+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La Papauté au Ier concile de Constantinople (381)

Dossier sur la Papauté : ici

Le premier concile de Constantinople représenté sur une enluminure d’un manuscrit byzantin du IXe siècle

Le premier concile général de Constantinople, deuxième œcuménique, réunit, en 381, cent-cinquante évêques. A cette époque, trois empereurs gouvernaient simultanément l’empire : Théodose régnait sur l’Orient ; celui qui avait appelé Théodose à l’empire, Gratien, sur les Gaules, l’Espagne et la Grande-Bretagne ; Valentinien, sur l’Illyrie, l’Italie et l’Afrique. Lors de son avènement, en 379, le triste état de divisions dans lequel Théodose trouva l’Orient porta cet empereur à convoquer, pour y rétablir l’unité et faire fleurir la discipline, un concile national. Ce concile condamna Macédonius et Apollinaire, et fit quelques additions au Symbole de Nicée, principalement pour affirmer plus solennellement la divinité du Saint Esprit.

Voici le plan de notre étude :

I) Un concile convoqué par le Pape

II) Les décrets du conciles confirmés par le Pape : témoignages des auteurs Orientaux

A) Le témoignage de Mennas et Théodore, patriarches de Constantinople

B) La doctrine de saint Théodore Studite

C) L’aveu de Photius

III) Le 3è canon de ce concile contredit-il la Papauté ?

A) Argument des adversaires de la Papauté

B) Un canon incompris

C) Une primauté romaine venue de saint Pierre et non de la dignité impériale

D) Une primauté romaine de droit divin

E) Une remarque à l’intention des Orthodoxes

F) Un canon refusé par Rome et inappliqué

1) Le témoignage des Papes reconnus par les Orthodoxes

2) Le Décret gélasien (496)

3) La doctrine de saint Théodore Studite

G) Un canon à nouveau réclamé car non reconnu

1) Au concile de Chalcédoine (451)

2) Au concile « in Trullo » (691-692)

a) Un canon qui confirme la primauté romaine de droit divin

b) Un canon renouvelé et non pas confirmé

c) Un concile irrégulier et jamais approuvé

H) Un second rang accordé tardivement

I) Un concile convoqué par le Pape

Par le fait, les évêques des Etats de Théodose ne pouvaient, à eux seuls, former un concile œcuménique, puisque ces Etats étaient loin de former la plus grande partie de l’Eglise. Il y aurait contradiction même dans les termes, car un concile œcuménique, suivant l’étymologie grecque, est un concile de la terre habitée, de l’Eglise entière. Un concile tenu en Orient par des évêques d’Orient, sous l’influence d’un empereur d’Orient, est un concile… d’Orient. Il ne pourrait devenir œcuménique que par l’adhésion à ses actes du Pape et des évêques des autres parties de la chrétienté, et ce cas est précisément celui du second concile général. Avant de réunir ce concile, Théodose avait pris l’agrément du pape Damase. Les Pères du concile, dans une lettre à ce Pontife, le déclarent expressément. Ils témoignent que ce fut sous l’autorité religieuse du Pape que se réunit le concile. Ils s’appellent eux-mêmes « les membres » de leur destinataire. Ils affirment que le Pape voulait initialement le réunir à Rome, mais que pour des raisons de practicité, ce dernier se tint finalement à Constantinople :

« Etant animés d’une charité véritablement fraternelle, vous nous invitez par les lettres du très pieux Empereur, à nous trouver comme vos membres, au Concile que vous prétendez tenir à Rome, selon la volonté de Dieu, afin qu’après que nous avons été seuls destinés à souffrir toute sorte de misères, vous ne soyez pas seuls destinés à la joie, et au triomphe, depuis que les Empereurs concourent à la défense de la piété ; mais que nous ayons part à votre joie, et que nous régnions avec vous, selon l’expression du saint Apôtre. Nous aurions bien souhaité qu’il nous eût été possible de contenter votre désir; et nous aurions volontiers demandé des plumes pour voler comme des colombes, et pour nous reposer dans votre sein. Mais comme nous ne saurions y aller, sans abandonner les Eglises qui commencent à se repeupler, et que l’année dernière nous nous rassemblâmes à Constantinople, après avoir assisté au concile d’Aquilée » (Lettre du Concile de Constantinople, cité par Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, V, 9)

Le sixième concile général, dans une revue des conciles antérieurs, dit à son tour :

« Macédonius, dit le troisième concile général de Constantinople, en parlant du premier, niait la divinité du Saint-Esprit; l’empereur Théodose et Damase, dont la foi était inaccessible à l’esprit d’erreur [ndlr : il est donc infaillible], y apportèrent un prompt remède. » (Concil., t. VII, col. 108)

S’il en eût été autrement, comment, soixante-dix ans plus tard, les légats du Pape auraient-ils pu dire de Dioscore au concile de Chalcédoine :

« Il a osé célébrer un synode sans l’autorisation du Siège apostolique, ce qui n’a jamais été permis. » (Concil., t. VII, ibid)

II) Les décrets du conciles confirmés par le Pape : témoignages des auteurs Orientaux

Les Pères du concile, presque tous des évêques d’Orient adressèrent au Pape des députés pour demander au Souverain-Pontife la confirmation de leurs actes. Le Pape confirma les décrets, mais seulement pour la condamnation de Macédonius, et par cette confirmation, de national qu’il était, le concile devint œcuménique. Ce sont les auteurs orientaux qui en témoignent !

A) Le témoignage de Mennas et Théodore, patriarches de Constantinople

Ces deux patriarches qui auraient eu un intérêt personnel à faire dire au concile qu’il contredit l’autorité romaine au profit de Constantinople déclarèrent :

« Nous vénérons surtout, disent-ils dans leur profession de fois adressée à l’Evêque de Rome, nous vénérons et recevons comme orthodoxes les quatre conciles de Nicée, de Constantinople, d’Ephèse et de Chalcédoine. Nous acceptons leurs actes et leurs décisions quels qu’ils soient , tels qu’ils ont été écrits du commun consentement des Pères qui y ont assisté, et des légats et vicaires du Siège apostolique en la personne desquels vos prédécesseurs, les Evêques de Rome, les ont présidés. » (Labbe, Concil., t. V, 337)

B) La doctrine de saint Théodore Studite

Saint Théodore Studite (759-826) nous apprend qu’une génération avant Photius, la croyance de l’Eglise de Constantinople était l’impossibilité de réunir un concile sans l’Autorité du Pape. C’est le droit propre du Souverain Pontife qu’un synode orthodoxe ne puisse se tenir sans sa connaissance et son assentiment. C’est à lui qu’il appartient de convoquer un concile légitime contre l’assaut des hérésies. Écoutons saint Théodore parlant de ce droit dans sa lettre au Pape saint Léon III :

« Les moechiens, s’arrogeant une autorité qu’ils n’ont pas, n’ont pas craint de réunir un synode hérétique, alors que, selon la pratique en vigueur dès l’origine on n’a même pas le droit de tenir un concile orthodoxe sans votre connaissance. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique ! » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C : El γαρ ούτοι έαυτοϊς έξαυθεντήσαντες αίρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ουκ εδεισαν, καίπερ ει καΐ όρθόδοξον οΰκ άνευ τής υμών ε’ιδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το ά*νωθεν κεκρατηκος εθος, πόσω γε μάλλον ευλογον καί άναγκαΐον αν εί’η (ύπομίμνήσκομεν φόβω) ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σύνολον, ώς αν το όρθόδοξον τής ‘Εκκλησίας δόγμα το αίρετικον άποκρούσηται’)

Ecrivant au pape saint Léon III, il lui parle du synode qu’ont tenu, en janvier 809, les partisans des secondes noces de l’empereur Constantin VI qui, après avoir été marié à l’arménienne Marie, l’avait reléguée dans le cloître (janvier 795), et avait épousé la cubiculaire Thépdote :

« Il s’est tenu dans notre pays, ô bienheureux Père, dit-il, un synode pour la condamnation de l’Évangile du Christ, dont vous avez reçu les clés de la part de ce même Christ, par l’intermédiaire du prince des apôtres et de ses successeurs, jusqu’à celui qui a précédé Votre Sainteté. » (Lettres, I, 34 ; col. 1021 C et D)

II écrit dans le même sens à l’archimandrite Basile, qui gouvernait alors un monastère de Rome :

« II serait utile, comme c’est notre pensée et notre désir, que condamnation fût portée en synode par le suprême Seigneur apostolique, selon la coutume traditionnelle, contre ceux qui se sont assemblés en adversaires de l’Évangile du Christ et qui pnt anathematise ses défenseurs. » (Lettres, Ι, 35 ; col. 102g C : Συμφέρον δ’ αν εί’η, ώς ό ημέτερος σκοπός και πόθος, έπιτιμηθήναί συνοδίκώς δια τοΰ κορυφαιοτάτου ‘Αποστολικού, ώσπερ επί των άνωθεν καί έξ αρχής, τους συνεδρεΰσαντας κατά τοϋ Ευαγγελίου τοΰ Χρίστου καί άναθεματίσαντας τους άντεχομένους αύτοΰ)

La primauté du Pontife romain est donc une primauté vraiment divine. Aussi bien, Théodore l’attestait-il dans une précédente lettre adressée au même Pape :

« Les « moechiens » ou partisans du divorce impérial, écrivait-il, n’ont pas craint de s’arroger le pouvoir de tenir un synode, alors qu’ils n’ont pas le droit de réunir, sans votre connaissance, même un concile orthodoxe, selon l’usage en vigueur de vieille date. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique Nous vous avons fait ces communications, nous, les plus humbles des membres de l’Église, comme il convenait à notre petitesse, dans un esprit d’entière soumission à votre divine puissance pastorale. Nous conjurons d’ailleurs Votre Sainteté de nous compter au nombre de ses propres brebis, de nous éclairer et de nous fortifier de loin par ses saintes prières. » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C et D : Eî γαρ οδτοί έαυτοΐς έξαυθεντήσαντες αΐρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ούκ εδεισαν, καίπερ ει και όρθόδοξον ούκ άνευ της υμών είδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το άνωθεν κεκρατηχος εθος· πόσω γε μάλλον ενίλογον και άναγκαΐον αν είη, ύπομιμνήσκομεν φόβω, ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σΰνοδον Ταΰτα άνηγγελκότες, ώς ελάχιστα μέλη της ‘Εκκλησίας, και τί) ύφ’ύμών υπείκοντες θεία ποιμεναρχία)

Voir aussi sa  déclaration explicite dans PG, XCIX, col. 1019 G, 1419 AB.

Aussi sa vision complète de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascène, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

C) L’aveu de Photius

Le fait, rapporté dans la Collection des conciles, est tiré de la lettre de Photius à Michel :

« C’est le bienheureux Damase qui confirma le deuxième concile général, dont les décrets sont suivis par l’univers entier. » (Maii, Script, vet., t. I, praef. XXIII)

Voir aussi son Livre des Synodes où il témoigne que ce concile comme tous les autres a eut besoin de la confirmation de l’Evêque de Rome pour faire autorité.

Pour ne pas citer de plus nombreux exemples, on sait, par ce que fit et écrivit saint Léon après le concile de Chalcédoine, combien ce Pape résista au décret de Constantinople.

III) Le 3è canon de ce concile contredit-il la Papauté ?

A) Argument des adversaires de la Papauté

Les adversaires de la Papauté parlent souvent du 3è canon de concile qui contredirait la Papauté. Celui-ci énonce :

« Cependant l’évêque de Constantinople aura la préséance d’honneur après l’évêque de Rome, puisque cette ville est la nouvelle Rome. »

Selon nos contradicteurs, ce canon reconnaîtrait que le premier rang accordé à Rome est lié au fait politique d’être la capitale de l’empire et non au fait religieux d’être le siège de saint Pierre. De plus, ils affirment que cette primauté romaine aurait été non de droit divin mais de droit purement ecclésiastique, que l’Eglise ayant institué pouvait parfaitement abroger. Nous allons voir qu’il n’en est rien.

B) Un canon incompris

Le motif de ce canon est que la coutume orientale était d’honorer particulièrement les sièges épiscopaux des villes importantes politiquement. Aussi, Constantinople étant devenu le nouvelle capitale, les Pères du concile ont entendu rehausser sa dignité ecclésiastique. Mais comme nous allons le voir, cette dignité ne porte nullement ombrage à la primauté romaine sur toute l’Eglise, et ne conféra même pas à Constantinople des pouvoirs locaux en Orient comparables à ceux dont disposait Rome en Occident.

La réelle substance de ce canon nous est connue lorsque ce dernier est mis en relief avec le canon précédent. En effet, le deuxième canon réparti les juridictions patriarcales en répartissant avec exactitude les pouvoirs des sièges d’Orient, sans évoquer Constantinople :

« Les évêques qui sont à la tête d’un diocèse ne doivent pas s’immiscer dans les affaires des Eglises qui sont hors de leurs limites, ni jeter par-là le trouble dans les Eglises. Mais, conformément aux canons, l’évêque d’Alexandrie administrera uniquement les affaires de l’Egypte, les évêques d’Orient gouverneront les Eglises du seul Orient, tout en gardant la préséance reconnue par les canons à l’Eglise d’Antioche, et les évêques du diocèse d’Asie administreront les affaires de l’Asie seule, et ceux du Pont uniquement les affaires du Pont et ceux de la Thrace, les affaires de la Thrace seule. A moins d’être appelés, les évêques ne doivent jamais intervenir hors de leurs diocèses pour des élections d’évêques ou quelque autre acte ecclésiastique. Tout en observant au sujet des diocèses la règle prescrite ci-dessus, il est évident que, conformément aux ordonnances de Nicée, le synode provincial décidera des affaires de toute la province. Quant aux Eglises de Dieu qui sont parmi les nations barbares, elles doivent être gouvernées selon la coutume établie du temps de nos pères. » (2è canon)

Ce canon ne donne aucune juridiction à l’Evêque de Constantinople. Au contraire, il dispose explicitement que les diocèses du Pont, de la Thrace et de l’Asie, et d’Illyrie orientale, sur lesquels les Evêques de Constantinople revendiqueront plus tard la juridiction patriarcale, ne seront administrés que par leurs propres Evêques. C’est ainsi que que le concile n’accorde aucun pouvoir au siège de Constantinople, mais qu’il décide de lui accorder, indépendamment de cela, un rang d’honneur en raison de sa nouvelle dignité impériale. Et c’est pour cela que le 2è canon a pour titre : « Du bon ordre à garder dans chaque province et de la primauté qui revient aux grands sièges d’Alexandrie, d’Antioche et de Constantinople, et de ce qu’un évêque ne doit pas intervenir dans un évêché autre que le sien », alors que le 2è canon en lui-même ne dit pas un mot de Constantinople. C’est la raison pour laquelle le 3è canon commence par le mot « cependant », chose étrange si on ne connaît pas le contexte. Les 2è et 3è canons sont donc une suite logique.

Et ce rang d’honneur, déconnecté de toute juridiction, est d’autant moins contradictoire d’avec la primauté romaine que le concile ne donne au siège de Constantinople rien de commun à ce dont dispose déjà Rome ! En effet, non seulement d’une part Constantinople ne remplace pas Rome en tant que premier siège, comme nous le reverrons plus bas, et d’autre part, même au niveau local, Constantinople n’obtient aucune juridiction patriarcale, pas même sur des les provinces indépendantes, dont le rattachement à Constantinople n’aurait donc porté de préjudice à aucun patriarche. Mais en plus le siège de Constantinople ne cessait même pas d’être suffragant de l’Archevêque d’Héraclée, exarque de Thrace (cela ne changera qu’au concile de Chalcédoine en 451). C’est la même chose qui arriva au siège de Jérusalem lors du concile de Nicée qui après avoir réparti les juridictions patriarcales entre les seuls sièges de Rome, Antioche et Alexandrie en son 6è canon, dispose, selon la coutume, en son 7è canon que l’Evêque de Jérusalem aura une préséance d’honneur, tout en étant soumis à l’Archevêque de Césarée :

« Comme la coutume et l’ancienne tradition portent que l’évêque d’Aelia [Jérusalem] doit être honoré, qu’il obtienne la préséance d’honneur, sans préjudice cependant de l’autorité qui revient à la métropole. » (Concile de Nicée, 7è canon)

L’exégèse brute du 3è canon, mis en relation avec le 2è, nous montre donc qu’il ne conférait pas de fonction patriarcale ni même archiépiscopale au Siège de Constantinople, comparable au Siège de Rome.

Cela suffit en soi à réfuter l’argument anti-papiste tiré de ce canon car si la primauté religieuse suivait vraiment l’autorité politique, alors c’est à tout le moins un pouvoir similaire à celui de Rome au niveau local dont aurait dû alors bénéficier le siège de Constantinople, fut-il en honneur pour l’Eglise universelle, en second rang après lui. Mais il est encore possible de mieux établir cette vérité par l’étude externe du canon.

C) Une primauté romaine venue de saint Pierre et non de la dignité impériale

Il est un fait établit par les écrits des Pères, aussi bien avant qu’après ce concile : la primauté romaine est due au fait que Rome fut le dernier siège épiscopal de saint Pierre, celui où il fut martyr. Ce fait est largement démontré dans notre article : La Papauté depuis les apôtres.

Alors de deux choses l’une : soit ce canon traduit les prétentions orgueilleuses des patriarches de Constantinople, et doit donc être ignoré. D’ailleurs dans ce cas, cela confirmerait paradoxalement que la primauté romaine était inaliénable et donc de droit divin : c’est ce que nous allons démontrer dans un instant. Soit ce canon n’a pas le sens que lui attribue nos contradicteurs. C’est cette seconde hypothèse qui est la bonne, comme nous l’avons déjà démontré juste au dessus et comme  nous allons encore plus le prouver immédiatement.

D) Une primauté romaine de droit divin

Le concile de Constantinople accorde le second rang au siège de Constantinople au motif qu’elle est le « nouvelle Rome » politique. Aussi, si la première Rome l’était pour des raisons politiques, comme l’affirment ceux qui veulent se servir de ce le canon contre la Papauté, elle aurait dû totalement cesser d’être la capitale religieuse de l’Eglise en même tant qu’elle cessait d’être la capitale politique de l’empire. Le concile aurait alors dû transférer la primauté « tout court » à Constantinople, et non pas seulement un second rang d’honneur, sans même lui donner de juridiction patriarcale ni même l’affranchir de son Archevêque ! C’est un signe de l’inaliénabilité de la primauté romaine et que ce sont les pouvoirs religieux de Rome qui ont « déteint » sur ces pouvoirs politiques, et non l’inverse. Et que ceux-ci quittant Rome, pouvaient, dans la tête des Pères du concile, emporter une distinction d’honneur pour leur nouvel Evêque, mais ne pouvait faire cesser l’Evêque de Rome d’être le premier : il s’agit de la coutume orientale dont nous parlions plus haut d’honorer particulièrement les sièges épiscopaux des villes importantes politiquement.

Aussi le motif de ce canon est que jusque-là, on avait toujours observé dans l’Eglise, que les évêques des premiers sièges, plus tard appelés patriarches, seraient considérés dans cet ordre : l’Evêque de Rome à la première place, l’évêque d’Alexandrie à la seconde, l’évêque d’Antioche à la troisième. La ville de Byzance, jusqu’à l’époque où elle fut agrandie par Constantin et illustrée par la résidence impériale, avait eu son évêque, mais sans aucun degré de prééminence, et même soumis aux droits de l’évêque d’Héraclée. Lorsque Constantin eut conféré à cette ville un si grand honneur et une si grande splendeur ; lorsque Constantinople, devenue la capitale de l’empire, commença à s’appeler la nouvelle Rome, il parut convenable de lui donner aussi, dans le gouvernement ecclésiastique, quelque ornement qui démontrât qu’elle avait pris, dans l’administration de l’empire, la place de l’ancienne Rome. Pour atteindre ce but, les Pères du concile décrétèrent :

« Cependant il faut que l’évêque de Constantinople ait la primauté d’honneur après l’Evêque de Rome, parce que Constantinople est la nouvelle Rome. »

Aussi, les Pères du Concile de Constantinople n’ont jamais voulu sous-entendre que la prééminence romaine avait des motifs politiques, mais seulement honorer la nouvelle capitale de l’empire. Dans le cas contraire, ce n’est pas une primauté en second qu’ils auraient voulu accorder au siège de Constantinople, mais la primauté tout court ! Rappelons encore une fois que cette élévation d’honneur ne fut même pas assortie d’une juridiction patriarcale, même pas sur les provinces citées qui n’avaient pas de patriarche, et dont l’attribution à l’Evêque de Constantinople n’aurait pas porté ombrage aux Evêques d’Antioche et d’Alexandrie. Contrairement au siège de Rome, qui conservait la sienne dans le 2è canon. Et cela ne l’affranchissait même pas de la juridiction de son Archevêque, ce qui termine de réfuter l’idée selon laquelle ce canon aurait signifier pour l’Orient chrétien que le primauté romaine aurait été politique.

Mais ce canon du concile de Constantinople portait préjudice à la dignité des sièges d’Alexandrie et d’Antioche. Les évêques de ces deux sièges passaient, l’un, du second au troisième rang ; l’autre, du troisième au quatrième. Les évêques, qui avaient à défendre leurs droits, se plaignirent de cette innovation, et les Pontifes romains improuvèrent constamment pendant longtemps cette décision du concile.

E) Une remarque à l’intention des Orthodoxes

L’église Orthodoxe tire argument de ce canon pour déclarer que la primauté religieuse est dépendante de l’autorité politique. Mais en plus de l’erreur de droit que cela représente comme nous venons de l’établir, il faut aussi souligner la complète incohérence de fait qu’elle commet elle-même. En effet, cette dernière s’est bien gardée de transférer la primauté de Constantinople vers une autre ville Orthodoxe, lorsque celle-ci cessa d’être la tête politique du monde Orthodoxe. Voici quelques réflexions opportunes faites au sujet du 28è canon du concile de Chalcédoine, mais qui s’applique aussi bien au 3è canon du concile de Constantinople :

« Déjà au Ve siècle, le pape S. Léon, qui avait eu à réclamer contre l’usurpation des droits de l’Eglise romaine, faisait observer avec grande raison que « la présence de l’empereur peut faire un séjour royal, mais qu’elle ne peut créer un siège apostolique » : les choses divines ne se réglant point sur les dispositions des choses humaines [1]. » (Père Walter DEVIVIER, SJ, Cours d’apologétique chrétienne, H. & L. Casterman, 1907, IIè partie, chapitre II, Article IV, pp. 393-394)

« [1] Le principe invoqué par S. Léon est tellement évident, que le clergé de Constantinople lui-même suit encore de nos jours en ce point les traditions catholiques. On sait, en effet, que les métropolitains de Chalcédoine, d’Ephèse, de Nicomédie, d’Héraclée, de Cysique, sont membres du Conseil suprême du Patriarcat de Constantinople, et qu’ils jouissent de nombreux et importants privilèges. La raison en est que ces villes, réduites maintenant à n’être plus que des villages ou des bourgs sans importance, étaient autrefois illustres ou chefs-lieux de grandes provinces. S’il était vrai que les vicissitudes de la politique humaine entraînent par elles-mêmes des changements correspondants dans la hiérarchie ecclésiastique, ces métropolitains auraient dû, depuis longtemps, céder leurs privilèges aux évêques de Candie, de Smyrne, de Thessalonique, de Rhodes et de bien d’autres cités. Au reste, si les Grecs schismatiques étaient conséquents avec eux-mêmes, si le motif allégué par Jean le Jeûneur était fondé en raison, l’évêque de Constantinople aurait dû renoncer au titre de patriarche universel, car depuis des siècles l’Empire byzantin a cessé d’exister. D’ailleurs ce titre fastueux est d’autant plus ridicule de nos jours, que ce patriarche n’a plus même sous sa juridiction la sixième partie des chrétiens du rite oriental ! » (Ibidem, page 394, note de bas de page afférente)

F) Un canon refusé par Rome et inappliqué

Un autre fait démontre que le concile se savait inférieur au Pape : il lui demanda de ratifier ses canons, et ce dernier refusa ce fameux troisième canon. C’est donc qu’il avait Autorité. Nous précisons pour nos lecteurs Orthodoxes que l’application de ce canon fut alors illicite, comme en témoignent les Papes reconnus comme saints par les Orthodoxes eux-mêmes.

1) Le témoignage des Papes reconnus par les Orthodoxes

Saint Boniface Ier, monté sur le Siège pontifical en 418, écrivit à Rufin de Thessalonique pour réfuter Atticus de Constantinople, qui se conduisait comme supérieur à l’évêque d’Alexandrie :

« Demeure au bienheureux apôtre Pierre, de par la parole du Seigneur, la sollicitude reçue de lui pour l’ensemble de l’Eglise, laquelle, comme il le sait, a été fondée sur lui selon le témoignage de l’Evangile. Et jamais une position d’honneur ne peut être exempte de soucis, puisqu’il est sûr que toutes choses dépendent de sa réflexion. … Qu’il n’arrive pas aux prêtres du Seigneur que l’un d’entre eux tombe dans la faute de tenter quelque chose par une usurpation nouvelle, et qu’il devienne l’ennemi des décisions des anciens, alors qu’il sait qu’il a pour rival en particulier celui auprès de qui notre Christ a placé le souverain sacerdoce ; et quiconque se dresse pour l’outrager ne pourra être un habitant du Royaume des cieux.  » A toi, dit-il, je donnerai les clés du Royaume des cieux  » Mt 16, 19 dans lequel nul n’entrera sans la faveur du portier. Puisque le lieu l’exige, recensez s’il vous plaît les déterminations des canons, et vous trouverez quel est après l’Eglise romaine le deuxième siège, et quel est le troisième. … Jamais personne n’a levé la main avec audace contre l’éminence apostolique dont il n’est pas permis de réviser le jugement, personne ne s’est dressé contre elle s’il ne voulait pas être jugé. Les dites grandes Eglises observent les dignités par les canons : celles d’Alexandrie et d’Antioche [voir Concile de Nicée, canon 6] ; car elles ont connaissance du droit de l’Eglise. Elles observent, dis-je, les décisions des anciens, en accordant leur bonne grâce en toutes choses comme ils reçoivent cette grâce en retour : celle dont ils savent qu’ils Nous la doivent dans le Seigneur qui est notre paix. Mais puisque la chose le demande, on montrera par des documents que les Eglises des Orientaux surtout, dans les grandes affaires qui rendaient nécessaire un débat de plus grande ampleur, ont toujours consulté le Siège romain et lui ont demandé aide chaque fois que cela était nécessaire. [suivent des exemples d’appels et de requêtes dans l’affaire d’Athanase et de Pierre d’Alexandrie, de l’Eglise d’Antioche, de Nectaire de Constantinople et des Orientaux séparés au temps d’Innocent Ier] » (Lettre Manet beatum à Rufin et aux autres évêques de Macédoine, etc., 11 mars 422)

Saint Sixte III, élu en 432, n’écrivit pas moins explicitement aux évêques d’Illyrie, pour leur défendre d’obéir au patriarche de Constantinople :

« Frères bien-aimés, dit-il, les dispositions qu’a prises, en dehors de nos ordres, le concile d’Orient, ne vous obligent pas ; vous ne devez vous croire astreints qu’à ce qu’il a jugé, en matière de foi, avec notre parfait consentement. »

le Pape Saint Hormisdas Ier (450-523) envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui déchiraient l’Orient – le 1er août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome. Et parmi les allégations dans ce sens se trouvait le mention du concile de Chalcédoine. Celui-ci n’est pas mentionné comme ayant été dominé par le Pape, mais il ne se serait jamais trouvé là si il avait été lé croyance en Orient ou en Occident que ce concile fut anti-papiste. Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire, et y souscrivirent, preuve qu’ils adhéraient à son contenu :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi juste et de ne s’écarter d’aucune façon des décrets des pères. Et parce qu’il n’est pas possible de négliger la parole de notre Seigneur Jésus Christ qui dit :  » Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise  » Mt 16,18, ce qui a été dit est prouvé par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du Siège apostolique [autre version du texte: c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. Ne voulant donc nous séparer d’aucune façon de cette espérance et de cette foi, et suivant en toutes choses ce qu’ont décrété les pères, nous anathématisons tous les hérétiques, et principalement l’hérétique Nestorius qui fut jadis évêque de la ville de Constantinople, condamné au concile d’Ephèse par Célestin, le pape de la ville de Rome, et par saint (l’homme vénérable) Cyrille, l’évêque de la ville d’Alexandrie ; avec celui-ci (de même)nous anathématisons Eutychès et Dioscore d’Alexandrie, condamnés au saint synode de Chalcédoine que nous suivons et embrassons ( qui, suivant le saint concile de Nicée, a proclamé la foi apostolique). Nous y ajoutons (nous exécrons également) le criminel Timothée, surnommé Aelure, ainsi que son disciple et partisan en toutes choses Pierre d’Alexandrie ; et de même nous condamnons (également) et nous anathématisons Acace, jadis évêque de Constantinople, condamné par le Siège apostolique, leur complice et partisan, et ceux qui sont restés en communion avec eux ; car (Acace), s’étant joint à leur communion, a mérité la même sentence de condamnation. De même nous condamnons Pierre d’Antioche avec tous ceux qui l’ont suivi et les partisans de ceux qui ont été mentionnés plus haut. (Mais) c’est pourquoi nous recevons et approuvons toutes les lettres du bienheureux pape Léon, qu’il a écrites touchant la religion chrétienne. Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère (donc) mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie (et parfaite) la solidité de la religion chrétienne. Nous promettons (je promets) aussi que (à l’avenir) les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Eglise catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. (Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés.) Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise (envoyée) à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome. »

Nous ajoutons encore à l’adresse de nos lecteurs Orthodoxes que le IIIè concile de Constantinople ayant déclaré qu’aucun Evêque de Rome n’avait jamais erré dans la foi, et même qu’aucun Evêque de Rome n’errerait jamais dans la foi (c’est l’infaillibilité), ils ne peuvent pas récuser ces deux témoignages, sous peine de faire de ces deux papes des hérétiques. Nous le démontrons dans notre article L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

2) Le Décret gélasien (496)

Il y a encore le témoignage du Décret gélasien (496)

« Nous avons considéré qu’il faut annoncer que bien que toutes les Eglises catholiques se répandent à travers le monde comprennent une chambre nuptiale du Christ, néanmoins, La sainte romaine n’est pas placée devant les autres églises par des édits de synodes, mais elle a la primauté de par la parole évangélique du Seigneur et Sauveur disant : ‘Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront pas‘À cela s’est ajouté également la compagnie du très bienheureux Paul, le vase d’élection : ce n’est pas un autre moment, comme le disent sottement les hérétiques, mais au même moment, le même jour, par une mort glorieuse avec saint Pierre, qu’il a été couronné en combattant, dans la Ville de Rome, sous l’empereur Néron : et de la même manière ils ont consacré au Christ l’église romaine susdite, et par leur présence et triomphe vénérable ils l’ont placée avant toutes les autres villes dans le monde entier. Le premier siège de l’apôtre Pierre est donc l’église romaine qui n’a ni tache, ni ride, ni rien de semblable [Ephésiens V, 27]. […] Et bien que personne ne puisse poser d’autre fondement que celui qui a été posé et qui est Jésus Christ (voir 1Co 3,11), l’Eglise sainte, c’est-à-dire l’Eglise romaine, n’interdit pas que pour son édification, outre les Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testament que nous recevons selon la règle, soient reçus également ces autres écrits, à savoir : […] » (Lettre décrétale sur les livres à recevoir ou à ne pas recevoir, aussi nommée Décret de Gélase ou Décret gélasien, III et IV, DS 350, 351 et 352)

Ce document est appelé Décret Gélasien traditionnellement daté de 496, mais dont la date doit peut-être être repoussée jusqu’en 523, année de la mort du Pape saint Hormisdas. Nous ne connaissons pas son auteur. Toutefois, on consultera avec fruits l’étude du Père Albert DUFOURCQ intitulée Vues nouvelles sur le décret gélasien et sur le pape Damase (Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Année 1909, 53-11, pp. 820-825) en cliquant ici. Ce document anonyme n’a donc sans doute aps l’autorité du Pape saint Gélase, toutefois il doit quand même refléter la doctrine générale de l’époque de sa rédaction. Dans le cas contraire son auteur n’aurait jamais pu songer à l’écrire et encore moins à le mettre sous le nom de Gélase. Et quand même l’aurait-il fait, jamais il n’aurait obtenu aussi vite une autorité aussi grande, surtout en lui reconnaissant une origine papale.

3) La doctrine de saint Théodore Studite

Ce que nous avons dit de ce saint au sujet de la confirmation des canons du concile est aussi bien applicable au cas de ce canon : pour la seule raison que le Pape ne confirma pas le canon, celui-ci n’a aucune valeur dans l’Eglise universelle.

G) Un canon à nouveau réclamé car non reconnu

Une preuve supplémentaire que ce canon, une fois refusé par Rome, n’eut aucune autorité dans l’Eglise, est qu’il fut « renouvelé » par deux conciles : choses qui n’aurait jamais eu lieu si le second rang de Constantinople avait été une chose acquise dès le concile de Constantinople. Ce second rang fut à nouveau revendiqué par les Pères du concile de Chalcédoine (451) dans son fameux « 28è canon », ainsi qu’au concile « in Trullo » (691-692).

1) Au concile de Chalcédoine (451)

Nous réfutons l’argument que nos adversaires tirent du 28è canon de Chalcédoine dans notre article intitulé : Le 28è canon du Concile de Chalcédoine (451). Nous y démontrons que ce canon, à l’instar du 3è de Constantinople, prouvé également l’inaliénabilité et l’origine divine de la primauté romaine.

Mais arrêtons nous un instant sur ce qui se passa à Chalcédoine. Lorsqu’on eut terminé ce qui regardait la condamnation d’Eutychès et de Nestorius, après le départ de Chalcédoine des évêques d’Alexandrie, d’Ephèse et de la plus grande partie des prélats, malgré les réclamations des légats du Pape, qui avaient également quitté le concile, ce troisième canon du premier concile de Constantinople fut confirmé, et l’on déclara soumis au patriarche de celle ville le Pont, l’Asie et la Thrace.

Les légats du Pape s’y opposèrent et demandèrent la révocation de ce décret. Non-seulement ils n’obtinrent pas ce qu’ils demandaient, mais les évêques qui avaient parlé ce décret supplièrent saint Léon le Grand de confirmer ce canon de son autorité. L’empereur Marcien adressa la même prière au Pontife. Ces faits sont prouvés par la lettre qu’envoyèrent à saint Léon, au nom de Marcien et de Valentinien III, l’évêque Lucien et le diacre Basile. Mais telle fut la sagesse de saint Léon, telle fut sa constance à défendre les anciennes institutions ecclésiastiques, qu’il rejeta toujours ce décret de Chalcédoine et le rendit de nul effet. C’est ce que démontrent abondamment les lettres qu’écrivit saint Léon à Marcien, à l’impératrice Pulchérie, aux évêques qui s’étaient réunis à Chalcédoine, à l’évêque de Constantinople, Anatolius, à Maxime d’Antioche et à Protère d’Alexandrie. Saint Grégoire nous apprend que Rome n’approuva que la partie doctrinale et non les canons ; le pape saint Léon ne voulut pas davantage reconnaître à l’évêque de Constantinople le second rang, que ce concile lui avait attribué et que cet évêque redemandera au concile de Chalcédoine. Lucentius, légat du Saint-Siège, lors du concile de Chalcédoine, en s’opposant alors à ce décret, répondit avec justesse à ceux qui alléguaient en sa faveur le concile de Constantinople :

« Si dès lors les évêques de Constantinople ont joui de cette prérogative, que demandent-ils, et pourquoi le demandent-ils, s’ils n’en ont jamais joui ? » (Rapporté par saint Grégoire le Grand, Registre des Lettres, livre VI, Lettre 123)

2) Au concile « in Trullo » (691-692)

Le concile « in Trullo » (691-692) se réunit à l’initiative de l’empereur Justinien II pour mettre fin à la décadence des mœurs qui affligeait, selon lui, l’Empire et l’Église, en réformant le droit canonique. Ce synode qui se réunit sans l’approbation de Rome, ne rassembla que 220 Evêques dont 183 issus du patriarcat de Constantinople et 10 issus d’Occident. des évêques orientaux. Il doit son nom à la pièce du palais impérial de Constantinople nommée αίθουσα Τρούλου (« salle de Troullos ») où il se tint. Il eut la prétention de compléter l’oeuvre des Vè et VIè conciles généraux (oeucuméniques), que sont les IIè (553) et IIIè concile de Constantinople (680-681), d’où son nom de de Quinisexte. Voici ses mots allégués par les adversaires de la Papauté :

« Renouvelant la législation des cent cinquante saints pères, qui se sont réunis dans cette ville impériale gardée de Dieu, et des six cent trente qui se sont rassemblés à Chalcédoine, nous décrétons, que le siège de Constantinople jouira des mêmes privilèges que le siège de l’ancienne Rome et obtiendra dans les affaires de l’Eglise la même grandeur que celui-ci, venant second après lui ; le siège de la grande ville d’Alexandrie sera compté ensuite, puis celui de Antioche, et après celui-ci, le siège de la ville de Jérusalem. » (Canon 36)

a) Un canon qui confirme la primauté romaine de droit divin

Les adversaires de la Papauté utilisent souvent ce canon pour soutenir leurs affirmations, ne se rendant pas compte qu’il les réfute !

En effet, lors du concile de Chalcédoine, en 451, l’empire romain d’Occident existait encore, pour ne disparaître qu’en 476. Aussi, malgré le transfert de la capitale impériale à Milan en 268, puis à Ravenne en 402, le Sénat resta toujours à Rome, jusqu’au bout. Le concile pouvait donc avoir des réticences à retirer la primauté au siège de Rome si, comme les adversaires de la Papauté le pensent, ils n’auraient considéré le primauté romaine que comme une simple coutume, dépendante de l’autorité politique. Mais lors du concile in Trullo, l’empire romain d’Occident avait disparu depuis plus de 200 ans, et l’Italie avait été reconquise par l’empire romain d’Orient suite à la Guerre des Goths (535-553). L’empire d’Orient avait alors organisé sa nouvelle conquête en créant l’Exarchat de Ravenne, dans laquelle se trouvait Rome. Au moment du concile in Trullo, la ville de Rome était donc civilement non seulement subordonnée à Constantinople, mais en plus n’était même pas la capitale de la province dans laquelle elle se trouvait. Pourtant les Evêques du concile in Trullo maintiennent leur revendication d’un second rang pour Constantinople, au lieu de réclamer le premier, ce qui n’aurait aucun sens si la primauté romaine avait été d’origine politique !

b) Un canon renouvelé et non pas confirmé

C’est particulièrement remarquable car c’est ce qu’on lit dans le synodique de Constantinople ou recueil des actes de cette Église. Quoique schismatique l’auteur de ce recueil dit, sur le vingt-huitième canon du quatrième concile :

« Il me paraît que ce canon n’a pas été reçu môme au commencement, mais aboli aussitôt ; car il est constant que Léon, de Rome, non-seulement ne donna point son assentiment au concile en cette affaire, mais qu’il blâma celte absurde nouveauté avec indignation dans les lettres qu’il écrivit et à l’empereur et au concile. D’où vient, je pense, qu’aucun des deux conciles qu’on appelle le cinquième, ni celui sous Justinien, ni celui sous Pogonat, n’a écrit de canon sur aucune matière. Que si le sixième concile (le quinisexte) dit : Nous statuons en renouvelant, et non pas en confirmant, il montre par là même que dès le commencement ce canon du quatrième concile n’a été aucunement mis en pratique, ni aucunement reçu, mais il est demeuré sans nul effet dans l’intervalle. Je dis le canon touchant la prérogative et la prééminence dans les choses ecclésiastiques ; car, ce qui dans l’origine n’a pas eu de consistance, mais a été annulé aussitôt, on le renouvelle, tandis que, ce qui subsiste et se pratique, on le confirme et on l’approuve. C’est ainsi que chaque concile parle des conciles antérieurs. » (Publié par Angelo MAI, Spicilegium Romanum, t. 7, prefatio, p. 25 et 26)

c) Un concile irrégulier et jamais approuvé

On trouvera toutes les preuves de l’invalidité de ce canon dans notre article Le concile « in Trullo » (691-692) est-il valide ?

H) Un second rang accordé tardivement

Cette résistance du Saint-Siège dura longtemps ; c’est seulement sous Innocent III, au quatrième concile de Latran, en 1215, que la Chaire apostolique approuva le canon qui donnait au patriarche de Constantinople la seconde place après celui de Rome. On lira sur ce point le docte Lequien, de l’ordre des Frères-Prêcheurs, dans son très-savant ouvrage l’Orient chrétien, où il traite des origines, de l’institution, des accroissements et de la forme d’administration du patriarcat de Constantinople Personne n’a expliqué avec plus de sagesse ce point d’histoire ecclésiastique.

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Cette entrée a été publiée le 16 avril 2018 par dans Catholicisme, Foi Catholique, Papauté, et est taguée .
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