+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Les fondements bibliques de la Papauté (1) : Matthieu XVI, 18 : le Christ fait de Pierre la pierre de fondement de son Église

Toutes les preuves de la Papauté : ici

Plan de l’article :

I) Pierre est la pierre de fondement de l’Eglise

II) Le Christ explique le changement de nom qu’Il a opéré

III) L’avis des Pères de l’Eglise et des auteurs non-catholiques

IV) Réponses aux objections

A) Objections sémantiques

1) Petros différent de petra ?

2) Réponses :

a) L’explication du texte grec

b) La langue dans laquelle cette phrase fut prononcée par le Christ

B) Objection théologique : le Christ n’est-il pas le seul fondement (I Corinthiens III, 11 et I Pierre II, 4) ?

1) Sources de la confusions

2) Résolution de la difficulté

a) Une distinction injustifiée

b) Une distinction inconséquente et inapplicable

c) L’Ecriture Sainte affirme explicitement qu’il y a des fondements à l’Eglise autres que le Christ, dans la dépendance du Christ : Ephésiens II, 19-20 et Apocalypse XXI, 14

d) Des propos de Pères de l’Eglise sur le sujet

I) Pierre est la pierre de fondement de l’Eglise

« Jésus étant venu dans le territoire de Césarée de Philippe, demanda à ses disciples : « Qui dit-on qu’est le Fils de l’homme ? » Ils lui répondirent : « Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste, d’autres Élie, d’autres Jérémie ou quelqu’un des prophètes. — Et vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? » Simon Pierre, prenant la parole, dit : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Jésus lui répondit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jean, car ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais c’est mon Père qui est dans les cieux. Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux : et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » » (Matthieu XVI, 13-19)

C’est principalement sur ce passage des Saintes Écritures que se fonde la Papauté. Le Christ fait de son Apôtre Simon la pierre fondamentale de son Église, c’est ce que nous verrons ici. Aussi, Il fait de lui son premier ministre, nous le démontrons dans cet article. En effet, le Christ avait déjà changé le nom de son apôtre dès sa vocation à l’apostolat :

« Et il l’amena à Jésus. Jésus, l’ayant regardé dit : « Toi, tu es Simon, fils de Jean ; tu seras appelé Céphas (ce qui se traduit Pierre). » » (Jean I, 42)

Mais en Matthieu, Il dévoile à son apôtre toute la signification, prévue de toute éternité pour lui, de son nouveau nom qu’il lui avait déjà attribué.

Ainsi, le Christ demandant à ses Apôtres ce que l’on dit qu’Il est, puis, ce que les Apôtres eux-mêmes disent qu’il est, c’est Simon qui le premier prend le parole et confesse la divinité et la messianité du Christ. C’est ce qui lui vaudra de s’entendre immédiatement promettre par le Christ d’être la pierre sur laquelle Il fondera son Église. Simon-Pierre est ainsi le rocher inébranlable qui est le fondement de l’Église et auprès de qui aucune erreur (les portes de l’enfer) ne peut avoir accès. Grâce à sa profession, saint Pierre est passé de la dignité de grain de sable (ce que signifie ‘Simon’ en araméen) à celle de rocher, c’est donc sur lui, ce Rocher et non pas sur le sable qu’il faut bâtir sa maison (cf. Matthieu VII, 24-27). Il faut souligner que le Christ ne dit cela qu’à Pierre alors que tous les Apôtres sont présents…

De plus, il convient de noter que Jésus dit ‘sur cette pierre je bâtirai mon Eglise’, plutôt que par ‘sur toi’, en se référant à Pierre. C’est parce que tandis que Pierre est par définition ‘la pierre’ / le rocher, la fonction qu’Il établit en Pierre (la Papauté) durera à travers les âges bien après que Pierre soit mort. Cette fonction est instituée avec Pierre, mais ne sera pas limité à Pierre… car il aura des successeurs ! En effet, le fondement d’un édifice doit durer aussi longtemps que l’édifice lui-même, sinon ce dernier s’effondre…

En effet, comme l’écrit Dom Prosper GUÉRANGER, OSB, Abbé de Solesmes :

« Le saint Évangile, en saint Matthieu, chapitre XVI, nous apprend que le Sauveur voulant récompenser Simon, son disciple, du témoignage qu’il venait de rendre à sa divinité, lui dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »

Évidemment le Seigneur voulait, en retour, accorder à cet apôtre une prérogative qu’il ne conférait pas aux autres, puisqu’il ne parlait qu’à lui seul, puisque lui seul avait répondu à la question que Jésus venait de faire à tous.

Dans cette circonstance, Jésus parle de son Église pour la première fois. Il annonce l’intention de la bâtir lui-même ; mais il pose déjà le fondement sur lequel il l’établira.

Un fondement posé par Dieu lui-même ne saurait manquer. Si l’édifice qu’il porte doit durer, c’est au fondement inébranlable qu’il le devra. Jésus donne donc à Simon une qualité qu’il n’avait pas auparavant. Jusque-là il était simple apôtre comme les autres ; désormais il est mis à part. Son nom est changé ; il s’appellera la Pierre. Or, la Pierre est un des noms prophétiques du Christ lui-même. Le Messie est annoncé comme devant être la Pierre choisie, angulaire, fondamentale [Isaïe XXVIII, 16, rappelé par saint Pierre lui-même en I Pierre II, 4, voir aussi I Corinthiens III, 11]. C’est donc son propre nom que Jésus donne à Simon, comme s’il lui disait : « Je suis la Pierre inviolable, la Pierre angulaire, qui réunis en un deux choses ; je suis le fondement auquel nul n’en peut substituer un autre ; mais toi aussi, tu es Pierre ; car ma force devient le principe de ta solidité, en sorte que ce qui m’était propre et personnel à ma puissance, te devient commun avec moi par participation. » [Pape saint Léon le Grand, In  Assumptionis suae. Serm. IV]

Pierre est donc, avec Jésus-Christ et en Jésus-Christ, le fondement de l’Église, et l’Église ne saurait exister en dehors de ce fondement inébranlable. Qui dit Pierre, dit toute la suite de ses successeurs, parce que Pierre ne peut mourir ; autrement, l’Église n’ayant plus de fondement ne subsisterait pas. Les prérogatives de Pierre sont personnelles en lui et en toute la succession des Pontifes romains, que la tradition tout entière a reconnu ne former avec lui qu’une seule personne, quant aux droits du Pontificat.

Le fondement est unique, super hanc Petram, parce qu’il n’y a qu’un seul Christ ; il est unique, parce qu’il n’y a qu’une seule Église. Tout doit reposer sur ce fondement, et les apôtres et les disciples ; et les évêques et les prêtres et le peuple fidèle, en un mot l’Église tout entière : super hanc Petram ædificabo Ecclesiam meam.

En posant ce fondement, Jésus-Christ devait le rendre inébranlable, le garantir de la chute ; autrement, le fondement entraînerait avec lui l’édifice, ou l’édifice devrait désormais reposer sur un autre fondement. Or, d’un côté, l’Église ne peut périr ; de l’autre, elle n’est l’Église que parce qu’elle est établie sur la Pierre. La Pierre donc ne peut faillir. Si le Pontife romain pouvait enseigner l’erreur, ou l’Église le suivrait, et elle cesserait d’être l’Église, s’étant séparée de la foi qui est son élément vital ; ou elle ne reposerait plus sur celui auquel Jésus-Christ l’a superposée, et elle perdrait le caractère de la vraie Église. L’un et l’autre étant contraires aux promesses de Jésus-Christ, il suit des paroles du Sauveur que le Pape enseignant l’Église, est personnellement infaillible. » (De la Monarchie Pontificale, 2è édition, 1870, pp. 140-142)

II) Le Christ explique le changement de nom qu’Il a opéré

Le Christ n’attend pas que Simon ait professé la foi pour lui donner le nom de Pierre, comme nous l’avons vu plus haut, Il le fait dès son recrutement. Mais ce n’est qu’après la profession de la Vérité par lui qu’Il lui révèle ce que sera son rôle de Pierre. Or nous savons que lorsque Dieu change le nom d’un individus, c’est pour une raison précise: pour signifier son rôle ou sa dignité. C’est une question que nous développons dans cet article. ou que Saül devient Paul (Actes XIII, 9). Bien plus, le nouveau nom de la personne est le reflet de sa vocation !

Qu’en est-il alors de Simon-Pierre? C’est justement ce passage qui donne la clé du changement de son nom ! Cette phrase en particulier du « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église » donne l’explication du changement de nom : Jésus a changé le nom de Simon en Pierre, parce qu’il est appelé à être l’élément de stabilité sur lequel Jésus va construire l’Église ! Sur lui le Christ va bâtir son Église… Et pour bâtir son Église, il lui faut quelqu’un de stable comme le roc ! Et c’est Simon qu’il a choisit particulièrement pour répondre à cette vocation.

Ainsi donc, cela n’aurait juste aucun sens que le Christ change le nom de Simon en Pierre si ce n’était pas pour signifier qu’il faisait de lui la pierre de fondement de son Église…

En effet, Dieu avait prévu de toute éternité de faire de Simon la Pierre de fondement de son Église, c’est pourquoi le Christ lui donna immédiatement le nom de Pierre. Cependant, il a encore fallu que le Père révèle la vérité à l’Apôtre (Matthieu XVI, 17) pour que Simon mérite humainement d’être appeler la pierre de l’Église en professant la foi.

Nous pourrions même nous risquer à dire que cette communication de la dignité de pierre de fondement aux chef des Apôtres était préfigurée dans l’Ancien Testament : Dieu y est désigné comme étant « le Rocher » (II Samuel XXII, 2-3, 32, 47 ; XXIII, 3 ; Psaume XVIII, 2, 31, 46 ; XIX, 4 ; XXVIII, 1 ; 42, 9 ; 62, 2.6.7 ; 89, 26 ; 94, 22 ; 144, 1-2). Ce qui n’empêche pas, sans pour autant qu’il y ait de contradiction, qu’Abraham soit lui aussi décrit comme « le rocher » [ la pierre ] dans Isaïe 51, 1-2

« Il est le rocher; ses oeuvres sont parfaite » (Deutéronome XXXII, 4)

« Portez les regards sur le rocher d’où vous avez été taillés, Sur le creux de la fosse d’où vous avez été tirés. Portez les regards sur Abraham votre père » (Isaïe 21, 1-2)

L’Ancien Testament dit de regarder ‘le rocher’, de regarder Abraham. Abraham est décrit comme ‘le rocher’ [ la pierre ] parce qu’il était le père de tous les Israélites. Son ancien nom (Abram) fut changé afin de signifier son rôle de ‘rocher’ et de père du peuple de Dieu. Dieu a changé le nom d’‘Abram’ à celui d’‘Abraham’, car le nouveau nom insistait sur son rôle spécial de DIRIGEANT du peuple de Dieu. Abraham a été choisi pour être le père de plusieurs nations. Serait-il logique donc que Jésus ait choisi quelqu’un pour qu’il soit la pierre/le rocher de la nouvelle Israël, nouvelle Eglise du Nouveau Testament, de la nouvelle Israël, l’Eglise? Oui, et c’est pourquoi le nom de Simon a été changé par ‘Petros’, qui signifie ‘pierre’. À la lumière de cette preuve, il devrait être totalement évident pour tous que Saint Pierre est le roc.

Ce n’est pas le seul endroit du Nouveau Testament où nous voyons qu’une dignité, un titre ou une fonction appartenant en propre à Dieu ou au Christ est communiquée à d’autres. En effet, Dieu est notre seul Père (Matthieu XXIII, 9) et pourtant il y en a d’autres qui tirent de lui leur nom de père au Ciel et sur la terre (Ephésiens III, 14-15) ; et saint Paul dit également au Corinthiens qu’il est – lui, Paul – leur père dans le Christ puisque c’est lui les a engendré en Jésus-Christ par l’Evangile : « vous n’avez pas cependant plusieurs pères, puisque c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Evangile. » (I Corinthiens IV, 15) ; le Christ est le seul maître (Matthieu XXIII, 8 et 10) et portant saint Paul parle aux Corinthiens de leur possibilité d’avoir « dix mille maîtres dans le Christ » (I Corinthiens IV, 15) ; Dieu seul peut pardonner les péchés (Marc II, 7) et pourtant le Christ donne ce pouvoir à ses Apôtres (Jean XX, 23); Il détient les Clefs de David (Apocalypse III, 7) mais Il les confie à ce même Pierre (Matthieu XVI, 19); Il dit être le Bon Pasteur (Jean X, 14) et pourtant Il confie toujours à ce même saint Pierre le soin de paître ses agneaux et brebis (Jean XXI, 15-17) ; Il est la lumière, mais il dit à ses Apôtres qu’ils sont la lumière du monde (Matthieu V, 14) ; Il est le constructeur (Matthieu XVI, 18) mais les Apôtres sont aussi bâtisseurs (I Corinthiens III, 11) ; Il est la pierre d’angle (Actes IV, 11) mais les Apôtres sont aussi des pierres (I Pierre II, 4) ; Il est le temple (Apocalypse XXI, 22) mais les Apôtres aussi sont des temples (Ephésiens II, 21) ; Il est « le pasteur et l’évêque [des] âmes » (I Pierre II? 25), et pourtant il y a de nombreux membres de l’Eglise qui sont appelés à exercer les rôles de « pasteur » et « évêque »,  et à être des « anciens » qui doivent « paître le troupeau de Dieu » et à qui les chrétiens doivent « être soumis » (Actes XX, 28 ; I Corinthiens XII, 28 ; Ephésiens IV, 11 ; Philippiens I, 1 ; I Timothée III, 2 ; Tite I, 7 ; I Pierre I, 1-5),  Enfin, n’oublions pas l’épisode du Buisson Ardent: Dieu s’adresse à Moïse par le Buisson Ardent, Moïse qui ne sait pas qu’il a affaire à Dieu et ne comprend pas comment un buisson peut brûler sans se consumer et surtout parler comme un homme, il lui demande donc qui il est (Exode III, 13), et Dieu lui répond : « Je suis celui qui suis » (Exode III, 14). Or si moi, administrateur du site j’ai écrit cet article et si vous internaute le lisez, c’est bien que vous et moi avons l’existence, et pourtant ni vous ni moi ne sommes Dieu alors que seul ce dernier est l’être, mais il nous le communique… N’est-il pas écrit que « Puisque sa divine puissance nous a accordé tous les dons qui regardent la vie et la piété, en nous faisant connaître celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu, et qui par elles nous a mis en possession de si grandes et si précieuses promesses, afin de vous rendre ainsi participants de la nature divine, en vous soustrayant à la corruption de la convoitise qui règne dans le monde. » (II Pierre I, 3-4)

III) L’avis des Pères de l’Eglise et des auteurs non-catholiques

Les Pères de l’Église enseignaient que Pierre est la pierre de fondement de l’Église (cliquer ici). De même, de nombreux érudits chrétiens non-catholiques en sont venus à reconnaître l’évidence que Pierre est la pierre, et ce en parfaite contradiction avec les théologies traditionnelles de leurs dénominations respectives (cliquer ici).

IV) Réponses aux objections

A) Objections sémantiques

1) Petros différent de petra ?

Nos contradicteurs disent Pierre ne serait pas la pierre fondamentale de l’Église mais que cette dernière serait le Christ. Ou bien que la pierre ne serait pas la personne de Pierre mais la confession qu’il vient de faire, comme roc de la vérité.

Ces théories s’appuient sur la différence de termes employés dans le texte grec original pour désigner les deux. En effet, Pierre est désigné par le mot ‘Petros’ et la pierre par le mot petra. Aussi disent-ils, en grec, Petros signifie petite pierre, ou caillou et petra signifie grosse pierre ou rocher. De la sorte, il y aurait un jeu de mot tendant à marquer le contraste entre la petitesse de Pierre par rapport à la grande taille du Rocher qui serait soit le Christ, soit la confession de saint Pierre (à savoir, la Vérité).

Nous réfuterons ces deux théories en même temps car pour l’une comme pour l’autre, il suffit de prouver qu’il y a une identité entre Pierre et la pierre.

2) Réponses :

a) L’explication du texte grec

« Bien qu’il soit véridique que petros et petra peuvent respectivement signifier en grec récent ‘pierre’ et ‘rocher’, la distinction est largement confinée à la poésie. » (Donald-Arthur CARSON, protestant Baptiste, professeur d’Ancien Testament au Trinity Evangelical Seminary cité dans The Expositor’s Bible Commentary, Volume 8, p. 368)

On trouvera d’autres explications en cliquant ici.

Aussi, cette distinction qui ne s’appliquait qu’à la poésie, était de toute façon obsolète à l’époque de la rédaction de l’Évangile selon saint Matthieu où les deux mots étaient devenus synonymes, comme nous l’apprend le même protestant dans son Commentaire des exégètes de la Bible, publié par Zondervan. Cette distinction n’était peut-être même plus valable dès 400 ans avant la venue du Christ…

La disparition de cette distinction est confirmé par l’éminent professeur de grec ancien Anatole BAILLY (1833-1911) qui donne au mot petra (πετρα) les deux significations suivantes :

« rocher, roche || 2 rocher dans la mer ou sur le rivage, écueil » et il donne un peu plus bas au mot petros (πετρος) les deux significations suivantes: « 1 pierre: au figuré comme synonyme de dureté, d’insensibilité || 2 rar. c. πετρα, rocher. » (Anatole BAILLY, Abrégé du dictionnaire grec-français, Hachette, Paris, 1901, page 698).

Nous voyons que la première définition de πετρος est tout simplement « pierre » comme synonyme de dureté ou d’insensibilité, ce qui correspond exactement au rôle et au charisme que la doctrine catholique affirme être donnés par le Christ à la personne de Pierre, puis aux Papes ses successeurs. Et la deuxième est purement est simplement identique à celle de πετρα.

Nous invoquerons également l’autorité du Dictionnaire grec-français : composé sur le Thesaurus Linguæ Græcæ de Henri Estienne (1843) de Joseph PLANCHE, professeur de rhétorique au Collège Royal de Bourbon, dictionnaire adopté pour l’usage des classes par l’université. En effet, ce dernier ouvrage est encore plus explicite car en sa page 1026 où il donne les définitions de ces deux mots, il défini πετρα comme « pierre, roche ou rocher. R. πετρος », donc il établit la possible synonymie des deux mots et définit πετρος comme ceci: « pierre, rocher, grosse pierre. ». Cela sa passe de commentaire…

De plus, cette distinction, même s’il elle ne s’était pas limitée à la poésie et même si elle avait été d’actualité au Ier siècle, elle n’aurait de toute façon pas pu s’appliquer à cette phrase du Christ. Pourquoi ? Parce que la langue de rédaction du Nouveau Testament est le grec, certes, mais pas n’importe quel grec: la koinè grecque qui était la forme de grec en usage dans tout le monde hellénistique issu des conquêtes d’Alexandre le Grand. Or la distinction que nous avons exposé n’est valable qu’en grec attique qui est le grec « standard », enseigné dans les collèges, lycées et universités… De plus, il aurait existé un mot pertinent pour désigner l’Apôtre comme une petite pierre ou caillou, ce mot c’est lithos, ce que l’Évangile ne fait pas. Et c’est au contraire ce mot de lithos, qui en plus de nombreux emplois dans le Nouveau Testament, que ce même saint Pierre utilise dans la Ière Épître, elle aussi en koinè grecque en parlant des baptisés comme des « pierres vivantes » de l’Église : « Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel » (I Pierre II, 5).

Mais alors, pourquoi avoir usé de deux termes différents pour désigner la même chose ? Tout simplement parce que l’Apôtre Simon-Pierre est un homme, alors qu’en grec, le mot pierre est comme en français, de genre féminin, il était donc nécessaire d’employer deux mots différents pour que le premier soit masculin et le second féminin, car sinon, cela aurait été comme si l’évangéliste avait fait dire au Christ: « Tu es Martine » au lieu de « Tu es Martin ».

Faisons une dernière remarque sur la phrase grecque: Jésus dit: « tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. ». Le mot grec pour ‘cette’ – en tant que ‘cette pierre’ – est le pronom démonstratif ‘taute’. Donc , la phrase insiste sur ‘CETTE pierre’. Taute est utilisé quand

« on veut attirer l’attention, avec un accent particulier, sur un objet désigné, que ce soit dans le voisinage physique de l’orateur ou dans le contexte littéraire de l’écrivain » (H.E. DANA et Julius R. MANTEY, A Manual Grammar of the Greek New Testament, 127).

Dans la version de la Bible protestante Louis-Segond, ‘taute’ est traduit par ‘cette’ dans I Corinthiens XV, 19 et II Corinthiens IX, 4.

Par conséquent, la déclaration de Jésus faite à Pierre, porte cette signification: ‘tu es Pierre et sur CETTE PIERRE-CI je bâtirai mon Eglise.’. Dans le contexte donné, « cette pierre » se réfère naturellement à Pierre. Il se trouve justement que Jésus change le nom de Simon en un nom qui signifie ‘pierre’…

b) La langue dans laquelle cette phrase fut prononcée par le Christ

Mais on se rend vite compte que la difficulté présentée par le texte grec est de toute façon hors-sujet car la langue dans laquelle le Christ a dit cette phrase n’est pas le grec mais l’araméen ou l’hébreux. Or dans ces langues, il n’y a pas de distinction sémantique entre caillou et roc. Dans les deux cas, le mot est Céphas (ou Kephas dans certaines versions anglophones de la Bible). Nous en avons la certitude car c’est l’Évangile selon saint Jean qui nous rapporte le changement initial du nom de l’Apôtre de Simon en Pierre (qui eut lieu dès son recrutement): « Et il l’amena à Jésus. Jésus, l’ayant regardé dit :  » Toi, tu es Simon, fils de Jean ; tu seras appelé Céphas (ce qui se traduit Pierre).  » » (Jean I, 42). Par ailleurs, en de très nombreux endroits des Épîtres de saint Paul, Pierre est appelé Céphas (I Corinthiens I, 12 ; III, 22 ; IX, 5 ; XV, 5 ; Galates I, 18 ; II, 9), alors même que saint Paul parlait grec à des gens ne comprenant que le grec.

Ainsi, c’est comme si le Christ avait dit à son Apôtre: « Tu es Céphas et sur cette céphas je bâtirai mon Église ». Il y a donc une identité parfaite entre Pierre et la pierre sur laquelle l’Église et bâtie.

C’est alors que l’araméen nous montre avec encore plus de force l’absurdité déjà visible en grec, d’une phrase où le Christ commencerait à désigner son Apôtre et ne finirait pas son propos pour parler soit de Lui-même, soit de la confession de son Apôtre.

B) Objection théologique : le Christ n’est-il pas le seul fondement (I Corinthiens III, 11 et I Pierre II, 4) ?

1) Sources de la confusions

Objection : Mais le Christ n’est-il pas le seul fondement comme il est dit en I Corinthiens III, 11 et comme le rappelle saint Pierre lui-même en I Pierre II, 4 ?

2) Résolution de la difficulté

a) Une distinction injustifiée

Il va de soi que dire que lorsqu’on considère la doctrine catholique dans son intégralité, que saint Pierre est le fondement de l’Eglise ne contredit pas en soi que le Christ soit le seul fondement. En effet, on ne peut dissocier un élément d’une doctrine de la totalité de ladite doctrine, au risque de faire des contresens. Aussi lorsque nous disons que la fondation de l’Eglise se matérialise d’abord par saint Pierre puis par les Papes, il est évident que ce n’est pas en tant qu’individus mais en tant qu’ils sont surnaturellement et infailliblement soutenus par Jésus-Christ et qu’ainsi la Vérité qui est le Christ et l’enseignement de saint Pierre ne font qu’un. On peut penser que l’Eglise catholique a tort d’attribuer une telle prérogative au Pape, mais pas au motif que cela aurait pour effet de poser une autre pierre de fondement que le Christ. Car le Pape est rendu infaillible par le soutien du Christ. Aussi, que la doctrine de la Papauté soit éventuellement fausse, cela aurait pour conséquence et non pas pour cause que dans son essence elle poserait un autre fondement que le Christ.

b) Une distinction inconséquente et inapplicable

Comme nous le disons dans notre article L’enseignement des Pères de l’Église sur « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Matthieu XVI, 18) indiqué plus haut :

Les témoignages qui suivent identifient Pierre avec la pierre de fondement de l’Eglise. Les apologètes non-catholiques tentent de faire croire qu’il s’agit d’une lecture décontextualisée et que cela signifie en fait « la foi de Pierre ». A la réalité, si il est vrai que c’est sur la foi de Pierre que l’Eglise est fondée en cela que c’est en récompense de sa foi que Pierre a reçu pour lui et ses successeurs la promesse de la fermeté dans la même foi, il serait faux en  revanche de faire une dissociation entre les deux. Cela fera l’objet d’un futur article. Mais ici, il faut faire une mise au point sur ce qu’enseigne réellement l’Eglise catholique, et montrer que l’explication de nos adversaire ne tient pas en face de la simple logique.

La réalité est la suivante : lorsque les Pères de l’Eglise disent que la pierre de fondement de l’Eglise n’est pas la personne de Pierre mais sa foi, ils sont… parfaitement catholiques ! Mais encore faut-il savoir ce que l’Eglise enseigne ! En effet, dans le Missel de Saint Pie V, à la messe de la Vigile de la fête des saints apôtres Pierre et Paul (28 juin : veille de la principale célébration liturgique de la Papauté), l’Eglise fait dire dans la prière propre de la « Collecte », appelée parfois « Oraison » :

« Daignez, nous vous en supplions, ô Dieu tout-puissant, ne point permettre qu’aucun trouble nous ébranle, après que vous nous avez établis sur la pierre solide de la foi des Apôtres » (https://www.introibo.fr/28-06-Vigile-des-Sts-Pierre-et)

On remarquera que ce n’est ni un passage de l’Ecriture Sainte ni un passage d’un Père de l’Eglise, que l’Eglise aurait transposé dans la liturgie, mais bel et bien une prière qu’elle a forgée elle-même, preuve que cette affirmation n’est nullement contraire à la foi catholique !

Mais il faut distinguer entre la pierre matérielle et la pierre formelle. La pierre matérielle, c’est la personne de Pierre, la pierre formelle c’est la foi. L’Eglise de Jésus-Christ étant fondée sur la foi, il faut que la foi soit enseignée infailliblement. Aussi, ce qui matérialise la pierre est la personne de Pierre (puis du Pape), non par leur propre force, mais par le soutien infaillible que le Christ leur prête. Cf. les propos du Christ :

« Tu es heureux, Simon, fils de Jean, car ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais c’est mon Père qui est dans les cieux » (Matthieu XVI, 17)

Le Pape n’est que le ministre visible qui manifeste ce qu’est la pierre, d’où la phrase de saint Ambroise :

« Là où est Pierre, là est l’Église. Là où est l’Église n’est pas la mort, mais la vie éternelle » (Commentaire sur le Psaume 40, 19)

C’est par la visibilité antécédente de la pierre qu’on reconnaît la foi, et non par l’idée préétablie de ce qu’on pense subjectivement être la foi qu’on reconnaît la pierre. Sinon le rôle de la pierre de la foi, fondement de l’Eglise, n’a plus aucun sens ! Autrement c’est l’anarchie où chacun est sa propre pierre et son propre Pape, et la notion même de la foi, qui est une adhésion à un dépôt reçu (Romains I, 5 ; XVI, 26) et enseigné avec autorité (Romains X, 13-17) n’a plus aucune sens ! Et on a plus aucune garantie de ce qu’on doit croire. On tombe dans l’explosion infinie des milliers protestantismes différents et rivaux entre eux, sans qu’il n’y ait aucun moyen de savoir lequel est le bon, ou dans le problème des églises orthodoxes qui, par exemple, sont divisées de manière insoluble sur la validité des baptêmes réalisés par effusion plutôt que par immersion, ou encore sur la validité des baptêmes réalisés par des hérétiques, or il est inadmissible pour l’unité, la sainteté et la visibilité de l’Eglise, qu’on ne sache pas avec certitude qui est baptisé ou non.

Le Pape Innocent III, ne dira-t-il pas lui-même :

«Le Verbe […] a constitué Lui-même la primauté du Siège Apostolique ; il en est le fondement en même temps le fondateur de l’Eglise. Faut-il s’étonner que les portes de l’enfer ne puissent prévaloir contre elle, puisque la fondation dont l’Apôtre dit : « Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui est déjà posé, savoir Jésus-Christ » [I Corinthiens III, 11] demeure immobile ? Bien que souvent la barque de Pierre soit battue par les flots amoncelés et comme suspendue sur les abîmes, jamais elle ne sera submergée […] On le voit, ce Siège Apostolique ne succombe pas dans la tentation ; il y grandit plutôt en vertu de la divine promesse. […] Du moment donc où cette constitution est l’oeuvre de Dieu, non de l’homme, ou plutôt de l’homme Dieu, c’est en vain que l’hérétique et le schismatique travaillent à la renverser, en vain que le loup se déchaîne pour déraciner la vigne du Seigneur, scinder sa tunique, jeter à bas le chandelier, éteindre la lumière. […]

Si moi-même je n’avais pas une foi solide, comment pourrais-je affermir les autres dans la foi ? Et c’est là une des parties principales de mes fonctions, car le Seigneur n’a pas dit à saint Pierre : « J’ai prié pour toi, afin que ta foi ne chancelle pas« , et : « Si tu te convertissais un jour, fortifie alors les tes frères » [Luc XXII, 30-32]. Il pria, et il fut exaucé dans tout à cause de son obéissance. La foi du Saint-Siège ne chancela donc jamais dans les temps de troubles mais elle demeura toujours ferme et inébranlable, afin que le privilège de saint Pierre demeurât inviolable. Mais précisément pour cette raison j’ai surtout besoin de la foi, parce que je ne relève pour toutes les autres fautes que du tribunal de Dieu ; pour les fautes contre la foi, au contraire, je puis être jugé par l’Église. J’ai la foi et une foi constante, parce qu’elle est apostolique. » (2è sermon pour la consécration du souverain pontife, PL, 217, colonnes 653 à 656)

Ainsi que :

« En effet, bien que le premier fondement de l’Eglise et le principal soit le Fils unique de Dieu Jésus Christ, selon ce que dit l’Apôtre : « Car un fondement a été posé, en dehors duquel aucun autre ne peut être posé, et qui est le Christ Jésus » (I Corinthiens III, 11), Pierre n’en est pas moins le second fondement de l’Eglise et qui vient au deuxième rang et s’il n’est pas non plus le premier dans le temps, par son autorité, il n’en a pas moins la prééminence parmi les autres dont l’apôtre Paul dit : « Vous n’êtes plus des étrangers, ni des émigrés, vous êtes concitoyens des saints et de la famille de Dieu, édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes » [Ephésiens II, 20]. » (Lettre 209 Apostolicae Sedis primatus à l’évêque de Constantinople, 12 novembre 1199, PL 214, colonnes 758 et 759)

c) L’Ecriture Sainte affirme explicitement qu’il y a des fondements à l’Eglise autres que le Christ, dans la dépendance du Christ : Ephésiens II, 19-20 et Apocalypse XXI, 14

Aussi l’Ecriture Sainte elle-même montre les apôtres comme « fondements », or cela ne peut évidemment pas contredire que le Christ soit le seul fondement. C’est donc que le Christ leur confie le ministère d’être les fondements de l’Eglise et que, ne pouvant leur confier un ministère sans leur donner les moyens de l’accomplir, il les soutient infailliblement. Voici les mots de l’Ecriture Sainte :

« La muraille de la ville avait douze fondements, et sur eux les douze noms des douze apôtres de l’agneau. » (Apocalypse XXI, 14)

« Ainsi donc vous n’êtes plus des étrangers, ni des hôtes de passage ; mais vous êtes concitoyens des saints, et membres de la famille de Dieu, édifiés que vous êtes sur le fondement des apôtres et des prophètes, dont Jésus-Christ lui-même est la pierre angulaire. » (Ephésiens II, 19-20).

Par ailleurs, plusieurs Apôtres sont appelés « colonnes » :

« ayant reconnu la grâce qui m’avait été accordée, Jacques, Céphas et Jean, qui sont regardés comme des colonnes, nous donnèrent la main, à Barnabé et à moi, en signe de communion, pour aller, nous aux païens, eux aux circoncis. » (Galates II, 9).

L’Église repose entre autres sur ces Apôtres comme sur des colonnes et fondements car c’est le Christ qui leur confère cette dignité. Cela signifie simplement que tout vient du Christ. Toute vraie autorité dans l’Eglise doit venir du Christ parce que l’Église elle-même vient du Christ. Tout ce qui est en dehors du Christ est un faux fondement. Attention toutefois: le fondement qu’est Pierre et celui que ont les autres apôtres ne ont pas de la même nature: Pierre est la pierre de fondement de l’Église en qui est garantie l’indéfectibilité de cette dernière; les Apôtres dans leur globalité sont le fondement de la foi de l’Église car ils sont les derniers avec lesquels la Révélation s’effectue. L’Église de Dieu est encore appelée

« colonne et base de la vérité. » (I Timothée III, 14-15).

Aussi, saint Pierre est-il un fondements plus spécial que les autres ? La réponse est oui pour cinq raisons ; 1° c’est sur lui que sera fondée l’Eglise dont les autres apôtres sont partie ; 2° c’est à lui seul que le Christ confie les clés du Royaume des Cieux ; 3° c’est pour lui seul qu’il prie pour que sa foi ne défaille pas, alors que satan a réclamé tous les apôtres pour les tenter ; 4° c’est à lui seul que le Christ confie le soin de paître tout son troupeau ; 5° nous voyons le Nouveau Testament le mettre en supériorité en de très nombreuses circonstances.

Nous rappelons ce que nous disions plus haut : ce n’est pas le seul endroit du Nouveau Testament où nous voyons qu’une dignité, un titre ou une fonction appartenant en propre à Dieu ou au Christ est communiquée à d’autres. En effet, Dieu est notre seul Père (Matthieu XXIII, 9) et pourtant il y en a d’autres qui tirent de lui leur nom de père au Ciel et sur la terre (Ephésiens III, 14-15) ; et saint Paul dit également au Corinthiens qu’il est – lui, Paul – leur père dans le Christ puisque c’est lui les a engendré en Jésus-Christ par l’Evangile : « vous n’avez pas cependant plusieurs pères, puisque c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Evangile. » (I Corinthiens IV, 15) ; le Christ est le seul maître (Matthieu XXIII, 8 et 10) et portant saint Paul parle aux Corinthiens de leur possibilité d’avoir « dix mille maîtres dans le Christ » (I Corinthiens IV, 15) ; Dieu seul peut pardonner les péchés (Marc II, 7) et pourtant le Christ donne ce pouvoir à ses Apôtres (Jean XX, 23); Il détient les Clefs de David (Apocalypse III, 7) mais Il les confie à ce même Pierre (Matthieu XVI, 19); Il dit être le Bon Pasteur (Jean X, 14) et pourtant Il confie toujours à ce même saint Pierre le soin de paître ses agneaux et brebis (Jean XXI, 15-17) ; Il est la lumière, mais il dit à ses Apôtres qu’ils sont la lumière du monde (Matthieu V, 14) ; Il est le constructeur (Matthieu XVI, 18) mais les Apôtres sont aussi bâtisseurs (I Corinthiens III, 11) ; Il est la pierre d’angle (Actes IV, 11) mais les Apôtres sont aussi des pierres (I Pierre II, 4) ; Il est le temple (Apocalypse XXI, 22) mais les Apôtres aussi sont des temples (Ephésiens II, 21) ; Il est « le pasteur et l’évêque [des] âmes » (I Pierre II? 25), et pourtant il y a de nombreux membres de l’Eglise qui sont appelés à exercer les rôles de « pasteur » et « évêque »,  et à être des « anciens » qui doivent « paître le troupeau de Dieu » et à qui les chrétiens doivent « être soumis » (Actes XX, 28 ; I Corinthiens XII, 28 ; Ephésiens IV, 11 ; Philippiens I, 1 ; I Timothée III, 2 ; Tite I, 7 ; I Pierre I, 1-5),  Enfin, n’oublions pas l’épisode du Buisson Ardent: Dieu s’adresse à Moïse par le Buisson Ardent, Moïse qui ne sait pas qu’il a affaire à Dieu et ne comprend pas comment un buisson peut brûler sans se consumer et surtout parler comme un homme, il lui demande donc qui il est (Exode III, 13), et Dieu lui répond : « Je suis celui qui suis » (Exode III, 14). Or si moi, administrateur du site j’ai écrit cet article et si vous internaute le lisez, c’est bien que vous et moi avons l’existence, et pourtant ni vous ni moi ne sommes Dieu alors que seul ce dernier est l’être, mais il nous le communique… N’est-il pas écrit que « Puisque sa divine puissance nous a accordé tous les dons qui regardent la vie et la piété, en nous faisant connaître celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu, et qui par elles nous a mis en possession de si grandes et si précieuses promesses, afin de vous rendre ainsi participants de la nature divine, en vous soustrayant à la corruption de la convoitise qui règne dans le monde. » (II Pierre I, 3-4)

De plus, comme nous le disions plus haut, ce n’est pas le seul endroit du Nouveau Testament où nous voyons qu’une dignité, un titre ou une fonction appartenant en propre à Dieu ou au Christ est communiquée à d’autres.

d) Des propos de Pères de l’Eglise sur le sujet

Le Christ communique sa propre consistance de pierre à l’apôtre. Voici quelques exemples de Pères de l’Église dans ce sens :

Saint Basile le Grand (330-379) :

« Pierre a été lancé placé pour être le fondement. Il avait dit à Jésus Christ: Vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant, et à son tour il lui fut dit qu’il était Pierre, quoiqu’il ne fut pas pierre immobile, mais seulement par la volonté de Jésus-Christ. Dieu communique aux hommes ses propres dignités. Il est prêtre, et il fait des prêtres; Il est pierre, et il donne la qualité de pierre, rendant ainsi ses serviteurs participants de ce qui lui est propre » (Homélie 29)

Voici une plus ample démonstration de cette pensée :

« Pierre a renié son maître trois fois, et il n’en a pas moins été donné pour fondement à son Eglise. Pierre avait été déclaré bienheureux pour avoir dit : Vous êtes le Fils du Dieu très-haut ; et il lui avait été dit à son tour qu’il était pierre, éloge que lui donnait Jésus-Christ, qui lui-même était pierre d’une manière tout autrement excellente. Jésus est la pierre immuable par elle-même. Pierre n’est immuable que par la pierre qui lui communique son immutabilité. Car Jésus aime à faire part aux autres de ses avantages. Et il le fait sans s’appauvrir, sans diminuer ses richesses. Il est la lumière ; ce qui ne l’empêche pas de dire à ses apôtres : Vous êtes la lumière du monde (MATTH., V, 14). Il est prêtre, et c’est lui qui fait les prêtres. Il est la brebis, et il dit : Voici que je vous envoie comme des brebis au milieu des loups (MATTH., X, 16). Il est la pierre, et il donne à Pierre son nom. Ce qu’il a, il le communique à ses serviteurs. Posséder et donner aux autres, c’est le caractère de l’opulence. » (in homiliâ de pænitentiâ, quæ est inter homilias variorum argumentorm ultima)

Saint Jérôme de Stridon (347-420) parle sans équivoque en allant encore plus loin que tous les autres lorsqu’il manifeste à la fois qu’il n’y a pas d’autre chef que Jésus-Christ et que cela n’empêche pas l’Evêque de Rome (et don à plus forte raison saint Pierre lui-même) d’être la pierre sur laquelle l’Eglise est bâtie. En effet, deux monuments très connus témoignant de la foi de l’Eglise antique en la Papauté sont les deux lettres de saint Jérôme au Pape saint Damase où il le questionne au sujet du schisme de l’Eglise d’Antioche. Il affirme avec force la nécessité d’être en communion avec la « chaire de saint Pierre » pour faire partie de la véritable Eglise. Il lui demande de rendre son jugement pour savoir qui de Paulin ou de Mélèce est le véritable Evêque d’Antioche : c’est un témoignage de l’universalité de juridiction entre les mains de l’Evêque de Rome. Par ailleurs, ces lettre témoignent aussi de l’infaillibilité Papale, étant donné que saint Jérôme déclare avoir « cru devoir consulter la chaire de Pierre, et cette foi romaine tant exaltée par l’apôtre, en demandant l’aliment de [son] âme là où j’ai autrefois reçu le vêtement de Jésus-Christ ». Nous ne citons ici que la première qui est la seule concernée par le présent  article (on retrouvera la seconde dans notre article La Papauté depuis les apôtres) :

« Comme l’Orient divisé en lui-même par les haines invétérées de ses peuples, déchiré par pièces et morceaux la tunique sans couture et tissée par le haut de Notre-Seigneur, et que les renards ravagent la vigne du Christ, comme d’ailleurs il est difficile, au milieu de ces citernes entrouvertes qui ne peuvent retenir l’eau (JER., II, 13), de dire où est la fontaine scellée, le jardin fermé (Cant., IV, 12) ; j’ai cru devoir consulter la chaire de Pierre, et cette foi romaine tant exaltée par l’apôtre, en demandant l’aliment de mon âme là où j’ai autrefois reçu le vêtement de Jésus-Christ. Car toute la distance des terres et des mers, qui nous séparent n’a pas pu m’empêcher d’aller à la recherche de cette pierre précieuse. Partout où est le corps, là il faut que les aiglons se rassemblent (LUC, XVII, 37). Après que le patrimoine a été dissipé par une race pervertie, c’est chez vous seuls que se trouve intact l’héritage de nos pères. Chez vous la terre féconde reproduit au centuple et en belle qualité la divine semence qui lui est confiée ; chez nous au contraire le froment enfoui dans les sillons dégénère en avoine et en ivraie. Maintenant c’est en Occident que se lève le soleil de justice, tandis qu’en Orient ce Lucifer, qui était tombé, élève son trône au-dessus des astres. Vous autres, vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre, vous êtes des vases d’or ou d’argent ; parmi nous on ne trouve que vases de terre ou de bois, qui attendent une verge de fer pour les briser, ou le feu éternel qui les consumera. Ainsi donc, quoique je tremble devant votre majesté, je me sens invité par votre clémence. Au pontife je demande la victime du salut, au pasteur sa protection pour une brebis du troupeau. Loin de vous les sentiments d’envie ; loin de vous le faste de la grandeur romaine : je parle au successeur du pêcheur, au disciple de la croix. Sans reconnaître d’autre chef que Jésus-Christ, je m’unis de communion avec votre béatitude, c’est-à-dire avec la chaire de Pierre ; je sais que c’est sur cette pierre qu’est bâtie l’Eglise. Quiconque mange l’agneau hors de cette maison, est un profane. Quiconque ne sera pas dans cette arche de Noé périra dans les eaux du déluge… Je ne connais pas Vital, je rejette Mélèze, je ne connais pas davantage Paulin. Celui qui ne ramasse pas avec vous, dissipe, c’est-à-dire, celui qui n’est pas à Jésus-Christ est à l’antéchrist… C’est pourquoi je supplie votre béatitude par celui qui a été crucifié, par le salut du monde, par la Trinité consubstantielle, de m’autoriser par quelqu’une de vos lettres, soit à dire, soit à taire trois hypostases. Et de peur que l’obscurité du lieu où je demeure n’occasionne quelque mépris, daignez me faire parvenir votre réponse par le prêtre Evagre que vous connaissez fort bien ; faites-moi savoir en même temps avec qui je dois me mettre en communion à Antioche : car les hérétiques Campiens, unis aux Tharsiens, n’ont pas de plus grande ambition que de faire triompher les trois hypostases entendues dans leur sens, en s’appuyant de votre autorité. » (Lettre 14, 15 ou 57, suivant les classifications, à Damase, PL, 22/355-356)

Saint Maxime de Turin (mort vers 420) :

« Ce Pierre sur qui Christ a librement accordé un partage en son nom. Car comme Christ est le rocher, comme l’a enseigné l’apôtre Paul, ainsi, par Christ, Pierre est fait rocher et le Seigneur lui dit: ‘Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise…’ » (Homélie 63)

Saint Prosper d’Aquitaine (vers 390-vers 463) :

« Le plus ferme des rochers, qui [Pierre] du rocher principal [le Christ] a reçu en partage sa vertu et son nom. » (L’appel à toute les nations, II, 28 [426])

Le prêtre Philippe, lors de la IIIème cession du concile d’Ephèse (431) :

« Philippe, presbytre et légat du Siège Apostolique a dit : Il n’y a pas de doute, et en fait cela fut connu dans tous les âges, que le saint et très-heureux Pierre, prince et tête des Apôtres, pilier de la foi, et fondation de l’Eglise catholique, reçu les clés du royaume de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Sauveur et Rédempteur de la race humaine, et qu’à lui fut donner le pouvoir de remettre et retenir les péchés; qui depuis le commencement jusqu’à aujourd’hui et pour toujours, vit et juge en ses successeurs. Le saint et très-heureux Pape Célestin, selon l’ordre est don successeur et tient sa place. […] En conséquence, la décision de toutes les églises est arrêtée, car les prêtres des églises orientales et occidentales sont présents. […] C’est pourquoi Nestorius sait qu’il est exclu de la communion des prêtres de l’Église catholique » (IIIè session)

Saint Pierre Chrysologue (vers 380-450/451) :

« Nous vous exhortons, vénérable frère, à vous soumettre en toute chose à ce qu’a écrit le bienheureux Evêque de Rome, car saint Pierre, qui vit et préside en son siège, communique la vraie foi à ceux qui la cherchent. Pour notre part, pour l’amour de la paix et le bien de la vraie foi, nous ne pouvons pas juger des questions de doctrine sans le consentement de l’Evêque de Rome. » (Lettre à Eutyché ; in : Lettres de saint Léon, XXV, édition Ballerin)

Saint Léon le Grand (vers 395-461) laissait entendre que saint Pierre vivait et enseignait par la bouche de ses successeurs :

« Le bienheureux Pierre, conservant toujours cette consistance de pierre qu’il a reçue, n’a pas abandonné le gouvernail de l’Église […]. Si donc nous faisons, quelque chose de bon, si nous pénétrons avec justesse dans les questions, si quelque chose est gagné de la miséricorde de Dieu par nos supplications quotidiennes, c’est l’œuvre, c’est le mérite de celui dont la puissance vit et dont l’autorité commande dans son Siège […] À celui qu’ils savent non seulement être le maître de ce Siège, mais aussi le primat de tous les évêques. Qui par conséquent […] croient qu’il parle par son représentant que nous sommes. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitres 3 et 4 [442])

Pierre et ses successeurs étaient, assurés d’une rectitude doctrinale inébranlable :

« Le messie est annoncé comme devant être la pierre choisie, angulaire, fondamentale (Isaïe XXVIII, 16) », C’est donc son propre nom que Jésus donne à Simon, comme s’il luidisait: «Je suis la pierre inviolable, la pierre angulaire, qui réunit en un deux choses; je suis le fondement auquel nul n’en peut substituer un autre; mais toi aussi, tu es pierre, car ma force devient le principe de ta solidité, en sorte que ce qui m’était propre et personnel à ma puissance, te devient commun avec moi par participation. » (Sermon 4 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat)

Donc le Christ est la Pierre et il communique cette dignité à son Apôtre.

Ce pape dit encore :

« Au cours de tant de siècles, aucune hérésie ne pouvait souiller ceux qui étaient assis sur la chaire de Pierre, car c’est le Saint-Esprit qui les enseigne » (Sermon 98).

Les Pères du concile de Chalcédoine (451) déclarèrent formellement au sujet de saint Léon :

« Dieu, dans sa providence, s’est choisi, dans la personne du pontife romain un athlète invincible, impénétrable à toute erreur, lequel vient d’exposer la vérité avec la dernière évidence. »

Lors du même concile, Paschasinus déclara à sa IIIème session :

« C’est pourquoi le très-saint archevêque de Rome, Léon, par nous et par le présent concile, avec l’apôtre saint Pierre, qui est la pierre et la base de l’Eglise catholique et le fondement de la foi orthodoxe, l’a dépouillé de la dignité épiscopale et de tout ministère sacerdotal. »

Décret gélasien (496) :

« Nous avons considéré qu’il faut annoncer que bien que toutes les Eglises catholiques se répandent à travers le monde comprennent une chambre nuptiale du Christ, néanmoins, La sainte romaine n’est pas placée devant les autres églises par des édits de synodes, mais elle a la primauté de par la parole évangélique du Seigneur et Sauveur disant : ‘Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront pas‘À cela s’est ajouté également la compagnie du très bienheureux Paul, le vase d’élection : ce n’est pas un autre moment, comme le disent sottement les hérétiques, mais au même moment, le même jour, par une mort glorieuse avec saint Pierre, qu’il a été couronné en combattant, dans la Ville de Rome, sous l’empereur Néron : et de la même manière ils ont consacré au Christ l’église romaine susdite, et par leur présence et triomphe vénérable ils l’ont placée avant toutes les autres villes dans le monde entier. Le premier siège de l’apôtre Pierre est donc l’église romaine qui n’a ni tache, ni ride, ni rien de semblable [Ephésiens V, 27]. […] Et bien que personne ne puisse poser d’autre fondement que celui qui a été posé et qui est Jésus Christ (voir 1Co 3,11), l’Eglise sainte, c’est-à-dire l’Eglise romaine, n’interdit pas que pour son édification, outre les Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testament que nous recevons selon la règle, soient reçus également ces autres écrits, à savoir : […] » (Lettre décrétale sur les livres à recevoir ou à ne pas recevoir, aussi nommée Décret de Gélase ou Décret gélasien, III et IV, DS 350, 351 et 352)

Ce document est intitulé Décret Gélasien est traditionnellement daté de 496, mais cette date doit peut-être être repoussée jusqu’en 523, année de la mort du Pape saint Hormisdas. Nous ne connaissons pas son auteur. Toutefois, on consultera avec fruits l’étude du Père Albert DUFOURCQ intitulée Vues nouvelles sur le décret gélasien et sur le pape Damase (Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Année 1909, 53-11, pp. 820-825) en cliquant ici. Ce document anonyme n’a donc sans doute pas l’autorité du Pape saint Gélase, toutefois il doit quand même refléter la doctrine générale de l’époque de sa rédaction. Dans le cas contraire son auteur n’aurait jamais pu songer à l’écrire et encore moins à le mettre sous le nom de Gélase. Et quand même l’aurait-il fait, jamais il n’aurait obtenu aussi vite une autorité aussi grande, surtout en lui reconnaissant une origine papale.

Saint Hormisdas Ier (450-523), Pape envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui dècheraient l’Orient – le 1er août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi juste et de ne s’écarter d’aucune façon des décrets des pères. Et parce qu’il n’est pas possible de négliger la parole de notre Seigneur Jésus Christ qui dit :  » Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise  » Mt 16,18, ce qui a été dit est prouvé par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du Siège apostolique [autre version du texte: c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. Ne voulant donc nous séparer d’aucune façon de cette espérance et de cette foi, et suivant en toutes choses ce qu’ont décrété les pères, nous anathématisons tous les hérétiques, et principalement l’hérétique Nestorius qui fut jadis évêque de la ville de Constantinople, condamné au concile d’Ephèse par Célestin, le pape de la ville de Rome, et par saint (l’homme vénérable) Cyrille, l’évêque de la ville d’Alexandrie ; avec celui-ci (de même)nous anathématisons Eutychès et Dioscore d’Alexandrie, condamnés au saint synode de Chalcédoine que nous suivons et embrassons ( qui, suivant le saint concile de Nicée, a proclamé la foi apostolique). Nous y ajoutons (nous exécrons également) le criminel Timothée, surnommé Aelure, ainsi que son disciple et partisan en toutes choses Pierre d’Alexandrie ; et de même nous condamnons (également) et nous anathématisons Acace, jadis évêque de Constantinople, condamné par le Siège apostolique, leur complice et partisan, et ceux qui sont restés en communion avec eux ; car (Acace), s’étant joint à leur communion, a mérité la même sentence de condamnation. De même nous condamnons Pierre d’Antioche avec tous ceux qui l’ont suivi et les partisans de ceux qui ont été mentionnés plus haut. (Mais) c’est pourquoi nous recevons et approuvons toutes les lettres du bienheureux pape Léon, qu’il a écrites touchant la religion chrétienne. Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère (donc) mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie (et parfaite) la solidité de la religion chrétienne ; nous promettons (je promets) aussi que (à l’avenir) les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Eglise catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. (Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés.) Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise (envoyée) à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome. »

Plus tard, le Pape Adrien II fit souscrire à ça texte tous les Pères grecs et latins lors du IVème concile de Constantinople (10e session du 28 février 870).

Les Pères du Concile Vatican I – qui défini le dogme de l’infaillibilité pontificale – commentèrent ce texte comme il suit. Ils dirent de l’affirmation selon laquelle la promesse du Christ « s’est vérifié dans les faits » dans le siège de Rome :

« Ceci doit être entendu non seulement comme un simple fait (facto) mais aussi comme un droit (jure) constant et immuable, en [vertu] des paroles du Christ [« Tu es Pierre etc.»], qui demeurent immuables. Aussi longtemps que durera la pierre sur laquelle le Christ fonda l’Église, aussi longtemps la religion catholique et la doctrine sainte seront gardées immaculées dans le Siège apostolique, et ce de par le droit divin. […][L’infaillibilité pontificale] est parfaitement contenue dans le Formulaire d’Hormisdas (avec l’ajout d’Adrien II), qui dit: en vertu des paroles du Christ «Tu es Pierre etc.,», dans le Siège apostolique, c’est-à-dire par Pierre et par ceux qui lui succèdent en cette chaire, la religion et la doctrine ont toujours été gardées immaculées, et comme cela a été montré plus haut), de droit divin, elles seront toujours gardées [à l’avenir]. Ceci équivaut certainement à la proposition qui dit: les évêques romains qui occupent le Siège de Pierre sont, par rapport à la religion et à la doctrine, immunisés contre l’erreur » (Relatio de observationibus Reverendissimorum concilii Patrum in schema de romani pontificis primatu, in: Gerardus SCHNEEMANN, Acta et decreta sacrosancti oecumenici concilii Vaticani cum permultis aliis documentis concilium ejusque historiam spectantibus, Freiburg 1892, col. 281 – 284).

Finalement, Vatican I intégra une citation abrégée du Formulaire au chapitre 4 de Pastor aeternus, contenant la définition du dogme de l’Infaillibilité pontificale :

« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Matthieu XVI,18); ce qui a été dit et prouvé par les faits; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique et la doctrine catholique toujours professée dans sa sainteté (…) Nous espérons mériter de rester dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie, la solidité de la religion chrétienne. »

Saint Agathon et le IIIè concile de Constantinople (680-681) :

A l’occasion du IIIè concile de Constantinople (680-681), le Pape saint Agathon envoya deux lettres aux empereurs. Nous lisons, entre autres, dans la première lettre :

« Que Votre Clémence considère donc cet avertissement de Notre-Seigneur et Sauveur, l’auteur de notre foi : en promettant à saint Pierre que sa foi ne défaillirait pas, il l’engagea à confirmer ses frères. Tout le monde sait bien que les pontifes du siège apostolique, ceux qui ont précédé mon humble personne, ont réalisé cette tache sans douter de cette parole. » (Lettre 1 Consideranti mihi aux empereurs, PL, 87/1168-1169)

Puis :

« Saint Pierre a reçu du Rédempteur lui-même par une triple recommandation qui lui en a été faite, la charge de paître les brebis spirituelles qui composent son Eglise ; et c’est grâce à l’appui qu’il continue de lui prêter, que cette Eglise apostolique n’a jamais déviée par une erreur quelconque de la voie de la vérité ; aussi, de tout temps, toute l’Eglise catholique et les conciles généraux ont-ils fidèlement adhéré à son autorité comme à celle du prince de tous les apôtres, s’attachant à la suivre en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres […] Que votre auguste clémence veuille donc bien considérer que le maître et le Sauveur de tous, qui est l’auteur de la foi, et qui a promis que la foi de Pierre ne défaillira jamais, l’a averti d’affermir ses frères : charge dont se sont acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait, les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs ; et quoique bien inférieur à leurs mérites je veux, puisque la grâce divine m’a appelé à leur succéder, m’acquitter à leur exemple de ce même ministère. » (Lettre 1 Consideranti mihi aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 et suivants)

Et dans la seconde, signée des cent-vingt-cinq Évêques d’un concile tenu à Rome :

« Nous croyons que Dieu fera à votre trône, qu’il a élevé lui-même, la faveur si rare, et qui est le privilège du très-petit nombre, d’être le moyen dont il se servira pour faire briller aux yeux de tous la lumière de la foi catholique et apostolique, qui, ayant pour principe la source même de la vraie lumière dont elle est comme le rayon, nous a été transmise par le ministère des princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par les hommes apostoliques leurs disciples et leurs successeurs, et est parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à notre médiocrité, sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer, et Dieu veuille bénir les efforts que fait votre autorité providentielle pour la conserver toujours inaltérable ! Tel a été aussi l’objet constant de la sollicitude du siège apostolique, et de tant de pontifes auxquels nous succédons malgré notre indignité. » (Lettre 3 Omnium bonorum spes aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682)

Le pape évoque « les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs » comme s’étant « acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait » à affermir leurs frères selon les paroles du Sauveur. Il est enfin question de la saine doctrine « parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à [saint Agathon], sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer ». Aussi si tous se sont acquittés de cette tache, cela signifie qu’aucun n’a failli.

Cela signifie que les propos de saint Léon le Grand et saint Hormisdas que nous avons cité, se trouvent ainsi « validés » en tant que tels par ces lettres.

Par la suite, le 15 novembre 680, lors de la 4è session du IIIè concile de Constantinople (680-681) réunissant surtout des évêques Orientaux, une lecture fut donnée de la première lettre (PL, 87/1168-1169 et MANSI, 11/239-254). Puis, lors de la 18è session, le 16 septembre 681, ce fut au tour de la seconde lettre lue en public et les Pères du concile l’approuvèrent et l’insérèrent dans les actes du concile. Ils déclarèrent :

« C’est le souverain prince des apôtres qui a agi de concert avec nous. Nous avons eu, pour nous aider, le pape qui dans ses lettres déclare le mystère de la vérité divine et sacrée. Rome, cette ville antique, nous a transmis la profession de foi que Dieu avait dictée à saint Pierre. La feuille sur laquelle fut inscrit le dogme a honoré la fin de ce jour ; sur cette feuille on voyait de l’encre, mais c’est réalité c’est saint Pierre qui parlait au travers du pape Agathon. […] C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. […] Tous unis sous l’inspiration du Saint Esprit, tous d’accord et tous du même avis, acquiesçant tous aux lettres de Notre Très Saint Père et Souverain pontife le pape Agathon a envoyées à Votre Puissance [ndlr : les empereurs], reconnaissant la sainte décision du concile qui dépend de lui et qui rassemble cent-vingt-cinq prélats, etc. » (MANSI, 11/666, 684 et 686)

Le déroulé des événements est décrit dans cet article.

Le concile donc, fait non seulement sienne la doctrine de l’infaillibilité Papale de droit et de la perfection de fait de l’enseignement des Papes précédents, ce qui implique l’approbation de ce que nous avons cité des Papes, mais en plus, dans son approbation, le concile identifie lui-même la promesse faite par le Christ a saint Pierre d’être le rocher de l’Église, à l’exercice de l’épiscopat romain : « C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi ».

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tous ceux qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres et approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté (aussi bien son existence en tant que dogme apostolique que la réponse à l’argument que les anti-romains pensent pouvoir tirer de ce même concile contre la Papauté, à travers le cas d’Honorius), le Filioque et le célibat sacerdotal, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes antérieurs.

37 commentaires sur “Les fondements bibliques de la Papauté (1) : Matthieu XVI, 18 : le Christ fait de Pierre la pierre de fondement de son Église

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  4. Carlito
    23 janvier 2016

    Merci cher ami pour ce bel exposé!

    La Vérité triomphe toujours. Je me réjouis de ta passion de transmettre la Foi de l’Eglise, sois bénis !
    Les mots sont importants et la Foi, don de l’Esprit-Saint, vient au secours de notre faiblesse car souvent notre esprit se  » heurte » à la soif légitime de connaître la Vérité, donc beaucoup d’humilité est requis pour recevoir ce Don qui nous dépasse infiniment !

    Carlito

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  8. GK jacques
    2 février 2016

    Salut à tous! je suis poussé par le désir d’apprendre et de comprendre.Pour moi il y’a une énigme importante à résoudre. Lorsque Le Seigneur dit … »Et moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, … » comment traduire cette phrase en Anglais!? Le second pierre restera t’il en Peter ou on traduira par stone..on ne voit pas bien la nuance en français..donc cher ami je reste un peu dubitatif sur l’analyse de s’appuyer sur Pierre ou pierre pour batir l’Eglise du Christ! j’attends Votre retour avec empressement…bien à Vous

    • Ressources Catholiques
      2 février 2016

      Bonjour GK Jacques, merci de votre question.

      Comment traduire cette phrase en anglais ? De la manière suivante: « And I say to you that you are Peter, and on this rock will my church be based, and the doors of hell will not overcome it. ». Donc Pierre y est appelé « Peter » et le Christ lui dit qu’il sera le « rock » (et non la « stone ») sur laquelle il bâtira Son Église.

      En réalité, il faut se souvenir que le Christ n’a dit sa phrase ni en français, ni en anglais, ni même en grec: il l’a dite en araméen. En araméen, le mot pour dire « pierre » est « Kefa ». Aussi, le mot de Kefa n’était jamais employé comme prénom, c’est le Christ qui l’a pour la première fois employé comme cela en donnant ce mot comme nouveau nom à son Apôtre, signifiant par là qu’il serait la pierre de fondement de Son Église.

      C’est la raison pour laquelle la langue française a fait du mot « pierre » un prénom. Par ailleurs, d’autres langues ont fait de même en le modifiant un peu en raison du fait que ces langues connaissent le système linguistique des cas et des déclinaisons (en italien: pietra-Pietro, en espagnol: perda-Pedro). Par ailleurs, le prénom anglais « Peter » est une déformation du prénom français « Pierre ».

      Il faut se souvenir que pour comprendre la Bible, il faut se remettre dans le contexte linguistique original. En l’occurrence, c’est l’araméen. Et en araméen, le Christ a dit « tu es Kefa et sur cette kefa, je bâtirai mon Église ».

      Vous comprenez ?

      Amicalement,

      Nicolas.

      • GK jacques
        2 février 2016

        Merci pour la réponse très claire! Sachez je Vous écris toujours dans un esprit de compréhension pour m’édifier d’avantage…j’avais dans le temps lors d’un échange avec un évangélik buté sur ce point.Merci énormément je continue de parcourir Votre blog je sais que Vous serai constamment sollicité.Bien à Vous

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  17. Capello mariano
    10 novembre 2016

    Pierre la première pierre, tout les chrétiens qui sont venus ensuite forment l’église de christ, nous sommes appelés pierres vivantes. Jésus est le chef de l’église qui est le corps du seigneur. Nous nous prosternons devant dieu et son fils seulement.

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