+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’autorité souveraine et infaillible du Pape est-elle contradictoire avec l’existence des Conciles ?

Notre dossier sur la Papauté : ici

Une objection surgit parfois contre les Conciles et/ou contre la souveraineté et l’infaillibilité du Pape. Des catholiques en viennent à se dire que si le Pape a tout pouvoir dans le gouvernement et dans l’enseignement de l’Eglise, alors les Conciles sont inutiles. A l’inverse des non-catholiques, soit attachés aux Conciles, comme les orthodoxes, soit constatant l’existence concrète des Conciles, comme les protestants, affirment que si l’autorité suprême du Pape rendrait les Conciles superflus, et qu’en conséquence cette dernière autorité du Pape ne peut pas exister. Nous allons voir comment la Papauté et les Conciles ne se contredisent pas, car pour une plus grande efficacité de l’enseignement du Pape, celui-ci a besoin de conseil, que les apôtres eux-mêmes infaillibles y ont eu recours, et que les monuments de l’antique Eglise affirment souvent à la fois l’infaillibilité du Pape, ainsi que l’importance du concours du Concile.

Voici le plan de notre étude :

I) Les Conciles sont très utiles bien que non strictement nécessaires

A) Les Conciles sont utiles en raison de la plus grande solennité et de l’étendue du Concile

B) Saint Augustin (354-430) confirme qu’ils ne sont pas nécessaires

C) L’exemple de saint Léon II en confirmant le IIIè Concile de Constantinople

II) Les apôtres et auteurs sacrés ont eu besoins de conseils

A) L’infaillibilité des apôtres et auteurs sacrés

B) Leurs prises de conseil

1) L’enquête de saint Luc

2) Les parchemins de saint Paul

3) Le Concile de Jérusalem

III) Témoignages de l’antiquité chrétienne unissant infaillibilité du Pape et recours au conseil externe

A) Le sursis à statuer en l’absence de Pape dans l’affaire grave, urgente et évidente des lapsi tout en appelant à un Concile

B) Le Pape saint Zosime (mort en 418) affirme sa propre infaillibilité et l’utilité de prendre conseil dans la même lettre

C) Le Concile d’Ephèse (431) ne fait que se soumettre à l’autorité du Pape

1) L’ordre du Pape saint Célestin au futur président du Concile saint Cyrille d’Alexandrie

2) Le Concile déclare prendre sa décision contraint « par l’autorité des Canons, et par la lettre de Célestin Évêque de Rome, notre très saint Père« 

D) La soumission au Pape du Concile de Chalcédoine (451)

1) Le Pape saint Léon le Grand fait part au Concile de son obligation d’entériner sa lettre dogmatique

2) Le Concile se soumet

3) Le Concile de Chalcédoine n’a-t-il pas réexaminé la lettre que saint Léon avait écrite ?

E) La soumission au Pape du IIIè Concile de Constantinople (681)

1) Le Pape saint Agathon fait part au Concile de son obligation d’entériner les lettres qu’ils envoie aux empereurs qui proclament entre autres l’infaillibilité du Pape

2) Le Concile se soumet reconnaît le Pape est infaillible et qu’un Concile a dépendu de lui en rassemblant 125 évêques

3) Le Pape saint Léon II ne confirme souverainement le Concile que parce qu’il s’est conformé à l’enseignement romain

a) Texte de saint Léon II

b) Ce que signifie examiner « avec une minutieuse attention […] chacune des pièces écrites » du Concile

VI) Témoignages de l’antiquité chrétienne sur l’indépendance du Pape en toute circonstance

A) Les Conciles ne peuvent exister contre la volonté des Papes

B) Les Papes ont la liberté de refuser des décrets votés par des Conciles

C) Les Papes ont le pouvoir d’interpréter les Conciles

D) Les Papes ont le pouvoir de régler seul avec autorité de grandes affaires dans l’Eglise

I) Les Conciles sont très utiles bien que non strictement nécessaires

A) Les Conciles sont utiles en raison de la plus grande solennité et de l’étendue du Concile

Saint Alphonse de Liguori (1696-1787) écrit en peu de mots :

« Nos adversaires présentent ici plusieurs objections.

I. — Ils disent d’abord : Si le Souverain Pontife est au-dessus des Conciles, ceux-ci sont donc inutiles, et c’est en vain que les Papes eux-mêmes ont convoqué tant de fois ces assemblées pour décider des questions de foi.

La réponse à cette objection saute aux yeux de tout le monde ; en effet, on ne dit pas que les Souverains Pontifes ont convoqué des Conciles parce qu’ils n’étaient pas à même de décider les controverses en matière de foi ; mais ils l’ont fait afin que les questions étant soumises à un examen plus approfondi, les héré­tiques fussent plus vigoureusement réfutés, et que les dogmes de la foi, contrôlés par le jugement de toute l’Eglise, fussent établis avec plus de solidité et reçus plus facilement par les fidèles. C’est pourquoi — comme nos adversaires nous l’objec­tent, mais bien à tort, — plusieurs Souverains Pontifes ont convoqué des Conciles après avoir déjà rendu leurs décisions. » (Saint Alphonse de Liguori, Dissertation sur l’autorité du pontife romain, au sujet de 29e proposition condamnée par Alexandre VIII, § II. De l’autorité du Pape sur le Concile, III. Objections, Ière Objection, reproduit in : Père Jules JACQUES, C.Ss.R., Du pape et du concile ou doctrine de S. Alphonse de Liguori sur ce double sujet – Traités traduits, classés et annotés, page 454)

Le Cardinal Louis BILLOT () développe plus cette idée :

« Si les définitions du pape étaient irréformables de soi, indépendamment du consentement de l’Eglise, les conciles généraux ne seraient plus nécessaires et seraient même inutiles. Or pareille conséquence est en contradiction avec l’histoire de l’Eglise et avec la foi.

La réponse est double, selon que la question porte sur la nécessité ou sur l’utilité des conciles. Et puisqu’il est ici question de la nécessité des conciles, l’on peut accorder sans difficulté que les conciles généraux ne sont pas absolument nécessaires au gouvernement ordinaire de l’Eglise, ni à la condamnation définitive des nouvelles erreurs. [puis le Cardinal BILLOT cite saint Augustin (354-430) qui affirmait déjà cela en son temps, puis un commentaire de FENELON, ces citations son reproduites dans la section suivante]. A la vérité, il apparaît impossible, même a priori, que le Christ ait établi une autorité absolument nécessaire pour déterminer les questions relatives à la foi en instituant un tribunal qui ne saurait se réunir qu’avec un apparat considérable et en mobilisant les évêques du monde entier? L’histoire de l’Eglise s’inscrit de toutes façons en faux contre le recours nécessaire et ordinaire à l’organe du concile oeucuménique.

Cependant, les conciles s’avèrent très utiles dans certaines circonstances et leur exercice est parfaitement compatible avec celui de l’infaillibilité pontificale. On peut le montrer de trois manières. Premièrement, parce qu’il en résulte beaucoup plus de secours, naturels et surnaturels qui favorisent la mise au point des décrets. Deuxièmement, lorsqu’ils sont promulgués en concile, les décrets reçoivent une autorité plus éclatante ; cela est fort utile, car cela permet d’obtenir plus facilement l’obéissance sincère des hommes et de refréner plus efficacement l’audace des contestataires. Troisièmement, cela renforce l’union des évêques dans l’Église, surtout lorsqu’il s’agit de mettre promptement exécution des décisions qui ont été prises pour le bien de toute l’Église et qui découlent non seulement d’un jugement du pape, mais aussi du conseil unanime de tous pasteurs. Il y a quelques remarques particulières faire sur chacun de ces trois points.

Quant au premier point, il faut noter qu’on doit employer des secours naturels ou surnaturels dans deux buts, pour établir les définitions de foi et pour établir la discipline, c’est-à-dire les moyens grâce auxquels on peut facilement protéger l’Église contre les dangers qui la menacent. En effet, la providence divine, en vertu d’une loi infaillible, préserve sans doute le pape de toute erreur, lorsqu’il publie des définitions, mais ce n’est pas pour cela qu’il doit se soustraire l’obligation qui lui incombe de faire de son côté tout son possible. Car le Saint-Esprit n’a pas été promis aux successeurs de saint Pierre pour qu’ils publient sous sa révélation une nouvelle doctrine, mais pour qu’avec son assistance ils gardent saintement et expliquent fidèlement la révélation transmise par les apôtres, c’est-à-dire le le dépôt de la foi. Or cette explication fidèle requiert par nature tout d’abord les moyens naturels de la science et de l’érudition et ensuite des moyens qui supposent un secours du Saint-Esprit et qui sont nécessaires pour éviter que la recherche scrupuleuse des hommes d’Eglise tombe dans quelque erreur. Et on voit bien ici qu’il n’y a aucune contradiction entre les d’une part le Saint-Esprit doit donner infailliblement son assistance et d’autres part les hommes doivent quand même fermement implorer cette assistance, et d’autant plus que celle-ci peut s’étendre plus ou moins, non pas dans la mesure où elle empêche qu’il y ait des erreurs dans la définition, mais lorsqu’il s’agit d’observer la mesure dans l’explication des dogmes, d’affirmer certaines vérités et d’en taire d’autres selon que le réclament les circonstances, et ainsi de suite. A plus forte raison doit-on faire la même observation quand il s’agit des décrets disciplinaires, ou du choix des moyens nécessaires pour éviter un danger commun à toute l’Église ou pour procéder à une réforme générale. Car ces matières admettent une très grande latitude à l’intérieur de laquelle la prudence humaine peut s’exercer sous la conduite du Saint-Esprit, c’est évident.

Ceci dit, on voit bien que le pape peut recourir de mille manières à ces moyens, selon que le réclament les différentes circonstances et les différents besoins ; mais avec cela, il n’y a pas de procédé à proprement parler plus efficace, si l’on veut disposer le mieux possible de tous ces secours, que de célébrer un concile œcuménique. C’est évident s’il s’agit des moyens naturels, car un concile oeucuménique rassemble toutes les lumières de l’Église. La prudence, l’érudition, la science et l’expérience de tous les pasteurs y sont réunies. Et cela fait encore moins de doute s’il s’agit des moyens surnaturels, car il est dit en saint Matthieu : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. » [Matthieu XVIII, 19] Ce passage nous indique un principe général : Dieu tient tant à la paix et à la concorde, que si les fidèles se réunissent dans un esprit de charité, il leur accorde une assistance spéciale, proportionnée au motif et aux exigences de cette réunion. C’est pourquoi les anciens en ont toujours conclu que lorsque tous les évêques de l’Eglise se réunissent au nom du Christ sous leur chef, le successeur de saint Pierre, pour traiter les affaires les plus importantes de l’Église, le Christ se trouve au milieu d’eux d’une manière toute spéciale, non seulement pour empêcher toute erreur, mais encore pour que les décisions prises par les pères aboutissent de la meilleure manière, pour le salut des âmes, pour l’exaltation de la foi catholique, pour le plus grand bien et la prospérité de toute l’Église.

Quand au second point, si on dit (pour reprendre l’expression de saint Léon le Grand dans sa lettre à Théodoret) qu’une définition ou une loi tire sa force du consentement de tout le peuple, cela peut s’entendre de deux manières. Premièrement, de façon substantielle, au sens où le consentement donne sa force à un décret qui n’a encore par lui-même aucune consistance et où par conséquent ce consentement serait le motif dont la présence donne au décret une autorité péremptoire et dont l’absence la lui refuse. Deuxièmement, de façon accidentelle, au sens où ce consentement ne donne aucune force d’obliger et n’ajoute rien la valeur intrinsèque du décret, mais apporte quand même un certain éclat l’autorité de cette définition ou de ce décret. ce qui agit beaucoup sur les esprits, poussant les hommes à l’obéissance ou du moins au respect, et écarte les obstacles qui pourraient s’opposer la soumission.

Ceci étant admis, si l’on considère la force et la valeur intrinsèques des définitions de foi ou des lois disciplinaires, il est exact de dire qu’un décret émanant seulement du pape et un décret conciliaire ne présentent aucune différence et que de ce point de vue la célébration des conciles œcuméniques serait inutile. Mais si l’on observe avec quel point l’autorité agit de fait sur les esprits, il est faux de mettre sur le même plan la définition qui émane seulement du pape et celle qui procède de tous les évêques de l’univers siégeant et jugeant avec le pape. En effet, celle-ci a l’avantage sur celle-là premièrement parce qu’elle bénéficie d’une plus grande solennité, deuxièmement parce qu’elle jouit d’une plus grande autorité humaine (et même s’il ne saurait y avoir là le motif déterminant de l’obéissance, il peut y avoir pourtant une raison qui pousse les hommes obéir ou qui leur rend l’obéissance plus facile), troisièmement, parce qu’elle manifeste plus clairement l’unité de l’Église, qui constitue un miracle dans la mesure où elle ne cesse jamais, et qui correspond l’un des principaux motifs de notre crédibilité. Fénelon explique fort bien cela avec l’exemple suivant : « Les catholiques ne pouvaient avoir aucune raison de mettre en doute la lettre adressée par saint Léon le Grand Flavien. Et d’ailleurs le pape ne souffrit pas que l’on mît en doute son enseignement. Et le concile de Chalcédoine, en le confirmant, ne pensait pas qu’il pouvait y adhérer du bout des lèvres. Bien au contraire, que nos critiques le veuillent ou non, il faut bien qu’ils reconnaissent que cette lettre avait déjà toute sa force avant la réunion du concile de Chalcédoine, et que non seulement tout l’Occident mais encore la majeure partie de l’Orient y souscrivait ouvertement. A tel point que les évêques n’auraient pu avoir l’idée de la rejeter. Quelle raison pouvait-il donc bien y avoir pour réunir une si nombreuse assemblée ? A quoi bon ? Cela était d’autant moins nécessaire que la décision du siège apostolique avait pour elle l’adhésion de tout l’Occident et de presque tout l’Orient (de l’aveu même de nos objectants) et jouissait d’une autorité suprême et infaillible. Cependant, le concile de Chalcédoine, avec tout son apparat, n’en a pas moins été réuni, pour que la lettre du pape, qui avait déjà reçu sa confirmation, fût confirmée avec encore plus d’éclat au milieu d’une telle assemblée. On le voit bien : cette réunion grandiose ne s’est pas produite pour soumettre à une autorité supérieure et un examen plus sévère une matière encore incertaine, et que le pape eût tranchée au préjudice de la foi. Il s’agissait uniquement de rendre encore plus odieux l’orgueil et le des novateurs, en recourant tout l’éclat de cette assemblée pour illustrer la définition dont la certitude était déjà bien avérée. Et personne ne sera assez sot pour dire que ce déploiement d’autorité était inutile et superflu. Car y a-t-il jamais eu un meilleur moyen pour confondre l’audace d’une secte et gagner à l’Église la docilité des infidèles que de montrer l’unanimité des évêques, venus de régions si lointaines, et dont l’accord se signale de manière si éclatante au cours d’un concile »

Quant au troisième point, remarquons qu’il ne suffit pas d’établir des décrets ; il faut encore que les pasteurs de l’Église puissent, par tous les moyens, leur obtenir au plus vite l’obéissance qu’ils réclament. Or, il est bien évident que la célébration des conciles œcuméniques fait beaucoup pour obtenir ce résultat, surtout si l’on songe qu’il est parfaitement naturel de dépenser plus de zèle pour faire exécuter des décrets lorsque l’on a pris soi-même part à leur mise au point.

Les conciles gardent donc toute leur utilité, comme en témoigne le concile du Vatican, dans la constitution Dei Filius, lorsqu’il est dit que la providence de Notre Seigneur Jésus-Christ montre sans cesse le soin qu’elle prend du salut de son Église en déployant d’innombrables bienfaits, mais se signale surtout à travers les fruits considérables que l’univers catholique peut retirer de la célébration des conciles œcuméniques. « C’est ainsi que les saintes vérités de notre religion ont été définies avec une plus grande précision et ont reçu une explication plus détaillée et que les erreurs ont été condamnées et neutralisées. C’est ainsi que la discipline ecclésiastique a pu être rétablie et a reçu davantage de force, que le clergé a repris plus de zèle pour l’exercice de la piété et de la science, que la jeunesse a eu à sa disposition des collèges pour recevoir l’instruction requise à la milice sacrée, et qu’enfin les mœurs du peuple chrétien ont pris racine grâce à l’instruction plus approfondie des fidèles et à un recours plus fréquent aux sacrements. De plus, les membres de l’Église en ont été plus étroitement unis à leur chef visible et tout le corps mystique du Christ en a reçu une vigueur nouvelle. Les congrégations religieuses se sont multipliées, ainsi que les autres instituts de piété chrétienne. C’est de là aussi que provient la ferveur assidue et qui ne s’est jamais démentie, allant même jusqu’à l’effusion du sang, lorsqu’il a fallu répandre le règne du Christ dans le monde entier ». Si on y réfléchit bien, on ne trouvera absolument aucun motif pour que l’infaillibilité promise à saint Pierre et à successeurs s’inquiète ou puisse s’inquiéter de tous ces bienfaits. » (Tractatus de Ecclesia Christi, question 14, thèse 31, IV.3, Rome [lire l’original en latin : cliquer ici]. Traduction française : L’Eglise, tome II – Sa constitution intime, Courrier de Rome, 2010, n°1051 à 1059, pp. 525-530 [acheter la traduction française augmentée de notes : cliquer ici])

B) Saint Augustin (354-430) confirme qu’ils ne sont pas nécessaires

Le Cardinal BILLOT rapporte encore ce qui suit :

Sans doute, saint Augustin ne voyait pas cette nécessité, lorsque, écrivant ses livres pour réfuter les deux lettres des pélagiens, il concluait ainsi :

« Était-il besoin de réunir un concile pour condamner l’erreur ouverte ? Comme si aucune hérésie n’avait jamais été condamnée sans que l’on réunît pour cela un concile, alors qu’on observe bien rarement des hérésies dont la condamnation rende nécessaire ce genre d’organe, et que bien plus fréquentes, et un degré incomparable, sont les erreurs qui purent bien être dénoncées et condamnées aussitôt qu’elles apparurent. s’élève contre Dieu jusqu’à vouloir se glorifier de son libre arbitre et non de la grâce divine, et il veut encore s’attribuer la gloire d’avoir suscité contre lui la réunion d’un concile rassemblant les évêques d’Orient et d’Occident. Ne pouvant pervertir l’univers catholique, puisque le Seigneur leur oppose sa résistance, ils essayent au moins de l’émouvoir. Cependant, la vigilance et le zèle des pasteurs restent l’œuvre et il leur suffit d’avoir porté sur ces hérétiques le jugement nécessaire et suffisant pour écraser la tête de ces loups dès qu’ils font leur apparition et qu’ainsi ceux-ci soient guéris et convertis, ou qu’ils soient mis hors d’état de nuire au salut et à l’intégrité. » (Contre les deux lettres des pélagiens, Livre 4, chapitre 12, n° 34 dans PL, 44/638)

Sur ce passage de saint Augustin, Fénelon, dans l’ouvrage des autres déjà cité, fait cette observation :

« Nous voyons ici que saint Augustin refuse à la secte pélagienne la faculté de faire appel à un concile. Pourquoi donc ? S’il n’y a aucun autre tribunal suprême et infaillible que celui-là pour être capable de décider définitivement en matière de foi, aucun homme, de si basse condition fût-il, ne saurait se voir refuser la possibilité de faire appel au concile. Si l’autorité du concile est la seule qui puisse se soumettre les esprits en les obligeant à croire, aucun autre tribunal n’a le droit de violenter la conscience d’un homme. Cependant, saint Augustin ne prend pas au sérieux ce droit d’en appeler au concile, pas même quand il s’agit de la secte pélagienne, qui compta parmi ses partisans un assez grand nombre d’évêques. Premièrement, il suffisait de dénoncer et de condamner cette hérésie à l’endroit particulier où elle était apparue. Deuxièmement, l’affaire était réglée à partir du moment où Rome avait publié deux rescrits, après la tenue régulière du concile de l’église d’Afrique. » (Dissertation sur l’autorité du souverain pontife)

C) L’exemple de saint Léon II en confirmant le IIIè Concile de Constantinople

Saint Léon II qui approuva souverainement les décrets du IIIè Concile de Constantinople. Aussi il approuva ses travaux en vérifiant qu’ils soient conforme à l’enseignement romain. C’est un exemple du profit qu’un Pape seul infaillible peut tirer des lumières naturelles et surnaturelles des évêques assemblés en Concile. Nous détaillons cela plus bas dans la section « III) Témoignages de l’antiquité chrétienne unissant infaillibilité du Pape et recours au conseil externe => E) La soumission au Pape du IIIè Concile de Constantinople (681) => 3) Le Pape saint Léon II ne confirme souverainement le Concile que parce qu’il s’est conformé à l’enseignement romain => b) Ce que signifie examiner « avec une minutieuse attention […] chacune des pièces écrites » du Concile ».

II) Les apôtres et auteurs sacrés ont eu besoins de conseils

A) L’infaillibilité des apôtres et auteurs sacrés

Tour chrétien conçoit facilement l’infaillibilité des apôtres et auteurs sacrés ! Les apôtres étaient présents à la Pentecôte où ils furent remplis du Saint Esprit, l’Esprit de vérité ?

« Comme le jour de la Pentecôte était arrivé, ils étaient tous ensemble au même (lieu). Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d’un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis. Et ils virent paraître des langues séparées, comme de feu ; et il s’en posa (une) sur chacun d’eux. Et tous furent remplis d’Esprit-Saint, et ils se mirent à parler en d’autres langues, selon ce que l’Esprit leur donnait de proférer. » (Actes II, 1-4)

De plus, ils ont reçu les promesses du Christ d’être constamment assistés dans leur enseignement de manière à ce que leurs enseignements soient reçus comme les siens propres :

« Et Jésus s’approchant, leur parla ainsi :  » Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé : et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. «  » (Matthieu XXVIII, 18-20)

« Celui qui vous écoute, m’écoute, et celui qui vous méprise, me méprise ; or celui qui me méprise, méprise Celui qui m’a envoyé. » (Luc X, 16)

De plus, le Christ menace ceux qui rejetteraient les enseignements des apôtres, c’est-à-dire les siens. Il l’avait déjà fait en affirmant que celui qui méprisait les apôtres le méprisaient et méprisaient donc le Père. Mais voyons ce qu’Il dit d’autres :

« Si ton frère a péché contre toi, va et reprends-le entre toi et lui seul ; s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends avec toi encore une ou deux personnes, afin que toute cause se décide sur la parole de deux ou trois témoins. S’il ne les écoute pas, dis-le à l’Eglise ; et s’il n’écoute pas non plus l’Eglise, qu’il soit pour toi comme un païen et un publicain. » (Matthieu XVIII, 14-17)

« Allez par tout le monde, et prêchez l’Evangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné. Et voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils prendront les serpents, et s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris. » (Marc XVI, 15-18)

De plus, les apôtres sont les pierres de fondement de la prédication de l’Eglise :

« Ainsi donc vous n’êtes plus des étrangers, ni des hôtes de passage ; mais vous êtes concitoyens des saints, et membres de la famille de Dieu, édifiés que vous êtes sur le fondement des apôtres et des prophètes, dont Jésus-Christ lui-même est la pierre angulaire. » (Ephésiens II, 19-20)

« La muraille de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des douze apôtres de l’agneau. » (Apocalypse XXI, 14)

Or ces pierres, ces fondement peuvent-elles se tromper en enseignant ?

Nous précisions que cela ne remet pas en cause le fait que saint Pierre soit la pierre principale de fondement de l’Eglise, voir notre article :

Les fondements bibliques de la Papauté (1) : Matthieu XVI, 18 : le Christ fait de Pierre la pierre de fondement de son Église

Enfin, saint Paul dira deux fois dans l’Epître aux Romains qu’il a le pouvoir d’imposer l' »obéissance de la foi » :

« Paul, serviteur du Christ-Jésus, apôtre par son appel, mis à part pour annoncer l’Evangile de Dieu, Evangile que Dieu avait promis auparavant par ses prophètes dans les saintes Ecritures, touchant son Fils (né de la postérité de David selon la chair, et déclaré Fils de Dieu miraculeusement, selon l’Esprit de sainteté, par une résurrection d’entre les morts), Jésus-Christ Notre-Seigneur, par qui nous avons reçu la grâce et l’apostolat, pour amener en son nom à l’obéissance de la foi tous les Gentils » (Romains I, 1-5)

« A celui qui peut vous affermir selon mon Evangile et la prédication de Jésus-Christ, — conformément à la révélation du mystère resté caché durant de longs siècles, mais manifesté maintenant, et, selon l’ordre du Dieu éternel, porté par les écrits des prophètes, à la connaissance de toutes les nations pour qu’elles obéissent à la foi » (Romains XVI, 25-26)

Enfin, on imagine sans qu’il y ait besoin de démonstration que les auteurs sacrés, même lorsqu’ils n’étaient pas apôtres (saint Marc et saint Luc) étaient divinement assistés pour écrire sans erreur.

B) Leurs prises de conseil

On imagine donc pas les apôtres et auteurs sacrés pouvoir faire erreur. Et de fait ils ne le pouvaient pas ! Et pourtant, les uns en les autres ont recourus à des conseils humains pour écrire et enseigner, car Dieu agit en harmonie avec les moyens naturels et surnaturels que prennent les ses ministres.

En voici des exemples :

1) L’enquête de saint Luc

Saint Luc qui rédigea le troisième Evangile ainsi que le livre des Actes des apôtres, affirme avoir mené une enquête auprès des témoins oculaires de la vie du Christ et du début de la vie de l’Eglise :

« Après que plusieurs ont entrepris de composer une relation des choses dont on a parmi nous pleine conviction, conformément à ce que nous ont transmis ceux qui ont été dès le commencement, témoins oculaires et ministres de la parole ; j’ai résolu moi aussi, après m’être appliqué à connaître exactement toutes choses depuis l’origine, de t’en écrire le récit suivi, excellent Théophile, afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus. » (Luc I, 1-4)

2) Les parchemins de saint Paul

Saint Paul demande à saint Timothée de le rejoindre en lui apportant des documents :

« En venant, apporte le manteau que j’ai laissé à Troas chez Carpus, ainsi que les livres, surtout les parchemins. » (II Timothée IV, 13)

Saint Paul estimait donc avoir besoin de cette aide documentaire pour écrire ses Epîtres. Dieu l’inspirait donc en respectant sa nature humaine et les moyens de prudence qu’il prenait.

3) Le Concile de Jérusalem

Il est écrit :

« Or quelques-uns, descendus de la Judée, donnaient cet enseignement aux frères : «  Si vous n’êtes pas circoncis selon la coutume de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés.  » A la suite d’une discorde et d’une vive discussion de Paul et de Barnabé avec eux, il fut décidé que Paul et Barnabé et quelques autres des leurs monteraient à Jérusalem vers les apôtres et les Anciens pour cette question. Eux donc, après avoir été accompagnés par la communauté, allaient à travers la Phénicie et la Samarie, racontant la conversion des Gentils, ce qui causait une grande joie à tous les frères. Arrivés à Jérusalem, ils furent reçus par la communauté, les apôtres et les Anciens, et ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux. Mais se levèrent quelques-uns de la secte des Pharisiens qui avaient cru, disant qu’il fallait circoncire (les Gentils) et leur enjoindre d’observer la loi de Moïse. Les apôtres et les Anciens s’assemblèrent pour examiner cette affaire. A la suite d’une longue discussion, Pierre se leva et leur dit : […] » (Actes XV, 1-7)

Au vu de ce que nous avons rapporté plus haut, est-il envisageable que les apôtres aient pu donner un mauvais enseignement concernant le circoncision ? Non bien sûr ! Et pourtant il fut décidé que l’affaire serait réglée suite à « une longue discussion » à laquelle participaient les apôtres et les anciens. C’est ainsi, Dieu agit en nous en fonction de nos dispositions naturelles et surnaturelles.

III) Témoignages antiques de jugements romains reconnus comme infaillibles accompagnés d’une prise conseil

A) Le sursis à statuer en l’absence de Pape dans l’affaire grave, urgente et évidente des lapsi tout en appelant à un Concile

Lorsque saint Cyprien était Evêque à Carthage, eut lieu la persécution de l’empereur Dèce (250). Celui-ci fut brève et violente. Elle sévit à l’encontre des religions rompant avec la paix des dieux, surtout le christianisme. L’alternative suivante était proposée : offrir un grain d’encens à une idole afin d’obtenir un « certificat », ou la mort (mais dans les faits la mort pouvait être commuée en torture ou en bagne). De nombreux chrétiens qu’on appelle les « lapsi » (ceux qui sont tombés) sacrifièrent aux idoles pour avoir la vie sauve. Mais la plupart d’entre eux n’apostasièrent que de bouche, et demandèrent leur réintégration à l’Eglise dès la fin de la persécution. Les apostasies nombreuses désolaient saint Cyprien. Certains apostats allaient même jusqu’à exiger de ce saint d’être réadmis à la réception des sacrements sans pénitence et sur la seule présentation de billets d’absolution donnés par des chrétiens ayant résisté au bourreau.

C’est évidemment à Rome que saint Cyprien écrivit pour connaître la conduite qu’il devait tenir dans cette circonstance. Or à cette époque, le Saint-Siège était vacant, le Pape saint Fabien (Fabianus), martyrisé, n’ayant pu être remplacé.

Le clergé de Rome lui répondit que l’affaire ne pourrait être tranchée que par un Evêque de Rome et qu' »une décision ne peut avoir grande force, qui ne semblerait pas avoir réuni les suffrages d’un grand nombre de délibérants » (Lettre 31 [alias 30], PL, tome IV, colonnes 307 à 315). De fait, une fois un nouvel Evêque de Rome élu, l’affaire fut réglée dans les assises de Conciles tenus à Rome et à Carthage, celui de Rome sous l’autorité du nouveau Pape (saint Corneille) qui confirma celui de Carthage.

Aussi ce cas est une bonne illustration de l’autorité infaillible des Papes couplée à la grande utilité, et parfois de fait la quasi-nécessité des Conciles. En effet, cette affaire était grave et urgente, et son issue ne faisait guère de doute (les apostats seraient réadmis à la communion moyennant une pénitence proportionnée à la faute). La chose avait même été débattue, comme le dit le clergé romain : « délibéré en commun avec les évêques, les prêtres, les diacres, les confesseurs et les laïcs restés fidèles« , et pouvait même être délibéré à distance par lettres avec saint Cyprien (la preuve est qu’ils ont eu de fait un échange de lettres !), et même tous les Evêques du monde puisque comme saint Cyprien l’écrivit lui-même :

« Ces lettres ont été envoyées dans le monde entier et portées à la connaissance de toutes les églises et de tous les frères. » (Lettre 52 [alias 55] à Antonius, chapitre 5, PL tome IV, colonnes 345 et 346)

Et pourtant ces évêques assemblés avaient constaté « depuis longtemps » qu’on ne pouvait pas trancher la question avant « d’avoir un évêque [de Rome], qui dirige toutes ces affaires, et qui puisse s’occuper des lapsi avec autorité et sagesse. », alors même que celui-ci ne serait pas nécessairement le mieux qualifié humainement parlant. Et en même temps il fut constaté comme nous l’avons dit qu' »une décision ne peut avoir grande force, qui ne semblerait pas avoir réuni les suffrages d’un grand nombre de délibérants« , appelant ainsi des Conciles qui eurent lieu.

Mais nous pouvons alors nous demander : pourquoi en appeler à de futurs Conciles qui réuniraient « un grand nombre de délibérants« , alors que l’affaire avait déjà été « délibéré en commun avec les évêques, les prêtres, les diacres, les confesseurs et les laïcs restés fidèles » et pouvait même l’être avec saint Cyprien ? La réponse est simple : seule le Pape possède de droit divin, indépendamment de ses qualifications humaines, le pouvoir d’enseigner infailliblement l’Eglise, ce qui rend impossible de prendre une décision ferme en son absence, et en même temps, l’affaire suscitant de grandes passions et causaient de grands scandales, « une décision ne peut avoir grande force, qui ne semblerait pas avoir réuni les suffrages d’un grand nombre de délibérants« , car comme le disait plus haut le Cardinal BILLOT : « ce consentement ne donne aucune force d’obliger et n’ajoute rien la valeur intrinsèque du décret, mais apporte quand même un certain éclat l’autorité de cette définition ou de ce décret. ce qui agit beaucoup sur les esprits, poussant les hommes à l’obéissance ou du moins au respect, et écarte les obstacles qui pourraient s’opposer la soumission« .

En lire plus sur cette affaire dans notre article :

Saint Cyprien témoigne de la Papauté dans l’affaire des lapsi

B) Le Pape saint Zosime (mort en 418) affirme sa propre infaillibilité et l’utilité de prendre conseil dans la même lettre

Saint Zosime (mort en 418), au tout début de son pontificat, eut à écrire à l’évêque Aurélien de Carthage au sujet de prêtres d’Afrique du Nord déférés à son tribunal. Dans une de ses lettres il identifie les promesses faites par le Christ en Matthieu XVI, 18 et Matthieu XVI, 19 à saint Pierre, au ministère de l’Evêque de Rome, et parle de l’utilité de prendre conseil :

« La tradition de nos Pères, attribue au Siège apostolique une autorité tellement absolue dans l’Eglise, que nul n’a le droit de réformer son jugement. Cette règle canonique a toujours été observée ; la sainte antiquité non moins que la discipline actuelle sont unanimes à proclamer la puissance de l’apôtre Pierre, à qui Jésus-Christ Notre-Seigneur a conféré le privilège de lier ou de délier [Matthieu XVI, 19]. Ce privilège appartient par droit d’héritage aux successeurs du prince des apôtres. Pierre continue toujours à porter la sollicitude de toutes les Eglises, mais il veille avec un soin particulier sur le Siège de Rome qui est le sien propre ; il ne souffre ni défaillance ni incorrection dans les jugements doctrinaux émanés de la Chaire qu’il a honorée de son nom et constituée sur des fondements inébranlables [Matthieu XVI, 18]. Quiconque se heurte à cette pierre, s’y brisera. Tel est donc Pierre, le chef de la plus haute autorité qui soit ici-bas ! Les lois divines et humaines, la discipline ecclésiastique tout entière confirment ce pouvoir éclatant de l’Eglise romaine, à la tête de laquelle nous avons été établi, comme vous le savez, bien-aimés frères, dans la plénitude de l’autorité apostolique. Cependant, malgré cette puissance suprême dont le dépôt est entre nos mains, nous n’avons pas voulu agir, dans l’affaire présente, sans prendre votre avis. Dans un sentiment de dilection vraiment fraternelle, nous avons fait appel à votre conseil commun, non par ignorance de notre devoir ou par impuissance de l’accomplir en la forme la plus utile pour l’Eglise, mais parce qu’il s’agit d’un accusé qui a déjà comparu à votre tribunal, et qui se constitue devant le nôtre pour y purger un appel antérieur, provoquant lui-même sa confrontation avec ses accusateurs, et anathématisant les erreurs qui lui étaient, dit-il, faussement reprochées… Des matières aussi graves ne se jugent pas légèrement. Votre fraternité saura donc que rien n’a été changé ni dans la décision doctrinale portée par notre saint prédécesseur, ni dans le jugement à intervenir sur la question de fait relative à Célestius et à Pelage. » (Lettre 12 à Aurélien et au concile de Carthage, PL, XX, 675-676)

C) Le Concile d’Ephèse (431) ne fait que se soumettre à l’autorité du Pape

1) L’ordre du Pape saint Célestin au futur président du Concile saint Cyrille d’Alexandrie

Le Pape saint Célestin écrivit à saint Cyrille d’Alexandrie qui allait présider le Concile de faire l’admonition suivante à Nestorius :

« Si Nestorius, persiste, une sentence publique doit être prononcée contre lui […] et donc, en vous couvrant de l’autorité de Notre Siège, et en nous représentant, vous exécuterez cette sentence avec une sévérité résolue, que soit il condamne par écrit, dans les dix jours, à compter du jour de votre avertissement, cette fausse doctrine. […] S’il ne le fait pas, il saura qu’il est en tout point éloigné de notre corps [l’Eglise]. […]

Nous avons écrit la même chose à nos frères et Evêques Jean, Rufus, Juvénal et Flavien, afin que notre jugement sur lui, ou plutôt la sentence divine de notre Christ, puisse être connu. » (Lettre XI à Cyrille d’Alexandrie, n°4 et 5, PL tome 50, colonnes 463-464)

On remarquera que saint Célestin se déclare infaillible, puisqu’il assimile sa sentence à celle du Christ :

« afin que notre jugement sur lui, ou plutôt la sentence divine de notre Christ, puisse être connu »

Saint Célestin envoya encore d’autres représentants de Rome auxquels il avait donné cette consigne :

« Nous vous commandons de sauvegarder l’autorité du Siège Apostolique. […] Si l’on en vient à débattre, vous devez juger les avis des pères, sans vous laisser mener par leurs débats. » (Lettre XVII, PL, tome 50, colonne 503)

Dans cette lettre, le pape Célestin déclare que saint Cyrille peut prendre « l’autorité du Siège [romain] » et l’utiliser pour exécuter cette sentence papale si Nestorius ne se repent pas dans ce délai de dix jours. Et nous savons par sa lettre à Nestorius que saint Cyrille a complètement accepté cette croyance : que, faute d’abjurer ses hérésies dans les délais impartis par le pape saint Célestin, il devra être tenu pour excommunié et déposé et tous les fidèles devront l’éviter :

« Notez donc que conjointement avec le saint synode qui s’est réuni dans la grande Rome, sous la présidence de notre très pieux et religieux frère et confrère Evêque Célestin, nous vous conjurons et vous conseillons, dans cette troisième lettre également, de vous abstenir de ces doctrines malicieuses et perverses. […] Si vous ne vous acquittez pas de cette repentance, dans les temps indiqués et déterminés par la lettre de l’évêque de Rome, le saint et vénérable Célestin, notre frère et notre collègue dans l’épiscopat, soyez sûr que vous n’aurez plus rien de commun avec les évêques et les prêtres de Dieu […] et que vous n’aurez aucune place parmi eux. » (Lettre 17 à Nestorius, dans PG, 77/107)

2) Le Concile déclare prendre sa décision contraint « par l’autorité des Canons, et par la lettre de Célestin Évêque de Rome, notre très saint Père« 

La liste des manifestations que fit le concile de son absolue soumission à la décision du Pape comme une obligation de droit serait trop longue à dresser ici. Pour les connaître nous renvoyons à notre article :

La Papauté au concile d’Ephèse (431)

Mais nous en extrayons toutefois une : l’historien de l’Eglise Syrien Evagre la Scholastique (vers 536-vers 594) rapporte que le Concile prononça la condamnation de Nestorius en mentionnant celle-ci comme s’étant faite, entre autres, en conformité avec « la lettre de Célestin Évêque de Rome, notre très saint Père » :

« Et après avoir reconnu tant par ses lettres, et par ses autres ouvrages qui ont été lus ; par les discours qu’il a tenus dans cette ville Métropolitaine, que par la déposition de plusieurs témoins, qu’il croit, et qu’il enseigne des erreurs, et après avoir versé des larmes en abondance, nous avons été contraints par l’autorité des Canons, et par la lettre de Célestin Évêque de Rome, notre très saint Père, et Collègue, de rendre la triste et fâcheuse Sentence qui suit. Jésus-Christ notre Seigneur, que Nestorius a offensé par ses blasphèmes, l’a déclaré par ce saint Concile, privé de la dignité Épiscopale, et exclus de toutes les assemblées des Ministres de l’Église. » (Histoire ecclésiastique, I, 4)

D) La soumission au Pape du Concile de Chalcédoine (451)

1) Le Pape saint Léon le Grand fait part au Concile de son obligation d’entériner sa lettre dogmatique

Saint Léon le Grand (vers 395-461) adressa au concile pour lui donner l’ordre de dogmatiser sa Lettre au patriarche Flavien de Constantinople :

« C’est pourquoi, très chers frères, nous récusons absolument l’audace de ceux qui contestent la foi divinement révélée et nous voulons que cesse cette vaine infidélité des partisans de l’erreur. Nous interdisons de défendre ce qu’il n’est pas permis de croire. Nous avons en effet parfaitement et très clairement déclaré dans notre lettre adressée à l’évêque Flavien de bienheureuse mémoire quelle doit être la sainte et authentique profession de foi dans le mystère de l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et nous l’avons fait en nous appuyant sur l’autorité des Evangiles, sur les paroles des prophètes et sur l’enseignement des apôtres. » (Lettre 93, chapitre 2, PL, 54/937-939)

Cet ordre ne sera jamais contestée. Nous pouvons même souligner que cette lettre manifeste l’infaillibilité du Pape car il exclut que le concile dogmatise autre chose que sa doctrine, ce qu’il n’aurait jamais fait si il ne se croyait pas infaillible. Et nous devons même ajouter que comme nous allons immédiatement le voir, le Concile se soumit parfaitement à cette injonction.

2) Le Concile se soumet

De même que pour le Concile d’Ephèse (431), la liste des manifestations que fit le concile de son absolue soumission à la décision du Pape comme une obligation de droit serait trop longue à dresser ici. Pour les connaître nous renvoyons à notre article :

Le 28è canon du Concile de Chalcédoine (451)

Nous renvoyons spécialement à la Lettre du concile au Pape !

3) Le Concile de Chalcédoine n’a-t-il pas réexaminé la lettre que saint Léon avait écrite ?

Un argument anti-romain récurent est de souligner le fait que ce Concile a « examiné » la lettre du Pape saint Léon, la soumettant ainsi à son autorité. Mais la réponse à cet argument se trouve dans l’article suivant :

Tome of Pope St. Leo – Critically Examined by the Council of Chalcedon ?

N’oublions pas que lors de la session II, la lecture de la lettre synodale du pape saint Léon arracha aux Pères du concile les acclamations suivantes :

« C’est bien là la foi des apôtres. Que soit anathème celui qui refuse d’y croire. Saint Pierre a parlé par la bouche de Léon. » (Jean HARDOUIN, Conciliorum collectio regia maxima, 1715, Tome 2, « Actes du concile de Chalcédoine », acte 2, p. 305)

Et que saint Alphonse de Liguori put écrire :

« III. — Nos contradicteurs objectent encore que Saint Léon, après avoir condamné l’hérésie d’Eutychès, a permis que le jugement prononcé fût discuté de nouveau au Concile de Chalcédoine ; d’où ils infèrent que le Souverain Pontife lui-même estimait que sa définition n’était pas infaillible sans le concours du Concile.

Nous répondons aussi que si le Souverain Pontife a autorisé la tenue du Concile, ce n’était pas parce qu’il ne considérait point sa décision comme irréformable, mais afin que l’erreur pût être extirpée par le jugement plus complet du Concile, et que toutes les contestations élevées à ce propos fussent apaisées con­formément au désir de l’empereur. C’est ce qui ressort évidem­ment d’une lettre de ce Pontife comme aussi d’un décret subsé­quent de ce même Concile, où nous lisons : « Definitio omnibus placet ; per os Leonis locutus est Petrus ; haec fides Patrum ; qui aliter sentit, anathema est : La définition nous plaît à tous; c’est Pierre qui a parlé par la bouche de Léon ; voilà la foi des Pères ; anathème à qui croit autrement ! [Lettre XV au brigandage d’Ephèse]. » (Saint Alphonse de Liguori, Dissertation sur l’autorité du pontife romain, au sujet de 29e proposition condamnée par Alexandre VIII, § II. De l’autorité du Pape sur le Concile, III. Objections, IIIè Objection, reproduit in : Père Jules JACQUES, C.Ss.R., Du pape et du concile ou doctrine de S. Alphonse de Liguori sur ce double sujet – Traités traduits, classés et annotés, page 456)

E) La soumission au Pape du IIIè Concile de Constantinople (681)

1) Le Pape saint Agathon fait part au Concile de son obligation d’entériner les lettres qu’ils envoie aux empereurs qui proclament entre autres l’infaillibilité du Pape

Au moment du IIIè concile de Constantinople (680-681), ce Pape envoya deux lettres aux empereurs Constantin IV Pogonat de Constantinople, Héraclius et Tibère. La deuxième est signée des cent vingt-cinq évêques d’un concile tenu à Rome. Les deux affirment le doctrine de la Papauté avec l’infaillibilité qui lui est attachée. Les extraits de ce deux lettres concernant cette doctrine se trouvent reproduits dans notre article :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Mais nous en citerons ici deux courts passages portant exactement sur l’obligation pour le Concile de se soumettre.

Voici un extrait particulièrement de la première lettre émanée de saint Agathon seul :

« [Les légats envoyés au concile avaient les pouvoirs requis] à la condition toutefois de ne rien ajouter, retrancher ni altérer dans la foi. Ils doivent simplement exposer la tradition du Saint-Siège apostolique, telle qu’elle a été établie par les papes antérieurs. » (Lettre I Consideranti mihi aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1165)

C’est la une manifestation de l’infaillibilité romaine. En effet, la foi est identifiée à « la tradition du Saint-Siège apostolique, telle qu’elle a été établie par les papes antérieurs ». Donc dans l’ordre de la connaissance humaine, la vérité est connue ultimement par l’enseignement du siège romain.

Et dans la seconde lettre nous lisons de nouveau une référence à ses légats apportant au concile général une sentence infaillible, signée de cent vingt-cinq Evêques en plus du Pape, de  qu’il ne sera pas libre de contester mais qu’il devra se contenter d’approuver :

« Nous avons prévu d’envoyer auprès de votre puissance, que Dieu protège, des membres, des membres de notre humble condition, afin qu’ils vous présentassent notre avis à tous, c’est-à-dire celui de tous les évêques du nord et de l’occident, dans lequel nous avons exprimé la profession de notre foi apostolique. Cet avis, ils ne doivent pas le défendre comme on le ferait d’une opinion incertaine. Ils doivent l’exprimer dans une définition concise, comme on le ferait des vérités indubitables et immuables. » (Lettre III Omnium bonorum spes aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1225)

Là encore l’infaillibilité est affirmée, au moins implicitement : la déclaration romaine n’est pas « une opinion incertaine », mais « définition concise, comme on le ferait des vérités indubitables et immuables ». Cela ne pourrait se concevoir si elle n’était pas censée être infaillible.

2) Le Concile se soumet reconnaît le Pape est infaillible et qu’un Concile a dépendu de lui en rassemblant 125 évêques

Comme nous le rapportons également dans cet article, le 15 novembre 680, lors de la 4è session de ce concile réunissant surtout des évêques Orientaux, une lecture fut donnée de la première lettre (PL, 87/1168-1169 et MANSI, 11/239-254). Puis, lors de la 18è session, le 16 septembre 681, ce fut au tour de la seconde lettre d’être lue en public et les Pères du concile l’approuvèrent et l’insérèrent dans les actes du concile. Ils déclarèrent :

« C’est le souverain prince des apôtres qui a agi de concert avec nous. Nous avons eu, pour nous aider, le pape dont la conduite est conforme à la sienne et qui lui succède sur son siège, le pape qui dans ses lettres déclare le mystère de la vérité divine et sacrée. Rome, cette ville antique, nous a transmis la profession de foi que Dieu avait dictée à saint Pierre. La feuille sur laquelle fut inscrit le dogme a honoré la fin de ce jour ; sur cette feuille on voyait de l’encre, mais c’est réalité c’est saint Pierre qui parlait au travers de l’écriture du pape Agathon. […] C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. […] Tous unis sous l’inspiration du Saint Esprit, tous d’accord et tous du même avis, acquiesçant tous aux lettres que Notre Très Saint Père et Souverain pontife le pape Agathon a envoyées à Votre Puissance [ndlr : les empereurs], reconnaissant la sainte décision du concile qui dépend de lui et qui rassemble cent-vingt-cinq prélats, etc. » (MANSI, 11/666, 684 et 686)

Aussi, en plus de manifester plus qu’il ne le faut sa foi en l’infaillibilité pontificale, le Concile de Constantinople présente lui-même le Concile qui se tint sous saint Agathon comme dépendant de lui, ce qui signifie que c’est de lui que ce Concile tenait son autorité, et non de la seule majorité des voix des évêques présents : saint Agathon n’est donc pas qu’un simple président du Concile, premier entre ses égaux, mais bel et bien le décisionnaire principal, qui prit un conseil pour la plus grande précision et la plus grande prudence de son enseignement infaillible.

3) Le Pape saint Léon II ne confirme souverainement le Concile que parce qu’il s’est conformé à l’enseignement romain

a) Texte de saint Léon II

C’est le Pape saint Léon II qui ratifia les décret du IIIè concile de Constantinople et qui lui donna sa forme de concile général, lui donnant force obligatoire pour l’Eglise universelle. Voici ses mots :

« Nous avons donc parcouru d’abord avec un extrême empressement les lettres synodiques, dont le langage plein d’élévation nous a frappés. Puis, avec une minutieuse attention, examinant chacune des pièces écrites, les conférant avec les récits des légats apostoliques, nous avons reconnu que le saint, grand et œcuménique concile sixième, réuni avec la grâce de Dieu par décret impérial à Constantinople, s’est conformé dans sa profession de foi dogmatique aux décisions rendues dans le synode œcuménique précédemment tenu à Rome [le concile romain de 680], sous la présidence directe du trône apostolique sur lequel nous sommes maintenant assis. [Saint Léon II expose ensuite en détail la doctrine apostolique proclamée par le concile sur les deux volontés du Christ]. Telle fut en effet la règle de la tradition apostolique et vraie, tracée dans son concile par mon prédécesseur Agathon, d’apostolique mémoire. Cette règle, il la fixa dans la lettre que ses légats remirent de sa part à votre piété, en l’appuyant par les témoignages conformes des Pères et des Docteurs de l’Eglise ; cette règle, le concile général de Constantinople l’a reçue comme un oracle émané du bienheureux Pierre, prince des apôtres ; il y a reconnu la doctrine pure et les marques d’une foi immaculée. Ainsi ce grand, saint et œcuménique concile que votre clémence a réuni, et auquel, pour le service de Dieu, elle a voulu présider, ayant embrassé en tout la doctrine des apôtres et des Pères, ayant reçu avec révérence la définition dogmatique promulguée par le Siège du bienheureux apôtre Pierre, dont, malgré notre indignité, nous tenons la place, à notre tour, nous et par notre ministère le vénérable Siège apostolique lui-même, nous approuvons le décret du concile ; par l’autorité du bienheureux Pierre nous le confirmons comme sur la solidité immuable de la pierre posée par Jésus-Christ pour fondement à l’Eglise. La vénération qui s’attache aux précédents conciles généraux de Nicée, Constantinople, Ephèse, Chalcédoine et Constantinople (deuxième), nous voulons qu’elle soit rendue à cette récente assemblée œcuménique, où le Saint-Esprit vient encore de se manifester pour le salut des âmes et dont toute la gloire dans le Seigneur sera jusqu’à la fin des siècles attribuée à votre piété impériale. » (Lettre III Regi regum, à l’empereur Constantin IV, vers août 682, PL 96, 404 et 405 ; Mgr Justin FEVRE dans Histoire apologétique de la Papauté, tome 3, page 487, cite ce passage de saint Léon II mais se trompe dans la référence : il indique la colonne 464 au lieu de 404)

Nous avons ici plusieurs éléments. Le premier est que c’est en vertu de l’autorité de l’apôtre Pierre qu’il confirme le concile. Preuve qu’il était clair non seulement pour lui mais aussi pour ses destinataires qu’il était le chef visible et infaillible de droit divin de l’Eglise de Jésus-Christ, et que rien ne pouvait avoir cours sans son approbation expresse ou tacite. Le deuxième est qu’il appelle « oeucuménique » le concile de Rome de 680, réunissant 125 Evêques autour du Pape saint Agathon qui, comme nous l’avons vu, affirme l’infaillibilité des Papes (Saint Agathon, Lettre III Omnium bonorum spes aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682), et en conséquence, d’une part qu’il y croit aussi et ne saurait donc pas condamner Honorius comme hérétique au sens strict, et d’autre part que la confirmation du concile de Constantinople que porte la lettre ne saurait faire de même. Le troisième est le constat que le IIIè concile de Constantinople « pense de même » que ce concile de Rome qui affirme l’infaillibilité des Papes, et qu’il a reçu « comme un oracle émané de la bouche même de Pierre, prince des apôtres », la règle de foi promulguée par saint Agathon, et l’approuve par ce seul motif qu’il a reçu avec révérence cette règle, ce type de la vraie foi, de la tradition apostolique. Pour mieux accentuer encore sa pensée, saint Léon II déclare œcuménique le synode romain tenu par saint Agathon comme nous l’avons dit. Enfin le quatrième, prenant le contrepied du décret conciliaire qui avait mêlé à la définition de la foi les anathématismes, le Pontife donne à la définition de la foi son approbation absolue, quant aux anathématismes, il en détache soigneusement Honorius en spécifiant bien un motif de blâme différent et grandement inférieur à celui des autres, interprétant ainsi de manière authentique l’intention de l’assemblée conciliaire, conformément à ce que ses légats n’auront pas manqué de lui rapporter. Cela est aussi expliquer dans notre article :

L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autre qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté (aussi bien son existence en tant que dogme apostolique que la réponse à l’argument que les anti-romains pensent pouvoir tirer de ce même concile contre la Papauté, à travers le cas d’Honorius), le Filioque, le célibat sacerdotal, et le baptême des hérétiques, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents.

b) Ce que signifie examiner « avec une minutieuse attention […] chacune des pièces écrites » du Concile

Saint Léon II écrit donc :

« Puis, avec une minutieuse attention, examinant chacune des pièces écrites, les conférant avec les récits des légats apostoliques, nous avons reconnu que le saint, grand et œcuménique concile sixième, réuni avec la grâce de Dieu par décret impérial à Constantinople, s’est conformé dans sa profession de foi dogmatique aux décisions rendues dans le synode œcuménique précédemment tenu à Rome [le concile romain de 680], sous la présidence directe du trône apostolique sur lequel nous sommes maintenant assis. » ()

Que signifie cela ? Que signifie avoir examiné « avec une minutieuse attention […] chacune des pièces écrites, les conférant avec les récits des légats apostoliques, nous avons reconnu que le saint, grand et œcuménique concile sixième, réuni avec la grâce de Dieu par décret impérial à Constantinople, s’est conformé dans sa profession de foi dogmatique etc ? » En effet, pour vérifier que le Concile avait simplement « copié-collé » la doctrine des lettres apportées par les légats, en quoi cela nécessitait-il « une minutieuse attention » ? Un simple coup d’oeil n’aurait-il pas suffit ? Cela signifie que le Pape a vérifié les décrets du Concile ne contredisaient pas la doctrine romaine, chose rédhibitoire, mais il a examiné tout ce que le Concile avait dit en allant plus loin, en précisant et en approfondissant la christologie, d’après le principe énoncé par saint Vincent de Lérins (mort vers 450) :

« Croissent donc et se multiplient abondamment, dans chacun comme dans tous, chez tout homme aussi bien que dans toute l’Église, durant le cours des âges et des siècles, l’intelligence, la science et la sagesse ; mais seulement dans le rang qui leur convient, c’est-à-dire dans l’unité de dogme, de sens et de manière de voir » (Commonitorium, XXIII)

Aussi le Concile a-t-il contribué à approfondir la théologie exprimée dans les lettres en allant plus loin que ces dernières, raison pour laquelle il fallait examiner « avec une minutieuse attention […] chacune des pièces écrites« , parce que le Concile allait plus loin dans la précision et pouvait donc tomber dans l’erreur.

C’est un exemple de ce que nous disions : le Pape a la haute main sur le Concile et ses décrets, mais le Concile pousse plus loin que le Pape seul le conseil et la réflexion, proposant ainsi des conclusions que le Pape qui a à son tour les grâce d’état de son charisme d’infaillibilité pour les approuver totalement, partiellement, ou pas du tout.

VI) Témoignages de l’antiquité chrétienne sur l’indépendance du Pape en toute circonstance

A) Les Conciles ne peuvent exister contre la volonté des Papes

Saint Théodore Studite (759-826) nous apprend qu’une génération avant Photius, la croyance de l’Eglise de Constantinople était l’impossibilité de réunir un concile sans l’Autorité du Pape. Ecrivant au pape saint Léon III, il lui parle du synode qu’ont tenu, en janvier 809, les partisans des secondes noces de l’empereur Constantin VI qui, après avoir été marié à l’arménienne Marie, l’avait reléguée dans le cloître (janvier 795), et avait épousé la cubiculaire Thépdote :

« Il s’est tenu dans notre pays, ô bienheureux Père, dit-il, un synode pour la condamnation de l’Évangile du Christ, dont vous avez reçu les clés de la part de ce même Christ, par l’intermédiaire du prince des apôtres et de ses successeurs, jusqu’à celui qui a précédé Votre Sainteté. » (Lettres, I, 34 ; col. 1021 C et D)

La primauté du Pontife romain est donc une primauté vraiment divine. Aussi bien, Théodore l’attestait-il dans une précédente lettre adressée au même Pape :

« Les « moechiens » ou partisans du divorce impérial, écrivait-il, n’ont pas craint de s’arroger le pouvoir de tenir un synode, alors qu’ils n’ont pas le droit de réunir, sans votre connaissance, même un concile orthodoxe, selon l’usage en vigueur de vieille date. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique Nous vous avons fait ces communications, nous, les plus humbles des membres de l’Église, comme il convenait à notre petitesse, dans un esprit d’entière soumission à votre divine puissance pastorale. Nous conjurons d’ailleurs Votre Sainteté de nous compter au nombre de ses propres brebis, de nous éclairer et de nous fortifier de loin par ses saintes prières. » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C et D : Eî γαρ οδτοί έαυτοΐς έξαυθεντήσαντες αΐρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ούκ εδεισαν, καίπερ ει και όρθόδοξον ούκ άνευ της υμών είδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το άνωθεν κεκρατηχος εθος· πόσω γε μάλλον ενίλογον και άναγκαΐον αν είη, ύπομιμνήσκομεν φόβω, ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σΰνοδον Ταΰτα άνηγγελκότες, ώς ελάχιστα μέλη της ‘Εκκλησίας, και τί) ύφ’ύμών υπείκοντες θεία ποιμεναρχία)

Aussi sa vision complète de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascène, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

B) Les Papes ont la liberté de refuser des décrets votés par des Conciles

Le premier millénaire de l’Eglise nous offre au moins trois exemples de refus romains de tout ou partie d’un Concile, ayant entrainé la nullité universelle de ce tout ou de cette partie.

Le premier exemple est celui du Ier Concile de Constantinople (381). Le Pape saint Damase ni aucun de ses successeurs jusqu’au Concile de Chalcédoine (451), et ainsi nul chrétien ne tint cette assemblée pour vrai Concile durant ces 70 années, pas même le Concile d’Ephèse (431). Puis le Pape saint Léon le Grand approuva en même temps le Concile de Chalcédoine et du Ier de Constantinople puisque les décret de ce dernier avaient été reproposés par les Pères conciliaires de ce premier. Mais même à ce moment là, le 3è canon du Concile de Constantinople resta sans aucun effet puisque saint Léon le refusa également. Voir les détails dans notre article :

La Papauté au Ier Concile de Constantinople (381)

Le deuxième exemple est celui du Concile de Chalcédoine (451) dont le 28è canon fut lui aussi refusé par le Pape saint Léon le Grand. Voir notre article :

Le 28è canon du Concile de Chalcédoine (451)

Le troisième exemple est celui du Concile in Trullo (691-692) qui fut refusé par les différents Papes qui se succédèrent et trouva non seulement invalide, mais encore tomba ainsi en disgrâce chez ceux qui le connaissait, et même en dans l’oubli et la confusion chez beaucoup pendant des siècles. Voir notre article :

Le concile « in Trullo » (691-692) est-il valide ?

Nous conseillons également de lire notre article :

Les falsifications, mensonges et contradictions du concile « in Trullo » (691-692) prouvent que l’église orthodoxe n’est pas l’Eglise de Jésus-Christ

C) Les Papes ont le pouvoir d’interpréter les Conciles

Saint Pélage Ier (vers 500-561) déclara la compétence exclusive en dernier ressort des Papes pour toute question doctrinale, y compris interpréter les conciles généraux :

« S’il s’élève quelque doute sur ce qu’ont prescrit les Conciles universels, ou quelques chose qu’on ne comprend pas, c’est au Siège Apostolique qu’on doit en demander l’explication ; il est nécessaire au salut de se laisser guider par le Siège Apostolique. » (Lettre IV [alias V] au Patrice Narcès, PL 69, colonne 397)

Et il parla ainsi des différents Conciles :

« S’agissant des quatre saints conciles, c’est-à-dire celui de Nicée des trois cent dix-huit (pères), celui de Constantinople des cent cinquante, le premier d’Ephèse des deux cents, mais aussi (au sujet de) celui de Chalcédoine des six cent trente, je professe avoir conduit mes pensées sous la protection de la miséricorde divine et de faire ainsi jusqu’à la fin de ma vie, de tout coeur et de toute ma force, en sorte de les préserver avec une pleine dévotion dans la défense de la sainte foi et les condamnations des hérésies et des hérétiques, puisque ces pensées ont été confirmées par le Saint-Esprit ; je professe que leur solidité, parce qu’elle est la solidité de toute l’Eglise, je la protégerai et la défendrai comme il n’est pas douteux que mes prédécesseurs l’ont fait. En cela je désire suivre et imiter surtout celui dont nous savons qu’il fut l’auteur du concile de Chalcédoine (le pape Léon 1er), qui conformément à son nom s’est montré clairement, par son zèle très ardent pour la foi, un membre de ce lion qui a surgi de la tribu de Juda (Apocalypse V, 5). De même je suis donc convaincu de ce que je manifesterai toujours la même révérence pour les synodes susmentionnés, que tous ceux qui ont été absous par ces quatre conciles, je les tiendrai pour orthodoxes, et que jamais dans ma vie […] je n’ôterai quoi que ce soit à l’autorité de leur prédication sainte et vraie.

Mais je suis et je vénère également les canons que le Siège apostolique accepte […] Je professe que je garde également les lettres du pape Célestin de bienheureuse mémoire…et d’Agapet, pour la défense de la foi catholique, pour la solidité des quatre synodes susdits et contre les hérétiques, et tous ceux qu’ils ont condamnés, je les tiens pour condamnés, et tous ceux qu’ils ont reçus, en particulier les vénérables évêques Théodoret et Ibas, je les vénère parmi les orthodoxes. » (Lettre circulaire VI [alias VII] Vas electionis à tout le peuple de Dieu, vers 557, PL 69, colonnes 399 et 400)

D) Les Papes ont le pouvoir de régler seul avec autorité de grandes affaires dans l’Eglise

Il serait trop log de faire une liste complète des témoignages que l’Eglise du premier millénaire nous offre à ce sujet. Nous renvoyons pour cela à notre article :

La Papauté depuis les apôtres !

Et nous en extrayons un exemple, celui de saint Hormisdas Ier (450-523) qui envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui déchiraient l’Orient – le 11 août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire, et y souscrivirent, preuve qu’ils adhéraient à son contenu. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome. Il régla donc seul cette affaire. D’après des rapports, 2500 Evêques ont souscrit à ce formulaire. En voici le texte :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi juste et de ne s’écarter d’aucune façon des décrets des pères. Et parce qu’il n’est pas possible de négliger la parole de notre Seigneur Jésus Christ qui dit :  « Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise » [Matthieu XVI ,18], ce qui a été dit est prouvé par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du Siège apostolique [autre version du texte : c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. Ne voulant donc nous séparer d’aucune façon de cette espérance et de cette foi, et suivant en toutes choses ce qu’ont décrété les pères, nous anathématisons tous les hérétiques, et principalement l’hérétique Nestorius qui fut jadis évêque de la ville de Constantinople, condamné au concile d’Ephèse par Célestin, le pape de la ville de Rome, et par saint (l’homme vénérable) Cyrille, l’évêque de la ville d’Alexandrie ; avec celui-ci (de même) nous anathématisons Eutychès et Dioscore d’Alexandrie, condamnés au saint synode de Chalcédoine que nous suivons et embrassons (qui, suivant le saint concile de Nicée, a proclamé la foi apostolique). Nous y ajoutons (nous exécrons également) le criminel Timothée, surnommé Aelure, ainsi que son disciple et partisan en toutes choses Pierre d’Alexandrie ; et de même nous condamnons (également) et nous anathématisons Acace, jadis évêque de Constantinople, condamné par le Siège apostolique, leur complice et partisan, et ceux qui sont restés en communion avec eux ; car (Acace), s’étant joint à leur communion, a mérité la même sentence de condamnation. De même nous condamnons Pierre d’Antioche avec tous ceux qui l’ont suivi et les partisans de ceux qui ont été mentionnés plus haut. (Mais) c’est pourquoi nous recevons et approuvons toutes les lettres du bienheureux pape Léon, qu’il a écrites touchant la religion chrétienne. Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère (donc) mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie (et parfaite) la solidité de la religion chrétienne. Nous promettons (je promets) aussi que (à l’avenir) les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Eglise catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. (Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés.) Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise (envoyée) à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome. » (Règle de la Foi, dans Lettre IX à Jean Evêque de Népomucène, 11 août 515, PL 63, colonnes 393 et 394, MANSI tome 8, colonnes 407-408)

3 commentaires sur “L’autorité souveraine et infaillible du Pape est-elle contradictoire avec l’existence des Conciles ?

  1. Ben
    29 avril 2020

    Merci je cherchais justement un article du genre

  2. Kouadio Fodjo Désiré
    5 mai 2020

    Bonjour à vous. Merci beaucoup pour tout ce que vous faites.
    Récemment, j’ai eu une causerie avec un pentécôtiste sur le bâptème qui a débouché sur la Trinité quand j’ai évoqué Matth 28,19. Ce dernier m’a fait savoir que la Trinité n’est pas biblique. Il m’a simplement fait comprendre que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont une seule et même personne Jesus-Christ. C’était une grosse surprise car je sais que les protestants et évangéliques ne confessent pas la Trinité, mais celle là, je n’en avais jamais entendu parler.

    Versets utilisés:
    Gén 1: Dieu créa l’homme. Ce Dieu, c’est Jésus.
    Apo19, 22: l’agneau est assis sur le trône, il est l’Alpha et l’Oméga. Donc s’il est assis sur le trône, où est donc le prétendu Père???? Il affirme qu’un Fils n’accède jamais au trône si le Père est toujours vivant. J’ai éssayé de lui faire savoir que le Père est dans le Fils et que le Fils est dans le Père, mais en vain.
    Jean 14, là où le Christ, réuni avec ses disciples, Philipe, lui a suggéré qu’il lui montre la voie qui mène au Père. Le Christ lui a répondu: Comment Philippe peut-il lui poser une telle question???? Celui qui l’a vu a vu le Père. Cela veut simplement dire que le Père est le Fils.

    J’avoue que la doctrine de la Trinité m’échappe un peu. Ce sont trois personnes distinctes, mais consubstantiels en divinité: le Père est pleinement Dieu, le Fils est pleinement Dieu et le Saint-Esprit est pleinement Dieu, co-éternels, tout-puissant, Seigneur.
    J’aimerais que si possible, vous m’expliquer un temps soit peu cette doctrine avec des mots simples.
    Voici mon mail: desirefodjo09@gmail.com. Merci d’avance et que Dieu vous bénisse!!!

    • Le Saker D'Ahala
      5 mai 2020

      Bonjour,

      Nous vous remercions pour votre commentaire. Cependant, si vous êtes patient, des articles assez conséquents seront publiés sur la Trinité, que ce soit bibliquement que philosophiquement.

      Quant à vos préoccupations présentes, c’est une méprise de dire que les protestants ne professent pas la Trinité, au contraire. Chez les auteurs tels que Luther, Calvin, c’est évident que la Trinité ne fait pas de doute : la controverse entre Calvin et Servet est un exemple. Toutefois, c’est par la suite que les choses se sont vraiment gâtées, car de plus en plus libérales, les branches du protestantisme se sont mis à professer tout et n’importe quoi: mais ce qu’on observe c’est un regain et un certain intérêt pour la thèse modaliste que vous présentez, c’est-à-dire que le Père est en fait lUI-MÊME le Fils et l’Esprit.

      En amont, donc, ces réponses brèves (car le sujet sera largement traité) : C’est le Verbe qui créé (voyez la différence entre Genèse I, 1 et l’évangile selon S. Jean I, 1). Les personnes divines sont nettement distinguées. Le verset de Jean 14 avec Philippe s’explique par le fait le Fils est l’Image et la Splendeur du Père : de plus, comme vous le dites, les Personnes divines sont l’une dans l’autre : l’acte du Père est le même que celui du Fils ou encore de l’Esprit. Il faut distinguer entre « distinction » et « séparation ». Le Père, le Fils et l’Esprit sont distincts, mais ne sont pas séparés. Le fait est que, de notre première impression, vous semblez « imaginer » les Personnes divines… Or, ce n’est pas possible. Dites-vous bien que lorsqu’on parle de trois personnes divines, la grave erreur serait de penser comme trois personnes humaines. En effet, Dieu est simple, c’est-à-dire qu’il n’est pas composé : il n’y a donc pas en Dieu d’âme ou de corps ; avoir une âme ou un corps est le propre des êtres composés (comme les hommes). On peut donc distinguer deux hommes par leur corps, mais dans un être qui n’a pas de corps? Selon la doctrine de S. Thomas d’Aquin, on ne peut distinguer les Personnes divines que par leur RELATION… Ce n’est qu’elle qui les distingue ! Cela répond donc à l’objection selon laquelle l’Agneau est assis sur Le Trône. Enfin, il faut aussi retenir que pour « décrire » Dieu (m’eme si on ne peut pas décrire Dieu, on ne décrit que ce qui a une qualité, une quantité… mais un être purement simple, n’a pas de quantité), les auteurs bibliques utilisent des « images »… surtout dans l’Apocalypse. Il ne faut surtout pas, en ce qui concerne la divinité, se représenter TROIS individus : un au milieu, l’un à gauche, et l’autre à droite. Et c’est pourquoi, personnellement, pour la foi, J’ai toujours pensé que les représentations de la Sainte Trinité étaient limites…

      Si vous ne pouvez pas attendre l’arrivée des articles (ce ne sera pas pour de suite), vous pouvez entrer en contact avec nous par e-mail ( assimba@live.com)

      Cordialement,

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Cette entrée a été publiée le 25 avril 2020 par dans Foi Catholique.
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