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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Les fondements bibliques de la Papauté (4) : Jean XXI, 15-17 : le Christ confie à saint Pierre la charge de Son troupeau

Dossier sur la Papauté : ici

imageDieu avait prévu de toute éternité de faire de l’Apôtre Simon-Pierre, la pierre de fondement de son Église et le premier chef de celle-ci. C’est pourquoi le Christ change son nom de Simon en Céphas, ce qui veut dire Pierre en araméen dès son recrutement (Jean I, 42). Aussi, après lui avoir promis de faire de lui cette pierre de fondement suite à sa confession de foi (Matthieu XVI, 18), de lui donner les clés du Royaume des Cieux et d’en faire ainsi son intendant sur terre (Matthieu XVI, 19), et pour qu’il puisse exercer cette fonction sans risque pour la foi des chrétiens, lui avoir promis que sa foi ne défaillirait pas (Luc XXII, 32). Il lui a enfin, après sa Résurrection, donné la charge de paître tout Son troupeau et a ainsi réalisé ses promesses de Matthieu XVI, 18-19 et fit de lui effectivement le premier Pape.

Voici le plan de notre étude :

I) Preuves tirées de l’Ecriture Sainte

A) La collation du pouvoir suprême en Jean XXI, 15-17

B) Que signifie ces mots ?

C) Le Christ donne à saint Pierre le pouvoir de « gouverner » d’après le terme grec

1) Un pouvoir de « guverner » identique à celui du Christ dans l’Apocalypse

2) Un pouvoir de gouverner lié à Matthieu XVI, 19

3) Une triple injonction correspondant aux trois pouvoirs donnés à saint Pierre avec les verbes correspondant

D) Un pasteur luthérien reconnaît le parallèle entre la mission confiée par le Christ à saint Pierre à celle donnée par Moïse à Josué

II) Réponse à une objection : le Christ n’aurait dit cela que pour rétablir Pierre dans l’apostolat après son triple reniement

III) Preuves tirées de la Tradition

A) L’interprétation des Pères de l’Eglise

B) L’interprétation d’un évêque du IIè millénaire reconnu comme saint par l’église orthodoxe mais pas par l’Eglise catholique

C) Le IIIè concile de Constantinople : une preuve définitive pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes

I) Preuves tirées de l’Ecriture Sainte

A) La collation du pouvoir suprême en Jean XXI, 15-17

Cette charge, le Christ lui donne dans le passage suivant :

« Lorsqu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répondit : « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. » Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui dit une seconde fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre lui répondit : « Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime. » Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui dit pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut contristé de ce que Jésus lui demandait pour la troisième fois : « M’aimes-tu ? » et il lui répondit : « Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez bien que je vous aime. » Jésus lui dit : « Pais mes brebis. » » (Jean XXI, 15-17)

B) Que signifie ces mots ?

Avant de lui confier le soin de paître ses agneaux et ses brebis, le Christ lui demande trois fois s’il l’aime. En effet, n’oublions pas que cet Apôtre l’avait renié trois fois de bouche, par peur, même si le cœur n’y était pas (Matthieu XXVI, 69-75; Luc XXII, 54-62; Jean XVIII, 25-27). Le Christ lui fait donc expier sa faute avant de lui confier le troupeau. Il lui fait expier par trois manifestations d’amour, car comme il est écrit :

« La charité couvre la multitude des péchés » (I Pierre IV, 8) et « La charité couvre toutes les fautes » (Proverbes X, 12)

Maintenant, après avoir éprouvé Pierre, il lui confie sa mission :

« PAIS MES AGNEAUX », c’est-à-dire ceux qui croient en moi, ceux que moi, l’Agneau, j’appelle « mes agneaux » – « Voici l’ Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde » (Jean I, 29). Cela pour qu’on ne puisse pas appeler « chrétien » celui qui affirme qu’il n’est pas sous la garde de ce pasteur, c’est-à-dire de Pierre – « Un seul pasteur sera pour eux tous » (Ezéchiel XXXVII, 24). – « Et ils se donneront un seul chef » (Osée I, 11) » (Saint Thomas d’Aquin)

Il convenait que le Christ confiât cette mission à Pierre de préférence à tous les autres, lui qui, selon saint Jean Chrysostome, était « le plus remarquable des Apôtres », aussi bien porte-parole des disciples que tête du collège (collegium) (In Ioannem hom., LXXXVIII, 1, PG 59, col. 478.)

De même que dans notre article sur Matthieu XVI, 18 et celui sur Luc XXII, 32, nous laisserons la parole à Dom Prosper GUÉRANGER, OSB, Abbé de Solesmes :

« En saint Jean, chapitre XXI, Jésus-Christ, en présence de ses apôtres, demande à saint Pierre l’assurance de son amour. Par deux fois il lui dit : « Pais mes agneaux, » et une dernière fois : « Pais mes brebis. » La conversion de Pierre avait eu lieu, le Sauveur sous peu de jours allait quitter la terre, le moment était venu d’établir dans ses fonctions celui que Jésus avait annoncé, lorsque parlant de son Église, il avait dit : « Il n’y aura qu’une seule bergerie et un seul Pasteur. » [Jean X, 16] De même qu’il avait admis Simon fils de Jean en participation de sa qualité divine de Pierre, ainsi, après s’être lui-même représenté sous le nom et les traits d’un Pasteur [Jean XI, 14], il lui conférait ce même titre sur le troupeau tout entier, sur les agneaux et sur les brebis. Il est d’autres Pasteurs qui paissent le troupeau, mais Pierre est le Pasteur des Pasteurs, et par là, l’unité est dans la bergerie. […]

La première charge du Pasteur est d’enseigner le troupeau ; car le troupeau ne peut vivre que de la vérité. Si le Pasteur qui paît les agneaux et les brebis au nom du Maître, enseignait l’erreur, ou il pervertirait les agneaux et les brebis qui sont sous sa garde, et le troupeau périrait ; ou les brebis repousseraient le Pasteur, et l’unité ne serait plus dans la bergerie. Or, les promesses de Jésus-Christ nous assurent que ni l’un ni l’autre de ces malheurs n’est possible, puisqu’il s’ensuivrait le renversement de l’Église ; il faut donc conclure que le Pontife romain, par cela même qu’il est le Pasteur universel, jouit de l’infaillibilité personnelle dans la doctrine. » (De la Monarchie Pontificale, 2è édition, 1870, pp. 144-145)

Vous vous demandez peut-être pourquoi le Christ parle d’abord d’agneaux et ensuite de brebis. Le Christ signifie par là qu’il confie à saint Pierre l’intégralité de Son troupeau: les agneaux signifient les fidèles et les brebis signifient les évêques et les prêtres. En effet, les brebis sont celles qui mettent au monde et qui nourrissent les agneaux, de même, les évêques et les prêtres, par les moyens de la prédication et des sacrements, enfantent les fidèles à Dieu et les nourrissent spirituellement.

C) Le Christ donne à saint Pierre le pouvoir de « gouverner » d’après le terme grec

1) Un pouvoir de « guverner » identique à celui du Christ dans l’Apocalypse

Mais le fait majeur, c’est que quand Jésus dit ‘Pais mes agneaux, Pais mes brebis, Pais mes brebis’ , le deuxième verbe de ces trois ordres du Christ est le mot grec ‘poimaine’. Beaucoup de Bibles traduisent les trois verbes de la même façon : ‘pais’ ; mais en fait, le deuxième verbe diffère vraiment du premier et du troisième.

Jean XXI,15-17 – « Il lui dit : Pais [Βόσκε : boskè] mes agneaux… Il lui dit : Dirige [Ποίμαινε : poïmaïne] mes brebis… Jésus lui dit : Nourris [Βόσκε : boskè] mes brebis »

Dans le premier et le troisième ordres que Jésus donne à St Pierre à propos de Son troupeau, le verbe grec est ‘boske’ ; qui veut dire ‘nourrir, paître’. Mais le verbe ‘poimaine’, le deuxième ordre de Jésus à Pierre, signifie ‘diriger, gouverner’. On peut aussi le traduire par ‘s’occuper de’. Ainsi, Jésus n’ordonna pas seulement à Pierre de nourrir Son Eglise : il doit la diriger. C’est fascinant de voir qu’une forme similaire au verbe ‘poimaine’ – que Jésus utilisa dans Jean XXI, 16 pour décrire l’autorité de Pierre sur le troupeau – est également utilisée dans l’Apocalypse :

« Et à celui qui vaincra et qui gardera jusqu’à la fin mes œuvres, je lui donnerai pouvoir sur les nations ; il les gouvernera [ποιμανεῖ : poïmaneï] avec un sceptre de fer, ainsi que l’on brise les vases d’argile » (Apocalypse II, 26-27)

« Or, elle donna le jour à un enfant mâle, qui doit gouverner [ποιμαίνειν : poïmaïneïn] toutes les nations avec un sceptre de fer ; et son enfant fût enlevé auprès de Dieu et auprès de son trône, » (Apocalypse XII, 5)

Ça signifie que Pierre a non seulement la primauté sur le troupeau du Christ, mais une primauté de juridiction pour gouverner le troupeau.

2) Un pouvoir de gouverner lié à Matthieu XVI, 19

Lorsque l’Apocalypse nous montre le gouvernement du Christ, elle dit aussi :

« Ecris encore à l’ange de l’Eglise de Philadelphie : Voici ce que dit le saint, le Véritable, Celui qui a la clef de David, Celui qui ouvre et personne ne ferme, qui ferme et personne n’ouvre » (Apocalypse III, 7)

Or le Christ confie cette clé à Pierre en Matthieu XVI, 19 !

Il y a donc un un lien entre le pouvoir donné par le Christ à saint Pierre en Matthieu XVI, 19 et le pouvoir des clés de David exercé par le Christ lui-même dans l’Apocalypse. Or le Christ souverain de l’Apocalypse, non seulement exerce le pouvoir des clés de David, mais aussi « gouverne » d’après le même verbe employé en Jean XXI, 16, prononcé à l’intention du même saint Pierre.

Nous avons là une preuve qu’en Jean XXI, 15-17, le Chist fait à saint Pierre la promesse de lui remettre la réalité du pouvoir sur son royaume qu’est l’Eglise, comme à un « vicaire » comme dit l’Eglise catholique, c’est-à-dire comme « remplaçant », « tenant la place de », « celui qui exerce en second les fonctions attachées à un office ».

3) Une triple injonction correspondant aux trois pouvoirs donnés à saint Pierre avec les verbes correspondant

Cela correspond aux trois fonctions que le Christ donna à son Église, donc aux Apôtres et particulièrement à saint Pierre leur chef, et à tous les Papes par la suite:

  • enseigner et préserver la vraie doctrine, c’est à dire nourrir par la parole. Nourrir est l’une des fonctions de celui qui doit paître.
  • diriger l’Église par la discipline
  • la sanctification par les prières, la messe, les sacrements etc. C’est une autre nourriture.

En effet, enseigner la doctrine et administrer les sacrement correspond à nourrir les âmes des chrétiens, tandis ce que la direction matérielle de l’Eglise relève du gouvernement.

D) Un pasteur luthérien reconnaît le parallèle entre la mission confiée par le Christ à saint Pierre à celle donnée par Moïse à Josué

Cette exégèse catholique est rejointe par celle d’un non-catholique qui en est venu à reconnaître l’évidence. Il s’agit de Roger David AUS, pasteur de l’Église évangélique Luthérienne d’Amérique, membre de la Société de la Littérature Biblique et de la Société des Études du Nouveau Testament. Il pense que Jean XXI, 15-17 nous montre que la mission donnée par le Christr à saint Pierre est la réalisation du type vétérotestamentaire de celle confiée par Moïse (lui-même type du Christ) à Josué. Il expose cela dans son livre intitulée Simon Peter’s Denial and Jesus’ Commissioning Him as His Successor in John 21: 15-19 (2013). Il y démontre comment Josué dans l’Ancien Testament, qui fut à le tête des Hébreux entrant en Canaan, commissionné par Moïse, était un archétype de Pierre, commissionné par le Christ pour paître son troupeau jusqu’au Royaume des Cieux. Je vous invite à lire le livre en entier si vous comprenez l’anglais, mais en voici d’ores et déjà quelques morceaux traduits:

« Simon Pierre reçut de lui [le Christ] la commission de paître/nourrir spirituellement les membres de la communauté Chrétienne. Cela n’est pas une commission pour missionner, ce que Pierre fera plus tard (comme dans Actes 12:9, voir 1 Cor 9:5 et Gal 2:8). Plutôt, Simon Pierre reçoit ici une commission autoritaire d’être le leader spirituel de quiconque dans la communauté Chrétienne, du nouveau converti ou baptisé (les agneaux), des jeunes membres en passant par les matures, qui sont nés et ont grandi comme Chrétiens. Josué reçut une commission du grand berger d’Israël, Moïse, faisant que par son autorité sur eux ‘‘l’assemblée du Seigneur ne sera pas semblable à une brebis sans berger”. Cela produit la part d’autorité que Josué reçoit de Moïse. De la même manière Jésus, le Bon Berger de Jean 10, accorde à Simon Pierre en 21:15-17 l’autorité d’être son successeur dans l’entretien nourricier de la communauté Chrétienne. Il est leur leader spirituel, les nourrissant dans la foi. […]

Les Chrétiens Juifs Palestiniens, aussi bien que beaucoup de Chrétiens Juifs hellénistiques ressentaient les échos en Jean 21:15-19 des traditions judaïques bien connues de passation avec la commission de Moïse à son disciples Josué pour être son successeur, le nouveau berger d’Israël, juste avant qu’il ne meure. Ces traditions furent basés sur Nombres 27:12-23, Cantique 1:7-8 et Osée 11:1 […]

Comme souligné auparavant, Moïse était considéré comme le premier rédempteur d’Israël dans la tradition Judaïque. Le grand et dernier rédempteur devait être le Messie. Cette typologie fait qu’il était facile pour les Chrétiens Juifs Palestiniens d’emprunter les motifs et les expressions exactes de la succession de Moïse relative à son autorité juste avant qu’il ne meure à son disciple Josué, pour les appliquer à la transmission de l’autorité de Jésus le Bon Berger à son successeur Simon Pierre juste avant qu’il ne disparaisse finalement devant son ses premiers témoins de sa Résurrection. Tout comme Josué devait guider les Israélites ‘‘de sorte que l’assemblée du Seigneur ne soit pas semblable à une brebis sans berger’’ [Nombres XXVII, 17], maintenant Simon Pierre devrait devenir ‘‘le’’ berger de la communauté Chrétienne. Comme leader, il devra la guider et protéger ses membres, incluant les plus jeunes, ceux au meilleur de la vie et les plus vieux. »

II) Réponse à une objection : le Christ n’aurait dit cela que pour rétablir Pierre dans l’apostolat après son triple reniement

Les adversaires de la Papauté rétorquent que cette triple demande de pardon, suivie de la triple remise du troupeau, n’avait aucun autre but que de rétablir saint Pierre dans sa pleine charge d’apôtre, par suite de son triple reniement.

La vérité est que s’il est évident que ce triple pardon fait suite au triple reniement, car ce dernier devait être lavé, il est en revanche faux que cela eut comme unique but de rétablir Pierre dans l’apostolat. En effet, si cela n’avait pas eu d’autre but, alors il y aurait eu une scène identique pour tous les apôtres, car tous les apôtres ont apostasié ! En effet, le Christ leur avait explicitement prophétisé à plusieurs reprises qu’Il souffrirait, mourrait, mais ressusciterait le troisième jour (Matthieu XVI, 21 ; XVII, 7-9 ; XX, 17-19 ; Marc VIII, 31 ; IX, 31 ; X, 33-34). Et pourtant, dès la Passion passée, et jusqu’à ce que Jésus ne se manifeste à eux après sa Résurrection, ils avaient tous perdu la foi ! Même lorsque les saintes femmes vinrent leur dire qu’Il n’était plus au tombeau, ils ne voulurent pas les croire (Matthieu XXVIII, 1-10 ; Marc XVI, 11 ; Luc XXIV, 11) ! Il fallut que saint Pierre et saint Jean se rendent sur place pour constater le fait et en témoignent aux autres pour les en convaincre (Luc XXIV, 12 ; Jean XX, 1-10) ! Dans une apparition du même jour, le Christ leur reprocha leur incrédulité (Marc XVI, 14) ! Mais lorsque ces deux apôtres firent leur rapport, saint Thomas était absent, aussi lorsque les Dix restant lui rapportèrent la Résurrection, il ne les crut pas, affirmant : « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt à la place des clous, et ma main dans son côté, je ne croirai point » (Jean XX, 24-25) ! Et lorsque Jésus lui apparut, Il le tança de son manque de foi, lorsqu’il refusa de voir sans croire, même au témoignage de tous les autres apôtres (Jean XX, 19-31) !

Ainsi, si la scène de Jean XXI, 15-17 n’avait pas d’autre but que de rétablir saint Pierre dans l’apostolat, alors cela Jésus aurait soumis tous les autres apôtres, surtout saint Thomas, à une pareille pénitence. Ainsi donc, cela signifie qu’il y a quelque chose de plus que le simple rétablissement de l’apostolat : la collation de l’Autorité universelle !

III) Preuves tirées de la Tradition

A) L’interprétation des Pères de l’Eglise

Eusèbe d’Émèse (vers 300-avant 359)

C’est ce qu’exprime avec tant de vérité cet ancien évêque pourtant hérétique, prouvant ainsi l’antiquité de cette doctrine :

« Le Christ, dit-il, confie d’abord à Pierre les agneaux, puis les brebis, parce qu’il ne le fait pas seulement Pasteur, mais Pasteur des Pasteurs. Pierre paît donc les agneaux et il paît aussi les brebis ; il paît les petits et il paît les mères ; il gouverne les sujets et ceux qui leur commandent. Il est donc le Pasteur de tous ; car après les agneaux et les brebis, il n’y a plus rien dans l’Église. » (Homil. in Vigilia SS. Apost. — Biblioth. PP. Lugd. Tom. VI, pag. 794.)

Saint Ambroise de Milan (vers 340-397) 

« Le Seigneur… l’a choisi comme étant le pasteur du troupeau du Seigneur. Car Il lui a dit : et toi, quand tu seras converti, confirme tes frères [Luc XXII, 32]. » (Commentaire du psaume 43, 40, PL 14, 1163)

L’Ambrosiaster

Cet auteur anonyme évoque l’incident d’Antioche sans remettre en cause l’autorité de saint Pierre sur toutes les Eglises qu’au contraire il affirme :

« Il est bien vrai qu’il [saint Paul] devait être bien angoissé en voyant Pierre ; pour lui qui était le premier parmi les apôtres, et fut délégué par le Sauveur aux soins des Églises. » (Commentaire sur l’Épître aux Galates, PL 17, 369)

Saint Optat de Milève (mort vers 397)

Cet évêque, cité par saint Augustin aux côtés d’hommes disparus depuis longtemps, cet évêque « de vénérable mémoire » apparaît comme l’égal d’Ambroise de Milan, entend désigner avec cette prérogative de la chaire la note d’apostolicité, qui se trouve chez tous ceux qui sont en communion avec cette chaire, où réside la source et l’origine du pouvoir apostolique. Il met cela en lien avec son triple pardon en disant que c’est à ce moment là que Pierre devint chef :

« Pour le bien de l’unité, le béni Pierre, pour qui il aura suffi que, après son reniement, il n’eût obtenu que le pardon, pour mériter d’être préféré à tous les Apôtres, et seul il a reçu les clefs du Royaume des Cieux pour les communiquer aux autres. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, VII, 3, PL 11, 1087)

Saint Jean Chrysostome (vers 346-407)

« Et ce Fils lui-même, pourquoi a-t-il versé jusqu’à la dernière goutte de son sang? si ce n’est pour racheter les brebis qu’il a remises aux mains de Pierre et de ses successeurs. Jésus-Christ disait encore : Quel est le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi pour gouverner sa maison? (Matth. XXIV, 45.) Voilà encore des paroles qui ont l’apparence du doute; mais celui qui les prononçait ne doutait pas davantage en les prononçant, que lorsqu’il demandait à Pierre s’il l’aimait, moins pour s’assurer de son amour que pour montrer la grandeur du sien. De même ici quand il demande : Quel est le serviteur fidèle et prudent? Jésus-Christ le connaît assez: seulement il veut nous montrer la rareté de tels serviteurs et la grandeur de leur ministère. Qu’on en juge par la grandeur de la récompense qu’il leur destine : Je vous dis en vérité qu’il l’établira sur tous ses biens. (Matth. XXIV, 47.) Soutiendras-tu maintenant que ce n’est pas pour ton bien que je t’ai trompé ? Toi qui vas être préposé au gouvernement des biens de Dieu, charge qui a valu à saint Pierre sa puissance et sa haute prééminence sur le reste des apôtres, selon cette parole : Pierre, dit le Seigneur, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? pais mes brebis. (Jean XXI, 15.) Il aurait pu dire : si tu m’aimes, jeûne, couche sur la dure, veille sans cesse, protège les opprimés, sois le père des orphelins, le défenseur de la veuve ; mais non: laissant là toutes ces oeuvres, que dit-il? Pais mes brebis. » (Du sacerdoce, II, 1-2, PG 48, 631-633)

« Dieu seul peut accorder la rémission des péchés et décider qu’à l’avenir son Église demeure stable au milieu de l’assaut et du déchaînement de tant de flots si violents, tandis que son pasteur et son chef, un pêcheur et un inconnu aux yeux de l’univers, serait vainqueur dans le combat que lui livrerait la terre entière en lui opposant une résistance plus solide que l’acier. Voilà toutes les assurances que le Christ promet de donner, et ce sont des gages que Dieu seul peut offrir. […] C’est lui », c’est-à-dire saint Pierre, « que le Christ a établi à la tête de tout l’univers. » (Homilia 54 (alias 55) in Matthæi Evangelium, § 2 sur Mt, 16 / 18 – PG, 58 / 534)

« Jésus lui dit : Paissez mes agneaux’ ». Et pourquoi Jésus-Christ, laissant là les autres apôtres, parle-t-il à Pierre seul de ce soin et de cet amour ? Entre les apôtres, Pierre était le plus grand et le plus éminent; il était la langue et le chef du collège…son renoncement était effacée : c’est pourquoi il lui confie le gouvernement de ses frères, et il ne lui rappelle, il ne lui reproche point son renoncement, mais il lui dit : Si vous m’aimez , recevez le gouvernement de vos frères. […] Le Christ dit à saint Pierre : Suis-moi, et par ces mots il lui indique la charge qu’il lui donne et lui montre l’amour plus intime qu’il a pour lui. Et si l’on hésite à admettre cette explication, en demandant comment il se fait que saint Jacques ait reçu le siège de Jérusalem, je réponds que c’est saint Pierre qui a été établi comme le maître à la tête de tout l’univers. […] Car le Seigneur avait confié à saint Pierre de grandes responsabilités, il lui avait commandé de prendre soin de tout l’univers, il lui avait prédit son martyre et il l’avait désigné comme étant supérieur aux autres » (Commentaire sur l’Evangile selon St Jean, 88 (alias 87), 1, Saint Jean Chrysostome — Oeuvres complètes ; sous la direction de M. Jeannin , L. Guérin & Ce, Éditeurs 1865, Tome 8, Chapitre 88 , page 553, PG 59, 478 à 480)

Saint Augustin (354-430)

Le saint évêque d’Hippone parle de la mission confiée à Pierre de paître le troupeau, et la rattache explicitement au « chaire de Pierre », c’est-à-dire le siège romain :

« Je passe d’abord sous silence cette sagesse sincère et véritable dont la connaissance n’est possible en cette vie qu’à un petit nombre d’hommes spirituels ; les autres n’en connaissent que les éléments les plus simples, mais du moins cette connaissance n’est accompagnée d’aucune hésitation ; ce qui leur donne cette heureuse assurance, ce n’est pas, la vivacité de leur compréhension, mais la simplicité de leur foi. Je garderai donc le silence sur cette sagesse, dont vous niez la présence dans l’Eglise catholique; j’y consens d’autant plus volontiers que je trouve assez d’autres garanties qui me retiennent dans son sein. Ce qui me frappe d’abord, c’est le consentement unanime des nations et des peuples; c’est le spectacle d’une autorité engendrée par les miracles, nourrie par l’espérance, augmentée par la charité, affermie par la durée. Ce qui, me frappe encore, c’est la chaire de Pierre à qui le Seigneur, après la résurrection, a confié le soin de paître ses brebis, c’est aussi cette imposante succession du sacerdoce, couronnée par l’épiscopat qui découle directement du pontificat lui-même.» (Réfutation de l’épître manichéenne appelée Fondamentale, IV)

Par ailleurs Saint Augustin compare la faute de saint Pierre avec les judaïsants à la faute de saint Cyprien dans la querelle des rebaptisants sans remettre en cause la foi et la primauté de Pierre, en disant que « cette primauté de l’apostolat conférait à saint Pierre une prééminence réelle sur tout l’épiscopat ». Et en déduit qu’on ne doit pas s’offusquer de la critique contre saint Cyprien. Ce dernier étant le premier de apôtres pouvant pécher, à plus forte raison saint Cyprien :

« Or, si saint Pierre, contre la règle de la vérité formulée depuis par l’Eglise, a pu vouloir contraindre les Gentils à judaïser, comment ne pas admettre que Cyprien, contrairement à la règle de la vérité, formulée plus tard par l’Eglise, n’a pu vouloir contraindre les hérétiques et les schismatiques à recevoir une seconde fois le baptême ? Je pense que l’évêque Cyprien ne doit pas être blessé de se voir comparé à l’apôtre saint Pierre, quant à ce qui regarde la couronne du martyre. Bien plutôt je dois craindre de paraître injurieux à l’égard de saint Pierre. En effet, qui pourrait ignorer que cette primauté de l’apostolat conférait à saint Pierre une prééminence réelle sur tout l’épiscopat ? » (Du baptême, contre les donatistes, II, 1, 2)

Saint Léon le Grand (440-461)

« Seul saint Pierre est choisi dans le monde entier, pour être mis à la tête de toutes les nations qui seront  appelées à la foi, pour être établi le chef de tous les apôtres et de tous les pères de l’Église. De la sorte, bien que le peuple de Dieu comprenne bien des prêtres et bien des pasteurs, c’est cependant saint Pierre qui les gouverne tous, comme ceux dont le Christ est le chef, et qu’il gouverne lui aussi. Très chers, Dieu a daigné attribuer à cet homme une destinée grande et admirable en l’admettant à partager sa puissance, et si Dieu a voulu que les autres chefs partagent avec lui quelque prérogative, il n’accorde jamais que par l’entremise de saint Pierre ce qu’il ne leur refuse pas. » (Sermon 3 (alias 4) pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat – PL, 54 / 149-150)

« Les préceptes de Dieu et les avertissements de l’Apôtre nous incitent à surveiller attentivement l’état de toutes les Églises ; et, s’il faut trouver quelque chose à blâmer, à rappeler les hommes avec diligence […] Car, dans la mesure où nous sommes avertis par l’ordre du Seigneur lui-même, par lequel le bienheureux Apôtre Pierre a reçu trois fois l’injonction mystique répétée de faire paître les brebis du Christ par celui qui aime le Christ, nous sommes contraints par le respect pour ce Siège qui, par la grâce divine, nous revient […] il [Pierre], par notre intermédiaire, nourrit le troupeau si souvent recommandé. » (Lettre XVI aux Evêques de Sicile)

Pélage II (520-590)

« Vous savez que le Seigneur dit dans l’Evangile : ‘Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment ; mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères !’ [Luc XXII, 31-32]. Considérez que la Vérité n’a pas pu mentir, et que la foi de Pierre ne pourra pas être ébranlée ou changée pour toujours. Car, bien que le diable ait voulu tamiser tous les disciples, le Seigneur témoigne Lui-même qu’Il a sollicité Pierre seul, et a souhaité que les autres soient confirmés par lui; et à Pierre il confia aussi la charge de ‘paître les agneaux’ [Jean XXI, 15]; et à lui aussi le Seigneur remis les ‘Clés du Royaume des Cieux’ [Matthieu XVI, 19], et sur lui Il a promis de ‘bâtir Son Eglise’ [Matthieu XVI, 18]; et Il témoigna que ‘les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle’ [Matthieu XVI, 18] » (Lettre Quod ad dilectionem adressée aux évêques schismatiques d’Istrie [585])

Saint Grégoire le Grand (vers 540-604)

« Le Christ confie à saint Pierre la charge de toute l’Eglise et le pouvoir suprême sur celle-ci, et pourtant il ne l’appelle pas apôtre universel. […] Il est clair pour tous ceux qui connaissent l’Évangile qu’à la parole du Seigneur la charge de toute l’Église a été confiée à l’apôtre saint Pierre, prince de tous les apôtres ; c’est à celui-ci qu’il est dit : « Pierre, m’aimes-tu ? ; Pais mes brebis » [Jean XXI, 15-17]. C’est à lui qu’il est dit : « Voici que Satan a cherché à vous éprouver tous comme on passe le blé au crible, et moi j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas, et lorsque tu te seras converti, confirme tes frères » [Luc XXII, 28-32]. C’est à lui qu’il est dit : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » [Matthieu XVI, 18] ; « je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; tout ce que tu auras lié sur terre sera lié dans les cieux, tout ce que tu auras délié sur terre sera délié dans les cieux » [Matthieu XVI, 19]. Voici qu’il a reçu les clefs du Royaume céleste, voici qu’on lui donne le pouvoir de lier et de délier, voici qu’on lui confie le soin de toute l’Église et le pouvoir suprême sur celle-ci. » (Lettre à l’empereur Maurice, Registre des lettres, Livre V, Lettre 20 (alias Livre 4, Lettre 32), PL, 77/746 et 748)

 

Saint Bède le Vénérable (672/673-735)

« Le Christ vit la simplicité de son cœur, l’élévation de son âme et ces qualités lui méritèrent d’être placé à la tête de toute l’Église. » (Dans son Commentaire sur ce passage de l’Évangile de saint Jean : « Et Jésus l’ayant regardé » (Jn, 1 / 42.), Homiliarum liber secundus, homélie 23 pour la fête de saint André apôtre – PL, 94 / 259)

Saint Théodore Studite (759-826)

« Au très saint et souverain Père des Pères, à mon Seigneur Léon, Pape apostolique, Théodore, très humble prêtre et higoumène de Stoudion. Puisque c’est à Pierre le grand que le Christ notre Dieu, après lui avoir donné les clés du royaume des cieux, a conféré la dignité de chef du troupeau, c’est à Pierre, c’est-à-dire à son successeur, qu’il faut soumettre toutes les nouveautés hérétiques introduites dans l’Église universelle par ceux qui s’écartent de la vérité. » (Lettres, livre Ier, 33 ; P. G., t. XCIX, col. 1017 Β : Έπειδήπερ Πέτρω τώ μεγάλω δέδωκε Χρίστος ό Θεός μετά τας κλείς της βασιλείας τών ουρανών και το της ποιμνιαρχίας αξίωμα’ προς Πέτρον ήτοι τον αύτοΰ διάδοχον ότιοΰν καινοτομούμενον έν τη Καθολίκί) ‘Εκκλησία παρά τών άποσφαλλομένων της αληθείας άναγκαϊον άναφέρεσθαι)

Saint Théodore Studite, né à Constantinople en 759, mort en exil au monastère bithynien de Saint-Tryphon, dans la presqu’île d’Acritas ou de Touzla, le 11 novembre 826, a précédé d’une génération seulement Photius, puisque ce trop célèbre fauteur du schisme oriental avait vu le jour en 820. Il y a donc un intérêt spécial à connaître ce que pensait de la primauté du Pape cet illustre moine du couvent constantinopolitain de Stoudion, qui est, on l’a écrit très justement, « une des figures les plus attachantes de la Byzance impériale et la gloire de l’Église d’Orient au IXe siècle. On a pu dire de lui qu’il fut l’un des derniers catholiques de Constantinople, le dernier peut-être des écrivains ecclésiastiques grecs qui n’aient point connu l’asservissement aux empereurs; que son éloquence atteint parfois à l’éloquence de saint Jean Chrysostome et de Démosthène lui-même »

Aussi sa vision de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascene, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

B) L’interprétation d’un évêque du IIè millénaire reconnu comme saint par l’église orthodoxe mais pas par l’Eglise catholique

Théophylacte d’Ohrid (1030-1108)

«  Ayant achevé le repas, le Christ confie à saint Pierre, et non pas à un autre, la responsabilité de paître les brebis dans le monde entier : « Lors donc qu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre :’Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?’ » […] En adressant à saint Pierre cette parole : Suis-moi, le Seigneur établit en sa faveur la charge de gouverner tous les fidèles. […] Autrement dit, jusqu’au moment où je voudrai assister Jean dans sa prédication; car pour ce qui est de toi, c’est dès maintenant que je suis à tes côtés dans l’exercice du pouvoir pontifical sur l’univers entier, et en cela suis-moi » (Commentaire sur l’Evangile de saint Jean, 21/15 dans PG, 124/309 ; 313 ; 316)

« « Et quand tu te seras converti, confirme tes frères. » Le sens de cette expression est fort clair : je te considère comme le chef de mes disciples et c’est pourquoi lorsque tu auras pleuré après m’avoir renié et te seras repenti, confirme tous les autres. Car cela te revient, puisque, après moi, c’est toi qui est la pierre et le fondement de l’Eglise. […] Il renia le Christ alors qu’il était son apôtre et par sa pénitence il obtint de nouveau la prérogative de gouverner le monde. » (Commentaire sur l’Evangile de saint Luc, 22/32 dans PG, 123/1073)

Ce témoignage est d’autant plus significatif qu’il est fait par un évêque de l’Eglise orthodoxe, postérieurement au schisme, et considéré comme un saint par l’église orthodoxe.

C) Le IIIè concile de Constantinople : une preuve définitive pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes

A l’occasion du IIIè concile de Constantinople (680-681), le Pape saint Agathon envoya deux lettres aux empereurs. Nous lisons, entre autres, dans la première lettre :

« C’est à la tradition des apôtres et de l’Evangile, que conserve l’Eglise apostolique du Christ, qui est la mère spirituelle de votre empire très heureux. Voilà ce que professe en toute vérité et en toute pureté la religion chrétienne ; ce n’est pas l’artifice des hommes qui l’a inventé, mais c’est le Saint-Esprit qui l’a enseigné grâce à la prédication des tout premiers apôtres. […] C’est pourquoi, je vous en supplie avec un cœur contrit et en versant des larmes, humblement prosterné en esprit : daigne secourir la doctrine apostolique que l’apôtre saint Pierre nous a transmise, pour qu’elle ne soit pas cachée sous le boisseau mais qu’elle soit prêchée dans le monde entier, sur un ton plus retentissant que la trompette. En effet, saint Pierre a professé la vraie foi qui lui fut révélée par le Père céleste et cela lui valut d’être proclamé bienheureux par Notre-Seigneur. Et il se vit confier à trois reprises par le Rédempteur la charge de paître les brebis spirituelles de l’Eglise [Jean XXI, 15-17]. C’est grâce à sa protection que cette Eglise apostolique n’a jamais dévié de la voie de la vérité, et n’est jamais tombée dans l’erreur, de quelque côté que ce fût. C’est son autorité, celle du prince des apôtres, que toute l’Eglise catholique et tous les conciles ont reconnue fidèlement et ont toujours suivie en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres, doctrine qui a fait la gloire de tous les docteurs qui ont brillé dans l’Eglise, tandis qu’elle a d’un autre côté fait le tourment des hérétiques, qui n’ont cessé de la décrier et de la calomnier. […] Voilà la véritable règle de la foi, que notre mère spirituelle a toujours conservé et défendue dans le succès comme dans l’adversité. Par la grâce du Dieu tout puissant, cette Eglise ne tombera jamais dans l’erreur et ne s’écartera jamais du droit chemin de la tradition apostolique. Elle n’a jamais succombé et ne s’est jamais trouvée corrompue par les nouveautés des hérétiques. Au contraire, dès les origines de la foi chrétienne, elle a reçu le soutien de ses fondateurs, les princes des apôtres du Christ, et elle demeure sans tache jusqu’à la fin, conformément à la promesse de Notre-Seigneur et Sauveur, et à la parole qu’il adressa à saint dans les saints Evangiles au prince de ses disciples : « Pierre, Pierre, voilà que Satan vous a recherché pour vous cribler comme on crible le froment ; mais j’ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point : lors donc que vous vous serez converti, ayez soin d’affermir vos frères. » [Luc XXII, 32] Que Votre Clémence considère donc cet avertissement de Notre-Seigneur et Sauveur, l’auteur de notre foi : en promettant à saint Pierre que sa foi ne défaillirait pas, il l’engagea à confirmer ses frères. Tout le monde sait bien que les pontifes du siège apostolique, ceux qui ont précédé mon humble personne, ont réalisé cette tache sans douter de cette parole. » (Lettre 1 aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 et suivants)

De plus, nous lisons, entre autres, dans la première lettre :

« Que Votre Clémence considère donc cet avertissement de Notre-Seigneur et Sauveur, l’auteur de notre foi : en promettant à saint Pierre que sa foi ne défaillirait pas, il l’engagea à confirmer ses frères. Tout le monde sait bien que les pontifes du siège apostolique, ceux qui ont précédé mon humble personne, ont réalisé cette tache sans douter de cette parole. » (Lettre 1 aux empereurs, PL, 87/1168-1169)

Puis :

« Saint Pierre a reçu du Rédempteur lui-même par une triple recommandation qui lui en a été faite, la charge de paître les brebis spirituelles qui composent son Eglise ; et c’est grâce à l’appui qu’il continue de lui prêter, que cette Eglise apostolique n’a jamais déviée par une erreur quelconque de la voie de la vérité ; aussi, de tout temps, toute l’Eglise catholique et les conciles généraux ont-ils fidèlement adhéré à son autorité comme à celle du prince de tous les apôtres, s’attachant à la suivre en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres […] Que votre auguste clémence veuille donc bien considérer que le maître et le Sauveur de tous, qui est l’auteur de la foi, et qui a promis que la foi de Pierre ne défaillira jamais, l’a averti d’affermir ses frères : charge dont se sont acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait, les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs ; et quoique bien inférieur à leurs mérites je veux, puisque la grâce divine m’a appelé à leur succéder, m’acquitter à leur exemple de ce même ministère. » (Lettre 1 aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 et suivants)

Et dans la seconde, signée des cent-vingt-cinq Évêques d’un concile tenu à Rome :

« Nous croyons que Dieu fera à votre trône, qu’il a élevé lui-même, la faveur si rare, et qui est le privilège du très-petit nombre, d’être le moyen dont il se servira pour faire briller aux yeux de tous la lumière de la foi catholique et apostolique, qui, ayant pour principe la source même de la vraie lumière dont elle est comme le rayon, nous a été transmise par le ministère des princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par les hommes apostoliques leurs disciples et leurs successeurs, et est parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à notre médiocrité, sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer, et Dieu veuille bénir les efforts que fait votre autorité providentielle pour la conserver toujours inaltérable ! Tel a été aussi l’objet constant de la sollicitude du siège apostolique, et de tant de pontifes auxquels nous succédons malgré notre indignité. » (Lettre 3 aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682)

Le pape évoque « les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs » comme s’étant « acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait » à affermir leurs frères selon les paroles du Sauveur. Il est enfin question de la saine doctrine « parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à [saint Agathon], sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer ». Aussi si tous se sont acquittés de cette tache, cela signifie qu’aucun n’a failli.

Aussi, cela signifie que les propos de saint Léon le Grand, Pélage II et saint Grégoire le Grand que nous avons cité, se trouvent ainsi « validés » en tant que tels par ces lettres.

Par la suite, le 15 novembre 680, lors de la 4è session du IIIè concile de Constantinople (680-681) réunissant surtout des évêques Orientaux, une lecture fut donnée de la première lettre (PL, 87/1168-1169 et MANSI, 11/239-254). Puis, lors de la 18è session, le 16 septembre 681, ce fut au tour de la seconde lettre lue en public et les Pères du concile l’approuvèrent et l’insérèrent dans les actes du concile. Ils déclarèrent :

« C’est le souverain prince des apôtres qui a agi de concert avec nous. Nous avons eu, pour nous aider, le pape qui dans ses lettres déclare le mystère de la vérité divine et sacrée. Rome, cette ville antique, nous a transmis la profession de foi que Dieu avait dictée à saint Pierre. La feuille sur laquelle fut inscrit le dogme a honoré la fin de ce jour ; sur cette feuille on voyait de l’encre, mais c’est réalité c’est saint Pierre qui parlait au travers du pape Agathon. […] C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. […] Tous unis sous l’inspiration du Saint Esprit, tous d’accord et tous du même avis, acquiesçant tous aux lettres de Notre Très Saint Père et Souverain pontife le pape Agathon a envoyées à Votre Puissance [ndlr : les empereurs], reconnaissant la sainte décision du concile qui dépend de lui et qui rassemble cent-vingt-cinq prélats, etc. » (MANSI, 11/666, 684 et 686)

Le déroulé des événements est décrit dans cet article.

Le concile donc, fait non seulement sienne la doctrine de l’infaillibilité Papale de droit et de la perfection de fait de l’enseignement des Papes précédents, ce qui implique l’approbation de ce que nous avons cité des Papes, mais en plus, dans son approbation, le concile identifie lui-même la promesse faite par le Christ a saint Pierre d’être le rocher de l’Église, à l’exercice de l’épiscopat romain : « C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi ».

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres et approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes sur la Papauté (aussi bien son existence en tant que dogme apostolique que la réponse à l’argument que les anti-romains pensent pouvoir tirer de ce même concile contre la Papauté, à travers le cas d’Honorius), le Filioque et le célibat sacerdotal, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes antérieurs.

29 commentaires sur “Les fondements bibliques de la Papauté (4) : Jean XXI, 15-17 : le Christ confie à saint Pierre la charge de Son troupeau

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