+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La Papauté depuis les apôtres !

Notre dossier sur la Papauté : ici

Nous réunissons dans le présent dossier toutes les preuves historiques de la Papauté que nous avons publié ou que nous publierons. Cet article qui sera régulièrement mis à jour contient toutes les preuves positives de l’existence de la Papauté depuis les apôtres jusqu’à l’époque où son existence n’est plus contesté. Nous proposons également les réfutations des attaques historiques contre la Papauté dans les trois dossiers suivants : dossier n°1 ; dossier n° 2 ; dossier n°3.

Saint Clément de Rome (Ier siècle)

image

Ce disciple des saints apôtres Pierre, Paul et Jean fut le quatrième Evêque de Rome. Il nous fournit la première manifestation historique de l’autorité romaine sur l’Eglise universelle. Il le fit à l’occasion de sa Lettre aux Corinthiens qu’il écrivit à ces derniers qui l’avaient consulté pour régler un litige interne à leur Eglise. La pertinence de cet épisode pour prouver l’existence de la Papauté dès la première génération de chrétiens est bien entendue contestée par les anti-romains. Nous présentons de saint Clément, ainsi que les preuves que celui-ci est un témoin de l’existence de la Papauté ainsi que la réfutation en règle de toutes les objections dans notre article consacré à cet événement :

L’Autorité suprême de l’Evêque de Rome du vivant de l’apôtre saint Jean : la Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens

Nous rapportons tout de même ici une présentation rapide de la chose :

« C’est là un fait capital. Pourquoi ce cri de détresse jeté vers Rome par une Eglise qui ne trouve pas en elle-même de quoi remédier à ses désordres ? S’il était vrai qu’au premier siècle toutes les Eglises fussent sur un pied d’égalité, quel besoin y avait-il pour les Corinthiens de passer la mer pour implorer une intervention lointaine ? Pourquoi ne pas s’adresser de préférence aux chrétiens de la même race, à l’une des communautés si florissantes de Thessalonique, de Philippes et de Bérée ? Ou bien, s’il fallait chercher plus loin le secours d’une autorité qu’ils ne trouvaient pas chez eux, sur le sol de la Grèce, pourquoi ne pas recourir à cette Asie-Mineure, d’où la foi leur était venue et dont les rivages touchaient aux leurs, ces célèbres Eglises de Smyrne et d’Ephèse, leurs ainées dans la foi ? Il y avait une raison majeure qui aurait dû, ce semble, leur faire prendre ce dernier parti. Comme l’atteste toute l’antiquité chrétienne, saint Jean vivait encore sur cette terre qui avait été le théâtre principal de son activité. Le respect de toutes les Eglises environnait le dernier survivant des apôtres du Christ. Dès lors n’était-il pas naturel que les Corinthiens eussent recours à son autorité pour éteindre leurs divisions ? Eh bien : ce n’est ni à saint Jean ni aux Eglises de l’Asie-Mineure, si rapprochées d’eux, ni aux communautés voisines de la Grèce qu’ils feront appel, mais à une Eglise lointaine, où la persécution éclatait chaque instant, où les chrétiens étaient obligés de se cacher sous terre pour échapper à la mort, à l’Eglise romaine. Je le demande à tout homme de bonne foi : Quelle pourrait être la raison de ce fait, si ce n’est que saint Pierre avait établi à Rome le centre de l’unité chrétienne ? Dans ce cas, tout s’explique. Cet appel fait au Siège de l’unité et l’intervention de ce Siège, pour extirper le schisme, deviennent une conséquence naturelle de la suprématie de l’Eglise romaine. On s’adressait à elle, parce qu’en elle résidait l’autorité suprême. Rien de plus légitime que l’induction tirée de ce fait. » (Mgr Charles-Emile FREPPEL, Les Pères apostoliques et leur époque, Paris : Bray et Retaux, 1870, Sixième leçon, pp. 136-137)

Nous pourrions même ajouter qu’en plus de la proximité plus grande de l’apôtre saint Jean, les Corinthiens avaient aussi la proximité plus grande de saint Timothée qui avait eut une place plus privilégiée que n’importe qui dans leur évangélisation et qui aurait donc du être consulté en priorité par rapport à tout le monde après saint Jean. En effet, saint Paul rappelle que Timothée eut un rôle important dans l’œuvre d’évangélisation de Corinthe  : « le Fils de Dieu, Jésus-Christ, que nous avons prêché au milieu de vous, Silvain, Timothée et moi » (II Corinthiens I, 19) et que lorsque de graves malentendus s’élèvent dans la communauté chrétienne, c’est Timothée qu’il y envoya : « C’est pour cela que je vous ai envoyé Timothée, qui est mon enfant bien-aimé et fidèle dans le Seigneur ; il vous rappellera quelles sont mes voies en Jésus-Christ, de quelle manière j’enseigne partout, dans toutes les Eglises. » (I Corinthiens IV, 17). Voir aussi I Corinthiens XVI, 10-11. Il est donc rigoureusement inenvisageable que Clément, même s’il avait été à Corinthe avec saint Paul, ait « grillé la politesse » à un apôtre, ainsi qu’à un Disciple ayant connu le Christ et ayant été le principal collaborateur de saint Paul dans l’évangélisation et la fortification de l’Eglise de Corinthe, si il n’avait détenu une autorité supérieure.

Saint Ignace d’Antioche (vers 35 – vers 110)

ignace d'antioche

Saint Ignace qui fut enseigné par au moins deux des Apôtres, et il désigne l’Eglise de Rome comme celle qui est choisie entre toutes par Dieu et qui préside à son alliance. Il tient à trois reprises dans sa Lettre aux Romains des propos qui ne peuvent qu’indiquer la primauté non seulement d’honneur mais encore de juridiction, ainsi que la mission d’enseignement de l’Eglise romaine.

Le premier et le plus connus de ces trois passages est l’incipit de la Lettre, c’est également souvent le seul passage utilisé -car le seul passage connu par eux – de la plupart des apologètes de la Papauté invoquant cette Lettre :

« Ignace, dit aussi Théophore, à l’Eglise [l’Eglise de Rome] qui a reçu miséricorde par la magnificence du Père très haut et de Jésus-Christ son Fils unique, l’Eglise bien-aimée et illuminée par la volonté de celui qui a voulu tout ce qui existe, selon la foi et l’amour pour Jésus-Christ notre Dieu ; l’Eglise qui préside dans la région des Romains, digne de Dieu, digne d’honneur, digne d’être appelée bienheureuse, digne de louange, digne de succès, digne de pureté, qui préside à la charité, qui porte la loi du Christ, qui est ornée du nom du Père ; je la salue au nom de Jésus-Christ, le Fils du Père ; aux frères qui, de chair et d’esprit, sont unis à tous ses commandements, remplis inébranlablement de la grâce de Dieu, purifiés de toute coloration étrangère, je leur souhaite en Jésus-Christ notre Dieu toute joie irréprochable. » (Lettre aux Romains, incipit).

Nous renvoyons nos lecteurs à notre article :

Saint Ignace d’Antioche (✟107) sur la hiérarchie ecclésiastique

Ils y trouveront le commentaire de ce passage, bien que cela apparaisse bien superflus au regard de son caractère explicite. On y trouvera également les deux autres passages mentionnés plus haut ainsi que leurs commentaire.

Nous ajouterons seulement ici une remarque sur la crédibilité particulière de saint Ignace. En effet, il était en déportation vers Rome pour y être mis à mort dans l’arène. Et lorsqu’il apprend que les chrétiens de Rome veulent obtenir sa grâce, il les exhorte à n’en rien faire pour qu’il puise offrir son martyre à Dieu (Lettre aux Romains, IV-VI).

La visite de saint Polycarpe de Smyrne (vers 69-155) au Pape saint Anicet

Saint Polycarpe (vers 69-155) fut le premier évêque de Smyrne, en Asie mineure. Saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202) nous apprend qu’il fut le disciple direct de plusieurs apôtres, mais n’en nomme qu’un seul : saint Jean (Contre les hérésies, III, 34 ; Lettre à Florinus, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 20, 4-6 ; Lettre au pape Victor, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 24, 16). L’un de ces autres apôtres doit sûrement être « Philippe, l’un des douze qui s’est endormi à Hiérapolis » (Histoire ecclésiastique, V, 24).

Polycarpe était donc évêque dans la province d’Asie. Or, les chrétiens de cette province avaient une date de Pâques différente ce celle du reste de l’Eglise. En effet, les Asiates suivaient la coutume juive de célébrer la Pâques le 14 Nisan (un mois du calendrier juif), d’où leur nom de quartodécimans, tandis ce que le reste de l’Eglise calculait la date de Pâques selon la pratique de l’Eglise universelle actuelle : le dimanche suivant le 14 nisan. Aussi, cette divergence de pratique n’ayant aucune incidence sur la foi, elle pouvait quand même causer des difficultés pratiques. C’est pourquoi il se rendit à Rome pour tenter de régler cette question :

« A cette époque, Anicet gouvernait l’église des Romains. Polycarpe, qui vivait encore, fut à Rome pour s’entretenir avec lui d’une question concernant le jour de la Pâques. C’est Irénée qui rapporte ce fait. » (Histoire ecclésiastique, IV, 14, 1)

« Le bienheureux Polycarpe, lui aussi, lit un séjour à Rome sous Anicet ; ils avaient entre eux divers autres différends de minime importance, ils furent rapidement d’accord, et sur ce chapitre ils ne chicanèrent pas. Anicet ne pouvait pas persuader à Polycarpe de ne pas observer ce qu’avec Jean, le disciple de notre Seigneur, et avec les autres apôtres, dont il avait été le familier, il avait toujours observé. Polycarpe de son côté n’amena pas non plus à l’observance Anicet, qui lui dit qu’il fallait conserver la coutume des presbytres qui avaient précédé. Les choses étaient ainsi: ils restaient unis l’un à l’autre, et à l’église Anicet cédait l’eucharistie à Polycarpe, évidemment par déférence, et ils se quittèrent l’un l’autre en paix, et dans l’Église tous avaient la paix, qu’ils gardassent ou non l’observance. » (Saint Irénée, Lettre au pape Victor, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 24, 16-17).

Une question se pose alors : pourquoi Polycarpe alla-t-il traiter de « différends de minime importance » avec un évêque si lointain si celui-ci n’était pas son supérieur ? Et pourquoi traiter avec lui de la question de la Pâques plutôt qu’avec n’importe quel autre évêque non-quartodéciman infiniment plus proche de lui et avec qui la concorde aurait été bien plus importante qu’avec celui de Rome ? La seule réponse possible est qu’il savait qu’Anicet était son supérieur qui avait le pouvoir de lui donner des ordres et parallèlement et qu’il était le seul à avoir le pouvoir d’imposer une règle à toute l’Église ou, plus raisonnablement et vraisemblablement à pouvoir l’autoriser avec autorité vis-à-vis des autres à conserver sa pratique. Comme le fait remarquer Vincent ERMONI :

« cette visite a une signification toute spéciale; Polycarpe est un personnage apostolique; il a connu saint Jean dont il a recueilli les enseignements; il occupe le siège de Smyrne et est l’oracle de l’Asie ; si donc, dans une question de cette nature, il fait le voyage de Rome pour consulter Anicet, c’est qu’il est convaincu que l’évêque de Rome est le chef de toutes les Eglises. » (La primauté de l’évêque de Rome : dans les trois premiers siècles, 1903, chapitre IV, p. 46

D’ailleurs, saint Polycarpe était alors âgé de 85 ans, cela en ajoute au témoignage de la Papauté, car chez les premiers chrétiens, l’âge rehaussant encore l’autorité. Et pourtant saint Polycarpe en réfère quand même à l’Évêque de Rome.

Saint Denys de Corinthe (vers 170)

Image associée

Ruines de Corinthe

« On a encore de Denys une lettre aux Romains ; elle est adressée à Soter, alors leur évêque : rien n’empêche d’en citer le passage où l’auteur approuve l’usage conservé parmi les Romains jusqu’à la persécution de notre temps. Voici ce qu’il écrit :

« Depuis le commencement, vous avez en effet coutume de donner toutes sortes de secours à tous les frères ; vous envoyez aux nombreuses Églises, dans chaque ville, des provisions de bouche : ainsi vous soulagez le dénuement de ceux qui sont dans le besoin ; ainsi par les ressources que, dès le début, vous leur faites parvenir, vous soutenez les confesseurs qui sont aux mines. Romains, vous gardez les traditions que vous ont laissées vos pères les Romains. Non seulement Soter, votre bienheureux évêque, les maintient; mais il les développe, en fournissant généreusement tout ce qu’on expédie aux saints ; et, quand les chrétiens viennent à lui, il les accueille par des paroles aimables, comme un père bienveillant ferait ses enfants. »

Denys, dans cette même lettre, parle de l’épître de Clément aux Corinthiens ; il montre que, depuis longtemps, l’usage antique était d’en faire la lecture dans l’assemblée des fidèles. Il dit en effet :

« Aujourd’hui nous avons célébré le saint jour du dimanche, pendant lequel nous avons lu votre lettre ; nous continuerons à la lire toujours, comme un avertissement, ainsi que du reste la première que Clément nous a adressée. »

(Eusèbe, Histoire ecclésiastique, IV, 23, 9-11)

Saint Irénée de Lyon (vers 125 – vers 202)

Résultat de recherche d'images pour "irénée de lyon"

Saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202), disciple de saint Polycarpe de Smyrne (vers 69-155), lui-même disciple de l’apôtre saint Jean, est un témoin de premier ordre de la Papauté dans l’Église primitive. Voici son témoignage archi-connu :

« Mais comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci, d’énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l’une d’entre elles, l’Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome ; en montrant que la Tradition qu’elle tient des apôtres et la foi qu’elle annonce aux hommes sont parvenues jusqu’à nous par des successions d’évêques, nous confondrons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ou par infatuation, ou par vaine gloire, ou par aveuglement et erreur doctrinale, constituent des groupements illégitimes : car avec cette Église, en raison de sa principauté supérieure [ou « de son origine plus excellente », selon certaines traductions], doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 2)

Ce passage est clair comme de l’eau de roche. Cependant les contestations se font entendre de partout chez les chrétiens non-catholiques, reconnaissant dans ces quelques mots une preuve implacable en faveur de l’Église catholique, si on les comprend dans leur signification la plus obvie. C’est pourquoi il n’est pas inutile de consulter une explication du texte, et de prendre connaissance des réponses aux objections. A cet effet, nous invitons notre lecteur à consulter notre article traitant du sujet en profondeur, développant tous les principes contenus dans ce paragraphe, et réfutant les objections des anti-romains :

La Papauté au IIè siècle : le témoignage de saint Irénée de Lyon

Une de ces objections est que saint Irénée aurait parlé de l’Eglise de Jérusalem comme de la plus importante. Nous répondons à cela dans notre article :

Des Pères de l’Eglise ont-ils placé le siège de Jérusalem au dessus de celui de Rome ?

Ajoutons un autre épisode de la vie de saint Irénée est intéressant à ce sujet. C’est à Rome que saint Irénée se rendit lui-même après le martyr de saint Pothin et des autres chrétiens de Lyon, pour y porter la Lettre des martyrs de Lyon et de Vienne (Histoire ecclésiastique, V, 4). Saint Jérôme dit dans sa notice biographique de saint Irénée :

« Prêtre sous Photin, évêque de Lyon dans les Gaules, fut envoyé par les martyrs de cette ville à Rome, pour obtenir une solution sur diverses questions qui s’étaient élevées dans l’Eglise. Il présenta à l’évêque Eleuthère des lettres pleines de témoignages honorables. » (Les hommes illustres, Chapitre XXXIV)

Saint Irénée se rendit donc à Rome « pour obtenir une solution sur diverses questions qui s’étaient élevées dans l’Eglise« . Pourquoi cela si Rome n’a pas d’autorité supérieure ?

Saint Victor Ier et la querelle des quartodécimans

Il est un événement de la fin du IIè siècle qui a fait coulé beaucoup d’encre au sujet de l’autorité papale. Il s’agit de la controverse de la Pâque, visant à déterminer si on devait la fêter le 14 nisan comme les juifs (les partisans de cette thèse se nommaient les quatrodécimans) ou le dimanche suivant. C’est un événement dans lequel aussi bien les défenseurs que les ennemis de la Papauté pensent trouver un argument en faveur de leurs positions. Nous nous proposons ici de mettre fin au débat en établissant une bonne fois pour toute que cette affaire témoigne de manière tonitruante en faveur de la souveraineté de la Chaire de saint Pierre ! Nous faisons le récit de l’événement suivit d’une réfutation précise des prétentions anti-romaines et des preuves de la Papauté que cette affaire recèle, puis une explication plus approfondie de l’enjeu et des dessous de la controverse, plaidant eux aussi dans le sens de la Papauté dans notre article :

La querelle de la Pâques et la Papauté

Pour une présentation rapide, l’abbé Charles-Emile FREPPEL, qui deviendra un célèbre évêque d’Angers, après avoir réfuté les objections contre l’interprétation en faveur de la primauté romaine dans le célèbre passage de saint Irénée Contre les hérésies, III, 3, 2, présente et réfute ainsi l’objection :

« Le dernier critique protestant qui se soit occupé du texte de saint Irénée n’a pas cru pouvoir nier que l’évêque de Lyon proclame la nécessité d’un accord dans la foi avec l’Eglise romaine; mais, pour échapper à la conséquence qui découle de là contre les communions dissidentes, il s’est appuyé sur un fait que Néander et Grabe avaient également allégué dans le même but [Die christliche Kirche an der Schwelle des lrenaeischen Zeilalters, von D. Graul; Leipzig, 1860, p. 138]. Ce qui prouve, dit-il, que saint Irénée n’attribue pas à l’évêque de Rome un pouvoir de juridiction sur l’Église universelle, c’est son altitude en face du pape saint Victor dans la question des quarto-décimans, dans la controverse entre le pontife romain et quelques évoques do l’Asie Mineure touchant le jour où l’on devait célébrer la Pâque. Il faut être doué d’une audace peu commune pour chercher une objection dans ce qui fournit au contraire une preuve irrécusable de la prérogative du Siège apostolique. Nous avons démontré, l’an dernier, en analysant les premières lettres des papes, que ce débat liturgique sur la célébration de la Pâque fait ressortir l’autorité souveraine qu’exerçaient les successeurs de saint Pierre, au IIè siècle, en Orient aussi bien qu’en Occident [Les Apologistes chrétiens au IIè siècle, Tatien, Hermias etc., leçon XIX, p. 397 et suiv.]. C’est pourquoi nous ne reviendrons là dessus que pour déterminer le rôle de saint Irénée dans cette mémorable discussion. Or, l’évêque de Lyon ne conteste nullement au souverain Pontife le droit d’excommunier les Orientaux ; de plus, il partage son sentiment sur le fond même de la question. Seulement, il estime que la gravité de celle sentence comminatoire n’est pas en rapport avec le peu d’importance du point en litige. A son avis, au lieu de déployer une si grande servilité dans une affaire de pure discipline, qui ne louche pas au dogme, il vaudrait mieux user de la tolérance qu’avaient montrée les prédécesseurs de Victor. Voilà toute la substance de sa lettre au pape, dont Eusèbe nous a conservé un fragment [Eusèbe, Hist. ecclés., V, 24].  C’est une remontrance respectueuse, telle que tout évêque catholique pourrait en adresser une, en pareil cas, au chef de l’Église; mais il faudrait vouloir s’aveugler soi-même pour y trouver la négation d’un droit quelconque. Cette tentative de conciliation fait honneur au caractère de saint Irénée dont elle prouve le zélé pour les intérêts de l’Église; il est même probable qu’elle eut un plein succès auprès du pape, en l’empêchant de donner suite à la menace d’excommunication qu’il avait lancée contre Polycrate d’Éphèse et ses partisans: c’est du moins le résultat qu’attribue à celle intervention pacifique saint Anatole d’Alexandrie, dans son Livre sur la Pâque composé vers la fin du IIIè siècle. En tout cas, cette démarche entreprise par l’évêque de Lyon dans un esprit de modération et de charité chrétienne ne contredit d’aucune façon le sentiment qu’il exprime ailleurs sur la suprématie de l’Église romaine.» (Saint Irénée et la primauté du pape. Leçon faite à la Sorbonne en 1860 par M. L’abbé FREPPEL, Doyen de Ste Geneviève, professeur à la Sorbonne, pp. 23-24. Extrait des oeuvres de Mgr Freppel Tome IV, Saint Irénée et l’éloquence chrétienne dans la Gaule pendant les deux premiers siècles)

l’Inscription d’Abercius (vers 190)

Abercius est un saint grec dont la tradition fait un évêque d’Hiérapolis (Phrygie) vers la fin du IIe siècle. Son nom est associé à une célèbre inscription aujourd’hui conservée au Musée du Latran. Sur la foi des synaxaires médiévaux, il y est honoré le 22 octobre (et peut-être localement le 22 novembre) comme premier évêque d’Hiérapolis. Il s’agit sans doute d’une confusion car le premier évêque d’Hiérapolis fut a priori plutôt Papias (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 36, 2). Thaumaturge et surtout grand évangélisateur, il reçoit le titre traditionnel d’ « Égal aux Apôtres ».

Il est connu pour l’épitaphe qu’il fit graver sur sa tombe avant sa mort qui intervint vers 190 et qu’il fit rédiger de son vivant. On a plusieurs fois désigné ce texte comme « la reine des inscriptions chrétiennes » tant son importance est évidente pour l’histoire du christianisme primitif. Son texte dut avoir un tel succès dès sa rédaction, qu’un certain Alexandre, fils d’Antonios. Elle est précisément datée de l’an 300 de l’ère phrygienne, soit l’an 216. On y reconnaît rapidement les vers de l’épitaphe d’Abercios. De plus, on remarque que la substitution du nom d’Alexandros à celui d’Aberkios rend l’hexamètre boiteux, ce qui indiquerait qu’on est en présence d’une réutilisation de la composition. Cette « Reine des inscriptions chrétiennes » nous dit donc ceci :

« Citoyen d’une ville distinguée, j’ai fait construire ce [tombeau] de mon vivant afin que mon corps y repose un jour. Mon nom est Abercius. Je suis le disciple d’un saint pasteur qui dirige la troupe de ses agneaux à travers monts et plaines et dont l’œil immense voit toutes choses [ndlr: on peut penser qu’il s’agit là de Dieu], car il m’a appris les lettres dignes de foi. C’est lui [Donc Dieu peut-être] qui m’a fait entreprendre le périple de Rome pour en contempler la majesté souveraine et y voir une reine au vêtement et aux sandales d’or; j’y vis aussi un peuple portant un sceau brillant. Et je vis le pays de Syrie et toutes ses villes; je vis Nisibe en allant au-delà de l’Euphrate. Partout j’ai fais la connaissance des frères. J’avais Paul [pour compagnon ?]… La foi me guidait et me procurait en tout lieu pour nourriture un poisson très grand et très pur, recueilli à la source par une Vierge sans tache, et c’est ce qu’elle sert constamment à la table des amis, elle a un vin excellent qu’elle verse [coupé d’eau ?] pour accompagner le pain. Ce sont les paroles véritables que j’ai dites, moi Abercius, afin qu’elles soient mises ici par écrit, alors que je suis dans la soixante-douzième année de mon âge. Que le frère qui entend et comprend ces choses comme moi prie pour Abercius. »

Cette « reine » de « souveraine majesté », « au vêtements et aux sandales d’or » que Dieu l’a envoyé voir à Rome, ce ne peut-être que l’Eglise ! En effet, d’une part il n’est pas possible que Dieu ait envoyé « contempler la mejesté souveraine » de la Rome païenne, idolâtre et persécutrice, et d’autre part, nous savons que les premiers chrétiens désignaient parfois l’Eglise par l’allégorie d’une femme. En effet, il y a la Tradition immémoriale d’appliquer à l’Eglise ces mots de l’Ecriture Sainte :

« Toute resplendissante est la fille du roi dans l’intérieur; son vêtement est fait de tissus d’or. » (Psaume 44/45, 14)

Ainsi qu’un autre exemple dans le Pasteur d’Hermas :

« Une révélation, frères, me fut faite quand je dormais, par un jeune homme très beau qui me dit:  » La femme âgée de qui tu obtins le petit livre, qui est-elle, à ton avis?  » Moi, je dis:  » La Sibylle. – Tu fais erreur, dit-il, ce n’est pas elle. – Qui donc est-ce ? dis-je. – L’Église « , dit-il » (Vision 2, 4, 1)

Tertullien (vers 155-vers 230)

Tertullien (vers 155-vers 230) a-t-il rendu témoignage à la Papauté ? Si vous posez cette question à la plupart des catholiques les plus instruits, ils vous répondront non ! C’est parce que son témoignage n’est pas évident puisqu’il ne s’agit pas d’une affirmation directe. Mais il en témoigna indirectement lorsque, après avoir quitté l’Eglise, il l’attaqua ! En effet, à cette occasion il s’en prit à l’Evêque de Rome en se moquant de lui, en lui attribuant toutes les prérogatives que la véritable Eglise lui attribuait, afin de créer une distorsion satirique entre ce rôle et l’erreur qui serait la sienne. C’est ce que nous nous proposons de démontrer dans l’article suivant :

Comment Tertullien (vers 155-vers 230) témoigna, après en être sorti, que la véritable Eglise obéissait à l’Evêque de Rome

Nous nous proposons aussi de réfuter une idée parfois répandue par les anti-catholiques d’après laquelle Tertullien aurait affirmé que l’Eglise de Jérusalem était, dans l’organisation de l’Eglise, supérieure aux autres. Voir l’article suivant :

Des Pères de l’Eglise ont-ils placé le siège de Jérusalem au dessus de celui de Rome ?

Origène (vers 185-vers 254)

Résultat de recherche d'images pour "origène"

« Adamantios [c’est le nom d’Origène], écrit qu’au moment où Zéphyrin gouvernait l’église de Rome [198-217], il se rendit dans cette ville, parce qu’il avait l’intention, comme il le dit ailleurs, de voir de près cette église, la plus ancienne de toutes. Après y avoir séjourné un peu de temps, il revint à Alexandrie. » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, Livre VI, chapitre 14 dans PG, 20/554.)

Dans ce passage, la primauté romaine ne saute pas aux yeux, mais pensons au motif qui fit faire le déplacement d’Origène à Rome : « parce qu’il avait l’intention, comme il le dit ailleurs, de voir de près cette église, la plus ancienne de toutes. », comme nous l’apprend Eusèbe. Aussi il le fit sans même en avoir de nécessité particulière, et ce alors même qu’il était lui-même originaire de l’Eglise apostolique d’Alexandrie, et que s’il voulait se rendre en d’autres Eglise apostoliques, il y en avait à foison bien plus proche de chez lui que Rome !

Il y avait Jérusalem, ville épiscopale de saint Jacques, cousin du Christ, ville qui fut le centre de la foi juive de l’Ancienne Alliance, rampe de lancement de la Nouvelle, c’est là que Jésus prêcha, qu’Il souffrit sa Passion, fut crucifié, mourut, ressuscita, monta au Ciel, et fit descendre l’Esprit Saint sur ces apôtres au jour de la Pentecôte pour les envoyer en mission ! Eglise que saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202) appelle « l’Eglise de laquelle toute Eglise a eu son commencement, la métropole des citoyens du Testament Nouveau » que Tertullien (vers 155-vers 230) appelle « matrices et sources de la foi » et que saint Épiphane de Salamine (vers 315-403) appelle enfin « trône [de Jésus-Christ] sur la terre » ! Nous précisons que ces propos ne remettent pas en cause la primauté romaine, comme nous le démontrons dans notre article :

Des Pères de l’Eglise ont-ils placé le siège de Jérusalem au dessus de celui de Rome ?

Il y avait toutes les Eglises d’Asie mineures fondées par les saints Pierre, Paul et Jean, spécialement celles d’Ephèse et de Smyrne dont saint Irénée garantit la perfection doctrinale (Contre les hérésies, III, 3, 4). Eglise de Smyrne qui avait été gouvernée jusqu’en 155 par saint Polycarpe de Smyrne (vers 69-155), lui-même disciple de l’apôtre saint Jean qui était en grande réputation, dont saint Irénée fait de grand éloges (Contre les hérésies, III, 3, 4 ; Lettre à Florinus, citée par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 20, 4-6). Et l’Eglise d’Ephèse d’abord gouvernée par le saint Timothée, puis par l’apôtre saint Jean lui-même (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 23 ; Saint Jérôme, Les hommes illustres, IX).

Il y avait l’Eglise d’Antioche, fondée et gouvernée pendant sept ans par saint Pierre en personne, et gouvernée jusqu’en 107 par saint Ignace d’Antioche (vers 35 – vers 110) dont la pureté de la doctrine était telle que les lettres qu’il écrivit aux Eglises d’Asie mineure, irriguées par l’enseignement et le gouvernement de l’apôtre saint Jean lui-même jusqu’à très peu de temps auparavant (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 23 ; Saint Jérôme, Les hommes illustres, IX), causa l’admiration de ses lecteurs, au point que ces lettre y furent religieusement rassemblées et diffusées :

« Comme vous nous l’avez demandé, nous vous envoyons les lettres d’Ignace, celles qu’il nous a adressées et toutes les autres que nous avons chez nous ; elles sont jointes à cette lettre. De fait vous pourrez en tirer grand profit, car elles renferment foi, patience, et toute édification dues à notre Seigneur. Faites-nous savoir ce que vous aurez appris de sûr d’Ignace et de ses compagnons. » (Saint Polycarpe de Smyrne, Lettre aux Philippiens, XIII)

Il y avait l’Eglise de Crête dont saint Paul confia le gouvernement à saint Tite. Il y avait enfin une foule d’autres Eglises fondées par des apôtres dont ils remirent le gouvernement à des disciples de confiance et parfois-même auxquelles ils envoyères des Epîtres canoniques !

Pourquoi donc aller jusqu’à Rome ? Une seule réponse possible : l’autorité universelle de droit divin de son Evêque !

De plus il faut réaliser la portée du terme « église, la plus ancienne de toutes », elle nous est expliquée par le Cardinal Louis BILLOT, SJ :

« Mais que doit-on entendre sous ces épithètes ? Quand on parle de « l’Église la plus importante », on ne pense pas tellement au nombre des fidèles, puisqu’il est hors de doute qu’à cette époque d’autres églises auraient pu revendiquer ce titre à l’égal de Rome ; on pense surtout à l’étendue de l’autorité. En disant que cette église est « connue de tous » [ndlr : ce sont des références à saint Irénée], on veut désigner l’église plus illustre et plus excellente que toutes les autres et que toutes les autres reconnaissaient et vénéraient comme leur tête et comme la première. En disant qu’elle est « la plus ancienne de toutes », on ne se place pas au point de vue chronologique, puisqu’il est avéré que l’église de Jérusalem a été fondée aussitôt après l’Ascension du Seigneur, que celle d’Antioche, où on a pour la première fois désigné du nom de chrétiens les disciples du Christ, a elle aussi précédé celle de Rome dans le temps. Saint Irénée et Origène disent que l’église de Rome est la plus ancienne de toutes en raison de sa dignité et de sa suprématie, exactement de la même manière que dans les Actes des apôtres et dans leurs épîtres on appelle anciens ou vieillards tous ceux qui ont l’autorité dans l’Église [ndlr : de même que saint Paul disant à saint Timothée : « Que personne ne te méprise à cause de ta jeunesse » (I Timothée IV, 11) ; cela signifie que les premiers siècles de l’Eglise qualifiait d’anciens les détenteurs de l’autorité et non les plus âgés]. C’est pourquoi, cette expression « la plus ancienne de toutes » équivaut à dire que l’église de Rome était l’église placée à la tête de toutes les autres et la première en dignité. » (L’Église, Courrier de Rome, 2010, n° 880, tome 2, pages 414 et 415)

Saint Cyprien de Carthage (vers 200-258)

Évêque, martyr et Père de l’Eglise. Né vers 200 en Afrique du Nord de parents païens très probablement berbères, et mort le 14 septembre 258 lors des persécutions de Valérien. Après saint Augustin, il est l’un des plus grands témoins de la doctrine de l’Église latine des premiers siècles.

I) Etudes de spécialistes sur saint Cyprien, le « Tu es Pierre » et la Papauté

Saint Cyprien est très souvent utilisé par les anti-romains comme témoin à charge contre la Papauté. Leur premier argument est que son exégèse du de « Tu est Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Matthieu XVI, 18) serait contraire à l’exégèse catholique. Leur deuxième argument est qu’il ne s’est pas soumis à l’Evêque de Rome lors de la querelle des rebaptisants. Nous allons ici répondre à l’un puis à l’autre.

Article « Saint Cyprien et la Papauté » par le Père Yves LEROY de La BRIERE, SJ, dans la revue Etudes, 5 novembre 1908, pp. 339 à 356 : cliquer ici

Trois articles en anglais : ici, ici et ici.

II) Saint Cyprien témoigne de la Papauté dans l’affaire des lapsi

Voir notre page :

Saint Cyprien témoigne de la Papauté dans l’affaire des lapsi

III) Saint Cyprien et la Papauté dans la querelle des rebaptisants

1) Saint Cyrprien commença par en référer à Rome puis se rebella

Lors de la querelle des rebaptisants, saint Cyprien convoqua un concile réunissant 71 Evêques d’Afrique Latine. A son issu le concile envoya la Lettre Synodale suivante au pape saint Etienne pour lui demander de confirmer leurs canons :

« Quelques dispositions qui réclamaient une délibération commune, frère bien-aimé, nous ont forcé de réunir et de célébrer un concile auquel nous avons appelé plusieurs évêques. Un grand nombre de questions y ont été proposées et résolues ; mais il en est une surtout au sujet de laquelle nous croyons devoir vous écrire pour en conférer avec votre sagesse et votre autorité, car elle intéresse à un haut degré le pouvoir sacerdotal, l’unité de l’Église catholique et l’honneur qui découle pour elle de sa divine organisation. » (Lettre 72 au pape Etienne)

Devant le refus du Pape saint Etienne auquel il s’était référer et donc soumis, d’approuver sa doctrine sur la rebaptisation, il se rebella. Mais en plus d’avoir tort, il avait alors perdu le sens des réalités comme nous allons le voir.

2) Lès Pères ultérieurs lui donnèrent tort

Saint Cyprien ne se soumettra finalement que tardivement au refus du Pape d’approuver ces canons. Mais cela ne découle pas d’une négation de l’autorité papale (tout ce qui vient d’être dit suffira à en convaincre quiconque) mais d’un empressement déréglé à défendre un ancien usage d’Afrique Latine. Aussi lui-même et saint Firmilien dont il sera question plus bas, déchaîneront leurs passions dans un acharnement d’une rare violence contre les décisions du Pape sans pour autant jamais remettre en cause le principe de son autorité. C’est une marque de l’enracinement indéfectible de la doctrine de la Papauté chez les saints de tous les siècles, malgré les oppositions injustifiées qu’ils ont eu avec les Papes. On lira également avec profit un mise au point au sujet de la querelle sur le baptême des hérétiques entre saint Cyprien et le Pape saint Etienne Ier : cliquer ici. Notons déjà que plus tard les autres Pères de l’Eglise lui donnèrent tort. Voir notre page :

Les Pères de l’Eglise sur la validité du baptême des hérétiques

3) Cette attitude de saint Cyprien n’est pas un argument contre la Papauté

Les non-catholiques veulent utiliser cet épisode comme une « preuve » que la Papauté n’existait pas encore au milieu du IIIè siècle. Ce n’est pas du baptême des hérétiques dont il est iciquestion entre papistes et non-papistes, mais de l’occasion que cet épisode a été pour Cyprien de montrer son attitude envers la Papauté. En effet, la Papauté touche directement à la règle de la foi, ce qui conditionne tout le reste de la théologie, tandis ce que le baptême des hérétiques est en elle-même une question particulière qui peut être traîtée indépendamment des autres. Aussi ces non-papistes peuvent bien penser de fait comme l’Eglise catholique sur la question particulière du baptême des hérétiques, ils ne prétendent pas moins tirer de l’attitude de saint Cyprien un argument, celui-ci ayant dû, de droit, dans une logique catholique, se plier à l’enseignement romain.

Mais cela ne tient pas.

En effet, saint Cyprien affirma du même coup les futures doctrines protestantes du « sola scriptura » et du libre examen, ce qui touche également à la règle de la foi, et donc aussi à tout le reste de la théologie. Aussi cela entraîne l’inopérance de cet argument de la part des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tous ceux qui reconnaissent l’autorité de la Tradition et de l’ecclésiastique. Cet épisode ayant conduit saint Cyprien à contredire la règle de la foi même de ces derniers, ils ne peuvent donc pas utiliser cet argument puisque la réaction de saint Cyprien l’a mis en dehors même de leur propre théologie fondamentale : en bref cette affaire ne serait pas plus « gênante » pour les Catholiques que pour eux !

De plus, comme nous allons voir, saint Cyprien et son compère saint Firmilien, avaient en cette occasion complétement le sens des réalités et ont contredit ce qui avait été leur propre doctrine toute leur vie, aussi cela non seulement discrédite la témoignage contre la Papauté que leur comportement aurait pu avoir, mais en plus cela interdit aux  protestants d’utiliser cet argument pour la même raison.

a) Saint Cyprien s’était mis à enseigner le « sola scriptura » et du libre examen pour ne avoir à obéir

Saint Cyprien tient les propos suivants qui sont absolument inacceptables pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tous ceux qui reconnaissent l’autorité de la Tradition et de l’ecclésiastique :

« Bien que nous ayons traité pleinement toute la question du baptême des hérétiques dans les lettres dont nous vous envoyons des copies, pourtant, frère très cher, comme vous désirez connaître ce qu’a répondu Étienne, notre frère, à notre lettre, je vous envoie une copie de sa réponse. En la lisant, vous verrez de plus en plus l’erreur où il est, lui qui entreprend de soutenir la cause des hérétiques contre les chrétiens et contre l’Église de Dieu. Car, entre autres choses, ou hautaines, ou étrangères au sujet, ou contradictoires, qu’il a écrites, maladroitement et imprudemment, il a encore ajouté ceci : « Si donc des hérétiques viennent à nous, de quelque secte que ce soit, que l’on n’innove point, mais qu’on suive seulement la tradition, en leur imposant les mains pour les recevoir à pénitence, d’autant que les hérétiques eux-mêmes, d’une secte à l’autre, ne baptisent point suivant leur rite particulier ceux qui viennent à eux, mais les admettent simplement à leur communion.

Il défend de baptiser dans l’Église « ceux qui viennent de quelque hérésie que ce soit », c’est-à-dire qu’il tient les baptêmes de tous les hérétiques pour légitimes et authentiques. Et comme chaque secte a son baptême et ses péchés, en admettant le baptême de tous les hérétiques, ce sont les péchés de tous qu’il assemble et accumule sur sa tête. Il prescrit « de n’innover en rien, mais de suivre seulement la tradition », comme si celui-là innovait, qui, restant fidèle à l’unité, réclame pour l’Église unique un unique baptême, et non pas plutôt celui qui, oubliant l’unité, use du mensonge d’une ablution profane. « Qu’on n’innove en rien, dit-il, mais qu’on suive seulement la tradition. » Mais, d’où vient cette tradition ? A-t-elle pour elle l’autorité du Seigneur et de l’Évangile ? Vient-elle des apôtres et de leurs Épîtres ? C’est en effet ce qui est écrit que l’on doit faire. Dieu l’atteste, et nous en avertit, lorsqu’Il dit à Josué, fils de Navé : « Le livre de cette loi ne s’éloignera point de votre bouche, mais vous le méditerez jour et nuit, afin d’être attentif à faire ce qui y est écrit ». De même le Seigneur, envoyant ses apôtres, leur prescrit de baptiser les nations et de les instruire à garder tous ses préceptes. Si donc il est prescrit dans l’Évangile, ou dans les Épîtres des apôtres, ou dans les Actes, de ne point baptiser a ceux qui viennent de quelque hérésie que ce soit, mais de leur imposer seulement les mains pour les admettre à la pénitence, que l’on observe cette tradition divine et sainte. Mais si les hérétiques n’y ont jamais que le nom « d’adversaires », et « d’antichrists », s’ils y sont déclarés « gens à éviter, pervers, condamnés par eux-mêmes », comment peut-on trouver que ceux-là ne doivent pas être condamnés par nous, que le témoignage apostolique nous montre condamnés par eux-mêmes ? De sorte que personne ne doit faire tort aux apôtres, en laissant croire qu’ils aient approuvé les baptêmes des hérétiques, ou les aient admis à leur communion sans le baptême de l’Église, alors que les apôtres ont parlé de la sorte contre les hérétiques; et cela, à une époque où les plus dangereuses hérésies ne s’étaient pas encore déchaînées, ou Marcion le Pontique n’était pas encore sorti du Pont, lui dont le maître Cerdon ne vint à Rome que sous l’épiscopat d’Hygin, le neuvième évêque de cette ville. Marcion, suivit son maître, en ajoutant à ses crimes. Il blasphéma contre Dieu le Père, le Créateur, avec plus d’impudence et de violence que les autres, et mit une plus grande scélératesse à munir d’armes sacrilèges la fureur hérétique en révolte contre l’Église. » (Lettre 74 à Pompéius, chapitres I et II)

b) Saint Cyprien avait perdu le sens des réalités et a contredit sa propre doctrine

Nous pouvons résumer en plusieurs points la perte de notion de la réalité qui avait alors frappé saint Cyprien et son compère saint Firmilien sur lequel nous reviendrons plus bas, ainsi que leur propre contradiction. Une telle perte du sens des réalités à propos de quelque chose d’aussi « palpable » et pourtant sur une question aussi fondamentale (l’appartenance à l’Eglise et le salut) rend nulle et non-avenue les prises de positions faites à cette occasion au sujet de la règle de la foi !

  • Ils prétendent que la rebaptisation vient des apôtres

Nous l’avons vu dans la Lettre 72 à Pompéius de saint Cyprien, et nous le voyons à plusieurs endroit de la longue Lettre à Cyprien, de saint Firmilien, conservée par saint Cyprien : Lettre 75 (74), 16. Mais la réalité est tout autre : c’était à l’époque une invention de l’évêque de Carthage Agrippinus qui vécut quelques années seulement avant saint Cyprien :

« Jadis Agrippinus, de vénérable mémoire, évêque de Carthage, fut le premier de tous les mortels qui pensa, contrairement au canon divin, contrairement à la règle de l’Église universelle, contrairement à l’opinion de tous ses confrères, contrairement aux usages et aux institutions des aïeux, que l’on devait rebaptiser [les hérétiques]. Cette théorie trompeuse apporta tant de mal qu’elle fournit non seulement une procédure sacrilège aux hérétiques, mais en outre à certains catholiques une occasion d’erreur. Comme, de toute part, tous protestaient contre la nouveauté de ce rite et que tous les évêques, en tous pays, résistaient chacun dans la mesure de sa vigueur, le pape Étienne, de bienheureuse mémoire, qui occupait le siège apostolique, y fit opposition, avec tous ses autres collègues il est vrai, mais plus qu’eux néanmoins, car il trouvait normal, je pense, de surpasser tous les autres par le dévouement de sa foi autant qu’il les dominait par l’autorité de sa charge. » (Saint Vincent de Lérins, Commonitorium, VI)

  • Saint Firmilien affirmait que la rebatpisation était la pratique de toute l’Eglise

Comme nous pouvons le lire dans sa lettre précédemment indiquée, saint Firmilien affirmait que saint Etienne étiat le seul a tenir sa position puisqu’il s’adresse à lui à travers les mots qu’il adresse à saint Cyprien de la manière suivante :

« Vous avez pensé pouvoir excommunier tout le monde, et c’est vous seul que vous avez excommunié.« 

Mais c’est une follie d’aveuglement ! Saint Vincent de Lérins a bien rappelé la vérité qu’à l’époque « de toute part, tous protestaient contre la nouveauté de ce rite et que tous les évêques, en tous pays, résistaient chacun dans la mesure de sa vigueur« , et saint Denys d’Alexandrie témoigne de la majorité de non-rebaptisants en Orient !

  • Saint Cyprien contredit l’autorité de la Tradition alors qu’il l’a enseigné toute sa vie

En effet, durant toute sa vie saint Cyprien avait enseigné que la foi et l’interprétation de l’Ecriture Sainte nous venaient par la Tradition et non l’inverse :

« Il est facile aux âmes religieuses et simples de fuir l’erreur et de trouver la vérité, car, en nous adressant à la source de la tradition divine, l’erreur disparaît. » (Lettre 63 à Cécilius)

Plus tard, saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone et par conséquent, au fait de l’héritage des anciens évêques d’Afrique du Nord, et donc de saint Cyprien, évêque de Carthage, déclara :

« La recommandation que nous fait saint Cyprien, de recourir à la source, qui est la tradition apostolique, et de s’attacher à en suivre le canal jusqu’à nos temps, est des plus utiles, et doit sans aucun doute être mise en pratique. » (Du baptême, contre les donatistes, V, 26)

  • Saint Cyprien promeut le libre examen alors qu’il avait toujours enseigné la stricte soumission aux évêques en matière de foi

Voici ce qu’avait toujours enseigné saint Cyprien :

« Notre Seigneur, dont nous devons révérer et garder les commandements, réglant ce qui concerne les égards dus à l’évêque, et le plan de son Église, parle dans l’évangile et dit à Pierre : « Je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans le ciel, et que tu auras délié sur la terre sera délié dans le ciel ». (Mt 16,18-19). De là découle, à travers la série des temps et des successions, l’élection des évêques et l’organisation de l’Église : l’Église repose sur les évêques et toute sa conduite obéit à la direction de ces mêmes chefs. Les choses ayant été ainsi établies par Disposition divine, je m’étonne de l’audace téméraire de certains qui m’ont écrit, en affectant de parler au nom de l’Église, alors que l’Église est établie sur les évêques, le clergé et ceux qui sont restés fidèles. » (Lettre 33)

« Est-ce donc qu’évêque à vos yeux avant la persécution, j’aurais, après la persécution, cessé d’être évêque ? La persécution est venue vous élever aux sublimes hauteurs du martyre, tandis que moi elle m’a accablé du poids de la proscription. On pouvait lire en effet l’affiche suivante : « Si quelqu’un détient et possède des biens de Cécilius Cyprianus, évêque des chrétiens. » Ainsi celui qui ne croyait pas Dieu quand Il m’a établi évêque, pouvait du moins croire le diable quand il me proscrivait comme évêque. Ici, loin de moi la vaine gloire et la jactance ! Je ne parle qu’à regret, parce que vous vous constituez le juge de Dieu et de son Christ, qui a dit aux apôtres, et dans leurs personnes, aux successeurs des apôtres : Celui qui vous écoute, m’écoute ; et celui qui m’écoute, écoute celui qui m’a envoyé ; celui qui vous rejette, au contraire, me rejette moi-même, et rejette avec moi celui qui m’a envoyé. » (Lettre 66 à Florentius)

  • Saint Cyprien et saint Firmilien contredisent l’autorité du Pape contrairement à leurs propres propos

En plus de sa désobéissance de fait, saint Cyprien, suite à un concile tenu à Carthage en 256, fit la déclaration suivante souvent utilisée par les non-catholiques :

« Vous avez entendu, mes chers collègues, ce que notre confrère Jubaïen m’a écrit touchant le baptême profane des hérétiques, et ce que je lui ai répondu conformément à ce que nous avons ordonné dans deux conciles, qu’il faut que les hérétiques qui viennent à l’Eglise soient baptisés et sanctifiés du baptême de l’Eglise. On voit aussi une autre lettre de Jubaïen, par laquelle répondant à la mienne, non-seulement il y a consenti, mais, suivant le mouvement de sa piété, il m’a remercié de l’avoir instruit. Il reste que chacun de nous dise son avis sur le même sujet, sans juger personne, ou séparer de la communion celui qui serait d’une opinion différente de la nôtre. Car aucun de nous ne se constitue évêque des évêques, et ne réduit ses collègues à lui obéir par une terreur tyrannique, puis que tout évêque a une pleine liberté de sa volonté et une entière puissance ; et comme il ne peut être jugé par un autre, il ne le peut aussi juger. Attendons tous le jugement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui seul a le pouvoir de nous préposer au gouvernement de son Eglise et de juger de notre conduite. »

Quant à saint Firmilien, nous renvoyons à la section qui lui est consacrée plus bas dans le présent article.

Or, saint Cyprien avait abondamment prêché le dogme de la Papauté ! Nous renvoyons à ce que nous avons dit plus haut et à ce que nous dirons plus bas. Mais nous mentionnerons dès ici quatre faits significatifs. Le premier est son attitude de soumission à la Papauté pendant l’afffaire des lapsi lors de laquelle il a attendu pendant une durée indéterminée que Rome ait enfin un nouvel Evêque, afin qu’il puisse trancher avec autorité la question brûlante, urgente et grave de la réconciliation des lapsi. Et saint Cyprien témoigne lui-même que toute l’Eglise s’est soumise à cette nécessité de ne rien pouvoir décider sans l’approbation de l’Evêque de Rome. Nous exposons tout cela dans notre page que nous avons déjà indiqué : Saint Cyprien témoigne de la Papauté dans l’affaire des lapsi. Le deuxième est l’attitude de saint Cyprien dans l’affaire de l’évêque schismatique Marcianus d’Arles, où il demande, et par-là même reconnaît le pouvoir au Pape saint Corneille de déposer l’évêque d’Alres et de lui nommer un remplaçant. Nous exposons cela plus bas dans notre section intitulée « Le cas de l’évêque schismatique Marcianus d’Arles (vers 254)« . Le troisième est cette fameuse phrase qui en vaut des milliers, où saint Cyprien reconnaît l’infaillibilité et l’universalité de juridiction de l’évêque de Rome :

« Après tout cela, ils se sont encore fait sacrer un pseudo-évêque par des hérétiques, et c’est dans ces conditions qu’ils osent passer la mer, pour venir au siège de Pierre et l’Église principale, d’où l’unité épiscopale est sortie, et y apporter des lettres de schismatiques et de profanes. Ils ne réfléchissent donc pas que ce sont là les mêmes Romains dont l’Apôtre a loue la foi et auprès de qui la perfidie ne saurait avoir accès. [cela signifie que pour lui, l’Église romaine est infaillible]. » (Lettre 59 [55] au pape Corneille)

Le quatrième est que saint Cyprien témoigne lors de l’affaire des lapsi que même l’empereur païen persécuteur Dèce craint les Evêques de Rome plus que tout :

« L’épiscopat obtenu, non point par brigue, ni par violence, mais de par la Volonté de Dieu, qui fait les évêques, quelle vertu n’a-t-il point montrée dans l’épiscopat même, quelle force d’âme, quelle fermeté de foi, que nous devons d’un coeur droit reconnaître et louer ! Il a siégé sans peur sur le siège épiscopal, au temps où un tyran [Dèce] ennemi des évêques de Dieu, jetait feu et flammes, et aurait plutôt supporté d’apprendre qu’un empereur rival s’élevait contre lui que de voir établir dans Rome même un évêque de Dieu. » (Lettre 52 [alias 55] à Antonius, chapitre 8, PL tome IV, colonnes 345 et 346)

Si tout cela ne signifie pas reconnaître l’Evêque de Rome comme « évêque des évêques« , alors qu’est-ce donc ? Nous voyons que les prises de position anti-romaines de saint Cyprien ont été prise dans une période d’incohérence et de perte du sens des réalités et n’ont donc aucune valeur.

Nous rappelons qu’une génération avant saint Cyprien, en Afrique du Nord, Tertullien, qui avait alors quitté l’Eglise, appelait l’Evêque de Rome « évêque des évêques« , certes pour se moquer de lui, mais en faisant par-là témoignage de la foi de la véritable Eglise. Voir à ce sujet notre article Comment Tertullien (vers 155-vers 230) témoigna, après en être sorti, que la véritable Eglise obéissait à l’Evêque de Rome. De plus saint Cyprien « déjà d’un âge avancé, ne pouvait. passer un seul jour sans lire Tertullien, et que quand il demandait ses ouvrages, il disait « Apportez-moi le maître. » » (Saint Jérôme, Des hommes illustres, chapitre 53). Aussi saint Cyprien ne pouvait pas ne pas connaître ce passage où Tertullien témoigne de la foi de la véritable Eglise. Son attitude étiat donc un déni de réalité.

Qu’en est-il de saint Firmilien ? Dans la lettre même où il insulte le Pape, il ne peut pas s’empêcher de mentionner l’office de l’Evêque de Rome d’être « la pierre sur laquelle l’Eglise est bâtie », sans oser critiquer cet article de foi (alors qu’il y aurait eu tout intérêt) ! C’est donc lui qui était en parfaite incohérence avec ses propres principes et son attitude anti-romaine ne saurait servir à personne ! Nous expliquons cela en détail plus bas dans la section lui étant consacrée.

c) Comment Cyprien de Carthage et Firmilien de Césarée peuvent-ils donc être des saints catholiques ?

La question qui se pose alors est : comme Cyprien et Firmilien peuvent-ils être des saints de l’Eglise catholique ?

Réponse : sans aucun doute de la même manière que Hippolyte de Rome qui vécut une génération avant eux et qui fut schismatique durant toute sa vie épiscopale, méritant son titre de saint en se réconciliant avec l’Eglise juste avant son martyre. Saint Cyprien fut martyre, nous ignorons ce qu’il en est de saint Firmilien. Mais même s’il ne le fut pas, cela ne change pas grand-chose puisque la simple réconciliation avec l’Eglise suffisait. D’autant plus que dans son cas cela n’aurait eu pour effet que d’effacer une certaine période d’égarement, qui vint après une vie sainte.

IV) Autres témoignages de saint Cyprien

Saint Cyprien parle en ces termes de la manière dont Dieu a établit la distinction entre les vrais chrétiens et les hérétiques :

« Nous comprenons, frère très cher, et notre coeur voit dans le plein éclat d’une lumière intérieure, les conseils salutaires et saints de la divine Majesté ; nous comprenons pourquoi soudain, chez vous, s’est élevée la persécution, pourquoi la puissance séculière s’est tout à coup déchaînée contre l’Église du Christ, contre l’évêque Corneille, bienheureux martyr, et contre vous tous. C’était afin que le Seigneur, pour confondre les hérétiques et les rabattre, fît voir quelle était son Église, quel était son évêque, unique et choisi par une Disposition divine, quels étaient les prêtres revêtus de la dignité sacerdotale, unis à l’évêque, quel était le vrai corps du peuple fidèle du Christ, uni par le lien de l’Amour divine, quels étaient ceux que l’ennemi tourmentait, et au contraire ceux qu’il épargnait comme lui appartenant. L’adversaire du Christ ne poursuit et n’attaque que le camp du Christ et ses soldats. Les hérétiques sont à terre et à lui : il passe et les dédaigne. Il cherche à faire tomber ceux qu’il voit debout. » (Lettre 61 à Lucius)

Mais quel est cet évêque sur qui toute l’Eglise repose ? Saint Cyprien nous donne également la réponse. Il témoigne que ses collègues dans l’épiscopat et lui ont envoyé à Rome les deux évêques Caldonius et Fortunat, pour vérifier la légitimité de l’élection du pape Corneille, alors que l’antipape Novatien semait la division dans l’église de Rome (Lettre 44 au pape Corneille). Il accusa à cette occasion les partisans de Novatien de se couper de la « racine » de l’Eglise, c’est-à-dire du vrai évêque de Rome, il dit :

« Il y a cependant des gens qui jettent quelquefois le trouble dans les esprits et dans les coeurs, en racontant les choses autrement qu’elles ne sont. Quant à nous, nous savons que, donnant des explications à chacun de ceux qui prenaient la mer, pour leur permettre d’aller à Rome sans rencontrer aucune pierre d’achoppement, nous les avons exhortés à y reconnaître la matrice et la racine de l’Église catholique, et à s’y attacher. » (Lettre 48 [45] au pape saint Corneille, chapitre 3)

Parlant de schismatiques revenus à la vraie Eglise :

« Il était naturel de communiquer toute l’affaire aux fidèles afin qu’ils vissent rentrés dans l’Église ceux-là même qu’ils avaient vus si longtemps avec douleur errer çà et là. Leurs dispositions connues, il se fit un grand concours de nos frères. Il n’y avait qu’une voix pour rendre grâce à Dieu; la joie qui remplissait les coeurs s’exprimait en larmes; on embrassait les convertis comme s’ils avaient été délivrés le jour même, du cachot. Mais, pour reproduire leurs propres expressions, « nous savons, disaient-ils, que Corneille a été élu évêque de la très sainte Église catholique par Dieu le Tout-Puissant et par le Christ notre Seigneur. Nous reconnaissons notre erreur. Nous avons été victimes d’une imposture. Nous nous sommes laissé circonvenir par des bavardages perfides et trompeurs. Nous paraissions être comme en communion avec un homme et schismatique et hérétique : mais notre coeur a toujours été dans l’Église. Nous n’ignorons pas en effet qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et qu’un seul Christ notre Seigneur que nous avons confessé, un seul saint Esprit, et qu’il ne doit y avoir qu’un évêque dans une Église catholique ». » (Lettre 46 alias 49 au pape Corneille)

Dans sa lettre à Antonin, saint Cyprien identifie le lien de communion vis-à-vis de l’évêque légitime de Rome et la communion catholique. En effet, Antonin venait de recevoir une lettre de l’antipape Novatien et commençait à pencher pour lui. Saint Cyprien l’encourage à ne pas changer d’avis et à rester dans la communion du pape Corneille. Il s’adresse à lui en ces termes :

« J’ai reçu votre première lettre […] dans laquelle vous m’indiquiez que, loin d’avoir embrassé le parti de Novatien, vous suiviez notre conseil en restant uni à Corneille, notre frère dans l’épiscopat. Vous m’avez même demandé par écrit de transmettre à Corneille un exemplaire de votre lettre, afin qu’il fût sans inquiétude et sût que vous étiez en communion avec lui, c’est-à-dire avec l’Église catholique. » (Lettre 55 [52] à Antonianus, chapitre 1 dans Saint Cyprien, Correspondance (texte établi et traduit par le chanoine Bayard), T. II, coll. des universités de France, Les Belles Lettres, 1961 (2e éd.), p. 131-132)

 Vient ensuite son témoignage le plus connu de la Papauté : sa lettre 59 au Pape saint Corneille !

Il commence par évoquer des hérétiques déjà excommuniés par les Evêques d’Afrique du Nord, mais dont l’exclusion définitive de l’Eglise s’est faite par la sentence romaine :

« Jamais en effet les hérésies n’ont surgi d’ailleurs, jamais les schismes n’ont eu une autre source : c’est toujours qu’on n’obéit pas à l’évêque de Dieu, que l’on ne songe plus qu’il n’y a dans l’Église qu’un évêque, qu’un juge, tenant pour un temps la place du Christ. Si, conformément aux enseignements divines toute la communauté des frères lui obéissait, personne ne remuerait d’intrigues contre le sentiment du collège des évêques, personne n’oserait, après le jugement de Dieu, l’approbation du peuple, l’accord des évêques, s’établir juge non des évêques, mais de Dieu; personne ne déchirerait l’Église en rompant le lien de l’unité ; personne n’aurait assez de suffisance et d’orgueil pour s’en aller au dehors fonder une nouvelle secte séparée […]

De même vous deviez connaître Felicissimus, le porte-drapeau de la révolte, dont le nom aussi se trouve dans les lettres que nous envoyèrent jadis nos collègues. Il n’a pas été seulement excommunié ici par ces évêques, mais encore il a été récemment chassé par vous de l’Église, à Rome. » (Lettre 59 [55] au pape Corneille)

Puis on y apprend que même les hérétiques de l’époque savaient que l’Eglise de Rome était la tête de l’Eglise, à tel point qu’ils tentaient de faire confirmer leurs Evêques par Rome. A cette occasion, saint Cyprien exprime l’infaillibilité romaine, en disant que l’erreur ne peut avoir accès à l’Eglise de Rome :

« Quand leur mensonge eut été mis à nu et confondu par la présence à leur réunion de seulement cinq naufragés excommuniés par nous, ils ont navigué vers Rome avec leur cargaison de mensonges, comme si la vérité ne pouvait pas naviguer derrière eux, et en établissant les faits, confondre leurs langues menteuses. […]

Après tout cela, ils se sont encore fait sacrer un pseudo-évêque par des hérétiques, et c’est dans ces conditions qu’ils osent passer la mer, pour venir au siège de Pierre et l’Église principale, d’où l’unité épiscopale est sortie, et y apporter des lettres de schismatiques et de profanes. Ils ne réfléchissent donc pas que ce sont là les mêmes Romains dont l’Apôtre a loue la foi et auprès de qui la perfidie ne saurait avoir accès. [cela signifie que pour lui, l’Église romaine est infaillible]. » (Lettre 59 [55] au pape Corneille)

Il est donc acquis que saint Cyprien croyait en la Papauté. Et cela allait très loin chez lui car, après avoir identifié l’Eglise du Christ au pouvoir de l’évêque de Rome, il dit :

« « Chassez loin du corps la lumière du soleil, la lumière garde son unité sans se diviser ; sciez la branche d’un arbre, les bourgeons n’apparaîtront pas sur la branche retranchée de l’arbre ; détournez le ruisseau de sa source, il va se tarir. L’Église du Seigneur est inondée de lumière et elle rayonne dans le monde entier. C’est pourtant toujours la même lumière qui se répand partout, et elle ne se sépare pas de l’unité du corps. Cet arbre dont la fécondité est si grande étend ses branches par toute la terre, cette source répand largement ses flots abondants tout au loin. Et pourtant, tout procède d’un seul chef, d’une seule et même origine, et c’est une même mère qui s’enrichit des fruits de sa fécondité. » (De l’unité de l’Église catholique, n° 5 dans PL, 4/501. )

Les écrits de saint Cyprien témoignent de la primauté de l’évêque de Rome. Cyprien croyait que l’unité de l’épiscopat et de l’Eglise étaient symbolisée en la personne de Pierre, à qui la primauté avait été donnée, et en son siège et que tous les évêques détenaient cette charge en commun (« in solidum » ; De unit. ecc., 4-5).

Comme nous le disions plus haut : lors de la querelle des rebaptisants, saint Cyprien convoqua un concile réunissant 71 Evêques d’Afrique Latine. A son issu le concile envoya la Lettre Synodale suivante au pape saint Etienne pour lui demander de confirmer leurs canons :

« Quelques dispositions qui réclamaient une délibération commune, frère bien-aimé, nous ont forcé de réunir et de célébrer un concile auquel nous avons appelé plusieurs évêques. Un grand nombre de questions y ont été proposées et résolues ; mais il en est une surtout au sujet de laquelle nous croyons devoir vous écrire pour en conférer avec votre sagesse et votre autorité, car elle intéresse à un haut degré le pouvoir sacerdotal, l’unité de l’Église catholique et l’honneur qui découle pour elle de sa divine organisation. » (Lettre 72 au pape Etienne)

Le cas de l’évêque schismatique Marcianus d’Arles (vers 254)

https://i2.wp.com/img.over-blog-kiwi.com/0/87/38/05/20150731/ob_b7cf4e_arles.jpg

Ville d’Arles

Cet évêque d’Arles adhéra au schisme de Novatien suivit la rigueur de ce dernier et se conduit envers ceux qui avaient été faibles dans la persécution avec une véritable cruauté. Les choses allèrent si loin que Faustin, évêque de Lyon, de concert avec les autres évêques des Gaules, le dénonce au pape Etienne. N’ayant pas reçu de réponse, on ne sait pour quelle raison, Faustinus s’adresse à Cyprien, évêque de Carthage. Cet évêque qui jouit dans l’Église d’une grande influence, adressa au pape, une lettre concernant l’évêque arlésien. Il s’agit d’une lettre pour la défense des chrétiens repentants de la ville d’Arles après les persécutions de Dèce (250) et mentionnant donc le premier évêque historiquement connu, Marcianus appelé également Marcien, dont Cyprien demande au pape Étienne Ier, sur le rapport de saint Faustin, évêque de Lyon, la déposition pour son adhésion au schisme de Novatien. Dans cette Lettre il demande au pape de pourvoir à la déposition et au remplacement de Marcianus. Tout cela est une preuve que les Evêques des Gaules ainsi que saint Cyprien en Afrique du Nord reconnaissaient la supériorité de l’Evêque de Rome ainsi que son pouvoir juridictionnel. Cette lettre est datée de 254, en voici des extraits :

« Faustinus, notre collègue de Lyon, m’a écrit à plusieurs reprises, frère très cher, pour me faire connaître (et je sais que la nouvelle vous a été aussi annoncée par mes autres collègues dans l’épiscopat de la même province) que Marcianus d’Arles * s’est joint à Novatien, et éloigné de la vérité de l’Église catholique et de l’unanimité de notre corps épiscopal, il a adopté les dures maximes d’une hérésie présomptueuse, qui fermant la porte de l’Église à des serviteurs de Dieu qui regrettent et pleurent leur faute, et y viennent frapper avec des gémissements et des larmes, leur refuse les consolations et les secours de la Bonté de Dieu et de sa paternelle Miséricorde, sans se soucier d’admettre des blessés à soigner leurs blessures, préférant les abandonner à la rapacité des loups et à la rage du diable. […] C’est pourquoi vous devez écrire très explicitement à vos collègues dans l’épiscopat qui sont en Gaule, afin qu’ils ne permettent pas plus longtemps à Marcianus, qui est opiniâtre et orgueilleux, ennemi de la piété et du salut de nos frères, d’insulter à notre collège. […] Envoyez aussi en Provence, aux fidèles d’Arles, une lettre en vertu de laquelle, Marcianus étant excommunié, un autre soit mis à sa place, afin que le troupeau du Christ qu’il a dispersé, et qui reste blessé et diminué, puisse se rassembler. […] Faites-nous connaître qui aura été mis à Arles à la place de Marcianus, afin que nous sachions à qui nous devons adresser nos frères et écrire nous-même. » (Lettre 68 à Etienne)

* Le nom de Marcianus ne figure pas dans les diptyques de l’église d’Arles. C’est la conséquence de son excommunication. Cf. MABILLON, Annales, t. III, P. 432.

Saint Firmilien de Césarée (mort en 256)

Césarée de Cappadoce

« Et ici une juste indignation s’empare de moi devant l’évidente et manifeste folie d’Étienne. Ne le voit-on pas, lui, si fier du rang de son siège épiscopal, lui qui revendique l’honneur d’être le successeur de Pierre, sur qui ont été établis les fondements de l’Église, introduire beaucoup d’autres pierres, et beaucoup de nouvelles Églises, en prêtant au baptême qui se donne chez les hérétiques l’appui de son autorité ? Ce sont les baptisés, incontestablement qui remplissent les cadres de l’Église. Celui donc qui approuve leur baptême, admet aussi qu’il y a la une Église composée de ces baptisés. Et il ne s’aperçoit pas qu’on obscurcit, qu’on anéantit en quelque sorte la vérité de la pierre chrétienne, en trahissant ainsi et en abandonnant l’unité. Les Juifs, bien qu’aveuglés, et charges du plus grand des forfaits, ont cependant, au témoignage de l’apôtre, le zèle de la gloire de Dieu. Étienne, qui se vante de succéder à Pierre et d’occuper sa chaire, n’est animé d’aucun zèle contre les hérétiques, puisqu’il leur accorde au point de vue de la grâce, non un petit, mais un grand pouvoir. Il dit en effet, il soutient que, par le sacrement de baptême, ils effacent les souillures du vieil homme, relèvent des anciens péchés et de la mort, donnent par une nouvelle et divine régénération des enfants à Dieu, et par la sanctification du bain céleste rendent apte à la vie éternelle. » (Lettre à Cyprien, conservée par saint Cyprien : Lettre 75 (74), 16)

Ce document est intéressant car il prouve que saint Firmilien croit  non seulement que l’Église est fondée sur Pierre et que l’évêque de Rome est son successeur, mais encore que cette succession implique un privilège particulier pour ce qui est de la foi. En effet, il parle de la « manifeste folie d’Étienne […] lui, si fier du rang de son siège épiscopal, lui qui revendique l’honneur d’être le successeur de Pierre, sur qui ont été établis les fondements de l’Église, introduire beaucoup d’autres pierres, et beaucoup de nouvelles Églises, en prêtant au baptême qui se donne chez les hérétiques l’appui de son autorité ? […] Étienne, qui se vante de succéder à Pierre et d’occuper sa chaire, n’est animé d’aucun zèle contre les hérétiques, puisqu’il leur accorde au point de vue de la grâce, non un petit, mais un grand pouvoir ». Si l’évêque de Rome occupe la « chaire de Pierre », il ne s’agit pas sa chaire physique, mais de sa fonction. Aussi, Firmilien témoigne qu’Etienne occupe la chaire de Pierre  « sur qui ont été établis les fondements de l’Église » et que, selon lui à tort, il « appui de son autorité » les baptêmes des hérétiques et ainsi d’accorder à ceux-ci un « au point de vue de la grâce, non un petit, mais un grand pouvoir ». Qu’est-ce que tout cela pourrait-il bien faire si l’évêque de Rome n’avait pas de prérogative sur l’Eglise universelle en matière de foi ? De quelle autorité pourrait-il bien couvrir quoi que ce soit ? Et quel motif pousserait à mentionner qu’il succède à saint Pierre ? Il est d’ailleurs stupéfiant de constater que malgré son grave désaccord avec le Pape, il ne remet pas la Papauté en cause, indice que cette dernière était un article de foi indiscutable.

« Il fallait qu’il fût bien impossible de nier le double fait du séjour de saint Pierre à Rome et de la transmission de son autorité aux évêques de cette ville, pour que Firmilien, si irrité, ne le niât pas, et qu’il raillât seulement Etienne de ses soins à faire valoir un titre qu’il ne soutenait guère, disait-il, par son enseignement. L’Eglise a justifié Etienne de sa folie et pardonné à Firmilien les emportements de son zèle en les rangeant tous deux au nombre des saints. La papauté n’a pas été rancunière » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome 4, page 160-161)

Cette lettre prend place dans le contexte de la querelle des rebaptisants qui vu s’affronter les saints. Il s’agissait de savoir si les baptêmes administrés par des hérétiques pouvaient être valides. La réponse est oui. Mais ce fut alors un conflit atroce qui vit entre autres le Pape saint Étienne soutenir la validité de ces baptêmes et saint Cyprien ainsi que saint Firmilien la nier.

« Saint Denys d’Alexandrie, dans une lettre au pape Étienne. ibid. [Eusèbe, Histoire ecclésiatique]., VII, nomme Firmilien au premier rang des évêques d’Asie Mineure qui réprouvaient le novatianisme. Mais la part active que Firmilien a prise à querelle baptismale du siècle forme le côté le plus saillant et le plus important de son épiscopat. Entre 230 et 235, on voit l’évêque de Césarée siéger dans les conciles d’Iconium et de Synuada, tenus l’un et l’autre en Phrygie, qui rejettent tout baptême administré hors de l’Église, établissant ainsi dans l’Asie Mineure la même règle que le concile de Carthage, vers 220, avait formulée en Afrique. De là, vers la fin de 253, la mésintelligence du pape Étienne et de Firmilien, soutenu par tes évêques de Cappadoce, de Cilicie et des provinces voisines. Peu s’en fallut que le pape, Eusèbe, H. E., VII, 5, P. G., t. XX, col. 645, ne fulminât l’excommunication contre tous ces évêques, qui persistaient à renouveler, contrairement à l’usage de Rome, le baptême conféré par hérétiques. Seule l’intervention de saint Denys d’Alexandrie, ibid., VII, 3, P. XX, col. 641, détourna le coup de leur tête. Mais le conflit s’envenima, lorsque le pape Étienne, dans le courant 256, enjoignit aux évêques d’Afrique comme à ceux d’Orient de se conformer sur la question du baptême, à l’usage de Rome et les menaça de rompre au besoin rapport avec eux. Un peu avant ou aussitôt après le concile de Carthage du 1er septembre, saint Cyprien envoya la diacre Rogatien à l’évêque de Césarée, pour nouer des relations avec lui et s’encourager à la résistance par son exemple. La lettre de saint Cyprien est perdue ; mais nous avons encore la longue lettre dans laquelle Firmilien approuve sans réserve les principes et l’attitude de son collègue, et qui, traduite du grec en latin par saint Cyprien lui-même, selon toute apparence, forme le n. 75 du recueil des lettres de ce dernier, P. L., t. III, col. 1101 Sq. Lettre virulente et irrévérencieuse envers le pape Étienne, à ce point que l’authenticité en a été autrefois contestée. Molkenbuhr, Binae dissertationes de S. Firmiliano, Münster, 1790, P.L., t. III, col. 1357-1418. Elle ne l’est plus aujourd’hui : locutions et manuscrits, tout attesté la main de l’évêque de Césarée. Acta sanctorum, Bruxelles, 1867, t. XII, octobris, p. 480-493. » (P. GODET, Dictionnaire de théologie catholique, article « FIRMILIEN »)

Saint Denys de Rome (mort en 268)

Résultat de recherche d'images pour "denys de rome"

Né à une date inconnue en Grèce, évêque de Rome à partir du 22 juillet 259, mort le 26 décembre 268. Il fut le premier pape non-martyr.

Son règne en tant qu’évêque de Rome, apparue l’hérésie Sabellius qui prêchait une fausse doctrine : l’erreur de ce Sabellius fut condamnée par un concile tenu à Rome en 261 sous la présidence de Denys. Ce dernier envoya une lettre doctrinale à saint Denys, Evêque d’Alexandrie qu’il soupçonnait (à tort) d’hérésie sur la Trinité et lui demanda de prouver son : c’était une obligation qu’il avait de se justifier devant son supérieur. Voici le fait rapporté par saint Athanase :

« Et que la Parole de Dieu n’est pas une œuvre ou une créature, mais une descendance propre à l’essence du Père et indivisible, comme l’a écrit le grand Concile, vous pouvez le voir ici dans les paroles de Dionysius, évêque de Rome, qui, en écrivant contre les Sabéliens, s’oppose ainsi à ceux qui osèrent le dire

(Chap. 1) Ensuite je dois m’adresser à ceux qui divisent, séparent et détruisent la monarchie, l’enseignement le plus vénérable de l’Eglise de Dieu, en trois puissances et hypostases séparées et en trois divinités. J’ai appris en effet que certains, qui prêchent et enseignent chez vous la Parole divine, professent cette opinion. Ils s’opposent diamétralement, dirais- je, à la pensée de Sabellius. Lui blasphème en disant que le Fils est le Père, et réciproquement. Eux prêchent en quelque manière trois dieux, en divisant la sainte unité en trois hypostases étrangères l’une à l’autre et totalement séparées. Il est, en effet, nécessaire que le Verbe divin soit uni au Dieu de l’univers, et il faut que l’Esprit Saint demeure et habite en Dieu ; il est nécessaire, d’ailleurs, que la Trinité divine soit récapitulée et ramenée à un seul, comme à un sommet, c’est-à-dire le Dieu tout-puissant de l’univers. La doctrine de l’insensé Marcion, qui coupe et divise la monarchie en trois principes, est un enseignement diabolique et non celui des vrais disciples du Christ, ni de ceux qui se plaisent aux enseignements du Sauveur. Car ceux-ci savent bien que la Trinité était prêchée dans la divine Ecriture, mais que ni l’Ancien Testament ni le Nouveau ne prêchent trois dieux.

(Chap. 2) On ne blâmera pas moins ceux qui soutiennent que le Fils est une créature et qui pensent que le Seigneur a été fait comme l’une des choses qui ont été faites, alors que les paroles divines attestent à son sujet une génération adaptée et appropriée, mais non une fabrication et une création. Ce n’est donc pas n’importe quel blasphème, mais le plus grand, de dire que le Seigneur est en quelque sorte une chose façonnée. Car si le Fils est devenu, c’est donc qu’il y eut un temps où il n’était pas ; mais il est de toujours s’il est dans le Père, comme il le dit lui-même Jn 14,10s, si le Christ est le Verbe, la Sagesse et la Puissance – car que le Christ le soit, les saintes Ecritures le disent Jn 1,14 1Co 1,24, comme vous le savez ; or ce sont là des puissances de Dieu. Si donc le Fils a été fait, il y eut un temps où cela n’était pas ; et il y eut donc un moment où Dieu était sans cela ; ce qui est totalement insensé.

Et dois-je disserter davantage à ce sujet devant vous, face à des hommes remplis de l’Esprit et qui savent bien les incohérences qui surgissent lorsqu’il est dit que le Fils est une créature ? Ceux qui promeuvent cette opinion ne me semblent pas les avoir eues à l’esprit, et donc avoir manqué totalement la vérité, puisque ce passage :  » Le Seigneur m’a créé comme le commencement de ses voies « , Pr 8,22(LXX.) : ils l’ont compris autrement que ne le veut l’Ecriture divine et prophétique. Car il n’existe pas, comme vous le savez une seule signification de  » il a créé « . En effet,  » il a créé  » doit être entendu au sens de  » il a établi à la tête des oeuvres faites par lui « , mais faites par le Fils lui-même…

Mais  » il a créé  » n’est pas dit ici au sens de  » il a fait « . Il y a en effet une différence entre  » créer  » et  » faire « . Ce père qui est le tien, ne t’a-t- il pas acquis, fait et créé ? Dt 32,6 (LXX.) dit Moïse dans le grand cantique du Deutéronome. A ceux là, quelqu’un pourrait dire aussi : O hommes insensés, il est donc quelque chose de fait,  » le premier-né de toute la création  » Col 1,15  » celui qui est né du sein avant l’étoile du matin  » Ps 110,3 (LXX.), celui qui a dit, comme la Sagesse,  » avant toutes les collines il m’a engendré « , Pr 8,25 (LXX.) ? On peut trouver aussi beaucoup de passages de paroles divines dans lesquels il est dit que le Fils a été engendré, mais non qu’il a été fait. Pour ces raisons, ceux qui osent lire que son engendrement divin et ineffable est une création, sont clairement convaincus de proférer des mensonges au sujet de l’engendrement du Seigneur.

(Chap. 3) Il ne faut donc pas partager en trois divinités l’admirable et divine unité, ni porter atteinte à la dignité et à la souveraine grandeur de Dieu en parlant de  » faire  » mais il faut croire en Dieu le Père tout-puissant et en son Fils Jésus Christ et au Saint-Esprit : le Verbe est uni au Dieu de l’univers. Car il dit :  » Moi et le Père, nous sommes un  » Jn 10,30 et  » Je suis dans le Père et le Père est en moi  » Jn 14,10. C’est ainsi que la Trinité divine et la sainte prédication de la monarchie seront sauvegardées. »

(Des Décrets du concile de Nicée, chapitre VI, 26, PG XXV, 461 CD-465 A)

Et saint Denys d’Antioche s’inclina devant la sentence venue de Rome par une adhésion explicite (Des Décrets du concile de Nicée, chapitre VI, 25, PG XXV, 461 AC).

L’affaire Paul de Samosate (272)

Ville d’Antioche

Cette prééminence des évêques de Rome été remarquée même par les païens. Paul de Samosate, hérésiarque qui niait la divinité du Christ, fit l’objet, d’après Eusèbe de Césarée, de deux conciles en (264 et 268 ou 269), dont le second décida de son excommunication (Histoire ecclésiastique, VII, 29, 30, 1-18). Il n’en était pas moins resté dans les locaux de l’évêché d’Antioche dont il venait de cesser d’être l’évêque. Les catholiques eurent recours à la justice impériale et donc à l’empereur Aurélien qui eut à juger l’affaire en 272. Il ordonna de livrer la maison à ceux à qui les évêques d’Italie et de Rome adressaient leurs lettres. Sa sentence manifeste une reconnaissance de l’ordre établit chez les chrétiens :

« l’empereur Aurélien, auquel on recourut, rendit une décision très heureuse sur ce qui devait être fait ; il ordonna que la maison fût attribuée à ceux à qui les évêques d’Italie et de la ville de Rome l’auraient adjugée. Ce fut donc ainsi que l’homme susdit fut chassé de l’église avec la dernière honte par le pouvoir séculier. » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique VII, 27)

Que signifie cette formulation sinon que même les païens savaient que le critère essentiel et formel de l’appartenance à la véritable Eglise était la soumission à l’Evêque de Rome ? En effet, dans le cas contraire, pourquoi ne pas avoir attribué le bâtiment à ceux qui étaient en communion avec les Evêques immédiatement voisin, au motif que ces derniers gardaient le vrai christianisme (puisque Paul de Samosate était seul dans son hérésie avec quelques partisans) ? Ou à ceux qui croient en la divinité de Jésus-Christ (puisque la négation de cette dernière était l’objet de l’hérésie de Paul de Samosate) ? Ou à ceux qui acceptaient les deux conciles locaux le concernant dont le deuxième l’avaient excommuniés (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 29, 30, 1-18) ? Ou à ceux qui partageaient la même foi que tous les autres chrétiens répandus dans l’empire ?

Il n’y a aucune échappatoire : la Papauté était un fait tellement notoire en 272 que même l’évidence éclatait même aux yeux des païens que le vrai christianisme se définissait par la soumission à l’Evêque de Rome !

On doit souligner que les païens ont toujours su distinguer les vrais chrétiens des hérétiques. Saint Justin Martyr (vers 100-165) écrivait :

« Mais nous le savons bien, vous n’avez ni persécuté ni fait mourir à cause de leurs opinions les disciples de Simon le magicien et de Marcion. » (Première apologie pour les chrétiens, adressés à l’empereur Antonin, n°26, dans PG, 6/370)

Et Origène (vers 185-vers 254) :

« Celse a revendiqué pour ces hérétiques, qui pourtant n’ont rien subi de pareil, ce que nous autres catholiques accomplissons, lorsque, poussées, pour ainsi dire, par une piété débordante, nous allons au-devant de toute espèce de mort et affrontons le supplice de la croix. » (Contre Celse, VII, 40, PG, 11/1478-1479)

Et lorsque le l’empereur Constance II commença à persécuter l’Eglise, à partir du moment où il prit parti pour les ariens, Ammien Marcellin, qui était pourtant païen, ne put s’empêcher de remarquer que l’empereur s’était écarté du droit chemin, puisqu’il avait abandonné la pure et simple expression de la religion chrétienne (Histoire de Rome, XXI, 16).

Aurélien nous apprend donc que la marque à laquelle les païens différenciaient les vrais des faux chrétiens étaient la soumission de ces premiers à l’Evêque de Rome !

Cette réalité avait d’ailleurs été déjà constatée par l’empereur Dèce qui régna de 249 à 251. En effet, saint Cyprien dit du Pape saint Fabien :

« Il a siégé sans peur sur le siège épiscopal, au temps où un tyran [Dèce] ennemi des évêques de Dieu, jetait feu et flammes, et aurait plutôt supporté d’apprendre qu’un empereur rival s’élevait contre lui que de voir établir dans Rome même un évêque de Dieu. » (Lettre 52 [alias 55] à Antonius, chapitre 8, PL tome IV, colonnes 345 et 346)

Et ce même qu’il se trouvait dans Rome :

« des évêques de régions voisines, et d’autres venus de provinces lointaines d’où la violence de la persécution les avait chassés » (Réponse du clergé romain à saint Cyprien dans la correspondance de saint Cyprien : Lettre 31 [alias 30], PL, tome IV, colonnes 307 à 315)

Pourquoi redoutait-il tant que Rome ait un Evêque canoniquement en charge de ce diocèse, alors que la présence à Rome de beaucoup d’autres Evêques, ceux « de régions voisines, et d’autres venus de provinces lointaines », n’avaient pas l’air de le gêner, ou en tout cas beaucoup moins que « d’apprendre qu’un empereur rival s’élevait contre lui » ? C’est sans doute parce qu’il savait quel était le rôle de l’Evêque de Rome dans l’Eglise universelle.

C’est peut-être aussi lui qui empêcha l’élection d’un nouvel Evêque aussi longtemps. Cela expliquerait que le clergé de Rome dise à saint Cyprien : « Depuis la mort de Fabianus, de très illustre mémoire, les difficultés des circonstances nous ont empêchés d’avoir un évêque« , et que comme le dit saint Cyprien dans la lettre que nous avons cité de lui, il ne fut procédé à l’élection d’un Evêque que « quand l’ardeur de la persécution se fut assoupie« . Sans doute l’Eglise savait-elle qu’il lui serait matériellement impossible de précéder à cette élection, ou qu’elle occasionnerait des persécutions, permettant à Dèce de capturer ou tuer nombre d’Evêques présents au même endroit.

Voir plus de détails sur cette affaire das notre page :

Saint Cyprien témoigne de la Papauté dans l’affaire des lapsi

Concile d’Arles  (314)

Résultat de recherche d'images pour "arles"

Villes d’Arles

Ce concile organisé dans à Arles dans le Sud de la France le 1er août 314, est une preuve que l’évêque de Rome était la tête de l’Église. En effet, les pères du concile, venus de Gaule, d’Italie, de Sicile, et d’Afrique, tout en exprimant leur regret de Sylvestre, l’évêque de Rome (qui n’a donc pas prit part au débat), ils estiment devoir lui transmettre les canons du concile pour que ce dernier les approuve :

« Vous n’avez pu vous éloigner de ces lieux où les apôtres siègent aussi chaque jour, et où leur sang rend continuellement témoignage à la gloire de Dieu. » (Sirmond, Conc. ant. Gall., t. I, ad ann. 314)

Concile de Nicée (325)

https://i0.wp.com/leboncombat.fr/wp-content/uploads/2014/12/concilNicee.jpg

Les ennemis de l’Eglise affirment que le concile de Nicée (325) se tint sans le concours de l’autorité du Pape. Ils affirment que ce n’est pas saint Sylvestre, l’évêque de Rome de l’époque qui le convoqua, que ce n’est pas lui qui le présida, que ce n’est pas par son autorité que ses décrets furent pris, et même qu’un de ses canons contredit la Papauté. La réalité est diamétralement inverse. Elle est que le concile de Nicée est une preuve de plus de l’Autorité Romaine dans l’Eglise ancienne. Tout cela est prouvé par notre étude sur ce concile.

Concile de Sardique (343)

Ruines de Sardique

On lira avec profit cette étude de 20 pages sur ce concile. Voici les canons qu’il édicta, prouvant sa foi en la Papauté :

« L’évêque Ossius dit : cela aussi (..doit être ajouté..) : qu’aucun évêque ne voyage d’une province à une autre province dans laquelle se trouvent des évêques, à moins qu’il n’y soit invité par ses frères, de manière que nous n’ayons pas l’air d’avoir fermé la porte de la charité. À cela aussi il faut pourvoir : si dans une province un évêque devait avoir un litige avec un autre évêque, son frère, qu’aucun des deux n’appelle à l’aide des évêques d’une autre province. Mais si un évêque a été condamné dans une cause et s’il pense que sa cause est bonne pour être jugée à nouveau, honorons s’il vous plaît la mémoire du très saint apôtre Pierre : que ceux qui ont examiné la cause, ou bien les évêques qui résident dans la province voisine, écrivent à l’évêque de Rome ; et si celui-ci juge qu’il faut réviser le procès, qu’il soit révisé et qu’il : donne des juges. Si par contre il estime la cause telle qu’on ne doive pas reprendre ce qui a été fait, ce qu’il aura décidé sera confirmé. Cela plaît-il à tous ? Le synode répondit : oui. » (Canon 3)

« L’évêque Gaudentius dit : s’il vous en convient il faut ajouter à cette décision que vous avez prise et qui est pleine de sainteté : si un évêque a été déposé par le jugement des évêques qui résident dans le voisinage et qu’il a déclaré qu’il devait traiter l’affaire qui dans la ville de Rome, alors après l’appel de celui qui a été considéré comme déposé, un autre évêque ne doit absolument pas être ordonné à sa place dans la même cathèdre tant que la cause n’aura pas été arrêtée par un jugement de l’évêque de Rome. » (Canon 4)

« L’évêque Ossius dit : or il a plu que, si un évêque a été accusé et si les évêques de la région assemblés l’ont jugé et déchu de son rang, et s’il apparaît qu’il a fait appel et s’est réfugié auprès du bienheureux évêque de l’Eglise romaine, et si ce dernier a voulu qu’il soit entendu et qu’il a pensé qu’il était juste de renouveler l’examen, qu’il daigne écrire à ces évêques qui sont dans la province voisine de sa frontière pour qu’ils examinent tout soigneusement et qu’ils décident selon ce qui leur semblera véridique, à leur foi. Mais si quelqu’un demande que la cause soi entendue à nouveau et décide par sa supplique l’évêque de Rome à envoyer un presbytre a latere, il sera dans le pouvoir de l’évêque de décider ce qu’il veut ou ce qu’il estime nécessaire : s’il décide qu’il fallait envoyer des presbytres qui jugeraient en même temps que les évêques avec l’autorité de celui qui les aura envoyés, ce sera laissé à sa convenance. Mais s’il croit que les évêques suffisaient pour mettre un terme à et l’affaire, il fera selon ce qu’il aura jugé en son très sage conseil. » (Canon 5)

Ce concile, tirant les conséquences de ses principes, adressa le rapport de ses décisions à son chef, l’évêque de Rome  :

« Ce qui apparaîtra le meilleur et comme convenant le mieux, c’est ceci : que de toutes les diverses provinces les prêtres du Seigneur fassent rapport à la tête, c’est-à-dire au Siège de l’apôtre Pierre. » (Lettre Quod semper, adressée par les Pères du Concile au pape saint Jules Ier)

Saint Athanase d’Alexandrie (vers 295-373) assista au concile de Sardique et approuva ses délibérations. Il s’y réfère comme au :

« grand Concile » (Défense contre es Ariens, I)

Et au :

« Saint Synode » (Lettre au peuple d’Antioche, V)

Saint Athanase d’Alexandrie (vers 296-373)

Résultat de recherche d'images pour "saint athanase"

Lire en anglais : St. Athanasius, Arianism, and the Holy See par Dom John CHAPMAN

Saint Athanase assista au concile de Sardique précédemment cité et sanctionna ses délibérations. Il s’y réfère comme au :

« grand Concile » (Défense contre es Ariens, I)

Et au :

« Saint Synode » (Lettre au peuple d’Antioche, V)

 Il dit ailleurs :

« En effet, les ariens n’épargnèrent pas même l’évêque de Rome Libère, dès le début de son pontificat. Ils étendirent leur rage jusqu’aux citoyens de cette ville, et l’idée qu’il y avait là le trône apostolique ne les arrêta nullement. […] Car ces impies, voyant que Libère avait le culte de la vraie foi, […] crurent que, s’ils pouvaient le séduire, ils s’empareraient de tous les esprits. » (Lettre aux moines sur l’histoire de l’arianisme, n° 35 dans PG, 25/734.)

Commentaire du cardinal Louis BILLOT :

« Cette expression est si souvent utilisée, elle est d’usage si courant chez les Pères et les conciles que le titre de « Siège apostolique » a fini par devenir le nom propre et distinctif du siège de Rome. Mais remarquons bien que ce siège est appelé apostolique en ce sens absolument unique, non seulement à cause de son origine ou de sa fondation, au sens où, dans l’antiquité, bien des sièges épiscopaux étaient eux aussi apostoliques, mais surtout à cause de son pouvoir, dans la mesure où le pouvoir apostolique de gouvernement s’y trouvait non pas comme un pouvoir participé et dérivé, ce qui était le cas de tous les autres sièges épiscopaux, mais de manière excellente et en plénitude, comme dans sa source, dans sa matrice, dans sa racine. » (L’Eglise, Courrier de Rome, 2010, n° 882, tome 2, page 416)

De plus, si les ariens crûrent que si ils pouvaient séduire l’évêque de Rome « ils s’empareraient de tous les esprits », cela témoigne de la croyance tant de saint Athanase que des ariens du pouvoir d’enseignement doctrinal universel et infaillible de ce dernier.

L’hérésie arienne était en train de ravager tout l’Orient et les ariens, sous la conduite d’Eusèbe de Nicomédie, s’acharnaient de toutes leurs forces contre saint Athanase, récemment élevé au rang de patriarche d’Alexandrie, afin de le chasser de son siège. Or, en cette affaire, on ne fit pas appel au siège d’Antioche, ni à celui de Jérusalem, ni à aucun autre siège d’Orient. Sans aucun conteste, les deux parties soumirent leur litige à l’évêque de Rome, Jules Ier, s’adressant à lui comme au juge suprême de toute l’Église. Et pour sa part, saint Athanase se rendit lui-même à Rome, de son propre chef. Les partisans d’Eusèbe ne refusèrent le jugement du pape qu’à partir du moment où ils comprirent qu’ils n’obtiendraient rien sans se faire appuyer par le pouvoir de l’empereur. Saint Athanase en fait le récit suivant en parlant de lui à la troisième personne :

« C’est pourquoi, ayant vu que leur hérésie perdait du terrain, les partisans d’Eusèbe envoyèrent à Rome un courrier pour dénigrer Athanase. […] L’évêque de Rome, Jules, nous fit savoir par une lettre qu’il fallait réunir un concile où nous voudrions. […]

Dès qu’il eut appris cette nouvelle, Athanase s’embarqua pour Rome. Il s’était parfaitement rendu compte de la rage dont étaient animés les hérétiques, et il voulait que le concile fût rassemblé comme on l’avait décidé à Rome. Jules dépêcha les prêtres Elpide et Philoxène, munis d’une lettre, afin de fixer aux partisans d’Eusèbe un délai, pour qu’ils se rendissent à Rome, faute de quoi ils devraient savoir qu’on les tiendrait pour suspects en tout. Mais les ariens, dès qu’ils apprirent que le jugement de l’Église aurait lieu en l’absence de leur allié, sans que des forces armées se tiennent à l’extérieur du concile, pour que celui-ci promulgue ses actes sous la crainte de l’empereur, […] furent saisis de crainte, au point de se dérober, en inventant une excuse dénuée de fondement : “Nous ne pouvons venir à Rome”, dirent-ils, “à cause de la guerre que nous livrent les Perses”. » (Lettre aux moines sur l’histoire des ariens, n° 9-11 dans PG, 25/703-706)

Par ailleurs, saint Athanase se servit d’une lettre d’un pape pour lutter contre les hérétiques ariens. Le pape Saint Denys avait écrit, vers l’an 260, une lettre doctrinale à Denis, l’évêque d’Alexandrie, où il condamna l’hérésie des sabelliens, qui devait être reprise plus tard par les ariens. C’est pourquoi saint Athanase reprocha aux ariens d’avoir déjà été condamnés depuis longtemps par un jugement définitif, ce qui prouve qu’il croyait en l’infaillibilité pontificale (De sententia Dionysii).

La vie de saint Athanase produit d’autres témoignages en faveur de la Papauté, sans qu’il en fut lui-même l’auteur :

Saint Basile le Grand (vers 329-379) :

Il informa son ami saint Athanase qu’il avait l’intention de demander au souverain pontife d’exercer son autorité pour exterminer l’hérésie de Marcel d’Ancyre (Lettre 69, PG, 32/431) :

« Il nous a semblé bon d’écrire à l’évêque de Rome, pour qu’il prît connaissance de notre cause ; il s’avère en effet difficile de recourir à un décret conciliaire pour chasser d’ici certains perturbateurs, tandis que le souverain pontife pourrait prendre les mesures requises et se charger lui-même de cette affaire, en choisissant des personnes […] qui prendraient avec elles tous les actes postérieurs au concile de Rimini, afin de réduire à néant les décisions qui ont été imposées ici par la violence. » (Lettre 69, PG, 32/431)

Pourquoi consulter Rome et pas une autre autorité ?

« La lettre de saint Basile, mentionnant cette demande d’intervention de l’évêque de Rome comme une affaire courante et ordinaire, attire à conclure qu’à cette époque c’était non seulement la conviction personnelle de Basile, mais aussi la conviction de tous, même en Orient, que l’évêque de Rome possède le pouvoir de juger souverainement, par lui-même, les questions doctrinales ». (Abbé Edmond DUBLANCHY, Dictionnaire de théologie catholique, article « Infaillibilité du pape »)

C’est une manifestation que même l’Orient considérait le siège de Rome comme supérieur à celui d’Alexandrie, autrement c’est à saint Athanase lui-même que saint Basile aurait demandé de régler la question.

Saint Épiphane de Salamine (vers 315-403) relate les faits qui se sont déroulés lors du procès de saint Athanase. Il évoque la conversion des évêques ariens Ursace et Valens, qui voulurent être reçus dans la communion de l’Église et durent pour cela recourir à l’absolution de l’évêque de Rome, non à celle de saint Athanase.

« Voulant faire pénitence, Ursace et Valens présentèrent à Jules, évêque de Rome, des libelles où ils abjuraient leur erreur. “Nous avons calomnié l’évêque Athanase. Admettez-nous dans votre communion et recevez notre pénitence”. » (Panarion, pharmacie contre toutes les hérésies, 68, chapitre 9 dans PG, 42/198-199)

Sozomène de Constantinople (375-450) parle de la déposition de saint Athanase et de son rétablissement sur son siège par le Pape :

« Athanase s’étant échappé d’Alexandrie, comme nous l’avons vu, se réfugia à Rome. Paul Évêque de Constantinople, Marcel Évêque d’Ancyre, et Asclépas Evêque de Gaza s’y rendirent au même temps. Ce dernier avait été accusé par les Ariens, auxquels il était fort contraire, d’avoir renversé un Autel, et Quintien avait été mis en sa place. Lucius Evêque d’Andinople, qui avait été déposé pour un autre sujet, demeurait aussi alors à Rome. L’Evêque de cette ville-là ayant pris connaissance de leur cause, et ayant trouvé qu’ils étaient de son sentiment, et qu’ils tenaient tous la doctrine du Concile de Nicée, les admit à la communion ; et parce qu’il est chargé du soin de tous les fidèles, à cause de la dignité de son Siège, il leur rendit leurs Églises. Il reprit les Evêques d’Orient, par la lettre qu’il leur écrivit, d’avoir mal jugé les causes de ces Evêques, et de troubler l’état de l’Eglise, en s’opposant aux décrets du Concile de Nicée. Il en cita quelques-uns à jour préfix, pour lui rendre compte de leur jugement, et les menaça de les châtier, s’ils continuaient à introduire des nouveautés.

Athanase, et Paul se remirent sur leurs Sièges, et envoyèrent la lettre de Jules aux Evêques d’Orient. Cette lettre les ayant fâchés, ils s’assemblèrent dans la ville d’Antioche, pour y faire one réponse pleine d’ornements, et mêlée de railleries et de menaces. Ils avouèrent par cette réponse, que l’Eglise de Rome mérite de grands honneurs, parce qu’elle a été fondée par les Apôtres, et qu’elle jouit de la dignité de Métropole, dès le commencement de la Religion Chrétienne, bien que les premiers qui y ont répandu les semences de la foi, y soient allés d’Orient. Ils ajoutèrent, qu’ils ne devaient pas être mis au second rang, pour n’avoir pas l’avantage de la grandeur de la ville, ou de la multitude du peuple, puisqu’ils avaient celui de la fermeté et du zèle. Ils accusèrent Jules, d’avoir admis Athanase à sa communion, et lui témoignèrent une grande indignation, de ce qu’il avait entrepris de déshonorer leur assemblée, et de casser leur jugement ; ce qu’ils reprenaient comme une action fort injuste, et fort contraire aux règles de l’Eglise. Après toutes ces plaintes, et toutes ces protestations, ils lui promirent d’entretenir avec lui la paix et la communion, s’il voulait approuver la déposition de ceux qu’ils avaient chassés de leur Siège, et l’ordination de ceux qu’ils avaient élus en leur place, sinon qu’ils n’entretiendraient point avec lui de communion, ni de paix. Ils ajoutèrent que les Évêques d’Orient, qui les avaient précédés, n’avaient point désapprouvé la déposition qui avait été faite à Rome, de Novatien. Ils n’entrèrent point dans le détail de ce qu’ils avaient fait de contraire aux décrets du Concile de Nicée, et se contentèrent de lui marquer qu’ils avaient un grand nombre de raisons, pour justifier la conduite qu’ils avaient tenue, bien qu’ils ne voulussent pas alors entrer dans cette justification, parce qu’ils étaient soupçonnés d’avoir violé la justice en tous les chefs. » (Histoire ecclésiastique, livre III, chapitre 8)

Il s’agit d’un témoignage en faveur de la Papauté à deux titres. Premièrement parce que les Evêques orientaux, dont saint Athanase, qui s’estiment lésés dans leurs droits vont se plaindre auprès de l’Evêque de Rome qui à son tour donne « tout naturellement » l’ordre à tout l’Orient de les reconnaître à nouveau comme Evêques. Et deuxièmement parce que même dans leur contestation, les Orientaux ne peuvent pas cacher la vérité, tellement elle est évidente que : « que l’Eglise de Rome mérite de grands honneurs, parce qu’elle a été fondée par les Apôtres, et qu’elle jouit de la dignité de Métropole, dès le commencement de la Religion Chrétienne ».

Certains pourraient au contraire tirer de la désobéissance de l’Orient un argument contre la Papauté. Mais est-ce sérieux ? Peut-on honnêtement tirer argument de la désobéissance à Rome de ces gens un argument contre la Papauté lorsque les mêmes, dans la même désobéissance, mentent en prétendant que saint Athanase s’opposait à la doctrine du Concile de Nicée (puisque « Ils n’entrèrent point dans le détail de ce qu’ils avaient fait de contraire aux décrets du Concile de Nicée », tout simplement parce qu’il n’y avait rien à lui reprocher), et qu’ils ont troublé « l’état de l’Eglise, en s’opposant aux décrets du Concile de Nicée » ? L’autorité du Concile de Nicée est-elle remise en cause du fait que quelques-uns lui désobéirent ? Non bien sûr !

Il écrit plus loin :

« Les Évêques d’Egypte ayant écrit que ces accusations n’étaient que des calomnies, et Jules ayant jugé qu’Athanase n’était pas en sûreté, le manda à Rome. Il fit réponse dans le même temps, à la lettre des Evêques qui s’étaient rassemblés à Antioche, les accusant d’introduire lourdement des nouveautés contraires à la doctrine du Concile de Nicée ; d’avoir violé les règles de l’Eglise, en tenant un Concile sans l’y avoir invité, parce qu’il y a un Canon, qui déclare nul, tout ce qui est fait sans la participation de l’Evêque de Rome ; de n’avoir rien fait selon l’ordre de la justice, ni à Tyr, ni à Maréote contre Athanase ; que tout ce qui avoir été fait à Tyr, était ruiné par l’accusation calomnieuse de la main d’Arsène ; et tout ce qui avait été fait à Maréote en l’absence d’Athanase. Sur la fin de sa réponse, il se plaignait de la fierté avec laquelle leur lettre était écrite. » (Histoire ecclésiastique, Livre III, chapitre 10 dans PG, 67/1058.)

Et Théodoret de Cyr (393-458) :

« Athanase, ayant eu connaissance des pièges qu’on lui tendait, s’échappa furtivement et prit sa route vers l’occident. Car les Eusébiens avaient prévenu par lettres l’évêque Jules, qui gouvernait alors l’Eglise de Rome, des accusations qu’ils portaient faussement contre Athanase. Jules, conformément à la règle de l’Eglise, manda à Rome les accusateurs, et invita saint Athanase à venir lui-même défendre sa cause. Athanase n’eut pas plus tôt reçu cette invitation, qu’il se mit en devoir d’y répondre. Quant aux auteurs de tout ce tumulte, ils se gardèrent bien de se rendre Rome, persuadés qu’ils étaient que leurs mensonges y seraient découverts. » (Histoire ecclésiastique, livre II, chapitre 4)

Saint Athanase cite aussi cette lettre du Pape saint Jules Ier dans une de ces oeuvres :

« Car s’il y a eu, comme vous le dites, faute de leur part, il fallait juger l’affaire selon les canons de l’Eglise et non pas comme il a été fait. Vous deviez nous écrire à tous, afin que soit décrété par tous ce qui était juste. Il s’agissait d’évêques ; et d’Eglises qui ne sont pas n’importe lesquelles, mais des Eglises qui ont été gouvernées par les apôtres eux-mêmes. Au sujet de l’Eglise d’Alexandrie, pourquoi ne nous a-t-on pas écrit ? Ignorez-vous donc que la coutume était qu’on nous écrive d’abord, et que de là soit proclamé ensuite ce qui était juste. Si une suspicion pesait sur l’évêque d’Alexandrie, il aurait fallu en prévenir l’Eglise d’ici. » (Lettre aux Antiochiens intitulée Άνέγνων τὰ γράμματα en date de 341 ; PL tome 8, colonne 906A ; CouE 385B ; MANSI, tome 1, colonne 1229E ; Reg. : Jaffé 186 ; cité par saint Athanase, Apologie contre les ariens, n°35, PG tome 25, colonnes 305D-308A)

Saint Jules Ier (280-352)

Résultat de recherche d'images pour "pape jules Ier"

« Car s’il y a eu, comme vous le dites, faute de leur part, il fallait juger l’affaire selon les canons de l’Eglise et non pas comme il a été fait. Vous deviez nous écrire à tous, afin que soit décrété par tous ce qui était juste. Il s’agissait d’évêques ; et d’Eglises qui ne sont pas n’importe lesquelles, mais des Eglises qui ont été gouvernées par les apôtres eux-mêmes. Au sujet de l’Eglise d’Alexandrie, pourquoi ne nous a-t-on pas écrit ? Ignorez-vous donc que la coutume était qu’on nous écrive d’abord, et que de là soit proclamé ensuite ce qui était juste. Si une suspicion pesait sur l’évêque d’Alexandrie, il aurait fallu en prévenir l’Eglise d’ici. » (Lettre aux Antiochiens intitulée Άνέγνων τὰ γράμματα en date de 341 ; PL tome 8, colonne 906A ; CouE 385B ; MANSI, tome 1, colonne 1229E ; Reg. : Jaffé 186 ; cité par saint Athanase, Apologie contre les ariens, n°35, PG tome 25, colonnes 305D-308A)

 » Que tous les évêques qui se trouveront inculpés ou compromis dans quelque grave affaire, aient toujours la liberté d’en appeler au siège apostolique, et de recourir à son autorité comme à leur mère pour y trouver, comme toujours, appui, sauvegarde et liberté. Car c’est à sa décision que l’autorité des canons des apôtres et de leurs successeurs a réservé les causes majeures ecclésiastiques et le jugement des évêques. Et un évêque serait répréhensible s’il se conduisait envers quelqu’un de ses frères autrement que ne le jugerait à propos le pape de ce même siège.  » (Rescrit contre les orientaux en faveur d’Athanase et des autres victimes de l’hérésie arienne, II, citant le 18è canon du concile de Nicée. Ce canon ne se trouve pas dans le recueil qui nous reste des canons du concile de Nicée. Il faut dire la même chose du canon suivant)

 » Le concile a été d’avis que tout évêque accusé ou jugé dans une affaire quelconque par ceux de sa province ait toujours la liberté d’en appeler et de recourir à l’évêque du siège apostolique, qui, soit par lui-même soit par ses vicaires, fera examiner son affaire de nouveau. Et que tant que la cause restera pendante à ce tribunal, aucun autre évêque ne soit placé ou ordonné à la place de l’évêque accusé. Car bien que les évêques de la province puissent licitement examiner la cause de leur comprovincial, ils n’ont pas le droit de la juger définitivement sans avoir pris l’avis du pontife de Rome, puisque c’est à saint Pierre qu’il a été dit par Notre-Seigneur lui-même : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.  » (Rescrit contre les orientaux en faveur d’Athanase et des autres victimes de l’hérésie arienne, III, citant le 19è canon du concile de Nicée. Ce canon ne se trouve pas dans le recueil qui nous reste des canons du concile de Nicée)

Ces canons ne sont pas authentiques, mais il a du circuler des canons de ce type-là sous le nom de Nicée, et ce sans que beaucoup de gens ne doutent de leur authenticité. En effet, cinq siècles plus tard, Anastase le Bibliothécaire (vers 815-880) écriviat :

« Ajouter ou ôter aux actes des conciles sont des entreprises ordinaires aux Grecs. C’est ainsi que, dans le second concile, ils ont donné des privilèges au siège de Constantinople contre les canons de Nicée. Ils attribuent au troisième concile quelques canons qui ne se trouvent point dans les plus anciens exemplaires latins. Ils en ont ajouté un au quatrième concile touchant les privilèges de Constantinople, que jamais le pape saint Léon n’a voulu recevoir. Ils montrent aussi un grand nombre de canons, la plupart contraires à l’ancienne tradition, qu’ils attribuent faussement au sixième concile [ndlr : les canons du concile « in Trullo]. Enfin, dans le septième concile, ils retranchent de la lettre du pape Adrien ce qui regarde l’ordination de Taraise et les néophytes en général. » (Labbe, VIII, 961)

En effet, le Ier concile de Constantinople (381) a édicté en son 3è canon une prétention du siège de Constantinople. Comme nous le démontrons dans notre article La Papauté au Ier concile de Constantinople (381), cette prétenton était illégitime, toutefois elle n’est en rien contraire aux canons connus de Nicée.

Saint Jules dit enfin :

« Si quelqu’un veut avoir là-dessus de plus amples renseignements, il pourra les trouver dans les registres de notre Eglise. Dieu m’est témoin que j’ai dit la vérité. » (Rescrit contre les orientaux en faveur d’Athanase et des autres victimes de l’hérésie arienne, XXIX)

Dans la première moitié du Vè siècle, les deux historiens que sont Socrate de Constantinople, dit aussi Socrate le Scolastique (vers 380-450) et Sozomène de Constantinople (375-450), rapporte les actes du Papes saint Jules Ier (337-352) envers un concile oriental qu’il déclara illégitime car ils n’en avaient pas référé à l’Evêque de Rome.

Socrate le Scolastique (vers 380-450) écrit :

« Mais Jules, l’évêque de la ville de Rome, n’y prit pas part lui non plus [au concile d’Antioche, réuni à l’instigation d’Eusèbe de Nicomédie, chef du parti arien] et n’y envoya personne pour l’y représenter, alors que pourtant la loi de l’Église interdit de rien décider sans l’accord de l’évêque de Rome. » (Histoire ecclésiastique, Livre II, chapitre 8 dans PG, 67/195)

« Jules ayant entre les mains toutes ces lettres si contraires, fit premièrement réponse aux Evêques qui s’étaient assemblés à Antioche, par laquel le il le plaignait d’abord de l’aigreur qui paraissait dans leur lettre, et ensuite de ce que contre la disposition des Canons, ils avaient manqué de l’appeler au Concile, vu que par ces Canons, il n’est pas permis de rien ordonner sans la participation des Evêques de Rome. » (Histoire ecclésiastique, livre II, chapitre 17, PG 67, colonne 217 ; la version numérisée de cette oeuvre à laquelle nous renvoyons ne contient pas les mots « des Evêques de Rome« . Mais premièrement une phrase finissant par « rien ordonner sans la participation » ne voudrait rien dire, deuxièmement le texte grec en face de la traduction française porte bien les mots « τοῦ ἐπισκόπου Ῥώμης« , ce qui signifie « des Evêques de Rome« , il a dut y avoir une erreur dans la retranscription, et troisièmement même des anti-romains reconnaissent que c’est bel et bien ce que dit Socrate en cet endroit)

Sozomène de Constantinople (375-450) :

« Les Évêques d’Egypte ayant écrit que ces accusations n’étaient que des calomnies, et Jules ayant jugé qu’Athanase n’était pas en sûreté, le manda à Rome. Il fit réponse dans le même temps, à la lettre des Evêques qui s’étaient rassemblés à Antioche, les accusant d’introduire lourdement des nouveautés contraires à la doctrine du Concile de Nicée ; d’avoir violé les règles de l’Eglise, en tenant un Concile sans l’y avoir invité, parce qu’il y a un Canon, qui déclare nul, tout ce qui est fait sans la participation de l’Evêque de Rome ; de n’avoir rien fait selon l’ordre de la justice, ni à Tyr, ni à Maréote contre Athanase ; que tout ce qui avoir été fait à Tyr, était ruiné par l’accusation calomnieuse de la main d’Arsène ; et tout ce qui avait été fait à Maréote en l’absence d’Athanase. Sur la fin de sa réponse, il se plaignait de la fierté avec laquelle leur lettre était écrite. » (Histoire ecclésiastique, Livre III, chapitre 10 dans PG, 67/1058)

Libère (mort en 366)

Image illustrative de l’article Libère

Il s’agit d’un Pape qu’on accuse d’avoir chuté dans l’hérésie arienne. Nous proposons une démonstration intégrale du contraire dans notre document « La prétendue chute de Pape Libère« .

Saint Basile le Grand (vers 329-379)

Résultat de recherche d'images pour "saint basile de césarée"

Il informa son ami saint Athanase qu’il avait l’intention de demander au souverain pontife d’exercer son autorité pour exterminer l’hérésie de Marcel d’Ancyre (Lettre 69, PG, 32/431) :

« Il nous a semblé bon d’écrire à l’évêque de Rome, pour qu’il prît connaissance de notre cause ; il s’avère en effet difficile de recourir à un décret conciliaire pour chasser d’ici certains perturbateurs, tandis que le souverain pontife pourrait prendre les mesures requises et se charger lui-même de cette affaire, en choisissant des personnes […] qui prendraient avec elles tous les actes postérieurs au concile de Rimini, afin de réduire à néant les décisions qui ont été imposées ici par la violence. » (Lettre 69, PG, 32/431)

Pourquoi consulter Rome et pas une autre autorité ?

« La lettre de saint Basile, mentionnant cette demande d’intervention de l’évêque de Rome comme une affaire courante et ordinaire, attire à conclure qu’à cette époque c’était non seulement la conviction personnelle de Basile, mais aussi la conviction de tous, même en Orient, que l’évêque de Rome possède le pouvoir de juger souverainement, par lui-même, les questions doctrinales ». (Abbé Edmond DUBLANCHY, Dictionnaire de théologie catholique, article « Infaillibilité du pape »)

Saint Basile ne se priva pas d’adresser des reproches aux occidentaux. Car il se plaint « de la morgue occidentale », parce que « les occidentaux confondent la dignité et leur orgueil » (Lettre 239, n° 2 dans PG, 32/894). Il lance un appel à l’aide en direction de l’Occident pour que les Orientaux « renoncent enfin aux divisions qu’ils ont inventées, qu’ils se soumettent à l’autorité de l’Église, afin que le corps du Christ recouvre sa perfection et se rétablisse dans l’intégrité de tous ses membres » :

« Nous ressentons, dit-il, un immense besoin de votre aide, afin que ceux qui ont été élevés dans la profession de la foi des apôtres, renoncent enfin aux divisions qu’ils ont inventées, qu’ils se soumettent à l’autorité de l’Église, afin que le corps du Christ recouvre sa perfection et se rétablisse dans l’intégrité de tous ses membres. Alors, nous ne nous contenterons plus de louer le bien qui est chez les autres ; mais nous verrons nos propres églises rétablies dans l’antique beauté de la vraie foi. Certes, il est juste d’honorer d’une louange souveraine le don que le Seigneur a conféré à Votre Piété, et qui consiste à savoir discerner ce qui est adultère d’avec ce qui est pur, et enseigner sans aucune altération la foi des Pères. C’est cette foi que nous avons reconnue formulée dans les caractères apostoliques de la lettre, et nous l’avons acceptée ainsi que tout le reste, comme il était canoniquement et légitimement formulé dans votre écrit synodal. » (Lettre 92 aux Italiens et aux Gaulois, n°3, PG, 32/482-483)

On voit ici l’Église d’Orient dans la personne d’un de ses saints et de ses plus doctes représentants, donner à l’Occident la palme de la foi, reconnaître que l’Église latine a reçu le don de discerner la vérité de l’erreur, et que la vertu des caractères apostoliques est telle, qu’elle peut secourir et sauver de la ruine les églises de ces contrées qui furent le berceau du christianisme. D’où vient cette force à ce Concile romain dont Basile a reçu avec tant de respect la lettre synodale ? est-ce des quelques évêques de l’Italie et de la Gaule que l’évêque de Rome avait réunis auprès de lui ? ou n’est-ce pas plutôt de saint Pierre, dont le martyre, comme nous le disait saint Augustin, a assuré à l’Occident, par Rome, la prépondérance dans les jugements de la foi ?

Ailleurs, il ajoute que les évêques de Rome sont placés sur un siège plus élevé, lorsque les ambassadeurs d’Orient viennent les trouver (Lettre 215, dans PG, 32/791). Qui plus est, dit-il encore, un homme dont le caractère est étranger à toute adulation servile n’a aucun intérêt à s’entremettre avec celui qui est orgueilleux et hautain. Mais en dépit de cela, on doit quand même considérer ce que saint Basile écrit au pape saint Damase :

« Presque tout l’Orient, très Vénérable Père, est agité d’une tempête et d’un tourbillon considérable. En effet, Arius, l’ennemi de la vérité, vient récemment de répandre son hérésie, celle-ci se dévoile à présent sans crainte, […] et désormais elle règne. […] La seule consolation que nous nous sommes donnée est de voir venir votre miséricorde. […] Nous n’avons plus d’autre ressource que de vous supplier par courrier de vous décider à nous secourir et de nous envoyer des légats pour ramener les dissidents à de meilleurs sentiments, rétablir les églises de Dieu dans le lien de l’amitié, ou du moins vous faire connaître plus précisément quels sont ceux qui fomentent ce trouble, pour que vous puissiez par là savoir exactement quels sont ceux avec lesquels vous pouvez garder la communion. […] Nous voyons chaque jour les propagateurs de l’hérésie rendre les âmes toujours plus captives. C’est pourquoi, si vous ne vous décidez pas maintenant à nous porter secours, vous ne trouverez bientôt plus personne à qui tendre la main, car tous seront tombés au pouvoir des hérétiques. » (Lettre 70, dans PG, 32/434-435)

Cette lettre est à rapprocher de la Lettre 69 à saint Athanase (PG, 32/430-434) et de la Lettre 263 aux occidentaux (PG, 32/975- 982).

Ce Père est aussi très explicite sur la primauté de saint Pierre : grâce à la promesse du Christ, le pape persévérait absolument sans aucune défaillance, car sa foi avait la même stabilité que celle du Fils de Dieu Lui-même !

« Pierre a été lancé placé pour être le fondement. Il avait dit à Jésus Christ: Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant », et à son tour il lui fut dit qu’il était Pierre, quoiqu’il ne fut pas pierre immobile, mais seulement par la volonté de Jésus-Christ. Dieu communique aux hommes ses propres dignités. Il est prêtre, et il fait des prêtres; Il est pierre, et il donne la qualité de pierre, rendant ainsi ses serviteurs participants de ce qui lui est propre » (Homélie 29)

Ce dernier passage de saint Basile jouit d’une autorité particulière dans l’Église catholique, puisqu’il fut inséré dans le Catéchisme du concile de Trente (explication du symbole, section Credo in… Ecclesiam). Il dit enfin :

« Pierre, dit saint Basile, fut chargé de former et de gouverner l’Église, parce qu’il excellait dans la foi ». (Contra Enom, livre 2)

Saint Sirice (vers 320-399)

« Nous ne refusons pas à ta demande la réponse qui convient, puisque eu égard à Notre charge, Nous n’avons pas la liberté de pouvoir dissimuler ou taire quelque chose, puisque plus qu’à tous Nous incombe le zèle pour la religion chrétienne. Nous portons les charges de tous ceux qui peinent, et plus encore : les porte en Nous le bienheureux apôtre Pierre dont Nous croyons avec confiance qu’il Nous protège et Nous garde en toutes choses comme l’héritier de son ministère… » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, Introduction, §1)

« Maintenant, que tous vos prêtres observent la règle ici donnée, à moins qu’ils ne souhaitent être arrachés à la roche solide et apostolique sur laquelle Christ a construit l’Église universelle. » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, III, §2)

« Maintenant Nous encourageons encore et encore le propos de ta fraternité d’observer les canons et de garder les décrets édictés, pour que ce que Nous avons écrit en réponse à ta demande, tu fasses en sorte que cela soit porté à la connaissance de tous nos coévêques, et non pas de ceux-là seulement qui se trouvent dans ta province ; mais ce qui a été déterminé par Nous selon une ordonnance salutaire doit être envoyé aussi, accompagné de ta lettre, à tous les évêques de Carthage, de la Bétie, de Lusitanie et de Galice. Et bien qu’aucun prêtre du Seigneur n’ait la liberté d’ignorer les décisions du Siège apostolique ou les déterminations vénérables des canons, il pourra être néanmoins très utile et — compte tenu de l’ancienneté de ton sacerdoce — très glorieux pour ta Charité, que ce qui t’a été écrit à titre spécial en termes généraux soit porté, par ton souci de l’unanimité, à la connaissance de tous nos frères : afin que qui a été édicté par Nous, non pas de façon inconsidérée mais de façon circonspecte, avec une grande prudence et longue réflexion, demeure inviolé, et qu’à l’avenir soit fermée la voie des excuses, laquelle ne pourra plus être ouverte à personne auprès de Nous. » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, XV, §2o)

Saint Épiphane de Salamine (vers 315-403)

Résultat de recherche d'images pour "epiphane de salamine"

Il relate les faits qui se sont déroulés lors du procès de saint Athanase. Il évoque la conversion des évêques ariens Ursace et Valens, qui voulurent être reçus dans la communion de l’Église et durent pour cela recourir à l’absolution de l’évêque de Rome, non à celle de saint Athanase.

« Voulant faire pénitence, Ursace et Valens présentèrent à Jules, évêque de Rome, des libelles où ils abjuraient leur erreur. “Nous avons calomnié l’évêque Athanase. Admettez-nous dans votre communion et recevez notre pénitence”.» (Panarion, pharmacie contre toutes les hérésies, 68, chapitre 9 dans PG, 42/198-199)

Une objection est que saint Epiphane aurait parlé de l’Eglise de Jérusalem comme de la plus importante. Nous répondons à cela dans notre article Des Pères de l’Eglise ont-ils placé le siège de Jérusalem au dessus de celui de Rome ?

Saint Grégoire de Nazianze (vers 329-379)

Résultat de recherche d'images pour "grégoire de nazianze"

Des anti-romains affirment que saint Grégoire de Nazianze contredit la Papauté dans ce passage où il parle de Constantinople :

« Cette cité est l’œil du monde, les nations les plus reculées se rendent à elle de toutes parts, et elles tirent d’elle, comme d’une source, les principes de la Foi. » (Discours 42, 10)

Et dans un autre ouvrage, il parle encore de Constantinople comme du « siège de la piété » (Poème 11 sur sa vie : Carmen de Vita sua, vers 360)

Mais la réalité est que par ces mots saint Grégoire de Nazianze exprime un état de fait et non un état de droit. En effet, il est parfaitement exact que jusqu’à son époque, l’Eglise de Constantinople s’était distinguée par sa fidélité à l’Evangile, et que depuis 330 Constantinople était devenu la capitale de l’empire (d’autant plus que Rome avait perdu beaucoup de son prestige politique lorsqu’elle cessa d’être la capitale impériale au profit de Milan 286, capitale impériale qui sera transférée à Ravenne en 402). Il est donc normal que pour des motifs pratiques, beaucoup de gens se soient rendu à Constantinople à laquelle il était facile et souvent nécessaire de se rendre.

Mais cela était suspendu au fait que Constantinople conservait la foi de l’Eglise, contrairement à Rome qui, elle, ne peut par définition pas dévier de la foi de l’Eglise. C’est d’ailleurs une réponse aux anti-romains qui connaissent le passage de saint Irénée de Lyon sur la primauté romaine (Contre les hérésies, III, 3, 3), et qui auraient cru lire dans nos lignes précédentes une confirmation de leur thèse pour écarter la valeur de ce passage comme preuve de la Papauté. En effet, nous les renvoyons à notre article La Papauté au IIè siècle : le témoignage de saint Irénée de Lyon pour la réfutation de tous les arguments dans ce sens. Nous trouvons le même argument utilisé par les anti-roamins pour nier la portée papiste des propos de saint Théodore Studite, nous exposons cela dans notre article La doctrine de saint Théodore Studite (759-826), « l’un des derniers catholiques de Constantinople ». Au contraire, les propos de saint Grégoire de Nazianze vont dans le même sens que ceux de saint Irénée : une infaillibilité de droit pour l’Eglise de Rome, accompagnée d’une simple inerrance de fait pour les Eglises de Smyrne et Ephèse chez saint Irénée (Contre les hérésies, III, 3, 4), et celle de Constantinople chez saint Grégoire de Nazianze. Comment être sûr que c’est cela qu’a voulu dire saint Grégoire de Nazianze ? Tout simplement en le laissant parler ! En effet, dans l’ouvrage dont est tirée sa seconde citation, il dit que Constantinople et Rome ce qui suit :

« La nature ne nous a pas donné deux soleils. Mais nous avons deux Rome, deux lumières pour éclairer le monde entier, l’ancien pouvoir et le nouveau. » (Poème 11 sur sa vie : Carmen de Vita sua, vers 360 dans PG, 37/1067-1068)

On pourrait croire que ce texte met à pied d’égalité Constantinople et Rome, c’est- à-dire la nouvelle Rome et l’ancienne. Mais lisons ce qui suit :

« Pour ce qui est de la foi, Rome court déjà depuis longtemps et encore aujourd’hui dans la bonne direction, elle délivre l’Occident tout entier en lui donnant la doctrine du salut, et il est bien juste que l’Église qui est à la tête de toutes les autres ait le soin d’établir partout la concorde divine. Quant à Constantinople, la nouvelle Rome, elle marchait jusqu’ici droitement […] et il n’en va plus de même aujourd’hui. »

On le voit : si Rome enseigne la vraie doctrine c’est une réalité de droit divin parce qu’ « il est bien juste que l’Église qui est à la tête de toutes les autres ait le soin d’établir partout la concorde divine« , tandis ce que si Constantinople a été une bonne fille de l’Eglise pendant longtemps, « il n’en va plus de même aujourd’hui » !

Saint Optat de Milève (mort vers 397)

Résultat de recherche d'images pour "optat de milève"

Saint Augustin cite Optat aux côtés d’hommes disparus depuis longtemps, cet évêque « de vénérable mémoire » apparaît comme l’égal d’Ambroise de Milan.

« tous conservent l’unité dans l’unique chaire de saint Pierre. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre 2, n°&, PL, 11/947)

« Nous prouvons que l’Église catholique est celle qui est répandue dans tout l’univers. Il s’agit maintenant d’énumérer ses privilèges, et de voir où ils se trouvent dans leur nombre de cinq ou de six, comme vous le dites. Le premier de ces privilèges, c’est de posséder une chaire qu’occupe un évêque, qui soit comme l’anneau sans lequel il n’y aurait pas lieu d’y joindre d’autres propriétés ; et il s’agit par conséquent de voir quel est l’évêque qui a siégé le premier, et où il a fixé son siège. Apprenez-le, si vous l’ignorez encore ; rougissez, si vous ne l’ignorez pas. On ne peut supposer que vous l’ignoriez ; il reste donc à dire que vous le savez. Errer avec connaissance de cause, c’est ce qui fait le crime. Car pour ce qui est de l’ignorance, elle est quelquefois excusable. Vous ne sauriez donc nier, sous prétexte d’ignorance, qu’à Rome Pierre ait le premier occupé la chaire épiscopale ; Pierre, le chef de tous les apôtres, et appelé pour cette raison Céphas [Ici saint Optat commet assez visiblement une erreur d’étymologie : le mot Cephas ne vient pas, comme il semble le croire, du mot grec κεφαλη, tête ou chef ; mais c’est un mot syriaque qui signifie la même chose que pierre ou rocher : « Tu vocaberis Cephas, quod interpretatur Petrus » (Jean, I, 42). Au reste, le mot grec κεφαλη peut avoir lui-même pour étymologie le mot syriaque כיפא]. Cest cette chaire qui doit être pour tout le monde le centre de lunité, et à laquelle les autres apôtres n’ont jamais pu avoir la pensée d’opposer leurs chaires particulières ; en sorte que ce serait commettre ce crime de schisme, que d’élever aujourd’hui une autre chaire en opposition avec celle-là. Donc cette chaire unique, première des propriétés de l’Eglise, a été occupée par Pierre le premier. A Pierre a succédé Lin ; à Lin a succédé Clément ; à Clément Anaclet ; etc. ; à Jules, Libère ; à Libère Damase ; et à Damase, Sirice, qui est aujourd’hui notre collègue, et avec lequel tout l’univers, en même temps que nous-même, est en société de communion par le commerce des lettres formées [On trouvera dans le Protestantisme et la règle de foi du Père Giovanni/Jean PERONNE, tome II, p. 116578 et suivantes (traduction française par le Chanoine Adolphe-Charles PELTIER) ce qu’on doit entendre par lettres formées. Le tome I est disponible à la lecture en ligne ici, et le tome II ici]. Vous, à votre tour, dites quelle est l’origine de votre chaire épiscopale, vous, qui vous attribuez les privilèges de la vraie Eglise. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre II, 2-3)

Juste après avoir donné la liste des évêques de Rome, démontre que les schismatiques sont en dehors de l’Église catholique en donnant pour preuve qu’aucun de leurs évêques n’est en communion avec la chaire de Rome et il conclut ainsi :

« Cette chaire est le premier de tous les dons du Christ, et comme nous l’avons prouvé c’est saint Pierre qui nous l’a communiqué. » (Livre 2, chapitre 6 dans PL, 11/958)

« Et cette chaire de saint Pierre qui nous a été donnée est le principe grâce auquel nous parviennent tous les autres dons. » (Livre 2, chapitre 9 dans PL, 11/962.)

Dans ce passage, saint Optat entend désigner avec cette prérogative de la chaire la note d’apostolicité, qui se trouve chez tous ceux qui sont en communion avec cette chaire, où réside la source et l’origine du pouvoir apostolique.

« Pour le bien de l’unité, le béni Pierre, pour qui il aura suffi que, après son reniement, il n’eût obtenu que le pardon, pour mériter d’être préféré à tous les Apôtres, et seul il a reçu les clefs du Royaume des Cieux pour les communiquer aux autres. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, VII, 3)

Saint Ambroise (vers 340-397)

Résultat de recherche d'images pour "ambroise de milan"

Saint Ambroise montre que l’on doit identifier les véritables catholiques en se basant sur un seul indice, celui qui nous est donné avec le siège de saint Pierre, c’est-à-dire avec la communion de l’Église de Rome. Voici en effet ce qu’il écrit au sujet de son frère Satyre, qui échappa à un naufrage alors qu’il était encore catéchumène et voulut recevoir sans tarder le baptême, mais uniquement d’un évêque catholique. Il donne en exemple et examine comment son frère a fait preuve de prudence et de sagesse lorsqu’il demandait dans les diverses régions de l’étranger s’il y avait un évêque catholique, c’est-à-dire un évêque qui fît partie de l’Église de Rome :

« Il fit venir à lui l’évêque de l’endroit, ne croyant pas qu’il y eût de véritable grâce en dehors de celle de la vraie foi. Il lui demanda s’il était en communion avec les évêques catholiques c’est-à-dire avec l’Église de Rome, et peut-être le schisme avait-il alors ses adhérents dans cette contrée : car c’était le temps où Lucifer s’était séparé de notre Eglise. » (Sur la mort de son frère Satyre, Livre 1, n° 47 dans PL, 16/1306.)

Et pourquoi parlait-il de l’Église de Rome, et non de celle de Jérusalem, d’Antioche ou de Constantinople, sinon parce que c’est l’Église de Rome qui se retrouve sans aucun doute comme leur tête dans toutes les églises catholiques ? Parce qu’il s’agit du « Siège de Pierre »:

« ceux qui n’ont pas au milieu d’eux le siège de Pierre, qui le déchirent par un schisme impie, n’ont pas de part à l’héritage de Pierre » (De la pénitence, I, 7)

Et on pourra trouver un critère de discernement semblable dans ce que saint Jérôme écrit au pape saint Damase :

« Pour ma part, je répète incessamment en criant : si quelqu’un est uni à la chaire de Pierre, il est avec moi. » (lettre 16 à Damase).

Il « désire suivre en tout l’Église romaine » :

« Nous n’ignorons pas que l’Église romaine n’a pas cette coutume, bien que nous suivions en tout son exemple et son rite. Cependant elle n’a pas cette coutume de laver les pieds. Prends donc garde, peut-être s’en est-elle écartée à cause du grand nombre. Il y en a pourtant qui essaient de l’excuser en disant qu’il ne faut pas faire cela au cours du mystère, pas au baptême, pas lors de la régénération, mais qu’il faut laver les pieds comme on le fait à un hôte. L’un relève de l’humilité, l’autre de la sanctification. Précisément, écoute : c’est un mystère et une sanctification : « Si je ne te lave les pieds, tu n’auras pas départ avec moi. ». Je ne dis pas cela pour critiquer les autres, mais pour justifier l’office que je remplis. Je désire suivre en tout l’Église romaine ; mais nous sommes pourtant doués de la raison humaine. Aussi ce qu’on observe ailleurs pour de meilleures raisons, nous le gardons aussi pour de meilleures raisons.

C’est l’apôtre Pierre lui-même que nous suivons, c’est à sa ferveur que nous sommes attachés. Que répond à cela l’Église romaine ? Oui, c’est bien l’apôtre Pierre lui-même qui nous suggère cette affirmation, lui qui fut prêtre de l’Église romaine. C’est Pierre lui-même quand il dit : « Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête. » Vois sa foi. Le refus qu’il opposa tout d’abord vint de son humilité, l’offre qu’il fit ensuite de lui-même vint de sa ferveur et de sa foi. » (Des Sacrements, livre III, chapitre 1)

En 381, saint Ambroise et les Pères du concile d’Aquilée dans leur lettre adressée aux empereurs :

« Il nous fallait supplier Votre Clémence, de ne pas souffrir que la tête de tout l’univers romain, l’église de Rome, fût en proie au trouble. Car cette église est la source à laquelle tous puisent les liens de justice, qui constituent la communion sacrée. » (Lettre XI à l’empereur Gratien, 4)

Saint Damase (304-384)

Résultat de recherche d'images pour "pape damase"

« Quand votre charité, mes très-chers, et très-honorés fils, rend un profond respect au S. Siège Apostolique, elle agit très avantageusement pour vous-même. Car bien que je sois obligé de tenir le ce gouvernail de l’Eglise, où le saint Apôtre a enseigné la doctrine de l’Evangile, je me tiens tout à fait indigne de cet honneur, et travaille autant que je puis pour arriver à la félicité qu’il possède. Vous saurez donc, s’il vous plaît, que nous avons condamné le profane Timothée Disciple de l’hérétique Apollinaire, avec sa doctrine toute remplie d’impiété, et que nous espérons qu’aucun reste de sa secte ne subsistera à l’avenir. Que si ce vieux serpent revit pour son supplice, bien qu’il ait été frappé une, ou deux fois, et chassé hors de l’Eglise, et qu’il tâche de corrompre par son venin quelques fidèles, ayez soin de l’éviter, et vous souvenant toujours de la foi des Apôtres qui a été écrite, et publiée par les Évêques dans le Concile de Nicée, demeurez y fermes, et immuables  sans  permettre que ni le Clergé, ni le peuple qui sont commis à votre conduite, prêtent l’oreille aux questions vaines qui ont été abolies. Car nous avons déjà établi cette règle, que quiconque fait profession d’être Chrétien, doit observer tout ce qui est contenu dans la tradition des Apôtres, selon ce que dit le bienheureux Paul :

« Si quelqu’un vous prêche un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème. » [Galates I, 9]

Jésus-Christ fils unique de Dieu, notre Seigneur a mérité par ses souffrances. une rédemption parfaite à la nature humaine, et a délivré l’homme entier de tout péché. Quiconque dit qu’il a eu ou une divinité, ou une humanité imparfaite, est rempli de l’esprit du démon, et montre qu’il est un fils de perdition. Qu’est-il donc besoin que vous me demandiez que je dépose Timothée, puisqu’il a déjà été déposé avec Apollinaire son Maître, par le jugement du Siège Apostolique, rendu en présence de Pierre Évêque d’Alexandrie, et qu’il souffrira au jour du Jugement les supplices qu’il mérite ? Que s’il attire à son opinion de faibles esprits, et qu’après avoir renoncé à l’espérance qu’il devait avoir en Jésus-Christ, il mette sa confiance en la multitude des personnes qui le suivent, tous ceux qui voudront s’opposer avec lui aux règles de l’Église, périront aussi avec lui. Je prie Dieu qu’il vous conserve, mes très-chers fils. » (Lettre de Damase Évêque de Rome contre Apollinaire et Timothée, cité in Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, V, 10)

Ier concile de Constantinople (381)

Les contempteurs de la Papauté allèguent que le 3è canon du concile de Constantinople contredit celle-ci. Le preuve que cela est faux, ainsi que toutes les preuves que ce concile fut tout entier dans la soumission au Pape se trouvent dans cet article.

L’Ambrosiaster (entre 366-384)

Résultat de recherche d'images pour "ambrosiaster"

Expliquant ce passage : « Afin que tu saches comment il faut te conduire dans la demeure de Dieu qui est l’Église du Dieu vivant » (I Timothée III, 15), dit ce qui suit :

« Tandis que le monde entier est l’œuvre de Dieu, on dit que l’Église est sa demeure, elle dont le chef est aujourd’hui Damase [l’évêque de Rome de l’époque]. Car le monde est soumis à l’injustice, troublé qu’il est par diverses erreurs et c’est pourquoi on doit dire que la demeure de Dieu et la vérité se trouvent là où Dieu est considéré avec crainte, comme il le veut. » (Commentaire de la première Épître à Timothée)

Saint Anastase Ier (340-403)

Résultat de recherche d'images pour "pape anastase"

« Le soin ne manquera pas de ma part à garder la foi de l’Evangile en ce qui concerne mes peuples, et d’inspecter par lettre, pour autant que je le puisse, les parties de mon corps [l’Eglise] à travers les diverses régions de la terre. » (Lettre 1)

Prudence (348-après 405)

Résultat de recherche d'images pour "poète prudence"

« O Christ, unique Dieu, […] qui avez placé l’autorité de Rome par-dessus toutes les autres, […] donnez aux romains que soit chrétienne la ville par le gouvernement de laquelle vous avez décidé que tous les autres habitants de la terre auraient une seule religion. […] Voici d’ailleurs que nous avons parmi nous les artisans très fidèles de cette espérance. Car c’est à Rome que règnent les deux princes des apôtres, l’un qui évangélise les gentils, l’autre qui occupe la première chaire de l’univers et qui donne accès aux portes de l’éternité, dont il a reçu la garde. Arrière, Jupiter, toi, l’adultère […] laisse Rome libre. […] Saint Paul y met fin à ton règne, le sang de saint Pierre t’accable de frayeur. » (Liber Peristephanon, hymne 2 dans PL, 60/322-325)

Saint Jean Chrysostome (vers 344-407)

Saint Jean Chrysostome enseigna à plusieurs reprises que saint Pierre était le chef des apôtres :

« Et ce Fils lui-même, pourquoi a-t-il versé jusqu’à la dernière goutte de son sang? si ce n’est pour racheter les brebis qu’il a remises aux mains de Pierre et de ses successeurs. Jésus-Christ disait encore : Quel est le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi pour gouverner sa maison? (Matth. XXIV, 45.) Voilà encore des paroles qui ont l’apparence du doute; mais celui qui les prononçait ne doutait pas davantage en les prononçant, que lorsqu’il demandait à Pierre s’il l’aimait, moins pour s’assurer de son amour que pour montrer la grandeur du sien. De même ici quand il demande : Quel est le serviteur fidèle et prudent? Jésus-Christ le connaît assez : seulement il veut nous montrer la rareté de tels serviteurs et la grandeur de leur ministère. Qu’on en juge par la grandeur de la récompense qu’il leur destine : Je vous dis en vérité qu’il l’établira sur tous ses biens. (Matth. XXIV, 47.) Soutiendras-tu maintenant que ce n’est pas pour ton bien que je t’ai trompé ? Toi qui vas être préposé au gouvernement des biens de Dieu, charge qui a valu à saint Pierre sa puissance et sa haute prééminence sur le reste des apôtres, selon cette parole : Pierre, dit le Seigneur, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? pais mes brebis. (Jean XXI, 15.) Il aurait pu dire : situ m’aimes, jeûne, couche sur la dure, veille sans cesse, protège les opprimés, sois le père des orphelins, le défenseur de la veuve ; mais non: laissant là toutes ces oeuvres, que dit-il ? Pais mes brebis. » (Du sacerdoce, II, 1-2)

« Dieu seul peut accorder la rémission des péchés et décider qu’à l’avenir son Église demeure stable au milieu de l’assaut et du déchaînement de tant de flots si violents, tandis que son pasteur et son chef, un pêcheur et un inconnu aux yeux de l’univers, serait vainqueur dans le combat que lui livrerait la terre entière en lui opposant une résistance plus solide que l’acier. Voilà toutes les assurances que le Christ promet de donner, et ce sont des gages que Dieu seul peut offrir. […] C’est lui », c’est-à-dire saint Pierre, « que le Christ a établi à la tête de tout l’univers. » (Homilia 54 (alias 55) in Matthæi Evangelium, § 2 sur Mt, 16 / 18 – PG, 58 / 534)

« Jésus lui dit : Paissez mes agneaux’ ». Et pourquoi Jésus-Christ, laissant là les autres apôtres, parle-t-il à Pierre seul de ce soin et de cet amour? Entre les apôtres, Pierre était le plus grand et le plus éminent; il était la langue et le chef du collège…son renoncement était effacée : c’est pourquoi il lui confie le gouvernement de ses frères, et il ne lui rappelle, il ne lui reproche point son renoncement, mais il lui dit : Si vous m’aimez , recevez le gouvernement de vos frères. […] Le Christ dit à saint Pierre : Suis-moi, et par ces mots il lui indique la charge qu’il lui donne et lui montre l’amour plus intime qu’il a pour lui. Et si l’on hésite à admettre cette explication, en demandant comment il se fait que saint Jacques ait reçu le siège de Jérusalem, je réponds que c’est saint Pierre qui a été établi comme le maître à la tête de tout l’univers. […] Car le Seigneur avait confié à saint Pierre de grandes responsabilités, il lui avait commandé de prendre soin de tout l’univers, il lui avait prédit son martyre et il l’avait désigné comme étant supérieur aux autres » (Commentaire sur l’Evangile selon St Jean, 88 (alias 87), 1, Saint Jean Chrysostome — Oeuvres complètes ; sous la direction de M. Jeannin , L. Guérin & Ce, Éditeurs 1865, Tome 8, Chapitre 88 , page 553)

En d’autres occasions il écrit :

« Saint Pierre, le coryphée de cette assemblée, […] mis à la tête du monde entier, […] fondement de l’Eglise. » (Homélie sur le passage Hoc scitote [II Timothée III, 1], n°4 dans PG, 56/275)

« Pierre lui-même, la tête, ou couronne, des Apôtres, le premier dans l’Eglise, l’ami du Christ, qui reçu la révélation non d’un homme mais du Père… Ce Pierre, quand je dis Pierre, je nomme cette pierre incassable, ce ferme fondement, de ce grand apôtre, le premier des disciples, le premier appelé, le premier obéissant à la voix du divin maître. » (De Eleemosyna, Homélie 3, De poenit.4 [387])

« [Pierre] Le premier des apôtres, la fondation de l’Eglise, le coryphées du chœur des disciples. » (Ad eos qui scandalizati 17)

« Il s’agissait de confier à l’apôtre Pierre les Eglises de l’univers entier, la multitude des peuples, et pour tout dire, les clefs du royaume des cieux. Que lui dit en effet le Seigneur ? Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel. Mais voyez dans quel péché il a permis que tombât ce grand apôtre le chef de tout le collège apostolique, ce fondement inébranlable, cette pierre immobile, capable de résister à tous les assauts, ce prince de l’Eglise, ce port imprenable, cette forte et invincible tour. Pierre, dis-je, cette colonne et ce rempart de l’Eglise, a cédé non pas même à des menaces, mais à un simple mot d’une servante. Un mot d’une simple fille s’est fait entendre, et cette colonne a été ébranlée. Elle a dit, et le rempart a chancelé. Dieu a permis ce péché dans celui qui allait avoir la charge de l’Eglise entière, dans cette colonne de toutes les Eglises du monde, dans ce port où la foi ne pourra faire naufrage, dans ce docteur chargé de l’enseignement de tout le monde, sans doute pour que, lorsqu’il aurait à gouverner les peuples, il ne se montrât pas sévère et inexorable, mais plutôt compatissant pour les fautes de ses frères. » (Homélie sur les saints Pierre Apôtre et le prophète Élie)

Et il dit que la « ville royale », c’est-à-dire Rome, brille de son éclat :

« Saint Pierre, pêcheur, […] ayant conquis la ville royale entre toutes brille encore après sa mort d’un éclat plus vif que celui du soleil. » (Sur le psaume 48, n° 6 dans PG, 55/232)

Saint Jean Chrysostome, chassé à deux reprises de son siège de Constantinople par les évêques courtisans, et envoyé en exil, il en appelle au jugement de l’évêque de Rome, Innocent Ier, en lui adressant deux lettres, qui figurent au troisième tome de ses œuvres. Nous suggérons de lire ce qu’en écrit Mgr Justin FÈVRE dans son Histoire apologétique de la Papauté, tome III, pages 183-189.

Dans la première, il dit qu’il faut informer l’évêque de Rome des affaires les plus graves, afin qu’il puisse au plus vite intervenir (n° 1) (PG, 52/530-531) et il ajoute que c’est son rôle d’écrire pour éviter que le jugement injuste garde sa valeur (n° 4) (PG, 52/534). Dans la seconde (PG, 52/535-536), dit-il, la vigilance du pape doit se faire d’autant plus avertie que les flots s’élèvent plus haut, que les récifs cachés dans les vagues sont plus nombreux et que les tempêtes font davantage rage : tel un bon pilote, il se doit se tenir particulièrement éveillé quand il voit la mer se gonfler. Il insiste en disant que le pape Innocent doit combattre pour défendre le monde entier, pour protéger les églises ruinées et abattues, pour réunir les peuples divisés, pour soutenir le clergé persécuté, pour venir en aide aux évêques exilés, pour réagir en faveur de la constitution des pères qui a été violée. Il précise que la charité du pape a été pour lui comme un rempart, une sécurité, un port, un trésor de biens sans nombre, une source de joie et d’allégresse merveilleuse.

Il existe des contestations au sujet de la doctrine de saint Jean Chrysostome. Certains disent qu’ils ne croyait pas à la fondation de l’Église sur la personne de saint Pierre, la réponse est dans cet article et celui-ci ; d’autres disent qu’il ne reconnaissait pas la primauté romaine, la réponse détaillée est dans celui-ci.

Saint Jérôme de Stridon (347-420)

Nous exposons en quoi saint Jérôme croyait en la Papauté, c’est-à-dire en l’infaillibilité et en l’universalité de juridiction des l’Evêque de Rome dans notre article :

Saint Jérôme (347-420) sur « la Chaire de Pierre sur laquelle l’Eglise est bâtie »

IIIè concile de Carthage (28 août 397)

Ce concile nord-africain définit le canon de l’Ecriture Sainte et le transmis à l’Eglise de Rome (« L’Eglise d’outre-mer ») pour être confirmé. C’est donc que ce concile se reconnaissait soumis au Pape :

« [Il a été décidé] qu’en dehors des Ecritures canoniques rien ne doit être lu dans l’Eglise sous le nom de divines Ecritures. Or sont écritures canoniques : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Jésus Nave, Juges, Ruth, quatre livres des Rois, deux livres des Chroniques, Job, le Psautier de David, cinq livres de Salomon, douze livres des Prophètes, Esaïe, Jérémie, Daniel, Ezéchiel, Tobie, Judith, Esther, deux livres d’Esdras, deux livres des Maccabées.

Quant au Nouveau Testament : quatre livres des évangiles, un livre des Actes des Apôtres, treize épîtres de l’apôtre Paul, du même une aux Hébreux, deux de Pierre, trois de Jean, une de Jacques, une de Jude, l’Apocalypse de Jean. […] l’Eglise d’outre-mer doit être consultée pour la confirmation de ce canon. » (Canon 24)

Saint Augustin (354-430)

Fils de sainte Monique, qui pria et pleura pendant trente ans pour la conversion de son fils, est un exemple de parfaite conversion: après une vie dissolue jusqu’à environ 30 ans, il devint un modèle de sainteté. Il est le plus grand des Pères de l’Eglise et docteur de celle-ci : le Pape Léon XIII déclara, d’accord avec toute la Tradition et l’enseignement catholique, après avoir mis en valeur les talents de chacun des Pères de l’Eglise, qu’« entre tous, la palme semble revenir à St. Augustin » (Encyclique Aeterni Patris, 4 août 1879).

Certains partisans des Eglises chrétiennes non-catholiques affirment que ce saint aurait tenu des propos contraires à l’enseignement catholique sur saint Pierre et la papauté. Pour cela, il sorte une phrase d’un de ses sermons en la sortant de son contexte. La vérité est que la position de saint Augustin est 100% catholique. Nous en produisons les preuves dans les deux articles suivants :

Saint Augustin et la fondation de l’Eglise sur Saint Pierre

Un Papiste nommé saint Augustin

Saint Pélage Ier affirma, comme une évidence, à des évêques de Toscane que telle était la doctrine de saint Augustin :

« Avez-vous pu oublier les prérogatives du Siège Apostolique au point de me croire capable d’autoriser moi-même un schisme dans l’Eglise ? A Dieu ne plaise que la Siège de Pierre, établi pour garder le dépôt de la Foi, se laisse entraîner par le mouvement populaire selon les caprices de l’opinion ! […] Le très bienheureux Augustin d’illustre mémoire, s’appuyant sur les paroles de Notre-Seigneur, place le fondement de l’Eglise dans le Siège Apostolique. Il déclare schismatiques ceux qui repoussent l’autorité ou se séparent de la communion du Pontife Romain. Il ne connaît d’autre Eglise que celle qui a ses racines dans la pierre fondamentale. Comment donc pouvez-vous croire que vous n’être pas séparés de la communion d’avec le monde entier sans faire mémoire de mon nom dans la célébration des Saints Mystères, alors que quoiqu’indigne, c’est en mon humble personne que s’est transmise l’hérédité du Siège Apostolique par la succession de l’épiscopat et que se concentre à l’heure actuelle son immutabilité.

Cessez donc, vous et les fidèles confiés à votre direction, de soupçonner la foi que je professe. […] S’il vous reste sur ce point quelques difficultés à éclaircir, venez sans crainte me les exposer ; car, suivant la parole de l’Apôtre, nous sommes toujours prêt à rendre compte de notre Foi [I Pierre III, 16]. » (Lettre V [alias VI] aux Evêques de Tuscie, PL 69, colonnes 397 à 399)

Les conciles de Carthage (juin 416) et de Milève (septembre 416)

Saint Augustin présida également les conciles de Carthage et de Milève. Les Pères de ces deux conciles et lui-même, demandèrent a l’évêque de Rome, saint Innocent Ier de confirmer leur décisions. Voici la lettre du concile de Carthage :

« Nous avons cru, vénérable frère, devoir porter cet acte à la connaissance de votre charité, afin que vous confirmiez par l’autorité du siège apostolique les décisions de notre médiocrité pour mettre à couvert le salut d’un grand nombre, et corriger au besoin la perversité de quelques-uns.  […] Quand même donc Pélage paraîtrait à votre sainteté avoir été justement absous par certains actes qu’on dit être des évêques d’orient, son erreur et son impiété, qui compte en divers pays tant de partisans, n’en devrait pas moins être anathématisée par l’autorité du siège apostolique. » (Lettre 90 (175) au pontife romain Innocent, Opera S. Augustini, t. II, col. 923 et 925, édit. de Gaume ; col. 617 et 619, édit. de Montfaucon)

Et la lettre que les Pères du concile de Milève et lui adressèrent au même Pape :

« Puisque le Seigneur, par un bienfait signalé de sa grâce, vous a élevé sur le siège apostolique, et vous a placé dans un poste tel, qu’il y aurait négligence de notre part à ne pas déférer à votre révérence ce que les besoins de l’Eglise demandent de nous, sans que nous puissions avoir à craindre que notre démarche soit, ou dédaigneusement repoussée, ou froidement accueillie de vous ; nous vous prions d’apporter votre soin pastoral à la guérison de membres infirmes. Car une hérésie nouvelle et excessivement pernicieuse cherche à s’élever pour anéantir la grâce du Christ. » (Lettre 92 alias 176, Cf. Opera S. Augustini, t. II, col. 927, édit. de Gaume ; col. 620, édit. de Montfaucon)

Saint Innocent Ier (mort en 417)

Image illustrative de l’article Innocent Ier

Ce pape adressa ses réponses à ces deux conciles dans deux lettres datées du même jour, le 27 janvier 417.

Il fit d’abord la réponse suivante aux Pères du concile de Carthage, dans laquelle il assimila l’Église de la ville de Rome à une source pure de toute souillure hérétique, qui vivifiait les églises locales :

« Voilà ce que vous avez estimé dans la vigilance de votre office sacerdotal, à savoir qu’on ne doit pas fouler aux pieds les ordonnances des Pères ; car ceux-ci, dans une pensée plus divine qu’humaine, avaient décrété que n’importe quelle affaire à traiter, fût-ce des provinces les plus éloignées et les plus retirées, ne serait pas considérée comme finie avant d’avoir été portée à la connaissance de ce Siège, pour qu’il confirmât de toute son autorité les justes sentences et que les autres églises – comme les eaux qui jaillissent de leur source originelle et qui s’écoulent dans toutes les régions du monde par de purs ruisseaux venus de la source non corrompue – reçoivent de lui ce qu’elles prescriront et sachent qui elles doivent purifier et qui, souillé d’une fange ineffaçable, ne recevra pas l’eau digne des corps purs » (Lettre In requirendis du 27 janvier 417 aux évêques du concile de Carthage, chapitre I (Dz. 217) ; citée dans la lettre 181 (alias 191) de SAINT AUGUSTIN – PL, 33 / 780).

Ainsi que cette réponse à ceux du concile de Milève :

« Je loue la diligence que vous avez apportée à rendre hommage au siège apostolique, je veux dire au siège de celui qui, sans compter les embarras qui peuvent lui survenir d’ailleurs, est chargé du soin de toutes les Eglises, en nous consultant sur le parti que vous pouvez avoir à prendre dans vos doutes, vous conformant ainsi à l’antique règle que vous savez aussi bien que moi avoir toujours été observée par tout l’univers. Mais je me tais là-dessus, persuadé que vous en êtes d’avance parfaitement instruits, puisque vous l’avez reconnu par votre conduite même, sachant bien que le siège apostolique ne manque jamais de répondre aux consultations qui lui viennent de toutes les parties de l’univers. Mais surtout s’il s’agit de ce qui intéresse la foi, tous nos frères ou nos collègues dans l’épiscopat se font, comme je n’en doute pas, un devoir d’en référer à Pierre, ou à celui de qui il tient son nom et son privilège, ainsi que vous l’avez fait vous-mêmes pour obtenir une décision qui puisse, dans le monde entier, servir en commun à toutes les Eglises. Elles doivent en effet devenir plus prudentes, lorsqu’elles voient que, selon la relation du double synode, les inventeurs du mal sont séparés de la communion de par les déterminations de notre jugement. » (Lettre aux Pères du concile de Milève, Inter epistolas du 27 janvier 417, chapitre II (Dz 218), citée par saint Augustin, lettre 182 (alias 193), PL, 33 / 784 ; S. Augustini, Opera S. Augustini, t. II, col. 934, édit. de Gaume ; col. 638, édit. de Montfaucon)

Et nous ne pouvons que constater que saint Augustin fait entièrement siennes ces deux sentences papales ! En effet, lorsque dans sa Lettre à Paulin, saint Augustin rapporte ces actes, il recommande les réponses que le pape Innocent Ier donna par écrit, en ajoutant :

« Sur tous ces points, le pape nous a donné réponse par écrit, exactement comme le requérait le droit et comme il convenait au pontife du Siège apostolique » (Lettre 186 (alias 106), § 2 – PL, 33 / 817).

Et dans un célèbre sermon :

« Réfutez leurs contradictions, amenez-nous les quand ils résistent. Déjà effectivement on a envoyé sur ce sujet les actes de deux Conciles au Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie; puisse ainsi finir l’erreur ! Aussi les avertissons-nous de rentrer en eux-mêmes; nous prêchons pour leur faire connaître la vérité et nous prions pour obtenir leur changement. » (Sermon 131, 10).

C’est d’ailleurs des mots « Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie » que fut tirée le célébrissime adage : « Roma locuta, causa finita est » : « Rome a parlé, la cause est entendue » !

Saint Zosime (mort en 418)

Résultat de recherche d'images pour "pape zosime"

Au tout début de son pontificat, Zosime, dans le cadre de ces mêmes conciles écrivit à Aurélien de Carthage :

« L’importance de l’affaire qui nous est soumise exige une enquête approfondie, afin que la balance ne soit pas plus légère que les objets qui y sont déposés. Cette maturité de jugement importe surtout à l’honneur et à l’autorité du Siège apostolique, auquel les décrets de nos Pères, par respect pour le très-bienheureux apôtre Pierre, ont attribué la solution définitive des causes majeures. Il nous faut donc redoubler de prières et de supplications pour que le Seigneur, par une grâce continuelle et un secours incessant, fasse découler de cette Chaire comme d’une source pure la paix de la foi et l’union sans nuage de la société catholique. Le prêtre Célestius s’est présenté à notre tribunal, demandant à se justifier des accusations précédemment portées contre lui. […] Or il est notoire qu’Héros et Lazare, au mépris des saints canons et malgré la résistance du clergé et du peuple, ont été, à la suite de leurs brigues, tumultueusement intronisés dans les Eglises d’Aix et d’Arles, où ils avaient été jusque-là inconnus. Il est notoire qu’ils ont depuis abdiqué leur titre, et que le Siège apostolique leur a retiré tout pouvoir et toute juridiction dans leurs Eglises, en tenant compte cependant du repentir dont ils ont plus tard donné la preuve. » (Lettre 2 à Aurélien de Carthage, PL XX, 649-650)

Plus tard, l’affaire se compliquant, Zosime eut à écrire à nouveau au même, dans une lettre où il identifie les promesses faites par le Christ en Matthieu XVI, 18 et Matthieu XVI, 19 à saint Pierre, au ministère de l’Evêque de Rome :

« La tradition de nos Pères, attribue au Siège apostolique une autorité tellement absolue dans l’Eglise, que nul n’a le droit de réformer son jugement. Cette règle canonique a toujours été observée ; la sainte antiquité non moins que la discipline actuelle sont unanimes à proclamer la puissance de l’apôtre Pierre, à qui Jésus-Christ Notre-Seigneur a conféré le privilège de lier ou de délier [Matthieu XVI, 19]. Ce privilège appartient par droit d’héritage aux successeurs du prince des apôtres. Pierre continue toujours à porter la sollicitude de toutes les Eglises, mais il veille avec un soin particulier sur le Siège de Rome qui est le sien propre ; il ne souffre ni défaillance ni incorrection dans les jugements doctrinaux émanés de la Chaire qu’il a honorée de son nom et constituée sur des fondements inébranlables [Matthieu XVI, 18]. Quiconque se heurte à cette pierre, s’y brisera. Tel est donc Pierre, le chef de la plus haute autorité qui soit ici-bas ! Les lois divines et humaines, la discipline ecclésiastique tout entière confirment ce pouvoir éclatant de l’Eglise romaine, à la tête de laquelle nous avons été établi, comme vous le savez, bien-aimés frères, dans la plénitude de l’autorité apostolique. Cependant, malgré cette puissance suprême dont le dépôt est entre nos mains, nous n’avons pas voulu agir, dans l’affaire présente, sans prendre votre avis. Dans un sentiment de dilection vraiment fraternelle, nous avons fait appel à votre conseil commun, non par ignorance de notre devoir ou par impuissance de l’accomplir en la forme la plus utile pour l’Eglise, mais parce qu’il s’agit d’un accusé qui a déjà comparu à votre tribunal, et qui se constitue devant le nôtre pour y purger un appel antérieur, provoquant lui-même sa confrontation avec ses accusateurs, et anathématisant les erreurs qui lui étaient, dit-il, faussement reprochées… Des matières aussi graves ne se jugent pas légèrement. Votre fraternité saura donc que rien n’a été changé ni dans la décision doctrinale portée par notre saint prédécesseur, ni dans le jugement à intervenir sur la question de fait relative à Célestius et à Pelage. » (Lettre 12 Quamvis Patrum à Aurélien et au concile de Carthage, 21 mars 418, PL, XX, 675-676)

Saint Possidius de Calame (vers 397-vers 437)

Résultat de recherche d'images pour "possidius de calame"

Cet historien rapporte lui aussi ce recours des conciles d’Afrique du Nord à Rome pour être confirmés :

« Comme ces hérétiques s’efforçaient, par leurs artifices, de persuader leur erreur au Saint-Siège Apostolique, les saints évêques d’Afrique, réunis en concile, résolurent de montrer, avec le plus grand soin, au saint pape de Rome, le vénérable Innocent et ensuite à saint Zozime, son successeur, combien cette secte devait être abhorrée et condamnée par la foi catholique. Ces pontifes du Siège Suprême les censurèrent à diverses reprises et les retranchèrent des membres de l’Église : par des lettres adressées aux églises d’Afrique en Occident et à celles d’Orient, ils ordonnèrent à tous les fidèles de les anathématiser et de les fuir. Ayant appris le jugement que venait de porter sur eux l’Église catholique de Dieu, le très pieux empereur Honorius, pour s’y conformer, ordonna de les ranger parmi les hérétiques condamnés par ses lois. Alors quelques-uns d’entre eux rentrèrent dans le sein de l’Église, notre mère, d’où ils étaient sortis ; d’autres y reviennent encore tous les jours, à mesure que la vérité de la vraie foi se manifeste à eux et l’emporte sur cette détestable erreur. » (Vie d’Augustin, XVIII)

Rufin le Syrien (début du Vème siècle)

Dans son Libellus Fidei que Migne inséra en appendice du tome 10 des œuvres de saint Augustin :

« Si la foi que nous confessons reçoit l’approbation de votre décision apostolique, quiconque voudra me reprocher une faute montrera son impéritie, sa malveillance ou même qu’il n’est plus catholique, au lieu de me taxer d’hérésie ».

Ainsi, on le voit : on est ou on n’est pas catholique ou hérétique selon qu’en décide le jugement du Siège apostolique, et c’est pourquoi on peut reconnaître quel est sur terre le tribunal suprême du Christ auquel il revient sans conteste de juger en matière de foi.

Les mensonges révélateurs de l’hérétique Pétilien (début du Vè siècle)

Au début du Vè siècle, une des grandes figures de l’hérésie donatiste, Pétilien de Cirta (Constantine), calomnia plusieurs Papes du début du IVè siècle, spécialement saint Marcellin, d’avoir offert de l’encens aux idoles, et que ce dernier fut jugé par un concile, afin de saper la foi des chrétiens en l’enseignement romain et par-là laisser le champs libre à son hérésie. C’est saint Augustin (354-430) qui le débusqua le premier :

« Vous voyez que dans ce discours, auquel vous m’avez prié de répondre,notre adversaire nous a fourni un grand nombre d’arguments qui plaident en notre faveur. Quel besoin, dès lors, pouvons-nous avoir de justifier les évêques de l’Eglise romaine de tous les crimes dont il les accuse au prix d’incroyables calomnies ? Marcellin et ses prêtres Melchiade, Marcelle et Silvestre, sont par lui accusés d’avoirlivré les manuscrits sacrés, et offert de l’encens aux idoles. Mais il ne suffit pas de les accuser, il faudrait prouver cette accusation; et cette preuve, il ne la donne pas, il n’apporte à l’appui aucun document sérieux. Il soutient que ce sont des criminels et des sacrilèges ; moi je soutiens qu’ils sont innocents. Et pourquoi fournirais-je des preuves de ma défense, puisqu’il n’essaie pas même de prouver son accusation ? Si dans les choses humaines il reste encore quelque peu d’humanité, il me semble que quand il s’agit d’hommes inconnus, que des ennemis incriminent, sans fournir aucune preuve de leurs accusations, ceux qui méritent d’être crus sur parole, c’est nous, qui soutenons que ces hommes sont innocents. En suivant cette marche, il est vrai que l’on peut se tromper, mais du moins on a rempli le devoir qu’impose l’humanité, puisqu’elle défend de soupçonner témérairement le mal dans les autres et de croire facilement à toute incrimination qui ne repose ni sur des témoins, ni sur des documents authentiques; celui qui se rend coupable d’une telle incrimination doit être regardé plutôt comme un calomniateur que comme un accusateur véridique. » (De l’unité du baptême. Réfutation des erreurs des Pétilianus, chapitre XXVII)

Ces calomnies ont été dument réfutées par les livres disponibles dans nos articles Réponses aux objections historiques contre la primauté et l’infaillibilité du Pape (1) et Histoire apologétique la Papauté. On y voit comment cette légende n’est qu’un tissu d’absurdités historiques. Nous y renvoyons nos lecteurs qui voudraient plus de précisions à ce sujet.

Si nous évoquons cet épisode, c’est parce que dans son mensonge ayant pour but de saper l’autorité romaine, l’hérétique Pétilien témoigna de ce qu’était la foi de l’Eglise : la suprémacie de l’Evêque de Rome ! En effet, lors du « concile de Sinuesse. » (qui est donc une légende), les évêques présent se seraient reconnus dans l’impossibilité métapgysique juger l’Evêque de Rome, avec en particulier cette fameuse phrase : « le premier Siège ne reconnaît pas de juge ». Le texte que nous avons de concile n’est pas le texte original, mais une traduction faite sur le grec se trouve dans la Patrologie latine, tome VI, colonnes 11-20. Voici ce qui nous est rapporté des propos des évêques présents :

« Le synode tout entier, après mûre délibération, prononça ces paroles : « Tu seras juge, c’est par toi-même que tu seras condamné ou absous, en notre présence toutefois. Cité à ton propre tribunal, c’est toi qui dois prononcer ta condamnation ou ton acquittement ; tu es juge, tu te jugeras » […]

Pierre, évêque, reprit : « Parlez pontife et jugez votre cause. » […]

Anastase et Anthyme, évéques, prenant la parole, dirent : « C’est de ta boache que sortira ta sentence ; nous ne devons pas prendre part au jugement. » Sébastien, évéque, reprit : « Ne nous regarde pas pour juges, instruis ta cause, fais comparaître les témoins, et qu’ils déposent selon la vérité. Tu dois te condamner ou t’absoudre : nous l’avons ainsi résolu. » […]

Pierre reprit, s’adressant au Pape : « Ecoute Pontife, et juge ta cause ; c’est de ta bouclie que tu seras ou justifié ou condamné : nul membre ne peut être sain si la tête est malade. » […]

Sébastien, évéque, parla ensuite en ces termes : « Nous l’avons arrêté, résolu, promis, signé et ce dessein ne sera pas modifié : nous nous récusons pour juges ; ce n’est pas nous qui te condamnerons ou t’absoudrons. » […]

Un des évéques nommé Quirin, dit : « La malice rempli ton coeur, Pontife ; toi qui comptais dix-huit ans de vertu tu as scandalisé tes ouailles. Je ne quitterai pas cette assemblée que les iniquités de ton cœur ne soient manifestées. »

L’évêque Quirian prit la parole et dit Marcellin : « Reconnais maintenant qu’un voile a enveloppé ton cœur ; juge ta cause et, sans réticence, dévoile tes secrets. Ce n’est pas nous qui te condamnons, nous t’excuserions plutôt ; ne crains rien, nous n’avons rien à condamner en toi. […] Pontife, nous n’avons point de sentence à porter en toi ; condamne ou acquitte. »

Un membre nommé Helchiade, évêque, appelé à souscrire le premier à la condamnation le fit de manière à servir d’exemple à b postérité ; car il dit à haute voix : « Cest avec justice qu’il s’est condamné ; il fallait qu’il prononçât lui-même son anathème. Personne n’a jamais condamné un Pontife, ni un évêque son supérieur ; le premier Siège ne reconnaît pas de juge. » »

Saint Boniface Ier (mort en 422)

Résultat de recherche d'images pour "pape boniface Ier"

« Nous avons envoyé au synode [de Corinthe]… des directives écrites pour que tous les frères comprennent qu’on ne doit pas débattre à nouveau de ce que nous avons jugé. Jamais en effet il n’a été permis de traiter à nouveau de ce qui a été décidé une fois par le Siège apostolique. » (Lettre Retro maioribus, II, à l’évêque Rufus de Thessalie, 11 mars 422 ; PL tome XX, colonne 776 ; MANSI, tome VIII, colonne 754)

« L’institution de l’Eglise universelle naissante prit son départ dans le titre d’honneur du bienheureux Pierre en qui consiste son gouvernement et son couronnement. C’est de sa source en effet qu’a coulé la discipline dans toutes les Eglises, lorsque la vénération de la religion croissait déjà. Les préceptes du concile de Nicée n’attestent rien d’autre ; il n’a pas osé en effet établir quelque chose au-dessus de lui, car il voyait que rien ne pouvait être placé au-dessus de son rang, et enfin il savait que tout lui était accordé par la parole du Seigneur. Cette (Eglise romaine) est donc avec certitude pour toutes les Eglises répandues par le monde entier comme la tête de ses membres ; si quelqu’un se sépare d’elle, qu’il soit éloigné de la religion chrétienne, puisqu’il a cessé de se trouver dans ce même assemblage. » (Lettre Institutio, I, aux évêques de Thessalie, 11 mars 422)

« Demeure au bienheureux apôtre Pierre, de par la parole du Seigneur, la sollicitude reçue de lui pour l’ensemble de l’Eglise, laquelle, comme il le sait, a été fondée sur lui selon le témoignage de l’Evangile. Et jamais une position d’honneur ne peut être exempte de soucis, puisqu’il est sûr que toutes choses dépendent de sa réflexion. … Qu’il n’arrive pas aux prêtres du Seigneur que l’un d’entre eux tombe dans la faute de tenter quelque chose par une usurpation nouvelle, et qu’il devienne l’ennemi des décisions des anciens, alors qu’il sait qu’il a pour rival en particulier celui auprès de qui notre Christ a placé le souverain sacerdoce ; et quiconque se dresse pour l’outrager ne pourra être un habitant du Royaume des cieux.  « A toi, dit-il, je donnerai les clés du Royaume des cieux  » [Matthieu XVI, 19] dans lequel nul n’entrera sans la faveur du portier. Puisque le lieu l’exige, recensez s’il vous plaît les déterminations des canons, et vous trouverez quel est après l’Eglise romaine le deuxième siège, et quel est le troisième. … Jamais personne n’a levé la main avec audace contre l’éminence apostolique dont il n’est pas permis de réviser le jugement, personne ne s’est dressé contre elle s’il ne voulait pas être jugé. Les dites grandes Eglises observent les dignités par les canons : celles d’Alexandrie et d’Antioche [voir Concile de Nicée, canon 6] ; car elles ont connaissance du droit de l’Eglise. Elles observent, dis-je, les décisions des anciens, en accordant leur bonne grâce en toutes choses comme ils reçoivent cette grâce en retour : celle dont ils savent qu’ils Nous la doivent dans le Seigneur qui est notre paix. Mais puisque la chose le demande, on montrera par des documents que les Eglises des Orientaux surtout, dans les grandes affaires qui rendaient nécessaire un débat de plus grande ampleur, ont toujours consulté le Siège romain et lui ont demandé aide chaque fois que cela était nécessaire. [suivent des exemples d’appels et de requêtes dans l’affaire d’Athanase et de Pierre d’Alexandrie, de l’Eglise d’Antioche, de Nectaire de Constantinople et des Orientaux séparés au temps d’Innocent Ier] » (Lettre Manet beatum à Rufus et aux autres évêques de Macédoine, etc., 11 mars 422)

Concile général de l’Eglise Africaine (419)

Rassemblant 217 évêques d’Afrique du Nord, dont saint Augustin, et qui établit Codex canonum Ecclesiae africanae, reconnaissait l’autorité du Pape puisqu’il l’envoya à Rome pour être confirmés. En effet, à l’issu de son dernier canon, établissant le canon des Ecritures, il est écrit :

« [Après avoir dresser le canon biblique avec les deutérocanoniques : ] Que ceci soit envoyé à notre frère et collègue évêque, [le pape] Boniface, et aux autres évêques de ces parties, qu’ils puissent confirmer ce canon, de ceci sont les choses que nous avons reçues de nos pères à lire à l’église » (Canon 24)

Saint Jean Cassien (vers 360-vers 435)

Résultat de recherche d'images pour "jean cassien"

« Mais le grand homme, le disciple des disciples, le maître parmi les maîtres, qui exerçait le gouvernement de l’Église romaine possédait l’autorité dans la foi et le sacerdoce. Dis-nous donc, Dis-nous que nous te prions, Pierre, prince des Apôtres, dis-nous comment les églises doivent croire en Dieu. (Contre Nestorius, III, 12)

Saint Célestin Ier († 432)

Résultat de recherche d'images pour "pape célestin"

La communion avec le Siège apostolique est le critérium de la communion avec l’Eglise universelle

Saint Célestin Ier fut le Pape qui dut gérer la crise de l’hérésie nestorienne. Il manifeste l’autorité romaine en déclarant nulle les excommunications fulminées par Nestorius :

« Cependant, pour éviter que cet abus de pouvoir pût prévaloir, ne serait-ce que temporairement, alors même que Nestorius a déjà attiré sur lui la condamnation de Dieu, Notre Siège a fait valoir son autorité pour décider que si un évêque, un clerc, ou un simple fidèle catholique, a été démis de son rang ou rejeté de l’appartenance à l’Eglise, par Nestorius et ses comparses, depuis que ceux-ci ont entrepris de prêcher leur hérésie, nul ne doit les considérer comme ayant réellement encouru ces sanctions. Au contraire, ils sont tous demeurés dans notre communion et y demeurent encore. » (Lettre XIV au clergé et au peuple de Constantinople, n°7 ; PL tome 50, colonne 497)

On voit ici que la communion à l’Eglise universelle est identifiée à la communion à l’Evêque de Rome, et que ce qui compte en dernier ressort est la communion avec la personne de l’Evêque de Rome, au dessus de celle de son Evêque local. Cela se ressent aussi dans cette autre lettre, envoyée un peu plus tôt, lors de la même affaire, où saint Célestin fait savoir à l’Evêque Jean d’Antioche que l’excommunication de Nestorius ne vaut rien, mais que l’Eglise d’Antioche doit continuer à regarder comme faisant partie de l’Eglise ceux qui étaient en communion avec lui, bien que rejetés par Nestorius :

« Si quelque fidèle a été excommunié ou dépouillé de la dignité épiscopale ou cléricale par Nestorius et ses comparses, depuis que ceux-ci ont entrepris de prêcher leur hérésie, il est clair qu’il est demeuré et demeure encore dans notre communion. » (Lettre XII à Jean d’Antioche, n°2, PL tome 50, colonne 467)

Le contrôle sur le Concile d’Ephèse (431)

Le contrôle que le Pape saint Célestin exerça sur le Concile d’Ephèse (431) est exposé dans notre article :

La Papauté au concile d’Ephèse (431)

On y trouvera la délégation de pouvoir qu’il donna à saint Cyrille d’Alexandrie pour présider le Concile, l’ordre qu’il donna à d’autres représentants : « Nous vous commandons de sauvegarder l’autorité du Siège Apostolique. […] Si l’on en vient à débattre, vous devez juger les avis des pères, sans vous laisser mener par leur débats. » (Lettre XVII, PL, tome 50, colonne 503), et l’autorisation nécessaire qu’il donna d’excommunier Nestorius en lui imposant son décret doctrinal et disciplinaire.

Saint Cyrille d’Alexandrie (376-444)

Image illustrative de l’article Cyrille d'Alexandrie

Son attitude à l’occasion de Concile d’Ephèse (431)

L’attitude de soumission au Pape de saint Cyrille à l’occasion du Concile d’Ephèse (431) est exposé dans notre article :

La Papauté au concile d’Ephèse (431)

On y trouvera la délégation de pouvoir qu’il reçut du Pape saint Célestin, l’autorisation qu’il lui demanda pour excommunier Nestorius dont l’hérésie était pourtant incontestable et la reconnaissance que c’est par la confirmation de saint Sixte III, successeur de saint Célestin que le Concile acquis son autorité.

Autres témoignages

« De même que le Christ a reçu du Père le sceptre pour gouverner l’Église des nations, comme un chef qui, sorti d’Israël, placé au-dessus de tout pouvoir et de toute puissance, domine sur tout ce qui existe, au point que tout être se prosterne devant lui, ainsi le Christ a remis en plénitude son pouvoir à saint Pierre et à ses successeurs. » (Des Trésors, Thesaurus de sancta et consubstantiali Trinitate, cité par Saint Thomas d’Aquin dans son traité Contre les erreurs des grecs aux chapitre 34, § 1121 dans l’édition Marietti)

« C’est au Siège apostolique des évêques de Rome et à lui seul qu’il appartient de reprendre, de corriger, de décider, de délier, d’ordonner et de lier au nom de celui qui l’a établi. »

Concile d’Ephèse (431)

Ce concile est une manifestation éclatante de la soumission de l’Eglise universelle au pontife romain comme à son chef. Cet épisode est traité dans cet article.

Saint Vincent de Lérins (mort vers 450)

Résultat de recherche d'images pour "saint vincent de lérins"

Ce saint moine rédigea en 434 un Commonitorium où il énonce les critères qui permettent de savoir si une doctrine est orthodoxe ou hérétique. Il écrit en son chapitre VI :

« C’est un grand exemple que celui de ces bienheureux, et tout à fait divin, digne aussi d’être repris par tous les vrais catholiques dans une infatigable méditation : en effet, rayonnant, comme le chandelier à sept branches, des sept lumières du Saint Esprit, ils ont en effet révélé à la postérité le principe très lumineux grâce auquel, plus tard, dans tous les vains propos des erreurs, l’audace d’une nouveauté profane serait laminée par l’autorité de la sainte antiquité. La méthode à coup sûr, n’est pas nouvelle, puisque ce fut dans l’Église une coutume toujours en vigueur que, plus chacun était religieux, plus rapidement il s’opposait aux inventions nouvelles. Tout est rempli de tels exemples. Pour faire court, nous n’en citerons qu’un seul, emprunté de préférence au siège apostolique, afin que tous voient, plus clairement que le jour, avec quelle vigueur, quelle ardeur, quels efforts, les bienheureux successeurs des bienheureux apôtres, ont défendu l’intégrité de la religion traditionnelle. Jadis Agrippinus, de vénérable mémoire, évêque de Carthage, fut le premier de tous les mortels qui pensa, contrairement au canon divin, contrairement à la règle de l’Église universelle, contrairement à l’opinion de tous ses confrères, contrairement aux usages et aux institutions des aïeux, que l’on devait rebaptiser [les hérétiques]. Cette théorie trompeuse apporta tant de mal qu’elle fournit non seulement une procédure sacrilège aux hérétiques, mais en outre à certains catholiques une occasion d’erreur. Comme, de toute part, tous protestaient contre la nouveauté de ce rite et que tous les évêques, en tous pays, résistaient chacun dans la mesure de sa vigueur, le pape Étienne, de bienheureuse mémoire, qui occupait le siège apostolique, y fit opposition, avec tous ses autres collègues il est vrai, mais plus qu’eux néanmoins, car il trouvait normal, je pense, de surpasser tous les autres par le dévouement de sa foi autant qu’il les dominait par l’autorité de sa charge. » (Commonitorium, VI)

Commentaire de l’abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI (1803-1859) :

« Tout l’ensemble de ce passage, où il n’est question ni du sénat ni de l’empereur, mais du siège spécialement nommé apostolique, tout ce passage montre que l’autorité du lieu, grâce à laquelle le pape surpassait les autres évêques, était l’autorité religieuse de Rome et non son autorité politique. Le choix même du mot autorité le prouve ; s’il s’agissait du relief donné à Etienne par la capitale du monde, on aurait parlé de la splendeur, de la célébrité, de la majesté de cette ville, expressions ne risquant pas de devenir amphibologiques comme celle dont a usé saint Vincent, qui, en rapprochant les idées de supériorité dans Etienne et d’autorité dans le lieu, nous porte nécessairement à croire que les deux choses corrélatives étaient de même nature et de l’ordre ecclésiastique. D’ailleurs, son second extrait expliquera le premier. » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome 1, page 118-119, note de bas de page)

A la fin du Commonitorium, saint Vincent de Lérins récapitule les preuves que lui ont fournies la Bible et l’usage constant des conciles, puis il ajoute :

« Tout cela suffit abondamment et surabondamment, sans doute, à l’extinction totale des profanes nouveautés ; cependant, afin qu’il ne parût rien manquer à la plénitude des preuves, quelque grande qu’elle soit déjà, nous avons rapporté, en ter-minant, deux autorités du siège apostolique, l’une du saint pape Sixte, qui fait aujourd’hui l’ornement de l’église romaine, et une autre de son prédécesseur, le pape Célestin, de bienheureuse mémoire, que nous avons jugé nécessaire de répéter encore ici. » (Commonitorium, XXIII)

NB : ce Commonitorium peut prêter à confusion, nous suggérons de lire cet article pour l’appréhender correctement.

« C’est ainsi que l’ouvrage du moine de Lérins commence et se termine par deux passages élogieux en l’honneur de la papauté ; le premier nous apprend que l’évêque de Rome surpasse tous les autres évêques par l’autorité que donne à cette ville la présence du siège de saint Pierre ; le second montre saint Vincent qui, après avoir cité la Bible et les conciles, après avoir terrassé l’hérésie sous ses coups, appréhende, tout victorieux qu’il est, de paraître n’avoir pas su employer toutes ses armes. Qu’a-t-il donc oublié, lui qui a invoqué les témoignages de l’Eglise universelle et de l’Ecriture sainte ? Pour quelle autorité y a-t-il donc place entre ces deux oracles du christianisme ? Quelle est donc cette autre parole sacrée que les fidèles regretteraient de n’avoir pas entendue, même à la suite de tant de paroles infaillibles et divines ? C’est la décision de la papauté. Saint Vincent la donne, et se réjouit en voyant que rien ne manque plus à sa triomphante démonstration.

Par conséquent, ce que saint Vincent dit des papes suppose en eux une prééminence, et ce que, d’accord avec tous les chrétiens et les papes eux-mêmes, il leur dénie, ne touche en rien aux privilèges dont on croit le Saint-Siège investi. » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome 1, page 119-120)

Code de Théodose (adopté le 25 décembre 438, entré en vigueur 1er janvier 439)

Description de cette image, également commentée ci-après

« Puisque le mérite de saint Pierre prince de l’épiscopat, la dignité de la ville de Rome et l’autorité du sacré concile ont confirmé la primauté du Siège apostolique, nous défendons que personne, dans sa présomption, ose rien entreprendre contre l’autorité de ce Siège. Car la paix ne peut être universellement conservée que si toute l’Église reconnaît son maître. » (Code de Théodose, Titre XXIV)

Précisons que dans la pensée du Code théodosien, ce n’est nullement le Sacré Concile qui a attribué son autorité au siège de Rome. Mais le Saint-Synode a témoigné de manière éclatante de l’existence de cette autorité en ne s’arrogeant rien contre ce siège, alors même que lui-même en tant que concile représentait l’Eglise universelle.

Saint Sixte III (440)

Résultat de recherche d'images pour "pape sixte III"

« Le bienheureux Pierre dans ses successeurs a livré ce qu’il a reçu. Qui serait disposé à se séparer de la doctrine dont le Maître lui-même a instruit le premier parmi les apôtres? » (Lettre VI à Jean d’Antioche)

« Car il [Pape Sixte III] a écrit ce qu’il était en accord avec le saint synode [le Concile d’Ephèse], et a confirmé tous ses actes, et est en accord avec nous » (Saint Cyrille d’Alexandrie, Lettre 40 à Acace de Meletine)

« « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Matthieu XVI, 18) : à cette parole, les trois cent dix-huit Pères, réunis à Nicée, demandèrent à la sainte Eglise Romaine de confirmer et de sanctionner par son autorité ce qui avait été fait. » (Lettre IV, année 483 ; in : Dion. Exig.. In praefat. conc. Nic)

Socrate le Scolastique (vers 380-450)

Résultat de recherche d'images pour "socrate le scolastique"

« Mais Jules, l’évêque de la ville de Rome, n’y prit pas part lui non plus [au concile d’Antioche, réuni à l’instigation d’Eusèbe de Nicomédie, chef du parti arien] et n’y envoya personne pour l’y représenter, alors que pourtant la loi de l’Église interdit de rien décider sans l’accord de l’évêque de Rome. » (Histoire ecclésiastique, Livre II, chapitre 8 dans PG, 67/195)

« Jules ayant entre les mains toutes ces lettres si contraires, fit premièrement réponse aux Evêques qui s’étaient assemblés à Antioche, par laquel le il le plaignait d’abord de l’aigreur qui paraissait dans leur lettre, et ensuite de ce que contre la disposition des Canons, ils avaient manqué de l’appeler au Concile, vu que par ces Canons, il n’est pas permis de rien ordonner sans la participation des Evêques de Rome. » (Histoire ecclésiastique, livre II, chapitre 17, PG 67, colonne 217 ; la version numérisée de cette oeuvre à laquelle nous renvoyons ne contient pas les mots « des Evêques de Rome« . Mais premièrement une phrase finissant par « rien ordonner sans la participation » ne voudrait rien dire, deuxièmement le texte grec en face de la traduction française porte bien les mots « τοῦ ἐπισκόπου Ῥώμης« , ce qui signifie « des Evêques de Rome« , il a dut y avoir une erreur dans la retranscription, et troisièmement même des anti-romains reconnaissent que c’est bel et bien ce que dit Socrate en cet endroit)

Sozomène de Constantinople (375-450)

Résultat de recherche d'images pour "sozomène"

Sozomène de Constantinople (375-450) parle de la déposition de saint Athanase et de son rétablissement sur son siège par le Pape :

« Athanase s’étant échappé d’Alexandrie, comme nous l’avons vu, se réfugia à Rome. Paul Évêque de Constantinople, Marcel Évêque d’Ancyre, et Asclépas Evêque de Gaza s’y rendirent au même temps. Ce dernier avait été accusé par les Ariens, auxquels il était fort contraire, d’avoir renversé un Autel, et Quintien avait été mis en sa place. Lucius Evêque d’Andinople, qui avait été déposé pour un autre sujet, demeurait aussi alors à Rome. L’Evêque de cette ville-là ayant pris connaissance de leur cause, et ayant trouvé qu’ils étaient de son sentiment, et qu’ils tenaient tous la doctrine du Concile de Nicée, les admit à la communion ; et parce qu’il est chargé du soin de tous les fidèles, à cause de la dignité de son Siège, il leur rendit leurs Églises. Il reprit les Evêques d’Orient, par la lettre qu’il leur écrivit, d’avoir mal jugé les causes de ces Evêques, et de troubler l’état de l’Eglise, en s’opposant aux décrets du Concile de Nicée. Il en cita quelques-uns à jour préfix, pour lui rendre compte de leur jugement, et les menaça de les châtier, s’ils continuaient à introduire des nouveautés.

Athanase, et Paul se remirent sur leurs Sièges, et envoyèrent la lettre de Jules aux Evêques d’Orient. Cette lettre les ayant fâchés, ils s’assemblèrent dans la ville d’Antioche, pour y faire one réponse pleine d’ornements, et mêlée de railleries et de menaces. Ils avouèrent par cette réponse, que l’Eglise de Rome mérite de grands honneurs, parce qu’elle a été fondée par les Apôtres, et qu’elle jouit de la dignité de Métropole, dès le commencement de la Religion Chrétienne, bien que les premiers qui y ont répandu les semences de la foi, y soient allés d’Orient. Ils ajoutèrent, qu’ils ne devaient pas être mis au second rang, pour n’avoir pas l’avantage de la grandeur de la ville, ou de la multitude du peuple, puisqu’ils avaient celui de la fermeté et du zèle. Ils accusèrent Jules, d’avoir admis Athanase à sa communion, et lui témoignèrent une grande indignation, de ce qu’il avait entrepris de déshonorer leur assemblée, et de casser leur jugement ; ce qu’ils reprenaient comme une action fort injuste, et fort contraire aux règles de l’Eglise. Après toutes ces plaintes, et toutes ces protestations, ils lui promirent d’entretenir avec lui la paix et la communion, s’il voulait approuver la déposition de ceux qu’ils avaient chassés de leur Siège, et l’ordination de ceux qu’ils avaient élus en leur place, sinon qu’ils n’entretiendraient point avec lui de communion, ni de paix. Ils ajoutèrent que les Évêques d’Orient, qui les avaient précédés, n’avaient point désapprouvé la déposition qui avait été faite à Rome, de Novatien. Ils n’entrèrent point dans le détail de ce qu’ils avaient fait de contraire aux décrets du Concile de Nicée, et se contentèrent de lui marquer qu’ils avaient un grand nombre de raisons, pour justifier la conduite qu’ils avaient tenue, bien qu’ils ne voulussent pas alors entrer dans cette justification, parce qu’ils étaient soupçonnés d’avoir violé la justice en tous les chefs. » (Histoire ecclésiastique, livre III, chapitre 8)

Il s’agit d’un témoignage en faveur de la Papauté à deux titres. Premièrement parce que les Evêques orientaux, dont saint Athanase, qui s’estiment lésés dans leurs droits vont se plaindre auprès de l’Evêque de Rome qui à son tour donne « tout naturellement » l’ordre à tout l’Orient de les reconnaître à nouveau comme Evêques. Et deuxièmement parce que même dans leur contestation, les Orientaux ne peuvent pas cacher la vérité, tellement elle est évidente que : « que l’Eglise de Rome mérite de grands honneurs, parce qu’elle a été fondée par les Apôtres, et qu’elle jouit de la dignité de Métropole, dès le commencement de la Religion Chrétienne ».

Certains pourraient au contraire tirer de la désobéissance de l’Orient un argument contre la Papauté. Mais est-ce sérieux ? Peut-on honnêtement tirer argument de la désobéissance à Rome de ces gens un argument contre la Papauté lorsque les mêmes, dans la même désobéissance, mentent en prétendant que saint Athanase s’opposait à la doctrine du Concile de Nicée (puisque « Ils n’entrèrent point dans le détail de ce qu’ils avaient fait de contraire aux décrets du Concile de Nicée », tout simplement parce qu’il n’y avait rien à lui reprocher), et qu’ils ont troublé « l’état de l’Eglise, en s’opposant aux décrets du Concile de Nicée » ? L’autorité du Concile de Nicée est-elle remise en cause du fait que quelques-uns lui désobéirent ? Non bien sûr !

Il écrit plus loin :

« Les Évêques d’Egypte ayant écrit que ces accusations n’étaient que des calomnies, et Jules ayant jugé qu’Athanase n’était pas en sûreté, le manda à Rome. Il fit réponse dans le même temps, à la lettre des Evêques qui s’étaient rassemblés à Antioche, les accusant d’introduire lourdement des nouveautés contraires à la doctrine du Concile de Nicée ; d’avoir violé les règles de l’Eglise, en tenant un Concile sans l’y avoir invité, parce qu’il y a un Canon, qui déclare nul, tout ce qui est fait sans la participation de l’Evêque de Rome ; de n’avoir rien fait selon l’ordre de la justice, ni à Tyr, ni à Maréote contre Athanase ; que tout ce qui avoir été fait à Tyr, était ruiné par l’accusation calomnieuse de la main d’Arsène ; et tout ce qui avait été fait à Maréote en l’absence d’Athanase. Sur la fin de sa réponse, il se plaignait de la fierté avec laquelle leur lettre était écrite. » (Histoire ecclésiastique, Livre III, chapitre 10 dans PG, 67/1058)

Saint Prosper d’Aquitaine (vers 390-vers 463)

Résultat de recherche d'images pour "prosper d'aquitaine"

« Rome, le siège de saint Pierre, a été établie à la tête du monde en recevant l’honneur de la charge pastorale et tout ce que les armes ne lui ont pas donné, elle le possède par le pouvoir de la religion. » (Poème sur les ingrats, I, PL 51, 97)

Certains affirment que ce témoignage saint Prosper est contredit par l’histoire. Cela est réfuté par l’abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, dans Défense de l’église contre les erreurs historiques, tome 1, pages 103 à 106, à consulter en cliquant ici.

Saint Pierre Chrysologue (vers 380-450/451)

Résultat de recherche d'images pour "pierre chrysologue"

« Nous vous exhortons, vénérable frère, à vous soumettre en toute chose à ce qu’a écrit le bienheureux Evêque de Rome, car saint Pierre, qui vit et préside en son siège, communique la vraie foi à ceux qui la cherchent. Pour notre part, pour l’amour de la paix et le bien de la vraie foi, nous ne pouvons pas juger des questions de doctrine sans le consentement de l’Evêque de Rome. » (Lettre à Eutyché ; in : Lettres de saint Léon, XXV, édition Ballerin)

Saint Léon le Grand (vers 395-461)

Parmi les célèbres monuments de l’antiquité chrétienne témoignant de la Papauté, certains sermons de saint Léon le Grand tiennent une bonne place. Il s’agit de ceux qu’il prononçait chaque année lors du jour anniversaire de son élection à la Papauté. Ces sermons sont intitulés « Sermons pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat ». Nous pourrions dire que tout est dans le titre et qu’il n’est même pas nécessaire d’en produire les passages les plus significatifs, cependant nous ne voudrions pas priver nos lecteurs de ces morceaux d’anthologie de la littérature patristique où saint Léon va même jusqu’à dire que saint Pierre vivait et enseignait par la bouche de ses successeurs :

« A cette réunion, j’en ai la confiance, ne manque pas non plus la pieuse bienveillance et le sincère amour de saint Pierre, pas plus qu’il n’est absent de votre dévotion […] et il approuve donc cette charité parfaitement ordonnée de toute l’Eglise qui accueille Pierre sur le siège de Pierre et ne laisse pas s’attiédir son amour envers un si grand pasteur, même quand il porte sur la pardonne d’un héritier si inégal au modèle. » (Sermon 2 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2, PL, 54/143-144)

« En outre, comme suite à cette assistance essentielle et éternelle, nous avons reçu la protection et l’appui de l’apôtre qui, certes, ne se relâche pas de sa fonction ; et ce solide fondement sur lequel s’élève de toute sa hauteur l’édifice de l’Eglise ne se lasse aucunement de porter la masse du temple qui repose sur lui. En effet, elle ne défaille pas, la fermeté de cette foi qui fut louée par le Prince des apôtres ; et de même que demeure ce que saint Pierre a cru dans le Christ, ainsi demeure ce que le Christ a établi en saint Pierre. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2, PL, 54/145-146)

 

« Le bienheureux Pierre, conservant toujours cette consistance de pierre qu’il a reçue, n’a pas abandonné le gouvernail de l’Église […]. Si donc nous faisons, quelque chose de bon, si nous pénétrons avec justesse dans les questions, si quelque chose est gagné de la miséricorde de Dieu par nos supplications quotidiennes, c’est l’œuvre, c’est le mérite de celui dont la puissance vit et dont l’autorité commande dans son Siège […] À celui qu’ils savent non seulement être le maître de ce Siège, mais aussi le primat de tous les évêques. Qui par conséquent […] croient qu’il parle par son représentant que nous sommes. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitres 3 et 4)

« Seul saint Pierre est choisi dans le monde entier, pour être mis à la tête de toutes les nations qui seront appelées à la foi, pour être établi le chef de tous les apôtres et de tous les pères de l’Église. De la sorte, bien que le peuple de Dieu comprenne bien des prêtres et bien des pasteurs, c’est cependant saint Pierre qui les gouverne tous, comme ceux dont le Christ est le chef, et qu’il gouverne lui aussi. Très chers, Dieu a daigné attribuer à cet homme une destinée grande et admirable en l’admettant à partager sa puissance, et si Dieu a voulu que les autres chefs partagent avec lui quelque prérogative, il n’accorde jamais que par l’entremise de saint Pierre ce qu’il ne leur refuse pas » (Sermon 4 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2 – PL, 54 / 149-150)

« Saint Pierre ne cesse de présider à son siège et conserve une participation sans fin avec le souverain prêtre. La fermeté qu’il a reçu de la pierre qui est le Christ, lui, devenu également Pierre, il la transmet aussi à ses héritiers ; et, partout où paraît quelque fermeté, se manifeste indubitablement la force du pasteur. […] Qui sera assez ignorant ou assez envieux pour mésestimer la gloire de saint Pierre et croire qu’il y ait des portions de l’Eglise qui échappent à la sollicitude de son gouvernement et ne s’accroissent pas avec lui ? » (Sermon 5 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 4, PL, 54/155)

Ce pape manifesta encore l’éclat de la Papauté en d’autres endroits :

« Les préceptes de Dieu et les avertissements de l’Apôtre nous incitent à surveiller attentivement l’état de toutes les Églises ; et, s’il faut trouver quelque chose à blâmer, à rappeler les hommes avec diligence […] Car, dans la mesure où nous sommes avertis par l’ordre du Seigneur lui-même, par lequel le bienheureux Apôtre Pierre a reçu trois fois l’injonction mystique répétée de faire paître les brebis du Christ par celui qui aime le Christ, nous sommes contraints par le respect pour ce Siège qui, par la grâce divine, nous revient […] il [Pierre], par notre intermédiaire, nourrit le troupeau si souvent recommandé. » (Lettre XVI aux Evêques de Sicile)

« Par le bienheureux Pierre, chef des Apôtres, la sainte Eglise romaine détient la principauté sur toutes les églises du monde entier. » (Lettre 65, PL 54/879)

« Comme mes prédécesseurs l’ont fait pour les vôtres, j’ai moi-même délégué à votre charité le pouvoir de représenter mon propre gouvernement, afin que vous puissiez me venir en aide […] dans la charge qui nous incombe en vertu de l’institution divine qui nous oblige à veiller comme chef suprême sur toutes les églises. Vous serez ainsi présent aux églises qui sont les plus éloignées de nous, comme si vous les visitiez à notre place. […] Cette union demande sans doute l’unanimité de sentiments dans le corps entier, mais surtout le concert entre les évêques. Quoique ceux-ci aient une même dignité, ils ne sont pas cependant tous placés au même rang, puisque parmi les apôtres eux-mêmes il y avait différence d’autorité avec ressemblance d’honneur, et que, quoiqu’ils fussent tous également choisis, un d’entre eux néanmoins jouissait de la prééminence sur tous les autres. C’est sur ce modèle qu’on a établi une distinction entre les évêques, et qu’on a très-sagement réglé que tous ne s’attribueraient pas indistinctement tout pouvoir, mais qu’il y en aurait dans chaque province qui auraient le droit d’initiative par-dessus leurs confrères, et que les évêques établis dans les villes les plus considérables, auraient aussi une juridiction plus étendue, en servant ainsi comme d’intermédiaire pour concentrer dans le siège de Pierre le gouvernement de l’Eglise universelle, et maintenir tous les membres en parfait accord avec leur chef. » (Lettre 84 à Anastase, évêque de Thessalonique, chapitre 11, PL, 54/668, 675-676)

« Mais béni soit notre Dieu, dont la Vérité invincible vous a délivré de toute hérésie dans le jugement du Siège Apostolique. A qui vous rendrez grâce pour tous ces efforts, si vous restez un défenseur de l’Eglise universelle comme nous l’avons prouvé et comme nous vous le prouvons encore. Car Dieu a dissipé tous les sophismes calomnieux, nous attribuons au bienheureux Pierre le merveilleux soin qu’il a pris de nous tous, car après avoir sanctionné le jugement de son Siège en définissant la foi, il n’a laissé aucune sinistre accusation reposer sur aucun de vous, qui avez travaillé avec nous pour la foi catholique » (Lettre 120 à Théodoret de Cyr)

« Sans doute, frères bien-aimés, le reste du monde prend part à toutes nos solennités saintes ; et la piété d’une même foi demande qu’on célèbre en tous lieux, avec une joie commune, ce qui s’est accompli pour le salut de tous. Néanmoins la fête d’aujourd’hui, en plus de ce respect qui lui est acquis par toute la terre, doit être en notre Ville le sujet d’une vénération spéciale, accompagnée d’une particulière allégresse : de sorte que là où les deux principaux Apôtres sont morts si glorieusement, il y ait, au jour de leur martyre, une plus grande explosion de joie. Ce sont là, ô Rome, les deux hérauts qui ont fait resplendir tes yeux l’Évangile du Christ.

Ce sont là tes pères et tes vrais pasteurs qui, pour t’introduire dans le royaume céleste, ont su te fonder, beaucoup mieux et avec bien plus de bonheur que ceux qui se donnèrent la peine de poser les premiers fondements de tes murailles, et dont l’un, celui de qui vient le nom que tu portes, t’a souillée du meurtre de son frère. Ce sont ces deux apôtres qui t’ont élevée à un tel degré de gloire, que tu es devenue la nation sainte, le peuple choisi, la cité sacerdotale et royale, et, par le siège sacré du bienheureux Pierre, la capitale du monde ; en sorte que la suprématie qui te vient de la religion divine, s’étend plus loin que jamais ne s’est portée ta domination terrestre; ans doute, d’innombrables victoires ont fortifié ta puissance et étendu les droits de ton autorité sur terre comme sur mer ; et cependant tu dois moins de conquêtes aux travaux de la guerre, que la paix chrétienne ne t’a procuré de sujets.

D’ailleurs, il s’accordait on ne peut mieux avec le plan de l’œuvre divine, que divers états fussent unis sous un même empire, pour que la prédication eût facile accès et prompte diffusion parmi les peuples soumis au gouvernement d’une même ville. Mais, alors que cette ville, ignorant l’auteur de son élévation, dominait sur presque toutes les nations, elle était esclave de toutes leurs erreurs, et parce qu’elle n’en rejetait aucune, croyait pouvoir s’attribuer beaucoup de religion. De sorte que le Christ l’a délivrée d’autant plus miraculeusement que le démon l’avait plus étroitement enchainée. » (Premier sermon pour la fête des saints apôtres Pierre et Paul, chapitre 1, PL 54/422-423)

Il le fit encore en donnant tel un chef infaillible les ordres suivants au concile de Chalcédoine :

« C’est pourquoi, très chers frères, nous récusons absolument l’audace de ceux qui contestent la foi divinement révélée et nous voulons que cesse cette vaine infidélité des partisans de l’erreur. Nous interdisons de défendre ce qu’il n’est pas permis de croire. Nous avons en effet parfaitement et très clairement déclaré dans notre lettre adressée à l’évêque Flavien de bienheureuse mémoire quelle doit être la sainte et authentique profession de foi dans le mystère de l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et nous l’avons fait en nous appuyant sur l’autorité des Evangiles, sur les paroles des prophètes et sur l’enseignement des apôtres. » (Lettre 93, chapitre 2, PL, 54/937-939)

Voyons d’ailleurs immédiatement comment le concile de Chalcédoine est lui aussi un hymne tonitruant à l’autorité papale !

Le concile de Chalcédoine (451)

Convoqué par le pape saint Léon Ier sur demande de l’empereur Byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie. Se tint du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte Ephémie de la ville éponyme, sur l’actuelle rive asiatique d’Istanbul. Il réunit 343 évêques (un record) dont quatre seulement viennent d’Occident. Le concile de Chalcédoine (451) fut-il un triomphe de la Papauté ou un tribunal qui le condamna ? Les deux thèses ont leurs arguments. Les anti-romains affirment que son 28è canon en est une condamnation sans appel. Nous démontrerons dans notre article consacré à la quesrion non seulement comment ce concile prouve comment l’Eglise se savait soumise tout entière et par le droit divin au successeur de saint Pierre, Evêque de Rome, mais encore comment l’introduction de son 28è canon confirme encore cette vérité.

Théodoret de Cyr (393-458)

Résultat de recherche d'images pour "théodoret de cyr"

Théodoret rapporte ce qui se produisit du temps de saint Athanase, manifestant le Primat Romain :

« Athanase, ayant eu connaissance des pièges qu’on lui tendait, s’échappa furtivement et prit sa route vers l’occident. Car les Eusébiens avaient prévenu par lettres l’évêque Jules, qui gouvernait alors l’Eglise de Rome, des accusations qu’ils portaient faussement contre Athanase. Jules, conformément à la règle de l’Eglise, manda à Rome les accusateurs, et invita saint Athanase à venir lui-même défendre sa cause. Athanase n’eut pas plus tôt reçu cette invitation, qu’il se mit en devoir d’y répondre. Quant aux auteurs de tout ce tumulte, ils se gardèrent bien de se rendre Rome, persuadés qu’ils étaient que leurs mensonges y seraient découverts. » (Histoire ecclésiastique, livre II, chapitre 4)

Théodoret de Cyr en appelle en ces termes au pape saint Léon de la condamnation qu’il juge injuste qu’il avait subie de la part de Dioscore d’Alexandrie, en précisant que si le Pape lui demandait de se soumettre à ce jugement, il le :

« Mais en ce qui me concerne, j’attends la décision de votre siège apostolique, priant et attestant Votre Sainteté de me venir en aide, et faisant appel à votre tribunal pour obtenir une sentence droite et juste. […] Je demande avant tout à recevoir votre instruction, pour savoir si je dois ou non m’incliner devant cette injuste déposition. J’attends votre jugement. Si vous me demandez de m’en tenir à ce qui a déjà été jugé, j’en resterai là et loin de m’en prendre jamais à quiconque, j’attendrai de notre Dieu et Sauveur un jugement juste. » (Lettre 113 au pape saint Léon le Grand dans PG, 83/1315-1318)

Enfin, il exprime sa foi en l’infaillibilité de l’Evêque de Rome :

« Car le Saint-Siège a la primauté sur toutes les Églises du monde pour de nombreuses raisons ; et surtout pour cela, qu’il est exempt de toute hérésie et qu’aucun évêque de fausses doctrines ne s’est jamais assis sur son trône, mais qu’il a gardé la grâce des Apôtres sans souillure. » (Lettre 116, à Renatus)

Empereur Valentinien III (419-455)

Image illustrative de l’article Valentinien III

« Nous sommes obligés de défendre avec zèle l’honneur et la dignité de saint Pierre, et d’avoir soin que rien n’empêche son successeur l’Evêque de Rome, qui a toujours eu la primauté du sacerdoce, de juger en toute liberté de la foi et des évêques. » (Lettre à son Collègue Théodose II, année 445)

Simplice (vers 420-483)

Image illustrative de l’article Simplice (pape)

Ce Pape parle de « la doctrine de ses prédécesseurs de sainte mémoire, contre laquelle il n’est pas permis de disputer », ce qui signifie que l’Eglise la regarde comme infaillible de droit :

« Puisque la doctrine de nos prédécesseurs de sainte mémoire, contre laquelle il n’est pas permis de disputer, existe, et que quiconque pense de façon juste n’a donc pas besoin d’être enseigné par de nouvelles explications, mais que tout est clair et parfait par quoi quelqu’un qui a été séduit par des hérétiques pourra être instruit, ou par quoi quelqu’un qui doit être planté dans la vigne du Seigneur pourra être enseigné, implore la foi du prince très clément et fais qu’il rejette le propos de tenir un synode. » (Lettre Quantum presbyterorum à l’évêque Acace de Constantinople, Partie 3, Chapitre 2)

Saint Félix III (vers 440-492)

Résultat de recherche d'images pour "pape sixte III"

« « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Matthieu XVI, 18) : à cette parole, les trois cent dix-huit Pères, réunis à Nicée, demandèrent à la sainte Eglise Romaine de confirmer et de sanctionner par son autorité ce qui avait été fait. » (Lettre IV, année 483 ; in : Dion. Exig.. In praefat. conc. Nic)

Lettre synodale du concile de Rome au clergé de Constantinople (485)

En 485, sous le Pape saint Félix III, un concile se tint à Rome. Il envoya une lettre synodale au clergé de Constantinople, dans lequel on lit les mots suivants :

« Le prélat du Siège apostolique exerce sa sollicitude sur toutes les Eglises, étant le chef de toutes, en vertu de la parole que le Seigneur a dite Pierre « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle » [Matthieu XVI, 18]. C’est en conformité avec cette parole que les trois cent dix-huit Pères rassemblés Nicée déférèrent à la sainte Eglise romaine la confirmation de leurs actes. » (Lettre synodale du concile de Rome au clergé de Constantinople, année 485, LABBE, IV, 1126 ; MANSI, tome VII, colonne 1140 ; HARDOUIN, tome II, colonne 856)

Saint Gélase (mort en 496)

Résultat de recherche d'images pour "pape gélase"

« C’est pourquoi, de même qu’elle n’est pas légère, la menace qui pèse sur les pontifes qui n’ont pas parlé pour le culte de Dieu, comme ils le doivent, ainsi n’est-il pas négligeable le danger – puisse-t-il ne pas exister – encouru par ceux qui, alors qu’ils devraient obéir, méprisent. Et s’il est normal que le coeur des fidèles se soumette à tous les prêtres en général qui s’acquittent convenablement de leurs divines fonctions, combien plus l’unanimité doit-elle se faire autour du préposé à ce siège, à qui la divinité suprême a voulu donner la prééminence sur tous les prêtres et que la piété universelle de l’Eglise a dans la suite constamment célébrée ?

C’est là que ta piété se rend compte avec évidence que jamais personne sous aucun prétexte humain ne peut s’élever au-dessus de la situation privilégiée de celui que la voix du Christ a placé au-dessus de tous, que l’Eglise vénérable a toujours reconnu et tient dévotement au premier rang. Elles peuvent être empêchées par des présomptions humaines, les décisions du jugement divin, mais vaincues, elles ne sauraient l’être par aucune puissance de qui que ce soit. » (Lettre à l’empereur Anastase, année 494, Denzinger, Schönmetzer, 347)

« Si nous venions à les perdre [la vraie foi et la communion de l’Eglise], ce qu’à Dieu ne plaise, comment quoi que ce soit pourrait-être restauré, surtout si, à son sommet, le Siège apostolique, était devenu teinté d’hérésie, ce que Dieu ne permettrait jamais. […] Si, à Dieu ne plaise, je devenais complice de l’hérésie perverse, j’aurai moi-même besoin d’un remède, plutôt que de pouvoir d’offrir un remède à d’autres ; et le siège du  bienheureux Pierre chercherait un remède ailleurs, plutôt que d’offrir lui-même un remède à autrui, ce que Dieu ne permettrait jamais. […] Par conséquent, les Orientaux restent fermes dans la foi catholique, car ils me voient la défendre et sont encouragés par moi. » (Lettre I, aux Evêques d’Orient)

« Pierre brilla dans cette capitale [Rome] par la sublime puissance de sa doctrine, et il eut 1lhonneur d’y répandre glorieusement son sang. C’est là qu’il repose pour toujours, et qu’il assure à ce Siège béni [le siège de Rome] par lui de n’être jamais vaincu par les portes de l’enfer » (Décrétale 14 intitulée De responsione ad Graecos)

Décret gélasien (496)

« Nous avons considéré qu’il faut annoncer que bien que toutes les Eglises catholiques se répandent à travers le monde comprennent une chambre nuptiale du Christ, néanmoins, La sainte romaine n’est pas placée devant les autres églises par des édits de synodes, mais elle a la primauté de par la parole évangélique du Seigneur et Sauveur disant : ‘Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront pas‘À cela s’est ajouté également la compagnie du très bienheureux Paul, le vase d’élection : ce n’est pas un autre moment, comme le disent sottement les hérétiques, mais au même moment, le même jour, par une mort glorieuse avec saint Pierre, qu’il a été couronné en combattant, dans la Ville de Rome, sous l’empereur Néron : et de la même manière ils ont consacré au Christ l’église romaine susdite, et par leur présence et triomphe vénérable ils l’ont placée avant toutes les autres villes dans le monde entier. Le premier siège de l’apôtre Pierre est donc l’église romaine qui n’a ni tache, ni ride, ni rien de semblable [Ephésiens V, 27]. […] Et bien que personne ne puisse poser d’autre fondement que celui qui a été posé et qui est Jésus Christ (voir 1Co 3,11), l’Eglise sainte, c’est-à-dire l’Eglise romaine, n’interdit pas que pour son édification, outre les Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testament que nous recevons selon la règle, soient reçus également ces autres écrits, à savoir : […] » (Lettre décrétale sur les livres à recevoir ou à ne pas recevoir, aussi nommée Décret de Gélase ou Décret gélasien, III et IV, DS 350, 351 et 352)

Ce document est appelé Décret Gélasien traditionnellement daté de 496, mais dont la date doit peut-être être repoussée jusqu’en 523, année de la mort du Pape saint Hormisdas. Nous ne connaissons pas son auteur. Toutefois, on consultera avec fruits l’étude du Albert DUFOURCQ intitulée Vues nouvelles sur le décret gélasien et sur le pape Damase (Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Année 1909, 53-11, pp. 820-825) en cliquant ici. Ce document anonyme n’a donc sans doute pas l’autorité du Pape saint Gélase, toutefois il doit quand même refléter la doctrine générale de l’époque de sa rédaction. Dans le cas contraire son auteur n’aurait jamais pu songer à l’écrire et encore moins à le mettre sous le nom de Gélase. Et quand même l’aurait-il fait, jamais il n’aurait obtenu aussi vite une autorité aussi grande, surtout en lui reconnaissant une origine papale.

Saint Césaire d’Arles (vers 470-542)

Résultat de recherche d'images pour "saint césaire d'arles"

« De même que l’épiscopat tire son origine de la personne du bienheureux Pierre, de même aussi est-il nécessaire que Votre Sainteté recoure à des prescriptions convenables, pour indiquer clairement à chaque église ce qu’elle doit observer. » (Exemplaire du livre offert par saint Césaire au pape Symmaque, PL, 62/53)

Saint Fulgence de Ruspe (vers 465-vers 530)

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/08/Fulgentius_von_Ruspe_17Jh.jpg/260px-Fulgentius_von_Ruspe_17Jh.jpg

« Ce que l’Église romaine tient et enseigne, l’univers chrétien tout entier le croit sans hésitation avec elle » (De incarnatione et gracia Christi, chapitre 11, CPL 822)

Saint Hormisdas Ier (450-523)

Image illustrative de l’article Hormisdas

Dans la lettre d’instruction que le Pape saint Hormisdas remit aux légats qu’il envoyait à l’empereur byzantin Anastase, le Pape indique :

« [Vous direz à l’empereur] Les lettres du Pape Symmaque ne font que répéter la formule : Je suis les décrets de Chalcédoine ; j’admets la doctrine du Pape Léon ; ces lettres ne contiennent rien d’autre sinon l’exhortation à les observer. […]

Si [l’empereur] vous demande de quelle manière il conviendrait de rétablir l’ordre, répondez-lui en toute humilité : Votre Père [le Pape] a écrit une encyclique adressée à touts les évêques en général. Joignez-y vos lettres sacrées déclarant que vous souscrivez à l’enseignement du Siège Apostolique. Alors on reconnaîtra les orthodoxes, ceux qui n’ont jamais été séparés de l’unité du Siège Apostolique, et ceux qui leur sont contraire […]

Si l’on vous présente des requêtes contre des évêques catholiques, principalement contre ceux qui osent anathématiser  le concile de Chalcédoine et rejeter les lettres du Pape saint Léon, recevez ces requêtes, mais réservez la cause au jugement du Siège Apostolique, afin qu’ils aient l’espérance d’être entendus, et que vous nous réserviez l’autorité qui nous est due. » (Lettre IV à l’empereur Anastase, 8 juillet 515, PL 63, colonnes 376 à 378)

Ce Pape envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui déchiraient l’Orient – le 11 août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire, et y souscrivirent, preuve qu’ils adhéraient à son contenu. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome. D’après des rapports, 2500 Evêques ont souscrit à ce formulaire. En voici le texte :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi juste et de ne s’écarter d’aucune façon des décrets des pères. Et parce qu’il n’est pas possible de négliger la parole de notre Seigneur Jésus Christ qui dit :  « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » [Matthieu XVI ,18], ce qui a été dit est prouvé par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du Siège apostolique [autre version du texte : c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. Ne voulant donc nous séparer d’aucune façon de cette espérance et de cette foi, et suivant en toutes choses ce qu’ont décrété les pères, nous anathématisons tous les hérétiques, et principalement l’hérétique Nestorius qui fut jadis évêque de la ville de Constantinople, condamné au concile d’Ephèse par Célestin, le pape de la ville de Rome, et par saint (l’homme vénérable) Cyrille, l’évêque de la ville d’Alexandrie ; avec celui-ci (de même) nous anathématisons Eutychès et Dioscore d’Alexandrie, condamnés au saint synode de Chalcédoine que nous suivons et embrassons (qui, suivant le saint concile de Nicée, a proclamé la foi apostolique). Nous y ajoutons (nous exécrons également) le criminel Timothée, surnommé Aelure, ainsi que son disciple et partisan en toutes choses Pierre d’Alexandrie ; et de même nous condamnons (également) et nous anathématisons Acace, jadis évêque de Constantinople, condamné par le Siège apostolique, leur complice et partisan, et ceux qui sont restés en communion avec eux ; car (Acace), s’étant joint à leur communion, a mérité la même sentence de condamnation. De même nous condamnons Pierre d’Antioche avec tous ceux qui l’ont suivi et les partisans de ceux qui ont été mentionnés plus haut. (Mais) c’est pourquoi nous recevons et approuvons toutes les lettres du bienheureux pape Léon, qu’il a écrites touchant la religion chrétienne. Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère (donc) mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie (et parfaite) la solidité de la religion chrétienne. Nous promettons (je promets) aussi que (à l’avenir) les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Eglise catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. (Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés.) Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise (envoyée) à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome. » (Règle de la Foi, dans Lettre IX à Jean Evêque de Népomucène, 11 août 515, PL 63, colonnes 393 et 394, MANSI tome 8, colonnes 407-408)

Enfin, le Pape saint Hormisdas nous donne une exemple de l’identification formelle entre « l’Eglise Romaine » au sens de l’Eglise locale de Rome avec l’Eglise « catholique », c’est-à-dire universelle, signifiant que cette seconde est en tout soumise à l’Evêque de cette première comme à son chef unique et universel. En effet, il écrit :

« Ce que l’Eglise Romaine, c’est-à-dire catholique […] » (Lettre 70 Sicut rationi, à l’évêque africain Possessor, 13 août 520, Chapitre 5, PL 63, colonne 493)

Empereur Justinien Ier (vers 482-565)

Résultat de recherche d'images pour "justinien Ier"

« Nous décrétons, conformément à l’enseignement des conciles, que le Pape de Rome est le premier de tous les évêques. » (Novelles, 131, Chapitre 2)

Des anti-romains pourraient être tentés de dire que cette déclaration prouve que la primauté romaine découle du droit ecclésiastique tel qu’énoncé par les conciles, et non du droit divin. Mais c’est inconsistant. Premièrement tout ce qui vient d’être rapporté de l’enseignement des Pères prouve le contraire. Deuxièmement ce que nous avons rapporté des conciles eux-mêmes, spécialement ceux d’Ephèse (431) et de Chalcédoine (451) de même, ce n’est donc pas ce que les anti-romains affirment pensent qui a pu guider Justinien. Troisièmement la Profession de foi de Justinien, approuvée par le Pape Jean II témoigne de la doctrine de la Papauté, spécialement lorsqu’il appelle à répétition le siège de Rome « siège apostolique », prouve définitivement le contraire. Voyons cela immédiatement :

La Profession de foi de l’Empereur Justinien Ier (vers 482-565) et son approbation par le Pape Jean II (470-533)

Résultat de recherche d'images pour "pape jean II"

L’Empereur Justinien envoya une Profession de foi au Pape Jean II. Celui-ci lui répondit dans une lettre qu’il l’approuvait entièrement. Ces deux documents témoignent abondamment de la foi de l’Eglise universelle en la Papauté. Dans la Code Justinien (Livre I, titre premier, point n°8), la Profession de foi de l’Empereur qui est antérieure à l’approbation du Pape, ne se trouve qu’au travers de la réponse du Pape Jean II qui l’approuve. En effet, Jean II commence par une introduction et une approbation de cette Profession de foi, puis la cite dans son intégralité, et reprend parole pour conclure. En revanche Patrologie latine, la Profession de foi de l’Empereur est entièrement extraite de la lettre de Jean II et placée avant elle, et la reproduction de la lettre du Pape renvoie au texte précédent à l’endroit où Jean II citait l’Empereur. Aussi bien l’introduction, que la Profession de foi copiée, que la conclusion, témoignent de la Papauté. En voici les textes concernant cette doctrine :

Introduction de la lettre du Pape Jean II (470-533)

« Jean, Évêque de Rome, à notre très-illustre et très-clément fils Auguste Justinien.

Outre les éloges mérités qu’on peut donner à votre sagesse et à votre douceur, le plus chrétien des princes, vous êtes distingué encore comme un astre radieux, par l’amour de la foi et de la charité ; et instruit, sur ce qui concerne la discipline ecclésiastique, vous avez conservé la doctrine de la prééminence du siège de Rome ; vous lui avez soumis toutes choses, et vous avez ramené l’unité dans l’Eglise. Le Seigneur a dit au premier de nos prédécesseurs, qui est aussi le premier des apôtres : « Gardez mes brebis » [Jean XXI, 15-17] ; siège que les institutions dès princes, les maximes des pères, et le témoignage de votre piété , déclarent le chef de toutes les églises. […] Nous avons reçu avec le respect accoutumé les lettres de votre majesté, par nos frères et collègues, les très-saints évêques Hipatius et Démétrius ; nous avons appris d’eux que vous avez publié un édit adressé à vos fidèles peuples, dicté par l’amour de la foi, et tendant à détruire les hérétiques ; lequel est selon la doctrine apostolique, et a été confirmé par nos collègues et nos frères les évêques ; nous le confirmons de notre autorité, parce qu’il est conforme à la doctrine apostolique. » (Pape Jean II, Lettre à l’Empereur Justinien ; PL, tome 66, colonnes 17-18Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

Puis prend place la Profession de foi de l’Empereur.

Profession de foi de l’Empereur Justinien Ier (vers 482-565)

« Justinien, victorieux, pieux, heureux, illustre, triomphant, toujours auguste ; à Jean, Patriarche et très-saint Archevêque de la ville de Rome.

Honorant le siège apostolique et votre sainteté, pour laquelle nous n’avons jamais cessé de faire des vœux, que nous regardons comme notre père, nous nous sommes hâtés de lui donner connaissance de toutes les affaires qui concernent l’état ecclésiastique. Comme nous nous sommes toujours efforcés de maintenir l’unité de votre siège apostolique, et de maintenir les saintes églises de Dieu dans l’état où elles sont aujourd’hui, c’est-à-dire , dans la paix , et exemptes de toutes contrariétés , nous avons engagé tous les prêtres de l’Orient à s’unir et se soumettre à votre sainteté : mais à présent que de nouveaux doutes se sont élevés, quoique sur des choses claires et certaines, et conformes à la doctrine de votre siège apostolique, fermement gardée et professée par tous les prêtres, nous avons cependant cru nécessaire d’en instruire votre sainteté ; car nous ne souffrons pas que les affaires qui naissent au sujet de la religion, quoique simples et non douteuses, soient agitées sans que votre sainteté en soit instruite, elle qui est le chef de l’église, car nous nous efforcerons toujours, comme nous avons dit, d’accroître l’honneur et l’autorité de votre siège. […]

§. 2. Tous les prêtres de la sainte église catholique et apostolique et les révérends abbés des saints monastères avant reconnu votre sainteté, approuvant l’état et l’unité des saintes églises qui dérivent de votre siège apostolique […]

§. 3. Nous admettons, ainsi que votre siège apostolique l’enseigne et prêche, quatre saints conciles; 1°. celui des 318 saints pères qui s’assemblèrent dans la ville de Nicée ; 2°. celui tenu dans cette ville par les saints pères, au nombre de 150 ; 3°. celui tenu à Ephèse ; 4°. et enfin , celui de Chalcédoine. Tous les prêtres qui suivent la doctrine de votre siège apostolique croient, confessent et prêchent ces choses. […]

§. 5. Nous demandons donc votre affection paternelle, afin que vous nous fassiez connaître par vos lettres, ainsi qu’aux évêques de cette ville et au patriarche votre frère (qui a écrit lui-même à votre sainteté, par les mêmes députés, qu’il suivait en toutes choses le siège apostolique de votre béatitude), que votre sainteté approuve tous ceux qui croient à ce que nous avons exposé ci-dessus, et qu’elle condamne la perfidie de ceux qui ont osé judaïquement nier la foi légitime. Ainsi l’autorité de votre siège et l’amour de tous pour vous augmenteront ; l’unité et la tranquillité des saintes églises seront assurées, quand les évêques apprendront des députés qui vous ont été envoyés, quelle est la vraie doctrine de votre sainteté. Nous demandons de votre sainteté qu’elle prie Dieu pour nous, et qu’elle nous obtienne sa bienveillance.

La souscription était ainsi : Que la divinité, ô saint et très-religieux père, vous donne une longue vie ! » (Lettre de l’empereur Justinien au Pape Jean II ; PL, tome 66, colonnes 14-17 ; Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

Aussi Justinien n’osait rien décider sans en référer au Pape, pas même au sujet de « choses claires et certaines » ou d’ « affaires qui naissent au sujet de la religion, quoique simples et non douteuses« , et ce alors même qu’il avait le Patriarche de Constantinople à sa proximité immédiate. C’est une manifestation de la foi orientale en la Papauté.

Conclusion de la réponse de Jean II

« Les seuls qui soient opposés à votre profession de foi sont ceux dont l’Ecriture dit : « Ils ont mis leur espérance dans le mensonge, et ils ont espéré dans le mensonge » [citation libre de Isaïe XXVIII, 15-17] ; ou ceux qui, d’après le prophète, ont dit au Seigneur : « Eloigne-toi de nous, nous ne voulons pas suivre tes voies » [Job XXI, 14] ; ceux dont parle Salomon : « Ils ont erré dans leurs propres voies y et ils amassent avec leurs mains des choses infructueuses » [Proverbes IV]. C’est donc là votre vraie foi et votre vraie religion, que tous les pères, d’heureuse mémoire, comme nous avons dit, ainsi que tous les chefs de l’Eglise romaine, que nous suivons en toutes choses, ont décidé ; ce que le Siège apostolique a jusqu’à présent prêché et gardé fermement ; et s’il existe quelqu’un qui soit opposé à cette confession et à cette Foi du chrétien, il les jugera lui-même hors de la sainte communion et de l’Eglise catholique. […] Observant ce que S. Pierre a établi à ce sujet, nous ne les recevons point dans notre communion, et nous ordonnons qu’ils soient exclus de toute église catholique, à moins que, condamnant leur erreur, ils ne suivent notre doctrine, et déclarent en faire profession ; car il est juste que ceux qui ne s’y soumettent point, soient déclarés exclus des églises. Mais comme l’église ne ferme jamais son sein à ceux qui veulent retourner à elle, c’est pourquoi, s’ils abandonnaient leurs erreurs et leurs mauvaises intentions, je supplie votre clémence, afin que vous les receviez dans votre communion, que vous oubliiez les injures qui ont excité votre indignation, et que, par notre intercession, vous leur pardonniez et leur accordiez votre bienveillance. Nous prions Dieu qu’il daigne vous conserver longtemps dans la vraie religion, l’unité du siège apostolique et le respect que vous avez pour lui, et qu’il vous conserve le commandement, en toutes choses, de l’empire le plus chrétien et le plus pieux. […]

Fait à Rome, le 8 des calendes d’avril, sous le consulat de l’empereur Justinien, consul pour la quatrième fois, et de Paulinus. » (Pape Jean II, Lettre à l’Empereur Justinien ; PL, tome 66, colonnes 19-20 ; Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

Saint Pélage Ier (vers 500-561)

Saint Pélage Ier déclara la compétence exclusive en dernier ressort des Papes pour toute question doctrinale, y compris interpréter les conciles généraux :

« S’il s’élève quelque doute sur ce qu’ont prescrit les Conciles universels, ou quelques chose qu’on ne comprend pas, c’est au Siège Apostolique qu’on doit en demander l’explication ; il est nécessaire au salut de se laisser guider par le Siège Apostolique. » (Lettre IV [alias V] au Patrice Narcès, PL 69, colonne 397)

Voici d’autres témoignages :

« Avez-vous pu oublier les prérogatives du Siège Apostolique au point de me croire capable d’autoriser moi-même un schisme dans l’Eglise ? A Dieu ne plaise que la Siège de Pierre, établi pour garder le dépôt de la Foi, se laisse entraîner par le mouvement populaire selon les caprices de l’opinion ! […] Le très bienheureux Augustin d’illustre mémoire, s’appuyant sur les paroles de Notre-Seigneur, place le fondement de l’Eglise dans le Siège Apostolique. Il déclare schismatiques ceux qui repoussent l’autorité ou se séparent de la communion du Pontife Romain. Il ne connaît d’autre Eglise que celle qui a ses racines dans la pierre fondamentale. Comment donc pouvez-vous croire que vous n’être pas séparés de la communion d’avec le monde entier sans faire mémoire de mon nom dans la célébration des Saints Mystères, alors que quoiqu’indigne, c’est en mon humble personne que s’est transmise l’hérédité du Siège Apostolique par la succession de l’épiscopat et que se concentre à l’heure actuelle son immutabilité.

Cessez donc, vous et les fidèles confiés à votre direction, de soupçonner la foi que je professe. […] S’il vous reste sur ce point quelques difficultés à éclaircir, venez sans crainte me les exposer ; car, suivant la parole de l’Apôtre, nous sommes toujours prêt à rendre compte de notre Foi [I Pierre III, 16]. » (Lettre V [alias VI] aux Evêques de Tuscie, PL 69, colonnes 397 à 399)

« S’agissant des quatre saints conciles, c’est-à-dire celui de Nicée des trois cent dix-huit (pères), celui de Constantinople des cent cinquante, le premier d’Ephèse des deux cents, mais aussi (au sujet de) celui de Chalcédoine des six cent trente, je professe avoir conduit mes pensées sous la protection de la miséricorde divine et de faire ainsi jusqu’à la fin de ma vie, de tout coeur et de toute ma force, en sorte de les préserver avec une pleine dévotion dans la défense de la sainte foi et les condamnations des hérésies et des hérétiques, puisque ces pensées ont été confirmées par le Saint-Esprit ; je professe que leur solidité, parce qu’elle est la solidité de toute l’Eglise, je la protégerai et la défendrai comme il n’est pas douteux que mes prédécesseurs l’ont fait. En cela je désire suivre et imiter surtout celui dont nous savons qu’il fut l’auteur du concile de Chalcédoine (le pape Léon 1er), qui conformément à son nom s’est montré clairement, par son zèle très ardent pour la foi, un membre de ce lion qui a surgi de la tribu de Juda (Apocalypse V, 5). De même je suis donc convaincu de ce que je manifesterai toujours la même révérence pour les synodes susmentionnés, que tous ceux qui ont été absous par ces quatre conciles, je les tiendrai pour orthodoxes, et que jamais dans ma vie […] je n’ôterai quoi que ce soit à l’autorité de leur prédication sainte et vraie.

Mais je suis et je vénère également les canons que le Siège apostolique accepte […] Je professe que je garde également les lettres du pape Célestin de bienheureuse mémoire…et d’Agapet, pour la défense de la foi catholique, pour la solidité des quatre synodes susdits et contre les hérétiques, et tous ceux qu’ils ont condamnés, je les tiens pour condamnés, et tous ceux qu’ils ont reçus, en particulier les vénérables évêques Théodoret et Ibas, je les vénère parmi les orthodoxes. » (Lettre circulaire VI [alias VII] Vas electionis à tout le peuple de Dieu, vers 557, PL 69, colonnes 399 et 400)

Pélage II (520-579)

Résultat de recherche d'images pour "pélage II"

Ce Pape cassa les actes d’un synode tenu par et pour le patriarche de Constantinople. Son successeur saint Grégoire le Grand rapporte :

« Il y a huit ans, lorsque vivait encore notre prédécesseur Pelage, de sainte mémoire, notre confrère et coévêque Jean, prenant occasion d’une autre affaire, assembla un synode dans la ville de Constantinople, et s’efforça de prendre le titre d’universel ; dès que mon prédécesseur en eut connaissance, il envoya des lettres par lesquelles, en vertu de l’autorité de l’apôtre saint Pierre, il cassa les actes de ce synode. » (Lettres, livre V, lettre 43 à Euloge, évêque d’Alexandrie, et à Anastase, évêque d’Antioche)

Des anti-romains veulent écarter ce témoignage en disant qu’à cette occasion saint Grégoire n’a agit qu’en vertu d’un pouvoir d’appel qui lui aurait été confié par le droit ecclésiastique et non pas par droit divin. Mais cette interprétation est rendue impossible par le texte de la lettre elle-même : il y est écrit que Pélage II a agit « en vertu de l’autorité de l’apôtre saint Pierre« .

Au sujet de cette affaire de titre d’ « Evêque universel », lire notre dossier sur le sujet.

Evagre la Scholastique (vers 536-vers 594)

Résultat de recherche d'images pour "evagre le scolastique"

Cet historien de l’Eglise prit la suite de l’Histoire ecclésiastique de Théodoret de Cyr. Il « reprend l’histoire là où il l’avait laissé », à savoir en 431, lors du concile d’Ephèse. C’est ainsi que dès le début de son ouvrage, il rapporte la condamnation de Nestorius en mentionnant celle-ci comme s’étant faite, entre autres, en conformité avec « la lettre de Célestin Évêque de Rome, notre très saint Père » :

« Et après avoir reconnu tant par ses lettres, et par ses autres ouvrages qui ont été lus ; par les discours qu’il a tenus dans cette ville Métropolitaine, que par la déposition de plusieurs témoins, qu’il croit, et qu’il enseigne des erreurs, et après avoir versé des larmes en abondance, nous avons été contraints par l’autorité des Canons, et par la lettre de Célestin Évêque de Rome, notre très saint Père, et Collègue, de rendre la triste et fâcheuse Sentence qui suit. Jésus-Christ notre Seigneur, que Nestorius a offensé par ses blasphèmes, l’a déclaré par ce saint Concile, privé de la dignité Épiscopale, et exclus de toutes les assemblées des Ministres de l’Église. » (Histoire ecclésiastique, I, 4)

Saint Grégoire le Grand (vers 540-604)

Résultat de recherche d'images pour "saint grégoire le grand"

L’un des arguments favoris des ennemis de la Papauté est que saint Grégoire le Grand a refusé les titres de « pape universel » et d’ « évêque universel ». Il s’agit en réalité d’une décision prise par humilité pour ne pas détrôner ses confrères évêques de leurs fonctions. Nous développons cette affaire et démontrons que ce saint Evêque de Rome a bel et bien agit comme un Pape au sens catholique du terme ! Trouver notre étude en cliquant ici.

Saint Colomban de Luxeuil (vers 540-)

Les anti-romains veulent souvent utiliser des propos de saint Colomban contre la Papauté. Ces prétentions sont réfutées dans les ouvages suivants : Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome II, Chapitre 10, pages 133 à 146 et Chapitre 12, pages 249 à 267. L’argument des anti-romains est que saint Colomban a critiqué le Pape Vigile dans l’affaire des Trois-Chapitres dans sa lettre au Pape Boniface IV. Et c’est effectivement ce qu’il fit pour lui reprocher un simple manque de vigilance, ce qui n’est nullement contraire à la Papauté car dans le même document comme nous le verrons il proclama aussi l’infaillibilité romaine, de la même manière que quelques décennies plus tard le IIIè Concile de Constantinople et le Pape saint Léon II, qui déclarèrent les Papes infaillibles, en même temps qu’ils critiquaient sévèrement pour sa négligence dans l’affirmation de la foi. Nous démontrons cela dans notre article L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?. Par ailleurs les accusations portées par les anti-romains à l’endroit de Vigile sont réfutées par les livres disponibles dans nos articles Réponses aux objections historiques contre la primauté et l’infaillibilité du Pape (1) et Histoire apologétique la Papauté. Nous y renvoyons nos lecteurs qui voudraient plus de précisions à ce sujet. Nous nous limiterons ici à citer ses déclarations de soumission à la Papauté.

Il y a d’abord une lettre adressée au Pape saint Boniface IV dans laquelle il énonce les prérogatives divines du Siège de Pierre :

« Au très beau chef de toutes les églises de l’Europe toute entière, au Pape très doux, au maître très haut, au pasteur des pasteurs, au révérendissime Veilleur, le plus bas [Colomban se désigne ici] au plus élevé, au plus grand ; le rustique au citadin ; le balbutieur à l’éloquent orateur ; le dernier au premier ; l’étranger à l’indigène ; le petit pauvre au tout-puissant, chose merveilleuse à dire, chose inouïe, un oiseau rare, Colombe, à l’audace d’écrire au Père Boniface ! […] Veillez donc à la paix de l’Eglise, défendez vos brebis terrorisées par les loups. […] Veille donc, je t’en prie, ô Pape, veille ! […] Ta vigilance en sauvera beaucoup, par contre ton indifférence causera la perte d’un grand nombre. […] Pardonnez-moi si quelques unes de mes paroles ont offensé les oreilles pieuses ; la liberté qui distingue ma nation me donne, pour ainsi dire, en partie cette hardiesse. Chez nous, ce n’est pas la personne, c’est la raison qui prévaut. Nous, comme je l’ai déjà dit, nous sommes attachés à la chaire de saint Pierre ; car, quoique Rome soit grande et renommée, c’est par cette chaire seulement qu’elle est illustre en nos contrées. Quoique le nom de l’antique cité, gloire de l’Ausonie, se soit au loin répandu dans le monde, au milieu d’un trop ardent enthousiasme de presque toutes les nations, comme s’il eût été souverainement auguste, vous, c’est depuis que [le Christ] Dieu et Fils de Dieu a daigné devenir homme, c’est depuis lors que vous êtes grands et fameux ; Rome même est devenue plus noble et plus glorieuse. Bien plus, s’il est permis de parler ainsi,… à cause des deux grands apôtres du Christ [Pierre et Paul], vous êtes presque célestes, et Rome est la tête des églises, sauf la singulière prérogative du lieu de la divine résurrection. Par conséquent, de même que la dignité de votre chaire vous entoure d’un grand honneur, de même vous devez indispensablement employer de grands soins pour que jamais quelque perversité ne vous fasse perdre votre dignité ; car le pouvoir restera dans vos mains aussi longtemps que votre raison demeurera droite. » (Lettre IV [V] à saint Boniface IV, n° PL tome 80, colonnes 274, 275, 279 et 280)

Dans sa Lettre I, adressé à saint Grégoire le Grand, saint Colomban commence par lui témoigner sa soumission, puis lui pose des questions sur la situation de l’Eglise qui n’auraient pas de sens s’il ne reconnaissait pas à son destinataire le pouvoir d’agir :

« Au Seigneur saint, au Père qui est à Rome le plus bel ornement de l’Eglise du Christ et comme la fleur auguste de l’Europe languissante, à l’éminent gardien, au maître dans la contemplation de Dieu et de ses anges, moi, vil Colomban, j’adresse mon salut […]

Pourquoi donc, toi qui es si sage, toi dont les lumières éclairent le monde comme autrefois celles de la sainte intelligence, pourquoi célèbres-tu Pâques dans les ténèbres ? Je m’étonne, je l’avoue, que tu n’aies pas extirpé depuis longtemps cette erreur de la Gaule. Ou dois-je penser, mais j’ose à peine y croire, que si tu ne l’as pas fait, c’est que tu l’as approuvée ? […] Sache bien que nos vieux maîtres irlandais, philosophes et éminents calculateurs, ont rejeté l’erreur de Victorius, estimant celui-ci plus digne de risée et de pitié que de créance. Donne-moi donc l’appui de ta sentence, à moi qui suis timide, pèlerin plutôt que savant, et sans retard daigne oublier ta clémence pour mettre fin à cette tempête qui souffle autour de nous. […]. Que penses-tu maintenant des évêques ordonnés contre le droit canonique, c’est à dire pour le bénéfice ? Car, et ceci est assez grave, beaucoup dans notre région sont connus comme tels, Que penser encore d’autres, qui s’étant mal conduits lorsqu’ils étaient diacres, sont ensuite élevés à l’épiscopat ? [Certains] peuvent-ils exercer leur ministère après avoir acheté leur charge, ou après avoir commis l’adultère quand ils étaient diacres […] fautes regardées comme graves par nos maîtres. [Enfin], quelle conduite tenir à l’égard des moines qui d’abord enflammés pour Dieu du désir de la vie parfaite, renient leurs vœux en quittant les lieux de leur première conversion, et qui, malgré leurs abbés et la ferveur des frères qui les entourent, se relâchent ou bien fuient vers les déserts ? » (Lettre I à saint Grégoire le Grand, PL tome 80, colonnes 259 à 264)

Et sa Lettre III, adressé au Pape saint Boniface IV, va dans même sens :

« Il s’agit des rites observés dans notre pays : les livres de notre province ne concordent pas avec ceux des Gaulois […] Nous te demandons de donner aux pauvres pèlerins que nous sommes, la consolation d’une juste sentence, afin que si cela n’est pas contraire à la foi, tu confirmes la tradition de nos anciens, et nous autorise à garder au long de notre pèlerinage, le rite de Pâques tel que nous l’avons reçu de nos ancêtres. Il est certain en effet que nous sommes dans notre patrie du moment que nous n’acceptons aucune des règles des Gaulois, mais comme nous habitions des régions désertiques et que nous ne faisons de mal à personne, nous restons seulement fidèles aux règles de nos anciens. […] Puisque le tumulte a dominé la raison et que nos droits n’ont pas été reconnus, nous sollicitons la décision de votre autorité, afin que par votre jugement nous puissions vivre parmi les justes dans la paix et l’unité de l’Eglise. […] sans donner le scandale de la foi, et mieux encore dans une parfaite charité, en dépit de ce qui [sépare] chacun gardant ce qu’il a reçu, chacun restant dans la voie où il avait été appelé. » (Lettre III à saint Boniface IV, PL tome 80, colonnes 268 à 270)

Saint Isidore de Séville (560 et 570-)

Résultat de recherche d'images pour "isidore de séville"

« Nous savons que nous sommes évêques dans l’Église du Christ, et en cette qualité nous nous confessons plus spécialement obligés que les autres prélats de l’Église à rendre au Pontife romain avec révérence, humilité et dévotion, l’obéissance qui lui est due en toutes choses comme au Vicaire de Dieu. Celui qui lui résiste opiniâtrement, nous le déclarons entièrement exclu de la communion des fidèles, comme un hérétique. Et ceci, nous ne le disons pas de notre propre choix ; mais c’est bien plutôt par l’autorité du Saint-Esprit que nous le tenons et le croyons comme ferme et décisif » (Lettre au dux Claude, Opp. tom. VI, page 567)

Honorius (585-638)

Le Pape Honorius envoya des lettres au patriarche Serge de Constantinople dans lesquelles certains croient lire l’hérésie monothélite. L’affaire du Pape Honorius a fait couler beaucoup d’encre. Pour une documentation complète au sujet de ce Pape, nous renvoyons le lecteur aux chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci (le livre du second lien a été écrit après les autres, il les reprend en partie et est beaucoup plus complet). Aussi, si Honorius fut effectivement visé par un reproche de la part du IIIè concile de Constantinople, ce fut en raison de la faiblesse de sa réaction, et non en raison d’une supposée hérésie de sa part. En effet, d’une part le concile fit sienne la doctrine de l’infaillibilité des Evêques de Rome exposée dans deux lettres du Pape saint Agathon aux empereurs. Nous pouvons et devons d’ailleurs souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des Conciles sans reconnaître celle des Papes, à accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté elle-même, le Filioque, le célibat sacerdotal et le baptême des hérétiques, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents. Et d’autre part le mot « hérétique » pouvait avoir plusieurs sens différents dans l’antiquité chrétienne. Enfin la lettre confirmative du concile envoyée par le Pape saint Léon II à l’empereur confirme que ce n’est pas pour adhésion à l’hérésie qu’un blâme fut porté à son endroit. Nous prouvons tout cela dans notre article :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Notons dès ici que lorsque le Pape saint Léon II signifia aux Evêque d’Espagne le blâme du concile pour négligence à l’endroit d’Honorius, il manifesta l’autorité dont il était investi :

« On y condamna les hérétiques Théodore de Pharan, Cyrus d’Alexandrie, les quatre évêques de Constantinople, Scrgius, Pyrrhus, Paul et Pierre, avec Honorius, lequel n’a pas éteint à sa naissance, comme il convenait à l’autorité apostolique, la flamme de l’hérésie, mais, en négligeant ce soin, l’a laissée grandir. » (Lettre VI aux Evêques d’Espagne, PL, 96, 414).

Eteindre l’hérésie « convenait à l’autorité apostolique » dont était revêtue Honorius, faisant ainsi témoignage de l’autorité universelle, apostolique et infaillible des Evêques de Rome.

VIè concile de Tolède (638) et saint Braulion de Saragosse (mort en 646 ou 651)

Résultat de recherche d'images pour "braulion de saragosse"

Le VIè concile de Tolède, composé de cinquante-trois Evêques d’Espagne et de Gaule narbonnaise, dont saint Braulion de Saragosse, ami et disciple de saint Isidore de Séville, dont il acheva le Traité des Étymologies ou Origines, adressa au Pape une réponse témoignant de la doctrine de la Papauté, ainsi qu’une profession de Foi. Cet épisode est un exemple du zèle que Pape Honorius eut pour la pureté de la foi. En effet dans ce pays s’était introduit un certain relâchement, précurseur certain de plus grandes catastrophes. En fidèle gardien du troupeau catholique, le Pape Honorius s’éleva contre ce désordre et, par une décrétale énergique, s’éleva contre la négligence des pasteurs. Dans cet acte de vigueur apostolique, le Pontife blâmait l’excessive attention des évêques pour les affaires temporelles, les rappelait à la défense de la foi, à la lutte contre les hérésies, et leur appliquait le mot des Ecritures : « ce sont tous des chiens muets, qui ne peuvent pas aboyer » (Isaïe 56, 10). Aussi, l’Archevêque de Saragosse saint Braulion, parlant au nom des évêques réunis au VIe concile de Tolède (638), essaya de se justifier Nous détachons de la réponse, émanée de la plume de saint Braulion, les passages suivants :

« Au seigneur révérendissime en qui brillent les mérites et la gloire apostoliques, à l’honorable pape Honorius, tous les évêques constitués à la tête des Eglises d’Espagne. Vous accomplissez excellemment le devoir attaché à la Chaire qui vous a été confiée par Dieu, lorsque, dans une sainte sollicitude pour toutes les Eglises, avec, l’éclat rayonnant de la doctrine, comme le veilleur en sentinelle, vous prenez toutes les mesures dignes de votre prévoyance pour sauvegarder la défense de l’Eglise du Christ. Armé du glaive de la parole divine et des traits d’un zèle souverain, vous frappez les misérables qui voudraient, déchirer encore la tunique du Seigneur ; nouveau Néhémie, avec la même ardeur et la même vigilance vous purifiez du contact souillé des prévaricateurs et des apostats la sainte maison de Dieu, l’Eglise notre mère. Tels étaient déjà, par l’inspiration du Très-Haut, la préoccupation de votre très-glorieux fils notre roi Suintilla, et l’objet habituel de ses pieuses pensées. Les exhortations que vous lui avez directement adressées, et qui, grâces à Dieu, lui sont heureusement parvenues, l’ont trouvé sur le point de réaliser des vœux qui lui sont chers. Déjà, venus de toute l’Espagne et de la Gaule narbonnaise, nous étions réunis en synode, lorsque le diacre Turninus nous a remis de votre part le décret qui nous invite à redoubler de fermeté pour le maintien de la foi, d’activité contre les perfides manœuvres de l’hérésie. Ô le plus excellent des Pontifes, seigneur très-bienheureux, aucun conseil humain, nulle prudence mortelle n’aurait pu créer une pareille coïncidence ; nous y reconnaissons l’œuvre de cette Providence partout étendue et nulle part défaillante du Créateur tout puissant. Aux deux extrémités du monde, à travers l’immensité des mers, le souverain Maître, le bien qui gouverne les âmes, inspire au cœur du roi les mêmes pensées, les mêmes vues pour la religion, qui sont dans votre propre cœur. Qu’est-ce que cela ? Sinon la preuve que ce grand Dieu dirige ceux auxquels il confie le pouvoir d’après les inspirations que, dans la sagesse de son éternité, il a prévues comme les plus utiles à son Eglise sainte et catholique. » (Saint Braulion, Lettre XXI, Patrologie latine, tome 80, colonnes 667-678 ; Mgr Justin FEVRE dans Histoire apologétique de la Papauté, tome 3, pages 372 à 374, cite ce passage de saint Braulion mais se trompe dans la référence : il indique la colonne 667 du tome 87 (LXXXVII) au lieu de 80 ; aussi trouvable sous la référence : Lettre 129, in : Georg KREUZER, Die Honoriusfrage im Mittelalter und in der Neuzeit (coll. « Papste und Papsttum », tome VIII), thèse de doctorat, Stutt­gart 1975, page 19)

Après avoir répond aux reproches du Pape, le concile continue par des compliments :

« Mais vous, ô le plus révéré des hommes et le plus saint des pères, insistez avec la force et la vertu que vous tenez de Dieu, avec l’éloquence qui vous distingue, avec la pieuse industrie de votre zèle, continuez votre lutte contre les ennemis de la croix du Seigneur, contre les suppôts de Satan, les sectateurs de l’antéchrist, et ramenez-les tous au sein de notre mère la sainte Eglise. Les deux moitiés du monde, l’Orient et l’Occident, ont entendu votre voix. Puissent-elles comprendre que c’est Dieu qui parle par votre bouche, puissent-elles s’unir avec nous pour conjurer la perfidie des méchants ! Comme un autre Elie, quand vous frappez les faux prophètes de Baal, et qu’enflammé du même zèle vous vous plaignez d’être seul dans ce combat, vous méritez d’entendre une voix du ciel vous répondre qu’il eu est encore un grand nombre qui n’ont pas fléchi le genou devant l’idole. Ce n’est ni un sentiment de jactance ni un transport d’orgueil qui nous dicte ces réflexions, que nous soumettons à votre béatitude : l’amour de la vérité nous inspire uniquement. En toute humilité, nous vous disons la vérité sur nous-mêmes, afin que vous la connaissiez, afin qu’elle soit le lien commun entre vous et nous. Laissons aux infidèles la vanité qui les trompe. Il semblerait peut-être convenable d’entrer ici dans le détail et de répondre, article par article, aux divers points de votre lettre ; mais nous craindrions de fatiguer votre oreille en prolongeant nos explications. Nous croyons cette réponse suffisante : votre sagesse n’a pas besoin de longs discours. Et maintenant il nous reste à conjurer instamment Votre Sainteté de daigner, dans sa piété éminente, se souvenir de nos humbles et pauvres personnes, lorsqu’à la confession des bienheureux apôtres et de tous les saints de Rome, vous offrez à Dieu vos prières pour l’Eglise universelle. Le parfum de vos supplications, myrrhe et encens d’agréable odeur, couvrira les traces de nos fautes, et dans ce monde ou dans l’autre, nous n’aurons point à en porter la peine. Car nous savons que nul en ce corps mortel ne traverse sans péril la grande mer du monde. Donc, ô le plus illustre et le plus excellent des Pontifes, ne refusez le secours de votre intercession, qui d’ailleurs rejaillira pour Votre Sainteté dans la gloire éternelle, ni à votre fils notre roi sérénissime, ni à nous, ni aux peuples dont le Saigneur nous a confié le soin. De notre côté, nous sommes fidèles à ce devoir de la prière, conjurant le tout-puissant Seigneur d’accorder à son Eglise, dans sa traversée temporelle, un cours tranquille et paisible, dans la dignité d’une vie religieuse et sainte, afin que, ballotté entre les écueils de la tentation, le rocher de Charybde du faux plaisir et les îlots de la persécution, les aboiements du Scylla de la gentilité, le navire de la foi, dirigé par la main du divin pilote, arrive en paix au port du salut : afin que la voix qui commande à la mer et aux vents fasse régner le calme sur les flots et la prospérité spirituelle dans les Âmes. » (Saint Braulion, Lettre XXI, Patrologie latine, tome 80, colonnes 669-670 ; Mgr Justin FEVRE dans Histoire apologétique de la Papauté, tome 3, pages 372 à 374, cite ce passage de saint Braulion mais se trompe dans la référence : il indique la bonne colonne du tome 87 (LXXXVII) au lieu de 80 ; aussi trouvable sous la référence : Lettre 129, in : Georg KREUZER, Die Honoriusfrage im Mittelalter und in der Neuzeit (coll. « Papste und Papsttum », tome VIII), thèse de doctorat, Stutt­gart 1975, page 19)

Ce témoignage de la Papauté est aussi le plus ancien témoignage, de la part d’un saint et d’Evêques ayant la vraie foi, en garantie de la perfection doctrinale du Pape Honorius. En effet celui-ci avait envoyé des lettres au patriarche Serge de Constantinople dans lesquelles certains croient lire l’hérésie monothélite. Ces lettres datent de 634, soit seulement quatre ans avant cette déclaration du VIè concile de Tolède. Aussi le témoignage du concile Tolède est particulièrement pertinent à deux titres.

Premièrement il s’est déroulé après la rédaction de ces lettres, et donc le témoignage en faveur d’Honorius les englobe, d’ailleurs il y fait allusion en parlant de ce que Honorius a déclaré à l’Orient et de la « perfidie des méchants » qu’il a « conjuré » : « Les deux moitiés du monde, l’Orient et l’Occident, ont entendu votre voix. Puissent-elles comprendre que c’est Dieu qui parle par votre bouche, puissent-elles s’unir avec nous pour conjurer la perfidie des méchants !« .

Et deuxièmement ce concile est insoupçonnable d’erreur ou de complaisance avec l’erreur, puisqu’il fit une profession de foi christologique parfaite, en condamnant absolument le monothélisme. On trouvera cette profession de foi en latin dans LABBE, tome V, colonne 1741, et en français dans l’Histoire apologétique de la Papauté (tome 3, pages 375 à 377) de Mgr Justin FEVRE.

L’affaire du Pape Honorius a fait couler beaucoup d’encre. Pour une documentation complète au sujet de ce Pape, nous renvoyons le lecteur aux chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci (le livre du second lien a été écrit après les autres, il les reprend en partie et est beaucoup plus complet). Aussi, si Honorius fut effectivement visé par un reproche de la part du IIIè concile de Constantinople, ce fut en raison de la faiblesse de sa réaction, et non en raison d’une supposée hérésie de sa part. En effet, d’une part le concile fit sienne la doctrine de l’infaillibilité des Evêques de Rome exposée dans deux lettres du Pape saint Agathon aux empereurs. Nous pouvons et devons d’ailleurs souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des Conciles sans reconnaître celle des Papes, à accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté elle-même, le Filioque, le célibat sacerdotal et le baptême des hérétiques, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents. Et d’autre part le mot « hérétique » pouvait avoir plusieurs sens différents dans l’antiquité chrétienne. Enfin la lettre confirmative du concile envoyée par le Pape saint Léon II à l’empereur confirme que ce n’est pas pour adhésion à l’hérésie qu’un blâme fut porté à son endroit. Nous prouvons tout cela dans notre article :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Une épitaphe d’Honorius (638)

L’inscription funéraire qui marque sa tombe pour la postérité témoigne, outre de sa perfection doctrinale, de la foi de l’Eglise de l’époque en la Papauté ;

« Nous décernons de pieux éloges au grand Pasteur qui a rempli les fonctions de Pierre, et qui est monté au comble des honneurs.

Sous ce tombeau brille le pontife Honorius, dont l’auguste nom et la gloire sont stables.

Gouvernant dignement en vertu du pouvoir attaché au Siége apostolique, il a rappelé ceux qui étaient dispersés, il a enrichi l’Eglise de dépouilles opimes.

L’Esprit de Dieu semblait l’animer quand il composait des vers. Il a su, en bon pasteur, conduire son troupeau à la vie.

Les Eglises de l’Istrie gémissant depuis longtemps sous un schisme cruel, tes avertissements les ont ramenées au giron de l’Eglise.

Tu découvres et réprimes les perfidies de la nation juive, et c’est ainsi que tu établis l’unité dans le bercail du Sauveur.

Rien n’échappait à son active surveillance, qui fit régner partout une paix désirée.

Il a pris une place glorieuse parmi les Pontifes, par sa doctrine puissante aussi bien que par la sainte régularité de sa vie.

Les doctrines du Maître éloquent, ranimées sous ta main, ont toujours brillé en toi.

En suivant avec ardeur les traces du grand et pieux Grégoire, tu as hérité de ses mérites.

Possède à jamais, par la grâce du Christ, la lumière éternelle dans le séjour des Saints. » (Inscript., vet. Append. – Voy. aussi Canisius, Antiq. Lect. VI, 411. – Epigr., lib. V, apud Gruter, III, 1175 ; – Duchène, Hist. des Papes)

Nous rappelons ce que nous disions plus haut au sujet d’Honorius : le Pape Honorius envoya des lettres au patriarche Serge de Constantinople dans lesquelles certains croient lire l’hérésie monothélite. L’affaire du Pape Honorius a fait couler beaucoup d’encre. Pour une documentation complète au sujet de ce Pape, nous renvoyons le lecteur aux chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci (le livre du second lien a été écrit après les autres, il les reprend en partie et est beaucoup plus complet). Aussi, si Honorius fut effectivement visé par un reproche de la part du IIIè concile de Constantinople, ce fut en raison de la faiblesse de sa réaction, et non en raison d’une supposée hérésie de sa part. En effet, d’une part le concile fit sienne la doctrine de l’infaillibilité des Evêques de Rome exposée dans deux lettres du Pape saint Agathon aux empereurs. Nous pouvons et devons d’ailleurs souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des Conciles sans reconnaître celle des Papes, à accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté elle-même, le Filioque, le célibat sacerdotal et le baptême des hérétiques, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents. Et d’autre part le mot « hérétique » pouvait avoir plusieurs sens différents dans l’antiquité chrétienne. Enfin la lettre confirmative du concile envoyée par le Pape saint Léon II à l’empereur confirme que ce n’est pas pour adhésion à l’hérésie qu’un blâme fut porté à son endroit. Nous prouvons tout cela dans notre article :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Notons dès ici que lorsque le Pape saint Léon II signifia aux Evêque d’Espagne le blâme du concile pour négligence à l’endroit d’Honorius, il manifesta l’autorité dont il était investi :

« On y condamna les hérétiques Théodore de Pharan, Cyrus d’Alexandrie, les quatre évêques de Constantinople, Scrgius, Pyrrhus, Paul et Pierre, avec Honorius, lequel n’a pas éteint à sa naissance, comme il convenait à l’autorité apostolique, la flamme de l’hérésie, mais, en négligeant ce soin, l’a laissée grandir. » (Lettre VI aux Evêques d’Espagne, PL, 96, 414).

Eteindre l’hérésie « convenait à l’autorité apostolique » dont était revêtue Honorius, faisant ainsi témoignage de l’autorité universelle, apostolique et infaillible des Evêques de Rome.

Saint Martin Ier (vers 600-655) lors du concile du Latran (649)

Résultat de recherche d'images pour "pape saint martin Ier saint paul hors les murs""

Saint Martin témoigne que c’est aux Evêques de Rome qu’on se plaignit de l’hérésie de l’Evêque de Constantinople, et qu’ils firent leur possible pour y mettre fin, mais sans succès :

« Les catholiques ont porté leurs plaintes de divers lieux au Siège apostolique, et lui ont dénoncé, par écrit et de vive voix, la conduite des patriarches de Constantinople. Nos prédécesseurs d’apostolique mémoire n’ont point cessé d’écrire en divers temps à ces évêques ; ils les ont priés, admonestés, menacés, ils les ont fait avertir par des légats expressément envoyés à cette fin. Tout a été inutile. » (Labbe, VI, 82 et suivants ; Acta conc., IV, 702)

Ce témoignage de la Papauté est aussi une garantie de la perfection doctrinale du Pape Honorius. En effet celui-ci avait envoyé des lettres au patriarche Serge de Constantinople dans lesquelles certains croient lire l’hérésie monothélite. Lors du même concile, le même saint Martin déclara la parfaite orthodoxie de tous ses prédécesseurs, sans excepter Honorius. Il le fit dans ses lettres aux Eglises d’Antioche et de Jérusalem, où il oppose à la conduite des patriarches de Constantinople, tous hérétiques, celle des Pontifes romains, tous défenseurs vigilants des trésors de l’Eglise :

« Je dois vous informer, vénérables frères, de ce qui s’est passé ; nous avons vu, de notre temps, s’élever contre la foi orthodoxe les personnages que nous devons qualifier de ravisseurs : c’est Théodore évêque de Pharan, Cyrus évêque d’Alexandrie, Sergius évêque de Constantinople, et ses, successeurs Pyrrhus et Paul. Les hérétiques ont essayé d’enlever à l’Eglise les trésors de sa foi ; mais nous, je veux dire les Pontifes du Siège apostolique, nous les avons empêchés de nous dépouiller ainsi de nos richesses. »

En supposant la prévarication d’Honorius, un tel langage eut-il été possible ?

Ce témoignage est d’autant plus significatif que lors de ce concile, le Pape saint Martin Ier, reconnaît que les intentions de l’empereur Héraclius, dans son Ecthèse, ou profession de foi, ont pu être droites :

« Encore, bien qu’il semble que cette Exposition a été pour un bon motif, cependant on peut dire que la doctrine qui y est enseignée produit en effet tout-à-fait contraire et opposé à l’intention qu’où avait en la faisant. Assurément, tous ceux qui craignaient véritablement Dieu doivent s’efforcer d’éloigner les occasions de dispute dans les questions de foi ; mais il n’est ni utile ni avantageux de détruire un bien en voulant prévenir un mal, et de supprimer les paroles et les sentiments des Pères, sous prétexte de vouloir s’opposer aux sentiments des hérétiques. » (Session IV)

Les intentions d’Héraclius, eu publiant l’Ecthèse. étaient peut-être bonnes, le concile le reconnaît, mais la mesure était fausse et de nature à favoriser l’hérésie : écrit et auteur sont appelés impies, hérétiques. C’est un style à connaître. Et comme elle était de nature à favoriser, en quelque manière, l’hérésie monothélite, on fit condamnation et sur l’écrit et sur l’auteur, et le concile les appelle impies et hérétiques :

« Si quelqu’un, conformément aux saintes Ecritures et à ce que nous avons enseigné, ne dit pas anathème de cœur et de bouche à tous les hérétiques et à tous leurs écrits, savoir : Sabellius, Arius, etc, à quoi il faut ajouter l’Exposition impie que l’empereur Héraclius a faite, à la persuasion de Sergius, pour maintenir cette hérésie d’une seule et unique volonté ou opération en Jésus-Christ, et tous les actes et écrits qui ont été faits pour les défendre, de même que ceux qui les reçoivent et les approuvent : que celui-là, dis-je, qui ne condamne pas tous ces hérétiques, soit anathème. » (Session V, canon 18)

L’affaire du Pape Honorius a fait couler beaucoup d’encre. Pour une documentation complète au sujet de ce Pape, nous renvoyons le lecteur aux chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci (le livre du second lien a été écrit après les autres, il les reprend en partie et est beaucoup plus complet). Aussi, si Honorius fut effectivement visé par un reproche de la part du IIIè concile de Constantinople, ce fut en raison de la faiblesse de sa réaction, et non en raison d’une supposée hérésie de sa part. En effet, d’une part le concile fit sienne la doctrine de l’infaillibilité des Evêques de Rome exposée dans deux lettres du Pape saint Agathon aux empereurs. Nous pouvons et devons d’ailleurs souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des Conciles sans reconnaître celle des Papes, à accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté elle-même, le Filioque, le célibat sacerdotal et le baptême des hérétiques, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents. Et d’autre part le mot « hérétique » pouvait avoir plusieurs sens différents dans l’antiquité chrétienne. Enfin la lettre confirmative du concile envoyée par le Pape saint Léon II à l’empereur confirme que ce n’est pas pour adhésion à l’hérésie qu’un blâme fut porté à son endroit. Nous prouvons tout cela dans notre article :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Saint Sophrone de Jérusalem (vers 550-638) par la voix de son diacre Etienne de Dor, lors du concile du Latran (649)

« Sophrone avait le courage du lion, l’intrépidité du juste. Animé d’un zèle ardent pour la foi, plein de confiance en Dieu, il me conduisit, moi indigne, sur la montagne du Calvaire, au lieu où Jésus-Christ, si au-dessus de nous par sa nature divine, daigna se laisser crucifier pour nous selon la chair. D’un ton irrésistible, il me tint ce langage : C’est à Dieu qui souffrit ici selon la chair que vous aurez à répondre le jour de son avènement terrible, quand il paraîtra dans sa gloire pour juger les vivants et les morts, si vous refusez de me prêter votre concours dans ce péril de la foi. Je ne puis quitter Jérusalem, vous le savez, en présence d’une invasion des Sarrazins, déchaînés sans doute par la justice de Dieu contre nos péchés. Partez donc le plus promptement possible, traversez l’immensité de la terre et des mers, allez au Siège apostolique, là où reposent les fondements des dogmes orthodoxes. Allez-y une première fois, retournez-y une seconde et plus encore s’il est nécessaire. Faites connaître aux personnages sacrés qui y président ou y présideront, la vérité tout entière sur les faits qui se passent en Orient. Redoublez vos instances et vos supplications jusqu’à ce que, dans l’apostolique prudence qui est leur privilège divin, ils rendent un jugement solennel et foudroient canoniquement les erreurs nouvellement introduites. Telles furent ses paroles. J’étais en proie à une vive émotion, à une anxiété terrible. Le lieu sacré où nous nous trouvions, l’adjuration formidable du patriarche me faisaient trembler. Je songeais aussi aux devoirs de mon ministère épiscopal, qui m’attachaient à l’Eglise de Dor. Mais les instances de Sophrone, celles des évêques et des fidèles de la Palestine, me déterminèrent à partir. Depuis lors, pour me servir de l’expression de l’Ecriture, « Mes yeux n’ont pas connu le sommeil, mes paupières ne se sont point closes, je n’ai pas goûté de repos », jusqu’à ce qu’il me fut donné d’accomplir ma mission près du Siège apostolique. C’est la première fois que j’y reviens. Les sectaires n’épargnèrent rien pour empêcher mon voyage ; ils obtinrent que des édits impériaux fussent adressés à toutes les provinces d’Orient que je devais parcourir, avec ordre de me charger de fers et de m’envoyer à Constantinople. Mais le Seigneur a été mon auxiliaire, il m’a délivré de toutes les embûches, ma course rapide ne fut point interrompue, et je parvins au terme de mon voyage. » (Labbe, VI, 104)

Ce témoignage de la Papauté est aussi une garantie de la perfection doctrinale du Pape Honorius. En effet celui-ci avait envoyé des lettres au patriarche Serge de Constantinople dans lesquelles certains croient lire l’hérésie monothélite. Ce témoignage est d’autant plus important que si Etienne de Dor fut envoyé à Rome par saint Sophrone, c’était précisément pour combattre l’hérésie monothélite, étant donné que Sophrone craignait que Honorius ne soit tenté de prendre une position neutre et dangereuse pour la doctrine catholique : ainsi nous lisons que malgré la crainte d’une position ambigüe, il ne serait jamais venu à l’esprit des saints que l’Evêque de Rome put enseigner l’erreur. L’affaire du Pape Honorius a fait couler beaucoup d’encre. Pour une documentation complète au sujet de ce Pape, nous renvoyons le lecteur aux chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci (le livre du second lien a été écrit après les autres, il les reprend en partie et est beaucoup plus complet). Aussi, si Honorius fut effectivement visé par un reproche de la part du IIIè concile de Constantinople, ce fut en raison de la faiblesse de sa réaction, et non en raison d’une supposée hérésie de sa part. En effet, d’une part le concile fit sienne la doctrine de l’infaillibilité des Evêques de Rome exposée dans deux lettres du Pape saint Agathon aux empereurs. Nous pouvons et devons d’ailleurs souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des Conciles sans reconnaître celle des Papes, à accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté elle-même, le Filioque, le célibat sacerdotal et le baptême des hérétiques, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents. Et d’autre part le mot « hérétique » pouvait avoir plusieurs sens différents dans l’antiquité chrétienne. Enfin la lettre confirmative du concile envoyée par le Pape saint Léon II à l’empereur confirme que ce n’est pas pour adhésion à l’hérésie qu’un blâme fut porté à son endroit. Nous prouvons tout cela dans notre article :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Saint Maxime le Confesseur (580-662)

Résultat de recherche d'images pour "saint maxime le confesseur"

Saint Maxime applique la vertu de pierre de fondement à l’Eglise de Rome sans même mentionner saint Pierre, tellement la chose devait être évidente pour tous ses contemporains :

« Toutes les parties de l’univers et tous ceux qui reconnaissent partout le Seigneur avec une foi véritable et authentique se tournent comme vers le soleil vers la sainte Eglise de Rome, et considèrent sa profession de foi, dont Ils attendent l’éclat de sa lumière. […] C’est dès le commencement, lorsque le Verbe de Dieu descendit jusqu’à nous en assumant notre chair, tous les chrétiens ont toujours regardé et regardent encore comme l’unique base solide, l’unique fondement de l’Eglise le siège suprême qui se trouve en cette église de Rome, celui que, d’après la promesse du Sauveur, les portes de l’enfer ne sauraient vaincre et qui possède les clefs de la vraie foi et de l’authentique confession, celui chez qui tous ceux qui s’approchent avec une piété sincère se voient ouvrir l’accès à l’unique religion, celui qui rend les hérétiques muets et ôte la parole de la bouche de ceux qui profèrent l’iniquité en présence du Tout-Puissant. » (Lettre à Marin de Chypre, PG, 91/138-139)

Dans sa Lettre à Pierre l’Illustre, saint Maxime enseigne que la marque de la vraie foi et de la vraie communion c’est d’être soumis au Pontife romain :

« Si quelqu’un veut n’être point hérétique et ne point passer pour tel, qu’il ne cherche pas à satisfaire celui-ci ou celui-là […] Qu’il se hâte de satisfaire en tout le siège de Rome. Le siège de Rome satisfait, tous partout et d’une seule voix le proclameront pieux et orthodoxe. Car si l’on veut persuader ceux qui me ressemblent, c’est en vain qu’on se contenterait de parler, si l’on ne satisfait et si l’on n’implore le bienheureux Pape de la très sainte Eglise des Romains, c’est-à-dire le Siège Apostolique, qui a reçu du Verbe de Dieu Incarné Lui-même, et, d’après les saints Conciles, selon les saints canons et les définitions, elle possède, sur l’universalité des saintes Eglises de Dieu qui existent sur toute la surface de la terre, l’empire et l’autorité en tout et pour tout, et le pouvoir de lier et de délier. Car lorsqu’elle lie et délie, le Verbe, qui commande aux vertus célestes, lie ou délie aussi dans le ciel. » (Lettre à Pierre l’illustre, PG, tome 91, colonne 144)

C’est la raison pour laquelle, plus tôt dans sa lettre, il fait l’application suivante au cas du Pape Honorius, qui fut tant et tant injurié par ceux qui l’accusaient d’être tombé dans l’hérésie monothélite, en disant non seulement qu’il n’en fut pas ainsi, mais encore que cela était impossible car il était l’Evêque du Siège Apostolique :

« Quel est l’interprète le plus digne de foi de la lettre pontificale ? Celui qui l’a écrite au nom d’Honorius, l’illustre abbé Jean qui vit encore, et qui, outre tant d’autres mérites, a répandu sur l’Occident l’éclat de sa doctrine et de sa piété ; ou bien les Orientaux qui n’ont jamais quitté Constantinople, et qui parlent d’après leurs sympathies, leurs opinions particulières et personnelles ? N’est-ce pas le comble du ridicule, ou plutôt n’est-ce pas un spectacle lamentable ? Dans leur audace, ils n’ont pas craint de mentir contre le Siège apostolique lui-même. Comme s’ils avaient été de son conseil, ou qu’ils eussent reçu de lui un décret dogmatique, ils ont osé revendiquer pour leur cause le grand Honorius, faisant parade à l’appui de leur folle opinion de la suréminente piété de ce pontife. Et cependant, que n’a pas fait la sainte Église pour les arrêter dans leur voie funeste ? Quel pontife pieux et orthodoxe ne les a conjurés par ses appels et ses supplications de renoncer à leur hérésie ? Que n’a point fait le divin Honorius et après lui le vieillard Severinus, et son successeur le vénérable pape Jean ? […]

En tout cela, ces malheureux (les monothélites) n’ont pas suivi la doctrine du Siège Apostolique ; et ce qui est le comble du ridicule, ou pour mieux dire ce qu’il y a de plus lamentable (car c’est la preuve de leur audace), ils n’ont pas craint de mentir témérairement contre le Siège Apostolique lui-même ; et comme s’ils avaient été de son conseil, et qu’ils eussent reçu de lui un décret, ils ont osé mettre de leur côté le grand Honorius dans leurs écrits en faveur de l’impie Ecthèse, faisant parade aux yeux des autres, à l’appui de leur folle opinion, du mérite éminent de cet homme pour la cause de l’orthodoxie. » (Lettre à Pierre l’illustre, PG, tome 91, colonnes 142 et 143)

Ce témoignage de la Papauté est aussi une garantie de la perfection doctrinale du Pape Honorius. En effet celui-ci avait envoyé des lettres au patriarche Serge de Constantinople dans lesquelles certains croient lire l’hérésie monothélite. Ce témoignage est d’autant plus important que saint Maxime le Confesseur est un héro de la lutte anti-monothélite, il refusa de faire la moindre concession à cette hérésie que sur la cour de Constantinople, gagnée au parti monothélite, on le tortura, on lui arracha la langue, on lui coupa la main droite, pour s’assurer de son silence, puis on l’exila en Lazica. L’affaire du Pape Honorius a fait couler beaucoup d’encre. Pour une documentation complète au sujet de ce Pape, nous renvoyons le lecteur aux chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci (le livre du second lien a été écrit après les autres, il les reprend en partie et est beaucoup plus complet). Aussi, si Honorius fut effectivement visé par un reproche de la part du IIIè concile de Constantinople, ce fut en raison de la faiblesse de sa réaction, et non en raison d’une supposée hérésie de sa part. En effet, d’une part le concile fit sienne la doctrine de l’infaillibilité des Evêques de Rome exposée dans deux lettres du Pape saint Agathon aux empereurs. Nous pouvons et devons d’ailleurs souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des Conciles sans reconnaître celle des Papes, à accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté elle-même, le Filioque, le célibat sacerdotal et le baptême des hérétiques, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents. Et d’autre part le mot « hérétique » pouvait avoir plusieurs sens différents dans l’antiquité chrétienne. Enfin la lettre confirmative du concile envoyée par le Pape saint Léon II à l’empereur confirme que ce n’est pas pour adhésion à l’hérésie qu’un blâme fut porté à son endroit. Nous prouvons tout cela dans notre article :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Saint Agathon (574-681) et le IIIè concile de Constantinople (680-681)

Si je vous demande quand fut proclamé le dogme de l’infaillibilité papale, vous me répondrez sans doute : « En 1870 au concile Vatican I ! » Et vous auriez entièrement raison car c’est à cette occasion que l’infaillibilité du Pape qui trouve ses racines dans l’Ecriture Sainte et qui est attesté par toute l’antiquité chrétienne fut solennellement défini comme un dogme. Seulement voilà, un épisode méconnu de l’histoire de l’Eglise nous montre que cette infaillibilité personnelle de l’Evêque de Rome, successeur de saint Pierre, avait déjà été matériellement proclamée des 681 lors du IIIè concile de Constantinople (680-681). Cela se passa en deux temps. Tout d’abord le Pape saint Agathon (574-681) écrivit deux Lettres explicites sur le sujet, puis elles furent approuvées par le concile.

Le déroulé des événements est décrit dans cet article.

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté (aussi bien son existence en tant que dogme apostolique que la réponse à l’argument que les anti-romains pensent pouvoir tirer de ce même concile contre la Papauté, à travers le cas d’Honorius), le Filioque, le célibat sacerdotal et le baptême des hérétiques puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents.

Saint Léon II (611-683)

C’est le Pape saint Léon II qui ratifia les décret du IIIè concile de Constantinople et qui lui donna sa forme de concile général, lui donnant force obligatoire pour l’Eglise universelle. Voici ses mots :

« Nous avons donc parcouru d’abord avec un extrême empressement les lettres synodiques, dont le langage plein d’élévation nous a frappés. Puis, avec une minutieuse attention, examinant chacune des pièces écrites, les conférant avec les récits des légats apostoliques, nous avons reconnu que le saint, grand et œcuménique concile sixième, réuni avec la grâce de Dieu par décret impérial à Constantinople, s’est conformé dans sa profession de foi dogmatique aux décisions rendues dans le synode œcuménique précédemment tenu à Rome [le concile romain de 680], sous la présidence directe du trône apostolique sur lequel nous sommes maintenant assis. [Saint Léon II expose ensuite en détail la doctrine apostolique proclamée par le concile sur les deux volontés du Christ]. Telle fut en effet la règle de la tradition apostolique et vraie, tracée dans son concile par mon prédécesseur Agathon, d’apostolique mémoire. Cette règle, il la fixa dans la lettre que ses légats remirent de sa part à votre piété, en l’appuyant par les témoignages conformes des Pères et des Docteurs de l’Eglise ; cette règle, le concile général de Constantinople l’a reçue comme un oracle émané du bienheureux Pierre, prince des apôtres ; il y a reconnu la doctrine pure et les marques d’une foi immaculée. Ainsi ce grand, saint et œcuménique concile que votre clémence a réuni, et auquel, pour le service de Dieu, elle a voulu présider, ayant embrassé en tout la doctrine des apôtres et des Pères, ayant reçu avec révérence la définition dogmatique promulguée par le Siège du bienheureux apôtre Pierre, dont, malgré notre indignité, nous tenons la place, à notre tour, nous et par notre ministère le vénérable Siège apostolique lui-même, nous approuvons le décret du concile ; par l’autorité du bienheureux Pierre nous le confirmons comme sur la solidité immuable de la pierre posée par Jésus-Christ pour fondement à l’Eglise. La vénération qui s’attache aux précédents conciles généraux de Nicée, Constantinople, Ephèse, Chalcédoine et Constantinople (deuxième), nous voulons qu’elle soit rendue à cette récente assemblée œcuménique, où le Saint-Esprit vient encore de se manifester pour le salut des âmes et dont toute la gloire dans le Seigneur sera jusqu’à la fin des siècles attribuée à votre piété impériale. » (Lettre III Regi regum, à l’empereur Constantin IV, vers août 682, PL 96, 404 et 405 ; Mgr Justin FEVRE dans Histoire apologétique de la Papauté, tome 3, page 487, cite ce passage de saint Léon II mais se trompe dans la référence : il indique la colonne 464 au lieu de 404)

Nous avons ici plusieurs éléments. Le premier est que c’est en vertu de l’autorité de l’apôtre Pierre qu’il confirme le concile. Preuve qu’il était clair non seulement pour lui mais aussi pour ses destinataires qu’il était le chef visible et infaillible de droit divin de l’Eglise de Jésus-Christ, et que rien ne pouvait avoir cours sans son approbation expresse ou tacite. Le deuxième est qu’il appelle « oeucuménique » le concile de Rome de 680, réunissant 125 Evêques autour du Pape saint Agathon qui, comme nous l’avons vu, affirme l’infaillibilité des Papes (Saint Agathon, Lettre III Omnium bonorum spes aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682), et en conséquence, d’une part qu’il y croit aussi et ne saurait donc pas condamner Honorius comme hérétique au sens strict, et d’autre part que la confirmation du concile de Constantinople que porte la lettre ne saurait faire de même. Le troisième est le constat que le IIIè concile de Constantinople « pense de même » que ce concile de Rome qui affirme l’infaillibilité des Papes, et qu’il a reçu « comme un oracle émané de la bouche même de Pierre, prince des apôtres », la règle de foi promulguée par saint Agathon, et l’approuve par ce seul motif qu’il a reçu avec révérence cette règle, ce type de la vraie foi, de la tradition apostolique. Pour mieux accentuer encore sa pensée, saint Léon II déclare œcuménique le synode romain tenu par saint Agathon comme nous l’avons dit. Enfin le quatrième, prenant le contrepied du décret conciliaire qui avait mêlé à la définition de la foi les anathématismes, le Pontife donne à la définition de la foi son approbation absolue, quant aux anathématismes, il en détache soigneusement Honorius en spécifiant bien un motif de blâme différent et grandement inférieur à celui des autres, interprétant ainsi de manière authentique l’intention de l’assemblée conciliaire, conformément à ce que ses légats n’auront pas manqué de lui rapporter. Nous démontrons cela dans notre article précité :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté (aussi bien son existence en tant que dogme apostolique que la réponse à l’argument que les anti-romains pensent pouvoir tirer de ce même concile contre la Papauté, à travers le cas d’Honorius), le Filioque, le célibat sacerdotal, et le baptême des hérétiques, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents.

Le concile « in Trullo » (691-692)

Résultat de recherche d'images pour "concile in trullo"

Les adversaires de la Papauté opposent le 36è canon du concile « in Trullo », celui-ci disposant :

« Renouvelant la législation des cent cinquante saints pères, qui se sont réunis dans cette ville impériale gardée de Dieu, et des six cent trente qui se sont rassemblés à Chalcédoine, nous décrétons, que le siège de Constantinople jouira des mêmes privilèges que le siège de l’ancienne Rome et obtiendra dans les affaires de l’Eglise la même grandeur que celui-ci, venant second après lui ; le siège de la grande ville d’Alexandrie sera compté ensuite, puis celui de Antioche, et après celui-ci, le siège de la ville de Jérusalem. » (Canon 36)

Ils en déduisent comme pour le concile de Chalcédoine (le concile « in Trullo » ne faisant que le reprendre) que la primauté romaine était considérée dans l’Eglise antique comme de droit ecclésiastique et non de droit divin.

Le vrai sens du 28è canon du concile de Chaclédoine auquel il est fait référence est exposé dans notre article Le 28è canon du concile de Chalcédoine (451).

Notons en plus que lors du concile de Chalcédoine, en 451, l’empire romain d’Occident existait encore, pour ne disparaître qu’en 476. Aussi, malgré le transfert de la capitale impériale à Milan en 286, puis à Ravenne en 402, le Sénat resta toujours à Rome, jusqu’au bout, en 476. De plus, lors du concile in Trullo, Rome avait tout perdu de son ancien prestige, puisque suite à la chute définitive de l’empire romain d’Occident en 476, sous les coups d’Odoacre, ce dernier fit un geste hautement symbolique : il envoya à l’empereur de Constantinople les insignes impériaux de Rome. Le concile de Chalcédoine pouvait donc avoir des réticences à retirer la primauté au siège de Rome si, comme les adversaires de la Papauté le pensent, ils n’auraient considéré le primauté romaine que comme une simple coutume, dépendante de l’autorité politique (ce qui est faux comme le prouve notre article). Mais lors du concile in Trullo, l’empire romain d’Occident avait disparu depuis plus de 200 ans, et l’Italie avait été reconquise par l’empire romain d’Orient suite à la Guerre des Goths (535-553). L’empire d’Orient avait alors organisé sa nouvelle conquête en créant l’Exarchat de Ravenne, dans laquelle se trouvait Rome. Au moment du concile in Trullo, la ville de Rome était donc civilement non seulement subordonnée à Constantinople, mais en plus n’était même pas la capitale de la province dans laquelle elle se trouvait. Pourtant les Evêques du concile in Trullo maintiennent leur revendication d’un second rang pour Constantinople, au lieu de réclamer le premier, ce qui n’aurait aucun sens si la primauté romaine avait été d’origine politique !

Nous informons au passage nos lecteurs que ce concile fut une fraude et qu’il n’a aucune autorité dans l’Eglise de Jésus-Christ, comme nous le prouvons dans notre article Le concile « in Trullo » (691-692) est-il valide ?

Les Fausses décrétales

Résultat de recherche d'images pour "fausses décrétales"

De nombreux ennemis de la Papauté affirment que les évêques de Rome n’ont assis leur suprématie et instaurée la monarchie papale qu’à partir de la fin du VIIIème siècle sous le Pape Adrien Ier (772-795). Ils affirment que ce dernier fit rédiger des Fausses Décrétales par un sbire, prétendant être des documents des papes antérieurs affirmant avec force la doctrine de la papauté. Il les aurait ensuite remis à l’évêque de Metz, acquis à sa cause afin que ce dernier propage les « mensonges papaux » pour imposer la domination romaine. Ces Fausses Décrétales, rédigées par l’évêque fictif Isidore Mercator donnent lieu à l’affaire des Fausses Décrétales d’Isidore Mercator.

La réalité est très loin de cette présentation. Dans ce lien, et dans celui-ci, vous trouverez deux livres historiques sur la Papauté traitant tous les deux entre autre de cette affaire et la démystifient. Je vous propose également in extenso ci-dessous ce que dit le Dictionnaire de Théologie Catholique des abbés VACANT et MANGENOT à l’article Décrétales (les fausses) : cliquer ici.

Saint Théodore Studite (759-826)

Résultat de recherche d'images pour "théodore le studite"

« Au très saint et souverain Père des Pères, à mon Seigneur Léon, Pape apostolique, Théodore, très humble prêtre et higoumène de Stoudion. Puisque c’est à Pierre le grand que le Christ notre Dieu, après lui avoir donné les clés du royaume des cieux, a conféré la dignité de chef du troupeau, c’est à Pierre, c’est-à-dire à son successeur, qu’il faut soumettre toutes les nouveautés hérétiques introduites dans l’Église universelle par ceux qui s’écartent de la vérité. » (Lettres, livre Ier, 33 ; P. G., t. XCIX, col. 1017 Β : Έπειδήπερ Πέτρω τώ μεγάλω δέδωκε Χρίστος ό Θεός μετά τας κλείς της βασιλείας τών ουρανών και το της ποιμνιαρχίας αξίωμα’ προς Πέτρον ήτοι τον αύτοΰ διάδοχον ότιοΰν καινοτομούμενον έν τη Καθολίκί) ‘Εκκλησία παρά τών άποσφαλλομένων της αληθείας άναγκαϊον άναφέρεσθαι)

Saint Théodore Studite, né à Constantinople en 759, mort en exil au monastère bithynien de Saint-Tryphon, dans la presqu’île d’Acritas ou de Touzla, le 11 novembre 826, a précédé d’une génération seulement Photius, puisque ce trop célèbre fauteur du schisme oriental avait vu le jour en 820. Il y a donc un intérêt spécial à connaître ce que pensait de la primauté du Pape cet illustre moine du couvent constantinopolitain de Stoudion, qui est, on l’a écrit très justement :

« une des figures les plus attachantes de la Byzance impériale et la gloire de l’Église d’Orient au IXe siècle. On a pu dire de lui qu’il fut l’un des derniers catholiques de Constantinople, le dernier peut-être des écrivains ecclésiastiques grecs qui n’aient point connu l’asservissement aux empereurs ; que son éloquence atteint parfois à l’éloquence de saint Jean Chrysostome et de Démosthène lui-même » (Abbé Eugène MARIN, Saint Théodore (759-826), Colection « Les Saints », Paris, Paris, V. Lecoffre-J. Gabalda, 1906, p. I)

Aussi sa vision de la primauté de saint Pierre et de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascène, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

Théodore Abu Qurrah (vers 750-vers 820)

Théodore Abu Qurrah (en arabe ثاوذورس أبي قرة, Thaoudourous Abou Qourra) (v. 750-v. 820), évêque de Harran, est un théologien de langue arabe et de culture gréco-romaine qui vécut durant la première période de l’islam. Il est connu, dans les publications anciennes, sous le nom d’Aboucara ou Abou Kurra.

« Il faut noter que les Apôtres avaient pour chef saint Pierre à qui le Christ avait dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne triompheront point d’elle » (Matthieu XVI, 18). ; à qui il dit aussi trois fois, après sa résurrection, près la mer de Tibériade : « Simon, m’aimes-tu ? (Si tu m’aimes) Pais mes agneaux, mes béliers et mes brebis » (Jean XXI, 15-17). Simon, m’aimes-tu ? (Si tu m’aimes) Pais mes agneaux, mes béliers et mes brebis : « Simon, Satan a demandé de vous cribler comme on crible le blé, et j’ai prié pour toi afin que tu ne perdes pas ta foi ; mais, à l’instant, tourne-toi vers tes frères et affermis-les. » (Luc XXII, 32).

Vous voyez bien que saint Pierre est le fondement de l’Église propre au troupeau (des fidèles), et celui qui a sa foi ne la perdra jamais ; c’est lui aussi qui est chargé de se tourner vers ses frères et de les affermir.

Les paroles du Seigneur : « J’ai prié pour toi afin que tu ne perdes pas ta foi ; mais tourne-toi à l’instant vers tes frères et affermis-les » (Luc XXII, 32), ne désignent pas la personne de Pierre ni les Apôtres eux-mêmes. Le Christ a voulu désigner par ces mots ceux qui tiendront la place de saint Pierre à Rome et les places des Apôtres. De même quand il dit aux Apôtres : « Je serai avec vous tous les jours jusqu’à la fin des siècles »,(Matthieu XXVIII, 20) il n’a pas voulu désigner les personnes des Apôtres seuls, mais encore ceux qui tiennent leurs places et tout leur troupeau. Ainsi par ces mots qu’il adressa à saint Pierre : « Tourne-toi à l’instant et affermis tes frères, et que ta foi ne se perde pas », il a voulu désigner ses successeurs ; par la raison que saint Pierre seul parmi les Apôtres a perdu sa foi et nié le Christ, le Christ l’avait exprès abandonné pour nous montrer que ce n’est pas sa personne qu’il a voulu désigner, et nous n’avons vu aucun Apôtre tomber afin que saint Pierre l’affermisse.

Dire que le Christ a voulu désigner saint Pierre et les Apôtres en personne, ce serait priver l’Église de ce qui doit l’affermir après la mort de saint Pierre. Comment cela pourrait-il être ? En voyant, après la mort des Apôtres, Satan passer l’Église au crible, il est évident que ce ne sont pas eux que le Christ a voulu désigner par ces mots. Nous savons tous, en effet, que c’est après la mort des Apôtres que les hérésiarques ont agité l’Église, savoir : Paul de Samosate, Arius, Macédonius, Eunomius, Sabellius, Apollinaire, Origène et les autres. Si ces mots du texte sacré ne désignent que les personnes de saint Pierre et des Apôtres, l’Église aurait donc été privée de consolation et n’aurait eu personne qui la sauvât de ces hérésiarques et de leurs doctrines qui sont les portes de l’enfer dont le Christ a dit qu’elles ne triompheront jamais de l’Église. Il est donc de toute évidence que ces mots désignent les successeurs de saint Pierre, qui ne cessent en effet d’affermir leurs frères et ne cesseront jamais jusqu’à la fin des siècles.

Vous savez bien que lorsque Arius se révolta, une assemblée fut réunie contre lui par l’ordre de l’évêque de Rome. Le saint Concile l’a condamné et a fait cesser son hérésie ; et l’Église a accepté la décision de ce concile et a repoussé Arius comme l’Église d’Antioche avait accepté la lettre des Apôtres et avait rejeté ces sectateurs qui lui enseignaient la circoncision et la pratique de la loi. Ainsi lorsque Macédonius se révolta au sujet du Saint-Esprit, une assemblée fut réunie contre lui à Constantinople par l’ordre de l’évêque de Rome ; ce concile rejeta l’hérésiarque et l’Église accepta sa décision comme elle avait accepté celle du premier. Elle excommunia Macédonius comme elle avait déjà excommunié Arius. […]

Lorsque Nestorius se révolta en disant du Christ ce qu’il en a dit, l’Église rejeta sa doctrine et la porta, selon sa coutume, au saint concile, qui fut réuni à Éphèse par ordre de l’évêque de Rome. Le saint concile l’excommunia et fit cesser son hérésie. La sainte Église accepta ce concile et excommunia Nestorius en repoussant sa doctrine, persuadée qu’elle n’avait pas le droit de prendre part dans la décision de ce concile, mais qu’elle avait l’ordre du Saint-Esprit de s’y soumettre, comme nous l’avons déjà démontré. […]

Lorsqu’Eutychès et Dioscore se révoltèrent en disant du Christ ce qu’ils en avaient dit, l’Église a repoussé leur hérésie et les Saints Pères se sont levés contre eux. Mais l’Église n’a pas accepté leur doctrine ni celle de ceux qui les contredisaient, elle les a fait traduire au jugement du saint concile, selon sa coutume. Le quatrième concile a été réuni alors à Chalcédoine par l’ordre de l’évêque de Rome ; il les a excommuniés et a fait cesser leur hérésie. L’Église accepta alors la décision de ce concile, comme elle avait accepté celles des trois premiers conciles ; elle excommunia Eutychès et Dioscore et rejeta leur hérésie, sachant bien qu’elle n’a pas le droit d’intervenir avec ce concile et persuadée que sa décision était celle du Saint-Esprit. […]

Mais, nous, orthodoxes et enfants de la sainte Église, nous rendons gloire et action de grâces au Christ, notre Dieu, qui nous a accordé la bonne volonté et l’obéissance aux saints conciles que le Saint-Esprit a fait parler. Nous sommes dans sa maison et dans le bercail de ses troupeaux. Par sa protection, nous sommes sauvés de Satan qui, comme un loup dévorant, rôde autour de nos âmes pour surprendre celui qui se hasarde à sortir de l’Église et en faire sa proie. Nous supplions notre Seigneur et notre Dieu Jésus-Christ de nous affermir pour toujours sur le roc de son Église sainte et de nous faire boire la liqueur de sa douce doctrine. Nous serons ainsi enivrés de son amour qui remplit nos âmes et nos cœurs de joie et de bonheur en nous portant à lui obéir par l’observation de ses commandements, pour vivre éternellement et hériter son royaume céleste préparé pour tout ce qui a été édifié sur le fondement de saint Pierre par le Saint-Esprit. Ô Esprit-Saint, faites-nous connaître le Christ, le Fils éternel de Dieu, qui s’est incarné de la Vierge Marie par le Saint-Esprit pour notre salut. À lui soit la gloire, la puissance, la majesté et l’adoration, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours, dans les siècles des siècles. » (Démonstration de la sainte Loi de Moïse et des Prophètes qui ont annoncé le Messie. — Du saint Évangile prêché aux Gentils par les Apôtres du Christ né de la Vierge Marie. — De l’orthodoxie attribuée par tous les hommes aux Chalcédoniens. — Réfutation des doctrines de toutes les sectes qui se nomment chrétiennes par le magister-philosophe, notre saint P. Théodore, évêque de Haran, traduit par le Père Constantin BACHA, publiée sour le titre de Un traité des oeuvres arabes de Théodore Abou-Kurra; trouvable en anglais in : Theodore Abu Qurrah, Librairy of the Christian East, volume 1, Brigham Young University Press, Provo, 2005, pp. 68-69)

Saint Cyrille (827/828 – 869) et saint Méthode (815/820-885)

Résultat de recherche d'images pour "cyrille et méthode"

Ces deux frères évangélisateurs des salves reconnaissaient l’autorité du Pape de Rome. C’est d’ailleurs à lui qu’ils firent le rapport de leurs travaux apostoliques chez les slaves. Saint Cyrille mourut d’ailleurs à Rome. Aussi il est intéressant de savoir ce que ces deux saint très vénérés de l’église orthodoxe et contemporains de Photius pensaient de ce dernier.

Nous suggérons à nos lecteur d’en prendre connaissance en lisant l’article Byzance et Photius dans les légendes slavonnes des saints Cyrille et Méthode par le Père Venance GRUMEL (dans Échos d’Orient, 1934, Volume 33, Numéro 175,  pp. 343-353).

Il y a aussi les preuves qu’ils n’ont jamais soutenu Photius, et que plus tard saint Vladimir de Kiev (958-1015) ne soutint pas les véléités schismatiques de Constantinople ; voir l’article Les origines romaines de l’Église russe par le Père Martin JUGIE (dans Revue des études byzantines, 1937, Numéro 187 pp. 257-270).

IVème concile de Constantinople (870)

Résultat de recherche d'images pour "IVè concile de constantinople"

Le Pape Adrien II fit souscrire au Formulaire d’Hormisdas mentionné plus haut, tous les Pères grecs et latins lors du IVème concile de Constantinople (10e session du 28 février 870) :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi orthodoxe […] On ne peut, en effet, négliger la parole de notre Seigneur Jésus-Christ qui dit : ‘Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église’ [Mt 16, 18]. Cette affirmation se vérifie dans les faits, car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique. Désireux de ne nous séparer en rien de sa foi et de sa doctrine […] nous espérons mériter de demeurer unis en cette communion que prêche le Siège apostolique, en qui réside, entière et vraie, la solidité de la religion chrétienne » (Ier Session)

Les Pères du Concile Vatican I – qui défini le dogme de l’infaillibilité pontificale – commentèrent ce texte comme il suit. Ils dirent de l’affirmation selon laquelle la promesse du Christ « s’est vérifié dans les faits » dans le siège de Rome :

« Ceci doit être entendu non seulement comme un simple fait (facto) mais aussi comme un droit (jure) constant et immuable, en [vertu] des paroles du Christ [« Tu es Pierre etc.»], qui demeurent immuables. Aussi longtemps que durera la pierre sur laquelle le Christ fonda l’Église, aussi longtemps la religion catholique et la doctrine sainte seront gardées immaculées dans le Siège apostolique, et ce de par le droit divin. […][L’infaillibilité pontificale] est parfaitement contenue dans le Formulaire d’Hormisdas (avec l’ajout d’Adrien II), qui dit: en vertu des paroles du Christ «Tu es Pierre etc.,», dans le Siège apostolique, c’est-à-dire par Pierre et par ceux qui lui succèdent en cette chaire, la religion et la doctrine ont toujours été gardées immaculées, et comme cela a été montré plus haut), de droit divin, elles seront toujours gardées [à l’avenir]. Ceci équivaut certainement à la proposition qui dit: les évêques romains qui occupent le Siège de Pierre sont, par rapport à la religion et à la doctrine, immunisés contre l’erreur » (Relatio de observationibus Reverendissimorum concilii Patrum in schema de romani pontificis primatu, in: Gerardus SCHNEEMANN, Acta et decreta sacrosancti oecumenici concilii Vaticani cum permultis aliis documentis concilium ejusque historiam spectantibus, Freiburg 1892, col. 281 – 284).

Finalement, Vatican I intégra une citation abrégée du Formulaire au chapitre 4 de Pastor aeternus, contenant la définition du dogme de l’Infaillibilite pontificale.

De plus, lors du même concile Adrien II, afin de montrer que nul n’a le droit de juger un pape, évoqua ensuite le cas du pape Symmaque, qui avait été accusé (calomnieusement) de plusieurs crimes. « Le roi d’Italie Théodoric, voulant attaquer le pape Symmaque jusqu’à ob­tenir sa condamnation en justice » convoqua de nombreux clercs de son royaume et leur dit que plusieurs crimes horribles avaient été commis par Symmaque. Il leur enjoignit de se réunir en synode et de « constater cela par un jugement ». Les prélats se réunirent par défé­rence pour le roi. Mais ils savaient que la « primauté » du pape ne permettait pas qu’il rut « soumis au jugement de ses inférieurs ». Que faire ? Juger un pape en violation du droit, ou bien encourir la colère du roi en refusant de s’ériger en juge ?

« À la fin, ces prélats vraiment vénérables, quand ils virent qu’ils ne pouvaient pas, sans autorisa­tion pontificale, porter leur main contre la tête [le pape] – et ce quels que fussent les actes du pape Symmaque dénoncés -, ils réservèrent tout au jugement de Dieu » (Mansi, t. XVI, col. 126).

Toujours en vue de montrer qu’il est illicite d’accuser et de juger un pape, Adrien II cita en exemple l’attitude de Jean, évêque d’Antioche. Ce prélat avait anathématisé un évêque, mais avait interdit de s’attaquer au pape. Jean n’avait pas hésité à ana­thématiser l’hérétique Cyrille, évêque d’Alexandrie ; et pourtant, ce même Jean écrivit dans une lettre au pape St. Célestin 1er, approuvée par le concile d’Éphèse (3e session), qu’il était illicite de juger le Siège de Rome, vénérable par l’ancienneté de son autorité.

« Si l’on donnait la licence à ceux qui veulent de maltraiter par des injures les Sièges plus anciens [majores = « plus anciens » ou « plus grands »] et de porter des sentences (contrairement aux lois et canons) contre eux, alors qu’ils n’ont aucun pouvoir contre ces Sièges, les affaires de l’Église iront jusqu’à la confusion extrême » (Mansi, t. XVI, col. 126)

Le discours d’Adrien II fit son effet. Les Pères du concile rédigèrent, en effet, un canon exprès contre certains Grecs qui prétendaient critiquer, voire juger des papes. L’Église catholique n’a jamais accepté une telle insolence :

« La parole de Dieu, que le Christ a dite aux saints apôtres et à ses disciples (« Qui vous reçoit me reçoit » [Matthieu X, 40] et « qui vous méprise me méprise » [Luc X, 16]), nous croyons qu’elle a été adressée aussi à tous ceux qui, après eux et à leur exemple, sont devenus souverains pontifes. […] Que personne ne rédige ni ne compose des écrits et des discours contre le très saint pape de l’ancienne Rome, sous prétexte de quelque prévarication dont il se serait rendu coupable [ou : sous prétexte de prétendues fautes qu’il aurait commises] ; ce qu’a fait récem­ment Photius, et Dioscore bien avant lui. Quiconque aura l’audace d’injurier par écrit ou sans écrit le Siège du prince des apôtres, Pierre, sera condamné comme eux. […] Si un concile universel est assemblé et qu’il s’élève quelque incertitude et controverse au sujet de la Sainte Église de Rome, il faut avec respect, en toute conve­nance, s’instruire sur la question émise, accepter la solution, en profiter ou y servir, sans avoir l’audace de prononcer contre les pontifes de l’ancienne Rome » (Xè session, Canon 21)

Les canons arabiques du Concile de Nicée (Xè siècle)

Il existe des canons apocryphes du Concile de Nicée datant du Xè siècle et qui traduisent la foi de tout l’Orient, un siècle avant le schisme d’Orient, en l’institution divine de la Papauté.

A) Des canons dit arabiques mais répandus dans tous l’Orient et présents dans toutes les langues orientales

« Outre [les] vingt canons, reconnus authentiques par tout le monde, le concile de Nicée paraît en avoir fait encore plusieurs autres ; du moins est-il certain que les chrétiens orientaux, non seulement des derniers siècles, mais encore des premiers, lui ont attribué tout l’ancienne discipline ; c’est ce qu’on appelle les canons arabiques du concile de Nicée, parce qu’on les connut d’abord en Occident par une version arabe ; mais on les trouve également dans toutes les langues orientales, le copte, ou l’ancien égyptien, l’éthiopien, l’arménien, le chaldéen, le syriaque. » (Abbé René-François ROHRBACHER (1789-1856), Histoire universelle de l’Eglise catholique, tome 3, sixième édition, page 503)

B) Des canons apocryphes traduisant sans doute l’intention du législateur

La littérature et les collections de canons orientales comportent des canons présentés comme étant ceux de Nicée affirmant explicitement le primat de l’Evêque de Rome au motif qu’il est le successeur de Pierre. Ces canons ne sont pas issus du Concile de Nicée. Il est impossible à plusieurs d’entre eux de l’être. Lorsqu’on examine les réalités historiques auxquelles ils renvoient, on en trouve par exemple un qui ne peut remonter au delà de l’an 330, soit 5 ans après le Concile, un autre ne peut pas être plus vieux que le Concile d’Ephèse (431), d’autres qui ne peuvent être que postérieurs au Concile de Chalcédoine (451), ou encore un qui ne saurait remonter au delà du Xè siècle. Toutefois ces canons traduisent sans doute quand même l’intention des Pères de Nicée, transmise par tradition orale en Orient. Par ailleurs ils traduisent nécessairement la foi de tous les peuples d’Orient en la Papauté, ce qui en plus d’être un éclatant témoignage en faveur de l’Eglise catholique, ne saurait que difficilement aller sans une réelle soumission du Concile de Nicée au Pape, connue de l’Orient. Aussi, que ces canons ne soient pas du Concile de Nicée lui-même ne change rien à la valeur du témoignage rendu à la Papauté, et même paradoxalement l’augmente. Aussi, comme nous le prouvons dans le présent article, les témoignages de la foi de l’Eglise universelle en la Papauté, aussi bien avant qu’immédiatement après le Concile de Nicée ne manquent pas. Et comme nous le prouvons dans notre article La Papauté au concile de Nicée (325), le Concile de Nicée a rendu témoignage à la Papauté. Aussi que ces canons ne soient pas du Concile e Nicée directement mais une collection rédigée au Xè siècle est un bien meilleur témoignage rendu à la Papauté. Pourquoi cela ? Tout simplement parce que ces canons n’ont dans leur formation aucun lien avec l’Occident. S’il portent le nom courant d’arabiques, c’est parce que c’est en arabe que l’Occident les connu pour la première fois au XVIè siècle, mais comme l’avons vus dans toutes les langues orientales : le copte, ou l’ancien égyptien, l’éthiopien, l’arménien, le chaldéen, le syriaque, cela signifie que le contenu de ces canons traduit la foi de tous les peuples orientaux un siècle avant le schisme d’Orient. Aussi cela veut dire que sans l’intervention de Rome, la foi des peuples orientaux au Xè siècle, là où la foi orientale était censée s’être le plus éloignée de la foi romaine avant le schisme, était en réalité totalement papiste ! C’est un peiu comme la foi en la Papauté qu’avant saint Théodore Studite, nous exposons cela dans notre article La doctrine de saint Théodore Studite (759-826), « l’un des derniers catholiques de Constantinople ».

C) Le 8è canon arabique, visible paraphrase du 6è canon officiel, présente l’Evêque de Rome comme « successeur de saint Pierre« 

Nous avons déjà mentionné ce canon en citant LECLERCQ, nous le redonnons ici :

« Il a été établi que l’évêque de l’Egypte, c’est-à-dire le patriarche d’Alexandrie, présiderait et aurait puissance sur toute l’Egypte et sur tous les lieux, cités et villes qui l’environnent. Et parce que, de même que l’évêque de Rome, c’est-à-dire le successeur de saint Pierre, apôtre, a puissance sur toutes les cités et tous les lieux qui sont autour d’elle, de même l’évêque d’Antioche, c’est-à-dire le patriarche, a puissance sur toute cette province ; et dans les autres lieux, on doit également observer ce qui a été établi par le passé. » (8è canon arabique, publiée par Turrianas, dans MANSI, tome II, colonne 955)

Voici la version syriaque de ce canon :

Source : Benni, Cyril Benham, The Tradition of the Syriac Church of Antioch : concerning the primacy and the prerogatives of St. Peter and of his successors the Roman pontiffs, p. 95 » : https://archive.org/stream/traditionofsyria00bennuoft#page/n5/mode/2up

D) 37è canon arabique : « Leur prince et leur chef [des patriarches] est le seigneur qui occupe le siège de saint Pierre à Rome, ainsi que l’ont ordonné les apôtres« 

« Le trente-septième canon statue qu’il ne doit y avoir dans tout l’univers que quatre patriarches, comme il n’y a que quatre évangiles et que quatre fleuves du paradis. Leur prince et leur chef est le seigneur qui occupe le siège de saint Pierre à Rome, ainsi que l’ont ordonné les apôtres. Après lui vient le seigneur de la grande Alexandrie, et c’est le siège de saint Marc. Le troisième est le seigneur d’Ephèse, et c’est le siège de saint Jean le Théologien. Enfin le quatrième est le seigneur d’Antioche, et c’est aussi le siège de Pierre [Mansi, Conciles, t. 2, col. 992]. On voit que, lorsque ce canon fut rédigé, la dignité patriarcale n’était point encore transférée à Constantinople ; il n’est parlé de cette translation que dans le canon suivant. Le cinquante-quatrième défend d’une manière expresse, comme saint Augustin nous apprend que le concile de Nicée l’a fait, d’ordonner deux évêques pour la même ville. » (Histoire universelle de l’Eglise catholique, tome 3, sixième édition, pages 503-504)

E) 39è ou 44è canon arabique, suivant les collections : « le Pontife [de Rome] a puissance sur tous les patriarches, étant leur prince et leur chef, comme saint Pierre lui-même, à qui a été donnée puissance sur tous les princes chrétiens et sur leurs peuples, attendu qu’il est le vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur tous les peuples et sur toute l’Eglise chrétienne« 

« Il y a surtout un canon remarquable qui détermine excellemment le sens du sixième de Nicée : c’est le trente-neuvième d’une collection, la quarante-quatrième d’une autre [Mansi, Conciles, t. 2, col. 965 et 995. Voir encore Bouix, du Concile provincial, p. 320 et 321]. Il a pour titre : De la sollicitude et de la puissance du patriarche sur les évêques et les archevêques de son patriarcat, et de la primauté de l’évêque de Rome sur tous. « Le patriarche, dit-il, doit considérer ce que les évêques et les archevêques font dans leurs provinces, et, s’il trouve quelque chose de fait autrement qu’il ne faut, il le changera et le règlera comme il jugera à propos ; car il est le père de tous, et eux sont ses fils. L’archevêque est parmi les évêques comme le frère aîné, le patriarche a puissance sur ceux qui lui sont subordonnés, de même aussi le Pontife a puissance sur tous les patriarches, étant leur prince et leur chef, comme saint Pierre lui-même, à qui a été donnée puissance sur tous les princes chrétiens et sur leurs peuples, attendu qu’il est le vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur tous les peuples et sur toute l’Eglise chrétienne. Quiconque y contredira est excommunié par le concile. » Telle est la base, la règle fondamentale que toutes les chrétientés d’Orient reconnaissent à leur hiérarchie et à leur droit canon, et que, depuis les premiers siècles, elles attribuent au grand concile de Nicée. » (Histoire universelle de l’Eglise catholique, tome 3, sixième édition, page 504)

Les Papes contemporains du schisme d’Orient

En raison de tout ce qui vient d’être montré, c’est tout naturellement que les Papes qui ont vécu le schisme d’Orient ont exprimé comme une vérité évidente et acquise de tous l’institution divine de la Papauté, rendant illégitime les prétentions du siège de Constantinople. Ceux qui nient l’antiquité de la Papauté répondront que cela ne prouve rien car les protagonistes sont intéressés à l’affirmation de la Papauté. Mais en réalité le simple fait qu’ils se croient en mesure d’affirmer ces choses est significatif car si ce qu’ils ne disaient n’étaient pas vrai, ils se seraient pibliquement ridiculisé et auraient offert une occasion en or à leurs adversaires de se moquer d’eux à la face du monde ! Nous pouvons citer deux Papes.

D’abord saint Nicolas Ier (858-867) qui eut affaire à Photius, premier artisan du schisme :

« Tout l’ensemble des croyants s’adresse à la sainte église de Rome, tête de toutes les églises, pour lui demander la doctrine, l’intégrité de la foi, le pardon des offenses. Il est donc nécessaire qu’appelés à recevoir ces requêtes, nous y employons un grand soin. » (Lettre 12 à Photius, PL, 119/786)

Nous devons souligner que le pape saint Nicolas n’innove rien, il se limite à rendre compte d’un état de fait établi à la connaissance de tous par l’usage de l’Eglise universelle. En effet, ce n’est pas le pape qui cherche à imposer son autorité, mais c’est l’Eglise universelle elle-même qui accoure à Rome « pour lui demander la doctrine, l’intégrité de la foi« , ce qui signifie qu’elle est regardée comme infaillible, ainsi que pour lui demander « le pardon des offenses« , de la même manière que, comme nous l’avons vu, on accourait de toute part, d’Orient comme d’Occident pour y chercher la communion avec l’Eglise de Rome lorsqu’on revenait d’un schisme ou d’une hérésie, c’est l’universalité de juridiction. En clair cette simple phrase contient déjà en substance les définitions du concile Vatican I de 1870… Saint Nicolas dit encore :

« Le juge ne sera jugé ni par l’empereur, ni par tout le clergé, ni par les rois, ni par le peuple […] « Le premier Siège ne sera jugé par personne » […]

Où donc avez-vous lu que les empereurs, vos prédécesseurs, auraient pris part aux assemblées synodales à l’exception peut-être de celles dans lesquelles il a été traité de la foi, qui est universelle, qui est commune à tous, qui ne concerne pas seulement les clercs, mais également les laïcs et en fait tous les chrétiens ? […] Plus une plainte est adressée au jugement d’une autorité supérieure, plus il faut se tourner vers une instance plus élevée, jusqu’à ce que, pas à pas, on parvienne à ce Siège dont le jugement est soit modifié en mieux par lui-même, si l’importance de l’affaire l’exige, soit réservé, sans interrogation, au seul jugement de Dieu.

En outre, si vous ne Nous écoutez pas, il en résultera que nécessairement vous serez pour Nous tels que Notre-Seigneur prescrit de considérer ceux qui dédaignent écouter l’Église de Dieu ; d’autant plus que les privilèges de l’Église romaine, confirmés par la bouche du Christ dans le bienheureux Pierre, disposés dans l’Église elle-même, reconnus depuis les temps anciens, célébrés par les saints synodes universels, et vénérés constamment par toute l’Église, ne peuvent d’aucune manière être diminués, limités et modifiés, car le fondement que Dieu a posé, une entreprise humaine ne peut pas l’écarter et ce que Dieu a établi tient de façon ferme et solide. […] Ces privilèges donc, conférés à cette sainte Eglise par le Christ qui n’ont pas été conférés par les synodes, mais seulement célébrés et vénérés par eux […] Nous contraignent et Nous poussent à « avoir la sollicitude de toutes les Eglises » de Dieu [II Corinthiens XI, 28] […]

Car puisque selon les canons le jugement des instances inférieures doit être déféré à l’autorité supérieure pour être annulé ou confirmé, il est manifeste que le jugement du Siège apostolique, pour lequel il n’y a pas d’autorité plus grande, ne doit être réexaminé par personne [232], « et qu’il n’est permis à personne de juger de son jugement. Car les canons ont voulu qu’on fasse appel auprès de lui de toutes les parties du monde ; mais il n’est permis à personne de faire appel de son jugement » […]

Si donc on admet que ce qui a trait au jugement de l’évêque de Rome ne doit plus être examiné – car la coutume le veut elle aussi -, nous ne nions pas que le jugement de ce Siège puisse être modifié en mieux lorsque quelque chose lui a échappé, ou que lui-même, compte tenu des circonstances et du moment, ou en raison d’une grave nécessité, avait décidé d’ordonner quelque chose de façon exceptionnelle, car l’excellent apôtre Paul a lui aussi, comme nous le lisons, fait certaines choses de façon exceptionnelle qu’ensuite, nous le savons, il a réprouvées ; mais dans le cas seulement où celle-ci, à savoir l’Eglise romaine, après examen attentif, a ordonné que cela soit fait, et non quand elle-même a refusé que ce qui a été bien défini soit examiné à nouveau […]

» (Lettre 8 [alias 86] Proposueramus quidem, à l’empereur Michel l’Ivrogne du 28 septembre 865 dans DS 638 à 641)

Ailleurs dans la même lettre :

« Ne dites donc pas, écrit-il, que dans cette circonstance, vous n’avez pas eu besoin de l’indulgence de l’Eglise Romaine, laquelle confirme par son autorité les Conciles assemblés; aussi plusieurs d’entre eux perdirent-ils toute valeur pour n’avoir pas obtenu le consentement du Pontife Romain. Comment un Concile quelconque n’aurait-il pas besoin du Siège de Rome, tandis que si l’illustre Pape Léon, par une inspiration divine, n’avait forte­ment ébranlé le monde entier et les empereurs eux-mêmes, la religion catholique aurait complètement croulé dans ce brigan­dage d’Ephèse, où la défection des prélats fut générale. »

Nous en profiterons pour indiquer que la réponse que nous faisons à une des objections Orthodoxes en faveur de Photius se trouve tout à le fin de cet article.

Vient en second saint Léon IX qui eut à mener les derniers combats pour éviter le schisme définitif, mais qui dut se résoudre juste avant sa mort en 1054 à signer la Bulle donnant pouvoir pour excommunier le patriarche Michel Cérulaire, disait à ce dernier :

« Quelqu’un sera-t-il donc assez fou pour oser penser que la prière de celui pour qui vouloir c’est pouvoir puisse être sans effet sur un point ? N’est-ce pas l’église de Rome qui  a, soit par Pierre lui-même, soit par ses successeurs, condamné, dénoncé et vaincu tous les mensonges des hérétiques, qui a confirmé les cœurs de nos frères dans la foi de saint Pierre, elle qui n’a jamais défailli jusqu’ici et qui ne défaillira jamais jusqu’à la fin du monde ? » (Lettre 100 In terra pax du 2 septembre 1053 adressée à Michel Cérulaire et Léon d’Achrida , n° 7 dans PL, 143/748.)

Les témoignages Orientaux à partir du début de la crise

Les Orientaux, tant avant le schisme mais néanmoins après le début des tensions entre Rome et Constantinople, qu’après le schisme, témoignent de la doctrine de la Papauté. En voici trois exposés :

Saint Bernard de Clairvaux (1091-1153)

Image illustrative de l’article Bernard de Clairvaux

Saint Bernard écrivit au pape Innocent II « au nom des évêques de France », à savoir les évêques de Sens, de Chartres, d’Orléans, d’Auxerre, de Troyes, et de Meaux, une lettre où nous lisons :

« Comme tout le monde reconnaît que ce qui a été confirmé par le saint Siège apostolique passe pour si sûr et si certain qu’il n’est chicane ou passion mauvaise qui puisse en détruire l’autorité, nous avons cru que nous devions vous rendre compte, très-saint Père, de tout ce qui s’est fait dans notre dernière réunion, afin due Votre Sérénité daigne approuver et confirmer pour toujours, de son autorité apostolique, ce que, de concert avec plusieurs personnes pieuses et éclairées, nous avons jugé, à propos de décider. » (Lettre 337 au pape Innocent II, 1)

Ces mots de saint Bernard ont le mérite de refléter la Tradition française d’obéissance au Saint Siège, réfutant ainsi les gallicans. Toutefois il n’en sont pas les plus célèbres. Voici une plus vaste recension.

Mentionnons d’abord les propos qu’il tient dans son fameux traité De consideratione, adressé au pape Eugène III :

« Eh bien, voyons maintenant de plus près qui vous êtes, c’est-à-dire quel est, dans le temps, votre rôle dans l’Église de Dieu. Qui êtes-vous donc? Le grand-prêtre, le souverain Pontife. Vous êtes le premier des évêques, l’héritier des apôtres, vous rappelez Abel par la primauté, Noé par le gouvernement, Abraham par le patriarchat, Melchisédech par l’ordre, Aaron par la dignité, Moïse par l’autorité, Samuel par la juridiction, Pierre par la puissance et Jésus-Christ par l’onction. C’est à vous que les clefs ont été remises, à vous aussi que les brebis ont été confiées. Sans doute il en est d’autres qui peuvent aussi ouvrir le ciel et prendre soin des brebis du Seigneur; mais ce pouvoir est d’autant plus glorieux entre vos mains due vous l’avez reçu d’une manière toute différente des autres. Ils n’ont de troupeau que celui qui leur est assigné, chacun d’eux a le sien, tandis que pour vous tous les troupeaux n’en font qu’un dont vous êtes le pasteur, chargé de paître seul non-seulement les brebis, mais tous leurs pasteurs avec elles. Vous me demandez la preuve de ce que j’avance, la voici dans un mot du Seigneur. Quel est, je ne dis pas l’évêque, mais l’apôtre à qui toutes les brebis ont été confiées sans distinction aucune, et en des termes aussi absolus que ceux-ci: « Si vous m’aimez, Pierre, paissez mes brebis (Joan., XXI, 15) ? » Quelles brebis? Sont-ce les habitants de telle ou telle cité, de telle ou telle contrée, de tel ou tel royaume? «Mes brebis, n répond le Seigneur. N’est-il pas évident pour tout le monde qu’il n’a point voulu parler seulement de quelques-unes de ses brebis, mais de toutes? Irons-nous distinguer quand il ne fait point d’exception? Et peut-être les autres disciples étaient-ils présents lorsque, confiant toutes ses brebis à un seul pasteur, Jésus-Christ recommandait à tous ses apôtres l’unité de troupeau et de pasteur, selon cette parole du Cantique des cantiques: « Une seule est ma colombe, ma belle et ma parfaite amie(Cant., VI, 8). » Là où est l’unité, là est la perfection; les autres nombres ne deviennent pas plus parfaits en s’éloignant de l’unité, ils ne deviennent que plus divisibles. Voilà pourquoi les autres apôtres qui avaient compris le sens caché des paroles du Maître ne prirent chacun la conduite que d’un peuple en particulier. Saint Jacques lui-même, qui passait pour la colonne de l’Eglise, se contentant de l’Eglise de Jérusalem, laissa à Pierre la conduite de l’Eglise entière. Il était d’ailleurs déjà bien beau pour lui d’être destiné à susciter des enfants à son frère mort dans le lieu même où était mort celui dont il est appelé le frère (Galat., I, 19). Or quand le frère du Sauveur le cède lui-même à Pierre, qui oserait revendiquer pour lui ses prérogatives ? Ainsi, d’après vos propres canons, les autres n’ont reçu en partage qu’une portion de la sollicitude, tandis que vous, vous avez été appelé à la plénitude de la puissance : leur pouvoir est resserré dans des bornes précises, et le vôtre s’étend sur ceux mêmes qui ont reçu le droit de commander aux autres. Ne pouvez-vous pas, lorsque le cas l’exige, fermer le ciel à un évêque, le déposer de son siège et même le livrer à Satan ? Vous avez donc un privilège incontestable sur les clefs du ciel qui vous ont été remises et sur les brebis du Seigneur qui vous ont été confiées. Mais écoutez, voici qui prouve encore votre prérogative. Les disciples naviguaient sur la mer de Tibériade (Joan., XXI) quand le Seigneur leur apparut sur le rivage, et, ce qui augmentait leur joie, leur apparut dans son corps ressuscité. Pierre, ayant reconnu le Sauveur, se jette dans la mer et se dirige ainsi vers lui, tandis que les autres ne s’approchaient que montés sur leurs barques. Qu’est-ce à dire? C’est que nous avons là une image du pontificat singulier de Pierre qui n’a pas reçu une seule barque à conduire, comme les autres, mais le monde entier à gouverner; car la mer représente le monde et les barques, les différentes Eglises. De là vient encore que, dans une autre circonstance, Pierre marcha sur les eaux à l’exemple de son Maître, pour montrer par là qu’il était seul le vicaire de Jésus-Christ appelé à gouverner, non pas un seul peuple, mais tous les peuples du monde, car nous savons que a les grandes eaux représentent tous les peuples (Apoc., XVII, 15). » Ainsi, pendant due les évêques ont chacun leur barque à conduire, vous en avez une aussi, mais immense, et composée de la réunion de toutes les autres, c’est l’Eglise universelle, répandue dans le monde entier. » (De consideratione, livre 2, chapitre 8)

« On en appelle à vous de toutes les parties du monde, c’est un hommage rendu à votre primauté. » (De consideratione, livre 3, chapitre 2, §6)

« Il est temps de finir ce livre, mais en le terminant je voudrais résumer en forme d’épilogue une partie de ce que j’ai dit précédemment et ajouter ce due j’ai pu omettre. Considérez avant tout que la sainte Eglise romaine dont Dieu vous a établi le chef, est la mère et non la dominatrice des autres Eglises ; que vous-même, vous êtes non le souverain des évêques, mais l’un d’entre eux, le frère de ceux qui aiment Dieu, le compagnon de ceux qui le craignent. Considérez encore qu’il faut que vous soyez un modèle de justice, un miroir de sainteté et nu exemple de piété; l’organe de la vérité, le défenseur de la foi, le docteur des nations, le guide des chrétiens, l’ami de l’Epoux, le paranymphe de l’Epouse, la règle du clergé, le pasteur des peuples, le maître des ignorants, le refuge des opprimés, l’avocat des pauvres, l’espérance des malheureux, le tuteur des orphelins, le protecteur des veuves, l’œil des aveugles, la langue des muets, le bâton des vieillards, le vengeur des crimes, la terreur des méchants, la gloire des bons, la verge des puissants, le fléau des tyrans, le père des rois, le modérateur des lois, le régulateur des canons, le sel de la terre, la lumière du monde, le pontife du Très-Haut, le vicaire du Christ, l’oint du Seigneur, enfin le Dieu de Pharaon. Comprenez bien ce que je vais vous dire, et vous le comprendrez avec la grâce de Dieu, lorsque la puissance s’unit à la malice, c’est pour vous le moment de faire voir que vous êtes élevé au-dessus de tous les hommes, et de montrer un front menaçant à ceux qui font le mal. Qu’ils craignent le souffle de votre colère, s’ils se rient des hommes et s’ils n’ont pas peur du glaive de la justice; qu’ils redoutent l’efficacité de vos prières, s’ils ne tiennent aucun compte de vos remontrances ; qu’ils sentent que Dieu même est irrité contre ceux qui sont l’objet de votre courroux; enfin que ceux qui ne vous ont point écouté tremblent d’entendre Dieu lui-même élever la voix contre eux à son tour. Il ne me reste plus maintenant à parler que de ce qui est au-dessus de vous; j’espère avec l’aide de Dieu traiter ce point dans un dernier livre et m’acquitter en même temps de la promesse que je vous ai faite. » (De consideratione, livre 4, chapitre 7, § 23)

Ses différentes lettre témoignent de la même doctrine :

« Je lui rendrai, me dites-vous, l’obéissance que je lui dois, mais je n’irai pas au delà ; soit, à la bonne heure, car si vous le faites comme pour le saint vous le dites, vous lui rendrez une soumission sans bornes. En effet, par une prérogative singulière, le saint Siège de Rome a reçu de pleins pouvoirs sur toutes les autres Eglises du monde, de sorte qu’on ne saurait lui résister sans se révolter contre Dieu même; il peut, quand il le juge à propos, créer des évêques là où il n’y en a pas encore eu jusqu’alors; donner à ceux qui existent la prééminence sur les autres, ou la leur ôter, les élever même au rang d’archevêques, s’il le juge convenable, ou leur retirer ce titre, puis les faire redescendre au rang de simples évêques. Vous savez encore que le saint Siège peut autant de fois qu’il le veut citer à son tribunal d’un bout du monde à l’autre, toute personne ecclésiastique, quels que soient sols rang et sa dignité, et qu’il dispose des moyens nécessaires pour contraindre à l’obéissance quiconque lui résiste. Vous en avez fait vous-même l’expérience. A quoi ont abouti votre ancienne révolte et la résistance que vous lui avez opposée à l’instigation malheureuse de vos faux prophètes ? Quel fruit avez-vous recueilli de votre conduite, sinon la honte et l’humiliation ? Reconnaissez donc la puissance qui a si longtemps privé votre Eglise des suffragants qui faisaient sa gloire et sa grandeur. S’est-il trouvé quelqu’un pour vous protéger contre les justes coups de l’autorité apostolique, lorsque vos excès l’obligèrent enfin à vous dépouiller de vos anciens privilèges, à vous retrancher tous vos suffragants ? Vous formeriez encore aujourd’hui une Eglise mutilée et découronnée, si Rome n’avait usé à votre égard de plus de clémence encore que d’autorité ; mais si vous l’irritez de nouveau, Dieu vous préserve d’un tel malheur ! qui pourra l’empêcher de redoubler ses coups ? Gardez-vous bien, croyez-moi, de retomber dans sa disgrâce, de peur qu’il ne vous soit plus aussi facile de l’apaiser. Si dons on vous dit que votre soumission ne doit pas être sans bornes, ceux qui vous tiennent ce langage sont eux-mêmes dans l’erreur ou veulent vous y entraîner ; mais vous connaissez, par expérience, la plénitude et l’étendue de l’autorité du saint Siège. Suivez plutôt mes conseils, je ne veux point vous induire en erreur ; prenez le parti de l’humilité et de la douceur, car Dieu se communique aux humbles et la terre est le partage des coeurs doux et pacifiques. Puisque vous avez recouvré les bonnes grâces de votre mère et maîtresse, conservez-les avec soin, et méritez désormais, par votre zèle et votre attachement, non-seulement qu’elle vous confirme les privilèges qu’elle vous a rendus, mais encore qu’elle vous en accorde de nouveaux. » (Lettre 131 aux habitants de Milan, 2 – PL, 132 / 286)

« Toutefois je soumets mon opinion au jugement des personnes qui sont plus habiles que moi, mais je défère particulièrement en ce point, comme dans tous les autres de ce genre, à la décision et à l’autorité de l’Eglise romaine, et je déclare que je suis prêt à changer d’opinion si je diffère de sentiment avec elle en quelque point que ce soit. » (Lettre 174 aux chanoines de Lyon, n°9, 182/336)

« C’est à Votre Sainteté apostolique qu’on doit s’adresser, quand le royaume de Dieu est en danger ou souffre quelque scandale, principalement en ce qui regarde la foi. Où trouver en effet un endroit plus propre à réparer nos pertes que celui où on ne peut errer en matière de foi, comme c’est le privilège de votre siège apostolique? N’est-ce point à Pierre en effet qu’il a été dit: « J’ai prié pour vous en particulier, afin que votre foi ne défaille point (Luc., XXII, 32)? » C’est donc de son successeur qu’il faut exiger ce qui est dit ensuite: « Lors donc que vous serez converti, ayez soin de confirmer vos frères. » Or c’est aujourd’hui, très-saint Père, qu’il est nécessaire d’accomplir cette parole; il est temps d’exercer votre primauté, de signaler votre zèle et d’honorer votre ministère. Remplissez les devoirs de celui dont vous occupez la place, en affermissant par vos avis la foi dans les coeurs où elle est ébranlée et en écrasant sous le poids de votre autorité, les corrupteurs de la foi. » (Lettre 190 au pape Innocent II contre quelques erreurs de Pierre Abélard, préface, PL, 182/353)

« Après tout, cela le regarde, et je n’ai rien à voir dans cette affaire; qu’il tombe ou qu’il demeure debout, cela n’importe qu’à son supérieur ; je ne demande qu’une chose, c’est d’être mis à l’abri de ses violences. Après avoir inutilement tenté d’autres voies et cherché partout un protecteur sans pouvoir en trouver, nous avons enfin levé les yeux vers vous qui êtes l’asile de tous les opprimés, et nous sommes venus nous jeter à vos pieds dans l’espérance que vous nous délivrerez de ses persécutions. Vous le pouvez si vous le voulez; car il est certain que toutes les affaires de l’Eglise relèvent de votre souveraine autorité et de votre plein pouvoir. La plus belle prérogative de votre suprématie, celle qui en relève plus particulièrement l’éclat et la grandeur, et rehausse singulièrement la gloire du Siége apostolique, c’est de pouvoir arracher le pauvre, des mains du puissant qui l’opprime. Il n’est point à votre couronne de joyau plus précieux que ce zèle avec lequel vous avez coutume de protéger les opprimés et d’écarter de dessus la tête des justes le joug que les pécheurs essaient d’y faire peser, « afin. que le juste lui-même ne se pervertisse pas (Psalm. CXXIV, 3), » et « qu’il ne soit pas consumé de chagrin pendant que son impie oppresseur s’enorgueillit du succès de ses violences (Psalm. X, 2, juxta Hebr.). Mais ce qui fait souffrir l’un en ce monde sera dans l’autre une source de supplices affreux pour l’oppresseur. » (Lettre 198 au pape Innocent II, n°2, PL, 182/366)

« Pourquoi attirer sur vous par une rébellion aussi révoltante qu’insensée, la colère du Roi de la terre et du ciel, pourquoi vouloir dépouiller avec une audace sacrilège le Siège apostolique des privilèges qu’il tient du Roi des cieux et des princes de la terre, quand vous devriez être, s’il ]e fallait, les premiers sinon les seuls défenseurs de ces glorieuses prérogatives que vous avez maintenant à coeur d’anéantir ? Avez-vous assez perdu le sens et le jugement ainsi que les plus simples notions de l’honneur pour en venir jusqu’à découronner de vos propres mains votre chef et celui de l’Eglise entière, tandis que vous devriez être disposés à sacrifier votre vie même pour le défendre en cas de besoin? Vos pères ont fait de votre cité la maîtresse du monde entier, elle en va devenir la fable par votre faute, puisque vous chassez le successeur de saint Pierre de la ville et du siège de cet Apôtre, en même temps que vous dépouillez les cardinaux et les évêques de Jésus-Christ de leurs biens et de leurs maisons. Peuple aveugle et insensé, ville ingrate et égarée ! Si tu formes un corps, le Pape n’en est-il pas la tête et les cardinaux les yeux ? qu’es-tu donc aujourd’hui ? Un tronc décapité, privé d’yeux et de lumière. Peuple malheureux, reconnais et préviens les calamités dont tu es menacé. L’éclat de ta gloire s’est bien vite effacé. On prendrait aujourd’hui pour une veuve attristée celle qui naguère était la reine et la maîtresse des peuples et des nations. » (Lettre 243 aux Romains quand ils abandonnèrent le Pape Eugène III, § 3 – PL, 182 / 439)

Innocent III (1161-1216)

«Le Verbe […] a constitué Lui-même la primauté du Siège Apostolique ; il en est le fondement en même temps le fondateur de l’Eglise. Faut-il s’étonner que les portes de l’enfer ne puissent prévaloir contre elle, puisque la fondation dont l’Apôtre dit : « Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui est déjà posé, savoir Jésus-Christ » [I Corinthiens III, 11] demeure immobile ? Bien que souvent la barque de Pierre soit battue par les flots amoncelés et comme suspendue sur les abîmes, jamais elle ne sera submergée […] On le voit, ce Siège Apostolique ne succombe pas dans la tentation ; il y grandit plutôt en vertu de la divine promesse. […] Du moment donc où cette constitution est l’oeuvre de Dieu, non de l’homme, ou plutôt de l’homme Dieu, c’est en vain que l’hérétique et le schismatique travaillent à la renverser, en vain que le loup se déchaîne pour déraciner la vigne du Seigneur, scinder sa tunique, jeter à bas le chandelier, éteindre la lumière. […]

Si moi-même je n’avais pas une foi solide, comment pourrais-je affermir les autres dans la foi ? Et c’est là une des parties principales de mes fonctions, car le Seigneur n’a pas dit à saint Pierre : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne chancelle pas« , et : « Si tu te convertissais un jour, fortifie alors les tes frères » [Luc XXII, 30-32]. Il pria, et il fut exaucé dans tout à cause de son obéissance. La foi du Saint-Siège ne chancela donc jamais dans les temps de troubles mais elle demeura toujours ferme et inébranlable, afin que le privilège de saint Pierre demeurât inviolable. Mais précisément pour cette raison j’ai surtout besoin de la foi, parce que je ne relève pour toutes les autres fautes que du tribunal de Dieu ; pour les fautes contre la foi, au contraire, je puis être jugé par l’Église. J’ai la foi et une foi constante, parce qu’elle est apostolique. » (2è sermon pour la consécration du souverain pontife, PL, 217, colonnes 653 à 656)

« La primauté du Siège apostolique, qui a été établie non pas par un homme mais par Dieu, et de façon plus juste encore par le Dieu homme, est confirmée en vérité par de nombreux témoignages aussi bien des évangiles que des apôtres, d’où ont procédé par la suite les dispositions canoniques qui affirment de façon unanime que la très sainte Eglise consacrée dans le bienheureux Pierre, le prince des apôtres, a la prééminence sur les autres comme leur maîtresse et leur mère. C’est lui en effet… qui a mérité d’entendre : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » [Matthieu XVI, 18, s], et immédiatement après « Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux » [Matthieu XVI, 19]. En effet, bien que le premier fondement de l’Eglise et le principal soit le Fils unique de Dieu Jésus Christ, selon ce que dit l’Apôtre : « Car un fondement a été posé, en dehors duquel aucun autre ne peut être posé, et qui est le Christ Jésus » (I Corinthiens III, 11), Pierre n’en est pas moins le second fondement de l’Eglise et qui vient au deuxième rang et s’il n’est pas non plus le premier dans le temps, par son autorité, il n’en a pas moins la prééminence parmi les autres dont l’apôtre Paul dit : « Vous n’êtes plus des étrangers, ni des émigrés, vous êtes concitoyens des saints et de la famille de Dieu, édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes » [Ephésiens II, 20] […] Sa primauté, la Vérité elle-même l’a exprimée également par elle-même lorsqu’elle a dit : « Tu seras appelé Cephas » [Jean I, 42] : même si cela est traduit par « Pierre« , il n’en est pas moins présenté comme la « tête » de sorte que, de même que la tête a la prééminence parmi les autres membres du corps, puisque aussi bien c’est en elle que vit la plénitude des sens, de même aussi Pierre excelle parmi les apôtres par l’éminence de sa dignité, et ses successeurs parmi tous ceux qui président aux Eglises, tandis que les autres sont appelés à avoir part à la sollicitude en sorte que rien n’est perdu par eux de la plénitude de leur pouvoir. C’est à lui que le Seigneur a confié le souci de paître ses brebis par une parole répétée par trois fois, de sorte qu’est considéré comme étranger au troupeau du Seigneur celui qui ne veut pas l’avoir aussi pour pasteur en ses successeurs. Il n’a pas distingué en effet entre telles brebis et telles autres, mais il a dit simplement : « Pais mes brebis » [Jean XXI, 15-17], afin qu’on comprenne qu’absolument toutes lui ont été confiées. […] [Jean XXI, 7 est expliqué de façon allégorique] : Etant donné que la mer désigne le monde Psaume 104, 25… par le fait qu’il s’est jeté à la mer, Pierre a manifesté le privilège du pouvoir singulier du pontife, par lequel il avait assumé le gouvernement de l’univers entier, tandis que les autres apôtres étaient comme contenus dans un navire, puisqu’à aucun d’entre eux l’univers entier n’avait été confié, mais qu’à chacun était assignées des provinces particulières, ou plutôt des Eglises déterminées. [Une preuve allégorique analogue est tirée de Matthien XXIV, 28-31 par le fait que Pierre a marché sur les eaux de la mer, il a montré qu’il a reçu le pouvoir sur tous les peuples.] Qu’il ait prié pour lui, le Seigneur le reconnaît lorsqu’il dit au moment de la Passion : « J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas. Et toi. quand tu seras converti, fortifie tes frères » [Luc XXII, 32] ; par là il signifiait manifestement que jamais ses successeurs ne dévieraient de la foi catholique, mais que bien plutôt ils y rappelleraient d’autres et aussi qu’ils confirmeraient les hésitants, et il lui accorda le pouvoir d’en confirmer d’autres par le fait qu’il impose aux autres la nécessité d’obéir. […] Il lui a dit également… comme tu l’as lu : « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aussi aux cieux » [Matthieu XVI, 19]. Mais si tu trouves que cela a été dit en même temps à tous les apôtres, cela ne l’a pas été aux autres sans lui : mais tu reconnaîtras qu’à lui a été donné par le Seigneur, sans les autres, le pouvoir de lier et de délier, en sorte que ce que les autres ne le peuvent pas sans lui, lui-même, du fait du privilège qui lui a été transmis par le Seigneur et de la plénitude du pouvoir qui lui a été accordée, il le peut sans les autres. […] [Pierre] vit le ciel ouvert et descendre un vase, comme un grand linge qu’on fait descendre du ciel vers la terre. tenu aux quatre coins, et qui contenait tous les quadrupèdes et les serpents de la terre et tous les oiseaux du ciel Actes X, 9-12 … Et une voix lui dit pour la première fois : « Ce que Dieu a rendu pur, ne l’appelle pas immonde. » Par là est manifestement indiqué que Pierre fut établi à la tête de tous les peuples, puisque ce vase signifie l’univers, et tout ce qui y est contenu, la totalité des nations, des juifs aussi bien que des païens. » (Lettre 209 Apostolicae Sedis primatus à l’évêque de Constantinople, 12 novembre 1199, PL 214, colonnes 758 à 762 ; DS, 774-775)

Innocent III exprime la même doctrine dans sa Lettre 218 du 23 novembre 1199 à Grégoire, catholicos des Arméniens (PL 214, 776D-778B) et sa Lettre 219 du 24 novembre 1199 à Léon, roi des Arméniens (PL 214, 779A-780B).

Saint Thomas d’Aquin (1225-1274)

« D’après cette promesse du Seigneur, l’Église apostolique, placée au-dessus de tous les évêques, de tous les pasteurs, de tous les chefs des Églises et des fidèles, demeure pure de toutes les séductions et de tous les artifices des hérétiques dans ses pontifes, dans sa foi toujours entière et dans l’autorité de Pierre. Tandis que les autres Églises sont déshonorées par les erreurs de certains hérétiques, seule elle règne, appuyée sur des fondements inébranlables, imposant silence et fermant la bouche à tous les hérétiques; et nous, si nous ne sommes ni égarés par une téméraire présomption de notre salut, ni enivrés du vin de l’orgueil, nous confessons et nous prêchons en union avec elle la règle de la vérité et de la sainte tradition apostolique. » (Citation de St. Cyrille d’Alexandrie reprise par saint Thomas dans sa Chaîne d’or, à l’endroit où il commente Matthieu XVI, 18)

« D’où la parole du Seigneur à Pierre lorsqu’il l’a constitué souverain pontife : « J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas, et toi, une fois revenu, confirme tes frères » (Luc XXII, 32). La raison en est qu’il ne doit y avoi qu’une seule foi dans toute l’Église, suivant 1a recommandation de l’Apôtre (I Corinthiens I, 10) : « Dite bien tous la même chose, et qu’il n’y ait pas de schismes parmi vous. » Une pareille unité ne pourrait être sauvegardée si une question de foi soulevée en matière de foi ne pouvait être tranchée par celui qui préside à toute l’Église, de telle sorte que toute l’Église observe fermement sa sentence. » (Somme théologique, IIa-IIae, Question 1, Article 10, Conclusion)

« Comme le dit saint Augustin et comme il est marqué dans les Décrétales, « s’il y en a qui défendent leur manière de penser, quoique fausse et vicieuse sans y mettre aucune opiniâtreté, mais en cherchant la vérité avec soin, prêts à se corriger dès qu’ils l’auront trouvée, il ne faut pas du tout les compter au rang des hérétiques« , parce qu’effectivement ils ne choisissent pas d’être en contradiction avec l’enseignement de l’Église. C’est ainsi que quelques Pères semblent n’avoir pas été du même avis, soit dans un domaine où il n’importe pas à la foi qu’on tienne pour vrai ceci ou autre chose, soit même dans certaines choses relatives à la foi, mais qui n’avaient pas encore été définies par l’Église. Au contraire, après que les choses ont été définies par l’autorité de l’Église universelle, si quelqu’un refusait opiniâtrement un tel arrêt, il serait censé être hérétique. Cette autorité réside principalement dans le souverain pontife, car il est dit dans une décrétale : « Aussi souvent qu’un problème de foi est agité, j’estime que tous nos frères et coévêques ne doivent se référer qu’à Pierre c’est-à-dire à l’autorité qui est sous son nom« . Or ni saint Jérôme, ni saint Augustin, ni aucun des saints Pères n’a défendu sa manière de penser contre l’autorité de Pierre. D’où cette déclaration de saint Jérôme au pape Damase : « Telle est, très Saint-Père, la foi que nous avons apprise dans l’Église catholique. Si par hasard il y a dans cette foi quelque position qui soit maladroite ou imprudente, nous désirons être amendés par toi, qui tiens la foi de Pierre avec le siège de Pierre. Si au contraire notre confession est approuvée par le jugement de ton autorité apostolique, alors voudra me donner tort fera la preuve quiconque que lui-même est ignorant ou malveillant, ou même qu’il n’est plus catholique mais hérétique.«  » (Somme théologique IIa-IIae. Question 11, Article 2, Solution 3)

« Une chose peut être jugée possible en la considérant en soi, qu’on découvre impossible si on la met en rapport avec quelque chose d’extrinsèque. Je dis donc qu’il est possible que le jugement de ceux qui sont à la tête de l’Église puisse errer sur n’importe quoi, si l’on considère uniquement leurs personnes. Mais si l’on considère la divine providence qui dirige son Église par son Esprit afin qu’elle n’erre pas, comme lui-même a promis, en Jean XVI, 13, que l’Esprit qui allait venir enseignerait toute vérité, au sujet de ce qui est nécessaire au salut, s’entend, il est certain qu’il est impossible que le jugement de l’Église universelle se trompe sur ce qui se rapporte à la foi. Aussi faut-il plutôt s’en tenir à la décision du pape (à qui il revient de déterminer de la foi) qu’il exprime en jugement, plutôt qu’à l’opinion de tous les experts en Écritures, puisqu’on lit que Caïphe, bien que mauvais, cependant parce qu’il était pontife a prophétisé sans le savoir (Jean XI, 51). Dans les autres décisions qui se rapportent à des faits particuliers, comme lorsqu’il s’agit de possessions, de crimes ou de choses de ce genre, il est possible que le jugement de l’Église se trompe en raison de faux témoins. » (Quaetiones quodlibetales, Quodlibet 9, Question 8, Article 16)

Dans le Psaume 39/40, 10 il est écrit :

« J’annoncerai la justice dans une grande assemblée »

Saint Thomas commente :

« Ici le psalmiste […] lorsqu’il dit : dans la grande assemblée. Pareillement dans la réunion d’un grand nombre. – « J’ai parlé publiquement au monde. » Ou bien: dans la, grande assemblée, c’est-à-dire dans l’Eglise catholique, qui est grande par son pouvoir et sa fermeté: « Les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. » Et elle est grande par sa diffusion : « Depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, grand est ton nom parmi les nations. » » (Commentaire sur les Psaumes, Psaume 39)

Cette « fermeté », l’Église la doit en première ligne à la foi sans faille du pontife romain comme il est expliqué son opuscucule Expositio symboli apostolorum, dans le passage relatif à l’article « je crois… en l’Église catholique » du symbole des apôtres :

« La quatrième note de l’Eglise est sa fermeté inébranlable.

En premier lieu, une maison est solide, si elle possède de bons fondements.

Or le principal fondement de l’Eglise, c’est le Christ. L’Apôtre écrit en effet aux Corinthiens (I ép. 3, 11): Personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé : Jésus-Christ. Et c’est aussi pour signifier la solidité de cette Eglise que Pierre a été nommé son chef suprême.

En second lieu, la preuve de la soli­dité d’une maison, c’est qu’elle ne peut être ren­versée, Si on l’ébranle.

Or jamais l’Eglise n’a pu être détruite.

– ni par les persécuteurs ; au contraire, pen­dant le temps des persécutions, elle s’est déve­loppée, tandis que ses persécuteurs et ceux con­tre qui elle luttait succombaient, conformément à la parole de Jésus (Matthieu XXI, 44): Celui qui tom­bera sur cette pierre s’y brisera et celui sur qui elle tombera, elle l’écrasera.

– ni par les erreurs. Bien au contraire, plus celles-ci se présentèrent en grand nombre, plus la vérité fut manifestée. Ecrivant à son disciple Timothée, l’Apôtre lui dit (II Timothée III, 8) : Ce sont des yens à l’esprit corrompu, pervertis dans leur foi, mais leur progrès aura ses bornes.

– ni par les tentations des démons. L’Eglise en effet est comme une tour, vers laquelle on court pour se réfugier, quand on a à combattre contre le diable. L’Eglise est un abri très solide, comme le nom du Seigneur, dont il est dit dans les Pro­verbes (XVIII, 10) : Le nom du Seigneur est une tour extrêmement forte. C’est pourquoi le diable dirige ses efforts principaux vers la destruction de l’Eglise, mais il ne l’emporte pas sur elle, parce que le Seigneur a dit (Matthieu XVI, 18): Les portes de l’enfer ne pourront rien contre Elle. C’est comme s’il lui avait dit ils te feront la guerre mais ils ne l’emporteront pas (Jérémie XV, 20).

Elle possède pour fondement secondaire les Apôtres et leur doctrine. C’est pourquoi l’Eglise est solide et ferme. Saint Jean écrit en effet dans l’Apocalypse (XXI, 14): que la cité sainte avait douze fondements, et sur eux douze noms, à savoir les noms de douze Apôtres. C’est pour­quoi l’Eglise est appelée apostolique.

Voilà pourquoi seule l’Eglise de saint Pierre, qui eut en partage l’Italie toute entière, lorsque les disciples furent envoyés pour prêcher dans d’autres régions, voilà pourquoi cette Eglise seule demeura toujours ferme dans la foi. Et tandis que dans les autres parties du monde, ou bien la foi est inexistante, ou bien elle est mêlée de beaucoup d’erreurs, l’Eglise de Pierre, elle, est forte dans la foi et demeure pure de toute erreur. Il n’y a là rien d’étonnant, étant donné que le Seigneur a dit à Pierre (Luc XXII, 32): I’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas. » (Opuscule Expositio symboli apostolorum, dont le titre est rendu en français tantôt par Commentaire du Symbole des apôtres ou Commentaire du Credo, Article 9, relatif à l’article « je crois… en l’Église catholique » du symbole des apôtres, D)

36 commentaires sur “La Papauté depuis les apôtres !

  1. Pingback: De quand date l’Eglise catholique ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Pingback: De quand date la Papauté ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  3. Pingback: Démonstration de la primauté de Pierre et de la Papauté | +†+Yesus Kristus azu+†+

  4. Pingback: Saint Pierre a-t-il un successeur ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  5. Pingback: Peut-on être un grand pécheur et infaillible en même temps ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  6. Pingback: La Papauté au IIè siècle : le témoignage de saint Irénée de Lyon | +†+Yesus Kristus azu+†+

  7. Pingback: L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  8. Pingback: Le 28è canon du Concile de Chalcédoine (451) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  9. Pingback: La Papauté au concile de Nicée (325) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  10. Pingback: La Papauté au Ier cooncile de Constantinople (381) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  11. Pingback: Saint Grégoire le Grand et le titre d’ « Evêque universel  | «+†+Yesus Kristus azu+†+

  12. Pingback: Piqûre de rappel sur Babylone la grande | +†+Yesus Kristus azu+†+

  13. Pingback: L’Eglise catholique n’est pas la prostituée de l’Apocalypse ! | +†+Yesus Kristus azu+†+

  14. Pingback: Le concile « in Trullo  (691-692) est-il valide ? | «+†+Yesus Kristus azu+†+

  15. Pingback: Les fondements bibliques de la Papauté (1) : Matthieu XVI, 18 : le Christ fait de Pierre la pierre de fondement de son Église | +†+Yesus Kristus azu+†+

  16. Pingback: L’enseignement des Pères de l’Église sur « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Matthieu XVI, 18) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  17. Pingback: Les fondements bibliques de la Papauté (2) : Matthieu XVI, 19 : le Christ donne les Clés du Royaume des Cieux à saint Pierre et en fait ainsi son premier ministre | +†+Yesus Kristus azu+†+

  18. Pingback: Les fondements bibliques de la Papauté (3) : Luc XXII, 32 : le Christ donne à saint Pierre le charisme d’infaillibilité | +†+Yesus Kristus azu+†+

  19. Pingback: Les fondements bibliques de la Papauté (4) : Jean XXI, 15-17 : le Christ confie à saint Pierre la charge de Son troupeau | +†+Yesus Kristus azu+†+

  20. Pingback: La Papauté au concile d’Ephèse (431) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  21. Pingback: La vérité sur les « Fausses Décrétales d’Isidore Mercator » | +†+Yesus Kristus azu+†+

  22. Pingback: Un catholique nommé saint Augustin | +†+Yesus Kristus azu+†+

  23. Pingback: Quinze astuces pour ne jamais devenir catholique | +†+Yesus Kristus azu+†+

  24. Pingback: Des Pères de l’Eglise ont-ils placé le siège de Jérusalem au dessus de celui de Rome ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  25. Pingback: Le Filioque chez les Pères de l’Eglise | +†+Yesus Kristus azu+†+

  26. Pingback: Les Pères de l’Eglise sur la Tradition | +†+Yesus Kristus azu+†+

  27. Pingback: Les fondements bibliques de la Papauté (2) : Matthieu XVI, 19 : le Christ donne les Clés du Royaume des Cieux à saint Pierre et en fait ainsi son premier ministre | +†+Yesus Kristus azu+†+

  28. Fournier Lucien
    29 septembre 2019

    Bon travail, mais j’ai encore des doutes concernant l’authenticité de certains textes que vous utilisez, si vous avez le temps allez sur le site [nom censurée par la modération] dans la section papauté et pères de l’église, il y a de nombreuses citations des pères de l’église qui semblent franchement s’opposer à la primauté de Pierre et pour lesquelles je n’ai pas trouvé de contre arguments…

  29. Pingback: Les falsifications, mensonges et contradictions du concile « In Trullo  (691-692) prouvent que l’église orthodoxe n’est pas l’Eglise de Jésus-Christ | «+†+Yesus Kristus azu+†+

  30. Pingback: Les fondements bibliques de la Papauté (2) : Matthieu XVI, 19 : le Christ donne les Clés du Royaume des Cieux à saint Pierre et en fait ainsi son premier ministre | +†+Yesus Kristus azu+†+

  31. Pingback: Réponses aux objections historiques contre la primauté et l’infaillibilité du Pape (1) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  32. Pingback: Les fondements bibliques de la Papauté (2) : Matthieu XVI, 19 : le Christ donne les Clés du Royaume des Cieux à saint Pierre et en fait ainsi son premier ministre | +†+Yesus Kristus azu+†+

  33. Pingback: La doctrine de saint Théodore Studite (759-826), « l’un des derniers catholiques de Constantinople  | «+†+Yesus Kristus azu+†+

  34. Steven
    8 mai 2020

    Il y a une chose que je voudrais comprendre.
    Quand d’un côté Jésus dit qu’il faut obéir aux Pharisiens mais ne pas suivre leur mode de vie qui n’est pas exemplaire,
    Et de l’autre il leur repproche d’ajouter leurs traditions à la parole de Dieu.
    N’y a t-il pas une certaine contradiction, entre appeler à suivre les enseignements des Pharisiens et condamner leurs faux enseignements tel le lavage des mains.
    Les Protestants pourraient nous rétorquer la même chose, pour le Magistère des Papes qui ne saurait être libre de toute erreur à l’instar du levain des Pharisiens.
    Comment pouvons-nous savoir que toutes nos doctrines sont véridiques et que nous ne tomberons jamais dans l’erreur alors
    même que ceux qui étaient assis sur la Chaire de Moïse n’étaient pas infaillibles.

Réagir à l'article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :