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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Le concile « in Trullo » (691-692) est-il valide ?

Dossier sur erreurs doctrinales des protestants et apparentés : ici

Dossier sur les mensonges historiques dont l’Eglise est victime : ici

Le concile « in Trullo » (691-692) se réunit à l’initiative de l’empereur Justinien II pour mettre fin à la décadence des mœurs qui affligeait, selon lui, l’Empire et l’Église, en réformant le droit canonique. Ce synode qui se réunit sans l’approbation de Rome, ne rassembla que 220 Evêques dont 183 issus du patriarcat de Constantinople et 10 issus d’Occident. Il doit son nom à la pièce du palais impérial de Constantinople nommée αίθουσα Τρούλου (« salle de Troullos ») où il se tint. Il eut la prétention de compléter l’oeuvre des Vè et VIè conciles généraux (oeucuméniques), que sont les IIè (553) et IIIè concile de Constantinople (680-681), d’où son autre nom de Quinisexte.

Ce concile constitue un des principaux arguments des Orthodoxes pour fonder leurs affirmations contre l’Eglise catholique. En effet, ce concile prit plusieurs décrets contraire à la foi et la discipline hautement doctrinale de l’Eglise catholique. Aussi, si ce concile était un vrai concile oeucuménique de l’Eglise, et donc infaillible, il s’en suivrait que ces différentes questions seraient de ce seul fait réglées de part l’argument d’autorité qu’est la décision d’un concile oeucuménique (et non pas oeucuméniste), qui s’impose de droit à le conscience de tout catholique et de tout orthodoxe.

Aussi nous allons ici démontrer que ce synode est privé de la valeur, au moins en ce qui concerne les canons litigieux. L’essentiel de notre exposé s’appuie sur l’article L’œuvre canonique du concile in Trullo (691-692), source primaire du droit de l’Église orientale du Père Vitalien LAURENT (dans Revue des études byzantines, Année 1965, tome 23 pp. 7-41) ainsi que sur l’article « QUINISEXTE (CONCILE) » du Dictionnaire de théologie catholique, par G. FRITZ.

Voici le plan de notre étude :

I) Les affirmations litigieuses du concile « in Trullo »

A) Sur le célibat sacerdotal

B) Sur la Papauté

C) Les autres affirmations litigieuses

II) La réception du concile in Trullo

A) La Papauté et le concile

1) La nécessité, sinon de droit, au moins de fait, de l’approbation de l’Evêque de Rome

2) Une représentation irrégulière par Basile de Gortyne

3) L’attitude des Papes contemporains au concile

a) Saint Serge Ier (687-701)

b) Jean VII (705-707)

c) Constantin Ier (708-715)

d) Saint Grégoire II (715-731)

B) L’attitude des Papes, saints et auteurs postérieurs

1) Saint Bède le Vénérable (672/673-735)

2) Saint Jean Damascène (vers 676-)

3) Le IIè concile de Nicée (787)

a) L’influence de saint Taraise de Constantinople (730-806)

b) Le concile lui-même

c) Adrien Ier (772-795)

4) Paul Diacre (vers 720-vers 799)

5) Saint Nicéphore de Constantinople (vers 758-828)

6) Saint Théodore Studite (759-826)

7) Georges le Moine ou Georges Hamartôlos (IIè moitié du IXè siècle)

8) Anastase le Bibliothécaire (vers 815-880)

9) Jean VIII (vers 820-882)

10) Les témoignages Latins postérieurs

C) Explication de ces positions apparemment contradictoires

1) D’évidentes confusions

2) Interpréter les Pères de l’Eglise dans le même sens

3) Des falsifications probables

III) La portée de l’oeucuménicité

IV) Conclusion

I) Les affirmations litigieuses du concile in Trullo

A) Sur le célibat sacerdotal

En s’opposant à l’apostolique et plus antique Tradition, à la perfection évangélique, à l’idéal du sacerdoce chrétien, et en faisant dire au IIIè concile de Carthage (16 juin 390) en lui ajoutant du texte pous lui faire dire exactement l’inverse de ce qu’il dit, le concile « in Trullo » décréta :

« Comme nous avons appris que dans l’Eglise de Rome il s’est établi comme règle qu’avant de recevoir l’ordination de diacre ou de prêtre les candidats promettent publiquement de ne plus avoir des rapports avec leurs épouses nous, nous conformant à l’antique règle de la stricte observation et de la discipline apostolique, nous voulons que les mariages légitimes des hommes consacrés à Dieu restent en vigueur même a l’avenir, sans dissoudre le lien qui les unit à leurs épouses, ni les priver des rapports mutuels dans les temps convenables. De la sorte, si quelqu’un est jugé digne d’être ordonné sous-diacre ou diacre ou prêtre, que celui-là ne soit pas empêché d’avancer dans cette dignité, parce qu’il a une épouse légitime, ni qu’on exige de lui de promettre au moment de son ordination, qu’il s’abstiendra des rapports légitimes avec sa propre épouse ; car sans cela nous insulterions par là au mariage institué par la loi de Dieu et béni par sa présence, alors que la voix de l’Evangile nous crie : « Que l’homme ne sépare pas ceux que Dieu a unis », et l’apôtre enseigne « Que le mariage soit respecté par tous et le lit conjugal sans souillure » ; et encore « Es-tu lié à une femme par les liens du mariage ? ne cherche pas à les rompre ».

Nous savons d’autre part que les pères réunis à Carthage, par mesure de prévoyance pour la gravité des mœurs des ministres de l’autel, ont décidé, « que les sous-diacres, qui touchent aux saints mystères, les diacres et les prêtres aussi pour les mêmes raisons, s’abstiennent de leurs femmes » ; « ainsi nous garderons, nous aussi, ce qui fut transmis par les apôtres et observé de toute antiquité, sachant qu’il y a un temps pour toute chose, surtout pour le jeûne et la prière ; il faut en effet que ceux qui s’approchent de l’autel, dans le temps où ils touchent aux choses saintes soient continents en toute chose, afin qu’ils puissent obtenir ce qu’ils demandent en toute simplicité à Dieu ». Si donc quelqu’un, agissant contre les canons apostoliques, ose priver un clerc des ordres sacrés, c’est-à-dire un prêtre ou un diacre ou un sous-diacre, des rapports conjugaux et de la société de sa femme légitime, qu’il soit déposé ; de même, « si un prêtre ou un diacre renvoie sa femme sous prétexte de piété, qu’il soit excommunié, et s’il persiste, déposé ». » (Canon 13)

Il suffira de lire notre article Le célibat des prêtres vient des apôtres ! pour se rendre compte de la supercherie. Notons immédiatement deux choses : premièrement il s’agit d’une trahison de la vraie tradition orientale que nous pouvons le voir dans l’article indiqué, et deuxièmement le concile « in Trullo » nous prouve qu’il n’y a rien de sérieux et solide dans la tradition de l’Eglise en faveur de la nouvelle discipline qu’il instaure, en allégant mensongèrement une source, en ajoutant du texte au texte original pour lui faire dire exactement le contraire de ce qu’il dit en réalité, comme nous allons l’établir.

Les Papes ont tout de même admis, pour éviter un schisme, la discipline du concile in Trullo sur le célibat ecclésiastique, mais sans en accepter les prétendues origines apostoliques.

Nous soulignons au passage que ce seul fait prouve que l’église orthodoxe ne peut pas être la vraie Eglise du Christ. En effet, cette dernière considère le concile « in Trullo » comme faisant partie du VIè concile oeucuménique et donc comme infaillible. Aussi, comme il est impossible que Dieu ait pu permettre la validation d’un mensonge par la voie de l’enseignement infaillible de Son Eglise, il est donc impossible que l’église orthodoxe qui croit ce canon couvert de l’infaillibilité soit la vraie Eglise.

L’actuelle vraie permission du clergé oriental à conserver sa femme se retrouvera dans la Constitution Etsi pastoralis de Benoît XIV, du 26 mai 1742.

B) Sur la Papauté

Dans la même ligne de conduite, ce synode renouvela le faux et irrégulier 28è canon du concile de Chalcédoine :

« Renouvelant la législation des cent cinquante saints pères, qui se sont réunis dans cette ville impériale gardée de Dieu, et des six cent trente qui se sont rassemblés à Chalcédoine, nous décrétons, que le siège de Constantinople jouira des mêmes privilèges que le siège de l’ancienne Rome et obtiendra dans les affaires de l’Eglise la même grandeur que celui-ci, venant second après lui ; le siège de la grande ville d’Alexandrie sera compté ensuite, puis celui de Antioche, et après celui-ci, le siège de la ville de Jérusalem. » (Canon 36)

Cette erreur est réfutée par nos deux articles suivants :

– sur le vrai sens du 28è canon du concile de Chalcédoine : ici. Notons en plus que lors du concile de Chalcédoine, en 451, l’empire romain d’Occident existait encore, pour ne disparaître qu’en 476. Aussi, malgré le transfert de la capitale impériale à Milan en 268, puis à Ravenne en 402, le Sénat resta toujours à Rome, jusqu’au bout. Le concile pouvait donc avoir des réticences à retirer la primauté au siège de Rome si, comme les adversaires de la Papauté le pensent, ils n’auraient considéré le primauté romaine que comme une simple coutume, dépendante de l’autorité politique (ce qui est faux comme le prouve notre article). Mais lors du concile in Trullo, l’empire romain d’Occident avait disparu depuis plus de 200 ans, et l’Italie avait été reconquise par l’empire romain d’Orient suite à la Guerre des Goths (535-553). L’empire d’Orient avait alors organisé sa nouvelle conquête en créant l’Exarchat de Ravenne, dans laquelle se trouvait Rome. Au moment du concile in Trullo, la ville de Rome était donc civilement non seulement subordonnée à Constantinople, mais en plus n’était même pas la capitale de la province dans laquelle elle se trouvait. Pourtant les Evêques du concile in Trullo maintiennent leur revendication d’un second rang pour Constantinople, au lieu de réclamer le premier, ce qui n’aurait aucun sens si la primauté romaine avait été d’origine politique !

– sur les manifestations de la Papauté chez tous les Pères de l’Eglise : ici

C) Les autres affirmations litigieuses

Il y a encore d’autres canons litigieux qui font toutefois beaucoup moins parler d’eux car les deux principales pierres d’achoppement entre l’Eglise catholique et l’église orthodoxe au sujet de ce concile sont la Papauté et le célibat sacerdotal. Aussi, voici ces autres canons litigieux :

« 3. Le canon 55, condamnant expressément la pratique romaine du jeûne les samedis de carême, comme opposé au 66e canon des Apôtres.

4. Le canon 67, défendant l’usage, permis en Occident, des viandes étouffées.

5. Le canon 82, censurant et prohibant la coutume que l’Occident avait de représenter le Sauveur sous la forme d’un agneau, mais prescrivant de le représenter avec des traits humains. » (LAURENT, pp. 32-33)

II) La réception du concile in Trullo

A) La Papauté et le concile

1) La nécessité, sinon de droit, au moins de fait, de l’approbation de l’Evêque de Rome

Qu’on soit catholique ou orthodoxe, un concile ne peut-être considéré comme oeucuménique et infaillible sans la ratification du Pape. En effet, un catholique croit que le Pape a, de droit divin, la juridiction universelle sur l’Eglise, il s’en suit que rien ne peut être appelé « oeucuménique » (à ne pas confondre avec « oeucuméniste ») ou « universel » sans l’approbation au moins implicite du Pape. Un orthodoxe ne reconnaît aucun pouvoir de droit divin à l’Evêque de Rome, mais reconnaît de fait qu’un concile ne peut pas être considéré comme oeucuménique s’il n’est pas accepté en tant que tel par toute l’Eglise ou ses représentants : pour un orthodoxe, un concile ne peut donc pas non plus être appelé « oeucuménique » sans l’approbation au moins implicite du Pape, et encore moins avec sa désapprobation explicite ! Aussi c’est comme cela que les sept premiers conciles ne seraient pas considérés par eux comme oeucuméniques sans l’approbation de l’Evêque de Rome qui représentait à lui seul la moitié de l’Eglise universelle car il est patriarche de tout l’Occident. C’est pour cette raison que l’église orthodoxe elle-même ne peut pas reconnaître son « concile pan-orthodoxe » de 2016 comme oeucuménique car il fut boycotté par l’église orthodoxe russe qui représente 60% de l’église orthodoxe.

Aussi, comme nous allons le voir, le Pape n’eut pas de représentation adéquate au concile, ce qui n’aurait d’ailleurs pas suffit pour caractériser son approbation, et au contraire que plusieurs Papes le rejetèrent explicitement.

2) Une représentation irrégulière par Basile de Gortyne

« Le Saint Siège se fit représenter [Voir sur cette fonction d’apocrisiaire ou nonce apostolique permanent près la Cour byzantine les notations de L. Bréhier, avant le schisme du XIe siècle. Les relations normales entre Rome et les Églises d’Orient, dans Documentation Catholique, Paris 1928, p. 389- 404 (surtout p. 388-392)], jusqu’en 726, à Constantinople d’une double manière : d’une manière permanente par le maintien sur place d’un agent dont le rôle se bornait à veiller sur ses intérêts et à lui adresser des rapports ou « réponses », d’où leur nom d’apocrisiaires (= responsales) ; d’une manière temporaire, mais plus solennelle par l’envoi d’un légat pour traiter de questions plus délicates ou tenir des conciles. Les premiers, accrédités auprès de l’empereur, non du patriarche, étaient comme des chargés d’affaires du pouvoir spirituel auprès du gouvernement impérial; les seconds, munis de pleins pouvoirs, agissaient au nom du Siège Apostolique. Seuls ces derniers eurent mandat de représenter les papes dans les conciles généraux. Leur absence laissa toujours à ces assemblées, quelques nombreuses qu’elles fussent, leur caractère d’assemblée régionale. C’est à la lumière de ce principe qu’il faut juger de la représentation romaine au concile in Trullo.

Un passage du Liber Pontificalis [Duchesne, Liber pontificalis, I, p. 372, notes 19 et 20 : in quo et legati Sedis Apostolicae convenerant et decepti subscripserunt] affirme expressément que les légats pontificaux prirent part aux débats et qu’ils en souscrivirent les Actes, après s’être laissés tromper. Mgr L. Duchesne, commentant ce passage [Ibid., p. 378, note 18], en accepte la teneur et suppose que la signature des prélats romains, apposée sur les six exemplaires originaux, aurait été biffée par la suite. L’éventualité n’en saurait être admise, car, d’une part, le monde byzantin était trop intéressé à conserver cette approbation qui sanctionnait quelques-unes de ses plus audacieuses prétentions, à ce point que les canonistes Balsamon [Theodor. Balsam., In cone, in Trullo ; éd. PG, CXXXVII, col. 508 D, 509A. Par bonheur, cet auteur donne les noms de ceux qu’il tient pour légats et représentants du pape : Basile de Crète, l’archevêque de Ravenne d’une part et les archevêques de Thessalonique, de Sardaigne, d’Héraclée de Thrace et de Corinthe d’autre part. Preuve évidente qu’il a mal interprêté ses sources, le premier de ces prélats ayant seul pris part au concile] et Blastarès n’ont pas hésité à signaler sans preuve la présence d’émissaires pontificaux; d’autre part, il serait inconcevable que la tradition manuscrite, largement représentée aujourd’hui encore en groupes nettement diversifiés, n’en ait pas gardé trace. En réalité, le pape, qui, lors de la convocation du concile n’avait pas été consulté, n’envoya personne et l’on n’eut que la représentation habituelle assurée par un seul agent, l’apocrisiaire du moment dont voici la signature : Basilius episcopus Gortynae metropolis Christum amantis Cretae insulae et locum tenens totius synodi sanctae Romanae Ecclesiae [Mansi, XI, col. 989 B. La place élevée qui est assignée ici à cet évêque souligne clairement l’importance que l’on attachait à son mandat d’apocrisiaire. Mais, comme en 686/7 — cum Beatitudinis Vestrae apocrisiario (Mansi, Amplissima, XI, col. 737 B) — Basile de Crète devait être le seul représentant du Saint Siège à la cour byzantine. Il assista également seul en cette qualité au concile in Trullo et signa dans les deux cas sans la moindre réserve. Malgré le pluriel de la Vita Sergii, c’est sans doute lui que Rome, dont il était de toute façon le mandataire, blâma. La même explication vaut pour les apocrisiaires du pape Conon dont le pape Nicolas Ier (858-867) entretient l’archonte de Bulgarie Michel. Il doit y y avoir là aussi erreur sur le nombre], celui-là même qui avait figuré au sixième concile œcuménique (680-1) à part des légats et nettement derrière eux, à la place qu’il occupe ici avec ses collègues de l’lllyricum. Au reste les mandataires du pape aux conciles œcuméniques déclarent tenir la place non du synode romain, mais « du Siège Apostolique et du très bienheureux et très saint archevêque de l’Ancienne Rome » [Mansi, XI, col. 640 C, 668 D]. Basile ne reçut donc en l’occasion aucune mission spéciale et n’eut de ce fait aucun droit de préséance. Son rôle dut se borner à faire rapport sur les débats et leurs conclusions. Sa signature au bas des Actes ne confère de ce chef à ceux-ci aucune autorité particulière. » (LAURENT, pp. 13-15)

Le Pape n’a donc pas eut de représentation adéquate au concile in Trullo. Notons que même s’il en avait eut une, cela n’aurait aucune valeur en soit car la signature de ce représentant n’aurait eu, comme toutes les signatures de délégués plénipotentiaires, qu’une valeur suspensive, que l’autorité à l’origine de la délégation est toujours libre de ratifier ou de refuser l’acte souscrit par son représentant. C’est comme cela que dans tous les conciles du premier millénaire, les légats du Siège Romain emportèrent les actes des conciles au Pape pour que celui-ci les valide. Et il est déjà arrivé qu’il en refuse. C’est par exemple que ce qui s’est produit pour le 3è canon du concile de Constantinople (381) et le 28è canon du concile de Chalcédoine (451), canons qui restèrent donc sans effet. Aussi, bien plus qu’une absence de représentation, c’est un refus formel qui fut opposé par les Papes !

3) L’attitude des Papes contemporains au concile

Dans l’immédiat, le concile « in Trullo » fut refusé par le Pape régnant à son époque, saint Serge Ier, puis par son deuxième successeur, Jean VII.

a) Saint Serge Ier (687-701)

« A en croire la biographie du pape Serge Ier (687-701) au Liber pontificalis, des légats romains auraient assisté au Quinisexte et, induits en erreur, auraient souscrit ses canons. Duchesne, Lib. pont., t. 1, p. 378, n. 18, admet la véracité de ce renseignement et suppose que « les légats auraient été désavoués et que leur signature aurait été biffée par la suite ». Mais l’empereur voulait plus que la signature des légats romains; il fit expédier à Rome six exemplaires des canons du Quinisexte, munis de la signature impériale et de celles des patriarches de Constantinople, d’Alexandrie et d’Antioche. Le pape était invité à mettre la sienne à la première place qui avait été laissée en blanc à cette fin. Mais Serge Ier refusa d’obtempérer à la demande impériale, parce que le concile qui lui était soumis contenait quelques canons qui « s’écartaient de l’usage ecclésiastique ». C’est pourquoi il ne voulut ni le recevoir, ni le faire lire publiquement et il le rejeta comme entaché de « nouveautés et d’erreurs. » (G. FRITZ, Dictionnaire de théologie catholique, article « QUINISEXTE (CONCILE) », tome XIII, 2ème partie, colonne 1594)

Il s’y refusa, parce que quaedam capitula extra ritum ecclesiasticum fuerant in eo (concilio) annexa. Il refusa même l’exemplaire à lui destiné, déclara les actes invalidi et affirma qu’il préférait la mort à tout acquiescement à l’erreur (Assemani, Bibliotheca juris Orientalis canonici et civilis, tome I, colonnes 423 et suivantes ; a réuni tout ce qui, dans les canons in Trullo, pouvait paraitre scandaleux aux Latins). Furieux, l’empereur Justinien II envoya son magistrianus, également nommé Serge, à Rome pour arrêter l’évêque Jean de Portus, le principal légat du pape lors du IIIème concile de Constantinople et Boniface, le conseiller du pape. Les deux dignitaires sont ramenés à Constantinople en avertissement au pape. Par la suite, Justinien II ordonna l’arrestation de Serge Ier et son enlèvement pour Constantinople par son violent garde du corps le protospathaire Zacharias, pour le faire comparaître devant le tribunal impérial, comme on avait procédé avec saint Martin Ier en 653. Toutefois, les milices de l’exarchat de Ravenne et du duché de Pentapole font échouer l’opération. Dans sa tentative d’arrêter le pape, Zacharias perd presque sa propre vie :

« Pendant ce temps-là l’Empereur Constantin mourut à Constantinople, et Justinien lui succéda c’était le plus jeune de ses fils. Il régna dix ans, ce fut lui qui enleva l’Afrique aux Sarrazins, et fit avec eux la paix par mer et par terre. Le Pontife Sergius ayant refusé de souscrire aux erreurs de son concile de Constantinople, il ordonna au Protospathaire Zacharie d’aller l’arrêter. Mais celui-ci fut chassé de Rome avec des injures, principalement par la milice de Ravenne et des environs. » (Paul Diacre, Histoire des Lombards, VI, 11)

Des bandes de soldats se dirigèrent vers Rome, pour empêcher l’enlèvement du pape, et entourèrent le Latran. A cette nouvelle, le protospathaire réfugié chez le pape implora son secours ; apprenant l’entrée des troupes dans Rome, il alla jusqu’à se cacher dans le lit du pape. Nous devons d’ailleurs saluer l’attitude du saint Pape qui, d’une part, plutôt que de livrer l’agent de son ennemis à la vindicte de ses partisans, apaisa les soldats, en se mêlant à eux, et en leur parlant avec bienveillance ; ceux-ci se retirèrent, et le protospathaire, couvert de honte, quitta la ville. Tel est le récit du Liber pontificalis avec lequel concordent Bède et Paul Diacre [Mansi, tome XIII, colonne 3 ; Baronius, Annales ecclésiastiques, année 692, n° 34 et suivants). Et d’autre part, plutôt que de jouer sur le sentiment anti-byzantin, fit de son mieux pour étouffer la tentative d’enlèvement.

On pense que l’introduction faite par le pape Serge Ier du chant de l’Agnus Dei à la messe semble être une protestation liturgique contre le canon 82 du Quinisexte.

b) Jean VII (705-707)

Justinien ne put venger cet affront mérité, car quelque temps après il fut déposé, on lui coupa le nez avant de l’exiler. Sans doute une punition divine.

« Rétabli sur le trône impérial en 705, Justinien Il n’oublia pas son concile. II envoya deux métropolites au pape Jean VII (705-707) « pour traiter l’affaire des tomes qu’il avait envoyés à Rome sous le pontificat de Serge d’apostolique mémoire, dans lesquels se trouvaient certains chapitres qui étaient en opposition à l’Église romaine » Vie de Jean VII, dans Lib. pont., t. I, p. 385 sq. Ces deux métropolites étaient porteurs d’une lettre dans laquelle l’empereur conjurait le pape de rassembler son concile, d’examiner les canons en question, de confirmer ceux qui lui sembleraient dignes d’approbation et de casser ceux qu’il jugerait répréhensibles. Mais le pape « timoré par fragilité humaine, ne les amenda en aucune façon et les renvoya tels quels au prince par le ministère des métropolites susnommés » Lib. pont., loc. cit. Sans doute, dans la phrase citée ci-dessus, le biographe de Jean VII ne dit pas que ce pape ait donné sa signature aux canons du Quinisexte ; il ne dit pas non plus expressément qu’il les ait approuvés d’une manière quelconque ; mais, si Jean VII s’était contenté de les renvoyer purement et simplement sans ajouter quoique ce soit, son attitude aurait été analogue à celle de Serge Ier et on ne voit pas comment son biographe aurait pu lui reprocher sa pusillanimité à cette occasion. Nous ne croyons pas que Jean VII ait donné sa signature aux canons du Quinisexte, car s’il l’avait fait, les commentateurs et les polémistes byzantins du Moyen Age n’auraient pas manqué de le rappeler ; mais nous estimons qu’il ressort de la biographie de Jean VII que ce pape, ne fût-ce que de vive voix, adonné une certaine approbation au concile Quinisexte,que l’empereur s’en est contenté, mais que le clergé romain l’a pris en mauvaise part. Ceux qui doutent de l’approbation du Quinisexte par Jean VII mettent en avant que, si elle avait vraiment eu lieu, Justinien Il n’aurait pas repris cette affaire avec le pape Constantin successeur de Jean VII. » (G. FRITZ, Dictionnaire de théologie catholique, article « QUINISEXTE (CONCILE) », tome XIII, 2ème partie, colonne 1595)

c) Constantin Ier (708-715)

Justinien renoua des négociations avec le pape Constantin qu’il manda à Nicomédie, certainement à cause des canons in Trullo. Dans la suite du pape se trouvait le diacre romain Grégoire II. Interrogé par l’empereur de quibusdam capitulis (les canons in Trullo qui avaient déplu à l’Église romaine), optima responsione unamquamque solpit questionem. Les honneurs et les grâces dont l’empereur combla le pape prouvent que celui-ci et Grégoire plaidèrent leur cause avec succès, et sans faire de concessions défendues (C’est ce que nous apprenons par la Vita Constantini, dans Mansi, op.cit., col. 179, et Vita Gregorii II, ibid., col. 226) :

« Nous lisons en effet dans le Liber pontificalis qu’en 710 le pape Constantin (708-715) reçut de l’empereur une lettre le convoquant à Constantinople. Parti de Rome le 5 octobre de la Xe indiction, le pape rencontra à Naples le patrice Jean Rhizocopus qui se dirigeait lui-même vers Rome, où il fit mettre à mort quatre membres influents du clergé romain. Constantin ne fut sans doute pas mis au courant des instructions impériales dont le patrice était porteur. Il continua son voyage vers la ville impériale, Où il fut reçu avec de grands honneurs au printemps suivant. A Nicomédie, le pape Constantin rencontra l’empereur, qui lui baisa les pieds, voulut recevoir la communion de sa main, confirma tous les privilèges de l’Église romaine et l’autorisa à retourner à Rome. Liber pont., t. 1, p. 389; Bède, Chronique, P. L., t. XC, col. 570. Rien dans ce récit n’indique que l’affaire du Quinisexte ait été pour quelque chose dans la convocation du pape Constantin à Constantinople. Il y avait à cette époque, à Rome, à Ravenne et dans le reste de l’Italie, assez de troubles, de difficultés et d’intrigues qui rendent compréhensible la mesure prise par l’empereur Justinien, voire la manière forte employée par Jean Rhizocopus. Sans doute, le biographe de Grégoire II raconte que ce pape étant diacre avait accompagné son prédécesseur Constantin lors de son voyage à Constantinople et que « interrogé par l’empereur Justinien sur certains chapitres, il donna une très bonne réponse et fournit une solution pour chaque question ». Liber pont., t. 1, p. 396. Il est possible, probable même, que ces « chapitres » aient été les canons du Quinisexte, mais il n’est pas nécessaire d’admettre que la conversation de l’empereur et du diacre Grégoire ait roulé sur l’approbation pontificale ; il est plus probable, comme il s’agissait de « solutions » à donner à diverses « questions », que les interlocuteur sont traité de l’interprétation de certains de ces canons ou de leur mise en vigueur dans l’Église romaine. Quoiqu’il en soit de cette question, le pape et l’empereur se séparèrent, comme on vient de, le voir, en très bons termes ; et le Liber pontificalis a gardé un bon souvenir du féroce Justinien II, qu’il appelle « un bon prince », « un empereur orthodoxe et très chrétien ». Id., ibid., p. 391. » (G. FRITZ, Dictionnaire de théologie catholique, article « QUINISEXTE (CONCILE) », tome XIII, 2ème partie, colonne 1595)

Nous ne connaissons pas les détails de cette entrevue entre le pape et l’empereur ; mais on peut présumer que Constantin présenta dès cette époque le moyen terme que l’un de ses successeurs, Jean VIII, comme nous le verrons plus bas. On pense en effet que :

« La rencontre, qui eut lieu à Nicomédie en 711, fut cordiale et aboutit au renouvellement [Dölger, Kaiserregesten, n. 269] de tous les privilèges du Siège Romain, tandis que, grâce à l’habileté du diacre Grégoire, le futur Grégoire II (715-731), l’accord se faisait sur les canons en ce sens que l’empereur dut accepter l’abolition de ceux que Rome jugeait inacceptables. Bien que cet arrangement ne semble pas avoir fait l’objet d’un engagement écrit, son existence ne saurait être mise en doute. Autrement l’auteur de la Vita Gregorii [Duchesne, Liber pontificalis, II, p. 396, notes 9 à 11] n’aurait pu écrire cette phrase : optima responsione unamquamque solvit (le diacre Grégoire) quaestionem ! Justinien II reçut donc et agréa la preuve de l’illicéité des canons contraires aux droits et prérogatives du Siège Romain. A partir de cette évidence les canons séditieux ne purent qu’être écartés. La satisfaction du négociateur, telle qu’un accord parfait peut seul l’expliquer, fut partagée à Rome, au point que, bien après l’événement, alors que l’empereur, assassiné peu après (décembre 711), n’était plus à craindre, on y rappelait ses attentions et son humilité de prince très chrétien : augustus christianissimus, Justinianus christianissimus et orthodoxus, humilitas boni principis. Sa mort tragique y fut même déplorée : nuntium lugubre. Ce qui ne s’expliquerait pas si Justinien II s’était obstiné à faire entériner par le pape les canons du concile in Trullo dans leur teneur première en leur totalité. » (LAURENT, pp. 34-35)

d) Saint Grégoire II (715-731)

« Ce concile aux Actes expurgés par accord mutuel semble en avoir reçu comme une véritable réhabilitation. Au mot de saint Bède — synodus erratica — s’oppose en effet celui du pape saint Grégoire II qui, rapportant, entre 723 et 725 [Pour la justification de cette date voir Grumel, Regestes, n. 327], dans sa réponse au patriarche de Constantinople Germain (715-731) la substance du 82e canon, qualifie ainsi l’assemblée qui l’a porté : l’assemblée des saints mue par une volonté divine (Sanctorum coetus Dei consilio hoc capitulum Ecclesiae dédit [Mansi, XIII, col. 94 E] ! Dans la perspective de Grégoire II, de celui-là même qui, encore diacre, avait pu sonder les intentions du législateur et s’était trouvé en contact avec le clergé byzantin qui avait légiféré, le concile in Trullo prenait l’aspect d’une assemblée normale parfaitement légitime. Ce témoignage d’un pape qui instruisit la dernière phase de l’affaire et fut à même d’en apprécier tous les aspects paraîtra capital. On comprend en tout cas mieux que quelques uns de ses successeurs lui aient fait écho. » (LAURENT, page 35)

B) L’attitude des Papes, saints et auteurs postérieurs

Les Orthodoxes répondent que ce concile fut reconnu comme oeucuménique par des Papes et des saints d’Orient et d’Occident reconnus comme saints par l’Eglise catholique. Et que cela aurait pour effet de rendre, d’un point de vue catholique, ce concile infaillible, y compris la loi autorisant les clercs à avoir une vie conjugale, et le rôle honorifique de la Papauté, d’autant que le concile prétend se fonder sur une discipline apostolique. Nous allons voir ce qu’en ont pensé les les auteurs ultérieurs.

1) Saint Bède le Vénérable (672/673-735)

Bède la Vénérable, reconnu comme saint par les orthodoxes, appela le concile in Trullo, « synodus erratica » (De temporum ratione, cap. IXVI, Chronicon sive de sex huius saeculi aetatibus; éd. PL, XC, col. 568 D) :

« Hic (= Justinianus II), quia erraticae suae synodo, quam Constan (col. 569 A) tinopoli fecerat… »

Le même auteur signale ensuite (col. 570 A) le fait de la réconciliation et mentionne les épisodes qui marquèrent celle-ci (l’empereur aux pieds du pape implorant l’absolution, recevant la communion des mains du pontife et renouvelant tous les droits du Siège romain).

« Erratique » peut se traduire par « irrégulier », « errant », « vagabond », « instable », « qui n’est pas fixe ».

2) Saint Jean Damascène (vers 676-)

Le plus ancien témoignage [de la réception des canons in Trullo comme ceux du VIè concile] nous vient d’un authentique Père de l’Église, de saint Jean Damascene, qui, citant le 82e canon dans son Traité des Images, le présente comme l’œuvre sextae sanctae synodi quae sub Iustiniano habita est [De imaginibus oratio III; éd. PC, XCIV, col. 1417 D et 1420 A]. Pour le Damascène, le concile in Trullo faisait donc corps avec celui de 681 et en recevait le caractère d’œcuménique. » (LAURENT, page 21)

3) Le IIè concile de Nicée (787)

a) L’influence de saint Taraise de Constantinople (730-806)

Citant le 82è canon du concile in Trullo à la session IV du IIè concile de Nicée, Taraise, patriarche de Constantinople, expliqua que :

« quatre ou cinq ans après le VIe concile œcuménique, les mêmes évêques s’étant de nouveau réunis en assemblée avaient porté les susdits canons [ceux du Quinisexte] » (Mansi, Concil., t. XIII, col. 219)

L’adresse du Quinisexte à l’empereur, ibid., t. XI, col. 933, dit bien que ce concile voulait compléter l’œuvre des Ve et VIe conciles, en formulant des décrets disciplinaires ; mais Taraise à Nicée va plus loin. Pour lui, les canons du Quinisexte sont à considérer comme émanant du VIe concile général, puisqu’ils ont été élaborés par les Pères de ce concile, réunis au bout de quelques années pour parachever son œuvre.

Cependant nous ne pouvons que constater que saint Taraise commet deux erreurs majeures. En effet, il dit que les canons dont il parle ont été pris « quatre ou cinq ans après le VIe concile œcuménique », alors que le concile in Trullo eut lieu dix ans après. Et qu’ils furent pris par « les mêmes évêques s’étant de nouveau réunis en assemblée », tandis ce que le concile in Trullo ne réunit nullement les mêmes Evêques que ceux de l’assemblée de 680-681. C’est qu’il confond avec une autre assemblée qui eut bel et bien lieu à Constantinople « quatre ou cinq ans après le VIe concile œcuménique » par « les mêmes évêques s’étant de nouveau réunis en assemblée » ! En effet :

« vers la fin de 686, se réunit sur son ordre [de Justinien II] et sous sa présidence le grand synode qui procéda à la relecture solennelle des Actes retrouvés de cette Assemblée. L’intention du monarque était de faire prendre à tous les corps constitués (Sénat, Église, dignitaire, armée même), tous requis de signer, l’engagement de les tenir pour des lois de l’État. » (LAURENT, pp. 8-9)

« Comme l’a justement observé J.-B. Pitra, Juris ecclesiastici Graecorum historia et monumenta, II, Rome 1868, p. 76 ; c’est ce synode de fin 686 que le patriarche Taraise devait avoir en vue là où il déclare qu’il s’est tenu « quatre ou cinq ans après le concile œcuménique (681-682) ». » (LAURENT, page 8, note 3)

« Le patriarche Taraise a soutenu que les mêmes évêques avaient signé la définition du 6e concile œcuménique et les canons du concile in Trullo. Il s’est trompé en confondant ce dernier avec l’assemblée de 686/7. En 691/2, sur 220 évêques présents, 43 seulement avaient assisté aux délibérations du concile de 681 /2. Ce point est, il faut le noter, secondaire car il n’est pas nécessaire — l’exemple du concile de Trente est là pour le prouver — que les mêmes évêques assistent à toutes les sessions d’un même concile pour que celui-ci ait pu être reconnu par le pape comme œcuménique. » (LAURENT, page 16, note 37)

b) Le concile lui-même

L’assertion de Taraise eut un plein succès ; elle obtint l’adhésion du VIIè concile ainsi que celle du pape Adrien Ier, après que ses légats n’ont élevé aucune protestation (Mansi, XIII, col. 40 E, 41 A-B). Il déclara :

« On confirme les anciens canons, et on en recommande l’observation ; savoir, ceux des apôtres, ceux des six conciles généraux, et enfin ceux des conciles particuliers. On veut de plus qu’on anathématise ceux qui sont anathématisés dans ces canons ; que l’on dépose ceux qui y sont déposés, et qu’on mette en pénitence ceux qu’ils ordonnent d’y être mis. » (Canon 1)

Mais :

« Ce canon n’est point reçu de l’Église romaine, puisqu’elle ne regarde comme authentiques que les cinquante premiers canons de ceux qu’on attribue aux apôtres ; qu’elle n’a point approuvé ceux du concile de Constantinople, ni le vingt-huitième du concile de Chalcédoine, non plus que ceux du concile Quinisexte. » (Chanoine Adolphe-Charles PELTIER, Dictionnaire universel et complet des conciles, 1847, publié dans l’Encyclopédie théologique de l’abbé Jacques-Paul Migne, tomes 13 et 14)

En effet :

« Cette reconnaissance implicite ne dut pas aller sans quelque réticence, car le patriarche saint Taraise crut devoir prendre la défense des canons in Trullo. Certains semblent s’être demandé si ceux-ci émanaient bien du sixième concile. Pour calmer leur scrupule, le saint Pontife n’hésita pas à soutenir, non sans une manifeste erreur, que les Pères auxquels on devait le sixième concile œcuménique avaient été ceux-là même qui, sous Justinien II, édictèrent ces canons. Et de conclure avec force : Nemo dubitet de Ulis [Mansi, XIII, col. 41 D]. Il y avait dans ce propos de quoi faire sourciller les légats romains qui cependant — et l’on s’en est justement étonné — ne semblent pas avoir réagi. Le même Taraise avait, dans sa synodique ou lettre par laquelle il notifiait au pape et aux patriarches orientaux son élévation au siège de Constantinople, usé d’une formule plus satisfaisante : Sanctae sextae synodi cum omnibus dogmatibus quae LEGALITER ac DIVINITUS ab ea promulgata sunt, etiam depromptos canones, recipio [Lettre aux patriarches orientaux, éd. Mansi, XII, col. 1123 E]. En incorporant sans discrimination à ses Actes le texte intégral de deux de ses canons — le 22e sur les ordinations simoniaques [Mansi, XIII, col. 471-472] et le 82e sur les saintes images [Ibid., col. 40 E, 41 AB] — le concile de 787 couvrait l’ensemble de son autorité. » (LAURENT, page 22)

c) Adrien Ier (772-795)

« en 785, le pape Hadrien 1er, après avoir loué la profession de foi du patriarche saint Taraise, ajoutait : Quare et easdem sanctas sex synodos suscipio cum omnibus regulis quae iure ac divinitus ab ipsis promulgatae sunt [Mansi, XIII, col., 1080 A]. Cette déclaration contient à la fois et l’approbation des canons in Trullo assimilé au sixième concile et la réserve qui limite cette approbation [On doit avoir cette réserve présente à l’esprit en lisant une autre déclaration du même pape où l’approbation des mêmes canons semble entière] aux seuls canons acceptables pour l’Église Romaine. Et parmi ceux-ci le pontife souligne l’excellence particulière du 82e, bien moins offensant pour les latins qu’on le pense généralement. Dans sa lettre aux évêques francs à propos de la question des images, le même pontife conclut, ainsi : Onde ipsa sancta sexta synodus Fideliter per canones orthodoxe statuens, ita constitua dicens… [Mansi, XIII, col. 777 A]. » (LAURENT, page 36)

Dans la longue lettre qu’il écrivit aux Evêques de l’Église franque, pour répondre aux critiques qu’ils avaient formulées contre l’œuvre du VIIè concile général, Adrien Ier dit :

« que les Pères du VIIè concile ont cité un témoignage du VIe concile, pour démontrer clairement que déjà à l’époque de celui-ci… les saintes images étaient vénérées » (Lettre aux Evêques de l’Eglise francque, chapitre XXXV, P. L., t. XCVIII, col. 1264 A)

Ici le pape fait évidemment allusion au canon 82 du Quinisexte, qu’il croit être le VIè concile. Déjà avant la réunion du Ile concile de Nicée, dans sa Lettre à Taraise, qui fut lue à la Ile session de cette assemblée, Adrien Ier avait écrit :

« Je reçois le VIe concile avec tous ses canons, dans lesquels il est dit que certaines images représentent un agneau désigné du doigt par le Précurseur… »

Il est clair qu’ici aussi le pape vise le canon 82 du Quinisexte, qu’il croit être du VIe concile. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, ce ne peut être que Taraise qui a amené le pape attribuer au VIe concile les canons du Quinisexte, car il n’est guère admissible qu’à Rome, au courant du VIIIe siècle, cette attribution ait été communément admise, comme nous l’avons vu avec saint Bède le Vénérable et comme nous le reverrons avec Paul Diacre.

Taraise de Constantinople a probablement écrit au pape ce qu’il avait imaginé de raconter au second concile de Nicée, à savoir que cinq ou six ans après le VIe concile œcuménique, les Pères de cette assemblée avaient fait une addition aux actes ; Adrien, et le VIIè concile œcuménique, paraissent avoir ajouté foi cette assertion historique et chronologique. Toutefois,comme le pape ne voulait pas approuver tous les canons in Trullo, il approuva quae jure ac divinitus promulgatae sunt. Adrien Ier parait s’être conduit en ceci comme le firent plus tard Martin V et Eugène IV, lorsqu’il s’agit de confirmer les décisions des conciles de Constance et de Bâle. Ils usèrent d’expressions qui, loin d’être une confirmation de tous les décrets portés par ces conciles, ne ratifiaient que certains d’entre eux.

4) Paul Diacre (vers 720-vers 799)

Nous avons déjà rapporté plus haut les mots de Paul Diacre (vers 720-vers 799) au sujet du concile in Trullo rapporte l’événement et parle des « erreurs de son [à Justinien II] concile de Constantinople », preuve qu’un siècle plus tard les occidentaux n’avaient pas de scrupule à parler en mal de ce concile, chose impensable pour un concile oeucuménique :

« Pendant ce temps-là l’Empereur Constantin mourut à Constantinople, et Justinien lui succéda c’était le plus jeune de ses fils. Il régna dix ans, ce fut lui qui enleva l’Afrique aux Sarrazins, et fit avec eux la paix par mer et par terre. Le Pontife Sergius ayant refusé de souscrire aux erreurs de son concile de Constantinople, il ordonna au Protospathaire Zacharie d’aller l’arrêter. Mais celui-ci fut chassé de Rome avec des injures, principalement par la milice de Ravenne et des environs. » (Histoire des Lombards, VI, 11)

Ce qui est particulièrement intéressant dans ces lignes est la date à laquelle elles furent écrites. En effet, il publia les différents livres de son Histoire des Lombards de 786 à 789. Ces lignes sont extraites du livre VI qui est le dernier. Il le publia donc en 789, soit deux ans après le IIè concile de Nicée (787) qui, comme nous venons de le voir, a accepté les canon in Trullo comme faisant partie du IIIè concile de Constantinople. Aussi cela doit provenir de la grande confusion que nous exposerons plus bas au sujet de l’origine des canon in Trullo.

En effet, jamais un simple diacre ne se serait permis de contredire un concile oeucuménique ! D’autant moins à l’époque et aux côtés du Pape Adrien Ier qui accepta les canon in Trullo comme faisant partie du VIè concile, en ne pensant pas vrai synode in Trullo comme nous l’avons montré, et qui vécu jusqu’en 795. De plus un diacre aussi excentrique, et même carrément hérétique aurait été immédiatement éliminé du circuit ecclésiastique, et n’aurait jamais eut ni son importance ni sa postérité ! En effet, à partir de 782, il participe à la « Renaissance carolingienne » en séjournant cinq années à sa cour, aux côtés notamment de Paulin d’Aquilée, de Pierre de Pise et d’Alcuin. Il compose des poèmes de circonstance, des œuvres grammaticales et historiques.

Vers 783, à la demande d’Angilram, Evêque de Metz et archichapelain de Charlemagne, il rédige les Gesta episcoporum Mettensium pour narrer l’histoire des évêques de Metz et de la dynastie carolingienne, en insistant sur le rôle de saint Arnoul dont le fils a épousé une fille de Pépin le Bref et qui est ainsi le cofondateur de la lignée carolingienne. Il compila à la demande de Charlemagne un Homéliaire, recueil de 244 homélies patristiques destinées aux lectures liturgiques de l’office et peut-être aussi pour aider à la prédication. La collection originale a été amplifiée par la suite. Charlemagne en prescrit l’usage dans un capitulaire rendu entre 786 et 800 et cet homéliaire supplante les plus anciens ; il est utilisé comme lectionnaire patristique par l’église latine jusqu’au concile de Vatican II.

Deux apocryphes ultérieurs furent mis sous son nom, ce qui ne serait jamais arrivé si son souvenir n’avait pas été prestigieux et irréprochable d’un point de vu doctrinal ! Il s’agit de l’hymne chrétienne Ave Maris Stella et de l’hymne de saint Jean-Baptiste : Ut queant laxis resonare fibris. C’est à partir du premier mot des sept premières lignes de cette œuvre que Guido d’Arezzo nomme les notes de Ut (devenu par la suite Do pour des raisons de practicité musicale) à Si, notre actuelle Gamme :

« UT queant laxis

REsonare fibris

MIra gestorum

FAmuli tuorum

SOLve polluti

LAbii reatum

Sancte Iohannes »

5) Saint Nicéphore de Constantinople (vers 758-828)

« Le successeur de Taraise, saint Nicéphore (806-815), en défendit avec une vigueur accrue la légitimité. De son temps l’on continuait à douter que ces canons fussent bien du sixième concile (681), vu la distance à laquelle ils avaient été émis (691-2). Sur quoi, le patriarche posait ce principe : Non enim interjectum tempus cetat quominus hi dicantur sextae synodi canones [Apolegeticus Minor, éd. PG., C, col. 848 A]. Et d’observer que l’assemblée de 691, la dignité de ses membres, leur nombre bien supérieur à celui du concile de 681 doivent donner une autorité exceptionnelle à ses ordonnances disciplinaires, d’autant que celles-ci complètent l’œuvre des cinquième et sixième conciles œcuméniques et sont, depuis cent vingt ans, d’une si grande utilité à l’Église que nisi in Ecclesia exstitissent, plurimum ea passa esset detrimentum, qui culpae multae in coetu sacerdotali sine remedio paenave mansissent [Ibid., col. 845 C]. » (LAURENT, pp. 22-23)

6) Saint Théodore Studite (759-826)

« C’est précisément cette utilité qui, dans le milieu grec, assura la fortune grandissante des canons in Trullo tenus comme édictés par la grâce du Saint Esprit [Mansi, XIII, col. 417 Ε : Spiritus tubis editi]. Saint Théodore les a en particulière estime. Il sait fort bien que le concile in Trullo s’est tenu après le sixième [Antirrheticus II, n. 38; éd. PC, XCIX, col. 377 CD et 1305; voir aussi col. 1304 D, 1609 A] ; il semble même croire qu’il a été convoqué tout exprès pour régler l’affaire des images [Refutatio Poem. Iconomach., n. 35; éd. PG., XCIX, col. 473 D]. Et néanmoins les canons qu’il émit sont pour le saint l’œuvre du sixième concile [Lettre au patrice Nicétas contre les soins donnés par les hommes à leur chevelure ; il y invoque la « divine ordonnance » — canon 96 — du saint sixième concile ; éd. PC, XCIX, col. 996 Β ; voir aussi col. 1304 A et 1609 A]. Quand il les cite, il veut faire entendre « la voix des Pères du saint sixième concile [Ibid., col. 1136 C, 1304 D, 1609 A] » qui se réunirent une seconde fois pour édicter ces canons et ce concile — entendez le concile in Trullo — il le reçoit parce qu’il est, selon lui, reçu par les CINQ patriarches [Ibid., col. 1305 B], donc aussi, à l’en croire, par celui de Rome dont l’adhésion supposée dut déterminer et confirmer la sienne. Chose quasi paradoxale : le saint studite semble même prouver le deuxième concile de Nicée — septième œcuménique — d’abord parce que sa doctrine sur les images est conforme à celle du concile in Trullo : « Επειτα και ή έν Νίκαια το δεύτερον, ώς όμόφρων τη μετά την εκτην συνάδω, ευπρόσιτος παρά τοις Πέντε ». Cette assemblée fut en effet la première à formuler, avant même que la crise iconoclaste n’éclate, la doctrine orthodoxe de l’iconodulie (canon 82). En pleine controverse, les Églises latine et grecque s’y référeront et la considération accordée à un canon particulier conférera à l’ensemble une autorité que celui-ci n’eût pas eue sans cela à ce degré. » (LAURENT, page 23)

Nous pouvons noter que son acceptation du concile in Trullo est intimement relié à deux, voir trois erreurs. La première est qu’il aurait été convoqué tout exprès pour traiter de la question des saintes images. La deuxième est qu’il aurait réunis les mêmes Evêques que ceux du VIè concile. La troisième erreur potentielle est qu’il aurait reçu l’approbation de cinq patriarche, donc celui de Rome : le Pape. De plus, son idée que ce serait les mêmes Evêques qui se seraient réunies seconde fois, n’est pas sans rappeler la confusion avec le synode constantinopolitain de 686/7, comme cela fut le cas de saint Taraise de Constantinople, Adrien Ier et du IIè concile de Nicée. Cela montre clairement la confusion qui entourait les canons in Trullo. En effet, outre l’erreur des trois éléments que nous avons souligné, et la probable identification au synode de 686/7, nous pouvons remarquer deux autres incohérences entre la réalité et ce que pense saint Théodore : premièrement, ni le synode de 686/7, ni le concile in Trullo n’ont été réunis exprès pour régler l’affaire des images, et deuxièmement, sur les 102 canons qu’a édicté le concile in Trullo, un seul canon porte sur les saintes images, il est donc impossible que saint Théodore Studite ait entendu approuver les canons du concile in Trullo dans ce que nous venons de citer de lui.

La troisième erreur que nous avons soulignéé, celle que le synide en question aurait été approuvé par les cinq patriarches, donc par le Pape, ne peut ne pas être une erreur, en ce sens que saint Théodore Studite fait peut-être référence à une collection de canons ne comprenant pas les canons litigieux, et ayant alors reçu l’approbation des Papes. Cela seul tendrait à prouver que les canons in Trullo tels qu’ils étaient reçu à son époque ne contenaient, à tout le moins, pas celui sur la Papauté, ou bien qu’il n’avait pas du tout le même sens que celui que lui donnent les orthodoxes !

En effet, il nous apprend qu’une génération avant Photius, la croyance de l’Eglise de Constantinople était l’impossibilité de réunir un concile sans l’Autorité du Pape. C’est le droit propre du Souverain Pontife qu’un synode orthodoxe ne puisse se tenir sans sa connaissance et son assentiment. C’est à lui qu’il appartient de convoquer un concile légitime contre l’assaut des hérésies. Écoutons saint Théodore parlant de ce droit dans sa lettre au Pape saint Léon III :

« Les moechiens, s’arrogeant une autorité qu’ils n’ont pas, n’ont pas craint de réunir un synode hérétique, alors que, selon la pratique en vigueur dès l’origine on n’a même pas le droit de tenir un concile orthodoxe sans votre connaissance. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique ! » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C : El γαρ ούτοι έαυτοϊς έξαυθεντήσαντες αίρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ουκ εδεισαν, καίπερ ει καΐ όρθόδοξον οΰκ άνευ τής υμών ε’ιδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το ά*νωθεν κεκρατηκος εθος, πόσω γε μάλλον ευλογον καί άναγκαΐον αν εί’η (ύπομίμνήσκομεν φόβω) ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σύνολον, ώς αν το όρθόδοξον τής ‘Εκκλησίας δόγμα το αίρετικον άποκρούσηται·)

Ecrivant au pape saint Léon III, il lui parle du synode qu’ont tenu, en janvier 809, les partisans des secondes noces de l’empereur Constantin VI qui, après avoir été marié à l’arménienne Marie, l’avait reléguée dans le cloître (janvier 795), et avait épousé la cubiculaire Thépdote :

« Il s’est tenu dans notre pays, ô bienheureux Père, dit-il, un synode pour la condamnation de l’Évangile du Christ, dont vous avez reçu les clés de la part de ce même Christ, par l’intermédiaire du prince des apôtres et de ses successeurs, jusqu’à celui qui a précédé Votre Sainteté. » (Lettres, I, 34 ; col. 1021 C et D)

II écrit dans le même sens à l’archimandrite Basile, qui gouvernait alors un monastère de Rome :

« II serait utile, comme c’est notre pensée et notre désir, que condamnation fût portée en synode par le suprême Seigneur apostolique, selon la coutume traditionnelle, contre ceux qui se sont assemblés en adversaires de l’Évangile du Christ et qui pnt anathematise ses défenseurs. » (Lettres, Ι, 35 ; col. 102g C : Συμφέρον δ’ αν εί’η, ώς ό ημέτερος σκοπός και πόθος, έπιτιμηθήναί συνοδίκώς δια τοΰ κορυφαιοτάτου ‘Αποστολικού, ώσπερ επί των άνωθεν καί έξ αρχής, τους συνεδρεΰσαντας κατά τοϋ Ευαγγελίου τοΰ Χρίστου καί άναθεματίσαντας τους άντεχομένους αύτοΰ)

La primauté du Pontife romain est donc une primauté vraiment divine. Aussi bien, Théodore l’attestait-il dans une précédente lettre adressée au même Pape :

« Les « moechiens » ou partisans du divorce impérial, écrivait-il, n’ont pas craint de s’arroger le pouvoir de tenir un synode, alors qu’ils n’ont pas le droit de réunir, sans votre connaissance, même un concile orthodoxe, selon l’usage en vigueur de vieille date. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique Nous vous avons fait ces communications, nous, les plus humbles des membres de l’Église, comme il convenait à notre petitesse, dans un esprit d’entière soumission à votre divine puissance pastorale. Nous conjurons d’ailleurs Votre Sainteté de nous compter au nombre de ses propres brebis, de nous éclairer et de nous fortifier de loin par ses saintes prières. » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C et D : Eî γαρ οδτοί έαυτοΐς έξαυθεντήσαντες αΐρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ούκ εδεισαν, καίπερ ει και όρθόδοξον ούκ άνευ της υμών είδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το άνωθεν κεκρατηχος εθος· πόσω γε μάλλον ενίλογον και άναγκαΐον αν είη, ύπομιμνήσκομεν φόβω, ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σΰνοδον Ταΰτα άνηγγελκότες, ώς ελάχιστα μέλη της ‘Εκκλησίας, και τί) ύφ’ύμών υπείκοντες θεία ποιμεναρχία)

Voir aussi sa  déclaration explicite dans PG, XCIX, col. 1019 G, 1419 AB.

Aussi sa vision complète de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascène, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

7) Georges le Moine ou Georges Hamartôlos (IIè moitié du IXè siècle)

Dans la notice qu’il consacre à Constantin Pogonat, cite le canon 82 du Quinisexte, mais l’attribue au VIè concile général. Ce fait mérite d’être souligné car il y a clairement ici aussi une confusion. En en effet, l’empereur Constantin Pogonat mourut le 14 septembre 685, c’est-à-dire plusieurs années avant le concile in Trullo, ainsi qu’avant le synode de 686/7 : il ne peut dont même penser à celui-ci. Et de fait, tant le synode de 686/7 que le concile in Trullo ont, comme nous l’avons vu, été convoqués par l’empereur Justinien II.

8) Anastase le Bibliothécaire (vers 815-880)

« Cet usage généralisé [de présenter les canons in Trullo comme ceux du VIè concile général] prouve que la collection fut dès l’origine mise en circulation sous son nom, comme le suggèrent au reste les observations faites à ce sujet par Anastase le Bibliothécaire. Dans son Introduction aux Actes du septième concile, cet auteur emploie en effet sans ambages la terminologie déjà courante à son époque : Quaedam in hac (7a) synodo ex Apostolorum et sextae universalis synodi canonibus et sententiis… [Mansi, XII, col. 982 C. Un ensemble de témoignages dans Pitra, Monumenta, II, P. 4]. » (LAURENT, page 16)

9) Jean VIII (vers 820-882)

Seul le pape Jean VIII (872-882) semble avoir émis quelque doute sur le bien fondé de cette attribution. Dans sa préface de la traduction des Actes du VIIè concile général, Anastase le Bibliothécaire lui fait dire qu’il n’approuve pas

« les canons que les Grecs prétendent être du VIe concile » (Mansi, Concil., t. XII. col. 982)

qu’autant qu’ils ne sont pas contraires aux décrets des papes et aux bonnes mœurs :

« II acceptait tous les canons qui n’étaient pas en opposition avec la foi orthodoxe, avec les bonnes mœurs et les décrets de Rome. »

La préface placée par Anastase en tête de sa traduction des actes du VIIè concile œcuménique, prouve que le pape Jean VIII a bien réellement imaginé ce moyen terme. voici comment Jean VIII s’exprime dans cette préface :

« Unde apostolatu pestro decernente, non solum illos solos quinquaginta canones [les 50 premiers canons apostoliques acceptés par Rome, tandis qu’elle rejetait les trente-cinq derniers] Ecclesia recipit, sed et omnes eorum utpote Spiritussancti tubarum (c’est-à-dire les Apôtres), quin et omnium omninoprobabiliumpatrum et sanctorum conciliorum regulas et institutionesadmittit ; illas dumtaxat, quœ nec ‘ectœ Ifdei nec probis moribus ob-piant, sed nec Sedis Romanae decretis ad modicum quid resultant,quin potius adversarios, id est hareticos, potenter impugnant. Ergo regulas, quas Greci a sexta synodo perhibent editas (c’est-à-dire les canons du concile in Trullo que les Grecs appelaient volontiers canones sexta synodi), ita in admittit [Ces mots laissent voir que le pape Jean a prononcé dans un synode sa décision sur les canons in Trullo. Lupus a pensé qu’elle avait été formulée dans le concile de Troyes en 878 ; le pape y avait en effet assisté. Pagi, Critica, année 692, n° 16] ut nullatenus ex his illae recipiantur, prioribus canonibus pezdecretis sanctorum sedis hujus pontificum, aug certe bonis moribusinveniuntur adversœ ; quampis omnes haetenus ex toto maneantapud Latinos incognitœ, quia necinterpretatœ, sed nec in caterarumpatriarchalium sedium, licet grmca utantur dingua, reperianturarchivis, nimirum quia nulla earum, cum ederentur autaut consentiens aut saltem prœsens inventa est. » (Mansi, t. XII, col. 982 ; Hardouin, t. IV, col. 19)

Du reste, le Liber pontificalis se trompe (ou bien le concile romain sous Jean VIII) sur ce dernier point ; car, les patriarches d’Orient assistèrent au concile in Trullo et les Grecs acceptèrent, sans réclamation, les canons de ce concile, ainsi que le prouve le Ier canon du IIè concile oeucuménique. Cf. Assemani, op. cit., t. V, col. 86)

10) Les témoignages Latins postérieurs

Il arrive que les orthodoxes affirment que beaucoup d’auteurs Latins du IIè millénaire faisant Autorité dans l’Eglise catholique ont soutenus les canons du concile in Trullo. Nous leur répondons que certains de ces auteurs, tel le Pape saint Grégoire VII l’ont fait en précisant qu’ils n’étaient acceptés que dans la mesure où ils s’accordaient avec la foi et la discipline catholique, et qu’en tout état de cause, la Papauté et le célibat ecclésiastique étaient des réalités incontestables, ce qui exclut que les canons in Trullo ait pu être admis dans leur totalité. On en lira plus dans l’article du Père Vitalien LAURENT à partir de la page 28 à la page 32 dans la section intitulée « Sa diffusion dans l’Occident latin », puis de la page 37 à la page 39.

C) Explication de ces positions apparemment contradictoires

Ces différentes positions apparemment contradictoires trouvent en réalité leur explication dans deux facteurs : d’évidentes confusions dues à de probables falsifications.

1) D’évidentes confusions

Résumons la situation. Le concile in Trullo fut d’abord refusé dans son intégralité par saint Serge Ier et Jean VII, jugement dont saint Bède le Vénérable se fit l’écho. Puis il fut accepté sous les réserves catholiques par Constantin Ier, saint Grégoire II.

50 ans plus tard, au moment du IIè concile de Nicée (787), les canons in Trullo furent allégués par saint Taraise, approuvés par le concile et promus, au moins dans les réserves de ses prédécesseurs, par Adrien Ier. Aussi les protagonistes considèrent l’acceptation de ces canons comme une chose normale et déjà établie, et non comme l’approbation de quelque chose qui ne l’aurait pas déjà été. Toutefois, saint Taraise commet à l’évidence une erreur dans l’attribution de ces canons, car il en parle comme ayant été pris « quatre ou cinq ans après le VIe concile œcuménique » par « les mêmes évêques s’étant de nouveau réunis en assemblée » : ce qui ne correspond nullement au concile in Trullo mais à un autre synode, tenu à Constantinople en 686/7 comme nous l’avons vu. Il y a donc fort à parier qu’il ne s’agit là d’une approbation ni explicite ni implicite de l’assemblée in Trullo considérée en tant que telle, mais à une erreur : il n’était nullement dans l’intention de saint Taraise, du IIè concile de Nicée et d’Adrien Ier de valider l’assemblée in Trullo ! Ce jugement semble confirmé par les mots de Paul Diacre, écrits après le IIè concile de Nicée et parlant des « erreurs » du concile in Trullo, chose impensable pour une assemblée reconnue comme oeucuménique.

Quelques décennies plus tard, c’est au tour de saint Théodore Studite de manifester être en accord avec les canon in Trullo, mais là encore avec d’évidentes erreurs ! Il pensait qu’il aurait été convoqué tout exprès pour traiter de la question des saintes images, qu’il aurait réunis les mêmes Evêques que ceux du VIè concile, et qu’il aurait reçu l’approbation de cinq patriarche, donc celui de Rome : le Pape. D’ailleurs si ce dernier élément était vrai, cela prouverait que les canons in Trullo reçus à son époque ne contenait pas le canon sur l’Evêque de Rome, ou du moins il n’était pas du tout compris comme le comprennent les orthodoxes. Son témoignage ne saurait donc être retenu en faveur des canons in Trullo, du moins dans le sens allégué par les orthodoxes.

La seconde moitié du IXè siècle nous offrent enfin trois témoignages en défaveur du concile in Trullo. Georges le Moine, dans la notice qu’il consacre à Constantin Pogonat, cite le canon 82 du Quinisexte, mais l’attribue au VIè concile général. Ce fait mérite d’être souligné car il y a clairement ici aussi une confusion. En en effet, l’empereur Constantin Pogonat mourut le 14 septembre 685, c’est-à-dire plusieurs années avant le concile in Trullo. Et de fait, comme nous l’avons vu, celui-ci fut convoqué par l’empereur Justinien II. Puis, Anastase le Bibliothécaire, hostile s’il en est au concile in Trullo dit que Jean VIII n’accepte « les canons que les Grecs prétendent être du VIe concile » qu’autant qu’ils ne sont pas contraires aux décrets des papes et aux bonnes mœurs (Mansi, Concil., t. XII. col. 982) :

« II acceptait tous les canons qui n’étaient pas en opposition avec la foi orthodoxe, avec les bonnes mœurs et les décrets de Rome. »

Nous n’avons pas assez d’éléments pour déterminer les motifs et l’étendue de l’acceptation qu’en ont faite saint Jean Damascène et saint Nicéphore de Constantinople.

On peut donc résumer la situation en 5 points :

1° de l’époque du concile in Trullo à Jean VIII, à chaque foi qu’il possible de discerner l’étendue de l’acceptation des ses canons, celle-ci est limitée à ceux qui ne correspondent à la foi Romaine ;

2° il est impossible que saint Taraise et à sa suite le IIè concile de Nicée (autrement Adrien Ier ne les aurait pas soutenu), et saint Théodore Studite aient reconnus le 36è canon qui semble hostile à la doctrine de la Papauté, ou du moins que ce canon ait alors le sens que lui donnent les orthodoxes. Cela semble confirmé par le rejet qui semble aller de soi que Paul Diacre exprimera postérieurement ;

3° ni Adrien Ier ni Jean VIII n’ont « approuvé » un acte qui ne l’était pas et qui demandait à l’être, il s’en suit que la censures des canons contraires à la foi Romaine était un fait accompli et incontesté depuis le début ;

4° plusieurs de ceux qui acceptent les canon in Trullo le font en commettant l’erreur de croire qu’il s’agit d’une collection issu des mêmes Evêques que ceux du VIè concile, condition à laquelle ils semblent suspendre leur autorité.

5° trois d’entre eux (saint Taraise, Adrien Ier et le IIè concile de Nicée) confondent même ces canons avec les décisions du synode de 686/7.

2) Interpréter les Pères de l’Eglise dans le même sens

Si nous résumons, nous avons la répartition suivante :

– rejettent catégoriquement le concile in Trullo : saint Serge, Jean VII, saint Bède le Vénérable, Paul Diacre, Anastase le Bibliothécaire ;

– l’acceptent sous réserve de conformité à l’enseignement de l’Eglise Romaine : Constantin Ier, saint Grégoire II, Adrien Ier, Jean VIII ;

– en acceptent les canons en commettant d’évidentes erreurs quant à leur origine et/ou leur contenu : saint Taraise de Constantinople, Adrien Ier, le IIè concile de Nicée, saint Théodore Studite, Georges le Moine ;

– l’acceptent sans qu’il soit possible d’affirmer ou de nier que ce soit sous une quelconque réserve ni sans aucune confusion : saint Jean Damascène, saint Nicéphore de Constantinople.

Aussi devons-nous présumer qu’ils les ont reçu dans les limites posées par les Papes et/ou suite à une confusion, de la même manière que tous les autres, conformément au principe posé par les Pères de l’Eglise selon lequel ils doivent tous être interprétés dans le même sens, lorsque cela n’est pas rendu impossible :

« Il ne convient pas d’opposer les Pères les uns aux autres, car ils sont tous Pères ; il serait contraire à la piété de décréter que les uns ont bien parlé tandis que les autres se sont mal exprimés, car tous se sont endormis en Christ. […] Il n’est pas permis de mettre en cause les uns ou les autres, car tous ont pris le soin des enseignements de Christ, tous ont dépensé leur zèle pour confondre les hérétiques. » (Saint Athanase, Des conciles, n° 43 et 45, PG, XXVI, 767-775)

« Si un auteur pèche dans son expression, on doit vérifier qu’elle est la foi qu’il professe. […] Même si l’expression est équivoque, l’intention ne l’est pas et c’est elle qui couvre de son ombre la parole et l’empêche de tomber dans quelque faute. » (Saint Ambroise, Lettre 48 à Sabinius, n°6, PL, XVI, 1153)

Facundus d’Hermiame (mort en 571) fait lui aussi mention de cette règle, bien qu’il ait tort de vouloir en faire bénéficier Théodore de Mopsueste (Père Denys PÉTAU, SJ, 1583-1652, « Prologomènes », chapitre 2, n°8 dans Théologie dogmatique, tome 1)

Notons enfin que quand bien même saint Jean Damascène et saint Nicéphore n’auraient accepté les canons in Trullo sous aucune de ces deux conditions, cela ne pourrait nous conduire qu’à une seule conclusion : ils auraient eu tort. Aussi, les orthodoxes ne sauraient renverser les neuf témoignes explicites, à tout le moins opposés aux canons litigieux, par seulement deux témoignages non probants.

Mais comment expliquer tous ces cafouillages pour quelque chose d’aussi solennel que des canons réputés être issus d’un concile oeucuménique ? Nous pensons qu’il s’agit au départ de falsifications.

3) Des falsifications probables

Plusieurs témoins pensent que les canons en réalité in Trullo sont issus du synode de 686/7 (saint Taraise, le IIè concile de Nicée, Adrien Ier et peut-être saint Théodore Studite), saint Théodore Studite, pense même que les canons dont il parle ont été édictés par un synode réunis exprès pour traiter des saintes images, ce qui n’est le cas ni du synode de 686/7 ni du concile in Trullo, de plus, Anastase le Bibliothécaire, hostile à l’assemblée in Trullo mentionne sans autre précision ces canons comme ceux du VIè concile. Aussi, à l’instar du Père LAURENT, et conformément à ce que nous savons avoir été une pratique récurrente des Grecs, nous pensons qu’il y a eut falsification et que la liste des canons in Trullo ont été émis en circulation par leurs partisans, sous les noms du concile de 680-681 et du synode de 686/7, pour les couvrir faussement dans la conscience des lecteurs de l’autorité oeucuménique du VIè concile ! Nous n’affirmons pas cela gratuitement. En effet, d’un part nous rappelons ce que nous disions au début de cet article sur l’ajout de texte que le concile « in Trullo » lui-même opéra au 2è canon du IIIè concile de Carthage (16 juin 390) pour lui fait dire l’exact inverse de ce qu’il dit. D’autre par les témoignages antiques de l’habitude Grecque de falsifier les textes existent :

Saint Léon le Grand (vers 395-461) se lamenta, parce que certains avaient falsifié sa lettre à Flavien. Après avoir changé quelques ver­bes et syllabes, les faussaires soutenaient que le pape Léon serait tombé dans l’hérésie de Nestorius (Lettre Puritatem fidei, 10 mars 454).

Saint Grégoire le Grand (vers 540-604) :

« Les manuscrits faits à Rome sont bien plus véridiques que ceux fabriqués par les Grecs, parce que chez nous, on ne pratique ni les artifices ni les impostures » (Lettres, I, 6 à Narsem)

Saint Nicolas Ier (vers 800-867) donna une autorisation basée sur un document qu’il avait reçu de Grèce, mais en précisant :

« pourvu que ce document ne soit pas falsifié selon la coutume des Grecs (non falsata more Grae­corom) » (Lettre Proposueramus quidem, à l’empereur Michel l’Ivrogne du 28 septembre 865)

Le coryphée du schisme « orthodoxe », Photius (entre et falsifia la lettre qui lui fut envoyée par le Pape saint Nicolas Ier pour obtenir la faveur d’un concile qu’il avait convoqué. Plus tard, au XIVè siècle, des « orthodoxes » forgèrent las fausse Lettre de Jean VIII à Photius, ou Jean VIII aurait condamné le Filioque. Tout cela est exposé dans ces différents documents :

L’Occident aussi a eut son lot de faussaires. Par exemple le rédacteur angevin des « Fausses décrétales » fit illusion pendant des siècles ! Nous ne pouvons d’ailleurs qu’inviter nos lecteurs à prendre connaissance de la réfutations des accusations antipapistes liées à ces documents, en lisant notre article La vérité sur les « Fausses Décrétales d’Isidore Mercator ».

III) La portée de l’oeucuménicité

« Pris isolément, le concile in Trullo ne saurait prétendre au titre d’œcuménique. Lupus, Assemani, Baronius, Pitra et d’autres en ont aisément fait la preuve. Revêtu de l’autorité du sixième concile auquel la tradition l’incorpore formellement et dont il se présente lui-même comme l’achèvement, il a pu être tenu légitimement pour tel. Cette vue historique n’a, ce semble, rien d’anormal. Plusieurs conciles œcuméniques ont en effet été approuvés par le Saint Siège sans que les canons émis par eux l’aient été pour autant soit en partie soit en totalité. Certains de ceux-ci ont même été expressément condamnés [Le cas le plus typique est fourni par le 28e canon du concile de Chalcédoine reproduit dans le 36e canon du concile in Trullo] par Rome sans que les conciles dont ils émanaient, comme celui de Chalcédoine, aient rien perdu de leur œcuménicité. » (LAURENT, page 17)

Nous pouvons encore citer les exemples du 3è canon du concile de Constantinople (381) ou encore des canons du concile de Constance dont beaucoup furent rejetés par le Pape sans que celui-ci en perde son caractère oeucuménique.

« Il en va de l’ensemble de l’œuvre du sixième concile conçu, avec la tradition dans le sens le plus large (concile de 680-1 + concile de 691-2) comme des grands conciles qui l’ont précédé ou suivi : l’œcuménicité à eux conférée par le Saint Siège n’inclut nullement de soi, à moins que la chose ne soit expressément déclarée, la reconnaissance ou l’approbation des canons édictés par eux dans la plupart des cas. Le Magistère Suprême a pu en réprouver certains ou se refuser à en entériner l’ensemble sans que ces assemblées aient cessé d’être appelées œcuméniques. L’on peut donc — historiquement parlant — concevoir l’œuvre canonique du concile in Trullo comme celle du sixième concile œcuménique, d’autant que, [comme nous allons le voir, Justinien II donna finalement satisfaction aux réclamations des papes proscrivant les articles séditieux. Ceux-ci élagués par l’accord de Nicomédie, la masse restante composait un code de lois qu’il faut tenir présent à l’esprit chaque fois qu’il est question de leur approbation par le Saint Siège. Nous ne savons pas s’il exista jamais une édition expurgée du recueil, mais nous savons que les dispositions réprouvées par Rome furent rapportées par le législateur. En vertu de quoi l’on peut, l’on doit admettre l’existence en droit, sinon en fait, d’une Collection authentique de quelque 95 canons (sur 102) acceptables pour les deux parties. » (LAURENT, pp. 17-18)

IV) Conclusion

Nous avons établit que les canons litigieux du concile in Trullo n’ont jamais été reçus par les Papes et l’Occident, dont l’approbation est obligatoire, au moins de fait, pour être revêtue de l’autorité oeucuménique, car on ne saurait appeler un canon « oeucuménique », ce qui veut dire universel, lorsqu’on se heurte au refus explicite de la moitié de l’Eglise !

La plupart, sinon la totalité des témoins orientaux les ayant accepté, ne les ont accepté que sous cette réserve et/ou suite à une confusion flagrante, ce qui ne témoigne pas en faveur de ces canons !

Aussi, dans le domaine de la controverse catholique-orthodoxe qui est la nôtre ici, nous pouvons indifféremment considéré le concile in Trullo comme faisant ou non partie du VIè concile, et donc comme étant couvert ou non de son autorité oeucuménique et donc infaillible. En effet, même en reconnaissant le caractère oecuménique au concile in Trullo dans son être comme partie du VIè concile, une assemblée oeucuménique peut voir certains de ses canons censurés par l’Evêque de Rome qui, encore une fois, en tant que représentant à tout le moins la moitié de l’Eglise a tout pouvoir d’invalider tel ou tel canon. C’est ce qui se passa pour le 3è canon du concile de Constantinople, pour le 28è canon du concile de Chalcédoine, et c’est ce qui se passa pour les 13è, 36è et quelques autres canons du concile in Trullo.

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12 commentaires sur “Le concile « in Trullo » (691-692) est-il valide ?

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  5. Carlito
    25 août 2018

    Merci pour votre travail !
    Dieu sois-loué !

  6. Pingback: L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  7. Roman Biliavskyi
    14 février 2019

    Oh là là, nos amis. Je pense pas que le commentaire soit publié, mais le pape Adrien I a accepté le Concile in Trullo avec tous ses canons.

    Le recueil des canons de l’Eglise de Rome Decretum Gratiani confirme que ce pape a accepté tout le Concile VI avec ces canons :

    «Gratianus. Item cum Adrianus Papa sextam sinodum recipiat cum omnibus canonibus suis»

    «Car le Pape Adrien a accepté le Concile VI avec tous ces canons»

    Il est écrit la même chose sur les décrets des canons in Trullo :

    «Gratian. Ex his ergo colligitur, quod sexta sinodus bis congregata est: primo sub
    Constantino et nullos canones constituit: secundo sub Iustiniano filio eius, et prefatos canones promulgauit.
    Unde sancti Patres»

    «On en déduit que le VIe Concile s’est réuni deux fois : d’abord lors de l’empereur Constantin sans édition de canons et puis lors du reigne de son fils Justinien. Là il a édité des canons mentionnés ci-dessus.»

    https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9cret_de_Gratien
    http://www.internetsv.info/Archive/DecretumGr.pdf

    • Ressources Catholiques
      14 février 2019

      Bonjour,

      Comme nous le démontrons dans notre article, la seconde réunion sous Justinien n’est pas le concile in Trullo, mais un autre synode :

      Citant le 82è canon du concile in Trullo à la session IV du IIè concile de Nicée, saint Taraise, patriarche de Constantinople, expliqua que :

      « quatre ou cinq ans après le VIe concile œcuménique, les mêmes évêques s’étant de nouveau réunis en assemblée avaient porté les susdits canons [ceux du Quinisexte] » (Mansi, Concil., t. XIII, col. 219)

      L’adresse du Quinisexte à l’empereur, ibid., t. XI, col. 933, dit bien que ce concile voulait compléter l’œuvre des Ve et VIe conciles, en formulant des décrets disciplinaires ; mais Taraise à Nicée va plus loin. Pour lui, les canons du Quinisexte sont à considérer comme émanant du VIe concile général, puisqu’ils ont été élaborés par les Pères de ce concile, réunis au bout de quelques années pour parachever son œuvre.

      Cependant nous ne pouvons que constater que saint Taraise commet deux erreurs majeures. En effet, il dit que les canons dont il parle ont été pris « quatre ou cinq ans après le VIe concile œcuménique », alors que le concile in Trullo eut lieu dix ans après. Et qu’ils furent pris par « les mêmes évêques s’étant de nouveau réunis en assemblée », tandis ce que le concile in Trullo ne réunit nullement les mêmes Evêques que ceux de l’assemblée de 680-681. C’est qu’il confond avec une autre assemblée qui eut bel et bien lieu à Constantinople « quatre ou cinq ans après le VIe concile œcuménique » par « les mêmes évêques s’étant de nouveau réunis en assemblée » ! En effet :

      « vers la fin de 686, se réunit sur son ordre [de Justinien II] et sous sa présidence le grand synode qui procéda à la relecture solennelle des Actes retrouvés de cette Assemblée. L’intention du monarque était de faire prendre à tous les corps constitués (Sénat, Église, dignitaire, armée même), tous requis de signer, l’engagement de les tenir pour des lois de l’État. » (L’œuvre canonique du concile in Trullo (691-692), source primaire du droit de l’Église orientale du Père Vitalien LAURENT (dans Revue des études byzantines, Année 1965, tome 23, pp. 8-9)

      « Comme l’a justement observé J.-B. Pitra, Juris ecclesiastici Graecorum historia et monumenta, II, Rome 1868, p. 76 ; c’est ce synode de fin 686 que le patriarche Taraise devait avoir en vue là où il déclare qu’il s’est tenu « quatre ou cinq ans après le concile œcuménique (681-682) ». » (LAURENT, page 8, note 3)

      « Le patriarche Taraise a soutenu que les mêmes évêques avaient signé la définition du 6e concile œcuménique et les canons du concile in Trullo. Il s’est trompé en confondant ce dernier avec l’assemblée de 686/7. En 691/2, sur 220 évêques présents, 43 seulement avaient assisté aux délibérations du concile de 681 /2. Ce point est, il faut le noter, secondaire car il n’est pas nécessaire — l’exemple du concile de Trente est là pour le prouver — que les mêmes évêques assistent à toutes les sessions d’un même concile pour que celui-ci ait pu être reconnu par le pape comme œcuménique. » (LAURENT, page 16, note 37)

      De plus : « en 785, le pape Hadrien 1er, après avoir loué la profession de foi du patriarche saint Taraise, ajoutait : Quare et easdem sanctas sex synodos suscipio cum omnibus regulis quae iure ac divinitus ab ipsis promulgatae sunt [Mansi, XIII, col., 1080 A]. Cette déclaration contient à la fois et l’approbation des canons in Trullo assimilé au sixième concile et la réserve qui limite cette approbation [On doit avoir cette réserve présente à l’esprit en lisant une autre déclaration du même pape où l’approbation des mêmes canons semble entière] aux seuls canons acceptables pour l’Église Romaine. Et parmi ceux-ci le pontife souligne l’excellence particulière du 82e, bien moins offensant pour les latins qu’on le pense généralement. Dans sa lettre aux évêques francs à propos de la question des images, le même pontife conclut, ainsi : Onde ipsa sancta sexta synodus Fideliter per canones orthodoxe statuens, ita constitua dicens… [Mansi, XIII, col. 777 A]. » (LAURENT, page 36)

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Cette entrée a été publiée le 24 août 2018 par dans Foi Catholique.
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