+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La prétendue chute du Pape Libère dans l’arianisme

Toutes les preuves de la Papauté : ici

Etudes sur la prétendue chute de Pape Libère

La prétendue chute du Pape Libère est une accusation éculée mais néanmoins encore beaucoup trop prise au sérieux. BOSSUET lui-même, chargé par Louis XIV de justifier le gallicanisme se reconnut impuissant à tirer quoi que ce soit de cette affaire :

« En 1684, Bossuet fut prié par Louis XIV de composer la Défense de la déclaration de l’Église de France [défense de l’hérésie gallicane]. Il entreprit aussitôt cet ouvrage, qui devait lui coûter tant de travaux et lui donner si peu de satisfaction. À la recherche de tout ce qui pouvait infirmer l’infaillibilité des papes, il rencontra vite la chute de Libère. Quel fut le résultat du long examen qu’il fit de ce fait ? Son secrétaire, l’abbé Ledieu, nous l’apprend: après avoir fait et refait vingt fois le chapitre sur Libère, il finit par le retrancher tout à fait, comme ne prouvant pas ce qu’il voulait » (Abbé Benjamin Marcellin CONSTANT, L’histoire de l’infaillibilité des papes ou recherches critiques et historiques sur les actes et les décisions pontificales que divers écrivains ont cru contraires à la foi, deuxième édition, Lyon et Paris 1869, tome I, page 357, s’appuyant sur Histoire de Bossuet, Pièces justificatives, V, 1, t. II)

Nous proposons ci-dessous une liste aussi exhaustive que possible d’études démontrant l’inanité des accusations portées contre ce Pape :

Abbé Benjamin-Marcellin CONSTANT, L’Histoire et l’infaillibilité des Papes, 1859, tome I, chapitre 7 : « Libère : est-il tombé dans l’arianisme ? », pages 210 à 417 : https://archive.org/details/lhistoireetlinf01consgoog/page/n214 ou http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/46/19/78/Infaillibilit-/L_histoire_et_l_infaillibilit___des_pape-1.pdf. Cet ouvrage fut gratifié d’un Bref de félicitation de Pie IX.

Abbé Louis-Nazaire BEGIN, futur Cardinal, docteur en théologie, spécialiste en histoire ecclésiastique, La primauté et l’infaillibilité des souverains pontifes, 1873, chapitre 4 : « L’arianisme et le Pape Libère », pages 147 à 185 : https://archive.org/details/laprimautetlin00bg/page/146 ou http://ddata.over-blog.com/0/46/19/78/Infaillibilit-/BEGIN_Primaut-_Iinfaillibilit-_Souverains_Pontifes.pdf.

Mgr Justin FÈVRE, protonotaire apostolique, Histoire apologétique de la Papauté, tome III : « Les papes et l’église d’orient », chapitre 4 : « De la prétendue chute du pape Libère », pages 138 à 182 : https://archive.org/details/histoireapolog03fv/page/138 ou http://www.liberius.net/livre.php?id_livre=137.

Extrait d’Une leçon de catéchisme sur l’infaillibilité du Pape du Père Henri MONTROUZIER, SJ, au sujet du Pape Libère : http://www.liberius.net/blog/files/f662f5451e8066ea2b6187f5a01e9a4b-137.html#unique-entry-id-137

Abbé Joseph-Epiphane DARRAS, Histoire générale de l’Eglise, tome IX, pages 433 à 516 : https://archive.org/details/histoiregnralede09darr/page/416

Le pape saint Libère par – Extraits des petits Bollandistes et de la Revue des questions historiques : http://www.liberius.net/livre.php?id_livre=8

P. GLORIEUX, Hilaire et Libère: http://www.liberius.net/article.php?id_article=246

Article « LIBÈRE (LE PAPE) » du Dictionnaire apologétique de la foi catholique par le Père Adhémar d’ALÈS, SJ : http://www.liberius.net/article.php?id_article=156

Témoignages des et des conciles en faveur du Pape Libère

En plus de cette abondante documentation, cette accusation est violemment démentie par les témoignages des saints et des conciles, parfois de la génération immédiatement suivante.

Nous exposons les témoignages antiques de la foi en l’infaillibilité du Pape dans notre article La Papauté depuis les apôtres : https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2017/11/28/la-papaute-depuis-les-apotres/

Nous en extrayons quelques-uns particulièrement significatifs :

1° L’Occident au tournant du IVè et du Vè siècle

Saint Ambroise, saint Optat de Milève, saint Augustin, saint Innocent Ier, saint Zosime, ainsi que les conciles de Carthage et de Milève de 416, insoupçonnables de sympathies ariennes, qui affirment l’infaillibilité de droit des Papes, allant jusqu’à nommément citer Libère pour ce qui est de saint Optat et saint Augustin : https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2019/07/09/un-papiste-nomme-saint-augustin/

Saint Grégoire de Nazianze (vers 329-379)

« La nature ne nous a pas donné deux soleils. Mais nous avons deux Rome, deux lumières pour éclairer le monde entier, l’ancien pouvoir et le nouveau. » (Poème 11 sur sa vie : Carmen de Vita sua, vers 360 dans PG, 37/1067-1068)

On pourrait croire que ce texte met à pied d’égalité Constantinople et Rome, c’est-à-dire la nouvelle Rome et l’ancienne. Mais lisons ce qui suit :

« Pour ce qui est de la foi, Rome court déjà depuis longtemps et encore aujourd’hui dans la bonne direction, elle délivre l’Occident tout entier en lui donnant la doctrine du salut, et il est bien juste que l’Église qui est à la tête de toutes les autres ait le soin d’établir partout la concorde divine. Quant à Constantinople, la nouvelle Rome, elle marchait jusqu’ici droitement […] et il n’en va plus de même aujourd’hui. »

On le voit : si Rome enseigne la vraie doctrine c’est une réalité de droit divin parce qu’« il est bien juste que l’Église qui est à la tête de toutes les autres ait le soin d’établir partout la concorde divine », tandis ce que si Constantinople a été une bonne fille de l’Eglise pendant longtemps, « il n’en va plus de même aujourd’hui » ! C’est un témoignage de l’infaillibilité romaine. C’est aussi un témoignage de la rectitude doctrinale du Pape Libère, sinon il ne dirait pas « Rome court déjà depuis longtemps et encore aujourd’hui dans la bonne direction ».

Des anti-romains affirment que saint Grégoire de Nazianze contredit la Papauté dans ce passage où il parle de Constantinople :

« Cette cité est l’œil du monde, les nations les plus reculées se rendent à elle de toutes parts, et elles tirent d’elle, comme d’une source, les principes de la Foi. » (Discours 42, 10)

Et dans un autre ouvrage, il parle encore de Constantinople comme du « siège de la piété » (Poème 11 sur sa vie : Carmen de Vita sua, vers 360)

Mais la réalité est que par ces mots saint Grégoire de Nazianze exprime un état de fait et non un état de droit. En effet, il est parfaitement exact que jusqu’à son époque, l’Eglise de Constantinople s’était distinguée par sa fidélité à l’Evangile, et que depuis 330 Constantinople était devenu la capitale de l’empire (d’autant plus que Rome avait perdu beaucoup de son prestige politique lorsqu’elle cessa d’être la capitale impériale au profit de Milan 286, capitale impériale qui sera transférée à Ravenne en 402). Il est donc normal que pour des motifs pratiques, beaucoup de gens se soient rendus à Constantinople à laquelle il était facile et souvent nécessaire de se rendre.

Mais cela était suspendu au fait que Constantinople conservait la foi de l’Eglise, contrairement à Rome qui, elle, ne peut par définition pas dévier de la foi de l’Eglise. C’est d’ailleurs une réponse aux anti-romains qui connaissent le passage de saint Irénée de Lyon sur la primauté romaine (Contre les hérésies, III, 3, 3), et qui auraient cru lire dans nos lignes précédentes une confirmation de leur thèse pour écarter la valeur de ce passage comme preuve de la Papauté. En effet, nous les renvoyons à notre article La Papauté au IIè siècle : le témoignage de saint Irénée de Lyon pour la réfutation de tous les arguments dans ce sens. Nous trouvons le même argument utilisé par les anti-romains pour nier la portée papiste des propos de saint Théodore Studite, nous exposons cela dans notre article :

La doctrine de saint Théodore Studite (759-826), « l’un des derniers catholiques de Constantinople »

Au contraire, les propos de saint Grégoire de Nazianze vont dans le même sens que ceux de saint Irénée : une infaillibilité de droit pour l’Eglise de Rome, accompagnée d’une simple inerrance de fait pour les Eglises de Smyrne et Ephèse chez saint Irénée (Contre les hérésies, III, 3, 4), et celle de Constantinople chez saint Grégoire de Nazianze. On notera d’ailleurs qu’il appelle Constantinople « siège de la piété » dans la même œuvre où il affirme la primauté et l’infaillibilité de droit divin de l’Eglise Romaine. Comment être sûr que c’est cela qu’a voulu dire saint Grégoire de Nazianze ? Tout simplement en rappelant la première citation que nous avons donnée de lui.

Saint Jérôme de Stridon (347-420)

Lui aussi insoupçonnable de sympathies ariennes, nous fournit deux monuments très connus témoignant de la foi de l’Eglise antique en la Papauté sont les deux lettres de saint Jérôme au Pape saint Damase où il le questionne au sujet du schisme de l’Eglise d’Antioche. Il affirme avec force la nécessité d’être en communion avec la « chaire de saint Pierre » pour faire partie de la véritable Eglise. Il lui demande de rendre son jugement pour savoir qui de Paulin ou de Mélèce est le véritable Evêque d’Antioche : c’est un témoignage de l’universalité de juridiction entre les mains de l’Evêque de Rome. Par ailleurs, ces lettres témoignent aussi de l’infaillibilité Papale, étant donné que saint Jérôme déclare avoir « cru devoir consulter la chaire de Pierre, et cette foi romaine tant exaltée par l’apôtre, en demandant l’aliment de [son] âme là où j’ai autrefois reçu le vêtement de Jésus-Christ ». Nous exposons tout cela dans notre article :

Saint Jérôme (347-420) sur « la Chaire de Pierre sur laquelle l’Eglise est bâtie »

Saint Jean Cassien (vers 360-vers 435)

« Mais le grand homme, le disciple des disciples, le maître parmi les maîtres, qui exerçait le gouvernement de l’Église romaine possédait l’autorité dans la foi et le sacerdoce. Dis-nous donc, Dis-nous que nous te prions, Pierre, prince des Apôtres, dis-nous comment les églises doivent croire en Dieu. (Contre Nestorius, III, 12)

Saint Léon le Grand (vers 395-461)

« En outre, comme suite à cette assistance essentielle et éternelle, nous avons reçu la protection et l’appui de l’apôtre qui, certes, ne se relâche pas de sa fonction ; et ce solide fondement sur lequel s’élève de toute sa hauteur l’édifice de l’Eglise ne se lasse aucunement de porter la masse du temple qui repose sur lui. En effet, elle ne défaille pas, la fermeté de cette foi qui fut louée par le Prince des apôtres ; et de même que demeure ce que saint Pierre a cru dans le Christ, ainsi demeure ce que le Christ a établi en saint Pierre. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2, PL, 54/145-146)

Il le fit encore en donnant tel un chef infaillible les ordres suivants au concile de Chalcédoine :

« C’est pourquoi, très chers frères, nous récusons absolument l’audace de ceux qui contestent la foi divinement révélée et nous voulons que cesse cette vaine infidélité des partisans de l’erreur. Nous interdisons de défendre ce qu’il n’est pas permis de croire. Nous avons en effet parfaitement et très clairement déclaré dans notre lettre adressée à l’évêque Flavien de bienheureuse mémoire quelle doit être la sainte et authentique profession de foi dans le mystère de l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et nous l’avons fait en nous appuyant sur l’autorité des Evangiles, sur les paroles des prophètes et sur l’enseignement des apôtres. » (Lettre 93, chapitre 2, PL, 54/937-939)

Théodoret de Cyr (393-458)

« Car le Saint-Siège a la primauté sur toutes les Églises du monde pour de nombreuses raisons ; et surtout pour cela, qu’il est exempt de toute hérésie et qu’aucun évêque de fausses doctrines ne s’est jamais assis sur son trône, mais qu’il a gardé la grâce des Apôtres sans souillure. » (Lettre 116, à Renatus)

Simplice (vers 420-483)

Ce Pape parle de « la doctrine de ses prédécesseurs de sainte mémoire, contre laquelle il n’est pas permis de disputer », ce qui signifie que l’Eglise la regarde comme infaillible de droit :

« Puisque la doctrine de nos prédécesseurs de sainte mémoire, contre laquelle il n’est pas permis de disputer, existe, et que quiconque pense de façon juste n’a donc pas besoin d’être enseigné par de nouvelles explications, mais que tout est clair et parfait par quoi quelqu’un qui a été séduit par des hérétiques pourra être instruit, ou par quoi quelqu’un qui doit être planté dans la vigne du Seigneur pourra être enseigné, implore la foi du prince très clément et fais qu’il rejette le propos de tenir un synode. » (Lettre Quantum presbyterorum à l’évêque Acace de Constantinople, Partie 3, Chapitre 2)

Saint Hormisdas Ier (450-523)

Ce Pape envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui déchiraient l’Orient – le 11 août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire, et y souscrivirent, preuve qu’ils adhéraient à son contenu. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome. D’après des rapports, 2500 Evêques ont souscrit à ce formulaire. En voici le texte :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi juste et de ne s’écarter d’aucune façon des décrets des pères. Et parce qu’il n’est pas possible de négliger la parole de notre Seigneur Jésus Christ qui dit :  » Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise  » [Matthieu XVI ,18], ce qui a été dit est prouvé par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du Siège apostolique [autre version du texte : c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. Ne voulant donc nous séparer d’aucune façon de cette espérance et de cette foi, et suivant en toutes choses ce qu’ont décrété les pères, nous anathématisons tous les hérétiques, et principalement l’hérétique Nestorius qui fut jadis évêque de la ville de Constantinople, condamné au concile d’Ephèse par Célestin, le pape de la ville de Rome, et par saint (l’homme vénérable) Cyrille, l’évêque de la ville d’Alexandrie ; avec celui-ci (de même) nous anathématisons Eutychès et Dioscore d’Alexandrie, condamnés au saint synode de Chalcédoine que nous suivons et embrassons (qui, suivant le saint concile de Nicée, a proclamé la foi apostolique). Nous y ajoutons (nous exécrons également) le criminel Timothée, surnommé Aelure, ainsi que son disciple et partisan en toutes choses Pierre d’Alexandrie ; et de même nous condamnons (également) et nous anathématisons Acace, jadis évêque de Constantinople, condamné par le Siège apostolique, leur complice et partisan, et ceux qui sont restés en communion avec eux ; car (Acace), s’étant joint à leur communion, a mérité la même sentence de condamnation. De même nous condamnons Pierre d’Antioche avec tous ceux qui l’ont suivi et les partisans de ceux qui ont été mentionnés plus haut. (Mais) c’est pourquoi nous recevons et approuvons toutes les lettres du bienheureux pape Léon, qu’il a écrites touchant la religion chrétienne. Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère (donc) mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie (et parfaite) la solidité de la religion chrétienne. Nous promettons (je promets) aussi que (à l’avenir) les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Eglise catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. (Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés.) Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise (envoyée) à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome. » (Règle de la Foi, dans Lettre IX à Jean Evêque de Népomucène, 11 août 515, PL 63, colonnes 393 et 394)

La Profession de foi de l’Empereur Justinien Ier (vers 482-565) et son approbation par le Pape Jean II (470-533)

L’Empereur Justinien envoya une Profession de foi au Pape Jean II. Celui-ci lui répondit dans une lettre qu’il l’approuvait entièrement. Ces deux documents témoignent abondamment de la foi de l’Eglise universelle en la Papauté. Dans la Code Justinien (Livre I, titre premier, point n°8), la Profession de foi de l’Empereur qui est antérieure à l’approbation du Pape, ne se trouve qu’au travers de la réponse du Pape Jean II qui l’approuve. En effet, Jean II commence par une introduction et une approbation de cette Profession de foi, puis la cite dans son intégralité, et reprend parole pour conclure. En revanche Patrologie latine, la Profession de foi de l’Empereur est entièrement extraite de la lettre de Jean II et placée avant elle, et la reproduction de la lettre du Pape renvoie au texte précédent à l’endroit où Jean II citait l’Empereur. Aussi bien l’introduction, que la Profession de foi copiée, que la conclusion, témoignent de la Papauté. En voici les textes concernant cette doctrine :

Introduction de la lettre du Pape Jean II (470-533)

« Jean, Évêque de Rome, à notre très-illustre et très-clément fils Auguste Justinien.

Outre les éloges mérités qu’on peut donner à votre sagesse et à votre douceur, le plus chrétien des princes, vous êtes distingué encore comme un astre radieux, par l’amour de la foi et de la charité ; et instruit, sur ce qui concerne la discipline ecclésiastique, vous avez conservé la doctrine de la prééminence du siège de Rome ; vous lui avez soumis toutes choses, et vous avez ramené l’unité dans l’Eglise. Le Seigneur a dit au premier de nos prédécesseurs, qui est aussi le premier des apôtres : « Gardez mes brebis » [Jean XXI, 15-17] ; siège que les institutions dès princes, les maximes des pères, et le témoignage de votre piété , déclarent le chef de toutes les églises. […] Nous avons reçu avec le respect accoutumé les lettres de votre majesté, par nos frères et collègues, les très-saints évêques Hipatius et Démétrius ; nous avons appris d’eux que vous avez publié un édit adressé à vos fidèles peuples, dicté par l’amour de la foi, et tendant à détruire les hérétiques ; lequel est selon la doctrine apostolique, et a été confirmé par nos collègues et nos frères les évêques ; nous le confirmons de notre autorité, parce qu’il est conforme à la doctrine apostolique. » (Pape Jean II, Lettre à l’Empereur Justinien ; PL, tome 66, colonnes 17-18Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

Puis prend place la Profession de foi de l’Empereur.

Profession de foi de l’Empereur Justinien Ier (vers 482-565)

« Justinien, victorieux, pieux, heureux, illustre, triomphant, toujours auguste ; à Jean, Patriarche et très-saint Archevêque de la ville de Rome.

Honorant le siège apostolique et votre sainteté, pour laquelle nous n’avons jamais cessé de faire des vœux, que nous regardons comme notre père, nous nous sommes hâtés de lui donner connaissance de toutes les affaires qui concernent l’état ecclésiastique. Comme nous nous sommes toujours efforcés de maintenir l’unité de votre siège apostolique, et de maintenir les saintes églises de Dieu dans l’état où elles sont aujourd’hui, c’est-à-dire , dans la paix , et exemptes de toutes contrariétés , nous avons engagé tous les prêtres de l’Orient à s’unir et se soumettre à votre sainteté : mais à présent que de nouveaux doutes se sont élevés, quoique sur des choses claires et certaines, et conformes à la doctrine de votre siège apostolique, fermement gardée et professée par tous les prêtres, nous avons cependant cru nécessaire d’en instruire votre sainteté ; car nous ne souffrons pas que les affaires qui naissent au sujet de la religion, quoique simples et non douteuses, soient agitées sans que votre sainteté en soit instruite, elle qui est le chef de l’église, car nous nous efforcerons toujours, comme nous avons dit, d’accroître l’honneur et l’autorité de votre siège. […]

§. 2. Tous les prêtres de la sainte église catholique et apostolique et les révérends abbés des saints monastères avant reconnu votre sainteté, approuvant l’état et l’unité des saintes églises qui dérivent de votre siège apostolique […]

§. 3. Nous admettons, ainsi que votre siège apostolique l’enseigne et prêche, quatre saints conciles; 1°. celui des 318 saints pères qui s’assemblèrent dans la ville de Nicée ; 2°. celui tenu dans cette ville par les saints pères, au nombre de 150 ; 3°. celui tenu à Ephèse ; 4°. et enfin , celui de Chalcédoine. Tous les prêtres qui suivent la doctrine de votre siège apostolique croient, confessent et prêchent ces choses. […]

§. 5. Nous demandons donc votre affection paternelle, afin que vous nous fassiez connaître par vos lettres, ainsi qu’aux évêques de cette ville et au patriarche votre frère (qui a écrit lui-même à votre sainteté, par les mêmes députés, qu’il suivait en toutes choses le siège apostolique de votre béatitude), que votre sainteté approuve tous ceux qui croient à ce que nous avons exposé ci-dessus, et qu’elle condamne la perfidie de ceux qui ont osé judaïquement nier la foi légitime. Ainsi l’autorité de votre siège et l’amour de tous pour vous augmenteront ; l’unité et la tranquillité des saintes églises seront assurées, quand les évêques apprendront des députés qui vous ont été envoyés, quelle est la vraie doctrine de votre sainteté. Nous demandons de votre sainteté qu’elle prie Dieu pour nous, et qu’elle nous obtienne sa bienveillance.

La souscription était ainsi : Que la divinité, ô saint et très-religieux père, vous donne une longue vie ! » (Lettre de l’empereur Justinien au Pape Jean II ; PL, tome 66, colonnes 14-17 ; Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

Aussi Justinien n’osait rien décider sans en référer au Pape, pas même au sujet de « choses claires et certaines » ou d’ « affaires qui naissent au sujet de la religion, quoique simples et non douteuses« , et ce alors même qu’il avait le Patriarche de Constantinople à sa proximité immédiate. C’est une manifestation de la foi orientale en la Papauté.

Conclusion de la réponse de Jean II

« Les seuls qui soient opposés à votre profession de foi sont ceux dont l’Ecriture dit : « Ils ont mis leur espérance dans le mensonge, et ils ont espéré dans le mensonge » [citation libre de Isaïe XXVIII, 15-17] ; ou ceux qui, d’après le prophète, ont dit au Seigneur : « Eloigne-toi de nous, nous ne voulons pas suivre tes voies » [Job XXI, 14] ; ceux dont parle Salomon : « Ils ont erré dans leurs propres voies y et ils amassent avec leurs mains des choses infructueuses » [Proverbes IV]. C’est donc là votre vraie foi et votre vraie religion, que tous les pères, d’heureuse mémoire, comme nous avons dit, ainsi que tous les chefs de l’Eglise romaine, que nous suivons en toutes choses, ont décidé ; ce que le Siège apostolique a jusqu’à présent prêché et gardé fermement ; et s’il existe quelqu’un qui soit opposé à cette confession et à cette Foi du chrétien, il les jugera lui-même hors de la sainte communion et de l’Eglise catholique. […] Observant ce que S. Pierre a établi à ce sujet, nous ne les recevons point dans notre communion, et nous ordonnons qu’ils soient exclus de toute église catholique, à moins que, condamnant leur erreur, ils ne suivent notre doctrine, et déclarent en faire profession ; car il est juste que ceux qui ne s’y soumettent point, soient déclarés exclus des églises. Mais comme l’église ne ferme jamais son sein à ceux qui veulent retourner à elle, c’est pourquoi, s’ils abandonnaient leurs erreurs et leurs mauvaises intentions, je supplie votre clémence, afin que vous les receviez dans votre communion, que vous oubliiez les injures qui ont excité votre indignation, et que, par notre intercession, vous leur pardonniez et leur accordiez votre bienveillance. Nous prions Dieu qu’il daigne vous conserver longtemps dans la vraie religion, l’unité du siège apostolique et le respect que vous avez pour lui, et qu’il vous conserve le commandement, en toutes choses, de l’empire le plus chrétien et le plus pieux. […]

Fait à Rome, le 8 des calendes d’avril, sous le consulat de l’empereur Justinien, consul pour la quatrième fois, et de Paulinus. » (Pape Jean II, Lettre à l’Empereur Justinien ; PL, tome 66, colonnes 19-20 ; Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

10° Saint Pélage Ier (vers 500-561)

« Avez-vous pu oublier les prérogatives du Siège Apostolique au point de me croire capable d’autoriser moi-même un schisme dans l’Eglise ? A Dieu ne plaise que la Siège de Pierre, établi pour garder le dépôt de la Foi, se laisse entraîner par le mouvement populaire selon les caprices de l’opinion ! […] Le très bienheureux Augustin d’illustre mémoire, s’appuyant sur les paroles de Notre-Seigneur, place le fondement de l’Eglise dans le Siège Apostolique. Il déclare schismatiques ceux qui repoussent l’autorité ou se séparent de la communion du Pontife Romain. Il ne connaît d’autre Eglise que celle qui a ses racines dans la pierre fondamentale. Comment donc pouvez-vous croire que vous n’être pas séparés de la communion d’avec le monde entier sans faire mémoire de mon nom dans la célébration des Saints Mystères, alors que quoiqu’indigne, c’est en mon humble personne que s’est transmise l’hérédité du Siège Apostolique par la succession de l’épiscopat et que se concentre à l’heure actuelle son immutabilité.

Cessez donc, vous et les fidèles confiés à votre direction, de soupçonner la foi que je professe. […] S’il vous reste sur ce point quelques difficultés à éclaircir, venez sans crainte me les exposer ; car, suivant la parole de l’Apôtre, nous sommes toujours prêt à rendre compte de notre Foi [I Pierre III, 16]. » (Lettre V [alias VI] aux Evêques de Tuscie, PL 69, colonnes 397 à 399)

« S’agissant des quatre saints conciles, c’est-à-dire celui de Nicée des trois cent dix-huit (pères), celui de Constantinople des cent cinquante, le premier d’Ephèse des deux cents, mais aussi (au sujet de) celui de Chalcédoine des six cent trente, je professe avoir conduit mes pensées sous la protection de la miséricorde divine et de faire ainsi jusqu’à la fin de ma vie, de tout coeur et de toute ma force, en sorte de les préserver avec une pleine dévotion dans la défense de la sainte foi et les condamnations des hérésies et des hérétiques, puisque ces pensées ont été confirmées par le Saint-Esprit ; je professe que leur solidité, parce qu’elle est la solidité de toute l’Eglise, je la protégerai et la défendrai comme il n’est pas douteux que mes prédécesseurs l’ont fait. En cela je désire suivre et imiter surtout celui dont nous savons qu’il fut l’auteur du concile de Chalcédoine (le pape Léon 1er), qui conformément à son nom s’est montré clairement, par son zèle très ardent pour la foi, un membre de ce lion qui a surgi de la tribu de Juda (Apocalypse V, 5). De même je suis donc convaincu de ce que je manifesterai toujours la même révérence pour les synodes susmentionnés, que tous ceux qui ont été absous par ces quatre conciles, je les tiendrai pour orthodoxes, et que jamais dans ma vie […] je n’ôterai quoi que ce soit à l’autorité de leur prédication sainte et vraie.

Mais je suis et je vénère également les canons que le Siège apostolique accepte […] Je professe que je garde également les lettres du pape Célestin de bienheureuse mémoire…et d’Agapet, pour la défense de la foi catholique, pour la solidité des quatre synodes susdits et contre les hérétiques, et tous ceux qu’ils ont condamnés, je les tiens pour condamnés, et tous ceux qu’ils ont reçus, en particulier les vénérables évêques Théodoret et Ibas, je les vénère parmi les orthodoxes. » (Lettre circulaire VI [alias VII] Vas electionis à tout le peuple de Dieu, vers 557, PL 69, colonnes 399 et 400)

11° VIè concile de Tolède (638) et saint Braulion de Saragosse (mort en 646 ou 651)

Le VIè concile de Tolède, composé de cinquante-trois Evêques d’Espagne et de Gaule narbonnaise, dont saint Braulion de Saragosse, ami et disciple de saint Isidore de Séville, dont il acheva le Traité des Étymologies ou Origines, adressa au Pape une réponse témoignant de la doctrine de la Papauté, ainsi qu’une profession de Foi. Cet épisode est un exemple du zèle que Pape Honorius eut pour la pureté de la foi. En effet dans ce pays s’était introduit un certain relâchement, précurseur certain de plus grandes catastrophes. En fidèle gardien du troupeau catholique, le Pape Honorius s’éleva contre ce désordre et, par une décrétale énergique, s’éleva contre la négligence des pasteurs. Dans cet acte de vigueur apostolique, le Pontife blâmait l’excessive attention des évêques pour les affaires temporelles, les rappelait à la défense de la foi, à la lutte contre les hérésies, et leur appliquait le mot des Ecritures : « ce sont tous des chiens muets, qui ne peuvent pas aboyer » (Isaïe 56, 10). Aussi, l’Archevêque de Saragosse saint Braulion, parlant au nom des évêques réunis au VIe concile de Tolède (638), essaya de se justifier Nous détachons de la réponse, émanée de la plume de saint Braulion, les passages suivants :

« Au seigneur révérendissime en qui brillent les mérites et la gloire apostoliques, à l’honorable pape Honorius, tous les évêques constitués à la tête des Eglises d’Espagne. Vous accomplissez excellemment le devoir attaché à la Chaire qui vous a été confiée par Dieu, lorsque, dans une sainte sollicitude pour toutes les Eglises, avec, l’éclat rayonnant de la doctrine, comme le veilleur en sentinelle, vous prenez toutes les mesures dignes de votre prévoyance pour sauvegarder la défense de l’Eglise du Christ. Armé du glaive de la parole divine et des traits d’un zèle souverain, vous frappez les misérables qui voudraient, déchirer encore la tunique du Seigneur ; nouveau Néhémie, avec la même ardeur et la même vigilance vous purifiez du contact souillé des prévaricateurs et des apostats la sainte maison de Dieu, l’Eglise notre mère. Tels étaient déjà, par l’inspiration du Très-Haut, la préoccupation de votre très-glorieux fils notre roi Suintilla, et l’objet habituel de ses pieuses pensées. Les exhortations que vous lui avez directement adressées, et qui, grâces à Dieu, lui sont heureusement parvenues, l’ont trouvé sur le point de réaliser des vœux qui lui sont chers. Déjà, venus de toute l’Espagne et de la Gaule narbonnaise, nous étions réunis en synode, lorsque le diacre Turninus nous a remis de votre part le décret qui nous invite à redoubler de fermeté pour le maintien de la foi, d’activité contre les perfides manœuvres de l’hérésie. Ô le plus excellent des Pontifes, seigneur très-bienheureux, aucun conseil humain, nulle prudence mortelle n’aurait pu créer une pareille coïncidence ; nous y reconnaissons l’œuvre de cette Providence partout étendue et nulle part défaillante du Créateur tout puissant. Aux deux extrémités du monde, à travers l’immensité des mers, le souverain Maître, le bien qui gouverne les âmes, inspire au cœur du roi les mêmes pensées, les mêmes vues pour la religion, qui sont dans votre propre cœur. Qu’est-ce que cela ? Sinon la preuve que ce grand Dieu dirige ceux auxquels il confie le pouvoir d’après les inspirations que, dans la sagesse de son éternité, il a prévues comme les plus utiles à son Eglise sainte et catholique. » (Saint Braulion, Lettre XXI, Patrologie latine, tome 80, colonnes 667-678 ; Mgr Justin FEVRE dans Histoire apologétique de la Papauté, tome 3, pages 372 à 374, cite ce passage de saint Braulion mais se trompe dans la référence : il indique la colonne 667 du tome 87 (LXXXVII) au lieu de 80 ; aussi trouvable sous la référence : Lettre 129, in : Georg KREUZER, Die Honoriusfrage im Mittelalter und in der Neuzeit (coll. « Papste und Papsttum », tome VIII), thèse de doctorat, Stutt­gart 1975, page 19)

Après avoir répond aux reproches du Pape, le concile continue par des compliments :

« Mais vous, ô le plus révéré des hommes et le plus saint des pères, insistez avec la force et la vertu que vous tenez de Dieu, avec l’éloquence qui vous distingue, avec la pieuse industrie de votre zèle, continuez votre lutte contre les ennemis de la croix du Seigneur, contre les suppôts de Satan, les sectateurs de l’antéchrist, et ramenez-les tous au sein de notre mère la sainte Eglise. Les deux moitiés du monde, l’Orient et l’Occident, ont entendu votre voix. Puissent-elles comprendre que c’est Dieu qui parle par votre bouche, puissent-elles s’unir avec nous pour conjurer la perfidie des méchants ! Comme un autre Elie, quand vous frappez les faux prophètes de Baal, et qu’enflammé du même zèle vous vous plaignez d’être seul dans ce combat, vous méritez d’entendre une voix du ciel vous répondre qu’il eu est encore un grand nombre qui n’ont pas fléchi le genou devant l’idole. Ce n’est ni un sentiment de jactance ni un transport d’orgueil qui nous dicte ces réflexions, que nous soumettons à votre béatitude : l’amour de la vérité nous inspire uniquement. En toute humilité, nous vous disons la vérité sur nous-mêmes, afin que vous la connaissiez, afin qu’elle soit le lien commun entre vous et nous. Laissons aux infidèles la vanité qui les trompe. Il semblerait peut-être convenable d’entrer ici dans le détail et de répondre, article par article, aux divers points de votre lettre ; mais nous craindrions de fatiguer votre oreille en prolongeant nos explications. Nous croyons cette réponse suffisante : votre sagesse n’a pas besoin de longs discours. Et maintenant il nous reste à conjurer instamment Votre Sainteté de daigner, dans sa piété éminente, se souvenir de nos humbles et pauvres personnes, lorsqu’à la confession des bienheureux apôtres et de tous les saints de Rome, vous offrez à Dieu vos prières pour l’Eglise universelle. Le parfum de vos supplications, myrrhe et encens d’agréable odeur, couvrira les traces de nos fautes, et dans ce monde ou dans l’autre, nous n’aurons point à en porter la peine. Car nous savons que nul en ce corps mortel ne traverse sans péril la grande mer du monde. Donc, ô le plus illustre et le plus excellent des Pontifes, ne refusez le secours de votre intercession, qui d’ailleurs rejaillira pour Votre Sainteté dans la gloire éternelle, ni à votre fils notre roi sérénissime, ni à nous, ni aux peuples dont le Saigneur nous a confié le soin. De notre côté, nous sommes fidèles à ce devoir de la prière, conjurant le tout-puissant Seigneur d’accorder à son Eglise, dans sa traversée temporelle, un cours tranquille et paisible, dans la dignité d’une vie religieuse et sainte, afin que, ballotté entre les écueils de la tentation, le rocher de Charybde du faux plaisir et les îlots de la persécution, les aboiements du Scylla de la gentilité, le navire de la foi, dirigé par la main du divin pilote, arrive en paix au port du salut : afin que la voix qui commande à la mer et aux vents fasse régner le calme sur les flots et la prospérité spirituelle dans les Âmes. » (Saint Braulion, Lettre XXI, Patrologie latine, tome 80, colonnes 669-670 ; Mgr Justin FEVRE dans Histoire apologétique de la Papauté, tome 3, pages 372 à 374, cite ce passage de saint Braulion mais se trompe dans la référence : il indique la bonne colonne du tome 87 (LXXXVII) au lieu de 80 ; aussi trouvable sous la référence : Lettre 129, in : Georg KREUZER, Die Honoriusfrage im Mittelalter und in der Neuzeit (coll. « Papste und Papsttum », tome VIII), thèse de doctorat, Stutt­gart 1975, page 19)

Ce témoignage de la Papauté est aussi le plus ancien témoignage, de la part d’un saint et d’Evêques ayant la vraie foi, en garantie de la perfection doctrinale du Pape Honorius. En effet celui-ci avait envoyé des lettres au patriarche Serge de Constantinople dans lesquelles certains croient lire l’hérésie monothélite. Ces lettres datent de 634, soit seulement quatre ans avant cette déclaration du VIè concile de Tolède. Aussi le témoignage du concile Tolède est particulièrement pertinent à deux titres.

Premièrement il s’est déroulé après la rédaction de ces lettres, et donc le témoignage en faveur d’Honorius les englobe, d’ailleurs il y fait allusion en parlant de ce que Honorius a déclaré à l’Orient et de la « perfidie des méchants » qu’il a « conjuré » : « Les deux moitiés du monde, l’Orient et l’Occident, ont entendu votre voix. Puissent-elles comprendre que c’est Dieu qui parle par votre bouche, puissent-elles s’unir avec nous pour conjurer la perfidie des méchants !« .

Et deuxièmement ce concile est insoupçonnable d’erreur ou de complaisance avec l’erreur, puisqu’il fit une profession de foi christologique parfaite, en condamnant absolument le monothélisme. On trouvera cette profession de foi en latin dans LABBE, tome V, colonne 1741, et en français dans l’Histoire apologétique de la Papauté (tome 3, pages 375 à 377) de Mgr Justin FEVRE.

L’affaire du Pape Honorius a fait couler beaucoup d’encre. Pour une documentation complète au sujet de ce Pape, nous renvoyons le lecteur aux chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci (le livre du second lien a été écrit après les autres, il les reprend en partie et est beaucoup plus complet). Aussi, si Honorius fut effectivement visé par un reproche de la part du IIIè concile de Constantinople, ce fut en raison de la faiblesse de sa réaction, et non en raison d’une supposée hérésie de sa part. En effet, d’une part le concile fit sienne la doctrine de l’infaillibilité des Evêques de Rome exposée dans deux lettres du Pape saint Agathon aux empereurs. Nous pouvons et devons d’ailleurs souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des Conciles sans reconnaître celle des Papes, à accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté elle-même, le Filioque, le célibat sacerdotal et le baptême des hérétiques, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents. Et d’autre part le mot « hérétique » pouvait avoir plusieurs sens différents dans l’antiquité chrétienne. Enfin la lettre confirmative du concile envoyée par le Pape saint Léon II à l’empereur confirme que ce n’est pas pour adhésion à l’hérésie qu’un blâme fut porté à son endroit. Nous prouvons tout cela dans notre article :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

12° Saint Sophrone de Jérusalem (vers 550-638) par la voix de son diacre Etienne de Dor, lors du concile du Latran (649)

« Sophrone avait le courage du lion, l’intrépidité du juste. Animé d’un zèle ardent pour la foi, plein de confiance en Dieu, il me conduisit, moi indigne, sur la montagne du Calvaire, au lieu où Jésus-Christ, si au-dessus de nous par sa nature divine, daigna se laisser crucifier pour nous selon la chair. D’un ton irrésistible, il me tint ce langage : C’est à Dieu qui souffrit ici selon la chair que vous aurez à répondre le jour de son avènement terrible, quand il paraîtra dans sa gloire pour juger les vivants et les morts, si vous refusez de me prêter votre concours dans ce péril de la foi. Je ne puis quitter Jérusalem, vous le savez, en présence d’une invasion des Sarrazins, déchaînés sans doute par la justice de Dieu contre nos péchés. Partez donc le plus promptement possible, traversez l’immensité de la terre et des mers, allez au Siège apostolique, là où reposent les fondements des dogmes orthodoxes. Allez-y une première fois, retournez-y une seconde et plus encore s’il est nécessaire. Faites connaître aux personnages sacrés qui y président ou y présideront, la vérité tout entière sur les faits qui se passent en Orient. Redoublez vos instances et vos supplications jusqu’à ce que, dans l’apostolique prudence qui est leur privilège divin, ils rendent un jugement solennel et foudroient canoniquement les erreurs nouvellement introduites. Telles furent ses paroles. J’étais en proie à une vive émotion, à une anxiété terrible. Le lieu sacré où nous nous trouvions, l’adjuration formidable du patriarche me faisaient trembler. Je songeais aussi aux devoirs de mon ministère épiscopal, qui m’attachaient à l’Eglise de Dor. Mais les instances de Sophrone, celles des évêques et des fidèles de la Palestine, me déterminèrent à partir. Depuis lors, pour me servir de l’expression de l’Ecriture, « Mes yeux n’ont pas connu le sommeil, mes paupières ne se sont point closes, je n’ai pas goûté de repos », jusqu’à ce qu’il me fut donné d’accomplir ma mission près du Siège apostolique. C’est la première fois que j’y reviens. Les sectaires n’épargnèrent rien pour empêcher mon voyage ; ils obtinrent que des édits impériaux fussent adressés à toutes les provinces d’Orient que je devais parcourir, avec ordre de me charger de fers et de m’envoyer à Constantinople. Mais le Seigneur a été mon auxiliaire, il m’a délivré de toutes les embûches, ma course rapide ne fut point interrompue, et je parvins au terme de mon voyage. » (Labbe, VI, 104)

Ce témoignage de la Papauté est aussi une garantie de la perfection doctrinale du Pape Honorius. En effet celui-ci avait envoyé des lettres au patriarche Serge de Constantinople dans lesquelles certains croient lire l’hérésie monothélite. Ce témoignage est d’autant plus important que si Etienne de Dor fut envoyé à Rome par saint Sophrone, c’était précisément pour combattre l’hérésie monothélite, étant donné que Sophrone craignait que Honorius ne soit tenté de prendre une position neutre et dangereuse pour la doctrine catholique : ainsi nous lisons que malgré la crainte d’une position ambigüe, il ne serait jamais venu à l’esprit des saints que l’Evêque de Rome put enseigner l’erreur. L’affaire du Pape Honorius a fait couler beaucoup d’encre. Pour une documentation complète au sujet de ce Pape, nous renvoyons le lecteur aux chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci (le livre du second lien a été écrit après les autres, il les reprend en partie et est beaucoup plus complet). Aussi, si Honorius fut effectivement visé par un reproche de la part du IIIè concile de Constantinople, ce fut en raison de la faiblesse de sa réaction, et non en raison d’une supposée hérésie de sa part. En effet, d’une part le concile fit sienne la doctrine de l’infaillibilité des Evêques de Rome exposée dans deux lettres du Pape saint Agathon aux empereurs. Nous pouvons et devons d’ailleurs souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des Conciles sans reconnaître celle des Papes, à accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté elle-même, le Filioque, le célibat sacerdotal et le baptême des hérétiques, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents. Et d’autre part le mot « hérétique » pouvait avoir plusieurs sens différents dans l’antiquité chrétienne. Enfin la lettre confirmative du concile envoyée par le Pape saint Léon II à l’empereur confirme que ce n’est pas pour adhésion à l’hérésie qu’un blâme fut porté à son endroit. Nous prouvons tout cela dans notre article :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

13° Saint Maxime le Confesseur (580-662)

Saint Maxime applique la vertu de pierre de fondement à l’Eglise de Rome sans même mentionner saint Pierre, tellement la chose devait être évidente pour tous ses contemporains :

« Toutes les parties de l’univers et tous ceux qui reconnaissent partout le Seigneur avec une foi véritable et authentique se tournent comme vers le soleil vers la sainte Eglise de Rome, et considèrent sa profession de foi, dont Ils attendent l’éclat de sa lumière. […] C’est dès le commencement, lorsque le Verbe de Dieu descendit jusqu’à nous en assumant notre chair, tous les chrétiens ont toujours regardé et regardent encore comme l’unique base solide, l’unique fondement de l’Eglise le siège suprême qui se trouve en cette église de Rome, celui que, d’après la promesse du Sauveur, les portes de l’enfer ne sauraient vaincre et qui possède les clefs de la vraie foi et de l’authentique confession, celui chez qui tous ceux qui s’approchent avec une piété sincère se voient ouvrir l’accès à l’unique religion, celui qui rend les hérétiques muets et ôte la parole de la bouche de ceux qui profèrent l’iniquité en présence du Tout-Puissant. » (Lettre à Marin de Chypre, PG, 91/138-139)

Dans sa Lettre à Pierre l’Illustre, saint Maxime enseigne que la marque de la vraie foi et de la vraie communion c’est d’être soumis au Pontife romain :

« Si quelqu’un veut n’être point hérétique et ne point passer pour tel, qu’il ne cherche pas à satisfaire celui-ci ou celui-là […] Qu’il se hâte de satisfaire en tout le siège de Rome. Le siège de Rome satisfait, tous partout et d’une seule voix le proclameront pieux et orthodoxe. Car si l’on veut persuader ceux qui me ressemblent, c’est en vain qu’on se contenterait de parler, si l’on ne satisfait et si l’on n’implore le bienheureux Pape de la très sainte Eglise des Romains, c’est-à-dire le Siège Apostolique, qui a reçu du Verbe de Dieu Incarné Lui-même, et, d’après les saints Conciles, selon les saints canons et les définitions, elle possède, sur l’universalité des saintes Eglises de Dieu qui existent sur toute la surface de la terre, l’empire et l’autorité en tout et pour tout, et le pouvoir de lier et de délier. Car lorsqu’elle lie et délie, le Verbe, qui commande aux vertus célestes, lie ou délie aussi dans le ciel. » (Lettre à Pierre l’illustre, PG, tome 91, colonne 144)

C’est la raison pour laquelle, plus tôt dans sa lettre, il fait l’application suivante au cas du Pape Honorius, qui fut tant et tant injurié par ceux qui l’accusaient d’être tombé dans l’hérésie monothélite, en disant non seulement qu’il n’en fut pas ainsi, mais encore que cela était impossible car il était l’Evêque du Siège Apostolique :

« Quel est l’interprète le plus digne de foi de la lettre pontificale ? Celui qui l’a écrite au nom d’Honorius, l’illustre abbé Jean qui vit encore, et qui, outre tant d’autres mérites, a répandu sur l’Occident l’éclat de sa doctrine et de sa piété ; ou bien les Orientaux qui n’ont jamais quitté Constantinople, et qui parlent d’après leurs sympathies, leurs opinions particulières et personnelles ? N’est-ce pas le comble du ridicule, ou plutôt n’est-ce pas un spectacle lamentable ? Dans leur audace, ils n’ont pas craint de mentir contre le Siège apostolique lui-même. Comme s’ils avaient été de son conseil, ou qu’ils eussent reçu de lui un décret dogmatique, ils ont osé revendiquer pour leur cause le grand Honorius, faisant parade à l’appui de leur folle opinion de la suréminente piété de ce pontife. Et cependant, que n’a pas fait la sainte Église pour les arrêter dans leur voie funeste ? Quel pontife pieux et orthodoxe ne les a conjurés par ses appels et ses supplications de renoncer à leur hérésie ? Que n’a point fait le divin Honorius et après lui le vieillard Severinus, et son successeur le vénérable pape Jean ? […]

En tout cela, ces malheureux (les monothélites) n’ont pas suivi la doctrine du Siège Apostolique ; et ce qui est le comble du ridicule, ou pour mieux dire ce qu’il y a de plus lamentable (car c’est la preuve de leur audace), ils n’ont pas craint de mentir témérairement contre le Siège Apostolique lui-même ; et comme s’ils avaient été de son conseil, et qu’ils eussent reçu de lui un décret, ils ont osé mettre de leur côté le grand Honorius dans leurs écrits en faveur de l’impie Ecthèse, faisant parade aux yeux des autres, à l’appui de leur folle opinion, du mérite éminent de cet homme pour la cause de l’orthodoxie. » (Lettre à Pierre l’illustre, PG, tome 91, colonnes 142 et 143)

Ce témoignage de la Papauté est aussi une garantie de la perfection doctrinale du Pape Honorius. En effet celui-ci avait envoyé des lettres au patriarche Serge de Constantinople dans lesquelles certains croient lire l’hérésie monothélite. Ce témoignage est d’autant plus important que saint Maxime le Confesseur est un héro de la lutte anti-monothélite, il refusa de faire la moindre concession à cette hérésie que sur la cour de Constantinople, gagnée au parti monothélite, on le tortura, on lui arracha la langue, on lui coupa la main droite, pour s’assurer de son silence, puis on l’exila en Lazica. L’affaire du Pape Honorius a fait couler beaucoup d’encre. Pour une documentation complète au sujet de ce Pape, nous renvoyons le lecteur aux chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci (le livre du second lien a été écrit après les autres, il les reprend en partie et est beaucoup plus complet). Aussi, si Honorius fut effectivement visé par un reproche de la part du IIIè concile de Constantinople, ce fut en raison de la faiblesse de sa réaction, et non en raison d’une supposée hérésie de sa part. En effet, d’une part le concile fit sienne la doctrine de l’infaillibilité des Evêques de Rome exposée dans deux lettres du Pape saint Agathon aux empereurs. Nous pouvons et devons d’ailleurs souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des Conciles sans reconnaître celle des Papes, à accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté elle-même, le Filioque, le célibat sacerdotal et le baptême des hérétiques, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents. Et d’autre part le mot « hérétique » pouvait avoir plusieurs sens différents dans l’antiquité chrétienne. Enfin la lettre confirmative du concile envoyée par le Pape saint Léon II à l’empereur confirme que ce n’est pas pour adhésion à l’hérésie qu’un blâme fut porté à son endroit. Nous prouvons tout cela dans notre article :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

14° Saint gathon (574-681) et le IIIè concile de Constantinople (680-681)

Si je vous demande quand fut proclamé le dogme de l’infaillibilité papale, vous me répondrez sans doute : « En 1870 au concile Vatican I ! » Et vous auriez entièrement raison car c’est à cette occasion que l’infaillibilité du Pape qui trouve ses racines dans l’Ecriture Sainte et qui est attesté par toute l’antiquité chrétienne fut solennellement défini comme un dogme. Seulement voilà, un épisode méconnu de l’histoire de l’Eglise nous montre que cette infaillibilité personnelle de l’Evêque de Rome, successeur de saint Pierre, avait déjà été matériellement proclamée des 681 lors du IIIè concile de Constantinople (680-681). Cela se passa en deux temps. Tout d’abord le Pape saint Agathon (574-681) écrivit deux Lettres explicites sur le sujet, puis elles furent approuvées par le concile.

Le déroulé des événements est décrit dans cet article.

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté (aussi bien son existence en tant que dogme apostolique que la réponse à l’argument que les anti-romains pensent pouvoir tirer de ce même concile contre la Papauté, à travers le cas d’Honorius, le Filioque, le célibat sacerdotal et le baptême des hérétiques puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents.

15° Saint Léon II (611-683)

C’est ce Pape qui ratifia les décrets du IIIè concile de Constantinople dont nous venons de parler, et qui lui donna sa forme de concile général, lui donnant force obligatoire pour l’Eglise universelle. Voici ses mots :

« Nous avons donc parcouru d’abord avec un extrême empressement les lettres synodiques, dont le langage plein d’élévation nous a frappés. Puis, avec une minutieuse attention, examinant chacune des pièces écrites, les conférant avec les récits des légats apostoliques, nous avons reconnu que le saint, grand et œcuménique concile sixième, réuni avec la grâce de Dieu par décret impérial à Constantinople, s’est conformé dans sa profession de foi dogmatique aux décisions rendues dans le synode œcuménique précédemment tenu à Rome [le concile romain de 680], sous la présidence directe du trône apostolique sur lequel nous sommes maintenant assis. [Saint Léon II expose ensuite en détail la doctrine apostolique proclamée par le concile sur les deux volontés du Christ]. Telle fut en effet la règle de la tradition apostolique et vraie, tracée dans son concile par mon prédécesseur Agathon, d’apostolique mémoire. Cette règle, il la fixa dans la lettre que ses légats remirent de sa part à votre piété, en l’appuyant par les témoignages conformes des Pères et des Docteurs de l’Eglise ; cette règle, le concile général de Constantinople l’a reçue comme un oracle émané du bienheureux Pierre, prince des apôtres ; il y a reconnu la doctrine pure et les marques d’une foi immaculée. Ainsi ce grand, saint et œcuménique concile que votre clémence a réuni, et auquel, pour le service de Dieu, elle a voulu présider, ayant embrassé en tout la doctrine des apôtres et des Pères, ayant reçu avec révérence la définition dogmatique promulguée par le Siège du bienheureux apôtre Pierre, dont, malgré notre indignité, nous tenons la place, à notre tour, nous et par notre ministère le vénérable Siège apostolique lui-même, nous approuvons le décret du concile ; par l’autorité du bienheureux Pierre nous le confirmons comme sur la solidité immuable de la pierre posée par Jésus-Christ pour fondement à l’Eglise. La vénération qui s’attache aux précédents conciles généraux de Nicée, Constantinople, Ephèse, Chalcédoine et Constantinople (deuxième), nous voulons qu’elle soit rendue à cette récente assemblée œcuménique, où le Saint-Esprit vient encore de se manifester pour le salut des âmes et dont toute la gloire dans le Seigneur sera jusqu’à la fin des siècles attribuée à votre piété impériale. » (Lettre III Regi regum, à l’empereur Constantin IV, vers août 682, PL 96, 404 et 405 ; Mgr Justin FEVRE dans Histoire apologétique de la Papauté, tome 3, page 487, cite ce passage de saint Léon II mais se trompe dans la référence : il indique la colonne 464 au lieu de 404)

Nous avons ici plusieurs éléments. Le premier est que c’est en vertu de l’autorité de l’apôtre Pierre qu’il confirme le concile. Preuve qu’il était clair non seulement pour lui mais aussi pour ses destinataires qu’il était le chef visible et infaillible de droit divin de l’Eglise de Jésus-Christ, et que rien ne pouvait avoir cours sans son approbation expresse ou tacite. Le deuxième est qu’il appelle « oeucuménique » le concile de Rome de 680, réunissant 125 Evêques autour du Pape saint Agathon qui, comme nous l’avons vu, affirme l’infaillibilité des Papes (Saint Agathon, Lettre III Omnium bonorum spes aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682), et en conséquence, d’une part qu’il y croit aussi et ne saurait donc pas condamner Honorius comme hérétique au sens strict, et d’autre part que la confirmation du concile de Constantinople que porte la lettre ne saurait faire de même. Le troisième est le constat que le IIIè concile de Constantinople « pense de même » que ce concile de Rome qui affirme l’infaillibilité des Papes, et qu’il a reçu « comme un oracle émané de la bouche même de Pierre, prince des apôtres », la règle de foi promulguée par saint Agathon, et l’approuve par ce seul motif qu’il a reçu avec révérence cette règle, ce type de la vraie foi, de la tradition apostolique. Pour mieux accentuer encore sa pensée, saint Léon II déclare œcuménique le synode romain tenu par saint Agathon comme nous l’avons dit. Enfin le quatrième, prenant le contrepied du décret conciliaire qui avait mêlé à la définition de la foi les anathématismes, le Pontife donne à la définition de la foi son approbation absolue, quant aux anathématismes, il en détache soigneusement Honorius en spécifiant bien un motif de blâme différent et grandement inférieur à celui des autres, interprétant ainsi de manière authentique l’intention de l’assemblée conciliaire, conformément à ce que ses légats n’auront pas manqué de lui rapporter. Nous démontrons cela dans notre article précité :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté (aussi bien son existence en tant que dogme apostolique que la réponse à l’argument que les anti-romains pensent pouvoir tirer de ce même concile contre la Papauté, à travers le cas d’Honorius), le Filioque, le célibat sacerdotal, et le baptême des hérétiques, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents.

16° Saint Théodore Studite (759-826)

Cet illustre moine du couvent constantinopolitain de Stoudion, qui est, on l’a écrit très justement :

« une des figures les plus attachantes de la Byzance impériale et la gloire de l’Église d’Orient au IXe siècle. On a pu dire de lui qu’il fut l’un des derniers catholiques de Constantinople, le dernier peut-être des écrivains ecclésiastiques grecs qui n’aient point connu l’asservissement aux empereurs; que son éloquence atteint parfois à l’éloquence de saint Jean Chrysostome et de Démosthène lui-même » (Abbé Eugène MARIN, Saint Théodore (759-826), Colection « Les Saints », Paris, Paris, V. Lecoffre-J. Gabalda, 1906, p. I)

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental.

Sa vision de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

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