+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La doctrine de saint Théodore Studite (759-826), « l’un des derniers catholiques de Constantinople »

Saint Théodore Studite, né à Constantinople en 759, mort en exil au monastère bithynien de Saint-Tryphon, dans la presqu’île d’Acritas ou de Touzla, le 11 novembre 826, a précédé d’une génération seulement Photius, puisque ce trop célèbre fauteur du schisme oriental avait vu le jour en 820. Il y a donc un intérêt spécial à connaître ce que pensait de la primauté du Pape, de la théologie mariale, spécialement l’Immaculée Conception, et du concile « in Trullo »(691-692) , reconnu comme oeucuménique, donc comme infaillible, par l’église orthodoxe.

Voici le plan de notre étude :

I) L’autorité de saint Théodore Studite

A) Une grande figure de l’Eglise de Constantinople

B) Ce qu’en pense l’église orthodoxe

II) La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite

A) Etude sur saint Pierre et ses successeurs de l’oeuvre de saint Théodore Studite

B) Saint Théodore Studite en a-t-il dit autant d’autres Evêques ?

1) Arguments de l’objection

2) Réponse à l’objection

3) Une attitude similaire chez d’autres Pères de l’Eglise

a) Saint Irénée de Lyon (vers 125-202)

b) Saint Grégoire de Nazianze (vers 329-379)

III) Saint Théodore Studite croyait en l’Immaculée Conception

IV) Saint Théodore Studite ne témoigne pas en faveur du concile « in Trullo »(691-692)

I) L’autorité de saint Théodore Studite

A) Une grande figure de l’Eglise de Constantinople

Cet illustre moine du couvent constantinopolitain de Stoudion, qui est, on l’a écrit très justement :

« une des figures les plus attachantes de la Byzance impériale et la gloire de l’Église d’Orient au IXe siècle. On a pu dire de lui qu’il fut l’un des derniers catholiques de Constantinople, le dernier peut-être des écrivains ecclésiastiques grecs qui n’aient point connu l’asservissement aux empereurs; que son éloquence atteint parfois à l’éloquence de saint Jean Chrysostome et de Démosthène lui-même » (Abbé Eugène MARIN, Saint Théodore (759-826), Colection « Les Saints », Paris, Paris, V. Lecoffre-J. Gabalda, 1906, p. I)

B) Ce qu’en pense l’église orthodoxe

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental.

II) La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite

A) Etude sur saint Pierre et ses successeurs de l’oeuvre de saint Théodore Studite

Sa vision de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

B) Saint Théodore Studite en a-t-il dit autant d’autres Evêques ?

1) Arguments de l’objection

A cela, des connaisseurs non-catholiques de l’oeuvre de saint Théodore Studite objecteront, par exemple, qu’il écrivit à saint Nicéphore de Constantinople : « Nous ne sommes pas en schisme, ô sainte tête de l’Eglise de Dieu » et « Salut, soleil de l’orthodoxie, duquel la confession irradie et illumine tout l’univers », ou encore qu’il appelait le Patriarche d’Alexandrie « Père des Pères », « Lumière des Lumières » et « Mon Seigneur », et enfin à saint Théophile de Nicomédie : « Théophile l’évêque de Nicomédie qui est : Notre Père, la colonne de la vérité, le fondement de l’orthodoxie, le gardien de la piété, le fondement de l’Eglise, l’homme victorieux, le grand-prêtre christophore ».

2) Réponse à l’objection

Tout cela n’a rien de contradictoire avec le fait que saint Théodore Studite soit papiste.

Concernant ses mots à saint Nicéphore de Constantinople lorsqu’il lui dit : « Nous ne sommes pas en schisme, ô sainte tête de l’Eglise de Dieu », cela s’explique par le fait qu’il était moine au monastère du Stoudion se trouvant dans le diocèse de Constantinople. Aussi pour lui, être en communion avec l’Eglise, et donc na pas être en schisme avec elle, passait par être en communion avec saint Nicéphore, Patriarche de Constantinople, puisqu’il était « la tête de l’Eglise de Dieu » dans cette région, ce qui ne signifie pas qu’il n’était pas soumis à un chef supérieur, de même que dans une armée un colonel est soumis à un général. Par ailleurs on conçoit clairement que l’Eglise ne peut pas avoir plusieurs chefs qui aient le même rang sur un même territoire ou sur une même population. Saint Nicéphore et le Pape étaient donc tous les deux les chefs de saint Théodore mais dans un rapport hiérarchique et non de manière égalitaire. Des anti-romains pourraient répondre que cela signifie que le Pape et saint Nicéphore était des chefs de rang égal sur des territoires différents car, selon eux, tous les Evêques sont égaux et aucun n’est le supérieur des autres. A cela nous répondons premièrement que cela n’a aucune consistance autrement que dans l’imaginaire car toute société composée d’humains à laquelle aucune autorité unique ne donne sa forme n’est qu’une chimère et qu’en l’absence de chef unique se délite (c’est le cas du protestantisme) ou se retrouve paralysé (c’est le cas de l’église orthodoxe depuis presque 1000 ans). Deuxièmement, dans la configuration des choses proposée par nos contradicteurs, on ne voit pas pourquoi saint Théodore aurait manifesté au Pape l’autorité qu’il lui reconnaissait sur lui.

Et lorsqu’il lui dit « Salut, soleil de l’orthodoxie, duquel la confession irradie et illumine tout l’univers », cela ne se rapporte qu’à des qualité personnelles de saint Nicéphore qui sont mais qui auraient pu ne pas être. Il se trouve que de fait saint Nicéphore était un patriarche exemplaire, un héro de la foi qui méritait d’être loué pour cela. Cela recoupe parfaitement les propos d’un autre Père de l’Eglise, saint Grégoire de Nazianze (vers 329-379), qui lui aussi parlait de l’Eglise de Constantinople comme de « l’oeil du monde » vers lequel « les nations les plus reculées se rendent », « la source des principes de la foi », le « siège de la piété » et « une lumière pour éclaire le monde entier », mais uniquement comme une réalité de fait, et sans remettre en cause que le même réalité de droit revenait à l’Eglise de Rome. Nous verrons cela plus bas.

Concernant ses mots au patriarche d’Alexandrie lorsqu’il l’appelle « Père des Pères », « Lumière des Lumières » et « Mon Seigneur », notre réponse est la même : il ne s’agit que de rendre justice aux grandes qualités humaines de patriarche et non à une réalité de droit le concernant. D’ailleurs dans le cas contraire, nous nous demanderions bien premièrement, encore une fois, pourquoi saint Théodore aurait manifesté au Pape l’autorité qu’il lui reconnaissait sur lui, et deuxièmement pourquoi jamais l’Eglise universelle n’a jamais agit de manière effective envers les patriarches d’Alexandrie en général, ou envers ce patriarche d’Alexandrie en particulier, comme vis-à-vis de son chef.

Concernant ses mots à saint Théophile de Nicomédie, notre réponse est la même.

Premièrement cela ne peut signifier une égalité entre tous les Evêques, sinon pourquoi saint Théodore aurait manifesté au Pape l’autorité qu’il lui reconnaissait sur lui ?

Deuxièment l’Eglise universelle n’a jamais agit de manière effective envers les évêques de Nicomédie en général, ou envers cet évêque de Nicomédie en particulier, comme vis-à-vis de son chef.

Et troisièmement, d‘une part il s’agit de rendre justice aux qualités personnelles de l’Evêque concerné. Et d’autre part qu’en tant qu’Evêque, saint Théophile était effectivement, dans son diocèse : « la colonne de la vérité, le fondement de l’orthodoxie, le gardien de la piété, le fondement de l’Eglise« . Mais cela était dépendant de son maintien dans la vraie foi, et dès lors qu’il s’en serait séparé, saint Théodore ne l’aurait plus dit de lui. Mais comment donc juger si lui ou un autre restait dans la vraie foi ? Les orthodoxes répondront que c’est la fidélité à la tradition des Pères de l’Eglise. Mais cette réponse confond cause et conséquence, signifiant et signifié. En effet, s’il est vrai que celui qui est dans la vraie foi est de fait confomre à la tradition des Pères de l’Eglise, ce n’est pas cela qui de droit le garantie. Autrement on tombe dans du libre examen protestant où chacun se retrouve juge de la conformité de tel ou tel, non plus à l’Ecriture seule comme chez les protestants, mais de la tradition des Pères de l’Eglise. Il s’agit de la même erreur appliquée à une matière différente. Non, le critère visible et objectif est la conformité à l’enseignement des Evêques de Rome ! Cela ressort, nous ne répéterons jamais assez, des propos de saint Théodore qui sont présentés dans l’étude mentionnée plus haut, et comme toute l’antiquité chrétienne l’atteste. Par ailleurs Mgr Bartolomeo d’AVANZO, Evêque de Calvi et Teano (Calvi dans la province italienne de Campanie, pas en Corse), rapporteur de la Députation de la Foi lors du Concile Vatican I, expliqua le 2 juin 1870 comment s’articulait l’autorité doctrinale des Evêques par rapport à celle du Pape :

« Permettez-moi de rappeler comment l’infaillibilité s’exerce dans l’Église. De fait, nous avons deux témoignages de l’Ecriture sur l’infaillibilité dans l’Église du Christ, Luc XXII : J’ai prié pour toi, etc., paroles qui concernent Pierre sans les autres ; et la finale de Matthieu : Allez, enseignez, etc., paroles qui sont dites aux Apôtres mais non sans Pierre… Il y a donc un double mode d’infaillibilité dans l’Église ; le premier est exercé par le magistère ordinaire de l’Église : Allez, enseignez… C’est pourquoi, de même que l’Esprit-Saint, l’esprit de vérité, demeure dans l’Église tous les jours ; de même tous les jours l’Église enseigne les vérités de foi avec l’assistance du Saint-Esprit. Elle enseigne toutes ces choses qui sont soit déjà définies, soit contenues explicitement dans le trésor de la révélation mais non définies, soit enfin qui sont crues implicitement : toutes ces vérités, l’Église les enseigne quotidiennement, tant par le pape principalement que par chacun des évêques adhérant au pape. Tous, et le pape et les évêques sont infaillibles dans ce magistère ordinaire, de l’infaillibilité même de l’Église : ils diffèrent seulement en ceci que les évêques ne sont pas infaillibles par eux-mêmes, mais ont besoin de la communion avec le pape, par qui ils sont confirmés ; le pape, lui, n’a besoin que de l’assistance du Saint-Esprit à lui promise (…) Même avec l’existence de ce magistère ordinaire, il arrive parfois soit que les vérités enseignées par ce magistère ordinaire et déjà définies soient combattues par un retour à l’hérésie, soit que des vérités non encore définies, mais tenues implicitement ou explicitement, doivent être définies ; et alors se présente l’occasion d’une définition dogmatique. » (Mansi 52, 763 D9-764 C7)

A tout cela les anti-romains pourraient répondre que si saint Théodore ne faisait que témoigner des qualités personnelles de ses interlocuteurs de Constantinople, Alexandrie ou Nicomédie, alors il faisait de même avec ceux de Rome. A cela nous répondons premièrement qu’il leur faut (re)lire l’étude que nous avons produite plus haut : l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Ils y trouveront une foule de manifestation de reconnaissance d’une autorité intrinsèque de droit divin irréductibles à de simples qualité humaines de ses destinataires. Et deuxièmement que l’antiquité chrétienne nous offre au moins deux autres exmple de Pères ayant loué la perfection doctrinale de fait de telle ou telle Eglise locale, tout en louant la perfection doctrinale de droit de l’Eglise de Rome. C’est ce que nous allons voir immédiatement.

3) Une attitude similaire chez d’autres Pères de l’Eglise

a) Saint Irénée de Lyon (vers 125-202)

Saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202), disciple de saint Polycarpe de Smyrne (vers 69-155), lui-même disciple de l’apôtre saint Jean, est un témoin de premier ordre de la Papauté dans l’Église primitive. Voici son témoignage archi-connu :

« Mais comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci, d’énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l’une d’entre elles, l’Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome ; en montrant que la Tradition qu’elle tient des apôtres et la foi qu’elle annonce aux hommes sont parvenues jusqu’à nous par des successions d’évêques, nous confondrons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ou par infatuation, ou par vaine gloire, ou par aveuglement et erreur doctrinale, constituent des groupements illégitimes : car avec cette Église, en raison de sa principauté supérieure [ou « de son origine plus excellente », selon certaines traductions], doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 2)

Ce passage est clair comme de l’eau de roche. Cependant les contestations se font entendre de partout chez les chrétiens non-catholiques, reconnaissant dans ces quelques mots une preuve implacable en faveur de l’Église catholique, si on les comprend dans leur signification la plus obvie. C’est pourquoi il n’est pas inutile de consulter une explication du texte, et de prendre connaissance des réponses aux objections. A cet effet, nous invitons notre lecteur à consulter notre article traitant du sujet en profondeur, développant tous les principes contenus dans ce paragraphe, et réfutant les objections des anti-romains : La Papauté au IIè siècle : le témoignage de saint Irénée de Lyon.

Aussi l’un des arguments de nos adversaires est de dire que saint Irénée ne parle ici que d’une rectitude de fait de l’Eglise de Rome, et qu’il parle tout aussi bien immédiatement après de la rectitude doctrinale des Eglises d’Ephèse et de Smyrne. L’article démonte tout ce qui pourrait conduire à cette conclusion et rétablit la vérité : à côté des éloges faites à l’orthoxie de fait de certaines Eglise, saint Irénée n’en déclare pas moins l’orthodoxie de droit de celle de Rome. C’est la même chose que nous voyons chez saint Théodore Studite.

b) Saint Grégoire de Nazianze (vers 329-379)

Des anti-romains affirment que saint Grégoire de Nazianze contredit la Papauté dans ce passage où il parle de Constantinople :

« Cette cité est l’œil du monde, les nations les plus reculées se rendent à elle de toutes parts, et elles tirent d’elle, comme d’une source, les principes de la Foi. » (Discours 42, 10)

Et dans un autre ouvrage, il parle encore de Constantinople comme du « siège de la piété » (Poème 11 sur sa vie : Carmen de Vita sua, vers 360)

Mais la réalité est que par ces mots saint Grégoire de Nazianze exprime un état de fait et non un état de droit. En effet, il est parfaitement exact que jusqu’à son époque, l’Eglise de Constantinople s’était distinguée par sa fidélité à l’Evangile, et que depuis 330 Constantinople était devenu la capitale de l’empire (d’autant plus que Rome avait perdu beaucoup de son prestige politique lorsqu’elle cessa d’être la capitale impériale au profit de Milan 286, capitale impériale qui sera transférée à Ravennes en 402). Il est donc normal que pour des motifs pratiques, beaucoup de gens se soient rendu à Constantinople à laquelle il était facile et souvent nécessaire de se rendre.

Mais cela était suspendu au fait que Constantinople conservait la foi de l’Eglise, contrairement à Rome qui, elle, ne peut par définition pas dévier de la foi de l’Eglise. C’est d’ailleurs une réponse aux anti-romains qui connaissent le passage de saint Irénée de Lyon sur la primauté romaine (Contre les hérésies, III, 3, 3), et qui auraient cru lire dans nos lignes précédentes une confirmation de leur thèse pour écarter la valeur de ce passage comme preuve de la Papauté. En effet, nous les renvoyons à notre article La Papauté au IIè siècle : le témoignage de saint Irénée de Lyon pour la réfutation de tous les arguments dans ce sens. Au contraire, les propos de saint Grégoire de Nazianze vont dans le même sens que ceux de saint Irénée : une infaillibilité de droit pour l’Eglise de Rome, accompagnée d’une simple inerrance de fait pour les Eglises de Smyrne et Ephèse chez saint Irénée (Contre les hérésies, III, 3, 4), et celle de Constantinople chez saint Grégoire de Nazianze. Comment être sûr que c’est cela qu’a voulu dire saint Grégoire de Nazianze ? Tout simplement en le laissant parler ! En effet, dans l’ouvrage dont est tirée sa seconde citation, il dit que Constantinople et Rome ce qui suit :

« La nature ne nous a pas donné deux soleils. Mais nous avons deux Rome, deux lumières pour éclairer le monde entier, l’ancien pouvoir et le nouveau. » (Poème 11 sur sa vie : Carmen de Vita sua, vers 360 dans PG, 37/1067-1068)

On pourrait croire que ce texte met à pied d’égalité Constantinople et Rome, c’est- à-dire la nouvelle Rome et l’ancienne. Mais lisons ce qui suit :

« Pour ce qui est de la foi, Rome court déjà depuis longtemps et encore aujourd’hui dans la bonne direction, elle délivre l’Occident tout entier en lui donnant la doctrine du salut, et il est bien juste que l’Église qui est à la tête de toutes les autres ait le soin d’établir partout la concorde divine. Quant à Constantinople, la nouvelle Rome, elle marchait jusqu’ici droitement […] et il n’en va plus de même aujourd’hui. »

On le voit : si Rome enseigne la vraie doctrine c’est une réalité de droit divin parce qu’ « il est bien juste que l’Église qui est à la tête de toutes les autres ait le soin d’établir partout la concorde divine« , tandis ce que si Constantinople a été une bonne fille de l’Eglise pendant longtemps, « il n’en va plus de même aujourd’hui » !

III) Saint Théodore Studite croyait en l’Immaculée Conception

On trouvera l’exposé de ce que ce Père enseignait sur l’Immaculée Conception et l’Assomption dans l’article La doctrine mariale de saint Théodore Studite par le Père Martin JUGIE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1926, Numéro 144,  pp. 421-427).

IV) Saint Théodore Studite ne témoigne pas en faveur du concile « in Trullo »(691-692)

Le concile « in Trullo » (691-692) se réunit à l’initiative de l’empereur Justinien II pour mettre fin à la décadence des mœurs qui affligeait, selon lui, l’Empire et l’Église, en réformant le droit canonique. Ce synode qui se réunit sans l’approbation de Rome, ne rassembla que 220 Evêques dont 183 issus du patriarcat de Constantinople et 10 issus d’Occident. Il doit son nom à la pièce du palais impérial de Constantinople nommée αίθουσα Τρούλου (« salle de Troullos ») où il se tint. Il eut la prétention de compléter l’oeuvre des Vè et VIè conciles généraux (oeucuméniques), que sont les IIè (553) et IIIè concile de Constantinople (680-681), d’où son autre nom de Quinisexte.

Ce concile constitue un des principaux arguments des Orthodoxes pour fonder leurs affirmations contre l’Eglise catholique. En effet, ce concile prit plusieurs décrets contraire à la foi et la discipline hautement doctrinale de l’Eglise catholique. Aussi, si ce concile était un vrai concile oeucuménique de l’Eglise, et donc infaillible, il s’en suivrait que ces différentes questions seraient de ce seul fait réglées de part l’argument d’autorité qu’est la décision d’un concile oeucuménique (et non pas oeucuméniste), qui s’impose de droit à le conscience de tout catholique et de tout orthodoxe.

Mais saint Théodore Studite, saint postérieur à ce concile et considéré comme nous l’avons vu par l’église orthodoxe, contrairement à ce que nous aurions pu imaginer, ne témoigne pas en faveur de ce concile ! Aussi, dans notre article Le concile « in Trullo » (691-692) est-il valide ?, nous montrons cela. Voici ce que nous y disons :

« C’est précisément cette utilité qui, dans le milieu grec, assura la fortune grandissante des canons in Trullo tenus comme édictés par la grâce du Saint Esprit [Mansi, XIII, col. 417 Ε : Spiritus tubis editi]. Saint Théodore les a en particulière estime. Il sait fort bien que le concile in Trullo s’est tenu après le sixième [Antirrheticus II, n. 38; éd. PC, XCIX, col. 377 CD et 1305; voir aussi col. 1304 D, 1609 A] ; il semble même croire qu’il a été convoqué tout exprès pour régler l’affaire des images [Refutatio Poem. Iconomach., n. 35; éd. PG., XCIX, col. 473 D]. Et néanmoins les canons qu’il émit sont pour le saint l’œuvre du sixième concile [Lettre au patrice Nicétas contre les soins donnés par les hommes à leur chevelure ; il y invoque la « divine ordonnance » — canon 96 — du saint sixième concile ; éd. PC, XCIX, col. 996 Β ; voir aussi col. 1304 A et 1609 A]. Quand il les cite, il veut faire entendre « la voix des Pères du saint sixième concile [Ibid., col. 1136 C, 1304 D, 1609 A] » qui se réunirent une seconde fois pour édicter ces canons et ce concile — entendez le concile in Trullo — il le reçoit parce qu’il est, selon lui, reçu par les CINQ patriarches [Ibid., col. 1305 B], donc aussi, à l’en croire, par celui de Rome dont l’adhésion supposée dut déterminer et confirmer la sienne. Chose quasi paradoxale : le saint studite semble même prouver le deuxième concile de Nicée — septième œcuménique — d’abord parce que sa doctrine sur les images est conforme à celle du concile in Trullo : « Επειτα και ή έν Νίκαια το δεύτερον, ώς όμόφρων τη μετά την εκτην συνάδω, ευπρόσιτος παρά τοις Πέντε ». Cette assemblée fut en effet la première à formuler, avant même que la crise iconoclaste n’éclate, la doctrine orthodoxe de l’iconodulie (canon 82). En pleine controverse, les Églises latine et grecque s’y référeront et la considération accordée à un canon particulier conférera à l’ensemble une autorité que celui-ci n’eût pas eue sans cela à ce degré. » (Père Vitalien LAURENT, article L’œuvre canonique du concile in Trullo (691-692), source primaire du droit de l’Église orientale dans Revue des études byzantines, Année 1965, tome 23 page 23)

Nous pouvons noter que son acceptation du concile in Trullo est intimement relié à deux, voir trois erreurs. La première est qu’il aurait été convoqué tout exprès pour traiter de la question des saintes images. La deuxième est qu’il aurait réunis les mêmes Evêques que ceux du VIè concile. La troisième erreur potentielle est qu’il aurait reçu l’approbation de cinq patriarche, donc celui de Rome : le Pape. De plus, son idée que ce serait les mêmes Evêques qui se seraient réunies seconde fois, n’est pas sans rappeler la confusion avec le synode constantinopolitain de 686/7, comme cela fut le cas de saint Taraise de Constantinople, Adrien Ier et du IIè concile de Nicée [ndlr : voir la section « 3) Le IIè concile de Nicée (787) » dans notre article Le concile « in Trullo » (691-692) est-il valide ?]. Cela montre clairement la confusion qui entourait les canons in Trullo. En effet, outre l’erreur des trois éléments que nous avons souligné, et la probable identification au synode de 686/7, nous pouvons remarquer deux autres incohérences entre la réalité et ce que pense saint Théodore : premièrement, ni le synode de 686/7, ni le concile in Trullo n’ont été réunis exprès pour régler l’affaire des images, et deuxièmement, sur les 102 canons qu’a édicté le concile in Trullo, un seul canon porte sur les saintes images, il est donc impossible que saint Théodore Studite ait entendu approuver les canons du concile in Trullo dans ce que nous venons de citer de lui.

La troisième erreur que nous avons souligné, celle que le synode en question aurait été approuvé par les cinq patriarches, donc par le Pape, ne peut ne pas être une erreur, en ce sens que saint Théodore Studite fait peut-être référence à une collection de canons ne comprenant pas les canons litigieux, et ayant alors reçu l’approbation des Papes. Cela seul tendrait à prouver que les canons in Trullo tels qu’ils étaient reçu à son époque ne contenaient, à tout le moins, pas celui sur la Papauté, ou bien qu’il n’avait pas du tout le même sens que celui que lui donnent les orthodoxes !

En effet, il nous apprend qu’une génération avant Photius, la croyance de l’Eglise de Constantinople était l’impossibilité de réunir un concile sans l’Autorité du Pape. C’est le droit propre du Souverain Pontife qu’un synode orthodoxe ne puisse se tenir sans sa connaissance et son assentiment. C’est à lui qu’il appartient de convoquer un concile légitime contre l’assaut des hérésies. Écoutons saint Théodore parlant de ce droit dans sa lettre au Pape saint Léon III :

« Les moechiens, s’arrogeant une autorité qu’ils n’ont pas, n’ont pas craint de réunir un synode hérétique, alors que, selon la pratique en vigueur dès l’origine on n’a même pas le droit de tenir un concile orthodoxe sans votre connaissance. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique ! » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C : El γαρ ούτοι έαυτοϊς έξαυθεντήσαντες αίρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ουκ εδεισαν, καίπερ ει καΐ όρθόδοξον οΰκ άνευ τής υμών ε’ιδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το ά*νωθεν κεκρατηκος εθος, πόσω γε μάλλον ευλογον καί άναγκαΐον αν εί’η (ύπομίμνήσκομεν φόβω) ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σύνολον, ώς αν το όρθόδοξον τής ‘Εκκλησίας δόγμα το αίρετικον άποκρούσηται·)

Ecrivant au pape saint Léon III, il lui parle du synode qu’ont tenu, en janvier 809, les partisans des secondes noces de l’empereur Constantin VI qui, après avoir été marié à l’arménienne Marie, l’avait reléguée dans le cloître (janvier 795), et avait épousé la cubiculaire Thépdote :

« Il s’est tenu dans notre pays, ô bienheureux Père, dit-il, un synode pour la condamnation de l’Évangile du Christ, dont vous avez reçu les clés de la part de ce même Christ, par l’intermédiaire du prince des apôtres et de ses successeurs, jusqu’à celui qui a précédé Votre Sainteté. » (Lettres, I, 34 ; col. 1021 C et D)

II écrit dans le même sens à l’archimandrite Basile, qui gouvernait alors un monastère de Rome :

« II serait utile, comme c’est notre pensée et notre désir, que condamnation fût portée en synode par le suprême Seigneur apostolique, selon la coutume traditionnelle, contre ceux qui se sont assemblés en adversaires de l’Évangile du Christ et qui pnt anathematise ses défenseurs. » (Lettres, Ι, 35 ; col. 102g C : Συμφέρον δ’ αν εί’η, ώς ό ημέτερος σκοπός και πόθος, έπιτιμηθήναί συνοδίκώς δια τοΰ κορυφαιοτάτου ‘Αποστολικού, ώσπερ επί των άνωθεν καί έξ αρχής, τους συνεδρεΰσαντας κατά τοϋ Ευαγγελίου τοΰ Χρίστου καί άναθεματίσαντας τους άντεχομένους αύτοΰ)

La primauté du Pontife romain est donc une primauté vraiment divine. Aussi bien, Théodore l’attestait-il dans une précédente lettre adressée au même Pape :

« Les « moechiens » ou partisans du divorce impérial, écrivait-il, n’ont pas craint de s’arroger le pouvoir de tenir un synode, alors qu’ils n’ont pas le droit de réunir, sans votre connaissance, même un concile orthodoxe, selon l’usage en vigueur de vieille date. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique Nous vous avons fait ces communications, nous, les plus humbles des membres de l’Église, comme il convenait à notre petitesse, dans un esprit d’entière soumission à votre divine puissance pastorale. Nous conjurons d’ailleurs Votre Sainteté de nous compter au nombre de ses propres brebis, de nous éclairer et de nous fortifier de loin par ses saintes prières. » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C et D : Eî γαρ οδτοί έαυτοΐς έξαυθεντήσαντες αΐρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ούκ εδεισαν, καίπερ ει και όρθόδοξον ούκ άνευ της υμών είδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το άνωθεν κεκρατηχος εθος· πόσω γε μάλλον ενίλογον και άναγκαΐον αν είη, ύπομιμνήσκομεν φόβω, ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σΰνοδον Ταΰτα άνηγγελκότες, ώς ελάχιστα μέλη της ‘Εκκλησίας, και τί) ύφ’ύμών υπείκοντες θεία ποιμεναρχία)

4 commentaires sur “La doctrine de saint Théodore Studite (759-826), « l’un des derniers catholiques de Constantinople »

  1. Pingback: Le concile « in Trullo  (691-692) est-il valide ? | «+†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Pingback: L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  3. Pingback: Les fondements bibliques de la Papauté (3) : Luc XXII, 32 : le Christ donne à saint Pierre le charisme d’infaillibilité | +†+Yesus Kristus azu+†+

  4. Pingback: La Papauté au IIè siècle : le témoignage de saint Irénée de Lyon | +†+Yesus Kristus azu+†+

Réagir à l'article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le 11 novembre 2019 par dans Foi Catholique.

Navigation

%d blogueurs aiment cette page :