+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La querelle de la Pâques et la Papauté

Dossier sur la Papauté : ici

Il est un événement de la fin du IIè siècle qui a fait coulé beaucoup d’encre au sujet de l’autorité papale. Il s’agit de la controverse de la Pâque, visant à déterminer si on devait la fêter le 14 nisan comme les juifs (les partisans de cette thèse se nommaient les quatrodécimans) ou le dimanche suivant. C’est un événement dans lequel aussi bien les défenseurs que les ennemis de la Papauté pensent trouver un argument en faveur de leurs positions. Nous nous proposons ici de mettre fin au débat en établissant une bonne fois pour toute que cette affaire témoigne de manière tonitruante en faveur de la souveraineté de la Chaire de saint Pierre ! L’abbé Charles-Emile FREPPEL, qui deviendra un célèbre évêque d’Angers, après avoir réfuté les objections contre l’interprétation en faveur de la primauté romaine dans le célèbre passage de saint Irénée Contre les hérésies, III, 3, 2, présente ainsi l’objection :

« Le dernier critique protestant qui se soit occupé du texte de saint Irénée n’a pas cru pouvoir nier que l’évêque de Lyon proclame la nécessité d’un accord dans la foi avec l’Eglise romaine; mais, pour échapper à la conséquence qui découle de là contre les communions dissidentes, il s’est appuyé sur un fait que Néander et Grabe avaient également allégué dans le même but [Die christliche Kirche an der Schwelle des lrenaeischen Zeilalters, von D. Graul; Leipzig, 1860, p. 138]. Ce qui prouve, dit-il, que saint Irénée n’attribue pas à l’évêque de Rome un pouvoir de juridiction sur l’Église universelle, c’est son altitude en face du pape saint Victor dans la question des quarto-décimans, dans la controverse entre le pontife romain et quelques évoques do l’Asie Mineure touchant le jour où l’on devait célébrer la Pâque. Il faut être doué d’une audace peu commune pour chercher une objection dans ce qui fournit au contraire une preuve irrécusable de la prérogative du Siège apostolique. Nous avons démontré, l’an dernier, en analysant les premières lettres des papes, que ce débat liturgique sur la célébration de la Pâque fait ressortir l’autorité souveraine qu’exerçaient les successeurs de saint Pierre, au IIè siècle, en Orient aussi bien qu’en Occident [Les Apologistes chrétiens au IIè siècle, Tatien, Hermias etc., leçon XIX, p. 397 et suiv.]. C’est pourquoi nous ne reviendrons là dessus que pour déterminer le rôle de saint Irénée dans cette mémorable discussion. Or, l’évêque de Lyon ne conteste nullement au souverain Pontife le droit d’excommunier les Orientaux; de plus, il partage son sentiment sur le fond même de la question. Seulement, il estime que la gravité de celle sentence comminatoire n’est pas en rapport avec le peu d’importance du point en litige. A son avis, au lieu de déployer une si grande servilité dans une affaire de pure discipline, qui ne louche pas au dogme, il vaudrait mieux user de la tolérance qu’avaient montrée les prédécesseurs de Victor. Voilà toute la substance de sa lettre au pape, dont Eusèbe nous a conservé un fragment [Eusèbe, Hist. ecclés., V, 24].  C’est une remontrance respectueuse, telle que tout évêque catholique pourrait en adresser une, en pareil cas, au chef de l’Église; mais il faudrait vouloir s’aveugler soi-même pour y trouver la négation d’un droit quelconque. Cette tentative de conciliation fait honneur au caractère de saint Irénée dont elle prouve le zélé pour les intérêts de l’Église; il est même probable qu’elle eut un plein succès auprès du pape, en l’empêchant de donner suite à la menace d’excommunication qu’il avait lancée contre Polycrate d’Éphèse el ses partisans: c’est du moins le résultat qu’attribue à celle intervention pacifique saint Anatole d’Alexandrie, dans son Livre sur la Pâque composé vers la fin du IIIè siècle. En tout cas, cette démarche entreprise par l’évêque de Lyon dans un esprit de modération et de charité chrétienne ne contredit d’aucune façon le sentiment qu’il exprime ailleurs sur la suprématie de l’Église romaine. »» (Saint Irénée et la primauté du pape. Leçon faite à la Sorbonne en 1860 par M. L’abbé FREPPEL, Doyen de Ste Geneviève, professeur à la Sorbonne, pp. 23-24. Extrait des oeuvres de Mgr Freppel Tome IV, Saint Irénée et l’éloquence chrétienne dans la Gaule pendant les deux premiers siècles)

Vous trouverez ci-dessous le récit de l’événement suivit d’une réfutation précise des prétentions anti-romaines et des preuves de la Papauté que cette affaire recèle, puis une explication plus approfondie de l’enjeu et des dessous de la controverse, plaidant eux aussi dans le sens de la Papauté

Voici le plan de notre étude :

I) La récit de l’événement

II) Une preuve de l’autorité romaine

A) C’est le Pape qui ordonna la tenue de ces synodes

B) Les synodes considèrent le Pape comme leur supérieur

C) Victor se reconnaît le pouvoir d’excommunier de l’Eglise universelle

III) Réponse à une objection : cette excommunication fut contestée par saint Irénée et beaucoup d’autres

IV) La date de la Pâques considérée comme un question de Foi par les Asiates

V) Victor a-t-il été trop sévère ?

VI) Le jugement ultérieur de saint Jérôme (347-420)

VII) Les aveux des ennemis de la Papauté

VIII) Conclusion

I) La récit de l’événement

L’événement nous est connu par Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 339), le plus ancien historien de l’Eglise dont les œuvres nous soient parvenues. Il la raconte dans le livre V de son Histoire ecclésiastique :

CHAPITRE XXIII

[DE LA QUESTION DE LA PAQUE SOULEVÉE ALORS]

Une question d’importance assurément non médiocre, fut soulevée à cette époque. Les chrétientés de toute l’Asie, d’après une tradition fort antique, pensaient qu’il fallait garder, pour la fête de Pâque du Sauveur, le quatorzième jour de la lune, auquel il était ordonné aux Juifs d’immoler l’agneau, et qu’il fallait alors absolument, quelque jour de la semaine qu’il puisse arriver, mettre fin au temps du jeûne. Mais les églises de tout le reste de la terre n’avaient pas coutume d’observer celle conduite, elles suivaient, en vertu d’une tradition apostolique, l’usage en vigueur aujourd’hui, et pensaient qu’en aucun autre jour, si ce n’est celui de la résurrection de notre Sauveur, il ne convenait de mettre fin au jeûne.

[2] Des synodes et des assemblées d’évêques se réunirent à cette même époque, et tous unanimement, en des lettres, portèrent un décret de l’Église pour les fidèles de tous les pays. Ils décidèrent que le mystère de la Résurrection du Seigneur d’entre les morts ne serait pas célébré un autre jour que le dimanche, et que, ce jour-là seulement nous observerions la fin des jeûnes de Pâque.

[3] On a encore aujourd’hui la lettre émanée des évêques assemblés alors en Palestine et que présidèrent Théophile, évêque de l’église de Césarée, et Narcisse, évêque de celle de Jérusalem. On a pareillement une autre lettre des évêques réunis à Rome pour la même question, et qui nous montre que Victor était évêque. On possède aussi celle des évêques du Pont, présidés par Palmas, en qualité de plus ancien ; celle des chrétientés de  Gaule, dont l’évêque était Irénée; [4] celle encore des évêques de l’Osroène et des villes de ce pays ; on a encore spécialement les lettres de Bacchyle, évêque de l’église de Corinthe, et d’un grand nombre d’autres. Ils exposent la même et unique opinion et décision, et établissent le même décret. Et leur unique règle de conduite était celle qui a été dite.

CHAPITRE XXIV

[DU DISSENTIMENT DE L’ASIE]

Les évêques de l’Asie, qui affirmaient avec force qu’il fallait conserver l’ancienne et primitive coutume qui leur avait été transmise, avaient à leur tête Polycrate. Lui-même aussi, dans une lettre qu’il écrivit à Victor et à l’église de Rome, expose en ces termes la tradition venue jusqu’à lui :

« [2] Nous célébrons donc avec scrupule le jour sans rien ajouter ni retrancher. C’est encore en effet dans l’Asie que se sont éteintes de grandes lumières ; elles ressusciteront au jour de la parousie du Seigneur, dans laquelle avec gloire il viendra des cieux, pour chercher tous les saints, Philippe, l’un des douze qui s’est endormi à Hiérapolis, ainsi que deux de ses filles qui ont vieilli dans la virginité ; une troisième qui vivait dans le saint Esprit, est décédée à Éphèse.[3] C’est encore aussi Jean, qui a reposé sur la poitrine du Sauveur, qui fut prêtre et portait la lame [d’or], martyr et docteur. Il s’est endormi à Éphèse. [1] C’est encore aussi Polycarpe à Smyrne, évêque et martyr. C’est Thraséas d’Euménie, évêque et martyr, qui s’est endormi à Smyrne [5] Qu’est-il besoin de citer Sagaris, évêque et martyr, qui s’est endormi à Laodicée, et le bienheureux Papyrius, l’eunuque Méliton, qui a vécu entièrement dans le saint Esprit et repose à Sardes en attendant la visite des deux, dans laquelle il ressuscitera d’entre les morts ? [6] Ceux-là ont tous gardé le quatorzième jour de la Pâque selon l’Évangile, ne s’écartant en rien, mais suivant la règle de la foi.

« Et moi-même aussi, Polycrate, le plus petit d’entre vous tous, je garde la tradition de ceux de ma parenté dont j’ai suivi certains. Sept de mes parents ont en effet été évêques et je suis le huitième, et toujours mes parents ont célébré le jour où le peuple s’abstenait de pains fermentés. [7] Pour moi donc, mes frères, j’ai vécu soixante-cinq ans dans le Seigneur, j’ai été en relation avec les frères du monde entier, j’ai parcouru toute la Sainte Écriture, je n’ai pas peur de ce qu’on fait pour nous émouvoir, car de plus grands que moi ont dit : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. » [Actes V, 29]

[8] il ajoute à cela, à propos des évêques qui étaient avec lui quand il écrivait et qui partageaient son avis, et il dit ceci :

« Je pourrais faire mention des évêques qui sont ici avec moi, que vous avez désiré que je rassemblasse et que j’ai réunis. Si j’écrivais leurs noms, ils feraient un grand nombre ; ils connaissent ma petitesse et cependant ils ont approuvé ma lettre, sachant que je ne porte pas en vain des cheveux blancs, mais que j’ai toujours vécu dans le Christ Jésus. ».

[9] Sur ce, le chef de l’église de Rome, Victor, entreprend de retrancher en masse de l’unité commune les chrétientés de toute l’Asie ainsi que les églises voisines, les tenant pour hétérodoxes. Il notifie par lettres et déclare que tous les frères de ces pays-là sans exception étaient excommuniés. [10] Mais cela ne plut pas à tous les évêques, ils l’exhortèrent au contraire à avoir souci de la paix, de l’union avec le prochain et de la charité : on a encore leurs paroles; ils s’adressaient à Victor d’une façon fort tranchante. [11] Parmi eux encore se trouve Irénée, il écrivit au nom des frères qu’il gouvernait en Gaule. Il établit d’abord qu’il faut célébrer seulement le jour du dimanche le mystère de la Résurrection du Seigneur; puis, il exhorte Victor respectueusement à ne pas retrancher des églises de Dieu tout entières qui gardent la tradition d’une coutume antique et donne beaucoup d’autres avis : il ajoute encore ceci en ces termes :

[12] « Cette discussion en effet ne regarde pas seulement la date, mais aussi la manière même de jeûner; car les uns croient qu’ils ne doivent jeûner qu’un jour, les autres deux, et les autres davantage. Certains comptent quarante heures du jour et de la nuit pour leur jour. [13] Celte diversité d’observances n’est pas de notre époque, mais bien antérieure à notre temps, nos devanciers qui ont avec exactitude, comme il semble, retenu cette coutume par simplicité ou ignorance, l’ont transmise après eux ; tous n’en gardaient pas moins la paix et nous la gardons les uns envers les autres, et la différence du jeûne confirme l’unanimité de la foi. .»

[14] Irénée ajoute encore à cela un récit qu’il est convenable de citer ; en voici la teneur :

« Parmi ceux-ci, les presbytres avant Soter qui ont présidé à l’église que tu gouvernes aujourd’hui, nous voulons dire Anicet, Pie, Hygin, Thélesphore, Xystus, ne gardaient pas, eux non plus, [les observances des Asiatiques] et ils ne les imposaient pas à ceux qui étaient avec eux, et sans les garder, ils n’en restaient pas moins en paix avec ceux des chrétientés où cette coutume était en vigueur, lorsque ceux-ci venaient à eux ; pourtant la différence paraissait davantage entre ceux qui gardaient et ceux qui ne gardaient pas les observances. [15] Personne cependant n’état jamais chassé pour celle façon de se conduire, mais les presbytres qui l’ont précédé, qui eux-mêmes n’observaient pas cette coutume, envoyaient l’eucharistie à ceux des chrétientés qui la gardaient. [16] Le bienheureux Polycarpe, lui aussi, fit un séjour à Rome sous Anicet ; ils avaient entre eux divers autres différends de minime importance, ils furent rapidement d’accord, et sur ce chapitre ils ne chicanèrent pas. Anicet ne pouvait pas en elle persuader à Polycarpe de ne pas observer ce qu’avec Jean, le disciple de notre Seigneur, et avec les autres apôtres, dont il avait été le familier, il avait toujours observé. Polycarpe de son côté n’amena pas non plus à l’observance Anicet, qui lui dit qu’il fallait conserver la coutume des presbytres qui avaient précédé. [17] Les choses étaient ainsi : ils restaient unis l’un à l’autre, et à l’église Anicet cédait l’eucharistie à Polycarpe, évidemment par déférence, et ils se quittèrent l’un l’autre en paix, et dans l’Église tous avaient la paix, qu’ils gardassent ou non l’observance. »

[18| Irénée portait vraiment son nom et par sa conduite il était pacificateur ; c’est ainsi qu’il conseillait et prêchait pour la paix des églises. Il écrivit, et non seulement à Victor, mais à beaucoup d’autres chefs d’églises, des choses analogues, pour les entretenir de la question agitée.

CHAPITRE XXV

[COMMENT TOUS, D’UNE COMMUNE VOIX, S’ACCORDÈRENT SUR LA PÂQUE]

Cependant, ceux de Palestine dont nous avons parlé récemment, Narcisse et Théophile, et avec eux Cassius, évoque de l’église de Tyr, et Clarus, évêque de celle de Ptolémaïs, ainsi que ceux qui s’assemblèrent avec eux, exposèrent longuement la tradition venue jusqu’à eux par la succession des apôtres, en ce qui concerne la pâque, et, à la fin de leur lettre, ils ajoutèrent ceci en propres termes :

« Ayez soin d’envoyer des exemplaires de notre lettre à chaque chrétienté, afin que nous ne soyons pas responsables de ceux qui facilement égarent leur âme. Nous vous déclarons que ceux d’Alexandrie célèbrent aussi Pâque le même jour que nous. Ils ont en effet reçu des lettres de nous, et nous en avons reçu d’eux, en sorte que nous fêtons d’accord et ensemble avec eux le saint jour. »

L’historien de l’Eglise Socrate de Constantinople, dit Socrate le Scolastique (vers 380-450) évoque l’événement en montrant bien en quoi cette affaire de la date de la Pâques avait aussi de fortes implications quant au problème des judaïsants (Histoire ecclésiastique, V, 21-22).

II) Une preuve de l’autorité romaine

Les anti-papistes allèguent que cet épisode prouve que la Papauté n’existait pas à l’époque pour le double motif que Polycrate d’Ephèse refusa de se soumettre et que les des évêques, dont saint Irénée, firent part à saint Victor de leur désaccord avec sa décision d’excommunier les chrétiens de la province d’Asie.

Mais comment ne pas voir que tout cela, loin de constituer une réfutation de la suprématie romaine en est au contraire une preuve éclatante ?!

Laissons la parole à Mgr Justin FÈVRE pour répondre :

« Au moins vous confesserez qu’il est évident, par la résistance de Polycrate, que le Pape n’avait pas alors cette grande et universelle puissance qu’il a exercée depuis. [ndlr : tel n’est pas l’affirmation de Mgr FEVRE lui-même, mais l’affirmation des adversaires qu’il traduit] — Certainement Polycrate résista au pape Victor ; mais la résistance ne prouve pas qu’on ignorât, pas plus alors qu’en d’autre temps, l’autorité du Souverain-Pontife. La résistance ne diminue pas l’autorité législative, elle la suppose. Dans les temps postérieurs, quand les Pontifes romains exerçaient plus tranquillement le grand pouvoir attaché à leur ordre, il ne manqua pas d’hommes qui résistèrent à l’autorité du Siège apostolique, même la méprisèrent avec une criminelle audace. Les conciles ont vu également, après leurs plus solennelles assises, des hérétiques et des schismatiques, s’insurger contre les plus authentiques décisions. Mais la résistance des récalcitrants ne prouve pas le défaut d’autorité, pas plus pour les conciles que pour le Pape.

La négociation de cette affaire montre d’ailleurs qu’à cette époque le souverain pouvoir du Pontife romain, dans le gouvernement de l’Eglise, était parfaitement reconnu et respecté. D’abord la conduite de Victor le prouve, lui qui, dès le commencement de la controverse, montra clairement qu’à lui appartenait le devoir de traiter les principales affaires de l’Eglise universelle, et retint, comme l’incontestable possession du Siège apostolique, la sollicitude de toute les Eglises. Les évêques le confirment, eux qui, dans tout l’univers, sur la décision du pape Victor, tiennent des conciles dans les provinces pour assister le Souverain-Pontife à l’occasion de la sentence qu’il devait porter sur cette grave affaire. Ce qui le montre encore, ce sont les menaces de cette excommunication à porter, si les Asiatiques ne changent de conduite. Enfin le souci et le zèle des évêques, pour empêcher Victor de frapper, montre les évêques persuadés que le Pontife pouvait retrancher de l’Eglise ceux qu’il privait de la communion. Il serait incroyable que tant d’évêques, recommandables à tous les titres, aient si fort redouté la sentence du pape Victor, s’il n’eût été parfaitement connu que Victor avait le pouvoir d’excommunier. » (Mgr Justin FÈVRE, Histoire apologétique de la Papauté, tome 1, pp. 386-387)

Développons cette pensée en reprenant les choses dans l’ordre.

A) C’est le Pape qui ordonna la tenue de ces synodes

L’affaire traitée était « d’importance assurément non médiocre » comme le dit Eusèbe dès la première phrase. La chose ne paraît pas évidente lorsqu’on ne connaît pas le fond du problème, mais retenons seulement ici que l’affaire était grave, nous y reviendrons plus bas. C’est donc pour une affaire grave que l’évêque de Rome se sentit le devoir d’intervenir et de faire convoquer des conciles dans toutes l’Eglise universelle. En effet, Polycrate en écrivant à Victor écrit : « Je pourrais faire mention des évêques qui sont ici avec moi, que vous avez désiré que je rassemblasse et que j’ai réunis » (XXIV, 8).

C’est donc au commandement de l’évêque de Rome que tous ces conciles furent réunis, et il y a tout lieu de penser que la liste des lettres en résultant et dont Eusèbe fait la liste (XXIII, 3-4) n’est pas exhaustive et qu’Eusèbe ne mentionne que celles qu' »On a encore aujourd’hui ». Mais quand bien même ces synodes n’auraient eu lieu qu’en ces seuls endroits, dispersés dans tout l’empire, cela seul suffirait à prouver le pouvoir universel du Pape.

B) Les synodes considèrent le Pape comme leur supérieur

Les synodes agissent vis-à-vis de Victor comme vis-à-vis de leur seul chef. Nous le voyons en deux endroits. D’abord chez  Polycrate qui adresse sa lettre au seul Victor. Mais pourquoi lui aurait-il écrit à lui plutôt qu’à n’importe quel évêque non-quartodéciman d’Asie mineure avec lequel avec lequel la concorde aurait été bien plus importante qu’avec l’Evêque de Rome… si celui-ci n’avait pas l’autorité supérieure ? Au contraire, c’est une nouvelle preuve de son pouvoir ! Polycrate écrit à Victor comme à son supérieur, celui à qui il faut rende compte de ces décisions, celui qui avait de droit et le pouvoir d’ordonner la réunion de synodes partout dans l’Eglise et qui était le récipiendaire naturel de leurs comptes rendus. L’argument que Polycrate écrirait à Victor pour « plaider sa cause » contre son excommunication ne tient pas car c’est à cause de cette lettre, et donc après elle, que Victor prit cette décision. Polycrate écrit bel et bien à Victor comme a celui qu’il sait détenir le pouvoir d’ordonner la cessation des pratiques quartodécimanes ou au contraire celui de les tolérer : il tente de se justifier ! Ensuite chez les Evêques de Palestine : Eusèbe nous apprend au chapitre XXV que ces derniers non seulement rendent compte à Rome, mais encore qu’ils ajoutèrent ceci à la fin de leur lettre : « Ayez soin d’envoyer des exemplaires de notre lettre à chaque chrétienté ». Cela signifie d’une part que leur lettre avait un seul destinataire, Victor, et d’autre part que les Evêques de Palestine savaient que Victor avait le pouvoir de donner l’ordre de toute l’Église d’observer leur date de la Pâque.

C) Victor se reconnaît le pouvoir d’excommunier de l’Eglise universelle

Le seul fait que Victor se soit senti le droit et le pouvoir « de retrancher en masse de l’unité commune les chrétientés de toute l’Asie ainsi que les églises voisines, les tenant pour hétérodoxes » (XXIV, 9) n’est-il pas une preuve de sa juridiction universelle ? Comment un évêque qui n’aurait pas eu de pouvoir au-delà de son seul diocèse aurait-il pu ne serait-ce qu’avoir l’idée de faire une telle chose ? Et comment se fait-il qu’Eusèbe rapporte cette décision sur un simple ton narratif et non critique ? Comment se fait-il qu’il évoque cette décision comme si elle avait eut (ou aurait réellement eut, si jamais elle fut désamorcée) pour effet de « de retrancher de l’unité commune les chrétientés de toute l’Asie ainsi que les églises voisines » ?

III) Réponse à une objection : cette excommunication fut contestée par saint Irénée et beaucoup d’autres

Il n’empêche, répondront nos adversaires, qu’il a quand même dut essuyer l’opposition « fort tranchante » de plusieurs évêques et même de saint Irénée. Aussi, cette objection nous permet paradoxalement d’établir une quatrième preuve en faveur de la Papauté ! En effet, les évêques qui s’opposèrent à Victor et dont nous n’avons plus les propos tinrent sans doute en substance le même discours que saint Irénée. Et que dit ce dernier ? Réprimande-t-il Victor d’usurper un pouvoir qu’il n’a pas ? Lui dit-il « Pour qui te prends-tu ?! Tu n’as pas le droit de faire cela ! » ? Loin s’en faut ! Il ne fait que développer des arguments de faits pour établir que cette excommunication n’était pas pertinente. Donc tout au contraire de la négation du pouvoir universel de l’évêque de Rome, l’attitude de ces évêques la suppose ! Les évêques n’accusent pas Victor d’usurper un pouvoir qu’il n’a pas mais de mal user d’un pouvoir dont ils le reconnaissent, au moins implicitement, légitimement détenteur !

C’est ce que reconnaît le non-catholique Trevor Gervase JALLAND (1898-1975) :

« Il n’y a aucune trace d’une protestation contre l’action de Victor pour des raisons de principe. Personne n’a laissé entendre qu’il n’avait pas le droit d’agir comme il l’avait fait » (Church and Papacy, page 121

D’ailleurs la manière dont Eusèbe rapporte l’événement est sans ambiguïté : si Victor avait été jusqu’au bout, les diocèses concernés aurait bel et bien été retranchés de la communion universelle de l’Eglise ! Autrement ses confrères évêques lui auraient rient au nez, voire l’auraient excommunié à leur tour, et n’aurait pas du tout eu l’attitude qu’ils ont eu.

« Ce démêlé démontre d’une manière bien claire l’autorité du Pontife de Rome sur l’Eglise universelle. Le judaïsme menace de se mêler au christianisme ; il y a un danger pour la foi ; de suite le Pape se met en devoir de l’éloigner. Il ordonne aux évêques de se réunir en différents conciles ; partout on se soumet. Il leur adresse un décret conforme à la coutume romaine ; presque tous obéissent sans réplique. Seuls les évêques de l’Asie-Mineure osent lui résister, et encore ils ne nient pas son autorité, ils n’objectent pas que ce procédé de l’évêque de Rome porte atteinte à leur indépendance ; ils n’allèguent que la tradition venant de l’Apôtre saint Jean, tradition pour laquelle ils professent le plus grand respect. Le Pape menace les réfractaires de peines très-graves ; saint Irénée et les autres évêques ne contestent pas son pouvoir, ils ne lui représentent pas qu’il est leur égal et qu’il s’arroge un droit qu’il n’a pas. Non, ils se contentent de lui conseiller la modération, et de l’engager à ne pas excommunier tant de florissantes communautés pour une affaire de discipline. Qui ne voit de suite que, si son autorité eût été une chimère ou une usurpation sur des collègues, ses menaces eussent attiré sur lui le flot de l’indignation ou du ridicule, absolument comme si un évêque du Canada se mettait en tête d’excommunier des prélats d’Espagne ou de Russie ? Ce fait historique montre donc encore une fois qu’à la fin du second siècle les évêques de Rome jouissaient d’un pouvoir incontesté sur l’Eglise universelle et cela, pare qu’ils étaient regardés comme les successeurs de saint Pierre, du Prince des Apôtres. » (Abbé Louis-Nazaire BEGINLa primauté et l’infaillibilité des souverains pontifes, 1873, pp. 41-42)

« On a cru saisir, dans la conduite d’Irénée lors de la controverse pascale, la preuve que pratiquement il n’aurait pas la primauté du pontife romain et l’indice que le texte du Contra hæreses n’attribuerait pas à l’évêque de Rome une autorité souveraine. […] Il faut avoir bien lu distraitement les textes pour attribuer à l’évêque de Lyon une pareille indépendance. Sans doute, le pape Victor ayant entrepris de séparer les Asiates de la communion catholique à cause de leur attachement à l’usage de célébrer la Pâque le 14 nisan, Irénée lui écrivit une lettre où il lui remontrait que l’observance de la Pâque dominicale n’était pas un de ces articles pour lesquels on doive repousser quelqu’un ; il écrivit dans le même sens aux évêques. Cf. Eusèbe, H. E., l. V, c. XXIV, P. G., t. XX, col. 500-508. Pure question d’opportunité. Sur le fond du débat, lui, Irénée, disciple de Polycarpe, attaché par ses origines au rite oriental, il se rangea au parti du pape, et, dans les mêmes lettres aux évêques qui réclamaient contre l’opportunité de la sentence de Victor, il ne songea pas à protester contre le pouvoir du pape de prononcer l’excommunication, mais demanda qu’on célébrât la Pâque comme Victor le souhaitait. Eusèbe, col. 500. N’était-ce pas reconnaître la primauté du pape, et « comment veut-on que nous parlions si l’on nous interdit de désigner par le nom de chef de l’Eglise le dépositaire d’une pareille autorité ? » L. Duchesne, Autonomies ecclésiastiques. Eglises séparées, 2e édit., Paris, 1905, p. 144. Cf. M. Capellari (Grégoire XVI), Triomphe du Saint-Siège et de l’Eglise, c. XIX, n.5, trad. Jammes, dans Migne, Démonstrations évangéliques, Paris, 1843, t. XVI, col. 991-992. » (F. VERNET, Dictionnaire de théologie catholique, article « IRÉNÉE (Saint), évêque de Lyon »)

On pourrait même ajouter que saint Irénée témoigne encore autrement de l’autorité romaine, lorsqu’il évoque le voyage de saint Polycarpe à Rome :

« Le bienheureux Polycarpe, lui aussi, fit un séjour à Rome sous Anicet ; ils avaient entre eux divers autres différends de minime importance, ils furent rapidement d’accord, et sur ce chapitre ils ne chicanèrent pas. », Eusèbe écrit ailleurs : « A cette époque, Anicet gouvernait l’église des Romains. Polycarpe, qui vivait encore, fut à Rome pour s’entretenir avec lui d’une question concernant le jour de la Pâques. C’est Irénée qui rapporte ce fait. » (Histoire ecclésiastique, IV, 14, 1)

Une question se pose alors : pourquoi Polycarpe alla-t-il traiter de « différends de minime importance » avec un évêque si lointain si celui-ci n’était pas son supérieur ? Et pourquoi traiter avec lui de la question de la Pâques plutôt qu’avec n’importe quel autre évêque non-quartodéciman infiniment plus proche de lui et avec qui la concorde aurait été bien plus importante qu’avec celui de Rome ? La seule réponse possible est qu’il savait qu’Anicet était son supérieur qui avait le pouvoir de lui donner des ordres et parallèlement et qu’il était le seul à avoir le pouvoir d’imposer une règle à toute l’Église ou, plus raisonnablement et vraisemblablement à pouvoir l’autoriser avec autorité vis-à-vis des autres à conserver sa pratique. Comme le fait remarquer Vincent ERMONI :

« cette visite a une signification toute spéciale; Polycarpe est un personnage apostolique; il a connu saint Jean dont il a recueilli les enseignements; il occupe le siège de Smyrne et est l’oracle de l’Asie ; si donc, dans une question de cette nature, il fait le voyage de Rome pour consulter Anicet, c’est qu’il est convaincu que l’évêque de Rome est le chef de toutes les Eglises. » (La primauté de l’évêque de Rome : dans les trois premiers siècles, 1903, chapitre IV, p. 46)

D’ailleurs, saint Polycarpe était alors âgé de 85 ans, cela en ajoute au témoignage de la Papauté, car chez les premiers chrétiens, l’âge rehaussant encore l’autorité. Et pourtant saint Polycarpe en réfère quand même à l’Évêque de Rome.

Ajoutons enfin que saint Irénée est un des témoins privilégiés de la Papauté au IIè siècle, comme nous le démontrons dans notre exposé de son célébrissime passage de Contre les hérésies, III, 3, 2.

Nos adversaires rétorqueront que Polycrate a quand même désobéit à l’évêque de Rome et que cela signifierait que la papauté n’était pas dise à son époque. À cela nous répondrons en trois points. Premièrement nous venons de suffisamment démontrer que cet événement prouve l’autorité de l’évêque de Rome, sans que la rébellion d’une seule province puisse invalider ce fait. Deuxièmement, nous voyons bien que cet évêque désobéit en écrivant à celui sur l’ordre duquel il a convoqué un concile, pour lui dire qu’il ne changera pas sa pratique : il s’agit d’une désobéissance, or la désobéissance n’invalide pas le devoir d’obéissance mais au contraire elle le suppose (sinon ce ne serait pas une désobéissance).

IV) La date de la Pâques considérée comme un question de Foi par les Asiates

Et troisièmement, la question de la date de la Pâques était d’une importance brûlante, ce qui a conduit Victor à agir et Polycrate à se crisper sur sa position par erreur dans la foi et/ou par orgueil, croyant en plus se fonder sur une Tradition apostolique touchant à la foi, sans quoi d’ailleurs il ne se serait pas rebellé (saint Robert Bellarmin, De romano pontifice, II, 20). En effet, Polycrate écrit que la conservation de cette date pour célébrer la Pâque était « selon l’Evangile« , pour « suivre la règle de la foi » et ajoute qu’il ne peut pas changer cette date au motif qu’ « « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. » [Actes V, 29]« . C’est donc que les Asiates considéraient leur date de la Pâques comme une question de foi et de salut, et non comme une question secondaire de discipline.

Nous pouvons donc d’ores et déjà souligner que si les Asiates considéraient comme une question de foi et de salut une date de la Pâque qu’ils étaient les seuls à observer, tandis ce que le tout le reste de l’Eglise en observait unanimement une autre, ce qui signifie l’origine apostolique de la seconde et non de la première, alors c’est qu’ils avaient perdu le sens commun à un point tel qu’il n’y a aucune argument à tirer contre la Papauté de leur désobéissance au Pape.

Aussi, les Evêques ayant réagit contre cette sanction ne se rendaient pas compte de cela. Raison pour laquelle saint Irénée demande à saint Victor de les laisser conserver leur usage dans le but de préserver la paix : il ne savait pas que ce n’était plus une simple question de discipline comme c’était le cas du temps de saint Polycarpe.

C’est ce qui explique la rébellion de Polycrate sans que cela ne signifie quoi que ce soit contre la Papauté et c’est ce que nous allons voir maintenant.

« Lorsque l’Eglise était gouvernée par le pape Victor, qui monta sur le Siège pontifical l’an 193, et l’occupa neuf années, s’éleva une grande controverse entre la Chaire apostolique et les évêques de l’Asie-Mineure au sujet de la célébration de la fête de Pâques. La fête de Pâques est la première fête de l’année chrétienne ; elle est, de plus, le pivot sur lequel roule le cycle de la liturgie, le point polaire vers lequel convergent toutes les autres solennités saintes. Il importe donc grandement à la discipline, et, dans certaines circonstances, il peut intéresser la foi, que cette fête se célèbre dans tout l’univers en un seul et même jour.  […]

Les chrétiens de l’Asie-Mineure avaient coutume de célébrer la fêle de Pâques avec les Juifs, le quatorzième jour de la lune du mois de nisan, quelle que fut, du reste, dans la semaine, son incidence; les chrétiens des autres pays, depuis le temps des apôtres, célébraient cette même fête après l’équinoxe de printemps, le dimanche qui suit le quatorzième jour de cette même lune. On voit tout de suite la différence d’usage qui séparait les Asiatiques des autres chrétiens : ceux-là solennisaient Pâques le plus souvent en semaine, les autres toujours le dimanche. Cependant les Pontifes romains, considérant que les Asiatiques suivaient cette coutume, non par volonté d’observer les rites mosaïques, mais par attachement à une tradition qu’ils croyaient dérivée de saint Jean l’Evangéliste, il n’y eut à ce sujet, dans le commencement, aucune controverse. Toutefois, c’était le vœu constant des Pontifes romains qu’on ramenât insensiblement les choses à l’unité. […] [les papes saint Anicet et saint Soter tentèrent de ramener les Asiatiques à la pratique commune mais finirent par tolérer leur particularité pour conserver la paix]

Mais lorsque les montanistes et Blastus, prêtres de l’Eglise romaine, se prirent à affirmer que les chrétiens étaient tenus, de droit divin, à célébrer la Pâques en même temps que les juifs, Victor Ier, qui occupait alors le Saint-Siège, craignant que les Asiatiques ne fussent dans la même erreur et ne voulant conniver à leur égarement, ne crut pas pouvoir tolérer plus longtemps cette coutume. Ce Pape tint donc, à cet effet, un concile à Rome et manda aux métropolitains de réunir en concile les évêques de leurs provinces. Les métropolitains déférèrent aux désirs du pape Victor. Des conciles se réunirent dans les Gaules, dans le Pont, l’Osrohène, l’Achaïe et la Palestine [Hist. ecclés., liv. V, ch. XXIII]. De toutes parts on répondit au Pape qu’il fallait célébrer la Pâques le dimanche ; les évêques de la Palestine ajoutèrent même que les Asiatiques leur paraissaient suivre, en cette occurrence, des erreurs contraires à la foi. Polycrate, évêque d’Ephèse, justifia cette présomption, en écrivant au Pape que célébrer Pâques le quatorzième jour de la lune était selon l’Evangile et pour conserver en tout la règle de la foi. Alors Victor, confirmé de plus en plus dans son sentiment, écrivant à Polycrate d’Ephèse, lui ordonna d’appeler en concile tous les évêques de l’Asie-Mineure et menaça, en outre, d’excommunication ceux qui solenniseraient encore Pâques le quatorzième jour de la lune. » (Mgr Justin FÈVRE, Histoire apologétique de la Papauté, tome 1, pp. 381-384)

Nous pouvons encore souligner que Polycrate et les Asiatiques écrivent à Victor en citant la Bible lorsque celle-ci dit : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes » (Actes V, 29), preuve que si la date de la Pâques qui n’était qu’une question liturgique et disciplinaire pour l’Eglise universelle de l’époque, ainsi que pour n’importe quel chrétien entendant parler de cette affaire de jours, raison pour laquelle saint Anicet laissa cette pratique perdurer, ce n’était en revanche pas le cas de la portion de l’Eglise qui était alignée sur l’usage juif. Celle-ci en faisait une question de foi. En effet, les quartodécimans avaient assurément tort car si la Tradition de fêter Pâques le 14 Nizan leur venait certainement de saint Jean, le reste de l’Eglise tenait sa date de la prédication des autres apôtres. En effet, il est impossible que toute l’Eglise, depuis l’Espagne jusqu’à la Syrie se soit réunit sur une seule date par pur hasard. Il n’y a nul problème à cela car comme nous venons de le dire « la date de la Pâques n’était qu’une question liturgique et disciplinaire » et non de foi. Du moins au début, avant que les Asiatiques n’en décident autrement.

De plus, pour les quartodécimans la pâque coïncidait avec celle des juifs, étaient amenés par la force des choses à donner dans leur fête une place plus ou moins grande aux rites judaïques. Pouvait-on laisser libre cours à une pratique si dangereuse ? En effet dans le système quartodéciman, la Pâque ne se  rattachait pas au souvenir de la résurrection : elle ne l’état pas et ne pouvait pas l’être. Elle l’était soit de la Passion, soit de l’institution de l’eucharistie. Elle avait sans doute été l’origine la fête de l’agneau pascal mais elle avait dû peu à peu effacer, plus ou moins, l’empreinte judaïque qui la marquait primitivement. Voir : de la Discipline des quartodécintans, art. 2, dans Recueil de divers ouvrages, III, p. 475 (Paris. 1724) : DUSCHESNE, Revue des Questions historiques, juillet, 1880.

On le voit : la seule question liturgique, d’importance certes mais pas capitale, qui saute seule aux yeux du lecteur non averti, cache en réalité, pour les récalcitrants une question de foi ! Il croyaient être tenus par Dieu et pour garder la « règle de la foi ». Et le pape avait d’autant plus de raisons de s’inquiéter que les nouveaux sectateurs montanistes reprenaient cette thèse : le pape avait peur de la contagion, et c’est son zèle de père et de pasteur qui le fit intervenir ! La réponse négative de Polycrate, non contente de ne pas contredire la Papauté comme nous l’avons établit, fut de plus perçu comme un acte inacceptable de rébellion dans ce contexte, risquant de mettre en cause la foi d’un grand nombre de chrétiens ! Et ceux qui aujourd’hui et dans les siècles passés attaquent et ont attaqué la Papauté en trouvant un bon prétexte dans cette affaire, et en défendant le liberté des Asiatiques, feraient bien et auraient bien fait de se souvenir que ces mêmes Asiatiques auraient fini par les taxer d’hérétiques car ils fêtent Pâques comme les autres chrétiens de l’époque ! En effet, comme le dit l’abbé Louis-Nazaire BEGIN après avoir rappelé le caractère initialement purement disciplinaire et liturgique :

« Mais la question ne tarda pas à changer de caractère, et les souverains Pontifes ne furent pas lents à remarquer que cette dissidence liturgique constituait un grave danger pour l’unité de l’Eglise. Il y avait là, en effet, un dernier lien qui rattachait une partie des fidèles à la Synagogue ; il fallait nécessairement le rompre. L’expérience de plus d’un siècle avait amplement démontré combien l’opiniâtreté qu’on mettait à conserver les prescriptions cérémonielles de la loi judaïque, avait déjà déchiré le sein de l’Eglise : en effet elle avait enfanté la secte des Ebionites et autres, et pouvait encore produire un schisme. Les saints Papes Soter et Eleuthère, successeurs d’Anicet, employèrent inutilement tous les moyens de persuasion pour ramener les chrétiens de l’Asie-Mineure à l’observance de la pratique commune. Le Pape Saint Victor crut qu’il était temps de mettre un terme à toutes ces divergences liturgiques et à ces dissensions qui scandalisaient les païens. Afin d’établir partout une pratique uniforme, il ordonna d’assembler divers conciles provinciaux qui s’occuperaient de cette question et qui ordonneraient de fixer la célébration de la Pâque d’après la coutume de l’Occident » (La primauté et l’infaillibilité des souverains pontifes, 1873, pp. 39-40)

Aussi, l’affaire ne s’est pas arrêtée là. Elle a empiré et a failli devenir vraiment dramatique. Il faut croire que le successeur de Pierre avait, par une grâce spéciale due à sa fonction, eut plus de clairvoyance que ses confrères dans l’épiscopat. En effet, la situation ne fit qu’empirer, créant une grave pomme de discorde, tant et si bien que le concile de Nicée (325) dut tranché définitivement la question en interdisant la célébration de la Pâque le 14 nisan. Cette question de la Pâques chrétienne avait, aux yeux de l’Eglise, une telle gravité qu’elle fut, dit saint Athanase, un des motifs déterminants du concile de Nicée. Lire à ce sujet « La question pascale au concile de Nicée » par Fernand DAUNOY dans Échos d’Orient, année 1925, volume 24, numéro 140, pp. 424-444 et « Le problème de la date pascale aux IIIe et IVe siècles. L’origine du conflit : le nouveau cadre du comput juif » par le Père Venance GRUMELRevue des études byzantines, année 1960, volume 18, numéro 1, pp. 163-178. Suite au concile de Nicée, ces pratiques judaïsantes continuèrent en Asie mineure, si bien que le concile de Laodicée (IVè siècle) dut tant interdire la célébration du Samedi comme les juifs au lieu du dimanche (canon 29), que disposer :

« Ceux qui sont dans la prêtrise ou du clergé ne doivent pas être des magiciens, des enchanteurs, des mathématiciens ou des astrologues; et ils ne feront pas ce qu’on appelle des amulettes, qui sont des chaînes pour leurs propres âmes. Et ceux qui portent tels, nous commandons d’être chassés de l’Église » (canon 36)

Or tout cela était des pratiques judaïsantes et ébionites, et je précise que les « mathématiciens » n’ont ici rien à voir avec les mathématiciens modernes mais des occultistes qui faisait un usage ésotérique des mathématiques. Il disposa encore :

« Il n’est pas permis de recevoir des portions [de nourriture] provenant des fêtes des Juifs ou des hérétiques, ni de les manger avec eux. » (canon 37)

« Il n’est pas permis de recevoir du pain sans levain des Juifs, ni de participer à leur impiété. » (canon 38)

Toutes ces interdictions prouvent que ces pratiques étaient courantes dans la région. Rappelons-nous encore l‘historien de l’Eglise Socrate de Constantinople, dit Socrate le Scolastique (vers 380-450) évoque l’événement en montrant bien en quoi cette affaire de la date de la Pâques avait aussi de fortes implications quant au problème des judaïsants (Histoire ecclésiastique, V, 21-22).

V) Victor a-t-il été trop sévère ?

« Quoique, après le concile d’Asie, l’affaire se fût envenimée et que Victor éprouvât, contre les Asiatiques, une profonde indignation, il ne paraît pas cependant qu’il alla jusqu’à lancer contre eux l’anathème. Et ce n’est pas sans raison que Noël Alexandre l’affirme. Eusèbe, il est vrai, paraît affirmer le contraire ; il rapporte cependant une lettre de saint Irénée, qui prie respectueusement le Pape de ne pas frapper, et l’on a, de Firmilien, évêque de Césarée, en Cappadoce, une lettre où il atteste « que la paix de l’Eglise ne fut point troublée pour cette affaire. » La seule chose qui paraisse certaine, d’après le témoignage de saint Epiphane, c’est que la chaleur de la controverse excita, de part et d’autre, un assez vif mécontentement [Noël Alexandre, liv. V, chap. XXIV; saint Cyprien. éd. de Pamélius, n° 75; saint Epiph., In haeres., n° 70].

Nous avons à défendre, sur ces faits, en peu de mots, la cause du pape Victor. A l’occasion de cette controverse, Bœhmer et Hontheim-Fébronius l’accusent, comme si cette querelle n’avait été excitée que par l’irréflexion et l’imprudence du Pontife. On lui reproche le défaut de modération dans la conduite, le défaut de raison dans la résolution, et, dans les actes, le défaut d’autorité.

Avant de répondre à ces trois chefs d’accusation, nous dirons que le pape Victor défendait certainement la tradition apostolique. Les Eglises d’Asie connaissaient, avant l’ère apostolique, la célébration de la Pâques ; elles suivaient en ce point la tradition des Juifs. A Rome, on ne connaissait point cette fête avant la propagation de la religion chrétienne dans la capitale de l’empire. Si donc, à Rome, on ne peut faire remonter l’origine de celte fête plus haut que la prédication des apôtres Pierre et Paul, il est prouvé, par le fait même, que l’institution de cette fête, chez les Romains, doit être attribuée aux apôtres. Que si, à Rome, depuis les premiers temps de cette Eglise jusqu’au pape Victor, la fête de Pâques fut célébrée le dimanche qui suit le quatorzième jour de la lune de mars ; si, en général, toutes les Eglises d’Occident suivirent en ce point la tradition de l’Eglise romaine ; si, plus tard, le concile œcuménique de Nicée confirma qu’il fallait célébrer cette fête dans toute l’Eglise suivant l’ordre intimé par le Souverain-Pontife, il est évident, certain, que le pape Victor défendait la liberté apostolique.

Soit, dira-t-on, le Pape défendait la tradition romaine, mais 0n pouvait, à l’exemple de ses prédécesseurs, laisser aux Eglises d’Asie la tradition de saint Jean, de saint Philippe et de saint Polycarpe. — Non, il ne le pouvait pas, à raison de la gravité du fait et des circonstances. Les prédécesseurs du pape Victor avaient pu tolérer, dans les premiers temps, une coutume isolée, dont le disparate, à cause de l’isolement, ne jurait pas beaucoup avec la coutume des autres Eglises. Mais dès que les Eglises furent partout solidement fondées, qu’elles entrèrent en relations plus intimes, elles gravitèrent nécessairement vers l’unité et ne purent, nécessairement encore, que la prendre à leur centre. Ce qui avait été toléré dans un temps, dut être défendu en un autre temps. Dans l’espèce, il s’agissait d’un point de discipline qu’observaient toutes les Eglises, les seuls évêques de l’Asie s’écartant de l’unanimité : Victor vit qu’il était de son devoir de persuader, au besoin d’ordonner aux évêques d’Asie d’embrasser une discipline suivie partout. Cette question de la Pâques chrétienne avait, aux yeux de l’Eglise, une telle gravité qu’elle fut, dit saint Athanase, un des motifs déterminants du concile de Nicée. Outre la gravité de la cause, bien suffisante pour décider un Pape, il y avait encore l’erreur des Asiatiques sur le droit divin de leur coutume. Les laisser dans cette erreur que célébrer la Pâques le quatorzième jour du mois de nisan, c’était suivre l’Evangile et garder la foi, n’était-ce pas admettre implicitement que toutes les autres Eglises avaient trahi la foi et lacéré l’Evangile ? Si le pape Victor se fût abstenu, il eût abdiqué. Tant qu’il vit les Asiatiques dans une erreur qu’avait déjà frappée le pape Eleuthère, il ne fit, par ses menaces d’excommunication, que ce qu’exigeait de lui le devoir pressant de confirmer ses frères, de paître et de gouverner tout le troupeau de Jésus-Christ.

Mais il manqua de modération ! — Incidenter sur les formes est l’échappatoire ordinaire de ceux qui manquent de fonds, qui refusent de confesser leur tort lorsqu’ils le sentent, et croient s’échapper lorsqu’ils imputent quelques torts à ceux qui ont raison contre eux. Le pape Victor manqua-t-il seulement à la modération ? il n’y parait guère. Le Pape, au contraire, suivit la négociation de cette affaire avec une prudence parfaite. Quand le désaccord des Asiatiques en matière de discipline pascale est un fait constant, le Pape s’abstient d’ordonner et convoque des conciles d’évêques ; quand les conciles ont répondu à l’unanimité dans le sens du Pape et que les Asiatiques s’obstinent, le Pape se contente de menacer ; et quand le Saint-Siège a appris de saint Irénée que les Asiatiques ne sont pas dans l’erreur de Polycrate et que la foi reste étrangère à leur coutume, le Pape met fin à la controverse. Il nous semble qu’il est impossible de montrer plus de longanimité et une plus paternelle mansuétude. » (FEVRE, pp. 384-386)

VI) Le jugement ultérieur de saint Jérôme (347-420)

Saint Jérôme de Stridon (347-420), parlant de saint Victor écrit :

« Il dirigea l’Eglise pendant dix ans sous le règne de Sévère. » (Livre des Hommes Illustres, XXXIII)

Ce saint Père de l’Eglise affirmait donc que saint Victor fut dirigeant de l’Eglise, il réfute donc d’avance les tentatives de négation de la Papauté fondée sur cette événement.

VII) Les aveux des ennemis de la Papauté

Ernest RENAN (1823-1892), athée militant, insulteur de l’Eglise catholique qui affirmait préférer les protestants aux catholiques, affirmait au sujet de cet épisode de la querelle des quartodécimans :

« la papauté était déjà née et bien née. » (Marc-Aurèle, page 201)

Pierre BATTIFOL (

« Victor, qui est évêque de Rome, contemporain et ami d’Irénée, est pénétré de la sollicitude de toutes les Églises, son action dans la controverse pascale l’atteste assez, car son action s’étend à toutes les Églises d’Orient, de l’Egypte à l’Asie, qu’il entend rallier à la même date pascale, et son action est énergique assez pour que Renan ait pu en dire : « La papauté était déjà née, et bien née ». » (Catholicisme et papauté, 1926, page 109)

Louis DUCHESNE (1843-1922) était professeur à l’Institut Catholique de Paris (ICP), c’est à sa chaire que vint se former le jeune abbé Alfred LOISY et c’est lui qui le fera nommer professeur dans ce même institut. Défenseur de pointe de la « critique historique » moderne, ils travailleront ensemble pendant près de dix ans. La conception du dogme de l’abbé DUCHESNE était telle que le recteur du Séminaire Saint Sulpice dut interdire à ses élèves d’assister à ses cours. Seul soutien inconditionnel : Mgr Maurice Le SAGE d’HAUTEROCHE d’HULST, recteur de l’ICP, bien qu’il l’appelait « un petit RENAN », lui permit de conserver sa chaire d’histoire ecclésiastique. Reçu à la très maçonnique Académie Française en 1910, son œuvre d’historien fut condamnée par Rome aussitôt après, son Histoire ancienne de l’Eglise fut censurée et mise à l’Index en 1912. Mgr Charles-Emile FREPPEL voulut déférer sa traduction commentée du Liber pontifialis (dont nous avons cité deux lignes) au Saint-Office car DUCHESNE y défend des “actes erronés des Souverains Pontifes” (Père Emmanuel BARBIER, Histoire du catholicisme libéral, tome III, pages 202 à 206 et tome V, pages 255 à 262). Ce triste personnage ne cachait guère son opinion sur la politique, qu’il estimait un peu naïve, du Pape saint Pie X. Lorsque parut l’encyclique Gravissimo officii munere, à la suite de la séparation de l’Église et de l’État, il déclara malicieusement : « Avez-vu lu la dernière encyclique du Saint-Père, Digitus in oculo (« doigt dans l’œil ») ? » Et toujours à propos de Pie X, qui avait été patriarche de Venise avant de devenir pape : « C’est un gondolier vénitien dans la barque de saint Pierre : il est naturel qu’il la conduise à la gaffe…». Or il fut obligé d’admettre que si on niait que Victor fut Pape, alors il devenait impossible de placer un nom sur une chose :

« comment veut-on que nous parlions si l’on nous interdit de désigner par le nom de chef de l’Eglise le dépositaire d’une pareille autorité ? » (Autonomies ecclésiastiques. Eglises séparées, 2e édit., Paris, 1905, p. 144)

Le Docteur Adolph von HARNACK (1851-1930), un érudit protestant libéral, fait les observations suivantes à ce sujet :

« [Victor] s’est aventuré par un édit (on pourrait dire un édit anticipé) en référence à l’organisation des fêtes ecclésiastiques pour proclamer la règle de la pratique romaine comme règle générale de l’Église et pour annoncer que toute Église locale serait exclue comme hérétique de la communion de l’unique Église, si elle ne prenait pas l’arrangement romain. Comment Victor aurait-il pu s’aventurer sur un tel édit (et encore moins le mettre en pratique, même s’il en avait la force) s’il n’avait pas été établi et reconnu que dans la question décisive de la foi, il appartenait éminemment à l’Église romaine de déterminer les conditions de « l’unité commune » ? Comment Victor aurait-il pu faire une demande aussi inédite aux Églises locales indépendantes si, en tant qu’évêque de Rome, il n’avait pas été reconnu comme le gardien de « l’unité commune » ? » (Dogmengeschichte, 4th ed., pp. 489f, vers 1904)

Beresford Kidd (1864-1948), ministre anglican :

« A aucun moment de son histoire cette prééminence n’est aussi évidente que sous le pape Victor, 189-90 : lorsque « de la Gaule à Osrhoène [sur l’Euphrate] » son invitation à convoquer les conciles pour régler la controverse pascale fut partout acceptée. Cette initiative du Pape Victor seul, une initiative qui s’est avérée efficace, suffit à montrer à quel point la situation exceptionnelle et l’autorité œcuménique de l’Eglise romaine étaient évidentes dans ces temps anciens. » (The Roman Primacy to AD 461, page 18-19)

Trevor Gervase JALLAND (1898-1975) :

« Il n’y a aucune trace d’une protestation contre l’action de Victor pour des raisons de principe. Personne n’a laissé entendre qu’il n’avait pas le droit d’agir comme il l’avait fait » (Church and Papacy, page 121)

VIII) Conclusion

Ainsi cet épisode manifeste avec la clarté du jour à midi le pouvoir papal dès le IIè siècle ! L’évêque de Rome saint Victor avait un pouvoir juridictionnel sur l’ensemble de l’Eglise universelle, tel qu’il put ordonner le réunions de conciles partout et d’excommunier ceux qui s’opposaient à lui. La rébellion de ces derniers s’expliquent par des raisons au mieux de méprise quant à la foi, au pire d’orgueil. L’opposition de certains autres évêques à cette excommunication, comme nous l’avons vu, non contente de ne pas contredire la Papauté, la confirme plutôt. Tout cela fut guidé par le zèle pastoral du Pape, soucieux d »éviter la contagion de l’hérésie dans l’Eglise. Sa décision fut plaine de discernement et de charité.

« De l’exposé des faits il résulte donc que le pape Victor, dans l’affaire de la Pâques, n’a manqué ni de modération, ni de raison, ni d’autorité. Prétendre le contraire, c’est manquer à l’histoire ; se serait, de plus, prétendre que, dans le gouvernement de l’Eglise, le Pape et les évêques sont moins entendus, moins assistés, moins inspirés que les gallicans, les jansénistes et les Centuriateurs de Magdebourg : Quod est absurdum. » (FEVRE, p. 387)

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