+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Adrien VI : « beaucoup de Pontifes Romains ont été hérétiques » ?

Toutes les preuves de la Papauté : ici

On entend régulièrement dire parmi les adversaires de la Papauté et parfois même, faute d’instruction suffisante dans le domaine, dans les meilleurs milieux catholiques, que la Pape Adrien VI aurait déclaré qu’un Pape pouvait être hérétique. Cela s’appui sur des propos qu’il a, ou plutôt qu’il aurait tenu d’être élu Pape en 1522, lorsqu’il était encore professeur à faculté de théologie de Louvain et que son nom était encore Adrien FLORENT. Voici quels auraient été ses mots :

« Si dans l’Église Romaine, on considère la tête ou le pontife, il est hors de question qu’un Pape peut errer dans les domaines touchant à la foi. Il le fait quand il enseigne une hérésie par son jugement propre ou par ses décrets. En vérité, beaucoup de Pontifes Romains ont été hérétiques. » (Quaestiones in IV. Sententiarum)

Nous pourrions complètement détruire cet argument en rappelant qu’il s’agit là d’une phrase issu d’un ouvrage qu’il écrivit en 1512, soit 10 avant de devenir Pape. Ainsi il est radicalement impossible de dire qu’un Pape, encore moins dans un document pontifical officiel, ait soutenu la possibilité pour un Pape d’être un hérétique. Comme le dit le Dictionnaire de théologie catholique :

« Dans les Quaestiones in IVum Sententiarum, on a relevé cette affirmation, que le pape peut errer, même en ce qui touche à la foi. Mais c’est bien à tort que certains adversaires de l’infaillibilité y ont vu jadis un grave argument en leur faveur, ou que, de nos jours encore, quelques autres affectent de s’en scandaliser. Composé par Adrien longtemps avant son élévation sur la chaire de Pierre, le livre d’où la citation est extraite ne participe évidemment en aucune façon à l’autorité des actes pontificaux. D’ailleurs, il n’est pas même prouvé que l’assertion en question s’applique, dans la pensée de son auteur, aux définitions ex cathedra. » (J. JOUGUET, Dictionnaire de théologie catholique, article « ADRIEN VI », Paris, 1908, tome I, col. 460-461)

Cependant, nous irons plus loin dans la réfutation. En effet, ce livre fut publié sans l’accord d’Adrien FLORENT ! C’est là un fait incontesté par tous ceux qui ont vraiment étudié le sujet, et ce depuis ses contemporains ! Regardons plutôt :

Le secrétaire des empereurs Maximilien et Charles Quint qui a vécu à l’époque d’Adrien VI, Conradus Vegerius (ou Veccrius ou Veicker), écrit ceci dans son Funebris oratio Adriani VI pont. Max (daté de 1523) :

Latin : « Inter alios libellos, volumina duo conscripsit, altero Commentarios in librum Sententiarum quartum complexus, altero quaestionibus miscellaneis (quas quodlibeticas vocant) tractatis atque absolutis. […] Quae licet prelo postmodum ab amicis tradita fuerint, ille tamen et ignoravit, et quum rescivisset plurimum fuit indignatus ».

Traduction de la partie en gras : « Bien que ces amis les aient fait imprimés, cependant, celui-ci ne le sut pas, et quand il l’apprit, il s’en indigna vigoureusement. »

La  Bibliographie nationale de Belgique de l’Académie Royale de Belgique :

« Les Quaestiones in IV Sententiarum furent publiées à l’insu de l’auteur par quelques-uns de ses amis. Adrien s’est plaint très amèrement du zèle précipité qu’on mit à livrer au public, pendant qu’il était en Espagne, un travail auquel il n’avait pu mettre la dernière main. » (Bibliographie nationale de Belgique, 1868, T. II, p. 602)

Le célèbre Jésuite Henri MONTROUZIER (1824-1872),  professeur de Droit Canon, de théologie et d’histoire ecclésiastique :

« L’histoire nous apprend que l’impression du fameux ouvrage d’Adrien, ne fut jamais le fait du Pontife. Son livre fut imprimé à son insu; et loin d’approuver l’empressement de ses amis, le Pape les en reprit sévèrement. […]

L’auteur de la vie d’Adrien VI, Moringus, l’affirme en termes exprès de l’édition de Paris : « Lisez, dit-il, lisez les écrits qu’il a laissés, et en particulier ce remarquable ouvrage sur le Quatrième livre des Sentences de Pierre Lombard. […] ce livre n’a point reçu son dernier poli. Il a été publié et imprimé à l’insu de son auteur par des amis trop empressés, qui craignaient peut-être que l’ouvrage ne vît jamais le jour : Quod tamen extremam lineam nondum passum erat, sed ab amicis nominis ejus studiosioribus, et fartasse metuentibus, ne alioquin in apertum non prodiret, ei a (Adriano) clam subductum etprelo datum fuit. C’est ce qu’atteste hautement Badius dans la préface du livre. »

Badius était l’imprimeur et l’éditeur de l’ouvrage d’Adrien. Voici les paroles de la Préface, ou plutôt la lettre de remerciement qu’il adresse à Dassonville, carme, dont le zèle s’était déployé avec activité dans le cours de cette publication.

« …Il est un homme dont je redoute opposition [concernant la publication de l’ouvrage], c’est l’auteur même, en l’absence et à l’insu duquel nous avons imprimé l’ouvrage… » (Revue du monde catholique, T. XXVII, parue en 1869)

La Catholic Encyclopedia :

« His popularity as professor of theology in Louvain is shown to have been deserved by his two chief works, Quaestiones quodlibeticae (1521), and his Commentarius in Lib. IV Sententiarum Petri Lombardi (1512), which was published without his knowledge from notes of students, and saw many editions. » (Catholic Encyclopedia, Volume VIII. Publié 1910. New York: Robert Appleton Company. Nihil obstat, Octobre 1, 1910. Imprimatur. + John Farley Cardinal, Archevêque de New York)

Traduction : […] ses deux ouvrages Quaestiones quodlibeticae (1521) et son Commentarius dans Lib. IV Sententiarum Petri Lombardi (1512), ont été publiés à son insu à partir de notes des élèves, en de nombreuses éditions. »

Nos adversaires rétorqueront que ce même livre fut réédité à Rome en 1522 et sans aucune modification sous le titre de Quaestiones in quartum sententiarum praesertim circa sacramenta !

Le Père MONTROUZIER répond une nouvelle fois :

« Mais, objectera-t-on, pourquoi, devenu pape, Adrien a-t-il permis plus tard qu’on réimprimât un livre dont la publication lui avait été si désagréable?

La réponse est bien simple. Adrien VI n’a rien permis du tout; puisque la seconde édition de ses œuvres, celle de 1522, fut encore faite à son insu. Écoutons le témoignage du ministre Calvus, de Nimégue, auteur de l’édition romaine, disant dans son épître dédicatoire à Jean Ruffo, archevêque de Cosenza :

« Un homme si illustre, que vous m’aviez appris si bien à admirer, ayant été par un bienfait du ciel préposé au gouvernement de l’Église, j’ai cru faire une œuvre très méritoire en m’employant de tout mon pouvoir à donner une édition fort soignée des écrits qu’il a composés pendant son séjour à Louvain ; d’autant, que l’édition française fourmille de fautes. J’avais déjà, de mon propre mouvement, commencé cette entreprise, atque huic rei MEA SPONTE jam satis incumbebam, lorsque deux protonotaires apostoliques, aussi recommandables par leurs vertus que par leur talent, et grands admirateurs d’Adrien, m’encouragèrent puissamment etc., etc. »

Que si, continue M. Reussens, l’on veut étudier attentivement l’édition romaine des œuvres d’Adrien VI, on ne tardera pas à se convaincre qu’elle s’est faite en dehors de toute participation du Pape. Est-il croyable, en effet, que son honneur d’écrivain lui eût permis de laisser passer une foule de fautes grossières qui s’y rencontrent? Enfin, si quelqu’un me demandait pourquoi le pape Adrien n’a point protesté contre l’édition de Rome, ainsi qu’il l’a fait contre l’édition de Paris, je lui répondrais qu’Adrien VI étant mort fort peu de temps après son élection, il est très possible que le Pape n’ait pas même eu connaissance de la nouvelle édition de son livre. Et puis, en supposant qu’il l’ait connue, est-il invraisemblable que, surpris par la mort, Adrien VI n’ait pas eu la facilité de publier la protestation qu’il méditait ?

En voilà bien assez, je pense, pour aider le lecteur à conclure que le pape Adrien VI ne favorisa jamais, ni de près ni de loin, les opinions gallicanes. Que les partisans du Gallicanisme veuillent donc retirer Adrien de la liste des Papes entachés de leurs erreurs. La foi d’Adrien, comme celle de Pie II et de Sylvestre II, fut toujours immaculée. » (Revue du monde catholique, 1869, T. XXVII, pp. 325 et suivante)

Soulignons que le Père MONTROUZIER dit « il est très possible que le Pape n’ait pas même eu connaissance de la nouvelle édition de son livre ». Il y a un fait qu’il ne mentionne pas mais qui renforce cette hypothèse : Voici ce qu’écrit un lecteur de La Question : Je vous rappelle aussi qu’Adrien mit environ 8 mois à venir à Rome (29 août 1522) et qu’un mois après son arrivée et cela jusqu’à la fin de son très bref règne, la peste fut telle à Rome que tous les cardinaux avaient quitté la ville, à l’exception d’un Espagnol, et qu’Adrien VI, ayant d’abord continué ces audiences privées par la fenêtre de son palais, finit par suspendre toutes les audiences par peur de la peste; vivant ainsi complètement isolé, il n’est pas impossible qu’il ait ignoré la publication romaine, ou du moins n’ait pu rien faire pour intervenir; toute la noblesse romaine avait quitté la ville, les autres faisaient ce qu’ils pouvaient, mais en temps de peste, même un Pape n’envoie personne à l’extérieur pour le contrôle des livres; la peste atteignit quand même le palais par un des gens de service, et Adrien VI mourut très tôt, ayant eu à subir tout le temps la haine des nobles romains, des prélats, des artistes, de Luther et de François I, avec plusieurs tentatives d’empoisonnement (Jacques Leclercq, Saints de Belgique, 1942, p.60 et suiv.); il eut vraiment d’autres choses à faire que de s’occuper d’un passage de son livre, d’autant plus que la curie, qu’il réformait sévèrement, ne l’aidait pas du tout.

L’abbé François-Xavier FELLER (1735-1802) était un prêtre jésuite belge, polémiste et écrivain spirituel de renom. Il fut le conseiller de l’archevêque de Malines, le Cardinal de Frankenberg et fut nommé directeur diocésain. Il compila un Dictionnaire historique de six volumes, publié pour la première fois en 1781, réédité à de nombreuses reprises par la suite. Il y écrit :

« Ce pape a un rang parmi les écrivains ecclésiastiques, par son Commentaire sur le quatrième livre des Sentences, Paris, 1512, in-fol. Ce livre, imprimé d’abord lorsqu’il professait à Louvain, fut réimprimé sans sa participation lorsqu’il fut à la tête du monde chrétien. » (Dictionnaire historique, 1818)

La Revue Belge et Etrangère :

« La seconde édition, publiée à Rome en 1522, parut également sans la participation d’Adrien. La composition de l’ouvrage était déjà fort avancée dès avant son élection, comme le livre en porte la preuve matérielle. Sur ces entrefaites Adrien fut élu, mais il n’arriva dans la ville éternelle qu’à la fin du mois d’août. L’imprimeur se borna à une légère modification dans le titre en remplaçant les mots : Adrian’ Florencii Trajectensis, par ceux-ci : Adriani VI, pontifiais maximi. De plus, il conte par quelques vers latins imprimés à la suite de la préface que le Pontife était en ce moment en route pour l’Italie. On le voit : Adrien n’eut en aucune façon besoin du courage (sic) que lui prête Mgr de Barrai [évêque partisan du gallicanisme], pour faire réimprimer à Rome en 1522 ce commentaire à la publication duquel il demeura complètement étranger. » (Revue Belge et Etrangère, 1862, vol. XIV, p.154)

Edmond REUSENS (1831-1903), archéologue, historien, professeur et bibliothécaire de l’Université de Louvain, étudia sérieusement et longuement ce cas historique dans sa dissertation pour son doctorat. Il démontra que l’édition de Rome datée de 1522 avait non seulement était commencée avant l’élection d’Adrien VI à la tête de l’Eglise mais qu’elle avait été imprimée encore à son insu :

« On a prétendu qu’Adrien après son élévation au pontificat avait fait réimprimer à Rome sans aucun changement son commentaire sur le IV’ livre du maître des sentences, où est contenue la proposition que nous avons rapportée. Jusqu’ici cette assertion n’avait pas été suffisamment contrôlée. M. Reusens démontre avec la plus grande évidence que l’édition de Rome fut commencée avant l’élection d’Adrien VI et qu’elle fut terminée avant son arrivée dans la ville éternelle, qu’il ne fut pas consulté sur cette réimpression, et que même la première édition fut faite à son insu et à son grand déplaisir, avant qu’il eût pu mettre la dernière main à son œuvre. » (Revue catholique: recueil religieux, philosophique, scientifique, historique et littéraire, 1868, II° Volume, pp. 460. qui cite ses sources : Syntagma Doctrinœ Theologicœ Adriani Sexti, Pont. Max., quod una cum opparatu de vita et scriptis Adriani… conscripsil E. H. J. REUSENS, 5. T. L. et Biblioth. Acad. Praef. — Accedunt Anecdota quœdam Adriani Sexti, partim ex codice ipsius Adriani autographo, parlim ex apographis nunc primum édita, Louvain, Vanlintboul et Comp. 1862. Vol. in-8* de LVI—248 pp)

La même information est trouvable dans  le Dictionnaire de biographie chrétienne (T. 1, p. 61 publié par M. l’abbé Migne) de François-Marie PERENNES ainsi que chez Alexis-François ARTAUD de MONTOR (1772-1849) dans son Histoire des souverains pontifes romains.

« Le pape Adrien VI ne favorisa jamais, ni de près ni de loin, les opinions gallicanes. Que les partisans du Gallicanisme veuillent donc retirer Adrien de la liste des Papes entachés de leurs erreurs. » (Père H. MONTROUZIER, Revue du monde catholique, 1869, T. XXVII, p. 325)

Nous proposons enfin la réfutation intégrale proposée par Mgr Justin FÈVRE dans son Histoire apologétique de la Papauté :

« Le cardinal-évêque de Tortose en Catalogne, qui fut élu pape en 1522, et qui prit le nom d’Adrien VI, était né à Utrecht, dans les Pays-Bas, en 1459. C’était un homme d’une origine fort modeste ; son père que les uns disent constructeur de vaisseaux, d’autres, tapissier, n’était probablement qu’un manouvrier, qui fut successivement valet de pilote, tisserand et brasseur de bière. Adrien Florent n’ayant pas les ressources nécessaires à l’étude, montrant d’ailleurs beaucoup de goût pour les sciences, fut conduit à Louvain où il obtint une bourse dans un collège. Adrien fit de rapides progrès et obtint, en 1491, le bonnet de docteur. Successivement professeur à l’Université de Louvain, précepteur de Charles-Quint, ambassadeur près la cour d’Espagne, il avait été créé cardinal par Léon X, dont il fut appelé à recueillir la succession. Pape pendant moins de deux années, il lutta, comme il convenait, contre Luther et suivit l’idée de la guerre contre les Turcs en assistant les chevaliers do Rhodes. Or, étant professeur de Louvain, il avait pris place parmi les écrivains ecclésiastiques en composant un Commentaire sur le quatrième livre des sentences de Pierre Lombard, Paris, 1512, in-folio, et des Quaestiones quodlibeticae in-8°, 1521. Ce commentaire de Pierre Lombard est le livre où les gallicans ont trouvé le docteur de Louvain hostile à l’infaillibilité des Papes.

Dans ce livre, en effet, Adrien d’Utrecht enseigne que le ministre du sacrement de confirmation ne peut être être que l’évêque ; et à l’objection toute naturelle que les Papes avaient pourtant plus d’une fois confié l’administration de ce sacrement à de simples prêtres, il répond que les Papes ne sont pas infaillibles et que le fait allégué, que les enseignements, les déclarations, les ordres des Papes ne prouvent rien contre sa thèse. Les protestants se sont souvent prévalus de cette proposition, qui pourtant ne prouve rien en leur faveur; ils ne l’ont pas moins répétée pour attaquer l’infaillibilité des pontifes romains. C’est triompher trop vite, car cette proposition, entendue des Papes comme personnes privées ou comme docteurs particuliers, est toujours vraie; entendue des Papes comme chefs de l’Eglise, parlant ex cathedra, en matière de foi et de mœurs, elle serait maintenant hérétique, et sortait alors du grand courant do la tradition contraire. Les protestants nous en ont fourni la preuve en essayant de s’en faire une arme contre le Saint-Siège.

Artaud de Montor dit qu’Adrien sur le trône, rétracta les opinions blâmables contenues dans son Commentaire du livre des Sentences [Histoire des souverains pontifes, t. IV, p. 88] : nous ignorons sur quelle autorité il s’appuie pour émettre cette assertion, du reste, fort vraisemblable. En tout cas, il est parfaitement certain que comme Pape, il no donna aucune prise h la critique; et, comme professeur, s’il excéda en quelque chose, ses écarts de livres n’impliquent aucune solidarité avec ses actes pontificaux. Mais venons au point en question.

Voici le texte du professeur de Louvain :

« De facto sancti Gregorii Magni, dico primo, quod si per Ecclesiam Romanam, intelligatur caput cjns, puta pontifex, certum est quod errarc possit, ctiam in lus qum tangnnt fidem, heresim per suam determinationcm aut décrétaient asseroido; plures enim fuerunt pontifices Romani hœrctici. Item et novissime fertur de Joanne XXII, quod animae purgatae ante finale judicium non habcnt stolam, quae et clara et facialis visio Dei, et UniversUatem Parisiensem ad hoc iriduxisse dicitur, quod nullus ia en poterat graclum in theologia adipisci, uïsi primitus hune errorem pestiferum jurasset se defeusurum et perpetuo ei adhaesurum. Item patet hoc de errore quorumdam pontificumde matrimonio… non tamen dico Gregorium hic errasse, sed evacuare intendo impossibilitatem errandi quam alii asserunt. »

Quoi de plus décisif que de telles paroles ? Mais ce qui en augmente la gravité, c’est que, devenu Pape, le docteur de Louvain fit ou laissa faire réimprimer son livre sans correction ni changement; en sorte que l’on est en droit d’assurer qu’Adrien VI, souverain pontife, regardait au moins comme libre, l’opinion qui n’attribuait pas l’infaillibilité h l’évêque de Rome. Et, en effet, elle Tétait alors dans une certaine mesure, l’opinion contraire, beaucoup plus certaine, n’ayant pas encore été définie comme de foi catholique.

Bossuet, on le pense bien, a exploité les paroles d’Adrien VI. Le lecteur n’a qu’à parcourir les paragraphes 37 et suivants de la Gallia Orthodoxa, pour se convaincre quelle joie éprouvèrent les gallicans de la découverte d’un aussi riche trésor.

Le trop célèbre évêque de Tournai, Gilbert de Choiseul, se servait des paroles d’Adrien VI, comme d’un bouclier pour repousser les vives attaques dont la Déclaration de 1682 était l’objet de la part de Martin Steyaert, docteur de Louvain.

Maimbourg écrivait d’un air triomphant :

« Adrien VI dans ses commentaires sur le quatrième livre des Sentences, dit positivement, et de la manière du monde la plus positive, qu’il est certain que le Pape peut errer, même dans les choses B qui appartiennent à la Foi, enseignant et établissant une hérésie par sa définition ou par sa Décrétale, ce qu’il prouve après par plusieurs exemples; et bien loin de suivre celui de Pie II et de changer comme lui de sentiment quand il n fut Pape, il y persista si bien, qu’il trouva bon qu’on fit à Rome durant son pontificat une nouvelle édition de son livre toute conforme à celle qu’il fit faire étant docteur et doyen de Louvain, et où Ton voit cet endroit tout entier, sans qu’on n’y ait ni omis, ni changé un seul mot. » [Traité historique de rétablissement et des prérogatives de l’Eglise de Rome et des évêques, Maimbourg fut chassé de la compagnie de Jésus à cause de son ardeur à soutenir les thèses gallicanes du césarisme]

À une époque plus rapprochée de nous, au commencement de ce siècle, M. de Barrai, archevêque de Tours, faisait aussi ressortir la force d’un aussi puissant argument. On sait aussi, » écrivait-il, que le pape Adrien VI successeur de Léon X, enseigna publiquement à Louvain où il avait été professeur de théologie, mais qu’il est certain que le souverain Pontife, chef de l’Eglise romaine, peut errer même sur la foi, en avançant une hérésie dans les décisions ou décrétales, c’est-à-dire en prononçant ex cathedra, avec toute l’autorité de chaire suprême. Et celte opinion qu’Adrien VI soutint comme docteur particulier, tandis qu’il professait la théologie, puis, comme évoque de Tortose et comme cardinal, ne l’empêcha pas d’être élevé à la Papauté ; et après son élévation, loin d’imiter la versatilité d’AEneas Sylvius, devenu Pape sous le nom de Pie II, Adrien VI eut le courage de faire réimprimer à Rome, en 1522, sans aucun changement, son Commentaire sur le quatrième livre du Maître des sentences, où est contenue la proposition que nous avons rapportée. De sorte qu’au lieu de dire comme son prédécesseur, en 4463 :

« Récusez AEneas Sylvius, et recevez Pie II, Adrien VI a dit à son siècle et à la postérité : Les hommes n’ont change ni mes mœurs ni ma doctrine, l’opinion que vous avez reçue avec applaudissement d’Adrien Florent est encore celle du pape Adrien VI et je ne m’aperçois pas que la tiare m’ait donné le privilège de l’infaillibilité, que je n’avais pas comme docteur de Louvain. » [Défense des libertés de l’Église gallicane, etc. ]

On ne m’accusera pas, j’espère, d’avoir cherché à dissimuler l’existence d’un fait, qui peut fournir contre ma thèse les plus graves difficultés. Pour récompense, il me sera bien permis de remercier en passant Maimbourg et M. de Barrai d’avoir enfin reconnu la réelle et complète rétractation de Pie II. Désormais, leur témoignage pourra sur ce point contrebalancer celui de Bossuet.

Cependant il nous faut savoir la réponse que l’on peut opposer à l’objection, que l’évêque de Tournai proposait au docteur Steyaert d’une manière qui ne manque pas de piquant :

« Quid docet Papa, ut Papa, infallibiliter verum est ; atqui aliquis Papa (Adrianus VI), ut Papa, docet Papam esse fallibilem ; Ergo infallibiliter verum est Papam esse fallibilem. »

Voilà comment par un argument ad hominem, Gilbert de Choiseul croyait arrêter les défenseurs des doctrines ultramontaines.

Eh bien, les théologiens ne furent nullement embarrassés. Pour la plupart, ils nièrent que le pape Adrien VI eût parlé comme pape, même dans un livre réimprimé par ses ordres; d’autres en plus petit nombre, cherchèrent à expliquer les paroles du docteur de Louvain, de manière à établir qu’elles ne contenaient rien d’injurieux à l’infaillibilité pontificale. Bref, leurs réponses furent trouvées suffisantes aux yeux des Gallicans modérés, et l’objection tirée du livre d’Adrien VI perdit beaucoup de sa force. Ecoutons Tournely :

« Responsio facilis est : Haec docuit Adrianus doctor privatus Lovaniensis, quae quidem factus pontifex non revocavit : at ea ex cathedra proposuisse toti Ecclesise credeada tanquam dogmata fidei quis affirmare ausit. » [De Ecclcsia, t. II, p. 196, éd. de Paris 1727.]

Je ne veux pas ici rapporter en détail les explications des théologiens, ni, a plus forte raison, les discuter. Je me range ouvertement vers ceux qui soutiennent que la réimpression de l’ouvrage d’Adrien n’est, en définitive, que le fait d’un particulier, n’entraînant aucune conséquence fâcheuse contre le Saint Siège. Toutefois, j’avouerai volontiers qu’une fois admis dans les paroles d’Adrien un sens défavorable à l’infaillibilité, on ne voit guère comment la réimpression du livre, ordonnée ou seulement permise par le Pape, ne devient pas un acte de tolérance en faveur de l’opinion gallicane. Dans ce système, il reste un nuage que les réponses des théologiens ne me semblent pas avoir totalement dissipé.

Mais heureusement l’histoire vient à notre secours. Elle nous apprend que l’impression du fameux ouvrage d’Adrien ne fui jamais le fait du Pontife. Son livre fut imprimé à son insu; et loin d’approuver l’empressement de ses amis, le Pape les en reprit sévèrement. C’est ce que M. Reussens, de l’Université de Louvain, a mis, il y a quelques années, dans le plus grand jour. Je me borne à suivre le savant auteur [ Le travail du docteur Reussens est intitulé : Syntagma Doctrinae théologiae Adriani VI, Lovanii 1862]

Le Commentaire d’Adrien sur le Quatrième livre du Maître des Sentences a eu l’honneur de deux éditions; la première à Paris, en 1316, la seconde à Rome, en 1522. L’une et l’autre furent faites à l’insu du docteur de Louvain. Voici nos preuves.

L’auteur de la vie d’Adrien VI, Moringus l’affirme en termes exprès de l’édition de Paris : « Lisez, dit-il, lisez les écrits qu’il a laissés, en particulier ce remarquable ouvrage sur le Quatrième livre des sentences de Pierre Lombard. Si je ne me trompe il est nécessaire de parcourir plusieurs siècles pour rencontrer en ce genre plus d’érudition et de doctrine; et cependant ce livre n’a point reçu son dernier poli. Il a été imprimé et publié à l’insu de son auteur par des amis trop empressés, qui craignaient peut-être que l’ouvrage ne vît jamais le jour :

Quod tamen extremam lineam non dum passum crat, sed ab amicis nominis ejus studiosioribas, et fartasse metuentibus, ne alioquin in apertum non prodiret, ei clam subduction et prelo datum fuit.

C’est ce qu’atteste hautement Radius dans la préface du livre. Radius était l’imprimeur et l’éditeur de l’ouvrage d’Adrien. Voici les paroles de la préface ou plutôt la lettre de remerciement qu’il adresse à Dassonville, carme, et dont le zèle s’est déployé avec activité dans le cours de cette publication. Je ne doute nullement qu’une grande reconnaissance ne i nous soit acquise, à vous, et à moi, de la part de la multitude de ceux qui tiennent l’auteur en singulière estime et vénération : à vous pour avoir formé le dessein d’une publication si importante; à moi pour avoir secondé cet heureux projet. Toutefois il est un homme dont je redoute l’opposition, c’est l’auteur même, en l’absence et à l’insu duquel nous » avons imprimé l’ouvrage :

Unius tamen offensionem et tum mttoritati et mese credulitati subvereor,, auctoris videlicet ipsius cujus opas non émission, nec penitns absolutum, EO INCONSULTO, quia absente et apud Hispaniarum regem legationem agente, emisimus.

Enfin l’orateur qui, en présence du Sacré-Collège, fit l’oraison funèbre d’Adrien VI, s’exprima de la sorte touchant l’ouvrage en question :

« Entre autres livres, Adrien a écrit deux volumes, l’un qui a est un Commentaire sur le Quatrième livre du Maître des sentences… lesquels, à raison de leur excellente doctrine, sont aujourd’hui dans toutes les mains. Quoique ses amis en aient procuré l’impression, Adrien ignora pourtant leur dessein ; et quand il apprit qu’ils les poursuivaient, il se laissa aller à une indignation véhémente: Quae licet prelo postmodum ab amicis tradita fuerint, ille tamen et ignoravit, et cum rescivisset plurimum fuit indignatus. »

Après de pareils témoignages, n’est-il pas évident qu’Adrien VI n’a pris aucune part à la première publication de son livre en 1516, lorsqu’il était simple docteur de l’Université de Louvain?

Mais, objectera-t-on, pourquoi, devenu Pape, Adrien a-t-il permis plus tard qu’on réimprimât un livre dont la publication lui avait été si désagréable?

La réponse est bien simple. Adrien VI n’a rien permis du tout; puisque la seconde édition de ses oeuvres, celle de 1522, fut encore faite à son insu. Ecoutons le témoignage du ministre Calvus, de Nimègue, auteur de l’édition romaine, disant dans son épître dédicatoire à Jean Ruffo, archevêque de Cosenza :

« Un homme si illustre que vous m’aviez appris si bien à admirer, ayant été, par un bienfait du ciel, préposé au gouvernement de l’église, j’ai cru faire une œuvre très méritoire en réemployant de tout mon pouvoir à donner une édition fort soignée des écrits qu’il a composés pendant son séjour à Louvain ; d’autant que l’édition française fourmille de fautes. J’avais déjà de mon propre mouvement, commencé cette entreprise, atque huic rei mea sponte jam salis incumbebam, lorsque deux protonotaires apostoliques, aussi recommandables par leurs vertus que par leur talent, et grands admirateurs d’Adrien, encouragèrent puissamment, etc., etc. »

Que si, continue, M. Reussens, l’on veut étudier attentivement l’édition romaine des œuvres d’Adrien VI, on ne tardera pas à se convaincre qu’elle s’est faite en dehors de toute participation du Pape.

Est-il croyable, en effet, que sou honneur d’écrivain lui eût permis de laisser passer une foule de fautes grossières qui s’y rencontrent.

Enfin, si quelqu’un me demandait pourquoi le pape Adrien n’a point protesté contre l’édition de Rome, ainsi qu’il l’a fait contre l’édition de Paris, je lui répondrais qu’Adrien étant mort peu de temps après son élection, il est très possible que le Pape n’ait pas même eu connaissance de la nouvelle édition de son livre. Et puis supposant qu’il l’ait connue, esi-il invraisemblable que, surpris par la mort, Adrien VI n’ait pas eu la facilité de publier la protestation qu’il méditait ?

En voilà bien assez, je pense, pour aider le lecteur à conclure que le pape Adrien VI ne favorisa jamais, ni de près ni de loin, les opinions gallicanes. Que les partisans du gallicanisme veulent donc retirer Adrien de la liste des Papes entachés de leurs erreurs. La foi d’Adrien, comme celle de Pie II et de Sylvestre II, fut toujours immaculée.

Et maintenant, aux auteurs gallicans de nous expliquer pourquoi avec tant d’insistance ils ont cherché à exploiter les noms de Gerbert, d’AEneas Sylvius et d’Adrien VI. Est-ce ignorance? Est-ce mauvaise foi? Nos lecteurs jugeront.

Dix ans avant l’époque de la célèbre Déclaration, un prédicateur prêchant sur l’infaillibilité du Pape, dénonçait à l’indignation des gens de bien,

« certains théologiens de courte robe qui semblent jeter des scrupules dans les esprits faibles, lesquels il est impôt tant de lever ; et il y eu a qui vont déterrer de vieux grimoires pour prouver qu’il y a eu des » Papes qui ont failli. [Sermon du P. Duhamel, jésuite» prêché h Paris eu 1673 et dénoncé dans un réquisitoire de Domat.] »

Du moins ces théologiens de robe courte n’allaient pas jusqu’à vouloir faire les Papes eux-mêmes complices du gallicanisme.

« II est assurément fort triste que la véritable doctrine ait sur ce point subi les plus insolentes attaques, de la part d’ecclésiastiques et de docteurs engagés par état à la défendre. [Revue du monde catholique, nouvelle série, t. VII, p. 327. Art, du P. Montrouzier, mort peu de temps après avoir si vaillamment défendu, dans cette Revue, la sainte cause de l’infaillibilité] » (Histoire apologétique de la papauté, tome 7, pp. 267-275)

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7 commentaires sur “Adrien VI : « beaucoup de Pontifes Romains ont été hérétiques » ?

  1. Pingback: Réponses aux objections historiques contre la primauté et l’infaillibilité du Pape (2) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Richard
    4 décembre 2017

    Bonjour, j’apprécie énormément vos mise aux points historiques sur les mensonges professés contre L’Église.
    Cependant, je me demande, si un pape ne peut errer dans la foi, comment interpréter les différentes positions tenues, depuis le concile Vatican II, sur des sujets aussi variés que : l’œcuménisme ou encore sur l’accès à la communion des personnes dites « divorcés-remariés » (pour parler d’un sujet d’actualité) ?

    • Ressources Catholiques
      4 décembre 2017

      Bonjour,

      Merci de votre message et de votre question.

      Je suis moi-même désemparé par les papes qui ont succédé à Pie XII. J’ai personnellement la position de l’abbé Jean-Michel GLEIZE, théologien de Mgr FELLAY et professeur d’ecclésiologie à Ecône. A savoir que nous avons un faisceau de raisons de penser que les successeurs de Pie XII sont réellement papes, mais que le modernisme qui est le leur met un obstacle au passage de la puissance à l’acte du charisme d’infaillibilité qu’ils ont pourtant reçu lors de leur élection. Aussi, nos articles qui défendent l’infaillibilité du Pape contre vents et marées ne « concernent pas » les papes modernes.

      Soyez béni, que la Grâce et la paix du Christ vous accompagnent,

      Nicolas

      • Richard
        4 décembre 2017

        Je vous remercie pour votre réponse qui me permet d’approfondir mes connaissances sur la position de la FSSPX.
        Je suis moi-même sympathisant de leurs thèses.
        Cependant, cette déclaration de François, faite hier, qui vient répondre à la correctio filialis émise il y a quelques temps et dont Mgr Fellay est signataire ( https://rorate-caeli.blogspot.com/2017/12/pope-francis-promulgates-buenos-aires.html ) me chamboule un peu.
        J’ignore si on peut toujours tenir les anciennes positions face à ce nouvel événement.

        De plus, depuis quelque jours, je vois pas mal de mes collègues se tourner vers le sédévacantisme. Pour ma part, je me garderai de de faire un tel choix dans l’immédiat. Je préfère rester mesuré et attendre la réactions des différents acteurs de cette séquence tragique. Je suis néanmoins, désemparé par cette situation.

        Soyez béni vous aussi.

      • Ressources Catholiques
        6 décembre 2017

        Il n’y a pas de quoi. Lorsque vous parlez de vos « collègues », ce sont vos collègues de travail ? Il y a des milieux de travail où il y a autant de tradis que ça ?

  3. Richard
    6 décembre 2017

    non, par « collègues » j’entends des amis (une utilisation sudiste du terme d’après le Wiktionnaire mais je l’ignorais… 🙂 )

    • Ressources Catholiques
      6 décembre 2017

      Ah d’accord 😉

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Cette entrée a été publiée le 29 novembre 2017 par dans Catholicisme, Foi Catholique, Papauté, et est taguée .
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