+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Saint Grégoire le Grand et le titre d’ « Evêque universel »

Dossier sur la Papauté : ici

L’un des arguments favoris des ennemis de la Papauté est que Saint Grégoire le Grand (vers 540-604) dans plusieurs lettres, a refusé les titres de « pape universel » et d’ « évêque universel ». Nous allons voir ici ce qu’il en est.

Voici le plan de notre étude :

I) La vraie signification d’une telle posture

A) Saint Grégoire entend par là ne pas nier leur épiscopat aux autres Evêques

B) Le sens qu’a le terme « universel » dans ce contexte

1) Saint Grégoire affirme que saint Pierre avait un pouvoir souverain sur tous les autres apôtres…

2) …et lui refuse le titre « d’apôtre universel » !

II) L’Autorité suprême du Siège de Pierre dans l’esprit de saint Grégoire

A) Saint Grégoire se dit successeur de Pierre

B) Saint Grégoire affirme l’Autorité du Siège de Pierre

C) Saint Grégoire ne dit-il pas que saint Pierre a trois successeurs sur les sièges de Rome, Antioche et Alexandrie ?

1) Un pouvoir de droit ecclésiastique délégué par saint Pierre

2) Un argument anti-romain démenti par l’histoire

3) Un argument d’autorité pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes

III) Saint Grégoire agissait avec la même autorité qu’un Pape moderne

IV) L’attitude des autres Papes ayant refusé ce titre

I) La vraie signification d’une telle posture

A) Saint Grégoire entend par là ne pas nier leur épiscopat aux autres Evêques

Il s’agit en réalité d’une décision prise par humilité pour ne pas détrôner ses confrères évêques de leurs fonctions. Le sujet est traité en profondeur dans cet article et dans celui-ci de la revue Echos d’Orient. On trouvera encore les réponses adéquates dans les œuvres spécialement consacrées à l’histoire de la papauté, disponibles à la lecture en ligne ici et ici. On y trouvera aussi l’explication de l’acceptation de ce titre par son successeur Boniface III.

Dans le contexte, ces paroles ne furent que des manifestations d’humilité. Elles avaient aussi pour but de ne pas insinuer dans les esprits que son autorité suprême avait pour effet de déposséder les autres évêques de leur qualité d’évêques. Cela ne paraît absolument pas évident à la seule lecture des passages invoqué par les adversaires de la Papauté, mais comme saint Grégoire nous livre lui-même le fond de sa pensée, il n’y a rien à contester. Voici ses mots :

« si un patriarche est appelé Universel, on ôte aux autres le titre de patriarche. Loin, bien loin de toute âme chrétienne la volonté d’usurper quoi que ce soit qui puisse, tant soit peu, diminuer l’honneur de ses frères ! » (Lettres, livre V, lettre 43 à Euloge, évêque d’Alexandrie, et à Anastase, évêque d’Antioche)

« N’était-ce pas, comme votre Fraternité le sait, que les prélats de ce Siège Apostolique, que je sers par la providence de Dieu, ont eu l’honneur d’être appelés universels par le vénérable concile de Chalcédoine. Mais aucun d’eux n’a jamais voulu être appelé par un tel titre, ni saisi ce nom mal avisé, de peur qu’en vertu du rang e l’épiscopatt, il n’eût pris pour lui la gloire de la singularité, il pouvait sembler l’avoir nié à tous ses frères. » (Registre des Lettres, livre V, lettre 18, à Jean le Jeûneur, PL, 77, 746)

Et écrivant à l’empereur au sujet du patriarche de Constantinople qui veut s’arroger le titre « d’Evêque universel », alors que personne ne lui a offert :

« Il est vrai qu’en l’honneur de Pierre, prince des apôtres, ce titre [d’Archevêque universel] fut offert par les Pères du concile de Chalcédoine au pontife romain. Mais aucun d’entre eux n’a jamais voulu employer ce titre, de peur que, par quelque chose qui lui est propre, les prêtres en général ne soient privés de l’honneur qui leur est dû. Comment se fait-il donc que nous ne recherchions pas la gloire de ce titre, même lorsqu’il nous est offert, et qu’un autre [Jean de Constantinople] se permette de le saisir pour lui-même alors qu’il n’est pas offert ? » (Registre des Lettres, livre V, lettre 20 (alias livre 4, lettre 32), adressée à Maurice Auguste, PL, 77/746)

On trouvera dans les documents auxquels nous renvoyons plus haut un exposé précis du contexte, ainsi que de l’humilité extrême de saint Grégoire en toute circonstance.

Cela correspond parfaitement à la foi catholique. Le concile Vatican I, qui définit dogmatiquement l’universalité de juridiction de l’Evêque de Rome, déclara lui-même, en citant saint Grégoire :

« Ce pouvoir du Souverain Pontife ne fait nullement obstacle au pouvoir de juridiction épiscopal ordinaire et immédiat, par lequel les évêques, établis par l’Esprit Saint [Ac 20, 28] successeurs des Ap6tres, paissent et gouvernent en vrais pasteurs chacun le troupeau à lui confié. Au contraire, ce pouvoir est affirmé, affermi et défendu par le pasteur suprême et universel comme le dit saint Grégoire le Grand :  » Mon honneur est l’honneur de l’Église universelle. Mon honneur est la force solide de mes frères. Lorsqu’on rend à chacun l’honneur qui lui est dû, alors je suis honoré  » [Lettre à Euloge d’Alexandrie, Registre des lettres, livre VIII, colonne 30 : PL 77, 983 C]. » (Concile Vatican I, Constitution dogmatique Pastor Aeternus, sur l’infaillibilité pontificale et la primauté du pape, Chapitre 3 – Pouvoir et nature de la primauté du Pontife romain)

B) Le sens qu’a le terme « universel » dans ce contexte

1) Saint Grégoire affirme que saint Pierre avait un pouvoir souverain sur tous les autres apôtres…

Sous la plume de saint Grégoire, la souveraineté de Pierre sur les autres apôtre transparait souvent :

« L’apôtre saint Pierre est le premier membre de la sainte Eglise universelle (c’est-à-dire qu’il en est le chef, dans la dépendance du Christ). Quant aux autres apôtres, saint Paul, saint André, saint Jean, que sont-ils sinon les chefs de différentes églises particulières ? » (Registre des Lettres, livre V, lettre 18, au patriarche Jean de Constantinople, PL, 77/740)

« Le Christ confie à saint Pierre la charge de toute l’Eglise et le pouvoir suprême sur celle-ci […] Il est clair pour tous ceux qui connaissent l’Évangile qu’à la parole du Seigneur la charge de toute l’Église a été confiée à l’apôtre saint Pierre, prince de tous les apôtres ; c’est à celui-ci qu’il est dit : Pierre, m’aimes-tu ? ; Pais mes brebis. C’est à lui qu’il est dit : Voici que Satan a cherché à vous éprouver tous comme on passe le blé au crible, et moi j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas, et lorsque tu te seras converti, confirme tes frères. C’est à lui qu’il est dit : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ; je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; tout ce que tu auras lié sur terre sera lié dans les cieux, tout ce que tu auras délié sur terre sera délié dans les cieux. Voici qu’il a reçu les clefs du Royaume céleste, voici qu’on lui donne le pouvoir de lier et de délier, voici qu’on lui confie le soin de toute l’Église et le pouvoir suprême sur celle-ci. » (Registre des Lettres, livre V, lettre 20 (alias livre 4, lettre 32), adressée à Maurice Auguste, PL, 77/746 et 748)

« Qui ne sait, en effet, que la sainte Église est fermement établie sur le fondement solide du Prince des Apôtres, qui porte dans son nom même la fermeté de son âme, car c’est de sa comparaison avec la pierre qu’il reçut le nom de Pierre, quand la voie de la Vérité dit, « Je te confierai les clés du royaume des cieux« . Il lui dit encore « quand tu seras converti, affermis tes frère« . » (Lettre 40 à Euloge d’Alexandire ou Registre des Lettres, livre VII, lettre 37)

Il va jusqu’à donner à cet apôtre le titre de souverain Patriarche (Commentaires sur les Proverbes, V). Il appelle aussi Pierre :

« le premier des Apôtres, le supérieur de Paul, le pasteur de tous, la porte de l’Eglise, le chef de la foi » (Registre des lettres, livre II, lettre 45 ; Morales sur Job, IX, 11 ; Homélies sur les Evangiles, II, 24 ; Morales, XXXVIII, Lettres, XIII, 37)

Et pourtant tout cela ne fait pas de saint Pierre « l’apôtre universel » dans l’esprit de saint Grégoire !

2) …et lui refuse le titre « d’apôtre universel » !

En gardant à l’esprit tout ce que saint Grégoire dit au sujet de saint Pierre et de sa souveraineté, lisons une phrase que nous avons déjà cité de la lettre à Maurice Auguste, avec un segment de phrase venant juste après :

« Le Christ confie à saint Pierre la charge de toute l’Eglise et le pouvoir suprême sur celle-ci, et pourtant il ne l’appelle pas apôtre universel. » (Registre des Lettres, livre V, lettre 20 (alias livre 4, lettre 32), adressée à Maurice Auguste, PL, 77/746).

C’est la preuve péremptoire et sans contredit que dans l’esprit de saint Grégoire, le titre d' »Universel » n’a pas la signification que voudraient lui donner nos adversaires, et qu’en conséquence le refus de ce titre n’a nullement pour effet la négation de la Papauté ! Si saint Pierre est le chef des apôtres sans être « l’apôtre universel », alors le Pape peut tout aussi bien être le chef des évêques sans être « l’évêque universel ». Au contraire on pourrait même dire que la conclusion papiste s’impose, sinon cette comparaison n’aurait pas de sens ! Surtout lorsqu’on sait ce qu’il dit des prérogatives de saint Pierre un peu plus loin dans la même lettre :

Et il se reconnaît successeur de saint Pierre. Raison pour laquelle sans doute, il donnait à l’Eglise Romaine les mêmes fonctions de « pasteur de tous » et « chef de la foi » qu’il donnait à saint Pierre comme nous venons de le voir (Registre des lettres, livre II, lettre 54).

II) Saint Grégoire se dit successeur de Pierre

A) Saint Grégoire se dit successeur de Pierre

En considérant que pour l’auteur, Pierre n’est pas « apôtre universel », tout en ayant ces prérogatives, alors rien ne s’oppose à ce que pour l’auteur l’Evêque de Rome ait tout pouvoir dans l’Eglise sans pour autant devoir être appelé « évêque universel » ! Aussi il se reconnaît formellement comme le successeur de Pierre, et donc comme son successeur dans toutes ses prérogatives :

« Je vous conjure, dit-il à l’impératrice Constantine, par le Dieu tout-puissant, de ne pas permettre que votre règne soit déshonoré par l’arrogance d’un seul homme, et de ne pas me mépriser en cette cause. Il est vrai que les péchés de Grégoire le méritent, mais saint Pierre n’a point de péchés pour lui attirer un traitement pareil. » (Lettre à l’impératrice Constantine, Registre des Lettres, livre V, lettre 21)

« Mon fils le seigneur Venance, neveu du patrice Opilion, s’est adressé au bienheureux Pierre, nous demandant avec instance de le recommander à votre Charité. » (Registre des Lettres, livre III, lettre 53)

« Votre Très Douce Sainteté m’a bien souvent parlé dans ses lettres de la chaire de saint Pierre, le chef des apôtres, disant que c’est saint Pierre qui siège encore aujourd’hui dans ses successeurs, au nombre desquels je suis malgré mon indignité. » (Lettres, Livre 7, lettre 40, au patriarche Euloge d’Alexandrie, dans PL, 77/898/899)

B) Saint Grégoire affirme l’Autorité du Siège de Pierre

Dans une de ses lettres dans lesquelles il refusa ce titre, il eut ces mots magistraux :

« Votre Très Douce Sainteté m’a bien souvent parlé dans ses lettres de la chaire de saint Pierre, le chef des apôtres, disant que c’est saint Pierre qui siège encore aujourd’hui dans ses successeurs [ndlr : ce qui veut donc dire que son interlocuteur, patriarche en Orient avait déjà tenu ces propos avant lui, ce qui est plus que significatif], au nombre desquels je suis malgré mon indignité. […] Mais j’ai été particulièrement sensible à toutes ces réflexions, parce qu’elles venaient de vous, qui tout en me parlant de la chaire de saint Pierre, lui demeurez attaché. […] C’est pourquoi, bien que les apôtres se partagent leur titre, seul le siège du prince des apôtres, possédant le pouvoir suprême, l’emporte sur tous les autres en autorité, et celle-ci reste la même pour s’exercer en trois endroits différents. Car saint Pierre a ennobli le siège de Rome, parce qu’il a daigné s’y établir et y finir ses jours. C’est encore lui qui a rehaussé l’éclat du siège d’Alexandrie, en y envoyant son disciple, l’évangéliste. C’est enfin toujours saint Pierre qui a renforcé le prestige du siège d’Antioche, où il demeura quand même sept ans, avant de le quitter. » (Lettres, Livre 7, lettre 40, au patriarche Euloge d’Alexandrie, dans PL, 77/898/899)

C) Saint Grégoire ne dit-il pas que saint Pierre a trois successeurs sur les sièges de Rome, Antioche et Alexandrie ?

1) Un pouvoir de droit ecclésiastique délégué par saint Pierre

Les adversaires de la Papauté voient souvent dans le texte que nous venons de citer un argument contre la Papauté ! En effet, selon eux il s’agit d’une preuve que l’Evêque de Rome n’est pas, dans l’esprit de saint Grégoire l’unique successeur de Pierre et donc l’unique chef visible de l’Eglise. A cela nous répondons en citant d’abord un des prédécesseurs de saint Grégoire, Saint Léon le Grand (vers 395-461) :

« Comme mes prédécesseurs l’ont fait pour les vôtres, j’ai moi-même délégué à votre charité le pouvoir de représenter mon propre gouvernement, afin que vous puissiez me venir en aide […] dans la charge qui nous incombe en vertu de l’institution divine qui nous oblige à veiller comme chef suprême sur toutes les églises. Vous serez ainsi présent aux églises qui sont les plus éloignées de nous, comme si vous les visitiez à notre place. […] Cette union demande sans doute l’unanimité de sentiments dans le corps entier, mais surtout le concert entre les évêques. Quoique ceux-ci aient une même dignité, ils ne sont pas cependant tous placés au même rang, puisque parmi les apôtres eux-mêmes il y avait différence d’autorité avec ressemblance d’honneur, et que, quoiqu’ils fussent tous également choisis, un d’entre eux néanmoins jouissait de la prééminence sur tous les autres. C’est sur ce modèle qu’on a établi une distinction entre les évêques, et qu’on a très-sagement réglé que tous ne s’attribueraient pas indistinctement tout pouvoir, mais qu’il y en aurait dans chaque province qui auraient le droit d’initiative par-dessus leurs confrères, et que les évêques établis dans les villes les plus considérables, auraient aussi une juridiction plus étendue, en servant ainsi comme d’intermédiaire pour concentrer dans le siège de Pierre le gouvernement de l’Eglise universelle, et maintenir tous les membres en parfait accord avec leur chef. » (Lettre 84 à Anastase, évêque de Thessalonique, chapitre 11, PL, 54/668, 675-676)

Dans ce passage, saint Léon établit la distinction en les Archevêques et les Patriarches, à ceci près que tous ont en commun d’être à l’égard des Eveques de leurs province ou de leur patriarcat les organes et les ministres de saint Pierre. C’est pourquoi saint Grégoire le Grand rappelle avec beaucoup de tact dans la lettre déjà citée, adressée à Euloge d’Alxandrie que les deux sièges d’Alexandrie et d’Antioche ont reçu  autorité sur beaucoup d’autres dans la mesure où saint Pierre les a élevés à ce rang si prestigieux, en leur délégant son propre pouvoir. Qui plus est, lors du second concile de Lyon (1274), les Grecs ont souscrits de plain gré la profession de foi que leur envoya le Pape Grégoire X, et qui comprend le passage suivant :

« Cette même sainte Eglise romaine possède aussi la primauté et autorité souveraine et entière sur l’ensemble de l’Eglise catholique. Elle reconnaît sincèrement et humblement l’avoir reçue, avec la plénitude du pouvoir, du Seigneur lui-même, en la personne du bienheureux Pierre, chef ou tête des apôtres, dont le pontife romain est le successeur. Et comme elle doit, avant les autres, défendre la vérité de la foi, ainsi les questions qui surgiraient à propos de la foi doivent être définies par son jugement. N’importe quel accusé peut en appeler à elle, dans les affaires qui relèvent des tribunaux d’Eglise ; et dans toutes les causes qui touchent à la juridiction ecclésiastique, on peut recourir à son jugement. A elle sont soumises toutes les Eglises, dont les prélats lui rendent obéissance et révérence. Sa plénitude de pouvoir est si établie qu’elle admet les autres Eglises à partager sa sollicitude. Cette même Eglise romaine a honoré beaucoup d’Eglises, et surtout les Eglises patriarcales, de divers privilèges, sa prérogative étant cependant toujours sauve dans les conciles généraux comme en d’autres occasions. » (IIè concile de Lyon, 4è session du 6 juillet 1274, Lettre du Pape Grégoire X à l’empereur Michel Paléologue)

2) Un argument anti-romain démenti par l’histoire

La consultation de notre article La Papauté depuis les apôtres suffira à convaincre quiconque que l’argument des anti-romains ne tient pas, car il est de fait que les Evêques d’Antioche et d’Alexandrie ont toujours été soumis aux Evêques de Rome. Il le verrons avec les exemples de saint Ignace d’Antioche, de la querelle des quartodécimans (où les Evêques d’Antioche et d’Alexandrie obéirent à l’Evêque de Rome), d’Origène, saint Denys de Rome, de Paul de Samosate, du concile de Sardique (où le représentant d’Alexandrie reconnu l’autorité du Pape), de saint Athanase, saint Jules Ier, saint Basile qui écrivit à saint Athanase d’Alexandrie qu’il allait en référer à Rome pour une affaire locale, alors qu’Antioche et Alexandrie étaient bien plus proche, de saint Epiphane qui rapporte une affaire interne à l’Eglise d’Alexandrie où c’est à Rome qu’on en a référé, saint Damase, saint Jérôme qui reconnaît à l’Evêque de Rome le pouvoir de déclarer qui est le vrai Evêque d’Antioche, saint Boniface Ier qui affirme que le siège de Rome est supérieur à ceux d’Antioche et d’Alexandrie, saint Célestin Ier, le concile d’Ephèse, saint Cyrille d’Alexandrie, saint Sixte III, Socrate le Scolastique et Sozomène de Constantinople.

Par ailleurs, le 6è canon du concile de Nicée (325) ne répartit pas toutes les régions de l’Eglises entre les trois sièges que nous avons cité. Or il l’aurait fait si dans l’Eglise antique toute l’Eglise était dirigée collégialement par ces trois Evêques considérés comme égaux et devant diriger toute l’Eglise.e

3) Un argument d’autorité pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes

Au moment du IIIè concile de Constantinople (680-681), le Pape saint Agathon envoya deux lettres aux empereurs Constantin IV Pogonat de Constantinople, Héraclius et Tibère. La deuxième est signée des cent vingt-cinq évêques d’un concile tenu à Rome. Dans ces lettres sont exposées l’infaillibilité des Évêques de Rome, ainsi que leur universalité de juridiction. Nous avons publier les extraits concernés de ces lettres dans notre article intitulé L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Le 15 novembre 680, lors de la 4è session du IIIè concile de Constantinople réunissant surtout des évêques Orientaux, une lecture fut donnée de la première lettre (PL, 87/1168-1169 et MANSI, 11/239-254). Puis, lors de la 18è session, le 16 septembre 681, ce fut au tour de la seconde lettre lue en public et les Pères du concile l’approuvèrent et l’insérèrent dans les actes du concile. Ils déclarèrent :

« C’est le souverain prince des apôtres qui a agi de concert avec nous. Nous avons eu, pour nous aider, le pape qui dans ses lettres déclare le mystère de la vérité divine et sacrée. Rome, cette ville antique, nous a transmis la profession de foi que Dieu avait dictée à saint Pierre. La feuille sur laquelle fut inscrit le dogme a honoré la fin de ce jour ; sur cette feuille on voyait de l’encre, mais c’est réalité c’est saint Pierre qui parlait au travers du pape Agathon. […] C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. […] Tous unis sous l’inspiration du Saint Esprit, tous d’accord et tous du même avis, acquiesçant tous aux lettres de Notre Très Saint Père et Souverain pontife le pape Agathon a envoyées à Votre Puissance [ndlr : les empereurs], reconnaissant la sainte décision du concile qui dépend de lui et qui rassemble cent-vingt-cinq prélats, etc. » (MANSI, 11/666, 684 et 686)

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. En effet, la première lettre que nous avons cité porte bien :

« Que Votre Clémence considère donc cet avertissement de Notre-Seigneur et Sauveur, l’auteur de notre foi : en promettant à saint Pierre que sa foi ne défaillirait pas, il l’engagea à confirmer ses frères. Tout le monde sait bien que les pontifes du siège apostolique, ceux qui ont précédé mon humble personne, ont réalisé cette tache sans douter de cette parole. » (Lettre 1 aux empereurs, PL, 87/1168-1169)

Puis :

« Saint Pierre a reçu du Rédempteur lui-même par une triple recommandation qui lui en a été faite, la charge de paître les brebis spirituelles qui composent son Eglise ; et c’est grâce à l’appui qu’il continue de lui prêter, que cette Eglise apostolique n’a jamais déviée par une erreur quelconque de la voie de la vérité ; aussi, de tout temps, toute l’Eglise catholique et les conciles généraux ont-ils fidèlement adhéré à son autorité comme à celle du prince de tous les apôtres, s’attachant à la suivre en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres […] Que votre auguste clémence veuille donc bien considérer que le maître et le Sauveur de tous, qui est l’auteur de la foi, et qui a promis que la foi de Pierre ne défaillira jamais, l’a averti d’affermir ses frères : charge dont se sont acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait, les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs ; et quoique bien inférieur à leurs mérites je veux, puisque la grâce divine m’a appelé à leur succéder, m’acquitter à leur exemple de ce même ministère. » (Lettre 1 aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 et suivants)

Et dans la seconde :

« Nous croyons que Dieu fera à votre trône, qu’il a élevé lui-même, la faveur si rare, et qui est le privilège du très-petit nombre, d’être le moyen dont il se servira pour faire briller aux yeux de tous la lumière de la foi catholique et apostolique, qui, ayant pour principe la source même de la vraie lumière dont elle est comme le rayon, nous a été transmise par le ministère des princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par les hommes apostoliques leurs disciples et leurs successeurs, et est parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à notre médiocrité, sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer, et Dieu veuille bénir les efforts que fait votre autorité providentielle pour la conserver toujours inaltérable ! Tel a été aussi l’objet constant de la sollicitude du siège apostolique, et de tant de pontifes auxquels nous succédons malgré notre indignité. » (Lettre 3 aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682)

Le pape évoque « les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs » comme s’étant « acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait » à affermir leurs frères selon les paroles du Sauveur. Il est enfin question de la saine doctrine « parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à [saint Agathon], sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer ». Aussi si tous se sont acquittés de cette tache, cela signifie qu’aucun n’a failli.

Cela signifie que les propos que les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes sont obligés de lire les propos de saint Grégoire en cohérence avec ceux de saint Victor, saint Denys, saint Jules Ier, saint Damase, saint Célestin Ier, saint Sixte III et saint Léon le Grand, que nous avons mentionnés.

Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres et approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes précédents sur la Papauté, le Filioque et le célibat sacerdotal, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes antérieurs.

III) Saint Grégoire agissait avec la même autorité qu’un Pape moderne

Mais allons plus loin et voyons ce que ce saint Pape a dit et fait. Dans une autres de ces fameuses lettres dans lesquelles il refusa ce titre, celle à Jean le Jeûneur, patriarche de Constantinople, il rappela l’autorité dont fit preuve son prédécesseur dans le diocèse de son interlocuteur, pour casser un concile !

« Mon prédécesseur Pélage a cassé les actes du concile que vous aviez tenu. […] J’ai été appelé, bien qu’indigne, au gouvernement de l’Eglise. […] Après avoir touché les plaies avec douceur, je saurai employer le fer. […] Le concile de Chalcédoine a qualifié d’universel l’Evêque de Rome. » (Lettre à Jean le Jeûneur, Registre des Lettres, livre V, lettre 18)

Il le rappela encore dans une autre lettre :

« Il y a huit ans, lorsque vivait encore notre prédécesseur Pelage, de sainte mémoire, notre confrère et coévêque Jean, prenant occasion d’une autre affaire, assembla un synode dans la ville de Constantinople, et s’efforça de prendre le titre d’universel ; dès que mon prédécesseur en eut connaissance, il envoya des lettres par lesquelles, en vertu de l’autorité de l’apôtre saint Pierre, il cassa les actes de ce synode. » (Lettres, livre V, lettre 43 à Euloge, évêque d’Alexandrie, et à Anastase, évêque d’Antioche)

De la part de Grégoire, au surplus, ce n’était pas de l’habileté diplomatique, mais de l’humilité réelle. Dans ses écrits, il ne se présente que comme un pécheur, un serviteur inutile, un ministre négligent, qui ne sait ni édifier le prochain par l’exemple, ni l’exhorter au bien par la parole. Dans le gouvernement de la sainte Eglise, il rivalise d’humilité avec tous les saints. Mais en même temps, il n’ignore pas les privilèges de son Siège, où Pierre vit toujours dans ses successeurs, et, comme il les connaît, il en remplit les devoirs, il en fait respecter les prérogatives. Ainsi :

« Il écrit aux patriarches de l’Orient une épître synodique sur les devoirs des pasteurs ; il aux évêques d’Afrique de lutter avec courage contre les Donatistes ; aux évêques de l’Esclavonie, de soigner les pauvres ; il ordonne aux évêques de Sicile l’opposition aux empiétements du pouvoir séculier ; il défend aux évêques des Gaules de baptiser de force les Juifs ; il ne permet pas aux évoques d’Irlande de rebaptiser sans motif les hérétiques qui se convertissent. Il étend ou restreint, suivant les circonstances, la juridiction des évêques : « Vous n’avez point de juridiction sur les évêques de Gaule, dit-il à Augustin [ndlr : saint Augustin de Cantorbéry] ; quant aux évêques de [Grande-]Bretagne, nous vous en commettons entièrement le soin. Il évoque à son tribunal toutes les causes majeures et les juge sans appel ; il rétablit sur leur siège les évêques espagnols Janvier et Etienne, déposés par la faction du gouverneur Cumitiolus ; il absout Adrien, évêque de Thèbes, condamné par les évêques de la Béotie ; il casse l’élection du diacre Jean, nommé évêque de Naples par le clergé et le peuple ; il somme Noël, évêque de Salone, en Dalmatie, de lever l’excommunication trop légèrement lancée contre l’archidiacre Honorât. La vie de saint Grégoire Ier est remplie de traits semblables. En voilà assez pour montrer que si ce grand Pape ne voulait pas qu’on l’appelât évoque universel, c’était par esprit d’humilité et non parce qu’il méconnaissait ses droits ou qu’il n’osait en faire usage quand le besoin de l’Eglise l’exigeait. » (Abbé Benjamin-Marcellin CONSTANT, L’Histoire et l’infaillibilité des Papes, tome II, pages 74-75).

IV) L’attitude des autres Papes ayant refusé ce titre

Saint Grégoire nous apprend que :

« ce titre d’Universel a été offert par le saint concile de Chalcédoine à l’évêque du siège apostolique dont je suis le serviteur, par la grâce de Dieu. Mais aucun de mes prédécesseurs n’a voulu se servir de ce mot profane ; parce que, en effet, si un patriarche est appelé Universel, on ôte aux autres le titre de patriarche. Loin, bien loin de toute âme chrétienne la volonté d’usurper quoi que ce soit qui puisse, tant soit peu, diminuer l’honneur de ses frères ! » (Lettres, livre V, lettre 43 à Euloge, évêque d’Alexandrie, et à Anastase, évêque d’Antioche)

Et dans une autre lettre, saint Grégoire précise même que ce titre fut donné à l’Evêque de Rome « en l’honneur de Pierre, prince des apôtres » :

« Les Pères du concile de Chalcédoine, en l’honneur de saint Pierre premier apôtre, offrirent titre aux Pontifes romains ; mais aucun n’a jamais voulu remployer, afin de ne pas paraitre s’attribuer exclusivement un honneur qui appartient légitimement aux autres. » (Registre des Lettres, livre V, lettre 20 (alias livre 4, lettre 32) à Maurice Auguste)

Dans une autre lettre encore, il évoque cet événement en disant que ses prédécesseurs ont refusé ce titre « de peur qu’en vertu du rang du pontificat, il n’eût pris pour lui la gloire de la singularité ». Preuve qu’il a conscience du rang supérieur de son siège :

« N’était-ce pas, comme votre Fraternité le sait, que les prélats de ce Siège Apostolique, que je sers par la providence de Dieu, ont eu l’honneur d’être appelés universels par le vénérable concile de Chalcédoine. Mais aucun d’eux n’a jamais voulu être appelé par un tel titre, ni saisi ce nom mal avisé, de peur qu’en vertu du rang du pontificat, il n’eût pris pour lui la gloire de la singularité, il pouvait sembler l’avoir nié à tous ses frères. » (Registre des Lettres, livre V, lettre 18, à Jean le Jeûneur)

Toutefois, ces mots de saint Grégoire affirmant que ses prédécesseurs ont refusé le titre « d’Evêque universel » semble apporter de l’eau au moulin de nos adversaires ! A la réalité c’est l’inverse qui est vrai. En effet, cela signifie que l’attitude des différents Papes depuis le concile de Chalcédoine (451) est pertinente pour interpréter la pensée de saint Grégoire le Grand. Aussi, comme nous allons le voir : les Papes depuis le concile de Chalcédoine qui ont refusé ce titre, n’en ont pas moins proclamé haut et fort que leur infaillibilité et leur juridiction universelle sont de droit divin :

Saint Léon le Grand (vers 395-461)

Parmi les célèbres monuments de l’antiquité chrétienne témoignant de la Papauté, certains sermons de saint Léon le Grand tiennent une bonne place. Il s’git de ceux qu’il prononçait chaque année lors du jour anniversaire de son élection à la Papauté. Ces sermons sont intitulés « Sermons pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat ». Nous pourrions dire que tout est dans le titre et qu’il n’est même pas nécessaire d’en produire les passages les plus significatifs, cependant nous ne voudrions pas priver nos lecteurs de ces morceaux d’anthologie de la littérature patristique où saint Léon va même jusqu’à dire que saint Pierre vivait et enseignait par la bouche de ses successeurs :

« A cette réunion, j’en ai la confiance, ne manque pas non plus la pieuse bienveillance et le sincère amour de saint Pierre, pas plus qu’il n’est absent de votre dévotion […] et il approuve donc cette charité parfaitement ordonnée de toute l’Eglise qui accueille Pierre sur le siège de Pierre et ne laisse pas s’attiédir son amour envers un si grand pasteur, même quand il porte sur la pardonne d’un héritier si inégal au modèle. » (Sermon 2 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2, PL, 54/143-144)

« En outre, comme suite à cette assistance essentielle et éternelle, nous avons reçu la protection et l’appui de l’apôtre qui, certes, ne se relâche pas de sa fonction ; et ce solide fondement sur lequel s’élève de toute sa hauteur l’édifice de l’Eglise ne se lasse aucunement de porter la masse du temple qui repose sur lui. En effet, elle ne défaille pas, la fermeté de cette foi qui fut louée par le Prince des apôtres ; et de même que demeure ce que saint Pierre a cru dans le Christ, ainsi demeure ce que le Christ a établi en saint Pierre. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2, PL, 54/145-146)

« Le bienheureux Pierre, conservant toujours cette consistance de pierre qu’il a reçue, n’a pas abandonné le gouvernail de l’Église […]. Si donc nous faisons, quelque chose de bon, si nous pénétrons avec justesse dans les questions, si quelque chose est gagné de la miséricorde de Dieu par nos supplications quotidiennes, c’est l’œuvre, c’est le mérite de celui dont la puissance vit et dont l’autorité commande dans son Siège […] À celui qu’ils savent non seulement être le maître de ce Siège, mais aussi le primat de tous les évêques. Qui par conséquent […] croient qu’il parle par son représentant que nous sommes. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 3 et 4)

« Seul saint Pierre est choisi dans le monde entier, pour être mis à la tête de toutes les nations qui seront appelées à la foi, pour être établi le chef de tous les apôtres et de tous les pères de l’Église. De la sorte, bien que le peuple de Dieu comprenne bien des prêtres et bien des pasteurs, c’est cependant saint Pierre qui les gouverne tous, comme ceux dont le Christ est le chef, et qu’il gouverne lui aussi. Très chers, Dieu a daigné attribuer à cet homme une destinée grande et admirable en l’admettant à partager sa puissance, et si Dieu a voulu que les autres chefs partagent avec lui quelque prérogative, il n’accorde jamais que par l’entremise de saint Pierre ce qu’il ne leur refuse pas » (Sermon 4 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2 – PL, 54 / 149-150)

« Saint Pierre ne cesse de présider à son siège et conserve une participation sans fin avec le souverain prêtre. La fermeté qu’il a reçu de la pierre qui est le Christ, lui, devenu également Pierre, il la transmet aussi à ses héritiers ; et, partout où paraît quelque fermeté, se manifeste indubitablement la force du pasteur. […] Qui sera assez ignorant ou assez envieux pour mésestimer la gloire de saint Pierre et croire qu’il y ait des portions de l’Eglise qui échappent à la sollicitude de son gouvernement et ne s’accroissent pas avec lui ? » (Sermon 5 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 4, PL, 54/155)

Ce pape manifesta encore l’éclat de la Papauté en d’autres endroits :

« Au cours de tant de siècles, aucune hérésie ne pouvait souiller ceux qui étaient assis sur la chaire de Pierre, car c’est le Saint-Esprit qui les enseigne » (Sermon 98).

« Comme mes prédécesseurs l’ont fait pour les vôtres, j’ai moi-même délégué à votre charité le pouvoir de représenter mon propre gouvernement, afin que vous puissiez me venir en aide […] dans la charge qui nous incombe en vertu de l’institution divine qui nous oblige à veiller comme chef suprême sur toutes les églises. Vous serez ainsi présent aux églises qui sont les plus éloignées de nous, comme si vous les visitiez à notre place. […] Cette union demande sans doute l’unanimité de sentiments dans le corps entier, mais surtout le concert entre les évêques. Quoique ceux-ci aient une même dignité, ils ne sont pas cependant tous placés au même rang, puisque parmi les apôtres eux-mêmes il y avait différence d’autorité avec ressemblance d’honneur, et que, quoiqu’ils fussent tous également choisis, un d’entre eux néanmoins jouissait de la prééminence sur tous les autres. C’est sur ce modèle qu’on a établi une distinction entre les évêques, et qu’on a très-sagement réglé que tous ne s’attribueraient pas indistinctement tout pouvoir, mais qu’il y en aurait dans chaque province qui auraient le droit d’initiative par-dessus leurs confrères, et que les évêques établis dans les villes les plus considérables, auraient aussi une juridiction plus étendue, en servant ainsi comme d’intermédiaire pour concentrer dans le siège de Pierre le gouvernement de l’Eglise universelle, et maintenir tous les membres en parfait accord avec leur chef. » (Lettre 84 à Anastase, évêque de Thessalonique, chapitre 11, PL, 54/668, 675-676)

« Ce sont là, ô Rome, les deux hérauts qui ont fait resplendir tes yeux l’Évangile du Christ. Ce sont là tes pères et tes vrais pasteurs qui, pour t’introduire dans le royaume céleste, ont su te fonder, beaucoup mieux et avec bien plus de bonheur que ceux qui se donnèrent la peine de poser les premiers fondements de tes murailles. […] Ce sont ces deux apôtres qui t’ont élevée à un tel degré de gloire, que tu es devenue la nation sainte, le peuple choisi, la cité sacerdotale et royale, et, par le siège sacré du bienheureux Pierre, la capitale du monde ; en sorte que la suprématie qui te vient de la religion divine, s’étend plus loin que jamais ne s’est portée ta domination terrestre » (Premier sermon pour la fête des saints apôtres Pierre et Paul, chapitre 1, PL 54/422-423)

Il le fit encore en donnant tel un chef les ordres suivant au concile de Chalcédoine :

« C’est pourquoi, très chers frères, nous récusons absolument l’audace de ceux qui contestent la foi divinement révélée et nous voulons que cesse cette vaine infidélité des partisans de l’erreur. Nous interdisons de défendre ce qu’il n’est pas permis de croire. Nous avons en effet parfaitement et très clairement déclaré dans notre lettre adressée à l’évêque Flavien de bienheureuse mémoire quelle doit être la sainte et authentique profession de foi dans le mystère de l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et nous l’avons fait en nous appuyant sur l’autorité des Evangiles, sur les paroles des prophètes et sur l’enseignement des apôtres. » (Lettre 93, chapitre 2, PL, 54/937-939)

Voyons d’ailleurs immédiatement comment le concile de Chalcédoine est lui aussi un hymne tonitruant à l’autorité papale !

Le concile de Chalcédoine (451)

Convoqué par le pape saint Léon Ier sur demande de l’empereur Byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie. Se tint du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte Ephémie de la ville éponyme, sur l’actuelle rive asiatique d’Istanbul. Il réunit 343 évêques (un record) dont quatre seulement viennent d’Occident. Le concile de Chalcédoine (451) fut-il un triomphe de la Papauté ou un tribunal qui le condamna ? Les deux thèses ont leurs arguments. Les anti-romains affirment que son 28è canon en est une condamnation sans appel. Nous démontrerons dans notre article consacré à la quesrion non seulement comment ce concile prouve comment l’Eglise se savait soumise tout entière et par le droit divin au successeur de saint Pierre, Evêque de Rome, mais encore comment l’introduction de son 28è canon confirme encore cette vérité.

Saint Gélase (mort en 496)

« Et s’il est normal que le coeur des fidèles se soumette à tous les prêtres en général qui s’acquittent convenablement de leurs divines fonctions, combien plus l’unanimité doit-elle se faire autour du préposé à ce siège, à qui la divinité suprême a voulu donner la prééminence sur tous les prêtres et que la piété universelle de l’Eglise a dans la suite constamment célébré ? » (Lettre Famuli vestrae pietatis, à l’empereur Anastase 1er 494)

« Pierre brilla dans cette capitale [Rome] par la sublime puissance de sa doctrine, et il eut 1lhonneur d’y répandre glorieusement son sang. C’est là qu’il repose pour toujours, et qu’il assure à ce Siège béni [le siège de Rome] par lui de n’être jamais vaincu par les portes de l’enfer » (Décrétale 14 intitulée De responsione ad Graecos).

Saint Hormisdas Ier (450-523)

Ce Pape envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui déchiraient l’Orient – le 1er août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire, et y souscrivirent, preuve qu’ils adhéraient à son contenu. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi juste et de ne s’écarter d’aucune façon des décrets des pères. Et parce qu’il n’est pas possible de négliger la parole de notre Seigneur Jésus Christ qui dit :  » Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise  » Mt 16,18, ce qui a été dit est prouvé par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du Siège apostolique [autre version du texte: c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. Ne voulant donc nous séparer d’aucune façon de cette espérance et de cette foi, et suivant en toutes choses ce qu’ont décrété les pères, nous anathématisons tous les hérétiques, et principalement l’hérétique Nestorius qui fut jadis évêque de la ville de Constantinople, condamné au concile d’Ephèse par Célestin, le pape de la ville de Rome, et par saint (l’homme vénérable) Cyrille, l’évêque de la ville d’Alexandrie ; avec celui-ci (de même)nous anathématisons Eutychès et Dioscore d’Alexandrie, condamnés au saint synode de Chalcédoine que nous suivons et embrassons ( qui, suivant le saint concile de Nicée, a proclamé la foi apostolique). Nous y ajoutons (nous exécrons également) le criminel Timothée, surnommé Aelure, ainsi que son disciple et partisan en toutes choses Pierre d’Alexandrie ; et de même nous condamnons (également) et nous anathématisons Acace, jadis évêque de Constantinople, condamné par le Siège apostolique, leur complice et partisan, et ceux qui sont restés en communion avec eux ; car (Acace), s’étant joint à leur communion, a mérité la même sentence de condamnation. De même nous condamnons Pierre d’Antioche avec tous ceux qui l’ont suivi et les partisans de ceux qui ont été mentionnés plus haut. (Mais) c’est pourquoi nous recevons et approuvons toutes les lettres du bienheureux pape Léon, qu’il a écrites touchant la religion chrétienne. Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère (donc) mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie (et parfaite) la solidité de la religion chrétienne. Nous promettons (je promets) aussi que (à l’avenir) les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Eglise catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. (Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés.) Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise (envoyée) à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome. »

Jean II (470-533)

Jean, Évêque de Rome, à notre très-illustre et très-clément fils Auguste Justinien.

Outre les éloges mérités qu’on peut donner à votre sagesse et à votre douceur, le plus chrétien des princes, vous êtes distingué encore comme un astre radieux, par l’amour de la foi et de la charité ; et instruit, sur ce qui concerne la discipline ecclésiastique, vous avez conservé la doctrine de la prééminence du siège de Rome ; vous lui avez soumis toutes choses, et vous avez ramené l’unité dans l’Eglise. […] Les seuls qui soient opposés à votre profession de foi sont ceux dont l’Ecriture dit : Ils ont mis leur espérance dans le mensonge, et ils ont espéré dans le mensonge ; ou ceux qui, d’après le prophète, ont dit au Seigneur : Eloigne-toi de nous, nous ne voulons pas suivre tes voies ; ceux dont parle Salomon: Ils ont erré dans leurs propres voies y et ils amassent avec leurs mains des choses infructueuses. C’est donc là votre vraie foi et votre vraie religion, que tous les pères, d’heureuse mémoire, comme nous avons dit, ainsi que tous les chefs de l’Eglise romaine, que nous suivons en toutes choses, ont décidé ; ce que le Siège apostolique a jusqu’à présent prêché et gardé fermement ; et s’il existe quelqu’un qui soit opposé à cette confession et à cette Foi du chrétien, il les jugera lui-même hors de la sainte communion et de l’Eglise catholique. […] Fait à Rome, le 8 des calendes d’avril, sous le consulat de l’empereur Justinien, consul pour la quatrième fois, et de Paulinus. » (Pape Jean II, Lettre à l’empereur Justinien, in Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

Pélage II (520-579)

Ce Pape cassa les actes d’un synode tenu par et pour le patriarche de Constantinople. Son successeur saint Grégoire le Grand rapporte :

« Il y a huit ans, lorsque vivait encore notre prédécesseur Pelage, de sainte mémoire, notre confrère et coévêque Jean, prenant occasion d’une autre affaire, assembla un synode dans la ville de Constantinople, et s’efforça de prendre le titre d’universel ; dès que mon prédécesseur en eut connaissance, il envoya des lettres par lesquelles, en vertu de l’autorité de l’apôtre saint Pierre, il cassa les actes de ce synode. » (Lettres, livre V, lettre 43 à Euloge, évêque d’Alexandrie, et à Anastase, évêque d’Antioche)

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17 commentaires sur “Saint Grégoire le Grand et le titre d’ « Evêque universel »

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Cette entrée a été publiée le 16 avril 2018 par dans Foi Catholique.
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