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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

De quand date l’Eglise catholique ?

Toutes les preuves de la Papauté : ici

Une théorie anticatholique courante affirme que l’Eglise Catholique Romaine aurait été fondée en 325, au concile de Nicée par l’empereur romain Constantin.

Cette affirmation est fausse: s’il est exact que Constantin a mit à disposition de l’Eglise la propriété impériale de Nicée pour tenir le concile, et qu’il fit financer sur les deniers impériaux, le déplacement, l’entretien et la sécurité des Pères conciliaires, il n’a pas influencé le concile et n’a fondée aucune Église à ce moment-là. Pour plus de précisions, nous invions le visiteur à lire dans le livre L’histoire et l’infaillibilité des Papes (1859) de l’abbé Benjamin-Marcellin CONSTANT, le sixième chapitre du tome 1 intitulé Sylvestre : qui a convoqué et présidé le Concile de Nicée ?

Cette théorie anticatholique veut que Constantin ait mélangé à cette occasion les religions chrétienne et païenne, mais cette théorie tombe lorsqu’on se rend compte par la simple observation historique que toutes les prétendues adoptions des pratiques païennes par l’Eglise catholique romaine existaient déjà dans les trois premiers siècles chez les chrétiens. Nous pensons que cette fable est une déformation du mensonge des fondateurs des Témoins de Jéhovah. En effet, ces derniers firent croire que les premiers chrétiens ne croyaient pas en la divinité de Jésus-Christ et que cette croyance aurait été inventée au concile de Nicée. Pour appuyer cette thèse, leurs successeurs (les chefs des Témoins de Jéhovah, pas les simples adeptes) n’ont par exemple pas eu peur de mentir sur des citations de plusieurs Pères de l’Eglise; nous avons réfuté leur brochure à ce sujet dans cet article. Il est vrai que le dogme de la divinité de Jésus-Christ ne fut défini qu’au concile de Nicée pour réfuter les novateurs qui la niaient, Arius et ses comparses, mais il n’inventa rien. Cependant, les fondateurs des Témoins de Jéhovah n’auront eu cure de cette subtilité et affirmeront sans vergogne que la divinité de Jésus-Christ en même temps que l’Eglise catholique romaine fut inventée au concile de Nicée. Il est de notre avis que l’affirmation de beaucoup de protestants fondamentalistes selon laquelle l’Eglise catholique romaine aurait été fondée au concile de Nicée est une reprise et une déformation du mensonge Témoins de Jéhovah, en effet, ce dernier est la seule version de l’histoire qui ait un lien, même distendu et mensonger avec la réalité.

Pour nous convaincre que l’Eglise Catholique Romaine existe depuis le premier siècle, regardons ces témoignages antérieures à cette date (de 325) et qui sont donc des témoignages historiques irréfutables de l’existence de la Papauté :

Saint Clément de Rome (Ier siècle)

« Le souvenir traditionnel du pape saint Clément est, après celui des apôtres, le plus imposant de toute l’antiquité chrétienne. Moins de cent ans après sa mort, la figure de Clément est déjà entourée d’une auréole merveilleuse ; et nul doute que ses qualités personnelles, mais plus encore ses fonctions de chef de l’Eglise romaine ne lui aient valu de son temps une influence de premier ordre. » (P. GODET, Dictionnaire de Théologie Catholique, article « CLEMENT Ier DE ROME (Saint) »).

Origène (vers 185-vers 254) l’identifia au Clément, compagnon d’apostolat de saint Paul dont il est question en Philippiens IV, 3 (Commentaire sur saint Jean, VI, 36, P. G., t. XIV, col. 293), saint Jérôme (347-420) fit de même (Les hommes illustres, XV). Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 325), indique d’une part qu’Origène rapporte que selon certains, Clément serait le principal rédacteur de l’Epître aux Hébreux (Histoire ecclésiastique, VI, 25, 11-14, P. G., t. XX, col. 585), et d’autre part qu’il serait le traducteur du texte araméen de cette Epître de saint Paul (Histoire ecclésiastique, III, 38, P.G., t. XX, col. 293). Saint Jérôme dit la même chose (Les hommes illustres, V, 3). Saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202), disciple de saint Polycarpe de Smyrne (vers 69-155), lui-même disciple de l’apôtre saint Jean, nous apprend que Clément :

« avait connu les apôtres eux-mêmes [Pierre et Paul, les apôtres de Rome dont il parle un peu plus haut] et avait été en relation avec eux : leur prédication résonnait encore à ses oreille et leur Tradition était encore devant ses yeux. Il n’était d’ailleurs pas le seul, car il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 3, P. G., t. VII, col. 849)

Il avait de plus certainement côtoyé l’apôtre saint Jean, car au témoignage de Tertullien (vers 155- vers 230), lorsqu’il parlait de Rome :

« L’apôtre Jean y est plongé dans l’huile bouillante : il en sort indemne et se voit relégué dans une île [Patmos]. » (De la prescription contre les hérétiques, XXXVI, 3)

 

« Quelques critiques modernes se sont mêmes avisés d’identifier Clément de Rome et le consul Titus Flavius Clemens, ce cousin de Domitien que l’empereur fit exécuter pour cause d’athéisme, c’est-à-dire très probablement de christianisme. Mais comment s’expliquer, en ce cas, le silence que les Pères ont gardé sur l’élévation d’un membre de la famille impériale à la tête de l’Eglise romaine ? Voir Lightfoot, The Apostolic Fathers, Londres, 1890, part. I, t. I, p. 16-61 ; Funk, Kirchengesch. Abhandl. und Unters., Paderborn, 1897, t. I, p. 309-329. Il est plutôt à croire que saint Clément était un affranchi ou le fils d’un affranchi de la maison du consul. Etait-ce un judéo-chrétien ou un païen converti ? On ne sait. Il semble néanmoins que la lettre aux Corinthiens, fond et forme, décèle un Juif d’origine. Voir Tillemont, Mémoires, t. I ; De Rossi, Bullet. di arch. crist., 1863, p. 27, 39 ; 1865, p. 20 ; Lightfoot, op. cit., t. I, p. 58-61 ; Nestle, dans Zeitschrift für die neutest. Wissenschaft und die Kunde der Urchristentums, t. I (1900), p. 178-180. » (P. GODET, op. cit.)

Fond et forme, l’épître semble être l’œuvre d’un Juif : les références à l’Ancien Testament abondent et dénotent une connaissance très grande de la Bible. Les phrases elles-mêmes – parallélismes, hébraïsmes – plaident en faveur de l’hypothèse. Les apocryphes juifs eux aussi sont cités (Assomption de Moïse, apocryphe d’Ézéchiel). De plus, comme le dit le Père J. LEBRETON :

« La contemplation habituelle de l’œuvre créatrice, la paternité divine conçue comme la relation qui relie le Démiurge à ses créatures plutôt que comme le lien intime né de l’adoption divine : c’était là le cadre traditionnel de la pensée religieuse des Juifs, Clément le reçoit et le respecte » (Histoire du Dogme de la Trinité, Paris, 1928, tome 2, p. 281)

La culture de Clément est celle du judaïsme hellénisant. Clément cite l’Ecriture dans la version des Septante. On relève dans l’épître des citations ou des emprunts libres à Euripide, à Sophocle. Enfin et surtout, l’admiration si marquée de Clément devant l’ordre et l’harmonie qui règnent dans la nature (voir ch. 20 à 22) appartient au mode de la pensée stoïcienne. Cette thèse se trouve encore renforcer par l’antique tradition rapportée par Eusèbe que nous avons cité, selon laquelle il pourrait être le traducteur en langue grecque de l’Epître aux Hébreux : les prédécesseurs d’Eusèbe n’auraient jamais donné crédit à cela s’il n’avait pas été évident que Clément était sinon juif d’origine, au moins qu’il ait maîtrisé l’araméen. Tant le personnage que la Lettre ont joui d’un immense prestige dans la suite des siècles, nous y reviendront plus bas. Sa Lettre est le premier document où l’on voit l’Église de Rome intervenir dans une autre Église pour qu’y vive la charité, document inappréciable par la fraîcheur du texte si proche des rédactions des évangélistes.

Saint Clément fut évêque de 88 à 97. C’est une donnée attestée par l’antiquité chrétienne et pratiquement incontestée. Toutefois, certains en font l’évêque de Rome immédiatement après la persécution de Néron, en en faisant le 3è après Lin et Clet. Cela aurait pour conséquence que saint Pierre ne fut pas évêque de Rome. Nous avons réfuté cette thèse dans cet article et dans celui-ci, nous y renvoyons les lecteurs qui voudraient en savoir plus. C’est à son époque que survint à Corinthe une dissension, un schisme (Histoire ecclésiastique, III, 15-16), lors duquel les laïcs de la ville se révoltèrent leur clergé (Lettre de Clément aux Corinthiens, 47, 6), ce schisme a « a perverti beaucoup d’âmes » et « en a jeté beaucoup dans l’abattement, beaucoup dans le doute et nous [l’Eglise de Rome] tous dans la tristesse » (Lettre de Clément aux Corinthiens, 46, 9), cela fut tellement grave que la chose fut même connue des païens y trouvant une occasion de blasphémer le nom de Jésus-Christ (Lettre de Clément aux Corinthiens, 47, 7). Cette Lettre est la réponse que Clément adresse aux Corinthiens l’ayant interrogé sur la conduite à suivre après cela. Cette célébrissime Lettre aux Corinthiens est une preuve éclatante de la primauté romaine. Toutefois, cela mérite quelques explications ainsi que les réfutations aux différentes objections. Il serait trop long de le faire dans le présent article, c’est pourquoi nous renvoyons le lecteur à notre article sur le sujet : cliquer ici.

Saint Ignace d’Antioche (vers 35 – vers 110)

Disciple des saints Apôtres Pierre et Jean, troisième évêque d’Antioche. Né vers 35 en Syrie, mort en martyr à Rome sous Trajan entre 112 et 117. Il est également appelé « saint Ignace le Théophore ». Théophore signifiant « porteur de Dieu », on le surnommait déjà « Ignace le Théophore » de son vivant… Il est aussi l’un des Pères apostoliques généralement reconnus par les protestants.

Saint Ignace est donc un homme du Ier siècle qui fut enseigné par au moins deux des Apôtres, et il désigne l’Eglise de Rome comme celle qui est choisie entre toutes par Dieu et qui préside à son alliance. Il tient à trois reprises dans sa Lettre aux Romains des propos qui ne peuvent qu’indiquer la primauté non seulement d’honneur mais encore de juridiction, ainsi que la mission d’enseignement de l’Eglise romaine.

Le premier de ces trois passages est l’incipit de la Lettre, c’est également souvent le seul passage utilisé -car le seul passage connu par eux – de la plupart des apologètes de la Papauté invoquant cette Lettre :

« Ignace, dit aussi Théophore, à l’Eglise [l’Eglise de Rome] qui a reçu miséricorde par la magnificence du Père très haut et de Jésus-Christ son Fils unique, l’Eglise bien-aimée et illuminée par la volonté de celui qui a voulu tout ce qui existe, selon la foi et l’amour pour Jésus-Christ notre Dieu ; l’Eglise qui préside dans la région des Romains, digne de Dieu, digne d’honneur, digne d’être appelée bienheureuse, digne de louange, digne de succès, digne de pureté, qui préside à l’universelle assemblée de la charité, qui porte la loi du Christ, qui est ornée du nom du Père ; je la salue au nom de Jésus-Christ, le Fils du Père ; aux frères qui, de chair et d’esprit, sont unis à tous ses commandements, remplis inébranlablement de la grâce de Dieu, purifiés de toute coloration étrangère, je leur souhaite en Jésus-Christ notre Dieu toute joie irréprochable. » (Lettre aux Romains, incipit).

Saint Ignace écrivit des également des Lettres à d’autres Eglises – celles d’Ephèse, Magnésie, Philadelphie, Smyrne et Tralles – qu’il commença chacune par une série d’éloges similaires. Mais d’une part ces séries d’éloges sont toujours de moindre importance et d’autre part il n’y est jamais question de « présidence » et encore moins de « présidence à l’universelle assemblée de la charité ». Il y a donc pour lui une incontestable supériorité de l’Eglise de Rome sur les autres, et cette supériorité consiste en un pouvoir de gouvernement.

C’est non seulement ce qui ressort de la simple lecture du texte, mais encore ce que confirme l’analyse du texte grec original. En effet, le texte original rend « qui préside à l’universelle assemblée de la charité » par προκαθημἑνη τῆς ἀγἁπης. Comment faut-il entendre ces expressions ? Mgr Louis DUCHESNE donne au mot ἀγἁπη, « charité » un sens concret, celui de « fraternité » c’est-à-dire « l’ensemble de la chrétienté», la société chrétienne et au mot προκαθημἑνη celui de « présidente par autorité » proprement dite ; le passage d’Ignace d’Antioche signifierait donc que l’Eglise romaine est « la tête de la chrétienté », à peu près notre formule actuelle : « mère et maitresse de toutes les Eglises ». « Le sens le plus naturel de ce langage; c’est que l’Eglise romaine préside à l’ensemble des Eglises. Comme l’évêque préside dans son Église aux oeuvres de charité, ainsi l’Eglise romaine préside à ces mêmes oeuvres dans la chrétienté tout entière » (Les Origines chrétiennes, page 128).

C’est affectivement la signification la plus certaine. En premier lieu le sens naturel de προκαθησται est « être la tête », « avoir la présidence », en second fieu le contexte est favorable cette interprétation : juste plus haut, dans ce même incipit, le mot a certainement ce dernier sens : « l’Eglise qui préside dans la région des Romains », c’est-à-dire l’Eglise qui est à ta tête de la communauté de Rome.

Rappelons enfin que cette identification de l’Eglise de Rome à « la tête » doit nous remettre en mémoire ce que dit l’Ecriture Sainte sur l’Eglise, à savoir qu’elle est le corps dont le Christ est la tête : Romains XII, 4-5 ; I Corinthiens XII, 13 ; Colossiens I, 18, 24 ; expression que saint Ignace reprend lui aussi :

« À vos bonnes œuvres, le Père vous reconnaîtra pour les membres de son Fils. » (Lettre eux Ephésiens, IV, 2)

« Par sa croix, dans sa passion, Jésus-Christ vous appelle à lui, vous qui êtes ses membres. » (Lettre aux Tralliens, XI, 2)

Il y a donc chez saint Ignace d’Antioche une analogie entre l’Eglise de Rome et le Christ, et cette analogie réside dans le rôle de tête de l’Eglise. C’est exactement la doctrine catholique actuelle de l’évêque de Rome, « vicaire du Christ », premier ministre du Christ, roi du nouveau royaume d’Israël qu’est l’Eglise.

Dans deuxième passage Ignace indique que c’est l’Eglise à laquelle il s’adresse qui a le pouvoir d’enseigner et de gouverner les autres, le texte se passe de commentaire :

« Jamais vous n’avez jalousé personne, vous avez enseigné les autres. Je veux, moi, que ce que vous commandez aux autres par vos leçons garde sa force. » (Lettre aux Romains, III, 1)

Le troisième passage rappelle que saint Ignace, étant évêque d’Antioche, est évêque de Syrie, il confie donc son troupeau laissé à lui-même en son absence, à la prière de l’Eglise de Rome :

« Souvenez-vous dans votre prière de l’Église de Syrie, qui, en ma place, à Dieu pour pasteur. Seul Jésus Christ sera son évêque, et votre charité. » (Lettre aux Romains, IX, 1)

Pourquoi l’Eglise de Syrie serait-elle confiée, en dehors du Christ, à la seule charité de l’Eglise Romaine sinon parce que celle-ci a de droit divin un rôle universel dans l’Eglise ? En effet, Ignace ne dit cela à aucune des autres Eglises auxquelles il écrit.

Adolf von HARNACK (1851-1930), luthérien, docteur en théologie, en droit, en médecine et en philosophie, conseiller politique, il est considéré comme le théologien protestant et l’historien de l’Eglise le plus considérable de la fin du XIXè siècle et du début du XXè siècle bien que nous lui contestions ce dernier titre. Il écrivit au sujet de ce passage : « L’Eglise romaine était incontestablement la première de la chrétienté. » (Das Zeugniss des Ignatius über das Ansehen der römischen Gemeinde, Mémoire lu à l’Académie de Berlin le 6 février 1896)

La visite de saint Polycarpe de Smyrne au pape saint Anicet

Saint Polycarpe (vers 69-155) fut le premier évêque de Smyrne, en Asie mineure. Saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202) nous apprend qu’il fut le disciple direct de plusieurs apôtres, mais n’en nomme qu’un seul : saint Jean (Contre les hérésies, III, 34 ; Lettre à Florinus, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 20, 4-6 ; Lettre au pape Victor, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 24, 16). L’un de ces autres apôtres doit sûrement être « Philippe, l’un des douze qui s’est endormi à Hiérapolis » (Histoire ecclésiastique, V, 24).

Polycarpe était donc évêque dans la province d’Asie. Or, les chrétiens de cette province avaient une date de Pâques différente ce celle du reste de l’Eglise. En effet, les Asiates suivaient la coutume juive de célébrer la Pâques le 14 nisan (un mois du calendrier juif), d’où leur nom de quartodécimans, tandis ce que le reste de l’Eglise calculait la date de Pâques selon la pratique de l’Eglise universelle actuelle : le dimanche suivant le 14 nisan. Aussi, cette divergence de pratique n’ayant aucune incidence sur la foi, elle pouvait quand même causer des difficultés pratiques. C’est pourquoi il se rendit à Rome pour tenter de régler cette question :

« A cette époque, Anicet gouvernait l’église des Romains. Polycarpe, qui vivait encore, fut à Rome pour s’entretenir avec lui d’une question concernant le jour de la Pâques. C’est Irénée qui rapporte ce fait. » (Histoire ecclésiastique, IV, 14, 1)

« Le bienheureux Polycarpe, lui aussi, lit un séjour à Rome sous Anicet ; ils avaient entre eux divers autres différends de minime importance, ils furent rapidement d’accord, et sur ce chapitre ils ne chicanèrent pas. Anicet ne pouvait pas persuader à Polycarpe de ne pas observer ce qu’avec Jean, le disciple de notre Seigneur, et avec les autres apôtres, dont il avait été le familier, il avait toujours observé. Polycarpe de son côté n’amena pas non plus à l’observance Anicet, qui lui dit qu’il fallait conserver la coutume des presbytres qui avaient précédé. Les choses étaient ainsi: ils restaient unis l’un à l’autre, et à l’église Anicet cédait l’eucharistie à Polycarpe, évidemment par déférence, et ils se quittèrent l’un l’autre en paix, et dans l’Église tous avaient la paix, qu’ils gardassent ou non l’observance. » (Saint Irénée, Lettre au pape Victor, citée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, V, 24, 16-17).

Une question se pose alors : pourquoi Polycarpe alla-t-il traiter de la question avec Anicet, évêque de Rome, plutôt qu’avec n’importe quel autre évêque non-quartodéciman infiniment plus proche de lui ? La réponse est qu’Anicet, évêque de Rome, avait autorité sur toute l’Eglise. En effet, si c’est avec lui que Polycarpe est allé traiter, cela signifie soit qu’Anicet avait le pouvoir de faire changer de date toute l’Eglise universelle, sinon cela n’aurait pas de sens que Polycarpe soit allé aussi loin s’il avait eut l’espoir de réussir à imposer sa date ; soit qu’Anicet avait pour projet de le faire changer d’avis, ce qui signifie qu’il était son supérieur et qu’il avait une autorité de principe sur lui, c’est d’ailleurs ce que laisse entendre la phrase « Anicet ne pouvait pas persuader à Polycarpe », cela signifie que Polycarpe fit le déplacement en réponse à une convocation visant à le faire changer d’avis, cela ne peut s’expliquer que par une autorité universelle de l’évêque de Rome. Le sujet n’étant pas capital, il n’aura pas trop insisté pour faire abandonner une pratique apostolique à laquelle les Asiates étaient très attachés, ils se sont donc quitté dans la paix. Il sera de nouveau question de cette affaire plus bas.

Saint Denys de Corinthe

« On a encore de Denys une lettre aux Romains ; elle est adressée à Soter, alors leur évêque : rien n’empêche d’en citer le passage où l’auteur approuve l’usage conservé parmi les Romains jusqu’à la persécution de notre temps. Voici ce qu’il écrit :

« Depuis le commencement, vous avez en effet coutume de donner toutes sortes de secours à tous les frères ; vous envoyez aux nombreuses Églises, dans chaque ville, des provisions de bouche : ainsi vous soulagez le dénuement de ceux qui sont dans le besoin ; ainsi par les ressources que, dès le début, vous leur faites parvenir, vous soutenez les confesseurs qui sont aux mines. Romains, vous gardez les traditions que vous ont laissées vos pères les Romains. Non seulement Soter, votre bienheureux évêque, les maintient; mais il les développe, en fournissant généreusement tout ce qu’on expédie aux saints ; et, quand les chrétiens viennent à lui, il les accueille par des paroles aimables, comme un père bienveillant ferait ses enfants. »

Denys, dans cette même lettre, parle de l’épître de Clément aux Corinthiens ; il montre que, depuis longtemps, l’usage antique était d’en faire la lecture dans l’assemblée des fidèles. Il dit en effet :

« Aujourd’hui nous avons célébré le saint jour du dimanche, pendant lequel nous avons lu votre lettre ; nous continuerons à la lire toujours, comme un avertissement, ainsi que du reste la première que Clément nous a adressée. » (Histoire ecclésiastique, IV, 23, 9-11)

Saint Irénée de Lyon (vers 125 – vers 202)

« Mais comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci, d’énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l’une d’entre elles, l’Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome ; en montrant que la Tradition qu’elle tient des apôtres et la foi qu’elle annonce aux hommes sont parvenues jusqu’à nous par des successions d’évêques, nous confondrons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ou par infatuation, ou par vaine gloire, ou par aveuglement et erreur doctrinale, constituent des groupements illégitimes : car avec cette Église, en raison de sa principauté supérieure [ou « de son origine plus excellente », selon certaines traductions], doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 2)

Ce passage est clair comme de l’eau de roche. Cependant les contestations se font entendre de partout chez les chrétiens non-catholiques, reconnaissant dans ces quelques mots une preuve implacable en faveur de l’Église catholique, si on les comprend dans leur signification la plus obvie. C’est pourquoi il n’est pas inutile de consulter une explication du texte, et de prendre connaissance des réponses aux objections. A cet effet, nous invitons notre lecteur à consulter notre article traitant du sujet en profondeur : cliquer ici.

 

Saint Victor Ier et la querelle des quartodécimans

« Une question d’importance assurément non médiocre, fut soulevée à cette époque. Les chrétientés de toute l’Asie, d’après une tradition fort antique, pensaient qu’il fallait garder, pour la fête de Pâque du Sauveur, le quatorzième jour de la lune, auquel il était ordonné aux Juifs d’immoler l’agneau, et qu’il fallait alors absolument, quelque jour de la semaine qu’il puisse arriver, mettre fin au temps du jeûne. Mais les églises de tout le reste de la terre n’avaient pas coutume d’observer celle conduite, elles suivaient, en vertu d’une tradition apostolique, l’usage en vigueur aujourd’hui, et pensaient qu’en aucun autre jour, si ce n’est celui de la résurrection de notre Sauveur, il ne convenait de mettre fin au jeûne.

Des synodes et des assemblées d’évêques se réunirent à celle même époque, et tous unanimement, en des lettres, portèrent un décret de l’Église pour les fidèles de tous les pays. Ils décidèrent que le mystère de la Résurrection du Seigneur d’entre les morts ne serait pas célébré un autre jour que le dimanche, et que, ce jour-là seulement nous observerions la lin des jeûnes de Pâque.

On a encore aujourd’hui la lettre émanée des évêques assemblés alors en Palestine et que présidèrent Théophile, évêque de l’église de Césarée, et Narcisse, évêque de celle de Jérusalem. On a pareillement une autre lettre des évêques réunis à Rome pour la même question, et qui nous montre que Victor était évêque. On possède aussi celle des évêques du Pont, présidés par Palmas, en qualité de plus ancien ; celle des chrétientés de Gaule, dont l’évoque était Irénée ; celle encore des évêques de l’Osroène et des villes « de ce pays ; on a encore spécialement les lettres de Bacchyle, évoque de l’église de Corinthe, et d’un grand nombre d’autres. Ils exposent la même et unique opinion et décision, et établissent le même décret. Et leur unique règle de conduite était celle qui a été dite.

Les évêques de l’Asie, qui affirmaient avec force qu’il fallait conserver l’ancienne et primitive coutume qui leur avait été transmise, avaient à leur tête Polycrate. Lui-même aussi, dans une lettre qu’il écrivit à Victor et à l’église de Rome, expose en ces termes la tradition venue jusqu’à lui :

« Nous célébrons donc avec scrupule le jour sans rien ajouter ni retrancher. C’est encore en effet dans l’Asie que se sont éteintes de grandes lumières; elles ressusciteront au jour de la parousie du Seigneur, dans laquelle avec gloire il viendra des cieux, pour chercher tous les saints, Philippe, l’un des douze qui s’est endormi à Hiérapolis, ainsi que deux de ses filles qui ont vieilli dans la virginité ; une troisième qui vivait dans le saint Esprit, est décédée à Éphèse. C’est encore aussi Jean, qui a reposé sur la poitrine du Sauveur, qui fut prêtre et portait la lame [d’or], martyr et docteur. Il s’est endormi à Éphèse. C’est encore aussi Polycarpe à Smyrne, évêque et martyr. C’est Thraséas d’Euménie, évêque et martyr, qui s’est endormi à Smyrne [5] Qu’est-il besoin de citer Sagaris, évêque et martyr, qui s’est endormi à Laodicée, et le bienheureux Papyrius, l’eunuque Méliton, qui a vécu entièrement clans le saint Esprit et repose à Sardes en attendant la visite des deux, dans laquelle il ressuscitera d’entre les morts ? Ceux-là ont tous gardé le quatorzième jour de la Pâque selon l’Évangile, ne s’écartant en rien, mais suivant la règle de la foi.

« Et moi-même aussi, Polycrate, le plus petit d’entre vous tous, je garde la tradition de ceux de ma parenté dont j’ai suivi certains. Sept de mes parents ont en effet été évêques et je suis le huitième, et toujours mes parents ont célébré le jour où le peuple s’abstenait de pains fermentés. Pour moi donc, mes frères, j’ai vécu soixante-cinq ans dans le Seigneur, j’ai été en relation avec les frères du monde entier, j’ai parcouru toute la Sainte Écriture, je n’ai pas peur de ce qu’on fait pour nous émouvoir, carde plus grands que moi ont dit : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. »

il ajoute à cela, à propos des évêques qui étaient avec lui quand il écrivait et qui partageaient son avis, et il dit ceci : « Je pourrais faire mention des évêques qui sont ici avec moi, que vous avez désiré que je rassemblasse et que j’ai réunis. Si j’écrivais leurs noms, ils feraient un grand nombre ; ils connaissent ma petitesse et cependant ils ont approuvé ma lettre, sachant que je ne porte pas en vain des cheveux blancs, mais que j’ai toujours vécu dans le Christ Jésus. ».

Sur ce, le chef de l’église de Rome, Victor, entreprend de retrancher en masse de l’unité commune les chrétientés de toute l’Asie ainsi que les églises voisines, les tenant pour hétérodoxes. Il notifie par lettres et déclare que tous les frères de ces pays-là sans exception étaient excommuniés.  Mais cela ne plut pas à tous les évêques, ils l’exhortèrent au contraire à avoir souci de la paix, de l’union avec le prochain et de la charité : on a encore leurs paroles; ils s’adressaient à Victor d’une façon fort tranchante. Parmi eux encore se trouve Irénée, il écrivit au nom des frères qu’il gouvernait en Gaule. Il établit d’abord qu’il faut célébrer seulement le jour du dimanche le mystère de la Résurrection du Seigneur; puis, il exhorte Victor respectueusement à ne pas retrancher des églises de Dieu tout entières qui gardent la tradition d’une coutume antique et donne beaucoup d’autres avis : il ajoute encore ceci en ces termes : « Cette discussion en effet ne regarde pas seulement la date, mais aussi la manière même de jeûner; car les uns croient qu’ils ne doivent jeûner qu’un jour, les autres deux, et les autres davantage. Certains comptent quarante heures du jour et de la nuit pour leur jour. Cette diversité d’observances n’est pas de notre époque, mais bien antérieure à noire temps, nos devanciers qui ont avec exactitude, comme il semble, retenu cette coutume par simplicité ou ignorance, l’ont transmise après eux ; tous n’en gardaient pas moins la paix et nous la gardons les uns envers les autres, et la différence du jeûne confirme l’unanimité de la foi…» (Histoire ecclésiastique, V, 24-25)

Saint Abercius d’Hiérapolis

Abercius est un saint grec dont la tradition fait un évêque d’Hiérapolis (Phrygie) vers la fin du IIe siècle. Son nom est associé à une célèbre inscription aujourd’hui conservée au Musée du Latran. Sur la foi des synaxaires médiévaux, il y est honoré le 22 octobre (et peut-être localement le 22 novembre) comme premier évêque d’Hiérapolis. Il s’agit sans doute d’une confusion car le premier évêque d’Hiérapolis fut a priori plutôt Papias (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 36, 2). Thaumaturge et surtout grand évangélisateur, il reçoit le titre traditionnel d’ « Égal aux Apôtres ».

Il est connu pour l’épitaphe qu’il fit graver sur sa tombe avant sa mort qui intervint vers 190 et qu’il fit rédiger de son vivant. On a plusieurs fois désigné ce texte comme « la reine des inscriptions chrétiennes » tant son importance est évidente pour l’histoire du christianisme primitif. Son texte dut avoir un tel succès dès sa rédaction, qu’un certain Alexandre, fils d’Antonios. Elle est précisément datée de l’an 300 de l’ère phrygienne, soit l’an 216. On y reconnaît rapidement les vers de l’épitaphe d’Abercios. De plus, on remarque que la substitution du nom d’Alexandros à celui d’Aberkios rend l’hexamètre boiteux, ce qui indiquerait qu’on est en présence d’une réutilisation de la composition. Cette « Reine des inscriptions chrétiennes » nous dit donc ceci :

« Citoyen d’une ville distinguée, j’ai fait construire ce [tombeau] de mon vivant afin que mon corps y repose un jour. Mon nom est Abercius. Je suis le disciple d’un saint pasteur qui dirige la troupe de ses agneaux à travers monts et plaines et dont l’œil immense voit toutes choses [ndlr: on peut penser qu’il s’agit là de Dieu], car il m’a appris les lettres dignes de foi. C’est lui [Donc Dieu peut-être] qui m’a fait entreprendre le périple de Rome pour en contempler la majesté souveraine et y voir une reine au vêtement et aux sandales d’or; j’y vis aussi un peuple portant un sceau brillant. Et je vis le pays de Syrie et toutes ses villes; je vis Nisibe en allant au-delà de l’Euphrate. Partout j’ai fais la connaissance des frères. J’avais Paul [pour compagnon ?]… La foi me guidait et me procurait en tout lieu pour nourriture un poisson très grand et très pur, recueilli à la source par une Vierge sans tache, et c’est ce qu’elle sert constamment à la table des amis, elle a un vin excellent qu’elle verse [coupé d’eau ?] pour accompagner le pain. Ce sont les paroles véritables que j’ai dites, moi Abercius, afin qu’elles soient mises ici par écrit, alors que je suis dans la soixante-douzième année de mon âge. Que le frère qui entend et comprend ces choses comme moi prie pour Abercius. »

Cette « reine » de « souveraine majesté », « au vêtements et aux sandales d’or » que Dieu l’a envoyé voir à Rome, ce ne peut-être que l’Eglise ! En effet, d’une part cela ne peut as être la Rome païenne, idolâtre et persécutrice, et d’autre part, nous savons que les premiers chrétiens désignaient parfois l’Eglise par l’allégorie d’une femme, nous en avons un exemple dans le Pasteur d’Hermas :

« Une révélation, frères, me fut faite quand je dormais, par un jeune homme très beau qui me dit:  » La femme âgée de qui tu obtins le petit livre, qui est-elle, à ton avis?  » Moi, je dis:  » La Sibylle. – Tu fais erreur, dit-il, ce n’est pas elle. – Qui donc est- ce? dis-je. – L’Église « , dit-il » (Vision 2, 4, 1)

Origène (vers 185-vers 254)

« Adamantios [c’est le nom d’Origène], écrit qu’au moment où Zéphyrin gouvernait l’église de Rome [198-217], il se rendit dans cette ville, parce qu’il avait l’intention, comme il le dit ailleurs, de voir de près cette église, la plus ancienne de toutes. Après y avoir séjourné un peu de temps, il revint à Alexandrie. » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, Livre VI, chapitre 14 dans PG, 20/554.)

Dans ce passage, la primauté romaine ne saute pas aux yeux, mais voici le commentaire qu’en fait la Cardinal Louis BILLOT :

« Mais que doit-on entendre sous ces épithètes ? Quand on parle de « l’Église la plus importante », on ne pense pas tellement au nombre des fidèles, puisqu’il est hors de doute qu’à cette époque d’autres églises auraient pu revendiquer ce titre à l’égal de Rome ; on pense surtout à l’étendue de l’autorité. En disant que cette église est « connue de tous » [ndlr : ce sont des références à saint Irénée], on veut désigner l’église plus illustre et plus excellente que toutes les autres et que toutes les autres reconnaissaient et vénéraient comme leur tête et comme la première. En disant qu’elle est « la plus ancienne de toutes », on ne se place pas au point de vue chronologique, puisqu’il est avéré que l’église de Jérusalem a été fondée aussitôt après l’Ascension du Seigneur, que celle d’Antioche, où on a pour la première fois désigné du nom de chrétiens les disciples du Christ, a elle aussi précédé celle de Rome dans le temps. Saint Irénée et Origène disent que l’église de Rome est la plus ancienne de toutes en raison de sa dignité et de sa suprématie, exactement de la même manière que dans les Actes des apôtres et dans leurs épîtres on appelle anciens ou vieillards tous ceux qui ont l’autorité dans l’Église. C’est pourquoi, cette expression « la plus ancienne de toutes » équivaut à dire que l’église de Rome était l’église placée à la tête de toutes les autres et la première en dignité. » (Traité de l’Église, tome 2, n° 880, pages 414 et 415)

Saint Cyprien de Carthage (vers 200-258)

Évêque, martyr et Père de l’Eglise. Né vers 200 en Afrique du Nord de parents païens très probablement berbères, et mort le 14 septembre 258 lors des persécutions de Valérien. Après saint Augustin, il est l’un des plus grands témoins de la doctrine de l’Église latine des premiers siècles.

Saint Cyprien parle en ces termes de la manière dont Dieu a établit la distinction entre les vrais chrétiens et les hérétiques :

« C’était afin que le Seigneur, pour confondre les hérétiques et les rabattre, fît voir quelle était son Église, quel était son évêque, unique et choisi par une Disposition divine, quels étaient les prêtres revêtus de la dignité sacerdotale, unis à l’évêque, quel était le vrai corps du peuple fidèle du Christ, uni par le lien de l’Amour divine, quels étaient ceux que l’ennemi tourmentait, et au contraire ceux qu’il épargnait comme lui appartenant. L’adversaire du Christ ne poursuit et n’attaque que le camp du Christ et ses soldats. Les hérétiques sont à terre et à lui : il passe et les dédaigne. Il cherche à faire tomber ceux qu’il voit debout. » (Lettre 61 à Lucius)

Mais quel est cet évêque sur qui toute l’Eglise repose ? Saint Cyprien nous donne également la réponse. Il témoigne que ses collègues dans l’épiscopat et lui ont envoyé à Rome les deux évêques Caldonius et Fortunat, pour vérifier la légitimité de l’élection du pape Corneille, alors que l’antipape Novatien semait la division dans l’église de Rome (Lettre 44 au pape Corneille). Il accusa à cette occasion les partisans de Novatien de se couper de la « racine » de l’Eglise, c’est-à-dire du vrai évêque de Rome, il dit :

« Nous savons bien que nous les avons engagés à reconnaître la racine et la matrice de l’Église catholique et à y adhérer. » (Lettre 48 [45] au pape saint Corneille, chapitre 3 dans Saint Cyprien, Correspondance (texte établi et traduit par le chanoine Bayard), T. II, coll. des universités de France, Les Belles Lettres, 1961 (2e éd.), p. 118.)

Parlant de schismatiques revenus à la vraie Eglise :

« Il était naturel de communiquer toute l’affaire aux fidèles afin qu’ils vissent rentrés dans l’Église ceux-là même qu’ils avaient vus si longtemps avec douleur errer çà et là. Leurs dispositions connues, il se fit un grand concours de nos frères. Il n’y avait qu’une voix pour rendre grâce à Dieu; la joie qui remplissait les coeurs s’exprimait en larmes; on embrassait les convertis comme s’ils avaient été délivrés le jour même, du cachot. Mais, pour reproduire leurs propres expressions, « nous savons, disaient-ils, que Corneille a été élu évêque de la très sainte Église catholique par Dieu le Tout-Puissant et par le Christ notre Seigneur. Nous reconnaissons notre erreur. Nous avons été victimes d’une imposture. Nous nous sommes laissé circonvenir par des bavardages perfides et trompeurs. Nous paraissions être comme en communion avec un homme et schismatique et hérétique : mais notre coeur a toujours été dans l’Église. Nous n’ignorons pas en effet qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et qu’un seul Christ notre Seigneur que nous avons confessé, un seul saint Esprit, et qu’il ne doit y avoir qu’un évêque dans une Église catholique ». » (Lettre 46 alias 49 au pape Corneille)

Il dit encore :

« Le schisme et l’hérésie n’ont pas de source plus commune que le refus d’obéir à l’évêque institué de Dieu, et l’oubli trop fréquent de cette vérité qu’il n’y a dans l’Eglise qu’un pasteur, vicaire de Jésus-Christ, investi temporairement du sacerdoce et de la judicature. Si, docile aux enseignements divins, la grande famille chrétienne lui était soumise, dès lors plus de rébellion contre le collège épiscopal. Une fois que la sentence divine aurait été prononcée, que le peuple aurait donné son suffrage et les autres évêques leur assentiment, on ne verrait pas l’audace se constituer juge non plus seulement de l’évêque, mais de Dieu lui-même, l’unité de l’Eglise mise en lambeaux, et d’orgueilleux sectaires, pleins de complaisance dans leurs pensées, fonder hors de l’enceinte sacrée des hérésies nouvelles… L’ennemi du Christ ne s’acharne obstinément contre le pilote, que pour mieux consommer le naufrage de l’Eglise, quand la main qui dirige ne tiendra plus le gouvernail… L’hérésie consommé, ils lui donnent un prétendu chef ; puis les voilà qui traversent les mers, afin d’aller porter les lettres des schismatiques et des profanes au siège de Pierre, à l’Eglise principale, d’où émane l’unité sacerdotale, sans songer qu’ils s’adressent à ces mêmes Romains à la foi desquels l’apôtre a rendu un glorieux témoignage, et auprès de qui le parjure ne peut avoir d’accès. » (Lettre 55 alias 84 au pape Corneille)

Dans sa lettre à Antonin, saint Cyprien identifie le lien de communion vis-à-vis de l’évêque légitime de Rome et la communion catholique. En effet, Antonin venait de recevoir une lettre de l’antipape Novatien et commençait à pencher pour lui. Saint Cyprien l’encourage à ne pas changer d’avis et à rester dans la communion du pape Corneille. Il s’adresse à lui en ces termes :

« J’ai reçu votre première lettre […] dans laquelle vous m’indiquiez que, loin d’avoir embrassé le parti de Novatien, vous suiviez notre conseil en restant uni à Corneille, notre frère dans l’épiscopat. Vous m’avez même demandé par écrit de transmettre à Corneille un exemplaire de votre lettre, afin qu’il fût sans inquiétude et sût que vous étiez en communion avec lui, c’est-à-dire avec l’Église catholique. » (Lettre 55 [52] à Antonianus, chapitre 1 dans Saint Cyprien, Correspondance (texte établi et traduit par le chanoine Bayard), T. II, coll. des universités de France, Les Belles Lettres, 1961 (2e éd.), p. 131-132)

 

« Après cela, ayant même obtenu des hérétiques un soi-disant évêque, ils ont l’audace de franchir les mers et de venir auprès de la chaire de saint Pierre, de l’église où réside l’autorité suprême, qui est la source dont procède l’unité du corps sacerdotal […] sans songer qu’ils ont là affaire aux évêques de Rome, sur lesquels les ennemis de la foi ne sauraient avoir aucune prise [cela signifie que pour lui, l’Église romaine est infaillible]. » (Lettre 59 [55] au pape Corneille, chapitre 14 dans Saint Cyprien, Correspondance (texte établi et traduit par le chanoine Bayard), T. II, coll. des universités de France, Les Belles Lettres, 1961 (2e éd.), p. 183.)

Il est donc acquis que saint Cyprien croyait en la papauté. Et cela allait très loin chez lui car, après avoir identifié l’Eglise du Christ au pouvoir de l’évêque de Rome, il dit :

« « Chassez loin du corps la lumière du soleil, la lumière garde son unité sans se diviser ; sciez la branche d’un arbre, les bourgeons n’apparaîtront pas sur la branche retranchée de l’arbre ; détournez le ruisseau de sa source, il va se tarir. L’Église du Seigneur est inondée de lumière et elle rayonne dans le monde entier. C’est pourtant toujours la même lumière qui se répand partout, et elle ne se sépare pas de l’unité du corps. Cet arbre dont la fécondité est si grande étend ses branches par toute la terre, cette source répand largement ses flots abondants tout au loin. Et pourtant, tout procède d’un seul chef, d’une seule et même origine, et c’est une même mère qui s’enrichit des fruits de sa fécondité. » (De l’unité de l’Église catholique, n° 5 dans PL, 4/501. )

Les écrits de saint Cyprien témoignent de la primauté de l’évêque de Rome. Cyprien croyait que l’unité de l’épiscopat et de l’Eglise étaient symbolisée en la personne de Pierre, à qui la primauté avait été donnée, et en son siège et que tous les évêques détenaient cette charge en commun (« in solidum » ; De unit. ecc., 4-5).

Il dit dans Catholicae ecclesiae unitate, ch 4 :

« Toutefois pour en signaler l’unité il a fondé une chaire unique, et, par sa souveraine autorité, déterminé l’origine de cette même unité en la faisant descendre d’un seul. (…) La Primauté est donnée à Pierre pour faire voir qu’il n’y a qu’une seule Eglise de Jésus-Christ, une seule chaire. Celui qui ne garde pas l’unité de l’Eglise, croit-il qu’il garde la foi? Celui qui s’oppose à l’Eglise, qui abandonne la chaire de Pierre sur laquelle Jésus-Christ a fondée son Eglise, peut-il se flatter d’être encore membre de l’Eglise ».

Explication plus détaillée en anglais: http://www.biblicalcatholic.com/apologetics/num44.htm

Saint Firmilien de Césarée (mort en 256) :

« Et ici une juste indignation s’empare de moi devant l’évidente et manifeste folie d’Étienne. Ne le voit-on pas, lui, si fier du rang de son siège épiscopal, lui qui revendique l’honneur d’être le successeur de Pierre, sur qui ont été établis les fondements de l’Église, introduire beaucoup d’autres pierres, et beaucoup de nouvelles Églises, en prêtant au baptême qui se donne chez les hérétiques l’appui de son autorité ? Ce sont les baptisés, incontestablement qui remplissent les cadres de l’Église. Celui donc qui approuve leur baptême, admet aussi qu’il y a la une Église composée de ces baptisés. Et il ne s’aperçoit pas qu’on obscurcit, qu’on anéantit en quelque sorte la vérité de la pierre chrétienne, en trahissant ainsi et en abandonnant l’unité. Les Juifs, bien qu’aveuglés, et charges du plus grand des forfaits, ont cependant, au témoignage de l’apôtre, le zèle de la gloire de Dieu. Étienne, qui se vante de succéder à Pierre et d’occuper sa chaire, n’est animé d’aucun zèle contre les hérétiques, puisqu’il leur accorde au point de vue de la grâce, non un petit, mais un grand pouvoir. Il dit en effet, il soutient que, par le sacrement de baptême, ils effacent les souillures du vieil homme, relèvent des anciens péchés et de la mort, donnent par une nouvelle et divine régénération des enfants à Dieu, et par la sanctification du bain céleste rendent apte à la vie éternelle. » (Lettre à Cyprien, conservée par saint Cyprien : Lettre 75 (74), 16).

Ce document est intéressant car il prouve que saint Firmilien croit que l’Église est fondée sur Pierre et que l’évêque de Rome est son successeur, et ne remet pas cela en cause alors même qu’il se trouve en grave conflit avec ce dernier. En effet, cette lettre prend place dans le contexte de la querelle des rebaptisants qui vu s’affronter les saints. Il s’agissait de savoir si les baptêmes administrés par des hérétiques pouvaient être valides. La réponse est oui. Mais ce fut alors un conflit atroce qui vit entre autres le Pape saint Étienne soutenir la validité de ces baptêmes et saint Cyprien ainsi que saint Firmilien la nier. Aussi, cette lettre est tellement virulente et irrévérencieuse envers le Pape que l’authenticité en fut autrefois contestée (P. Marcellinus MOLKENBUHR, Binae dissertationes de S. Firmiliano, Münster, 1790, P.L., t. III, col. 1357-1418). Elle ne l’est plus aujourd’hui : locutions et manuscrits, tout attesté la main de l’évêque de Césarée (Acta sanctorum, Bruxelles, 1867, t. XII, octobris, p. 480-493). Ce témoignage a d’autant plus de valeur qu’il est hostile à l’individus qui à ce moment là est successeur de Pierre…

Saint Denys de Rome

Né à une date inconnue en Grèce, évêque de Rome à partir du 22 juillet 259, mort le 26 décembre 268. Il fut le premier pape non-martyr.

Son règne en tant qu’évêque de Rome est une série d’exemples de ce en quoi l’évêque de Rome était déjà à l’époque l’autorité doctrinale et disciplinaire suprême. Il y a d’abord le cas de Sabellius qui prêchait une fausse doctrine: l’erreur de ce Sabellius fut condamnée par un concile tenu à Rome en 261 sous la présidence de Denys.   Ce dernier envoya une lettre doctrinale à Denys d’Alexandrie (évêque) qu’il soupçonnait d’hérésie sur la Trinité (il semblerait que ce fut en fait faut) et lui demanda de  prouver son orthodoxie (donc à l’évêque de Rome): c’était une obligation qu’il avait de se justifier devant son supérieur (rappelons que Denys d’Alexandrie était non seulement évêque mais encore patriarche…). Saint Denys mettra également un terme, lui, en tant qu’évêque de Rome à une dissension interne à l’Église d’Alexandrie, entre l’évêque Denys et son clergé. Il s’efforça également de réorganiser l’Église, localement très éprouvée, et renforce le rôle des prêtres au détriment de celui des diacres: qu’il ait pu faire tout cela est une preuve de sa juridiction universelle.

L’affaire Paul de Samosate:

Cette prééminence des évêques de Rome été remarquée même par les païens. Paul de Samosate, déposé et excommunié, n’en était pas moins resté à Antioche dont il venait de cesser d’être l’évêque, refusant d’obéir et occupant toujours les bâtiments de l’évêché. Les catholiques eurent recours à la justice impériale et donc à l’empereur Aurélien qui eut à juger l’affaire en 272. Il ordonna de livrer la maison à ceux à qui les évêques d’Italie et de Rome adressaient leurs lettres ; sa sentence manifeste une reconnaissance de l’ordre établit chez les chrétiens :

« L’immeuble contesté appartiendra à ceux qui sont en communion avec les évêques d’Italie et l’évêque de Rome. ». « Les païens, ajoute Eusèbe, savent que les vrais chrétiens sont en communion avec l’Eglise romaine. » (Histoire ecclésiastique VII, 30.- Fleury, VIII, 8).

Le concile d’Arles

Ce concile organisé dans à Arles dans le Sud de la France le 1er août 314, est une preuve que l’évêque de Rome était la tête de l’Église. En effet, les pères du concile, tout en exprimant leur regret de Sylvestre, l’évêque de Rome (qui n’a donc pas prit part au débat), ils estiment devoir lui transmettre les canons du concile pour que ce dernier les approuve…

 

N’oublions pas que Mgr de Ségur (1820-1881), qui disait dans Causeries sur le protestantisme d’aujourd’hui, dit en parlant des catacombes  :

‘Tout homme qui s’occupe sérieusement de l’étude des choses anciennes, des origines du christianisme, des écrits des Pères, est habitué à retrouver dans ces témoins des siècles antiques les preuves répétées de l’unité parfaite de la foi et de la religion chrétienne, depuis les temps apostoliques jusqu’à nos jours. La papauté, la hiérarchie catholique, le sacerdoce, le sacrifice de la messe avec la présence réelle, la confession, le culte de la sainte Vierge, des Saints, des reliques, la prière pour les morts, en un mot tout ce que nous contestent les sectes hérétiques, trouvent dans ces monuments aussi authentiques que vénérables une pleine justification’.

SUITE DE CETTE CHRONOLOGIE EN CLIQUANT ICI

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20 commentaires sur “De quand date l’Eglise catholique ?

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  8. GEOFFROY
    30 mai 2014

    Merci infiniment pour cet article, ça permet d’instruire les Catholiques novices. Continuez ainsi. Que Dieu vous bénisse.

    • L'Apôtre des protestants
      7 juin 2014

      Je vous remercie cher Geoffroy, je suis l’auteur de l’article. Je l’ai encore amélioré entre temps. Pour instruire les catholiques, il y a tout le blog, pas simplement cet article 😉

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Cette entrée a été publiée le 29 janvier 2014 par dans Foi Catholique.
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