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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Saint Grégoire le Grand et le titre d’ « Evêque universel »

Dossier sur la Papauté : ici

L’un des arguments favoris des ennemis de la Papauté est que Saint Grégoire le Grand (vers 540-604) dans plusieurs lettres, a refusé les titres de « pape universel » et d’ « évêque universel ». Il s’agit en réalité d’une décision prise par humilité pour ne pas détrôner ses confrères évêques de leurs fonctions. Le sujet est traité en profondeur dans cet article et dans celui-ci de la revue Echos d’Orient. On trouvera encore les réponses adéquates dans les œuvres spécialement consacrées à l’histoire de la papauté, disponibles à la lecture en ligne ici et ici. On y trouvera aussi l’explication de l’acceptation de ce titre par son successeur Boniface III.

Dans le contexte, ces paroles ne furent que des manifestations d’humilité. Elles avaient aussi pour but de ne pas insinuer dans les esprits que son autorité suprême avait pour effet de déposséder les autres évêques de leur qualité d’évêques. C’est dans le même esprit qu’il a écrit :

« Le Christ confie à saint Pierre la charge de toute l’Eglise et le pouvoir suprême sur celle-ci, et pourtant il ne l’appelle pas apôtre universel. » (Registre des Lettres, livre V, lettre 20 (alias livre 4, lettre 32), adressée à Maurice Auguste, PL, 77/746).

Si saint Pierre est le chef des apôtres sans être « l’apôtre universel », alors le pape peut tout aussi bien être le chef des évêques sans être « l’évêque universel ». Au contraire on pourrait même dire que la conclusion papiste s’impose, sinon cette comparaison n’aurait pas de sens ! Surtout lorsqu’on sait ce qu’il dit des prérogatives de saint Pierre un peu plus loin dans la même lettre :

« Il est clair pour tous ceux qui connaissent l’Évangile qu’à la parole du Seigneur la charge de toute l’Église a été confiée à l’apôtre saint Pierre, prince de tous les apôtres ; c’est à celui-ci qu’il est dit : Pierre, m’aimes-tu ? ; Pais mes brebis. C’est à lui qu’il est dit : Voici que Satan a cherché à vous éprouver tous comme on passe le blé au crible, et moi j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas, et lorsque tu te seras converti, confirme tes frères. C’est à lui qu’il est dit : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ; je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; tout ce que tu auras lié sur terre sera lié dans les cieux, tout ce que tu auras délié sur terre sera délié dans les cieux. Voici qu’il a reçu les clefs du Royaume céleste, voici qu’on lui donne le pouvoir de lier et de délier, voici qu’on lui confie le soin de toute l’Église et le pouvoir suprême sur celle-ci. » (Registre des Lettres, livre V, lettre 20 (alias livre 4, lettre 32), adressée à Maurice Auguste, PL, 77/748)

En considérant que pour l’auteur, Pierre n’est pas « apôtre universel », tout en ayant ces prérogatives, alors rien ne s’oppose à ce que pour l’auteur l’Evêque de Rome ait tout pouvoir dans l’Eglise sans pour autant devoir être appelé « évêque universel » ! Aussi il se reconnaît formellement comme le successeur de Pierre, et donc comme son successeur dans toutes ses prérogatives :

« Je vous conjure, dit-il à l’impératrice Constantine, par le Dieu tout-puissant, de ne pas permettre que votre règne soit déshonoré par l’arrogance d’un seul homme, et de ne pas me mépriser en cette cause. Il est vrai que les péchés de Grégoire le méritent, mais saint Pierre n’a point de péchés pour lui attirer un traitement pareil. » (Lettre à l’impératrice Constantine, Registre des Lettres, livre V, lettre 21)

« Mon fils le seigneur Venance, neveu du patrice Opilion, s’est adressé au bienheureux Pierre, nous demandant avec instance de le recommander à votre Charité. » (Registre des Lettres, livre III, lettre 53)

Et même dans une des lettres dans lesquelles il refusa ce titre, il eut ces mots magistraux :

« Votre Très Douce Sainteté m’a bien souvent parlé dans ses lettres de la chaire de saint Pierre, le chef des apôtres, disant que c’est saint Pierre qui siège encore aujourd’hui dans ses successeurs [ndlr : ce qui veut donc dire que son interlocuteur, patriarche en Orient avait déjà tenu ces propos avant lui, ce qui est plus que significatif], au nombre desquels je suis malgré mon indignité. […] Mais j’ai été particulièrement sensible à toutes ces réflexions, parce qu’elles venaient de vous, qui tout en me parlant de la chaire de saint Pierre, lui demeurez attaché. […] C’est pourquoi, bien que les apôtres se partagent leur titre, seul le siège du prince des apôtres, possédant le pouvoir suprême, l’emporte sur tous les autres en autorité, et celle-ci reste la même pour s’exercer en trois endroits différents. Car saint Pierre a ennobli le siège de Rome, parce qu’il a daigné s’y établir et y finir ses jours. C’est encore lui qui a rehaussé l’éclat du siège d’Alexandrie, en y envoyant son disciple, l’évangéliste. C’est enfin toujours saint Pierre qui a renforcé le prestige du siège d’Antioche, où il demeura quand même sept ans, avant de le quitter. » (Lettres, Livre 7, lettre 40, au patriarche Euloge d’Alexandrie, dans PL, 77/898/899)

Mais allons plus loin et voyons ce que ce saint Pape a dit et fait. Dans une autres de ces fameuses lettres dans lesquelles il refusa ce titre, celle à Jean le Jeûneur, patriarche de Constantinople, il écrit :

« Mon prédécesseur Pélage a cassé les actes du concile que vous aviez tenu. […] J’ai été appelé, bien qu’indigne, au gouvernement de l’Eglise. […] Après avoir touché les plaies avec douceur, je saurai employer le fer. […] Le concile de Chalcédoine a qualifié d’universel l’Evêque de Rome. » (Lettre à Jean le JeûneurRegistre des Lettres, livre V, lettre 18)

De la part de Grégoire, au surplus, ce n’était pas de l’habileté diplomatique, mais de l’humilité réelle. Dans ses écrits, il ne se présente que comme un pécheur, un serviteur inutile, un ministre négligent, qui ne sait ni édifier le prochain par l’exemple, ni l’exhorter au bien par la parole. Dans le gouvernement de la sainte Eglise, il rivalise d’humilité avec tous les saints. Mais en même temps, il n’ignore pas les privilèges de son Siège, où Pierre vit toujours dans ses successeurs, et, comme il les connaît, il en remplit les devoirs, il en fait respecter les prérogatives. Ainsi :

« Il écrit aux patriarches de l’Orient une épître synodique sur les devoirs des pasteurs ; il aux évêques d’Afrique de lutter avec courage contre les Donatistes ; aux évêques de l’Esclavonie, de soigner les pauvres ; il ordonne aux évêques de Sicile l’opposition aux empiétements du pouvoir séculier ; il défend aux évêques des Gaules de baptiser de force les Juifs ; il ne permet pas aux évoques d’Irlande de rebaptiser sans motif les hérétiques qui se convertissent. Il étend ou restreint, suivant les circonstances, la juridiction des évêques : « Vous n’avez point de juridiction sur les évêques de Gaule, dit-il à Augustin [ndlr : saint Augustin de Cantorbéry] ; quant aux évêques de [Grande-]Bretagne, nous vous en commettons entièrement le soin. Il évoque à son tribunal toutes les causes majeures et les juge sans appel ; il rétablit sur leur siège les évêques espagnols Janvier et Etienne, déposés par la faction du gouverneur Cumitiolus ; il absout Adrien, évêque de Thèbes, condamné par les évêques de la Béotie ; il casse l’élection du diacre Jean, nommé évêque de Naples par le clergé et le peuple ; il somme Noël, évêque de Salone, en Dalmatie, de lever l’excommunication trop légèrement lancée contre l’archidiacre Honorât. La vie de saint Grégoire Ier est remplie de traits semblables. En voilà assez pour montrer que si ce grand Pape ne voulait pas qu’on l’appelât évoque universel, c’était par esprit d’humilité et non parce qu’il méconnaissait ses droits ou qu’il n’osait en faire usage quand le besoin de l’Eglise l’exigeait. » (Abbé Benjamin-Marcellin CONSTANT, L’Histoire et l’infaillibilité des Papes, tome II, pages 74-75).

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2 commentaires sur “Saint Grégoire le Grand et le titre d’ « Evêque universel »

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Cette entrée a été publiée le 16 avril 2018 par dans Foi Catholique.
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