+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Saint Pierre a-t-il un successeur ?

Dossier sur la Papauté : ici

Nous avons précédemment prouvé que le Christ avait fondé son Eglise sur Pierre (Matthieu XVI, 18), qu’il en avait fait son premier ministre en tant que Roi des Cieux (Matthieu XVI, 19), qu’il lui avait promis que se foi ne défaillirait pas, ce que nous appelons l’infaillibilité (Luc XXII, 32) et enfin qu’il lui confia la charge de paître ses brebis et ses agneaux, c’est-à-dire de gouverner toute son Eglise (Jean XXI, 15-17). Mais pour exposer bibliquement la doctrine de la Papauté, cela ne suffit pas. En effet, il faut aussi démontrer que Pierre a un successeur dans ces promesses et prérogatives ; et montrer qui est ce successeur.

La pierre de fondement de l’Eglise doit exister jusqu’à la fin des temps

La première raison biblique est que Pierre étant la pierre sur laquelle est fondée l’Eglise, cette pierre doit toujours demeurer à la fondation de l’édifice qu’est l’Eglise, sinon l’édifice s’écroule. En effet, comme l’écrit Dom Prosper GUÉRANGER, OSB, Abbé de Solesmes:

« Un fondement posé par Dieu lui-même ne saurait manquer. Si l’édifice qu’il porte doit durer, c’est au fondement inébranlable qu’il le devra. Jésus donne donc à Simon une qualité qu’il n’avait pas auparavant. Jusque-là il était simple apôtre comme les autres ; désormais il est mis à part. Son nom est changé ; il s’appellera la Pierre. Or, la Pierre est un des noms prophétiques du Christ lui-même. Le Messie est annoncé comme devant être la Pierre choisie, angulaire, fondamentale [Isaïe XXVIII, 16, rappelé par saint Pierre lui-même en I Pierre II, 4, voir aussi I Corinthiens III, 11]. C’est donc son propre nom que Jésus donne à Simon, comme s’il lui disait : « Je suis la Pierre inviolable, la Pierre angulaire, qui réunis en un deux choses ; je suis le fondement auquel nul n’en peut substituer un autre ; mais toi aussi, tu es Pierre ; car ma force devient le principe de ta solidité, en sorte que ce qui m’était propre et personnel à ma puissance, te devient commun avec moi par participation. » [Pape saint Léon le Grand, In  Assumptionis suae. Serm. IV]

Pierre est donc, avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ, le fondement de l’Église, et l’Église ne saurait exister en dehors de ce fondement inébranlable. Qui dit Pierre, dit toute la suite de ses successeurs, parce que Pierre ne peut mourir ; autrement, l’Église n’ayant plus de fondement ne subsisterait pas. Les prérogatives de Pierre sont personnelles en lui et en toute la succession des Pontifes romains, que la tradition tout entière a reconnu ne former avec lui qu’une seule personne, quant aux droits du Pontificat.

Le fondement est unique, super hanc Petram, parce qu’il n’y a qu’un seul Christ ; il est unique, parce qu’il n’y a qu’une seule Église. Tout doit reposer sur ce fondement, et les apôtres et les disciples ; et les évêques et les prêtres et le peuple fidèle, en un mot l’Église tout entière : super hanc Petram ædificabo Ecclesiam meam.

En posant ce fondement, Jésus-Christ devait le rendre inébranlable, le garantir de la chute ; autrement, le fondement entraînerait avec lui l’édifice, ou l’édifice devrait désormais reposer sur un autre fondement. Or, d’un côté, l’Église ne peut périr ; de l’autre, elle n’est l’Église que parce qu’elle est établie sur la Pierre. » (De la Monarchie Pontificale, 2è édition, 1870, pp. 140-142)

De plus, il convient de noter que Jésus dit « sur cette pierre je bâtirai mon Eglise », plutôt que par ‘sur toi’, en se référant à Pierre. C’est parce que tandis que Pierre est par définition ‘la pierre’ / le rocher, la fonction qu’Il établit en Pierre (la Papauté) durera à travers les âges bien après que Pierre soit mort. Cette fonction est instituée avec Pierre, mais ne sera pas limité à Pierre… car il aura des successeurs ! En effet, le fondement d’un édifice doit durer aussi longtemps que l’édifice lui-même, sinon ce dernier s’effondre… Rappelons nous que le Christ promet à ses apôtres et donc à son Eglise d’être avec eux « tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu XXVIII, 20)

Il faut qu’il y ait toujours quelqu’un qui soit dépositaire des promesses du Christ et des prérogatives de Pierre, sinon les éléments essentiels de l’indéfectibilité que le Christ promet à son Eglise cessent d’exister. C’est pourquoi Pierre doit nécessairement avoir un successeur. C’est ce qu’a reconnu l’antiquité chrétienne :

Saint Cyprien de Carthage (vers 200-258)

« Après tout cela, ils se sont encore fait sacrer un pseudo-évêque par des hérétiques, et c’est dans ces conditions qu’ils osent passer la mer, pour venir au siège de Pierre et l’Église principale, d’où l’unité épiscopale est sortie, et y apporter des lettres de schismatiques et de profanes. Ils ne réfléchissent donc pas que ce sont là les mêmes Romains dont l’Apôtre a loue la foi et auprès de qui la perfidie ne saurait avoir accès. » (Lettre 59 [55] au pape Corneille, chapitre 14)

Saint Optat de Milève (mort vers 397)

Cet ancien évêque que saint Augustin cite aux côtés d’hommes disparus depuis longtemps, cet évêque « de vénérable mémoire » apparaît comme l’égal d’Ambroise de Milan, dit :

« Nous prouvons que l’Église catholique est celle qui est répandue dans tout l’univers. Il s’agit maintenant d’énumérer ses privilèges, et de voir où ils se trouvent dans leur nombre de cinq ou de six, comme vous le dites. Le premier de ces privilèges, c’est de posséder une chaire qu’occupe un évêque, qui soit comme l’anneau sans lequel il n’y aurait pas lieu d’y joindre d’autres propriétés ; et il s’agit par conséquent de voir quel est l’évêque qui a siégé le premier, et où il a fixé son siège. Apprenez-le, si vous l’ignorez encore ; rougissez, si vous ne l’ignorez pas. On ne peut supposer que vous l’ignoriez ; il reste donc à dire que vous le savez. Errer avec connaissance de cause, c’est ce qui fait le crime. Car pour ce qui est de l’ignorance, elle est quelquefois excusable. Vous ne sauriez donc nier, sous prétexte d’ignorance, qu’à Rome Pierre ait le premier occupé la chaire épiscopale ; Pierre, le chef de tous les apôtres, et appelé pour cette raison Céphas [Ici saint Optat commet assez visiblement une erreur d’étymologie : le mot Cephas ne vient pas, comme il semble le croire, du mot grec κεφαλη, tête ou chef ; mais c’est un mot syriaque qui signifie la même chose que pierre ou rocher : « Tu vocaberis Cephas, quod interpretatur Petrus » (Jean, I, 42). Au reste, le mot grec κεφαλη peut avoir lui-même pour étymologie le mot syriaque כיפא]. C’est cette chaire qui doit être pour tout le monde le centre de l’unité, et à laquelle les autres apôtres n’ont jamais pu avoir la pensée d’opposer leurs chaires particulières ; en sorte que ce serait commettre ce crime de schisme, que d’élever aujourd’hui une autre chaire en opposition avec celle-là. Donc cette chaire unique, première des propriétés de l’Eglise, a été occupée par Pierre le premier. A Pierre a succédé Lin ; à Lin a succédé Clément ; à Clément Anaclet ; etc. ; à Jules, Libère ; à Libère Damase ; et à Damase, Sirice, qui est aujourd’hui notre collègue, et avec lequel tout l’univers, en même temps que nous-même, est en société de communion par le commerce des lettres formées [On trouvera dans le Protestantisme et la règle de foi du P. Perrone, t, II, p. 116-578 et suiv. (trad. franc.) ce qu’on doit entendre par lettres formées]. Vous, à votre tour, dites quelle est l’origine de votre chaire épiscopale, vous, qui vous attribuez les privilèges de la vraie Eglise. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre II, 2-3)

Saint Augustin (354-430)

il dressa la liste des trente-neuf évêques de Rome depuis saint Pierre jusqu’à Anastase (le pape de l’époque) et affirma d’une part qu’aucun d’entre eux n’avaient tenue la doctrine donatiste et d’autre part que cela prouvait la fausseté du donatisme car ils enseignent la vérité en raison de la promesse faite à Saint Pierre par le Christ en Matthieu XVI, 18 :

« Si l’on doit avoir égard à la suite et à la succession des évêques. Combien n’y a-t-il pas plus de sûreté et d’avantages à s’en tenir à celle qui remonte jusqu’à Pierre, à qui le Seigneur a dit, comme au représentant de l’Eglise tout entière : Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Or, c’est à Pierre que Lin a succédé ; comme c’est à Lin qu’a succédé ensuite Clément ; puis à Clément, Anaclet, etc. ; A Damase, Sirice ; à Sirice, Anastase. Dans cet ordre de succession ne se trouve aucun évêque donatiste. Et quand même dans cette suite d’évêque qui de Pierre redescendent jusqu’à Anastase, le même qui occupe ce siège aujourd’hui, il se serait glissé dans les temps de persécution quelque traditeur, cela ne préjudicierait en rien à l’Eglise elle-même, ni à tout ce qu’il y aurait eu de chrétiens innocents de ce crime, puisque le Seigneur nous a dit d’avance pour nous mettre en garde contre les mauvais pasteurs : Faites ce qu’ils disent, mais ne faites pas ce qu’ils font ; car ils disent et ne font pas. Voilà ce qui assure l’espérance des fidèles et ce qui fait que, se confiant non dans les hommes, mais dans le Seigneur, ils ne sont point exposés à faire naufrage dans la tempête que soulève un schisme sacrilège. » (Lettre 165 alias 53 à Generosus, II)

Voici quelques autres mots de saint Augustin sur le Siège de Saint Pierre, son grade, son Église, son Évêque, sa dignité, car, comme le dit saint François de Sales,  » tout cela revient en un » :

« Revenez, mes frères, si vous voulez être entés sur la vigne. Nous sommes saisis de douleur quand nous vous voyons gisants et sans vie. Comptez les pontifes qui se sont succédé sur la chaire de Pierre, Et voyez si cette succession ne prouve pas une intervention divine et constante. C’est bien là le rocher que n’ébranleront jamais les portes orgueilleuses de l’enfer [Matthieu XXI, 18]. » (Psaume abécédaire contre le parti de Donat, XVIII, voir aussi dans PL, 43/30)

« Je passe d’abord sous silence cette sagesse sincère et véritable dont la connaissance n’est possible en cette vie qu’à un petit nombre d’hommes spirituels; les autres n’en connaissent que les éléments les plus simples, mais du moins cette connaissance n’est accompagnée d’aucune hésitation ; ce qui leur donne cette heureuse assurance, ce n’est pas, la vivacité de leur compréhension, mais la simplicité de leur foi. Je garderai donc le silence sur cette sagesse, dont vous niez la présence dans l’Eglise catholique; j’y consens d’autant plus volontiers que je trouve assez d’autres garanties qui me retiennent dans son sein. Ce qui me frappe d’abord, c’est le consentement unanime des nations et des peuples; c’est le spectacle d’une autorité engendrée par les miracles, nourrie par l’espérance, augmentée par la charité, affermie par la durée. Ce qui, me frappe encore, c’est la chaire de Pierre à qui le Seigneur, après la résurrection, a confié le soin de paître ses brebis, c’est aussi cette imposante succession du sacerdoce, couronnée par l’épiscopat qui découle directement du pontificat lui-même.» (Réfutation de l’épître manichéenne appelée Fondamentale, IV)

« Vous disiez tout à l’heure que nous connaissons la loi et que nous parlons légalité, mais que nos oeuvres nous font rougir ». Vous le dites, mais où sont vos preuves? et dussiez-vous en fournir contre quelques rares exceptions, les autres défient toutes vos calomnies. Et puis, lors même que tous les catholiques de l’univers seraient tels que vous les représentez, qu’avez-vous à dire contre la chaire de l’Eglise romaine sur laquelle s’est assis saint Pierre et sur laquelle siège Anastase; ou contre la chaire de l’Eglise de Jérusalem, sur laquelle saint Jacques s’est assis et sur laquelle siège l’évêque Jean ? Or, c’est avec Anastase et avec Jean que nous sommes unis dans les liens de cette unité dont vous vous êtes séparés avec une fureur sacrilège. Pourquoi appelez-vous  « chaire de pestilence » la chaire apostolique ? Est-ce à cause de ces hommes que vous accusez de citer la loi et de ne pas l’accomplir ? Mais souvenez-vous donc que le Sauveur n’a jamais insulté la chaire de Moïse, quoiqu’elle, fût alors occupée par ces pharisiens « qui enseignent et ne font pas ». Il entoura cette chaire de tous les honneurs, tout en condamnant ceux qui l’occupaient. Ecoutez-le : « Ils siègent sur la chaire de Moïse; faites ce a qu’ils vous disent, mais ne faites pas ce qu’ils font, car ils disent et ne font pas [Matthieu XXIII, 2-3] ». Si vous pesiez sérieusement ces paroles, vous ne trouveriez pas dans certains hommes que vous incriminez, l’occasion de blasphémer contre la chaire apostolique, à laquelle vous n’appartenez pas. Votre conduite est donc réellement celle d’adversaires qui ne savent pas ce qu’ils veulent dire et qui ne peuvent qu’insulter et calomnier. » (Contre les lettres du donatiste Pétilien, II, 118)

Saint Innocent Ier (mort en 417)

« Je loue la diligence que vous avez apportée à rendre hommage au siège apostolique, je veux dire au siège de celui qui, sans compter les embarras qui peuvent lui survenir d’ailleurs, est chargé du soin de toutes les Eglises, en nous consultant sur le parti que vous pouvez avoir à prendre dans vos doutes, vous conformant ainsi à l’antique règle que vous savez aussi bien que moi avoir toujours été observée par tout l’univers. Mais je me tais là-dessus, persuadé que vous en êtes d’avance parfaitement instruits, puisque vous l’avez reconnu par votre conduite même, sachant bien que le siège apostolique ne manque jamais de répondre aux consultations qui lui viennent de toutes les parties de l’univers. Mais surtout s’il s’agit de ce qui intéresse la foi, tous nos frères ou nos collègues dans l’épiscopat se font, comme je n’en doute pas, un devoir d’en référer à Pierre, ou à celui de qui il tient son nom et son privilège, ainsi que vous l’avez fait vous-mêmes pour obtenir une décision qui puisse, dans le monde entier, servir en commun à toutes les Eglises. » (Lettre aux Pères du concile de Milève, Inter epistolas S. Augustini, Opera S. Augustini, t. II, col. 934, édit. de Gaume ; col. 638, édit. de Montfaucon). Lettre citée dans la lettre 182 (alias 193) de SAINT AUGUSTIN – PL, 33 / 784.).

Et nous ne pouvons que constater que saint Augustin fait entièrement siennes cette sentence papales ! En effet, lorsque dans sa Lettre à Paulin, saint Augustin rapporte ces actes, il recommande cette réponse, ainsi qu’une autre adressée à un autre concile qu’il présida, celui de Carthage, que le pape Innocent Ier donna par écrit, en ajoutant :

« Sur tous ces points, le pape nous a donné réponse par écrit, exactement comme le requérait le droit et comme il convenait au pontife du Siège apostolique » (Lettre 186 (alias 106), § 2 – PL, 33 / 817)

Et dans un célèbre sermon :

« Réfutez leurs contradictions, amenez-nous les quand ils résistent. Déjà effectivement on a envoyé sur ce sujet les actes de deux Conciles au Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie; puisse ainsi finir l’erreur ! Aussi les avertissons-nous de rentrer en eux-mêmes; nous prêchons pour leur faire connaître la vérité et nous prions pour obtenir leur changement. » (Sermon 131, 10).

C’est d’ailleurs des mots « Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie » que fut tirée le célébrissime adage : « Roma locuta, causa finita est » : « Rome a parlé, la cause est entendue » !

Le Concile d’Ephèse (431)

« Philippe, presbytre et légat du Siège Apostolique a dit : Il n’y a pas de doute, et en fait cela fut connu dans tous les âges, que le saint et très-heureux Pierre, prince et tête des Apôtres, pilier de la foi, et fondation de l’Eglise catholique, reçu les clés du royaume de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Sauveur et Rédempteur de la race humaine, et qu’à lui fut donner le pouvoir de remettre et retenir les péchés; qui depuis le commencement jusqu’à aujourd’hui et pour toujours, vit et juge en ses successeurs. Le saint et très-heureux Pape Célestin, selon l’ordre est don successeur et tient sa place. […] En conséquence, la décision de toutes les églises est arrêtée, car les prêtres des églises orientales et occidentales sont présents. […] C’est pourquoi Nestorius sait qu’il est exclu de la communion des prêtres de l’Église catholique » (IIIè session)

Saint Pierre Chrysologue (vers 380-450/451)

« Nous vous exhortons, vénérable frère, à vous soumettre en toute chose à ce qu’a écrit le bienheureux Evêque de Rome, car saint Pierre, qui vit et préside en son siège, communique la vraie foi à ceux qui la cherchent. Pour notre part, pour l’amour de la paix et le bien de la vraie foi, nous ne pouvons pas juger des questions de doctrine sans le consentement de l’Evêque de Rome. » (Lettre XXV)

Saint Léon le Grand (vers 395-461)

Ce pape laissait entendre que saint Pierre vivait et enseignait par la bouche de ses successeurs :

« A cette réunion, j’en ai la confiance, ne manque pas non plus la pieuse bienveillance et le sincère amour de saint Pierre, pas plus qu’il n’est absent de votre dévotion […] et il approuve donc cette charité parfaitement ordonnée de toute l’Eglise qui accueille Pierre sur le siège de Pierre et ne laisse pas s’attiédir son amour envers un si grand pasteur, même quand il porte sur la pardonne d’un héritier si inégal au modèle. » (Sermon 2 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2, PL, 54/143-144)

« En outre, comme suite à cette assistance essentielle et éternelle, nous avons reçu la protection et l’appui de l’apôtre qui, certes, ne se relâche pas de sa fonction ; et ce solide fondement sur lequel s’élève de toute sa hauteur l’édifice de l’Eglise ne se lasse aucunement de porter la masse du temple qui repose sur lui. En effet, elle ne défaille pas, le fermeté de cette foi qui fut louée par le Prince des apôtres ; et de même que demeure ce que saint Pierre a cru dans le Christ, ainsi demeure ce que le Christ a établi en saint Pierre. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2, PL, 54/145-146)

« Le bienheureux Pierre, conservant toujours cette consistance de pierre qu’il a reçue, n’a pas abandonné le gouvernail de l’Église […]. Si donc nous faisons, quelque chose de bon, si nous pénétrons avec justesse dans les questions, si quelque chose est gagné de la miséricorde de Dieu par nos supplications quotidiennes, c’est l’œuvre, c’est le mérite de celui dont la puissance vit et dont l’autorité commande dans son Siège […] À celui qu’ils savent non seulement être le maître de ce Siège, mais aussi le primat de tous les évêques. Qui par conséquent […] croient qu’il parle par son représentant que nous sommes. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 3 et 4)

« Seul saint Pierre est choisi dans le monde entier, pour être mis à la tête de toutes les nations qui seront appelées à la foi, pour être établi le chef de tous les apôtres et de tous les pères de l’Église. De la sorte, bien que le peuple de Dieu comprenne bien des prêtres et bien des pasteurs, c’est cependant saint Pierre qui les gouverne tous, comme ceux dont le Christ est le chef, et qu’il gouverne lui aussi. Très chers, Dieu a daigné attribuer à cet homme une destinée grande et admirable en l’admettant à partager sa puissance, et si Dieu a voulu que les autres chefs partagent avec lui quelque prérogative, il n’accorde jamais que par l’entremise de saint Pierre ce qu’il ne leur refuse pas » (Sermon 4 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2 – PL, 54 / 149-150)

« Saint Pierre ne cesse de présider à son siège et conserve une participation sans fin avec le souverain prêtre. La fermeté qu’il a reçut de la pierre qui est le Christ, lui, devenu également Pierre, il la transmet aussi à ses héritiers ; et, partout où paraît quelque fermeté, se manifeste indubitablement la force du pasteur. […] Qui sera assez ignorant ou assez envieux pour mésestimer la gloire de saint Pierre et croire qu’il y ait des portions de l’Eglise qui échappent à la sollicitude de son gouvernement et ne s’accroissent pas avec lui ? » (Sermon 5 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 4, PL, 54/155)

Ce pape dit encore :

« Au cours de tant de siècles, aucune hérésie ne pouvait souiller ceux qui étaient assis sur la chaire de Pierre, car c’est le Saint-Esprit qui les enseigne » (Sermon 98)

« Cette union demande sans doute l’unanimité de sentiments dans le corps entier, mais surtout le concert entre les évêques. Quoique ceux-ci aient une même dignité, ils ne sont pas cependant tous placés au même rang, puisque parmi les apôtres eux-mêmes il y avait différence d’autorité avec ressemblance d’honneur, et que, quoiqu’ils fussent tous également choisis, un d’entre eux néanmoins jouissait de la prééminence sur tous les autres. C’est sur ce modèle qu’on a établi une distinction entre les évêques, et qu’on a très-sagement réglé que tous ne s’attribueraient pas indistinctement tout pouvoir, mais qu’il y en aurait dans chaque province qui auraient le droit d’initiative par-dessus leurs confrères, et que les évêques établis dans les villes les plus considérables, auraient aussi une juridiction plus étendue, en servant ainsi comme d’intermédiaire pour concentrer dans le siège de Pierre le gouvernement de l’Eglise universelle, et maintenir tous les membres en parfait accord avec leur chef. » (Lettre 84 à Anastase, évêque de Thessalonique, chapitre 11, PL, 54/675-676)

« Ce sont là, ô Rome, les deux hérauts qui ont fait resplendir tes yeux l’Évangile du Christ. Ce sont là tes pères et tes vrais pasteurs qui, pour t’introduire dans le royaume céleste, ont su te fonder, beaucoup mieux et avec bien plus de bonheur que ceux qui se donnèrent la peine de poser les premiers fondements de tes murailles. […] Ce sont ces deux apôtres qui t’ont élevée à un tel degré de gloire, que tu es devenue la nation sainte, le peuple choisi, la cité sacerdotale et royale, et, par le siège sacré du bienheureux Pierre, la capitale du monde ; en sorte que la suprématie qui te vient de la religion divine, s’étend plus loin que jamais ne s’est portée ta domination terrestre » (Premier sermon pour la fête des saints apôtres Pierre et Paul, chapitre 1, PL 54/422-423)

Le concile de Chalcédoine (451)

Lors de la session III furent présentée les requêtes des diacres Théodore et Ischyrion, du prêtre Athanase et du laïque Sophrone contre Dioscore, adressées tant au pape Léon qu’au concile ; Léon y est désigné sous les titres d’archevêque universel et de patriarche de la grande Rome. Dans la même action ou session, on attribue au légat Paschasinus de Léon la présidence du concile comme aux représentants du pape, et ils sont les premiers à prononcer la sentence contre Dioscore en ces termes :

« C’est pourquoi le très-saint archevêque de Rome, Léon, par nous et par le présent concile, avec l’apôtre saint Pierre, qui est la pierre et la base de l’Eglise catholique et le fondement de la foi orthodoxe, l’a dépouillé de la dignité épiscopale et de tout ministère sacerdotal. ‘Pierre, l’apôtre, qui est le rocher et le support de l’Eglise catholique’. »

Saint Gélase (???-496)

« Pierre brilla dans cette capitale [Rome] par la sublime puissance de sa doctrine, et il eut 1’honneur d’y répandre glorieusement son sang. C’est là qu’il repose pour toujours, et qu’il assure à ce Siège béni [le siège de Rome] par lui de n’être jamais vaincu par les portes de l’enfer » (Décrétale 14 intitulée De responsione ad Graecos).

Décret gélasien (496)

« Nous avons considéré qu’il faut annoncer que bien que toutes les Eglises catholiques se répandent à travers le monde comprennent une chambre nuptiale du Christ, néanmoins, La sainte romaine n’est pas placée devant les autres églises par des édits de synodes, mais elle a la primauté de par la parole évangélique du Seigneur et Sauveur disant : ‘Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront pas‘À cela s’est ajouté également la compagnie du très bienheureux Paul, le vase d’élection : ce n’est pas un autre moment, comme le disent sottement les hérétiques, mais au même moment, le même jour, par une mort glorieuse avec saint Pierre, qu’il a été couronné en combattant, dans la Ville de Rome, sous l’empereur Néron : et de la même manière ils ont consacré au Christ l’église romaine susdite, et par leur présence et triomphe vénérable ils l’ont placée avant toutes les autres villes dans le monde entier. Le premier siège de l’apôtre Pierre est donc l’église romaine qui n’a ni tache, ni ride, ni rien de semblable [Ephésiens V, 27]. […] Et bien que personne ne puisse poser d’autre fondement que celui qui a été posé et qui est Jésus Christ (voir 1Co 3,11), l’Eglise sainte, c’est-à-dire l’Eglise romaine, n’interdit pas que pour son édification, outre les Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testament que nous recevons selon la règle, soient reçus également ces autres écrits, à savoir : […] » (Lettre décrétale sur les livres à recevoir ou à ne pas recevoir, aussi nommée Décret de Gélase ou Décret gélasien, III et IV, DS 350, 351 et 352)

Ce document est appelé Décret Gélasien traditionnellement daté de 496, mais dont la date doit peut-être être repoussée jusqu’en 523, année de la mort du Pape saint Hormisdas. Nous ne connaissons pas son auteur. Toutefois, on consultera avec fruits l’étude du Père Albert DUFOURQC intitulée Vues nouvelles sur le décret gélasien et sur le pape Damase (Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Année 1909, 53-11, pp. 820-825) en cliquant ici. Ce document anonyme n’a donc sans doute aps l’autorité du Pape saint Gélase, toutefois il doit quand même refléter la doctrine générale de l’époque de sa rédaction. Dans le cas contraire son auteur n’aurait jamais pu songer à l’écrire et encore moins à le mettre sous le nom de Gélase. Et quand même l’aurait-il fait, jamais il n’aurait obtenu aussi vite une autorité aussi grande, surtout en lui reconnaissant une origine papale.

Saint Hormisdas Ier (450-523)

Ce Pape, envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui dècheraient l’Orient – le 1er août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi juste et de ne s’écarter d’aucune façon des décrets des pères. Et parce qu’il n’est pas possible de négliger la parole de notre Seigneur Jésus Christ qui dit :  » Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise  » Mt 16,18, ce qui a été dit est prouvé par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du Siège apostolique [autre version du texte: c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. Ne voulant donc nous séparer d’aucune façon de cette espérance et de cette foi, et suivant en toutes choses ce qu’ont décrété les pères, nous anathématisons tous les hérétiques, et principalement l’hérétique Nestorius qui fut jadis évêque de la ville de Constantinople, condamné au concile d’Ephèse par Célestin, le pape de la ville de Rome, et par saint (l’homme vénérable) Cyrille, l’évêque de la ville d’Alexandrie ; avec celui-ci (de même)nous anathématisons Eutychès et Dioscore d’Alexandrie, condamnés au saint synode de Chalcédoine que nous suivons et embrassons ( qui, suivant le saint concile de Nicée, a proclamé la foi apostolique). Nous y ajoutons (nous exécrons également) le criminel Timothée, surnommé Aelure, ainsi que son disciple et partisan en toutes choses Pierre d’Alexandrie ; et de même nous condamnons (également) et nous anathématisons Acace, jadis évêque de Constantinople, condamné par le Siège apostolique, leur complice et partisan, et ceux qui sont restés en communion avec eux ; car (Acace), s’étant joint à leur communion, a mérité la même sentence de condamnation. De même nous condamnons Pierre d’Antioche avec tous ceux qui l’ont suivi et les partisans de ceux qui ont été mentionnés plus haut. (Mais) c’est pourquoi nous recevons et approuvons toutes les lettres du bienheureux pape Léon, qu’il a écrites touchant la religion chrétienne. Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère (donc) mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie (et parfaite) la solidité de la religion chrétienne. »

Saint Agathon (574-682)

Au moment du IIIè concile de Constantinople (680-681), ce pape envoya deux lettres aux empereurs Constantin IV Pogonat de Constantinople, Héraclius et Tibère. Voici des extraits particulièrement significatifs de la première qui rend compte d’un concile tenu à Rome, réunissant cent vingt-cinq évêques :

« [Les légats envoyés au concile avaient les pouvoirs requis] à la condition toutefois de ne rien ajouter, retrancher ni altérer dans la foi. Ils doivent simplement exposer la tradition du Saint-Siège apostolique, telle qu’elle a été établie par les papes antérieurs. » (Lettre 1 aux empereurs, PL, 87/1165)

C’est la une manifestation de l’infaillibilité romaine. Mais dans la suite de la lettre, ces propos sont encore plus explicites :

« Mais lorsque nous confessons deux natures ainsi que deux volontés naturelles et deux opérations naturelles dans notre Seigneur Jésus-Christ, nous ne disons pas qu’elles sont contraires ou qu’elles s’opposent l’une à l’autre. […] C’est à la tradition des apôtres et de l’Evangile, que conserve l’Eglise apostolique du Christ, qui est la mère spirituelle de votre empire très heureux. Voilà ce que professe en toute vérité et en toute pureté la religion chrétienne ; ce n’est pas l’artifice des hommes qui l’a inventé, mais c’est le Saint-Esprit qui l’a enseigné grâce à la prédication des tout premiers apôtres. […] C’est pourquoi, je vous en supplie avec un cœur contrit et en versant des larmes, humblement prosterné en esprit : daigne secourir la doctrine apostolique que l’apôtre saint Pierre nous a transmise, pour qu’elle ne soit pas cachée sous le boisseau mais qu’elle soit prêchée dans le monde entier, sur un ton plus retentissant que la trompette. En effet, saint Pierre a professé la vraie foi qui lui fut révélée par le Père céleste et cela lui valut d’être proclamé bienheureux par Notre-Seigneur. Et il se vit confier à trois reprises par le Rédempteur la charge de paître les brebis spirituelles de l’Eglise. C’est grâce à sa protection que cette Eglise apostolique n’a jamais dévié de la voie de la vérité, et n’est jamais tombée dans l’erreur, de quelque côté que ce fût. C’est son autorité, celle du prince des apôtres, que toute l’Eglise catholique et tous les conciles ont reconnue fidèlement et ont toujours suivie en tout. […] Voilà la véritable règle de la foi, que notre mère spirituelle a toujours conservé et défendue dans le succès comme dans l’adversité. Par la grâce du Dieu tout puissant, cette Eglise ne tombera jamais dans l’erreur et ne s’écartera jamais du droit chemin de la tradition apostolique. elle n’a jamais succombé et ne s’est jamais trouvée corrompue par les nouveautés des hérétiques. Au contraire, dès les origines de la foi chrétienne, elle a reçu le soutien de ses fondateurs, les princes des apôtres du Christ, et elle demeure sans tache jusqu’à la fin, conformément à la promesse de Notre-Seigneur et Sauveur, et à la parole qu’il adressa à saint dans les saints Evangiles au prince de ses disciples : « Pierre, Pierre, […] j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaillît pas et quand tu te seras convertis, confirme tes frères. » Que Votre Clémence considère donc cet avertissement de Notre-Seigneur et Sauveur, l’auteur de notre foi : en promettant à saint Pierre que sa foi ne défaillirait pas, il l’engagea à confirmer ses frères. Tout le monde sait bien que les pontifes du siège apostolique, ceux qui ont précédé mon humble personne, ont réalisé cette tache sans douter de cette parole. » (Lettre 1 aux empereurs, PL, 87/1168-1169)

« Nous croyons que Dieu fera à votre trône, qu’il a élevé lui-même, la faveur si rare, et qui est le privilège du très-petit nombre, d’être le moyen dont il se servira pour faire briller aux yeux de tous la lumière de la foi catholique et apostolique, qui, ayant pour principe la source même de la vraie lumière dont elle est comme le rayon, nous a été transmise par le ministère des princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par les hommes apostoliques leurs disciples et leurs successeurs, et est parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à notre médiocrité, sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer, et Dieu veuille bénir les efforts que fait votre autorité providentielle pour la conserver toujours inaltérable ! Tel a été aussi l’objet constant de la sollicitude du siège apostolique, et de tant de pontifes auxquels nous succédons malgré notre indignité : et tel est le but qu’ils se sont proposé, tantôt dans leurs décrets rendus de concert avec leurs collègues, successeurs comme eux des apôtres, tantôt dans leurs définitions synodales par lesquelles ils faisaient connaître à tous la règle de la vérité ; et ils ont maintenu jusqu’à la mort les bornes qu’il n’est pas permis de remuer, sans se laisser ni séduire par les caresses, ni effrayer par les menaces, mettant ainsi en pratique le précepte qui nous a été imposé en ces termes par notre divin maître : Celui qui me confessera devant les hommes, je le confesserai devant mon Père ; et échappant par-là même à l’anathème contenu dans ces autres paroles : Celui qui me reniera devant les hommes, je le renierai devant mon père. Car la vraie foi ne sait point varier avec les temps, pas plus que ne peut souffrir que la vérité change celui-là même que la vraie foi a pour objet, et qui a dit : Je suis le Seigneur, et je ne change point. »  (Lettre 1 aux empereurs, dans LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682)

 Et dans la seconde lettre nous lisons de nouveau une référence à ses légats apportant au concile général une sentence infaillible qu’il ne sera pas libre de contester mais qu’il devra se contenter d’approuver :

« Nous avons prévu d’envoyer auprès de votre puissance, que Dieu protège, des membres, des membres de notre humble condition, afin qu’ils vous présentassent notre avis à tous, c’est-à-dire celui de tus les évêques du nord et de l’occident, dans lequel nous avons exprimé la profession de notre foi apostolique. Cet avis, ils ne doivent pas le défendre comme on le ferait d’une opinion incertaine. Ils doivent l’exprimer dans une définition concise, comme on le ferait des vérités indubitables et immuables. » (Lettre 3 Consideranti mihi aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1225)

Nous lisons ailleurs dans la Lettre :

« Saint Pierre a reçu du Rédempteur lui-même par une triple recommandation qui lui en a été faite, la charge de paître les brebis spirituelles qui composent son Eglise ; et c’est grâce à l’appui qu’il continue de lui prêter, que cette Eglise apostolique n’a jamais déviée par une erreur quelconque de la voie de la vérité ; aussi, de tout temps, toute l’Eglise catholique et les conciles généraux ont-ils fidèlement adhéré à son autorité comme à celle du prince de tous les apôtres, s’attachant à la suivre en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres, doctrine qui a fait la gloire de tous les docteurs qui ont brillé dans l’Eglise, tandis qu’elle a d’un autre côté fait le tourment des hérétiques, qui n’ont cessé de la décrier et de la calomnier […] Telle est la règle de la vraie foi, qu’a constamment suivie et ardemment défendue, tant dans la prospérité que dans l’adversité, l’Eglise apostolique de Jésus-Christ, mère spirituelle de ce pacifique empire, et qui par la grâce de Dieu tout-puissant ne peut être accusée de s’être jamais écartée du sentier de la tradition apostolique, ou de s’être laissée corrompre par les nouveautés hérétiques ; mais a conservé toujours pure la foi qu’elle a reçue des princes des apôtres ses fondateurs, selon la divine promesse de Jésus-Christ lui-même, qui a dit dans l’Evangile au premier de ses disciples : Pierre, Pierre, voilà que Satan vous a recherché pour vous cribler comme on crible le froment ; mais j’ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point : lors donc que vous vous serez converti, ayez soin d’affermir vos frères (Luc XXII, 31-32). Que votre auguste clémence veuille donc bien considérer que le maître et le Sauveur de tous, qui est l’auteur de la foi, et qui a promis que la foi de Pierre ne défaillira jamais, l’a averti d’affermir ses frères : charge dont se sont acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait, les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs ; et quoique bien inférieur à leurs mérites je veux, puisque la grâce divine m’a appelé à leur succéder, m’acquitter à leur exemple de ce même ministère. » (Lettre 3 Consideranti mihi aux empereurs ; voir LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 sqq.)

Le IIIè concile de Constantinople (680-681)

Le 15 novembre 680, lors de la 4è session de ce concile réunissant surtout des évêques Orientaux, une lecture fut donnée de la première lettre (PL, 87/1168-1169 et MANSI, 11/239-254). Puis, lors de la 18è session, le 16 septembre 681, ce fut au tour de la seconde lettre lue en public et les Pères du concile l’approuvèrent et l’insérèrent dans les actes du concile. Il déclarèrent :

« C’est le souverain prince des apôtres qui a agi de concert avec nous. Nous avons eu, pour nous aider, le pape qui dans ses lettres déclare le mystère de la vérité divine et sacrée. Rome, cette ville antique, nous a transmis la profession de foi que Dieu avait dictée à saint Pierre. La feuille sur laquelle fut inscrit le dogme a honoré la fin de ce jour ; sur cette feuille on voyait de l’encre, mais c’est réalité c’est saint Pierre qui parlait au travers du pape Agathon. […] Tous unis sous l’inspiration du Saint Esprit, tous d’accord et tous du même avis, acquiesçant tous aux lettres de Notre Très Saint Père et Souverain pontife le pape Agathon a envoyées à Votre Puissance [ndlr : les empereurs], reconnaissant la sainte décision du concile qui dépend de lui et qui rassemble cent-vingt-cinq prélats, etc. » (MANSI, 11/666 et 686)

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes qui liraient notre article que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté n’est pas seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leur église.

Saint Théodore Studite (759-826)

« Au très saint et souverain Père des Pères, à mon Seigneur Léon, Pape apostolique, Théodore, très humble prêtre et higoumène de Stoudion. Puisque c’est à Pierre le grand que le Christ notre Dieu, après lui avoir donné les clés du royaume des cieux, a conféré la dignité de chef du troupeau, c’est à Pierre, c’est-à-dire à son successeur, qu’il faut soumettre toutes les nouveautés hérétiques introduites dans l’Église universelle par ceux qui s’écartent de la vérité. » (Lettres, livre Ier, 33 ; P. G., t. XCIX, col. 1017 Β : Έπειδήπερ Πέτρω τώ μεγάλω δέδωκε Χρίστος ό Θεός μετά τας κλείς της βασιλείας τών ουρανών και το της ποιμνιαρχίας αξίωμα’ προς Πέτρον ήτοι τον αύτοΰ διάδοχον ότιοΰν καινοτομούμενον έν τη Καθολίκί) ‘Εκκλησία παρά τών άποσφαλλομένων της αληθείας άναγκαϊον άναφέρεσθαι)

Saint Théodore Studite, né à Constantinople en 759, mort en exil au monastère bithynien de Saint-Tryphon, dans la presqu’île d’Acritas ou de Touzla, le 11 novembre 826, a précédé d’une génération seulement Photius, puisque ce trop célèbre fauteur du schisme oriental avait vu le jour en 820. Il y a donc un intérêt spécial à connaître ce que pensait de la primauté du Pape cet illustre moine du couvent constantinopolitain de Stoudion, qui est, on l’a écrit très justement, « une des figures les plus attachantes de la Byzance impériale et la gloire de l’Église d’Orient au IXe siècle. On a pu dire de lui qu’il fut l’un des derniers catholiques de Constantinople, le dernier peut-être des écrivains ecclésiastiques grecs qui n’aient point connu l’asservissement aux empereurs; que son éloquence atteint parfois à l’éloquence de saint Jean Chrysostome et de Démosthène lui-même »

Aussi sa vision de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascene, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

Le IVème concile de Constantinople (870)

Le Pape Adrien II fit souscrire à la fin du Formulaire d’Hormisdas mentionné plus haut, tous les Pères grecs et latins lors du IVème concile de Constantinople (10e session du 28 février 870) :

nous promettons (je promets) aussi que (à l’avenir) les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Eglise catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. (Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés.) Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise (envoyée) à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome. »

Les Pères du Concile Vatican I – qui défini le dogme de l’infaillibilité pontificale – commentèrent ce texte comme il suit. Ils dirent de l’affirmation selon laquelle la promesse du Christ « s’est vérifié dans les faits » dans le siège de Rome :

« Ceci doit être entendu non seulement comme un simple fait (facto) mais aussi comme un droit (jure) constant et immuable, en [vertu] des paroles du Christ [« Tu es Pierre etc.»], qui demeurent immuables. Aussi longtemps que durera la pierre sur laquelle le Christ fonda l’Église, aussi longtemps la religion catholique et la doctrine sainte seront gardées immaculées dans le Siège apostolique, et ce de par le droit divin. […][L’infaillibilité pontificale] est parfaitement contenue dans le Formulaire d’Hormisdas (avec l’ajout d’Adrien II), qui dit: en vertu des paroles du Christ «Tu es Pierre etc.,», dans le Siège apostolique, c’est-à-dire par Pierre et par ceux qui lui succèdent en cette chaire, la religion et la doctrine ont toujours été gardées immaculées, et comme cela a été montré plus haut), de droit divin, elles seront toujours gardées [à l’avenir]. Ceci équivaut certainement à la proposition qui dit: les évêques romains qui occupent le Siège de Pierre sont, par rapport à la religion et à la doctrine, immunisés contre l’erreur » (Relatio de observationibus Reverendissimorum concilii Patrum in schema de romani pontificis primatu, in: Gerardus SCHNEEMANN, Acta et decreta sacrosancti oecumenici concilii Vaticani cum permultis aliis documentis concilium ejusque historiam spectantibus, Freiburg 1892, col. 281 – 284).

Finalement, Vatican I intégra une citation abrégée du Formulaire au chapitre 4 de Pastor aeternus, contenant la définition du dogme de l’Infaillibilute pontificale :

« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Matthieu XVI,18) ; ce qui a été dit et prouvé par les faits; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique et la doctrine catholique toujours professée dans sa sainteté (…) Nous espérons mériter de rester dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie, la solidité de la religion chrétienne. »

La fonction de premier ministre de Pierre est par nature transmissible

En Matthieu XVI, 19, en disant à Pierre « je te donnerai les clefs du royaume des cieux : et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. », le Christ indique qu’il lui donne une fonction similaire à l’intendant de la Maison Royale à qui en Isaïe XII, 22 où Dieu dit à Elyaqim : « Je mettrai la clé de la maison de David sur son épaule, il ouvrira et nul ne fermera, il fermera et nul n’ouvrira. » Le Christ étant symboliquement assis sur le trône de David (Luc I, 32 et Actes II, 29-36), son Royaume qui n’est pas de ce monde (Jean XVIII, 36) et étant Dieu donc roi des Cieux, lorsqu’il confit à Pierre un rôle analogue à celui d’Elyaqim pour le royaume terrestre de David, il le fait premier ministre du Royaume des Cieux.

Aussi c’est de là que découle la deuxième raison biblique de la nécessité pour Pierre d’avoir un successeur. En effet, Isaïe XXII, 15 nous montre Shevna le maître du palais comme « gouverneur ». Ce verset nous éclaire encore plus sur le rôle de Pierre puis de ses successeurs: le gouverneur (ou l’intendant, suivant les traductions, cela revient au même) est celui qui garde le palais en l’absence du roi. Joseph par exemple était l’intendant de Pharaon (cf. Genèse 43, 19 ; 44, 4). Nous trouvons Eliaqim en II Rois XVIII, 18-37 ; XIX, 2 et d’autres intendants par ailleurs dans la Bible en I Rois IV, 6 ; XVI, 9 ; XVIII, 3 ; II Rois X, 5-16; XV, 5 comme ayant autorité sur la maison. Le Christ indique donc que Pierre devra gouverner son Église en son absence. Et c’est pour cela qu’un des titres officiels du Pape est « Vicaire du Christ », Vicaire voulant dire celui qui remplace quelqu’un en son absence, comme un vice-roi, un vice-président etc (vous remarquerez que les mots « vice » et « vicaire » commencent pareil : c’est parce qu’ils ont la même racine et qu’ils signifient la même chose)

Le verset 20 nous montre le caractère sacerdotale de cette fonction représenté par les vêtements qui sont portés (cf. Exode XXVIII, 4 et 39-40 ; XXIX, 9 etc..) Il sera un « Père  » pour les habitants de Jérusalem. L’Église, prolongement du royaume davidique qui fut donné à Jésus par Dieu (cf. Luc I, 32) ne manquera jamais d’un roi ou d’un intendant sur son trône comme Dieu l’a promit au royaume davidique en Jérémie XXXIII, 17 : « Ainsi parle le Seigneur : Il ne manquera jamais aux Davidides un homme installé sur le trône de la communauté d’Israël. » Mais aussi en : II Samuel VII, 13 ; I Chroniques XVII, 12-14 ; XXII, 10 ; Psaumes 89, 3-41. Dieu promet d’établir le royaume davidique pour toujours sur la terre. Or, depuis la captivité à Babylone en 586 av. JC, le trône davidique est vacant: le Royaume davidique qui durerait toujours c’est l’Église, gouvernée par son intendant: le Pape.

Le Nouveau Testament vient confirmer cette exégèse. Lors du concile de Jérusalem en Actes XV, 13-21, l’intervention de Saint Jacques donne la signification d’une citation du prophète Amos (IX, 11-12) annonçant : « Après cela je reviendrai, et je rebâtirai le tabernacle de David qui est tombé ; je réparerai ses ruines et je le relèverai ; afin que le reste des hommes cherche le Seigneur, et aussi toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué, dit le Seigneur qui fait ces choses ». Cette leçon, on le voit, contient des perspectives de salut universel. Aussi, cela signifie que le royaume de David a chuté et que l’Eglise en est la réédification symbolique. Ainsi, la promesse citée de toujours qu’il y aura toujours un homme installé sur le trône de la communauté d’Israël dans un royaume de David qui durera pour toujours vaut pour l’Eglise visible qui doit avoir un chef unique, premier ministre de Jésus-Christ : le Pape.

Pierre devient par les clés qui lui sont remises le portier de l’Eglise comme Jésus le précise en Marc XIII, 34 : « C’est comme un homme qui part en voyage : il a laissé sa maison, confié à ses serviteurs l’autorité, à chacun sa tâche, et il a donné au portier l’ordre de veiller. » Or la mort du portier Pierre ne met pas fin à la fonction et à la nécessité de la fonction : il lui faut un successeur pour gouverner l’Eglise visible.

L’Eglise aura toujours besoin d’un chef pour la gouverner

Il n’est pas difficile de se rendre compte du drame que représenterait l’absence de chef dans l’Eglise. Fatalement, tout partirait dans tous les sens. L’orgueil des uns et l’ignorance des autres créeraient l’anarchie, les hérésies et la fin de tout esprit missionnaire. Dieu a fait l’être humain et a voulu les sociétés composées d’humains pour être gouvernées par le principe d’unité. Ainsi, l’Eglise est un corps (Romains XII, 5 ; I Corinthiens XII, 13 ; Colossiens I, 18) qui fonctionne sous l’autorité de sa tête qui est le Christ.

Le Christ étant remonté vers les Cieux, et ne pouvant donc plus donner ses directives, gouverne nécessairement son Eglise par un délégué. En effet, s’il n’y a pas de chef visible de droit divin, qui enseigne avec assurance la doctrine ? Qui met fin aux conflits ? Qui organise l’apostolat missionnaire ? Qui décide d la pastorale à appliquer dans l’Eglise ? Autant de questions qui sont vouées à rester sans réponses si on refusent le principe d’un chef visible et unique qui tienne son autorité non pas du consentement des hommes, non pas de son charisme, non pas de sa haute intelligence et de sa grande érudition, non pas de sa capacité à convaincre ses contemporains de ses thèses, mais d’un mandat divin ! Le contraire a pour conséquence inévitable une « église » régie par la subjectivité  humaine où la foi prêchée n’a plus la motion divine mais le jugement individuel pour règle. Ayons en tête l’épisode d’Actes VIII, 26-31 où Philippe rencontre un « Ethiopien, eunuque, ministre de Candace, reine des Ethiopiens » qui est donc quelqu’un d’instruit et d’intelligent et qui pourtant lorsque Philippe lui demande s’il comprend le livre d’Isaïe qu’il lit, l’eunuque répond « Et comment le pourrais-je, si quelqu’un ne me guide ? ». Pensons encore à saint Pierre qui dit « qu’aucune prophétie de l’Ecriture ne procède d’une interprétation propre » (II Pierre I, 20) et que les Épîtres de saint Paul et même toute l’Ecriture recèlent des difficultés et que beaucoup les comprennent mal pour leur propres perditions : « Croyez que la longue patience de Notre-Seigneur est pour votre salut, ainsi que Paul, notre bien-aimé frère, vous l’a aussi écrit, selon la sagesse qui lui a été donnée. C’est ce qu’il fait dans toutes les lettres où il aborde ces sujets ; il s’y rencontre des passages difficiles à entendre, et que des personnes ignorantes et mal affermies détournent, comme elles font les autres Écritures, pour leur perdition » (II Pierre III, 15-16).

Saint François de Sales (1576-1622) raisonnait ainsi :

« L’Eglise a toujours besoin d’un confirmateur infaillible auquel on puisse s’adresser, d’un fondement que les portes de l’enfer, et principalement l’erreur, ne puissent renverser, et que son pasteur ne puisse conduire à l’erreur ses enfants: les successeurs de saint Pierre ont donc tous ces mêmes privilèges, qui ne suivent pas la personne, mais la dignité et la charge publique ». (Les controverses, partie III, ch. 6 art. 14, in Œuvre de saint François de Sales, Annecy 1892, t. 1, p. 305. orthographe  française modernisée)

Il est stupéfiant de constater comment les propos de ce saint docteur catholique, grand convertisseur de protestants trouvent écho chez d’éminent auteur protestants qui reconnaissent que l’Eglise du Christ ne peut pas perdurer et prospérer sans chef. Il est malheureux qu’ils n’aient pas tiré les conséquences de leurs principes.

Hugo GROTIUS (1583-1645) :

« L’Eglise at un corps ; elle est composée, par conséquent, de beaucoup de membres au-dessus de tout ce corps est l’Evêque de Rome est organisé d’après le modèle de la primauté que saint Pierre avait sur les autres Apôtres conformément à l’institution du Christ. L’unité avec un chef est l’arme la plus puissante contre les schismes ; le Christ l’a indiqué, et l’expérience l’a démontré. » (In Consult. G. Cassandri Annot., 1812, 61)

COWEL :

« Pour éviter les querelles et les scissions, il faut nécessairement qu’un chef soit investi de l’autorité suprême. En vérité, les douze Apôtres n’auraient pas été aussi unis si l’un d’entre eux n’eût été préposé comme supérieur aux autres. » (Exam. doctrinae contra act. Caus. Innoc., 1564)

Samuel von PUFENDORF (1632-1694) :

« La suppression du Pape a semé dans le monde des germes infinis de discorde : comme il n’y a aucune autorité souveraine pour terminer les disputes qui s’élèvent de toutes parts, on a vu les protestants se divisent entre eux et se déchirer les entrailles. » (De la Monachie du Pontife de Rome)

LEIBNITZ :

« Dieu étant un Dieu d’ordre, et une seule Eglise catholique et apostolique réunie sous une hiérarchie universelle étant de droit divin, il s’ensuit que le Magistrat suprême, agissant dans les limites de la justice, a le pouvoir et le droit de régler tout ce qui est utile au salut des âmes, et d’exercer sa charge pour le bien de l’Eglise universelle. » (Briese, 1733, I, 55)

Friedrich Heinrich JACOBI (1743-1819) :

« Si toutes société sont par leur nature à centraliser leurs forces, il est à présumer que la sagesse de l’Homme-Dieu a pris cette tendance en considération lorsqu’il a fondé son Eglise. » (Uber Bildung, 1808)

Lorenz OKEN (1779-1851), botaniste protestant allemand :

« Il faut un chef suprême à une religion, pour qu’il ait parmi ses membres paix et unité car une religion ayant dans chaque pays un chef particulier, subira bientôt l’influence des besoins de l’Etat. elle ressemblera à toute autre institution politique, telle que la poste ou la douane, perdra le caractère d’institution divine, et finira par se transformer en institution financière ou en mesure de police. » (Neue Bewaffung, etc, 1814)

Christoph-Friedrich von AMMON (1766-1850), théologien et prédicateur :

« Toute société religieuse et politique doit être organisée, et comme les membres d’un corps unie sous un seul chef, si elle ne veut pas se dissoudre et se démembrer. » (Einhert, 1827, n°3)

Pour demeurer stable, l’Église a besoin d’un chef

« La stabilité invaincue de l’Eglise est énoncée par le concile du Vatican comme un motif puissant et perpétuel de sa crédibilité et un témoignage de sa mission divine. Const. De fide catholica, c. III, Denz-Bannw., n. 1794. Sans doute cette stabilité se confond, sur la plupart des points, avec d’autres propriétés de l’Eglise, notamment son unicité sa catholicité, son apostolicité. Cependant, il convient de s’y arrêter brièvement, pour marquer les deux aspects sous lesquels ces autres propriétés de l’Eglise du Christ prennent une valeur apologétique plus accentuée. C’est :

1° La stabilité historique.

Le Christ a fondé son Eglise et a dressé aux premiers pasteurs et fidèles cette promesse solennelle : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation du siècle. » Matth., XXVIII, 20. Il ne s’agit pas de constater simplement dans l’Eglise une continuité de fait et pour ainsi dire toute matérielle ; mais on doit y trouver une continuité formelle, répondant, à tous les âges de l’Eglise, aux intentions de son divin fondateur. L’apologète qui s’emparera de cette donnée de stabilité historique, mettra en relief ses trois aspects principaux :

1. Premier aspect : continuité de l’Eglise considérée dans sa constitution même. Ni les persécutions, ni les changements politiques, ni l’ingérence abusive du pouvoir civil, ni à certaines époques l’inconduite de chefs spirituels amenés au sacerdoce sans vocation et par l’esprit de lucre ou le désir des honneurs, ni même l’épreuve périlleuse des schismes, n’ont pu exercer d’influence délétère compromettant la constitution même donnée par le Christ à son Eglise.

2. Deuxième aspect : continuité de l’Eglise considérée dans la succession même de ses chefs, et principalement de l’évêque de Rome, souverain pontife dans l’Eglise. C’est considéré sous cet aspect que l’argument de l’apostolicité de l’Eglise prend toute sa valeur.

3. Enfin, Troisième aspect : nonobstant cette continuité ou plutôt même à cause d’elle, affirmation d’un progrès normal répondant aux exigences de la croissance continue d’une société dont le rôle doit être universel dans le temps comme dans l’espace. Ainsi, sans compromettre aucun élément essentiel de sa constitution et de son gouvernement, l’Eglise a su s’adapter aux conditions successives et parfois bien différentes qu’imposaient à son action les modifications profondes de l’ordre politique ou social. Bien plus, en elle-même, elle s’est développée et a perfectionné sa constitution et son gouvernement dans un sens qui répond aux volontés du Christ. On trouvera ici [aussi] à l’article PAPE [du Dictionnaire de Théologie Catholique] une démonstration frappante de cette stabilité dans un progrès continu.

2° La stabilité doctrinale. – « Allez, enseignez toutes les nations…, leur apprenant ainsi à garder tout ce que je vous ai commandé. » Matth., XXVIII, 19-20. Cette stabilité doctrinale est peut-être plus remarquable encore que la stabilité historique. Elle comporte, de la part de l’Eglise, un triple rôle, humainement impossible à tenir.

1. En premier lieu, l’Eglise a dû maintenir intact le dépôt sacré des vérités révélées qui lui a été confié. Or, une telle conservation, en des matières où souvent l’intelligence humaine ne peut être fixée par l’évidence de la vérité, est déjà par elle-même un fait extraordinaire qu’on ne saurait expliquer sans une assistance spéciale de Dieu

2. En second lieu, l’Eglise a dû maintenir intact ce dépôt en préservant des adultérations nombreuses et incessantes que l’esprit humain, en quête d’explications nouvelles, a voulu, et souvent de la meilleure foi du monde, y faire pénétrer. Les hérésies des IVe et Ve siècles contre les dogmes de la Trinité et de l’incarnation ont été des épreuves plus redoutables que les sanglantes persécutions des âges précédents. Et il a fallu, non seulement pour résister à l’esprit d’erreur, mais encore pour formuler la vérité en face des hérétiques, une assistance tout aussi extraordinaire.

3. Enfin, l’Eglise a su maintenir le dépôt de la foi, tout en dirigeant le progrès qui devait naturellement s’affirmer. Sa stabilité doctrinale comportait cette délicate adaptation du maintien intégral de la foi aux légitimes évolutions d’une pensée, substantiellement fidèle aux enseignements du Christ, mais cherchant à en pénétrer de plus en plus les richesses insoupçonnées, à la fois dans l’ordre de la spéculation et dans l’ordre des applications pratiques à la vie et à la piété chrétiennes.

Cette stabilité de l’Eglise, à la fois historique et doctrinale, est un aspect de son indéfectibilité, étudiée à l’article EGLISE, [du Dictionnaire de Théologie Catholique] t. IV, col. 2145-2150. » (Article Stabilité de l’abbé A. MICHEL., dans le Dictionnaire de Théologie Catholique, Paris, éditions Letouzey et Ané, 87, Bd Raspail, 1941, Tome XIV, col.2554-256.)

Les auteurs protestants reconnaissent eux aussi cette évidence:

WOLTERS :

« L’origine et la durée de la Papauté sont d’une si grande importance, que les catholiques peuvent, à bon droit, regarder ce fait seul comme une preuve sans réplique de la vérité de leur religion. » (Inder Minerva, 1810)

MACAULEY :

« Une fable des Arabes raconte que la pyramide fut bâtie par des rois antédiluviens, et que seule parmi les œuvres de l’homme elle a survécu au déluge. Tel fut le sort de la Papauté : elle avait été ensevelie sous la grande inondation , mais ses fondements n’en furent point ébranlés, et, quand les eaux baissèrent, elle apparut seule au milieu des ruines du monde qui venait d’être détruit. » (Revue d’Edimbourg, octobre 1840)

E. ROBIN :

« Un homme d’esprit et de cœur dit un jour devant moi (j’étais encore enfant alors) : « Aujourd’hui il n’y a rien de fixe ni de stable à quoi l’on puisse rattacher sa vie. Les idées et rois passent, tout se déplace, tout s’use avec une dévorante rapidité. La société change dix fois de face entre le berceau et la tombe d’un mortel. En vérité, au milieu de cette versatilité des choses, il n’y a qu’une ville et qu’un homme qui, par leur immobilité dans l’océan du temps, présentent à notre esprit une image de suite et de perpétuité, Rome et le Pape. Trouvez-moi, pour ceux qui sont las d’errer à la merci de tous les vents, et qui demandent à la vie le calme de l’éternité, un refuge assuré où chercher un abri, un port toujours ouvert où amarrer leur barque, si ce n’est sur ce rocher plus haut que les tempêtes, Rome et la Papauté ? » Cette parole, jetée sans prétention au milieu d’une causerie tour toute frivole et sérieuse, est tombée en moi et y est demeurée depuis, tant elle avait frappé mon imagination, En effet, les cœurs indifférents et distraits, pour les esprits irrésolus ou ceux que retient la honte leur erreur , pour l’incrédulité systématique pour les convictions les plus rebelles, pour tous tant que nous sommes enfin, Ames égarées dans la ténèbres du doute, n’est-ce pas un spectacle capable de réveiller le sentiment croyant, endormi et étouffé en nous, que cette formidable immutabilité où la guerre, la torture, le mépris sont brisés le front, que cette fixité d’un seul point au milieu de tout qui page, que cette lumière traversée par le souffle de toutes les tempêtes, qu’aucun souffle n’éteint; que cette foi toute mystique, toute immatérielle, qui éclate surtout au regard de l’humanité, par l’évidence d’un fait matériel unique dans l’histoire du monde ? » (Revue britannique, 1838)

Pensons enfin aux mots de saint Paul :

« Comment donc invoquera-t-on celui en qui on n’a pas encore cru ? Et comment croira-t-on en celui dont on n’a pas entendu parler ? Et comment en entendra-t-on parler s’il n’y a pas de prédicateur ? Et comment seront-ils prédicateurs, s’ils ne sont pas envoyés ? » (Romains X, 14-15).

C’est clair comme de l’eau de roche : on ne peut pas croire sans avoir été prêché et on ne peut pas avoir été prêché si personne n’est envoyé. Ainsi le Parole de Dieu nous apprend qu’il doit y avoir une chaîne ininterrompue de prédicateurs de la vérité depuis les apôtres. Or cette chaîne ne peut exister de droit que sous une autorité unique veille à la préservation de l’orthodoxie et qui commande l’apostolat d’un point de matériel, autrement n’importe qui peut se prévaloir de connaître le vérité et créer sa propre église. C’est bien sûr exclut. Cette chaîne n’existe aussi de fait que dans l’Eglise Romaine car c’est un fait : aucune autre église ne peut se prévaloir de remonter jusqu’aux temps apostoliques. La simple lecture des tous premiers textes chrétiens, de ceux qui ont connus les apôtres en convaincra n’importe qui ! Je pense à la Didachè, à la Lettre de Barnabé, à Clément de Rome, à Ignace d’Antioche, à Polycarpe de Smyrne et à Hermas. Chez eux on lire la Présence Réelle du Christ dans l’Eucharistie, la messe sacrifice, le sacerdoce, l’épiscopat, la Papauté, la confession à un prêtre, l’autorité de la Traditionla régénération baptismale, le baptême des nouveaux nés et l’exaltation du célibat. Autant de point de doctrine qui sont prêchés dans la seule Eglise catholique. A l’inverse, on ne trouve pas la moindre trace des doctrines des autres églises avant les dates connues de leurs fondations au cours de l’histoire. C’est don uniquement dans l’Eglise catholique romaine que se réalise la promesse que le Christ fait à ses apôtres et par là à son Eglise d’être avec eux « TOUS LES JOURS jusqu’à la fin du monde » (Matthieu XXVIII, 20), c’est en elle seule que les paroles de saint Paul en Romains X, 14-15 que nous avons rappelés plus haut trouvent un écho : chacun de ses membres tient sa foi de quelqu’un qui l’a prêché et ce dans une chaîne ininterrompue depuis les apôtres.

Qui est le successeur de saint Pierre ?

Son successeur est l’évêque de Rome, église qu’il fonda et dont il fut le premier évêque et où il fut martyre. Cette vérité n’a pas de fondement biblique, cependant elle n’en a pas besoin. En effet, nous les lecteurs chrétiens non-catholiques de cet article sont de deux types : d’une part les orthodoxes qui reconnaissent la Tradition comme source infaillible de la Révélation, et d’autre par les protestants, évangéliques, pentecôtistes, témoins de Jéhovah, « chrétiens bibliques », « chrétiens sans dénomination » etc, qui ne reconnaissent que l’Ecriture Sainte comme source de la Révélation.

A ces premiers nous répondront que la force écrasante des Pères de l’Eglise en faveur de la primauté romaine, non seulement d’honneur mais encore de juridiction, non pas de droit ecclésiastique mais de droit divin, doit suffire à les convaincre (ici et ici).

A ces second nous répondons d’une part que la Tradition est une source de la Révélation, comme nous le démontrons dans ce dossier, et d’autre part que même s’ils refusent la Tradition, les simples faits de la nécessité d’un successeur pour Pierre et qu’il n’y eut jamais d’autre candidat au poste que l’évêque de Rome doit emporter leur adhésion par la simple logique. Nous leur apprenons ou leur rappelons aussi que le Nouveau Testament qu’ils utilisent n’a pas toujours existé dans sa forme actuel et qu’il ne fut ainsi compilé qu’à la fin du IVè siècle par l’autorité de l’Eglise catholique, venant ainsi sanctionner la Tradition des siècles précédents. Nous le démontrons aussi dans notre dossier. Le canon du Nouveau Testament étant ainsi le fruit combiné de la Tradition et de l’autorité des Papes, il est illogique au plus au point de rejeter ces derniers au nom de ce premier.-Au moment du IIIè concile de Constantinople (680-681), le pape

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2 commentaires sur “Saint Pierre a-t-il un successeur ?

  1. DIE CHRISTIAN
    30 juillet 2017

    Très bel article mais quel autre fondement que JÉSUS CHRIST le Fils de DIEU; peut-il exister? MATTHIEU 16v 16_1CORINTHIENS 8v31_ 2TIMOTTHEE 2v19
    Et quel autre successeur que le SAINT-ESPRIT; l’esprit de vérité sensé nous conduire dans toute la vérité, et nous rappeler tout ce que CHRIST nous a enseigné?
    JEAN 14v17_ JEAN 15v26_ JEAN 16v13
    Et qui d’aussi qualifiés que nous ses disciples pour annoncer au monde la bonne nouvelle de l’évangile?
    JEAN 8v31_ JEAN 13v35_ JEAN15v8_ MARC 16v15.
    Aussi nous n’avons pas besoin d’être conduit par un pape dont l’autorité ne viendrait pas de la bible.
    Mais que nous enseigne la parole de CHRIST seul fondement de la foi chrétienne?

    EPHESIENS 2v20: Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, JÉSUS CHRIST lui-même étant la pierre angulaire.
    C’est avec joie que je lis ses paroles car CHRIST en effet, a pourvus à son église, lui qui est tout suffisant, il ne saurait manquer à sa parole:

    EPHESIENS 4v10-16: ¹⁰ Celui qui est descendu, c’est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses. ¹¹ Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs,¹²pour le perfectionnement des saints en vue de l’œuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ,¹³jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ,¹⁴afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction,¹⁵mais que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en celui qui est le chef, Christ.¹⁶C’est de lui, et grâce à tous les liens de son assistance, que tout le corps, bien coordonné et formant un solide assemblage, tire son accroissement selon la force qui convient à chacune de ses parties, et s’édifie lui-même dans la charité.

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