+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La Papauté au Ier cooncile de Constantinople (381)

Dossier sur la Papauté : ici

Le premier concile de Constantinople représenté sur une enluminure d’un manuscrit byzantin du IXe siècle

Le premier concile général de Constantinople, deuxième œcuménique, réunit, en 381, cent-cinquante évêques. A cette époque, trois empereurs gouvernaient simultanément l’empire : Théodose régnait sur l’Orient ; celui qui avait appelé Théodose à l’empire, Gratien, sur les Gaules, l’Espagne et la Grande-Bretagne ; Valentinien, sur l’Illyrie, l’Italie et l’Afrique. Lors de son avènement, en 379, le triste état de divisions dans lequel Théodose trouva l’Orient porta cet empereur à convoquer, pour y rétablir l’unité et faire fleurir la discipline, un concile national. Ce concile condamna Macédonius et Apollinaire, et fit quelques additions au Symbole de Nicée, principalement pour affirmer plus solennellement la divinité du Saint Esprit.

Un concile convoqué par le Pape

Par le fait, les évêques des Etats de Théodose ne pouvaient, à eux seuls, former un concile œcuménique, puisque ces Etats étaient loin de former la plus grande partie de l’Eglise. Il y aurait contradiction même dans les termes, car un concile œcuménique, suivant l’étymologie grecque, est un concile de la terre habitée, de l’Eglise entière. Un concile tenu en Orient par des évêques d’Orient, sous l’influence d’un empereur d’Orient, est un concile… d’Orient. Il ne pourrait devenir œcuménique que par l’adhésion à ses actes du Pape et des évêques des autres parties de la chrétienté, et ce cas est précisément celui du second concile général. Avant de réunir ce concile, Théodose avait pris l’agrément du pape Damase. Les Pères du concile, dans une lettre à ce Pontife, le déclarent expressément témoignent que ce fut sous l’autorité religieuse du Pape que se réunit le concile. Ils affirment que ce dernier voulait initialement le réunir à Rome, mais que pour des raisons de practicité, ce dernier se tint finalement à Constantinople :

« Etant animés d’une charité véritablement fraternelle, vous nous invitez par les lettres du très pieux Empereur, à nous trouver comme vos membres, au Concile que vous prétendez tenir à Rome, selon la volonté de Dieu, afin qu’après que nous avons été seuls destinés à souffrir toute sorte de misères, vous ne soyez pas seuls destinés à la joie, et au triomphe, depuis que les Empereurs concourent à la défense de la piété ; mais que nous ayons part à votre joie, et que nous régnions avec vous, selon l’expression du saint Apôtre. Nous aurions bien souhaité qu’il nous eût été possible de contenter votre désir; et nous aurions volontiers demandé des plumes pour voler comme des colombes, et pour nous reposer dans votre sein. Mais comme nous ne saurions y aller, sans abandonner les Eglises qui commencent à se repeupler, et que l’année dernière nous nous rassemblâmes à Constantinople, après avoir assisté au concile d’Aquilée » (Lettre du Concile de Constantinople, cité par Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, V, 9)

Le sixième concile général, dans une revue des conciles antérieurs, dit à son tour :

« Macédonius, dit le troisième concile général de Constantinople, en parlant du premier, niait la divinité du Saint-Esprit; l’empereur Théodose et Damase, dont la foi était inaccessible à l’esprit d’erreur [ndlr : il est donc infaillible], y apportèrent un prompt remède. » (Concil., t. VII, col. 108)

S’il en eût été autrement, comment, soixante-dix ans plus tard, les légats du Pape auraient-ils pu dire de Dioscore au concile de Chalcédoine :

« Il a osé célébrer un synode sans l’autorisation du Siège apostolique, ce qui n’a jamais été permis. » (Concil., t. VII, ibid)

Les décrets du conciles confirmés par le Pape

Bien que ce concile ne fut pas œcuménique, il ne fut donc célébré que par l’autorité du pape Damase, et, après sa tenue, les évêques d’Orient adressèrent au Pape des députés pour demander au Souverain-Pontife la confirmation de leurs actes. Le Pape confirma les décrets, mais seulement pour la condamnation de Macédonius, et par cette confirmation, de national qu’il était, le concile devint œcuménique. (le fait, rapporté dans la Collection des conciles, est tiré do la lettre de Photius à Michel :

« C’est le bienheureux Damase qui confirma le deuxième concile général, dont les décrets sont suivis par l’univers entier. » (Maii, Script, vet., t. I, praef. XXIII) Voir aussi son Livre des Synodes où il témoigne que ce concile comme tous les autres a eut besoin de la confirmation de l’Evêque de Rome pour faire autorité.

Le 3è canon de ce concile contredit-il la Papauté ?

Les adversaires de la Papauté parlent souvent du 3è canon de concile qui contredirait la Papauté. Celui-ci énonce :

« Cependant l’évêque de Constantinople aura la préséance d’honneur après l’évêque de Rome, puisque cette ville est la nouvelle Rome. »

Le dernier membre de la phrase, relatif aux prétentions orgueilleuses des patriarches de Constantinople, n’est pas conforme à la vérité. Il est d’ailleurs aisément constatable chez tous les Pères antérieurs aux ceux-ci ont reconnu la primauté romaine non pour des motifs politiques mais bel et bien religieux : celui qu’elle est le Siège de Pierre, ou en exprimant que cette primauté est de droit divin (consulter à ce sujet notre article : La Papauté depuis les apôtres). Saint Grégoire nous apprend que Rome n’approuva que la partie doctrinale et non les canons ; le pape saint Léon ne voulut pas davantage reconnaître à l’évêque de Constantinople le second rang, que ce concile lui avait attribué et que cet évoque redemandait au concile de Chalcédoine. Lucentius, légat du Saint-Siège, en s’opposant alors à ce décret, répondit avec justesse à ceux qui alléguaient en sa faveur le concile de Constantinople :

« Si dès lors les évêques de Constantinople ont joui de cette prérogative, que demandent-ils, et pourquoi le demandent-ils, s’ils n’en ont jamais joui ? » (Saint Grégoire le Grand, Registre des Lettres, livre VI, Lettre 123)

Voici témoignage non suspect, celui de Mennas et de Théodore, tous deux patriarches de Constantinople :

« Nous vénérons surtout, disent-ils dans leur profession de fois adressée à l’Evêque de Rome, nous vénérons et recevons comme orthodoxes les quatre conciles de Nicée, de Constantinople, d’Ephèse et de Chalcédoine. Nous acceptons leurs actes et leurs décisions quels qu’ils soient , tels qu’ils ont été écrits du commun consentement des Pères qui y ont assisté, et des légats et vicaires du Siège apostolique en la personne desquels vos prédécesseurs, les Evêques de Rome, les ont présidés. » (Concil., t. V, 337)

Il s’en suivrait que le premier rang accordé à Rome soit lié au fait politique de la capitale de l’empire et non au fait religieux d’être le siège de saint Pierre. Mais cela est complétement faux. En effet, le concile de Constantinople qui accorde le second rang au siège de Constantinople au motif qu’elle est le « nouvelle Rome » politique. Aussi, si la première Rome l’était pour des raisons politiques, comme le prétend le canon, elle aurait du totalement cesser d’être la capitale religieuse de l’Eglise en même tant qu’elle cessait d’être la capitale politique de l’empire. Or il n’en est rien. C’est un signe de l’inaliénabilité de la primauté romaine et que ce sont les pouvoirs religieux de Rome qui ont « déteint » sur ces pouvoirs politiques, et non l’inverse. Et que ceux-ci quittant Rome, pouvaient emporter une distinction d’honneur pour leur nouvel Evêque, mais ne pouvait faire cesser l’Evêque de Rome d’être le premier.

Bien plus : le Pape refusa de ratifier ce canon et il resta lettre morte, preuve de son autorité supérieure au concile. Jusque-là, on avait toujours observé, dans l’Eglise, que les évêques des premiers sièges, plus tard appelés patriarches, seraient considérés dans cet ordre : l’Evêque de Rome à la première place, l’évêque d’Alexandrie à la seconde, l’évêque d’Antioche à la troisième. La ville de Byzance, jusqu’à l’époque où elle fut agrandie par Constantin et illustrée par la résidence impériale, avait eu son évoque, mais sans aucun degré de prééminence, et même soumis aux droits de l’évèque d’Iléraclée. Lorsque Constantin eut conféré à cette ville un si grand honneur et une si grande splendeur ; lorsque Constantinople, devenue la capitale de l’empire, commença à s’appeler la nouvelle Rome, il parut convenable de lui donner aussi, dans le gouvernement ecclésiastique, quelque ornement qui démontrât qu’elle avait pris, dans l’administration de l’empire, la place de l’ancienne Rome. Pour atteindre ce but, les Pères du concile décrétèrent :

« Il faut que l’évêque de Constantinople ait la primauté d’honneur après l’Evêque de Rome, parce que Constantinople est la nouvelle Rome. »

Ce canon du concile de Constantinople portait préjudice à la dignité des sièges d’Alexandrie et d’Antioche. Les évêques de ces deux sièges passaient, l’un, du second au troisième rang ; l’autre, du troisième au quatrième. Les évêques, qui avaient à défendre leurs droits, se plaignirent de cette innovation, et les Pontifes romains improuvèrent constamment pendant longtemps cette décision du concile.

Boniface Ier, monté sur le Siège pontifical en 418, écrivit à Rufin de Thessalonique pour réfuter Atticus de Constantinople, qui se conduisait comme supérieur à l’évêque d’Alexandrie :

« Je crois meilleur de laisser à votre fraternité le soin de comprendre qui est le maître de l’humilité, qui est le maître de l’orgueil. Mais loin des prêtres du Seigneur qu’aucun d’entre eux tombe dans la faute, en commettant de nouvelles usurpations, de tourner contre lui les exemples des aïeux… Si la circonstance l’exige, s’il vous plaît de revoir les décrets des conciles, vous trouverez aisément qui est, après Rome, le second et qui est le troisième. Que les grandes Eglises conservent leurs dignités par les canons, celle d’Alexandrie, puis celle d’Antioche, selon que le porte la connaissance du droit ecclésiastique. »

Sixte III, nommé en 432, n’écrivit pas moins explicitement aux évoques d’Illyrie, pour leur défendre d’obéir au patriarche de Constantinople :

« Frères bien-aimés, dit-il, les dispositions qu’a prises, en dehors de nos ordres, le concile d’Orient, ne vous obligent pas ; vous ne devez vous croire astreints qu’à ce qu’il a jugé, en matière de foi, avec notre parfait consentement. »

Pour ne pas citer de plus nombreux exemples, on sait, par ce que fit et écrivit saint Léon après le concile de Chalcédoine, combien ce Pape résista au décret de Constantinople. Lorsqu’on eut terminé ce qui regardait la condamnation d’Eutychès et de Nestorius, après le départ de Chalcédoine des évoques d’Alexandrie, d’Ephèse et de la plus grande partie des prélats, malgré les réclamations des légats du Pape, qui avaient également quitté le concile, ce troisième canon du premier concile de Constantinople fut confirmé, et l’on déclara soumis au patriarche de celle ville le Pont, l’Asie et la Thrace.

Les légats du Pape s’y opposèrent et demandèrent la révocation de ce décret. Non-seulement ils n’obtinrent pas ce qu’ils demandaient, mais les évêques qui avaient parlé ce décret supplièrent saint Léon le Grand de confirmer ce canon de son autorité. L’empereur Marcien adressa la même prière au Pontife. Ces faits sont prouvés par la lettre qu’envoyèrent à saint Léon, au nom de Marcien et de Valentinien III, l’évêque Lucien et le diacre Basile. Mais telle fut la sagesse de saint Léon, telle fut sa constance à défendre les anciennes institutions ecclésiastiques, qu’il rejeta toujours ce décret de Chalcédoine et le rendit de nul effet. C’est ce que démontrent abondamment les lettres qu’écrivit saint Léon à Marcien, à l’impératrice Pulchérie, aux évêques qui s’étaient réunis à Chalcédoine, à l’évêque de Constantinople, Anatolius, à Maxime d’Antioche et à Protère d’Alexandrie.

Cette résistance du Saint-Siège dura longtemps ; c’est seulement sous Innocent III, au quatrième concile de Latran, en 1215, que la Chaire apostolique approuva le canon qui donnait au patriarche de Constantinople la seconde place après celui de Rome. On lira sur ce point le docte Lequien, de l’ordre des Frères-Prêcheurs, dans son très-savant ouvrage l’Orient chrétien, où il traite des origines, de l’institution, des accroissements et de la forme d’administration du patriarcat de Constantinople Personne n’a expliqué avec plus de sagesse ce point d’histoire ecclésiastique.

Publicités

3 commentaires sur “La Papauté au Ier cooncile de Constantinople (381)

  1. Pingback: La Papauté depuis les apôtres | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Pingback: Réponses aux objections historiques contre la primauté et l’infaillibilité du Pape (2) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  3. Pingback: Le 28è canon du Concile de Chalcédoine (451) | +†+Yesus Kristus azu+†+

Réagir à l'article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 16 avril 2018 par dans Catholicisme, Foi Catholique, Papauté, et est taguée .
%d blogueurs aiment cette page :