisine de sa frontière pour qu’ils examinent tout soigneusement et qu’ils décident selon ce qui leur semblera véridique, à leur foi. Mais si quelqu’un demande que la cause soi entendue à nouveau et décide par sa supplique l’évêque de Rome à envoyer un presbytre a latere, il sera dans le pouvoir de l’évêque de décider ce qu’il veut ou ce qu’il estime nécessaire : s’il décide qu’il fallait envoyer des presbytres qui jugeraient en même temps que les évêques avec l’autorité de celui qui les aura envoyés, ce sera laissé à sa convenance. Mais s’il croit que les évêques suffisaient pour mettre un terme à et l’affaire, il fera selon ce qu’il aura jugé en son très sage conseil. » (Canon 5)

Ce concile, tirant les conséquences de ses principes, adressa le rapport de ses décisions à son chef, l’évêque de Rome  :

« Ce qui apparaîtra le meilleur et comme convenant le mieux, c’est ceci : que de toutes les diverses provinces les prêtres du Seigneur fassent rapport à la tête, c’est-à-dire au Siège de l’apôtre Pierre. » (Lettre Quod semper, adressée par les Pères du Concile au pape saint Jules Ier)

Saint Athanase d’Alexandrie (vers 295-373) assista au concile de Sardique et approuva ses délibérations. Il s’y réfère comme au :

« grand Concile » (Défense contre es Ariens, I)

Et au :

« Saint Synode » (Lettre au peuple d’Antioche, V)

Saint Athanase d’Alexandrie (vers 296-373)

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Lire en anglais : St. Athanasius, Arianism, and the Holy See par Dom John CHAPMAN

Saint Athanase assista au concile de Sardique précédemment cité et sanctionna ses délibérations. Il s’y réfère comme au :

« grand Concile » (Défense contre es Ariens, I)

Et au :

« Saint Synode » (Lettre au peuple d’Antioche, V)

 Il dit ailleurs :

« En effet, les ariens n’épargnèrent pas même l’évêque de Rome Libère, dès le début de son pontificat. Ils étendirent leur rage jusqu’aux citoyens de cette ville, et l’idée qu’il y avait là le trône apostolique ne les arrêta nullement. […] Car ces impies, voyant que Libère avait le culte de la vraie foi, […] crurent que, s’ils pouvaient le séduire, ils s’empareraient de tous les esprits. » (Lettre aux moines sur l’histoire de l’arianisme, n° 35 dans PG, 25/734.)

Commentaire du cardinal Louis BILLOT :

« Cette expression est si souvent utilisée, elle est d’usage si courant chez les Pères et les conciles que le titre de « Siège apostolique » a fini par devenir le nom propre et distinctif du siège de Rome. Mais remarquons bien que ce siège est appelé apostolique en ce sens absolument unique, non seulement à cause de son origine ou de sa fondation, au sens où, dans l’antiquité, bien des sièges épiscopaux étaient eux aussi apostoliques, mais surtout à cause de son pouvoir, dans la mesure où le pouvoir apostolique de gouvernement s’y trouvait non pas comme un pouvoir participé et dérivé, ce qui était le cas de tous les autres sièges épiscopaux, mais de manière excellente et en plénitude, comme dans sa source, dans sa matrice, dans sa racine. » (L’Eglise, Courrier de Rome, 2010, n° 882, tome 2, page 416)

De plus, si les ariens crûrent que si ils pouvaient séduire l’évêque de Rome « ils s’empareraient de tous les esprits », cela témoigne de la croyance tant de saint Athanase que des ariens du pouvoir d’enseignement doctrinal universel et infaillible de ce dernier.

L’hérésie arienne était en train de ravager tout l’Orient et les ariens, sous la conduite d’Eusèbe de Nicomédie, s’acharnaient de toutes leurs forces contre saint Athanase, récemment élevé au rang de patriarche d’Alexandrie, afin de le chasser de son siège. Or, en cette affaire, on ne fit pas appel au siège d’Antioche, ni à celui de Jérusalem, ni à aucun autre siège d’Orient. Sans aucun conteste, les deux parties soumirent leur litige à l’évêque de Rome, Jules Ier, s’adressant à lui comme au juge suprême de toute l’Église. Et pour sa part, saint Athanase se rendit lui-même à Rome, de son propre chef. Les partisans d’Eusèbe ne refusèrent le jugement du pape qu’à partir du moment où ils comprirent qu’ils n’obtiendraient rien sans se faire appuyer par le pouvoir de l’empereur.

« C’est pourquoi », dit saint Athanase, « ayant vu que leur hérésie perdait du terrain, les partisans d’Eusèbe envoyèrent à Rome un courrier pour dénigrer saint Athanase. […] L’évêque de Rome, Jules Ier, nous fit savoir par une lettre qu’il fallait réunir un concile où nous voudrions. […] Dès qu’il eut appris cette nou- velle, saint Athanase s’embarqua pour Rome. Il s’était parfaitement rendu compte de la rage dont étaient animés les hérétiques, et il voulait que le concile fût rassemblé comme on l’avait décidé à Rome. Le pape Jules Ier dépêcha les prêtres Elpide et Philoxène, munis d’une lettre, afin de fixer aux partisans d’Eusèbe un délai, pour qu’ils se rendissent à Rome, faute de quoi ils devraient savoir qu’on les tiendrait pour suspects en tout. Mais les ariens, dès qu’ils apprirent que le jugement de l’Église aurait lieu en l’absence de leur allié, sans que des forces armées se tiennent à l’extérieur du concile, pour que celui-ci promulgue ses actes sous la crainte de l’empereur, […] furent saisis de crainte, au point de se dérober, en inventant une excuse dénuée de fondement : “Nous ne pouvons venir à Rome”, dirent-ils, “à cause de la guerre que nous livrent les Perses”. »

Par ailleurs, saint Athanase se servit d’une lettre d’un pape pour lutter contre les hérétiques ariens. Le pape Saint Denys avait écrit, vers l’an 260, une lettre doctrinale à Denis, l’évêque d’Alexandrie, où il condamna l’hérésie des sabelliens, qui devait être reprise plus tard par les ariens. C’est pourquoi saint Athanase reprocha aux ariens d’avoir déjà été condamnés depuis longtemps par un jugement définitif, ce qui prouve qu’il croyait en l’infaillibilité pontificale (De sententia Dionysii).

La vie de saint Athanase produit d’autres témoignages en faveur de la Papauté, sans qu’il en fut lui-même l’auteur :

Saint Basile le Grand (vers 329-379) :

Il informa son ami saint Athanase qu’il avait l’intention de demander au souverain pontife d’exercer son autorité pour exterminer l’hérésie de Marcel d’Ancyre (Lettre 69, PG, 32/431) :

« Il nous a semblé bon d’écrire à l’évêque de Rome, pour qu’il prît connaissance de notre cause ; il s’avère en effet difficile de recourir à un décret conciliaire pour chasser d’ici certains perturbateurs, tandis que le souverain pontife pourrait prendre les mesures requises et se charger lui-même de cette affaire, en choisissant des personnes […] qui prendraient avec elles tous les actes postérieurs au concile de Rimini, afin de réduire à néant les décisions qui ont été imposées ici par la violence. »

Pourquoi consulter Rome et pas une autre autorité ?

« La lettre de saint Basile, mentionnant cette demande d’intervention de l’évêque de Rome comme une affaire courante et ordinaire, attire à conclure qu’à cette époque c’était non seulement la conviction personnelle de Basile, mais aussi la conviction de tous, même en Orient, que l’évêque de Rome possède le pouvoir de juger souverainement, par lui-même, les questions doctrinales ». (Abbé Edmond DUBLANCHY, Dictionnaire de théologie catholique, article « Infaillibilité du pape »)

C’est une manifestation que même l’Orient considérait le siège de Rome comme supérieur à celui d’Alexandrie, autrement c’est à saint Athanase lui-même que saint Basile aurait demandé de régler la question.

Saint Épiphane de Salamine (vers 315-403) relate les faits qui se sont déroulés lors du procès de saint Athanase. Il évoque la conversion des évêques ariens Ursace et Valens, qui voulurent être reçus dans la communion de l’Église et durent pour cela recourir à l’absolution de l’évêque de Rome, non à celle de saint Athanase.

« Voulant faire pénitence, Ursace et Valens présentèrent à Jules Ier, évêque de Rome, des libelles où ils abjuraient leur erreur. “Nous avons calomnié l’évêque Athanase. Admettez-nous dans votre communion et recevez notre pénitence”.» (Hérésie 68, chapitre 9 dans PG, 42/198-199.)

Sozomène de Constantinople (375-450) rapporte :

« Les Évêques d’Egypte ayant écrit que ces accusations n’étaient que des calomnies, et Jules ayant jugé qu’Athanase n’était pas en sûreté, le manda à Rome. Il fit réponse dans le même temps, à la lettre des Evêques qui s’étaient rassemblés à Antioche, les accusant d’introduire lourdement des nouveautés contraires à la doctrine du Concile de Nicée ; d’avoir violé les règles de l’Eglise, en tenant un Concile sans l’y avoir invité, parce qu’il y a un Canon, qui déclare nul, tout ce qui est fait sans la participation de l’Evêque de Rome ; de n’avoir rien fait selon l’ordre de la justice, ni à Tyr, ni à Maréote contre Athanase ; que tout ce qui avoir été fait à Tyr, était ruiné par l’accusation calomnieuse de la main d’Arsène ; et tout ce qui avait été fait à Maréote en l’absence d’Athanase. Sur la fin de sa réponse, il se plaignait de la fierté avec laquelle leur lettre était écrite. » (Histoire ecclésiastique, Livre III, chapitre 10 dans PG, 67/1058.)

Et Théodoret de Cyr (393-458) :

« Athanase, ayant eu connaissance des pièges qu’on lui tendait, s’échappa furtivement et prit sa route vers l’occident. Car les Eusébiens avaient prévenu par lettres l’évêque Jules, qui gouvernait alors l’Eglise de Rome, des accusations qu’ils portaient faussement contre Athanase. Jules, conformément à la règle de l’Eglise, manda à Rome les accusateurs, et invita saint Athanase à venir lui-même défendre sa cause. Athanase n’eut pas plus tôt reçu cette invitation, qu’il se mit en devoir d’y répondre. Quant aux auteurs de tout ce tumulte, ils se gardèrent bien de se rendre Rome, persuadés qu’ils étaient que leurs mensonges y seraient découverts. » (Histoire ecclésiastique, livre II, chapitre 4)

Saint Jules Ier (280-352)

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« Car s’il y a eu, comme vous le dites, faute de leur part, il fallait juger l’affaire selon les canons de l’Eglise et non pas comme il a été fait. Vous deviez nous écrire à tous, afin que soit décrété par tous ce qui était juste. Il s’agissait d’évêques; et d’Eglises qui ne sont pas n’importe lesquelles, mais des Eglises qui ont été gouvernées par les apôtres eux-mêmes. Au sujet de l’Eglise d’Alexandrie, pourquoi ne nous a-t-on pas écrit ? Ignorez- vous donc que la coutume était qu’on nous écrive d’abord, et que de là soit proclamé ensuite ce qui était juste. Si une suspicion pesait sur l’évêque d’Alexandrie, il aurait fallu en prévenir l’Eglise d’ici. » (Lettre aux Antiochiens)

 » Que tous les évêques qui se trouveront inculpés ou compromis dans quelque grave affaire, aient toujours la liberté d’en appeler au siège apostolique, et de recourir à son autorité comme à leur mère pour y trouver, comme toujours, appui, sauvegarde et liberté. Car c’est à sa décision que l’autorité des canons des apôtres et de leurs successeurs a réservé les causes majeures ecclésiastiques et le jugement des évêques. Et un évêque serait répréhensible s’il se conduisait envers quelqu’un de ses frères autrement que ne le jugerait à propos le pape de ce même siège.  » (Rescrit contre les orientaux en faveur d’Athanase et des autres victimes de l’hérésie arienne, II, citant le 18è canon du concile de Nicée. Ce canon ne se trouve pas dans le recueil qui nous reste des canons du concile de Nicée. Il faut dire la même chose du canon suivant)

 » Le concile a été d’avis que tout évêque accusé ou jugé dans une affaire quelconque par ceux de sa province ait toujours la liberté d’en appeler et de recourir à l’évêque du siège apostolique, qui, soit par lui-même soit par ses vicaires, fera examiner son affaire de nouveau. Et que tant que la cause restera pendante à ce tribunal, aucun autre évêque ne soit placé ou ordonné à la place de l’évêque accusé. Car bien que les évêques de la province puissent licitement examiner la cause de leur comprovincial, ils n’ont pas le droit de la juger définitivement sans avoir pris l’avis du pontife de Rome, puisque c’est à saint Pierre qu’il a été dit par Notre-Seigneur lui-même : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.  » (Rescrit contre les orientaux en faveur d’Athanase et des autres victimes de l’hérésie arienne, III, citant le 19è canon du concile de Nicée)

Il dit enfin :

« Si quelqu’un veut avoir là-dessus de plus amples renseignements, il pourra les trouver dans les registres de notre Eglise. Dieu m’est témoin que j’ai dit la vérité. » (Rescrit contre les orientaux en faveur d’Athanase et des autres victimes de l’hérésie arienne, XXIX)

Saint Basile le Grand (vers 329-379)

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Il informa son ami saint Athanase qu’il avait l’intention de demander au souverain pontife d’exercer son autorité pour exterminer l’hérésie de Marcel d’Ancyre (Lettre 69, PG, 32/431) :

« Il nous a semblé bon d’écrire à l’évêque de Rome, pour qu’il prît connaissance de notre cause ; il s’avère en effet difficile de recourir à un décret conciliaire pour chasser d’ici certains perturbateurs, tandis que le souverain pontife pourrait prendre les mesures requises et se charger lui-même de cette affaire, en choisissant des personnes […] qui prendraient avec elles tous les actes postérieurs au concile de Rimini, afin de réduire à néant les décisions qui ont été imposées ici par la violence. »

Pourquoi consulter Rome et pas une autre autorité ?

« La lettre de saint Basile, mentionnant cette demande d’intervention de l’évêque de Rome comme une affaire courante et ordinaire, attire à conclure qu’à cette époque c’était non seulement la conviction personnelle de Basile, mais aussi la conviction de tous, même en Orient, que l’évêque de Rome possède le pouvoir de juger souverainement, par lui-même, les questions doctrinales ». (Abbé Edmond DUBLANCHY, Dictionnaire de théologie catholique, article « Infaillibilité du pape »)

Saint Basile ne se priva pas d’adresser des reproches aux occidentaux. Car il se plaint « de la morgue occidentale », parce que « les occidentaux confondent la dignité et leur orgueil » (Lettre 239, n° 2 dans PG, 32/894.). Ailleurs, il ajoute que les évêques de Rome sont placés sur un siège plus élevé, lorsque les ambassadeurs d’Orient viennent les trouver (Lettre 215, dans PG, 32/791.). Qui plus est, dit-il encore, un homme dont le caractère est étranger à toute adulation servile n’a aucun intérêt à s’entremettre avec celui qui est orgueilleux et hautain. Mais en dépit de cela, on doit quand même considérer ce que saint Basile écrit au pape saint Damase :

« Presque tout l’Orient, très Vénérable Père, est agité d’une tempête et d’un tourbillon considérable. En effet, Arius, l’ennemi de la vérité, vient récemment de répandre son hérésie, celle-ci se dévoile à pré- sent sans crainte, […] et désormais elle règne. […] La seule consolation que nous nous sommes donnée est de voir venir votre miséricorde. […] Nous n’avons plus d’autre ressource que de vous supplier par courrier de vous décider à nous secourir et de nous envoyer des légats pour ramener les dissidents à de meilleurs sentiments, rétablir les églises de Dieu dans le lien de l’amitié, ou du moins vous faire connaître plus précisément quels sont ceux qui fomentent ce trouble, pour que vous puissiez par là savoir exacte- ment quels sont ceux avec lesquels vous pouvez garder la communion. […] Nous voyons chaque jour les propagateurs de l’hérésie rendre les âmes toujours plus captives. C’est pourquoi, si vous ne vous décidez pas maintenant à nous porter secours, vous ne trouverez bientôt plus personne à qui tendre la main, car tous seront tombés au pouvoir des hérétiques. » (Lettre 70, dans PG, 32/434-435)

Cette lettre est à rapprocher de la Lettre 69 à saint Athanase (PG, 32/430-434) et de la Lettre 263 aux occidentaux (PG, 32/975- 982).

Ce Père est aussi très explicite sur la primauté de saint Pierre: grâce à la promesse du Christ, le pape persévérait absolument sans aucune défaillance, car sa foi avait la même stabilité que celle du Fils de Dieu Lui-même !

« Pierre a été lancé placé pour être le fondement. Il avait dit à Jésus Christ: Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant », et à son tour il lui fut dit qu’il était Pierre, quoiqu’il ne fut pas pierre immobile, mais seulement par la volonté de Jésus-Christ. Dieu communique aux hommes ses propres dignités. Il est prêtre, et il fait des prêtres; Il est pierre, et il donne la qualité de pierre, rendant ainsi ses serviteurs participants de ce qui lui est propre » (Homélie 29)

Ce dernier passage de saint Basile jouit d’une autorité particulière dans l’Église catholique, puisqu’il fut inséré dans le Catéchisme du concile de Trente (explication du symbole, section Credo in… Ecclesiam). Il dit enfin :

« Pierre, dit saint Basile, fut chargé de former et de gouverner l’Église, parce qu’il excellait dans la foi ». (Contra Enom, livre 2).

Saint Épiphane de Salamine (vers 315-403)

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Il relate les faits qui se sont déroulés lors du procès de saint Athanase. Il évoque la conversion des évêques ariens Ursace et Valens, qui voulurent être reçus dans la communion de l’Église et durent pour cela recourir à l’absolution de l’évêque de Rome, non à celle de saint Athanase.

« Voulant faire pénitence, Ursace et Valens présentèrent à Jules Ier, évêque de Rome, des libelles où ils abjuraient leur erreur. “Nous avons calomnié l’évêque Athanase. Admettez-nous dans votre communion et recevez notre pénitence”.» (Hérésie 68, chapitre 9 dans PG, 42/198-199.)

Saint Grégoire de Nazianze (vers 329-379)

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« La nature ne nous a pas donné deux soleils. Mais nous avons deux Rome, deux lumières pour éclairer le monde entier, l’ancien pouvoir et le nouveau. » (Poème 11 sur sa vie: Carmen de Vita sua, vers 360 dans PG, 37/1067-1068.)

On pourrait croire que ce texte met à pied d’égalité Constantinople et Rome, c’est- à-dire la nouvelle Rome et l’ancienne. Mais lisons ce qui suit :

« Pour ce qui est de la foi, Rome court déjà depuis longtemps et encore aujourd’hui dans la bonne direction, elle délivre l’Occident tout entier en lui donnant  la doctrine du salut, et il est bien juste que l’Église qui est à la tête de toutes les autres ait le soin d’établir partout la concorde divine. Quant à Constantinople, la nouvelle Rome, elle marchait jusqu’ici droitement […] et il n’en va plus de même aujourd’hui. »

Saint Optat de Milève (mort vers 397)

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Saint Augustin cite Optat aux côtés d’hommes disparus depuis longtemps, cet évêque « de vénérable mémoire » apparaît comme l’égal d’Ambroise de Milan.

« tous conservent l’unité dans l’unique chaire de saint Pierre. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre 2, n°&, PL, 11/947)

« Nous prouvons que l’Église catholique est celle qui est répandue dans tout l’univers. Il s’agit maintenant d’énumérer ses privilèges, et de voir où ils se trouvent dans leur nombre de cinq ou de six, comme vous le dites. Le premier de ces privilèges, c’est de posséder une chaire qu’occupe un évêque, qui soit comme l’anneau sans lequel il n’y aurait pas lieu d’y joindre d’autres propriétés ; et il s’agit par conséquent de voir quel est l’évêque qui a siégé le premier, et où il a fixé son siège. Apprenez-le, si vous l’ignorez encore ; rougissez, si vous ne l’ignorez pas. On ne peut supposer que vous l’ignoriez ; il reste donc à dire que vous le savez. Errer avec connaissance de cause, c’est ce qui fait le crime. Car pour ce qui est de l’ignorance, elle est quelquefois excusable. Vous ne sauriez donc nier, sous prétexte d’ignorance, qu’à Rome Pierre ait le premier occupé la chaire épiscopale ; Pierre, le chef de tous les apôtres, et appelé pour cette raison Céphas [Ici saint Optat commet assez visiblement une erreur d’étymologie : le mot Cephas ne vient pas, comme il semble le croire, du mot grec κεφαλη, tête ou chef ; mais c’est un mot syriaque qui signifie la même chose que pierre ou rocher : « Tu vocaberis Cephas, quod interpretatur Petrus » (Jean, I, 42). Au reste, le mot grec κεφαλη peut avoir lui-même pour étymologie le mot syriaque כיפא]. Cest cette chaire qui doit être pour tout le monde le centre de lunité, et à laquelle les autres apôtres n’ont jamais pu avoir la pensée d’opposer leurs chaires particulières ; en sorte que ce serait commettre ce crime de schisme, que d’élever aujourd’hui une autre chaire en opposition avec celle-là. Donc cette chaire unique, première des propriétés de l’Eglise, a été occupée par Pierre le premier. A Pierre a succédé Lin ; à Lin a succédé Clément ; à Clément Anaclet ; etc. ; à Jules, Libère ; à Libère Damase ; et à Damase, Sirice, qui est aujourd’hui notre collègue, et avec lequel tout l’univers, en même temps que nous-même, est en société de communion par le commerce des lettres formées [On trouvera dans le Protestantisme et la règle de foi du P. Perrone, t, II, p. 116-578 et suiv. (trad. franc.) ce qu’on doit entendre par lettres formées]. Vous, à votre tour, dites quelle est l’origine de votre chaire épiscopale, vous, qui vous attribuez les privilèges de la vraie Eglise. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre II, 2-3).

Juste après avoir donné la liste des évêques de Rome, démontre que les schismatiques sont en dehors de l’Église catholique en donnant pour preuve qu’aucun de leurs évêques n’est en communion avec la chaire de Rome et il conclut ainsi :

« Cette chaire est le premier de tous les dons du Christ, et comme nous l’avons prouvé c’est saint Pierre qui nous l’a communiqué. » (Livre 2, chapitre 6 dans PL, 11/958)

« Et cette chaire de saint Pierre qui nous a été donnée est le principe grâce auquel nous parviennent tous les autres dons. » (Livre 2, chapitre 9 dans PL, 11/962.)

Dans ce passage, saint Optat entend désigner avec cette prérogative de la chaire la note d’apostolicité, qui se trouve chez tous ceux qui sont en communion avec cette chaire, où réside la source et l’origine du pouvoir apostolique.

« Pour le bien de l’unité, le béni Pierre, pour qui il aura suffi que, après son reniement, il n’eût obtenu que le pardon, pour mériter d’être préféré à tous les Apôtres, et seul il a reçu les clefs du Royaume des Cieux pour les communiquer aux autres. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, VII, 3)

Saint Ambroise (vers 340-397)

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Saint Ambroise montre que l’on doit identifier les véritables catholiques en se basant sur un seul indice, celui qui nous est donné avec le siège de saint Pierre, c’est-à-dire avec la communion de l’Église de Rome. Voici en effet ce qu’il écrit au sujet de son frère Satyre, qui échappa à un naufrage alors qu’il était encore catéchumène et voulut recevoir sans tarder le baptême, mais uniquement d’un évêque catholique. Il donne en exemple et examine comment son frère a fait preuve de prudence et de sagesse lorsqu’il demandait dans les diverses régions de l’étranger s’il y avait un évêque catholique, c’est-à-dire un évêque qui fît partie de l’Église de Rome :

« Il fit venir à lui l’évêque de l’endroit, ne croyant pas qu’il y eût de véritable grâce en dehors de celle de la vraie foi. Il lui demanda s’il était en communion avec les évêques catholiques c’est-à-dire avec l’Église de Rome, et peut-être le schisme avait-il alors ses adhérents dans cette contrée : car c’était le temps où Lucifer s’était séparé de notre Eglise. » (Sur la mort de son frère Satyre, Livre 1, n° 47 dans PL, 16/1306.)

Et pourquoi parlait-il de l’Église de Rome, et non de celle de Jérusalem, d’Antioche ou de Constantinople, sinon parce que c’est l’Église de Rome qui se retrouve sans aucun doute comme leur tête dans toutes les églises catholiques ? Parce qu’il s’agit du « Siège de Pierre »:

« ceux qui n’ont pas au milieu d’eux le siège de Pierre, qui le déchirent par un schisme impie, n’ont pas de part à l’héritage de Pierre » (De la pénitence, I, 7)

Et on pourra trouver un critère de discernement semblable dans ce que saint Jérôme écrit au pape saint Damase :

« Pour ma part, je répète incessamment en criant : si quelqu’un est uni à la chaire de Pierre, il est avec moi. » (lettre 16 à Damase).

Il veut « suivre l’Eglise romaine » :

« Nous n’ignorons pas que cette coutume de laver les pieds n’est pas suivie par l’Eglise de Rome, que nous aimons du reste à prendre en tout pour modèle. Voyez si ce ne serait pas à cause du grand nombre des fidèles qu’elle n’a pas adopté cet usage. Je n’ai rien tant à cœur que de suivre en toutes choses l’Eglise romaine. » (Des Sacrements, livre III, chapitre 1)

En 381, saint Ambroise et les Pères du concile d’Aquilée dans leur lettre adressée aux empereurs :

« Il nous fallait supplier Votre Clémence, de ne pas souffrir que la tête de tout l’univers romain, l’église de Rome, fût en proie au trouble. Car cette église est la source à laquelle tous puisent les liens de justice, qui constituent la communion sacrée. » (Lettre XI à l’empereur Gratien, 4)

Saint Damase (304-384)

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« Quand votre charité, mes très-chers, et très-honorés fils, rend un profond respect au S. Siège Apostolique, elle agit très avantageusement pour vous-même. Car bien que je sois obligé de tenir le ce gouvernail de l’Eglise, où le saint Apôtre a enseigné la doctrine de l’Evangile, je me tiens tout à fait indigne de cet honneur, et travaille autant que je puis pour arriver à la félicité qu’il possède. Vous saurez donc, s’il vous plaît, que nous avons condamné le profane Timothée Disciple de l’hérétique Apollinaire, avec sa doctrine toute remplie d’impiété, et que nous espérons qu’aucun reste de sa secte ne subsistera à l’avenir. Que si ce vieux serpent revit pour son supplice, bien qu’il ait été frappé une, ou deux fois, et chassé hors de l’Eglise, et qu’il tâche de corrompre par son venin quelques fidèles, ayez soin de l’éviter, et vous souvenant toujours de la foi des Apôtres qui a été écrite, et publiée par les Évêques dans le Concile de Nicée, demeurez y fermes, et immuables  sans  permettre que ni le Clergé, ni le peuple qui sont commis à votre conduite, prêtent l’oreille aux questions vaines qui ont été abolies. Car nous avons déjà établi cette règle, que quiconque fait profession d’être Chrétien, doit observer tout ce qui est contenu dans la tradition des Apôtres, selon ce que dit le bienheureux Paul :

« Si quelqu’un vous prêche un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème. » [Galates I, 9]

Jésus-Christ fils unique de Dieu, notre Seigneur a mérité par ses souffrances. une rédemption parfaite à la nature humaine, et a délivré l’homme entier de tout péché. Quiconque dit qu’il a eu ou une divinité, ou une humanité imparfaite, est rempli de l’esprit du démon, et montre qu’il est un fils de perdition. Qu’est-il donc besoin que vous me demandiez que je dépose Timothée, puisqu’il a déjà été déposé avec Apollinaire son Maître, par le jugement du Siège Apostolique, rendu en présence de Pierre Évêque d’Alexandrie, et qu’il souffrira au jour du Jugement les supplices qu’il mérite ? Que s’il attire à son opinion de faibles esprits, et qu’après avoir renoncé à l’espérance qu’il devait avoir en Jésus-Christ, il mette sa confiance en la multitude des personnes qui le suivent, tous ceux qui voudront s’opposer avec lui aux règles de l’Église, périront aussi avec lui. Je prie Dieu qu’il vous conserve, mes très-chers fils. » (Lettre de Damase Évêque de Rome contre Apollinaire et Timothée, cité in Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, V, 10)

Ier concile de Constantinople (381)

Les contempteurs de la Papauté allèguent que le 3è canon du concile de Constantinople contredit celle-ci. Le preuve que cela est faux, ainsi que toutes les preuves que ce concile fut tout entier dans la soumission au Pape se trouvent dans cet article.

L’Ambrosiaster (entre 366-384)

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Expliquant ce passage : « Afin que tu saches comment il faut te conduire dans la demeure de Dieu qui est l’Église du Dieu vivant » (I Timothée III, 15), dit ce qui suit :

« Tandis que le monde entier est l’œuvre de Dieu, on dit que l’Église est sa demeure, elle dont le chef est aujourd’hui Damase [l’évêque de Rome de l’époque]. Car le monde est soumis à l’injustice, troublé qu’il est par diverses erreurs et c’est pourquoi on doit dire que la demeure de Dieu et la vérité se trouvent là où Dieu est considéré avec crainte, comme il le veut. » (Commentaire de la première Épître à Timothée)

Saint Sirice (vers 320-399)

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« Nous ne refusons pas à ta demande la réponse qui convient, puisque eu égard à Notre charge, Nous n’avons pas la liberté de pouvoir dissimuler ou taire quelque chose, puisque plus qu’à tous Nous incombe le zèle pour la religion chrétienne. Nous portons les charges de tous ceux qui peinent, et plus encore : les porte en Nous le bienheureux apôtre Pierre dont Nous croyons avec confiance qu’il Nous protège et Nous garde en toutes choses comme l’héritier de son ministère… » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, Introduction, §1)

« Maintenant, que tous vos prêtres observent la règle ici donnée, à moins qu’ils ne souhaitent être arrachés à la roche solide et apostolique sur laquelle Christ a construit l’Église universelle. » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, III, §2)

« Maintenant Nous encourageons encore et encore le propos de ta fraternité d’observer les canons et de garder les décrets édictés, pour que ce que Nous avons écrit en réponse à ta demande, tu fasses en sorte que cela soit porté à la connaissance de tous nos coévêques, et non pas de ceux-là seulement qui se trouvent dans ta province ; mais ce qui a été déterminé par Nous selon une ordonnance salutaire doit être envoyé aussi, accompagné de ta lettre, à tous les évêques de Carthage, de la Bétie, de Lusitanie et de Galice. Et bien qu’aucun prêtre du Seigneur n’ait la liberté d’ignorer les décisions du Siège apostolique ou les déterminations vénérables des canons, il pourra être néanmoins très utile et — compte tenu de l’ancienneté de ton sacerdoce — très glorieux pour ta Charité, que ce qui t’a été écrit à titre spécial en termes généraux soit porté, par ton souci de l’unanimité, à la connaissance de tous nos frères : afin que qui a été édicté par Nous, non pas de façon inconsidérée mais de façon circonspecte, avec une grande prudence et longue réflexion, demeure inviolé, et qu’à l’avenir soit fermée la voie des excuses, laquelle ne pourra plus être ouverte à personne auprès de Nous. » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, XV, §2o)

Saint Anastase Ier (340-403)

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« Le soin ne manquera pas de ma part à garder la foi de l’Evangile en ce qui concerne mes peuples, et de inpecter par lettre, pour autant que je le puisse, les parties de mon corps [l’Eglise] à travers les diverses régions de la terre. » (Lettre 1)

Prudence (348-après 405)

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« O Christ, unique Dieu, […] qui avez placé l’autorité de Rome par-dessus toutes les autres, […] donnez aux romains que soit chrétienne la ville par le gouvernement de laquelle vous avez décidé que tous les autres habitants de la terre auraient une seule religion. […] Voici d’ailleurs que nous avons parmi nous les artisans très fidèles de cette espérance. Car c’est à Rome que règnent les deux princes des apôtres, l’un qui évangélise les gen- tils, l’autre qui occupe la première chaire de l’univers et qui donne accès aux portes de l’éternité, dont il a reçu la garde. Arrière, Jupiter, toi, l’adultère […] laisse Rome libre. […] Saint Paul y met fin à ton règne, le sang de saint Pierre t’accable de frayeur. » (Liber Peristephanon, hymne 2 dans PL, 60/322-325)

Saint Jean Chrysostome (vers 344-407)

Saint Jean Chrysostome enseigna à plusieurs reprises que saint Pierre était le chef des apôtres :

« Et ce Fils lui-même, pourquoi a-t-il versé jusqu’à la dernière goutte de son sang? si ce n’est pour racheter les brebis qu’il a remises aux mains de Pierre et de ses successeurs. Jésus-Christ disait encore : Quel est le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi pour gouverner sa maison? (Matth. XXIV, 45.) Voilà encore des paroles qui ont l’apparence du doute; mais celui qui les prononçait ne doutait pas davantage en les prononçant, que lorsqu’il demandait à Pierre s’il l’aimait, moins pour s’assurer de son amour que pour montrer la grandeur du sien. De même ici quand il demande : Quel est le serviteur fidèle et prudent? Jésus-Christ le connaît assez : seulement il veut nous montrer la rareté de tels serviteurs et la grandeur de leur ministère. Qu’on en juge par la grandeur de la récompense qu’il leur destine : Je vous dis en vérité qu’il l’établira sur tous ses biens. (Matth. XXIV, 47.) Soutiendras-tu maintenant que ce n’est pas pour ton bien que je t’ai trompé ? Toi qui vas être préposé au gouvernement des biens de Dieu, charge qui a valu à saint Pierre sa puissance et sa haute prééminence sur le reste des apôtres, selon cette parole : Pierre, dit le Seigneur, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? pais mes brebis. (Jean XXI, 15.) Il aurait pu dire : situ m’aimes, jeûne, couche sur la dure, veille sans cesse, protège les opprimés, sois le père des orphelins, le défenseur de la veuve ; mais non: laissant là toutes ces oeuvres, que dit-il ? Pais mes brebis. » (Du sacerdoce, II, 1-2)

« Dieu seul peut accorder la rémission des péchés et décider qu’à l’avenir son Église demeure stable au milieu de l’assaut et du déchaînement de tant de flots si violents, tandis que son pasteur et son chef, un pêcheur et un inconnu aux yeux de l’univers, serait vainqueur dans le combat que lui livrerait la terre entière en lui opposant une résistance plus solide que l’acier. Voilà toutes les assurances que le Christ promet de donner, et ce sont des gages que Dieu seul peut offrir. […] C’est lui », c’est-à-dire saint Pierre, « que le Christ a établi à la tête de tout l’univers. » (Homilia 54 (alias 55) in Matthæi Evangelium, § 2 sur Mt, 16 / 18 – PG, 58 / 534)

« Jésus lui dit : Paissez mes agneaux’ ». Et pourquoi Jésus-Christ, laissant là les autres apôtres, parle-t-il à Pierre seul de ce soin et de cet amour? Entre les apôtres, Pierre était le plus grand et le plus éminent; il était la langue et le chef du collège…son renoncement était effacée : c’est pourquoi il lui confie le gouvernement de ses frères, et il ne lui rappelle, il ne lui reproche point son renoncement, mais il lui dit : Si vous m’aimez , recevez le gouvernement de vos frères. […] Le Christ dit à saint Pierre : Suis-moi, et par ces mots il lui indique la charge qu’il lui donne et lui montre l’amour plus intime qu’il a pour lui. Et si l’on hésite à admettre cette explication, en demandant comment il se fait que saint Jacques ait reçu le siège de Jérusalem, je réponds que c’est saint Pierre qui a été établi comme le maître à la tête de tout l’univers. […] Car le Seigneur avait confié à saint Pierre de grandes responsabilités, il lui avait commandé de prendre soin de tout l’univers, il lui avait prédit son martyre et il l’avait désigné comme étant supérieur aux autres » (Commentaire sur l’Evangile selon St Jean, 88 (alias 87), 1, Saint Jean Chrysostome — Oeuvres complètes ; sous la direction de M. Jeannin , L. Guérin & Ce, Éditeurs 1865, Tome 8, Chapitre 88 , page 553)

En d’autres occasions il écrit :

« Saint Pierre, le coryphée de cette assemblée, […] mis à la tête du monde entier, […] fondement de l’Eglise. » (Homélie sur le passage Hoc scitote [II Timothée III, 1], n°4 dans PG, 56/275)

« Pierre lui-même, la tête, ou couronne, des Apôtres, le premier dans l’Eglise, l’ami du Christ, qui reçu la révélation non d’un homme mais du Père… Ce Pierre, quand je dis Pierre, je nomme cette pierre incassable, ce ferme fondement, de ce grand apôtre, le premier des disciples, le premier appelé, le premier obéissant à la voix du divin maître. » (De Eleemosyna, Homélie 3, De poenit.4 [387])

« [Pierre] Le premier des apôtres, la fondation de l’Eglise, le coryphées du chœur des disciples. » (Ad eos qui scandalizati 17)

« Il s’agissait de confier à l’apôtre Pierre les Eglises de l’univers entier, la multitude des peuples, et pour tout dire, les clefs du royaume des cieux. Que lui dit en effet le Seigneur ? Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel. Mais voyez dans quel péché il a permis que tombât ce grand apôtre le chef de tout le collège apostolique, ce fondement inébranlable, cette pierre immobile, capable de résister à tous les assauts, ce prince de l’Eglise, ce port imprenable, cette forte et invincible tour. Pierre, dis-je, cette colonne et ce rempart de l’Eglise, a cédé non pas même à des menaces, mais à un simple mot d’une servante. Un mot d’une simple fille s’est fait entendre, et cette colonne a été ébranlée. Elle a dit, et le rempart a chancelé. Dieu a permis ce péché dans celui qui allait avoir la charge de l’Eglise entière, dans cette colonne de toutes les Eglises du monde, dans ce port où la foi ne pourra faire naufrage, dans ce docteur chargé de l’enseignement de tout le monde, sans doute pour que, lorsqu’il aurait à gouverner les peuples, il ne se montrât pas sévère et inexorable, mais plutôt compatissant pour les fautes de ses frères. » (Homélie sur les saints Pierre Apôtre et le prophète Élie)

Et il dit que la « ville royale », c’est-à-dire Rome, brille de son éclat :

« Saint Pierre, pêcheur, […] ayant conquis la ville royale entre toutes brille encore après sa mort d’un éclat plus vif que celui du soleil. » (Sur le psaume 48, n° 6 dans PG, 55/232)

Saint Jean Chrysostome, chassé à deux reprises de son siège de Constantinople par les évêques courtisans, et envoyé en exil, il en appelle au jugement de l’évêque de Rome, Innocent Ier, en lui adressant deux lettres, qui figurent au troisième tome de ses œuvres. Nous suggérons de lire ce qu’en écrit Mgr Justin FÈVRE dans son Histoire apologétique de la Papauté, tome III, pages 183-189.

Dans la première, il dit qu’il faut informer l’évêque de Rome des affaires les plus graves, afin qu’il puisse au plus vite intervenir (n° 1) (PG, 52/530-531.) et il ajoute que c’est son rôle d’écrire pour éviter que le jugement injuste garde sa valeur (n° 4) (PG, 52/534.). Dans la seconde (PG, 52/535-536.), dit-il, la vigilance du pape doit se faire d’autant plus avertie que les flots s’élèvent plus haut, que les récifs cachés dans les vagues sont plus nombreux et que les tempêtes font davantage rage : tel un bon pilote, il se doit se tenir particulièrement éveillé quand il voit la mer se gonfler. Il insiste en disant que le pape Innocent doit combattre pour défendre le monde entier, pour protéger les églises ruinées et abattues, pour réunir les peuples divisés, pour soutenir le clergé persécuté, pour venir en aide aux évêques exilés, pour réagir en faveur de la constitution des pères qui a été violée. Il précise que la charité du pape a été pour lui comme un rempart, une sécurité, un port, un trésor de biens sans nombre, une source de joie et d’allégresse merveilleuse.

Il existe des contestations au sujet de la doctrine de saint Jean Chrysostome. Certains disent qu’ils ne croyait pas à la fondation de l’Église sur l’as personne de saint Pierre, la réponse est dans cet article et celui-ci ; d’autres disent qu’il ne reconnaissait pas la primauté romaine, la réponse détaillée est dans celui-ci.

Saint Jérôme de Stridon (347-420)

Deux monuments très connus témoignant de la foi de l’Eglise antique en la Papauté sont les deux lettres de saint Jérôme au Pape saint Damase où il le questionne au sujet du schisme de l’Eglise d’Antioche. Il affirme avec force la nécessité d’être en communion avec la « chaire de saint Pierre » pour faire partie de la véritable Eglise. Il lui demande de rendre son jugement pour savoir qui de Paulin ou de Mélèce est le véritable Evêque d’Antioche : c’est un témoignage de l’universalité de juridiction entre les mains de l’Evêque de Rome. Par ailleurs, ces lettre témoignent aussi de l’infaillibilité Papale, étant donné que saint Jérôme déclare avoir « cru devoir consulter la chaire de Pierre, et cette foi romaine tant exaltée par l’apôtre, en demandant l’aliment de [son] âme là où j’ai autrefois reçu le vêtement de Jésus-Christ » :

« Comme l’Orient divisé en lui-même par les haines invétérées de ses peuples, déchiré par pièces et morceaux la tunique sans couture et tissée par le haut de Notre-Seigneur, et que les renards ravagent la vigne du Christ, comme d’ailleurs il est difficile, au milieu de ces citernes entrouvertes qui ne peuvent retenir l’eau (JER., II, 13), de dire où est la fontaine scellée, le jardin fermé (Cant., IV, 12) ; j’ai cru devoir consulter la chaire de Pierre, et cette foi romaine tant exaltée par l’apôtre, en demandant l’aliment de mon âme là où j’ai autrefois reçu le vêtement de Jésus-Christ. Car toute la distance des terres et des mers, qui nous séparent n’a pas pu m’empêcher d’aller à la recherche de cette pierre précieuse. Partout où est le corps, là il faut que les aiglons se rassemblent (LUC, XVII, 37). Après que le patrimoine a été dissipé par une race pervertie, c’est chez vous seuls que se trouve intact l’héritage de nos pères. Chez vous la terre féconde reproduit au centuple et en belle qualité la divine semence qui lui est confiée ; chez nous au contraire le froment enfoui dans les sillons dégénère en avoine et en ivraie. Maintenant c’est en Occident que se lève le soleil de justice, tandis qu’en Orient ce Lucifer, qui était tombé, élève son trône au-dessus des astres. Vous autres, vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre, vous êtes des vases d’or ou d’argent ; parmi nous on ne trouve que vases de terre ou de bois, qui attendent une verge de fer pour les briser, ou le feu éternel qui les consumera. Ainsi donc, quoique je tremble devant votre majesté, je me sens invité par votre clémence. Au pontife je demande la victime du salut, au pasteur sa protection pour une brebis du troupeau. Loin de vous les sentiments d’envie ; loin de vous le faste de la grandeur romaine : je parle au successeur du pêcheur, au disciple de la croix. Sans reconnaître d’autre chef que Jésus-Christ, je m’unis de communion avec votre béatitude, c’est-à-dire avec la chaire de Pierre ; je sais que c’est sur cette pierre qu’est bâtie l’Eglise. Quiconque mange l’agneau hors de cette maison, est un profane. Quiconque ne sera pas dans cette arche de Noé périra dans les eaux du déluge… Je ne connais pas Vital, je rejette Mélèze, je ne connais pas davantage Paulin. Celui qui ne ramasse pas avec vous, dissipe, c’est-à-dire, celui qui n’est pas à Jésus-Christ est à l’antéchrist… C’est pourquoi je supplie votre béatitude par celui qui a été crucifié, par le salut du monde, par la Trinité consubstantielle, de m’autoriser par quelqu’une de vos lettres, soit à dire, soit à taire trois hypostases. Et de peur que l’obscurité du lieu où je demeure n’occasionne quelque mépris, daignez me faire parvenir votre réponse par le prêtre Evagre que vous connaissez fort bien ; faites-moi savoir en même temps avec qui je dois me mettre en communion à Antioche : car les hérétiques Campiens, unis aux Tharsiens, n’ont pas de plus grande ambition que de faire triompher les trois hypostases entendues dans leur sens, en s’appuyant de votre autorité. » (Lettre 14 à Damase)

« Pourquoi reprendre les choses de si loin ? C’est pour que de votre grandeur vous abaissiez vos regards sur ma bassesse ; pour que, pasteur opulent, vous ne dédaigniez pas une brebis malade. » Il dit ensuite, un peu plus loin : « Quoique j’aie, comme je l’ai écrit déjà, le vêtement du Christ (le baptême) dans la ville de Rome, je suis maintenant relégué dans les plages barbares de la Syrie. Et pour que vous ne pensiez pas que c’en soit un autre qui m’ait condamné à cet exil, c’est moi-même qui en ai porté la juste sentence contre moi-même. Mais, comme dit le poète latin, ceux qui s’en vont au-delà des mers peuvent changer de climat sans changer de dispositions [« Cœlum, non animum mutant qui trans mare currunt. » (Horace, Lettre 2)]. Mon implacable ennemi s’est tellement mis à mes trousses, que j’ai à soutenir dans cette solitude des combats encore plus violents. Car, tandis que d’un côté la fureur arienne se déploie appuyée par la puissance du siècle, de l’autre les trois factions qui partagent l’Eglise s’efforcent de m’attirer chacune à elles. Les moines du voisinage, établis avant moi dans le pays, se prévalent contre moi de leur priorité de possession. Au milieu de tout cela, je crie : Celui-là est de mon côté, qui est uni à la chaire de Pierre. Mélèce, Vital et Paulin se disent en communion avec vous. Si un seul l’affirmait, je pourrais l’en croire ; mais ici, il faut ou que deux à la fois mentent, ou même que tous les trois le fassent. Je supplie donc votre béatitude par la croix de Notre-Seigneur, par tout ce que demande l’honneur de notre foi, par la passion de Jésus-Christ, de vous montrer tellement par vos actions le digne successeur des apôtres, de siéger sur votre trône de société avec les douze avec une telle autorité, de vous laisser ceindre avec Pierre dans votre vieillesse avec une telle douceur, d’avoir tellement avec Paul votre conversation dans le ciel, que vous ne m’en fassiez pas moins connaître par vos lettres avec qui je dois me mettre en communion dans ce pays de Syrie. Ne méprisez pas une âme pour laquelle est mort Jésus-Christ. » (Lettre 16 à Damase)

Et on doit remarquer que saint Jérôme ne fait pas de différence entre le Christ et le pape lorsqu’il s’agit de la foi ; car on peut voir clairement qu’il se place à ce dernier point de vue si on lit sa lettre quatre. 

Parlant de saint Victor, Évêque de Rome qui vécu à la fin du IIè siècle, il écrit :

« Il dirigea l’Eglise pendant dix ans sous le règne de Sévère. » (Livre des Hommes Illustres, XXXIII)

Il enseigne encore la même vérité en d’autres occasions :

« Le salut de l’Eglise dépend de l’autorité que l’on accorde au souverain pontife : s’il n’est revêtu d’un pouvoir hors-ligne et qui le distingue des autres hommes, il y aura dans l’Eglise autant de schismes qu’il y aura d’évêques. » (Contre les Lucifériens, chapitre V)

« De quoi parle-t-il en évoquant sa foi ? Serait-ce la foi de l’Église de Rome ? Ou celle que renferment les livres d’Origène ? S’il répond que sa foi est celle de Rome, nous sommes donc tous les deux catholiques, n’ayant reçu aucune contamination de l’erreur d’Origène. » (Apologie contre Rufin, Livre 1, n° 4 dans PL, 23/400)

« Il y a déjà plusieurs années, j’aidais le pape Damase, évêque de Rome à rédiger les documents officiels de l’Église et répondais aux demandes de consultation venues des conciles de l’Occident et de l’Orient. » (Lettre 123, n° 10 dans PL, 22/1052)

« Le Christ a donné à saint Pierre le nom de pierre parce qu’il avait foi dans la pierre qui est le Christ, et si on parle de la pierre au sens métaphorique, c’est à juste titre qu’il lui est dit : Je bâtirai mon Église sur toi. » (Commentaire sur Saint Matthieu, Livre III, sur Matthieu XVI, 18)

« Parmi les douze, un seul est choisi afin d’écarter le risque d’un schisme en établissant un chef. (Contre Jovinien, livre 1, chapitre 14, paragraphe 29)

Et sans doute possible parle-t-il du choix de saint Pierre qui fut accompli non pas par les apôtres mais par le Christ, comme on peut le voir si on lit la réponse qu’il donne à la question qu’il pose ensuite :

« Mais pourquoi ne pas avoir choisi saint Jean qui était vierge ? ». Il répond en effet : « Le bon Maître qui avait dit : Je vous donne ma paix, ne voulait pas donner l’impression de prêter occasion à une jalousie qui se serait exercée à l’encontre du jeune saint Jean pour lequel il avait davantage d’affection. »

Saint Augustin (354-430)

Fils de sainte Monique, qui pria et pleura pendant trente ans pour la conversion de son fils, est un exemple de parfaite conversion: après une vie dissolue jusqu’à environ 30 ans, il devint un modèle de sainteté. Il est le plus grand des Pères de l’Eglise et docteur de celle-ci: le Pape Léon XIII déclara, d’accord avec toute la Tradition et l’enseignement catholique, après avoir mis en valeur les talents de chacun des Pères de l’Eglise, qu’« entre tous, la palme semble revenir à St. Augustin » (Encyclique Aeterni Patris, 4 août 1879).

Certains partisans des Eglises chrétiennes non-catholiques affirment que ce saint aurait tenu des propos contraires à l’enseignement catholique sur saint Pierre et la papauté. Pour cela, il sorte une phrase d’un de ses sermons en la sortant de son contexte. La vérité est que la position de saint Augustin est 100% catholique, en voici la démonstration : ici. Dans cet article nous exposons également les nombreuses preuves que saint Augustin croyait en la Papauté, nous vous y renvoyons.

Les conciles de Carthage (juin 416) et de Milève (septembre 416)

Saint Augustin présida également les conciles de Carthage et de Milève. Les Pères de ces deux conciles et lui-même, demandèrent a l’évêque de Rome, saint Innocent Ier de confirmer leur décisions. Voici la lettre du concile de Carthage :

« Nous avons cru, vénérable frère, devoir porter cet acte à la connaissance de votre charité, afin que vous confirmiez par l’autorité du siège apostolique les décisions de notre médiocrité pour mettre à couvert le salut d’un grand nombre, et corriger au besoin la perversité de quelques-uns.  […] Quand même donc Pélage paraîtrait à votre sainteté avoir été justement absous par certains actes qu’on dit être des évêques d’orient, son erreur et son impiété, qui compte en divers pays tant de partisans, n’en devrait pas moins être anathématisée par l’autorité du siège apostolique. » (Lettre 90 (175) au pontife romain Innocent, Opera S. Augustini, t. II, col. 923 et 925, édit. de Gaume ; col. 617 et 619, édit. de Montfaucon)

Et la lettre que les Pères du concile de Milève et lui adressèrent au même Pape :

« Puisque le Seigneur, par un bienfait signalé de sa grâce, vous a élevé sur le siège apostolique, et vous a placé dans un poste tel, qu’il y aurait négligence de notre part à ne pas déférer à votre révérence ce que les besoins de l’Eglise demandent de nous, sans que nous puissions avoir à craindre que notre démarche soit, ou dédaigneusement repoussée, ou froidement accueillie de vous ; nous vous prions d’apporter votre soin pastoral à la guérison de membres infirmes. Car une hérésie nouvelle et excessivement pernicieuse cherche à s’élever pour anéantir la grâce du Christ. » (Lettre 92 alias 176, Cf. Opera S. Augustini, t. II, col. 927, édit. de Gaume ; col. 620, édit. de Montfaucon)

Saint Innocent Ier (mort en 417)

Image illustrative de l’article Innocent Ier

Ce pape adressa ses réponses à ces deux conciles dans deux lettres datées du même jour, le 27 janvier 417.

Il fit d’abord la réponse suivante aux Pères du concile de Carthage, dans laquelle il assimila l’Église de la ville de Rome à une source pure de toute souillure hérétique, qui vivifiait les églises locales :

« Voilà ce que vous avez estimé dans la vigilance de votre office sacerdotal, à savoir qu’on ne doit pas fouler aux pieds les ordonnances des Pères ; car ceux-ci, dans une pensée plus divine qu’humaine, avaient décrété que n’importe quelle affaire à traiter, fût-ce des provinces les plus éloignées et les plus retirées, ne serait pas considérée comme finie avant d’avoir été portée à la connaissance de ce Siège, pour qu’il confirmât de toute son autorité les justes sentences et que les autres églises – comme les eaux qui jaillissent de leur source originelle et qui s’écoulent dans toutes les régions du monde par de purs ruisseaux venus de la source non corrompue – reçoivent de lui ce qu’elles prescriront et sachent qui elles doivent purifier et qui, souillé d’une fange ineffaçable, ne recevra pas l’eau digne des corps purs » (Lettre In requirendis du 27 janvier 417 aux évêques du concile de Carthage, chapitre I (Dz. 217) ; citée dans la lettre 181 (alias 191) de SAINT AUGUSTIN – PL, 33 / 780).

Ainsi que cette réponse à ceux du concile de Milève :

« Je loue la diligence que vous avez apportée à rendre hommage au siège apostolique, je veux dire au siège de celui qui, sans compter les embarras qui peuvent lui survenir d’ailleurs, est chargé du soin de toutes les Eglises, en nous consultant sur le parti que vous pouvez avoir à prendre dans vos doutes, vous conformant ainsi à l’antique règle que vous savez aussi bien que moi avoir toujours été observée par tout l’univers. Mais je me tais là-dessus, persuadé que vous en êtes d’avance parfaitement instruits, puisque vous l’avez reconnu par votre conduite même, sachant bien que le siège apostolique ne manque jamais de répondre aux consultations qui lui viennent de toutes les parties de l’univers. Mais surtout s’il s’agit de ce qui intéresse la foi, tous nos frères ou nos collègues dans l’épiscopat se font, comme je n’en doute pas, un devoir d’en référer à Pierre, ou à celui de qui il tient son nom et son privilège, ainsi que vous l’avez fait vous-mêmes pour obtenir une décision qui puisse, dans le monde entier, servir en commun à toutes les Eglises. Elles doivent en effet devenir plus prudentes, lorsqu’elles voient que, selon la relation du double synode, les inventeurs du mal sont séparés de la communion de par les déterminations de notre jugement. » (Lettre aux Pères du concile de Milève, Inter epistolas du 27 janvier 417, chapitre II (Dz 218), citée par saint Augustin, lettre 182 (alias 193), PL, 33 / 784 ; S. Augustini, Opera S. Augustini, t. II, col. 934, édit. de Gaume ; col. 638, édit. de Montfaucon)

Et nous ne pouvons que constater que saint Augustin fait entièrement siennes ces deux sentences papales ! En effet, lorsque dans sa Lettre à Paulin, saint Augustin rapporte ces actes, il recommande les réponses que le pape Innocent Ier donna par écrit, en ajoutant :

« Sur tous ces points, le pape nous a donné réponse par écrit, exactement comme le requérait le droit et comme il convenait au pontife du Siège apostolique » (Lettre 186 (alias 106), § 2 – PL, 33 / 817).

Et dans un célèbre sermon :

« Réfutez leurs contradictions, amenez-nous les quand ils résistent. Déjà effectivement on a envoyé sur ce sujet les actes de deux Conciles au Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie; puisse ainsi finir l’erreur ! Aussi les avertissons-nous de rentrer en eux-mêmes; nous prêchons pour leur faire connaître la vérité et nous prions pour obtenir leur changement. » (Sermon 131, 10).

C’est d’ailleurs des mots « Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie » que fut tirée le célébrissime adage : « Roma locuta, causa finita est » : « Rome a parlé, la cause est entendue » !

Saint Zosime (mort en 418)

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Au tout début de son pontificat, Zosime, dans le cadre de ces mêmes conciles écrivit à Aurélien de Carthage :

« L’importance de l’affaire qui nous est soumise exige une enquête approfondie, afin que la balance ne soit pas plus légère que les objets qui y sont déposés. Cette maturité de jugement importe surtout à l’honneur et à l’autorité du Siège apostolique, auquel les décrets de nos Pères, par respect pour le très-bienheureux apôtre Pierre, ont attribué la solution définitive des causes majeures. Il nous faut donc redoubler de prières et de supplications pour que le Seigneur, par une grâce continuelle et un secours incessant, fasse découler de cette Chaire comme d’une source pure la paix de la foi et l’union sans nuage de la société catholique. Le prêtre Célestius s’est présenté à notre tribunal, demandant à se justifier des accusations précédemment portées contre lui. […] Or il est notoire qu’Héros et Lazare, au mépris des saints canons et malgré la résistance du clergé et du peuple, ont été, à la suite de leurs brigues, tumultueusement intronisés dans les Eglises d’Aix et d’Arles, où ils avaient été jusque-là inconnus. Il est notoire qu’ils ont depuis abdiqué leur titre, et que le Siège apostolique leur a retiré tout pouvoir et toute juridiction dans leurs Eglises, en tenant compte cependant du repentir dont ils ont plus tard donné la preuve. » (Lettre 2 à Aurélien de Carthage, PL XX, 649-650)

Plus tard, l’affaire se compliquant, Zosime eut à écrire à nouveau au même, dans une lettre où il identifie les promesses faites par le Christ en Matthieu XVI, 18 et Matthieu XVI, 19 à saint Pierre, au ministère de l’Evêque de Rome :

« La tradition de nos Pères, attribue au Siège apostolique une autorité tellement absolue dans l’Eglise, que nul n’a le droit de réformer son jugement. Cette règle canonique a toujours été observée ; la sainte antiquité non moins que la discipline actuelle sont unanimes à proclamer la puissance de l’apôtre Pierre, à qui Jésus-Christ Notre-Seigneur a conféré le privilège de lier ou de délier [Matthieu XVI, 19]. Ce privilège appartient par droit d’héritage aux successeurs du prince des apôtres. Pierre continue toujours à porter la sollicitude de toutes les Eglises, mais il veille avec un soin particulier sur le Siège de Rome qui est le sien propre ; il ne souffre ni défaillance ni incorrection dans les jugements doctrinaux émanés de la Chaire qu’il a honorée de son nom et constituée sur des fondements inébranlables [Matthieu XVI, 18]. Quiconque se heurte à cette pierre, s’y brisera. Tel est donc Pierre, le chef de la plus haute autorité qui soit ici-bas ! Les lois divines et humaines, la discipline ecclésiastique tout entière confirment ce pouvoir éclatant de l’Eglise romaine, à la tête de laquelle nous avons été établi, comme vous le savez, bien-aimés frères, dans la plénitude de l’autorité apostolique. Cependant, malgré cette puissance suprême dont le dépôt est entre nos mains, nous n’avons pas voulu agir, dans l’affaire présente, sans prendre votre avis. Dans un sentiment de dilection vraiment fraternelle, nous avons fait appel à votre conseil commun, non par ignorance de notre devoir ou par impuissance de l’accomplir en la forme la plus utile pour l’Eglise, mais parce qu’il s’agit d’un accusé qui a déjà comparu à votre tribunal, et qui se constitue devant le nôtre pour y purger un appel antérieur, provoquant lui-même sa confrontation avec ses accusateurs, et anathématisant les erreurs qui lui étaient, dit-il, faussement reprochées… Des matières aussi graves ne se jugent pas légèrement. Votre fraternité saura donc que rien n’a été changé ni dans la décision doctrinale portée par notre saint prédécesseur, ni dans le jugement à intervenir sur la question de fait relative à Célestius et à Pelage. » (Lettre 12 à Aurélien et au concile de Carthage, PL, XX, 675-676)

Saint Possidius de Calame (vers 397-vers 437)

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Cet historien rapporte lui aussi ce recours des conciles d’Afrique du Nord à Rome pour être confirmés :

« Comme ces hérétiques s’efforçaient, par leurs artifices, de persuader leur erreur au Saint-Siège Apostolique, les saints évêques d’Afrique, réunis en concile, résolurent de montrer, avec le plus grand soin, au saint pape de Rome, le vénérable Innocent et ensuite à saint Zozime, son successeur, combien cette secte devait être abhorrée et condamnée par la foi catholique. Ces pontifes du Siège Suprême les censurèrent à diverses reprises et les retranchèrent des membres de l’Église : par des lettres adressées aux églises d’Afrique en Occident et à celles d’Orient, ils ordonnèrent à tous les fidèles de les anathématiser et de les fuir. Ayant appris le jugement que venait de porter sur eux l’Église catholique de Dieu, le très pieux empereur Honorius, pour s’y conformer, ordonna de les ranger parmi les hérétiques condamnés par ses lois. Alors quelques-uns d’entre eux rentrèrent dans le sein de l’Église, notre mère, d’où ils étaient sortis ; d’autres y reviennent encore tous les jours, à mesure que la vérité de la vraie foi se manifeste à eux et l’emporte sur cette détestable erreur. » (Vie d’Augustin, XVIII)

Rufin le Syrien (début du Vème siècle)

Dans son Libellus Fidei que Migne inséra en appendice du tome 10 des œuvres de saint Augustin :

« Si la foi que nous confessons reçoit l’approbation de votre décision apostolique, quiconque voudra me reprocher une faute montrera son impéritie, sa malveillance ou même qu’il n’est plus catholique, au lieu de me taxer d’hérésie ».

Ainsi, on le voit : on est ou on n’est pas catholique ou hérétique selon qu’en décide le jugement du Siège apostolique, et c’est pourquoi on peut reconnaître quel est sur terre le tribunal suprême du Christ auquel il revient sans conteste de juger en matière de foi.

Saint Boniface Ier (mort en 422)

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« Nous avons envoyé au synode [de Corinthe]… des directives écrites pour que tous les frères comprennent qu’on ne doit pas débattre à nouveau de ce que nous avons jugé. Jamais en effet il n’a été permis de traiter à nouveau de ce qui a été décidé une fois par le Siège apostolique. » (Lettre Retro maioribus, II, à l’évêque Rufus de Thessalie, 11 mars 422)

« L’institution de l’Eglise universelle naissante prit son départ dans le titre d’honneur du bienheureux Pierre en qui consiste son gouvernement et son couronnement. C’est de sa source en effet qu’a coulé la discipline dans toutes les Eglises, lorsque la vénération de la religion croissait déjà. Les préceptes du concile de Nicée n’attestent rien d’autre ; il n’a pas osé en effet établir quelque chose au-dessus de lui, car il voyait que rien ne pouvait être placé au-dessus de son rang, et enfin il savait que tout lui était accordé par la parole du Seigneur. Cette (Eglise romaine) est donc avec certitude pour toutes les Eglises répandues par le monde entier comme la tête de ses membres ; si quelqu’un se sépare d’elle, qu’il soit éloigné de la religion chrétienne, puisqu’il a cessé de se trouver dans ce même assemblage. » (Lettre Institutio, I, aux évêques de Thessalie, 11 mars 422)

« Demeure au bienheureux apôtre Pierre, de par la parole du Seigneur, la sollicitude reçue de lui pour l’ensemble de l’Eglise, laquelle, comme il le sait, a été fondée sur lui selon le témoignage de l’Evangile. Et jamais une position d’honneur ne peut être exempte de soucis, puisqu’il est sûr que toutes choses dépendent de sa réflexion. … Qu’il n’arrive pas aux prêtres du Seigneur que l’un d’entre eux tombe dans la faute de tenter quelque chose par une usurpation nouvelle, et qu’il devienne l’ennemi des décisions des anciens, alors qu’il sait qu’il a pour rival en particulier celui auprès de qui notre Christ a placé le souverain sacerdoce ; et quiconque se dresse pour l’outrager ne pourra être un habitant du Royaume des cieux.  » A toi, dit-il, je donnerai les clés du Royaume des cieux  » Mt 16, 19 dans lequel nul n’entrera sans la faveur du portier. Puisque le lieu l’exige, recensez s’il vous plaît les déterminations des canons, et vous trouverez quel est après l’Eglise romaine le deuxième siège, et quel est le troisième. … Jamais personne n’a levé la main avec audace contre l’éminence apostolique dont il n’est pas permis de réviser le jugement, personne ne s’est dressé contre elle s’il ne voulait pas être jugé. Les dites grandes Eglises observent les dignités par les canons : celles d’Alexandrie et d’Antioche [voir Concile de Nicée, canon 6] ; car elles ont connaissance du droit de l’Eglise. Elles observent, dis-je, les décisions des anciens, en accordant leur bonne grâce en toutes choses comme ils reçoivent cette grâce en retour : celle dont ils savent qu’ils Nous la doivent dans le Seigneur qui est notre paix. Mais puisque la chose le demande, on montrera par des documents que les Eglises des Orientaux surtout, dans les grandes affaires qui rendaient nécessaire un débat de plus grande ampleur, ont toujours consulté le Siège romain et lui ont demandé aide chaque fois que cela était nécessaire. [suivent des exemples d’appels et de requêtes dans l’affaire d’Athanase et de Pierre d’Alexandrie, de l’Eglise d’Antioche, de Nectaire de Constantinople et des Orientaux séparés au temps d’Innocent Ier] » (Lettre Manet beatum à Rufus et aux autres évêques de Macédoine, etc., 11 mars 422)

Concile général de l’Eglise Africaine (419)

Rassemblant 217 évêques d’Afrique du Nord, dont saint Augustin, le plus grand des Pères de l’Eglise. Ses canon furent inscrits dans le Codex canonum Ecclesiae africanae. Il envoya ses canons à Rome pour être confirmés :

« [Après avoir dresser le canon biblique avec les deutérocanoniques : ] Que ceci soit envoyé à notre frère et collègue évêque, [le pape] Boniface, et aux autres évêques de ces parties, qu’ils puissent confirmer ce canon, de ceci sont les choses que nous avons reçues de nos pères à lire à l’église » (Canon 24)

Saint Jean Cassien (vers 360-vers 435)

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« Mais le grand homme, le disciple des disciples, le maître parmi les maîtres, qui exerçait le gouvernement de l’Église romaine possédait l’autorité dans la foi et le sacerdoce. Dis-nous donc, Dis-nous que nous te prions, Pierre, prince des Apôtres, dis-nous comment les églises doivent croire en Dieu. (Contre Nestorius, III, 12)

Saint Célestin Ier († 432)

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« Sache donc bien que voici notre sentence : Si tu ne professes au sujet de notre Christ Dieu la même foi que l’Église romaine, celle d’Alexandrie et l’Église catholique tout entière, foi qu’a très bien gardée aussi l’Église de la grande Constantinople jusqu’à toi, et n’as, dans le délai de dix jours à partir du jour de l’avertissement. » (Lettre XI à Cyrille d’Alexandrie)

« Sache donc bien que voici notre sentence : Si tu ne professes au sujet de notre Christ Dieu la même foi que l’Église romaine, celle d’Alexandrie et l’Église catholique tout entière, foi qu’a très bien gardée aussi l’Église de la grande Constantinople jusqu’à toi, et n’as, dans le délai de dix jours à partir du jour de l’avertissement, condamné par une profession de foi claire et mise par écrit la perfide nouveauté qui entreprend de séparer ce que la Sainte Écriture unit (C’est-à-dire les deux natures du Christ unies en une seule personne), tu es rejeté de toute la communion de l’Église catholique. Cette forme de notre jugement sur toi, nous l’envoyons par mon fils le diacre Poseidon avec tous documents à mon coévêque Cyrille, chef de l’Eglise d’Alexandrie, qui nous a fait un rapporteur ce sujet, pour qu’il agisse en notre nom et porte à ta connaissance et à celle de tous les frères ce qui a été décidé par nous. Tous, en effet, doivent savoir ce qui se fait, toutes les fois qu’il s’agit d’un intérêt commun. » (Lettre à Nestorius)

Saint Cyrille d’Alexandrie (376-444)

Image illustrative de l’article Cyrille d'Alexandrie

S’adressant au Pape saint Célestin, il lui demande s’il veut que l’on puisse rester encore pour un temps en rapport avec Nestorius ou s’il faut désormais que tout le monde l’évite :

« Nous n’irons pas rompre publiquement et ouvertement la communion avec Nestorius sans indiquer d’abord cette intention à Votre Sainteté. Daignez donc nous dire ce qu’il vous en semble, s’il faut toujours garder la communion avec lui ou au contraire proclamer librement que personne ne doit entrer en rapport avec quelqu’un qui pense et enseigne ces hérésies. » (Lettre 11 à saint Célestin, n° 7 dans PG, 77/83-86.)

Suite à la Lettre XI de saint Célestin dont nous citons un passage juste au dessus, saint Cyrille écrit dans une autre lettre adressée à Nestorius pour lui dire que, faute d’abjurer ses hérésies dans les délais impartis par le pape saint Célestin, il devra être tenu pour excommunié et déposé et tous les fidèles devront l’éviter.

« Si vous ne vous acquittez pas de cette repentance, dans les temps indiqués et déterminés par la lettre de l’évêque de Rome, le saint et vénérable Célestin, notre frère et notre collègue dans l’épiscopat, soyez sûr que vous n’aurez plus rien de commun avec les évêques et les prêtres de Dieu […] et que vous n’aurez aucune place parmi eux. » (Lettre 17 à Nestorius, dans PG, 77/107.)

Si on ajoute ce qui s’est passé lors du concile d’Éphèse, tout cela fait suffisamment voir quelle importance saint Cyrille attribuait à l’évêque de Rome, puisqu’en condamnant et en déposant Nestorius, il a bien montré qu’il n’agissait que comme l’exécuteur et le ministre de ce pontife.

Au sujet de ce même concile et de la Papauté, nous pouvons ajouter cette phrase de saint Cyrille :

« Car il [Pape Sixte III] a écrit ce qu’il était en accord avec le saint synode [le Concile d’Ephèse], et a confirmé tous ses actes, et est en accord avec nous » (Lettre 40 à Acace de Meletine)

Nous pouvons ajouter :

« De même que le Christ a reçu du Père le sceptre pour gouverner l’Église des nations, comme un chef qui, sorti d’Israël, placé au-dessus de tout pouvoir et de toute puissance, domine sur tout ce qui existe, au point que tout être se prosterne devant lui, ainsi le Christ a remis en plénitude son pouvoir à saint Pierre et à ses successeurs. » (Des Trésors, Thesaurus de sancta et consubstantiali Trinitate, cité par Saint Thomas d’Aquin dans son traité Contre les erreurs des grecs aux chapitre 34, § 1121 dans l’édition Marietti)

Et encore :

« C’est au Siège apostolique des évêques de Rome et à lui seul qu’il appartient de reprendre, de corriger, de décider, de délier, d’ordonner et de lier au nom de celui qui l’a établi. »

Concile d’Ephèse (431)

Ce concile est une manifestation éclatante de la soumission de l’Eglise universelle au pontife romain comme à son chef. Cet épisode est traité dans cet article.

Saint Vincent de Lérins (mort vers 450)

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Ce saint moine rédigea en 434 un Commonitorium où il énonce les critères qui permettent de savoir si une doctrine est orthodoxe ou hérétique. Il écrit en son chapitre VI :

« C’est un grand exemple que celui de ces bien- heureux, et tout à fait divin, digne aussi d’être repris par tous les vrais catholiques dans une infatigable méditation : en effet, rayonnant, comme le chandelier à sept branches, des sept lumières du Saint Esprit, ils ont en effet révélé à la postérité le principe très lumineux grâce auquel, plus tard, dans tous les vains propos des erreurs, l’audace d’une nouveauté profane serait laminée par l’autorité de la sainte antiquité. La méthode à coup sûr, n’est pas nouvelle, puisque ce fut dans l’Église une coutume toujours en vigueur que, plus chacun était religieux, plus rapidement il s’opposait aux inventions nouvelles. Tout est rempli de tels exemples. Pour faire court, nous n’en citerons qu’un seul, emprunté de préférence au siège apostolique, afin que tous voient, plus clairement que le jour, avec quelle vigueur, quelle ardeur, quels efforts, les bienheureux successeurs des bienheureux apôtres, ont défendu l’intégrité de la religion traditionnelle. Jadis Agrippinus, de vénérable mémoire, évêque de Carthage, fut le premier de tous les mortels qui pensa, contrairement au canon divin, contrairement à la règle de l’Église universelle, contrairement à l’opinion de tous ses confrères, contrairement aux usages et aux institutions des aïeux, que l’on devait rebaptiser [les hérétiques]. Cette théorie trompeuse apporta tant de mal qu’elle fournit non seulement une procédure sacrilège aux hérétiques, mais en outre à certains catholiques une occasion d’erreur. Comme, de toute part, tous protestaient contre la nouveauté de ce rite et que tous les évêques, en tous pays, résistaient chacun dans la mesure de sa vigueur, le pape Étienne, de bienheureuse mémoire, qui occupait le siège apostolique, y fit opposition, avec tous ses autres collègues il est vrai, mais plus qu’eux néanmoins, car il trouvait normal, je pense, de surpasser tous les autres par le dévouement de sa foi autant qu’il les dominait par l’autorité de sa charge. »

Commentaire de l’abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI (1803-1859) :

« Tout l’ensemble de ce passage, où il n’est question ni du sénat ni de l’empereur, mais du siège spécialement nommé apostolique, tout ce passage montre que l’autorité du lieu, grâce à laquelle le pape surpassait les autres évêques, était l’autorité religieuse de Rome etnon son autorité politique. Le choix même du mot autorité le prouve; s’il s’agissait du relief donné à Etienne par la capitale du monde, on aurait parlé de la splendeur, de la célébrité, de la majesté de cette ville, expressions ne risquant pas de devenir amphibologiques comme celle dont a usé saint Vincent, qui, en rapprochant les idées de supériorité dans Etienne et d’autorité dans le lieu, nous porte nécessairement à croire que les deux choses corrélatives étaient de même nature et de l’ordre ecclésiastique. D’ailleurs, son second extrait expliquera le premier. » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome 1, page 118-119, note de bas de page)

A la fin du Commonitorium, saint Vincent de Lérins récapitule les preuves que lui ont fournies la Bible et l’usageconstant des conciles, puis il ajoute :

« Tout cela suffit abondamment et surabondamment, sans doute, à l’extinction totale des profanes nouveautés ; cependant, afin qu’il ne parût rien manquer à la plénitude des preuves, quelque grande qu’elle soit déjà, nous avons rapporté, en ter-minant, deux autorités du siège apostolique, l’une du saint pape Sixte, qui fait aujourd’hui l’ornement de l’église romaine, et une autre de son prédécesseur, le pape Célestin, de bienheureuse mémoire, que nous avons jugé nécessaire de répéter encore ici. » (Commonitorium, XXIII)

NB : ce Commonitorium peut prêter à confusion, nous suggérons de lire cet article pour l’appréhender correctement.

« C’est ainsi que l’ouvrage du moine de Lérins commenceet se termine par deux passages élogieux en l’honneurde la papauté ; le premier nous apprend que l’évêque deRome surpasse tous les autres évêques par l’autorité quedonne à cette ville la présence du siège de saint Pierre ; le second montre saint Vincent qui, après avoir cité la Bible et les conciles, après avoir terrassé l’hérésie sous sescoups, appréhende, tout victorieux qu’il est, de paraîtren’avoir pas su employer toutes ses armes. Qu’a-t-il donc oublié, lui qui a invoqué les témoignages de l’Eglise uni-verselle et de l’Ecriture sainte ? Pour quelle autorité y a-t-il donc place entre ces deux oracles du christianisme ? Quelle est donc cette autre parole sacrée que les fidèles regretteraient de n’avoir pas entendue, même à la suite de tant de paroles infaillibles et divines ? C’est la décisionde la papauté. Saint Vincent la donne, et se réjouit en voyant que rien ne manque plus à sa triomphante démonstration.

Par conséquent, ce que saint Vincent dit des papes suppose en eux une prééminence, et ce que, d’accord avec tous les chrétiens et les papes eux-mêmes, il leur dénie, ne touche en rien aux privilèges dont on croit le Saint-Siège investi. » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome 1, page 119-120)

Saint Sixte III (440)

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« Le bienheureux Pierre dans ses successeurs a livré ce qu’il a reçu. Qui serait disposé à se séparer de la doctrine dont le Maître lui-même a instruit le premier parmi les apôtres? » (Lettre VI à Jean d’Antioche)

Socrate le Scolastique (vers 380-450)

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« Mais saint Jules Ier, l’évêque de la ville de Rome, n’y prit pas part lui non plus [au concile d’Antioche, réuni à l’instigation d’Eusèbe de Nicomédie, chef du parti arien] et n’y envoya personne pour l’y représenter, alors que pourtant la loi de l’Église interdit de rien décider sans l’accord de l’évêque de Rome. » (Histoire ecclésiastique, Livre II, chapitre 8 dans PG, 67/195.)

Sozomène de Constantinople (375-450)

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« Les Évêques d’Egypte ayant écrit que ces accusations n’étaient que des calomnies, et Jules ayant jugé qu’Athanase n’était pas en sûreté, le manda à Rome. Il fit réponse dans le même temps, à la lettre des Evêques qui s’étaient rassemblés à Antioche, les accusant d’introduire lourdement des nouveautés contraires à la doctrine du Concile de Nicée ; d’avoir violé les règles de l’Eglise, en tenant un Concile sans l’y avoir invité, parce qu’il y a un Canon, qui déclare nul, tout ce qui est fait sans la participation de l’Evêque de Rome ; de n’avoir rien fait selon l’ordre de la justice, ni à Tyr, ni à Maréote contre Athanase ; que tout ce qui avoir été fait à Tyr, était ruiné par l’accusation calomnieuse de la main d’Arsène ; et tout ce qui avait été fait à Maréote en l’absence d’Athanase. Sur la fin de sa réponse, il se plaignait de la fierté avec laquelle leur lettre était écrite. » (Histoire ecclésiastique, Livre III, chapitre 10 dans PG, 67/1058.)

Saint Prosper d’Aquitaine (vers 390-vers 463)

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« Rome, le siège de saint Pierre, a été établie à la tête du monde en recevant l’honneur de la charge pastorale et tout ce que les armes ne lui ont pas donné, elle le possède par le pouvoir de la religion. » (Poème sur les ingrats, I, PL 51, 97)

Saint Pierre Chrysologue (vers 380-450/451)

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« Nous vous exhortons, vénérable frère, à vous soumettre en toute chose à ce qu’a écrit le bienheureux Evêque de Rome, car saint Pierre, qui vit et préside en son siège, communique la vraie foi à ceux qui la cherchent. Pour notre part, pour l’amour de la paix et le bien de la vraie foi, nous ne pouvons pas juger des questions de doctrine sans le consentement de l’Evêque de Rome. » (Lettre XXV)

Saint Léon le Grand (vers 395-461)

Parmi les célèbres monuments de l’antiquité chrétienne témoignant de la Papauté, certains sermons de saint Léon le Grand tiennent une bonne place. Il s’agit de ceux qu’il prononçait chaque année lors du jour anniversaire de son élection à la Papauté. Ces sermons sont intitulés « Sermons pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat ». Nous pourrions dire que tout est dans le titre et qu’il n’est même pas nécessaire d’en produire les passages les plus significatifs, cependant nous ne voudrions pas priver nos lecteurs de ces morceaux d’anthologie de la littérature patristique où saint Léon va même jusqu’à dire que saint Pierre vivait et enseignait par la bouche de ses successeurs :

« A cette réunion, j’en ai la confiance, ne manque pas non plus la pieuse bienveillance et le sincère amour de saint Pierre, pas plus qu’il n’est absent de votre dévotion […] et il approuve donc cette charité parfaitement ordonnée de toute l’Eglise qui accueille Pierre sur le siège de Pierre et ne laisse pas s’attiédir son amour envers un si grand pasteur, même quand il porte sur la pardonne d’un héritier si inégal au modèle. » (Sermon 2 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2, PL, 54/143-144)

« En outre, comme suite à cette assistance essentielle et éternelle, nous avons reçu la protection et l’appui de l’apôtre qui, certes, ne se relâche pas de sa fonction ; et ce solide fondement sur lequel s’élève de toute sa hauteur l’édifice de l’Eglise ne se lasse aucunement de porter la masse du temple qui repose sur lui. En effet, elle ne défaille pas, la fermeté de cette foi qui fut louée par le Prince des apôtres ; et de même que demeure ce que saint Pierre a cru dans le Christ, ainsi demeure ce que le Christ a établi en saint Pierre. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2, PL, 54/145-146)

 

« Le bienheureux Pierre, conservant toujours cette consistance de pierre qu’il a reçue, n’a pas abandonné le gouvernail de l’Église […]. Si donc nous faisons, quelque chose de bon, si nous pénétrons avec justesse dans les questions, si quelque chose est gagné de la miséricorde de Dieu par nos supplications quotidiennes, c’est l’œuvre, c’est le mérite de celui dont la puissance vit et dont l’autorité commande dans son Siège […] À celui qu’ils savent non seulement être le maître de ce Siège, mais aussi le primat de tous les évêques. Qui par conséquent […] croient qu’il parle par son représentant que nous sommes. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 3 et 4)

« Seul saint Pierre est choisi dans le monde entier, pour être mis à la tête de toutes les nations qui seront appelées à la foi, pour être établi le chef de tous les apôtres et de tous les pères de l’Église. De la sorte, bien que le peuple de Dieu comprenne bien des prêtres et bien des pasteurs, c’est cependant saint Pierre qui les gouverne tous, comme ceux dont le Christ est le chef, et qu’il gouverne lui aussi. Très chers, Dieu a daigné attribuer à cet homme une destinée grande et admirable en l’admettant à partager sa puissance, et si Dieu a voulu que les autres chefs partagent avec lui quelque prérogative, il n’accorde jamais que par l’entremise de saint Pierre ce qu’il ne leur refuse pas » (Sermon 4 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2 – PL, 54 / 149-150)

« Saint Pierre ne cesse de présider à son siège et conserve une participation sans fin avec le souverain prêtre. La fermeté qu’il a reçu de la pierre qui est le Christ, lui, devenu également Pierre, il la transmet aussi à ses héritiers ; et, partout où paraît quelque fermeté, se manifeste indubitablement la force du pasteur. […] Qui sera assez ignorant ou assez envieux pour mésestimer la gloire de saint Pierre et croire qu’il y ait des portions de l’Eglise qui échappent à la sollicitude de son gouvernement et ne s’accroissent pas avec lui ? » (Sermon 5 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 4, PL, 54/155)

Ce pape manifesta encore l’éclat de la Papauté en d’autres endroits :

« Comme mes prédécesseurs l’ont fait pour les vôtres, j’ai moi-même délégué à votre charité le pouvoir de représenter mon propre gouvernement, afin que vous puissiez me venir en aide […] dans la charge qui nous incombe en vertu de l’institution divine qui nous oblige à veiller comme chef suprême sur toutes les églises. Vous serez ainsi présent aux églises qui sont les plus éloignées de nous, comme si vous les visitiez à notre place. […] Cette union demande sans doute l’unanimité de sentiments dans le corps entier, mais surtout le concert entre les évêques. Quoique ceux-ci aient une même dignité, ils ne sont pas cependant tous placés au même rang, puisque parmi les apôtres eux-mêmes il y avait différence d’autorité avec ressemblance d’honneur, et que, quoiqu’ils fussent tous également choisis, un d’entre eux néanmoins jouissait de la prééminence sur tous les autres. C’est sur ce modèle qu’on a établi une distinction entre les évêques, et qu’on a très-sagement réglé que tous ne s’attribueraient pas indistinctement tout pouvoir, mais qu’il y en aurait dans chaque province qui auraient le droit d’initiative par-dessus leurs confrères, et que les évêques établis dans les villes les plus considérables, auraient aussi une juridiction plus étendue, en servant ainsi comme d’intermédiaire pour concentrer dans le siège de Pierre le gouvernement de l’Eglise universelle, et maintenir tous les membres en parfait accord avec leur chef. » (Lettre 84 à Anastase, évêque de Thessalonique, chapitre 11, PL, 54/668, 675-676)

« Ce sont là, ô Rome, les deux hérauts qui ont fait resplendir tes yeux l’Évangile du Christ. Ce sont là tes pères et tes vrais pasteurs qui, pour t’introduire dans le royaume céleste, ont su te fonder, beaucoup mieux et avec bien plus de bonheur que ceux qui se donnèrent la peine de poser les premiers fondements de tes murailles. […] Ce sont ces deux apôtres qui t’ont élevée à un tel degré de gloire, que tu es devenue la nation sainte, le peuple choisi, la cité sacerdotale et royale, et, par le siège sacré du bienheureux Pierre, la capitale du monde ; en sorte que la suprématie qui te vient de la religion divine, s’étend plus loin que jamais ne s’est portée ta domination terrestre » (Premier sermon pour la fête des saints apôtres Pierre et Paul, chapitre 1, PL 54/422-423)

Il le fit encore en donnant tel un chef les ordres suivant au concile de Chalcédoine :

« C’est pourquoi, très chers frères, nous récusons absolument l’audace de ceux qui contestent la foi divinement révélée et nous voulons que cesse cette vaine infidélité des partisans de l’erreur. Nous interdisons de défendre ce qu’il n’est pas permis de croire. Nous avons en effet parfaitement et très clairement déclaré dans notre lettre adressée à l’évêque Flavien de bienheureuse mémoire quelle doit être la sainte et authentique profession de foi dans le mystère de l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et nous l’avons fait en nous appuyant sur l’autorité des Evangiles, sur les paroles des prophètes et sur l’enseignement des apôtres. » (Lettre 93, chapitre 2, PL, 54/937-939)

Voyons d’ailleurs immédiatement comment le concile de Chalcédoine est lui aussi un hymne tonitruant à l’autorité papale !

Le concile de Chalcédoine (451)

Convoqué par le pape saint Léon Ier sur demande de l’empereur Byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie. Se tint du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte Ephémie de la ville éponyme, sur l’actuelle rive asiatique d’Istanbul. Il réunit 343 évêques (un record) dont quatre seulement viennent d’Occident. Le concile de Chalcédoine (451) fut-il un triomphe de la Papauté ou un tribunal qui le condamna ? Les deux thèses ont leurs arguments. Les anti-romains affirment que son 28è canon en est une condamnation sans appel. Nous démontrerons dans notre article consacré à la quesrion non seulement comment ce concile prouve comment l’Eglise se savait soumise tout entière et par le droit divin au successeur de saint Pierre, Evêque de Rome, mais encore comment l’introduction de son 28è canon confirme encore cette vérité.

Empereur Valentinien III (419-455)

Image illustrative de l’article Valentinien III

« La primauté du Siège Apostolique ayant été établie par le mérite de l’Apôtre Pierre, par la dignité de la ville de Rome, et par l’autorité du Saint-Synode, qui n’a pas prétendu pouvoir s’arroger quelque chose contre l’autorité de ce siège. Car la paix ne peut être universellement conservée que si toute l’Église reconnaît son maître. »

Précisons que dans la pensée de Valentinien III, ce n’est nullement le Saint-Synode (concile) qui a attribué son autorité au siège de Rome. Mais le Saint-Synode a témoigné de manière éclatante de l’existence de cette autorité en ne s’arrogeant rien contre ce siège, alors même que lui-même en tant que concile représentait l’Eglise universelle.

Théodoret de Cyr (393-458)

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« Athanase, ayant eu connaissance des pièges qu’on lui tendait, s’échappa furtivement et prit sa route vers l’occident. Car les Eusébiens avaient prévenu par lettres l’évêque Jules, qui gouvernait alors l’Eglise de Rome, des accusations qu’ils portaient faussement contre Athanase. Jules, conformément à la règle de l’Eglise, manda à Rome les accusateurs, et invita saint Athanase à venir lui-même défendre sa cause. Athanase n’eut pas plus tôt reçu cette invitation, qu’il se mit en devoir d’y répondre. Quant aux auteurs de tout ce tumulte, ils se gardèrent bien de se rendre Rome, persuadés qu’ils étaient que leurs mensonges y seraient découverts. » (Histoire ecclésiastique, livre II, chapitre 4)

Théodoret de Cyr en appelle en ces termes au pape saint Léon de l’injuste déposition qu’il avait subie de la part de Dioscore d’Alexandrie :

« Mais en ce qui me concerne, j’attends la décision de votre siège apostolique, priant et attestant Votre Sainteté de me venir en aide, et faisant appel à votre tribunal pour obtenir une sentence droite et juste. […] Je demande avant tout à recevoir votre instruction, pour savoir si je dois ou non m’incliner devant cette injuste déposition. J’attends votre jugement. Si vous me demandez de m’en tenir à ce qui a déjà été jugé, j’en resterai là et loin de m’en prendre jamais à quiconque, j’attendrai de notre Dieu et Sauveur un jugement juste. » (Lettre 113 au pape saint Léon le Grand dans PG, 83/1315-1318.)

Saint Félix III (vers 440-492)

« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise : à cette parole, les trois cent dix-huit Pères, réunis à Nicée, demandèrent à la sainte Eglise Romaine de confirmer et de sanctionner par son autorité ce qui avait été fait. » (Lettre IV, année 483 ; in : Dion. Exig.. In praefat. conc. Nie)

Saint Gélase (mort en 496)

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« Si nous venions à les perdre [la vraie foi et la communion de l’Eglise], ce qu’à Dieu ne plaise, comment quoi que ce soit pourrait-être restauré, surtout si, à son sommet, le Siège apostolique, était devenu teinté d’hérésie, ce que Dieu ne permettrait jamais. […] Si, à Dieu ne plaise, je devenais complice de l’hérésie perverse, j’aurai moi-même besoin d’un remède, plutôt que de pouvoir d’offrir un remède à d’autres ; et le siège du  bienheureux Pierre chercherait un remède ailleurs, plutôt que d’offrir lui-même un remède à autrui, ce que Dieu ne permettrait jamais. […] Par conséquent, les Orientaux restent fermes dans la foi catholique, car ils me voient la défendre et sont encouragés par moi. » (Lettre I, aux Evêques d’Orient)

« Pierre brilla dans cette capitale [Rome] par la sublime puissance de sa doctrine, et il eut 1lhonneur d’y répandre glorieusement son sang. C’est là qu’il repose pour toujours, et qu’il assure à ce Siège béni [le siège de Rome] par lui de n’être jamais vaincu par les portes de l’enfer » (Décrétale 14 intitulée De responsione ad Graecos)

« Et s’il est normal que le coeur des fidèles se soumette à tous les prêtres en général qui s’acquittent convenablement de leurs divines fonctions, combien plus l’unanimité doit-elle se faire autour du préposé à ce siège, à qui la divinité suprême a voulu donner la prééminence sur tous les prêtres et que la piété universelle de l’Eglise a dans la suite constamment célébré ? » (Lettre Famuli vestrae pietatis, à l’empereur Anastase 1er 494)

Décret gélasien (496)

« Nous avons considéré qu’il faut annoncer que bien que toutes les Eglises catholiques se répandent à travers le monde comprennent une chambre nuptiale du Christ, néanmoins, La sainte romaine n’est pas placée devant les autres églises par des édits de synodes, mais elle a la primauté de par la parole évangélique du Seigneur et Sauveur disant : ‘Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront pas‘À cela s’est ajouté également la compagnie du très bienheureux Paul, le vase d’élection : ce n’est pas un autre moment, comme le disent sottement les hérétiques, mais au même moment, le même jour, par une mort glorieuse avec saint Pierre, qu’il a été couronné en combattant, dans la Ville de Rome, sous l’empereur Néron : et de la même manière ils ont consacré au Christ l’église romaine susdite, et par leur présence et triomphe vénérable ils l’ont placée avant toutes les autres villes dans le monde entier. Le premier siège de l’apôtre Pierre est donc l’église romaine qui n’a ni tache, ni ride, ni rien de semblable [Ephésiens V, 27]. […] Et bien que personne ne puisse poser d’autre fondement que celui qui a été posé et qui est Jésus Christ (voir 1Co 3,11), l’Eglise sainte, c’est-à-dire l’Eglise romaine, n’interdit pas que pour son édification, outre les Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testament que nous recevons selon la règle, soient reçus également ces autres écrits, à savoir : […] » (Lettre décrétale sur les livres à recevoir ou à ne pas recevoir, aussi nommée Décret de Gélase ou Décret gélasien, III et IV, DS 350, 351 et 352)

Ce document est appelé Décret Gélasien traditionnellement daté de 496, mais dont la date doit peut-être être repoussée jusqu’en 523, année de la mort du Pape saint Hormisdas. Nous ne connaissons pas son auteur. Toutefois, on consultera avec fruits l’étude du Père Albert DUFOURCQ intitulée Vues nouvelles sur le décret gélasien et sur le pape Damase (Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Année 1909, 53-11, pp. 820-825) en cliquant ici. Ce document anonyme n’a donc sans doute aps l’autorité du Pape saint Gélase, toutefois il doit quand même refléter la doctrine générale de l’époque de sa rédaction. Dans le cas contraire son auteur n’aurait jamais pu songer à l’écrire et encore moins à le mettre sous le nom de Gélase. Et quand même l’aurait-il fait, jamais il n’aurait obtenu aussi vite une autorité aussi grande, surtout en lui reconnaissant une origine papale.

Saint Fulgence de Ruspe (vers 465-vers 530)

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« Ce que l’Église romaine tient et enseigne, l’univers chrétien tout entier le croit sans hésitation avec elle » (De incarnatione et gracia Christi, chapitre 11, CPL 822)

Saint Hormisdas Ier (450-523)

Image illustrative de l’article Hormisdas

Ce Pape envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui déchiraient l’Orient – le 1er août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire, et y souscrivirent, preuve qu’ils adhéraient à son contenu. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi juste et de ne s’écarter d’aucune façon des décrets des pères. Et parce qu’il n’est pas possible de négliger la parole de notre Seigneur Jésus Christ qui dit :  » Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise  » Mt 16,18, ce qui a été dit est prouvé par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du Siège apostolique [autre version du texte: c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. Ne voulant donc nous séparer d’aucune façon de cette espérance et de cette foi, et suivant en toutes choses ce qu’ont décrété les pères, nous anathématisons tous les hérétiques, et principalement l’hérétique Nestorius qui fut jadis évêque de la ville de Constantinople, condamné au concile d’Ephèse par Célestin, le pape de la ville de Rome, et par saint (l’homme vénérable) Cyrille, l’évêque de la ville d’Alexandrie ; avec celui-ci (de même)nous anathématisons Eutychès et Dioscore d’Alexandrie, condamnés au saint synode de Chalcédoine que nous suivons et embrassons ( qui, suivant le saint concile de Nicée, a proclamé la foi apostolique). Nous y ajoutons (nous exécrons également) le criminel Timothée, surnommé Aelure, ainsi que son disciple et partisan en toutes choses Pierre d’Alexandrie ; et de même nous condamnons (également) et nous anathématisons Acace, jadis évêque de Constantinople, condamné par le Siège apostolique, leur complice et partisan, et ceux qui sont restés en communion avec eux ; car (Acace), s’étant joint à leur communion, a mérité la même sentence de condamnation. De même nous condamnons Pierre d’Antioche avec tous ceux qui l’ont suivi et les partisans de ceux qui ont été mentionnés plus haut. (Mais) c’est pourquoi nous recevons et approuvons toutes les lettres du bienheureux pape Léon, qu’il a écrites touchant la religion chrétienne. Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère (donc) mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie (et parfaite) la solidité de la religion chrétienne. Nous promettons (je promets) aussi que (à l’avenir) les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Eglise catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. (Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés.) Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise (envoyée) à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome. »

Empereur Justinien Ier (vers 482-565)

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« Justinien, victorieux, pieux, heureux, illustre, triomphant, toujours auguste ; à Jean, Patriarche et très-saint Archevêque de la ville de Rome. Honorant le siège apostolique et votre sainteté, pour laquelle nous n’avons jamais cessé de faire des vœux, que nous regardons comme notre père, nous nous sommes hâtés de lui donner connaissance de toutes les affaires qui concernent l’état ecclésiastique. Comme nous nous sommes toujours efforcés de maintenir l’unité de votre siège apostolique , et de maintenir les saintes églises de Dieu dans l’état où elles sont aujourd’hui, c’est-à-dire , dans la paix , et exemptes de toutes contrariétés , nous avons engagé tous les prêtres de l’Orient à s’unir et se soumettre à votre sainteté : mais à présent que de nouveaux doutes se sont élevés, quoique sur des choses claires et certaines, et conformes à la doctrine de votre siège apostolique , fermement gardée et professée par tous les prêtres, nous avons cependant cru nécessaire d’en instruire votre sainteté ; car nous ne souffrons pas que les affaires qui naissent au sujet de la religion, quoique simples et non douteuses, soient agitées sans que votre sainteté en soit instruite , elle qui est le chef de l’église, car nous nous efforcerons toujours, comme nous avons dit, d’accroître l’honneur et l’autorité de votre siège. » (Lettre de l’empereur Justinien au pape Jean II, Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

Jean II (470-533)

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Jean, Évêque de Rome, à notre très-illustre et très-clément fils Auguste Justinien.

Outre les éloges mérités qu’on peut donner à votre sagesse et à votre douceur, le plus chrétien des princes, vous êtes distingué encore comme un astre radieux, par l’amour de la foi et de la charité ; et instruit, sur ce qui concerne la discipline ecclésiastique, vous avez conservé la doctrine de la prééminence du siège de Rome ; vous lui avez soumis toutes choses, et vous avez ramené l’unité dans l’Eglise. […] Les seuls qui soient opposés à votre profession de foi sont ceux dont l’Ecriture dit : Ils ont mis leur espérance dans le mensonge, et ils ont espéré dans le mensonge ; ou ceux qui, d’après le prophète, ont dit au Seigneur : Eloigne-toi de nous, nous ne voulons pas suivre tes voies ; ceux dont parle Salomon: Ils ont erré dans leurs propres voies y et ils amassent avec leurs mains des choses infructueuses. C’est donc là votre vraie foi et votre vraie religion, que tous les pères, d’heureuse mémoire, comme nous avons dit, ainsi que tous les chefs de l’Eglise romaine, que nous suivons en toutes choses, ont décidé ; ce que le Siège apostolique a jusqu’à présent prêché et gardé fermement ; et s’il existe quelqu’un qui soit opposé à cette confession et à cette Foi du chrétien, il les jugera lui-même hors de la sainte communion et de l’Eglise catholique. […] Fait à Rome, le 8 des calendes d’avril, sous le consulat de l’empereur Justinien, consul pour la quatrième fois, et de Paulinus. » (Pape Jean II, Lettre à l’empereur Justinien, in Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

Saint Césaire d’Arles (vers 470-542)

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« De même que l’épiscopat tire son origine de la personne du bienheureux Pierre, de même aussi est-il nécessaire que Votre Sainteté recoure à des prescriptions convenables, pour indiquer clairement à chaque église ce qu’elle doit observer. » (Exemplaire du livre offert par saint Césaire au pape Symmaque, PL, 62/53)

Pélage II (520-579)

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Ce Pape cassa les actes d’un synode tenu par et pour le patriarche de Constantinople. Son successeur saint Grégoire le Grand rapporte :

« Il y a huit ans, lorsque vivait encore notre prédécesseur Pelage, de sainte mémoire, notre confrère et coévêque Jean, prenant occasion d’une autre affaire, assembla un synode dans la ville de Constantinople, et s’efforça de prendre le titre d’universel ; dès que mon prédécesseur en eut connaissance, il envoya des lettres par lesquelles, en vertu de l’autorité de l’apôtre saint Pierre, il cassa les actes de ce synode. » (Lettres, livre V, lettre 43 à Euloge, évêque d’Alexandrie, et à Anastase, évêque d’Antioche)

Au sujet de cette affaire de titre d’ « Evêque universel », lire notre dossier sur le sujet.

Evagre la Scholastique (vers 536-vers 594)

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Cet historien de l’Eglise prit la suite de l’Histoire ecclésiastique de Théodoret de Cyr. Il « reprend l’histoire là où il l’avait laissé », à savoir en 431, lors du concile d’Ephèse. C’est ainsi que dès le début de son ouvrage, il rapporte la condamnation de Nestorius en mentionnant celle-ci comme s’étant faite, entre autres, en conformité avec « la lettre de Célestin Évêque de Rome, notre très saint Père » :

« Et après avoir reconnu tant par ses lettres, et par ses autres ouvrages qui ont été lus ; par les discours qu’il a tenus dans cette ville Métropolitaine, que par la déposition de plusieurs témoins, qu’il croit, et qu’il enseigne des erreurs, et après avoir versé des larmes en abondance, nous avons été contraints par l’autorité des Canons, et par la lettre de Célestin Évêque de Rome, notre très saint Père, et Collègue, de rendre la triste et fâcheuse Sentence qui suit. Jésus-Christ notre Seigneur, que Nestorius a offensé par ses blasphèmes, l’a déclaré par ce saint Concile, privé de la dignité Épiscopale, et exclus de toutes les assemblées des Ministres de l’Église. » (Histoire ecclésiastique, I, 4)

Saint Grégoire le Grand (vers 540-604)

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L’un des arguments favoris des ennemis de la Papauté est que saint Grégoire le Grand a refusé les titres de « pape universel » et d’ « évêque universel ». Il s’agit en réalité d’une décision prise par humilité pour ne pas détrôner ses confrères évêques de leurs fonctions. Nous développons cette affaire et démontrons que ce saint Evêque de Rome a bel et bien agit comme un Pape au sens catholique du terme ! Trouver notre étude en cliquant ici.

Saint Isidore de Séville (560 et 570-)

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« Les décrets du Pontife romain, se tenant sur la suprématie du Siège apostolique, sont incontestables. » (PL, 84)

Saint Maxime Le Confesseur (580-662)

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« Toutes les parties de l’univers et tous ceux qui reconnaissent partout le Seigneur avec une foi véritable et authentique se tournent comme vers le soleil vers la sainte Eglise de Rome, et considèrent sa profession de foi, dont Ils attendent l’éclat de sa lumière. […] C’est dès le commencement, lorsque le Verbe de Dieu descendit jusqu’à nous en assumant notre chair, tous les chrétiens ont toujours regardé et regardent encore comme l’unique base solide, l’unique fondement de l’Eglise le siège suprême qui se trouve en cette église de Rome, celui que, d’après la promesse du Sauveur, les portes de l’enfer ne sauraient vaincre et qui possède les clefs de la vraie foi et de l’authentique confession, celui chez qui tous ceux qui s’approchent avec une piété sincère se voient ouvrir l’accès à l’unique religion, celui qui rend les hérétiques muets et ôte la parole de la bouche de ceux qui profèrent l’iniquité en présence du Tout-Puissant. » (Lettre à Marin de Chypre, PG, 91/138-139)

Saint Agathon (574-681) et le IIIè concile de Constantinople (680-681)

Si je vous demande quand fut proclamé le dogme de l’infaillibilité papale, vous me répondrez sans doute : « En 1870 au concile Vatican I ! » Et vous auriez entièrement raison car c’est à cette occasion que l’infaillibilité du Pape qui trouve ses racines dans l’Ecriture Sainte et qui est attesté par toute l’antiquité chrétienne fut solennellement défini comme un dogme. Seulement voilà, un épisode méconnu de l’histoire de l’Eglise nous montre que cette infaillibilité personnelle de l’Evêque de Rome, successeur de saint Pierre avait déjà été matériellement proclamée des 681 lors du IIIè concile de Constantinople (680-681). Cela se passa en deux temps. Tout d’abord le Pape saint Agathon (574-681) écrivit deux Lettres explicites sur le sujet, puis elles furent approuvées par le concile. Le déroulé des événements est décrit dans cet article.

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes qui liraient notre article que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leur église. Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné sur la Papauté, le Filioque et le célibat sacerdotal, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents.

Le concile « in Trullo » (691-692)

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Les adversaires de la Papauté opposent le 36è canon du concile « in Trullo », celui-ci disposant :

« Renouvelant la législation des cent cinquante saints pères, qui se sont réunis dans cette ville impériale gardée de Dieu, et des six cent trente qui se sont rassemblés à Chalcédoine, nous décrétons, que le siège de Constantinople jouira des mêmes privilèges que le siège de l’ancienne Rome et obtiendra dans les affaires de l’Eglise la même grandeur que celui-ci, venant second après lui ; le siège de la grande ville d’Alexandrie sera compté ensuite, puis celui de Antioche, et après celui-ci, le siège de la ville de Jérusalem. » (Canon 36)

Ils en déduisent comme pour le concile de Chalcédoine (le concile « in Trullo » ne faisant que le reprendre) que la primauté romaine était considérée dans l’Eglise antique comme de droit ecclésiastique et non de droit divin.

Le vrai sens du 28è canon du concile de Chaclédoine auquel il est fait référence est exposé dans notre article Le 28è canon du concile de Chalcédoine (451).

Notons en plus que lors du concile de Chalcédoine, en 451, l’empire romain d’Occident existait encore, pour ne disparaître qu’en 476. Aussi, malgré le transfert de la capitale impériale à Milan en 268, puis à Ravenne en 402, le Sénat resta toujours à Rome, jusqu’au bout. Le concile pouvait donc avoir des réticences à retirer la primauté au siège de Rome si, comme les adversaires de la Papauté le pensent, ils n’auraient considéré le primauté romaine que comme une simple coutume, dépendante de l’autorité politique (ce qui est faux comme le prouve notre article). Mais lors du concile in Trullo, l’empire romain d’Occident avait disparu depuis plus de 200 ans, et l’Italie avait été reconquise par l’empire romain d’Orient suite à la Guerre des Goths (535-553). L’empire d’Orient avait alors organisé sa nouvelle conquête en créant l’Exarchat de Ravenne, dans laquelle se trouvait Rome. Au moment du concile in Trullo, la ville de Rome était donc civilement non seulement subordonnée à Constantinople, mais en plus n’était même pas la capitale de la province dans laquelle elle se trouvait. Pourtant les Evêques du concile in Trullo maintiennent leur revendication d’un second rang pour Constantinople, au lieu de réclamer le premier, ce qui n’aurait aucun sens si la primauté romaine avait été d’origine politique !

Les Fausses décrétales

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De nombreux ennemis de la Papauté affirment que les évêques de Rome n’ont assis leur suprématie et instaurée la monarchie papale qu’à partir de la fin du VIIIème siècle sous le Pape Adrien Ier (772-795). Ils affirment que ce dernier fit rédiger des Fausses Décrétales par un sbire, prétendant être des documents des papes antérieurs affirmant avec force la doctrine de la papauté. Il les aurait ensuite remis à l’évêque de Metz, acquis à sa cause afin que ce dernier propage les « mensonges papaux » pour imposer la domination romaine. Ces Fausses Décrétales, rédigées par l’évêque fictif Isidore Mercator donnent lieu à l’affaire des Fausses Décrétales d’Isidore Mercator.

La réalité est très loin de cette présentation. Dans ce lien, et dans celui-ci, vous trouverez deux livres historiques sur la Papauté traitant tous les deux entre autre de cette affaire et la démystifient. Je vous propose également in extenso ci-dessous ce que dit le Dictionnaire de Théologie Catholique des abbés VACANT et MANGENOT à l’article Décrétales (les fausses) : cliquer ici.

Saint Théodore Studite (759-826)

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« Au très saint et souverain Père des Pères, à mon Seigneur Léon, Pape apostolique, Théodore, très humble prêtre et higoumène de Stoudion. Puisque c’est à Pierre le grand que le Christ notre Dieu, après lui avoir donné les clés du royaume des cieux, a conféré la dignité de chef du troupeau, c’est à Pierre, c’est-à-dire à son successeur, qu’il faut soumettre toutes les nouveautés hérétiques introduites dans l’Église universelle par ceux qui s’écartent de la vérité. » (Lettres, livre Ier, 33 ; P. G., t. XCIX, col. 1017 Β : Έπειδήπερ Πέτρω τώ μεγάλω δέδωκε Χρίστος ό Θεός μετά τας κλείς της βασιλείας τών ουρανών και το της ποιμνιαρχίας αξίωμα’ προς Πέτρον ήτοι τον αύτοΰ διάδοχον ότιοΰν καινοτομούμενον έν τη Καθολίκί) ‘Εκκλησία παρά τών άποσφαλλομένων της αληθείας άναγκαϊον άναφέρεσθαι)

Saint Théodore Studite, né à Constantinople en 759, mort en exil au monastère bithynien de Saint-Tryphon, dans la presqu’île d’Acritas ou de Touzla, le 11 novembre 826, a précédé d’une génération seulement Photius, puisque ce trop célèbre fauteur du schisme oriental avait vu le jour en 820. Il y a donc un intérêt spécial à connaître ce que pensait de la primauté du Pape cet illustre moine du couvent constantinopolitain de Stoudion, qui est, on l’a écrit très justement, « une des figures les plus attachantes de la Byzance impériale et la gloire de l’Église d’Orient au IXe siècle. On a pu dire de lui qu’il fut l’un des derniers catholiques de Constantinople, le dernier peut-être des écrivains ecclésiastiques grecs qui n’aient point connu l’asservissement aux empereurs; que son éloquence atteint parfois à l’éloquence de saint Jean Chrysostome et de Démosthène lui-même »

Aussi sa vision de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascène, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

Saint Cyrille (827/828 – 869) et saint Méthode (815/820-885)

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Ces deux frères évangélisateurs des salves reconnaissaient l’autorité du Pape de Rome. C’est d’ailleurs à lui qu’ils firent le rapport de leurs travaux apostoliques chez les slaves. Saint Cyrille mourut d’ailleurs à Rome. Aussi il est intéressant de savoir ce que ces deux saint très vénérés de l’église orthodoxe et contemporains de Photius pensaient de ce dernier. Nous suggérons à nos lecteur d’en prendre connaissance en lisant l’article Byzance et Photius dans les légendes slavonnes des saints Cyrille et Méthode par le Père Venance GRUMEL (dans Échos d’Orient, 1934, Volume 33, Numéro 175,  pp. 343-353)

IVème concile de Constantinople (870)

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Le Pape Adrien II fit souscrire au Formulaire d’Hormisdas mentionné plus haut, tous les Pères grecs et latins lors du IVème concile de Constantinople (10e session du 28 février 870) :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi orthodoxe […] On ne peut, en effet, négliger la parole de notre Seigneur Jésus-Christ qui dit : ‘Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église’ [Mt 16, 18]. Cette affirmation se vérifie dans les faits, car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique. Désireux de ne nous séparer en rien de sa foi et de sa doctrine […] nous espérons mériter de demeurer unis en cette communion que prêche le Siège apostolique, en qui réside, entière et vraie, la solidité de la religion chrétienne » (Ier Session)

Les Pères du Concile Vatican I – qui défini le dogme de l’infaillibilité pontificale – commentèrent ce texte comme il suit. Ils dirent de l’affirmation selon laquelle la promesse du Christ « s’est vérifié dans les faits » dans le siège de Rome :

« Ceci doit être entendu non seulement comme un simple fait (facto) mais aussi comme un droit (jure) constant et immuable, en [vertu] des paroles du Christ [« Tu es Pierre etc.»], qui demeurent immuables. Aussi longtemps que durera la pierre sur laquelle le Christ fonda l’Église, aussi longtemps la religion catholique et la doctrine sainte seront gardées immaculées dans le Siège apostolique, et ce de par le droit divin. […][L’infaillibilité pontificale] est parfaitement contenue dans le Formulaire d’Hormisdas (avec l’ajout d’Adrien II), qui dit: en vertu des paroles du Christ «Tu es Pierre etc.,», dans le Siège apostolique, c’est-à-dire par Pierre et par ceux qui lui succèdent en cette chaire, la religion et la doctrine ont toujours été gardées immaculées, et comme cela a été montré plus haut), de droit divin, elles seront toujours gardées [à l’avenir]. Ceci équivaut certainement à la proposition qui dit: les évêques romains qui occupent le Siège de Pierre sont, par rapport à la religion et à la doctrine, immunisés contre l’erreur » (Relatio de observationibus Reverendissimorum concilii Patrum in schema de romani pontificis primatu, in: Gerardus SCHNEEMANN, Acta et decreta sacrosancti oecumenici concilii Vaticani cum permultis aliis documentis concilium ejusque historiam spectantibus, Freiburg 1892, col. 281 – 284).

Finalement, Vatican I intégra une citation abrégée du Formulaire au chapitre 4 de Pastor aeternus, contenant la définition du dogme de l’Infaillibilite pontificale.

De plus, lors du même concile Adrien II, afin de montrer que nul n’a le droit de juger un pape, évoqua ensuite le cas du pape Symmaque, qui avait été accusé (calomnieusement) de plusieurs crimes. « Le roi d’Italie Théodoric, voulant attaquer le pape Symmaque jusqu’à ob­tenir sa condamnation en justice » convoqua de nombreux clercs de son royaume et leur dit que plusieurs crimes horribles avaient été commis par Symmaque. Il leur enjoignit de se réunir en synode et de « constater cela par un jugement ». Les prélats se réunirent par défé­rence pour le roi. Mais ils savaient que la « primauté » du pape ne permettait pas qu’il rut « soumis au jugement de ses inférieurs ». Que faire ? Juger un pape en violation du droit, ou bien encourir la colère du roi en refusant de s’ériger en juge ?

« À la fin, ces prélats vraiment vénérables, quand ils virent qu’ils ne pouvaient pas, sans autorisa­tion pontificale, porter leur main contre la tête [le pape] – et ce quels que fussent les actes du pape Symmaque dénoncés -, ils réservèrent tout au jugement de Dieu » (Mansi, t. XVI, col. 126).

Toujours en vue de montrer qu’il est illicite d’accuser et de juger un pape, Adrien II cita en exemple l’attitude de Jean, évêque d’Antioche. Ce prélat avait anathématisé un évêque, mais avait interdit de s’attaquer au pape. Jean n’avait pas hésité à ana­thématiser l’hérétique Cyrille, évêque d’Alexandrie ; et pourtant, ce même Jean écrivit dans une lettre au pape St. Célestin 1er, approuvée par le concile d’Éphèse (3e session), qu’il était illicite de juger le Siège de Rome, vénérable par l’ancienneté de son autorité.

« Si l’on donnait la licence à ceux qui veulent de maltraiter par des injures les Sièges plus anciens [majores = « plus anciens » ou « plus grands »] et de porter des sentences (contrairement aux lois et canons) contre eux, alors qu’ils n’ont aucun pouvoir contre ces Sièges, les affaires de l’Église iront jusqu’à la confusion extrême » (Mansi, t. XVI, col. 126)

Le discours d’Adrien II fit son effet. Les Pères du concile rédigèrent, en effet, un canon exprès contre certains Grecs qui prétendaient critiquer, voire juger des papes. L’Église catholique n’a jamais accepté une telle insolence :

« La parole de Dieu, que le Christ a dite aux saints apôtres et à ses disciples (« Qui vous reçoit me reçoit » [Matthieu X, 40] et « qui vous méprise me méprise » [Luc X, 16]), nous croyons qu’elle a été adressée aussi à tous ceux qui, après eux et à leur exemple, sont devenus souverains pontifes. […] Que personne ne rédige ni ne compose des écrits et des discours contre le très saint pape de l’ancienne Rome, sous prétexte de quelque prévarication dont il se serait rendu coupable [ou : sous prétexte de prétendues fautes qu’il aurait commises] ; ce qu’a fait récem­ment Photius, et Dioscore bien avant lui. Quiconque aura l’audace d’injurier par écrit ou sans écrit le Siège du prince des apôtres, Pierre, sera condamné comme eux. […] Si un concile universel est assemblé et qu’il s’élève quelque incertitude et controverse au sujet de la Sainte Église de Rome, il faut avec respect, en toute conve­nance, s’instruire sur la question émise, accepter la solution, en profiter ou y servir, sans avoir l’audace de prononcer contre les pontifes de l’ancienne Rome » (Xè session, Canon 21)

Les Papes contemporains du schisme d’Orient

En raison de tout ce qui vient d’être montré, c’est tout naturellement que les Papes qui ont vécu le schisme d’Orient ont exprimé comme une vérité évidente et acquise de tous l’institution divine de la Papauté, rendant illégitime les prétentions du siège de Constantinople. Nous pouvons citer deux papes.

D’abord saint Nicolas Ier (858-867) qui eut affaire à Photius, premier artisan du schisme :

« Tout l’ensemble des croyants s’adresse à la sainte église de Rome, tête de toutes les églises, pour lui demander la doctrine, l’intégrité de la foi, le pardon des offenses. Il est donc nécessaire qu’appelés à recevoir ces requêtes, nous y employons un grand soin. » (Lettre 12 à Photius, PL, 119/786)

Nous devons souligner que le pape saint Nicolas n’innove rien, il se limite à rendre compte d’un état de fait établi à la connaissance de tous par l’usage de l’Eglise universelle. En effet, ce n’est pas le pape qui cherche à imposer son autorité, mais c’est l’Eglise universelle elle-même qui accoure à Rome « pour lui demander la doctrine, l’intégrité de la foi« , ce qui signifie qu’elle est regardée comme infaillible, ainsi que pour lui demander « le pardon des offenses« , de la même manière que, comme nous l’avons vu, on accourait de toute part, d’Orient comme d’Occident pour y chercher la communion avec l’Eglise de Rome lorsqu’on revenait d’un schisme ou d’une hérésie, c’est l’universalité de juridiction. En clair cette simple phrase contient déjà en substance les définitions du concile Vatican I de 1870… Saint Nicolas dit encore :

« En outre, si vous ne Nous écoutez pas, il en résultera que nécessairement vous serez pour Nous tels que Notre-Seigneur prescrit de considérer ceux qui dédaignent écouter l’Église de Dieu ; d’autant plus que les privilèges de l’Église romaine, confirmés par la bouche du Christ dans le bienheureux Pierre, disposés dans l’Église elle-même, reconnus depuis les temps anciens, célébrés par les saints synodes universels, et vénérés constamment par toute l’Église, ne peuvent d’aucune manière être diminués, limités et modifiés, car le fondement que Dieu a posé, une entreprise humaine ne peut pas l’écarter et ce que Dieu a établi tient de façon ferme et solide. » (Lettre Proposueramus quidem, à l’empereur Michel l’Ivrogne du 28 septembre 865 dans DS 640)

Nous en profiterons pour indiquer que la réponse que nous faisons à une des objections Orthodoxes en faveur de Photius se trouve tout à le fin de cet article.

Vient en second saint Léon IX qui eut à mener les derniers combats pour éviter le schisme définitif, mais qui dut se résoudre juste avant sa mort en 1054 à signer la Bulle donnant pouvoir pour excommunier le patriarche Michel Cérulaire, disait à ce dernier :

« Quelqu’un sera-t-il donc assez fou pour oser penser que la prière de celui pour qui vouloir c’est pouvoir puisse être sans effet sur un point ? N’est-ce pas l’église de Rome qui  a, soit par Pierre lui-même, soit par ses successeurs, condamné, dénoncé et vaincu tous les mensonges des hérétiques, qui a confirmé les cœurs de nos frères dans la foi de saint Pierre, elle qui n’a jamais défailli jusqu’ici et qui ne défaillira jamais jusqu’à la fin du monde ? » (Lettre 100 In terra pax du 2 septembre 1053 adressée à Michel Cérulaire et Léon d’Achrida , n° 7 dans PL, 143/748.)

Les témoignages Orientaux à partir du début de la crise

Les Orientaux, tant avant le schisme mais néanmoins après le début des tensions entre Rome et Constantinople, qu’après le schisme, témoignent de la doctrine de la Papauté. En voici trois exposés :

Saint Bernard de Clairvaux (1091-1153)

Image illustrative de l’article Bernard de Clairvaux

Saint Bernard écrivit au pape Innocent II « au nom des évêques de France », à savoir les évêques de Sens, de Chartres, d’Orléans, d’Auxerre, de Troyes, et de Meaux, une lettre où nous lisons :

« Comme tout le monde reconnaît que ce qui a été confirmé par le saint Siège apostolique passe pour si sûr et si certain qu’il n’est chicane ou passion mauvaise qui puisse en détruire l’autorité, nous avons cru que nous devions vous rendre compte, très-saint Père, de tout ce qui s’est fait dans notre dernière réunion, afin due Votre Sérénité daigne approuver et confirmer pour toujours, de son autorité apostolique, ce que, de concert avec plusieurs personnes pieuses et éclairées, nous avons jugé, à propos de décider. » (Lettre 337 au pape Innocent II, 1)

Ces mots de saint Bernard ont le mérite de refléter la Tradition française d’obéissance au Saint Siège, réfutant ainsi les gallicans. Toutefois il n’en sont pas les plus célèbres. Voici une plus vaste recension.

Mentionnons d’abord les propos qu’il tient dans son fameux traité De consideratione, adressé au pape Eugène III :

« Eh bien, voyons maintenant de plus près qui vous êtes, c’est-à-dire quel est, dans le temps, votre rôle dans l’Église de Dieu. Qui êtes-vous donc? Le grand-prêtre, le souverain Pontife. Vous êtes le premier des évêques, l’héritier des apôtres, vous rappelez Abel par la primauté, Noé par le gouvernement, Abraham par le patriarchat, Melchisédech par l’ordre, Aaron par la dignité, Moïse par l’autorité, Samuel par la juridiction, Pierre par la puissance et Jésus-Christ par l’onction. C’est à vous que les clefs ont été remises, à vous aussi que les brebis ont été confiées. Sans doute il en est d’autres qui peuvent aussi ouvrir le ciel et prendre soin des brebis du Seigneur; mais ce pouvoir est d’autant plus glorieux entre vos mains due vous l’avez reçu d’une manière toute différente des autres. Ils n’ont de troupeau que celui qui leur est assigné, chacun d’eux a le sien, tandis que pour vous tous les troupeaux n’en font qu’un dont vous êtes le pasteur, chargé de paître seul non-seulement les brebis, mais tous leurs pasteurs avec elles. Vous me demandez la preuve de ce que j’avance, la voici dans un mot du Seigneur. Quel est, je ne dis pas l’évêque, mais l’apôtre à qui toutes les brebis ont été confiées sans distinction aucune, et en des termes aussi absolus que ceux-ci: « Si vous m’aimez, Pierre, paissez mes brebis (Joan., XXI, 15) ? » Quelles brebis? Sont-ce les habitants de telle ou telle cité, de telle ou telle contrée, de tel ou tel royaume? «Mes brebis, n répond le Seigneur. N’est-il pas évident pour tout le monde qu’il n’a point voulu parler seulement de quelques-unes de ses brebis, mais de toutes? Irons-nous distinguer quand il ne fait point d’exception? Et peut-être les autres disciples étaient-ils présents lorsque, confiant toutes ses brebis à un seul pasteur, Jésus-Christ recommandait à tous ses apôtres l’unité de troupeau et de pasteur, selon cette parole du Cantique des cantiques: « Une seule est ma colombe, ma belle et ma parfaite amie(Cant., VI, 8). » Là où est l’unité, là est la perfection; les autres nombres ne deviennent pas plus parfaits en s’éloignant de l’unité, ils ne deviennent que plus divisibles. Voilà pourquoi les autres apôtres qui avaient compris le sens caché des paroles du Maître ne prirent chacun la conduite que d’un peuple en particulier. Saint Jacques lui-même, qui passait pour la colonne de l’Eglise, se contentant de l’Eglise de Jérusalem, laissa à Pierre la conduite de l’Eglise entière. Il était d’ailleurs déjà bien beau pour lui d’être destiné à susciter des enfants à son frère mort dans le lieu même où était mort celui dont il est appelé le frère (Galat., I, 19). Or quand le frère du Sauveur le cède lui-même à Pierre, qui oserait revendiquer pour lui ses prérogatives ? Ainsi, d’après vos propres canons, les autres n’ont reçu en partage qu’une portion de la sollicitude, tandis que vous, vous avez été appelé à la plénitude de la puissance : leur pouvoir est resserré dans des bornes précises, et le vôtre s’étend sur ceux mêmes qui ont reçu le droit de commander aux autres. Ne pouvez-vous pas, lorsque le cas l’exige, fermer le ciel à un évêque, le déposer de son siège et même le livrer à Satan ? Vous avez donc un privilège incontestable sur les clefs du ciel qui vous ont été remises et sur les brebis du Seigneur qui vous ont été confiées. Mais écoutez, voici qui prouve encore votre prérogative. Les disciples naviguaient sur la mer de Tibériade (Joan., XXI) quand le Seigneur leur apparut sur le rivage, et, ce qui augmentait leur joie, leur apparut dans son corps ressuscité. Pierre, ayant reconnu le Sauveur, se jette dans la mer et se dirige ainsi vers lui, tandis que les autres ne s’approchaient que montés sur leurs barques. Qu’est-ce à dire? C’est que nous avons là une image du pontificat singulier de Pierre qui n’a pas reçu une seule barque à conduire, comme les autres, mais le monde entier à gouverner; car la mer représente le monde et les barques, les différentes Eglises. De là vient encore que, dans une autre circonstance, Pierre marcha sur les eaux à l’exemple de son Maître, pour montrer par là qu’il était seul le vicaire de Jésus-Christ appelé à gouverner, non pas un seul peuple, mais tous les peuples du monde, car nous savons que a les grandes eaux représentent tous les peuples (Apoc., XVII, 15). » Ainsi, pendant due les évêques ont chacun leur barque à conduire, vous en avez une aussi, mais immense, et composée de la réunion de toutes les autres, c’est l’Eglise universelle, répandue dans le monde entier. » (De consideratione, livre 2, chapitre 8)

« On en appelle à vous de toutes les parties du monde, c’est un hommage rendu à votre primauté. » (De consideratione, livre 3, chapitre 2, §6)

« Il est temps de finir ce livre, mais en le terminant je voudrais résumer en forme d’épilogue une partie de ce que j’ai dit précédemment et ajouter ce due j’ai pu omettre. Considérez avant tout que la sainte Eglise romaine dont Dieu vous a établi le chef, est la mère et non la dominatrice des autres Eglises ; que vous-même, vous êtes non le souverain des évêques, mais l’un d’entre eux, le frère de ceux qui aiment Dieu, le compagnon de ceux qui le craignent. Considérez encore qu’il faut que vous soyez un modèle de justice, un miroir de sainteté et nu exemple de piété; l’organe de la vérité, le défenseur de la foi, le docteur des nations, le guide des chrétiens, l’ami de l’Epoux, le paranymphe de l’Epouse, la règle du clergé, le pasteur des peuples, le maître des ignorants, le refuge des opprimés, l’avocat des pauvres, l’espérance des malheureux, le tuteur des orphelins, le protecteur des veuves, l’œil des aveugles, la langue des muets, le bâton des vieillards, le vengeur des crimes, la terreur des méchants, la gloire des bons, la verge des puissants, le fléau des tyrans, le père des rois, le modérateur des lois, le régulateur des canons, le sel de la terre, la lumière du monde, le pontife du Très-Haut, le vicaire du Christ, l’oint du Seigneur, enfin le Dieu de Pharaon. Comprenez bien ce que je vais vous dire, et vous le comprendrez avec la grâce de Dieu, lorsque la puissance s’unit à la malice, c’est pour vous le moment de faire voir que vous êtes élevé au-dessus de tous les hommes, et de montrer un front menaçant à ceux qui font le mal. Qu’ils craignent le souffle de votre colère, s’ils se rient des hommes et s’ils n’ont pas peur du glaive de la justice; qu’ils redoutent l’efficacité de vos prières, s’ils ne tiennent aucun compte de vos remontrances ; qu’ils sentent que Dieu même est irrité contre ceux qui sont l’objet de votre courroux; enfin que ceux qui ne vous ont point écouté tremblent d’entendre Dieu lui-même élever la voix contre eux à son tour. Il ne me reste plus maintenant à parler que de ce qui est au-dessus de vous; j’espère avec l’aide de Dieu traiter ce point dans un dernier livre et m’acquitter en même temps de la promesse que je vous ai faite. » (De consideratione, livre 4, chapitre 7, § 23)

Ses différentes lettre témoignent de la même doctrine :

« Je lui rendrai, me dites-vous, l’obéissance que je lui dois, mais je n’irai pas au delà ; soit, à la bonne heure, car si vous le faites comme pour le saint vous le dites, vous lui rendrez une soumission sans bornes. En effet, par une prérogative singulière, le saint Siège de Rome a reçu de pleins pouvoirs sur toutes les autres Eglises du monde, de sorte qu’on ne saurait lui résister sans se révolter contre Dieu même; il peut, quand il le juge à propos, créer des évêques là où il n’y en a pas encore eu jusqu’alors; donner à ceux qui existent la prééminence sur les autres, ou la leur ôter, les élever même au rang d’archevêques, s’il le juge convenable, ou leur retirer ce titre, puis les faire redescendre au rang de simples évêques. Vous savez encore que le saint Siège peut autant de fois qu’il le veut citer à son tribunal d’un bout du monde à l’autre, toute personne ecclésiastique, quels que soient sols rang et sa dignité, et qu’il dispose des moyens nécessaires pour contraindre à l’obéissance quiconque lui résiste. Vous en avez fait vous-même l’expérience. A quoi ont abouti votre ancienne révolte et la résistance que vous lui avez opposée à l’instigation malheureuse de vos faux prophètes ? Quel fruit avez-vous recueilli de votre conduite, sinon la honte et l’humiliation ? Reconnaissez donc la puissance qui a si longtemps privé votre Eglise des suffragants qui faisaient sa gloire et sa grandeur. S’est-il trouvé quelqu’un pour vous protéger contre les justes coups de l’autorité apostolique, lorsque vos excès l’obligèrent enfin à vous dépouiller de vos anciens privilèges, à vous retrancher tous vos suffragants ? Vous formeriez encore aujourd’hui une Eglise mutilée et découronnée, si Rome n’avait usé à votre égard de plus de clémence encore que d’autorité ; mais si vous l’irritez de nouveau, Dieu vous préserve d’un tel malheur ! qui pourra l’empêcher de redoubler ses coups ? Gardez-vous bien, croyez-moi, de retomber dans sa disgrâce, de peur qu’il ne vous soit plus aussi facile de l’apaiser. Si dons on vous dit que votre soumission ne doit pas être sans bornes, ceux qui vous tiennent ce langage sont eux-mêmes dans l’erreur ou veulent vous y entraîner ; mais vous connaissez, par expérience, la plénitude et l’étendue de l’autorité du saint Siège. Suivez plutôt mes conseils, je ne veux point vous induire en erreur ; prenez le parti de l’humilité et de la douceur, car Dieu se communique aux humbles et la terre est le partage des coeurs doux et pacifiques. Puisque vous avez recouvré les bonnes grâces de votre mère et maîtresse, conservez-les avec soin, et méritez désormais, par votre zèle et votre attachement, non-seulement qu’elle vous confirme les privilèges qu’elle vous a rendus, mais encore qu’elle vous en accorde de nouveaux. » (Lettre 131 aux habitants de Milan, 2 – PL, 132 / 286)

« Toutefois je soumets mon opinion au jugement des personnes qui sont plus habiles que moi, mais je défère particulièrement en ce point, comme dans tous les autres de ce genre, à la décision et à l’autorité de l’Eglise romaine, et je déclare que je suis prêt à changer d’opinion si je diffère de sentiment avec elle en quelque point que ce soit. » (Lettre 174 aux chanoines de Lyon, n°9, 182/336)

« C’est à Votre Sainteté apostolique qu’on doit s’adresser, quand le royaume de Dieu est en danger ou souffre quelque scandale, principalement en ce qui regarde la foi. Où trouver en effet un endroit plus propre à réparer nos pertes que celui où on ne peut errer en matière de foi, comme c’est le privilège de votre siège apostolique? N’est-ce point à Pierre en effet qu’il a été dit: « J’ai prié pour vous en particulier, afin que votre foi ne défaille point (Luc., XXII, 32)? » C’est donc de son successeur qu’il faut exiger ce qui est dit ensuite: « Lors donc que vous serez converti, ayez soin de confirmer vos frères. » Or c’est aujourd’hui, très-saint Père, qu’il est nécessaire d’accomplir cette parole; il est temps d’exercer votre primauté, de signaler votre zèle et d’honorer votre ministère. Remplissez les devoirs de celui dont vous occupez la place, en affermissant par vos avis la foi dans les coeurs où elle est ébranlée et en écrasant sous le poids de votre autorité, les corrupteurs de la foi. » (Lettre 190 au pape Innocent II contre quelques erreurs de Pierre Abélard, préface, PL, 182/353)

« Après tout, cela le regarde, et je n’ai rien à voir dans cette affaire; qu’il tombe ou qu’il demeure debout, cela n’importe qu’à son supérieur ; je ne demande qu’une chose, c’est d’être mis à l’abri de ses violences. Après avoir inutilement tenté d’autres voies et cherché partout un protecteur sans pouvoir en trouver, nous avons enfin levé les yeux vers vous qui êtes l’asile de tous les opprimés, et nous sommes venus nous jeter à vos pieds dans l’espérance que vous nous délivrerez de ses persécutions. Vous le pouvez si vous le voulez; car il est certain que toutes les affaires de l’Eglise relèvent de votre souveraine autorité et de votre plein pouvoir. La plus belle prérogative de votre suprématie, celle qui en relève plus particulièrement l’éclat et la grandeur, et rehausse singulièrement la gloire du Siége apostolique, c’est de pouvoir arracher le pauvre, des mains du puissant qui l’opprime. Il n’est point à votre couronne de joyau plus précieux que ce zèle avec lequel vous avez coutume de protéger les opprimés et d’écarter de dessus la tête des justes le joug que les pécheurs essaient d’y faire peser, « afin. que le juste lui-même ne se pervertisse pas (Psalm. CXXIV, 3), » et « qu’il ne soit pas consumé de chagrin pendant que son impie oppresseur s’enorgueillit du succès de ses violences (Psalm. X, 2, juxta Hebr.). Mais ce qui fait souffrir l’un en ce monde sera dans l’autre une source de supplices affreux pour l’oppresseur. » (Lettre 198 au pape Innocent II, n°2, PL, 182/366)

« Pourquoi attirer sur vous par une rébellion aussi révoltante qu’insensée, la colère du Roi de la terre et du ciel, pourquoi vouloir dépouiller avec une audace sacrilège le Siège apostolique des privilèges qu’il tient du Roi des cieux et des princes de la terre, quand vous devriez être, s’il ]e fallait, les premiers sinon les seuls défenseurs de ces glorieuses prérogatives que vous avez maintenant à coeur d’anéantir ? Avez-vous assez perdu le sens et le jugement ainsi que les plus simples notions de l’honneur pour en venir jusqu’à découronner de vos propres mains votre chef et celui de l’Eglise entière, tandis que vous devriez être disposés à sacrifier votre vie même pour le défendre en cas de besoin? Vos pères ont fait de votre cité la maîtresse du monde entier, elle en va devenir la fable par votre faute, puisque vous chassez le successeur de saint Pierre de la ville et du siège de cet Apôtre, en même temps que vous dépouillez les cardinaux et les évêques de Jésus-Christ de leurs biens et de leurs maisons. Peuple aveugle et insensé, ville ingrate et égarée ! Si tu formes un corps, le Pape n’en est-il pas la tête et les cardinaux les yeux ? qu’es-tu donc aujourd’hui ? Un tronc décapité, privé d’yeux et de lumière. Peuple malheureux, reconnais et préviens les calamités dont tu es menacé. L’éclat de ta gloire s’est bien vite effacé. On prendrait aujourd’hui pour une veuve attristée celle qui naguère était la reine et la maîtresse des peuples et des nations. » (Lettre 243 aux Romains quand ils abandonnèrent le Pape Eugène III, § 3 – PL, 182 / 439)

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