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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Les livres deutérocanoniques dans l’Histoire de l’Église (2)

Dossier sur les livres deutérocanoniques : ici

Dans un premier article consacré à ce sujet, nous avons produit un exposé historique des livres deutérocanoniques dans l’histoire suivant un schéma d’analyse global. Il s’agissait d’un extrait du Manuel d’études bibliques (Tome I, deuxième édition, Paris VI° Pierre TEQUI, Librairie-éditeur, 82 rue Bonaparte, 1936, pages 288 et 292 à 306) des abbés Henri LUSSEAU et M. COLLOMB, tous deux Docteurs ès-sciences bibliques et professeurs en Grands Séminaires. Ce manuel fut rédigé conformément aux directives données par le Pape saint Pie X aux professeurs d’Ecriture Sainte en sa Lettre apostolique Quoniam in re biblica du 27 mars 1906.

Nous allons ici exposer cet usage auteur par auteur de la manière la plus exhaustive possible, en accompagnant chaque auteur pour lesquels nous le jugerons utile, d’un commentaire. Nous n’hésiterons pas à puiser dans le texte de LUSSEAU et COLLOMB. Nous compléterons ce qu’ils ont écrit et nous évoquerons des auteurs desquels ils ne disent rien.

Les plus anciens auteurs ne dressent pas explicitement de liste de livres inspirés. Certains d’entre mentionnent tout de même le caractère sacré de tel ou tel livre qu’ils citent. Toujours est-il que nous établirons la réception de ces livres comme inspirés par ces auteurs dès lors qu’ils les citent. Nous préciserons entre crochets les livres de l’Ancien Testaments qu’ils citent ou auxquels ils font allusion. Les livres deutérocanoniques sont : Judith ; Tobie ; Esther III, 13 ; IV, 8 ; IV, 17 ; V, 5 ; VIII, 12 ; X, 4-13 ; XI-XVI ; I et II Macchabées, Sagesse, Ecclésiastique (ou Siracide) ; Baruch ; Lettre de Jérémie (Baruch VI) ; Daniel III, 14-90 ; XIII et XIV.

Les Pères apostoliques

On désigne sous l’expression de Pères apostoliques, des hommes ou des écrits anonymes de la période qui a suivi immédiatement celle des apôtres. Leurs écrits « constituent le troisième ensemble de textes fondateurs du christianisme après l’Ancien Testament et le Nouveau Testament ». Ils ont été reconnus comme orthodoxes par opposition aux textes apocryphes. Les Pères apostoliques font un usage massif des livres deutérocanoniques.

La Didachè (entre 50 et 95)

Il s’agit du plus ancien document chrétien en dehors du Nouveau Testament. Il est même probable qu’il fut écrit avant certains livres du Nouveau Testament. Il fait déjà des références aux livres deutérocanoniques :

« Tu ne provoqueras pas de division, mais tu pacifieras ceux qui se battent. Tu jugeras avec justice [Deutéronome I, 16-17 ; Proverbes XXXI, 9], tu ne feras pas acception de la personne en reprenant les fautes. Tu ne t’inquiéteras pas de savoir si une chose arrivera ou non. Ne tiens pas les mains étendues quand il s’agit de recevoir, et fermées quand il faut donner [Ecclésiastique IV, 31]. » (Didachè, IV, 2-5)

De même que plusieurs documents qui seront cités, la Didachè fut épisodiquement considérée comme Ecriture canonique. C’est une preuve de son orthodoxie car l’orthodoxie rigoureuse par rapport à la Tradition reçue des apôtres était dans les premières communautés chrétienne un critère déterminant de canonicité.

Saint Clément de Rome (mort vers 99)

Ce quatrième Pape, disciple des saint apôtres Pierre, Paul et Jean, fait de nombreuses références aux deutérocanoniques dans sa célébrissime Lettre aux Corinthiens :

« Aussi, adieu la justice et la paix, puisque désormais chacun a délaissé la crainte de Dieu, obscurci le regard de la foi ; personne ne marche plus dans les commandements de Dieu, personne ne mène une vie digne du Christ, mais chacun marche selon les désirs de son coeur pervers, nourrissant en lui la jalousie ennemie de toute justice et de toute piété, par laquelle la mort est entrée dans le monde [Sagesse II, 24]. » (Lettre aux Corinthiens, III, 4)

« Dans son désir de faire participer tous ceux qu’il aime à la pénitence, voilà ce qu’a décidé la toute-puissante volonté de Dieu. [référence probable à Sagesse XII, 9-10] » (Lettre aux Corinthiens, VIII, 5)

« D’un mot de sa puissance, il a formé l’univers, d’un mot il peur l’anéantir. « Qui lui demandera : Qu’as-tu fait ? et qui résistera à la force te son bras ? » [Sagesse XII, 12 et XI, 22] » (Lettre aux Corinthiens, XXVII, 4-5)

« Ananias, Azarias et Misaël, est-ce par des serviteurs doués au service inestimable et glorieux du Très-Haut, qu’ils ont été jetés dans la fournaise ardente ? En aucune façon. Qui donc les traitait de la sorte ? Des individus odieux, remplis de toute espèce de malice, et qui excitèrent leur rage jusqu’à livrer aux tortures des serviteurs de Dieu, saints et irréprochables, ignorant que le Très-Haut protège et défend ceux qui servent son saint nom en toute pureté de conscience. A Lui soit la gloire dans les siècles des siècles. Amen. [Daniel III, 14-90] » (Lettre aux Corinthiens, 45, 7)

« Plus d’une femme, rendue forte par la charité de Dieu, a accompli des exploits dignes d’un homme. La bienheureuse Judith, voyant qu’on faisait le siège de sa ville, sollicita des Anciens qu’on la laisse aller dans le camp ennemi. » (Lettre aux Corinthiens, 55, 3-4)

« Esther, à la foi si parfaite, n’encourut pas un moindre péril pour sauver les douze tribus d’Israël d’une mort imminente. Elle supplia, dans le jeûne et l’humiliation, le Maître qui voit tout, le Dieu de tous les siècles, et lui, voyant l’humilité de son âme, sauva le peuple pour l’amour de qui elle s’était exposée à la mort. [Esther IV, 8 ; 14] » (Lettre aux Corinthiens, 55, 6)

« Il nous a appris à espérer en ton nom, principe de toute créature, Tu as ouvert les yeux de notre coeur pour qu’il te connaisse, Toi, « le seul Très-Haut dans les cieux très hauts », « le saint qui repose parmi les saints » [Isaïe 57, 15], « Toi qui abaisses l’orgueil tes superbes » [Isaïe XIII, 11], « Qui confonds les pensées des peuples » [Psaume XXXII, 10], « Qui exaltes les humbles, et qui humilies les hautains » [Job V, 11], « Toi qui donnes la richesse et la pauvreté » [I Samuel II, 7], « Toi qui fais mourir, qui sauves, et qui fais vivre » [Deutéronome XXXII, 39], « Toi seul bienfaiteur » des esprits, et Dieu de toute chair « [Nombres XVI, 22 ; XXVII, 16], « Toi qui sondes les abîmes » [Daniel III, 55], qui scrutes les oeuvres de l’homme. Secours dans le danger, « Sauveur dans le désespoir « [Judit IX, 11], Créateur et évêque de tout esprit vivant. Toi qui multiplies les races sur la terre, Et qui, du milieu de chacune d’entre elles, choisis ceux qui t’aiment, par Jésus-Christ, ton Fils bien-aimé, Par qui tu nous as enseignés, sanctifiés, glorifiés. » (Lettre aux Corinthiens, 59, 3)

Cette Lettre fit elle aussi parfois considérée comme Ecriture canonique et eut un retentissement phénoménal à travers les siècles ! D’abord, saint Polycarpe de Smyrne, disciple de l’apôtre saint Jean, écrit vers 110 sa Lettre aux Philippiens en copiant le plan de la Lettre de Clément. Quelques décennies plus tard, ces diocésains rédigent le récit de son Martyre, la prière finale est une copie de la prière finale de la Lettre de Clément. Vers 166, l’évêque saint Denys de Corinthe écrit que cette Lettre était encore lue dans lors des messes corinthiennes (Histoire ecclésiastique, IV, 23, 11). Saint Irénée écrit vers 185 que dans la liste des évêques de Rome (Contre les hérésies, III, 3, 3), il la décrit comme « très importante » et il s’y attarde longuement pour en décrire le contenu et ne fait de même pour aucun des autres évêques de la liste. Eusèbe rapporte qu’à son époque encore (vers 260-vers 340), cette lettre est « en beaucoup d’églises » et « publiquement dans les réunions communes » et il dit d’elle qu’elle est « admirable » (Histoire ecclésiastique, III, 16). Clément d’Alexandrie (vers 155-vers 215) et Origène en citent de nombreux passages.

« Tous les écrivains grecs, depuis la première partie du second siècle jusqu’à Photius, en ont fait les plus pompeux éloges. Denys de Corinthe nous apprend qu’on le lisait de son temps dans l’Eglise de Corinthe. Clément d’Alexandrie et Origène lui attribuent une autorité apostolique et le considèrent presque comme une partie de la sainte Ecriture. Eusèbe de Césarée atteste qu’on le lisait publiquement depuis les premiers temps dans les Eglises, mais il a soin cependant de ne pas le placer parmi les livres canoniques, comme semble le faire le canon LXXXV des Constitutions apostoliques. » (Article du docte abbé DANIEL paru dans l’Univers, mai ou juin 1877)

« Tel était dans l’Eglise primitive le prestige de saint Clément de Rome, que nombre d’écrits anonymes se sont comme à l’envi couverts de son nom. Il sera parlé des principaux, du roman ébionite des Pseudo-Clémentines, des lettres aux vierges et de décrétales de saint Clément, à l’article CLEMENTINS (Apocryphes). Les Constitutions Apostoliques, au Ve siècle, sont censées rédigées par Clément, P. G., t. I, col. 557-1156. Voir [l’article] CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES. Les 84 (85) canons grecs, dits des apôtres, étaient attribués à saint Clément, disciple des apôtres, voir t. II, col. 1605-1612, ainsi que les 127 canons coptes-arabes, qui ne sont qu’une partie de l’Octateuque de Clément. Voir, t. II, col. 1612-1618. Plus tard encore, une liturgie syriaque à l’usage des jacobites, distincte de la liturgie du VIIIe livre des Constitutions apostoliques, se présenta sous le nom du même pape. Une traduction latine, faite sur le ms. 3921 de Colbert (Bibliothèque nationale, syriaque 76), a été publié par Renaudot, Liturg. oriental. collectio, Paris, 1716, t. II, p. 186-201, et rééditée, P. G., t. II, col. 603-616. Cf. Villien, L’abbé Eusèbe Renaudot, Paris, 1904, p. 197. » (P. GODET, Dictionnaire de Théologie Catholique, article « CLEMENT Ier DE ROME (Saint) »)

La Lettre de Barnabé (entre 95 et 100)

Ce Lettre fut rédigée du vivant de l’apôtre saint Jean. Elle fut elle aussi parfois considérée comme Ecriture canonique. L’identité de son auteur est disputé. La seule chose dont on soit sûr est qu’elle n’est pas l’œuvre du Barnabé, collaborateur de saint Paul dans le Nouveau Testament. Nous adhérons personnellement à la thèse selon laquelle il s’agirait d’un Père apostolique du nom de Barnabé et dont le souvenir se serait complétement perdu et dont il ne nous resterait plus que cette Lettre. nous exposons cela dans notre article : Auteur, date et lieu de l’Epître de Barnabé. Cet antique et vénérable document use lui aussi du livre de la Sagesse en disant que son auteur est un prophète annonçant Jésus-Christ :

« Le prophète en effet dit au sujet d’Israël : « Malheur à leur âme ! Car c’est un mauvais dessein contre eux-mêmes qu’ils ont formé Lorsqu’ils se sont dit : Lions le juste Car il nous est un embarras » [Sagesse II, 12]. » (Lettre de Barnabé, VI, 7)

Saint Polycarpe de Smyrne (vers 69-vers 155)

Ce disciple de l’apôtre saint Jean et probablement de l’apôtre saint Philippe écrit vers 110 :

« Quand vous pouvez faire le bien, ne différez pas, car l’aumône délivre de la mort [Tobit IV, 10 ; XII, 9]. » (Lettre aux Philippiens, X)

Le Pasteur d’Hermas (140)

Le Pasteur fut écrit par Hermas de Rome, disciple de l’apôtre saint Jean et frère du Pape saint Pie Ier. Il fut parfois considéré comme Ecriture canonique. Lui aussi fait plusieurs références aux deutérocanoniques :

«  »Premier point entre tous : crois qu’il n’y a qu’un seul Dieu, celui qui a tout créé et organisé [Ephésiens III, 9], qui a tout fait passer du néant à l’être [IIMacchabées VII, 28 ; cf. Sagesse I, 14], qui contient tout et qui n’est pas contenu. » (Pasteur, Révélation V, 26, 1)

Ce livre fit lui aussi partie de plusieurs canons antiques.

Ici s’achève notre recension des Pères apostoliques. Passons maintenant aux Pères des générations suivantes.

Les catacombes du IIè siècle

« On trouve dans les Catacombes des représentations d’épisodes empruntés aux livres de Tobie, de Judith et des Macchabées, La chapelle grecque du cimetière de Saint Calliste (IIe siècle) contient la scène des trois jeunes hommes dans la fournaise. Suzanne est représentée dans l’attitude de la prière. Au Cimetière de Prétextat, son nom est écrit au-dessous d’un agneau, placé entre deux loups, qualifiés « seniores ».

Or ce sont là des attestations positives en faveur des livres deutérocanoniques. Grande était, en effet, la sollicitude des pasteurs de l’Eglise pour écarter des cimetières et des basiliques toute évocation picturale empruntée aux apocryphes. Par ailleurs, nous constatons que les scènes mentionnées prennent place au milieu de représentations provenant du Pentateuque et de l’Evangile. Les deutérocanoniques étaient donc traités par l’Eglise avec le même respect que les protocanoniques. » (LUSSEAU ET COLLOM, page 294)

Le Fragment de Muratori (vers 170)

Il s’agit du premier canon biblique connu. Son nom de « fragment » vient du fait qu’il nous manque le début et la fin, et MURATORI est le nom du Jésuite italien du XVIIIè siècle que le découvrit. Il s’agit d’un document romain datant d’environ 170 et qui a pour objectif de contrer l’hérésie de Marcion qui réduisait le Nouveau Testament à seulement quelques livres qu’ils considéraient comme étant en rupture totale avec l’Ancien Testament. En effet, Marcion était un gnostique qui croyait en l’existence de deux divinité : l’une mauvaise à l’origine de l’Ancienne Alliance, et l’autre bonne à l’origine de la Nouvelle. Aussi dans une notice de l’auteur de ce canon, il parle de la canonicité de l’Epître de Jude et de deux Epîtres de Jean, puis il dit que le livre de la Sagesse est au même niveau :

« Certes une lettre de Jude et deux lettres inscrites au nom de Jean sont considérées dans l’Eglise catholique, comme l’est la Sagesse écrite par les amis de Salomon en son honneur »

Saint Athénagore d’Athènes (133-190)

« SAINT ATHÉNAGORE utilise Baruch et le tient pour un prophète (Leg. pro christ., IX ; M. G., VI, 908). » (LUSSEAU et COLLOMB, page 293)

Saint Méliton de Sardes (fin du IIè siècle)

Les adversaires des deutérocanoniques ont répandu la légende selon laquelle Méliton aurait parcouru tout l’Orient et aurait constaté que les livres deutérocanoniques n’y était nulle part acceptés. C’est intégralement faux. Même sans analyser les propos de Méliton, nous savons d’avance que ce n’est pas vrai car, comme nous l’avons montré plus haut, le document syrien de la Didachè cite l’Ecclésiastique et le document égyptien de la Lettre de Barnabé appelle « prophète » l’auteur de la Sagesse. Mais allons plus loin, allons à la source, source que nos adversaires ne citent jamais, pour voir ce que Méliton écrivit réellement :

« Voilà ce qui se trouve dans l’ouvrage dont nous avons parlé. Au début des Extraits qu’il a composés, dans l’introduction, le même auteur fait le catalogue des écrits incontestés de l’Ancien Testament. Il est nécessaire de le reproduire ici ; en voici les termes :

« Méliton à Onésime, son frère, salut. Ton zèle pour la doctrine t’a fait souvent désirer d’avoir des extraits de la Loi et des Prophètes concernant le Sauveur et toute notre foi ; tu as souhaité aussi savoir avec précision quels sont les livres saints anciens, quel est leur nombre et l’ordre où ils sont placés. Je me suis appliqué à cette œuvre : je sais ton zèle pour la foi, ton ardeur à connaître la doctrine ; je sais que c’est par amour de Dieu que tu mets cela avant tout le reste, et que tu combats pour le salut éternel. Etant donc allé en Orient, j’ai demeuré là où a été annoncé et accompli ce que contient l’Écriture ; j’ai appris avec exactitude quels sont les livres de l’Ancien Testament ; j’en ai dressé la liste, et je te l’envoie. Voici les noms : cinq livres de Moïse : la Genèse, l’Exode, les Nombres, le Lévitique ; le Deutéronome, Jésus Navé, les Juges, Ruth, quatre livres des Rois, deux des Paralipomènes, les Psaumes de David, les Proverbes de Salomon ce qui est aussi la Sagesse, l’Ecclésiaste, le Cantique des cantiques, Job ; les livres des prophètes : Isaïe, Jérémie, les douze prophètes en un seul livre, Daniel, Ézéchiel ; Εsdras. De ces écrits j’ai fait des extraits que j’ai divisés en six livres. »

Voilà ce qui est de Méliton. » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 26, 12-14)

Premièrement il nous voyons qu’il n’a pas « parcouru tout l’Orient » mais qu’il s’est seulement « allé en Orient, […] là où a été annoncé et accompli ce que contient l’Écriture », cela signifie qu’il est allé en Palestine et c’est tout. Deuxièmement, Eusèbe affirme qu’il dressa « le catalogue des écrits incontestés de l’Ancien Testament », ce qui signifie que seuls ces livres étaient incontestés auprès de ses interlocuteurs palestiniens ; cela n’exclut nullement qu’il puisse y avoir d’autre livres disputés, comme il y en eut pendant longtemps chez les juifs pour l’Ancien Testament ou chez les chrétiens pour le Nouveau. Troisièmement, nous voyons que la liste n’inclut pas tous les protocanoniques. En effet, ceux qui ont l’habitude de voir l’énumération des livres de l’Ancien Testament auront sans soute remarqué l’absence de Néhémie, des Lamentations de Jérémie et d’Esther. A la réalité, dans ce cadre-là, selon un découpage juif, Néhémie est inclus dans Esdras et les Lamentations de Jérémie dans Jérémie; ces livres sont donc bien présents. En revanche le livre d’Esther est bel et bien absent ! Et cela est révélateur du critère qui l’a guidé dans cette liste et du but qu’il se fixait en la dressant : ce sont des considérations apologétiques pour pouvoir opposer des argument irrécusables aux juifs qui rejettent Jésus-Christ ! Cela explique l’absence d’Esther que de nombreux juifs ont longtemps rejeté, probablement parce qu’il n’y avait pas le nom de Dieu et qu’une femme juive qui se marie avec un paien peut poser problème ; ainsi que le fait qu’il ait fait le déplacement jusqu’en Palestine, au lieu de recueillir le témoignage des Eglises chrétiennes : c’était pour s’entretenir avec l’école juive de Jérusalem ! Les abbés LUSSEAU et COLLOMB écrivent :

« Ce sont aussi des considérations de tactique qui semblent avoir inspiré SAINT MÉLITON. Voulant échapper aux roueries des Juifs, qui s’efforçaient d’éluder les arguments des catholiques, en rejetant l’autorité des livres allégués par ceux-ci, l’évêque de Sardes s’était rendu, comme il le réclame lui-même, en Palestine, afin d’y copier la liste alors admise par les Juifs. Sans doute est-ce la raison pour laquelle il omet même le livre d’Esther : les rabbins s’étaient, à cette époque, prononcés contre cet écrit. Tout naturellement, il a fait précéder son anthologie des saintes Ecritures d’un catalogue susceptible d’être agréé par ses adversaires » (page 294-295)

« C’est surtout l’influence juive qui fait échec aux deutérocanoniques. On observera que les Pères orientaux dont nous avons apporté le sentiment étaient en relation spéciale avec les deux grands centres du Judaïsme : Alexandrie et Jérusalem, ATHANASE comme enfant, diacre et évêque de la première cité ; CYRILLE et ÉPIPHANE, comme palestiniens ; GRÉGOIRE DE NAZIANZE, pour avoir fait, seul des théologiens de Cappadoce connus à cette époque, ses études à Alexandrie et à Jérusalem. Nous avons même de ce fait une authentique confirmation, si nous considérons que les trois docteurs occidentaux peu favorables aux deutérocanoniques, HILAIRE, RUFIN et JÉRÔME, avaient eux-mêmes pris contact avec les milieux judaïques. » (page 301)

Ce rejet d’Esther par les juifs fut assez récurrent. Le même constant pourra être dressé deux siècles plus tard en Egypte avec le témoignage de saint Athanase (nous y reviendrons) et en Asie mineure avec saint Grégoire de Nazianze et saint Amphiloque :

« SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE († 390) et SAINT AMPHILOQUE, son disciple, ont pareillement donné comme seul légitime le canon palestinien. Le premier en excluait Esther, tandis que le second déclare qu’aux yeux de certains, cet ouvrage est canonique. » (LUSSEAU ET COLLOMB, page 298)

Saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202)

Ce disciple de saint Polycarpe mentionne l’histoire de Suzanne, qui ne figure que dans les passages deutérocanoniques de Daniel :

« Quant à ceux qui passent pour des presbytres aux yeux de beaucoup, mais sont les esclaves de leurs passions, qui ne mettent pas avant tout la crainte de Dieu dans leurs cœurs, mais outragent les autres, s’enflent d’orgueil à cause de leur première place et font le mal en cachette en disant : « Nul ne nous voit » , ceux-là seront repris par le Verbe, qui ne juge pas selon l’opinion et ne regarde pas le visage, mais le cœur [Daniel XIII, 56 – Suzanne], et ils entendront ces paroles dites prophétiquement par Daniel : « Race de Canaan, et non de Juda, la beauté t’a égaré et la passion a perverti ton cœur. Homme vieilli dans le mal, ils sont maintenant venus, les péchés que tu commettais naguère en rendant des jugements injustes, en condamnant les innocents et en relâchant les coupables, alors que le Seigneur a dit : Tu ne feras pas mourir l’innocent et le juste. » [Daniel XIII, 52-53 – Suzanne] C’est à leur sujet que le Seigneur a dit : « Si un mauvais serviteur dit en son cœur : « Mon Maître tarde », et qu’il se mette à battre serviteurs et servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, le Maître de ce serviteur viendra un jour où il ne s’y attend pas et à une heure qu’il ne connaît pas, et il le retranchera et lui assignera sa part avec les incrédules. » [Matthieu XXIV, 48] » (Contre les hérésies, IV, 26, 3)

Il cite Baruch, en l’attribuant au prophète Jérémie :

« Toutes les prophéties de ce genre se rapportent sans conteste à la résurrection des justes, qui aura lieu après l’avènement de l’Antéchrist et l’anéantissement des nations soumises à son autorité : alors les justes régneront sur la terre, croissant à la suite de l’apparition du Seigneur ; ils s’accoutumeront, grâce à lui, à saisir la gloire du Père et, dans ce royaume, ils accéderont au commerce des saints anges ainsi qu’à la communion et à l’union avec les réalités spirituelles. Et tous ceux que le Seigneur trouvera en leur chair, l’attendant des cieux après avoir enduré la tribulation et avoir échappé aux mains de l’Impie, ce sont ceux dont le prophète a dit : « Et ceux qui auront été laissés se multiplieront sur la terre. » Ces derniers sont aussi tous ceux d’entre les païens que Dieu préparera d’avance pour que, après avoir été laissés, ils se multiplient sur la terre, soient gouvernés par les saints et servent à Jérusalem. Plus clairement encore, au sujet de Jérusalem et du royaume qui y sera établi, le prophète Jérémie a déclaré : « Regarde vers l’Orient, ô Jérusalem, et vois la joie qui te vient de la part de Dieu. Voici qu’ils viennent, tes fils que tu avais congédiés, ils viennent, rassemblés de l’Orient à l’Occident par la parole du Saint, se réjouissant de la gloire de Dieu. Quitte, Jérusalem, la robe de ton deuil et de ton affliction, et revêts pour toujours la parure de la gloire venant de ton Dieu. Enveloppe-toi du manteau de la justice venant de Dieu ; mets sur ta tête le diadème de la gloire éternelle. Car Dieu montrera ta splendeur à toute la terre qui est sous le ciel. Car ton nom te sera donné par Dieu pour jamais : « Paix de la justice » et « Gloire de la piété ». Lève-toi, Jérusalem, tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’Orient ; et vois tes fils rassemblés du couchant au levant par la parole du Saint, se réjouissant de ce que Dieu s’est souvenu d’eux. Ils t’avaient quittée à pied, emmenés par les ennemis ; Dieu te les ramène portés avec honneur, comme un trône royal. Car Dieu a ordonné de s’abaisser à toute montagne élevée et aux collines éternelles, et aux vallées de se combler pour aplanir la terre, afin qu’Israël marche en sécurité sous la gloire de Dieu. Les forêts et tous les arbres odoriférants ont prêté leur ombre à Israël par ordre de Dieu. Car Dieu conduira Israël avec joie à la lumière de sa gloire, avec la miséricorde et la justice qui viennent de lui-même. » [Baruch IV, 36 ; V, 9] Ces événements ne sauraient se situer dans les lieux supracélestes — « car Dieu, vient de dire le prophète, montrera ta splendeur à toute la terre qui est sous le ciel » —, mais ils se produiront aux temps du royaume, lorsque la terre aura été renouvelée par le Christ et que Jérusalem aura été rebâtie sur le modèle de la Jérusalem d’en haut. » (Contre les hérésies, V, 35, 1)

Saint Hyppolite de Rome (vers 160-235)

Ce disciple de saint Irénée n’a point omis, dans son commentaire de Daniel, le cantique des trois jeunes hommes dans la fournaise, ni l’histoire de Suzanne, présent uniquement des les fragments deutérocanoniques de Daniel :

« Ce qui est narré ici arriva plus tard, alorsWhat is narrated here, bien que cela soit placé avant le premier livre [de Daniel]. Car c’était une coutume avec les écrivains de raconter beaucoup de choses dans un ordre inversé dans leurs écrits […] À toutes ces choses, nous devons donc prêter attention, bien-aimés, craignant que quelqu’un ne soit surpris dans une transgression et risquant la perte de son âme, sachant comme nous que Dieu est le Juge de tous; et le Verbe lui-même est l’œil auquel rien de ce qui se fait dans le monde n’échappe. Par conséquent, toujours vigilants dans le coeur et pur dans la vie, laissez-nous imiter Suzanne. » (Commentaire sur Daniel, VI, 1, 61)

Il le fait même en citant Tobie :

« Il montre aussi que quand Suzanne a prié Dieu, et a été entendu, l’ange a été envoyé alors pour l’aider, tel que ce fut le cas sur les instances de Tobie et Sara [Tobie III, 25]. »(Commentaire sur Daniel, VI, 55)

Dans ce même commentaire il cité également les Machabées  :

«  »Ils leur dirent : « C’est assez d’avoir résisté jusqu’ici. Sortez et exécutez l’ordre du roi, et vous vivrez ! » [I Machabées II, 33]. Les choses, donc, qui ont été dites au bienheureux Daniel sont accomplies : « Et mes serviteurs devront tomber par la famine, l’épée, et par la captivité » [Daniel XI, 33]. » (Commentaire sur Daniel, II, 32)

Il cite le livre de la Sagesse et en attribue le texte au prophète, ou à Salomon (Contre les juifs., 9, 10 ; M. G. X, 793), et il la cite ainsi :

«  »Le prophète dit : « les impies ont raisonné de travers » [Sagesse I, 26 ; II, 1], c’est à propos du Christ, « Traquons donc le juste, puisqu’il nous incommode qu’il est contraire à notre manière d’agir, qu’il nous reproche de violer la loi, et nous accuse de démentir notre éducation. Il prétend posséder la connaissance de Dieu, et se nomme fils du Seigneur. » [Sagesse II, 12-13]. Puis il dit : « Il est douloureux pour nous même de voir car sa vie ne ressemble pas à celle des autres, et ses voies sont étranges. Dans sa pensée, nous sommes d’impures scories, il évite notre manière de vivre comme une souillure ; il proclame heureux le sort des justes, et se vante d’avoir Dieu pour père. [Sagesse II, 15-16]. » (Contre les juifs, 65)

Il cite encore Baruch dans son traité Contre Noët :

« Ils se servent encore d’autres témoignages, en disant : « Il est écrit : C’est notre Dieu ; on n’en comptera point d’autre que lui. Il a trouvé toute voie de la science, et il l’a donnée à Jacob son serviteur et à Israël son bien-aimé. Après cela il s’est fait voir sur la terre et a conversé avec les hommes. » [Baruch III, 36-38] » (Contre Noët, I, 2)

« Mais, demande-t-il, pourquoi me dit-il ailleurs : « C’est notre Dieu ; on n’en comptera point d’autre à côté de lui » [Baruch III, 36] ? C’est exact, car à côté du Père qui comptera-t-on ? Et quand il dit : « C’est notre Dieu ; on n’en comptera point d’autre à côté de lui. Il a trouvé toute voie de la science, et il l’a donnée à Jacob son serviteur et à Israël son bien-aimé » [Baruch III, 36-37] […] Ayant donc reçu du Père toute la science, le vrai Jacob, l’authentique Israël « après cela s’est fait voir sur la terre et a conversé avec les hommes » [Baruch III, 38]. […] C’est donc celui à qui le Père a donné toute science [Baruch III, 37] qui « s’est fait voir sur la terre et a conversé avec les hommes » [Baruch III, 38]. » (Contre Noët, II, 5)

Clément d’Alexandrie (vers 150-vers 215)

Il affirme en termes non équivoques le caractère inspiré de tous les deutérocanoniques, Judith et les fragments d’Esther exceptés. Encore doit-on n’avoir aucun doute sur l’estime qu’il portait à ces derniers ouvrages. Citons quelques exemples :

« Il est des hommes qui s’élèvent ici contre nous, prétendant que Dieu n’est pas bon parce qu’il effraie, menace et châtie. Ils ne comprennent point ces paroles de l’Écriture : « Celui qui craint Dieu se convertira en son cœur, » [Ecclésiastique II, 16] et ils oublient que par un excès d’amour le Seigneur s’est fait homme pour nous sauver. Lorsque le prophète lui adresse avec abandon cette prière pleine de tristesse « Souvenez-vous de nous parce que nous ne sommes que poussière, » [Psaume 103, 14] c’est comme s’il lui disait, ayez pitié de nous, vous qui, ayant revêtu notre chair, en connaissez toute la faiblesse. Comment donc accuser notre bon et divin Pédagogue de ne pas nous aimer, lui qui, par un excès de clémence et d’amour, souffre pour ainsi dire dans les souffrances de chacun de nous ? « Il n’est rien que Dieu haïsse« , [Sagesse XI, 24] car il ne peut haïr une chose et la vouloir en même temps; il ne peut point vouloir qu’elle ne soit pas et être la cause qui la fait exister. Son aversion seule suffit pour qu’elle ne soit pas. Or, il n’est rien que Dieu n’ait créé, il n’est donc rien que Dieu haïsse. Ce que je dis de Dieu, je le dis du Verbe ; car le Verbe et Dieu ne font qu’un. Lui-même l’a dit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. » [Jean I, 1] » (Le pédagogue, I, 8)

« Le Seigneur nous exhorte évidemment à la vertu dans ce passage de Salomon : « Heureux l’homme qui trouve la sagesse, et l’homme qui est riche en prudence ! Celui qui cherche la sagesse la trouve et la goûte lorsqu’il l’a trouvée. » [Proverbes II, 4-5 ; III, 15] Le prophète Jérémie fait ainsi l’éloge de la prudence : « Heureux, dit-il, le peuple d’Israël, à qui il a été donné de connaître ce qui est agréable à Dieu ! » [Baruch IV, 4] C’est au Verbe, qui nous rend heureux et prudents, que nous devons cette connaissance dont le même prophète exalte encore le prix dans un autre endroit : « Écoute, Israël, les ordres qui donnent la vie, écoute, afin de devenir prudent. » [Baruch III, 9] » (Le pédagogue, I, 10)

« […] pour avoir observé ce précepte de l’Écriture : « Le jeûne est bon avec la prière. » [Tobie XII, 8] » (Stromates, VI, 12)

Origène (vers 185-vers 254)

Les abbés LUSSEAU et COLLOMB soulève l’objection :

« ORIGÈNE, lui-même dans la seule liste qu’il nous ait transmise des livres de l’Ancien Testament (Comm. sur le Ps. I) n’énumère que les livres de la Bible hébraïque. » (page 294)

Et y répondent :

« il n’envisage, dans le passage cité, que les écrits acceptés par les Juifs. Nous savons par ailleurs qu’il défend la valeur canonique des fragments de Daniel (Ep. ad. Africanum 4 ; M. G., XI, 57), ainsi que des livres de Tobie et de Judith. Il va jusqu’à railler ceux qui attendent de la tradition juive les informations exactes sur les Saintes Ecritures. En somme, ce sont encore les opportunités de la controverse avec les Juifs qui expliquent les lacunes du catalogue dressé par ORIGÈNE. Aussi bien en fait-il lui-même l’aveu, lorsqu’il affirme que s’il a composé les Hexaples, c’est pour mettre aux mains des apologistes chrétiens des armes valides, des textes admis par les adversaires. [A. MERK, Biblica, Origenes und der Kanon des Aller Testaments, 1925, pp. 200-205] »(page 295)

Ils disent par ailleurs au sujet d’Origène :

« Au reste, ORIGÈNE (185/6-254/5) supplée largement aux lacunes du témoignage de CLÉMENT [d’ALEXANDRIE]. Il utilise manifestement comme ouvrages inspirés tous les deutérocanoniques. Il affirme même distinctement l’inspiration d’Esther, de Tobie, de Judith et des préceptes de la Sagesse (In Num. Home XXVII, 1 ; M. G., XII, 780). »

Voyons cela. Voici ses mots sur la canonicité d’Esther, de Tobie, de Judith et des préceptes de la Sagesse :

« Quand on leur lit un passage des Livres divins où il ne paraît pas y avoir d’obscurité, ils le reçoivent avec joie : tel est par exemple le Livre d’Esther, celui de Judith, ou même celui de Tobie et les préceptes de la Sagesse. » (Homélies sur les Nombres, XXVII, 1)

Tout d’abord dans sa Lettre à Africanus, il défend la canonicité des prières d’Azarias et l’hymne des trois enfants dans la fournaise (Daniel III), ainsi que de l’histoire de Suzanne (Daniel XIII) et de Bel et du Dragon (Daniel XIV). Il commence par rappeler à Africanus qu’il lui reproche d’user de ces passages, et lui répond qu’un chrétien doit recevoir ces passages, et même tous ceux qui ne se trouvent pas dans les Bibles en Hébreux :

« Vous commencez par dire que lorsque, dans ma discussion avec notre ami Bassus, j’ai utilisé l’Écriture qui contient la prophétie de Daniel à propos de Suzanne, je l’aurai fait comme si cela m’avait échappé que cette partie du livre était fausse [ndlr : c’est ce qu’allègue Africanus]. […] En réponse à cela, je dois vous dire ce qu’il nous appartient de faire dans le cas non seulement de l’Histoire de Susanna, qui se trouve dans chaque Église du Christ dans cette copie grecque que les Grecs utilisent, mais qui n’est pas en Hébreu, où des deux autres passages que vous mentionnez à la fin du livre contenant l’histoire de Bel et du Dragon, qui ne sont pas non plus dans la copie hébraïque de Daniel ; mais encore de milliers d’autres passages que j’ai trouvés dans de nombreux endroits. » (Chapitre II)

Puis dans la suite du chapitre II et aux chapitres III et IV, Origène donne une série d’exemples issus des livres de Daniel et d’Esther, Job et la Genèse. Il a même des mots significatifs, que ces passages « se trouvent dans toutes les Eglises du Christ » (chapitre II) et « Devons-nous supposer que cette Providence qui dans les Saintes Écritures a servi à l’édification de toutes les Églises du Christ, n’a eu aucune pensée pour ceux qui ont été rachetés avec à grand prix, pour qui Christ est mort » (chapitre IV). Il s’agit donc d’une réception canonique universelle qui ne peut venir que d’un enseignement apostolique et qui n’a pu être préservé que par la Providence.

Aussi comme nous allons le voir immédiatement, ce disciple de Clément d’Alexandrie supplée aux « lacunes » de son maître en mentionnant tous les deutérocanoniques comme écrits inspirés. Les affirmations de l’inspiration des deutérocanoniques chez Origène. sont pléthoriques, raison pour laquelle nous ne es reproduirons pas toutes ici. Nous nous limiterons à produire les preuves qu’il croyait en l’inspiration des deutérocanoniques dont il n’a pas encore été question jusqu’ici :

Ensuite, sachant bien que cela n’était ni de la connaissance ni de la portée de tout le monde, et que ses écrits devaient être pour la postérité un trésor de profonds enseignements, il ajoute encore : Voici un secret et un mystère que je vous dis [I Corinthiens X, 51], comme on a accoutumé de parler des choses mystérieuses et sublimes qu’il n’est pas à propos de découvrir indifféremment à tous. Car comme il est dit dans le livre de Tobie : Il est bon de cacher le secret du roi; mais il est glorieux et utile de révéler sincèrement les oeuvres de Dieu, pourvu qu’on le fasse avec prudence, pour sa gloire et pour le bien des hommes [Tobie, XII, 6, 7]. Notre espérance n’est donc pas une espérance digne de vers, et notre âme ne désire point de rentrer dans un corps pourri. » (Contre Celses, V, 19)

« Le Saint-Esprit ; au reste, a donné des signes et des marques de sa présence au commencement, lorsque Jésus prêchait sur la terre. Il en donna davantage encore après l’ascension du Sauveur. Depuis, ces signes ont diminué. Il en reste pourtant des traces en quelque peu de personnes qui ont l’âme purifiée parla doctrine de l’Évangile, et dont les actions y sont conformes. Car l’Esprit saint qui nous instruit fuit la fraude, et s’éloigne des mauvaises pensées [Sagesse, I, 5] » (Contre Celses, VII, 1&)

« Il s’imagine encore que ceux qui défendent la cause de Jésus-Christ par l’autorité des prophètes, ne sauraient donner aucune réponse raisonnable sur le fait des prophéties qui semblent attribuer à la Divinité quelque chose de mauvais, de honteux, d’impur ou de sale ; et supposant ainsi qu’on ne lui saurait répondre, il tire une infinité de conséquences qu’on ne lui accordera pas : car il faut savoir que ceux qui veulent conformer leur vie aux enseignements de l’Écriture, où ils ont appris que les connaissants de l’insensé ne sont que des pensées mal digérées [Ecclésiastique, XXI, 18 ou 19] et que nous devons être toujours prêts de répondre pour notre défense à tous ceux qui nous demanderont raison de l’espérance que nous avons [I Pierre, III, 15] ; il faut, dis-je, savoir que ceux-là ne se contentent pas d’alléguer que telles ou telles choses ont été prédites; mais qu’ils tâchent aussi de lever l’absurdité apparente de ces prédictions et de faire voir qu’elles ne renferment rien de mauvais, de honteux, d’impur, ni de sale, rien qui ne dût être comme il est, si l’on suit l’explication de ceux qui sont accoutumés au style de l’Écriture sainte. » (Contre Celses, VII, 12)

« Voyons encore ce qu’il faut penser de ce que nous lisons dans la Sagesse de Salomon au sujet de la Sagesse : elle est un souffle de la puissance de Dieu et une émanation très pure de la gloire du Tout-Puissant, le rayonnement de la lumière éternelle et le miroir sans tache de l’activité ou de la puissance de Dieu et l’image de sa bonté [Sagesse VII, 25-26]. » (Traité des principes, I, 1)

« Ne paraîtra-t-il pas impie de dire incréé ce qui, si on le croit créé par Dieu, sera trouvé sans aucun doute pareil à ce qui est dit incréé ? Pour appuyer notre foi sur ce point sur l’autorité des Écritures, voici comment dans les Livres des Macchabées, quand la mère des sept martyrs exhorte un de ses fils à supporter les supplices, cette doctrine est confirmée : Je te prie, mon fils, regarde vers le ciel, la terre et tout ce qu’ils contiennent, et à cette vue sache que Dieu a fait tout cela alors que cela n’existait pas [II Machabées VII, 28]. […] Lorsque Isaïe dit : Et il mangera comme du foin l’hylè, c’est-à-dire la matière, il parle de ceux qui se trouvent dans les supplices et par matière désigne les péchés. Si on trouve dans un autre endroit le mot de matière, nulle part, à mon avis, on ne le voit signifier ce dont nous parlons, excepté seulement dans la Sagesse dite de Salomon, livre dont l’autorité n’est pas reconnue de tous. On y trouve donc ceci : Ta main toute-puissante qui avait créé le monde à partir de la matière informe n’était pas embarrassée pour leur envoyer une foule d’ours ou des lions féroces. [Sagesse XI, 17] » (Traité des principes, II, 2)

« Après avoir discuté selon nos forces de ce qu’est le monde, il ne paraîtra pas inconvenant de rechercher ce que veut dire l’appellation de monde, que l’on trouve fréquemment dans les Écritures saintes avec diverses significations. Ce que nous appelons en latin mundus se dit en grec cosmos : cependant le mot cosmos ne signifie pas seulement monde, mais encore ornement. En effet, quand Isaïe réprimande les filles nobles de Sion, il dit : A la place de l’ornement d’or de ta tête, tu auras la calvitie à cause de tes œuvres; ornement traduit le même mot que monde, c’est-à-dire cosmos. Il est dit aussi que dans le vêtement du grand-prêtre était contenue l’explication du monde, selon ce que nous trouvons dans la Sagesse de Salomon : Dans la longue robe des prêtres était le monde entier. » (Traité des principes, II, 3)

Nous pourrions donner encore une multitude d’exemples, mais nous nous limiterons à cela car il serait beaucoup trop long de faire une recension complète. Nous achèverons cette section dédiée à Origène en citant Eusèbe, rapportant les mots d’Origène au sujet du canon accepté par les juifs. On y voit la Lettre de Jérémie et, bien qu’ils soient mit à part, les deux livres des Machabées :

« Du reste, en commentant le premier psaume, il établit le catalogue des Saintes Écritures de l’Ancien Testament et il écrit ces paroles : « On ne doit pas ignorer que les livres testamentaires sont au nombre de vingt-deux ainsi que les Juifs nous l’ont transmis ; ce nombre est chez eux celui des lettres. » Ensuite il ajoute :

« Les vingt-deux livres des Hébreux sont ceux-ci : Celui qui est intitulé chez nous Genèse, et chez eux Bresith, à cause du début du livre, qui est : « Au commencement ». — Exode, Ouellesmoth, c’est-à-dire « Voici les noms ». — Lévitique, Ouicra : « Et il a appelé ». — Nombres, Ammesphecodéim. – Deutèronome, Elleaddebarèim : « Voici les paroles ». – Jésus fils de Navé, Josuébennoun. Juges, Ruth, chez eux en un seul, Sophtéim. — Le premier et second des Rois, chez eux un seul, Samuel, « élu de Dieu ». — Le troisième et quatrième des Rois, en un, Onammelch David, ce qui signifie « Règne de David ». – Le premier et second des Paralipomènes, en un, Dabreïaméin, ce qui signifie : « Paroles des jours ». – Le premier et second d’Esdras, en un, Ezra, c’est-à-dire « Auxiliaire ». — Livre des Psaumes, Spharthelléim. ~ Proverbes de Salomon, Meloth ~ Ecclésiaste, Koelth. – Cantique des cantiques (et non pas, comme certains pensent, Cantiques des cantiques), Sirassiréim. – Isaïe, Iessia. — Jérémie avec Lamentations, et l’Épître en un, lêrèmia. — Daniel, Daniel. — Ézéchiel, Ièzêchiel. – Job, Job. — Esther, Esther. En outre de ceux-ci, il v encore les Machabées, qui sont intitulés Sarbethsabanaiel. » »

(Eusèbe de Césarée, Histoire eccleésiastique, VI, 25, 1-2)

Tertullien (vers 155-vers 230)

Cet ancien témoin de l’Eglise Carthage exprime déjà sa sympathie pour les deutérocanoniques, lorsqu’il se refuse, par principe, à recevoir les Saintes Ecritures des mains des Juifs, ceux-ci rejetant plusieurs écrits concernant le Christ :

« Ajoutez à cela que le livre d’Enoch renfermant des prophéties qui concernent le Seigneur, nous ne devons rien rejeter de ce qui nous intéresse. Ne lisons-nous pas « que toute Ecriture propre à nous édifier est inspirée par Dieu. » Qu’importe donc que les Juifs aient rejeté celle-ci, comme ils rejettent tout ce qui concerne Jésus-Christ ? Je ne m’étonne plus qu’ils aient repoussé la muette parole qui l’annonce, eux qui devaient repousser le Christ, lorsqu’il viendrait leur parler en personne. Vous faut-il une dernière preuve ? l’apôtre Jude rend témoignage au livre d’Enoch. » (De l’ornement des femmes, III)

Aussi nous le voyons, Tertullien croyait en l’inspiration du livre d’Enoch ? C’était une erreur de sa part, mais cela est révélateur que sa règle de canonicité n’était pas la l’enseignement des juifs. Par ailleurs il fait usage de la Sagesse, de l’Ecclésiastique, de Baruch, de Judith, des fragments de Daniel et des deux livres des Macchabées. Voyons quelques exemples :

« Si en effet, nous lisons « que Dieu sonde et interroge le cœur; » [Sagesse I, 6] si on est reconnu comme son prophète par là même « que l’on révèle ce qui se passe au fond des cœurs; » si Dieu lui-même au milieu de son peuple prévient les pensées du cœur: « Que pensez-vous de mauvais dans vos cœurs ? » [Matthieu IX, 4] si David demande aussi à « Dieu de créer en lui un cœur pur » [Psaume 51, 12] ; si Paul déclare que « c’est par le cœur que l’on croit à la justice; » [Psaume 51, 12] si, d’après Jean, « chacun est condamné par son cœur ; » [I Jean III, 20] si enfin « quiconque regarde une femme avec convoitise, est déjà adultère au fond de son cœur, » [Matthieu V, 28] ces deux points deviennent manifestes; d’abord qu’il y a dans l’âme quelque chose de prédominant, où se rassemble la volonté divine, c’est-à-dire une force sapientielle et vitale; car ce qui raisonne est vivant; ensuite qu’elle réside dans le trésor de notre corps auquel Dieu fait allusion. » (De l’âme, XV)

« Mais qu’y a-t-il de commun entre Athènes et Jérusalem, l’académie et l’Eglise, les hérétiques et les Chrétiens ? Notre doctrine vient du portique de Salomon, qui nous a enseigné à chercher Dieu avec un cœur simple et droit [Sagesse I, 1] » (De la prescription contre les hérétiques, VII)

« Ils se souvenaient que Jérémie écrivait à ceux que menaçait cette captivité : « Maintenant vous verrez à Babylone des dieux d’or et d’argent, de pierre et de bois, portés sur les épaules, et redoutés par les nations. Gardez-vous d’imiter ces étrangers, de craindre ces dieux, et de vous laisser aller à la frayeur. Quand vous verrez la multitude répandue autour de ces statues, et leur adressant ses hommages, dites en votre cœur : c’est vous, Seigneur, que nous devons adorer. » [Baruch VI, 3] Aussi, répondirent-ils avec une confiance qu’ils puisaient en Dieu, quand ils repoussèrent avec énergie les menaces conditionnelles du monarque : « Nous ne pouvons vous le promettre, ô prince ! Le Dieu que nous honorons est assez puissant pour nous délivrer de la fournaise de feu, et nous arracher de vos mains. Alors il vous deviendra évident que nous ne servons pas vos dieux et n’adorons pas la statue d’or que vous avez élevée. » [Daniel III, 16] O martyre consommé, quoique non sanglant ! Ils ont assez souffert, ils ont été assez brûlés. Dieu, pour témoigner que leur confiance en lui n’était pas vaine, les couvrit de sa protection. Voyez encore Daniel ! il n’adorait que le Dieu véritable. La Chaldée s’indigne, le dénonce, et le jette aux animaux sauvages. Les lions furieux avec lesquels étaient enfermé le captif ne l’eussent pas épargné, si les sentiments élevés de Darius sur la divinité avaient dû être trompés. » (Le Scorpiaque, VIII)

Saint Cyprien de Carthage (vers 200-258)

« Quant à SAINT CYPRIEN, c’est clairement et distinctement qu’il mentionne tous les deutérocanoniques, à part Judith. Il suffit, pour s’en rendre compte, de parcourir les trois, livres adressés Quirinius et l’Epître à Fortunat « de exhort. martyrii » (M. L., IV, 651-780). » (LUSSEAU ET COLLOMB, page 293)

Comme il serait beaucoup trop long de produire tous les témoignages favorables aux deutérocanoniques ici, nous conseillons au lecteur de se reporter à cette édition scannée des livres adressés à Quirinius, aux pages 375, 382, 393, 394, 425, 426, 434, 437, 439, 440, 444, 447, 448, 453, 459, 464, 473, 474, 478, 480, 482, 483, 486, 494, 498, 499, 500, 504 et 505.

On ajoutera cet autre témoignage :

« Cela est dit à quelqu’un qui manifestement est tombé, et que le Seigneur exhorte à se relever par des oeuvres de miséricorde car il est écrit : « L’aumône délivre de la mort » [Tobie IV, 10], non à coup sûr de cette mort que le Sang du Christ a éteinte, de laquelle la grâce salutaire du baptême et de notre Rédempteur nous a délivrés, mais de celle que des fautes postérieures amènent insensiblement. […] En effet, pour qu’il ait écrit : « Dieu n’a point fait la mort et Il ne se réjouit pas de la perte de ceux qui vivaient » [, à coup sûr Celui qui ne veut pas que personne périsse souhaite que les pécheurs fassent pénitence, et que par la pénitent » [Sagesse I, 13] ce ils reviennent à la vie. » (Lettre 51/55, 20)

Saint Denys d’Alexandrie (190-264)

« Mais écoutez les oracles divins: Les œuvres du Seigneur sont dans le jugement; dès le commencement, et à partir de Sa fabrication, il disposa ses parties. Il a garni Ses œuvres pour toujours, et leurs principes pour leurs générations [Ecclésiastique XVI, 24-25]. » (Sur la nature, III)

« Il est un Esprit – car il dit  : Dieu est Esprit [Jean IV, 24] – de nouveau, le Christ est appelé le Souffle; pour ‘Lui’, dit-il, est le souffle de la puissance de Dieu [Sagesse VII, 25]. » (Lettre à Denys de Rome, IV)

Saint Méthode de Patare (250-vers 313)

« SAINT MÉTHODE, évêque d’Olympe († 311), cite Baruch, l’histoire de Suzanne, la Sagesse et l’Ecclésiastique. » (LUSSEAU et COLLOMB, 293)

Lactance (vers 250-vers 325)

« Salomon déclare que le verbe a travaillé i la création du monde quand il dit : « Je suis sorti avant toute créature de la bouche du très Haut. J’ai fait lever dans le ciel une lumière qui luit toujours. J’ai enveloppé la terre d’un nuage. J’ai habité dans les lieux hauts, et j’ai mis mon trône sur une colonne de nuée. » Saint Jean l’évangéliste en parle aussi en ces termes ; « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu. Il était au commencement en Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui. » [Ecclésiastique XXIV, 3-5]. » (Institutions divines, IV, 8)

« Nous avons parlé de sa nativité, parlons maintenant de sa puissance et de ses œuvres. Comme il faisait parmi les hommes de grandes merveilles, les Juifs les virent, et pensèrent qu’elles étaient opérées par un pouvoir magique, ignorant que tout ce qu’il faisait avait été prédit par les prophètes. Quant aux malades, à ceux qui languissaient sous l’effet de maladies variées, il leur rendait aussitôt vigueur, non pas avec un remède quelconque, mais par la force et la puissance de sa parole ; il rendait les infirmes à la santé, il faisait se lever et marcher les boiteux, il  rendait la vue aux aveugles, il faisait parler les muets, entendre les sourds, il purifiait ceux qui étaient souillés et tachés (de lèpre), il rendait leur propre esprit à ceux que l’assaut des démons avait rendus fous furieux il rappelait à la vie et à la lumière des gens morts ou déjà enterrés. Il rassasia aussi cinq mille avec cinq pains et deux poissons. Il a aussi marché sur la mer. Il a aussi, dans la tempête, ordonné 4u vent de s’apaiser, et aussitôt le calme se fit. Tous actes, nous les trouvons prédits dans les livres des prophètes et dans les Poèmes sibyllins. Comme, en raison de ces miracles, une grande foule accourait vers lui, et qu’elle croyait, comme cela était vrai, qu’il était de Dieu et qu’il avait été envoyé par Dieu, les prêtres et les chefs des Juifs, pleins de jalousie, et en même temps poussés par la colère, parce qu’il leur reprochait leurs péchés et leur injustice, se liguèrent pour le tuer. Dans le livre de la Sagesse, un peu plus de mille ans auparavant, Salomon avait annoncé par ces mots ce qui arriverait : « Traquons le juste parce qu’il nous est déplaisant et qu’il nous accuse de pécher contre la loi. Il assure qu’il a la science de Dieu et il s’appelle lui-même fils de Dieu. Il a été fait pour censurer nos pensées, même sa vue nous est pénible, puisque son genre de vie ne ressemble pas à celui des autres, et ses voies sont tout autres. Il nous juge futiles, il s’abstient de prendre nos voies, comme si elles étaient impures, il préfère finir comme les justes et se glorifie d’avoir le Seigneur pour père. Voyons donc si ses paroles sont vraies, et examinons ce qui lui arrivera. Interrogeons-le en l’outrageant et en le torturant, sachons quel respect il faut lui accorder et éprouvons sa patience. Condamnons-le à la mort la plus honteuse. Ils pensèrent cela et se trompèrent, car leur folie les aveugla et ils ignorèrent les mystères de Dieu. » Oubliant donc ces textes, qu’ils lisaient, ils excitèrent le peuple comme si c’était contre un impie, pour le faire arrêter, mener au tribunal, et réclamer sa mort de leurs voix impies. Or ils l’accusèrent précisément de se dire fils de Dieu et de détruire la Loi en guérissant des hommes pendant le alors qu’il disait ne pas détruire la Loi, mais l’accomplir. » (Epitomé, 40)

Saint Alexandre d’Alexandrie (250-326 ou 328)

« C’est pourquoi je ne crois pas qu’on doive mettre au nombre des personnes de piété, ceux qui, au lieu de suivre cet avis : Ne cherchez point ce qui est trop difficile pour vous, et n’examinez point ce qui est au-dessus de vous [Ecclésiastique III, 21], sont si téméraires que d’entreprendre de pénétrer un sujet si caché. Car si plusieurs autres connaissances moins sublimes que celles-là sont au-dessus de l’esprit de l’homme, comme ce que saint Paul dit : que l’œil n’a point vu, ni l’oreille entendu, ni le cœur conçu ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment [I Corinthiens II, 9], ou comme ce que Dieu dit à Abraham : qu’on ne saurait compter le nombre des étoiles, et comme ce qui est dit ailleurs : qu’on ne saurait compter les grains de sable du rivage, ni les gouttes d’eau de la mer [Ecclésiastique I, 2]. » (Lettre à Alexandre, Evêque de Constantinople, citée in, Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, I, 3)

Concile de Nicée (325)

Il ne nous reste que quelques pages des actes et décisions du concile de Nicée. Toutefois nous savons qu’à l’issu de l’événement, ses actes remplissaient quarante volumes. Aussi un grandsnombre d’informations nous manquent à son sujet, cependant plusieurs sources secondaires nous renseignent.

Par exemple, saint Jérôme (347-420), pourtant très hostile aux deutérocanoniques comme nous le reverrons plus bas, dit ce qui suit :

« Parmi les Hébreux, le Livre de Judith se trouve parmi les Hagiographes, dont l’autorité pour confirmer ceux qui sont entrés en conflit est jugée moins appropriée. Pourtant, ayant été écrit en chaldéen [araméen], il est compté parmi les livres historiques. Mais parce que ce livre a été trouvé par le Concile de Nicée comme ayant été compté parmi le nombre des Saintes Ecritures, j’ai acquiescé à votre requête, en fait à une demande, et des œuvres ayant été mises de côté et dont j’ai été contraint de force. » (Prologue de Judith dans la Vulgate)

Par ailleurs, Rupert de Deutz († 1135)  fait à propos de Judith et de Tobie cette curieuse déclaration :

« Ces deux volumes ne sont pas dans le canon chez les Hébreux, mais par l’autorité du concile de Nicée, ils sont parvenus à l’Eglise pour l’instruction des fidèles » (L. DENNEFELD, Histoire des livres de l’Ancien Testament, p. 43)

Le tournant du IVè siècle

« SAINT MÉLITON et ORIGÈNE avaient dressé un catalogue de livres saints. Avec le quatrième siècle, le procédé ira se généralisant. Une véritable tendance se fait jour qui consiste à fixer exactement le nombre et à dresser la liste des Saintes Ecritures. Les réserves que nous avons notées dans les canons de MÉLITON et d’ORIGÈNE vont alors en s’accentuant. On conçoit sans peine la défaveur dont souffrent, dans certains milieux, les deutérocanoniques. Certaines coutumes locales les interdisent aux catéchumènes ; les opportunités de la tactique, dans la discussion avec les Juifs, amènent tout naturellement les apologistes à les laisser de côté ; il en résulte que moins utilisés, ils sont également moins appréciés ; enfin, la multiplication des apocryphes entretient la défiance à leur égard. Tels sont les motifs qui contribuent généralement à expliquer les canons incomplets, Voire même certaines exclusions.

Ce seront pourtant là toujours des opinions singulières. Le sentiment des Pères et des écrivains ecclésiastiques resta favorable à la collection d’Alexandrie tout entière. D’importants documents consacrèrent même, d’une manière déjà irrévocable, l’inspiration des deutérocanoniques. » (LUSSEAU et COLLOMB, page 295)

Nous traitons de l’illégitimité de l’alignement du canon chrétien sur le canon juif dans le dossier indiqué en tête du présent article.

Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 339)

Eusèbe est le plus ancien historien de l’Eglise dont les œuvres nous sont parvenues. Il nous y apprend, en parlant de Clément d’Alexandrie, qu’à l’époque de la rédaction de son œuvre historique, les livres deutérocanoniques sont acceptés par certains mais non par tous :

« Il se sert aussi dans ces ouvrages de témoignages tirés des écritures contestées, de la Sagesse dite de Salomon, de celle de Jésus fils de Sirach [Ecclésiastique], de l’épître aux Hébreux, de celles de Barnabé, de Clément et de Jude. » (Histoire ecclésiastique, VI, 13, 6)

Mais il témoigne aussi croire, à titre personnel, à l’inspiration du livre de l’Ecclésiastique :

« Pour nous, nous mettrons à profit la leçon de cet auteur inspiré (Jésus, fils de Sirach [Ecclésiastique], XXXII, 9) qui nous recommande de rassembler beaucoup de pensées dans peu de paroles. » (Démonstration évangélique, I)

Aphraate le Sage persan (270-vers 345)

« Car cela fut accompli à cette époque, quand le vénérable et vieux Eléazar fut tué, et les fils de la bienheureuse Samouna, au nombre de sept [II Machabées VI, 18-31], et quand Judas (Maccabée) et ses frères luttaient au nom de leur peuple [II Machabées V, 27]. » (Démonstrations, V, 19)

« Il mène à lui les riches, les fils du luxe ; Et ils laissent leurs possessions comme les vagues de la mer [Ecclésiastique XXIX, 17]. » (Démonstrations, XXII, 7)

Saint Cyrille de Jérusalem (315-386)

« SAINT CYRILLE DE JÉRUSALEM (313 [?] — 386), interdit à ses catéchumènes la lecture des « apocryphes ». Ils ne liront, pour ce qui est de l’Ancien Testament, que les 22 livres « utilisés avec assurance dans l’Eglise », ceux « qui ont été transmis par les Apôtres et les premiers pasteurs. ». Serait-ce que SAINT CYRILLE ait nié l’Inspiration des deutérocanoniques et, même, les ait confondus avec les apocryphes ?

À vrai dire, tel parait bien être son avis personnel. — Cependant nous le voyons citer la Sagesse  (XIII, 5 ; Cat. , IX, 2 ; M. G., XXXIII, 640) ou y faire allusion (II, 24 ; Cat., XII, 5 ; M. G.,732). Il cite pareillement l’Ecclésiastique (III, 22, Cat., VI, 4; M. G. XXXIII, 545). — Il n’ignore pas, d’ailleurs, qu ‘il existe des écrits « discutés », terme qui ne peut convenir aux « apocryphes » dont personne ne mettait en doute le caractère profane, mais qui, par contre, désigne parfaitement bien nos deutérocanoniques. SAINT CYRILLE DE JÉRUSALEM atteste donc ainsi, indirectement, que nos deutérocanoniques sont tenus pour inspirés dans certains milieux. » (LUSSEAU et COLLOMB, page 297)

Cependant, la distinction en 22 livres n’est pas une cloison étanche entre protocanoniques d’un côté et deutérocanoniques de l’autre. En effet, saint Cyrille dresse le canon de l’Ancien Testament en disant : « Ces livres sont au nombre de vingt-deux, ne les confondez pas avec les livres apocryphes. Ces vingt- deux sont les seuls que l’Eglise vous remet entre les mains pour méditer ; ce sont les seuls que nous lisons avec pleine sécurité dans nos temples. », puis il dresse une liste qui correspond à plus de 22 livres dans nos Bibles actuelles, mais en précisant que certains de ces livres sont regroupés en un seul. Cela signifie l’importance symbolique du nombre 22 qui est le nombre de lettre dans l’alphabet Hébreux. Aussi, parmi ces 22 livres canoniques, on retrouve chez saint Cyrille le livre de Baruch, ainsi que la Lettre de Jérémie qui en fait habituellement partie mais qui s’en trouve ici séparée :

« Ces livres sont au nombre de vingt-deux, ne les confondez pas avec les livres apocryphes. Ces vingt- deux sont les seuls que l’Eglise vous remet entre les mains pour méditer ; ce sont les seuls que nous lisons avec pleine sécurité dans nos temples. Les Apôtres, les anciens Evêques, les chefs de l’Eglise de qui nous les tenons, avaient plus de discernement que vous. Vous donc, enfants de l’Eglise, gardez-vous d’altérer ou de falsifier ce précieux dépôt de nos lois et de nos instituts. Lisez, méditez, comme je vous l’ai dit, ces ving-deux livres, et si vous me prêtez quelque attention, vous en retiendrez aisément l’énumération telle que je vais vous la faire. Le Pentateuque, ou les cinq livres de Moise, contient :

1°La Genèse. 2° L’Exode. 3° Le Lévitique. 4° Les Nombres. 5° Le Deutéronome. 6° Le livre de Jésus fils de Navé. 7° Celui des Juges avec celui de Ruth. 8° Le premier et le deuxième livre des rois qui n’en font qu’un chez les Hébreux. 9° Le troisième et le quatrième, Idem. 10° Le premier et le deuxième des Paralipomènes, Idem. 11° Le troisième et le quatrième, Idem. 12° Le livre d’Esther. Tels sont les livres historiques.

Il y en a cinq poétiques :

1° Job. 2° Le livre des Psaumes. 3° Les Proverbes. 4° L’Ecclésiaste. 5° Le Cantique des Cantiques.

Il y a en outre cinq litres des Prophètes :

1° Les douze petits Prophètes qui n’en font qu’un. 2° Isaïe. 3° Jérémie, Baruch, les Lamentations et la lettre. 4° Ezéchiel. 5° Daniel.

22 livres composent l’Ancien Testament. » (Catéchèses, IV, 35)

Il cite ailleurs les deutérocanoniques comme écrit inspirés :

« Le Soleil est l’œuvre de Dieu ; c’est une œuvre magnifique ; mais qu’est-il en comparaison de l’univers ? Fixez d’abord le soleil, puis vous demandez ce que c’est que, le Seigneur. Ne cherchez pas, dit l’Esprit-Saint, ce qui est trop au-dessus de votre intelligence. Contentez-vous de méditer les préceptes qui vous ont été donnés [Ecclésiastique III, 22]. » (Catéchèses, VI, 4)

« La nature divine est donc inaccessible à nos sens ; nous pouvons néanmoins à la vue de ses œuvres nous former une idée de sa puissance. Car, dit Salomon, nous voyons, nous connaissons l’ouvrier en proportion de notre raison., à la grandeur, à la magnificence de ses productions [Sagesse XIII, 5] Remarquez qu’il ne dit pas que le Créateur se manifestera pleinement dans ses œuvres, mais en proportion de notre intelligence. Car le cercle de la création s’étend aux yeux de chacun de nous dans le degré de contemplation que nous y aurons apporté. Plus nous contemplerons les œuvres de Dieu, plus notre esprit et notre cœur s’élèveront vers lui. » (Catéchèses, IX, 2)

« Quant à ceux d’entre eux qui prétendent que l’ascension du Sauveur est d’une impossibilité absolue, rappelez-vous ce que nous avons dit du Prophète Habacuc [Daniel XIV, 3-5] qui, saisi par les cheveux, fut transporté par un Ange. Si un de ces esprits célestes a eu un tel pouvoir sur une créature humaine, révoquerez-vous en doute la puissance de celui qui est le souverain Seigneur des Anges, des Archanges et des Prophètes ? Douterez-vous qu’il ait pu du sommet de la montagne des Oliviers franchir les nuées, s’ouvrir lui-même une route dans les cieux ? Repassez dans votre mémoire les actes de toute-puissance du Maître de la nature, et votre foi sera inébranlable. Dites-vous à Vous-même : Tels étaient portés, enlevés par une force divine ; mais ici c’est Jésus-Christ lui-même qui porte tout [Hébreux I, 3] et qui ne fait que se porter lui- même. Hénoch fut transporté ; mais Jésus-Christ s’élança vers les cieux.  » (Catéchèses, XIV, 25)

« C’est à ce même Esprit que Daniel fut redevable de cette sagesse qui, malgré son âge, le constitua juge des vieillards. La chaste Suzanne avait été condamnée comme coupable d’adultère. Elle était abandonnée de tout le monde. Et qui eût pu la soustraire à la perfidie des chefs de la nation ? Elle marchait au supplice environnée des licteurs. Mais, voici tout à coup un puissant protecteur qui accourt au-devant de l’innocence opprimée. Mais voici le Paraclet, l’Esprit consolateur qui sanctifie toute nature intelligente. Venez, dit-il à Daniel, venez jeune homme, couvrez de confusion ces vieillards qui, sous leurs cheveux blancs, brûlent des feux d’une impudique jeunesse. Car il est écrit : Le Seigneur suscita le Saint-Esprit dans un enfant d’une extrême jeunesse [Daniel XIII, 4-5]. Et ce fut cette sagesse implantée dans un cœur enfantin par l’Esprit- Saint, qui arracha l’innocence des mains de ses bourreaux. » (Catéchèses, XVI, 31)

Saint Athanase d’Alexandrie (vers 295-373)

Ceux qui s’opposent aux livres deutérocanoniques croient trouver une preuve du bien fondé de leur position dans les mots que saint Athanase écrivit dans sa 39è Lettre festale, qu’il écrivit à l’occasion de la Pâques 367 :

« En décidant de les rappeler, je vais me servir de la formule de l’évangile de l’évangéliste Luc en guise de soutien à mon audace et en disant moi aussi ainsi : « Puisque certains ont entrepris d’écrire pour eux-mêmes les livres qui se sont appelés apocryphes et les ont placés avec les Ecritures inspirées par Dieu, celles dans lesquelles nous avons foi, comme les ont données à nos pères ceux qui ont vu de leurs yeux depuis le début et qui sont devenus les serviteurs de la parole, il m’a paru bon à moi aussi, qui connais dès le début et qui suis encouragé par des frères sages, de vous montrer les livres canonisés qui nous ont été donnés car ils sont crus d’origine divine, afin que celui qui a été trompé condamne ceux qui l’ont égaré, mais que celui qui est resté sain, se réjouisse quand on lui rappelle les livres canonisés.

Ceux de l’Ancien Testament sont au nombre de vingt-deux : ce sont en effet ceux qui nous ont été transmis comme étant aussi chez les Hébreux. L’ordre de lecture et leurs noms sont : le premier est la Genèse, après elle l’Exode, puis le Lévitique ; après ceux-là, les Nombres et le Deutéronome et encore Jésus de Navé, les Juges et Ruth ; après cela les quatre livres des Rois, le premier et le second livre comptés pour un, le troisième et le quatrième comptés pour un ; après ceux-là, les deux livres des Paralipomènes , comptés pour un ; après cela Esdras, également encore le premier et le deuxième livre comptés pour un ; après cela le livre des Psaumes et des Proverbes, ensuite l’Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques ; outre ceux-là Job et puis les prophètes, les Douze prophètes, comptés pour un seul livre ; après ceux-là Esaïe et Jérémie auxquels se joignent Baruch, les Lamentations et la Lettre ; après celui-ci Ezéchiel et Daniel. Jusqu’ici ce sont les livres de l’Ancien Testament. […] Pour vous fortifier davantage, je vais ajouter à ce que j’ai dit cet autre mot nécessaire : il y a d’autres livres en dehors de ceux-là, ils n’ont pas été canonisés mais définis par nos pères afin que les lisent ceux qui sont récemment entrés et qui désirent apprendre le discours de la piété : la Sagesse de Salomon, la Sagesse du fils de SirachEsther, Judith, la Didascalie des Apôtres [la Didachè] –je ne parle pas de celle dont on dit qu’elle condamne le Deutéronome– et encore le Pasteur. »

Les protestants crient victoire ! Ainsi tout s’explique ! Les « anciens », c’est-à-dire les apôtres et leurs envoyés ont répandu cette discipline dans le monde entier, et cela explique l’usage qui fut fait des deutérocanoniques durant les trois premiers siècles ! Mais la réalité est bien différente… Et ce pour trois raisons.

La première est interne au texte. En effet, il suffit de regarder le texte pour se rendre compte qu’il ne classe pas d’un côté les protocanoniques comme « canoniques » et d’un autre côté les deutérocanoniques comme « non-canoniques », ainsi saint Athanase ne valide pas le canon protestant. En effet, il place parmi les « non-canoniques » le livre d’Esther, sans aucune distinction entre sa base protocanonique et ses fragments deutérocanoniques : cela veut dire que son intégralité est classée parmi les « non-canoniques », alors que les protestants en admettent la plus grande partie. Inversement, saint Athanase classe parmi les « canoniques » les trois deutérocanoniques, que les protestants rejettent, que sont : le livre de Baruch, que la Lettre de Jérémie, habituellement incluse dans le livre de Baruch mais qui s’en trouve ici séparée et le livre de Daniel, sans aucune distinction entre sa base protocanonique et ses fragments deutérocanoniques : cela veut dire que son intégralité est classée parmi les « canoniques »

La deuxième est historique. Nous avons amplement démontré que l’antiquité chrétienne ne validait cette thèse protestante ni dans l’Eglise universelle, ni même dans la seule Eglise d’Egypte. En effet, cette dernière nous offre pas moins de cinq témoins affirmant l’inspiration de deutérocanoniques, présentés ici comme « non-canoniques » : la Lettre de Barnabé, Clément d’Alexandrie, Origène, saint Denys d’Alexandrie et saint Alexandre d’Alexandrie. Nous devons donc déduire que cette distinction issue des « anciens » n’est qu’une discipline propre à l’Egypte, et que saint Alexandre d’Alexandrie étant mort en 326 ou 328, cette dernière a tout au plus quelques décennies lorsque saint Athanase la rapporte.

Troisièmement, de la même manière que pour les canons dressés par saint Méliton et Origène comme nous l’avons vu plus haut, il est probable que saint Athanase ait séparé ces livres en fonction de ceux qui étaient acceptés par les juifs, pour pouvoirs soutenir efficacement les controverses. En effet, il place l’intégralité du livre d’Esther dans les « non-canoniques », conformément au rejet total qu’en faisaient beaucoup de juifs dans les premiers siècles du Christianisme. Et il place dans les « canoniques » les livres de Baruch et la Lettre de Jérémie, or, comme nous l’avons vu rapporté par Origène, les juifs de son époque acceptaient la Lettre de Jérémie. Le livre de Baruch aura peut-être finit par obtenir le même honneur, étant donné que c’est de lui que cette lettre est issue. On peut donc légitimement conclure que chez saint Athanase, la distinction « canoniques »/non-canoniques » n’équivaut pas à la distinction « inspirés »/ »non-inspirés », mais plutôt à la distinction « utilisables »/ »non-utilisables » dans les controverses contre les juifs. On pourrait même aller plus loin et déduire que la mention spéciale comme « non-canoniques » de ces quelques deutérocanoniques est la preuve qu’au moins une partie de l’Eglise les considérait comme inspirés, sinon il n’aurait pas pris la peine de leur faire une place. Nous le pensons d’autant plus qu’à leurs côtés, figurent des « non-canoniques » du Nouveau Testament – la Didachè et le Pasteur d’Hermas – dont on sait qu’ils ont été discutés quant à leur inspiration. Aussi les abbés LUSSEAU et COLLOMB écrivent-ils :

« D’après cette importante déclaration, SAINT ATHANASE admet trois classes de livres : les livres canoniques, soit 22, non compris Esther, pour l’Ancien Testament ; les livres non-canoniques, mais destinés aux catéchumènes, parmi lesquels figurent cinq deutérocanoniques et deux apocryphes ; les livres apocryphes, dont l’origine est hérétique.

On s’étonnera de voir figurer ici, à côté de livres deutérocanoniques, Esther, d’une part, la Didachè et le Pasteur, d’autre part. Du fait qu’Esther se trouve ainsi placé parmi des livres non-canoniques on pourrait peut-être soupçonner que « non-canoniques » et « canoniques » ne s’opposent pas entre eux comme « non-inspirés » et « inspirés ». Les livres canoniques eussent été pour le patriarche d’Alexandrie des écrits inspirés réservés aux fidèles ; les livres non-canoniques, des écrits inspirés aux catéchumènes.

La supposition devient plausible si l’on observe SAINT ATHANASE cite comme « Ecritures » la Sagesse, l’Ecclésiastique, Judith, Tobie. Toutefois la présence de la Didachè et du Pasteur en compagnie des cinq deutérocanoniques pourrait plus justement laisser croire que SAINT ATHANASE, comme jadis ORIGÈNE, entendait mettre à part les écrits dont l’inspiration était discutée. Telle est la raison alléguée par la Synopse pseudo-athanasienne, certainement dépendante la pensée du Saint Docteur : « ces livres ne sont pas tenus pour inspirés par tous. » » (pages 296-297)

En effet, voici ce que qui est écrit dans la Synopse de l’Ecriture Sacrée du pseudo-Athanase, oeuvre latine des environs de l’an 500 :

« Les livres canoniques de l’Ancien Testament sont donc au nombre de vingt et un […] Outre ceux-ci, il existe d’autres livres du même Ancien Testament, qui ne sont pas canoniques, et qui ne sont lus qu’aux catéchumènes. Ce sont la Sagesse de Salomon, la Sagesse de Jésus, le Fils de Sirach [l’Ecclésiastique], Esther [encore une fois dans son entier], Judith, Tobie. Ceux-ci ne sont pas canoniques » (Synopse de l’Ecriture Sacrée, II)

La distinction est la même.

Nous voyons par ailleurs saint Athanase faire usage de ces deutérocanoniques/ »non-canoniques » :

“Les écrivains sacrés auxquels le Fils l’a révélé nous ont donné une certaine image des choses visibles, en disant : « qu’il [le Fils] qui est le rayonnement de sa gloire » [Hébreux I, 3] et encore, « Car auprès de toi est la source de la vie, et dans ta lumière nous voyons la lumière. » [Psaume XXXVI, 9] et quand la Parole réprimande Israël, il dit : « Tu as abandonné la source de la sagesse » [Baruch III, 12]. » (Défense de la foi de Nicée, II, 12)

« Car il est écrit de l’autre, l’insensé parlera follement [Isaïe XXXII, 6 selon la Septante] ; mais de ceux-ci, Cherche toujours conseil auprès d’un homme sage [Tobit IV, 19]. » (Apologie à Constantin, XXVII)

« Et là où les écrivains sacrés disent: Qui existe avant les âges ? Et par qui Il a fait les siècles ? [Hébreux I, 2] ils prêchent ainsi clairement l’Être éternel et l’éternité du Fils, même lorsqu’ils désignent Dieu lui-même. Ainsi, si Isaïe dit : « Le Dieu éternel, le Créateur des extrémités de la terre »[Isaïe 40, 28] ; et Suzanne dit, Ô Dieu éternel [Daniel XII, 42 – Suzanne] ; et Baruch écrit: Je crierai à l’Eternel de mes jours et peu de temps après, J’attends de l’Eternel votre délivrance, et la joie me vient, de la part du Saint, pour la miséricorde qui vous viendra bientôt de l’Eternel, votre Sauveur [Baruch IV, 20-22;]. » (Discours contre les ariens, I, 4)

« Il est écrit que « tout a été fait par le Verbe » et « et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe » [Jean I, 3] et encore, « un seul Seigneur Jésus, par qui sont toutes choses » [I Corinthiens VIII, 9], et « en Lui tout se consume » [Colossiens I, 17], il est très clair que le Fils ne peut pas être une créature, mais Il est la Main de Dieu et la Sagesse. Cette connaissance et les martyrs à Babylone, Ananias, Azarias et Misael, accuse l’irréligion arienne. Car quand ils disent : « O vous toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur » [Daniel III, 57 – Cantique des trois enfants]. » (Discours contre les ariens, II, 71)

« Mais si cela ne réussit pas à les convaincre, qu’ils nous disent eux-mêmes s’il y a de la sagesse dans les créatures ou pas ? Sinon, comment se fait-il que l’Apôtre se plaigne : « Car le monde, avec sa sagesse, n’ayant pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu » [I Corinthiens I, 21] ? Ou comment se fait-il s’il n’y a pas de sagesse que « les hommes sages » [Sagesse VI, 24] se trouvent dans l’Écriture ? car « un homme sage craint et se détourne du mal » [Proverbes XIV, 16] ; et par la sagesse est construite la maison [Proverbes XXIV] ; et le Prédicateur dit : « La sagesse d’un homme fait briller son visage » [Ecclésiaste VIII, 1], et il blâme ainsi ceux qui sont entêtés : « Ne dis pas : « D’où vient que les jours anciens étaient meilleurs que ceux-ci ? » Car ce n’est pas par sagesse que tu interroges à ce sujet. » [Ecclésiaste VII, 10]. Mais si, comme le dit le Fils de Sirach : « Il l’a répandue sur toutes ses œuvres, ainsi que sur toute chair, selon la mesure de son don, il l’a donnée libéralement à ceux qui l’aiment » [Ecclésiastique I, 10]. » (Discours contre les ariens, II, 79)

« Daniel a dit à Astyages : « je ne vénère pas des idoles faites de main d’homme, mais le Dieu vivant qui a fait le ciel et la terre et qui a puissance sur toute chair. » [Daniel XIV, 4 – Bel et le Dragon]. » (Discours contre les ariens, III, 30)

Saint Basile le Grand (330-379)

« Le Seigneur veut éprouver maintenant votre amour pour lui. Voici le temps de mériter par votre patience la récompense des martyrs, La mère des Machabées [II Machabées VII] vit la mort de ses sept enfants sans gémir, sans répandre d’indignes larmes : elle rendait grâces à Dieu en voyant ses fils délivrés des liens du corps par le feu, le fer , et les autres instruments des plus cruels supplices. » (Lettre VI à la femme de Nectaire, II)

« L’insensé, dit avec vérité l’Ecriture, est changeant comme la lune [Ecclésiastique XXVII, 12]. Je crois aussi que les variations de la lune sont fort utiles pour la constitution des animaux et pote. » (Hexaëméron, VI, 10)

 » Ainsi que Judith dit : vous avez disposé vos jugements par votre prévision [Judith IX, 5-6].” (Sur le Saint Esprit, VIII, 19)

« Le Seigneur ordonne « toute chose est réglée avec mesure, avec nombre et avec poids » [Sagesse XI, 20]. » (Lettre au clergé de Samosate 219, 1)

« Comme Baruch, quand il veut montrer l’immuabilité et l’immobilité du mode Divin d’existence, dit : « Car vous êtes assis sur un trône éternel, et nous, nous périssons sans retour. » [Baruch III, 3]. » (Sur le Saint Esprit, VI, 15)

Saint Hilaire de Poitiers (315-367)

« SAINT HILAIRE (313-368), dans son Commentaire sur les Psaumes (Prol., 15 ; M. L. , IX, 241) répète le canon d’ORIGÈNE et déclare, après avoir énuméré les 22 livres protocanoniques, qu’on leur ajoute parfois Tobie et Judith, afin d’obtenir le nombre des lettres de l’alphabet grec. C’était assez clairement indiquer que les deutérocanoniques pouvaient prendre place parmi les livres inspirés. Aussi bien, SAINT HILAIRE cite Judith, la Sagesse, l’Ecclésiastique et Baruch. » (LUSSEAU et COLLOMB, page 298)

En effet, voici ce qu’il dans ce prologue :

« L’Ancien Testament est considéré comme étant composé de vingt-deux livres […] de sorte qu’il y a cinq livres de Moïse […] avec les Lamentations et la Lettre [Baruch VI – Lettre de Jérémie], et Daniel […] portant le nombre des livres à vingt-deux. Il est à noter aussi qu’en ajoutant à ces Tobie et Judith, il y a vingt-quatre livres, correspondant au nombre de lettres utilisées par les Grecs. » (Commentaire sur les Psaumes, Prologue, XV)

Ces citations de Judith, de la Sagesse, de l’Ecclésiastique et de Baruch :

« Comme vous avez déjà écouté Moïse et Isaïe, écoutez maintenant Jérémie leur inculquant la même vérité : C’est lui qui est notre Dieu, et nul autre ne lui est comparable. Il a trouvé toutes les voies de la sagesse, et il l’a donnée à Jacob, son serviteur, et à Israël son bien-aimé. Après cela il a apparu sur la terre, et il a conversé parmi les hommes. [Baruch III, 36-38]. » (Sur la Trinité, IV, 14)

« Alors, tandis que l’âme dévote était déconcertée et égarée par sa propre faiblesse, elle a attrapé de la voix du prophète cette échelle de comparaison pour Dieu, admirablement exprimée, « Car la grandeur et la beauté des créatures font connaître par analogie Celui qui en est le Créateur » [Sagesse XIII, 5]. » (Sur la Trinité, I, 7)

Il appelle encore « prophète » l’auteur du deuxième livre des Machabées :

« De telles suggestions sont incompatibles avec le sens clair de l’Écriture. Toutes choses, comme le dit Prophète, ont été faites à partir de rien [II Machabées VII, 28]; ce n’était pas une transformation des choses existantes, mais la création en une forme parfaite de l’inexistant. » (Sur la Trinité, IV, 16)

Et il cite encore les fragments de Daniel :

« Ils disent que le Père a la prescience de toutes choses, comme le dit Suzanne, Dieu éternel, qui connaissez ce qui est caché et qui savez toutes choses avant qu’elles n’arrivent [Daniel XIII, 42 – Suzanne]. » (Sur la Trinité, IV, 8)

Concile de Laodicée (IVè siècle) et concile de Constantinople (381)

Une légende de la propagande anticatholique affirme que le concile de Laodicée, tenu au IVè siècle à une date précise inconnue, rejeta les deutérocanoniques, et cette dernière sentence fut reprise par le concile général de Constantinople en 381. C’est complétement faux. Il s’agit d’un mensonge grossier du premier anticatholique qui a émis cette affirmation, repris ensuite aveuglément par des centaines de trompés. En effet, d’une par le concile de Laodicée a approuvé la canonicité de certains deutérocanoniques, sans faire aucune mention ni positive ni négative des autres :

« Ce sont tous les livres de l’Ancien Testament nommés pour être lus :

Genèse du monde ; L’Exode d’Egypte ; Lévitique ; Nombres ; Deutéronome ; Josué, le fils de Nun ; Juges, Ruth ; Esther ; des Rois, premier et deuxième ; des Rois, troisième et quatrième ; Chroniques, Première et Deuxième ; Esdras, premier et deuxième ; Le Livre des Psaumes ; Les Proverbes de Salomon ; Ecclésiaste ; le Cantique des Cantiques ; Job ; Les Douze Prophètes ; Isaïe ; Jérémie, et Baruc, les Lamentations et l’épître ; Ezéchiel ; Daniel. » (canon 60)

Quant au concile de Constantinople (381), on sait qu’il eut lieu après le concile de Laodicée, mais il n’en approuva nullement les décision, il s’agit là d’une pure invention. Et quant bien même il l’aurait fait, cela n’irait pas dans le sens de nos adevrsaires car il aurait par-là validé certains deutérocanoniques.

Saint Grégoire de Nazianze (329-389) et saint Amphiloque d’Iconium (339 ou 340-entre 394 et 403)

« SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE († 390) et SAINT AMPHILOQUE, son disciple, ont pareillement donné comme seul légitime le canon palestinien. Le premier en excluait Esther, tandis que le second déclare qu’aux yeux de certains, cet ouvrage est canonique. Tous les deux exhortent leurs fidèles à se défier des livres qui sont donnés comme inspirés sans pourtant mériter ce titre . « Il y a des livres, lisons-nous dans les  » Poèmes dogmatiques » (II, VIII; M. G., XXXVIII, 1593 s.), qui portent a tort le titre honorifique d’Ecriture Sainte ; les uns sont près de la doctrine de la vérité et occupent une place imprécise, les autres ne sont pas authentiques et sont très dangereux » Pratiquement, GREGOIRE et AMPHILOQUE apprécieront et approuveront ces ouvrages. Il y avait donc des livres dont l’inspiration était contestée. C’est pourquoi les canons de saint GRÉGOIRE et de saint AMPHILOQUE ne les mentionnaient pas. Quelques-uns de ces écrits pouvaient cependant être regardés par les deux docteurs comme inspirés. De fait, SAINT GRÉGOIRE se sert de textes empruntés au livre de la Sagesse pour démontrer des vérités dogmatiques. » (LUSSEAU et COLLOMB, page 298)

Et de fait, nous pouvons citer des mentions de la Sagesse ainsi que d’autres deutérocanoniques chez saint Grégoire de Nazianze :

« Non pas en faisant pleuvoir la manne comme pour Israël autrefois [Exode XVI] ou en ouvrant le rocher, afin,de donner à boire à son peuple assoiffé [Psaume 78, 24]; ou les régalant avec des corbeaux comme Elie [I Rois XVII, 6], ou en la nourrissant par un prophète transporté dans les airs, comme il l’a fait à Daniel quand il avait faim dans la tanière [Daniel XIV, 33-34 – Bel et le Dragon]. » (Discours XVIII, Sur la mort de son père XXX)

« Et comment allons-nous préserver la vérité que Dieu imprègne tout et remplit tout, comme il est écrit « N’ai-je pas remplis le ciel et la terre ? » dit le Seigneur, [Jérémie XXIII, 24] et L’Esprit du Seigneur remplit le monde [Sagesse I, 7]. » (Discours XXVIII, Second discours théologique VIII)

« L’homme juste dans la fosse, contenait la rage des lions, [référence à Daniel VI, 22] et la lutte des sept frères Machabées, [II Machabées VII, 1] qui ont été perfectionnés avec leurs père et mère dans le sang, et dans toutes sortes de tortures. » (Discours 43, Panégyrique on saint Basile 74)

« Dans l’Écriture, la « Ce peuple est de la race des Chaldéens » [Judith V, 6] a été enlevée, et les enfants de Babylone se sont jetés contre les Roches et ont détruit. » (Discours 45, 2nd Discours sur la Pâques XV)

Saint Grégoire de Nysse (vers 335-394)

« Et comme, selon l’expression de l’Écriture, « la sagesse n’entrera pas dans une âme fourbe » [Sagesse 1, 4], ainsi peut-on dire en toute vérité: l’époux excellent ne peut venir habiter dans une âme irascible, dénigrante, ou affectée de quelque autre défaut semblable. » (Sur la virginité, XVI)

« « L’idée de faire des idoles a été l’origine de la fornication » [Sagesse XIV, 12] dit l’Écriture. » (Anchoratus, II)

« Si la divine Écriture nous blâme en disant : « Ce qui t’a été commandé, pense à ces choses, car il n’est pas nécessaire que tu sondes les choses cachées » [Ecclésiastique III, 22] et « Ne cherche pas ce qui est au-dessus de toi, ni n’examine les profondeurs » [Ecclésiastique III, 21], dirons-nous alors, concernant le Saint-Esprit, qu’il sonde les profondeurs de Dieu parce qu’il est excessivement curieux ou parce qu’il est tout à fait naturel pour lui [de le faire] ? » (Anchoratus, XII)

« Voici que la divine Écriture nous enseigne […] « bonne est une parole au-dessus d’un présent » [Ecclésiastique XVIII, 17] » (Anchoratus, XVIII)

« Ainsi, ils transformaient déjà l’Ancien Testament en Nouveau par l’inspiration du Saint-Esprit, eux qui n’avaient pas besoin d’un sacrifice d’êtres vivants ni d’holocaustes (car l’Écriture dit : « Il n’est plus […] holocauste, sacrifice, oblation, ni encens, ni lieu où te faire des offrandes » [Daniel III, 38 – Cantique des trois enfants]) » (Anchoratus, XXIII)

« Alors, distinguant les œuvres de l’ouvrier et les créatures du créateur, l’Écriture dit : « Louez le Seigneur, toutes les œuvres du Seigneur » [Daniel III, 57 – Cantique des trois enfants] » (Anchoratus, XXIV)

« Voyez-vous ? Le nom du Fils de Dieu ! Alors, on ne peut pas dire [que les juifs] ne connaissaient rien de lui, et cela avant l’incident de la fournaise parce qu’elle dit : « Daniel était rempli du Saint-Esprit disant ’Je suis pur de son sang’ et ils sont retournés vers le tribunal » [Daniel XIII, 45-46] où il a jugé les anciens, lui qui était rempli de l’Esprit Saint. Alors donc, les jeunes gens connaissaient le Fils et le Père et le Saint-Esprit. Ils n’ont pas dit les noms. Certes, mais par ignorance ? Non, mais par certitude. L’Écriture dit : « Bénissez le Seigneur, toutes les œuvres du Seigneur » [Daniel III, 57]… Elle ne dit pas : « Bénis le Seigneur, ô Fils de Dieu », ni « Bénis le Seigneur, ô Saint-Esprit » afin que ceux qui cherchent des ruses ne puissent pas dire qu’elle n’a pas nommé non plus les chérubins et les séraphins, ce qui veut dire qu’ils ne sont pas non plus œuvres de Dieu. Alors, le divin Logos a agi d’avance pour assurer toutes choses contre ceux qui imaginent des ruses en sachant d’avance l’objection contre les chérubins, les séraphins et les jeunes gens. Car trois fois les saints jeunes gens ont répété l’hymne, invitant les créatures et les choses faites à chanter Dieu, mais d’abord, ils ont dit : « Béni es-tu ô Dieu de nos pères et chanté et glorifié est ton nom dans les siècles » [Daniel III, 52-57]. » (Anchoratus, XXV)

« Il est celui qui enseigne aux fils de l’homme de parler et celui qui « ouvre la bouche des muets » [Sagesse X, 51]. Toutes ces choses, il supportait pour nous afin que celui [le fidèle] qui garde tout le fruit de l’incarnation, ayant été entreprise pour nous, ne perde pas la marque de la vérité. »  (Anchoratus, XXXI)

« Alors Salomon savait parler de la sagesse [mais une autre sorte de sagesse] en disant : « Je suis devenu amoureux de sa beauté et j’ai cherché à la prendre comme épouse » [Sagesse VIII, 2] » (Anchoratus, 42)

« Changer les choses corruptibles en choses incorruptibles et faire les choses corruptibles sur la terre et les achever en incorruptibilité. Que personne ne s’en étonne ! C’est pour cela qu’il est venu et s’est manifesté, prenant la chair corruptible ; il a habillé cette chair en la divinité et l’a manifestée incorruptible : « Car qui accusera » Dieu [Sagesse XII, 12] ? » (Anchoratus, 61)

« Que chacun se garde complètement de l’erreur. Gardez toujours la vérité devant les yeux, dénoncez les idoles comme fausses et annoncez ouvertement l’erreur à leur sujet. Pourtant, ne pensez pas que les idoles sont mortes, car elles n’étaient jamais vivantes. Enseignez, toujours et à tous, qu’elles n’existent pas et qu’elles sont vaines et vides, car jadis elles n’existaient pas. Donc, les hommes [ne peuvent pas penser qu’elles] sont quelque chose. Elles sont, plutôt, des esprits mauvais, les créations de l’imagination de l’homme, laquelle se fortifiait à cause des plaisirs. Ensuite, chacun osait [ériger] sa propre passion en objet de piété. D’abord, lorsque cette nouvelle chose a été établie parmi les hommes, on l’a prêchée à travers la méchante activité des démons — « L’idée de faire des idoles a été l’origine de la fornication » [Sagesse XIV, 2] —, et par les figures d’apparence trompeuse, les idoles étaient formées. » (Anchoratus, 102)

« Quant à la descendance des ariens qui blasphèment le Saint-Esprit, deux témoignages devraient suffire, avec ceux que nous avons déjà avancés : le premier vient de Daniel. Dans la fournaise ardente, Méshak, Shadrak et Abed-Nego chantaient Dieu, invoquant avec eux toute la création de Dieu et disent : « Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur » [Daniel III, 57]. Et ils ont énuméré les étoiles, les anges, la lune, le soleil, les puissances, la terre, la mer et toutes les choses qui s’y trouvent, mais nulle part ils n’ont compté le Fils et le Saint-Esprit parmi les créatures. Les séraphins glorifient la Trinité d’une manière égale : ils ont dit « saint » non pas une fois, ni deux fois, mais trois fois. » (Anchoratus, 117)

Saint Ambroise de Milan (340-397)

« Je n’allègue pas non plus une opinion propre, mais je répète ce que le Saint-Esprit a dit par le prophète : Bénie soit le stérile qui est sans tache [Sagesse III, 13]. » (Sur la virginité, VII, 35)

« Alors la bienheureuse Judith [Judith 10, 3ff] fortifiée par un deuil prolongé et par le jeûne quotidien, elle ne cherchait pas les jouissances du monde sans danger et forte dans son mépris de la mort. » (Sur la Sagesse, VII, 38)

« Daniel aussi, à moins d’avoir reçu l’Esprit de Dieu, n’aurait jamais pu découvrir cet adultère lubrique, ce mensonge frauduleux. Quand Suzanne, assaillie par la conspiration des anciens, vit que l’esprit du peuple était mû par la considération pour les vieillards, et dépourvu de tout secours, seule parmi les hommes, consciente de sa chasteté, elle pria Dieu de juger ; il est écrit : Le Seigneur entendit sa voix. Comme on la conduisait à la mort, Dieu éveilla l’esprit saint d’un jeune enfant nommé Daniel [Daniel XIII,44-45 – Suzanne]. » (Sur la Trinité, III, 6, 39)

« Et le Seigneur leur ordonna de mettre de côté les vêtements de deuil et de cesser les gémissements de repentance, en disant : Ôtez, Jérusalem, le vêtement de votre deuil et de votre affliction et vêt-toi de beauté, la gloire que Dieu t’a donnée pour toujours [Baruch V, 1] » (Sur la pénitence, I, 9, 43)

« Quoi donc ? Faut-il que nous soyons muets ? Pas du tout. « II est en effet un temps pour se taire et il est un temps pour parler. » [Ecclésiastique XX, 6] » (Des devoirs du clergé, I, 2, 5)

« Or venant en cet endroit, Jérémie découvrit une maison en forme de caverne ; il y porta la tente, l’arche et l’autel de l’encens, et boucha l’entrée. Lorsque ceux qui étaient venus avec lui la recherchèrent fort attentivement, afin de repérer pour eux-mêmes l’endroit, ils ne purent en aucune manière le reconnaître et le découvrir. Mais quand Jérémie apprit qu’ils avaient cherché à l’atteindre, il dit : « L’endroit sera inconnu jusqu’à ce que Dieu rassemble l’assemblée de son peuple et devienne favorable. Alors Dieu montrera tout cela et la majesté du Seigneur apparaîtra. » [II Machabées II, 7]. » (Des devoirs du clergé, III, 17, 101)

« Et quelle sécurité peut-il y avoir pour nous, à moins que nous ne lavions nos péchés en jeûnant, puisque les Écritures disent que le jeûne et l’aumône font disparaître le péché ? [Tobie XII, 8-9]” (Lettre 63, 16)

Saint Épiphane de Salamine (vers 315-403)

« SAINT EPIPHANE, évêque de Salamine (313-400), nous a laissé quatre listes de livres saints. Dans l’une (De mens. et pond., XXIII ; M. G., XLIII, 277), il ne mentionne que les 22 protocanoniques de la collection palestinienne ; une seconde liste (Ibid., IV ; M. G., XLIII, 244) présente, après les 22 protocanoniques, la Sagesse et l’Ecclésiastique, mais c’est pour déclarer que, tout en étant utilisés, ces derniers ne sont pas comptés dans la série des ouvrages reçus par les Hébreux (εἱς ἀριθμὀν ρητῶν  οὐκ ἀναϕἐρονται) ; nous constatons, en lisant la troisième liste (Adv. Haer., I, I, haer. 8 ; M. G., XLI, 214), que la Sagesse et l’Ecclésiastique sont discutés chez les Juifs (παρ’ αὐτοῖϛ ἐν ἀμϕιλἐκτῳ); enfin, dans la quatrième (Ibid., III, I, haer. 76 ; M. G., XLII, 560 s.), il nomme la Sagesse et l’Ecclésiastique à la suite des quatre Evangiles et des écrits des Apôtres, puis termine l’énumération par ces mots : καἱ πἀσαιϛ ἁπλῶϛ Γραϕαῖϛ θείαιϛ, de sorte qu’il semble ranger aussi ces deux ouvrages parmi les « livres divins ». En somme, quand SAINT EPIPHANE dressait des listes canoniques, il tenait compte des discussions de son temps, et, comme bon nombre d’écrivains de cette époque, se contentait d’inclure dans ces listes les seuls écrits-incontestés. Mais il pouvait bien admettre personnellement le caractère inspiré de plusieurs autres. Aussi bien cite-t-il Ecritures, dans ses ouvrages, la Sagesse et l’Ecclésiastique. » (LUSSEAU et COLLOMB, pages 297-298)

Saint Jean Chrysostome (vers 346-407)

« C’est pourquoi il faut, mes frères, se dépouiller de toute malice et se garder d’user d’artifice et de déguisement. « Car Dieu en « voie », dit l’Ecriture, « des voies perverses « aux pervers ». [Proverbes XXI, 8, selon la Septante] Et : « L’Esprit-Saint, qui est le maître de la science, fuit le déguisement, et il se retire des pensées qui sont sans intelligence ». [Sagesse I, 5] » (Homélies sur Jean, 41, 3)

« C’est pourquoi chantons-nous à nous-mêmes les cantiques des divines Ecritures, et disons-nous : « Tu n’es que terre et que cendre » [Genèse III, 19] : pourquoi la, terre et la cendre « s’élèvent-elles d’orgueil ? » (Ecclésiastique X, 9] Et : « L’émotion de la colère qu’il a dans le coeur est sa ruine ». [Ecclésiastique I, 28] Et : « L’homme colère n’est point agréable ». [Proverbes XI, 25, selon la Septante] » (Homélies sur Jean, 48, 3)

« Pourquoi dit-il le « vieux » levain ? Ou pour désigner notre vie ancienne ; ou parce que la vétusté est voisine de la mort, et fétide et honteuse, comme l’est le péché ; car ce n’est pas sans raison, mais en vue de son sujet, qu’il rejette la vétusté et loue la nouveauté. Car il est dit ailleurs : « Un ami nouveau est du vin nouveau ; il vieillira et vous le boirez avec plaisir » [Ecclésiastique IX, 15] ; l’écrivain approuvant ainsi l’ancienneté plutôt que la nouveauté dans l’amitié. Et ailleurs : « L’ancien des jours était assis », ce qui présente l’ancienneté comme le titre le plus glorieux. En d’autres endroits l’Ecriture en fait un titre de blâme. Comme en effet les diverses choses sont composées de nombreux éléments, les mêmes termes sont employés dans le bon ou le mauvais sens, et non avec la même signification. Voici encore un texte où l’ancienneté est blâmée : « Ils ont vieilli et ont trébuché dans leurs voies » [Psaume XVII] ; et cet autre : « J’ai vieilli au milieu de tous mes ennemis » [Psaume VI] ; ou encore : « Homme vieilli dans le mal » [Daniel XIII, 52 – Suzanne]. Le levain lui-même, quoique pris ici dans une mauvaise acception, est souvent employé pour désigner le royaume des cieux ; mais dans ces deux cas, le mot se rapporte à des objets différents. » (Homélies sur le Ière Epître aux Corinthiens, XV, 4)

« Voulez-vous savoir d’ailleurs comment Dieu est glorifié par la vie de ses serviteurs, et comment il l’est par ses prodiges ? Un jour Nabuchodonosor jeta les trois enfants dans la fournaise. Ensuite, voyant que le feu ne les consumait point, il dit : « Béni soit Dieu qui a envoyé son ange et sauvé ses enfants de la fournaise, parce qu’ils ont eu confiance en lui et n’ont point obéi à la parole du roi » [Daniel III, 95 – Cantique des trois enfants]. Que dites-vous, ô roi ? Vous avez été méprisé, et vous admirez ceux qui ont rejeté vos ordres ? Oui : je les admire par cela même qu’ils m’ont méprisé. » (Homélies sur le Ière Epître aux Corinthiens, XVIII, 3)

« Et Baruch, dans le livre de Jérémie, dit : « C’est lui qui est notre Dieu, et nul autre ne lui est comparable. Il a trouvé toutes les voies de la sagesse, et il l’a donnée à Jacob, son serviteur, et à Israël son bien-aimé. » [Baruch III, 36-37]. Et David, signifiant sa présence incarnée, a dit: Il descendra comme la pluie dans une toison de laine, et comme la goutte qui distille sur la terre [Psaume 72, 6] parce qu’Il entra silencieusement et doucement dans le ventre de la Vierge » (Contre le marcionistes et les manichéens)

Rufin d’Aquilée (vers 345-vers 411)

« RUFIN D’AQUILÉE (365-410) distingue trois catégories de livres canoniques, au nombre de 22 ; les livres ecclésiastiques, au nombre de 6 : la Sagesse, l’Ecclésiastique, Tobie, Judith et deux livres des Macchabées ; les apocryphes qui ne sont pas lus dans les églises. Il semble bien qu’il y ait là une réminiscence de SAINT ATHANASE, bien que la raison qui est apportée pour justifier la distinction entre les livres « canoniques » et les livres « ecclésiastiques » fasse songer à ORIGÈNE. Ce dernier en effet, disait à JULES L’AFRICAIN qu’en matière de foi, on ne pouvait pas alléguer les deutérocanoniques contre les Juifs. Or RUFIN, généralisant, ce semble, la pensée du docteur alexandrin, déclarait que les Anciens « ont ordonné de lire [ces mêmes livres] dans les églises, mais s’ils n’ont jamais voulu [les] alléguer pour confirmer l’autorité de la foi« . Toutefois, RUFIN cite pour « confirmer » la foi : Baruch, la Sagesse et l’Ecclésiastique. Il défend même avec véhémence contre SAINT JÉRÔME les fragments de Daniel et d’Esther. [L. de SAN, Tractatus de divina, Trad. et Sra, Bruges, 1903, P. 373.] » (LUSSEAU et COLLOMB, pages 298-299)

Voici la distinction qu’il dresse, tel saint Athanase entre livre « canoniques » et « ecclésiastiques » :

« De l’Ancien Testament, donc, tout d’abord il a été rendu cinq livres de Moïse, Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome; Alors Jésus Nave, (Joshua le fils de Nun), le livre des juges avec Ruth ; puis quatre livres des Rois (Rois), que les Hébreux comptent en deux ; le Livre des Omissions, qui est intitulé le Livre des Jours (Chroniques), et deux livres d’Esdras (Esdras et Néhémie), que les Hébreux comptent en un, et Esther ; des prophètes, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel ; de plus, sur les douze prophètes (mineurs), un livre ; Job aussi et les Psaumes de David, chacun un livre. Salomon a donné trois livres aux Églises, Proverbes, Ecclésiaste, Cantiques. Ceux-ci comprennent les livres de l’Ancien Testament […] Mais il faut savoir qu’il existe aussi d’autres livres que nos pères appellent non pas « canoniques » mais « ecclésiastiques », c’est-à-dire Sagesse, appelée Sagesse de Salomon, et une autre Sagesse, appelé la Sagesse du Fils de Sirach, qui récemment les Latins ont appelés par le titre général Ecclésiastique, désignant pas l’auteur du livre, mais le caractère de l’Ecriture. A la même classe appartiennent le Livre de Tobie, et le Livre de Judith, et les Livres des Machabées […] Ce sont les traditions que les Pères nous ont transmises, que, comme je l’ai dit, j’ai cru opportun d’exposer. En ce lieu, pour instruire les premiers éléments de l’Église et de la Foi, afin qu’ils sachent de quelles fontaines de la Parole de Dieu on doit prendre leurs projets. » (Commentaire sur le Symbole des Apôtres, 37-38)

Voici comment RUFIN cite Baruch pour « confirmer la foi » :

« Ce que le Prophète a aussi dit quand il a dit, C’est lui qui est notre Dieu, et nul autre ne lui est comparable. Il a trouvé toutes les voies de la sagesse, et il l’a donnée à Jacob, son serviteur, et à Israël son bien-aimé. Après cela il a apparu sur la terre, et il a conversé parmi les hommes. [Baruch III, 36-38]. » (Commentaire sur le Symbole des Apôtres, III, 7-38)

Les Constitutions apostoliques (vers 400)

« De l’Ancienne Alliance : les cinq livres de Moïse : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome; un de Josué, fils de Nun, un des Juges, un de Ruth, quatre des Rois, deux des Chroniques, deux d’Esdras, un d’Esther, un de Judith, trois des Machabées, un de Job, cent-cinquante psaumes ; trois livres de Salomon : Proverbes, Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques ; seize prophètes. Et à côté de cela, veillez à ce que vos jeunes apprennent la Sagesse du très savant Sirach [l’Ecclésiastique] » (Constitutions apostoliques, 47, 85)

Les canons Occidentaux de le fin du IVè et du début du Vè siècles

A la fin du IVè et au début du Vè siècle, le canon actuel de l’Eglise catholique fut fixé par un concile à Rome, quatre conciles en Afrique du Nord, le pape saint Innocent et saint Augustin.

Conciles de Rome (382)

Ce concile donna lieu au Décret de Damase qui porte ce qui suit :

« Il nous faut maintenant parler des divines Écritures, de ce que reçoit l’Église catholique universelle et de ce qu’elle doit éviter. On commence par l’ordre de l’Ancien Testament. Genèse, un livre ; Exode, un livre ; Lévitique, un livre ; Nombres, un livre ; Deutéronome, un livre ; Jésus Navé, un livre ; Juges, un livre ; Ruth, un livre ; Rois, quatre livres ; Paralipomènes, deux livres ; Cent cinquante Psaumes, un livre ; Salomon, trois livres : Proverbes, un livre, Ecclésiaste, un livre, Cantique des Cantiques, un livre ; encore, Sagesse, un livre ; Ecclésiastique, un livre. Puis l’ordre des prophètes, Isaïe, un livre ; Jérémie, un livre, avec Cinoth, c’est-à-dire ses Lamentations ; Ézéchiel, un livre ; Daniel, un livre ; Osée, un livre ; Amos, un livre ; Michée, un livre ; Joël, un livre ; Abdias, un livre ; Jonas, un livre ; Nahum, un livre ; Habacuc, un livre ; Sophonie, un livre ; Aggée, un livre ; Zacharie, un livre ; Malachie, un livre. Puis l’ordre des histoires. Job, un livre ; Tobie, un livre ; Esdras, deux livres ; Esther, un livre ; Judith, un livre ; Maccabées, deux livres. »

Ce document n’est pas de première main, et ne nous est connu que par le Décret de Gélase, attribué à tort au pape saint Gélase et datant probablement des environs de 496. Son authenricité est donc remise en cause par certains. Mais tous les éléments externes au textes nous indiquent qu’il est vrai. Premièrement son contenu correspond à la doctrine romaine et nord-africaine de l’époque. Conforme à la doctrine romaine car le pape saint Damase imposera à saint Jérôme la traduction en Latin des livres deutérocanoniques et que la Lettre que le pape saint Innocent enverra à saint Eupère, Evêque de Toulouse mentionne elle aussi ces livres. Conforme à la doctrine nord-africaine car les autres conciles nord-africains en question et dont les contenus ne sont pas remis en cause rapportent ces canons, nous allons le voir. Nous avons de plus la certitude de l’exactitude de ce Décret car Saint Jérôme exécuta l’ordre qui avait reçu mais à contre-coeur, nous le verrons, car il ne croyait pas à l’inspiration de ces livres. Aussi cela signifie que c’était l’enseignement de saint Damase que ces livres étaient inspirés car saint Jérôme n’aurait pas fait ces traductions si il n’en avait pas reçu l’ordre impératif.

Concile d’Hippone (393)

« Que rien ne soit lu à l’Eglise en dehors de l’Écriture canonique. De même, qu’en dehors des Écritures canoniques, rien ne se lit à l’Eglise sous le nom d’Écriture divine. Mais les Écritures canoniques sont les suivantes : Genèse. Exode. Lévitique. Nombres. Deutéronome. Josué le fils de Nun. Les juges. Ruth. Les rois, quatre livres. Les Chroniques, deux livres. Job. Le Psautier. Les cinq livres de Salomon. Les douze livres des prophètes. Esaïe Jérémie. Ezéchiel. Daniel. Tobit. Judith Esther. Esdras, deux livres. Macchabées, deux livres » (Concile d’Hippone, canon 36, année 393)

Concile de Carthage (397)

« Il a été décidé […] que rien, sauf les Ecritures canoniques, ne devrait être lu dans l’Église sous le nom des Écritures divines. Mais les Écritures canoniques sont : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, Josué, Juges, Ruth, quatre livres de Rois, Paralipomène, deux livres, Job, le Psautier de David, cinq livres de Salomon [Proverbes, Ecclésiaste, Chant de Chants, Sagesse, Sirach [l’Ecclésiastique], douze livres des prophètes, Esaïe, Jérémie, Daniel, Ézéchiel, Tobie, Judith, Esther, deux livres d’Esdras, deux livres des Maccabées. » (IIIè Councile de Carthage, canon XXIV, année 397)

Saint Innocent Ier (mort en 417)

L’Evêque saint Exupère demanda au pape saint Innocent de lui communiquer la liste des livres inspirés. Ce dernier lui répondit en incluant tous les deutérocanoniques :

« Les livres qui ont été reçus dans le canon sont indiqués dans un bref appendice. C’est là (ce) que tu as désiré te voir indiquer : Cinq livres de Moïse, c’est-à-dire Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome, et un de Josué, un des Juges, quatre livres des Rois, en même temps Ruth, seize livres des Prophètes, cinq livres de Salomon, le Psautier. De même les livres des histoires : un livre de Job, un de Tobie, un d’Esther, un de Judith, deux des Maccabées, deux d’Esdras, deux des Chroniques. » (Lettre VI Consulenti tibi à Exupère, Evêque de Toulouse, 20 février 405, 7)

Saint Augustin (354-430)

« Nous trouvons intégralement formulée cette liste en Afrique, aux Conciles d’Hippone (393) et de Carthage (397, 419). SAINT AUGUSTIN (354-430), s’est fait l’écho fidèle de ces décisions conciliaires. Le canon qu’il nous présente, après 397, dans son livre « De doctrina christiana » (M. L. , XXXIV, 41), comprend les deutérocanoniques de l’Ancien Testament. Le grand et saint docteur affirme d’ailleurs que telle est bien la pensée de l’Eglise, car « en ce qui concerne les Ecritures canoniques, il faut suivre le plus grand nombre des communautés catholiques« . » (LUSSEAU et COLLOMB, page 300)

Voici l’extrait en question :

« Pour les Écritures canoniques, on suivra l’autorité du plus grand nombre des Églises catholiques, au premier rang desquelles on devra mettre celles qui ont eu le privilège d’être le siège des apôtres et d’en recevoir des lettres. On aura pour principe et pour règle en cette matière, de préférer celles que reçoivent toutes les Eglises catholiques à celles qui sont rejetées de quelques-unes ; et parmi celles que toutes les Eglises n’admettent pas, on préférera celles que reçoivent des Eglises plus nombreuses et plus considérables, à celles qui n’ont l’assentiment que de quelques Eglises de moindre autorité. Si l’on rencontre certains livres admis par un plus grand nombre d’Eglises, et d’autres par des Eglises plus considérables, circonstance d’ailleurs difficile à se produire, je pense qu’on doit leur reconnaître le même degré d’autorité. Le canon entier des Ecritures, auquel se rapportent les considérations que nous venons d’exposer, se compose des livres suivants : les cinq livres de Moïse : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome; le livre de Josué, le livre des Juges, le petit livre de Ruth, qui semble plutôt faire partie du commencement de l’histoire des Rois, et les deux livres des Paralipomènes, qui sont, non une suite des précédents, mais comme des suppléments qui en suivent l’ordre et la marche. Tels sont les Livres historiques, où les époques s’enchaînent les unes aux autres, et où se déroule la suite naturelle des évènements. Il en est d’autres dont les faits n’ont aucun lien qui les rattache à cet ordre naturel ni entre eux. Ce sont les livres de Job, de Tobie, d’Esther, de Judith, les deux livres des Macchabées, et les deux livres d’Esdras, qui semblent plutôt continuer l’histoire suivie des livres des Rois ou des Paralipomènes. Viennent ensuite parmi les prophètes, le livre des psaumes de David, les trois livres de Salomon : les Proverbes, le Cantique des Cantiques et l’Ecclésiaste. Une certaine ressemblance de forme et de style a fait attribuer à Salomon les deux livres de la Sagesse et de l’Ecclésiastique, mais une tradition constante leur donne pour auteur Jésus Sirach [voir : II Rétr. I, ch. IV, n. 2.] ; toutefois l’autorité qu’on leur a reconnue dans l’Eglise doit les faire ranger au nombre des livres prophétiques. Les autres livres sont ceux des prophètes proprement dits ; les livres des douze prophètes qu’on n’a jamais séparés ne forment ensemble qu’un seul livre. Ces prophètes sont Osée, Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie. Ensuite les quatre livres des quatre grands prophètes, Isaïe, Jérémie, Daniel et Ezéchiel. Tels sont les quarante-quatre livres qui font autorité dans l’Ancien Testament. » (De la doctrine chrétienne, II, 12-13)

Par-là, saint Augustin nous apprend que l’inspiration des livres deutérocanoniques est non seulement sa conviction, mais encore celle de « du plus grand nombre des Églises ».

Le même canon fut établi par un autre concile de carthage tenu en 416 sous la présidence de saint Augustin. On lit parfois dans la propagande anticatholique qu’à cette occasion saint Augustin ne fit inclure les deutérocanoniques non comme des livres inspirés mais comme des livres inférieurs et sans autorité scipturaire, pouvant être lus mais sans plus. Cette propagande ajoute encore que Rome écarta alors I et II Esdras (qui ici correspondent respectivement à Esdras et Néhémie). Nous voyns que c’est là du mensonge pur et simple. Saint augustin les mentionne et fait mentionner comme « Ecriture divine » et les fait placer au milieu des autres livres, sans en faire une liste secondaire séparée.

Nous pouvons ajouter que le concile de Carthage de 416 et un autre concile tenu à Milève également présidé par saint Augustin envoyèrent canons à Rome pour être confirmés. le pape saint Innocent qui proclamait la canonicité des deutérocanoniques comme nous l’avons vu, leur répondit par deux lettres dans lesquelles il est écrit :

« Voilà ce que vous avez estimé dans la vigilance de votre office sacerdotal, à savoir qu’on ne doit pas fouler aux pieds les ordonnances des Pères; car ceux-ci, dans une pensée plus divine qu’humaine, avaient décrété que n’importe quelle affaire à traiter, fût-ce des provinces les plus éloignées et les plus retirées, ne serait pas considérée comme finie avant d’avoir été portée à la connaissance de ce Siège, pour qu’il confirmât de toute son autorité les justes sentences et que les autres églises – comme les eaux qui jaillissent de leur source originelle et qui s’écoulent dans toutes les régions du monde par de purs ruisseaux venus de la source non corrompue – reçoivent de lui ce qu’elles prescriront et sachent qui elles doivent purifier et qui, souillé d’une fange ineffaçable, ne recevra pas l’eau digne des corps purs » (Lettre In requirendis du 27 janvier 417 aux évêques du concile de Carthage (Dz. 217); citée dans la lettre 181 (alias 191) de SAINT AUGUSTIN – PL, 33 / 780.).

Ainsi que cette réponse à ceux du concile de Milève :

« Je loue la diligence que vous avez apportée à rendre hommage au siège apostolique, je veux dire au siège de celui qui, sans compter les embarras qui peuvent lui survenir d’ailleurs, est chargé du soin de toutes les Eglises, en nous consultant sur le parti que vous pouvez avoir à prendre dans vos doutes, vous conformant ainsi à l’antique règle que vous savez aussi bien que moi avoir toujours été observée par tout l’univers. Mais je me tais là-dessus, persuadé que vous en êtes d’avance parfaitement instruits, puisque vous l’avez reconnu par votre conduite même, sachant bien que le siège apostolique ne manque jamais de répondre aux consultations qui lui viennent de toutes les parties de l’univers. Mais surtout s’il s’agit de ce qui intéresse la foi, tous nos frères ou nos collègues dans l’épiscopat se font, comme je n’en doute pas, un devoir d’en référer à Pierre, ou à celui de qui il tient son nom et son privilège, ainsi que vous l’avez fait vous-mêmes pour obtenir une décision qui puisse, dans le monde entier, servir en commun à toutes les Eglises. » (Lettre aux Pères du concile de Milève, Inter epistolas S. Augustini, Opera S. Augustini, t. II, col. 934, édit. de Gaume ; col. 638, édit. de Montfaucon). Lettre citée dans la lettre 182 (alias 193) de SAINT AUGUSTIN – PL, 33 / 784.).

Aussi ces lettres qui contiennent la déclaration de l’infaillibilité du siège romain comme nous le voyons et, par ailleurs, l’approbation du canon contenant les deutérocanoniques reçurent l’entière adhésion de saint Augustin. Cela prouve non seulement qu’il croyait en l’inspiration des deutérocanoniques, mais qu’il en avait la certitude en raison de l’autorité qu’il reconnaissait comme infaillible. En effet, il dit au sujet de ces lettres :

« Réfutez leurs contradictions, amenez-nous les quand ils résistent. Déjà effectivement on a envoyé sur ce sujet les actes de deux Conciles au Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie ; puisse ainsi finir l’erreur ! Aussi les avertissons-nous de rentrer en eux-mêmes ; nous prêchons pour leur faire connaître la vérité et nous prions pour obtenir leur changement. » (Sermon 131, 10).

C’est d’ailleurs des mots « Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie » que fut tirée le célébrissime adage : « Roma locuta, causa finita est » : « Rome a parlé, la cause est entendue » !

Saint Jérôme de Stridon (347-420)

« SAINT JÉRÔME (340-420) se montre particulièrement dur pour les deutérocanoniques. En 390, il écrit dans le « Prologus galeatus » (M. L., XXVIII, 557 s.): « Tout ce qui est absent (du canon des 22 livres) doit être tenu pour apocryphe.  » En 394, il déclarait dans la Préface au livre d’Esdras (M. L. , XXVIII, 1403): « Il faut rejeter tout ce qu’ils (les Hébreux) n’ont pas accepté. » En 403, dans l’Épître à Leata (107, 12 ; M. L., XXII, 87) il confond les deutérocanoniques avec les apocryphes. En 405, dans la Préface au livre d’Esther (M. L., XXVIII, 1433 s.) il traite les fragments deutérocanoniques de « devoirs d’élèves » . Les fragments de Daniel ne sont pas mieux respectés en 406 (M. L., XXV, 493): SAINT JÉRÔME rappelle à leur propos les mots d’ORIGÈNE, d’EUSÈBE et d’APOLLINAIRE, à savoir « qu’ils n’ont aucune autorité d’Écriture Sainte » . En 415, dans le Prologue du Commentaire de Jérémie (M. L., XXIV, 680), il déclare n’avoir pas cru devoir expliquer le livre de Baruch ni l’Epître pseudépigraphe de Jérémie. Il est difficile de ne pas conclure que le saint Docteur n’admet pour son compte personnel que le canon de Bible hébraïque. Logique avec lui-même, SANT JÉRÔME estime (Préface aux livres de Salomon, M. L, XXVIII 1242 s.) que les deutérocanoniques ne peuvent être utilisés quand il s’agit d’étayer une vérité dogmatique. C’est là une opinion particulière au SAINT DOCEUR et à RUFIN. Toutefois, SAINT JÉRÔME n’a pas ignoré que l’Eglise occidentale reconnaissait l’inspiration des deutérocanoniques. Il se trouvait donc en contradiction avec elle. RUFIN le lui reprocha au sujet des fragments de Daniel. On sait que pour s’excuser, SAINT JÉRÔME répondit qu’il s’était simplement fait le rapporteur de la pensée juive. On ne saurait guère accepter telle quelle cette excuse. Ce qui est vrai, c’est que le solitaire de Bethléem a subi l’influence juive et que, tout en ayant une opinion personnelle en opposition sur l’étendue du canon de l’Ancien Testament, avec celle des Églises d’Occident, il s’est pratiquement reproché le sentiment à plusieurs reprises, lorsqu’il avoue, par exemple, en 386, que Ruth, Esther et JUDITH ont reçu le titre de livres saints (Ep. à Principia ; M. L., XXII, 623) ; lorsqu’il atteste, en 398, dans la Préface aux livres de Salomon (M. L., XXVIII, 1242 s.), que Judith, Tobie et les livres des Macchabées sont lus pour l’édification du peuple ; lorsqu’il traduit en latin Judith et Tobie ; surtout, lorsque nous le voyons citer, environ deux cents fois, les deutérocanoniques ses oeuvres.

[P. GAUCHER, St Jérôme et l’inspiration des livres deutérocanoniques, dans la « Science catholique », 1904, pp. 193-210 , 334-359 ; 539-555 : 707-726 ; L. SANDERS, Études sur St Jérôme, Bruxelles, 1903, p. 244 ; L. de SAN op. cit., pp. 373-376 ; L. SCHADE, Die Inspirationslehre des hl. Hieronymns (Bibl. Studien, XV, 4-5), Fribourg-en-Br., pp. 163-211).] » (LUSSEAU et COLLOMB, page299-300)

Parmi ces deux cents occurrences, nous pouvons citer celles-ci :

« Ne jugez donc point de mon mérite, mon très cher frère, par le nombre de mes années; ne pensez pas qu’on soit sage dès qu’on a les cheveux blancs; croyez au contraire qu’on a les cheveux blancs dès qu’on est sage, comme dit Salomon « La prudence de l’homme lui tient lieu de cheveux blancs » [Sagesse IV, 9] » » (Lettre 58 à Paulin)

« Autrement dirais-je que c’est « un sacrifice … bien agréable à Dieu« , je citerais les paroles du psalmiste: « les sacrifices de Dieu sont un esprit brisé, » [Psaume 51, 17] et ceux d’Ezéchiel « je préfère la repentance » [Ezéchiel XVIII, 23] et ceux de Baruc, « Lève-toi, Jérusalem! » [Baruch V, 5] et beaucoup d’autres proclamations faites par les trompettes des prophètes. » (Lettre 77 à Océanus, 4)

Dans ses dernières années, Saint-Jérôme a finalement accepté les livres deutérocanoniques dans la Bible. En fait, il s’amenda en défendant vigoureusement leur statut d’écrits inspirés, écrivant :

« Quel péché aurais-je commis en suivant le jugement des églises ? Mais celui qui témoigne contre moi, rappelant l’objection que les hébreux ont l’habitude de s’élever contre l’histoire de Suzanne, du cantique des trois enfants, et l’histoire d e Bel et du Dragon, qui ne sont pas retrouvés dans les volumes (càd Canon) hébreux, prouve qu’il est juste un dénonciateur sans raison. Car je ne donnais pas mes vues personnelles, mais plutôt les remarques qu’ils (= les juifs) faisaient contre elles. » (Contre Rufin, XI,  33, année 402)

Dans une précédente correspondance avec le pape Damase, Jérôme ne traita pas les deutérocanoniques de non scripturaires, mais il dit seulement que les juifs qu’il connaissait ne les regardaient pas comme canoniques. Mais pour lui, il reconnaissait l’autorité de l’Église pour définir le canon. Quand le pape Damase et les concile d’Hippone et de Carthage inclurent ces livres dans le canon des Écritures, cela fut suffisant pour Saint-Jérôme : il suivit « le jugement des églises». Ainsi, par la suite il cita les deutérocanoniques en mentionnant leur inspiration. Par exemple :

« L’Écriture dit-elle pas : Ne mets pas sur tes épaules un fardeau trop lourd pour toi [Ecclésiastique XIII, 2] ? » (Lettre 108 à Eustochium, Epistle, 21)

Saint Jean Cassien (vers 360-ver 435)

« Suivez le précepte de l’Écriture, et puisque vous êtes entrés au service du Seigneur, demeurez dans la crainte de Dieu. [Ecclésiastique II, 1] » (Les Institutions, IV, 38)

« L’Ecriture elle-même témoigne : Car Dieu n’a pas fait la mort, et il ne s’est pas réjoui de la destruction des vivants [13].”[Sagesse, I, 13] » (Troisième conférence de l’Abbé Chaeremon, 7)

« Le prophète dit : Le Seigneur lui-même est Dieu, qui a découvert tout le chemin de la connaissance [Isaïe 45, 14-15] ; qui a été vu sur la terre et a conversé avec les hommes [Baruch II, 37-38]. » (Sur l’Incarnation du Christ, Contre Nestorius, I, 5)

Saint Vincent de Lérins (mort vers 450)

« Les oracles divins crient : Ne déplace point les bornes qu’ont posées tes pères [Proverbes XXII? 28]. Et : Ne juge point quand le juge a jugé [Ecclésiastique VIII, 14]. » (Commonitorium, XXI, 2)

Les schismes du Vè siècles

« Dès le Ve siècle les deutérocanoniques sont acceptés. En se séparant de l’Eglise catholique, les Nestoriens et les Jacobites emporteront avec eux le canon complet de l’Ancien Testament. » (LUSSEAU et COLLOMB, page 302)

Théodoret de Cyr (393-458)

« Deux Gardes de l’Empereur déplorèrent un jour, avec beaucoup de véhémence, la misère où ils étaient réduits de commettre ces péchés-là, malgré eux ; et pour exprimer leur ressentiment, empruntèrent ces paroles des trois jeunes hommes qui se rendirent autrefois si célèbres à Babylone ; « Vous nous avez livré à un  Prince apostat, et le plus injuste qui soit parmi les ce Nations de l’Univers. » [Daniel III, 32 – les trois enfants]. » (Histoire ecclésiastique, III, 15)

« Un homme sage qui connaissait bien toutes ces raisons sur les morts de ce genre et dit: « Il a été enlevé de peur que la malice n’altérât son intelligence, ou que la ruse ne pervertît son âme » [Sagesse IV, 11]. » (Lettre 136 à Cyrus Magistrianus)

Saint Léon le Grand (vers 395-461)

« Et Tobit, tout en instruisant son fils dans les préceptes de la piété, dit : Fais l’aumône de ton bien, et ne détourne point ton visage d’aucun pauvre; car il arrivera ainsi que le visage de Dieu ne se détournera point de toi [Tobie IV, 7]. » (Sermon X, 4)

« Les péchés qui sont lavés soit par les eaux du baptême, soit par les larmes de la repentance, peuvent aussi être effacés par l’aumône, car l’Ecriture dit : Comme l’eau éteint le feu, ainsi l’aumône éteint le péché [Ecclésiastique III, 29]. Par notre Seigneur Jésus-Christ.” (Sermon 49, 6)

“Mais Ô le plus odieux des hommes [Judas Iscariot], toi la semence de Chanaan et non de Juda [Daniel XIII, 56 – Suzanne]. » (Sermon 67)

“Qui [le Fils] est égal à Dieu le Père, a pris la forme d’un esclave et la ressemblance de la chair pécheresse. Mais parce que C’est par l’envie du diable que la mort est venue dans le monde [Wisdom II, 24]. » (Sermon 78, 2)

Junilius L’Africain (mort en 549)

« JUNILIUS L’AFRICAIN, évêque d’Afrique vers 550, partage en trois classes le canon des livres saints (De part. div. legis, 1, 3-7 ; M. L., LXVIII, 16 s.) , ceux qui jouissent d’une autorité parfaite, ceux qui n’en ont qu’une moyenne, ceux enfin qui n’en ont aucune. Opinion tout à fait singulière, renouvelée de THÉODORE DE MOPSUESTE: condamné par le deuxième concile de Constantinople (5e œcuménique) [cg. L. PIROT, L’œuvre exégétique de Théodore de Mopsueste, Paris, 1913] » (LUSSEAU et COLLOMB, page 303)

Cassiodore (vers 485-vers 580)

« CASSIODORE († 570/5) reproduit le canon du Prologus galeatus mais il nous transmet aussi, en les approuvant, les catalogues de SAINT AUGUSTIN et de l’ancienne Vulgate (Inst. div. lit., 12 s.) » (LUSSEAU et COLLOMB, page 303)

Saint Grégoire le Grand (vers 540-604)

Ce Pape cite la Sagesse, l’Ecclésiastique et Tobie en disant « il est écrit » :

« Car il est écrit de lui : Mais par l’envie, la mort du diable est entré dans le monde [Sagesse II, 24]. » (La Règle pastorale, X)

« Qu’ils écoutent ce qui est écrit: « Donne à tout homme qui te demande » [Luc VI, 30]. De peur qu’ils ne donnent quelque chose, même si peu à ceux à qui ils ne devraient rien donner, qu’ils écoutent ce qui est écrit. « Donnez au bonhomme, et ne recevez pas un pécheur; faites du bien à celui qui est humble, et ne donnez pas aux méchants » [Ecclésiastique XII, 4]. Et encore : Étends ton pain et ton vin sur l’enterrement des justes, mais mange et ne bois pas avec les pécheurs [Tobie IV, 17]. » (La Règle pastorale, XX)

Les adversaires des livres deutérocanoniques aiment à rappeler que ce Pape dit :

« pense n’avoir pas mal agi en citant le livre des Maccabées, quoiqu’il ne soit pas canonique, mais écrit seulement pour l’édification de l’Église. » (Morales sur Job, XIX, 21 ; M. L. , LXXI, 119)

Mais d’une part :

« Ce sentiment, que d’ailleurs le Saint Pontife exprimait à titre personnel, reste compatible avec les décisions de ses prédécesseurs, estimées par lui comme purement disciplinaires. » (LUSSEAU et COLLOMB, page 303)

Et d’autre part, cette citation ne nous renseignent que sur le regard que ce Pape portait sur les livres des Machabées, et non sur les autres deutérocanoniques, dont il cite plusieurs passage comme « étant écrit », ce qui signifie leur appartenance à la Bible. Notons d’ailleurs que cette inclusion d’un ou plusieurs deutérocanoniques dans la Bible, acompagnée d’une liste de livres « pour l’édification des fidèles », mais « ne devant pas être lus dans les églises », ne comprenant pas les Machabées, se retrouvaient déjà chez Origène, se borant à rapporter un canon Juif de son époque, chez saint Athanase, et comme nous le verrons plus bas, chez saint Jean Damascène. Bien plus que cela : ces mots sont tirés de ses Morales sur Job, oeuvre qu’il composa en 604, soit la dernière année de sa vie. Aussi il avait déjà écrit ce que nous avons mentionné plus haut, à savoir l’utilisation comme « étant écrit » de la Sagesse, de l’Ecclésiastique et de Tobie. Mais alors qu’il fait cette remarque sur les Machabées, il s’abstient de les faire sur les autres livres deutérocanoniques. Nous avons là une preuve qu’il ne pensait pas le même chose des uns et des autres, et donc une preuve indirecte qu’il considérait comme inspirés et canoniques, au moins la Sagesse, l’Ecclésiastique et Tobie.

Concile « in Trullo«  (692)

« En 692, le concile « in Trullo« , suite des Ve et VIe conciles oecuméniques (d’où son nom de Quinisexte) décida d’adopter le catalogue des livres saints dressé par le concile de Carthage de 419. Cette assemblée, qui revêt aux yeux des Grecs l’autorité d’un concile général, accrédita le 85ème canon des Apôtres, un texte apocryphe qui canonisait le IIIème livre des Macchabées. Il en résulte que la Bible grecque, qui déjà avait accepté IIIème livre d’Esdras, contient, en plus des livres proto et deutérocanoniques, deux écrits profanes. » (LUSSEAU et COLLOMB, page 302)

L’Orient après les Concile in Trullo

« 3. Rares furent, dès lors les auteurs qui rejetèrent les deutérocanoniques. Tous sont demeurés célèbres : LÉONCE DE BYZANCE († 543)  JEAN DAMASCÈNE (†750) et NICÉPHORE DE CONSTANTINOPLE († 828). Tous avaient subi fortement l’influence des palestiniens. LÉONCE avait vécu longtemps dans un couvent de Jérusalem : on l’appelait « Monachus Hierosolymitanus » ; JEAN était d’origine palestinienne ; NICÉPHORE avait eu des rapports avec Jérusalem. La liste de  livres bibliques qui se trouve à la fin de sa chronologie provient directement de Jérusalem.

4. A l’époque du schisme [d’Orient], le canon des églises grecques demeura intègre. PHOTIUS  († 870) a reproduit dans son Syntagma canonumle canon de Carthage.

5. L’exemple donné par les Grecs au concile « in Trullo» fut suivi par toutes les autres églises orientales. Ce fait est attesté pour l’église syriaque par le « Codex Ambrosianus » , où manque pourtant le livre de Tobie, et par la version de PAUL DE TELLA. Les Ethiopiens (J. CHAINE, Le canon des livres saints dans l’Eglise éthiopienne, Rech. de sc. rel., 1914, pp. 22-39) et les Coptes (I. GUIDI, Il canone biblico della chiesa Copta, Rev. bibl., 1913, pp. 161-174) possèdent aussi les deutérocanoniques. Des apocryphes se sont d’ailleurs insinués dans les catalogues de certaines églises. C’est ainsi que le « Codex Ambrosianus » contient l’Apocalypse de Baruch, le IVème livre d’Esdras, les IIIe, IVe, et Ve livres des Macchabées. Les recueils d’Ethiopie présentent eux-mêmes de nombreux profanes. Les Coptes, par contre, possèdent un canon intègre. » (LUSSEAU et COLLOMB, pages 302-303)

Saint Isidore de Séville (entre 560 et 570-636)

D’accord avec le Prologue de saint Jérôme, il partage en trois catégories les protocanoniques (Loi, Prophètes, Hagiographes). Puis il ajoute:

« Il est chez nous une quatrième classe de livres de l’Ancien Testament qui ne se trouvent pas dans le canon hébraïque. »

Ce sont les deutérocanoniques :

« Les Hébreux, ajoute le Saint Docteur, les rejettent parmi les apocryphes ; mais l’Eglise du Christ les met au nombre des livres divins et les vénère à ce titre. » (Etymologies, VI, I, 9 ; Des offices ecclésiastiques, III, 4-5.)

Saint Jean Damascène (vers 676-749)

Comme nous l’avons dit plus haut, saint Jean Damascène ne comptait pas les deutérocanoniques comme canoniques mais comme « élevés et bons ». Voici ses mots exacts :

« Le Panaretos (tout vertueux) ou sagesse de Salomon, et la Sagesse de Jésus que le père de Sirach donna en hébreu et que traduisit en grec Jésus, fils de Sirach [Ecclésiastique] ; ces livres sont élevés et bons, mais non comptés au canon, ni déposés dans l’arche. » (La Foi orthodoxe, IV, 17)

Mais, à l’instar de saint Athanase, cette non-canonicité ne semble pas équivaloir pour saint Jean Damascène à leur non-inspiration. Il en parle comme « l’Écriture divine » :

« Et c’est l’Écriture divine qui dit aussi : « les âmes des justes sont dans la main de Dieu et la mort ne les touchera pas. » [Sagesse III, 1]. Car la mort des saints est davantage un sommeil qu’une mort. » (La Foi orthodoxe, IV, 15)

Et dans un chapitre intitulée « De ce qui est dit duc Christ [dans l’Ecriture] » :

« Les autres, bien qu’à venir, sont au passé : « Ce Dieu, notre Dieu, s’est montré après cela sur la terre et a vécu parmi les hommes » » [Baruch III, 38] » (La Foi orthodoxe, IV, 18)

Il dit ailleurs :

« « C’est en cela que nous pouvons dire du Christ : « Notre Dieu a été vu sur terre et a vécu parmi les hommes » [Baruch III, 38], et que cet homme est incréé, impassible et incernable. » (La Foi orthodoxe, III, 4)

IIè concile de Nicée (787)

“Toute dissolution et parure corporelle doivent rester étrangères à l’ordre sacerdotal ; les évêques donc et les clercs qui se parent d’habits éclatants et riches, doivent être repris, et s’ils persistent, subir les peines ecclésiastiques ; de même, ceux qui s’oignent d’essences parfumées, Comme d’autre part l’hérésie des « accusateurs des chrétiens » est devenue une racine d’amertume produisant sans cesse de la contagion, et que ses adeptes, non contents de détester les reproductions en peinture, repoussent aussi toute piété, poursuivant de leur haine ceux qui vivent dans la modestie et la religion, et en eux se trouve réalisée la parole de l’écriture « le pécheur a en horreur toute piété » [Ecclésiastique I, 22] ; si donc il y en a qui se moquent de ceux qui portent un habillement pauvre et modeste, qu’ils soient corrigés par des peines ecclésiastiques ; car depuis toujours les clercs n’ont porté qu’un vêtement simple et modeste ; en effet, tout ce qui n’est pas porté par nécessité, mais pour l’embellissement doit être condamné « comme vanité », selon la parole du grand saint Basile. Ils n’étaient pas non plus vêtus de vêtements de soie de diverses couleurs, ni n’ajoutaient des ornements bariolés aux pans de leur manteaux ; ils avaient en effet entendu de la bouche aux divines paroles : « Ceux qui sont mollement habillés, habitent les palais des rois« . » (Canon 16)

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2 commentaires sur “Les livres deutérocanoniques dans l’Histoire de l’Église (2)

  1. Pingback: Les deutérocanoniques ne sont pas apocryphes ! | +†+Yesus Kristus azu+†+

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