+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La Papauté au concile d’Ephèse (431)

Dossier sur la Papauté : ici

Concile d’Éphèse de 431, mosaïque de Notre-Dame de Fourvière

Le concile d’Ephèse débuta 22 juin 431, deux semaines après la date fixée (7 juin), sur l’initiative de saint Cyrille d’Alexandrie et de Memnon d’Éphèse, qui trouvent que l’on a déjà trop attendu, malgré l’absence de Jean d’Antioche, qui a fait prévenir de sa prochaine arrivée, mais qui tarde, malgré l’absence aussi des légats romains, encore en route, s’ouvre le concile annoncé. C’est pourtant bel et bien du pontife romain que ce concile tint son existence et son autorité.

Voici le plan de notre étude :

I) Un appel au Siège de Pierre

II) La délégation de présidence du Pape à Saint Cyrille

III) Le déroulement du concile

A) Un concile présidé par les légats du Pape

B) La condamnation de Nestorius n’est qu’une soumission du concile à la décision du Pape

IV) Les acclamations du concile au Siège de Pierre

V) Prise de décision au nom du Pape

VI) Une domination attestée par les auteurs Orientaux

VII) Pour aller plus loin

I) Un appel au Siège de Pierre

En 428, le patriarche hérétique de Constantinople Nestorius déclara que Marie n’avait enfanté Dieu, et lui contestait ainsi le titre de « Mère de Dieu« . Un scandale et une querelle s’en suivit. Aussi, cela aboutit à la tenue du concile d’Ephèse. Mais avant même cela, Saint Jean Cassien (vers 360-vers 435) déclara :

« Mais le grand homme, le disciple des disciples, le maître parmi les maîtres, qui exerçait le gouvernement de l’Église romaine possédait l’autorité dans la foi et le sacerdoce. Dis-nous donc, Dis-nous que nous te prions, Pierre, prince des Apôtres, dis-nous comment les églises doivent croire en Dieu. (Contre Nestorius, III, 12)

II) La délégation de présidence du Pape à Saint Cyrille

Saint Cyrille d’Alexandrie présida en ayant reçu le mandat suivant du Pape saint Célestin Ier. En effet, le Pape met Nestorius en garde, le menaçant de sanction du concile, sur son ordre et par sa délégation : 

« Sache donc bien que voici notre sentence : Si tu ne professes au sujet de notre Christ Dieu la même foi que l’Église romaine, celle d’Alexandrie et l’Église catholique tout entière, foi qu’a très bien gardée aussi l’Église de la grande Constantinople jusqu’à toi, et n’as, dans le délai de dix jours à partir du jour de l’avertissement, condamné par une profession de foi claire et mise par écrit la perfide nouveauté qui entreprend de séparer ce que la Sainte Écriture unit (C’est-à-dire les deux natures du Christ unies en une seule personne), tu es rejeté de toute la communion de l’Église catholique. Cette forme de notre jugement sur toi, nous l’envoyons par mon fils le diacre Poseidon avec tous documents à mon coévêque Cyrille, chef de l’Eglise d’Alexandrie, qui nous a fait un rapporteur ce sujet, pour qu’il agisse en notre nom et porte à ta connaissance et à celle de tous les frères ce qui a été décidé par nous. Tous, en effet, doivent savoir ce qui se fait, toutes les fois qu’il s’agit d’un intérêt commun. » (Lettre à Nestorius)

S’adressant au Pape saint Célestin, il lui demande s’il veut que l’on puisse rester encore pour un temps en rapport avec Nestorius ou s’il faut désormais que tout le monde l’évite :

« Nous n’irons pas rompre publiquement et ouvertement la communion avec Nestorius sans indiquer d’abord cette intention à Votre Sainteté. Daignez donc nous dire ce qu’il vous en semble, s’il faut toujours garder la communion avec lui ou au contraire proclamer librement que personne ne doit entrer en rapport avec quelqu’un qui pense et enseigne ces hérésies. » (Lettre 11 à saint Célestin, n° 7 dans PG, 77/83-86.)

Le Pape lui répondit de faire l’admonition suivante à Nestorius :

« Sache donc bien que voici notre sentence : Si tu ne professes au sujet de notre Christ Dieu la même foi que l’Église romaine, celle d’Alexandrie et l’Église catholique tout entière, foi qu’a très bien gardée aussi l’Église de la grande Constantinople jusqu’à toi, et n’as, dans le délai de dix jours à partir du jour de l’avertissement. » (Lettre XI à Cyrille d’Alexandrie)

Suite à cette Lettre de saint Célestin, saint Cyrille écrit dans une autre lettre adressée à Nestorius pour lui dire que, faute d’abjurer ses hérésies dans les délais impartis par le pape saint Célestin, il devra être tenu pour excommunié et déposé et tous les fidèles devront l’éviter :

« Si vous ne vous acquittez pas de cette repentance, dans les temps indiqués et déterminés par la lettre de l’évêque de Rome, le saint et vénérable Célestin, notre frère et notre collègue dans l’épiscopat, soyez sûr que vous n’aurez plus rien de commun avec les évêques et les prêtres de Dieu […] et que vous n’aurez aucune place parmi eux. » (Lettre 17 à Nestorius, dans PG, 77/107.)

III) Le déroulement du concile

A) Un concile présidé par les légats du Pape

Selon les actes, saint Cyrille déclara ce qui suit au concile :

« tenant aussi la place du très saint et sacré archevêque de l’Église des Romains Célestin » (Mansi, IV, 1124 = Schwartz, I, I, II, 3)

Toute cette première séance est consacrée à examiner la doctrine de Cyrille et celle de Nestorius. La première est approuvée, la seconde est repoussée : on crie anathème à l’hérésiarque.

B) La condamnation de Nestorius n’est qu’une soumission du concile à la décision du Pape

On lit ensuite la lettre de Célestin et du concile romain à Nestorius, où celui-ci est excommunié s’il ne vient à résipiscence, et pareillement la lettre de Cyrille et du concile d’Alexandrie qui notifie cette sentence. Puis deux des évêques égyptiens qui, de la part de Cyrille, ont notifié à Nestorius l’ultimatum romain, font le .récit de leur mission. Lecture est ensuite faite de plusieurs extraits des Pères. Le tout se termine par la déposition de Nestorius. Celui-ci avait refusé de paraître à l’assemblée, prétextant l’absence de Jean d’Antioche et de son groupe d’évêques. La sentence était ainsi libellée (après les considérants) :

« Le Saint Synode a dit : ‘Puisque le plus impie Nestorius n’a pas obéis à notre citation, et n’a pas reçu les évêques les plus saints et les plus croyants que nous lui avons envoyés, nous avons nécessairement eu à nous livrer à l’examen de ses impiétés ; et ayant appris de ses lettres, et de ses écrits, et de ses récentes paroles dans cette métropole, qui ont été rapportées, que ses opinions et ses enseignements sont impies, nous sommes nécessairement forcés par les canons et par la lettre de notre saint Père et collègue Célestin, évêque de l’Église des Romains, nous en sommes venus avec larmes à porter contre lui (= Nestorius) cette triste sentence : Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu’il a blasphémé, décide, par le très saint concile présent, que Nestorius est rejeté de la dignité épiscopale et de tout le corps des évêques.  » (Ière session, voir Schwartz, I, I, II, 54 22-23 = Mansi, IV, 1212 CD)

Même en l’absence des légats, et dans l’ignorance tant des instructions qui leur ont été données que des lettres adressées au concile lui-même, le jugement des Pères assemblés apparaissait un écho, une conséquence nécessaire du jugement de Célestin.

Les légats de Célestin arrivèrent en retard à cause des intempéries. Ils voulurent se conformer aux instructions reçues du Pape saint Célestin et avec l’approbation de tout le concile décidèrent de soumettre à leur approbation toutes les décisions qui avaient été prises en leur absence de première session :

« Le prêtre Philippe, légat du Siège apostolique : « Nous rendons grâce au saint et vénérable concile de ce qu’après avoir entendu la lecture de la lettre de notre Saint-Père le pape, […] vous y avez donné votre adhésion en poussant de saintes exclamations. Car Votre Béatitude ne l’ignore pas : l’apôtre saint Pierre est le chef de toute l’Eglise, et même des autres apôtres. Et puisque, dans notre petitesse, nous avons dû subir bien des intempéries, qui nous ont empêché d’arriver à temps voulu pour être présents dès le début  de cette assemblée, nous demandons de nous faire connaître ce qui s’est passé dans le concile jusqu’à notre notre arrivée, afin que nous le confirmions, comme le veut la décision prise pat notre Saint-Père le pape et cette sainte assemblée ». » (Jean HARDOUIN, Conciliorum collectio regia maxima, 1715, Tome I, « Actes du concile d’Ephèse », acte 2, p. 1471 et sq.)

Ils contrôlent et approuvent alors les actes du concile. Suivant les instructions reçues, les évêques Arcadius et Projectus et le prêtre Philippe se joignent à Cyrille. Une session se tient le 1o juillet. C’est la seconde. Les légats demandent d’abord à lire la lettre du Pape au concile où celui-ci est invité à accepter la condamnation portée à Rome contre Nestorius. La lecture achevée, les deux cents évêques éclatent en acclamations unanimes :

« Et tous les évêques les plus vénérables en même temps ont crié : Ce jugement est juste. — Au nouveau Paul, Célestin. — Au nouveau Paul, Cyrille. — A Célestin gardien de la foi. — A Célestin d’accord avec le concile. — A Célestin, tout le concile rend grâces. — Un Célestin, un Cyrille, une foi du concile, une foi de l’univers. […] Arcadius a dit : C’est pourquoi nous désirons demander votre bénédiction, que vous confirmiez que nous avons enseigné ce qui a déjà été décrété par votre sainteté. […] . Theodote a dit :  le Dieu de tout l’univers a rendu manifeste la justice du jugement prononcé par le saint Synode par les écrits du très religieux évêque Célestin, et l’avènement de votre sainteté. Car vous avez manifesté le zèle du très saint et révérend évêque Célestin, et son souci pour la sainte foi. Et puisque très raisonnablement votre révérence désire apprendre ce qui a été fait les procès-verbaux les actes concernant la déchéance de Nestorius, votre révérence sera pleinement convaincue de la justice de la sentence et du zèle du saint Synode, et de la symphonie de la foi que le plus pieux et saint évêque Célestin a proclamée avec une grande voix. » (IIè session, Lettre de Jean d’Antioche à Firmus de Césarée ; Voir : Schwartz, I, IV, 7 = P. G., LXXXIV, 579-581.)

Ces acclamations semblent mettre sur le même rang et Célestin et Cyrille et le concile. Les légats ont l’ordre de ne point laisser amoindrir l’autorité du Saint-Siège. Aussi, l’un deux, Projectus, tient-il à déclarer le vrai sens de la lettre pontificale. Ce sens est que, Célestin ayant pris auparavant une décision qu’il a daigné rappeler maintenant, votre tâche est de la conduire à sa dernière exécution selon la règle de la foi commune et l’utilité de l’Église catholique (Schwartz, Ibid., 57 32-34 = Mansi, Ibid., 1288 DE). On ne pouvait signifier plus clairement que ce n’était pas Célestin qui était d’accord avec le concile, mais le concile qui était d’accord avec Célestin, ou mieux, lui était subordonné.

IV) Les acclamations du concile au Siège de Pierre

Un des principaux évêques de l’assemblée, Firmus de Césarée, approuve la déclaration de Projectus :

« L’apostolique et très saint Siège du très saint évêque Célestin, dit-il, a porté un décret et un règlement sur cette affaire dans des lettres adressées aux très théophiles évêques Cyrille d’Alexandrie, Juvénal de Jérusalem, Rufus de Thessalonique, et aux saintes Églises de Constantinople et d’Antioche ; et nous, obéissant à ce Siège — le délai qui avait été accordé autrefois à Nestorius étant depuis longtemps expiré, puisque nous sommes venus à Éphèse sur l’ordre du très pieux empereur et y avons perdu un temps assez considérable, au point de laisser passer la date fixée par le souverain (pour l’ouverture du concile), — vu qu’à notre convocation Nesrorius n’a point obéi, nous avons exécuté ledit décret en portant contre lui la sentence canonique et apostolique. » (Schwartz, Ibid., 58, 1-11 = Mansi, Ibid., 1288 E-1289 A)

Les légats ne se contentent pas de cette affirmation. Ils veulent la contrôler. Arcadius demande à connaître les actes antérieurs du concile. Le prêtre Philippe va préciser lé sens de cette exigence. Il remercie d’abord les évêques des acclamations qui ont suivi la lecture de la lettre pontificale :

« Les membres se sont joints à la tête, dit-il, car Votre Béatitude n’ignore pas que la tête de toute la foi et la tête des apôtres, c’est le bienheureux apôtre Pierre. [Et il demande à connaître les actes], afin que, selon l’intention de notre bienheureux Pape, et sans doute aussi du concile présent, nous y ajoutions notre confirmation » (Mansi, Ibid. 1289 CD = Schwartz, Ibid., 58 28-31)

V) Prise de décision au nom du Pape

Le jugement du concile fut prononcé par un légat du Pape devant tout le concile :

« Philippe, presbytre et légat du Siège Apostolique a dit : Il n’y a pas de doute, et en fait cela fut connu dans tous les âges, que le saint et très-heureux Pierre, prince et tête des Apôtres, pilier de la foi, et fondation de l’Eglise catholique, reçu les clés du royaume de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Sauveur et Rédempteur de la race humaine, et qu’à lui fut donner le pouvoir de remettre et retenir les péchés; qui depuis le commencement jusqu’à aujourd’hui et pour toujours, vit et juge en ses successeurs. Le saint et très-heureux Pape Célestin, selon l’ordre est don successeur et tient sa place. […] En conséquence, la décision de toutes les églises est arrêtée, car les prêtres des églises orientales et occidentales sont présents. […] C’est pourquoi Nestorius sait qu’il est exclu de la communion des prêtres de l’Église catholique » (IIIè session)

VI) Une domination attestée par les auteurs Orientaux

Plus tard, cette domination du Pape saint Célestin sur le concile d’Ephèse fut rappelée par plusieurs auteurs. Ces témoignages sont Orientaux ou confirmés par des Orientaux.

Saint Cyrille dit à propos de successeur de saint Célestin :

« Car il [Pape Sixte III] a écrit ce qu’il était en accord avec le saint synode [le Concile d’Ephèse], et a confirmé tous ses actes, et est en accord avec nous » (Lettre 40 à Acace de Meletine)

Le Pape Saint Hormisdas Ier (450-523) envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui déchiraient l’Orient – le 1er août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire, et y souscrivirent, preuve qu’ils adhéraient à son contenu. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi juste et de ne s’écarter d’aucune façon des décrets des pères. Et parce qu’il n’est pas possible de négliger la parole de notre Seigneur Jésus Christ qui dit :  » Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise  » Mt 16,18, ce qui a été dit est prouvé par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du Siège apostolique [autre version du texte: c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. Ne voulant donc nous séparer d’aucune façon de cette espérance et de cette foi, et suivant en toutes choses ce qu’ont décrété les pères, nous anathématisons tous les hérétiques, et principalement l’hérétique Nestorius qui fut jadis évêque de la ville de Constantinople, condamné au concile d’Ephèse par Célestin, le pape de la ville de Rome, et par saint (l’homme vénérable) Cyrille, l’évêque de la ville d’Alexandrie […] Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère (donc) mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie (et parfaite) la solidité de la religion chrétienne. Jous promettons (je promets) aussi que (à l’avenir) les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Eglise catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. (Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés.) Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise (envoyée) à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome. »

Enfin, l’historien de l’Eglise Syrien Evagre la Scholastique (vers 536-vers 594) rapporte la condamnation de Nestorius en mentionnant celle-ci comme s’étant faite, entre autres, en conformité avec « la lettre de Célestin Évêque de Rome, notre très saint Père » :

« Et après avoir reconnu tant par ses lettres, et par ses autres ouvrages qui ont été lus ; par les discours qu’il a tenus dans cette ville Métropolitaine, que par la déposition de plusieurs témoins, qu’il croit, et qu’il enseigne des erreurs, et après avoir versé des larmes en abondance, nous avons été contraints par l’autorité des Canons, et par la lettre de Célestin Évêque de Rome, notre très saint Père, et Collègue, de rendre la triste et fâcheuse Sentence qui suit. Jésus-Christ notre Seigneur, que Nestorius a offensé par ses blasphèmes, l’a déclaré par ce saint Concile, privé de la dignité Épiscopale, et exclus de toutes les assemblées des Ministres de l’Église. » (Histoire ecclésiastique, I, 4)

Citons enfin Saint Théodore Studite (759-826) qui nous apprend qu’une génération avant Photius, la croyance de l’Eglise de Constantinople était l’impossibilité de réunir un concile sans l’Autorité du Pape. C’est le droit propre du Souverain Pontife qu’un synode orthodoxe ne puisse se tenir sans sa connaissance et son assentiment. C’est à lui qu’il appartient de convoquer un concile légitime contre l’assaut des hérésies. Écoutons saint Théodore parlant de ce droit dans sa lettre au Pape saint Léon III :

« Les moechiens, s’arrogeant une autorité qu’ils n’ont pas, n’ont pas craint de réunir un synode hérétique, alors que, selon la pratique en vigueur dès l’origine on n’a même pas le droit de tenir un concile orthodoxe sans votre connaissance. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique ! » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C : El γαρ ούτοι έαυτοϊς έξαυθεντήσαντες αίρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ουκ εδεισαν, καίπερ ει καΐ όρθόδοξον οΰκ άνευ τής υμών ε’ιδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το ά*νωθεν κεκρατηκος εθος, πόσω γε μάλλον ευλογον καί άναγκαΐον αν εί’η (ύπομίμνήσκομεν φόβω) ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σύνολον, ώς αν το όρθόδοξον τής ‘Εκκλησίας δόγμα το αίρετικον άποκρούσηται·)

Ecrivant au pape saint Léon III, il lui parle du synode qu’ont tenu, en janvier 809, les partisans des secondes noces de l’empereur Constantin VI qui, après avoir été marié à l’arménienne Marie, l’avait reléguée dans le cloître (janvier 795), et avait épousé la cubiculaire Thépdote :

« Il s’est tenu dans notre pays, ô bienheureux Père, dit-il, un synode pour la condamnation de l’Évangile du Christ, dont vous avez reçu les clés de la part de ce même Christ, par l’intermédiaire du prince des apôtres et de ses successeurs, jusqu’à celui qui a précédé Votre Sainteté. » (Lettres, I, 34 ; col. 1021 C et D)

II écrit dans le même sens à l’archimandrite Basile, qui gouvernait alors un monastère de Rome :

« II serait utile, comme c’est notre pensée et notre désir, que condamnation fût portée en synode par le suprême Seigneur apostolique, selon la coutume traditionnelle, contre ceux qui se sont assemblés en adversaires de l’Évangile du Christ et qui pnt anathematise ses défenseurs. » (Lettres, Ι, 35 ; col. 102g C : Συμφέρον δ’ αν εί’η, ώς ό ημέτερος σκοπός και πόθος, έπιτιμηθήναί συνοδίκώς δια τοΰ κορυφαιοτάτου ‘Αποστολικού, ώσπερ επί των άνωθεν καί έξ αρχής, τους συνεδρεΰσαντας κατά τοϋ Ευαγγελίου τοΰ Χρίστου καί άναθεματίσαντας τους άντεχομένους αύτοΰ)

La primauté du Pontife romain est donc une primauté vraiment divine. Aussi bien, Théodore l’attestait-il dans une précédente lettre adressée au même Pape :

« Les « moechiens » ou partisans du divorce impérial, écrivait-il, n’ont pas craint de s’arroger le pouvoir de tenir un synode, alors qu’ils n’ont pas le droit de réunir, sans votre connaissance, même un concile orthodoxe, selon l’usage en vigueur de vieille date. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique Nous vous avons fait ces communications, nous, les plus humbles des membres de l’Église, comme il convenait à notre petitesse, dans un esprit d’entière soumission à votre divine puissance pastorale. Nous conjurons d’ailleurs Votre Sainteté de nous compter au nombre de ses propres brebis, de nous éclairer et de nous fortifier de loin par ses saintes prières. » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C et D : Eî γαρ οδτοί έαυτοΐς έξαυθεντήσαντες αΐρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ούκ εδεισαν, καίπερ ει και όρθόδοξον ούκ άνευ της υμών είδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το άνωθεν κεκρατηχος εθος· πόσω γε μάλλον ενίλογον και άναγκαΐον αν είη, ύπομιμνήσκομεν φόβω, ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σΰνοδον Ταΰτα άνηγγελκότες, ώς ελάχιστα μέλη της ‘Εκκλησίας, και τί) ύφ’ύμών υπείκοντες θεία ποιμεναρχία)

Voir aussi sa  déclaration explicite dans PG, XCIX, col. 1019 G, 1419 AB.

Aussi sa vision complète de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascène, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

VII) Pour aller plus loin

Publicités

10 commentaires sur “La Papauté au concile d’Ephèse (431)

  1. Pingback: Réponses aux objections historiques contre la primauté et l’infaillibilité du Pape (2) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Pingback: L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  3. Pingback: Saint Pierre a-t-il un successeur ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  4. Pingback: La Papauté au concile de Nicée (325) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  5. Pingback: Saint Pierre a-t-il été le premier Évêque de Rome ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  6. Pingback: Le culte des saints et des images dans les premiers siècles ! | +†+Yesus Kristus azu+†+

  7. Pingback: Marie est la Mère de Dieu ! | +†+Yesus Kristus azu+†+

  8. Pingback: L’enseignement des Pères de l’Église sur « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Matthieu XVI, 18) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  9. Pingback: Saint Augustin croyait-il en l’Immaculée Conception ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  10. Pingback: L’immaculée conception, une invention ? 2/2 | +†+Yesus Kristus azu+†+

Réagir à l'article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 17 avril 2018 par dans Papauté, Pères de l'Eglise, et est taguée .
%d blogueurs aiment cette page :