+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Les Pères de l’Eglise sur la validité du baptême des hérétiques

Concile d’Arles (314)

« A propos des Africains qui pratiquent une règle qui leur est propre, celle de rebaptiser, il a été décidé que si quelqu’un vient de l’hérésie à l’Eglise, on l’interroge sur le symbole, et que si on voit avec certitude qu’il a été baptisé dans le Père et le Fils et l’Esprit Saint, on lui impose seulement les mains pour qu’il reçoive l’Esprit Saint. Mais si, interrogé, il ne répond pas en proclamant cette Trinité qu’on le rebaptise. » (Canon 8 ou 9 selon les collections)

La rebaptisation n’est donc pas systématique, mais subordonné au fait qu’il y ait un doute légitime quant au baptême conféré par les hérétique, comme dans l’Eglise catholique aujourd’hui.

Ier Concile de Constantinople (381)

Ce Concile lui non plus n’impose pas de rebaptisation systématique des hérétiques revenant à l’Eglise, comme si leur baptême était automatiquement invalide du fait d’avoir été administré en dehors de l’Eglise. Au contraire, il n’impose la rebaptisation que pour les hérétiques issus de certaines sectes ayant porté atteinte à l’essence même du baptême :

« 7. De ceux qui reviennent à la vraie foi, comment les recevoir.
Ceux qui passent de l’hérésie à l’Orthodoxie et à l’héritage des élus, doivent être reçus de la manière suivante. Les ariens et les macédoniens, les sabbaziens et les novatiens qui se qualifient de pures, et les aristeroi, de même que les tétradites et les apollinaristes, ne doivent être admis qu’après avoir anathématisé par écrit toutes les hérésies qui ne s’accordent pas avec la sainte, catholique et apostolique Eglise de Dieu, et aussi après avoir été marqués ou oints du saint chrême en forme de croix au front, aux yeux, au nez, à la bouche et aux oreilles; et en les marquant du signe de la croix nous disons : Sceau du don du saint-Esprit. Quant aux eunomiens qui ne baptisent qu’avec une seule immersion, et aux montanistes que l’on appelle ici phrygiens, et aux sabelliens qui enseignent la doctrine du Fils-égale-Père et commettent d’autres choses abominables, et enfin, pour les autres hérétiques, (et il en existe ici un grand nombre, surtout ceux qui viennent de la Galatie), s’ils veulent passer à l’orthodoxie, nous ne les recevons que comme des païens : le premier jour nous les marquons du signe du chrétien, le second jour nous en faisons des catéchumènes, le troisième jour nous les exorcisons en leur soufflant trois fois sur le visage et sur les oreilles, et nous les instruisons alors et les laissons venir à l’Eglise pendant un an à entendre les saintes écritures, après cela nous les baptisons. » (7è canon)

Saint Sirice (vers 320-399)

« (Tu as fait savoir)…que beaucoup de ceux qui ont été baptisés par les ariens impies se hâtent vers l’Église catholique, et que certains parmi nos frères veulent les baptiser à nouveau : cela n’est pas permis ; car que cela se fasse, l’Apôtre l’interdit (voir Ep 4,5 ; He 6,4), les canons s’y opposent, et les décrets généraux envoyés aux provinces par mon prédécesseur Libère d’heureuse mémoire après l’annulation du concile de Rimini l’interdisent aussi. Nous les recevons dans la communauté des catholiques avec les novatiens et d’autres hérétiques, comme cela été décidé au synode, par la seule invocation de l’Esprit septiforme et moyennant l’imposition des mains de l’évêque — ce qui est observé également par tout l’Orient et l’Occident ; vous aussi vous ne devez pas désormais vous écarter de ce chemin, si vous ne voulez pas être séparés de la communauté avec nous par une sentence synodale. » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, I, §2)

Saint Optat de Milève (mort vers 397)

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Saint Augustin cite Optat aux côtés d’hommes disparus depuis longtemps, cet évêque « de vénérable mémoire » apparaît comme l’égal d’Ambroise de Milan. Saint Optat enseignait la validité du baptême administré par les hérétiques, tant qu’il était fait « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit« . Se faisant il s’opposait aux schismatiques donatistes qui croyaient pouvoir revendiquer pour eux l’enseignement de saint Cyprien de Carthage (vers 200-258) qui enseignait l’invalidité de tels baptêmes. Pour Cyprien, « l’arche unique de Noé était la figure d’une Église unique » : « unam arcam Noe typum fuisse unius ecclesiae » (Lettre LXIX, II, 2). Optât préfère évoquer le déluge (diluuium), symbole de l’unique baptême (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre 5, n°1, § 2) et il relègue au second plan l’image de l’arche : « si ita est, ostende prius duas arcas » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre 5, n°1, § 8). De plus, alors qu’il donne à ces textes bibliques une même interprétation typologique, Optât n’emploie jamais dans son Traité le mot « typus » utilisé ici par Cyprien.

Dans un premier temps, saint Optât de Milève semble accepter l’essentiel de la doctrine baptismale de saint Cyprien, puisqu’il admet que le baptême des hérétiques n’est pas valide. En réalité, dès le début de son Traité, saint Optât établit entre le schisme et l’hérésie une distinction que saint Cyprien n’avait pas faite. Pour saint Cyprien, en dehors de la vraie foi (dans l’hérésie), en dehors de la vraie Église (dans le schisme), le baptême ne peut pas exister. Saint Optât admet la première proposition : les hérétiques, qui pervertissent la foi trinitaire et christologique, ne possèdent pas les sacrements de l’Église (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre 1, n°10-12). Sans doute a-t-il souhaité se montrer conciliant sur ce premier point afin de mieux réfuter le second : les schismatiques, selon lui, peuvent conférer validement le baptême. Cette affirmation est absolument contraire à la doctrine de saint Cyprien, pour qui baptême, foi et Église sont des réalités indissociables. En maints endroits de sa correspondance, celui-ci affirme en effet que le baptême ne peut exister qu’à l’intérieur de l’Église. Et c’est bien ainsi qu’il faut comprendre la célèbre formule de saint Cyprien : « Hors de l’Église, point de salut » (Lettre LXXIII, XXI, 2). Les donatistes faisaient eux aussi dépendre la validité du baptême du ministre qui le confère et de son appartenance à l’Église. Saint Optât, le premier, énonce clairement le principe suivant : le sacrement peut exister en dehors de l’Église, indépendamment du ministre :

« Le Sauveur a indiqué au nom de qui les nations doivent être baptisées mais il n’a fait aucune réserve sur celui par qui elles doivent l’être. Quiconque a baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit a accompli l’oeuvre des Apôtres. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre 5, n°7, §5)

Si l’on s’en tient à cette affirmation, on voit combien la position de saint Optat de Milève est proche de celle de l’Église de Rome : le Pape saint Etienne ne faisait-il pas dépendre la validité du baptême de l’emploi de la formule trinitaire ? Saint Cyprien nous donne, sur ce point, un témoignage précieux :

« Il est absurde aussi de penser, comme ils le font [ceux qui agissent comme Etienne], qu’il n’y a pas à savoir quel est celui qui a baptisé, parce que celui qui a été baptisé a pu recevoir la grâce par l’invocation de la Trinité des noms du Père, du Fils et du Saint-Esprit. […] Mais ils disent que celui qui est baptisé de quelque manière que ce soit hors de l’Église, peut obtenir par ses dispositions intérieures et par sa foi la grâce que donne le baptême, ce qui est encore simplement ridicule. » (Lettre LXXV, IX, 1)

Or, cette position, jugée « absurde et ridicule » est précisément celle de saint Optat. Dans le livre 5 de son Traité, il développe une doctrine du baptême qui fait de la Trinité et de la foi les deux éléments essentiels du sacrement :

« La Trinité occupe la première place, et sans elle le sacrement lui-même ne peut être célébré. Ensuite vient la foi du croyant. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre 5, n°4, §1)

Quant au ministre qui administre le baptême, il n’est qu’un ouvrier de Dieu (operarius), car le baptême est un don de Dieu, et la validité du sacrement ne saurait dépendre du ministre qui le confère :

« La Trinité est inébranlable, invincible, immuable, la personne du ministre, au contraire, est variable. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre 5, n°7, §13)

Cette doctrine représente une rupture avec la position de saint Cyprien.

Saint Innocent Ier (mort en 417)

Image illustrative de l’article Innocent Ier

« (Il est bon de veiller)… à ce que ceux qui viennent des novatiens ou des montanistes soient reçus seulement par l’imposition des mains ; car bien que l’ayant été par des hérétiques, ils ont cependant été baptisés au nom du Christ. » (Lettre Etsi tibi à l’évêque Victrice de Rouen, 15 février 404, Chapitre VIII, Partie 11)

Saint Jérôme de Stridon (347-420)

Saint Jérôme dont le témoignage est particulièrement intéressant car il est à la fois « récepteur et émetteur » des Traditions Occidentale et Orientale, dans son dialogue contre les lucifériens, nous apprend que, dans un concile tenu en 257, saint Cyprien et tous les évêques d’Afrique, revenant sur leurs précédents suffrages, déclarèrent à l’unanimité qu’ils s’étaient trompés l’année précédente, et qu’il ne fallait point, sans justes raisons, renouveler le baptême des hérétiques (PL, t. XXIII, col. 177, 178).

Saint Augustin (354-430)

Saint Augustin compare cette erreur de saint Cyprien de saint Pierre à Antioche sans remettre en cause la foi et la primauté de Pierre, et en déduit qu’on ne doit pas s’offusquer de la critique contre saint Cyprien. Ce dernier étant le premier de apôtres pouvant pécher, à plus forte raison saint Cyprien :

« Or, si saint Pierre, contre la règle de la vérité formulée depuis par l’Eglise, a pu vouloir contraindre les Gentils à judaïser, comment ne pas admettre que Cyprien, contrairement à la règle de la vérité, formulée plus tard par l’Eglise, n’a pu vouloir contraindre les hérétiques et les schismatiques à recevoir une seconde fois le baptême ? Je pense que l’évêque Cyprien ne doit pas être blessé de se voir comparé à l’apôtre saint Pierre, quant à ce qui regarde la couronne du martyre. Bien plutôt je dois craindre de paraître injurieux à l’égard de saint Pierre. En effet, qui pourrait ignorer que cette primauté de l’apostolat conférait à saint Pierre une prééminence réelle sur tout l’épiscopat ? » (Du baptême, contre les donatistes, II, 1, 2)

Et il affirme que par la suite saint Cyprien et un concile local firent revenir l’Afrique Latine de son erreur :

« Je n’ai pas entre les mains la preuve de rétraction de Cyprien, mais je suis fondé à croire qu’elle a réellement eu lieu ; peut-être les documents ont-ils été supprimés par ceux qui, épris de la même erreur, n’ont pas voulu se priver d’un tel patronage. Il est certain d’ailleurs qu’on n’a pas écrit tout ce que firent les évêques d’alors, et j’avoue que, pour ma part, je ne connais pas tout ce qui a été écrit. » (Du baptême, contre les donatistes, II, 4)

Saint Augustin ne dit pas de manière absolue que les sacrements reçus en dehors de l’Eglise ne servent à rien pour la salut. Il l’affirme seulement avec cette condition sous-entendue : si et seulement si celui qui reçoit ces sacrements adhère à l’intention coupable des ministres hérétiques ou schismatiques :

« Cyprien écrit donc à Jubaianus : « Quant au baptême des hérétiques séparés (il le croyait) du corps de l’Eglise, il ne leur confère ni droit ni puissance, et nous, ne pouvons ni le ratifier ni le légitimer, puisqu’il est certain que dans leurs rangs ce baptême est illégitime ». Nous-mêmes, toujours, nous avons affirmé que le baptême conféré par des hérétiques ou des schismatiques, c’est-à-dire hors de l’Eglise, n’est d’aucune utilité à celui qui le reçoit, en tant du moins que ce dernier se rend complice de l’hérésie ou du schisme; nous soutenons également que ceux qui baptisent, alors même que c’est- bien le véritable baptême qu’ils confèrent, se rendent coupables, recueillent hors de l’Eglise et se posent en adversaires de l’Eglise. Mais autre chose est de ne pas avoir tel sacrement, autre chose est de le posséder ou de l’usurper d’une manière illicite. Les sacrements ne cessent pas d’être les sacrements de Jésus-Christ et de l’Eglise, par cela seul que les hérétiques,. les pécheurs et les impies en font un usage illicite. Ces hérétiques,pécheurs ou impies, doivent être corrigés et punis, mais on doit reconnaître et vénérer les sacrements qu’ils confèrent. » (Du baptême contre les donatistes, Livre 3, chapitre 10, n°13, PL tome 43, colonne 144)

ici saint Augustin évoque déjà la différence que la théologie catholique fait entre un sacrement valide et un sacrement fructueux. En effet, saint Augustin enseigne que tout sacrement administré avec la forme, la matière et l’intention requises est valide, quelque soit le ministre, catholique ou hérétique. Cela signifie que l’effet surnaturel est présent et que, pour les sacrements de baptême, confirmation et ordre, ils impriment une marque indélébile dans l’âme dans l’âme du récipiendaire. En revanche un sacrement valide n’est pas toujours fructueux, c’est-à-dire que si l’âme du récipiendaire est mal disposée, le sacrement ne produit pas son effet bon, mais est en revanche occasion de sacrilège. Aussi celui qui reçoit un sacrement d’un hérétique ne le reçoit avec fruit, de manière fructueuse, que s’il n’adhère pas consciemment au schisme ou à l’hérésie du ministre :

Saint Augustin enseigne encore :

« Vous allez plus loin encore, et pour me faire accepter une conclusion contre laquelle je proteste, vous m’alléguez ces paroles de l’Ecriture : « Un Dieu, une foi, un baptême, une Eglise catholique incorruptible et véritable » (Ephésiens IV, 5). Je concède ces paroles, quoiqu’elles aient été écrites dans un autre sens. Mais de toutes mes concessions, quelle conséquence pouvez-vous tirer? Que tous ceux qui ne sont pas dans une seule Eglise ne peuvent avoir un seul baptême ? C’est là une absurdité. Mais c’est uniquement par vous-même que je veux vous convaincre. En citant ces paroles : « Un Dieu, une foi, un baptême, une église catholique incorruptible et véritable», vous vous flattez assurément de me convertir à vos idées, et de me prouver ce que je n’admets pas, à savoir qu’il ne peut y avoir unité de baptême que là où se trouve l’unité d’Eglise. De mon côté, je soutiens au contraire que, lors même qu’il n’y a pas unité d’Eglise, il peut y avoir unité de baptême, pourvu qu’on ne change rien à ce qui constitue son essence. Je le prouve par les termes mêmes de votre citation, où nous lisons également l’unité de Dieu et l’unité de foi. Est-ce qu’en dehors de l’Eglise nous ne trouvons pas le même Dieu adoré; et fût-il adoré par des hommes qui ne le connaissent pas, cesse-t-il pour cela d’être le même Dieu ? Quant à la foi en vertu de laquelle nous croyons que Jésus-Christ est le Fils du Dieu vivant, ne la trouvons-nous pas dans des hommes qui ne sont pas membres de l’Eglise ? Leur séparation de l’Eglise empêche-t-elle l’unité de la foi ? De même quand, en dehors de l’Eglise, nous trouvons le baptême administré dans toutes ses conditions essentielles, de quel droit affirmerions-nous que ce n’est pas le baptême véritable?

Vous soutiendrez peut-être qu’en dehors de l’Eglise le Dieu unique et véritable ne peut être adoré, et qu’on ne peut trouver la foi unique par laquelle nous confessons que Jésus-Christ est le Fils du Dieu vivant, et qui a mérité un si bel éloge à l’apôtre saint Pierre (Matthieu XVI, 16, 17). Eh bien ! je veux vous prouver que vous êtes dans l’erreur. Vous avez encore présentes à la mémoire ces paroles de l’apôtre saint Paul aux Athéniens, quand il leur rappelle l’autel portant pour inscription : « Au Dieu inconnu », et qu’il ajoute: « Ce Dieu que vous adorez sans le connaître, c’est celui-là même que je vous annonce » (Actes XVII, 23). Leur dit-il : Parce que vous l’adorez en dehors de l’Eglise, ce n’est pas le Dieu véritable que vous adorez? Non, et son langage est formel : « Celui que vous adorez sans le connaître, c’est celui que je vous annonce » ; son but évident n’est-il pas de.les amener à adorer sagement et utilement dans l’Eglise celui qu’ils adoraient inutilement et sans le connaître, en dehors de l’Eglise? C’est dans le même sens que nous vous disons à vous-mêmes : Le baptême que vous observez sans le connaître, nous vous en prêchons la paix; non pas que nous voulions, quand vous reviendrez à nous, vous en conférer un autre, mais nous ne désirons que vous rendre utile et efficace la possession de celui que vous avez. Certains fidèles osaient soutenir que la foi suffit au salut sans les oeuvres. Saint Jacques entreprend de dissiper cette erreur et leur dit : « Vous croyez qu’il n’y a qu’un seul Dieu; c’est bien ; mais les démons le croient également et ils frémissent » (Jacques II, 19). Les démons ne sont pas membres de l’unité de l’Eglise, et cependant nous ne pouvons pas soutenir que leur foi soit erronée, quand nous les entendons dire au Sauveur : « Qu’y a-t-il entre nous et vous, Fils de Dieu ? » (Marc, I, 24). De là cette phrase si connue de l’Apôtre : « Quand j’aurais une foi capable de transporter les montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien » (I Corinthiens XIII, 2). Or, je ne crois pas que l’on puisse pousser la folie jusqu’à croire qu’on appartienne à l’unité de l’Eglise quand on n’a pas la charité. De même donc que le Dieu unique est adoré, sans être connu, hors de l’Eglise, et qu’il ne cesse pas pour cela d’être le même Dieu ; de même que l’unité de la foi peut exister, sans la charité, hors de l’Eglise, sans cesser pour cela d’être la même foi; de même le baptême unique peut exister, par ignorance et sans la charité, hors de l’Eglise, sans cesser pour cela d’être le baptême véritable. Un Dieu, une foi, un baptême, une Eglise catholique incorruptible; ce n’est pas seulement dans le sein de cette Eglise que le Dieu unique est adoré, mais c’est uniquement dans son sein qu’il est pieusement adoré ; ce n’est pas seulement dans son sein que l’on trouve la foi une, mais c’est uniquement dans son sein que l’on trouve la foi unie à la charité; ce n’est pas seulement dans son sein que l’on trouve le baptême un, mais c’est uniquement dans son sein qu’il produit des fruits de salut et de paix. » (Contre Cresconius, Livre I, n°33 et 34 dans PL, tome 43, colonne 464)

« Dans les livres que je viens de rappeler, j’ai dit hautement que le baptême peut être conféré en dehors de la communion catholique, comme il peut y être possédé et conservé. Tous les Donatistes n’affirment-ils pas que les apostats conservent en eux le caractère du baptême? Et,en effet, qu’un apostat se repente de son crime et revienne à résipiscence, on ne lui rend pas le baptême, ce qui prouve qu’on le regarde comme l’ayant conservé. De même, s’il s’agit de ceux qui par le schisme se sont séparés de l’Eglise, il n’est pas moins certain qu’ils conservent le baptême reçu avant leur séparation; car s’ils font pénitence, et rentrent dans l’unité, on ne leur réitère pas le sacrement, ce qui prouve qu’on les regarde comme n’ayant pu perdre, par leur crime, le baptême qu’ils avaient précédemment reçu. Or, si l’on peut validement posséder le baptême hors de I’Eglise, pourquoi donc ne pourrait-on pas l’y conférer validement? Mais, me direz-vous, cette collation du baptême hors de l’Eglise n’est pas légitime; je vous réponds La possession du baptême hors de l’Eglise n’est pas légitime, et cependant elle existe; de même la collation n’est pas légitime, et cependant elle est valide. Hors de l’Eglise le baptême que vous aviez reçu vous devenait inutile pour le salut, tandis qu’il recouvre son efficacité dès que vous êtes rentré dans l’unité; de même, dès que vous rentrez dans l’unité, le sacrement qui vous avait été inutilement conféré hors de l’Eglise, commence à produire en vous ses nombreux effets. C’est donc une erreur de soutenir que ce qui a été donné n’a pas été donné; ou d’affirmer que tel homme n’a pu donner ce qu’il assure avoir reçu validement. En effet, dès qu’un homme est baptisé, il possède le sacrement de baptême, et dès qu’il est ordonné, il ale droit et le pouvoir de baptiser. Or, de même que celui qui est baptisé ne perd pas le sacrement de baptême, en se séparant de l’unité; de même en se jetant dans le schisme, celui qui a été ordonné ne perd pas le droit de conférer le baptême. Aucun de ces deux sacrements ne saurait être outragé : si l’un des deux quitte les méchants, l’autre les quitte également; et si l’un des deux persévère au milieu des méchants, l’autre y persévère au même titre. De même donc qu’on ratifie le baptême que n’a pu perdre celui qui s’était séparé de l’unité; de même on doit ratifier le baptême conféré par un ministre, qui, en se séparant de l’unité, n’avait pas perdu le sacrement de l’ordination. On ne réitère pas le baptême à ceux qui, rentrant dans l’unité, avaient reçu ce sacrement avant de tomber dans le schisme; de même on ne réitère pas l’ordination à ceux qui, rentrant dans l’unité,avaient été ordonnés avant de tomber dans le schisme: si l’Eglise le juge utile, elle leur permet d’administrer ce qu’ils administraient; et si, pour les punir, elle leur refuse cette autorisation, elle ne laisse pas de les regarder comme réellement ordonnés et s’abstient de leur imposer les mains,comme elle les impose aux laïques. Félicianus, par exemple, avait-il donc perdu le baptême et l’ordination, en quittant les Donatistes pour embrasser la secte de Maximien? Est-ce que ces mêmes Donatistes n’ont pas ouvert leurs rangs à tous ceux que Félicianus avait baptisés pendant qu’il appartenait au schisme de Maximien? Ainsi donc, des hommes qui n’avaient jamais appartenu à l’Eglise, ont pu recevoir de la main des Donatistes et des Maximianistes ce que ceux-ci n’avaient pas perdu en se séparant de l’unité. J’en conclus que c’est une impiété sacrilège de vouloir rebaptiser l’unité catholique, et que nous sommes parfaitement dans la vérité lorsque nous refusons d’invalider les sacrements, alors même qu’il ont été conférés dans le schisme. En effet, les schismatiques sont avec nous dans les points sur lesquels ils pensent comme nous; comme aussi ils se séparent de nous dans les points sur lesquels ils ont une doctrine différente de la nôtre. Rappelons-nous qu’il s’agit ici de matières essentiellement spirituelles, et qu’il serait absurde de vouloir leur appliquer les lois qui régissent les mouvements corporels dans leur rapprochement ou leur éloignement. L’union des corps s’opère par la conjonction des mêmes lignes; de même le contact des esprits s’opère par la conjonction des volontés. Si donc, celui qui s’est séparé de l’unité, prétend faire autre chose et user de pouvoirs qu’il n’a pas reçus dans l’unité, par cela même il s’éloigne et se sépare; au contraire, tant qu’il ne fait que ce qui se fait dans l’unité, et observe les conditions essentielles qui lui ont été enseignées, en cela du moins il reste et persévère dans l’unité. » (Du baptême contre les donatistes, Livre 1, chapitre 1, n°2, PL tome 43, colonnes 109-110)

Saint Vincent de Lérins (mort vers 450)

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Ce saint moine rédigea en 434 un Commonitorium où il énonce les critères qui permettent de savoir si une doctrine est orthodoxe ou hérétique. Il écrit en son chapitre VI :

« C’est un grand exemple que celui de ces bienheureux, et tout à fait divin, digne aussi d’être repris par tous les vrais catholiques dans une infatigable méditation : en effet, rayonnant, comme le chandelier à sept branches, des sept lumières du Saint Esprit, ils ont en effet révélé à la postérité le principe très lumineux grâce auquel, plus tard, dans tous les vains propos des erreurs, l’audace d’une nouveauté profane serait laminée par l’autorité de la sainte antiquité. La méthode à coup sûr, n’est pas nouvelle, puisque ce fut dans l’Église une coutume toujours en vigueur que, plus chacun était religieux, plus rapidement il s’opposait aux inventions nouvelles. Tout est rempli de tels exemples. Pour faire court, nous n’en citerons qu’un seul, emprunté de préférence au siège apostolique, afin que tous voient, plus clairement que le jour, avec quelle vigueur, quelle ardeur, quels efforts, les bienheureux successeurs des bienheureux apôtres, ont défendu l’intégrité de la religion traditionnelle. Jadis Agrippinus, de vénérable mémoire, évêque de Carthage, fut le premier de tous les mortels qui pensa, contrairement au canon divin, contrairement à la règle de l’Église universelle, contrairement à l’opinion de tous ses confrères, contrairement aux usages et aux institutions des aïeux, que l’on devait rebaptiser [les hérétiques]. Cette théorie trompeuse apporta tant de mal qu’elle fournit non seulement une procédure sacrilège aux hérétiques, mais en outre à certains catholiques une occasion d’erreur. Comme, de toute part, tous protestaient contre la nouveauté de ce rite et que tous les évêques, en tous pays, résistaient chacun dans la mesure de sa vigueur, le pape Étienne, de bienheureuse mémoire, qui occupait le siège apostolique, y fit opposition, avec tous ses autres collègues il est vrai, mais plus qu’eux néanmoins, car il trouvait normal, je pense, de surpasser tous les autres par le dévouement de sa foi autant qu’il les dominait par l’autorité de sa charge. » (Commonitorium, VI)

Commentaire de l’abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI (1803-1859) :

« Tout l’ensemble de ce passage, où il n’est question ni du sénat ni de l’empereur, mais du siège spécialement nommé apostolique, tout ce passage montre que l’autorité du lieu, grâce à laquelle le pape surpassait les autres évêques, était l’autorité religieuse de Rome et non son autorité politique. Le choix même du mot autorité le prouve ; s’il s’agissait du relief donné à Etienne par la capitale du monde, on aurait parlé de la splendeur, de la célébrité, de la majesté de cette ville, expressions ne risquant pas de devenir amphibologiques comme celle dont a usé saint Vincent, qui, en rapprochant les idées de supériorité dans Etienne et d’autorité dans le lieu, nous porte nécessairement à croire que les deux choses corrélatives étaient de même nature et de l’ordre ecclésiastique. D’ailleurs, son second extrait expliquera le premier. » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome 1, page 118-119, note de bas de page)

A la fin du Commonitorium, saint Vincent de Lérins récapitule les preuves que lui ont fournies la Bible et l’usage constant des conciles, puis il ajoute :

« Tout cela suffit abondamment et surabondamment, sans doute, à l’extinction totale des profanes nouveautés ; cependant, afin qu’il ne parût rien manquer à la plénitude des preuves, quelque grande qu’elle soit déjà, nous avons rapporté, en ter-minant, deux autorités du siège apostolique, l’une du saint pape Sixte, qui fait aujourd’hui l’ornement de l’église romaine, et une autre de son prédécesseur, le pape Célestin, de bienheureuse mémoire, que nous avons jugé nécessaire de répéter encore ici. » (Commonitorium, XXIII)

NB : ce Commonitorium peut prêter à confusion, nous suggérons de lire cet article pour l’appréhender correctement.

« C’est ainsi que l’ouvrage du moine de Lérins commence et se termine par deux passages élogieux en l’honneur de la papauté ; le premier nous apprend que l’évêque de Rome surpasse tous les autres évêques par l’autorité que donne à cette ville la présence du siège de saint Pierre ; le second montre saint Vincent qui, après avoir cité la Bible et les conciles, après avoir terrassé l’hérésie sous ses coups, appréhende, tout victorieux qu’il est, de paraître n’avoir pas su employer toutes ses armes. Qu’a-t-il donc oublié, lui qui a invoqué les témoignages de l’Eglise universelle et de l’Ecriture sainte ? Pour quelle autorité y a-t-il donc place entre ces deux oracles du christianisme ? Quelle est donc cette autre parole sacrée que les fidèles regretteraient de n’avoir pas entendue, même à la suite de tant de paroles infaillibles et divines ? C’est la décision de la papauté. Saint Vincent la donne, et se réjouit en voyant que rien ne manque plus à sa triomphante démonstration.

Par conséquent, ce que saint Vincent dit des papes suppose en eux une prééminence, et ce que, d’accord avec tous les chrétiens et les papes eux-mêmes, il leur dénie, ne touche en rien aux privilèges dont on croit le Saint-Siège investi. » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome 1, page 119-120)

Saint Léon le Grand (vers 395-461)

« Mais s’il était établi que quelqu’un a été baptisé par les hérétiques, le sacrement de la régénération ne doit d’aucune manière être réitéré pour lui, et il ne doit être conféré que ce que qui y a fait défaut : que par l’imposition des mains de l’évêque il obtienne la force du Saint-Esprit. » (Lettre Frequenter quidem à l’évêque Néo de Ravenne, 24 octobre 458)

Concile de Chalcédoine (451)

« Comme dans quelques éparchies on a permis aux lecteurs et aux chantres de se marier, le saint concile a décidé qu’il n’était permis à aucun d’eux d’épouser une femme hérétique. Ceux qui ont eu des enfants de pareils mariages, s’ils ont déjà fait baptiser leurs progénitures chez les hérétiques, doivent les conduire à la communion de l’Eglise catholique ; si ces enfants ne sont pas encore baptisés, ils ne peuvent pas les faire baptiser chez les hérétiques, ni les donner en mariage à un hérétique, à un juif ou à un païen, à moins naturellement que la personne qui doit se marier à la partie orthodoxe ne promette de passer à la foi orthodoxe. Si quelqu’un transgresse cette décision du saint concile, qu’il soit soumis aux peines canoniques. » (Canon 14)

Les enfants baptisés par des hérétiques doivent seulement être menés à la communion de l’Eglise, pas rebaptisés.

Saint Grégoire le Grand (vers 540-604)

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« Nous avons appris de l’enseignement ancien des Pères que tous ceux qui ont été baptisé dans l’hérésie au nom de la Trinité, lorsqu’ils reviennent à la sainte Eglise, doivent être rappelés dans le sein de la mère Eglise soit par l’onction du chrême, soit par l’imposition de la main, soit par la simple profession de la foi. C’est pourquoi l’Occident régénère les ariens par l’imposition de la main, l’Orient par l’onction du saint chrême en vue de l’entrée dans l’Eglise catholique. Mais les monophysites et d’autres, elle les reçoit par la seule profession vraie de la foi, parce que le saint baptême qu’ils ont obtenu chez les hérétiques reçoit alors en eux les forces de la purification lorsque les uns ont reçu l’Esprit Saint par l’imposition de la main, et que les autres ont été unis au sein de l’Eglise sainte et universelle par la profession de la vraie foi.

Quant aux hérétiques qui n’ont pas été baptisés au nom de la Trinité, comme par exemple les bonosiens et les cataphrygiens, parce que les uns ne croient pas au Christ Seigneur, et que les autres croient faussement que le Saint-Esprit est un homme dépravé du nom de Montan, on les baptise lorsqu’ils viennent à la sainte Eglise parce que ce qu’ils ont reçu, lorsqu’ils étaient dans l’erreur, sans le nom de la Sainte Trinité, n’était pas un baptême. Et on ne peut pas non plus appeler cela un baptême réitéré, puisque, comme il a été dit, le premier n’était pas donné au nom de la Trinité…

Votre Sainteté doit les (les nestoriens) recevoir sans aucune hésitation dans sa communauté en gardant leurs ordres, afin que…en ne suscitant pas par votre mansuétude, d’opposition ou de difficulté au sujet de leurs ordres, vous les arrachiez à la gueule de l’antique ennemi. » (Lettre Quia caritati nihil aux évêques d’Ibérie (Géorgie))

Saint Bède le Vénérable (672/673-735)

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« Si vous faites le bien sous l’inspiration de la charité, la grâce divine vous retirera des erreurs involontaires dans lesquelles vous pourriez tomber. Nous en avons un exemple illustre dans l’histoire du bienheureux Cyprien. A la tête des évêques d’Afrique, ses collègues, il avait, contrairement à la coutume de l’Eglise, décrété qu’il fallait réitérer le baptême aux hérétiques. Tel était son sentiment ; il y abondait, comme dit l’Apôtre. Mais il était de bonne foi, et, dans cette erreur involontaire, il continuait les œuvres de son zélé et de sa charité. Ainsi il mérita la divine faveur de comprendre enfin le vérité. Ou le vit se ranger à la foi de l’Eglise universelle et au sentiment des saints. » (Aliquot quaest. liber., V)

Le IIIè concile de Constantinople : une preuve définitive pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tous ceux qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes

A l’occasion du IIIè concile de Constantinople (680-681), le Pape saint Agathon envoya deux lettres aux empereurs. Nous lisons, entre autres, dans la première lettre :

« Que Votre Clémence considère donc cet avertissement de Notre-Seigneur et Sauveur, l’auteur de notre foi : en promettant à saint Pierre que sa foi ne défaillirait pas, il l’engagea à confirmer ses frères. Tout le monde sait bien que les pontifes du siège apostolique, ceux qui ont précédé mon humble personne, ont réalisé cette tache sans douter de cette parole. » (Lettre 1 Consideranti mihi aux empereurs, PL, 87/1168-1169)

Puis :

« Saint Pierre a reçu du Rédempteur lui-même par une triple recommandation qui lui en a été faite, la charge de paître les brebis spirituelles qui composent son Eglise ; et c’est grâce à l’appui qu’il continue de lui prêter, que cette Eglise apostolique n’a jamais déviée par une erreur quelconque de la voie de la vérité ; aussi, de tout temps, toute l’Eglise catholique et les conciles généraux ont-ils fidèlement adhéré à son autorité comme à celle du prince de tous les apôtres, s’attachant à la suivre en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres […] Que votre auguste clémence veuille donc bien considérer que le maître et le Sauveur de tous, qui est l’auteur de la foi, et qui a promis que la foi de Pierre ne défaillira jamais, l’a averti d’affermir ses frères : charge dont se sont acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait, les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs ; et quoique bien inférieur à leurs mérites je veux, puisque la grâce divine m’a appelé à leur succéder, m’acquitter à leur exemple de ce même ministère. » (Lettre 1 Consideranti mihi aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 et suivants)

Et dans la seconde, signée des cent-vingt-cinq Évêques d’un concile tenu à Rome :

« Nous croyons que Dieu fera à votre trône, qu’il a élevé lui-même, la faveur si rare, et qui est le privilège du très-petit nombre, d’être le moyen dont il se servira pour faire briller aux yeux de tous la lumière de la foi catholique et apostolique, qui, ayant pour principe la source même de la vraie lumière dont elle est comme le rayon, nous a été transmise par le ministère des princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par les hommes apostoliques leurs disciples et leurs successeurs, et est parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à notre médiocrité, sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer, et Dieu veuille bénir les efforts que fait votre autorité providentielle pour la conserver toujours inaltérable ! Tel a été aussi l’objet constant de la sollicitude du siège apostolique, et de tant de pontifes auxquels nous succédons malgré notre indignité. » (Lettre 3 Omnium bonorum spes aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682)

Le pape évoque « les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs » comme s’étant « acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait » à affermir leurs frères selon les paroles du Sauveur. Il est enfin question de la saine doctrine « parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à [saint Agathon], sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer ». Aussi si tous se sont acquittés de cette tache, cela signifie qu’aucun n’a failli.

Aussi, cela signifie que les propos de saint Sirice, saint Innocent Ier, saint Léon le Grand et saint Grégoire le Grand sur la validité du baptême des hérétiques, que nous avons cité, se trouvent ainsi « validés » en tant que tels par ces lettres.

Par la suite, le 15 novembre 680, lors de la 4è session du IIIè concile de Constantinople (680-681) réunissant surtout des évêques Orientaux, une lecture fut donnée de la première lettre (PL, 87/1168-1169 et MANSI, 11/239-254). Puis, lors de la 18è session, le 16 septembre 681, ce fut au tour de la seconde lettre lue en public et les Pères du concile l’approuvèrent et l’insérèrent dans les actes du concile. Ils déclarèrent :

« C’est le souverain prince des apôtres qui a agi de concert avec nous. Nous avons eu, pour nous aider, le pape dont la conduite est conforme à la sienne et qui lui succède sur son siège, le pape qui dans ses lettres déclare le mystère de la vérité divine et sacrée. Rome, cette ville antique, nous a transmis la profession de foi que Dieu avait dictée à saint Pierre. La feuille sur laquelle fut inscrit le dogme a honoré la fin de ce jour ; sur cette feuille on voyait de l’encre, mais c’est réalité c’est saint Pierre qui parlait au travers de l’écriture du pape Agathon. […] C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. […] Tous unis sous l’inspiration du Saint Esprit, tous d’accord et tous du même avis, acquiesçant tous aux lettres que Notre Très Saint Père et Souverain pontife le pape Agathon a envoyées à Votre Puissance [ndlr : les empereurs], reconnaissant la sainte décision du concile qui dépend de lui et qui rassemble cent-vingt-cinq prélats, etc. » (MANSI, 11/666, 684 et 686)

Le déroulé des événements est décrit dans cet article.

Le concile donc, fait non seulement sienne la doctrine de l’infaillibilité Papale de droit et de la perfection de fait de l’enseignement des Papes précédents, ce qui implique l’approbation de ce que nous avons cité des Papes, mais en plus, dans son approbation, le concile identifie lui-même la promesse faite par le Christ a saint Pierre d’être le rocher de l’Église, à l’exercice de l’épiscopat romain : « C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi ».

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tos ceux qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres et approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté (aussi bien son existence en tant que dogme apostolique que la réponse à l’argument que les anti-romains pensent pouvoir tirer de ce même concile contre la Papauté, à travers le cas d’Honorius) et le Filioque puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes antérieurs.

C’est le Pape saint Léon II qui ratifia les décret du IIIè concile de Constantinople et qui lui donna sa forme de concile général, lui donnant force obligatoire pour l’Eglise universelle. Il y proclame encore l’infaillibilité du Pape, ratifiant définitivement les sentences précédentes. Voici ses mots :

« Nous avons donc parcouru d’abord avec un extrême empressement les lettres synodiques, dont le langage plein d’élévation nous a frappés. Puis, avec une minutieuse attention, examinant chacune des pièces écrites, les conférant avec les récits des légats apostoliques, nous avons reconnu que le saint, grand et œcuménique concile sixième, réuni avec la grâce de Dieu par décret impérial à Constantinople, s’est conformé dans sa profession de foi dogmatique aux décisions rendues dans le synode œcuménique précédemment tenu à Rome [le concle romain de 680], sous la présidence directe du trône apostolique sur lequel nous sommes maintenant assis. [Saint Léon II expose ensuite en détail la doctrine apostolique proclamée par le concile sur les deux volontés du Christ]. Telle fut en effet la règle de la tradition apostolique et vraie, tracée dans son concile par mon prédécesseur Agathon, d’apostolique mémoire. Cette règle, il la fixa dans la lettre que ses légats remirent de sa part à votre piété, en l’appuyant par les témoignages conformes des Pères et des Docteurs de l’Eglise ; cette règle, le concile général de Constantinople l’a reçue comme un oracle émané du bienheureux Pierre, prince des apôtres ; il y a reconnu la doctrine pure et les marques d’une foi immaculée. Ainsi ce grand, saint et œcuménique concile que votre clémence a réuni, et auquel, pour le service de Dieu, elle a voulu présider, ayant embrassé en tout la doctrine des apôtres et des Pères, ayant reçu avec révérence la définition dogmatique promulguée par le Siège du bienheureux apôtre Pierre, dont, malgré notre indignité, nous tenons la place, à notre tour, nous et par notre ministère le vénérable Siège apostolique lui-même, nous approuvons le décret du concile ; par l’autorité du bienheureux Pierre nous le confirmons comme sur la solidité immuable de la pierre posée par Jésus-Christ pour fondement à l’Eglise. La vénération qui s’attache aux précédents conciles généraux de Nicée, Constantinople, Ephèse, Chalcédoine et Constantinople (deuxième), nous voulons qu’elle soit rendue à cette récente assemblée œcuménique, où le Saint-Esprit vient encore de se manifester pour le salut des âmes et dont toute la gloire dans le Seigneur sera jusqu’à la fin des siècles attribuée à votre piété impériale. » (Lettre III Regi regum, à l’empereur Constantin IV, vers août 682, PL 96, 404 et 405 ; Mgr Justin FEVRE dans Histoire apologétique de la Papauté, tome 3, page 487, cite ce passage de saint Léon II mais se trompe dans la référence : il indique la colonne 464 au lieu de 404)

Nous avons ici plusieurs éléments. Le premier est que c’est en vertu de l’autorité de l’apôtre Pierre qu’il confirme le concile. Preuve qu’il était clair non seulement pour lui mais aussi pour ses destinataires qu’il était le chef visible et infaillible de droit divin de l’Eglise de Jésus-Christ, et que rien ne pouvait avoir cours sans son approbation expresse ou tacite. Le deuxième est qu’il appelle « oeucuménique » le concile de Rome de 680, réunissant 125 Evêques autour du Pape saint Agathon qui, comme nous l’avons vu, affirme l’infaillibilité des Papes (Saint Agathon, Lettre III Omnium bonorum spes aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682), et en conséquence, d’une part qu’il y croit aussi et ne saurait donc pas condamner Honorius comme hérétique au sens strict, et d’autre part que la confirmation du concile de Constantinople que porte la lettre ne saurait faire de même. Le troisième est le constat que le IIIè concile de Constantinople « pense de même » que ce concile de Rome qui affirme l’infaillibilité des Papes, et qu’il a reçu « comme un oracle émané de la bouche même de Pierre, prince des apôtres », la règle de foi promulguée par saint Agathon, et l’approuve par ce seul motif qu’il a reçu avec révérence cette règle, ce type de la vraie foi, de la tradition apostolique. Pour mieux accentuer encore sa pensée, saint Léon II déclare œcuménique le synode romain tenu par saint Agathon comme nous l’avons dit. Enfin le quatrième, prenant le contrepied du décret conciliaire qui avait mêlé à la définition de la foi les anathématismes, le Pontife donne à la définition de la foi son approbation absolue, quant aux anathématismes, il en détache soigneusement Honorius en spécifiant bien un motif de blâme différent et grandement inférieur à celui des autres, interprétant ainsi de manière authentique l’intention de l’assemblée conciliaire, conformément à ce que ses légats n’auront pas manqué de lui rapporter. Nous démontrons cela dans notre article précité :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

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