+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La Papauté au Ier Concile de Constantinople (381)

Dossier sur la Papauté : ici

Le premier concile de Constantinople représenté sur une enluminure d’un manuscrit byzantin du IXe siècle

Le premier concile général de Constantinople, deuxième œcuménique, réunit, en 381, cent-cinquante évêques. A cette époque, trois empereurs gouvernaient simultanément l’empire : Théodose régnait sur l’Orient ; celui qui avait appelé Théodose à l’empire, Gratien, sur les Gaules, l’Espagne et la Grande-Bretagne ; Valentinien, sur l’Illyrie, l’Italie et l’Afrique. Lors de son avènement, en 379, le triste état de divisions dans lequel Théodose trouva l’Orient porta cet empereur à convoquer, pour y rétablir l’unité et faire fleurir la discipline, un concile national. Ce concile condamna Macédonius et Apollinaire, et fit quelques additions au Symbole de Nicée, principalement pour affirmer plus solennellement la divinité du Saint Esprit.

Voici le plan de notre étude :

I) L’autorité oecuménique de ce concile vient de l’autorité romaine

A) Deux fausses pistes

1) La lettre synodale rapportée par Théodoret de Cyr

2) Une déclaration de la lettre synodale du IIIè concile de Constantinople (681) au Pape

B) Un concile local confirmé a posteriori comme oecuménique par Rome

1) Le concile de 381 ne fut-il pas déclaré « oecuménique » en 382 sans la participation du Pape ?

a) Ce que dit la lettre synodale invoquée

b) Illogisme du sens du terme oecuménique entendu au sens strict au sens strict

c) Une possible explication : le mot οἰκουμενικῆ a le même sens que universalis en Afrique latine

d) Cette lettre synodale reconnaît l’autorité du Pape

e) Un exemple analogue : le concile de Rome (680) fut lui aussi proclamé « oeucuménique » par le Pape saint Léon II sans que cela ait un sens strict

2) Une oecuménicité seulement souhaitée et restée ineffective même en Orient, y compris au concile de d’Ephèse (431) durant 70 ans

3) Une oecuménicité enfin reconnue lors du concile de Chalcédoine (451) avec l’assentiment du Pape

II) Les auteurs antiques ne disent-ils pas que le concile fut présidé par les représentants du Pape et confirmé par lui ?

A) Les témoignages des orientaux

1) Le témoignage de Mennas et Théodore, patriarches de Constantinople

2) Le témoignage indirect des historiens constantinopolitains Socrate et Sozomène

3) L’aveu de Photius

B) Explication : une preuve de la foi en la Papauté

III) Le 3è canon de ce concile contredit-il la Papauté ?

A) Argument des adversaires de la Papauté

B) Un canon incompris : le rang donné au siège de Constantinople n’a rien de commun à celui reconnu au siège de Rome

1) Le vrai motif du canon : une tradition orientale d’honorer les sièges épiscopaux des villes importantes politiquement

2) Mise en relief du 3è avec le 2è canon

a) Aucune juridiction territoriale n’est donnée à Constantinople, contrairement à Alexandrie et Antioche

b) L’Evêque de Constantinople demeure suffragant de l’Archevêque d’Héraclée, de même qu’au Concile de Nicée l’Evêque de Jérusalem restait, malgré sa préséance d’honneur, suffragant de l’Archevêque de Césarée

c) Le 2è canon dispose explicitement que les diocèses sur lesquels Constantinople revendiquera plus tard une juridiction s’administreront seuls

C) Une primauté romaine venue de saint Pierre et non de la dignité impériale

1) L’origine politique de la primauté romaine : une thèse historiquement indéfendable

2) Le Concile ne tire absolument pas les conséquences qu’aurait dû avoir la signification anti-papiste de son 3è canon alléguée par nos contradicteurs

3) Le canon confirme paradoxalement l’inaliénabilité de la primauté romaine

4) Si la primauté romaine venait de la dignité impériale de la ville, cette primauté serait passée à Milan lorsqu’elle devint la capitale impériale en 286

D) Sozomène de Constantinople (375-450) tient des propos contraires à une origine politique de la primauté romaine

E) Une remarque à l’intention des Orthodoxes

F) Un canon refusé par Rome et inappliqué

1) Le témoignage des Papes reconnus par les Orthodoxes

2) La confirmation du IIIè concile de Constantinople : argument d’autorité pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes

3) Le Décret gélasien (496)

4) La doctrine de saint Théodore Studite

G) Un canon à nouveau réclamé car non reconnu

1) Au concile de Chalcédoine (451)

2) Au concile « in Trullo » (691-692)

a) Un canon qui confirme la primauté romaine de droit divin

b) Un canon renouvelé et non pas confirmé

c) Un concile irrégulier et jamais approuvé

H) Un second rang accordé tardivement

I) L’autorité oecuménique de ce concile vient de l’autorité romaine

« Les données positives relatives ce synode se réduisent à peu de chose ; attendu que nous ne possédons, en fait de documents le concernant que quelques débris, encore qu’importants, de ses actes ou soi-disant tels, et de courtes notices historiques dans Socrate, Sozomène et Théodoret. Ces maigres documents suffisent toutefois à établir que ce Ier concile de Constantinople qui porte dans l’histoire le titre de IIe concile œcuménique, ne fut en réalité qu’un concile général de l’Eglise d’Orient ; et encore celle-ci n’y fut-elle pas représentée tout entière. Oecuménique, il ne le devint qu’avec le temps, par suite de l’approbation qu’il reçut à Rome et en Occident et de l’autorité exceptionnelle que l’on attacha à ses décisions et surtout au symbole qui porte son nom. » (J. BOIS, Dictionnaire de théologie catholique, article « CONSTANTINOPLE (Ier CONCILE DE) », tome 3, colonne 1227)

Le Ier concile de Constantinople tient sa force oecuménique de l’autorité romaine, cela ne fait aucun doute. Mais il faut prendre bien soin de ne pas utiliser pour démontrer ce fait deux « preuves », d’apparence évidentes, mais qui en réalité sont sans valeur. Nous allons exposer ce-dessous ces deux fausses pistes, avant de montrer comment cela ne retire rien à l’autorité romaine dans la reconnaissance de la force eocuménique de ce concile.

A) Deux fausses pistes

1) La lettre synodale rapportée par Théodoret de Cyr

Théodoret de Cyr (393-458), historien ecclésiastique, rapporte une lettre dans laquelle les Pères d’un concile de Constantinople au Pape. Les Pères d’un concile de Constantinople, dans une lettre au Pape saint Damase, déclarent expressément que c’est sur son ordre qu’ils se réunirent. Ils s’appellent eux-mêmes « les membres » de leur destinataire (ce qui est d’ailleurs quoi qu’il en soit un témoignage antique de l’autorité de l’Evêque de Rome). Ils affirment que le Pape voulait initialement le réunir à Rome, mais que pour des raisons de praticité, ce dernier se tint finalement à Constantinople :

« Etant animés d’une charité véritablement fraternelle, vous nous invitez par les lettres du très pieux Empereur, à nous trouver comme vos membres, au Concile que vous prétendez tenir à Rome, selon la volonté de Dieu, afin qu’après que nous avons été seuls destinés à souffrir toute sorte de misères, vous ne soyez pas seuls destinés à la joie, et au triomphe, depuis que les Empereurs concourent à la défense de la piété ; mais que nous ayons part à votre joie, et que nous régnions avec vous, selon l’expression du saint Apôtre. Nous aurions bien souhaité qu’il nous eût été possible de contenter votre désir ; et nous aurions volontiers demandé des plumes pour voler comme des colombes, et pour nous reposer dans votre sein. Mais comme nous ne saurions y aller, sans abandonner les Eglises qui commencent à se repeupler, et que l’année dernière nous nous rassemblâmes à Constantinople, après avoir assisté au concile d’Aquilée » (Lettre du Concile de Constantinople, cité par Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, V, 9)

En réalité, cette lettre ne provient pas du concile en question, mais d’un autre concile de Constantinople tenu en 382, réuni à l’initiative du Pape saint Damase et du concile italien d’Aquilée. En effet :

« Aucun document positif ne permet de supposer que le pape Damase et les Occidentaux aient convoqués ; à plus forte raison qu’ils aient pris part personnellement ou par des représentants, aux délibérations de l’assemblée. Il est donc bien évident que ce concile n’eut rien d’oecuménique ni dans le mode de convocation ni dans sa composition. En vain Baronius. Annal. eccles., Lucques. 1739, an. 381, t. V. p. 198-499. et d’autres historiens après lui ont voulu établir que le Damase y ait eu quelque. part. L’argument que Baronius tire de la lettre synodale conservée par Théodoret. op. cit., col. 1212-1218, où les Pères affirment qu’ils se sont réunis à Constantinople conformément une lettre du pape Damase et Théodose, porte faux ; car cette lettre émane non du concile de381, mais d’un second synode qui se tint à Constantinople, l’année suivante, sur la demande du pape. » (J. BOIS, Dictionnaire de théologie catholique, article « CONSTANTINOPLE (Ier CONCILE DE) », tome 3, colonne 1228)

2) Une déclaration de la lettre synodale du IIIè concile de Constantinople (681) au Pape

On cite souvent cette phrase du IIIè concile de Constatinople pour prouver que c’est le Pape saint Damase qui convoqua le concile :

« Lorsque Macédonius répandit ses erreurs sur le Saint-Esprit, Théodose et Damase se dressèrent aussitôt contre lui, et Grégoire et Nectaire [ndlr : saint Nectaire de Constantinople fut le successeur de saint Grégoire de Nazianze comme évêque de cette ville] rassemblèrent un synode dans cette ville royale. » (IIIè concile de Constantinople, Session XVIII, Mansi, tome XI, colonne 661)

Le passage n’es pas assez précis pour pouvoir conclure à la convocation par Damase de ce concile. D’ailleurs le morceau de phrase : « Grégoire et Nectaire convoquèrent un concile » et, à strictement parler, faux. En effet, aucun des deux ne convoqua le concile. Ils ne firent que le présider successivement, après la mort de Mélèce d’Antioche qui en fut le premier président.

« Quant au passage suivant des actes du VIè concile, sess. XVIII, Mansi, Concil., t. XI, col. 661 : « Lorsque Macédonius répandit ses erreurs sur le Saint-Esprit, Théodose et Damase se dressèrent aussitôt contre lui, et Grégoire et Nectaire rassemblèrent un synode dans cette ville royale », on n’en peut rien conclure touchant la participation du pape au IIe concile. Ce qui est dit de lui ici serait plutôt une allusion au synode romain tenu nome en 380, et dont nous possédons encore les anathématismes relatifs aux erreurs trinitaires. Mansi, t. III, col. 180. Cf. Denzinger, Enchiridion, n. 22-45. Enfin, il suflit de faire remarquer la grossière erreur dans laquelle est tombé le traducteur ou le copiste qui a placé dans la plus ancienne version latine des canons de ce concile, Mansi, t. VI, col. 1176. en tête de la liste des évêques présents au IIè concile, les noms de Paschasinus, Lucentius et Bonifacius, les trois légats pontiticaux du IVe concile. » (J. BOIS, Dictionnaire de théologie catholique, article « CONSTANTINOPLE (Ier CONCILE DE) », tome 3, colonne 1228)

Ce passage du IIIè concile de Constantinople serait plutôt une allusion au concile romain tenu en 380 et dont nous possédons encore les anathèmes relatifs aux erreurs trinitaires (Mansi, tome III, colonne 180 ; Denzinger, Enchiridion symbolorum et definitionurn, p. 11-13).

B) Un concile local confirmé a posteriori comme oecuménique par Rome

Un argument anti-romain consiste à dire que lors de l’autre concile tenu à Constantinople l’année suivante, que nous avons évoqué, l’eocuménicité du concile de l’année précédente fut proclamée. Nous allons voir en quoi cela ne signifie rien et ne correspond pas à la réalité de ce qui fut vécue dans l’Eglise, y compris en Orient, durant les 70 années suivantes !

1) Le concile de 381 ne fut-il pas déclaré « oecuménique » en 382 sans la participation du Pape ?

a) Ce que dit la lettre synodale invoquée

L’argument anti-romain consiste à dire que dès l’année suivante, et sans que le Pape n’intervienne, un autre concile tenu à Constantinople, celui que nous avons évoqué, déclara le concile de l’année précédente « oeucuménique ». Selon l’original grec rapporté par Théodoret de Cyr (Histoire ecclésiastique, V, 9) : « οἰκουμενικῆς συνόδου ». Notons que la traduction que nous utilisons, celle de Louis COUSIN publiée en 1676, traduit « οἰκουμενικῆς συνόδου » non par « concile oeucuménique », mais par « Concile Général », ce qui signifie la même chose.

Toutefois cela ne signifie nullement que ce soncile obtint son autorité oeucuanique en dehors de l’autorité du Pape, comme nous allons le montrer.

b) Illogisme du sens du terme oecuménique entendu au sens strict au sens strict

Il est vrai que l’année suivante, un nouveau concile se réunit à Constantinople, composé en partie des mêmes évêques, et écrivirent un lettre synodale au Pape, qualifiant le concile de l’année précédente d' »eocuménique ». Mais, par le fait, ces évêques, tous orientaux ne pouvaient, à eux seuls, former un concile œcuménique, puisqu’ils étaient loin de représenter la plus grande partie de l’Eglise. Il y aurait contradiction même dans les termes, car un concile œcuménique, suivant l’étymologie grecque, est un concile de la terre habitée, de l’Eglise entière. Un concile tenu en Orient par des évêques d’Orient, sous l’influence d’un empereur d’Orient, est un concile… d’Orient ! Il ne pourrait devenir œcuménique que par l’adhésion à ses actes du Pape et des évêques des autres parties de la chrétienté, et ce cas est précisément celui du second concile général.

Aussi, ce concile, réunit sur demande du Pape comme nous le verrons, ne pouvait prendre à lui seul une telle décision pour l’Eglise universelle sans le consentement de l’Occident. Il ne pouvait s’agir que d’une oecuménicité seulement orientale, ou d’un souhait que l’Occident reconnaissent l’oecuménicité du concile afin que celui-ci acquièrent son autorité infaillible, mais en aucun cas il ne pouvait s’agir d’une décision efficace pour rendre oecuménique cette assemblée. Et de fait, durant les 70 années qui suivirent, les vrais chrétiens, y compris le concile d’Ephèse (431) ne reconnurent pas ce concile comme oecuménique.

Ainsi, le concile de 382, composé en parti des mêmes éléments, manifeste bel et bien la volonté de celui de 381 d’être « oecuménique », mais le refus du Pape empêcha cette oecuménicité d’être effective. Preuve que l’Eglise universelle reconnaissait l’universalité de juridiction de l’Evêque de Rome, pouvant aller jusqu’à empêcher l’oecuménicité d’un concile.

c) Une possible explication : le mot οἰκουμενικῆ a le même sens que universalis en Afrique latine

Devant cette évidence (que nous montrerons encore dans notre « 2) »), un évêque allemand, pourtant opposant à l’infaillibilité pontificale et ayant voté contre lors du concile Vatican I, nous fournit un explication probable. Il affirme que les membres de ce synode ne pouvaient pas avoir pour intention de dire par-là plus que « Pour nous, nous reconnais-sons ce concile comme recumenique », ce à quoi j’ajoute cette autre possibilité : « Nous souhaitons que vous consacriez ce concile comme oeucuménique« . Il ajoute qu’un autre possibilité est que les membres de ce synode avait l’intention d’utiliser le mot οἰκουμενικῆ en grec avait la même signification que universalis en latin pour les chrétiens d’Afrique latine. En effet, pour ces derniers le mot universalis, qui signifie universel, c’est-à-dire οἰκουμενικῆ en grec, peut n’avoir qu’une signification locale. En effet, par exemple, en 419 les africains latins se réunirent en un « Concile général d’Afrique« . On notera d’ailleurs que ce concile rassemblant 217 évêques d’Afrique du Nord, dont saint Augustin, et qui établit Codex canonum Ecclesiae africanae, reconnaissait l’autorité du Pape puisqu’il l’envoya à Rome pour être confirmés. En effet, à l’issu de son dernier canon, établissant le canon des Ecritures, il est écrit :

« [Après avoir dresser le canon biblique avec les deutérocanoniques : ] Que ceci soit envoyé à notre frère et collègue évêque, [le pape] Boniface, et aux autres évêques de ces parties, qu’ils puissent confirmer ce canon, de ceci sont les choses que nous avons reçues de nos pères à lire à l’église » (Canon 24)

Il est à souligner que les témoignages du Papisme de l’Afrique du Nord depuis saint Optat de Milève (mort vers 397), de la génération précédent saint Augustin, jusqu’à saint Possidius de Calame (vers 397-vers 437), disciple et biographe de ce dernier, de la génération suivante, en passant par deux conciles de Carthage (397 et 416), de Milève (416) et saint Augustin (354-430) lui-même. Le lecteur en découvrira un exposé complet dans notre article Un Papiste nommé saint Augustin.

d) Cette lettre synodale reconnaît l’autorité du Pape

Comme nous l’avons vu, ceux qui ont rédigé cette lettre reconnaissaient l’autorité du Pape. Nous en rappelons le texte :

« Etant animés d’une charité véritablement fraternelle, vous nous invitez par les lettres du très pieux Empereur, à nous trouver comme vos membres, au Concile que vous prétendez tenir à Rome, selon la volonté de Dieu, afin qu’après que nous avons été seuls destinés à souffrir toute sorte de misères, vous ne soyez pas seuls destinés à la joie, et au triomphe, depuis que les Empereurs concourent à la défense de la piété ; mais que nous ayons part à votre joie, et que nous régnions avec vous, selon l’expression du saint Apôtre. Nous aurions bien souhaité qu’il nous eût été possible de contenter votre désir ; et nous aurions volontiers demandé des plumes pour voler comme des colombes, et pour nous reposer dans votre sein. Mais comme nous ne saurions y aller, sans abandonner les Eglises qui commencent à se repeupler, et que l’année dernière nous nous rassemblâmes à Constantinople, après avoir assisté au concile d’Aquilée » (Lettre du Concile de Constantinople, cité par Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, V, 9)

Le synode de 382 qui est à l’origine de cette lettre fut donc réuni sur l’ordre de saint Damase. De plus ses membres avaient assisté, au moins pour une partie d’entre eux, au concile d’Aquilée de 381 qui manifesta sa soumission au Pape dans sa lettre synodale, rédigé par saint Ambroise (vers 340-397) qui en fut membre :

« Il nous fallait supplier Votre Clémence, de ne pas souffrir que la tête de tout l’univers romain, l’église de Rome, fût en proie au trouble. Car cette église est la source à laquelle tous puisent les liens de justice, qui constituent la communion sacrée. » (Correspondance de saint Ambroise : Lettre XI à l’empereur Gratien, 4)

La soumission directe ou indirecte du concile de 381 et de celui de 382 au Pape est de toute façon inévitable. En effet, sous le Pape saint Jules Ier, qui régna de 337 à 352, sois seulement 30 ans avant les faits, se tint un concile à Antioche. Or saint Jules, dont les propos sont rapportés et donc approuvés par Sozomène de Constantinople (375-450), le déclara nul et illégitime au motif que l’autorité de l’Evêque de Rome y avait été ignoré. Il ne peut pas en avoir été autrement lors des conciles de Constantinople de 381 et 382. Voici les propos du Pape saint Jules Ier (280-352) :

« Car s’il y a eu, comme vous le dites, faute de leur part, il fallait juger l’affaire selon les canons de l’Eglise et non pas comme il a été fait. Vous deviez nous écrire à tous, afin que soit décrété par tous ce qui était juste. Il s’agissait d’évêques ; et d’Eglises qui ne sont pas n’importe lesquelles, mais des Eglises qui ont été gouvernées par les apôtres eux-mêmes. Au sujet de l’Eglise d’Alexandrie, pourquoi ne nous a-t-on pas écrit ? Ignorez-vous donc que la coutume était qu’on nous écrive d’abord, et que de là soit proclamé ensuite ce qui était juste. Si une suspicion pesait sur l’évêque d’Alexandrie, il aurait fallu en prévenir l’Eglise d’ici. » (Lettre aux Antiochiens intitulée Άνέγνων τὰ γράμματα en date de 341 ; PL tome 8, colonne 906A ; CouE 385B ; MANSI, tome 1, colonne 1229E ; Reg. : Jaffé 186 ; cité par saint Athanase, Apologie contre les ariens, n°35, PG tome 25, colonnes 305D-308A)

Et voici le fait rapporté par Sozomène de Constantinople (375-450) rapporte :

« Les Évêques d’Egypte ayant écrit que ces accusations n’étaient que des calomnies, et Jules ayant jugé qu’Athanase n’était pas en sûreté, le manda à Rome. Il fit réponse dans le même temps, à la lettre des Evêques qui s’étaient rassemblés à Antioche, les accusant d’introduire lourdement des nouveautés contraires à la doctrine du Concile de Nicée ; d’avoir violé les règles de l’Eglise, en tenant un Concile sans l’y avoir invité, parce qu’il y a un Canon, qui déclare nul, tout ce qui est fait sans la participation de l’Evêque de Rome ; de n’avoir rien fait selon l’ordre de la justice, ni à Tyr, ni à Maréote contre Athanase ; que tout ce qui avoir été fait à Tyr, était ruiné par l’accusation calomnieuse de la main d’Arsène ; et tout ce qui avait été fait à Maréote en l’absence d’Athanase. Sur la fin de sa réponse, il se plaignait de la fierté avec laquelle leur lettre était écrite. » (Histoire ecclésiastique, Livre III, chapitre 10 dans PG, 67/1058)

De plus, sans l’acceptation de Rome, ce concile ne fut pas considéré comme oeucuménique durant 70 ans !

e) Un exemple analogue : le concile de Rome (680) fut lui aussi proclamé « oeucuménique » par le Pape saint Léon II sans que cela ait un sens strict

C’est le Pape saint Léon II qui ratifia les décret du IIIè concile de Constantinople et qui lui donna sa forme de concile général, lui donnant force obligatoire pour l’Eglise universelle. Il parle d’un précédent concile local tenu à Rome comme « oeucuménique » sans pour autant que celui-ci ne soit strictement considéré comme « oeucuménique« . Il le fit simplement pour affirmer son importance. Voici ses mots :

« Nous avons donc parcouru d’abord avec un extrême empressement les lettres synodiques, dont le langage plein d’élévation nous a frappés. Puis, avec une minutieuse attention, examinant chacune des pièces écrites, les conférant avec les récits des légats apostoliques, nous avons reconnu que le saint, grand et œcuménique concile sixième, réuni avec la grâce de Dieu par décret impérial à Constantinople, s’est conformé dans sa profession de foi dogmatique aux décisions rendues dans le synode œcuménique précédemment tenu à Rome [le concle romain de 680], sous la présidence directe du trône apostolique sur lequel nous sommes maintenant assis. [Saint Léon II expose ensuite en détail la doctrine apostolique proclamée par le concile sur les deux volontés du Christ]. Telle fut en effet la règle de la tradition apostolique et vraie, tracée dans son concile par mon prédécesseur Agathon, d’apostolique mémoire. Cette règle, il la fixa dans la lettre que ses légats remirent de sa part à votre piété, en l’appuyant par les témoignages conformes des Pères et des Docteurs de l’Eglise ; cette règle, le concile général de Constantinople l’a reçue comme un oracle émané du bienheureux Pierre, prince des apôtres ; il y a reconnu la doctrine pure et les marques d’une foi immaculée. Ainsi ce grand, saint et œcuménique concile que votre clémence a réuni, et auquel, pour le service de Dieu, elle a voulu présider, ayant embrassé en tout la doctrine des apôtres et des Pères, ayant reçu avec révérence la définition dogmatique promulguée par le Siège du bienheureux apôtre Pierre, dont, malgré notre indignité, nous tenons la place, à notre tour, nous et par notre ministère le vénérable Siège apostolique lui-même, nous approuvons le décret du concile ; par l’autorité du bienheureux Pierre nous le confirmons comme sur la solidité immuable de la pierre posée par Jésus-Christ pour fondement à l’Eglise. La vénération qui s’attache aux précédents conciles généraux de Nicée, Constantinople, Ephèse, Chalcédoine et Constantinople (deuxième), nous voulons qu’elle soit rendue à cette récente assemblée œcuménique, où le Saint-Esprit vient encore de se manifester pour le salut des âmes et dont toute la gloire dans le Seigneur sera jusqu’à la fin des siècles attribuée à votre piété impériale. » (Lettre III Regi regum, à l’empereur Constantin IV, vers août 682, PL 96, 404 et 405 ; Mgr Justin FEVRE dans Histoire apologétique de la Papauté, tome 3, page 487, cite ce passage de saint Léon II mais se trompe dans la référence : il indique la colonne 464 au lieu de 404)

2) Une oecuménicité seulement souhaitée et restée ineffective même en Orient, y compris au concile de d’Ephèse (431) durant 70 ans

« Les Latins s’étant permis de blâmer plusieurs des décisions prises à Constantinople, entre autres, la solution donnée à la question du schisme d’Antioche et l’élévation de Nectaire sur le siège de Constantinople, Epist. synod. ital. ad Theodos., Mansi, t. III, col. 631, un nouveau concile réuni l’année suivante, 382, à Constantinople et composé en partie des mêmes éléments, y répondit par une justification accompagnée d’un exemplaire du tomos dressé au précédent concile. Dans sa lettre, le concile de 382 qualifie celui de 381 d’oecuménique, appellation qui ne peut être prise que dans un sens restreint, et relativement à l’Orient. Théodoret, I. V, c. IX, col. 1212-1215. Cf. Hefele. Conciliengeschichte, t. II, p. 29, note 2. Et ce qui prouve que même chez les Grecs ce concile ne fut pas considéré des le début comme pleinement œcuménique, c’est qu’à Éphèse où l’on se réfère au symbole de Nicée, on ne fait pas mention de celui de Constantinople. Harnack, loc. cit. [ndlr : Realenkyclopäedie, 3è édition, tome XI, pages 12-28, article « Konstantinopel (Symbol) »] conclut de là qu’il n’existait pas encore, au moins comme symbole officiellement approuvé. On peut aussi supposer que, même existant et approuvé, il ne pouvait être mis sur le même pied que celui de Nicée, précisément parce que le concile de Constantinople, comme synode partiel, n’avait pas l’autorité de celui de Nicée. Mansi, t. IV, col. 1138. En 449, au pseudo-concile d’Éphèse, on ne mentionne pas davantage le concile de Constantinople et on ne connait encore comme œcuméniques que ceux de Nicée et d’Éphèse. Mansi, t. VI, col. 626, 651. C’est à Chalcédoine qu’il apparait pour la première fois comme oecuménique, et que l’on met son symbole sur le même pied que celui de Nicée. Acta, sess. II, V, Mansi, t. VI, col. 958 ; t. VII, col. 111. Dès lors, il est partout accepté en Orient comme tel ; en particulier, au cours de l’affaire des Trois-Chapitres et au VIe concile. Acta, sess. XVIII, Mansi, t. XI, col. 633. » (J. BOIS, Dictionnaire de théologie catholique, article « CONSTANTINOPLE (Ier CONCILE DE) », tome 3, colonnes 1230-1231)

En effet, l’année même de sa tenue, l’autorité de ce concile fut mise en cause par les Latins. Une des mesures particulièrement critiquées était la nomination de Flavien au siège d’Antioche, qui donnait une force supplémentaire au schisme des mélétiens, et le choix de Nectaire en qualité d’évêque de Constantinople, parce que les Occidentaux regardaient toujours Maxime le Cynique comme l’évêque légitime de cette ville (Lettre du synode italien à l’empereur Théodose ; in : Hardouin, tome I, colonne 845 et Mansi, tome III, colonne 631).

En réaction, un concile tenu Constantinople en 382, envoya à Rome un exemplaire du décret dogmatique, promulgué l’année précédente par le concile auquel il donna explicitement le qualificatif d' »oecuménique », et cherchant à justifier les actes contestés de ce concile.

Quoique le concile tenu à Constantinople en 382 ait donné le qualificatif d’eocuménique au concile de 381, nou svoyons que, même en Orient, ce titre n’a été ratifié que beaucoup plus tard. C’est ainsi que le concile d’Ephèse (431), qui parle avec une grande vénération du concile de Nicée et de son Symbole, ne dit rien ni du concile ni du Symbole de Constantinople. Aussi, le Symbole de Nicée fut lu dans la première session du concile d’Ephese (Hardouin, tome I, col. 1363 ; Mansi, tome IV, col. 1138). C’est ainsi qu’Adolf HARNACK conclut que le symbole de Constantinople n’existait pas encore, au moins comme symbole officiellement approuvé. On peut penser que même dans le cas où il eut déjà existé et déjà approuvé, il ne pouvait être mis au même niveau que celui de Niéee, car le concile de Constantinople ne jouissait pas encore de l’autorité oecuménique (Realenkyclopäedie, 3è édition, tome XI, pages 12-28, article « Konstantinopel (Symbol) »).

18 ans après le concile d’Ephèse (431), un autre concile se tint dans cette ville en 449, il porte le surnom de « brigandage d’Ephèse ». Il parla des deux conciles généraux de Nicée et d’Ephèse, désignant ce dernier comme « δεύτερα σὑνοδος », ce qui signifie « deuxième synode » (Hardouin, tome II, colonnes 95, 106 ; Mansi, tome VI, colonnes 626, 643), montrant qu’il n’accordait pas le même rang aux deux conciles. On rétorquera peut-être que ce sont des hérétiques monophysites qui parlent, car ils eurent la haute maindans le brigandage d’Ephèse ; mais les monophysites ne furent pas seuls à parler ainsi. Leur adversaire le plus acharné, Eusebe de Dorylée, qui fut même leur accusateur, ne reconnaissait que les deux conciles de Nicée et d’Ephèse, et déclarait « rester fidèle a la foi des trois cent dix-huit Pères de Nicee et accepta de même tout ce qui s’était fait dans le grand et saint concile d’Ephèse » (dans l’Actio I du synode de Constantinople, tenu en 448. Voir Hardouin, tome II, colonne 111 ; Mansi, tome VI, colonne 651).

Ainsi, comme nous le disions plus haut, le concile de 382, composé en parti des mêmes éléments, manifeste bel et bien la volonté de celui de 381 d’être « oecuménique », mais le refus du Pape empêcha cette oecuménicité d’être effective. Preuve que l’Eglise universelle reconnaissait l’universalité de juridiction de l’Evêque de Rome, pouvant aller jusqu’à empêcher l’oecuménicité d’un concile.

3) Une oecuménicité enfin reconnue lors du concile de Chalcédoine (451) avec l’assentiment du Pape

Ce n’est qu’au concile de Chalcédoine (451) que nous voyons pour la première fois le Symbole de Constantinople devenu l’objet d’une grande vénération. Il fut lu dans ce concile conjointement avec celui de Nicée, et, par la même, solennellement approuvé. Cela se fit avec l’approbation des légats du Papes saint Léon le Grand : Paschasinus, Lucentius et Bonifacius. Ce n’est donc qu’avec l’approbation de l’Evêque de Rome que ce concile n’obtint l’autorité oecuménique.

S’il en eût été autrement, comment, soixante-dix ans plus tard, les légats du Pape auraient-ils pu dire de Dioscore au concile de Chalcédoine :

« Il a osé célébrer un synode sans l’autorisation du Siège apostolique, ce qui n’a jamais été permis. » (Labbe., t. IV, 95)

En l’occurence, les légats reprochaient à Dioscore son conciliabule d’Ephèse en 448 dont nous avons déjà parél : il se tint sans l’accord du Pape. Nous venons aussi de voir que le concile de 381 ne se tint pas « avec l’autorisation du Siège apostolique », mais qu’il ne se tint pas non plus « contre » une éventuelle interdiction de sa part. Il est évident que ces légats ne parlent ici que des conciles généraux ou qui se prétendent tels lorsqu’ils disent qu’ils disent qu’on ne peut oser « célébrer un synode sans l’autorisation du Siège apostolique », car il ne fait aucun doute qu’une foule de conciles locaux se sont tenus avant le concile de Chalcédoine, à son époque et postérieurement, snas en référer directement à Rome. On pourrait donc dire que cela est contradictoire avec l’autonomie de Rome du concile de 381. Mais il faut ici faire une réflexion non pas de théologie mais de bon sens : est-il imaginable que les mêmes légats aient dit à la même occasion et au même auditoire deux choses aussi contradictoires ? Bien sûr que non ! Aussi ce n’est là que la preuve que jusqu’en 451, le concile de 381 n’était considéré que comme un concile local (le souhait dele voir élever à la dignité oecuménique en 382 ayant échoué, force est de constater que tout le monde s’en était tenu à cela), et que ce n’est que par l’approbation romaine que le concile de 381 qui n’aspirait pas à être oecuménique, du moins pas sans l’accord de l’Occident, devint oecuménique : grâce à l’approbation du Pape saint Léon le Grand 70 ans plus tard, d’abord par la voie de ses légats, puis par sa ratification personnelle des décisions du concile de Chalcédoine, puisque c’est bel et bien lui qui gouverna ce concile de bout en bout, contrairement à ce que plusieurs anti-romains soutiennent. Nous développons tout cela dans notre article Le 28è canon du Concile de Chalcédoine (451).

A partir de cette époque, le concile de Constantinople fut généralement regardé en Orient comme le IIè concile oecuménique (Session II, V, dans Mansi, tome VI, colonne 958 ; tome VII, colonne 111), et l’empereur Justinien le plaça sur le même rang que les conciles de Nicée, d’Ephèse et de Chalcédoine (Ballerini, dans S. Leonis, Opera, tome III, pref., p. LIV). Or Justinien n’a en aucun cas pu faire cela sans l’approbation du Pape, lui qui écrivait :

« Nous décrétons, conformément à l’enseignement des conciles, que le Pape de Rome est le premier de tous les évêques. » (Novelles, 131, Chapitre 2)

Des anti-romains pourraient être tentés de dire que cette déclaration prouve que la primauté romaine découle du droit ecclésiastique tel qu’énoncé par les conciles, et non du droit divin. Mais c’est inconsistant. Premièrement tout ce qui vient d’être rapporté de l’enseignement des Pères prouve le contraire. Deuxièmement ce que nous avons rapporté des conciles eux-mêmes, spécialement ceux d’Ephèse (431) et de Chalcédoine (451) de même, ce n’est donc pas ce que les anti-romains affirment pensent qui a pu guider Justinien. Troisièmement le lettre suivante de Justinien au Pape Jean II, spécialement lorsqu’il appelle à répétition le siège de Rome « siège apostolique », proiuve définitivement le contraire :

« Justinien, victorieux, pieux, heureux, illustre, triomphant, toujours auguste ; à Jean, Patriarche et très-saint Archevêque de la ville de Rome. Honorant le siège apostolique et votre sainteté, pour laquelle nous n’avons jamais cessé de faire des vœux, que nous regardons comme notre père, nous nous sommes hâtés de lui donner connaissance de toutes les affaires qui concernent l’état ecclésiastique. Comme nous nous sommes toujours efforcés de maintenir l’unité de votre siège apostolique, et de maintenir les saintes églises de Dieu dans l’état où elles sont aujourd’hui, c’est-à-dire , dans la paix , et exemptes de toutes contrariétés , nous avons engagé tous les prêtres de l’Orient à s’unir et se soumettre à votre sainteté : mais à présent que de nouveaux doutes se sont élevés, quoique sur des choses claires et certaines, et conformes à la doctrine de votre siège apostolique, fermement gardée et professée par tous les prêtres, nous avons cependant cru nécessaire d’en instruire votre sainteté ; car nous ne souffrons pas que les affaires qui naissent au sujet de la religion, quoique simples et non douteuses, soient agitées sans que votre sainteté en soit instruite, elle qui est le chef de l’église, car nous nous efforcerons toujours, comme nous avons dit, d’accroître l’honneur et l’autorité de votre siège. » (Lettre de l’empereur Justinien au pape Jean II, Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

II) Les auteurs antiques ne disent-ils pas que le concile fut présidé par les représentants du Pape et confirmé par lui ?

Nous venons d’établir que le concile se tint indépendamment du Pape saint Damase et qu’il ne confirma par ses décrets. Mais comme nous allons le voir, des Pères orientaux affirment le contraire !

A) Les témoignages des orientaux

1) Le témoignage de Mennas et Théodore, patriarches de Constantinople

Voici des témoignages non suspects, ceux de deux patriarches de Constantinople, Mennas () et de Théodore ( et ) :

« Nous vénérons surtout, disent-ils dans leur profession de fois adressée à l’Evêque de Rome, nous vénérons et recevons comme orthodoxes les quatre conciles de Nicée, de Constantinople, d’Ephèse et de Chalcédoine. Nous acceptons leurs actes et leurs décisions quels qu’ils soient , tels qu’ils ont été écrits du commun consentement des Pères qui y ont assisté, et des légats et vicaires du Siège apostolique en la personne desquels vos prédécesseurs, les Evêques de Rome, les ont présidés. » (Labbe, tome V, voir les colonnes 335, 336 et 337)

2) Le témoignage indirect des historiens constantinopolitains Socrate et Sozomène

Dans la première moitié du Vè siècle, les deux historiens que sont Socrate de Constantinople, dit aussi Socrate le Scolastique (vers 380-450) et Sozomène de Constantinople (375-450), rapporte les atces du Papes saint Jules Ier (337-352) envers un concile oriental qu’il déclara illégitime car ils n’en avaient pas référé à l’Evêque de Rome.

Socrate le Scolastique (vers 380-450) écrit :

« Mais Jules, l’évêque de la ville de Rome, n’y prit pas part lui non plus [au concile d’Antioche, réuni à l’instigation d’Eusèbe de Nicomédie, chef du parti arien] et n’y envoya personne pour l’y représenter, alors que pourtant la loi de l’Église interdit de rien décider sans l’accord de l’évêque de Rome. » (Histoire ecclésiastique, Livre II, chapitre 8 dans PG, 67/195)

« Jules ayant entre les mains toutes ces lettres si contraires, fit premièrement réponse aux Evêques qui s’étaient assemblés à Antioche, par laquel le il le plaignait d’abord de l’aigreur qui paraissait dans leur lettre, et ensuite de ce que contre la disposition des Canons, ils avaient manqué de l’appeler au Concile, vu que par ces Canons, il n’est pas permis de rien ordonner sans la participation des Evêques de Rome. » (Histoire ecclésiastique, livre II, chapitre 17, PG 67, colonne 217 ; la version numérisée de cette oeuvre à laquelle nous renvoyons ne contient pas les mots « des Evêques de Rome« . Mais premièrement une phrase finissant par « rien ordonner sans la participation » ne voudrait rien dire, deuxièmement le texte grec en face de la traduction française porte bien les mots « τοῦ ἐπισκόπου Ῥώμης« , ce qui signifie « des Evêques de Rome« , il a dut y avoir une erreur dans la retranscription, et troisièmement même des anti-romains reconnaissent que c’est bel et bien ce que dit Socrate en cet endroit)

Sozomène de Constantinople (375-450) :

« Les Évêques d’Egypte ayant écrit que ces accusations n’étaient que des calomnies, et Jules ayant jugé qu’Athanase n’était pas en sûreté, le manda à Rome. Il fit réponse dans le même temps, à la lettre des Evêques qui s’étaient rassemblés à Antioche, les accusant d’introduire lourdement des nouveautés contraires à la doctrine du Concile de Nicée ; d’avoir violé les règles de l’Eglise, en tenant un Concile sans l’y avoir invité, parce qu’il y a un Canon, qui déclare nul, tout ce qui est fait sans la participation de l’Evêque de Rome ; de n’avoir rien fait selon l’ordre de la justice, ni à Tyr, ni à Maréote contre Athanase ; que tout ce qui avoir été fait à Tyr, était ruiné par l’accusation calomnieuse de la main d’Arsène ; et tout ce qui avait été fait à Maréote en l’absence d’Athanase. Sur la fin de sa réponse, il se plaignait de la fierté avec laquelle leur lettre était écrite. » (Histoire ecclésiastique, Livre III, chapitre 10 dans PG, 67/1058)

De tels propos au sujet d’un simple concile local auraient-ils été envisageables dans la ville-même du concile de Constantinople si on avait considéré comme oeucuménique un concile n’ayant pas reçu l’approbation du Pape ? Bien sûr que non. Cela signifie que ce concile n’était considéré comme « oeucuménique » au sens strict par personne.

3) L’aveu de Photius

Le fait, rapporté dans la Collection des conciles, est tiré de la lettre de Photius à Michel :

« C’est le bienheureux Damase qui confirma le deuxième concile général, dont les décrets sont suivis par l’univers entier. » (De synodis ; in MANSI, tome III, colonne 596, Guillaume VOËL et Christophe JUSTEL, Bibliolheca juris canonici, tome II, page 1143 ; Cardinal Angelo MAI, Script, vet., t. I, praef. XXIII)

Voir aussi son Livre des Synodes où il témoigne que ce concile comme tous les autres a eut besoin de la confirmation de l’Evêque de Rome pour faire autorité.

Pour ne pas citer de plus nombreux exemples, on sait, par ce que fit et écrivit saint Léon après le concile de Chalcédoine, combien ce Pape résista au décret de Constantinople.

B) Explication : une preuve de la foi en la Papauté

Tout cela prouve que que même l’Orient, dès l’époque des Pères de l’Eglise, était convaincu de la doctrine catholique de la Papauté ! En effet, la foi en la Papauté et donc en la nécessité de l’autorité du Pape pour qu’un concile soit « oeucuménique » (comme nous le verrons plus bas avec le cas de saint Théodore Studite). De là ils concluaient comme une évidence que le Ier concile général de Constantinople ne pouvait avoir autorité que parce que le Pape l’avait contrôlé. Aussi, tous n’étant pas forcément des spécialistes de l’histoire des conciles, ils ne savaient pas forcément comment ce concile avait acquis l’autorité oeucuménique, ils pensaient « tout naturellement » que ce concile avait été commandé par le Pape

III) Le 3è canon de ce concile contredit-il la Papauté ?

A) Argument des adversaires de la Papauté

Les adversaires de la Papauté parlent souvent du 3è canon de concile qui contredirait la Papauté. Celui-ci énonce :

« Cependant l’évêque de Constantinople aura la préséance d’honneur après l’évêque de Rome, puisque cette ville est la nouvelle Rome. »

Selon nos contradicteurs, ce canon reconnaîtrait que le premier rang accordé à Rome est lié au fait politique d’être la capitale de l’empire et non au fait religieux d’être le siège de saint Pierre. De plus, ils affirment que cette primauté romaine aurait été non de droit divin mais de droit purement ecclésiastique, que l’Eglise ayant institué pouvait parfaitement abroger. Nous allons voir qu’il n’en est rien.

B) Un canon incompris : le rang donné au siège de Constantinople n’a rien de commun à celui reconnu au siège de Rome

1) Le vrai motif du canon : une tradition orientale d’honorer les sièges épiscopaux des villes importantes politiquement

Le motif de ce canon est que la coutume orientale était d’honorer particulièrement les sièges épiscopaux des villes importantes politiquement. Aussi, Constantinople étant devenu le nouvelle capitale, les Pères du concile ont entendu rehausser sa dignité ecclésiastique. Mais comme nous allons le voir, cette dignité ne porte nullement ombrage à la primauté romaine sur toute l’Eglise, et ne conféra même pas à Constantinople des pouvoirs locaux en Orient comparables à ceux dont disposait Rome en Occident.

Aussi le motif de ce canon est que jusque-là, on avait toujours observé dans l’Eglise, que les évêques des premiers sièges, plus tard appelés patriarches, seraient considérés dans cet ordre : l’Evêque de Rome à la première place, l’évêque d’Alexandrie à la seconde, l’évêque d’Antioche à la troisième. La ville de Byzance, jusqu’à l’époque où elle fut agrandie par Constantin et illustrée par la résidence impériale, avait eu son évêque, mais sans aucun degré de prééminence, et même soumis aux droits de l’évêque d’Héraclée. Lorsque Constantin eut conféré à cette ville un si grand honneur et une si grande splendeur ; lorsque Constantinople, devenue la capitale de l’empire, commença à s’appeler la nouvelle Rome, il parut convenable de lui donner aussi, dans le gouvernement ecclésiastique, quelque ornement qui démontrât qu’elle avait pris, dans l’administration de l’empire, la place de l’ancienne Rome. Pour atteindre ce but, les Pères du Concile décrétèrent :

« Cependant il faut que l’évêque de Constantinople ait la primauté d’honneur après l’Evêque de Rome, parce que Constantinople est la nouvelle Rome. »

Aussi, les Pères du Concile de Constantinople n’ont jamais voulu sous-entendre que la prééminence romaine avait des motifs politiques, mais seulement honorer la nouvelle capitale de l’empire. Dans le cas contraire, ce n’est pas une primauté en second qu’ils auraient voulu accorder au siège de Constantinople, mais la primauté tout court !

2) Mise en relief du 3è avec le 2è canon

a) Aucune juridiction territoriale n’est donnée à Constantinople, contrairement à Alexandrie et Antioche

La réelle substance de ce canon nous est connue lorsque ce dernier est mis en relief avec le canon précédent. En effet, le deuxième canon réparti les juridictions patriarcales en répartissant avec exactitude les pouvoirs des sièges d’Orient, sans évoquer Constantinople :

« Du bon ordre à garder dans chaque province et de la primauté qui revient aux grands sièges d’Alexandrie, d’Antioche et de Constantinople, et de ce qu’un évêque ne doit pas intervenir dans un évêché autre que le sien :

Les évêques qui sont à la tête d’un diocèse ne doivent pas s’immiscer dans les affaires des Eglises qui sont hors de leurs limites, ni jeter par-là le trouble dans les Eglises. Mais, conformément aux canons, l’évêque d’Alexandrie administrera uniquement les affaires de l’Egypte, les évêques d’Orient gouverneront les Eglises du seul Orient, tout en gardant la préséance reconnue par les canons à l’Eglise d’Antioche, et les évêques du diocèse d’Asie administreront les affaires de l’Asie seule, et ceux du Pont uniquement les affaires du Pont et ceux de la Thrace, les affaires de la Thrace seule. A moins d’être appelés, les évêques ne doivent jamais intervenir hors de leurs diocèses pour des élections d’évêques ou quelque autre acte ecclésiastique. Tout en observant au sujet des diocèses la règle prescrite ci-dessus, il est évident que, conformément aux ordonnances de Nicée, le synode provincial décidera des affaires de toute la province. Quant aux Eglises de Dieu qui sont parmi les nations barbares, elles doivent être gouvernées selon la coutume établie du temps de nos pères. » (2è canon)

Le concile n’accorde aucun pouvoir au siège de Constantinople, mais il décide de lui accorder, indépendamment de cela, un rang d’honneur en raison de sa nouvelle dignité impériale. Et c’est pour cela que le 2è canon a pour titre : « Du bon ordre à garder dans chaque province et de la primauté qui revient aux grands sièges d’Alexandrie, d’Antioche et de Constantinople, et de ce qu’un évêque ne doit pas intervenir dans un évêché autre que le sien », alors que le 2è canon en lui-même ne dit pas un mot de Constantinople. C’est la raison pour laquelle le 3è canon commence par le mot « cependant », chose étrange si on ne connaît pas le contexte. Les 2è et 3è canons sont donc une suite logique.

b) L’Evêque de Constantinople demeure suffragant de l’Archevêque d’Héraclée, de même qu’au Concile de Nicée l’Evêque de Jérusalem restait, malgré sa préséance d’honneur, suffragant de l’Archevêque de Césarée

Ce rang d’honneur, déconnecté de toute juridiction, est d’autant moins contradictoire d’avec la primauté romaine de droit divin que le Concile ne donne au siège de Constantinople rien de commun à ce dont dispose déjà Rome ! En effet, non seulement d’une part Constantinople ne remplace pas Rome en tant que premier siège, comme nous le reverrons plus bas, et d’autre part, même au niveau local, Constantinople n’obtient aucune juridiction patriarcale, pas même sur des les provinces indépendantes, dont le rattachement à Constantinople n’aurait donc porté de préjudice à aucun patriarche. Mais en plus le siège de Constantinople ne cessait même pas d’être suffragant de l’Archevêque d’Héraclée, exarque de Thrace (cela ne changera qu’au concile de Chalcédoine en 451).

C’est la même chose qui arriva au siège de Jérusalem lors du concile de Nicée qui après avoir réparti les juridictions patriarcales entre les seuls sièges de Rome, Antioche et Alexandrie en son 6è canon, dispose, selon la coutume, en son 7è canon que l’Evêque de Jérusalem aura une préséance d’honneur, tout en étant soumis à l’Archevêque de Césarée :

« Comme la coutume et l’ancienne tradition portent que l’évêque d’Aelia [Jérusalem] doit être honoré, qu’il obtienne la préséance d’honneur, sans préjudice cependant de l’autorité qui revient à la métropole [Césarée]. » (Concile de Nicée, 7è canon)

c) Le 2è canon dispose explicitement que les diocèses sur lesquels Constantinople revendiquera plus tard une juridiction s’administreront seuls

Ce canon ne donne aucune juridiction à l’Evêque de Constantinople comme nous l’avons vu. Mais plus que cela : il dispose explicitement que les diocèses du Pont, de la Thrace et de l’Asie, et d’Illyrie orientale, sur lesquels les Evêques de Constantinople revendiqueront plus tard la juridiction patriarcale, ne seront administrés que par leurs propres Evêques. Ce n’est que le Concile de Chalcédoine en 451 qui revendiquera cette juridiction pour l’Evêque de Constantinople.

L’exégèse brute du 3è canon, mis en relation avec le 2è, nous montre donc qu’il ne conférait pas de fonction patriarcale ni même archiépiscopale au Siège de Constantinople, comparable au Siège de Rome.

Cela suffit en soi à réfuter l’argument anti-papiste tiré de ce canon car si la primauté religieuse suivait vraiment l’autorité politique, alors c’est à tout le moins un pouvoir similaire à celui de Rome au niveau local dont aurait dû alors bénéficier le siège de Constantinople, fut-il en honneur pour l’Eglise universelle, en second rang après lui. Mais il est encore possible de mieux établir cette vérité par l’étude externe du canon.

C) Une primauté romaine venue de saint Pierre et non de la dignité impériale

1) L’origine politique de la primauté romaine : une thèse historiquement indéfendable

Il est un fait établit par les écrits des Pères, aussi bien avant qu’après ce concile et aussi bien en Occident qu’en Orient : la primauté romaine est, de droit divin, due au fait que Rome fut le dernier siège épiscopal de saint Pierre, celui où il fut martyr. Ce fait est largement démontré dans notre article : La Papauté depuis les apôtres.

Alors de deux choses l’une : soit ce canon traduit les prétentions orgueilleuses des patriarches de Constantinople, et doit donc être ignoré. D’ailleurs dans ce cas, cela confirmerait paradoxalement que la primauté romaine était inaliénable et donc de droit divin : c’est ce que nous allons démontrer dans un instant. Soit ce canon n’a pas le sens que lui attribue nos contradicteurs. C’est cette seconde hypothèse qui est la bonne, comme nous l’avons déjà démontré juste au dessus et comme  nous allons encore plus le prouver immédiatement.

2) Le Concile ne tire absolument pas les conséquences qu’aurait dû avoir la signification anti-papiste de son 3è canon alléguée par nos contradicteurs

Le concile de Constantinople accorde le second rang au siège de Constantinople au motif qu’elle est le « nouvelle Rome » politique. Aussi, si la première Rome l’était pour des raisons politiques, comme l’affirment ceux qui veulent se servir de ce le canon contre la Papauté, elle aurait dû totalement cesser d’être la capitale religieuse de l’Eglise en même tant qu’elle cessait d’être la capitale politique de l’empire. Le concile aurait alors dû transférer la primauté « tout court » à Constantinople, et non pas seulement un second rang d’honneur, sans même lui donner de juridiction patriarcale ni même l’affranchir de son Archevêque !

3) Le canon confirme paradoxalement l’inaliénabilité de la primauté romaine

C’est un signe de l’inaliénabilité de la primauté romaine et que ce sont les pouvoirs religieux de Rome qui ont « déteint » sur ses pouvoirs politiques, et non l’inverse. Et que ceux-ci quittant Rome, pouvaient, dans la tête des Pères du Concile, emporter une distinction d’honneur pour leur nouvel Evêque, mais ne pouvait faire cesser l’Evêque de Rome d’être le premier : il s’agit de la coutume orientale dont nous parlions plus haut d’honorer particulièrement les sièges épiscopaux des villes importantes politiquement.

Rappelons encore une fois que cette élévation d’honneur ne fut même pas assortie d’une juridiction patriarcale, même pas sur les provinces citées qui n’avaient pas de patriarche, et dont l’attribution à l’Evêque de Constantinople n’aurait pas porté ombrage aux Evêques d’Antioche et d’Alexandrie. Contrairement au siège de Rome, qui conservait la sienne dans le 2è canon. Et cela ne l’affranchissait même pas de la juridiction de son Archevêque, ce qui termine de réfuter l’idée selon laquelle ce canon aurait signifier pour l’Orient chrétien que le primauté romaine aurait été politique.

Mais ce canon du concile de Constantinople portait préjudice à la dignité des sièges d’Alexandrie et d’Antioche. Les évêques de ces deux sièges passaient, l’un, du second au troisième rang ; l’autre, du troisième au quatrième. Les évêques, qui avaient à défendre leurs droits, se plaignirent de cette innovation, et les Pontifes romains improuvèrent constamment pendant longtemps cette décision du concile.

4) Si la primauté romaine venait de la dignité impériale de la ville, cette primauté serait passée à Milan lorsqu’elle devint la capitale impériale en 286

Rome cessa d’être la capitale impériale en 286, au profit de la ville de Milan. Donc si l’argument que les anti-romains voudraient tirer du 3è canon du Concile de Constantinople était vrai, alors l’Evêque de Rome aurait du cesser d’avoir la primauté, sinon automatiquement en 286 lors du transfert de capitale, au moins, et au plus tard, en 325 à l’occasion du Concile de Nicée.

D) Sozomène de Constantinople (375-450) tient des propos contraires à une origine politique de la primauté romaine

Sozomène de Constantinople (375-450), qui vécut des décennies après le Concile à Constantinople et rapportant des propos d’Evêques orientaux, s’opposant d’ailleurs à l’Evêque de Rome un siècle plus tôt, tient des propos contraires à une origine politique de la primauté romaine lorsqu’il parle de la déposition de saint Athanase et de son rétablissement sur son siège par le Pape :

« Athanase s’étant échappé d’Alexandrie, comme nous l’avons vu, se réfugia à Rome. Paul Évêque de Constantinople, Marcel Évêque d’Ancyre, et Asclépas Evêque de Gaza s’y rendirent au même temps. Ce dernier avait été accusé par les Ariens, auxquels il était fort contraire, d’avoir renversé un Autel, et Quintien avait été mis en sa place. Lucius Evêque d’Andinople, qui avait été déposé pour un autre sujet, demeurait aussi alors à Rome. L’Evêque de cette ville-là ayant pris connaissance de leur cause, et ayant trouvé qu’ils étaient de son sentiment, et qu’ils tenaient tous la doctrine du Concile de Nicée, les admit à la communion ; et parce qu’il est chargé du soin de tous les fidèles, à cause de la dignité de son Siège, il leur rendit leurs Églises. Il reprit les Evêques d’Orient, par la lettre qu’il leur écrivit, d’avoir mal jugé les causes de ces Evêques, et de troubler l’état de l’Eglise, en s’opposant aux décrets du Concile de Nicée. Il en cita quelques-uns à jour préfix, pour lui rendre compte de leur jugement, et les menaça de les châtier, s’ils continuaient à introduire des nouveautés.

Athanase, et Paul se remirent sur leurs Sièges, et envoyèrent la lettre de Jules aux Evêques d’Orient. Cette lettre les ayant fâchés, ils s’assemblèrent dans la ville d’Antioche, pour y faire one réponse pleine d’ornements, et mêlée de railleries et de menaces. Ils avouèrent par cette réponse, que l’Eglise de Rome mérite de grands honneurs, parce qu’elle a été fondée par les Apôtres, et qu’elle jouit de la dignité de Métropole, dès le commencement de la Religion Chrétienne, bien que les premiers qui y ont répandu les semences de la foi, y soient allés d’Orient. Ils ajoutèrent, qu’ils ne devaient pas être mis au second rang, pour n’avoir pas l’avantage de la grandeur de la ville, ou de la multitude du peuple, puisqu’ils avaient celui de la fermeté et du zèle. Ils accusèrent Jules, d’avoir admis Athanase à sa communion, et lui témoignèrent une grande indignation, de ce qu’il avait entrepris de déshonorer leur assemblée, et de casser leur jugement ; ce qu’ils reprenaient comme une action fort injuste, et fort contraire aux règles de l’Eglise. Après toutes ces plaintes, et toutes ces protestations, ils lui promirent d’entretenir avec lui la paix et la communion, s’il voulait approuver la déposition de ceux qu’ils avaient chassés de leur Siège, et l’ordination de ceux qu’ils avaient élus en leur place, sinon qu’ils n’entretiendraient point avec lui de communion, ni de paix. Ils ajoutèrent que les Évêques d’Orient, qui les avaient précédés, n’avaient point désapprouvé la déposition qui avait été faite à Rome, de Novatien. Ils n’entrèrent point dans le détail de ce qu’ils avaient fait de contraire aux décrets du Concile de Nicée, et se contentèrent de lui marquer qu’ils avaient un grand nombre de raisons, pour justifier la conduite qu’ils avaient tenue, bien qu’ils ne voulussent pas alors entrer dans cette justification, parce qu’ils étaient soupçonnés d’avoir violé la justice en tous les chefs. » (Histoire ecclésiastique, livre III, chapitre 8)

Il s’agit d’un témoignage en faveur de la Papauté à deux titres. Premièrement parce que les Evêques orientaux, dont saint Athanase, qui s’estiment lésés dans leurs droits vont se plaindre auprès de l’Evêque de Rome qui à son tour donne « tout naturellement » l’ordre à tout l’Orient de les reconnaître à nouveau comme Evêques. Et deuxièmement parce que même dans leur contestation, les Orientaux ne peuvent pas cacher la vérité, tellement elle est évidente que : « que l’Eglise de Rome mérite de grands honneurs, parce qu’elle a été fondée par les Apôtres, et qu’elle jouit de la dignité de Métropole, dès le commencement de la Religion Chrétienne ».

Certains pourraient au contraire tirer de la désobéissance de l’Orient un argument contre la Papauté. Mais est-ce sérieux ? Peut-on honnêtement tirer argument de la désobéissance à Rome de ces gens un argument contre la Papauté lorsque les mêmes, dans la même désobéissance, mentent en prétendant que saint Athanase s’opposait à la doctrine du Concile de Nicée (puisque « Ils n’entrèrent point dans le détail de ce qu’ils avaient fait de contraire aux décrets du Concile de Nicée », tout simplement parce qu’il n’y avait rien à lui reprocher), et qu’ils ont troublé « l’état de l’Eglise, en s’opposant aux décrets du Concile de Nicée » ? L’autorité du Concile de Nicée est-elle remise en cause du fait que quelques-uns lui désobéirent ? Non bien sûr !

E) Une remarque à l’intention des Orthodoxes

L’église Orthodoxe tire argument de ce canon pour déclarer que la primauté religieuse est dépendante de l’autorité politique. Mais en plus de l’erreur de droit que cela représente comme nous venons de l’établir, il faut aussi souligner la complète incohérence de fait qu’elle commet elle-même. En effet, cette dernière s’est bien gardée de transférer la primauté de Constantinople vers une autre ville Orthodoxe, lorsque celle-ci cessa d’être la tête politique du monde Orthodoxe. Voici quelques réflexions opportunes faites au sujet du 28è canon du concile de Chalcédoine, mais qui s’applique aussi bien au 3è canon du concile de Constantinople :

« Déjà au Ve siècle, le pape S. Léon, qui avait eu à réclamer contre l’usurpation des droits de l’Eglise romaine, faisait observer avec grande raison que « la présence de l’empereur peut faire un séjour royal, mais qu’elle ne peut créer un siège apostolique » : les choses divines ne se réglant point sur les dispositions des choses humaines [1]. » (Père Walter DEVIVIER, SJ, Cours d’apologétique chrétienne, H. & L. Casterman, 1907, IIè partie, chapitre II, Article IV, pp. 393-394)

« [1] Le principe invoqué par S. Léon est tellement évident, que le clergé de Constantinople lui-même suit encore de nos jours en ce point les traditions catholiques. On sait, en effet, que les métropolitains de Chalcédoine, d’Ephèse, de Nicomédie, d’Héraclée, de Cysique, sont membres du Conseil suprême du Patriarcat de Constantinople, et qu’ils jouissent de nombreux et importants privilèges. La raison en est que ces villes, réduites maintenant à n’être plus que des villages ou des bourgs sans importance, étaient autrefois illustres ou chefs-lieux de grandes provinces. S’il était vrai que les vicissitudes de la politique humaine entraînent par elles-mêmes des changements correspondants dans la hiérarchie ecclésiastique, ces métropolitains auraient dû, depuis longtemps, céder leurs privilèges aux évêques de Candie, de Smyrne, de Thessalonique, de Rhodes et de bien d’autres cités. Au reste, si les Grecs schismatiques étaient conséquents avec eux-mêmes, si le motif allégué par Jean le Jeûneur était fondé en raison, l’évêque de Constantinople aurait dû renoncer au titre de patriarche universel, car depuis des siècles l’Empire byzantin a cessé d’exister. D’ailleurs ce titre fastueux est d’autant plus ridicule de nos jours, que ce patriarche n’a plus même sous sa juridiction la sixième partie des chrétiens du rite oriental ! » (Ibidem, page 394, note de bas de page afférente)

Par ailleurs nous rappelons ce que nous disions plus haut : si la primauté romaine venait de la dignité impériale de la ville, cette primauté serait passée à Milan lorsqu’elle devint la capitale impériale en 286 !

En effet, Rome cessa d’être la capitale impériale en 286, au profit de la ville de Milan. Donc si l’argument que les anti-romains voudraient tirer du 3è canon du Concile de Constantinople était vrai, alors l’Evêque de Rome aurait du cesser d’avoir la primauté, sinon automatiquement en 286 lors du transfert de capitale, au moins, et au plus tard, en 325 lors du Concile de Nicée.

F) Un canon refusé par Rome et inappliqué

Un autre fait démontre que le concile se savait inférieur au Pape : il lui demanda de ratifier ses canons, et ce dernier refusa ce fameux troisième canon. C’est donc qu’il avait Autorité. Nous précisons pour nos lecteurs Orthodoxes que l’application de ce canon fut alors illicite, comme en témoignent les Papes reconnus comme saints par les Orthodoxes eux-mêmes.

1) Le témoignage des Papes reconnus par les Orthodoxes

Saint Boniface Ier, monté sur le Siège pontifical en 418, écrivit à Rufin de Thessalonique pour réfuter Atticus de Constantinople, qui se conduisait comme supérieur à l’évêque d’Alexandrie :

« Demeure au bienheureux apôtre Pierre, de par la parole du Seigneur, la sollicitude reçue de lui pour l’ensemble de l’Eglise, laquelle, comme il le sait, a été fondée sur lui selon le témoignage de l’Evangile. Et jamais une position d’honneur ne peut être exempte de soucis, puisqu’il est sûr que toutes choses dépendent de sa réflexion. … Qu’il n’arrive pas aux prêtres du Seigneur que l’un d’entre eux tombe dans la faute de tenter quelque chose par une usurpation nouvelle, et qu’il devienne l’ennemi des décisions des anciens, alors qu’il sait qu’il a pour rival en particulier celui auprès de qui notre Christ a placé le souverain sacerdoce ; et quiconque se dresse pour l’outrager ne pourra être un habitant du Royaume des cieux.  » A toi, dit-il, je donnerai les clés du Royaume des cieux  » Mt 16, 19 dans lequel nul n’entrera sans la faveur du portier. Puisque le lieu l’exige, recensez s’il vous plaît les déterminations des canons, et vous trouverez quel est après l’Eglise romaine le deuxième siège, et quel est le troisième. … Jamais personne n’a levé la main avec audace contre l’éminence apostolique dont il n’est pas permis de réviser le jugement, personne ne s’est dressé contre elle s’il ne voulait pas être jugé. Les dites grandes Eglises observent les dignités par les canons : celles d’Alexandrie et d’Antioche [voir Concile de Nicée, canon 6] ; car elles ont connaissance du droit de l’Eglise. Elles observent, dis-je, les décisions des anciens, en accordant leur bonne grâce en toutes choses comme ils reçoivent cette grâce en retour : celle dont ils savent qu’ils Nous la doivent dans le Seigneur qui est notre paix. Mais puisque la chose le demande, on montrera par des documents que les Eglises des Orientaux surtout, dans les grandes affaires qui rendaient nécessaire un débat de plus grande ampleur, ont toujours consulté le Siège romain et lui ont demandé aide chaque fois que cela était nécessaire. [suivent des exemples d’appels et de requêtes dans l’affaire d’Athanase et de Pierre d’Alexandrie, de l’Eglise d’Antioche, de Nectaire de Constantinople et des Orientaux séparés au temps d’Innocent Ier] » (Lettre Manet beatum à Rufin et aux autres évêques de Macédoine, etc., 11 mars 422)

Saint Sixte III, élu en 432, n’écrivit pas moins explicitement aux évêques d’Illyrie, pour leur défendre d’obéir au patriarche de Constantinople :

« Frères bien-aimés, dit-il, les dispositions qu’a prises, en dehors de nos ordres, le concile d’Orient, ne vous obligent pas ; vous ne devez vous croire astreints qu’à ce qu’il a jugé, en matière de foi, avec notre parfait consentement. »

le Pape Saint Hormisdas Ier (450-523) envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui déchiraient l’Orient – le 11 août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome. Et parmi les allégations dans ce sens se trouvait le mention du concile de Chalcédoine. Celui-ci n’est pas mentionné comme ayant été dominé par le Pape, mais il ne se serait jamais trouvé là si il avait été lé croyance en Orient ou en Occident que ce concile fut anti-papiste.Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire, et y souscrivirent, preuve qu’ils adhéraient à son contenu. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome. D’après des rapports, 2500 Evêques ont souscrit à ce formulaire. En voici le texte :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi juste et de ne s’écarter d’aucune façon des décrets des pères. Et parce qu’il n’est pas possible de négliger la parole de notre Seigneur Jésus Christ qui dit :  « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » [Matthieu XVI ,18], ce qui a été dit est prouvé par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du Siège apostolique [autre version du texte : c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. Ne voulant donc nous séparer d’aucune façon de cette espérance et de cette foi, et suivant en toutes choses ce qu’ont décrété les pères, nous anathématisons tous les hérétiques, et principalement l’hérétique Nestorius qui fut jadis évêque de la ville de Constantinople, condamné au concile d’Ephèse par Célestin, le pape de la ville de Rome, et par saint (l’homme vénérable) Cyrille, l’évêque de la ville d’Alexandrie ; avec celui-ci (de même) nous anathématisons Eutychès et Dioscore d’Alexandrie, condamnés au saint synode de Chalcédoine que nous suivons et embrassons (qui, suivant le saint concile de Nicée, a proclamé la foi apostolique). Nous y ajoutons (nous exécrons également) le criminel Timothée, surnommé Aelure, ainsi que son disciple et partisan en toutes choses Pierre d’Alexandrie ; et de même nous condamnons (également) et nous anathématisons Acace, jadis évêque de Constantinople, condamné par le Siège apostolique, leur complice et partisan, et ceux qui sont restés en communion avec eux ; car (Acace), s’étant joint à leur communion, a mérité la même sentence de condamnation. De même nous condamnons Pierre d’Antioche avec tous ceux qui l’ont suivi et les partisans de ceux qui ont été mentionnés plus haut. (Mais) c’est pourquoi nous recevons et approuvons toutes les lettres du bienheureux pape Léon, qu’il a écrites touchant la religion chrétienne. Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère (donc) mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie (et parfaite) la solidité de la religion chrétienne. Nous promettons (je promets) aussi que (à l’avenir) les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Eglise catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. (Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés.) Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise (envoyée) à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome. » (Règle de la Foi, dans Lettre IX à Jean Evêque de Népomucène, 11 août 515, PL 63, colonnes 393 et 394, MANSI tome 8, colonnes 407-408)

2) La confirmation du IIIè concile de Constantinople : argument d’autorité pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes

A l’occasion du IIIè concile de Constantinople (680-681), le Pape saint Agathon envoya deux lettres aux empereurs. Nous lisons, entre autres, dans la première lettre :

« Saint Pierre a reçu du Rédempteur lui-même par une triple recommandation qui lui en a été faite, la charge de paître les brebis spirituelles qui composent son Eglise ; et c’est grâce à l’appui qu’il continue de lui prêter, que cette Eglise apostolique n’a jamais déviée par une erreur quelconque de la voie de la vérité ; aussi, de tout temps, toute l’Eglise catholique et les conciles généraux ont-ils fidèlement adhéré à son autorité comme à celle du prince de tous les apôtres, s’attachant à la suivre en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres […] » (Lettre 1 Consideranti mihi aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 et suivants)

Par la suite, le 15 novembre 680, lors de la 4è session du IIIè concile de Constantinople (680-681) réunissant surtout des évêques Orientaux, une lecture fut donnée de la première lettre (PL, 87/1168-1169 et MANSI, 11/239-254). Puis, lors de la 18è session, le 16 septembre 681, ce fut au tour de la seconde lettre lue en public et les Pères du concile l’approuvèrent et l’insérèrent dans les actes du concile. Ils déclarèrent :

« C’est le souverain prince des apôtres qui a agi de concert avec nous. Nous avons eu, pour nous aider, le pape dont la conduite est conforme à la sienne et qui lui succède sur son siège, le pape qui dans ses lettres déclare le mystère de la vérité divine et sacrée. Rome, cette ville antique, nous a transmis la profession de foi que Dieu avait dictée à saint Pierre. La feuille sur laquelle fut inscrit le dogme a honoré la fin de ce jour ; sur cette feuille on voyait de l’encre, mais c’est réalité c’est saint Pierre qui parlait au travers de l’écriture du pape Agathon. […] C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. […] Tous unis sous l’inspiration du Saint Esprit, tous d’accord et tous du même avis, acquiesçant tous aux lettres que Notre Très Saint Père et Souverain pontife le pape Agathon a envoyées à Votre Puissance [ndlr : les empereurs], reconnaissant la sainte décision du concile qui dépend de lui et qui rassemble cent-vingt-cinq prélats, etc. » (MANSI, 11/666, 684 et 686)

Le déroulé des événements est décrit dans cet article.

Le IIIè concile de Constantinople confirme donc que tous les conciles antérieurs ont reconnus la souveraineté de l’Evêque de Rome. Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises.

De plus, les deux lettres affirment qu’aucun Evêque de Rome n’a jamais enseigné l’erreur, cela a donc pour effet de confirmer les propos des Papes saint Boniface Ier, saint Sixte III et saint Hormisdas, que nous avons cité. En effet, nous lisons, entre autres, dans la première lettre :

« Que Votre Clémence considère donc cet avertissement de Notre-Seigneur et Sauveur, l’auteur de notre foi : en promettant à saint Pierre que sa foi ne défaillirait pas, il l’engagea à confirmer ses frères. Tout le monde sait bien que les pontifes du siège apostolique, ceux qui ont précédé mon humble personne, ont réalisé cette tache sans douter de cette parole. » (Lettre 1 Consideranti mihi aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169)

Puis :

« Que votre auguste clémence veuille donc bien considérer que le maître et le Sauveur de tous, qui est l’auteur de la foi, et qui a promis que la foi de Pierre ne défaillira jamais, l’a averti d’affermir ses frères : charge dont se sont acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait, les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs ; et quoique bien inférieur à leurs mérites je veux, puisque la grâce divine m’a appelé à leur succéder, m’acquitter à leur exemple de ce même ministère. » (Lettre 1 Consideranti mihi aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 et suivants)

Et dans la seconde, signée des cent-vingt-cinq Évêques d’un concile tenu à Rome :

« Nous croyons que Dieu fera à votre trône, qu’il a élevé lui-même, la faveur si rare, et qui est le privilège du très-petit nombre, d’être le moyen dont il se servira pour faire briller aux yeux de tous la lumière de la foi catholique et apostolique, qui, ayant pour principe la source même de la vraie lumière dont elle est comme le rayon, nous a été transmise par le ministère des princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par les hommes apostoliques leurs disciples et leurs successeurs, et est parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à notre médiocrité, sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer, et Dieu veuille bénir les efforts que fait votre autorité providentielle pour la conserver toujours inaltérable ! Tel a été aussi l’objet constant de la sollicitude du siège apostolique, et de tant de pontifes auxquels nous succédons malgré notre indignité. » (Lettre 3 Omnium bonorum spes aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682)

Le pape évoque « les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs » comme s’étant « acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait » à affermir leurs frères selon les paroles du Sauveur. Il est enfin question de la saine doctrine « parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à [saint Agathon], sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer ». Aussi si tous se sont acquittés de cette tache, cela signifie qu’aucun n’a failli.

C’est le Pape saint Léon II qui ratifia les décret du IIIè concile de Constantinople et qui lui donna sa forme de concile général, lui donnant force obligatoire pour l’Eglise universelle. Voici ses mots :

« Nous avons donc parcouru d’abord avec un extrême empressement les lettres synodiques, dont le langage plein d’élévation nous a frappés. Puis, avec une minutieuse attention, examinant chacune des pièces écrites, les conférant avec les récits des légats apostoliques, nous avons reconnu que le saint, grand et œcuménique concile sixième, réuni avec la grâce de Dieu par décret impérial à Constantinople, s’est conformé dans sa profession de foi dogmatique aux décisions rendues dans le synode œcuménique précédemment tenu à Rome [le concle romain de 680], sous la présidence directe du trône apostolique sur lequel nous sommes maintenant assis. [Saint Léon II expose ensuite en détail la doctrine apostolique proclamée par le concile sur les deux volontés du Christ]. Telle fut en effet la règle de la tradition apostolique et vraie, tracée dans son concile par mon prédécesseur Agathon, d’apostolique mémoire. Cette règle, il la fixa dans la lettre que ses légats remirent de sa part à votre piété, en l’appuyant par les témoignages conformes des Pères et des Docteurs de l’Eglise ; cette règle, le concile général de Constantinople l’a reçue comme un oracle émané du bienheureux Pierre, prince des apôtres ; il y a reconnu la doctrine pure et les marques d’une foi immaculée. Ainsi ce grand, saint et œcuménique concile que votre clémence a réuni, et auquel, pour le service de Dieu, elle a voulu présider, ayant embrassé en tout la doctrine des apôtres et des Pères, ayant reçu avec révérence la définition dogmatique promulguée par le Siège du bienheureux apôtre Pierre, dont, malgré notre indignité, nous tenons la place, à notre tour, nous et par notre ministère le vénérable Siège apostolique lui-même, nous approuvons le décret du concile ; par l’autorité du bienheureux Pierre nous le confirmons comme sur la solidité immuable de la pierre posée par Jésus-Christ pour fondement à l’Eglise. La vénération qui s’attache aux précédents conciles généraux de Nicée, Constantinople, Ephèse, Chalcédoine et Constantinople (deuxième), nous voulons qu’elle soit rendue à cette récente assemblée œcuménique, où le Saint-Esprit vient encore de se manifester pour le salut des âmes et dont toute la gloire dans le Seigneur sera jusqu’à la fin des siècles attribuée à votre piété impériale. » (Lettre III Regi regum, à l’empereur Constantin IV, vers août 682, PL 96, 404 et 405 ; Mgr Justin FEVRE dans Histoire apologétique de la Papauté, tome 3, page 487, cite ce passage de saint Léon II mais se trompe dans la référence : il indique la colonne 464 au lieu de 404)

Nous avons ici plusieurs éléments. Le premier est que c’est en vertu de l’autorité de l’apôtre Pierre qu’il confirme le concile. Preuve qu’il était clair non seulement pour lui mais aussi pour ses destinataires qu’il était le chef visible et infaillible de droit divin de l’Eglise de Jésus-Christ, et que rien ne pouvait avoir cours sans son approbation expresse ou tacite. Le deuxième est qu’il appelle « oeucuménique » le concile de Rome de 680, réunissant 125 Evêques autour du Pape saint Agathon qui, comme nous l’avons vu, affirme l’infaillibilité des Papes (Saint Agathon, Lettre III Omnium bonorum spes aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682), et en conséquence, d’une part qu’il y croit aussi et ne saurait donc pas condamner Honorius comme hérétique au sens strict, et d’autre part que la confirmation du concile de Constantinople que porte la lettre ne saurait faire de même. Le troisième est le constat que le IIIè concile de Constantinople « pense de même » que ce concile de Rome qui affirme l’infaillibilité des Papes, et qu’il a reçu « comme un oracle émané de la bouche même de Pierre, prince des apôtres », la règle de foi promulguée par saint Agathon, et l’approuve par ce seul motif qu’il a reçu avec révérence cette règle, ce type de la vraie foi, de la tradition apostolique. Pour mieux accentuer encore sa pensée, saint Léon II déclare œcuménique le synode romain tenu par saint Agathon comme nous l’avons dit. Enfin le quatrième, prenant le contrepied du décret conciliaire qui avait mêlé à la définition de la foi les anathématismes, le Pontife donne à la définition de la foi son approbation absolue, quant aux anathématismes, il en détache soigneusement Honorius en spécifiant bien un motif de blâme différent et grandement inférieur à celui des autres, interprétant ainsi de manière authentique l’intention de l’assemblée conciliaire, conformément à ce que ses légats n’auront pas manqué de lui rapporter. Nous allons voir à la section suivante.

Les conséquences sont donc loin d’être minimes ! En effet, pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, dont nous avons parlé. Puisque ceux-ci, après avoir lu cela, sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres et approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes précédents sur la Papauté (aussi bien son existence en tant que dogme apostolique que la réponse à l’argument que les anti-romains pensent pouvoir tirer de ce même concile contre la Papauté, à travers le cas d’Honorius), le Filioque et le célibat sacerdotal, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes antérieurs.

3) Le Décret gélasien (496)

Il y a encore le témoignage du Décret gélasien (496)

« Nous avons considéré qu’il faut annoncer que bien que toutes les Eglises catholiques se répandent à travers le monde comprennent une chambre nuptiale du Christ, néanmoins, La sainte romaine n’est pas placée devant les autres églises par des édits de synodes, mais elle a la primauté de par la parole évangélique du Seigneur et Sauveur disant : ‘Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront pas‘À cela s’est ajouté également la compagnie du très bienheureux Paul, le vase d’élection : ce n’est pas un autre moment, comme le disent sottement les hérétiques, mais au même moment, le même jour, par une mort glorieuse avec saint Pierre, qu’il a été couronné en combattant, dans la Ville de Rome, sous l’empereur Néron : et de la même manière ils ont consacré au Christ l’église romaine susdite, et par leur présence et triomphe vénérable ils l’ont placée avant toutes les autres villes dans le monde entier. Le premier siège de l’apôtre Pierre est donc l’église romaine qui n’a ni tache, ni ride, ni rien de semblable [Ephésiens V, 27]. […] Et bien que personne ne puisse poser d’autre fondement que celui qui a été posé et qui est Jésus Christ [I Corinthiens III, 11], l’Eglise sainte, c’est-à-dire l’Eglise romaine, n’interdit pas que pour son édification, outre les Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testament que nous recevons selon la règle, soient reçus également ces autres écrits, à savoir : […] » (Lettre décrétale sur les livres à recevoir ou à ne pas recevoir, aussi nommée Décret de Gélase ou Décret gélasien, III et IV, DS 350, 351 et 352)

Ce document est appelé Décret Gélasien traditionnellement daté de 496, mais dont la date doit peut-être être repoussée jusqu’en 523, année de la mort du Pape saint Hormisdas. Nous ne connaissons pas son auteur. Toutefois, on consultera avec fruits l’étude du Albert DUFOURCQ intitulée Vues nouvelles sur le décret gélasien et sur le pape Damase (Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Année 1909, 53-11, pp. 820-825) en cliquant ici. Ce document anonyme n’a donc sans doute pas l’autorité du Pape saint Gélase, toutefois il doit quand même refléter la doctrine générale de l’époque de sa rédaction. Dans le cas contraire son auteur n’aurait jamais pu songer à l’écrire et encore moins à le mettre sous le nom de Gélase. Et quand même l’aurait-il fait, jamais il n’aurait obtenu aussi vite une autorité aussi grande, surtout en lui reconnaissant une origine papale.

4) La doctrine de saint Théodore Studite

Saint Théodore Studite (759-826) nous apprend qu’une génération avant Photius, la croyance de l’Eglise de Constantinople était l’impossibilité de considérer des décrets d’un concile comme valables sans l’Autorité du Pape. C’est le droit propre du Souverain Pontife qu’un synode orthodoxe ne puisse se tenir sans sa connaissance et son assentiment. C’est à lui qu’il appartient de convoquer un concile légitime contre l’assaut des hérésies. Écoutons saint Théodore parlant de ce droit dans sa lettre au Pape saint Léon III :

« Les moechiens, s’arrogeant une autorité qu’ils n’ont pas, n’ont pas craint de réunir un synode hérétique, alors que, selon la pratique en vigueur dès l’origine on n’a même pas le droit de tenir un concile orthodoxe sans votre connaissance. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique ! » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C : El γαρ ούτοι έαυτοϊς έξαυθεντήσαντες αίρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ουκ εδεισαν, καίπερ ει καΐ όρθόδοξον οΰκ άνευ τής υμών ε’ιδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το ά*νωθεν κεκρατηκος εθος, πόσω γε μάλλον ευλογον καί άναγκαΐον αν εί’η (ύπομίμνήσκομεν φόβω) ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σύνολον, ώς αν το όρθόδοξον τής ‘Εκκλησίας δόγμα το αίρετικον άποκρούσηται’)

Ecrivant au pape saint Léon III, il lui parle du synode qu’ont tenu, en janvier 809, les partisans des secondes noces de l’empereur Constantin VI qui, après avoir été marié à l’arménienne Marie, l’avait reléguée dans le cloître (janvier 795), et avait épousé la cubiculaire Thépdote :

« Il s’est tenu dans notre pays, ô bienheureux Père, dit-il, un synode pour la condamnation de l’Évangile du Christ, dont vous avez reçu les clés de la part de ce même Christ, par l’intermédiaire du prince des apôtres et de ses successeurs, jusqu’à celui qui a précédé Votre Sainteté. » (Lettres, I, 34 ; col. 1021 C et D)

II écrit dans le même sens à l’archimandrite Basile, qui gouvernait alors un monastère de Rome :

« II serait utile, comme c’est notre pensée et notre désir, que condamnation fût portée en synode par le Coryphée apostolique, selon la coutume traditionnelle, contre ceux qui se sont assemblés en adversaires de l’Évangile du Christ et qui pnt anathematise ses défenseurs. » (Lettres, Ι, 35 ; col. 102g C : Συμφέρον δ’ αν εί’η, ώς ό ημέτερος σκοπός και πόθος, έπιτιμηθήναί συνοδίκώς δια τοΰ κορυφαιοτάτου ‘Αποστολικού, ώσπερ επί των άνωθεν καί έξ αρχής, τους συνεδρεΰσαντας κατά τοϋ Ευαγγελίου τοΰ Χρίστου καί άναθεματίσαντας τους άντεχομένους αύτοΰ)

La primauté du Pontife romain est donc une primauté vraiment divine. Aussi bien, Théodore l’attestait-il dans une précédente lettre adressée au même Pape :

« Les « moechiens » ou partisans du divorce impérial, écrivait-il, n’ont pas craint de s’arroger le pouvoir de tenir un synode, alors qu’ils n’ont pas le droit de réunir, sans votre connaissance, même un concile orthodoxe, selon l’usage en vigueur de vieille date. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique Nous vous avons fait ces communications, nous, les plus humbles des membres de l’Église, comme il convenait à notre petitesse, dans un esprit d’entière soumission à votre divine puissance pastorale. Nous conjurons d’ailleurs Votre Sainteté de nous compter au nombre de ses propres brebis, de nous éclairer et de nous fortifier de loin par ses saintes prières. » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C et D : Eî γαρ οδτοί έαυτοΐς έξαυθεντήσαντες αΐρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ούκ εδεισαν, καίπερ ει και όρθόδοξον ούκ άνευ της υμών είδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το άνωθεν κεκρατηχος εθος· πόσω γε μάλλον ενίλογον και άναγκαΐον αν είη, ύπομιμνήσκομεν φόβω, ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σΰνοδον Ταΰτα άνηγγελκότες, ώς ελάχιστα μέλη της ‘Εκκλησίας, και τί) ύφ’ύμών υπείκοντες θεία ποιμεναρχία)

Voir aussi sa  déclaration explicite dans PG, XCIX, col. 1019 G, 1419 AB.

Aussi sa vision complète de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascène, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

G) Un canon à nouveau réclamé car non reconnu

Une preuve supplémentaire que ce canon, une fois refusé par Rome, n’eut aucune autorité dans l’Eglise, est qu’il fut « renouvelé » par deux conciles : choses qui n’aurait jamais eu lieu si le second rang de Constantinople avait été une chose acquise dès le concile de Constantinople. Ce second rang fut à nouveau revendiqué par les Pères du concile de Chalcédoine (451) dans son fameux « 28è canon », ainsi qu’au concile « in Trullo » (691-692).

1) Au concile de Chalcédoine (451)

Nous réfutons l’argument que nos adversaires tirent du 28è canon de Chalcédoine dans notre article intitulé : Le 28è canon du Concile de Chalcédoine (451). Nous y démontrons que ce canon, à l’instar du 3è de Constantinople, prouvé également l’inaliénabilité et l’origine divine de la primauté romaine.

Mais arrêtons nous un instant sur ce qui se passa à Chalcédoine. Lorsqu’on eut terminé ce qui regardait la condamnation d’Eutychès et de Nestorius, après le départ de Chalcédoine des évêques d’Alexandrie, d’Ephèse et de la plus grande partie des prélats, malgré les réclamations des légats du Pape, qui avaient également quitté le concile, ce troisième canon du premier concile de Constantinople fut confirmé, et l’on déclara soumis au patriarche de celle ville le Pont, l’Asie et la Thrace.

Les légats du Pape s’y opposèrent et demandèrent la révocation de ce décret. Non-seulement ils n’obtinrent pas ce qu’ils demandaient, mais les évêques qui avaient parlé ce décret supplièrent saint Léon le Grand de confirmer ce canon de son autorité. L’empereur Marcien adressa la même prière au Pontife. Ces faits sont prouvés par la lettre qu’envoyèrent à saint Léon, au nom de Marcien et de Valentinien III, l’évêque Lucien et le diacre Basile. Mais telle fut la sagesse de saint Léon, telle fut sa constance à défendre les anciennes institutions ecclésiastiques, qu’il rejeta toujours ce décret de Chalcédoine et le rendit de nul effet. C’est ce que démontrent abondamment les lettres qu’écrivit saint Léon à Marcien, à l’impératrice Pulchérie, aux évêques qui s’étaient réunis à Chalcédoine, à l’évêque de Constantinople, Anatolius, à Maxime d’Antioche et à Protère d’Alexandrie. Saint Grégoire nous apprend que Rome n’approuva que la partie doctrinale et non les canons ; le pape saint Léon ne voulut pas davantage reconnaître à l’évêque de Constantinople le second rang, que ce concile lui avait attribué et que cet évêque redemandera au concile de Chalcédoine. Lucentius, légat du Saint-Siège, lors du concile de Chalcédoine, en s’opposant alors à ce décret, répondit avec justesse à ceux qui alléguaient en sa faveur le concile de Constantinople :

« Si dès lors les évêques de Constantinople ont joui de cette prérogative, que demandent-ils, et pourquoi le demandent-ils, s’ils n’en ont jamais joui ? » (Rapporté par saint Grégoire le Grand, Registre des Lettres, livre VI, Lettre 123)

2) Au concile « in Trullo » (691-692)

Le concile « in Trullo » (691-692) se réunit à l’initiative de l’empereur Justinien II pour mettre fin à la décadence des mœurs qui affligeait, selon lui, l’Empire et l’Église, en réformant le droit canonique. Ce synode qui se réunit sans l’approbation de Rome, ne rassembla que 220 Evêques dont 183 issus du patriarcat de Constantinople et 10 issus d’Occident. des évêques orientaux. Il doit son nom à la pièce du palais impérial de Constantinople nommée αίθουσα Τρούλου (« salle de Troullos ») où il se tint. Il eut la prétention de compléter l’oeuvre des Vè et VIè conciles généraux (oecuméniques), que sont les IIè (553) et IIIè concile de Constantinople (680-681), d’où son nom de de Quinisexte. Voici ses mots allégués par les adversaires de la Papauté :

« Renouvelant la législation des cent cinquante saints pères, qui se sont réunis dans cette ville impériale gardée de Dieu, et des six cent trente qui se sont rassemblés à Chalcédoine, nous décrétons, que le siège de Constantinople jouira des mêmes privilèges que le siège de l’ancienne Rome et obtiendra dans les affaires de l’Eglise la même grandeur que celui-ci, venant second après lui ; le siège de la grande ville d’Alexandrie sera compté ensuite, puis celui de Antioche, et après celui-ci, le siège de la ville de Jérusalem. » (Canon 36)

a) Un canon qui confirme la primauté romaine de droit divin

Les adversaires de la Papauté utilisent souvent ce canon pour soutenir leurs affirmations, ne se rendant pas compte qu’il les réfute !

En effet, lors du concile de Chalcédoine, en 451, l’empire romain d’Occident existait encore, pour ne disparaître qu’en 476. Aussi, malgré le transfert de la capitale impériale à Milan en 268, puis à Ravenne en 402, le Sénat resta toujours à Rome, jusqu’au bout. Le concile pouvait donc avoir des réticences à retirer la primauté au siège de Rome si, comme les adversaires de la Papauté le pensent, ils n’avait considéré le primauté romaine que comme une simple coutume, dépendante de l’autorité politique. Mais lors du concile in Trullo, l’empire romain d’Occident avait disparu depuis plus de 200 ans, et l’Italie avait été reconquise par l’empire romain d’Orient suite à la Guerre des Goths (535-553). L’empire d’Orient avait alors organisé sa nouvelle conquête en créant l’Exarchat de Ravenne, dans laquelle se trouvait Rome. Au moment du concile in Trullo, la ville de Rome était donc civilement non seulement subordonnée à Constantinople, mais en plus n’était même pas la capitale de la province dans laquelle elle se trouvait. Pourtant les Evêques du concile in Trullo maintiennent leur revendication d’un second rang pour Constantinople, au lieu de réclamer le premier, ce qui n’aurait aucun sens si la primauté romaine avait été d’origine politique !

b) Un canon renouvelé et non pas confirmé

C’est particulièrement remarquable car c’est ce qu’on lit dans le synodique de Constantinople ou recueil des actes de cette Église. Quoique schismatique l’auteur de ce recueil dit, sur le vingt-huitième canon du quatrième concile :

« Il me paraît que ce canon n’a pas été reçu môme au commencement, mais aboli aussitôt ; car il est constant que Léon, de Rome, non-seulement ne donna point son assentiment au concile en cette affaire, mais qu’il blâma celte absurde nouveauté avec indignation dans les lettres qu’il écrivit et à l’empereur et au concile. D’où vient, je pense, qu’aucun des deux conciles qu’on appelle le cinquième, ni celui sous Justinien, ni celui sous Pogonat, n’a écrit de canon sur aucune matière. Que si le sixième concile (le quinisexte) dit : Nous statuons en renouvelant, et non pas en confirmant, il montre par là même que dès le commencement ce canon du quatrième concile n’a été aucunement mis en pratique, ni aucunement reçu, mais il est demeuré sans nul effet dans l’intervalle. Je dis le canon touchant la prérogative et la prééminence dans les choses ecclésiastiques ; car, ce qui dans l’origine n’a pas eu de consistance, mais a été annulé aussitôt, on le renouvelle, tandis que, ce qui subsiste et se pratique, on le confirme et on l’approuve. C’est ainsi que chaque concile parle des conciles antérieurs. » (Publié par Angelo MAI, Spicilegium Romanum, t. 7, prefatio, p. 25 et 26)

c) Un concile irrégulier et jamais approuvé

On trouvera toutes les preuves de l’invalidité de ce canon dans notre article Le concile « in Trullo » (691-692) est-il valide ?

H) Un second rang accordé tardivement

Cette résistance du Saint-Siège dura longtemps ; c’est seulement sous Innocent III, au quatrième concile de Latran, en 1215, que la Chaire apostolique approuva le canon qui donnait au patriarche de Constantinople la seconde place après celui de Rome. On lira sur ce point le docte Lequien, de l’ordre des Frères-Prêcheurs, dans son très-savant ouvrage l’Orient chrétien, où il traite des origines, de l’institution, des accroissements et de la forme d’administration du patriarcat de Constantinople Personne n’a expliqué avec plus de sagesse ce point d’histoire ecclésiastique.

26 commentaires sur “La Papauté au Ier Concile de Constantinople (381)

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Cette entrée a été publiée le 16 avril 2018 par dans Catholicisme, Foi Catholique, Papauté, et est taguée .
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