+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Toutes les preuves de la Papauté : ici

Si je vous demande quand fut proclamé le dogme de l’infaillibilité papale, vous me répondrez sans doute : « En 1870 au concile Vatican I ! » Et vous auriez entièrement raison car c’est à cette occasion que l’infaillibilité du Pape qui trouve ses racines dans l’Ecriture Sainte et qui est attestée par toute l’antiquité chrétienne fut solennellement défini comme un dogme. Seulement voilà, un épisode méconnu de l’histoire de l’Eglise nous montre que cette infaillibilité personnelle de l’Evêque de Rome, successeur de saint Pierre avait déjà été matériellement proclamée des 681 lors du IIIè concile de Constantinople (680-681). Cela se passa en deux temps. Tout d’abord le Pape saint Agathon (574-681) écrivit deux Lettres explicites sur le sujet, puis elles furent approuvées par le concile. Nous nous proposons ici d’exposer le déroulé des événements, puis d’en préciser les conséquences pour ceux de nos lecteurs qui seraient Orthodoxes, à savoir que cela constitue normalement pour eux une définition dogmatique de la Papauté, du Filioque et de la doctrine catholique sous-tendant le célibat sacerdotal !

Voici le plan de notre étude :

I) Les lettres du Pape Saint Agathon (574-681)

II) La déclaration du IIIè concile de Constantinople (680-681)

III) Les conséquences pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes

A) La Papauté

B) Le Filioque

C) La doctrine du célibat sacerdotal

IV) Le IIIè concile de Constantinople n’a-t-il pas condamné le Pape Honorius comme « hérétique » ?

A) Le concile n’a pas pu se contredire

1) La reconnaissance de l’orthodoxie de tous les Papes sans en excepter Honorius

2) La reconnaissance de l’orthodoxie de tous les Papes sans excepter ceux qui ont garantit l’orthodoxie d’Honorius

B) Ce que nous apprend la Lettre de ratification du concile par le Pape saint Léon II

1) La formule de ratification implique que toute l’Eglise reconnaissait divine de la Papauté infaillible

2) Ce qu’il dit en mentionnant la condamnation d’Honorius : une impossible hétérodoxie d’Honorius et une condamnation différente de celle des autres

C) Que signifie donc cette condamnation comme « hérétique » ?

1) Les faits : l’ambigüité volontaire d’Honorius pour garantir la paix dans l’Eglise

2) Les différentes significations des termes « hérétique » et « anathème » dans l’antiquité chrétienne

3) Conclusion : Honorius ne fut blâmer que pour sa négligence à défendre la vraie foi avec la force requise

D) Documents supplémentaires

I) Les lettres du Pape Saint Agathon (574-681)

Au moment du IIIè concile de Constantinople (680-681), ce pape envoya deux lettres aux empereurs Constantin IV Pogonat de Constantinople, Héraclius et Tibère. La deuxième est signée des cent vingt-cinq évêques d’un concile tenu à Rome. Voici des extraits particulièrement significatifs de la première :

« [Les légats envoyés au concile avaient les pouvoirs requis] à la condition toutefois de ne rien ajouter, retrancher ni altérer dans la foi. Ils doivent simplement exposer la tradition du Saint-Siège apostolique, telle qu’elle a été établie par les papes antérieurs. » (Lettre 1 Consideranti mihi aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1165)

C’est la une manifestation de l’infaillibilité romaine. En effet, la foi est identifiée à « la tradition du Saint-Siège apostolique, telle qu’elle a été établie par les papes antérieurs ». Donc dans l’ordre de la connaissance humaine, la vérité est connue ultimement par l’enseignement du siège romain. Dans la même veine, à l’occasion du Concile de Chalcédoine (451), le pape Saint Léon le Grand (vers 395-461), imposa sa décision au concile :

« C’est pourquoi, très chers frères, nous récusons absolument l’audace de ceux qui contestent la foi divinement révélée et nous voulons que cesse cette vaine infidélité des partisans de l’erreur. Nous interdisons de défendre ce qu’il n’est pas permis de croire. Nous avons en effet parfaitement et très clairement déclaré dans notre lettre adressée à l’évêque Flavien de bienheureuse mémoire quelle doit être la sainte et authentique profession de foi dans le mystère de l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et nous l’avons fait en nous appuyant sur l’autorité des Evangiles, sur les paroles des prophètes et sur l’enseignement des apôtres. » (Lettre 93, chapitre 2, PL, 54/937-939)

Mais dans la suite de la lettre, ces propos sont encore plus explicites :

« C’est à la tradition des apôtres et de l’Evangile, que conserve l’Eglise apostolique du Christ, qui est la mère spirituelle de votre empire très heureux. Voilà ce que professe en toute vérité et en toute pureté la religion chrétienne ; ce n’est pas l’artifice des hommes qui l’a inventé, mais c’est le Saint-Esprit qui l’a enseigné grâce à la prédication des tout premiers apôtres. […] C’est pourquoi, je vous en supplie avec un cœur contrit et en versant des larmes, humblement prosterné en esprit : daigne secourir la doctrine apostolique que l’apôtre saint Pierre nous a transmise, pour qu’elle ne soit pas cachée sous le boisseau mais qu’elle soit prêchée dans le monde entier, sur un ton plus retentissant que la trompette. En effet, saint Pierre a professé la vraie foi qui lui fut révélée par le Père céleste et cela lui valut d’être proclamé bienheureux par Notre-Seigneur. Et il se vit confier à trois reprises par le Rédempteur la charge de paître les brebis spirituelles de l’Eglise [Jean XXI, 15-17]. C’est grâce à sa protection que cette Eglise apostolique n’a jamais dévié de la voie de la vérité, et n’est jamais tombée dans l’erreur, de quelque côté que ce fût. C’est son autorité, celle du prince des apôtres, que toute l’Eglise catholique et tous les conciles ont reconnue fidèlement et ont toujours suivie en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres, doctrine qui a fait la gloire de tous les docteurs qui ont brillé dans l’Eglise, tandis qu’elle a d’un autre côté fait le tourment des hérétiques, qui n’ont cessé de la décrier et de la calomnier. […] Voilà la véritable règle de la foi, que notre mère spirituelle a toujours conservé et défendue dans le succès comme dans l’adversité. Par la grâce du Dieu tout puissant, cette Eglise ne tombera jamais dans l’erreur et ne s’écartera jamais du droit chemin de la tradition apostolique. Elle n’a jamais succombé et ne s’est jamais trouvée corrompue par les nouveautés des hérétiques. Au contraire, dès les origines de la foi chrétienne, elle a reçu le soutien de ses fondateurs, les princes des apôtres du Christ, et elle demeure sans tache jusqu’à la fin, conformément à la promesse de Notre-Seigneur et Sauveur, et à la parole qu’il adressa à saint dans les saints Evangiles au prince de ses disciples : « Pierre, Pierre, voilà que Satan vous a recherché pour vous cribler comme on crible le froment ; mais j’ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point : lors donc que vous vous serez converti, ayez soin d’affermir vos frères. » [Luc XXII, 32] Que Votre Clémence considère donc cet avertissement de Notre-Seigneur et Sauveur, l’auteur de notre foi : en promettant à saint Pierre que sa foi ne défaillirait pas, il l’engagea à confirmer ses frères. Tout le monde sait bien que les pontifes du siège apostolique, ceux qui ont précédé mon humble personne, ont réalisé cette tache sans douter de cette parole. » (Lettre 1 Consideranti mihi aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 et suivants)

Et dans la seconde lettre nous lisons de nouveau une référence à ses légats apportant au concile général une sentence infaillible, signée de cent vingt-cinq Evêques en plus du Pape, de  qu’il ne sera pas libre de contester mais qu’il devra se contenter d’approuver :

« Nous avons prévu d’envoyer auprès de votre puissance, que Dieu protège, des membres, des membres de notre humble condition, afin qu’ils vous présentassent notre avis à tous, c’est-à-dire celui de tous les évêques du nord et de l’occident, dans lequel nous avons exprimé la profession de notre foi apostolique. Cet avis, ils ne doivent pas le défendre comme on le ferait d’une opinion incertaine. Ils doivent l’exprimer dans une définition concise, comme on le ferait des vérités indubitables et immuables. » (Lettre 3 Omnium bonorum spes aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1225)

Là encore l’infaillibilité est affirmée, au moins implicitement : la déclaration romaine n’est pas « une opinion incertaine », mais « définition concise, comme on le ferait des vérités indubitables et immuables ». Cela ne pourrait se concevoir si elle n’était pas censée être infaillible. Nous lisons ailleurs dans la Lettre :

« Nous croyons que Dieu fera à votre trône, qu’il a élevé lui-même, la faveur si rare, et qui est le privilège du très-petit nombre, d’être le moyen dont il se servira pour faire briller aux yeux de tous la lumière de la foi catholique et apostolique, qui, ayant pour principe la source même de la vraie lumière dont elle est comme le rayon, nous a été transmise par le ministère des princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par les hommes apostoliques leurs disciples et leurs successeurs, et est parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à notre médiocrité, sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer, et Dieu veuille bénir les efforts que fait votre autorité providentielle pour la conserver toujours inaltérable ! Tel a été aussi l’objet constant de la sollicitude du siège apostolique, et de tant de pontifes auxquels nous succédons malgré notre indignité : et tel est le but qu’ils se sont proposé, tantôt dans leurs décrets rendus de concert avec leurs collègues, successeurs comme eux des apôtres, tantôt dans leurs définitions synodales par lesquelles ils faisaient connaître à tous la règle de la vérité ; et ils ont maintenu jusqu’à la mort les bornes qu’il n’est pas permis de remuer, sans se laisser ni séduire par les caresses, ni effrayer par les menaces, mettant ainsi en pratique le précepte qui nous a été imposé en ces termes par notre divin maître : Celui qui me confessera devant les hommes, je le confesserai devant mon Père ; et échappant par-là même à l’anathème contenu dans ces autres paroles : Celui qui me reniera devant les hommes, je le renierai devant mon père. Car la vraie foi ne sait point varier avec les temps, pas plus que ne peut souffrir que la vérité change celui-là même que la vraie foi a pour objet, et qui a dit : Je suis le Seigneur, et je ne change point. »  (Lettre 3 Omnium bonorum spes aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682)

II) La déclaration du IIIè concile de Constantinople (680-681)

Le 15 novembre 680, lors de la 4è session de ce concile réunissant surtout des évêques Orientaux, une lecture fut donnée de la première lettre (PL, 87/1168-1169 et MANSI, 11/239-254). Puis, lors de la 18è session, le 16 septembre 681, ce fut au tour de la seconde lettre d’être lue en public et les Pères du concile l’approuvèrent et l’insérèrent dans les actes du concile. Ils déclarèrent :

« C’est le souverain prince des apôtres qui a agi de concert avec nous. Nous avons eu, pour nous aider, le pape qui dans ses lettres déclare le mystère de la vérité divine et sacrée. Rome, cette ville antique, nous a transmis la profession de foi que Dieu avait dictée à saint Pierre. La feuille sur laquelle fut inscrit le dogme a honoré la fin de ce jour ; sur cette feuille on voyait de l’encre, mais c’est réalité c’est saint Pierre qui parlait au travers du pape Agathon. […] C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. […] Tous unis sous l’inspiration du Saint Esprit, tous d’accord et tous du même avis, acquiesçant tous aux lettres de Notre Très Saint Père et Souverain pontife le pape Agathon a envoyées à Votre Puissance [ndlr : les empereurs], reconnaissant la sainte décision du concile qui dépend de lui et qui rassemble cent-vingt-cinq prélats, etc. » (MANSI, 11/666, 684 et 686)

III) Les conséquences pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. En effet, la première lettre que nous avons cité porte bien :

« Que Votre Clémence considère donc cet avertissement de Notre-Seigneur et Sauveur, l’auteur de notre foi : en promettant à saint Pierre que sa foi ne défaillirait pas, il l’engagea à confirmer ses frères. Tout le monde sait bien que les pontifes du siège apostolique, ceux qui ont précédé mon humble personne, ont réalisé cette tache sans douter de cette parole. » (Lettre 1 Consideranti mihi aux empereurs, PL, 87/1168-1169)

Puis :

« Saint Pierre a reçu du Rédempteur lui-même par une triple recommandation qui lui en a été faite, la charge de paître les brebis spirituelles qui composent son Eglise ; et c’est grâce à l’appui qu’il continue de lui prêter, que cette Eglise apostolique n’a jamais déviée par une erreur quelconque de la voie de la vérité ; aussi, de tout temps, toute l’Eglise catholique et les conciles généraux ont-ils fidèlement adhéré à son autorité comme à celle du prince de tous les apôtres, s’attachant à la suivre en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres […] Que votre auguste clémence veuille donc bien considérer que le maître et le Sauveur de tous, qui est l’auteur de la foi, et qui a promis que la foi de Pierre ne défaillira jamais, l’a averti d’affermir ses frères : charge dont se sont acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait, les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs ; et quoique bien inférieur à leurs mérites je veux, puisque la grâce divine m’a appelé à leur succéder, m’acquitter à leur exemple de ce même ministère. » (Lettre 1 Consideranti mihi aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 et suivants)

Et dans la seconde :

« Nous croyons que Dieu fera à votre trône, qu’il a élevé lui-même, la faveur si rare, et qui est le privilège du très-petit nombre, d’être le moyen dont il se servira pour faire briller aux yeux de tous la lumière de la foi catholique et apostolique, qui, ayant pour principe la source même de la vraie lumière dont elle est comme le rayon, nous a été transmise par le ministère des princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par les hommes apostoliques leurs disciples et leurs successeurs, et est parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à notre médiocrité, sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer, et Dieu veuille bénir les efforts que fait votre autorité providentielle pour la conserver toujours inaltérable ! Tel a été aussi l’objet constant de la sollicitude du siège apostolique, et de tant de pontifes auxquels nous succédons malgré notre indignité. » (Lettre 3 Omnium bonorum spes aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682)

Le pape évoque « les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs » comme s’étant « acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait » à affermir leurs frères selon les paroles du Sauveur. Il est enfin question de la saine doctrine « parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à [saint Agathon], sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer ». Aussi si tous se sont acquittés de cette tache, cela signifie qu’aucun n’a failli. Si cela ne suffisait pas à établir l’infaillibilité du Pape, nous verrons que cela le devient lorsqu’on lit les enseignement les Papes précédents auxquels ce documents renvoie nécessairement. Nous verrons non seulement comment cela prouve que la Papauté est un dogme apostolique, mais aussi comment cela répond à l’argument que les anti-romains pensent pouvoir tirer de ce même concile contre la Papauté, à travers le cas d’Honorius. Et nous verrons ensuite en quoi cela revient à dogmatiser le Filioque, et la doctrine catholique du célibat sacerdotal pour les mêmes raisons.

A) La Papauté

1) La Papauté comme dogme apostolique

Le IIIè concile de Constantinople couvre donc de son autorité tous les enseignements romains antérieurs. Cela a pour première conséquence de valider la doctrine de la Papauté qui s’y trouve exposer. En voici une recension. Nous commençons par produire le dernier témoignage dans l’ordre chronologique mais le premier par la caractère explicite. Il s’agit du Pape saint Hormisdas et de sa fameuse Règle de la Foi, dite Formulaire d’Hormisdas.

Saint Hormisdas Ier (450-523)

Dans la lettre d’instruction que le Pape saint Hormisdas remit aux légats qu’il envoyait à l’empereur byzantin Anastase, le Pape indique :

« [Vous direz à l’empereur] Les lettres du Pape Symmaque ne font que répéter la formule : Je suis les décrets de Chalcédoine ; j’admets la doctrine du Pape Léon ; ces lettres ne contiennent rien d’autre sinon l’exhortation à les observer. […]

Si [l’empereur] vous demande de quelle manière il conviendrait de rétablir l’ordre, répondez-lui en toute humilité : Votre Père [le Pape] a écrit une encyclique adressée à touts les évêques en général. Joignez-y vos lettres sacrées déclarant que vous souscrivez à l’enseignement du Siège Apostolique. Alors on reconnaîtra les orthodoxes, ceux qui n’ont jamais été séparés de l’unité du Siège Apostolique, et ceux qui leur sont contraire […]

Si l’on vous présente des requêtes contre des évêques catholiques, principalement contre ceux qui osent anathématiser  le concile de Chalcédoine et rejeter les lettres du Pape saint Léon, recevez ces requêtes, mais réservez la cause au jugement du Siège Apostolique, afin qu’ils aient l’espérance d’être entendus, et que vous nous réserviez l’autorité qui nous est due. » (Lettre IV à l’empereur Anastase, 8 juillet 515, PL 63, colonnes 376 à 378)

Ce Pape envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui déchiraient l’Orient – le 11 août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire, et y souscrivirent, preuve qu’ils adhéraient à son contenu. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome. D’après des rapports, 2500 Evêques ont souscrit à ce formulaire. En voici le texte :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi juste et de ne s’écarter d’aucune façon des décrets des pères. Et parce qu’il n’est pas possible de négliger la parole de notre Seigneur Jésus Christ qui dit :  » Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise  » [Matthieu XVI ,18], ce qui a été dit est prouvé par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du Siège apostolique [autre version du texte : c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. Ne voulant donc nous séparer d’aucune façon de cette espérance et de cette foi, et suivant en toutes choses ce qu’ont décrété les pères, nous anathématisons tous les hérétiques, et principalement l’hérétique Nestorius qui fut jadis évêque de la ville de Constantinople, condamné au concile d’Ephèse par Célestin, le pape de la ville de Rome, et par saint (l’homme vénérable) Cyrille, l’évêque de la ville d’Alexandrie ; avec celui-ci (de même) nous anathématisons Eutychès et Dioscore d’Alexandrie, condamnés au saint synode de Chalcédoine que nous suivons et embrassons (qui, suivant le saint concile de Nicée, a proclamé la foi apostolique). Nous y ajoutons (nous exécrons également) le criminel Timothée, surnommé Aelure, ainsi que son disciple et partisan en toutes choses Pierre d’Alexandrie ; et de même nous condamnons (également) et nous anathématisons Acace, jadis évêque de Constantinople, condamné par le Siège apostolique, leur complice et partisan, et ceux qui sont restés en communion avec eux ; car (Acace), s’étant joint à leur communion, a mérité la même sentence de condamnation. De même nous condamnons Pierre d’Antioche avec tous ceux qui l’ont suivi et les partisans de ceux qui ont été mentionnés plus haut. (Mais) c’est pourquoi nous recevons et approuvons toutes les lettres du bienheureux pape Léon, qu’il a écrites touchant la religion chrétienne. Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère (donc) mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie (et parfaite) la solidité de la religion chrétienne. Nous promettons (je promets) aussi que (à l’avenir) les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Eglise catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. (Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés.) Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise (envoyée) à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome. » (Règle de la Foi, dans Lettre IX à Jean Evêque de Népomucène, 11 août 515, PL 63, colonnes 393 et 394)

Enfin, le Pape saint Hormisdas nous donne une exemple de l’identification formelle entre « l’Eglise Romaine » au sens de l’Eglise locale de Rome avec l’Eglise « catholique », c’est-à-dire universelle, signifiant que cette seconde est en tout soumise à l’Evêque de cette première comme à son chef unique et universel. En effet, il écrit :

« Ce que l’Eglise Romaine, c’est-à-dire catholique […] » (Lettre 70 Sucut rationi, à l’évêque africain Possessor, 13 août 520, Chapitre 5, PL 63, colonne 493)

Voici les autres témoignages :

Saint Victor

Il est un événement de la fin du IIè siècle qui a fait coulé beaucoup d’encre au sujet de l’autorité papale. Il s’agit de la controverse de la Pâque, visant à déterminer si on devait la fêter le 14 nisan comme les juifs (les partisans de cette thèse se nommaient les quatrodécimans) ou le dimanche suivant. C’est un événement dans lequel aussi bien les défenseurs que les ennemis de la Papauté pensent trouver un argument en faveur de leurs positions. Nous nous proposons dans notre article consacré à la question, de mettre fin au débat en établissant une bonne fois pour toute que cette affaire témoigne de manière tonitruante en faveur de la souveraineté de la Chaire de saint Pierre ! On y trouera les preuves que le pape saint Victor n’a commis aucun abus d’autorité, affirmation qui se trouve quoi qu’il en soit réfuté pour un orthodoxe, en considération du IIIè concile de Constantinople !

Saint Sirice (vers 320-399)

« Nous ne refusons pas à ta demande la réponse qui convient, puisque eu égard à Notre charge, Nous n’avons pas la liberté de pouvoir dissimuler ou taire quelque chose, puisque plus qu’à tous Nous incombe le zèle pour la religion chrétienne. Nous portons les charges de tous ceux qui peinent, et plus encore : les porte en Nous le bienheureux apôtre Pierre dont Nous croyons avec confiance qu’il Nous protège et Nous garde en toutes choses comme l’héritier de son ministère… » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, Introduction, §1)

« Maintenant, que tous vos prêtres observent la règle ici donnée, à moins qu’ils ne souhaitent être arrachés à la roche solide et apostolique sur laquelle Christ a construit l’Église universelle. » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, III, §2)

« Maintenant Nous encourageons encore et encore le propos de ta fraternité d’observer les canons et de garder les décrets édictés, pour que ce que Nous avons écrit en réponse à ta demande, tu fasses en sorte que cela soit porté à la connaissance de tous nos coévêques, et non pas de ceux-là seulement qui se trouvent dans ta province ; mais ce qui a été déterminé par Nous selon une ordonnance salutaire doit être envoyé aussi, accompagné de ta lettre, à tous les évêques de Carthage, de la Bétie, de Lusitanie et de Galice. Et bien qu’aucun prêtre du Seigneur n’ait la liberté d’ignorer les décisions du Siège apostolique ou les déterminations vénérables des canons, il pourra être néanmoins très utile et — compte tenu de l’ancienneté de ton sacerdoce — très glorieux pour ta Charité, que ce qui t’a été écrit à titre spécial en termes généraux soit porté, par ton souci de l’unanimité, à la connaissance de tous nos frères : afin que qui a été édicté par Nous, non pas de façon inconsidérée mais de façon circonspecte, avec une grande prudence et longue réflexion, demeure inviolé, et qu’à l’avenir soit fermée la voie des excuses, laquelle ne pourra plus être ouverte à personne auprès de Nous. » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, XV, §2o)

Saint Damase (304-384)

« Quand votre charité, mes très-chers, et très-honorés fils, rend un profond respect au S. Siège Apostolique, elle agit très avantageusement pour vous-même. Car bien que je sois obligé de tenir le ce gouvernail de l’Eglise, où le saint Apôtre a enseigné la doctrine de l’Evangile, je me tiens tout à fait indigne de cet honneur, et travaille autant que je puis pour arriver à la félicité qu’il possède. Vous saurez donc, s’il vous plaît, que nous avons condamné le profane Timothée Disciple de l’hérétique Apollinaire, avec sa doctrine toute remplie d’impiété, et que nous espérons qu’aucun reste de sa secte ne subsistera à l’avenir. Que si ce vieux serpent revit pour son supplice, bien qu’il ait été frappé une, ou deux fois, et chassé hors de l’Eglise, et qu’il tâche de corrompre par son venin quelques fidèles, ayez soin de l’éviter, et vous souvenant toujours de la foi des Apôtres qui a été écrite, et publiée par les Évêques dans le Concile de Nicée, demeurez y fermes, et immuables  sans  permettre que ni le Clergé, ni le peuple qui sont commis à votre conduite, prêtent l’oreille aux questions vaines qui ont été abolies. Car nous avons déjà établi cette règle, que quiconque fait profession d’être Chrétien, doit observer tout ce qui est contenu dans la tradition des Apôtres, selon ce que dit le bienheureux Paul :

« Si quelqu’un vous prêche un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème. » [Galates I, 9]

Jésus-Christ fils unique de Dieu, notre Seigneur a mérité par ses souffrances. une rédemption parfaite à la nature humaine, et a délivré l’homme entier de tout péché. Quiconque dit qu’il a eu ou une divinité, ou une humanité imparfaite, est rempli de l’esprit du démon, et montre qu’il est un fils de perdition. Qu’est-il donc besoin que vous me demandiez que je dépose Timothée, puisqu’il a déjà été déposé avec Apollinaire son Maître, par le jugement du Siège Apostolique, rendu en présence de Pierre Évêque d’Alexandrie, et qu’il souffrira au jour du Jugement les supplices qu’il mérite ? Que s’il attire à son opinion de faibles esprits, et qu’après avoir renoncé à l’espérance qu’il devait avoir en Jésus-Christ, il mette sa confiance en la multitude des personnes qui le suivent, tous ceux qui voudront s’opposer avec lui aux règles de l’Église, périront aussi avec lui. Je prie Dieu qu’il vous conserve, mes très-chers fils. » (Lettre de Damase Évêque de Rome contre Apollinaire et Timothée, cité in Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, V, 10)

Le Concile de Rome (382), présidé et confirmé par le pape saint Damase

« Nous avons considéré qu’il faut annoncer que bien que toutes les Eglises catholiques se répandent à travers le monde comprennent une chambre nuptiale du Christ, néanmoins, La sainte romaine n’est pas placée devant les autres églises par des édits de synodes, mais elle a la primauté de par la parole évangélique du Seigneur et Sauveur disant : ‘Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront pas‘À cela s’est ajouté également la compagnie du très bienheureux Paul, le vase d’élection : ce n’est pas un autre moment, comme le disent sottement les hérétiques, mais au même moment, le même jour, par une mort glorieuse avec saint Pierre, qu’il a été couronné en combattant, dans la Ville de Rome, sous l’empereur Néron : et de la même manière ils ont consacré au Christ l’église romaine susdite, et par leur présence et triomphe vénérable ils l’ont placée avant toutes les autres villes dans le monde entier. Le premier siège de l’apôtre Pierre est donc l’église romaine qui n’a ni tache, ni ride, ni rien de semblable [Ephésiens V, 27]. […] Et bien que personne ne puisse poser d’autre fondement que celui qui a été posé et qui est Jésus Christ (voir 1Co 3,11), l’Eglise sainte, c’est-à-dire l’Eglise romaine, n’interdit pas que pour son édification, outre les Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testament que nous recevons selon la règle, soient reçus également ces autres écrits, à savoir : […] » (Décret de Damase, III et IV [382], cité dans la Lettre décrétale sur les livres à recevoir ou à ne pas recevoir, aussi nommée Décret de Gélase ou Décret gélasien, DS 350, 351 et 352)

Saint Anastase Ier (340-403)

« Le soin ne manquera pas de ma part à garder la foi de l’Evangile en ce qui concerne mes peuples, et de inpecter par lettre, pour autant que je le puisse, les parties de mon corps [l’Eglise] à travers les diverses régions de la terre. » (Lettre 1)

Saint Innocent Ier (mort en 417)

Les conciles de Carthage (juin 416) et de Milève (septembre 416), présidés par Saint Augustin (354-430) rendirent compte de leur travaux au Pape par ses termes des plus explicites.

Voici la lettre du concile de Carthage :

« Nous avons cru, vénérable frère, devoir porter cet acte à la connaissance de votre charité, afin que vous confirmiez par l’autorité du siège apostolique les décisions de notre médiocrité pour mettre à couvert le salut d’un grand nombre, et corriger au besoin la perversité de quelques-uns.  […] Quand même donc Pélage paraîtrait à votre sainteté avoir été justement absous par certains actes qu’on dit être des évêques d’orient, son erreur et son impiété, qui compte en divers pays tant de partisans, n’en devrait pas moins être anathématisée par l’autorité du siège apostolique. » (Lettre 90 (175) au pontife romain Innocent, Opera S. Augustini, t. II, col. 923 et 925, édit. de Gaume ; col. 617 et 619, édit. de Montfaucon)

Et la lettre que les Pères du concile de Milève et lui adressèrent au même Pape :

« Puisque le Seigneur, par un bienfait signalé de sa grâce, vous a élevé sur le siège apostolique, et vous a placé dans un poste tel, qu’il y aurait négligence de notre part à ne pas déférer à votre révérence ce que les besoins de l’Eglise demandent de nous, sans que nous puissions avoir à craindre que notre démarche soit, ou dédaigneusement repoussée, ou froidement accueillie de vous ; nous vous prions d’apporter votre soin pastoral à la guérison de membres infirmes. Car une hérésie nouvelle et excessivement pernicieuse cherche à s’élever pour anéantir la grâce du Christ. » (Lettre 92 alias 176, Cf. Opera S. Augustini, t. II, col. 927, édit. de Gaume ; col. 620, édit. de Montfaucon)

Aussi, le Pape adressa ses réponses à ces deux conciles dans deux lettres datées du même jour, le 27 janvier 417.

Il fit d’abord la réponse suivante aux Pères du concile de Carthage, dans laquelle il assimila l’Église de la ville de Rome à une source pure de toute souillure hérétique, qui vivifiait les églises locales :

« Voilà ce que vous avez estimé dans la vigilance de votre office sacerdotal, à savoir qu’on ne doit pas fouler aux pieds les ordonnances des Pères; car ceux-ci, dans une pensée plus divine qu’humaine, avaient décrété que n’importe quelle affaire à traiter, fût-ce des provinces les plus éloignées et les plus retirées, ne serait pas considérée comme finie avant d’avoir été portée à la connaissance de ce Siège, pour qu’il confirmât de toute son autorité les justes sentences et que les autres églises – comme les eaux qui jaillissent de leur source originelle et qui s’écoulent dans toutes les régions du monde par de purs ruisseaux venus de la source non corrompue – reçoivent de lui ce qu’elles prescriront et sachent qui elles doivent purifier et qui, souillé d’une fange ineffaçable, ne recevra pas l’eau digne des corps purs » (Lettre In requirendis du 27 janvier 417 aux évêques du concile de Carthage, chapitre I (Dz. 217) ; citée dans la lettre 181 (alias 191) de SAINT AUGUSTIN – PL, 33 / 780).

Ainsi que cette réponse à ceux du concile de Milève :

« Je loue la diligence que vous avez apportée à rendre hommage au siège apostolique, je veux dire au siège de celui qui, sans compter les embarras qui peuvent lui survenir d’ailleurs, est chargé du soin de toutes les Eglises, en nous consultant sur le parti que vous pouvez avoir à prendre dans vos doutes, vous conformant ainsi à l’antique règle que vous savez aussi bien que moi avoir toujours été observée par tout l’univers. Mais je me tais là-dessus, persuadé que vous en êtes d’avance parfaitement instruits, puisque vous l’avez reconnu par votre conduite même, sachant bien que le siège apostolique ne manque jamais de répondre aux consultations qui lui viennent de toutes les parties de l’univers. Mais surtout s’il s’agit de ce qui intéresse la foi, tous nos frères ou nos collègues dans l’épiscopat se font, comme je n’en doute pas, un devoir d’en référer à Pierre, ou à celui de qui il tient son nom et son privilège, ainsi que vous l’avez fait vous-mêmes pour obtenir une décision qui puisse, dans le monde entier, servir en commun à toutes les Eglises. Elles doivent en effet devenir plus prudentes, lorsqu’elles voient que, selon la relation du double synode, les inventeurs du mal sont séparés de la communion de par les déterminations de notre jugement. » (Lettre aux Pères du concile de Milève, Inter epistolas du 27 janvier 417, chapitre II (Dz 218), citée par saint Augustin, lettre 182 (alias 193), PL, 33 / 784 ; S. Augustini, Opera S. Augustini, t. II, col. 934, édit. de Gaume ; col. 638, édit. de Montfaucon)

Et nous ne pouvons que constater que saint Augustin fait entièrement siennes ces deux sentences papales ! En effet, lorsque dans sa Lettre à Paulin, saint Augustin rapporte ces actes, il recommande les réponses que le pape Innocent Ier donna par écrit, en ajoutant :

« Sur tous ces points, le pape nous a donné réponse par écrit, exactement comme le requérait le droit et comme il convenait au pontife du Siège apostolique » (Lettre 186 (alias 106), § 2 – PL, 33 / 817).

Et dans un célèbre sermon :

« Réfutez leurs contradictions, amenez-nous les quand ils résistent. Déjà effectivement on a envoyé sur ce sujet les actes de deux Conciles au Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie; puisse ainsi finir l’erreur ! Aussi les avertissons-nous de rentrer en eux-mêmes; nous prêchons pour leur faire connaître la vérité et nous prions pour obtenir leur changement. » (Sermon 131, 10).

C’est d’ailleurs des mots « Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie » que fut tirée le célébrissime adage : « Roma locuta, causa finita est » : « Rome a parlé, la cause est entendue » !

Saint Zosime (mort en 418)

Au tout début de son pontificat, Zosime, dans le cadre de ces mêmes conciles écrivit à Aurélien de Carthage :

« L’importance de l’affaire qui nous est soumise exige une enquête approfondie, afin que la balance ne soit pas plus légère que les objets qui y sont déposés. Cette maturité de jugement importe surtout à l’honneur et à l’autorité du Siège apostolique, auquel les décrets de nos Pères, par respect pour le très-bienheureux apôtre Pierre, ont attribué la solution définitive des causes majeures. Il nous faut donc redoubler de prières et de supplications pour que le Seigneur, par une grâce continuelle et un secours incessant, fasse découler de cette Chaire comme d’une source pure la paix de la foi et l’union sans nuage de la société catholique. Le prêtre Célestius s’est présenté à notre tribunal, demandant à se justifier des accusations précédemment portées contre lui. […] Or il est notoire qu’Héros et Lazare, au mépris des saints canons et malgré la résistance du clergé et du peuple, ont été, à la suite de leurs brigues, tumultueusement intronisés dans les Eglises d’Aix et d’Arles, où ils avaient été jusque-là inconnus. Il est notoire qu’ils ont depuis abdiqué leur titre, et que le Siège apostolique leur a retiré tout pouvoir et toute juridiction dans leurs Eglises, en tenant compte cependant du repentir dont ils ont plus tard donné la preuve. » (Lettre 2 à Aurélien de Carthage, PL XX, 649-650)

Plus tard, l’affaire se compliquant, Zosime eut à écrire à nouveau au même, dans une lettre où il identifie les promesses faites par le Christ en Matthieu XVI, 18 et Matthieu XVI, 19 à saint Pierre, au ministère de l’Evêque de Rome :

« La tradition de nos Pères, attribue au Siège apostolique une autorité tellement absolue dans l’Eglise, que nul n’a le droit de réformer son jugement. Cette règle canonique a toujours été observée ; la sainte antiquité non moins que la discipline actuelle sont unanimes à proclamer la puissance de l’apôtre Pierre, à qui Jésus-Christ Notre-Seigneur a conféré le privilège de lier ou de délier [Matthieu XVI, 19]. Ce privilège appartient par droit d’héritage aux successeurs du prince des apôtres. Pierre continue toujours à porter la sollicitude de toutes les Eglises, mais il veille avec un soin particulier sur le Siège de Rome qui est le sien propre ; il ne souffre ni défaillance ni incorrection dans les jugements doctrinaux émanés de la Chaire qu’il a honorée de son nom et constituée sur des fondements inébranlables [Matthieu XVI, 18]. Quiconque se heurte à cette pierre, s’y brisera. Tel est donc Pierre, le chef de la plus haute autorité qui soit ici-bas ! Les lois divines et humaines, la discipline ecclésiastique tout entière confirment ce pouvoir éclatant de l’Eglise romaine, à la tête de laquelle nous avons été établi, comme vous le savez, bien-aimés frères, dans la plénitude de l’autorité apostolique. Cependant, malgré cette puissance suprême dont le dépôt est entre nos mains, nous n’avons pas voulu agir, dans l’affaire présente, sans prendre votre avis. Dans un sentiment de dilection vraiment fraternelle, nous avons fait appel à votre conseil commun, non par ignorance de notre devoir ou par impuissance de l’accomplir en la forme la plus utile pour l’Eglise, mais parce qu’il s’agit d’un accusé qui a déjà comparu à votre tribunal, et qui se constitue devant le nôtre pour y purger un appel antérieur, provoquant lui-même sa confrontation avec ses accusateurs, et anathématisant les erreurs qui lui étaient, dit-il, faussement reprochées… Des matières aussi graves ne se jugent pas légèrement. Votre fraternité saura donc que rien n’a été changé ni dans la décision doctrinale portée par notre saint prédécesseur, ni dans le jugement à intervenir sur la question de fait relative à Célestius et à Pelage. » (Lettre 12 à Aurélien et au concile de Carthage, PL, XX, 675-676)

Saint Boniface Ier (mort en 422)

« Nous avons envoyé au synode [de Corinthe]… des directives écrites pour que tous les frères comprennent qu’on ne doit pas débattre à nouveau de ce que nous avons jugé. Jamais en effet il n’a été permis de traiter à nouveau de ce qui a été décidé une fois par le Siège apostolique. » (Lettre Retro maioribus, II, à l’évêque Rufus de Thessalie, 11 mars 422)

« L’institution de l’Eglise universelle naissante prit son départ dans le titre d’honneur du bienheureux Pierre en qui consiste son gouvernement et son couronnement. C’est de sa source en effet qu’a coulé la discipline dans toutes les Eglises, lorsque la vénération de la religion croissait déjà. Les préceptes du concile de Nicée n’attestent rien d’autre ; il n’a pas osé en effet établir quelque chose au-dessus de lui, car il voyait que rien ne pouvait être placé au-dessus de son rang, et enfin il savait que tout lui était accordé par la parole du Seigneur. Cette (Eglise romaine) est donc avec certitude pour toutes les Eglises répandues par le monde entier comme la tête de ses membres ; si quelqu’un se sépare d’elle, qu’il soit éloigné de la religion chrétienne, puisqu’il a cessé de se trouver dans ce même assemblage. » (Lettre Institutio, I, aux évêques de Thessalie, 11 mars 422)

« Demeure au bienheureux apôtre Pierre, de par la parole du Seigneur, la sollicitude reçue de lui pour l’ensemble de l’Eglise, laquelle, comme il le sait, a été fondée sur lui selon le témoignage de l’Evangile. Et jamais une position d’honneur ne peut être exempte de soucis, puisqu’il est sûr que toutes choses dépendent de sa réflexion. … Qu’il n’arrive pas aux prêtres du Seigneur que l’un d’entre eux tombe dans la faute de tenter quelque chose par une usurpation nouvelle, et qu’il devienne l’ennemi des décisions des anciens, alors qu’il sait qu’il a pour rival en particulier celui auprès de qui notre Christ a placé le souverain sacerdoce ; et quiconque se dresse pour l’outrager ne pourra être un habitant du Royaume des cieux.  » A toi, dit-il, je donnerai les clés du Royaume des cieux  » Mt 16, 19 dans lequel nul n’entrera sans la faveur du portier. Puisque le lieu l’exige, recensez s’il vous plaît les déterminations des canons, et vous trouverez quel est après l’Eglise romaine le deuxième siège, et quel est le troisième. … Jamais personne n’a levé la main avec audace contre l’éminence apostolique dont il n’est pas permis de réviser le jugement, personne ne s’est dressé contre elle s’il ne voulait pas être jugé. Les dites grandes Eglises observent les dignités par les canons : celles d’Alexandrie et d’Antioche [voir Concile de Nicée, canon 6 et Concile de Constantinople, canon 3] ; car elles ont connaissance du droit de l’Eglise. Elles observent, dis-je, les décisions des anciens, en accordant leur bonne grâce en toutes choses comme ils reçoivent cette grâce en retour : celle dont ils savent qu’ils Nous la doivent dans le Seigneur qui est notre paix. Mais puisque la chose le demande, on montrera par des documents que les Eglises des Orientaux surtout, dans les grandes affaires qui rendaient nécessaire un débat de plus grande ampleur, ont toujours consulté le Siège romain et lui ont demandé aide chaque fois que cela était nécessaire. [suivent des exemples d’appels et de requêtes dans l’affaire d’Athanase et de Pierre d’Alexandrie, de l’Eglise d’Antioche, de Nectaire de Constantinople et des Orientaux séparés au temps d’Innocent Ier] » (Lettre Manet beatum à Rufus et aux autres évêques de Macédoine, etc., 11 mars 422)

Saint Célestin Ier († 432)

« Si Nestorius, persiste, une sentence publique doit être prononcée contre lui […] et donc, en vous couvrant de l’autorité de Notre Siège, et en nous représentant, vous exécuterez cette sentence avec une sévérité résolue, que soit il condamne par écrit, dans les dix jours, à compter du jour de votre avertissement, cette fausse doctrine. […] S’il ne le fait pas, il saura qu’il est en tout point éloigné de notre corps [l’Eglise]. […]

Nous avons écrit la même chose à nos frères et Evêques Jean, Rufus, Juvénal et Flavien, afin que notre jugement sur lui, ou plutôt la sentence divine de notre Christ, puisse être connu. » (Lettre XI à Cyrille d’Alexandrie, n°4 et 5, PL tome 50, colonnes 463-464)

« Sache donc bien que voici notre sentence : Si tu ne professes au sujet de notre Christ Dieu la même foi que l’Église romaine, celle d’Alexandrie et l’Église catholique tout entière, foi qu’a très bien gardée aussi l’Église de la grande Constantinople jusqu’à toi, et n’as, dans le délai de dix jours à partir du jour de l’avertissement, condamné par une profession de foi claire et mise par écrit la perfide nouveauté qui entreprend de séparer ce que la Sainte Écriture unit (C’est-à-dire les deux natures du Christ unies en une seule personne), tu es rejeté de toute la communion de l’Église catholique. Cette forme de notre jugement sur toi, nous l’envoyons par mon fils le diacre Poséidon avec tous documents à mon coévêque Cyrille, chef de l’Eglise d’Alexandrie, qui nous a fait un rapporteur ce sujet, pour qu’il agisse en notre nom et porte à ta connaissance et à celle de tous les frères ce qui a été décidé par nous. Tous, en effet, doivent savoir ce qui se fait, toutes les fois qu’il s’agit d’un intérêt commun. » (Lettre XIII à Nestorius, n°11, PL tome 50, colonnes 483-484)

Concile d’Ephèse (431)

Le concile d’Ephèse débuta 22 juin 431, deux semaines après la date fixée (7 juin), sur l’initiative de saint Cyrille d’Alexandrie et de Memnon d’Éphèse, qui trouvent que l’on a déjà trop attendu, malgré l’absence de Jean d’Antioche, qui a fait prévenir de sa prochaine arrivée, mais qui tarde, malgré l’absence aussi des légats romains, encore en route, s’ouvre le concile annoncé. C’est pourtant bel et bien du pontife romain que ce concile tint son existence et son autorité. Nous en retraçons l’histoire : ici.

Saint Sixte III (440)

« Le bienheureux Pierre dans ses successeurs a livré ce qu’il a reçu. Qui serait disposé à se séparer de la doctrine dont le Maître lui-même a instruit le premier parmi les apôtres? » (Lettre VI à Jean d’Antioche)

Saint Léon le Grand (vers 395-461)

Parmi les célèbres monuments de l’antiquité chrétienne témoignant de la Papauté, certains sermons de saint Léon le Grand tiennent une bonne place. Il s’git de ceux qu’il prononçait chaque année lors du jour anniversaire de son élection à la Papauté. Ces sermons sont intitulés « Sermons pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat ». Nous pourrions dire que tout est dans le titre et qu’il n’est même pas nécessaire d’en produire les passages les plus significatifs, cependant nous ne voudrions pas priver nos lecteurs de ces morceaux d’anthologie de la littérature patristique où saint Léon va même jusqu’à dire que saint Pierre vivait et enseignait par la bouche de ses successeurs :

« A cette réunion, j’en ai la confiance, ne manque pas non plus la pieuse bienveillance et le sincère amour de saint Pierre, pas plus qu’il n’est absent de votre dévotion […] et il approuve donc cette charité parfaitement ordonnée de toute l’Eglise qui accueille Pierre sur le siège de Pierre et ne laisse pas s’attiédir son amour envers un si grand pasteur, même quand il porte sur la pardonne d’un héritier si inégal au modèle. » (Sermon 2 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2, PL, 54/143-144)

« En outre, comme suite à cette assistance essentielle et éternelle, nous avons reçu la protection et l’appui de l’apôtre qui, certes, ne se relâche pas de sa fonction ; et ce solide fondement sur lequel s’élève de toute sa hauteur l’édifice de l’Eglise ne se lasse aucunement de porter la masse du temple qui repose sur lui. En effet, elle ne défaille pas, la fermeté de cette foi qui fut louée par le Prince des apôtres ; et de même que demeure ce que saint Pierre a cru dans le Christ, ainsi demeure ce que le Christ a établi en saint Pierre. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2, PL, 54/145-146)

« Le bienheureux Pierre, conservant toujours cette consistance de pierre qu’il a reçue, n’a pas abandonné le gouvernail de l’Église […]. Si donc nous faisons, quelque chose de bon, si nous pénétrons avec justesse dans les questions, si quelque chose est gagné de la miséricorde de Dieu par nos supplications quotidiennes, c’est l’œuvre, c’est le mérite de celui dont la puissance vit et dont l’autorité commande dans son Siège […] À celui qu’ils savent non seulement être le maître de ce Siège, mais aussi le primat de tous les évêques. Qui par conséquent […] croient qu’il parle par son représentant que nous sommes. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 3 et 4)

« Seul saint Pierre est choisi dans le monde entier, pour être mis à la tête de toutes les nations qui seront appelées à la foi, pour être établi le chef de tous les apôtres et de tous les pères de l’Église. De la sorte, bien que le peuple de Dieu comprenne bien des prêtres et bien des pasteurs, c’est cependant saint Pierre qui les gouverne tous, comme ceux dont le Christ est le chef, et qu’il gouverne lui aussi. Très chers, Dieu a daigné attribuer à cet homme une destinée grande et admirable en l’admettant à partager sa puissance, et si Dieu a voulu que les autres chefs partagent avec lui quelque prérogative, il n’accorde jamais que par l’entremise de saint Pierre ce qu’il ne leur refuse pas » (Sermon 4 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2 – PL, 54 / 149-150)

« Saint Pierre ne cesse de présider à son siège et conserve une participation sans fin avec le souverain prêtre. La fermeté qu’il a reçu de la pierre qui est le Christ, lui, devenu également Pierre, il la transmet aussi à ses héritiers ; et, partout où paraît quelque fermeté, se manifeste indubitablement la force du pasteur. […] Qui sera assez ignorant ou assez envieux pour mésestimer la gloire de saint Pierre et croire qu’il y ait des portions de l’Eglise qui échappent à la sollicitude de son gouvernement et ne s’accroissent pas avec lui ? » (Sermon 5 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 4, PL, 54/155)

Ce pape manifesta encore l’éclat de la Papauté en d’autres endroits :

« Au cours de tant de siècles, aucune hérésie ne pouvait souiller ceux qui étaient assis sur la chaire de Pierre, car c’est le Saint-Esprit qui les enseigne » (Sermon 98).

« Comme mes prédécesseurs l’ont fait pour les vôtres, j’ai moi-même délégué à votre charité le pouvoir de représenter mon propre gouvernement, afin que vous puissiez me venir en aide […] dans la charge qui nous incombe en vertu de l’institution divine qui nous oblige à veiller comme chef suprême sur toutes les églises. Vous serez ainsi présent aux églises qui sont les plus éloignées de nous, comme si vous les visitiez à notre place. […] Cette union demande sans doute l’unanimité de sentiments dans le corps entier, mais surtout le concert entre les évêques. Quoique ceux-ci aient une même dignité, ils ne sont pas cependant tous placés au même rang, puisque parmi les apôtres eux-mêmes il y avait différence d’autorité avec ressemblance d’honneur, et que, quoiqu’ils fussent tous également choisis, un d’entre eux néanmoins jouissait de la prééminence sur tous les autres. C’est sur ce modèle qu’on a établi une distinction entre les évêques, et qu’on a très-sagement réglé que tous ne s’attribueraient pas indistinctement tout pouvoir, mais qu’il y en aurait dans chaque province qui auraient le droit d’initiative par-dessus leurs confrères, et que les évêques établis dans les villes les plus considérables, auraient aussi une juridiction plus étendue, en servant ainsi comme d’intermédiaire pour concentrer dans le siège de Pierre le gouvernement de l’Eglise universelle, et maintenir tous les membres en parfait accord avec leur chef. » (Lettre 84 à Anastase, évêque de Thessalonique, chapitre 11, PL, 54/668, 675-676)

« Ce sont là, ô Rome, les deux hérauts qui ont fait resplendir tes yeux l’Évangile du Christ. Ce sont là tes pères et tes vrais pasteurs qui, pour t’introduire dans le royaume céleste, ont su te fonder, beaucoup mieux et avec bien plus de bonheur que ceux qui se donnèrent la peine de poser les premiers fondements de tes murailles. […] Ce sont ces deux apôtres qui t’ont élevée à un tel degré de gloire, que tu es devenue la nation sainte, le peuple choisi, la cité sacerdotale et royale, et, par le siège sacré du bienheureux Pierre, la capitale du monde ; en sorte que la suprématie qui te vient de la religion divine, s’étend plus loin que jamais ne s’est portée ta domination terrestre » (Premier sermon pour la fête des saints apôtres Pierre et Paul, chapitre 1, PL 54/422-423)

Il le fit encore en donnant tel un chef les ordres suivant au concile de Chalcédoine :

« C’est pourquoi, très chers frères, nous récusons absolument l’audace de ceux qui contestent la foi divinement révélée et nous voulons que cesse cette vaine infidélité des partisans de l’erreur. Nous interdisons de défendre ce qu’il n’est pas permis de croire. Nous avons en effet parfaitement et très clairement déclaré dans notre lettre adressée à l’évêque Flavien de bienheureuse mémoire quelle doit être la sainte et authentique profession de foi dans le mystère de l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et nous l’avons fait en nous appuyant sur l’autorité des Evangiles, sur les paroles des prophètes et sur l’enseignement des apôtres. » (Lettre 93, chapitre 2, PL, 54/937-939)

Concile de Chalcédoine (451)

Convoqué par le pape saint Léon Ier sur demande de l’empereur Byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie. Se tint du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte Ephémie de la ville éponyme, sur l’actuelle rive asiatique d’Istanbul. Il réunit 343 évêques (un record) dont quatre seulement viennent d’Occident. Le concile de Chalcédoine (451) fut-il un triomphe de la Papauté ou un tribunal qui le condamna ? Les deux thèses ont leurs arguments. Les anti-romains affirment que son 28è canon en est une condamnation sans appel. Nous démontrons dans notre article sur ce concile, non seulement comment ce concile prouve comment l’Eglise se savait soumise tout entière et par le droit divin au successeur de saint Pierre, Evêque de Rome, mais encore comment l’introduction de son 28è canon confirme encore cette vérité.

Lettre synodale du concile de Rome au clergé de Constantinople (458)

« Le prélat du Siège apostolique exerce sa sollicitude sur toutes les Eglises, étant le chef de toutes, en vertu de la parole que le Seigneur a dite Pierre « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle » [Matthieu XVI, 18]. C’est en conformité arec atte parole que les trois cent dix-huit Pères rassemblés Nicée déférèrent à la sainte Eglise romaine la confirmation de leurs actes. » (Lettre synodale du concile de Rome au clergé de Constantinople, année 458, Labbe, IV, 1126)

Simplice (vers 420-483)

Ce Pape parle de « la doctrine de ses prédécesseurs de sainte mémoire, contre laquelle il n’est pas permis de disputer », ce qui signifie que l’Eglise la regarde comme infaillible de droit :

« Puisque la doctrine de nos prédécesseurs de sainte mémoire, contre laquelle il n’est pas permis de disputer, existe, et que quiconque pense de façon juste n’a donc pas besoin d’être enseigné par de nouvelles explications, mais que tout est clair et parfait par quoi quelqu’un qui a été séduit par des hérétiques pourra être instruit, ou par quoi quelqu’un qui doit être planté dans la vigne du Seigneur pourra être enseigné, implore la foi du prince très clément et fais qu’il rejette le propos de tenir un synode. » (Lettre Quantum presbyterorum à l’évêque Acace de Constantinople, Partie 3, Chapitre 2)

Saint Félix III (vers 440-492)

« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise : à cette parole, les trois cent dix-huit Pères, réunis à Nicée, demandèrent à la sainte Eglise Romaine de confirmer et de sanctionner par son autorité ce qui avait été fait. » (Lettre IV, année 483 ; in : Dion. Exig.. In praefat. conc. Nic)

Saint Gélase (mort en 496)

« C’est pourquoi, de même qu’elle n’est pas légère, la menace qui pèse sur les pontifes qui n’ont pas parlé pour le culte de Dieu, comme ils le doivent, ainsi n’est-il pas négligeable le danger – puisse-t-il ne pas exister – encouru par ceux qui, alors qu’ils devraient obéir, méprisent. Et s’il est normal que le coeur des fidèles se soumette à tous les prêtres en général qui s’acquittent convenablement de leurs divines fonctions, combien plus l’unanimité doit-elle se faire autour du préposé à ce siège, à qui la divinité suprême a voulu donner la prééminence sur tous les prêtres et que la piété universelle de l’Eglise a dans la suite constamment célébrée ?

C’est là que ta piété se rend compte avec évidence que jamais personne sous aucun prétexte humain ne peut s’élever au-dessus de la situation privilégiée de celui que la voix du Christ a placé au-dessus de tous, que l’Eglise vénérable a toujours reconnu et tient dévotement au premier rang. Elles peuvent être empêchées par des présomptions humaines, les décisions du jugement divin, mais vaincues, elles ne sauraient l’être par aucune puissance de qui que ce soit. » (Lettre à l’empereur Anastase, année 494, Denzinger, Schönmetzer, 347)

« Si nous venions à les perdre [la vraie foi et la communion de l’Eglise], ce qu’à Dieu ne plaise, comment quoi que ce soit pourrait-être restauré, surtout si, à son sommet, le Siège apostolique, était devenu teinté d’hérésie, ce que Dieu ne permettrait jamais. […] Si, à Dieu ne plaise, je devenais complice de l’hérésie perverse, j’aurai moi-même besoin d’un remède, plutôt que de pouvoir d’offrir un remède à d’autres ; et le siège du  bienheureux Pierre chercherait un remède ailleurs, plutôt que d’offrir lui-même un remède à autrui, ce que Dieu ne permettrait jamais. […] Par conséquent, les Orientaux restent fermes dans la foi catholique, car ils me voient la défendre et sont encouragés par moi. » (Lettre I, aux Evêques d’Orient)

« Pierre brilla dans cette capitale [Rome] par la sublime puissance de sa doctrine, et il eut 1lhonneur d’y répandre glorieusement son sang. C’est là qu’il repose pour toujours, et qu’il assure à ce Siège béni [le siège de Rome] par lui de n’être jamais vaincu par les portes de l’enfer » (Décrétale 14 intitulée De responsione ad Graecos)

Jean II (470-533)

Jean, Évêque de Rome, à notre très-illustre et très-clément fils Auguste Justinien.

Outre les éloges mérités qu’on peut donner à votre sagesse et à votre douceur, le plus chrétien des princes, vous êtes distingué encore comme un astre radieux, par l’amour de la foi et de la charité ; et instruit, sur ce qui concerne la discipline ecclésiastique, vous avez conservé la doctrine de la prééminence du siège de Rome ; vous lui avez soumis toutes choses, et vous avez ramené l’unité dans l’Eglise. […] Les seuls qui soient opposés à votre profession de foi sont ceux dont l’Ecriture dit : Ils ont mis leur espérance dans le mensonge, et ils ont espéré dans le mensonge ; ou ceux qui, d’après le prophète, ont dit au Seigneur : Eloigne-toi de nous, nous ne voulons pas suivre tes voies ; ceux dont parle Salomon: Ils ont erré dans leurs propres voies y et ils amassent avec leurs mains des choses infructueuses. C’est donc là votre vraie foi et votre vraie religion, que tous les pères, d’heureuse mémoire, comme nous avons dit, ainsi que tous les chefs de l’Eglise romaine, que nous suivons en toutes choses, ont décidé ; ce que le Siège apostolique a jusqu’à présent prêché et gardé fermement ; et s’il existe quelqu’un qui soit opposé à cette confession et à cette Foi du chrétien, il les jugera lui-même hors de la sainte communion et de l’Eglise catholique. […] Fait à Rome, le 8 des calendes d’avril, sous le consulat de l’empereur Justinien, consul pour la quatrième fois, et de Paulinus. » (Pape Jean II, Lettre à l’empereur Justinien, in Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

Saint Pélage Ier (vers 500-561)

« Avez-vous pu oublier les prérogatives du Siège Apostolique au point de me croire capable d’autoriser moi-même un schisme dans l’Eglise ? A Dieu ne plaise que la Siège de Pierre, établi pour garder le dépôt de la Foi, se laisse entraîner par le mouvement populaire selon les caprices de l’opinion ! […] Le très bienheureux Augustin d’illustre mémoire, s’appuyant sur les paroles de Notre-Seigneur, place le fondement de l’Eglise dans le Siège Apostolique. Il déclare schismatiques ceux qui repoussent l’autorité ou se séparent de la communion du Pontife Romain. Il ne connaît d’autre Eglise que celle qui a ses racines dans la pierre fondamentale. Comment donc pouvez-vous croire que vous n’être pas séparés de al communion d’avec le monde entier sans faire mémoire de mon nom dans la célébration des Saints Mystères, alors que quoiqu’indigne, c’est en mon humble personne que s’est transmise l’hérédité su Siège Apostolique par la succession de l’épiscopat et que se concentre à l’heure actuelle son immutabilité.

Cessez donc, vous et les fidèles confiés à votre direction, de soupçonner la foi que je professe. […] S’il vous reste sur ce point quelques difficultés à éclaircir, venez sans crainte me les exposer ; car, suivant la parole de l’Apôtre, nous sommes toujours prêt à rendre compte de notre Foi [I Pierre III, 16]. » (Lettre V [alias VI] aux Evêques de Tuscie, PL 69, colonnes 397 à 399)

Pélage II (520-579)

Ce Pape cassa les actes d’un synode tenu par et pour le patriarche de Constantinople. Son successeur saint Grégoire le Grand rapporte :

« Il y a huit ans, lorsque vivait encore notre prédécesseur Pelage, de sainte mémoire, notre confrère et coévêque Jean, prenant occasion d’une autre affaire, assembla un synode dans la ville de Constantinople, et s’efforça de prendre le titre d’universel ; dès que mon prédécesseur en eut connaissance, il envoya des lettres par lesquelles, en vertu de l’autorité de l’apôtre saint Pierre, il cassa les actes de ce synode. » (Lettres, livre V, lettre 43 à Euloge, évêque d’Alexandrie, et à Anastase, évêque d’Antioche)

Des anti-romains veulent écarter ce témoignage en disant qu’à cette occasion saint Grégoire n’a agit qu’en vertu d’un pouvoir d’appel qui lui aurait été confié par le droit ecclésiastique et non pas par droit divin. Mais cette interprétation est rendue impossible par le texte de la lettre elle-même : il y est écrit que Pélage II a agit « en vertu de l’autorité de l’apôtre saint Pierre« .

Au sujet de cette affaire de titre d’ « Evêque universel », lire notre dossier sur le sujet.

Saint Grégoire le Grand (vers 540-604)

Consulter notre article sur les enseignements et agissements papaux de saint Grégoire le Grand en cliquant ici.

B) Le Filioque

Cette décision conciliaire vient donc couvrir de son autorité les enseignements pontificaux suivants :

Saint Damase (vers 305-384)

« Credimus… Spiritum Sanctum de Patre et Filio procedentem. » ; « Nous croyons au Saint-Esprit qui procède du Père et du Fils. » (Profession de Foi au Concile de Saragosse en 380, Fides Damasi, sources : Hahn, Bibliothek der Symbole, 4e édit., Breslau, 1897, p. 276; K. Kunstle, Anti-priscilliana, Fribourg-en-Brisgau, 1905, p. 47-49.)

Saint Léon le Grand (390-461)

« ils [les priscillianistes] affirment que le Père, le Fils et le saint Esprit sont une seule et même personne et que ce Dieu unique est tantôt appelé Père, tantôt Fils, tantôt saint Esprit; Celui qui créa, Celui qui fut créé et Celui qui procède de l’Un et de l’Autre ne font qu’un; c’est une unité en trois mots, mais non pas en trois personnes. Ils ont tiré ce blasphème des sabelliens, et ils prétendent ainsi que le Père a souffert la passion. Car, si le Fils est le même que le Père, le Père a été crucifié comme le Fils; et toutes les souffrances que le Fils a éprouvées sous sa forme d’esclave, en obéissant au Père, le Père Lui-même les a partagées. Cette doctrine est entièrement opposée à la foi catholique qui explique ainsi l’unité de la Trinité: le Père, le Fils et le saint Esprit, unis sans se confondre, sont coéternels et égaux: ce n’est pas une seule et même personne, mais une même nature qui forme l’unité de la Trinité. » (Lettre dogmatique à Turibius, Evêque d’Astorga)
Notons à ce sujet que tout comme Léon III, Saint Léon Ier le Grand acceptait le Filioque comme un dogme de foi mais se sont opposés à leur insertion dans le Credo. Léon III s’y opposait notamment pour contrer l’action de Charlemagne, en définitive, l’argument des orthodoxes se retourne contre eux. C’est la Sainte Eglise romaine qui s’est opposé à l’ingérence de Charlemagne et non l’inverse.

Saint Hormisdas (450-523)

« Grand et incompréhensible est le mystère de la Trinité. Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le Saint-Esprit, une Trinité indivise, et pourtant il est connu parce qu’il est caractéristique du Père d’engendrer le Fils, caractéristique du Fils de Dieu d’être engendré du Père égal au Père, caractéristique de l’Esprit de procéder du Père et du Fils dans une seule substance de la divinité. » (Lettre 79 à l’empereur Justinien, PL 63, 514 B)

Saint Grégoire le Grand (vers 540-604)

« L’ Esprit procède essentiellement du Fils … Rédempteur qui communique aux cœurs de ses disciples l’Esprit qui procède de Lui-même » (Enseignements moraux tirés de Job, 1 : 22,2 : 92)
« Notre Seigneur … fait voir comment l’Esprit des deux [du Père et du Fils] procède d’eux, tout comme il est coéternel avec les deux … Celui qui est produit par la procession n’est pas postérieur dans le temps à ceux par qui il est mis en avant. » (Enseignements moraux tirés de Job, 25 : 4)
Lire aussi l’article Le passage des Dialogues de saint Grégoire relatif à la procession du Saint-Esprit par le Père Martin JUGIE (dans Échos d’Orient, 1908, Volume 11, Numéro 73,  pp. 321-331).

C) La doctrine du célibat sacerdotal

L’Eglise catholique enseigne que le célibat ecclésiastique n’est pas un dogme. Cependant, elle considère cette discipline comme hautement doctrinal, et comme un trésor qu’elle ne pourra jamais abandonné. Cela ne sort pas de nulle part, cela vient de l’enseignement des apôtres, liant la perfection du sacerdoce au célibat. L’église orthodoxe quant à elle, nie une telle origine au célibat sacerdotal, raison pour laquelle elle autorise des hommes déjà mariés à devenir prêtres tout en continuant à avoir une vie conjugale. Nous établissons dans notre article Le célibat des prêtres vient des apôtres ! non seulement les fondements bibliques et patristiques de la doctrine catholique. De plus, il faut savoir que l’église orthodoxe considère même comme un dogme que la doctrine catholique du célibat est fausse ! En effet, l’église orthodoxe considère les canons du concile « in Trullo » comme les vrais canons du VIè concile oeucuménique. Aussi, son 13è canon exprimant le contraire de la doctrine catholique, il s’en suit naturellement que la doctrine catholique doit nécessairement être considérée comme fausse par un orthodoxe. Nous démontrons que les canons « in Trullo » sont nuls et non avenus dans notre article, Le concile « in Trullo » (691-692) est-il valide ?. Toujours est-il que l’église orthodoxe se condamne elle-même encore une fois en acceptant le IIIè concile de Constantinople qui ratifia l’orthodoxie de tous les Papes qui avaient précédé, plusieurs de ceux-ci enseignant l’actuelle doctrine catholique sur le célibat sacerdotal. En voici la preuve :

Saint Damase (vers 305-384)

Il y a la décrétale Dominus inter (PL 13, 1181a-1194c.), en réponse à des questions posées pas des évêques des Gaules prêche elle aussi le célibat des prêtres. La critique est hésitante quant au fait d’attribuer cette dernière à Sirice ou à son prédécesseur, saint Damase. Le pape annonce d’abord qu’il va reprendre dans l’ordre les questions posées « en faisant connaître les traditions » (singulis itaque propositionibus suo ordine reddendae sunt traditiones), et en vient dans ce contexte à parler des évêques, des prêtres et des diacres, au sujet desquels, dit-il expressément, « les divines Ecritures, et pas seulement nous-même, font une obligation d’être très chastes ». Voici le texte :

Voici ce qui a été décidé. au sujet des évêques en premier lieu, mais aussi au sujet des presbytres et des diacres, qui doivent prendre part  au divin sacrifice, et dont les mains confèrent la grue du baptême et rendent présent le corps du Christ. Ce n’est pas nous seulement,  mais aussi la divine Écriture, qui les contraint à être parfaitement  chastes ; et les Pères. également, leur ont prescrit de garder la continence corporelle. C’est pourquoi, loin de nous taire, nous en dirons aussi la  raison. Avec quel sentiment de honte l’évêque ou le presbytre oserait-il prêcher la veuve ou à la vierge l’intégrité ou la continence, ou bien recommander à quelqu’un de garder chaste sa couche. si lui-même s’attache engendrer des enfants pour le monde, plutôt que pour Dieu ? Adam, qui n’a pas observé le commandement, a été chassé du paradis et s’est vu priver du Royaume, et tu crois qu’un prévaricateur pourrait entrer dans le Royaume des cieux ? pourquoi Paul dit-il : « Vous n’êtes plus dans la chair, mais dans l’esprit » [Romains VIII, 9]. Et de même : « Que ceux qui ont des femmes, soient comme s’ils n’en avaient pas. » [I Corinthiens VII, 29.] Serait-ce le peuple qu’il exhorte, et, faisant preuve de complaisance l’endroit des lévites et des prêtres, leur permettrait-il de faire l’œuvre de la chair, alors qu’il dit lui-même : « Ne vous souciez pas de la chair, pour en satisfaire les convoitises. » [Romains XIII, 14] Et ailleurs : « Je voudrais que tous soient comme moi-même ». [I Corinthiens VII, 7] Celui qui au service du Christ, celui qui est assis dans la chaire du maitre, celui-là pourrait ne pas observer la règle du service ? A propos de ces trois degrés que nous trouvons mentionnés dans les Écritures, il est prescrit que la pureté soit gardée par les ministres de Dieu, qui peuvent, à tout moment. trouver dans l’obligation, soit de conférer le baptême, soit d’offrir le  sacrifice. Quelqu’un qui est impur, osera-t-il souiller ce qui est saint, alors que les choses saintes sont pour les saints ? Du reste, ceux qui offraient les sacrifices dans le temple, demeuraient toute l’année [l’auteur pensait à tort que sous l’Ancienne Alliance, les différentes classes sacerdotales officiaient dans le Temple année par année, alors qu’ils le faisaient semaine par semaine] dans l’enceinte du temple, pour être purs, conformément la règle, et ils ignoraient complètement leurs maisons. Il est certain que les idolâtres, pour célébrer leur culte impie et immoler aux démons, s’imposent la continence à l’égard de la femme et s’abstiennent également de certains aliments, afin de rester purs. Et tu me demandes si le prêtre du Dieu véritable, qui doit offrir des sacrifices spirituels, doit demeurer perpétuellement en état de pureté, ou si, tout entier dans la chair, il doit « faire ce dont se soucie la chair. » [cf. Romains XIII, 14] Si le commerce charnel est une souillure, il va de soi que le prêtre doit se tenir prêt en vue de sa fonction céleste, afin de ne pas être trouvé lui-même indigne, alors qu’il doit supplier pour les fautes d’autrui. Car s’il est dit aux laïcs : a Abstenez-vous pour un temps, afin de vaquer la prière » [I Corinthiens VII, 5] et que ceux-là se mettent au service de la créature en faisant l’œuvre de la génération, ils peuvent bien porter le nom de prêtre, mais ils n’en peuvent avoir la dignité. S’il en va ainsi, et que cette impudence persiste, il faut [ici le texte est manquant]. C’est pourquoi, mes très chers, le mystère de Dieu ne doit pas être confié à des hommes de cette sorte, « souillés et sans foi » [cf. Tite I, 15]. chez qui la sainteté du corps apparaît polluée par l’impureté et l’incontinence. Je vous en avertis, poussé par le respect dû à la religion ; en effet, la saine raison également les exclut. Ils entendent, sans aucun doute, que « la chair et le sang ne posséderont pas le Royaume de Dieu, ni la corruption l’incorruptibilité » [I Corinthiens XV, 50]. » (Décrétales aux Evêques de Gaule, II, 5-6)

Saint Sirice (vers 320-399)

Ce Pape est connu pour avoir, durant son souverain pontificat, écrit plusieurs décrétales imposant le célibat aux prêtres. Ces trois documents ont été publiés par le Pape Sirice au début de son règne en différentes circonstances. Le premier rappelle à l’ordre le clergé espagnol. Le second rend compte des décisions prises lors d’un synode romain et le troisième répond aux questions d’évêques gaulois. Ce sont des textes d’une première importance pour l’Histoire du célibat sacerdotal car, d’une part ils supposent naturelle et bien établie la discipline de la continence parfaite, et d’autre part la principale argumentation qu’ils présentent pour condamner ceux qui ne se soumettent pas à cette dernière est la contradiction avec la tradition reçue des Apôtres. Ces décrétales possèdent aussi un intérêt exégétique, à cause de l’interprétation de l’ « unius uxor vir » des épîtres de Saint Paul ainsi qu’un intérêt théologique en donnant des motifs du célibat des clercs. En voici des extraits :

Chapitre VII

§8. De l’incontinence des clercs

Venons-en maintenant aux très saints ordres des clercs. Comme nous l’apprend ta Charité, nous voyons que dans vos provinces ils sont foulés aux pieds et plongés dans la confusion, au grand détriment de l’honneur dû à la religion. C’en est à un tel point qu’il nous faut dire avec Jérémie : « Qui changera ma tête en fontaine, ou mes yeux en source de larmes, que je pleure ce peuple jour et nuit ? » (Jérémie IX, 1) […] Nous avons appris en effet que beaucoup de prêtres du Christ et de lévites, longtemps après leur consécration, ont procréé une descendance aussi bien de leur propre mariage que d’un commerce honteux, et qu’ils défendent leur méfait en prétextant qu’on lit dans l’Ancien Testament que la permission d’engendrer est accordée aux prêtres et aux ministres.

§9. Il est vain d’invoquer l’autorité de l’Ancien Testament

[…] Qu’on me le dise a présent : pourquoi (la Seigneur) avertit-il en ces termes ceux à qui étaient confiées les choses saintes entre toutes : Soyez saints, parce que je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu (Lv 20, 7) ? [Contre cet argument le pontife romain objecte :] Pourquoi a-t-il même été enjoint aux prêtres d’habiter loin de leur maison, au temple, l’année de leur tour de service ? Pour la raison qu’ils ne devaient avoir de commerce charnel pas même avec leurs femmes, de manière à briller par la pureté de leur conscience et à offrir ainsi un sacrifice agréable à Dieu. A ces hommes, une fois accompli le temps de leur service, l’usage des rapports conjugaux avait été concédé dans l’unique but de s’assurer une descendance, étant donné que personne ne pouvait être admis au ministère divin en dehors (des membres) de la tribu de Lévi.

§10. La loi indissoluble de la continence des prêtres et des diacres

C’est pourquoi après nous avoir illuminé par sa venue, le Seigneur Jésus atteste à son tour dans l’Évangile qu’il est venu accomplir la Loi et non l’abolir Mt 5,17. Et pour cette raison il a voulu que la forme de l’Église dont il est l’Époux, brille de la splendeur de la chasteté, de manière qu’il puisse la trouver… « sans tache ni ride » (Ep 5,27) au jour du jugement, lorsqu’il viendra à nouveau. Par la loi indissoluble de ces dispositions nous sommes tous liés, prêtres et lévites, pour que du jour de notre ordination nous consacrions nos cœurs et nos corps à la sobriété et à la chasteté, de sorte que nous plaisions au Seigneur notre Dieu dans les sacrifices que nous offrons quotidiennement. » (Lettre décrétale I Directa ad decessorem à l’évêque Himère de Tarragone, 10 février 385, Chapitre VII, §8 à 10, PL 13, 1138-1139)

Cette décrétales citée par Gratien, distinction 82, contient aussi les mots suivants :

« Or, ceux qui vivent selon la chair ne peuvent, comme nous l’enseigne ce vase d’élection, être agréables à Dieu (Rom., VIII, 8). Mais vous, vous ne vivez plus selon la chair, mais selon l’esprit, si toutefois l’Esprit de Dieu habite en vous (I Cor., III, 16). Et où l’Esprit de Dieu pourra-t-il habiter, sinon dans des corps qui soient saints, comme nous le disions tout-à-l’heure ? Toutefois, comme quelques-uns de ceux dont nous parlons gémissent ainsi que vous nous le rapportez, de ce que leur ignorance a été la cause de leur chute, notre sentiment est qu’il faut user à leur égard de quelque indulgence, à condition que, sans espérance de pouvoir s’élever plus haut, ils resteront toute leur vie au rang où ils étaient quand ils sont tombés et avec promesse de leur part de garder désormais la continence. Quant à ceux qui allèguent pour leur excuse un privilège abusif, et qui soutiennent que cela leur était permis par l’ancienne discipline, qu’ils sachent qu’en vertu de notre autorité ils seront privés dorénavant de toute charge ecclésiastique, puisqu’ils en ont si mal usé jusqu’ici, et qu’ils ne pourront plus à l’avenir célébrer les saints mystères, dont ils se sont eux-mêmes exclus en cherchant à satisfaire d’impures passions. Et comme les exemples que nous avons sous les yeux sont pour nous un avertissement de nous précautionner pour l’avenir, si désormais ce qu’à Dieu ne plaise, un évêque, un prêtre ou un diacre se trouve dans un cas semblable, qu’il sache que tout accès lui sera interdit à notre indulgence ; car il est indispensable de retrancher avec le fer des chairs corrompues qu’aucun médicament ne peut guérir. »

Un an plus tard, en janvier 386, un concile de 80 évêques tenu à Rome prit un ensemble de décisions que Sirice communiqua à divers épiscopats en insistant sur la fidélité aux traditions venues des apôtres, car :

« il ne s’agit pas d’ordonner des préceptes nouveaux, mais de faire observer ceux qui, par suite de l’apathie ou de la paresse de certains, ont été négligés. Ces préceptes ont été établies par une constitution apostolique et par une constitution des Pères, comme il est écrit : ‘Ainsi donc, frères, demeurez fermes, et retenez les instructions que vous avez reçues, soit par notre parole, soit par notre lettre’ (2 Thess. 2, 15). En fait, il y en a beaucoup qui, ignorant les statuts de nos ancêtres, ont violé la chasteté de l´Église par leur arrogance et ont suivi la volonté du peuple, sans être effrayé du jugement de Dieu […]

[Chapitre VII, §3] En outre, comme il est digne, chaste et honnête de le faire, nous conseillons ceci : que les prêtres et les lévites n’aient pas de relation avec leur épouse, étant donné qu’ils sont absorbés par les devoirs quotidiens de leur ministère. Car saint Paul écrivait aux Corinthiens : Abstenez-vous d’user du mariage pour pouvoir vaquer à la prière (I Cor., VII, 8). Si donc la continence est ordonné aux laïques pour qu’ils puissent être exaucé dans leurs prières, à combien plus forte raison un prêtre ne doit-il pas être préparé à tout moment par une parfaite pureté au saint sacrifice, ou au sacrement de baptême qu’il peut être appelé à administrer tous les jours ? S’il se voyait en pareille occasion souillé de quelque impureté charnelle, que pourrait-il faire ? S’excuserait-il de répondre à la demande qu’on lui ferait ? ou, s’il y répondait dans quelles dispositions le ferait-il ? Comment pourrait-il se croire en état d’être exaucé, tandis qu’il est écrit : Tout est pur pour ceux qui sont purs ; rien au contraire n’est pur pour les impurs et les infidèles (Tit., I, 15) ? C’est pourquoi j’exhorte, j’avertis, je supplie : qu’on fasse disparaître cet opprobre, dont même le paganisme peut à bon droit nous faire un reproche. Peut-être croit-on que cela (est permis) parce qu’il est écrit : ”le mari d’une seule femme ? » Mais Paul n’a pas parlé d’un homme qui persisterait sans la désir d’engendrer ; il a parlé en vue de la continence qu’il lui faudrait pratiquer (propter continentiam futuram). Car il ne pouvait pas repousser du sacerdoce ceux qui seraient purs de tout commerce charnel, celui qui avait dit : Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi (I Cor., VII, 7), et ailleurs en termes encore plus significatifs : Ceux qui vivent selon la chair ne sauraient être agréables à Dieu (Rom., VIII, 8). Pour vous, vous ne vivez plus selon la chair, mais selon l’esprit. » (Lettre décrétale V Cum in unum, janvier 386, aux Evêques d’Afrique, Chapitre I, §1 et Chapitre VII, §3, PL 13, 1155, 1156 et 1160)

Ce que nous disent ces trois décrétales (les deux qui sont avec certitude de saint Sirice et celle sont on ne sait pas si elle est de saint Sirice ou de saint Damase) est d’une importance primordiale pour l’histoire de la loi du célibat-continence. Elles présupposent d’abord, comme une chose normale et légitime, de nombreuses situations matrimoniales dans les rangs au clergé. C’est en tout bien tout honneur que des hommes, mariés avant l’ordination, exerçaient alors les fonctions sacerdotales, et accédaient même à l’épiscopat. Une fois ordonnés, ces époux devaient vivre dans la continence parfaite, une obligation qui concerne a la fois les évêques, les prêtres et les diacres. Les infractions à cette discipline étaient fréquentes en cette fin au 4ème siècle, tant en Espagne que dans les Gaules. En outre, plusieurs la contestent ouvertement en essayant de se justifier par des arguments scripturaires, notamment par l’exemple des prêtres de l’Ancien Testament, et par la consigne paulinienne recommandant à Timothée de choisir pour l’épiscopat et le diaconat « le mari d’une seule femme ». La réponse de Sirice et des évêques romains est que la discipline contestée n’est pas une innovation, mais se rattache à la tradition apostolique. Elle trouve aussi son fondement dans l’Ecriture, en particulier dans les textes mêmes que certains veulent utiliser pour la combattre : les lévites de l’Ancienne Alliance pouvaient avoir des enfants, mais ils étaient tenus à la continence temporaire lors de leur service au Temple ; à plus forte raison, les prêtres de la Nouvelle Alliance sont-ils tenus à la continence perpétuelle. Quant à la consigne paulinienne de l’unius uxoris virum, elle a été édictée propter continentiam futuram ; si saint Paul a fait de la monogamie une condition d’accès aux ordres, c’est parce que la fidélité à une seule femme est à ses yeux une garantie prouvant que le candidat sera capable de pratiquer la continence parfaite après son ordination. S’ils doivent être les hommes d’une seule femme, c’est que l’expérience de fidélité à une même épouse est une garantie de chasteté pour le futur. Cette lecture de 1 Tm 3, 2-12 et Tt 1, 6 a été peu remarquée par les exégètes modernes ; elle est cependant une pierre d’angle de l’argumentation chez Sirice, et chez nombre d’écrivains patristiques, pour asseoir la discipline du « célibat-continence » sur des fondements scripturaires.

Est-il besoin de souligner l’autorité de ces textes ? Tous trois émanent au pontife romain : la réponse à Himère de Tarragone est du pape Sirice ; la décrétale Cum in unum, qui promulgue les décisions d’un concile de 80 évêques, est entièrement assumée par Sirice ; quant à la décrétale Directa, elle est aussi l’œuvre d’un synode romain, que le pape prend à son compte. Nous sommes par conséquent en présence de prises de position de celui qui, successeur de Pierre sur le siège de Rome, est non seulement l’héritier des fonctions de l’Apôtre, mais la voix par qui Pierre lui-même continue de diriger l’Eglise : « Nous portons les fardeaux de tous ceux qui sont chargés, écrit Sirice, ou, bien plutôt, il les porte en nous le bienheureux apôtre Pierre… » Comme le dira plus tard le pape Sixte III dans une formule précise : « Le bienheureux apôtre Pierre reçoit, dans ses successeurs, ce qu’il a lui-même transmis » (Beatus Petrus apostolus in successoribus suis quod tradidit hoc accepit).

Saint Innocent Ier (mort en 417)

Ce pape écrivit deux célèbres Lettres traitant du sujet : la Lettre Etsi tibi en 404 à saint Victrice, évêque de Rouen et la Lettre Consulenti tibi en 405 à saint Exupère, évêque de Toulouse. deux Lettres dans lesquelles il confirma la continence les prêtres et les diacres selon la règle édictée par Sirice dans la lettre à Himère en le reprenant presque mot pour mot.

Chez Gratien, distinction 82, chapitre 1, on trouve citées ces paroles du pape Innocent I à Exupère :

« Vous demandez quelle conduite il faut garder à l’égard des diacres ou des prêtres dont des femmes devenues mères ont trahi l’incontinence. Sur ce point les prescriptions divines sont assez connues, ainsi que les instructions données par l’évêque Sirice, de bienheureuse mémoire, portant que les prêtres et les diacres incontinents devaient être privés de toute fonction ecclésiastique, et que tout accès devait leur être interdit à un ministère que la continence seule peut remplir convenablement. Car c’était un point de l’ancienne loi, et qui a été observé dès le commencement, que les prêtres demeureraient dans le temple pendant tout le cours de l’année où ils seraient en fonctions, afin qu’étant occupé à offrir des sacrifices, ils passent se conserver purs et sans tache, et qu’on n’admettrait à remplir ce saint ministère personne qui aurait eu commerce avec sa propre femme, attendu qu’il est écrit : Soyez saints, parce que je suis saint, moi qui suis le Seigneur votre Dieu. Il est vrai qu’on leur permettait pourtant d’user de leurs femmes à cause de la nécessité qu’il y avait pour eux de se donner une postérité, le sacerdoce étant exclusivement réservé aux hommes de la tribu de Lévi. Combien donc la continence ne doit-elle pas être gardée davantage, à partir du jour de leur ordination, par des prêtres ou des lévites dont le sacerdoce ou le ministère n’a point à se perpétuer dans une même famille, et pour qui il ne se passe pas un seul jour où ils ne puissent être appelés, soit à célébrer les saints mystères, soit à conférer le sacrement de Baptême ? Car si l’apôtre saint Paul écrivait aux Corinthiens de s’abstenir de l’usage du mariage pour qu’ils pussent vaquer à la prière, c’est à des laïques qu’il faisait cette injonction, à combien plus forte raison des prêtres devront-ils user de cette retenue, eux dont les prières et les sacrifices doivent être continuels ! Que s’ils sont souillés de quelque impureté charnelle, de quel front oseront-ils offrir des sacrifices ? Comment pourront-ils se croire en état d’être exaucés, tandis qu’il est écrit : Tout est pur pour ceux qui sont purs ; rien au contraire n’est pur pour les impurs et les infidèles. Mais peut-être s’autoriseront-ils de ce que l’Apôtre compte parmi les qualités d’un évêque, qu’il n’ait qu’une femme. Mais l’Apôtre ne dit pas que l’évêque doive pour cela continuer à engendrer des enfants ; il veut plutôt indiquer les règles de continence que l’évêque devra garder par la suite. Car il ne pouvait pas repousser du sacerdoce ceux qui seraient purs de tout commerce charnel, celui qui avait dit : Je voudrais que tout le monde fût comme moi ; et encore plus expressément : Ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu. Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l’esprit. L’Apôtre ne dit pas non plus que l’évêque doit engendrer des enfants, mais seulement qu’il peut en avoir ; ce qui est bien différent. S’il est prouvé que quelques-uns n’auront pas pu avoir connaissance du règlement donné pour toutes les provinces par l’évêque Sirice, on leur pardonnera leur ignorance, à condition que dorénavant ils s’abstiendront de l’usage du mariage ; et on pourra les maintenir dans le rang qu’ils occupent, mais sans qu’ils puissent être élevés à un degré supérieur. Ils devront même regarder comme une grâce d’être maintenus dans une place qu’ils auraient mérité de perdre. Mais si d’autres sont convaincus d’avoir connu le règlement de Sirice, et de n’en avoir pas moins continué de s’abandonner à leurs désirs sensuels, il faudra les déposer sans miséricorde, en punition de ce qu’ils auront mieux aimé suivre leur convoitise, que d’obéir à une injonction qu’ils ne pouvaient ignorer. »

 Saint Léon le Grand (390-461)

« Quoique ceux qui n’appartiennent pas au clergé soient libres de se malin et de se donner des enfants, cependant, pour l’honneur de la parfaite continence, nous interdisons même aux sous-diacres tout commerce charnel : de sorte que ceux qui ont des femmes doivent faire comme s’ils n’en avaient pas, et ceux qui n’en ont pas demeurer dans le célibat. Si cette règle doit être observée dans l’ordre du sous-diaconat, qui n’est que le quatrième à partir du plus élevé, à combien plus forte raison ne doit-elle pas s’observer dans les trois degrés supérieurs, savoir, le diaconat, la prêtrise et l’épiscopat, dont doivent paraître indignes ceux qu’on saurait n’avoir pas pleinement renoncé à l’usage du mariage ? » (Lettre 14, 4 à l’évêque Anastase)

« La loi de continence est la même pour les ministres de l’autel (les diacres) que pour les évêques et les prêtres. Lorsqu’ils étaient encore des laïcs ou des lecteurs, ils pouvaient être autorisés à se marier et à procréer des enfants. Mais dès qu’ils atteignaient les degrés nommés ci-dessus, ce qui autrefois leur était permis cessait désormais de l’être. Pour que du mariage selon la chair naisse ainsi un mariage spirituel, il est nécessaire non pas qu’ils répudient leurs épouses, mais qu’ils les aient comme n’en ayant pas, afin que soit gardé l’amour conjugal mais que cesse en même temps l’usage du mariage. » (Lettre 167, 5 à Rustique, évêque de Narbonne)

Saint Léon le Grand n’hésite pas à permettre, lorsque c’est prudent, la cohabitation des époux au nom du lien qui les unit tout en excluant l’union charnelle. Il est ainsi dans la droite ligne du troisième canon du concile de Nicée dans son interprétation traditionnelle. Il affirme par ailleurs l’obligation du célibat pour les sous-diacres.

Saint Grégoire le Grand (vers 540-604)

Ce pape atteste indirectement dans ses lettres que, pour l’essentiel, la continence cléricale était observée dans l’Église. Il décréta que l’ordination au sous-diaconat était définitive et entraînait pour tous le devoir de continence :

« Il nous est revenu de plusieurs côtés que c’était depuis longtemps la coutume établie parmi vous de permettre aux sous-diacres de contracter mariage. Pour que cet abus ne se renouvelle plus à l’avenir, le diacre de ce siège apostolique, agissant en vertu de l’autorité de notre prédécesseur, mit à choix ceux de ces sous-diacres qui étaient mariés, ou de n’avoir plus de commerce avec leurs femmes, ou de se retirer du ministère sacré… Que votre fraternité soit donc vigilante sur ce point, et qu’elle prenne garde ce que ceux qu’elle élèvera à cet office renoncent, s’ils sont mariés, à user de leurs femmes ; qu’elle les oblige en un mot par des ordres sévères à se conduire en tout conformément aux décrets du siège apostolique. » (Registre des lettres, III, 34 à Léon, évêque de Catanensem)

« Que les évêques n’ordonnent sous-diacres que ceux qui ont commencé par leur promettre de vivre dans la chasteté, parce qu’on ne doit employer au service de l’autel que ceux dont la chasteté a d’abord été éprouvée. » (Lettre au sous-diacre Pierre)

De plus, il s’employa à plusieurs reprises à interdire en toutes circonstances la cohabitation des clercs majeurs avec des femmes non autorisées à le faire, cette cohabitation devant donc être empêchée. Comme les anciennes épouses n’appartenaient pas, normalement, aux femmes autorisées, on a ici une interprétation remarquable du 3ème canon correspondant de Nicée.

Luther calomnia Saint Grégoire en disant de lui : « S. Grégoire a enseigné des maximes détestables, c’est lui qui a inventé le purgatoire, les messes des morts [réfutation: ici], l’abstinence, le célibat, le capuchon, toutes les momeries : le diable le possédait, je ne donnerais pas un pfennig de tous ses écrits. » (Abbé Joseph-Epiphane DARRAS, Histoire générale de l’Eglise, Tome 33, p. 127/128).

IV) Le IIIè concile de Constantinople n’a-t-il pas condamné le Pape Honorius comme « hérétique » ?

A) Le concile n’a pas pu se contredire

1) La reconnaissance de l’orthodoxie de tous les Papes sans en excepter Honorius

Nous pouvons déjà souligner l’incohérence radicale qu’il y aurait entre la déclaration d’infaillibilité des Papes faite par le concile que nous venons de voir, et la condamnation d’un Pape comme « hérétique » ! Mais alors comment expliquer la coexistence des deux faits ? De plus, ces bien la déclaration des Pères du concile, affirmant de fait l’infaillibilité des Papes, que saint Léon II confirme avec l’autorité de saint Pierre

2) La reconnaissance de l’orthodoxie de tous les Papes sans excepter ceux qui ont garantit l’orthodoxie d’Honorius

De plus, ladite déclaration confirmant la perfection doctrinale de tous les Papes antérieurs, en plus d’Honorius lui-même, il y a deux autres Papes qui ont garantit son orthodoxie à lui aussi. Il s’agit de Jean IV :

« Le patriarche Serge de bienheureuse mémoire a fait savoir au pontife de la ville de Rome susdit, de sainte mémoire (Honorius), que certains affirmaient qu’il y avait dans notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ deux volontés contraires ; ayant appris cela, ledit pape lui répondit que de même que notre Sauveur est une unité unique, de même aussi il a été conçu et est né miraculeusement au-dessus de tout genre humain. Et en raison de sa sainte économie incarnée, il enseignait que notre Rédempteur, de même qu’il est Dieu parfait est aussi homme parfait, pour que, né sans aucun péché, il rétablisse la noblesse de l’état originel que le premier homme avait perdu par la transgression. Il est donc né comme le second Adam, n’ayant aucun péché, ni du fait de la naissance, ni du fait de ses rapports avec les hommes ; car le Verbe fait chair dans la ressemblance avec la chair de péché a pris tout ce qui est nôtre, sans porter aucune culpabilité encourue de par la transmission de la transgression […]

L’unique et seul médiateur sans péché de Dieu et des hommes est donc l’homme Christ Jésus [I Timothée II, 5], qui a été conçu et est né libre au milieu des morts. Dans l’économie de sa chair sainte il n’avait donc jamais deux volontés opposées, et jamais la volonté de sa chair n’a contredit la volonté de son esprit […]

Puisque donc nous savons qu’en lui, lorsqu’il est né et qu’il était en rapport avec les hommes, il n’y avait absolument aucun péché, nous déclarons, comme il convient, et nous confessons en vérité une seule volonté dans l’humanité de son économie sainte, et nous ne prêchons pas deux volontés contraires, de l’esprit et de la chair, comme dans un simple homme, à la façon dont manifestement le prétendent dans leur délire certains hérétiques.

C’est de cette façon donc qu’il apparaît… qu’il (le pape Honorius) a écrit (à Serge), à savoir que dans notre Sauveur il n’y a d’aucune manière deux volontés opposées, c’est-à-dire dans ses membres [Romains VII, 23] puisqu’il n’a contracté aucun défaut de la transgression du premier homme.

Mais pour que nul, de moindre intelligence, ne blâme (Honorius) de ce qu’il ne parle que de la nature humaine et non pas également de la nature divine… celui qui en débat doit savoir qu’il s’agit d’une réponse donnée à une question dudit patriarche. Pour le reste aussi on a coutume d’appliquer l’aide de la médecine là où se trouve la blessure. Et le bienheureux Apôtre lui aussi, manifestement, l’a souvent fait lorsqu’il s’adaptait à l’habitude des auditeurs ; tantôt, lorsqu’il parle de la nature la plus éminente, il se tait totalement quant à la nature humaine ; tantôt, traitant de l’économie humaine, il ne touche pas le mystère de sa divinité […]

Mon prédécesseur susdit disait donc, dans son enseignement sur le mystère de l’Incarnation du Christ,qu’il n’a pas existé en lui, comme en nous pécheurs, deux volontés contraires, de l’esprit et de la chair. Ce que certains ont retourné en leur propre conception, et ils ont pensé qu’il aurait enseigné une seule volonté de sa divinité et de son humanité, ce qui est totalement contraire à la vérité. » (Lettre II Dominus qui dixit à l’empereur Constantin III, printemps 641, PL, tome 80, colonnes 602 à 607)

Ainsi que le Pape saint Martin Ier qui déclara la parfaite orthodoxie de tous ses prédécesseurs, sans excepter Honorius. Il le fit dans ses lettres aux Eglises d’Antioche et de Jérusalem, où il oppose à la conduite des patriarches de Constantinople, tous hérétiques, celle des Pontifes romains , tous défenseurs vigilants des trésors de l’Eglise :

« Je dois vous informer, vénérables frères, de ce qui s’est passé ; nous avons vu, de notre temps, s’élever contre la foi orthodoxe les personnages que nous devons qualifier de ravisseurs : c’est Théodore évêque de Pharan, Cyrus évêque d’Alexandrie, Sergius évêque de Constantinople, et ses, successeurs Pyrrhus et Paul. Les hérétiques ont essayé d’enlever à l’Eglise les trésors de sa foi ; mais nous, je veux dire les Pontifes du Siège apostolique, nous les avons empêchés de nous dépouiller ainsi de nos richesses. »

Le même Pape avait dit, dans son discours d’ouverture au concile de Latran :

« Les catholiques ont porté leurs plaintes de divers lieux au Siège apostolique, et lui ont dénoncé, par écrit et de vive voix, la conduite des patriarches de Constantinople. Nos prédécesseurs d’apostolique mémoire n’ont point cessé d’écrire en divers temps à ces évêques ; ils les ont priés, admonestés, menacés, ils les ont fait avertir par des légats expressément envoyés à cette fin. Tout a été inutile. » (Labbe, VI, 82 et suivants ; Acta conc., IV, 702)

En supposant la prévarication d’Honorius, un tel langage eut-il été possible ?

Et de fait, nous rappelons les déclarations du VIè concile de Tolède (638) présidé saint Braulion de Saragosse (mort en 646 ou 651), de saint Sophrone de Jérusalem parlant par la voix de son diacre Etienne de Dor lors du concile du Latran (649), ainsi que de saint Maxime le Confesseur, tous insoupçonnables d’hétérodoxie dans a crise monothélite, qui affiment la perfection doctrinale d’Honorius. Nous mentionnons ces déclarations dans notre article La Papauté depuis les apôtres.

Nous y ajoutons ce témongnage d’un saint, postérieurement au IIIè concile de Constantinople, c’est-à-dire de quelqu’un qui n’aurait jamais été considéré ni comme saint, ni même comme membre de l’Eglise s’il ne s’atait pas soumis au concile. Il s’agit de saint Bède le Vénérable (672/673-735) :

« Honorius était vif d’esprit, sage de conseil, illustre en doctrine, recommandable par son humilité et par sa douceur. » (Histoire ecclésiastique du peuple anglais, IX, 17)

Le témoignage de saint Théodore Studite (759-826) que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental.

Par ailleurs un catholique a pu écrire de lui qu’il était :

« une des figures les plus attachantes de la Byzance impériale et la gloire de l’Église d’Orient au IXe siècle. On a pu dire de lui qu’il fut l’un des derniers catholiques de Constantinople, le dernier peut-être des écrivains ecclésiastiques grecs qui n’aient point connu l’asservissement aux empereurs; que son éloquence atteint parfois à l’éloquence de saint Jean Chrysostome et de Démosthène lui-même » (Abbé Eugène MARIN, Saint Théodore (759-826), Colection « Les Saints », Paris, Paris, V. Lecoffre-J. Gabalda, 1906, p. I)

Or, il est manifeste qu’il croyait en l’infaillibilité des Papes et en la suprématie des Papes sur les Conciles, nous le démontrons dans notre article La doctrine de saint Théodore Studite (759-826), « l’un des derniers catholiques de Constantinople ». Mais bien entendu, cela n’aurait jamais pu avoir lieu s’il avait été entendu, surout en Orient, qu’Honorius fut hérétique.

Il y a encore un dernier témoignage en faveur de la rectitude doctrinale d’Honorius : le IVè concile de Constantinople (870). En effet, bien que celui-ci renouvela l’anathème contre Honorius, il n’en déclara pas moins l’infaillibilité des Papes comme le fit le IIIè concile de Constantinople, et interdit même de parler contre les Evêques de Rome. Tout cela est montré dans notre article La Papauté depuis les apôtres. L’Eglise catholique est la seule Eglise à reconnaître ce concile, aussi il ne peut servir d’argument d’autorité ou d’argument ad hominem, mais il reste un argument de raison indéniable : il est impossible que les Pères du IVè comme ceux du IIIè concile de Constantinople aient proclamé l’infaillibilité des Papes et en même temps accusé d’hérésie un d’entre eux au sens strict du terme. Nous y reviendrons plus bas.

B) Ce que nous apprend la Lettre de ratification du concile par le Pape saint Léon II

1) La formule de ratification implique que toute l’Eglise reconnaissait divine de la Papauté infaillible

C’est le Pape saint Léon II qui ratifia les décret du IIIè concile de Constantinople dont nous venons de parler, et qui lui donna sa forme de concile général, lui donnant force obligatoire pour l’Eglise universelle. Voici ses mots :

« Nous avons appris en effet que le saint et grand synode universel [Constantinople III] a pensé de même que tout le concile réuni autour de ce saint Siège apostolique [le Concile de Rome tenu en 680] […] Et parce que [le concile de Constantinople] a proclamé dans toute sa plénitude […] la définition de la foi juste que le Siège apostolique du bienheureux apôtre Pierre, lui aussi […] a reçue avec vénération, pour cette raison Nous aussi et, par notre ministère, ce vénérable Siège apostolique, d’un accord unanime, Nous donnons notre assentiment à ce qui a été défini par lui, et Nous le confirmons par l’autorité du bienheureux Pierre. »(Lettre III Regi regum, à l’empereur Constantin IV, vers août 682, PL 96, 404 et 405)

Nous avons ici deux éléments. Le premier est le constat que le IIIè concile de Constantinople « pense de même » que le concile de Rome tenu en 680, réunissant 125 Evêques autour du Pape saint Agathon qui, comme nous l’avons vu, affirme l’infaillibilité des Papes (Lettre 3 Omnium bonorum spes aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682). Cela signifie que le IIIè concile de Constantinople reconnaît l’infaillibilité des Papes. Le deuxième élément est l’affirmation faite par saint Léon II que c’est en vertu de l’autorité de l’apôtre Pierre qu’il confirme le concile. Preuve qu’il était clair non seulement pour lui mais aussi pour ses destinataires qu’il était le chef visible et infaillible de droit divin de l’Eglise de Jésus-Christ, et que rien ne pouvait avoir cours sans son approbation expresse ou tacite.

2) Ce qu’il dit en mentionnant la condamnation d’Honorius : une impossible hétérodoxie d’Honorius et une condamnation différente de celle des autres

Ce qu’il dit prouve que cette condamnation est loin d’avoir cette portée. C’est un autre passage de cette même lettre de saint Léon II qui nous donne la réponse. Le voici :

« Nous anathématisons les inventeurs du nouveau dogme : Théodore, évêque de Pharau, Cyrus d’Alexandrie, Sergius, Pyrrhus, Paul, Pierre, intrus plutôt qu’évoques de l’Eglise de Constantinople, et aussi Honorius qui ne s’efforça pas de maintenir la pureté de cette Eglise apostolique, par renseignement de la tradition des apôtres, mais qui permit que cette Eglise sans tache fût souillée par la trahison profane. » (Lettre III Regi regum, à l’empereur Constantin IV, vers août 682, PL 96, 408)

Il écrit la même chose dans sa Lettre VI aux Evêques d’Espagne (PL, 96, 414). Nous pouvons tirer plusieurs conclusions de ce que nous venons de dire de cette lettre de saint Léon II. Toutes contredisent l’argument que les anti-romains voudraient tirer contre la Papauté.

Premièrement : de la même manière que le IIIè concile de Constantinople n’a pas pu à la fois proclamer l’infaillibilité des Papes et condamner l’un d’entre eux comme hérétique au sens strict, saint Léon II n’a pas pu vouloir ratifier une telle condamnation dans une lettre où il évêque l’autorité de saint Pierre comme exercée par les Evêques de Rome, comme nous l’avons vu plus haut.

Deuxièmement, à qu’à la fin de la phrase de saint Léon II où celui-ci mentionne les anathèmes, le texte latin de la lettre contient les mots « subvertere connatus est » ce qui se traduirait par « il s’est efforcer de subvertir« . Mais d’une part une telle sentence serait ridicule car elle ne correspond en rien à la réalité comme nous le verrons plus bas. Et d’autre part, plusieurs traductions latines indique le mot original en grec entre parenthèses. C’est significatif car on fait cela pour indiquer que le sens qui peut ressortir de la traduction peut induire en erreur. Le mot grec ayant été traduits en latin par « subverti permisit » (il permit que soit subvertie [la foi etc]) est παρέχω, ce qui signifie qu’Honorius a permis (permettre, autoriser) que la foi soit subvertie, non pas par son enseignement (comme ceux qui sont anathématisés comme « inventeurs de nouveau dogme »), mais par son inaction, sa négligence : nous verrons cela plus bas.

Troisièmement, le Pape saint Léon II condamne une série de monothélites comme : « inventeurs du nouveau dogme », puis, prenant bien soin de séparer Honorius des autres, il ne le condamne qu’en tant qu’il « ne s’efforça pas de maintenir la pureté de cette Eglise apostolique, par renseignement de la tradition des apôtres, mais qui permit que cette Eglise sans tache fût souillée par la trahison profane. ». Cela n’a rien à voir. Et effectivement, son inaction a permis un renversement de la foi chez beaucoup.

C) Que signifie donc cette condamnation comme « hérétique » ?

Mais alors pourquoi a-t-il été condmané comme « hérétique » ? En quoi consista sa négligence ?

1) Les faits : l’ambigüité volontaire d’Honorius pour garantir la paix dans l’Eglise

Quelques mots d’abord sur les faits. En 451 le concile de Chalcédoine avait défini contre Eutychès qu’il y avait en Jésus-Christ deux natures complètes et distinctes : la nature humaine et la nature divine. Si dans le Christ il y avait deux natures complètes, il y avait aussi deux volontés : le concile ne l’avait pas dit, mais la chose allait de soi, car une nature intelligente ne peut être complète sans la volonté. Tel ne fut pas l’avis de certains théologiens orientaux qui enseignèrent qu’en Jésus-Christ il n’y avait que la volonté divine, la volonté humaine se trouvant pour ainsi dire absorbée par la volonté divine. Une telle doctrine apparaissait évidemment fausse, mais ses partisans voyaient là un moyen de conciliation entre les Eutychiens ou monophysites, c’est-à-dire les partisans d’une seule nature, et les catholiques. Les premiers admettraient les deux natures en Jésus-Christ et les seconds concéderaient l’unité de volonté. Cette tactique fut adoptée par en 634 par le patriarche de Constantinople Sergius qui, prenant de vitesse les légats pontificaux et exposa de manière adroite au Pape Honorius la doctrine du monothélisme. Il écrivit dans ce sens au Pape une lettre pleine d’équivoques et où la question était présentée sous un faux jour, il lui disait qu’il avait ramené beaucoup de monophysites à la vraie foi et lui demandait qu’il voulût bien interdire de parler d’une ou « deux énergies, d’une ou deux volontés. Il y dit que la doctrine des deux activités-volontés ne pouvait être érigée en règle de foi parce qu’on ne la rencontrait pas chez les Pères de l’Église ; que de plus cette doctrine des deux volontés en Jésus-Christ, si elle était acceptée comme vérité de foi, reviendrait à admettre la possibilité dans le Christ d’une opposition possible des deux volontés. Il propose donc au pape de s’abstenir de parler d’une ou deux volontés.

Honorius se laissa prendre et répondit, d’une part, à Sergius, deux lettres dans lesquelles il le félicitait de son succès auprès des monophysites, de l’autre, à saint Sophrone, patriarche de Jérusalem et défenseur de l’orthodoxie, une lettre dans laquelle il lui recommandait d’éviter les mots nouveaux de « une ou deux opérations », opération dans le langage de l’époque étant synonyme de volonté. Il approuve sa politique de silence mais en s’expliquant, dans un sens peut-être admissible car cela venait au terme de tout un raisonnement, il n’en laisse pas moins passer une phrase regrettable : Nous professons aussi la volonté unique du Seigneur Jésus-Christ. Malgré ces lettres dictées par un esprit de pacification, les querelles reprirent de plus belle jusqu’au VIe concile œcuménique, le troisième de Constantinople (580-681), qui porta l’anathème contre les monothélites, et entre autres, contre le pape Honorius.

La difficulté à résoudre est donc la suivante. Honorius, dans ses deux lettres à Sergius, a-t-il enseigné l’erreur ? Et a-t-il été, pour ce fait, condamné comme hérétique par le VIe concile œcuménique? Deux solutions ont été proposées par les apologistes. Les uns ont prétendu que les deux lettres à Sergius Seraient apocryphes : ce qui supprime toute discussion. Les autres admettent l’authenticité, et c’est évidemment dans cette hypothèse que nous devons nous placer pour répondre à nos adversaires. Il s’agit dès lors de savoir si le contenu des deux lettres est hérétique. L’on ne saurait contester qu’Honorius met le plus grand soin à tourner la difficulté et qu’il évite de se prononcer sur les deux volontés. Cependant, — qu’on remarque bien ce point, — il commence par rappeler les décisions, du concile de Chalcédoine et affirme hautement qu’il y a en Jésus-Christ deux natures distinctes, opérantes. Puis, approuvant la tactique de conciliation suivie par Sergius, il recommande de s’en tenir là et de ne plus parler de une ou deux opérations. Il ajoute bien, il est vrai, qu’il y n’y avait pas en Jésus Christ de volonté divine ; il entend seulement exclure les deux volontés auxquelles très insidieusement Sergius avait fait allusion ; les deux volontés qui se combattent en nous, volonté de l’esprit et volonté de la chair. La pensée d’Honorius n’est donc pas qu’il n’y a pas en Jésus. Christ une volonté divine et une volonté humaine, mais que sa volonté humaine n’est pas, comme la nôtre, entraînée par deux courants qui se contrarient.

2) Les différentes significations des termes « hérétique » et « anathème » dans l’antiquité chrétienne

Aussi, l’antiquité chrétienne nous offre plusieurs exemples de gens condamnés comme « hérétiques » « anathème » pour des motifs bien inférieurs à l’hérésie au sens strict. En effet, on désignait ainsi, non-seulement ceux qui professaient l’hérésie sciemment et opiniâtrement, mais encore ceux qui la favorisaient d’une manière quelconque, soit par leur silence et leur négligence, lorsque leurs fonctions les obligeaient d’agir, soit par la défense qu’ils prenaient des personnes et des écrits des hérétiques, soit même parce qu’ils communiquaient avec ces hérétiques. Par exemple au concile de Nicée (325), on donne le nom d’hérétiques à Théognis et à Eusèbe de Nicomédie. La même appellation décernée à Théodore et à Jean, au concile de Chalcédoine. Quel était donc leur crime ? C’était de n’avoir pas attaqué ouvertement les ennemis de la foi ; on ne leur fait pas d’autre reproche. Le cinquième concile anathématise non-seulement les véritables nestoriens, qui s’appuyaient sur les écrits de Théodore, de Théodoret et d’Ibas, mats encore les catholiques qui ont pris ou qui prennent leur défense.

Saint Grégoire le Grand, écrivant à Constantin, évêque catholique du Milan, lui ordonne, sous peine d’anathème, de condamner ouvertement les Trois Chapitres. Et Facundus d’Hermiane dit que communiquer avec eux (avec les auteurs des Trois Chapitres), c’est assumer sur nous-mêmes leur condamnation et devenir hérétiques :

« Vous êtes anathème si vous ne faites profession ouverte de condamner les trois Chapitres. — Communiquer avec eux, disait Faconde d’Hermias, c’est assumer leur anathème sur nos têtes et devenir hérétiques. » (Lettres II, 5)

De même, il appelle « hérésie » la simonie, alors qu’il est évident que, pour criminelle qu’elle soit, elle n’est pas une adhésion à une doctrine erronée.

Le premier concile provincial de Latran, tenu en 679, sous le Pape saint Martin Ier, reconnaît que les intentions de l’empereur Héraclius, dans son Ecthèse, ou profession de foi, ont pu être droites (Session IV). Cependant, comme elle était de nature à favoriser, en quelque manière, l’hérésie monothélite, on passe condamnation et sur l’écrit et sur l’auteur, et le concile les appelle impies et hérétiques.

Le IIè concile de Nicée (787) frappe du même anathème et ceux qui ne vénèrent pas les saintes images, et ceux qui prétendent que les chrétiens les adorent comme des dieux, et ceux qui communiquent avec ces iconoclastes. La culpabilité de ces derniers est pourtant loin d’être la même.

Un dernier exemple nous est donné par le IVè concile de Constantinople (870). En effet, comme nous le disions plus haut, bien que celui-ci renouvela l’anathème contre Honorius, il n’en déclara pas moins l’infaillibilité des Papes comme le fit le IIIè concile de Constantinople, et interdit même de parler contre les Evêques de Rome. Tout cela est montré dans notre article La Papauté depuis les apôtres. L’Eglise catholique est la seule Eglise à reconnaître ce concile, aussi il ne peut servir d’argument d’autorité ou d’argument ad hominem, mais il reste un argument de raison indéniable : il est impossible que les Pères du IVè comme ceux du IIIè concile de Constantinople aient proclamé l’infaillibilité des Papes et en même temps accusé d’hérésie un d’entre eux au sens strict du terme.

Ajoutons que le mot « hérétique » vient du latin « haereticus », du grec ancien « αἱρετικός » (hairetikós), ce qui veut dire « qui a le choix », « qui choisit ». L’hérétique au sens strict signifie donc choisir de suivre ses propres lumières plutôt que l’enseignement de l’Eglise. Mais la même chose peut être dite du moindre péché, car le péché est un choix de vouloir trouver son bonheur en soi-même plutôt qu’en Dieu.

3) Conclusion : Honorius ne fut blâmer que pour sa négligence à défendre la vraie foi avec la force requise

Ainsi, le VIè concile ne juge pas les écrits d’Honorius hérétiques, et ne le rejette pas lui-même comme enseignant l’erreur. Mais il le juge coupable de l’ordre du silence, que lui avait conseillé Sergius, et qui permit à l’erreur de croître et de s’affermir. C’est sous ce rapport qu’il condamna Honorius. Il est vrai que, dans les autres formules de condamnation, le concile réunit tous les noms des condamnés, en les représentant tous ensemble comme instruments du démon, comme propagateurs de l’hérésie, comme perturbateurs de l’Eglise et ennemis de la foi. Mais chacun d’eux ne le fut-il pas selon le mode de sa participation au mal, les prélats orientaux comme auteurs et propagateurs de l’hérésie, Honorius comme séduit par les conseils de Sergius et gardien peu vigilant du dépôt de la foi ? — Il est certain que la qualification d’hérétique n’est pas seulement donnée à celui qui professe l’hérésie, mais encore à quiconque la favorise de quelque manière que ce soit.

D) Documents supplémentaires

La réponse à l’argument que les anti-romains pensent pouvoir tirer de ce même concile contre la Papauté, à travers le cas d’Honorius se trouve aussi dans les chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci.

34 commentaires sur “L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

  1. Pingback: Réponses aux objections historiques contre la primauté et l’infaillibilité du Pape (2) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Carlito
    3 mars 2018

    Louez sois Jésus-Christ pour nous rappeler cette belle et grande Vérité : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église ! » C’est claire comme de l’eau de roche ! Peut-on rajouter autre chose? Il n’y a que la langue du serpent pour essayer de corrompre les esprits et s’éloigner de ce que Jésus dit, point ! Tu crois ou tu ne crois pas, tu écoutes l’Esprit ou un autre esprit ! Pourtant c’est simple, puisque l’Église doit perdurer jusqu’à la fin du monde, alors il est évident que ces Paroles divine se communique aux successeurs de Saint Pierre.

    Merci mon ami pour tes recherches fructueuse !

    Carlito

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  6. yannick
    8 avril 2018

    le pape reste un être humain capable de pécher et l’histoire en temoigne

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  32. Pingback: Les fondements bibliques de la Papauté (2) : Matthieu XVI, 19 : le Christ donne les Clés du Royaume des Cieux à saint Pierre et en fait ainsi son premier ministre | +†+Yesus Kristus azu+†+

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Cette entrée a été publiée le 2 mars 2018 par dans Foi Catholique.
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