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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Les fondements bibliques de la Papauté (4): Jean XXI, 15-17: le Christ confie à saint Pierre la charge de Son troupeau

Toutes les preuves de la Papauté: ici

imageDieu avait prévu de toute éternité de faire de l’Apôtre Simon-Pierre, la pierre de fondement de son Église et le premier chef de celle-ci. C’est pourquoi le Christ change son nom de Simon en Céphas, ce qui veut dire Pierre en araméen dès son recrutement (Jean I, 42). Aussi, après lui avoir promis de faire de lui cette pierre de fondement suite à sa confession de foi (Matthieu XVI, 18), de lui donner les clés du Royaume des Cieux et d’en faire ainsi son intendant sur terre (Matthieu XVI, 19), et pour qu’il puisse exercer cette fonction sans risque pour la foi des chrétiens, lui avoir promis que sa foi ne défaillirait pas (Luc XXII, 32). Il lui a enfin, après sa Résurrection, donné la charge de paître tout Son troupeau et a ainsi réalisé ses promesses de Matthieu XVI, 18-19 et fit de lui effectivement le premier Pape.

Cette charge, le Christ lui donne dans le passage suivant: « Lorsqu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répondit : « Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. » Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui dit une seconde fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre lui répondit : « Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime. » Jésus lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui dit pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut contristé de ce que Jésus lui demandait pour la troisième fois : « M’aimes-tu ? » et il lui répondit : « Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez bien que je vous aime. » Jésus lui dit : « Pais mes brebis. » » (Jean XXI, 15-17)

Avant de lui confier le soin de paître ses agneaux et ses brebis, le Christ lui demande trois fois s’il l’aime. En effet, n’oublions pas que cet Apôtre l’avait renié trois fois de bouche, par peur, même si le cœur n’y était pas (Matthieu XXVI, 69-75; Luc XXII, 54-62; Jean XVIII, 25-27). Le Christ lui fait donc expier sa faute avant de lui confier le troupeau. Il lui fait expier par trois manifestations d’amour, car comme il est écrit « La charité couvre la multitude des péchés » (I Pierre IV, 8) et « La charité couvre toutes les fautes » (Proverbes X, 12)

Maintenant, après avoir éprouvé Pierre, il lui confie sa mission : « PAIS MES AGNEAUX », c’est-à-dire ceux qui croient en moi, ceux que moi, l’Agneau, j’appelle « mes agneaux » – « Voici l’ Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde » (Jean I, 29). Cela pour qu’on ne puisse pas appeler « chrétien » celui qui affirme qu’il n’est pas sous la garde de ce pasteur, c’est-à-dire de Pierre – « Un seul pasteur sera pour eux tous » (Ezéchiel XXXVII, 24). – « Et ils se donneront un seul chef » (Osée I, 11)

Il convenait que le Christ confiât cette mission à Pierre de préférence à tous les autres, lui qui, selon saint Jean Chrysostome, était « le plus remarquable des Apôtres », aussi bien porte-parole des disciples que tête du collège (collegium) (In Ioannem hom., LXXXVIII, 1, PG 59, col. 478.)

De même que dans notre article sur Matthieu XVI, 18 et celui sur Luc XXII, 32, nous laisserons la parole à Dom Prosper GUÉRANGER, OSB, Abbé de Solesmes: « En saint Jean, chapitre XXI, Jésus-Christ, en présence de ses apôtres, demande à saint Pierre l’assurance de son amour. Par deux fois il lui dit : « Pais mes agneaux, » et une dernière fois : « Pais mes brebis. » La conversion de Pierre avait eu lieu, le Sauveur sous peu de jours allait quitter la terre, le moment était venu d’établir dans ses fonctions celui que Jésus avait annoncé, lorsque parlant de son Église, il avait dit : « Il n’y aura qu’une seule bergerie et un seul Pasteur. » [Jean X, 16] De même qu’il avait admis Simon fils de Jean en participation de sa qualité divine de Pierre, ainsi, après s’être lui-même représenté sous le nom et les traits d’un Pasteur [Jean XI, 14], il lui conférait ce même titre sur le troupeau tout entier, sur les agneaux et sur les brebis. Il est d’autres Pasteurs qui paissent le troupeau, mais Pierre est le Pasteur des Pasteurs, et par là, l’unité est dans la bergerie. […]

La première charge du Pasteur est d’enseigner le troupeau ; car le troupeau ne peut vivre que de la vérité. Si le Pasteur qui paît les agneaux et les brebis au nom du Maître, enseignait l’erreur, ou il pervertirait les agneaux et les brebis qui sont sous sa garde, et le troupeau périrait ; ou les brebis repousseraient le Pasteur, et l’unité ne serait plus dans la bergerie. Or, les promesses de Jésus-Christ nous assurent que ni l’un ni l’autre de ces malheurs n’est possible, puisqu’il s’ensuivrait le renversement de l’Église ; il faut donc conclure que le Pontife romain, par cela même qu’il est le Pasteur universel, jouit de l’infaillibilité personnelle dans la doctrine. » (De la Monarchie Pontificale, 2è édition, 1870, pp. 144-145)

Vous vous demandez peut-être pourquoi le Christ parle d’abord d’agneaux et ensuite de brebis. Le Christ signifie par là qu’il confie à saint Pierre l’intégralité de Son troupeau: les agneaux signifient les fidèles et les brebis signifient les évêques et les prêtres. En effet, les brebis sont celles qui mettent au monde et qui nourrissent les agneaux, de même, les évêques et les prêtres, par les moyens de la prédication et des sacrements, enfantent les fidèles à Dieu et les nourrissent spirituellement.

Mais le fait majeur, c’est que quand Jésus dit ‘Pais mes agneaux, Pais mes brebis, Pais mes brebis’ , le deuxième verbe de ces trois ordres du Christ est le mot grec ‘poimaine’. Beaucoup de Bibles traduisent les trois verbes de la même façon : ‘pais’ ; mais en fait, le deuxième verbe diffère vraiment du premier et du troisième.

Jean XXI,15-17 – « Il lui dit : Pais [Boske] mes agneaux… Il lui dit: Dirige [Poimaine] mes brebis… Jésus lui dit : Nourris [Boske] mes brebis »

Dans le premier et le troisième ordres que Jésus donne à St Pierre à propos de Son troupeau, le verbe grec est ‘boske’ ; qui veut dire ‘nourrir, paître’. Mais le verbe ‘poimaine’, le deuxième ordre de Jésus à Pierre, signifie ‘diriger, gouverner’. On peut aussi le traduire par ‘s’occuper de’. Ainsi, Jésus n’ordonna pas seulement à Pierre de nourrir Son Eglise: il doit la diriger. C’est fascinant de voir qu’une forme similaire au verbe ‘poimaine’ – que Jésus utilisa dans Jean XXI, 16 pour décrire l’autorité de Pierre sur le troupeau – est également utilisée dans Apocalypse II, 27: « Il les gouvernera [ poimanei ] avec un sceptre de fer… »

Ça signifie que Pierre a non seulement la primauté sur le troupeau du Christ, mais une primauté de juridiction pour gouverner le troupeau. Le même verbe poimaine est utilisé dans Apocalypse XII, 5: « Or, elle donna le jour à un enfant mâle, qui doit gouverner [poimainen] toutes les nations avec un sceptre de fer ; et son enfant fût enlevé auprès de Dieu et auprès de son trône ». Et encore ailleurs dans le Nouveau Testament, c’est le même verbe grec qui est employé pour dire « gouverner » pour indiquer le pouvoir de gouverner/diriger.

Celui dont il est question en Apocalypse XII, 5 étant le Christ, nous avons donc un indice de plus qu’en Jean XXI, 16, le Christ délègue réellement son pouvoir à saint Pierre.

Cela correspond aux trois fonctions que le Christ donna à son Église, donc aux Apôtres et particulièrement à saint Pierre leur chef, et à tous les Papes par la suite:

  • enseigner et préserver la vraie doctrine, c’est à dire nourrir par la parole. Nourrir est l’une des fonctions de celui qui doit paître.
  • gouverner l’Église par la discipline (diriger)
  • la sanctification par les prières, la messe, les sacrements etc. C’est une autre nourriture.

Cette exégèse catholique est rejointe par celle d’un non-catholique qui en est venu à reconnaître l’évidence. Il s’agit de Roger David AUS, pasteur de l’Église évangélique Luthérienne d’Amérique, membre de la Société de la Littérature Biblique et de la Société des Études du Nouveau Testament. Il expose cela dans son livre intitulée Simon Peter’s Denial and Jesus’ Commissioning Him as His Successor in John 21: 15-19 (2013). Il y démontre comment Josué dans l’Ancien Testament, qui fut à le tête des Hébreux entrant en Canaan, commissionné par Moïse, était un archétype de Pierre, commissionné par le Christ pour paître son troupeau jusqu’au Royaume des Cieux. Je vous invite à lire le livre en entier si vous comprenez l’anglais, mais en voici d’ores et déjà quelques morceaux traduits:

« Simon Pierre reçut de lui [le Christ] la commission de paître/nourrir spirituellement les membres de la communauté Chrétienne. Cela n’est pas une commission pour missionner, ce que Pierre fera plus tard (comme dans Actes 12:9, voir 1 Cor 9:5 et Gal 2:8). Plutôt, Simon Pierre reçoit ici une commission autoritaire d’être le leader spirituel de quiconque dans la communauté Chrétienne, du nouveau converti ou baptisé (les agneaux), des jeunes membres en passant par les matures, qui sont nés et ont grandi comme Chrétiens. Josué reçut une commission du grand berger d’Israël, Moïse, faisant que par son autorité sur eux ‘‘l’assemblée du Seigneur ne sera pas semblable à une brebis sans berger”. Cela produit la part d’autorité que Josué reçoit de Moïse. De la même manière Jésus, le Bon Berger de Jean 10, accorde à Simon Pierre en 21:15-17 l’autorité d’être son successeur dans l’entretien nourricier de la communauté Chrétienne. Il est leur leader spirituel, les nourrissant dans la foi. […]
Les Chrétiens Juifs Palestiniens, aussi bien que beaucoup de Chrétiens Juifs hellénistiques ressentaient les échos en Jean 21:15-19 des traditions judaïques bien connues de passation avec la commission de Moïse à son disciples Josué pour être son successeur, le nouveau berger d’Israël, juste avant qu’il ne meure. Ces traditions furent basés sur Nombres 27:12-23, Cantique 1:7-8 et Osée 11:1 […]
Comme souligné auparavant, Moïse était considéré comme le premier rédempteur d’Israël dans la tradition Judaïque. Le grand et dernier rédempteur devait être le Messie. Cette typologie fait qu’il était facile pour les Chrétiens Juifs Palestiniens d’emprunter les motifs et les expressions exactes de la succession de Moïse relative à son autorité juste avant qu’il ne meure à son disciple Josué, pour les appliquer à la transmission de l’autorité de Jésus le Bon Berger à son successeur Simon Pierre juste avant qu’il ne disparaisse finalement devant son ses premiers témoins de sa Résurrection. Tout comme Josué devait guider les Israélites ‘‘de sorte que l’assemblée du Seigneur ne soit pas semblable à une brebis sans berger’’ (Nom 27 :17), maintenant Simon Pierre devrait devenir ‘‘le’’ berger de la communauté Chrétienne. Comme leader, il devra la guider et protéger ses membres, incluant les plus jeunes, ceux au meilleur de la vie et les plus vieux. »

Voici ce qu’avait à dire le Père de l’Eglise d’Orient, Saint Jean Chrysostome (vers 346-407), dit à propos de ce passage de Jean XXI, 15-17: « Jésus lui dit : Paissez mes agneaux’ ». Et pourquoi Jésus-Christ, laissant là les autres apôtres, parle-t-il à Pierre seul de ce soin et de cet amour? Entre les apôtres, Pierre était le plus grand et le plus éminent; il était la langue et le chef du collège…son renoncement était effacée : c’est pourquoi il lui confie le gouvernement de ses frères, et il ne lui rappelle, il ne lui reproche point son renoncement, mais il lui dit : Si vous m’aimez , recevez le gouvernement de vos frères. » (Commentaire sur l’Evangile selon St Jean, 88, 1, Saint Jean Chrysostome — Oeuvres complètes ; sous la direction de M. Jeannin , L. Guérin & Ce, Éditeurs 1865, Tome 8, Chapitre 88 , page 553).

C’est ce qu’exprime avec tant de vérité cet ancien évêque poutrant hérétique, prouvant ainsi l’antiquité de cette doctrine, dont les Sermons nous ont été conservés sous le nom d’Eusèbe d’Émèse, aussi appelé Eusèbe Émissène : « Le Christ, dit-il, confie d’abord à Pierre les agneaux, puis les brebis, parce qu’il ne le fait pas seulement Pasteur, mais Pasteur des Pasteurs. Pierre paît donc les agneaux et il paît aussi les brebis ; il paît les petits et il paît les mères ; il gouverne les sujets et ceux qui leur commandent. Il est donc le Pasteur de tous ; car après les agneaux et les brebis, il n’y a plus rien dans l’Église. » (Homil. in Vigilia SS. Apost. — Biblioth. PP. Lugd. Tom. VI, pag. 794.)

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