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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La primauté romaine dès le Ier siècle : la Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens

Dossier sur la Papauté : ici

« Le souvenir traditionnel du pape saint Clément est, après celui des apôtres, le plus imposant de toute l’antiquité chrétienne. Moins de cent ans après sa mort, la figure de Clément est déjà entourée d’une auréole merveilleuse ; et nul doute que ses qualités personnelles, mais plus encore ses fonctions de chef de l’Eglise romaine ne lui aient valu de son temps une influence de premier ordre. » (P. GODET, Dictionnaire de Théologie Catholique, article « CLEMENT Ier DE ROME (Saint) »).

Origène (vers 185-vers 254) l’identifia au Clément, compagnon d’apostolat de saint Paul dont il est question en Philippiens IV, 3 (Commentaire sur saint Jean, VI, 36, P. G., t. XIV, col. 293), saint Jérôme (347-420) fit de même (Les hommes illustres, XV). Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 325), indique d’une part qu’Origène rapporte que selon certains, Clément serait le principal rédacteur de l’Epître aux Hébreux (Histoire ecclésiastique, VI, 25, 11-14, P. G., t. XX, col. 585), et d’autre part qu’il serait le traducteur du texte araméen de cette Epître de saint Paul (Histoire ecclésiastique, III, 38, P.G., t. XX, col. 293). Saint Jérôme dit la même chose (Les hommes illustres, V, 3). Saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202), disciple de saint Polycarpe de Smyrne (vers 69-155), lui-même disciple de l’apôtre saint Jean, nous apprend que Clément :

« avait connu les apôtres eux-mêmes [Pierre et Paul, les apôtres de Rome dont il parle un peu plus haut] et avait été en relation avec eux : leur prédication résonnait encore à ses oreille et leur Tradition était encore devant ses yeux. Il n’était d’ailleurs pas le seul, car il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 3, P. G., t. VII, col. 849)

Il avait de plus certainement côtoyé l’apôtre saint Jean car au témoignage de Tertullien (vers 155- vers 230), lorsqu’il parlait de Rome :

« L’apôtre Jean y est plongé dans l’huile bouillante : il en sort indemne et se voit relégué dans une île [Patmos]. » (De la prescription contre les hérétiques, XXXVI, 3) 

Son identité précise est en revanche plus discutée, même si il est certain qu’il était issu du Judaïsme :

« Quelques critiques modernes se sont mêmes avisés d’identifier Clément de Rome et le consul Titus Flavius Clemens, ce cousin de Domitien que l’empereur fit exécuter pour cause d’athéisme, c’est-à-dire très probablement de christianisme. Mais comment s’expliquer, en ce cas, le silence que les Pères ont gardé sur l’élévation d’un membre de la famille impériale à la tête de l’Eglise romaine ? Voir Lightfoot, The Apostolic Fathers, Londres, 1890, part. I, t. I, p. 16-61 ; Funk, Kirchengesch. Abhandl. und Unters., Paderborn, 1897, t. I, p. 309-329. Il est plutôt à croire que saint Clément était un affranchi ou le fils d’un affranchi de la maison du consul. Etait-ce un judéo-chrétien ou un païen converti ? On ne sait. Il semble néanmoins que la lettre aux Corinthiens, fond et forme, décèle un Juif d’origine. Voir Tillemont, Mémoires, t. I ; De Rossi, Bullet. di arch. crist., 1863, p. 27, 39 ; 1865, p. 20 ; Lightfoot, op. cit., t. I, p. 58-61 ; Nestle, dans Zeitschrift für die neutest. Wissenschaft und die Kunde der Urchristentums, t. I (1900), p. 178-180. » (P. GODET, op. cit.).

Fond et forme, l’épître semble être l’œuvre d’un Juif : les références à l’Ancien Testament abondent et dénotent une connaissance très grande de la Bible. Les phrases elles-mêmes – parallélismes, hébraïsmes – plaident en faveur de l’hypothèse. Les apocryphes juifs eux aussi sont cités (Assomption de Moïse, apocryphe d’Ézéchiel). De plus, comme le dit le Père J. LEBRETON :

« La contemplation habituelle de l’œuvre créatrice, la paternité divine conçue comme la relation qui relie le Démiurge à ses créatures plutôt que comme le lien intime né de l’adoption divine : c’était là le cadre traditionnel de la pensée religieuse des Juifs, Clément le reçoit et le respecte » (Histoire du Dogme de la Trinité, Paris, 1928, tome 2, p. 281)

La culture de Clément est celle du judaïsme hellénisant. Clément cite l’Ecriture dans la version des Septante. On relève dans l’épître des citations ou des emprunts libres à Euripide, à Sophocle. Enfin et surtout, l’admiration si marquée de Clément devant l’ordre et l’harmonie qui règnent dans la nature (voir ch. 20 à 22) appartient au mode de la pensée stoïcienne. Cette thèse se trouve encore renforcer par l’antique tradition rapportée par Eusèbe que nous avons cité, selon laquelle il pourrait être le traducteur en langue grecque de l’Epître aux Hébreux : les prédécesseurs d’Eusèbe n’auraient jamais donné crédit à cela s’il n’avait pas été évident que Clément était sinon juif d’origine, au moins qu’il ait maîtrisé l’araméen. Tant le personnage que la Lettre ont joui d’un immense prestige dans la suite des siècles, nous y reviendront plus bas. Sa Lettre est le premier document où l’on voit l’Église de Rome intervenir dans une autre Église pour qu’y vive la charité, document inappréciable par la fraîcheur du texte si proche des rédactions des évangélistes.

Saint Clément fut évêque de 88 à 97. C’est une donnée attestée par l’antiquité chrétienne et pratiquement incontestée. Toutefois, certains en font l’évêque de Rome immédiatement après la persécution de Néron, en en faisant le 3è après Lin et Clet. Cela aurait pour conséquence que saint Pierre ne fut pas évêque de Rome. Nous avons réfuté cette thèse dans cet article et dans celui-ci, nous y renvoyons les lecteurs qui voudraient en savoir plus. C’est à son époque que survint à Corinthe une dissension, un schisme (Histoire ecclésiastique, III, 15-16), lors duquel les laïcs de la ville se révoltèrent leur clergé (Lettre de Clément aux Corinthiens, 47, 6), ce schisme « a perverti beaucoup d’âmes » et « en a jeté beaucoup dans l’abattement, beaucoup dans le doute et nous [l’Eglise de Rome] tous dans la tristesse » (Lettre de Clément aux Corinthiens, 46, 9), cela fut tellement grave que la chose fut même connue des païens y trouvant une occasion de blasphémer le nom de Jésus-Christ (Lettre de Clément aux Corinthiens, 47, 7). Cette Lettre est la réponse que Clément adresse aux Corinthiens l’ayant interrogé sur la conduite à suivre après cela.

« Un parti plus audacieux que puissant par le nombre s’était ouvertement insurgé contre le pouvoir spirituel. Quelques esprits orgueilleux, incapables de plier sous le joug de l’autorité, s’étaient constitués les chefs de cette faction ; leurs qualités extérieures avaient séduit le peuple. De là, grande excitation, et, comme toujours, scandale infiniment regrettable. Ce schisme eut tant de retentissement que les païens eux-mêmes en profitèrent pour lancer les traits de la satire la plus mordante contre la religion chrétienne. Dans cette pénible situation, l’Eglise de Corinthe, incapable de remédier par elle-même à tant de maux, eut recours à l’Eglise de Rome qui avait alors pour chef saint Clément. C’est à cette occasion que ce vénérable Pontife éleva la voix pour défendre le principe fondamental de l’unité catholique contre l’esprit de rébellion et de schisme.

II le fit m moyen, d’une lettre. Dans cette épître dont l’authenticité est maintenant admise de tout le monde et que les plus anciens Pères de l’Eglise mentionnent dans les termes les plus flatteurs, saint Clément fait d’abord un magnifique éloge de l’Eglise de Corinthe ; puis arrivant aux dissensions qui avaient éclaté parmi eux, il leur rappelle la nécessité de l’ordre et de la subordination en toutes choses, et surtout dans les fonctions sacrées, dont les règles ont été déterminées par Dieu lui-même; il fait connaître la hiérarchie chrétienne et termine en ordonnant, sous peine d’anathème, que les ministres qui avaient été déposés injustement, soient de suite réintégrés dans leurs fonctions. » (Abbé Louis-Nazaire BEGINLa primauté et l’infaillibilité des souverains pontifes, 1873, pp. 31-32)

Cette Lettre est la plus ancienne preuve de la primauté de l’Eglise de Rome sur les autres Eglises. Nous exposerons d’abord les raisons qui font dire cela, avant de démontrer en quoi aux deux objections selon lesquelles d’une part que la Lettre n’étant pas écrite au nom de Clément mais de « L’Eglise de Rome qui séjourne à Rome » signifie qu’il n’était pas le chef de l’Eglise et d’autre part que le Lettre daterait de 69/70 et non 95/96 comme il est communément admis. Nous finirons par des considérations annexes sur le prestige de saint Clément et de cette Lettre.

Une preuve de la primauté romaine

« A la mort de saint Paul, les partis de Corinthe se divisèrent de plus en plus et aboutirent à un véritable schisme. Le lien de la subordination fut brisé, la voix de l’évêque méconnue, et quelques prêtres irréprochables, devenus pour les factieux un objet de haine, furent expulsés de leurs Eglises. La division eut un tel retentissement que les païens en profitèrent pour calomnier l’Eglise de Jésus-Christ. Le remède à un mal si profond ne pouvait être qu’un recours à l’autorité supérieure ; une décision souveraine pouvait seule faire céder les dissidents et réhabiliter les victimes. Si, comme le prétendent les protestants, il n’y avait eu dans l’Eglise naissante aucune hiérarchie et pas d’autorité prépondérante, si la conscience individuelle et la libre interprétation des Ecritures avaient été les seuls juges des questions de foi et de discipline, il est évident que l’idée même d’un pareil recours ne fût pas venue à l’esprit des Corinthiens. Le schisme, retranché au for de la conscience privée, dans l’indépendance des convictions particulières et leur inviolable liberté, se fût perpétué de plein droit; cependant l’Eglise de Corinthe n’agit point ainsi : pour retrouver l’unité et la paix, elle s’adresse au Siège de Rome. » (Mgr Justin FEVRE, Histoire apologétique de la Papauté, tome 1, page 352)

La preuve par l’origine romaine

La première preuve que la Lettre donne de la primauté romaine est précisément que les Corinthiens se sont adressés à Rome ! En effet, pourquoi, sinon parce que c’est elle qui avait autorité, consulter l’Église de Rome à 1100 km de Corinthe, plutôt que l’Apôtre saint Jean qui se trouvait à Ephèse à seulement 480 km ?!

 « C’est là un fait capital. Pourquoi ce cri de détresse jeté vers Rome par une Eglise qui ne trouve pas en elle-même de quoi remédier à ses désordre ? S’il était vrai qu’au premier siècle toutes les Eglises fussent sur un pied d’égalité, quel besoin y avait-il pour les Corinthiens de passer la mer pour implorer une intervention lointaine ? Pourquoi ne pas s’adresser de préférence aux chrétiens de la même race, à l’une des communautés si florissantes de Thessalonique, de Philippes et de Bérée ? Ou bien, s’il fallait chercher plus loin le secours d’une autorité qu’ils ne trouvaient pas chez eux, sur le sol de la Grèce, pourquoi ne pas recourir à cette Asie-Mineure, d’où la foi leur était venue et dont les rivages touchaient aux leurs, ces célèbres Eglises de Smyrne et d’Ephèse, leurs ainées dans la foi ? Il y avait une raison majeure qui aurait dû, ce semble, leur faire prendre ce dernier parti. Comme l’atteste toute l’antiquité chrétienne, saint Jean vivait encore sur cette terre qui avait été le théâtre principal de son activité. Le respect de toutes les Eglises environnait le dernier survivant des apôtres du Christ. Dès lors n’était-il pas naturel que les Corinthiens eussent recours à son autorité pour éteindre leurs divisions ? Eh bien : ce n’est ni à saint Jean ni aux Eglises de l’Asie-Mineure, si rapprochées d’eux, ni aux communautés voisines de la Grèce qu’ils feront appel, mais à une Eglise lointaine, où la persécution éclatait chaque instant, où les chrétiens étaient obligés de se cacher sous terre pour échapper à la mort, à l’Eglise romaine. Je le demande à tout homme de bonne foi : Quelle pourrait être la raison de ce fait, si ce n’est que saint Pierre avait établi à Rome le centre de l’unité chrétienne ? Dans ce cas, tout s’explique. Cet appel fait au Siège de l’unité et l’intervention de ce Siège, pour extirper le schisme, deviennent une conséquence naturelle de la suprématie de l’Eglise romaine. On s’adressait elle, parce qu’en elle résidait l’autorité suprême. Rien de plus légitime que l’induction tirée de ce fait. » (Mgr Charles-Emile FREPPEL, Les Pères apostoliques et leur époque, Paris : Bray et Retaux, 1870, Sixième leçon, pp. 136-137)

Certains répondront à cela que saint Jean ne se trouvait pas à Ephèse mais sur l’île de Patmos, ce sont les mêmes qui soutiennent que la Lettre date de 69/70. Ou encore que Clément étant, comme nous l’avons souligné en introduction, le compagnon d’apostolat de Paul dont il est question en Philippiens IV, 3, d’après Origène, il serait logique que les Corinthiens se soient adressés à quelqu’un qui connaissait leur communauté et qui était donc plus apte à leur répondre.

Nous répondons au premier argument que si saint Jean était à Patmos plutôt qu’à Ephèse, alors cela confirme la position catholique au lieu de la réfuter ! En effet, Patmos est encore plus proche de Corinthe qu’Ephèse ! Et on ne peut pas dire non plus que Jean ait été coupé du monde dans cet exil, sinon il n’aurait pas pu envoyé les Sept Lettres de l’Apocalypse aux sept Église d’Asie (Apocalypse I, II et III). Nous savons par ailleurs que les romains n’empêchaient pas leurs prisonniers d’avoir une correspondance, preuves en sont saint Paul et saint Ignace d’Antioche (vers 35-vers 110) qui purent rédiger plusieurs lettres adressées à des chrétiens ou communautés chrétiennes durant leurs captivités.

Au second argument, nous répondons que même en admettant que les Corinthiens n’aient pas pu communiquer avec Jean et que Clément ait évangélisé Corinthe avec Paul (ce qui n’est pas certain), les Corinthiens avaient de toute façon un interlocuteur bien plus compétent que lui et bien plus proche d’eux pour régler le litige. En effet, si à Ephèse il n’y avait peut-être pas saint Jean, il y avait de toute façon saint Timothée qui en était l’évêque ! Et Timothée a une place privilégiée dans la communauté de Corinthe, comme nous le rapportent chacune des deux Epîtres que saint Paul lui écrivit. Il rappelle que Timothée eut un rôle important dans l’œuvre d’évangélisation de Corinthe  :

« le Fils de Dieu, Jésus-Christ, que nous avons prêché au milieu de vous, Silvain, Timothée et moi » (II Corinthiens I, 19)

Et lorsque de graves malentendus s’élèvent dans la communauté chrétienne, c’est Timothée qu’il y envoya :

« C’est pour cela que je vous ai envoyé Timothée, qui est mon enfant bien-aimé et fidèle dans le Seigneur ; il vous rappellera quelles sont mes voies en Jésus-Christ, de quelle manière j’enseigne partout, dans toutes les Eglises. » (I Corinthiens IV, 17)

Voir aussi I Corinthiens XVI, 10-11. Il est donc rigoureusement inenvisageable que Clément, même s’il avait été à Corinthe avec saint Paul, ait « grillé la politesse » à un apôtre, ainsi qu’à un Disciple ayant connu le Christ et ayant été le principal collaborateur de saint Paul dans l’évangélisation et la fortification de l’Eglise de Corinthe, si il n’avait détenu une autorité supérieure.

Les anti-romains les plus pointilleux pourraient encore objecter l’argument suivant : dans l’article Wikipédia dédié à Clément de Rome, nous lisons :

« Le texte chrétien du IIè siècle Le Pasteur d’Hermas [Vision 2, 4, 3] évoque un Clément qui avait pour fonction de maintenir le contact entre les différentes communautés et à qui a été donné une version du « livre », tandis qu’une autre version a été donnée à Grapte « pour qu’elle le donne aux veuves et aux orphelins ». »

Les critiques de la lecture catholique de la Lettre pourraient en conclure que si Clément écrivit cette dernière, ce fut en raison de ce rôle et non pas en tant qu’évêque ou délégué de l’Église de Rome. Mais à la réalité, cette assertion est complétement fausse. Le passage indiqué dit ceci :

« Tu feras donc deux copies du petit livre et tu en enverras une à Clément, l’autre à Grapté. Et Clément l’enverra aux autres villes: c’est sa mission. Grapté, elle, avertira les veuves et les orphelins. Toi, tu le liras à cette ville, en présence des presbytres qui dirigent l’église. »

Comme chacun s’en rendra aisément compte, il ne ressort nullement de ce texte que Clément « avait pour fonction de maintenir le contact entre les différentes communautés et à qui a été donné une version du « livre » ». Cet argument est donc une allégation purement gratuite à rejeter.

Notons en plus que l’affaire traîne depuis longtemps :

« Ce sont les malheurs et les épreuves dont nous avons été frappés soudainement et coup sur coup qui nous ont retenus trop longtemps, à notre gré, de nous tourner vers vous, bien-aimés, et de nous occuper des affaires en litige parmi vous » (I, 1)

Aussi, si les Corinthiens ont accepté de patienter un temps indéterminé pour avoir une réponse de l’Evêque de Rome, c’est qu’ils devaient avoir une conscience absolue de sa juridiction. Autrement, voyant que la réponse tardait, ils se seraient retournés vers saint Jean ou saint Timothée car comme nous l’avons établit : l’affaire était très grave !

La manifestation de l’autorité de l’auteur

Le lecteur attentif se rendra compte que l’auteur de la Lettre se croit le pouvoir de parler avec autorité comme si cette dernière était une évidence acceptée par tous sans qu’il n’ait besoin de se justifier. Le passage le plus frappant est le suivant :

« Mais s’il y en a qui résistent aux avertissements que Dieu leur envoie par notre truchement, qu’ils sachent que leur faute n’est pas légère, ni mince le danger auquel ils s’exposent. » (Lettre aux Corinthiens, 59, 1)

Comment un simple évêque n’ayant pas autorité sur les autres pourrait-il tenir de tels propos !? Cela n’aurait pas de sens ! Cette phrase à elle seule prouve que l’auteur de la Lettre dispose de la juridiction sur toute l’Eglise universelle ! Et ce n’est pas le seul passage où Clément manifeste croire devoir être obéis naturellement.

« L’intervention de la communauté romaine dans les troubles de Corinthe atteste enfin la suprématie de l’Eglise de Rome. Témoignage d’autant plus éclatant et décisif que l’intervention, selon toute apparence, était spontanée. Au premier siècle, du vivant de l’apôtre saint Jean, le successeur de saint Pierre, c. V, se reconnaît le droit et le devoir de rétablir l’ordre dans toutes les églises particulières où l’ordre est troublé. Le ton de sa lettre respire d’un bout à l’autre cette intime conviction. Quand, par exemple, saint Clément exprime le regret de n’avoir pu s’occuper plus tôt de l’Eglise de Corinthe, c. I, XLVII, quand il déclare qu’au cas où la révolte continuerait, il aura, lui, la conscience d’avoir rempli sa mission, c. LIX ; n’est-ce pas l’attitude d’un juge qui tient la place de Dieu ? N’est-ce pas là le langage d’un supérieur à ses subordonnés ? Cf. Schwane, Dogmengeschichte, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, t. I, p. 441-442 ; Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, 3e édit., Fribourg-en-Brisgau et Leipzig, 1894, t. I, p. 444. » (P. GODET, Dictionnaire de Théologie Catholique, article « CLEMENT Ier DE ROME (Saint) »)

Les auteurs non-catholiques reconnaissent le fait

Il est aussi très intéressant de noter que nul part dans le corps de la lettre saint Clément ne dit de manière explicite « Rome est la tête de l’Eglise » ou encore « c’est moi le chef », mais le simple contexte qui l’entoure fait dire spontanément à des gens qui ne reconnaissent pas la Papauté (‘orthodoxes’, protestant etc) que Clément, évêque de Rome, détenait la primauté. C’est entre autre le cas de l’érudit orthodoxe Nicholas AFANASIEF. Il a été professeur d’histoire de l’Église et de droit canonique à l’Institut de théologie orthodoxe à Paris. En tant que théologien orthodoxe, il n’était pas un catholique et n’a pas accepté l’enseignement catholique sur la papauté ou sur l’évêque de Rome. Mais dans un essai intitulé La Primauté de Pierre dans l’Église orthodoxe, édité en 1960 par Jean MEYENDORFF aux pages 124-126, voici ce que ce savant orthodoxe a admis sur l’épître de Clément aux Corinthiens [traduction approximative à partir du texte russe] :

« Comme nous étudions le problème de la primauté en général, et en particulier la primauté de Rome, nous ne devons pas être gouvernés par des motifs polémiques: le problème doit être résolu, à nous-mêmes et à la théologie orthodoxe d’y satisfaire. La solution du problème est urgente, car la théologie orthodoxe n’a pas encore mis en place une doctrine systématique sur le gouvernement de l’Eglise. Et bien que nous ayons une doctrine concernant les Conciles œcuméniques comme des organes de gouvernement dans l’Église, nous verrons bientôt que notre doctrine n’est pas assez pour réfuter la doctrine catholique de la primauté … Tournons-nous vers les faits, nous savons que l’Église de Rome a repris la position d’Eglise lui donnant la priorité à la fin du premier siècle. C’était l’heure à laquelle son étoile montait dans le firmament de l’histoire à sa plus brillante splendeur. Même dès l’épître aux Romains, Rome semble avoir été distinguée entre les Eglises comme très importante. Paul témoigne que la foi des Romains a été proclamée dans le monde entier [Romains I, 8]. Nous avons un document qui nous donne notre première preuve fiable que l’Eglise de Rome se trouvait dans une situation exceptionnelle d’autorité dans cette période.  C’est l’épître de Clément de Rome. Nous savons que Clément était chef de l’Église romaine. L’épître est formulée en termes très mesurés, sous la forme d’une exhortation; mais en même temps, il montre clairement que l’Eglise de Rome était au courant de son importance décisive aux yeux de l’Eglise de Corinthe, qui doit joindre à son témoignage sur les événements de Corinthe. Ainsi l’Eglise de Rome, à la fin de la premier siècle, présente un sens marqué de sa propre priorité, au point de témoigner sur les événements dans d’autres églises. Notez également que l’Eglise romaine ne se sentait pas obligé de faire un cas, cependant valoir, pour justifier ses déclarations faisant autorité sur ce que nous devrions maintenant appeler les préoccupations intérieures des autres églises … Apparemment, Rome n’avait aucun doute que sa priorité serait acceptée sans discussion. » (La Primauté de Pierre dans l’Eglise orthodoxe, chapitre 4)

L’historien Sir Nicholas CHEETHAM, orthodoxe :

« Clément affirme la primauté de l’Église romaine sans tonalités incertaines quand il a réprimande les chrétiens de Corinthe pour être tomber dans la dissidence et le schisme. L’épître qui les réprimande pour leurs querelles et généralement attribué à celui qui a l’anneau papal authentique, à la fois autoritaire et paternelle. » (Une Histoire des papes, chapitre 1)

L’auteur protestant Trevor Gervase JALLAND n’est pas en reste :

« Il ne serait pas déraisonnable de déduire [d’un passage de la Lettre] que l’église romaine était déjà consciente d’un certain degré de responsabilité externe, tel ne semble pas avoir été réalisé par les églises géographiquement voisines de Thessalonique ou Philippes… S’il est vrai de dire de l’intervention romaine que « l’autorité est implicite, étant laissé aux générations suivantes de rendre explicite les raisons qui ont conduit une action instinctive » (Lowell Clark, Première épître de Clément, p. 20), il nous reste encore avec la question de la source à partir de laquelle l’instinct lui-même a été dérivé les instincts sont généralement traçables aux habitudes des générations passées. dans ce cas, la source était-elle seulement l’accoutumance du peuple romain au gouvernement des autres: ou était-ce pas plutôt, que le ton de l’épître suggérerait, une coutume qui pourrait réclamer une sanction apostolique ou même divine dans son origine ? » (The Church and the Papacy (1944) cited in The Church and Infallibility by B.C. BUTLER p. 129-130 (1954)).

Les propos de l’historien protestant Adolphe von HARNACK sont rapportés ainsi :

M. Harnack, rendant compte de la découverte de Bryennios dans une revue protestante, le Theologister Litteraturzeitung de Schürer, 1870, n° 4, a dit :

« Le caractère officiel de la lettre se manifeste d’une manière plus claire encore dans les passages récemment publiés et par le ferme langage qui y est employé. Des passages comme le chap. LIX, 1, et plus encore, tout le chapitre LXIII, devront être désormais tenus en ligne de compte, si l’on veut décrire exactement les rapports qui existaient entre l’Eglise romaine et les autres Eglises, ces passages sont bien propres à nous faire comprendre comment on pouvait déjà parler de Rome en 170-190 dans la chrétienté, comme le font Denys de Corinthe et Irénée, originaires de l’Asie Mineure. [Voir Denys de Corinthe, vers 170, ap. Eusèb., Hist. eccles., IV, XXIII, et S. Iren., De haer., III III, 3] »

M. Harnack fait allusion aux paroles par lesquelles saint Irénée apprend que saint Clément envoya sa lettre aux Corinthiens, pour leur rendre la paix. Saint Irénée rappelle celle lettre, en confirmation des paroles devenues si célèbres qu’il venait de dire un peu plus haut (De haer., III, III, 2) :

« Maxima et antiquissima, et omnibus cognita a gloriosissimis duobus apostolis Petro et Paulo Roma fundata – Ad hanc enim Ecclesiam, propter potiorem principalitem necesse est omnem convenire Ecclesiam, hoc est eos qui sunt undique fidèles. »

Ce fameux passage, qui était allégué le premier dans les traités de théologie, comme le plus ancien de tous, ne sera plus que le second en date.

La suprématie de l’Eglise romaine et, par conséquent, la primauté pontificale, est exprimée, en effet, aussi clairement que possible dans le fragment retrouvé de saint Clément.

Une sédition s’étant élevée dans l’Eglise de Corinthe, le Pape exhorte les coupables au repentir et à la pénitence : que les auteurs du trouble confessent leur péché et travaillent au rétablissement de la paix. S’ils n’obéissent pas aux prescriptions de l’Eglise romaine, saint Clément leur déclare qu’ils ne seront pas du nombre des élus :

« Sin autem quidam non parebunt iis quœ ille (Jesus Christus) per nos dixit, cognoscant offensioni et periculo haud exiguo se implicaturos esse ; nos vero innocentes erimus ab hoc peccato » (c. LIX, p. 97)

Ainsi Jésus-Christ a parlé par la bouche du Pape.

Le chapitre LXIII est encore plus impératif :

« AEquum θἑμιτον igitur est talibus et tantis exemplis accidentes cervicem supponere et obedientiae locum explore, ut quiescentes à vanà seditione ad scopum nobis in veritate propositum sine omni macula perveniamus. Gaudium enim et laetitiam nobis praestabitis si obedientes facti iis quae à nobis scripta sunt per Spiritum sanctum [note de Mgr FEVRE  :  Gebhart rapporte, mais à tort, les mots Spiritum sanctum à eradicaveritis, au lieu de scripta sunt. Le déplacement de cette virgule est le seul changement que nous ayons fait à sa traduction, mais la légitimité de notre changement est incontestable. Le sens devient ainsi celui du chapitre LIX, que nous avons déjà rapporté : Quae ille (Deus) per nos dixit. M. Lightfoot a lu comme nous le faisons : « Ye will give us great joy, traduit-il, if ye render obédience unto the thingo writtten by us through the Holy Spirit » (p. 378). Ce langage rappelle, d’ailleurs, celui des Actes, XV, 28 : Visum est enim, Spiritui sancto et nobis.], eradicaveritis nefandam zeli vestri iram secundum sermonem quem fecimus de pace et concordià in in hac epistolà. Misimus autem viros fidos et castos, à juventute usque ad senectutem inculpatè nobiscum versatos, qui testes erunt vos inter et nos. Hoc vero fecimus ut cognosceretis omnem curam nostram id et spectasse et spectare ut quam celerrimè ad pacem perveniatis » (p. 107).

Hilgenfeld a résumé ce passage en disant, p. XLII : « Romani jam omnia quae ad religionem spectant absolverunt et » et sperant Corinthios obsecuturos esse. » Le Pape fait plus qu’espérer l’obéissance, il l’impose. M. Harnack le reconnaît franchement : « Ecce quanta auctoritate Roma locuta sil, » dit-il sur les mots ἐάν ὑπήκοοι γενόμενοι τοῖϛ ὑφʹ ήμῶν γἐγραμμἐνοιϛ. Et il explique les mots testes vos inter, employés par les légats envoyés par le Pape à Corinthe pour régler les affaires en son nom en disant :

« Id est judicabunt, utrum seditionem sedave» ritis annon. Haec vox gravis neque opinata; Ecclesia romana nequaquam à Corinthiis advocata, jurisdictionem quamdam sibi arrogat, sed severè hanc rem agit, quia Romanis πᾶσα φροντίϛ γέγονε ϰαἱ ἐστίν εῖϛ τὸ ὲν ταχεῖ εἰρἠνενσαι illos. Ecclesiarum omnium pax et salus Romanse cordi est. »

Ainsi, l’un des premiers Papes, d’après plusieurs, le successeur immédiat de saint Pierre, d’après un plus grand nombre, le troisième, a le pouvoir sur l’Eglise universelle; il décide souverainement les questions en litige, il envoie ses légats, munis de pleins pouvoirs ; en un mot, l’Eglise est fondée visiblement dès lors sur le roc de Pierre.

L’annotateur protestant insinue que c’est un pouvoir que Clément s’arroge. Une preuve que son autorité était reconnue par l’Eglise, c’est qu’elle fut acceptée par les Corinthiens, et que sa lettre, qui contenait les belles et fortes paroles que nous venons de rapporter, fut lue publiquement pendant des siècles dans les Eglises d’Orient et acceptée par l’Eglise syriaque comme par l’Eglise grecque.

Puissent donc tous les chrétiens obéir à ces belles paroles, par lesquelles commence le fragment retrouvé :

« Obediamus igitur nomini ejus sanctissimo (Dei)… Accipite concilium nostrum nec peenitebit vos ; profectô enim per Deum, perque Dominum Jesum Christum et Spiritum sanctum [note de Mgr FEVRE :  Ces paroles sont extrêmement importantes pour établir, contre les historiens rationalistes modernes, la foi du premier siècle à la divinité de Jésus-Christ et au mystère do la sainte Trinité. Elles étaient déjà connues par saint Basile, qui les rapportait, De Spiritu sancto, cap. XXIX, t. III, p. 61, comme étant de saint Clément; mais parce qu’on ne les retrouvait pas dans la lettre aux Corinthiens, des critiques en révoquaient en doute l’authenticité. La question est désormais tranchée.] fidem et spera electorum, qui in humilitate cum assiduâ moderationo praecepta et mandata à Deo data exsequitur, constitutus et electus erit in numerum eorum gui salvantur per Jesum Christum, per quem ei est gloria in saecula saecûlorum. Amen. » (C. LXin, p. 97.) »

(Article du docte abbé DANIEL paru dans l’Univers, mai ou juin 1877, cité in : Mgr Justin FÈVRE, Histoire apologétique de la Papauté, tome 1, pages 368-371)

Une réponse ou une adresse spontanée ?

Une question secondaire se pose : la Lettre fut-elle une réponse à une question ou une initiative spontanée de l’Eglise de Rome ? La première hypothèse est celle qui est presque universellement admise et prouve que Corinthe reconnaissait la supériorité de Rome. Cependant, la seconde hypothèse a aussi des arguments pour elle : Le début du texte (I, 1) en grec dit : « περ τν πιζητουμνων παρʹ μν πραγμτων », ce qui est généralement traduit par « [nous n’avons pu nous occuper plus vite] des questions posées par vous », d’où il suivrait que l’église de Corinthe appela Rome à son secours. Cepenant, ce début de texte pourrait aussi se traduire par « [nous n’avons pu nous occuper plus vite] de votre situation qui laisse à désirer ». En effet, rappelons que XLVII, 6, laisse entendre que l’église romaine a connu par la renommée les dissensions de Corinthe : « ce bruit n’est pas arrivé seulement à nos oreilles, mais aux oreilles des païens eux—mêmes. » D’ailleurs, dans l’hypothèse d’une consultation de Corinthe, on devrait lire dans I, 1, παρʹ μν, tandis qu’on lit παρʹ μν.

La seconde hypothèse, loin de contredire cette primauté ne ferait que la renforcer. En effet, étant donné que le fait était de notoriété publique, y compris chez les païens, comment saint Jean et saint Timothée n’en auraient-ils pas entendu parler ? Et comment ce premier en tant qu’Apôtre et ce second en tant que Disciple et grand évangélisateur et pacificateur de l’Eglise de Corinthe ne se seraient-ils pas senti la responsabilité d’intervenir, d’autant que l’affaire durait déjà depuis un certains temps (Lettre de Clément au Corinthiens, I, 1) ? C’est là une preuve implacable de la primauté romaine car si les Corinthiens n’ont pas consulté Rome et si un tel fait de notoriété publique n’a pas suffit à pousser Jean et Timothée à l’action, alors il n’existe aucun motif objectif autre que la primauté romaine qui ait pu pousser Clément à se sentir obligé d’intervenir et d’exprimer comme nous l’avons dis « le regret de n’avoir pu s’occuper plus tôt de l’Eglise de Corinthe, c. I, XLVII » et « qu’au cas où la révolte continuerait, il aura, lui, la conscience d’avoir rempli sa mission, c. LIX » ! En effet, combien Jean et Timothée auraient-ils du être plus « conscients d’avoir une mission à remplir » que Clément, à moins que ce dernier ne soit leur supérieur ?!

De plus, dans le cas d’une adresse spontanée, nous pouvons dire la même chose que ce qu’on nous avons dit plus haut en nous fondant sur la thèse traditionnelle de la réponse à une requête. En effet, dans ce dernier cas le temps prolongé de la crise, couplé avec la gravité de l’affaire aurait du dû pousser saint Jean ou saint Timothée à prendre l’initiative d’une intervention.

Réponses aux objections

Au nom de qui la Lettre est-elle écrite ?

« Quelques théologiens protestants, pour se dérober à la force de cette induction, n’ont pas manqué d’observer qu’en tête de la réponse du pape Clément, on ne voit pas figurer son nom, mais seulement le titre collectif de l’Eglise romaine. Qu’importe, puisqu’il est prouvé par toute l’antiquité chrétienne que la lettre est l’œuvre de ce Pontife ? L’Eglise romaine pouvait s’exprimer par la bouche de son chef, sans que le nom de ce chef fût énoncé eu tête de cette épître. Rien ne serait plus ridicule que d’exiger, pour le premier siècle de l’ère chrétienne, le style de la chancellerie usité dans l’Eglise de Rome au dix-neuvième siècle. L’usage des titres collectifs était généralement reçu au premier siècle de l’ère chrétienne. C’est ainsi que saint Paul met, en tête de la plupart de ses Epitres, à côté de son nom, celui de Timothée, de Sylvain, de Sosthènes : dans l’Epitre aux Galates, il parle conjointement avec les fidèles qui sont avec lui, bien que certainement il n’assimilât pas son autorité avec celle de ses compagnons, encore moins avec celle de simples fidèles. Une lettre écrite collectivement par plusieurs n’exclut point parmi eux la distinction hiérarchique. Quand saint Ignace d’Antioche écrit aux Smyrniens, aux Traitions, aux Magnésiens, etc, il s’adresse à ces diverses Eglises comme formant une seule personne morale, bien qu’il leur inculque l’obéissance qu’elles doivent à leur évêque. De même la fameuse lettre des Eglises de Vienne et de Lyon a celles de l’Asie ne porte pas en tête le nom de leur évêque, et pourtant il résulte clairement de leur contenu qu’elles étaient régies par l’autorité épiscopale. » (Mgr Charles-Emile FREPPEL, Les Pères apostoliques et leur époque, Paris : Bray et Retaux, 1870, Sixième leçon, pp. 137-138)

Nous pourrions ajouter les quelques exemples suivants :

Saint Pierre qui adresse le salut et invoque la paix du Christ au nom de « L’Église de Babylone » (I Pierre V, 13), c’est-à-dire de l’Eglise de Rome dont il était l’évêque.

Saint Polycarpe qui écrit : 

« Polycarpe et les presbytres qui sont avec lui à l’Église de Dieu qui séjourne comme une étrangère à Philippes ; que la miséricorde et la paix vous soient données en plénitude de la part du Dieu tout-puissant et de Jésus-Christ notre Sauveur. » (Saint Polycarpe de Smyrne, Lettre aux Philippiens, incipit, vers 110)

Il est clair que saint Polycarpe est le seule évêque (saint Ignace d’Antioche lui écrivit même une lettre personnelle en plus de celle qu’il adressa à l’Eglise de Smyrne) et pourtant il associe les presbytre de son diocèse à sa lettre.

Le Martyre de Polycarpe, écrit par l’Eglise de Smyrne :

« L’Église de Dieu qui séjourne à Smyrne à l’Église de Dieu qui séjourne à Philomelium et à toutes les communautés de la sainte Église catholique qui séjournent en tout lieu: que la miséricorde, la paix et l’amour de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ vous soient données en plénitude [cf. Jude 2]. » (Lettre de l’Église de Smyrne ou Martyre de Polycarpe, incipit, 155 ou 169)

C’etait par ailleurs un usage déjà en vigueur chez les juifs de l’Ancienne Alliance. En effet, le deuxième livre des Machabées qui fut rédigé par les juifs de Judée à l’intention de ceux d’Egypte, chacun considérés en tant que communautés formant un tout, commence par ces mots :

« À leurs frères, aux Juifs qui sont en Égypte, salut ! Les Juifs, leurs frères, qui sont à Jérusalem et dans le pays de Juda souhaitent une heureuse paix ! Que Dieu vous fasse du bien et qu’il se souvienne de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob, ses fidèles serviteurs ! Qu’il vous donne à tous un coeur pour l’adorer et accomplir ses volontés de grand coeur et de bon gré ! Qu’il ouvre votre coeur à sa loi et à ses préceptes, et qu’il y fasse la paix ! Qu’il exauce vos prières et se réconcilie avec vous, et qu’il ne vous délaisse pas au temps du malheur ! » (II Machabées I, 1-5)

Nous y retrouvons une salutation, puis des invocations de bénédiction et de paix.

Rappelons que ce schisme a « a perverti beaucoup d’âmes » et « en a jeté beaucoup dans l’abattement, beaucoup dans le doute et nous [l’Eglise de Rome] tous dans la tristesse » (Lettre de Clément aux Corinthiens, 46, 9), que cela fut tellement grave que la chose fut même connue des païens y trouvant une occasion de blasphémer le nom de Jésus-Christ (Lettre de Clément aux Corinthiens, 47, 7) et que l’auteur de la Lettre fait peser une menace sur ses lecteurs si ceux-ci n’obéissent pas : « Mais s’il y en a qui résistent aux avertissements que Dieu leur envoie par notre truchement, qu’ils sachent que leur faute n’est pas légère, ni mince le danger auquel ils s’exposent. » (Lettre aux Corinthiens, 59, 1).

Aussi il est inimaginable qu’un membre d’une Église locale écrive sur une lettre aussi capitale sans l’accord de l’évêque auquel il doit être subordonné, même pour ses actes religieux les plus simples. Soulignons de plus qu’il la commence en disant qu’il l’écrit au nom de « L’Église de Dieu qui séjourne à Rome ». La Lettre est donc forcément émanée d’une autorité épiscopale et d’une autorité épiscopale seule. En effet, comme saint Clément le dit lui-même dans cette même lettre, toute l’Eglise doit être soumise à l’Evêque ; et comme le dira quelques années plus tard saint Ignace d’Antioche (vers 35-vers 107), disciple des saint apôtres Pierre et Jean, en plus de nombreux enseignement sur le pouvoir exclusif de l’Evêque (qu’on pourra retrouver ici) :

« Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l’Église catholique. Il n’est pas permis en dehors de l’évêque ni de baptiser, ni de faire l’agape, mais tout ce qu’il approuve, cela est agréable à Dieu aussi Ainsi tout ce qui se fait sera sûr et légitime. » (Lettre aux Smyrniotes, VIII)

Autant dire « L’Evêque c’est l’Eglise, l’Eglise c’est l’Evêque ». Saint Ignace dans les incipits de ses lettres, les adresse aux Eglises en tant que communautés, alors même qu’il est évident que leurs destinataires concrets étaient les évêques. La Lettre aux Corinthiens fut donc l’expression l’Eglise de Rome et non l’expression personnelle de saint Clément.

Autrement la Lettre aurait été envoyé non au nom de « L’Eglise de Dieu qui séjourné à Rome » mais au nom propre de Clément, de la même manière qu’étaient écrites aux noms propres de leurs auteurs concrets que celles de saint Ignace d’Antioche et celle écrite par saint Méliton de Sardes à Onésime (Histoire ecclésiastique, IV, 26, 13), alors même que les deux étaient Evêques, mais dans le contexte ils n’écrivaient pas en tant qu’Evêques mais en leurs noms propres. Parallèlement il y a la Lettre de l’Eglise de Smyrne ou la Lettre des martyrs de Lyon, écrites par les communautés chrétiennes de Smyrne et de Lyon alors qu’elles étaient sans Evêques car ceux-ci venaient de mourir, et qui pourtant commencent en se désignant comme issues pour l’une de l’Eglise de Smyrne et pour l’autre de l’Eglise de Lyon. Nous pouvons donc constater que des Evêques peuvent écrire en leurs noms propres et que des communautés sans Evêques peuvent écrire en tant que communauté. Il s’en suit que c’est nécessairement la personne « publique » de l’Eglise de Rome et non pas la personne « privée » de saint Clément qui écrit. Aussi cette personne publique ne peut-être matérialisée que par son Evêque car tous admettent qu’au moment de la rédaction de la Lettre il y avait un Evêque à Rome, que ce fut saint Clément si elle date de 95-96 ou saint Lin si elle date de 69-70. Aussi que l’Evêque de Rome ait été saint Clément ou saint Lin, cela est égal car dans le second cas, saint Clément n’aura écrit la Lettre qu’en tant que secrétaire tandis que l’autorité revêtant la lettre aurait bien été celle de l’Evêque.

Redonnons la parole à Mgr FEVRE :

« L’objection que je combats n’est donc qu’une pure chicane, imaginée pour affaiblir un argument dont les protestants ont senti la force. Si, d’une part, l’antiquité chrétienne est unanime pour attester que le pape saint Clément a écrit notre épître ; d’une autre part, le recours de l’Eglise de Corinthe à celle de Rome et l’intervention de cette dernière, prouvent que dès le premier siècle on reconnaissait la suprématie du Siège de saint Pierre. » (Ibidem., page 138)

Finissons d’enterrer cet argument en soulignant que les adversaires disent que Clément intervint non à cause de sa position hiérarchique mais « par charité ». Mais cela est insensé car si toute l’Eglise ne reconnaissait pas le pouvoir du Siège Romain, pourquoi saint Jean et saint Timothée ne seraient-ils pas intervenus « par charité » pour mettre fin à ce conflit qui, rappelons-le, durait depuis déjà longtemps (I, 1), « a perverti beaucoup d’âmes » et « en a jeté beaucoup dans l’abattement, beaucoup dans le doute » (Lettre de Clément aux Corinthiens, 46, 9) et qui fut tellement grave que la chose fut même connue des païens y trouvant une occasion de blasphémer le nom de Jésus-Christ (Lettre de Clément aux Corinthiens, 47, 7) ! Eux qui étaient beaucoup plus proches de Corinthe que Clément à Rome, eux qui avaient un rôle particulier : saint Jean pour l’Eglise universelle et saint Timothée pour l’Eglise de Corinthe ! Pourquoi une telle inaction ? Il n’y a qu’une seule réponse possible : l’Eglise universelle attendait la décision de celle qu’elle savait être son chef !

La date de la Lettre

Il y a une controverse pour déterminer la date de cette Lettre. La premières thèse, celle quasi-universellement acceptée, est celle d’une rédaction en 95-96, après la persécution de Domitien. Mais une seconde thèse affirmé quant à elle qu’elle daterait en fait de 69-70, après la persécution de Néron. Nous exposeront d’abord les faits fondant la première thèse, puis nous exposeront et réfuteront ceux qui soutiennent la seconde.

Preuves de la première thèse

La Lettre ne mentionne ni ne laisse deviner qui en est l’auteur. Elle est simplement écrite au nom de « L’Église de Dieu qui séjourne à Rome ». C’est la Tradition de ceux qui en témoignent a posteriori qui nous apprend qu’elle fut écrite par Clément.

Le premier de ces témoins est le plus ancien historien de l’Eglise, Hégésippe de Jérusalem qui le rapporte le premier. En effet, Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 335), après avoir rapporter que Clément devint évêque de Rome à partir de 92-93 (Histoire ecclésiastique, III, 15), enchaîne en disant :

« Il existe de celui-ci, acceptée comme authentique, une épître longue et admirable. Elle a été écrite au nom de l’Église de Rome à celle de Corinthe à propos d’une dissension qui s’était alors élevée à Corinthe. En beaucoup d’églises, depuis longtemps et de nos jours encore, on la lit publiquement dans les réunions communes. Qu’un différend, à cette époque, ait troublé l’église de Corinthe, nous en avons pour garant digne de foi Hégésippe. » (Histoire ecclésiastique, III, 16)

Plus loin dans son œuvre, Eusèbe nous apprend que Hégésippe se rendit à Rome, ce qui signifie qu’il savait de quoi il parlait, il y redit qu’il mentionne la Lettre aux Corinthiens dans ses Mémoires (Histoire ecclésiastique, VII, 22)

Le second de ces témoins est saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202), disciple de saint Polycarpe de Smyrne (vers 69-155), lui-même disciple de l’apôtre saint Jean. Il se rendit lui aussi à Rome (Histoire ecclésiastique, V, 4 et 5) dont il estime beaucoup la Tradition et ses évêques, il nous l’apprend lorsqu’il dit que sa Tradition est parvenue

« jusqu’à nous par des successions d’évêques […] car avec cette Église [de Rome], en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 2)

Or au paragraphe suivant, il place Clément après Lin et Anaclet. Et dans cette liste, lorsqu’il en vient à mentionner Clément, il ajoute :

« Sous ce Clément, donc, un grave dissentiment se produisit chez les frères de Corinthe ; l’Église de Rome adressa alors aux Corinthiens une très importante lettre pour les réconcilier dans la paix, renouveler leur foi et leur annoncer la Tradition qu’elle avait naguère reçue des apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 3).

Nous avons donc deux témoignages de première qualité, et dignes de foi car ils ont visité l’Eglise Romaine et c’est forcément en ce lieu qu’ils ont appris ou se sont vu confirmé ce qu’ils ont écrit au sujet des évêques de cette ville, qui nous apprennent l’identité de l’auteur ainsi que l’époque de la rédaction (fin du Ier siècle). Cela posé, il y a également des éléments internes à la Lettre qui accréditent une telle datation.

Le premier d’entre eux est l’affirmation que la Lettre est rédigée après une persécution :

« Ce sont les malheurs et les épreuves dont nous avons été frappés soudainement et coup sur coup qui nous ont retenus trop longtemps, à notre gré, de nous tourner vers vous, bien-aimés » (I, 1).

Il peut donc s’agir de la persécution de Néron (64-68) ou de celle de Domitien (vers 96). Les malheurs évoqués ayant eut lieu « coup sur coup », morceau de phrase parfois traduit par « l’un après l’autre », font penser à celle de Domitien qui est la seconde.

Le deuxième est la longue durée des Eglises de Rome et de Corinthe ainsi que de la succession des évêques auxquelles il est fait référence :

« Ce que nous savons de l’époque du pontificat de saint Clément, et le soin particulier que prend Clément de faire ressortir la longue durée des deux Eglises de Rome et de Corinthe, c. XLII-XLIV, XLVII, LXIII, tout s’accorde avec la donnée d’Hégésippe, et reporte la composition de cette lettre à la dernière année du règne de Domitien, sinon au début du règne de Nerva, 96-98. Voir Harnack, Die Chronologie, t. I, p. 251-255 ; Bardenhewer, Geschichte, t. I, p. 102. » (P. GODET, op. cit.).

Les autres preuves ne sont pas positives, mais négative : les arguments en faveur de l’autre thèse sont faux. Nous allons maintenant les réfuter.

Réfutation de la seconde thèse

Pierre et Paul seraient morts peu de temps avant

C’est un argument tiré du début du chapitre V où Clément écrit : « Mais laissons les exemples des anciens, et passons aux héros qui nous touchent de tout près ; prenons les généreux exemples que nous ont donnés des hommes de notre génération. C’est à cause de la jalousie et de l’envie que les plus grands et les plus justes d’entre eux, les colonnes, ont subi la persécution et combattu jusqu’à la mort. Oui, regardons les saints Apôtres », puis il décrit le martyre de Pierre et Paul. Il est vrai que cet événement est immédiatement antérieur à 69/70 mais est déjà passé depuis trente ans en 95/96. De plus saint Irénée dans l’énumération qu’il fait des évêques de Rome dit au sujet de Clément :

« Il avait vu les apôtres eux-mêmes et avait été en relations avec eux : leur prédication résonnait encore à ses oreilles et leur Tradition était encore devant ses yeux. Il n’était d’ailleurs pas le seul, car il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres » (Contre les hérésies, III, 3, 3)

De cela nos adversaires déduisent aussi que la mort la mort des apôtres devait être récente, autrement saint Irénée n’aurait pas pu dire correctement que « leur prédication résonnait encore à ses oreilles et leur Tradition était encore devant ses yeux ».

A cela il faut répondre deux choses. La première est  que le chapitre V de la Lettre doit être lu et compris en contraste avec le chapitre IV qui ne fait référence qu’à de très lointaines figures de l’Ancien Testament, aussi les apôtres paraissent bien être « de la génération » des contemporains de Clément. De plus, lorsqu’il est question des « hommes de notre génération », Clément évoque par là des personnages qu’il a lui-même connu et qui sont aussi de la génération des plus anciens de Corinthe qui seraient logiquement à l’origine de l’appel à Rome. Cela est rendu d’autant plus clair par la seconde partie de la réponse. En effet, les propos de saint Irénée ont le double intérêt de fournir leur propre interprétation correcte et d’éclairer ceux de saint Clément. En effet, Irénée commence par dire « Il avait vu les apôtres eux-mêmes et avait été en relations avec eux : leur prédication résonnait encore à ses oreilles et leur Tradition était encore devant ses yeux », ce qui pourrait laisser entendre que leur mort est récente, toutefois il continue en disant qu' »Il n’était d’ailleurs pas le seul, car il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres », ce qu’il n’aurait pas dit cela si la Lettre avait été écrite des 69/70 car alors la chose aurait été évidente puisqu’il n’y aurait eu que de cela « gens qui avaient été instruits par les apôtres ». Cet argument qui n’est pas dénué de sens se trouve du moins réfuté par la seconde phrase, et nous devons simplement conclure qu’il a voulu exprimé par là la vivacité du souvenir de la prédication des apôtres dans l’esprit de Clément.

Les sacrifices du Temple de Jérusalem décrits comme actuels ?

Aux chapitres 40 et 41, Clément parle du sacerdoce juif de l’Ancienne Alliance et des sacrifices du Temple de Jérusalem au présent. Certains en concluent qu’il n’a pu écrire cela qu’avant la destruction de Jérusalem et de son Temple qui eut lieu en 70.  Mais il est impossible de ne pas voir qu’il y a quelque chose qui cloche lorsque cela apparaît sous une plume chrétienne.

Mais à la réalité :

« Clément de Rome emploi le présent pour décrire une institution demeurée dans son souvenir ; mais il ne trace le parallèle entre les deux sacerdoces que parce que la disparition de l’un fait valoir l’autre. On retrouve ma même manière de parler dans Josèphe (Antiq. jud., III, 7-11). Cf. Barnabé, VII, IX ; l’Epître à Diognète, III ; S. Justin (Dialogue, ch. CXVII). » (Les Pères apostoliques, II. Clément de Rome, texte grec, trad., introd. et index par Hippolyte HEMMER, « Textes et documents pour l’étude historique du christianisme » publiés sous la direction de Hippolyte HEMMER et Paul LEJAY, Alphonse Picard et Fils, éditeurs, Paris 1909, p. 85, notes de bas de page)

En effet, aux chapitres 38 à 41, l’auteur serre de plus près son sujet. Il y met en relief l’institution divine de la hiérarchie ecclésiastique et le précepte de l’obéissance à l’autorité légitime de l’Eglise en les mettant en parallèle avec la hiérarchie de l’Ancienne Alliance ; il adjure tous les fidèles de s’entraimer, les fauteurs des désordres de se repentir et de se soumettre.

Soulignons aussi qu’il est écrit au chapitre 41 : « Ce n’est point partout, frères, qu’on offre le sacrifice perpétuel, ou un sacrifice votif, ou pour les péchés et les fautes, mais seulement à Jérusalem. », or ces sacrifices qui ont eut lieu jusqu’en 70 avaient perdu leur efficacité avec le Sacrifice du Christ qui les a rendu caduc et qui a mérité pour la rémission de chaque péché regretté. Il ne peut donc pas s’agir d’un sacrifice efficient comme l’usage du présent dans le texte pourrait le faire croire, mais d’un exemple pour signifier l’importance de l’obéissance aux pasteurs de l’Église.

La Lettre est portée par un nommé « Fortunatus »

Un dernier argument, plus solide que les deux précédents, fait dire à nos contradicteurs que la Lettre daterait de 69/70. C’est que Clément dit aux Corinthiens qu’il leur envoie « Fortunatus » comme messagers (65, 1). Or, disent-ils, ce doit être le même Fortunatus que saint Paul évoque déjà en I Corinthiens XVI, 17 vers l’an 55. Il n’est donc pas possible que ces deux Lettres aient 40 ans d’écart.

Nous répondrons premièrement qu’il est fort possible qu’il ne s’agisse pas du même Fortunatus. En effet, les messagers sont : « Claudius Ephebus et Valerius Biton avec Fortunatus » (65, 1). Les eux premiers noms sont des noms latins qui viennent donc de Rome. « Fortunatus » veut dire « heureux » en latin, il est donc plus qu’envisageable que ce dernier soit lui aussi romain, malgré son homonyme Corinthien du temps de saint Paul.

Mais pour nous convaincre définitivement que ce Fortunatus n’est pas celui dont il est question dans le Nouveau Testament, envisageons les deux circonstances possibles de rédaction de la Lettre : en tant qu’adresse spontanée ou en tant que réponse à une sollicitation.

Dans le premier cas, il est automatiquement prouvé qu’il s’agit de deux « Fortunatus » différents car le Fortunatus dont il est question chez saint Paul ne serait alors pas venu à Rome pour solliciter le secours du pape.

Dans le second cas, nous devons considérer deux éléments. Le premier est que cette « l’affaire corinthienne » traîne depuis longtemps :

« Ce sont les malheurs et les épreuves dont nous avons été frappés soudainement et coup sur coup qui nous ont retenus trop longtemps, à notre gré, de nous tourner vers vous, bien-aimés, et de nous occuper des affaires en litige parmi vous » (I, 1)

Il est donc encore plus invraisemblable qu’un messager de Corinthe soit resté à Rome pendant un temps indéfini en attendant une réponse de Clément dont il ignorait la date, car tant que les « malheurs » duraient, la réponse se faisait attendre. Le second est que, comme l’écrit Clément, ces messagers sont voués à revenir :

« Rendez-nous promptement, en paix et joie, les messagers que nous vous avons envoyés » (65, 1)

Or si le Fortunatus en question était Corinthien, nous le verrions mal faire trois voyages (l’aller-retour de Rome à Corinthe et de Corinthe à Rome pour porter la réponse de Clément à Corinthe puis pour retourner témoigner de la réussite de la mission à ce dernier, suivit du retour définitif à Corinthe) au détriment de leurs devoirs familiaux, sociaux et professionnels. Si ce Fortunatus avait été Corinthien, il n’aurait pas eu vocation à faire partie du voyage de retour, il serait resté chez lui, à Corinthe dont l’Eglise aurait été enfin pacifiée, en laissant ses deux compères romains rentrer chez eux sans lui.

Mais même si pour les besoins du raisonnement nous devions admettre qu’il s’agisse du même Fortunatus que dans le Nouveau Testament, cela n’emporterait pas forcément une datation en 69/70. En effet, pensons à tous les contemporains des apôtres qui ont vécu jusqu’à un grand âge et qu’ils ont voyagé jusqu’à leur mort. Rappelons-nous que beaucoup d’entre eux sont morts martyrs, ce qui signifie qu’ils auraient dû vivre encore plus vieux tout en continuant leurs voyages ! Saint Pierre ne cessa ses voyages apostoliques que juste avant sa mort qui intervint, comme le Christ l’avait annoncé, lorsqu’il était « devenu vieux » (Jean XXI, 18), ce qui est confirmé par les découvertes archéologiques du XXè siècle prouvant qu’il mourut entre 60 et 70 ans. Saint Paul qui devait déjà être d’un certain âge lors de la prédication de Jésus-Christ car il était présent au martyre de saint Etienne (Actes VII, 58 ; Actes VIII, 1) mourut vers 65 après avoir poursuivi ses courses apostoliques jusqu’à son arrestation finale. Saint André, apôtre de Jésus-Christ, après la Pentecôte, partit prêcher l’Évangile, au cours d’un long voyage tout autour des côtes de la mer Noire. Ses voyages l’amenèrent en Mésopotamie, en Bithynie (côte anatolienne), à Éphèse, en Thrace maritime (région entre le Bosphore et le cap Kaliakra), en Scythie mineure (de Tomis aux bouches du Danube), en Crimée, à Byzance et finalement en Achaïe (région au nord du Péloponnèse), où il finit crucifié sous l’empereur Néron, à Patras en l’an 60, trente ans après la mort du Christ. Saint Jean, apôtre de Jésus-Christ, fit le voyage de Patmos à Ephèse « à la mort de Domitien » qui eut lieu le 18 septembre 96 (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 23). Saint Ignace d’Antioche qui naquit vers 35 mourut en martyr entre 107 et 117, donc à au moins 72 ans, suite au long voyage que fut sa déportation depuis la Syrie jusqu’à Rome où il fut dévoré par les lions. Saint Polycarpe, disciple de saint Jean, qui naquit vers 69 et mourut en 155, se rendit à Rome très peu de temps avant sa mort pour s’entretenir avec le pape saint Anicet pour parler de la question de la date de Pâques (Histoire ecclésiastique, IV, 14) et s’en retourna ensuite à Smyrne ; selon toute vraisemblance, il se rendit même à Marseille avant de se rendre à Rome et envoya depuis cette ville saint Pothin et saint Irénée à Lyon dont il devinrent respectivement premier et deuxième évêques. Il fit donc ce très long périple d’Asie mineure à Marseille puis de Marseille en Asie mineur en passant par Rome à environ 85 ans. Saint Pothin quant à lui, qui fit donc le voyage depuis l’Asie mineure jusqu’à Lyon en 154 ou 155, mourut lors de la persécution de Marc-Aurèle qui eut lieu en 177, « a l’âge de quatre-vingt-dix ans révolus » (Histoire ecclésiastique, V, 1), ce qui signifie qu’il fit ce très long voyage à 67 ou 68 ans. Il serait donc loin d’être aberrant que le Fortunatus du Nouveau Testament ait toujours été « en activité » en 95/96.

Une objection paradoxale

Posons-nous la question suivante : pourquoi ceux qui ne croient pas en l’autorité du Siège Romain s’efforcent de prouver que la datation universellement acceptée depuis toujours est fausse ? La réponse est triple. Premièrement, selon eux, si tel est le cas, premièrement l’apôtre saint Jean ne se trouvait pas à Ephèse, plus proche de Corinthe que Rome, mais à Patmos. Deuxièmement saint Clément n’était pas évêque de Rome à ce moment là, et que la raison de l’origine romaine de la Lettre doit donc être recherchée ailleurs que dans la primauté romaine. Et troisièmement, une variante de la deuxième raison est que Clément était bel et bien évêque en 69/70 mais qu’il succédait alors à Lin et Anaclet, Pierre n’ayant alors pas été évêque de Rome, ce qui reviendrait à ruiner toute la doctrine catholique sur la Papauté.  A la réalité, même si l’une des deux premières objections étai(en)t vraie(s), cela ne ferait que renforcer la preuve de la primauté romaine car cela impliquerait que dès les premières années après la mort de Pierre et Paul, lorsque plusieurs autres apôtres et disciples étaient toujours en vie, l’autorité papale était déjà reconnue ! La troisième quant à elle est purement et simplement fausse comme nous le verrons aussi.

Nous répondons à la première motivation en rappelant ce que nous avons dit plus haut au sujet de saint Jean et saint Timothée : cela seul suffit à prouver que l’Église de Rome était supérieure aux autres, car sinon les Corinthiens se seraient adressés à l’un des ces deux autres, et ce même si la Lettre datait de 69/70. Les Corinthiens n’avaient donc aucun motif raisonnable de consulter Rome à moins que cette dernière ne détienne l’autorité suprême sur toute l’Eglise. C’est à cela que la seconde motivation tente de répondre : Clément n’était pas évêque de Rome en 69/70.

Cette seconde motivation, certes plus intelligente, est tout aussi inopérante. En effet, certains de nos opposants affirment qu’en 69/70 l’évêque était Lin, conformément à la Tradition, alors Clément n’a pas écrit la Lettre en tant qu’évêque de Rome, et qu’il faut donc aller chercher la raison de l’origine de la Lettre ailleurs que dans la primauté romaine. Nous répondons que dans cette hypothèse, la Lettre aura de toute façon été « lue et approuvée » par l’évêque Lin. En effet, comme nous le disions plus haut : ce schisme a « a perverti beaucoup d’âmes » et « en a jeté beaucoup dans l’abattement, beaucoup dans le doute et nous [l’Eglise de Rome] tous dans la tristesse » (Lettre de Clément aux Corinthiens, 46, 9), que cela fut tellement grave que la chose fut même connue des païens y trouvant une occasion de blasphémer le nom de Jésus-Christ (Lettre de Clément aux Corinthiens, 47, 7) et que l’auteur de la Lettre fait peser une menace sur ses lecteurs si ceux-ci n’obéissent pas :

« Mais s’il y en a qui résistent aux avertissements que Dieu leur envoie par notre truchement, qu’ils sachent que leur faute n’est pas légère, ni mince le danger auquel ils s’exposent. » (Lettre aux Corinthiens, 59, 1)

Aussi il est inimaginable qu’un membre d’une Église locale écrive sur une lettre aussi capitale sans l’accord de l’évêque auquel il doit être subordonné, même pour ses actes religieux les plus simples. Soulignons de plus qu’il la commence en disant qu’il l’écrit au nom de « L’Église de Dieu qui séjourne à Rome ». D’ailleurs, le simple fait que la Lettre ait été écrite au nom de « L’Église de Dieu qui séjourne à Rome » prouve péremptoirement que ce n’est pas en raison d’un qualité personnelle de saint Clément que cette Lettre est écrite mais en raison d’une caractéristique intrinsèque à l’Eglise de Rome car sinon la elle n’aurait pas été écrite au nom de « L’Église de Dieu qui séjourne à Rome » mais au nom personnel de Clément, de même que furent adressées aux noms personnels des auteurs les Epîtres du Nouveaux Testament, ainsi que celles de saint Ignace d’Antioche et celle écrite par saint Méliton de Sardes à Onésime (Histoire ecclésiastique, IV, 26, 13), tout Evêque de Sardes qu’il était.

Du reste, une fois la question adressée à l’Église de Rome, rien n’empêchait cette dernière de déléguer à Clément le soin de rédiger la Lettre, éventuellement même en raison d’un lien historique qu’il aurait eu avec celle de Corinthe. Cette Lettre est donc revêtue de l’autorité de l’Eglise de Rome et donc, directement ou indirectement de son évêque, et non de la seule autorité de Clément. Etant pas ailleurs donné qu’il n’existait aucun motif objectif autre que la supériorité hiérarchique pour que cette Lettre émane de Rome plutôt que de saint Jean ou saint Timothée, il s’agit d’une preuve péremptoire de la supériorité intrinsèque de l’Eglise de Rome sur autres Eglises, indépendamment de la qualité personnelle de ses membres et de son évêque.

Quant à la dernière objection, elle se fonde sur certaines affirmations des auteurs chrétiens des premiers siècles. Nous l’avons déjà réfutée dans cet article et dans celui-ci. Saint Jérôme (347-420) qui affirme que saint Clément fut bien le quatrième évêque de Rome, témoigne cependant que :

« la plupart des Latins pensent que Clément succéda immédiatement à Pierre » (Les hommes illustres, XV).

Cela a certainement mené un bon nombre de ces Latins dont la pensée était erronée à affirmer l’aberration de faire de Lin et Clet les prédécesseurs de Clément, pendant la vie de saint Pierre. En effet, rappelons-nous que d’un côté il était pour eux indiscutable que saint Clément ait été évêque juste après la mort de saint Pierre et d’un autre, il était tout autant indiscutable que Lin et Anaclet l’avaient précédé. Il s’agit d’une confusion qui a pu naître du fait que Lin et Clet ont peut-être été « évêques remplaçants » en assumant la charge d’administrateur de l’Eglise de Rome lors des absences de Pierre en raison de ses voyages apostoliques. C’était déjà l’opinion de Ruffin d’Aquilée (vers 345-vers 411) qui traduisit en latin les pseudo-clémentine :

« Il y a une lettre dans laquelle ce même Clément, écrivant à Jacques le ‘frère du Seigneur’, rapporte la mort de Pierre, et dit qu’il l’a laissé comme son successeur, en tant que dirigeant et enseignant de l’église. Lin et Clet furent évêques de la ville de Rome avant Clément. Comment alors, demandent certains, est-ce que Clément dans sa lettre à Jacques dit que Pierre lui avait transmis sa position d’enseignant de l’église. L’explication de ce point, tel que je le comprends, est la suivante. Lin et Clet furent, sans aucun doute, évêques dans la ville de Rome avant Clément, mais c’était durant la vie de Pierre; c’est-à-dire qu’ils prirent en charge le travail épiscopal, pendant qu’il s’acquittait des devoirs de l’apostolat. » (Préface de la traduction des Récognitions).

Mais qu’importe ces confusions, il ne s’agit que d’erreur que nous avons déjà réfutées.

Nous pouvons donc conclure que quelque fut la date de rédaction de la Lettre ainsi que la qualité en laquelle Clément l’écrivit, elle est quoi qu’il en soit une preuve de la primauté romaine dès le Ier siècle.

Le prestige de Clément et de sa Lettre

Cette Lettre eut un retentissement phénoménal à travers les siècles ! D’abord, saint Polycarpe de Smyrne, disciple de l’apôtre saint Jean, écrit vers 110 sa Lettre aux Philippiens en copiant le plan de la Lettre de Clément. Quelques décennies plus tard, ces diocésains rédigent le récit de son Martyre, la prière finale est une copie de la prière finale de la Lettre de Clément. Vers 166, l’évêque saint Denys de Corinthe écrit que cette Lettre était encore lue dans lors des messes corinthiennes (Histoire ecclésiastique, IV, 23, 11). Saint Irénée écrit vers 185 que dans la liste des évêques de Rome (Contre les hérésies, III, 3, 3), il la décrit comme « très importante » et il s’y attarde longuement pour en décrire le contenu et ne fait de même pour aucun des autres évêques de la liste. Eusèbe rapporte qu’à son époque encore (vers 260-vers 340), cette lettre est « en beaucoup d’églises » et « publiquement dans les réunions communes » et il dit d’elle qu’elle est « admirable » (Histoire ecclésiastique, III, 16). Clément d’Alexandrie (vers 155-vers 215) et Origène en citent de nombreux passages.

« Tel était dans l’Eglise primitive le prestige de saint Clément de Rome, que nombre d’écrits anonymes se sont comme à l’envi couverts de son nom. Il sera parlé des principaux, du roman ébionite des Pseudo-Clémentines, des lettres aux vierges et de décrétales de saint Clément, à l’article CLEMENTINS (Apocryphes). Les Constitutions Apostoliques, au Ve siècle, sont censées rédigées par Clément, P. G., t. I, col. 557-1156. Voir [l’article] CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES. Les 84 (85) canons grecs, dits des apôtres, étaient attribués à saint Clément, disciple des apôtres, voir t. II, col. 1605-1612, ainsi que les 127 canons coptes-arabes, qui ne sont qu’une partie de l’Octateuque de Clément. Voir, t. II, col. 1612-1618. Plus tard encore, une liturgie syriaque à l’usage des jacobites, distincte de la liturgie du VIIIe livre des Constitutions apostoliques, se présenta sous le nom du même pape. Une traduction latine, faite sur le ms. 3921 de Colbert (Bibliothèque nationale, syriaque 76), a été publié par Renaudot, Liturg. oriental. collectio, Paris, 1716, t. II, p. 186-201, et rééditée, P. G., t. II, col. 603-616. Cf. Villien, L’abbé Eusèbe Renaudot, Paris, 1904, p. 197. » (P. GODET, op. cit.)

Un tel phénomène ne peut pas s’expliquer autrement que par la reconnaissance de l’autorité papale de l’auteur ! Aucun autre écrit post-biblique des premiers siècles ne connut un tel succès. De plus, l’affaire traité ne concernait qu’une seule communauté chrétienne. C’est donc l’autorité de l’auteur qui l’aura fait diffusé à grande échelle et qui l’aura fait prendre pour « oracle de vérité » par tous ses lecteurs ! C’est un  conclusion à laquelle on arrive d’arrive d’autant plus facilement que c’est avec Photius, l’initiateur du schisme d’Orient, qui donna naissance à l’église qui prendra plus tard, et à tort, le nom d' »orthodoxe », que son souvenir fut peu à peu effacé en Orient : ce n’est pas un hasard car il s’agit pour cette église d’un terrible témoignage de l’autorité du Siège Romain !

« Tous les écrivains grecs, depuis la première partie du second siècle jusqu’à Photius, en ont fait les plus pompeux éloges. Denys de Corinthe nous apprend qu’on le lisait de son temps dans l’Eglise de Corinthe. Clément d’Alexandrie et Origène lui attribuent une autorité apostolique et le considèrent presque comme une partie de la sainte Ecriture. Eusèbe de Césarée atteste qu’on le lisait publiquement depuis les premiers temps dans les Eglises, mais il a soin cependant de ne pas le placer parmi les livres canoniques, comme semble le faire le canon LXXXV des Constitutions apostoliques. […] La célébrité de l’écrit de saint Clément a duré sans interruption, dans l’Eglise orientale, jusqu’à Photius, qui en a parlé avec grand éloge dans sa Bibliothèque (c. CXIII). Mais les progrès du schisme et sa funeste prédominance on effacèrent peu à peu le souvenir dans l’Eglise grecque, dont il condamnait manifestement la révolte contre l’autorité du Saint-Siège. » (Article du docte abbé DANIEL paru dans l’Univers, mai ou juin 1877)

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