+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Saint Cyprien témoigne de la Papauté dans l’affaire des lapsi

Notre dossier sur la Papauté : ici

L’épisode de l’histoire de l’Eglise dite des lapsi, qui eut lieu au milieu du IIIè siècle nous fournit une preuve que l’Eglise de se temps là reconnaissait l’autorité doctrinale et gouvernementale universelle de l’Evêque de Rome. C’est principalement par la plume de saint Cyprien (vers 200-258) que cela nous est démontré.

Voici le plan de notre étude :

I) Qu’est-ce que les lapsi ?

II) Réaction de saint Cyprien : se tourner vers Rome

III) Réponse de Rome : impossible de régler le problème dans l’immédiat car Rome n’a plus d’Evêque or c’est l’Evêque de Rome « qui dirige toutes ces affaires, et qui puisse s’occuper des lapsi avec autorité et sagesse« 

IV) Observations sur cet échange de lettres

A) Saint Cyprien reconnaît l’autorité doctrinale suprême du Siège de Rome

B) Malgré la gravité et l’urgence de la situation, ainsi que l’évidence de l’issue qui devrait être la sienne, aucune décision ne sera prise avant l’élection dans un futur indéterminé d’un nouvel Evêque de Rome

C) C’est l’Evêque de Rome « qui dirige toutes ces affaires, et qui puisse s’occuper des lapsi avec autorité et sagesse« 

D) Le clergé romain nie-t-il l’autorité du Pape au profit d’un concile ?

1) Une  affirmation à comprendre dans son contexte

2) La situation demeure bloquée « avant l’élection d’un évêque » de Rome malgré la présence sur place « des évêques de régions voisines, et d’autres venus de provinces lointaines »

3) Si les conciles ne sont pas nécessaires ils n’en sont pas moins très utiles

4) Témoignages de l’antiquité chrétienne unissant infaillibilité du Pape et recours au conseil externe

V) La lettre du clergé romain fit autorité dans toute l’Eglise

VI) Le concile de Carthage eut besoin de la confirmation romaine

VII) Saint Cyprien témoigne que les Evêques de Rome assument le même rôle que Pierre

VIII) Cela explique peut-être l’attitude de l’empereur persécuteur Dèce

A) Dèce « aurait plutôt supporté d’apprendre qu’un empereur rival s’élevait contre lui que de voir établir dans Rome même un évêque de Dieu« 

B) Dèce était pourtant beaucoup moins dérangé par la présence « des évêques de régions voisines, et d’autres venus de provinces lointaines » à l’intérieur de Rome

C) Peut-être est-ce à un empêchement du fait de Dèce que le clergé romain écrit « les difficultés des circonstances nous ont empêchés d’avoir un évêque« 

D) Les païens savaient reconnaître les vrais des faux chrétiens en particulier par leur obéissance à l’Evêque de Rome

I) Qu’est-ce que les lapsi ?

Lorsque saint Cyprien était Evêque à Carthage, eut lieu la persécution de l’empereur Dèce (250). Celui-ci fut brève et violente. Elle sévit à l’encontre des religions rompant avec la paix des dieux, surtout le christianisme. L’alternative suivante était proposée : offrir un grain d’encens à une idole afin d’obtenir un « certificat », ou la mort (mais dans les faits la mort pouvait être commuée en torture ou en bagne). De nombreux chrétiens qu’on appelle les « lapsi » (ceux qui sont tombés) sacrifièrent aux idoles pour avoir la vie sauve. Mais la plupart d’entre eux n’apostasièrent que de bouche, et demandèrent leur réintégration à l’Eglise dès la fin de la persécution. Les apostasies nombreuses désolaient saint Cyprien. Certains apostats allaient même jusqu’à exiger de ce saint d’être réadmis à la réception des sacrements sans pénitence et sur la seule présentation de billets d’absolution donnés par des chrétiens ayant résisté au bourreau.

II) Réaction de saint Cyprien : se tourner vers Rome

C’est évidemment à Rome que saint Cyprien écrivit pour connaître la conduite qu’il devait tenir dans cette circonstance. Or à cette époque, le Saint-Siège était vacant, le Pape saint Fabien (Fabianus), martyrisé, n’ayant pu être remplacé.

III) Réponse de Rome : impossible de régler le problème dans l’immédiat car Rome n’a plus d’Evêque or c’est l’Evêque de Rome « qui dirige toutes ces affaires, et qui puisse s’occuper des lapsi avec autorité et sagesse« 

Le clergé de Rome, les prêtres Moïse et Maxime et les diacres Nicostrate et Ruffin, qui administraient alors l’Eglise Romaine, répondirent ce qui suit à saint Cyprien :

« Depuis la mort de Fabianus, de très illustre mémoire, les difficultés des circonstances nous ont empêchés d’avoir un évêque, qui dirige toutes ces affaires, et qui puisse s’occuper des lapsi avec autorité et sagesse. D’ailleurs, dans une cause si importante nous aimons ce que vous avez dit, à savoir qu’il faut attendre d’abord que la paix soit rendue à l’Église et alors régler l’affaire des lapsi après en avoir délibéré en commun avec les évêques, les prêtres, les diacres, les confesseurs et les laïcs restés fidèles. C’est, en effet, une charge facilement impopulaire et un lourd fardeau que d’avoir, sans être en nombre, à examiner la faute d’un grand nombre et d’être seul à prononcer la sentence, quand beaucoup de personnes ont commis le crime ; d’ailleurs, une décision ne peut avoir grande force, qui ne semblerait pas avoir réuni les suffrages d’un grand nombre de délibérants. Considérez que le monde presque entier a été ravagé et que l’on voit partout à terre des débris et des ruines, et qu’ainsi la situation réclame pour le jugement des assises aussi considérables que la propagation même du délit. Que le remède ne soit pas moindre que la blessure, ni les moyens de salut moindre que les morts. […]

Désirant tenir la juste balance en ces matières, il y a longtemps qu’à plusieurs, avec des évêques de régions voisines, et d’autres venus de provinces lointaines d’où la violence de la persécution les avait chassés, nous avons pensé qu’il ne fallait rien faire de nouveau avant l’élection d’un évêque. Nous avons estimé qu’il convenait de tenir à l’égard des lapsi, une ligne de conduite moyenne : en attendant que Dieu nous donne un évêque, laisser en suspens les causes de ceux qui peuvent attendre ; quant à ceux qui sont au terme de leur vie, et dont la fin prochaine ne permet pas de délai, quand ils auront manifesté leur repentir et déclaré à plusieurs reprises regretter leur conduite, donné par leurs larmes, leurs gémissements, leurs sanglots, les marques d’une âme véritablement pénitente, à l’heure où humainement il ne restera aucun espoir de salut, alors, mais alors seulement, leur venir en aide avec prudence et discrétion. Dieu sait ce qu’Il doit faire de ceux qui sont dans ce cas, et comment Il les doit peser dans les balances de sa Justice. Quant à nous, en agissant ainsi, nous éviterons un double écueil : que des pervers ne louent chez nous une facilité trop grande, ou que des lapsi vraiment pénitents ne nous accusent d’une dureté cruelle. Nous souhaitons, pape bienheureux et très glorieux, que vous vous portiez toujours bien et que vous vous souveniez de nous. » (Lettre 31 [alias 30], PL, tome IV, colonnes 307 à 315)

IV) Observations sur cet échange de lettres

A) Saint Cyprien reconnaît l’autorité doctrinale suprême du Siège de Rome

Saint Cyprien savait pertinemment que Rome était sans Evêque, puisqu’il adressa ses lettres « aux prêtres Moïse et Maxime, aux autres confesseurs ses frères très chers » (lettre 25 [alias 28], PL tome IV, colonne 288) ainsi qu’« aux prêtres, aux diacres, qui sont à Rome » (Lettre 27, PL tome IV, colonne 300). Aussi cela reflète qu’à l’époque les chrétiens avaient déjà conscience de la nécessité de recourir à Rome pour régler les questions doctrinales, que celle-ci ait un évêque, ou que l’évêque précédent ait donné des instructions qui se seraient trouvées impératives pour toute l’Eglise.

B) Malgré la gravité et l’urgence de la situation, ainsi que l’évidence de l’issue qui devrait être la sienne, aucune décision ne sera prise avant l’élection dans un futur indéterminé d’un nouvel Evêque de Rome

Le sujet était d’une importance brûlante et urgente. En effet, de nombreux lapsi risquaient de mourir sans avoir été absouts. Et pourtant saint Cyprien considère pouvoir et devoir prendre le temps d’écrire à Rome et d’en attendre la réponse, malgré le risque que cela ne mette en danger des lapsi repentants. Bien sûr la situation des lapsi repentants n’était pas laissée « sans issue » puisque comme le dit le clergé romain dans sa réponse, il y avait une d’ores et déjà une absolution possible à l’article de la mort :

« nous avons pensé qu’il ne fallait rien faire de nouveau avant l’élection d’un évêque. Nous avons estimé qu’il convenait de tenir à l’égard des lapsi, une ligne de conduite moyenne : en attendant que Dieu nous donne un évêque, laisser en suspens les causes de ceux qui peuvent attendre ; quant à ceux qui sont au terme de leur vie, et dont la fin prochaine ne permet pas de délai, quand ils auront manifesté leur repentir et déclaré à plusieurs reprises regretter leur conduite, donné par leurs larmes, leurs gémissements, leurs sanglots, les marques d’une âme véritablement pénitente, à l’heure où humainement il ne restera aucun espoir de salut, alors, mais alors seulement, leur venir en aide avec prudence et discrétion. »

Nous le voyons : il faut que le pénitent soit à l’article de la mort et qu’il ait manifesté de multiples et fortes demandes de pardon, ce n’est pas rien. D’autant plus que par définition, à l’article de la mort, on est jamais sûr que le prêtre appelé arrive à temps !

Aussi cette réponse du clergé de Rome est significative pour la même raison : si l’Evêque de Rome n’est qu’un Evêque égal aux autres, s’il n’a pas d’autorité intrinsèque supérieure par mandat divin, pourquoi remettre à plus tard (et à une date indéterminée !) le règlement d’une question aussi grave !? D’autant plus que si l’Evêque de Rome, comme tout Evêque, était sans doute choisi pour ses compétences, il n’en demeure pas mois que celui-ci ne se trouverait pas forcément être le meilleur Evêque de la Chrétienté. Alors pourquoi repousser la fin d’une affaire aussi grave en attendant l’élection d’un Evêque dont on avait même pas la garantie qu’il soit humainement le meilleur ?

De plus l’issue de cette affaire était évidente puisqu’il ne faisait pas de doute que l’Eglise accepterait d’accepter à la communion les vrais repentants en leur imposant à chacun une pénitence proportionnée à leur faute.

C) C’est l’Evêque de Rome « qui dirige toutes ces affaires, et qui puisse s’occuper des lapsi avec autorité et sagesse« 

Le clergé de Rome affirme l’autorité, le mandat dont est investi l’Evêque de leur Eglise (qui encore une fois, n’est pas forcément humainement le meilleur) pour être juge en matière de doctrine :

« Depuis la mort de Fabianus, de très illustre mémoire, les difficultés des circonstances nous ont empêchés d’avoir un évêque, qui dirige toutes ces affaires, et qui puisse s’occuper des lapsi avec autorité et sagesse. »

L’Evêque doit donc s’occuper avec autorité et sagesse (donnée par l’Esprit Saint) pour s’occuper des lapsi, même au-delà de la Méditerranée.

D) Le clergé romain nie-t-il l’autorité du Pape au profit d’un concile ?

Les anti-romains pourraient croire lire une affirmation contraire à la Papauté lorsque le clergé romain affirme vouloir :

« régler l’affaire des lapsi après en avoir délibéré en commun avec les évêques, les prêtres, les diacres, les confesseurs et les laïcs restés fidèles. C’est, en effet, une charge facilement impopulaire et un lourd fardeau que d’avoir, sans être en nombre, à examiner la faute d’un grand nombre et d’être seul à prononcer la sentence, quand beaucoup de personnes ont commis le crime ; d’ailleurs, une décision ne peut avoir grande force, qui ne semblerait pas avoir réuni les suffrages d’un grand nombre de délibérants. Considérez que le monde presque entier a été ravagé et que l’on voit partout à terre des débris et des ruines, et qu’ainsi la situation réclame pour le jugement des assises aussi considérables que la propagation même du délit. Que le remède ne soit pas moindre que la blessure, ni les moyens de salut moindre que les morts. »

En effet, ils penseraient y lire que le clergé romain affirme la nécessité d’un concile, ce qui signifierait que l’autorité individuelle de l’Evêque de Rome ne suffit pas. Mais il n’en est rien.

1) Une  affirmation à comprendre dans son contexte

Cela ne contredit pas l’autorité du seul Evêque de Rome parce que cela ne saurait pas « effacer » les deux premiers éléments que nous avons soulignées. De plus avec ce que nous allons dire immédiatement, il serait même facile de conclure le contraire : pourquoi attendre un Evêque de Rome pour tenir un concile alors que beaucoup d’Evêques sont déjà réunis ?

2) La situation demeure bloquée « avant l’élection d’un évêque » de Rome malgré la présence sur place « des évêques de régions voisines, et d’autres venus de provinces lointaines »

Le clergé romain dit lui-même que :

« Désirant tenir la juste balance en ces matières, il y a longtemps qu’à plusieurs, avec des évêques de régions voisines, et d’autres venus de provinces lointaines d’où la violence de la persécution les avait chassés, nous avons pensé qu’il ne fallait rien faire de nouveau avant l’élection d’un évêque. »

Or il parle plus haut de vouloir délibérer « en commun avec les évêques, les prêtres, les diacres, les confesseurs et les laïcs restés fidèles ». Or, si l’Evêque de Rome n’a pas d’autorité particulière de droit divin, que faudrait-il de plus pour caractériser une telle assemblée lorsqu’on a à Rome des prêtres, diacres, confesseurs et laïcs resté fidèles, plus « des évêques de régions voisines, et d’autres venus de provinces lointaines » ? Ces derniers pouvaient même décider de consulter par voie épistolaire saint Cyprien (la preuve est qu’ils ont eu de fait un échange de lettres !) et même tous les Evêques du monde puisque comme saint Cyprien l’écrivit lui-même :

« Ces lettres ont été envoyées dans le monde entier et portées à la connaissance de toutes les églises et de tous les frères. » (Lettre 52 [alias 55] à Antonius, chapitre 5, PL tome IV, colonnes 345 et 346)

Au contraire, ces évêques ont décidé « depuis longtemps » qu’ils ne pouvaient pas juger cette affaire aussi pressante sans l’approbation de l’Evêque de Rome !

3) Si les conciles ne sont pas nécessaires ils n’en sont pas moins très utiles

Ensuite rien n’interdit au Pape de prendre conseil pour les affaires graves, puisqu’il a toujours été entendu que si le Pape était toujours protégé dans son enseignement, fut-il négligent, la prise de conseil pour prendre une décision plus précise, plus pastorale et plus efficace lui était toujours recommandée !

Les décisions prises par les conciles généraux au cours de l’histoire auraient aussi bien pu être prises par les Papes seuls, mais on fit appel aux conciles pour ces raisons. Nous développons cela dans notre article :

L’autorité souveraine et infaillible du Pape est-elle contradictoire avec l’existence des Conciles ?

Aussi, avec ce que nous disons dans cet article, nous pouvons établir le raisonnement suivant : le clergé de Rome répondit que l’affaire ne pourrait être tranchée que par un Evêque de Rome et qu' »une décision ne peut avoir grande force, qui ne semblerait pas avoir réuni les suffrages d’un grand nombre de délibérants » (Lettre 31 [alias 30], PL, tome IV, colonnes 307 à 315). De fait, une fois un nouvel Evêque de Rome élu, l’affaire fut réglée dans les assises de Conciles tenus à Rome et à Carthage, celui de Rome sous l’autorité du nouveau Pape (saint Corneille) qui confirma celui de Carthage.

Aussi ce cas est une bonne illustration de l’autorité infaillible des Papes couplée à la grande utilité, et parfois de fait la quasi-nécessité des Conciles. En effet, cette affaire était grave et urgente, et son issue ne faisait guère de doute (les apostats seraient réadmis à la communion moyennant une pénitence proportionnée à la faute). La chose avait même été débattue, comme le dit le clergé romain : « délibéré en commun avec les évêques, les prêtres, les diacres, les confesseurs et les laïcs restés fidèles« , et pouvait même être délibéré à distance par lettres avec saint Cyprien et même avec les Evêques du « monde entier » comme nous l’avons vu, et pourtant il fut constaté qu’on ne pouvait pas trancher la question avant « d’avoir un évêque [de Rome], qui dirige toutes ces affaires, et qui puisse s’occuper des lapsi avec autorité et sagesse. », alors même que celui-ci ne serait pas nécessairement le mieux qualifié humainement parlant. Et en même temps il fut constaté comme nous l’avons dit qu' »une décision ne peut avoir grande force, qui ne semblerait pas avoir réuni les suffrages d’un grand nombre de délibérants« , appelant ainsi des Conciles qui eurent lieu.

Mais nous pouvons alors nous demander : pourquoi en appeler à de futurs Conciles qui réuniraient « un grand nombre de délibérants« , alors que l’affaire avait déjà été « délibéré en commun avec les évêques, les prêtres, les diacres, les confesseurs et les laïcs restés fidèles » et pouvait même l’être avec saint Cyprien ? La réponse est simple : seule le Pape possède de droit divin, indépendamment de ses qualifications humaines, le pouvoir d’enseigner infailliblement l’Eglise, ce qui rend impossible de prendre une décision ferme en son absence, et en même temps, l’affaire suscitant de grandes passions et causaient de grands scandales, « une décision ne peut avoir grande force, qui ne semblerait pas avoir réuni les suffrages d’un grand nombre de délibérants« , car comme nous le rapportons dans l’article, le Cardinal BILLOT disait : « ce consentement ne donne aucune force d’obliger et n’ajoute rien la valeur intrinsèque du décret, mais apporte quand même un certain éclat l’autorité de cette définition ou de ce décret. ce qui agit beaucoup sur les esprits, poussant les hommes à l’obéissance ou du moins au respect, et écarte les obstacles qui pourraient s’opposer la soumission ».

Aussi nous renvoyons dans l’article indiqué à la section « III) Témoignages de l’antiquité chrétienne unissant infaillibilité du Pape et recours au conseil externe => E) La soumission au Pape du IIIè Concile de Constantinople (681) => 3) Le Pape saint Léon II ne confirme souverainement le Concile que parce qu’il s’est conformé à l’enseignement romain => b) Ce que signifie examiner « avec une minutieuse attention […] chacune des pièces écrites » du Concile », où on trouve un exemple du profit qu’un Pape seul infaillible peut tirer des lumières naturelles et surnaturelles des évêques assemblés en Concile.

4) Témoignages de l’antiquité chrétienne unissant infaillibilité du Pape et recours au conseil externe

Nous en fournissons plusieurs exemples dans notre article déjà cité :

L’autorité souveraine et infaillible du Pape est-elle contradictoire avec l’existence des Conciles ?

V) La lettre du clergé romain fit autorité dans toute l’Eglise

Comme nous l’avons dit plus haut, cette lettre envoyée par le clergé romain à saint Cyprien n’allait pas rester confidentielle ! Comme saint Cyprien l’écrivit lui-même :

« Ces lettres ont été envoyées dans le monde entier et portées à la connaissance de toutes les églises et de tous les frères. » (Lettre 52 [alias 55] à Antonius, chapitre 5, PL tome IV, colonnes 345 et 346)

C’est dire l’autorité doctrinale de l’Eglise de Rome, et le rôle de son Evêque sur l’Eglise universelle, puisque c’était l’Eglise universelle, touchée en toutes ses régions par l’apostasie, qui se trouvait empêchée de prendre une décision urgente avant l’élection d’un Evêque de Rome.

VI) Le concile de Carthage eut besoin de la confirmation romaine

Après l’élection de saint Corneille, successeur de saint Fabien, la question fut résolue par des conciles locaux. Il est à noter que ceux de Carthage en référèrent à Rome pour obtenir confirmation des leurs. Saint Cyprien dit dans la lettre que nous venons de citer :

« Cependant, conformément aux résolutions antérieurement prises, quand l’ardeur de la persécution se fut assoupie, avec un grand nombre d’évêques que leur foi et la Protection de Dieu avait maintenus sains et saufs, nous nous sommes réunis [Au concile du printemps de 251]. Après avoir lu les textes de l’Écriture dans les deux sens, nous avons adopté, avec un sage tempérament, un moyen terme : d’une part, l’espérance de la communion ne serait point totalement refusée aux lapsi, de peur que le désespoir ne les portât davantage au mal, et que voyant l’Église fermée devant eux, ils ne suivissent le siècle pour vivre en païens; d’autre part, la sévérité évangélique ne serait pas non plus énervée par une admission en bloc et à la légère à la communion; mais plutôt la pénitence durerait longtemps; on invoquerait, avec le regret des fautes, la paternelle bonté, on examinerait les cas un à un, les intentions, les circonstances atténuantes, conformément au texte de l’opuscule, que, je crois, vous est parvenu, et où les points du règlement sont détaillés. Et, de peur que le nombre des évêques d’Afrique ne parût insuffisant, nous avons encore écrit à Rome sur ce sujet à Corneille, notre collègue, qui lui aussi a tenu un concile avec un grand nombre de collègues dans l’épiscopat, et traitant l’affaire avec le même sérieux et les mêmes ménagements, a adopté les mêmes solutions que nous. » (Lettre 52 [alias 55] à Antonius, chapitre 5, PL tome IV, colonnes 345 et 346)

Cela signifie que la question, pour être définitivement réglée, avait besoin que les conciles qui en traitèrent reçoivent l’approbation de l celui que saint Cyprien désigne dans la même lettre comme le successeur de Pierre !

VII) Saint Cyprien témoigne que les Evêques de Rome assument le même rôle que Pierre

Dans la même lettre où il demande confirmation de son concile à Rome, il appelle l’Evêque de Rome le successeur de Pierre

« Corneille a été élu évêque par le Jugement de Dieu et de son Christ, par le témoignage favorable de la presque unanimité des clercs, par l’accord avec eux de la portion du peuple fidèle qui était présente, par la communauté des évêques vénérables et des gens de bien, personne ne l’ayant été avant lui, la place de Fabianus [Fabianus était décédé en janvier 250. L’élection de Corneille eut lieu dans la première quinzaine de mars], c’est-à-dire la place de Pierre et le siège épiscopal étant vacants. » (Lettre 52 [alias 55] à Antonius, chapitre 7, PL tome IV, colonnes 345 et 346)

On notera que saint Cyprien écrit le mot « vacants » au pluriel. Cela signifie que ce n’est pas seulement le siège épiscopal de Rome, qui se trouve avoir été celui de Pierre qui était vacant, mais aussi « la place de Pierre », c’est-à-dire son rôle d’enseignant et de gouverneur de l’Eglise qu’il avait au sein du collège apostolique et qui se continue à travers les siècles par l’Evêque de Rome.

VIII) Cela explique peut-être l’attitude de l’empereur persécuteur Dèce

A) Dèce « aurait plutôt supporté d’apprendre qu’un empereur rival s’élevait contre lui que de voir établir dans Rome même un évêque de Dieu« 

C’est sans doute pour cela que l’empereur Dèce, persécuteur, aurait préféré, comme le dit saint Cyprien toujours dans la même lettre, avoir un rival politique à la tête d’une armée devant lui, plutôt qu’il y ait un Evêque à Rome :

« L’épiscopat obtenu, non point par brigue, ni par violence, mais de par la Volonté de Dieu, qui fait les évêques, quelle vertu n’a-t-il point montrée dans l’épiscopat même, quelle force d’âme, quelle fermeté de foi, que nous devons d’un coeur droit reconnaître et louer ! Il a siégé sans peur sur le siège épiscopal, au temps où un tyran [Dèce] ennemi des évêques de Dieu, jetait feu et flammes, et aurait plutôt supporté d’apprendre qu’un empereur rival s’élevait contre lui que de voir établir dans Rome même un évêque de Dieu. » (Lettre 52 [alias 55] à Antonius, chapitre 8, PL tome IV, colonnes 345 et 346)

Et pourquoi cela si l’Evêque de Rome n’était qu’un Evêque parmi les autres ?

B) Dèce était pourtant beaucoup moins dérangé par la présence « des évêques de régions voisines, et d’autres venus de provinces lointaines » à l’intérieur de Rome

Pourquoi redoutait-il tant que Rome ait un Evêque canoniquement en charge de ce diocèse, alors que la présence à Rome de beaucoup d’autres Evêques, ceux « de régions voisines, et d’autres venus de provinces lointaines », n’avaient pas l’air de le gêner, ou en tout cas beaucoup moins que « d’apprendre qu’un empereur rival s’élevait contre lui » ? C’est sans doute parce qu’il savait quel était le rôle de l’Evêque de Rome dans l’Eglise universelle.

C) Peut-être est-ce à un empêchement du fait de Dèce que le clergé romain écrit « les difficultés des circonstances nous ont empêchés d’avoir un évêque« 

C’est peut-être aussi lui qui empêcha l’élection d’un nouvel Evêque aussi longtemps. Cela expliquerait que le clergé de Rome dise à saint Cyprien : « Depuis la mort de Fabianus, de très illustre mémoire, les difficultés des circonstances nous ont empêchés d’avoir un évêque« , et que comme le dit saint Cyprien dans la lettre que nous avons cité de lui, il ne fut procédé à l’élection d’un Evêque que « quand l’ardeur de la persécution se fut assoupie« . Sans doute l’Eglise savait-elle qu’il lui serait matériellement impossible de précéder à cette élection, ou qu’elle occasionnerait des persécutions, permettant à Dèce de capturer ou tuer nombre d’Evêques présents au même endroit.

D) Les païens savaient reconnaître les vrais des faux chrétiens en particulier par leur obéissance à l’Evêque de Rome

Comme nous l’exposons dans notre article La Papauté depuis les apôtres ! à la section « L’affaire Paul de Samosate (272)« , les païens savaient reconnaître les vrais chrétiens des hérétiques.

Saint Justin Martyr (vers 100-165) écrivait :

« Mais nous le savons bien, vous n’avez ni persécuté ni fait mourir à cause de leurs opinions les disciples de Simon le magicien et de Marcion. » (Première apologie pour les chrétiens, adressés à l’empereur Antonin, n°26, dans PG, 6/370)

Et Origène (vers 185-vers 254) :

« Celse a revendiqué pour ces hérétiques, qui pourtant n’ont rien subi de pareil, ce que nous autres catholiques accomplissons, lorsque, poussées, pour ainsi dire, par une piété débordante, nous allons au-devant de toute espèce de mort et affrontons le supplice de la croix. » (Contre Celse, VII, 40, PG, 11/1478-1479)

Et lorsque le l’empereur Constance II commença à persécuter l’Eglise, à partir du moment où il prit parti pour les ariens, Ammien Marcellin, qui était pourtant païen, ne put s’empêcher de remarquer que l’empereur s’était écarté du droit chemin, puisqu’il avait abandonné la pure et simple expression de la religion chrétienne (Histoire de Rome, XXI, 16).

Et dans cette fameuse affaire, le litige immobilier qui opposait l’Eglise à des hérétiques fut porté devant le tribunal de l’empereur, puisqu’à cette époque il n’y avait pas de persécution, et l’empereur Aurélien

ordonna de livrer la maison à ceux à qui les évêques d’Italie et de Rome adressaient leurs lettres ; sa sentence manifeste une reconnaissance de l’ordre établit chez les chrétiens :

« l’empereur Aurélien, auquel on recourut, rendit une décision très heureuse sur ce qui devait être fait ; il ordonna que la maison fût attribuée à ceux à qui les évêques d’Italie et de la ville de Rome l’auraient adjugée. Ce fut donc ainsi que l’homme susdit fut chassé de l’église avec la dernière honte par le pouvoir séculier. » (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique VII, 27)

Que signifie cette formulation sinon que même les païens savaient que le critère essentiel et formel de l’appartenance à la véritable Eglise était la soumission à l’Evêque de Rome ? En effet, dans le cas contraire, pourquoi ne pas avoir attribué le bâtiment à ceux qui étaient en communion avec les Evêques immédiatement voisin, au motif que ces derniers gardaient le vrai christianisme (puisque Paul de Samosate était seul dans son hérésie avec quelques partisans) ? Ou à ceux qui croient en la divinité de Jésus-Christ (puisque la négation de cette dernière était l’objet de l’hérésie de Paul de Samosate) ? Ou à ceux qui acceptaient les deux conciles locaux le concernant dont le deuxième l’avaient excommuniés (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 29, 30, 1-18) ? Ou à ceux qui partageaient la même foi que tous les autres chrétiens répandus dans l’empire ?

Il n’y a aucune échappatoire : la Papauté était un fait tellement notoire en 272 que même l’évidence éclatait même aux yeux des païens que le vrai christianisme se définissait par la soumission à l’Evêque de Rome !

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