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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La doctrine de saint Ignace d’Antioche

ignace d'antioche

Saint Ignace d’Antioche est né vers l’an 35 en Syrie. Il reçu l’enseignement des saints Apôtres Pierre et Jean ce qui fait de lui un des Pères de l’Église nommés Pères apostoliques car ayant connu des Apôtres. Il fut le troisième évêque d’Antioche (vers 68-vers 107). Il était surnommé Théophore, ace qui signifie porteur de Dieu. Il fut déporter à Rome où il mourut dans l’arène, dévoré par les bête entre 107 et 117 sous l’empereur Trajan. Je vous invite à consulter sa fiche Christ-Roi.netici et sa fiche Christroi.over-blog.comici.

Il est connu pour ses lettres qu’il laissa aux chrétiens se trouvant sur le chemin de sa déportation vers Rome. Pendant longtemps, les écrivains protestants ont refusé de reconnaître l’authenticité de ces lettres. Mais les historiens protestants les plus érudits et les plus sérieux en sont revenus. L’historien protestant Adolph von Harnack a mit fin aux doutes et reconnaît le grand intérêt de ces lettres dans les termes suivants :

« Sa valeur personnelle (celle de saint Ignace d’Antioche) comme chrétien et comme écrivain le rapproche plus que tous les autres des grands apôtres Paul et Jean, bien qu’il en reste encore loin. En même temps, il représente si bien l’Eglise naissante que c’est précisément pour le motif que beaucoup de savants protestant plus de deux siècles, se sont refusés à reconnaître dans ses lettres des documents authentiques du temps de Trajan. les lettres d’Ignace sont ce que cette époque nous a laissé de plus magnifique; elles nous ravissent par la flamme et l’éclat d’une âme qui aspire à être arrachée à la terre par une mort affreuse et céleste. »

L’appréciation de Harnack laisse supposer chez saint Ignace des paroles purement catholiques. Et cela n’est que trop vrai comme nous allons le voir.

Nous ajoutons que ces témoignages sont particulièrement significatifs et probants à plus d’un titre. En effet, outre qu’il soit lui-même disciple des apôtres, ce sont surtout les facteurs externes qui plaident en sa faveur. Premièrement il écrit aux Eglises d’Asie mineure. Or comme cette région fut irradiée par l’enseignement de saint Jean, qui finit sa vie à Ephèse, jusqu’entre 98 et 106. Saint Ignace pour sa part écrivit ses lettres vers 107. Aussi il n’aurait jamais écrit une telle erreur à un lectorat qui aurait été enseigné jusque quelques années avant (et peut-être même l’année immédiatement précédente) par saint Jean, sous peine de n’avoir aucune crédibilité. Et la réception de ces lettres par les chrétiens d’Asie mineure fut archi-favorable. Saint Polycarpe de Smyrne (vers 69-155), disciple de saint Jean lui aussi, témoigne de sa vénération, ainsi que celle de l’Eglise de Philippes (et donc sans doute de toute l’Asie mineure) pour ces lettres :

« Comme vous nous l’avez demandé, nous vous envoyons les lettres d’Ignace, celles qu’il nous a adressées et toutes les autres que nous avons chez nous ; elles sont jointes à cette lettre. De fait vous pourrez en tirer grand profit, car elles renferment foi, patience, et toute édification dues à notre Seigneur. Faites-nous savoir ce que vous aurez appris de sûr d’Ignace et de ses compagnons. » (Lettre aux Philippiens, XIII).

Et deuxièmement, saint Ignace était en déportation vers Rome pour y être mis à mort dans l’arène. Et lorsqu’il apprend que les chrétiens de Rome veulent obtenir sa grâce, il les exhorte à n’en rien faire pour qu’il puise offrir son martyre à Dieu (Lettre aux Romains, IV-VI). Il était condamné à mort et ne souhaitait pas être sauvé, il savait donc que ce n’était pas le moment de répandre des hérésies !

Saint Ignace ayant donc connu deux Apôtres et étant mort au début du deuxième siècle seulement prêchait une foi parfaitement Catholique. En voici la preuve

La Présence Réelle du Christ dans l’Eucharistie :

« Ils s’abstiennent de l’eucharistie et de la prière, parce qu’ils ne confessent pas que l’eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, qui a souffert pour nos péchés, et que dans sa bonté le Père a ressuscitée. » (Lettre aux Smyrniotes VII)

Saint Ignace parle ici des hérétiques docètes pour qui le Christ n’avait pas de nature humaine et pour qui le corps de ce dernier n’était qu’une illusion et n’existait donc pas. Qu’ils refusent ainsi de participer à l’Eucharistie au motif que ce ne serait pas la Chair du Christ prouve bien que les chrétiens de l’époque voyaient dans l’Eucharistie la chair physique du Christ

La hiérarchie catholique évêque-prêtres-diacres :

« Aussi convient-il de marcher d’accord avec la pensée de votre évêque, ce que d’ailleurs vous faites. Votre presbyterium justement réputé, digne de Dieu, est accordé à l’évêque comme les cordes à la cithare ; ainsi, dans l’accord de vos sentiments et l’harmonie de votre charité, vous chantez Jésus-Christ. Que chacun de vous aussi, vous deveniez un choeur, afin que, dans l’harmonie de votre accord, prenant le ton de Dieu dans l’unité, vous chantiez d’une seule voix par Jésus-Christ un hymne au Père, afin qu’il vous écoute et qu’il vous reconnaisse, par vos bonnes oeuvres, comme les membres de son Fils. Il est donc utile pour vous d’être dans une inséparable unité, afin de participer toujours à Dieu.

Si en effet, moi-même j’ai en si peu de temps contracté avec votre évêque une telle intimité, qui n’est pas humaine, mais toute spirituelle, combien plus je vous félicite de lui être si profondément unis, comme l’Église l’est à Jésus-Christ, et Jésus-Christ au Père, afin que toutes choses soient en accord dans l’unité. Que personne ne s’égare ; si quelqu’un n’est pas à l’intérieur du sanctuaire, il se prive  » du pain de Dieu  » (Jn 6, 33). Car si la prière de deux personnes ensemble a une telle force (cf. Mt 18, 20), combien plus celle de l’évêque et de toute l’Église. Celui qui ne vient pas à la réunion commune, celui-là déjà fait l’orgueilleux et il s’est jugé lui-même, car il est écrit :  » Dieu résiste aux orgueilleux  » (Pr 3, 34 ; cf. Jc 4, 6 ; 1 P 5, 5). Ayons donc soin de ne pas résister à l’évêque, pour être soumis à Dieu.

Et plus on voit l’évêque garder le silence, plus il faut le révérer ; car celui que le maître de maison envoie pour administrer sa maison (cf. Lc 12, 42 ; Mt 24, 25), il faut que nous le recevions comme celui-là même qui l’a envoyé (cf. Mt 10, 40 ; Mc 1, 37 ; Lc 7, 48 ; Jn 13, 20). Donc il est clair que nous devons regarder l’évêque comme le Seigneur lui-même. D’ailleurs, Onésime lui-même loue très haut votre bon ordre en Dieu disant que tous vous vivez selon la vérité, et qu’aucune hérésie ne demeure chez vous, mais que vous n’écoutez personne qui vous parle d’autre chose que de Jésus-Christ dans la vérité. » (Lettre aux Ephésiens IV, V et VI)

 

« Et à vous il convient de ne pas profiter de l’âge de votre évêque, mais par égard à la puissance de Dieu le Père, lui accorder toute vénération ; je sais en effet que vos saints presbytres n’ont pas abusé de la jeunesse qui paraît en lui, mais comme des gens sensés en Dieu, ils se soumettent à lui, non pas à lui, mais au Père de Jésus-Christ, à l’évêque de tous. Par respect pour celui qui nous a aimés, il convient d’obéir sans aucune hypocrisie ; car ce n’est pas seulement cet évêque visible qu’on abuse, mais c’est l’évêque invisible qu’on cherche à tromper. Car dans ce cas, ce n’est pas de chair qu’il s’agit, mais de Dieu qui connaît les choses cachées.

Il convient donc de ne pas seulement porter le nom de chrétiens, mais de l’être aussi ; certains, en effet, parlent toujours de l’évêque, mais font tout en dehors de lui. Ceux-là ne me paraissent pas avoir une bonne conscience, car leurs assemblées ne sont pas légitimes, ni conformes au commandement du Seigneur.

Ainsi, puisque dans les personnes que j’ai nommées plus haut, j’ai dans la foi vu et aimé toute votre communauté, je vous en conjure, ayez à coeur de faire toutes choses dans une divine concorde, sous la présidence de l’évêque qui tient la place de Dieu, des presbytres qui tiennent la place du sénat des Apôtres, et des diacres qui me sont si chers, à qui a été confié le service de Jésus-Christ, qui avant les siècles était près de Dieu, et s’est manifesté à la fin. Prenez donc tous les moeurs de Dieu, respectez-vous les uns les autres, et que personne ne regarde son prochain selon la chair, mais aimez-vous toujours les uns les autres en Jésus-Christ. Qu’il n’y ait rien en vous qui puisse vous séparer, mais unissez-vous à l’évêque et aux présidents en image et leçon d’incorruptibilité.

De même donc que le Seigneur n’a rien fait, ni par lui-même, ni par ses Apôtres, sans son Père (cf. Jn 5, 19, 30 ; 8, 28), avec qui il est un, ainsi vous non plus ne faites rien sans l’évêque et les presbytres; et n’essayez pas de faire passer pour raisonnable ce que vous faites à part vous, mais faites tout en commun : une seule prière, une seule supplication, un seul esprit, une seule espérance dans la charité (cf. saint Paul, Ep 4, 4-6), dans la joie irréprochable ; cela, c’est Jésus-Christ, a qui rien n’est préférable.Tous accourez pour vous réunir comme en un seul temple de Dieu, comme autour d’un seul autel, en l’unique Jésus-Christ, qui est sorti du Père un, et qui était en lui l’unique, et qui est allé vers lui. » (Lettre aux Magnésiens III, IV, VI et VII)

 

Cet évêque, je sais que ce n’est pas de lui-même, ni par les hommes (Ga 1, 1), qu’il a obtenu ce ministère qui est au service de la communauté, ni par vaine gloire, mais par la charité de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ. Je suis frappé de sa bonté : par son silence, il peut plus que les vains discoureurs. Il est accordé aux commandements, comme la cithare à ses cordes. C’est pourquoi mon âme le félicite de ses sentiments envers Dieu –je sais qu’ils sont vertueux et parfaits– de son caractère inébranlable et sans colère, selon toute la bonté du Dieu vivant.

Abstenez-vous des plantes mauvaises que Jésus-Christ ne cultive pas, parce qu’elles ne sont pas une plantation du Père (cf. Mt 15, 13 ; Jn 15, 1 ; 1 Co 3, 9). Ce n’est pas que j’aie trouvé chez vous des divisions, mais une purification. Car tous ceux qui sont à Dieu et à Jésus-Christ, ceux-là sont avec l’évêque ; et tous ceux qui se repentiront et viendront à l’unité de l’Église, ceux-là aussi seront à Dieu, pour qu’ils soient vivants selon Jésus-Christ.  » Ne vous y trompez pas « , mes frères : si quelqu’un suit un fauteur de schisme,  » il n’aura pas l’héritage du royaume de Dieu  » (1 Co 6, 9, 10) ; si quelqu’un marche selon une pensée étrangère, celui-là ne s’accorde pas avec la passion du Christ.

Ayez donc soin de ne participer qu’à une seule eucharistie ; car il n’y a qu’une seule chair de notre Seigneur Jésus-Christ, et un seul calice pour nous unir en son sang, un seul autel, comme un seul évêque avec le presbyterium et les diacres, mes compagnons de service : ainsi, tout ce que vous ferez, vous le ferez selon Dieu.

Mes frères, je déborde d’amour pour vous, et c’est dans la joie la plus grande que je cherche à vous affermir, non pas moi, mais Jésus-Christ ; étant enchaîné pour lui, je crains davantage, dans la pensée que je suis encore imparfait ; mais votre prière me rendra parfait pour Dieu, afin que j’obtienne l’héritage dont j’ai reçu la miséricorde, me réfugiant dans l’Évangile comme dans la chair de Jésus-Christ, et dans les Apôtres comme au presbyterium de l’Église. Et aimons aussi les prophètes, car eux aussi ont annoncé l’Évangile, ils ont espéré en lui, le Christ, et l’ont attendu ; croyant en lui, ils ont été sauvés, et demeurant dans l’unité de Jésus-Christ, saints dignes d’amour et d’admiration, ils ont reçu le témoignage de Jésus-Christ et ont été admis dans l’Évangile de notre commune espérance. » (Lettre aux Philadelphiens I, III, IV et V)

 

Suivez tous l’évêque, comme Jésus-Christ suit son Père, et le presbyterium comme les Apôtres ; quant aux diacres, respectez-les comme la loi de Dieu. Que personne ne fasse, en dehors de l’évêque, rien de ce qui regarde l’Église. Que cette eucharistie seule soit regardée comme légitime, qui se fait sous la présidence de l’évêque ou de celui qu’il en aura chargé. Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l’Église catholique. Il n’est pas permis en dehors de l’évêque ni de baptiser, ni de faire l’agape, mais tout ce qu’il approuve, cela est agréable à Dieu aussi Ainsi tout ce qui se fait sera sûr et légitime. » (Lettre aux Smyrniotes VIII)

 

« Car quand vous vous soumettez à l’évêque comme à Jésus-Christ, je ne vous vois pas vivre selon les hommes, mais selon Jésus-Christ qui est mort pour vous, afin que, croyant à sa mort, vous échappiez à la mort. Il est donc nécessaire, comme vous le faites, de ne rien faire sans l’évêque, mais de vous soumettre aussi au presbyterium, comme aux apôtres de Jésus-Christ notre espérance (cf. 1 Tm 1, 1) en qui nous serons trouvés si nous vivons ainsi. Il faut aussi que les diacres, étant les ministres des mystères de Jésus-Christ, plaisent à tous de toute manière. Car ce n’est pas de nourriture et de boisson qu’ils sont les ministres, mais ils sont les serviteurs de l’Église de Jésus-Christ. Il faut donc qu’ils évitent comme le feu tout sujet de reproche.

Pareillement, que tous révèrent les diacres comme Jésus-Christ, comme aussi l’évêque, qui est l’image du Père, et les presbytres comme le sénat de Dieu et comme l’assemblée des Apôtres : sans eux on ne peut parler d’Églises. Je suis persuadé que vous êtes ainsi disposés à leur égard. J’ai reçu et je possède avec moi, en la personne de votre évêque, l’exemplaire de votre charité : sa conduite elle-même est un grand enseignement et sa douceur une force ; je pense que les païens eux-mêmes le révèrent. Par amour pour vous, je vous épargne, quand je pourrais vous écrire à ce sujet avec plus de sévérité ; je n’aurais pas la pensée, étant un condamné, de vous donner des ordres comme un Apôtre. » (Lettre aux Tralliens II et III)

 

« Il convient que les époux ne s’unissent qu’avec l’approbation de l’évêque afin que le mariage soit selon dieu et non selon la passion. » (Lettre à Polycarpe)

L’autorisation de l’évêque ou du supérieur ecclésiastique pour qu’un prêtre puisse validement célébrer un mariage est toujours requise dans l’Eglise catholique.

La Papauté :

Il tient à trois reprises dans sa Lettre aux Romains des propos qui ne peuvent qu’indiquer la primauté non seulement d’honneur mais encore de juridiction, ainsi que la mission d’enseignement de l’Eglise romaine.

Le premier de ces trois passages est l’incipit de la Lettre, c’est également souvent le seul passage utilisé -car le seul passage connu par eux – de la plupart des apologètes de la Papauté invoquant cette Lettre :

« Ignace, dit aussi Théophore, à l’Eglise [l’Eglise de Rome] qui a reçu miséricorde par la magnificence du Père très haut et de Jésus-Christ son Fils unique, l’Eglise bien-aimée et illuminée par la volonté de celui qui a voulu tout ce qui existe, selon la foi et l’amour pour Jésus-Christ notre Dieu ; l’Eglise qui préside dans la région des Romains, digne de Dieu, digne d’honneur, digne d’être appelée bienheureuse, digne de louange, digne de succès, digne de pureté, qui préside à l’universelle assemblée de la charité, qui porte la loi du Christ, qui est ornée du nom du Père ; je la salue au nom de Jésus-Christ, le Fils du Père ; aux frères qui, de chair et d’esprit, sont unis à tous ses commandements, remplis inébranlablement de la grâce de Dieu, purifiés de toute coloration étrangère, je leur souhaite en Jésus-Christ notre Dieu toute joie irréprochable. » (Lettre aux Romains, incipit).

Saint Ignace écrivit des également des Lettres à d’autres Eglises – celles d’Ephèse, Magnésie, Philadelphie, Smyrne et Tralles – qu’il commença chacune par une série d’éloges similaires. Mais d’une part ces séries d’éloges sont toujours de moindre importance et d’autre part il n’y est jamais question de « présidence » et encore moins de « présidence à l’universelle assemblée de la charité ». Il y a donc pour lui une incontestable supériorité de l’Eglise de Rome sur les autres, et cette supériorité consiste en un pouvoir de gouvernement.

C’est non seulement ce qui ressort de la simple lecture du texte, mais encore ce que confirme l’analyse du texte grec original. En effet, le texte original rend « qui préside à l’universelle assemblée de la charité » par προκαθημἑνη τῆς ἀγἁπης. Comment faut-il entendre ces expressions ? Mgr Louis DUCHESNE donne au mot ἀγἁπη, « charité » un sens concret, celui de « fraternité » c’est-à-dire « l’ensemble de la chrétienté», la société chrétienne et au mot προκαθημἑνη celui de « présidente par autorité » proprement dite ; le passage d’Ignace d’Antioche signifierait donc que l’Eglise romaine est « la tête de la chrétienté », à peu près notre formule actuelle : « mère et maitresse de toutes les Eglises ». « Le sens le plus naturel de ce langage; c’est que l’Eglise romaine préside à l’ensemble des Eglises. Comme l’évêque préside dans son Église aux oeuvres de charité, ainsi l’Eglise romaine préside à ces mêmes oeuvres dans la chrétienté tout entière » (Les Origines chrétiennes, page 128).

C’est affectivement la signification la plus certaine. En premier lieu le sens naturel de προκαθησται est « être la tête », « avoir la présidence », en second fieu le contexte est favorable cette interprétation : juste plus haut, dans ce même incipit, le mot a certainement ce dernier sens : « l’Eglise qui préside dans la région des Romains », c’est-à-dire l’Eglise qui est à ta tête de la communauté de Rome.

Rappelons enfin que cette identification de l’Eglise de Rome à « la tête » doit nous remettre en mémoire ce que dit l’Ecriture Sainte sur l’Eglise, à savoir qu’elle est le corps dont le Christ est la tête : Romains XII, 4-5 ; I Corinthiens XII, 13 ; Colossiens I, 18, 24 ; expression que saint Ignace reprend lui aussi :

« À vos bonnes œuvres, le Père vous reconnaîtra pour les membres de son Fils. » (Lettre eux Ephésiens, IV, 2)

« Par sa croix, dans sa passion, Jésus-Christ vous appelle à lui, vous qui êtes ses membres. » (Lettre aux Tralliens, XI, 2)

Il y a donc chez saint Ignace d’Antioche une analogie entre l’Eglise de Rome et le Christ, et cette analogie réside dans le rôle de tête de l’Eglise. C’est exactement la doctrine catholique actuelle de l’évêque de Rome, « vicaire du Christ », premier ministre du Christ, roi du nouveau royaume d’Israël qu’est l’Eglise.

Dans deuxième passage Ignace indique que c’est l’Eglise à laquelle il s’adresse qui a le pouvoir d’enseigner et de gouverner les autres, le texte se passe de commentaire :

« Jamais vous n’avez jalousé personne, vous avez enseigné les autres. Je veux, moi, que ce que vous commandez aux autres par vos leçons garde sa force. » (Lettre aux Romains, III, 1)

Le troisième passage rappelle que saint Ignace, étant évêque d’Antioche, est évêque de Syrie, il confie donc son troupeau laissé à lui-même en son absence, à la prière de l’Eglise de Rome :

« Souvenez-vous dans votre prière de l’Église de Syrie, qui, en ma place, à Dieu pour pasteur. Seul Jésus Christ sera son évêque, et votre charité. » (Lettre aux Romains, IX, 1)

Pourquoi l’Eglise de Syrie serait-elle confiée, en dehors du Christ, à la seule charité de l’Eglise Romaine sinon parce que celle-ci a de droit divin un rôle universel dans l’Eglise ? En effet, Ignace ne dit cela à aucune des autres Eglises auxquelles il écrit.

Adolf von HARNACK (1851-1930), luthérien, docteur en théologie, en droit, en médecine et en philosophie, conseiller politique, il est considéré comme le théologien protestant et l’historien de l’Eglise le plus considérable de la fin du XIXè siècle et du début du XXè siècle bien que nous lui contestions ce dernier titre. Il écrivit au sujet de ce passage :

« L’Eglise romaine était incontestablement la première de la chrétienté. » (Das Zeugniss des Ignatius über das Ansehen der römischen Gemeinde, Mémoire lu à l’Académie de Berlin le 6 février 1896)

La sanctification du Dimanche et non plus du Samedi :

« Si donc ceux qui vivaient dans l’ancien ordre de choses [juif]  sont venus à la nouvelle espérance, n’observant plus le sabbat, mais le jour du Seigneur [le dimanche], jour où notre vie s’est levée par lui et par sa mort, quelques-uns le nient; mais c’est par ce mystère que nous avons reçu la foi, et c’est pour cela que nous tenons ferme afin d’être trouvés de véritables disciples de Jésus-Christ, notre seul maître. » (Lettre aux Magnésiens IX)

La confession à un prêtre :

« Pour tous ceux qui se repentent, le Seigneur accorde le pardon, s’ils se tournent vers l’unité de Dieu dans la pénitence, et en communion avec l’évêque. » (Lettre aux Philadelphiens)

A quoi servirait la communion avec l’évêque si on se confessait juste à Dieu mentalement ? Les Apôtres ont reçu le pouvoir de remettre les péchés (Jean XX, 22-23), ils ont transmis ce pouvoir aux évêques leurs successeurs, qui eux même transmettent le sacerdoce (non dans sa plénitude) aux prêtres, qui, selon le discipline de l’Eglise, doivent, sauf certaines exceptions, avoir l’autorisation de l’évêque pour recevoir en confession

La nécessité des bonnes œuvres :

« Vos dépôts, ce sont vos oeuvres, afin que vous receviez comme il convient les sommes auxquelles vous avez droit. » (Lettre à Polycarpe VI)

 

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