‘Yesus Kristus azu’, site fanatique et dangereux !


Bien ! que dire de plus ? C’est un jugement que nous adresse un protestant : qui, n’ayant certainement pas supporté l’excès de zèle (peut-être ?), ou alors l’excès de Vérité (que ce soient la réfutation de tous les mensonges qui se sont forgés autour de l’histoire de l’Eglise catholique, ou encore les incompréhensions de la Foi catholique dont sont victimes la plupart des protestants) ? Nous ne saurons le dire. Suite à notre article qui réfutait des propos à la limite de l’absurde, d’un auteur du site Actu-Chretienne.net, un Catholique a jugé important de copier notre réponse, de manière intégrale, et de la publier sur le site pourfendeur ! Car, rappelons vite que, sur ledit site, nos commentaires ont été systématiquement supprimés. N’ayant pas supporté les ‘folies’ (mensonges !) qui pullulaient sur ce site, notamment sur l’histoire, nous avons plusieurs fois renvoyé à des articles qui réfutaient leurs présomptions. Mais, hélas ! aucun de nos commentaires n’a été publié : censure assurée. Nous disions donc qu’un catholique avait copié notre réfutation, sur le Culte marial, et l’avait postée sur le site protestant. Commentaire approuvé, il reçut une réponse d’un protestant, qui, on aurait pu le penser, allait contre-argumenter. Mais voici ce qu’en disait le solascripturien :

Réflexion faites : je préférerai encore écouter Popaul de la rédaction faire une longue prédication… que vous georges, mais entre nous : dites moi franchement et sans détour : vous haïssez donc vraiment à ce point les chrétiens évangéliques pour les bombarder par une avalanche d’arguments théologiques… vous n’avez donc trouvé rien de moins pédant et fumeux que vos textes qui émanent d’un intégriste catholique fanatique et particulièrement dangereux…!!!

Eh bien ! Voilà, tout y est dit ! On aurait pu s’attendre à une contre argumentation digne de ce nom ; mais, non ! rien ! Maintenant, vous le savez, ce site est pédant, fumeux, intégriste, les auteurs qui le gèrent sont fanatiques, pas seulement, mais également dangereux : il faut s’en écarter le plus vite possible. Nous avons pourtant fait le nécessaire pour argumenter ; la moindre des choses aurait été d’avoir un sed contra de la part de nos adversaires, rien, si ce n’est, évidemment, de vieux arguments ad hominem. Résumons donc la position de notre ami. Grossièrement, les Catholiques sont égarés, ne lisent pas la Bible, ils sont manipulés par leur pape, leurs évêques, ils ne comprennent rien à la Parole de Dieu, sont attachés aux traditions d’hommes, ils adorent les saints – idolâtres, ils n’ont aucune connaissance biblique, etc. ; seulement, lorsque des Catholiques bombardent d’arguments théologiques, pour justement prouver le contraire de ce qui est dit sur eux, ils deviennent pédants, fanatiques… : il faudrait savoir, à la fin !

Ephésiens VI, 11-19

Ephésiens VI, 11-19

Somme toute, en fait, notre ami n’a peut-être pas tord – il dit des vérités. Nous sommes intégristes, cela est vrai : c’est d’ailleurs pour cette raison également que nous sommes dangereux, car l’Accusateur (Satan) n’aime pas les intégristes, car il est très difficile de les faire tomber, il est très difficile de les faire succomber, puisqu’ils ont une Foi solide, non pas bâtie sur du sable, mais sur le roc ! (S. Matthieu, VII, 25). Les intégristes n’aiment pas les à-peu-près, ils aiment la Vérité, franche ! Ils combattent l’erreur, sous toutes ses formes ; car, comme le disait saint THOMAS D’AQUIN : ‘[…] tous les hommes désirent connaître la vérité, il y a en eux un désir naturel d’échapper à l’erreur et de la réfuter quand ils en ont la faculté’. Le mensonge n’a pas lieu d’être. Ils sont forts, fermes. Ils savent se battre, lorsque le combat se présente devant eux. Ce sont des guerriers, revêtant l’armure de combat, prêts à détruire l’ennemi qui viendrait leur demander des comptes. En effet, S. PIERRE, Apôtre du SEIGNEUR, nous demandait d’être toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en nous (I, 3, 15). Le SEIGNEUR Lui-même, nous demande de veiller, d’être toujours prêts, de résister à l’adversaire : si nous sommes bien préparés, il ne résistera pas une seule seconde contre nous, car il nous trouvera en état de force indicible, la Force de l’Esprit. Sans faire fi du fait que, le même SEIGNEUR récuse les tièdes – qu’il vomit de Sa Bouche ; et nous, malheureusement, nous ne sommes pas tièdes, c’est certainement ce qui déplaît à nos adversaires, et c’est pour cette raison également que nous sommes sans doute très dangereux ! Pas étonnant donc que, devant une avalanche d’arguments présentée, notre ami ne trouve rien de plus que le sophisme de l’ad hominem, c’est derrière lui qu’il se réfugie, incapable d’argumenter. C’est normal, on ne réfute pas Le Logos, c’est-à-dire, Dieu. Nous n’avons pas peur de dire que l’Eglise Catholique est la seule Véritable, et que, hors d’Elle, il n’y a pas de Salut ! En cela, nous sommes intégristes, et vraiment dangereux ! Et, de toute évidence, ceux qui disent la Vérité sont toujours vus comme dangereux psychopathes à éteindre de la société : il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil. Terminons par ce sublime avertissement du saint Apôtre PAUL, qui s’exprimait ainsi :

<< Revêtez-vous de l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux embûches du diable. Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans l’air. C’est pourquoi prenez l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister au jour mauvais, et après avoir tout surmonté, rester deboutSoyez donc fermes, les reins ceints de la vérité, revêtus de la cuirasse de justice, et les sandales aux pieds, prêts à annoncer l’Évangile de paix. Et surtout, prenez le bouclier de la foi, par lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du MalinPrenez aussi le casque du salut, et le glaive de l’Esprit, qui est la parole de Dieu. Faites en tout temps par l’Esprit toutes sortes de prières et de supplications…>> Ephésiens VI, 11-18

Il ne s’agit donc pas d’une simple partie de jeu ! Il s’agit d’un combat, d’un duel, d’une guerre, d’une bataille ! Et dans une guerre, si on n’est pas vigilant, ni bien formé, on ne tiendra pas très longtemps. Et dans ce champ de bataille, il faut surtout, à tout prix, essayer d’en sortir vivant ! Raison pour laquelle, le casque, l’armure, le glaive, le bouclier…, toutes ces dispositions, sont nécessaires. Ainsi, l’Apôtre ici n’était rien de plus qu’un intégriste ! Nous le sommes également : mais où est donc le problème ? Nous n’en voyons pas. Simplement, seul le diable, qui attaque sans cesse la Mère du Seigneur, et ce, depuis des temps immémoriaux – le combat remonte au livre de Genèse (III, 15) – peut être troublé lorsqu’on le terrasse par des arguments valides et authentiques ; ne trouvant rien à dire, il verse dans le sophisme : rien d’étonnant ! Puisque la Femme et Sa Descendance, en sortent vainqueurs !

L’Inquisition : les temps, les causes, les faits 7/7


[…] Elle est à peine en mouvement, en 1482, qu’il enjoint aux souverains de restituer les biens confisqués aux repentis. La même année, il reproche aux Inquisiteurs leur dureté. Il menace de les déposer. Il leur interdit de procéder sans le concours de l’Évêque. Plus tard, il résiste à Isabelle, qui voudrait être débarrassée de ce contrôle épiscopal. Il nomme l’archevêque de Séville juge des appels. Il finit par se les réserver pour qu’on en fasse plus de cas.

Ses successeurs donneront des juges spéciaux aux appelants, pour les soustraire à l’Inquisition. Ils casseront des jugements : Innocent VIII, plus de 200 en un an ; Alexandre VI, 250, en 1498 [144].

Le même Innocent VIII s’opposera énergiquement à l’extension de l’Inquisition au royaume de Naples, qui relevait d’Aragon [145]. Paul III maintiendra ce Veto, avec un blâme amer à l’adresse du Tribunal.

Alexandre VI, Pie IV, Pie V, Grégoire XIII, Innocent XII garderont la même attitude et s’efforceront d’enrayer le mal [146]

C’est à dire que, loin d’être complices, les Papes furent gênants. Leur censure vigilante et sévère devint vite importune aux Souverains. Ils lui barrèrent la route, par un premier décret (1498) qui défendait, sous peine de mort, à tous ceux qui étaient allés chercher un appui auprès du Pape [147] de rentrer en Espagne ; puis, par un second, qui interdisait, sous la même peine, la publication, dans le royaume, des actes du Saint-Siège contre l’Inquisition (1509).

Ainsi couverts par l’État, les juges en vinrent à résister ouvertement au papes [148] ; on supprima des Brefs ; on éluda les appels en précipitant l’exécution des sentences ; et les choses allèrent si loin que Léon X, en 1519, excommunia, par-dessus la tête de Charles-Quint, qui les protégeait, et en dépit de ses menaces, le grand Inquisiteur et ses complices. Désespérant de vaincre cette coalition des moines espagnols et du pouvoir civil, il s’apprêtait à destituer, d’un coup, tous les inquisiteurs en charge, pour s’appuyer davantage sur les Évêques, lorsque l’élection de Charles-Quint au trône impérial d’Allemagne [149] (1519) ruina son projet de réforme. Luther était déjà en pleine révolte. On conseillait au nouvel empereur de le soutenir pour peser sur le Saint-Siège. Léon X ne crut pas devoir jouer une si grosse partie ; entre deux maux, il opta pour le moindre.

Mais la Papauté ne désarma point. Elle resta debout l’œil ouvert, la main ferme, sinon toujours victorieuse, gênée qu’elle fut trop souvent par les exigences de la politique.

Quand Paul III, au milieu du XVIe siècle (1542), révoqua tous les pouvoirs inquisitoriaux pour concentrer, à Rome, sous ses yeux, l’Inquisition pontificale, dans cette Congrégation du Saint-Office [150] qui subsiste encore aujourd’hui, Philippe II d’Espagne garda à son compte, c’est-à-dire à son service, Inquisition et inquisiteurs. Il n’en fut que plus à l’aise pour accaparer totalement une institution qui l’était déjà aux trois quarts. De ce jour, il en fit sa chose, un tribunal royal, une véritable machine d’État [151], qu’il opposa au protestantisme ; avec succès d’ailleurs, car la Réforme, la Révolution plutôt de Luther et de Calvin, ne fit qu’effleurer la Péninsule. L’Espagne avait eu sa crise avec les Judaïsants et les remèdes énergiques dont elle s’était servie pour guérir son mal dégoûtèrent pour longtemps les novateurs. L’Inquisition fit l’office d’une douane. Elle arrêta à la frontière les doctrines d’anarchie. Elle sauva, une seconde fois, l’unité nationale et préserva le pays de ces guerres de religion qui ensanglantèrent le reste de l’Europe, aux XVIe et XVIIesiècles [152]

IV

Les Espagnols, non pas les exaltés, les Don Quichotte, mais les plus sages, ceux qui ont marqué dans leur pays, des penseurs universellement estimés, vantent très haut les bienfaits de l’Inquisition.

Leur appréciation, certes, a du poids et l’étranger n’est peut-être pas qualifié pour les contredire ; tout au plus pourrait-il répliquer que ces avantages ont coûté trop de larmes et trop de sang pour qu’on s’en glorifie. Car enfin, s’en tenir à l’opinion courante, au dire surtout des manuels condamnés, le nombre des victimes aurait été « effrayant [153] ; – presque un million de Juifs en dix ans, et autant de Mores ! – tout un peuple voué aux flammes ! [154] »

C’est du délire ! Deux millions en dix ans ! Et l’Inquisition a duré plus de trois siècles ! Mais, rien que pendant ces dix années (1482-1492), comme il n’y avait alors que quatre tribunaux d’Inquisition, à Séville, à Cordoue, à Tolède et à Jaën, cela supposerait, pour chacun, une moyenne de 139 crémations par jour, sans chômer un seul jour !

D’autre part, les historiens du temps, comme Bernaldez et Ferreras, évaluent à 160 000 le nombre total des Juifs de Castille et d’Aragon ; – et, ce chiffre paraît très vraisemblable lorsqu’on voit la place que tiennent, dans nos affaires et dans notre pays, les 100 000 Juifs [155] qui opèrent actuellement chez nous. – Mais alors, s’il faut défalquer déjà de ces 160 000 Juifs espagnols, les 800 000 qui, d’après Llorente (I, 261) furent bannis en 1492, on se demande où l’Inquisition a bien pu dénicher le million qu’elle aurait brûlé ?

Ces évaluations fantastiques ont donc besoin d’être révisées.

L’Inquisition, au XIIIe siècle, contre les Cathares, n’avait fait que très peu de victimes. Le protestant LEA, que l’on se plaît à citer parce que sa malveillance très froide et très sincère vis-à-vis de l’Église donne du prix à ses aveux, est « convaincu que le nombre des exécutions fut bien moindre qu’on ne se l’imagine et que, si les documents n’avaient été détruits, on serait surpris de rencontrer si peu d’hérétiques condamnés au feu… En fait, dit-il, les inquisiteurs se préoccupaient bien plus d’obtenir des conversions que de faire des martyrs. Un bûcher allumé de temps en temps maintenait, parmi les populations, une terreur salutaire. En faisant brûler quarante individus en quinze ans, Bernard Gui réussit à écraser les dernières convulsions du Catharisme [156]. »

Le registre des sentences de ce Bernard Gui, Inquisiteur de Toulouse (1308-1323), nous fournit un exemple typique d’exagération par inadvertance. Il relate 637 condamnations, dont 40 seulement au bûcher : l’auteur du Recueil des historiens des Gaules écrit, dans la préface du Tome XXI (p. 23), que Bernard Gui fit brûler 637 hérétiques : il n’a pas lu jusqu’au bout ; il a pris les 637 condamnations pour des sentences capitales [157]. Et son erreur a été répétée par tous les auteurs qui l’ont consulté.

Bernard de Caux, un autre Inquisiteur, extrêmement sévère, qu’on appelait le Marteau des hérétiques (1246-1248), eut à juger 60 relaps : pas un seul ne fut mis à mort [158]. Sur 278 sentences de condamnations connues, du même, il n’y a pas une seule relaxation. Dans les 9 autodafés de Pamiers (1318-1324), où figurèrent 75 coupables, 4 seulement ont été livrés au bras séculier [159]. À Toulouse, en 1312, 5 sur 193 [160].

Par contre, le Saint-Office, dans le Midi, a certainement sauvé des milliers d’hérétiques et de malfaiteurs repentants que la Justice civile aurait condamnés [161].

Les Inquisiteurs d’Espagne ont eu la main plus lourde ; du moins, on le dit. Mais ils ne sont pas les brutes assoiffées de sang que Sardou a mises en scène dans son drame La Sorcière.

– C’est vraiment déshonorer son talent que d’écrire à la légère, comme il l’a fait, sur un pareil sujet, en dehors de toute documentation, pour exaspérer, sous l’aiguillon venimeux du mensonge, les stupides passions de la foule.

Sur ce chapitre de l’Inquisition d’Espagne, les historiens sectaires sont tous à la remorque d’un très vil personnage, Llorente, prêtre interdit, révolté, traître à son pays, chassé d’Espagne en 1814, expulsé de France en 1822, pamphlétaire hargneux et franc-maçon. Il abusa de ses fonctions d’Archiviste de l’Inquisition pour écrire une histoire discréditée à l’avance : car le soin qu’il prit de soustraire son livre à tout contrôle et à toute critique en brûlant les dossiers dont il s’était servi [162], suffit à le juger. Un auteur qui use de ces procédés ne mérite aucun crédit. Il est disqualifié d’avance.

Les aveux de celui-là sont encore bons à retenir, car la vérité les arrache de force à sa plume.

Llorente est loin de compte, cependant, avec nos manuels scolaires. Alors que Primaire [163] dit 2 millions de victimes, pour 10 ans, il se contente de 30 000, pour trois siècles et demi [164].

Ce chiffre réduit est encore excessif. Des travaux allemands tout récents estiment qu’il faudrait en rabattre au moins les 2/3, comme on avait dû rabattre déjà, de 800 000 à 170 000, son dénombrement des Juifs bannis, en 1492 [165].

Llorente commet une première erreur, en concentrant sur une seule année (1481) les 2 000 victimes que l’historien Mariana [166],qu’il cite, attribue, sans apporter de preuves, à Torquemada, pendant les 18 années que dura sa mission.

De plus, il se réfute lui-même, dans la répartition géographique de ces 2 000 bûchers : « 298 à Séville seulement » dit-il, et les 1 700 autres dans les régions d’alentour. Or, puisqu’il n’y avait, cette année-là, qu’un seul tribunal et qu’il siégeait à Séville où toutes les causes aboutissaient, il semble bien que ce chiffre de 298 soit le seul à retenir pour l’année 1481.

Seconde erreur grossière : il établit, par tribunal, une moyenne annuelle des exécutions, à l’époque où il n’y avait que quatre tribunaux et il multiplie ensuite cette moyenne par douze, quand il y en eut douze, comme si, à tripler le nombre des tribunaux sur un même territoire, on triplait le nombre des criminels [167] !

Troisième erreur : toujours avec ses à peu près, il affecte la moyenne des tribunaux de Castille aux tribunaux d’Aragon,alors qu’il y avait cinq fois plus de Juifs en Castille qu’en Aragon [168]

Ses calculs compliqués ne sont donc, en réalité, selon l’expression d’un auteur allemand, que des « calculs frivoles de probabilité [169] ».

On y note, à chaque page, des expressions comme celles ci : « il est probable ; – je suppose ; – suivant ma manière de compter » ; – « l’Inquisition commença à Cordoue en 1483 ; il est probable qu’elle y condamna autant de monde que le tribunal de Séville, en 1481 ». – « C’est de cette même année 1483 que date l’Inquisition de Jaën ; je suppose que le nombre des condamnés y fut le même qu’à Cordoue ». – « Je crois qu’il y eut autant de victimes la 2e année que la 1re et je fonde mon opinion sur ce que je ne vois rien qui prouve le contraire » [170].

Il emploie le mot victimes pour désigner ceux qui ont été l’objet d’une peine quelconque, prison, confiscation, note infamante, aussi bien que ceux qui ont été brûlés en réalité ou en effigie (les exécutions simulées de condamnés en fuite ou morts, figurent en proportion notable dans les autodafés). Plus d’un historien, induit en erreur par cette équivoque, a pris toutes ces condamnations pour des exécutions capitales [171].

Par trois fois au moins, il écrit immoler au lieu de condamner : « …l’Inquisition immola 234 526 victimes… dont 9 660 furent brûlées en effigie et 206 546 condamnées à des pénitences [172] ».

Il est étrange qu’après avoir jonglé avec les gros chiffres pour établir, sur de simples hypothèses, son évaluation globale, la plupart des autodafés dont il fait expressément mention se rapprochent sensiblement des chiffres modérés indiqués ailleurs. Quarante-et-un comptes-rendus d’autodafés, relevés dans ses quatre volumes, accusent seulement 216 victimes [173].

Enfin, il se garde bien de décompter tous les malfaiteurs de droit commun que le bon plaisir des Princes déférait à l’Inquisition et qui n’ont nullement été condamnés pour cause d’hérésie. Or, ils étaient nombreux ; car les Rois avaient fini par étendre tellement les pouvoirs des inquisiteurs que toutes les affaires graves intéressant la sûreté de l’État ou l’ordre social, ressortissaient à leur tribunal : crimes contre nature ; bigamie, assez fréquente [174] et d’importation arabe ; délits de mœurs des clercs et des moines ; vols sacrilèges ; meurtres et séditions dans certains cas ; sorcellerie ; trahison, et même la falsification des monnaies et la contrebande de guerre [175].

On arrive donc aisément à dégonfler les statistiques fantaisistes de Llorente. Il est moins commode d’extraire maintenant de la cendre des dossiers qu’il a brûlés une recension précise des victimes de l’Inquisition. Il nous reste pourtant, dans les rares documents qui ont échappé au bûcher [176], quelques renseignements très suggestifs.

En l’année 1486, à Tolède, aux jours tragiques de Torquemada, plus de 3 000 coupables furent condamnés à des peines diverses, en 4 autodafés (12 février, 2 avril, 1er mai, 11 décembre) : 27 seulement furent livrés au bras séculier [177]. – À Valence, en 1538, sur 112, il y en eut 14 ; – à Séville, le 24 septembre 1550, 3 ; – à Saragosse, le 6 juillet 1585, 3 [178] ; – à Madrid, le 30 juin 1690, 19 sur 120 [179] ; – à Lisbonne, le 6 novembre 1707, 4 sur 60 [180] ; – à Rome, en 1498, 250 condamnés « convaincus de judaïsme, dit Llorente, qui en avaient appelé au Pape, furent tous réconciliés [181] ; – à Louvain, en 1527, 60 condamnés, qui furent tous admis à la réconciliation [182] ; – à Grenade, un autodafé solennel, en 1528, « pour inspirer aux Moresques la crainte et la terreur. Cependant il n’y eut pas de Mores condamnés au feu » [183] – à Grenade encore, en 1593, « un autodafé très considérable : 5 individus y furent brûlés eu personne et 5 en effigie » [184] ; – à Murcie, en 1557, « un des autodafés les plus solennels qu’on eût encore vus ; il fut composé de onze individus condamnés à être brûlés et 93 réconciliés » [185].

Ce sont là des indices, des points de repère, qui concordent avec les données du Languedoc, sur lesquels on ne saurait baser une évaluation globale [186], mais qui rendent singulièrement suspectes les élucubrations si mal venues et si peu fondées de nos adversaires.

Ces discussions de détail n’ont d’ailleurs qu’une minime importance.

V

Les Espagnols du XVe siècle n’ont vu, dans la répression de l’hérésie, que le complément de la conquête : leur Inquisition a fait corps avec la guerre des Mores ; ce fui un seul et même effort ; le glaive de la justice a achevé et consolidé l’œuvre de l’épée.

Prodigue de son sang, pendant huit siècles, sur les champs de bataille, l’Espagnol peut se redresser fièrement devant tous ceux qui ont, aujourd’hui, la prétention de lui donner des leçons d’humanité ; car, dès qu’il eut reconquis son sol, il ménagea, comme personne ne l’a fait, le sang de ses ennemis. Mesurant ses coups pour qu’ils ne s’égarent pas, soucieux de ne frapper que des têtes coupables, il a évité, grâce à l’Inquisition, ces affreux massacres, ces tueries sauvages qui ont maculé de boue et de sang tant de pages dans l’histoire des autres peuples.

Si graves qu’on les suppose, les excès de l’Inquisition espagnole ne sont rien en comparaison des persécutions féroces, des orgies de cruauté que Luther a déchaînées en Allemagne, et, après lui, à cause de lui, Calvin, à Genève ; Henri VIII, Élisabeth, en Angleterre ; Christian II, en Danemark ; Gustave Wasa, en Suède ; Jeanne d’Albret, en Navarre ; les huguenots, puis les Jacobins, chez nous [187].

Assimiler Torquemada, Deza et les autres à ces inquisiteurs couronnés qui firent revivre Néron et Domitien, à ces inquisiteurs débraillés de 93, qui furent des brutes cyniques, c’est confondre d’honnêtes chiens de garde, à la dent un peu dure (Domini canes), avec des tigres furieux.

II faut à nos huguenots, francs-maçons, sectaires et blocards, héritiers de la Réforme et de la Révolution, solidaires des crimes de leur parti, une forte dose d’impudence pour oser, avec tant de sang sur les mains, avec une pareille poutre dans l’œil, nous jeter à la face l’Inquisition.

Mais ils crient avec un tel ensemble, ils gémissent si lugubrement sur les coups qu’ils ont reçus, sans parler jamais de ceux qu’ils ont donnés, ils protestent en termes si véhéments contre les violences des catholiques, qu’ils ont fini par en imposer à l’opinion et à l’histoire.

Nous autres, nous n’avons pas tant de fiel, ni tant de mémoire, ni tant d’habileté, ni tant d’audace. Faiblesse ou naïveté, nous laissons toujours à ces éternels pleurards le bénéfice de l’offensive. Nous nous défendons mollement, par pudeur, dans l’appréhension de froisser quelqu’un ; à moins que ce ne soit par respect humain : la peur d’aborder franchement en public une discussion religieuse, alors qu’il nous serait aisé de reprendre avantage, sur ce terrain où ils sont en plus mauvaise posture que nous.

Est-il même nécessaire, pour les confondre, d’évoquer la sinistre figure de leurs ancêtres ?

Est-ce que ceux-là qui font un crime à l’Espagne du XVe siècle d’avoir défendu, contre des intrus, son unité nationale subsistante dans le catholicisme, ne prétendent pas aujourd’hui établir, à coup de force, dans la France catholique, la Libre-Pensée ?

Est-ce que ceux-là qui reprochent aux rois d’Espagne d’avoir expulsé les Juifs turbulents et traîtres, n’ont pas banni de France, par milliers, des êtres de dévouement, moines et religieuses, de notre sang, de notre race, l’élite de la nation, sans un motif avouable, sans une raison plausible ?

Est-ce que ceux-là qui portent encore, après quatre siècles, le deuil des victimes légalement jugées et condamnées de l’Inquisition d’Espagne, ont fait un geste, ont dit un mot, alors qu’ils disposaient du pouvoir, pour venger les Arméniens massacrés naguère, en masse, sous les yeux de l’Europe muette et impassible : 300 000, en 1896 ; 30 000 en 1909 ?

Mais, fermer la bouche à l’adversaire par des arguments ad hominem, cela ne mène pas loin : les catholiques ne doivent point s’en tenir là.

S’ils n’ont pas à être fiers de l’Inquisition, parce que l’acuité du mal n’empêche pas de déplorer la rigueur du traitement, ils n’ont pas davantage à en rougir, car le masque hideux dont les Juifs et les protestants l’ont affublée, est usé. L’Histoire ne ratifie pas ces jugements passionnés de la rancune, et, tous les jours, la révision se fait, par la force des choses, au bénéfice de l’Église.

D’ailleurs, si vraiment l’Inquisition puisait au centre, à Rome, son intolérance, c’est à Rome, à la source, au foyer, que l’intolérance et le fanatisme auraient dû s’affirmer le plus violemment et sans contrainte. Or, de l’aveu de tous les historiens, même des pires, comme Llorente et Lea, nulle part l’Inquisition ne fut plus bénigne et plus miséricordieuse qu’à Rome, où elle ne fit même pas deux victimes.

Le partage des responsabilités est donc bien net : celles qui incombent à l’Espagne ne nous regardent pas ; celles qui reviennent à l’Église ne sont pas tellement lourdes qu’elles puissent nous gêner beaucoup.

Et l’on peut emprunter le mot de M. de Tocqueville, pour clore ce travail sur l’Inquisition : « J’ai commencé, dit-il, l’étude de l’histoire, rempli de préjugés contre les Papes ; je l’ai finie, plein de respect pour l’Église. »

Mgr Maurice LANDRIEUX, évêque de Dijon

Mgr Maurice LANDRIEUX, évêque de Dijon

 – Maurice LANDRIEUX, L’Inquisition : les causes, les temps, les faits, Lethielleux, 1911

Sur le culte marial : réponse à Jeremy Sourdril


« Engeance qui maudit son père et qui ne bénit pas sa mère, engeance à ses propres yeux, mais dont la souillure n’est pas effacée… » (Proverbes 30, 11-12)

Nous avons, il y a à peine deux jours, réfuté un article qui prétendait que Marie, mère de Jésus-Christ ne pouvait être appelé « Mère de Dieu », soulignant qu’il s’agissait, pour nos interlocuteurs, d’une mauvaise compréhension. En ce jour, nous voulons réfuter un « autre » article que nous avons retrouvé sur le même site. Nous nous excusons d’avance pour ceux qui, fragiles d’esprit, ou qui pourraient être choqués (à cause du fait qu’ils n’ont jamais lu des argumentations pareilles), pourraient nous reprocher d’exposer de telles paroles sur notre site – catholique ! L’argumentation que nous nous apprêtons en effet à réfuter est si consternante qu’il est difficile de penser qu’elle ait été proposée par un « chrétien ». Celui qui a rédigé ces mots contre la Sainte Vierge Marie, ceux qui les ont relayés et ceux qui les ont approuvés, il faut s’en rendre compte, créent scandale, ils blasphèment contre l’Esprit Saint et par conséquent, se damnent. La lettre nous avertit que « malheur à ceux par qui le scandale arrive » (Lc, 17, 1-2). Même si nous considérons que cette argumentation est d’une impéritie indicible, nous nous devons de la réfuter – car, les saints Apôtres nous demandent « d’être prêts à rendre compte de l’espérance qui est en nous » (I P, 3, 15), mais également, de réfuter les pourfendeurs. C’est ce que nous allons exécuter dans les quelques lignes qui vont suivre. L’argumentaire adverse est en bleu. Il est suivi d’un sed contra catholique.

« Heureux (ou béni) le sein qui t’a porté ! Heureuses les mamelles qui t’ont allaité ! » (Luc 11:v7) Cette parole n’avait rien à faire là, car Jésus prêchait contre les démons, en disant : «  »Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse » (Luc 11:23). Cette femme n’était donc pas avec Jésus, mais les démons en elle voulurent disperser et amener de la confusion chez les gens par un mensonge. Les démons démasqués voulaient se manifester. C’était LE PREMIER CULTE À MARIE.

Que répondit Jésus ? Dit-il : « Oh oui Marie est bénie, c’est la mère de Dieu ! » ? Ou encore : « Oui bénissons Marie ensemble ! » ? Dit-il : « Tu as très bien dit femme ! » ? Ou encore : « Tu pourras adorer Jésus après ma mort » ? NON !!!! Jésus répondit : « Heureux PLUTÔT ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! ». Jésus a cassé le culte à Marie.

Marie vs démonsEn sens contraire : Elisabeth, sous le souffle de l’Esprit Saint confesse (Lc, 1, 41-45) que Marie est bénie et qu’elle est heureuse pour avoir cru. Ce n’est donc pas Elisabeth, de son propre chef qui parle, mais l’Esprit. Ainsi, l’auteur vient donc de s’opposer à l’Esprit même de Dieu.

Ce que nous pouvons, de prime abord, relever : ce n’est du verset 7 qu’il s’agit, mais du 27. Deuxièmement, c’est l’interprétation catastrophique et machiavélique que l’auteur fait de ce passage ! L’auteur affirme et soutient, de manière totalement abjecte que la femme, pour avoir prononcé les paroles « Heureux les entrailles qui t’ont porté… », avait en elle des démons. Le but étant de disperser. Incroyable et infâme ! Non seulement parce que, dans les épisodes que nous avons dans le Nouveau Testament, lorsque le Christ se présente devant des démons, ceux-ci se manifestent souvent, le reconnaissant d’ailleurs. Dire que cette femme avait en elle des démons est une infâme extrapolation et une digression qui montre l’esprit qui animait celui qui a rédigé ces paroles au moment où il le faisait. De plus, il est évident que si la femme souffrait réellement de troubles démoniaques, Le Seigneur l’aurait soignée. Troisièmement, nous attirons l’attention des lecteurs sur la conclusion de l’auteur : « Heureux PLUTÔT ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! ». Jésus a cassé le culte à Marie. Jésus- christ attire donc l’attention sur ceux qui écoutent la Parole de Dieu. Ainsi, si nous réussissons à montrer que la Mère du Seigneur fait partie de ceux-là, nous rendrons l’argumentation adverse caduque. Or, remarquons que, La Parole, Le Verbe de Dieu – qui est Le Christ Lui-même, a pris chair en la Vierge Marie. De quelle manière ? Il a fallu que Celle-ci écoute et croit ! Il suffit  de lire la conversation entre La Mère du Seigneur et l’Archange, dans le même Évangile, au chapitre premier. L’échange se termine ainsi par ces paroles de Marie, avant qu’elle ne s’empresse de se rendre chez Elisabeth : « Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! » Et l’ange la quitta. » (S. Luc, I, 38). Donc, ici, conformément aux paroles du Christ en Luc XI, 28, la Mère du Seigneur remplit sans conteste les conditions. Gabriel joue bel et bien ici son rôle d’Ange, à savoir Messager – qui apporte donc la Parole ! Et l’Evangéliste Luc nous dit que Marie accueille ce Message, qui lui-même annonce La Parole faite chair, avec ferveur, foi et confiance. Si c’est une épreuve que voulaient lui faire passer les pourfendeurs, Elle la réussit. De surcroît, lorsque nous contrastons la conversation de L’Archange et Marie, et celle du même Archange et celle de Zacharie, on peut remarquer une différence nette. L’Archange « punit » Zacharie parce que ce dernier refusa de le croire : « Moi, je suis Gabriel (…) Et voici que tu vas être réduit au silence et sans pouvoir parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru à mes paroles, lesquelles s’accompliront en leur temps. » (S. Luc, I, 20). On constate simplement que l’évangéliste contraste clairement le récit de Zacharie d’avec celui de Marie. Alors que Zacharie ne croit pas, Marie, elle, a cru ; a dit oui ! L’Esprit nous enseigne également que la Sainte Vierge et Son Fils partagent un Lien ineffable : Et il advint, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint. Alors elle poussa un grand cri et dit : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! » (S. Luc, I, 41-42). Si dire que Marie est bénie, ou heureuse, revient à être possédé de démons, alors l’Esprit Saint est un démon. C’est la conclusion absurde et blasphématoire à laquelle arrive l’auteur de cet écrit que nous venons de reprendre. Donc, non seulement les prétendus hommes de Dieu ne prêtent pas véritablement attention aux paroles de Dieu, puisque Celui-ci parle « parle d’une façon et puis d’une autre, sans qu’on prête attention. » (Job, 33, 14), ils attristent également l’Esprit (Eph, 6, 30), et, de fait, se damnent à jamais.

Les quatre seules communications que nous trouvons dans le NT entre Jésus et Marie : Aux noces de Cana :

« Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont plus de vin » (Jean 2:3). Que répondit Jésus ? Dit-il : « Oui Maman, tu es la mère de Dieu, je ne peux que t’obéir et me soumettre à toi ! »? Ou encore : « Oui maman je vais en acheter » ?

NON !!!! : « Jésus lui répondit : Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? (femme, pourquoi me cherches-tu des histoires) » Remarquez qu’il a utilisé le terme de FEMME, un terme totalement neutre, le même terme qu’on utilisait pour parler de n’importe quelle femme. Il n’y avait aucune allusion à un rapport fils-mère.

En sens contraire : l’auteur fait appel au quantitatif alors qu’il devrait s’attarder sur le qualitatif. L’argument présuppose que, puisqu’il n’y a que « quatre seules communications » entre Jésus et Marie dans le Nouveau Testament, alors, certainement, Marie n’a pas d’importance quelconque. C’est un sophisme ! En second lieu, Femme n’est pas un terme qu’on utilise pour parler de « n’importe quelle femme », c’est le terme avec lequel Adam, à la vue de sa compagne, s’exclame ! Or, Eve n’était pas « n’importe quelle femme ». L’argumentation de notre auteur est donc des plus ridicules.

Nous reprenons les mots de l’auteur qui écrit : <« Jésus lui répondit : Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? (femme, pourquoi me cherches-tu des histoires) »>. Remarquons très rapidement l’interprétation fantasmagorique donnée par le pourfendeur : femme, pourquoi me cherches-tu des histoires. On croirait davantage une querelle de gosses en cours de récréation qu’une tentative sérieuse d’exégèse. On aurait pu lire : « Hé, miss, qu’est c’que tu veux ?! hein… tu me cherches ? Tu me cherches les embrouilles ou quoi ?! », cela n’aurait pas changé grand-chose. Voilà donc la Personne du Fils réduite à s’exprimer comme les « racailles » du XXIe siècle ! Reprenons, avec un peu de sérieux. Il faut simplement signaler que, en Jean 2, 5, aux noces de Cana, il est impensable que Le Christ ait manqué de respect à Sa Mère. Car l’un des grands commandements de Dieu consiste justement à honorer les parents… Les confusions apportées par l’auteur ici sont des plus ridicules. Car, si Le Christ appelle sa Mère « Femme », ce n’est pas parce qu’il n’y a « aucun rapport fils-mère » comme le stipule notre interlocuteur, mais pour préciser la place de Marie dans le Salut ! Comme nous le rappelions ci-haut, « Femme » est l’appellation que Adam donna à celle que Dieu lui présenta : « Et l’homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l’appellera femme, parce qu’elle a été prise de l’homme. » (Genèse, 2, 23). Or, nous savons que Marie est la nouvelle Eve ! Jésus-Christ étant le nouvel Adam : « C’est pourquoi il est écrit : Le premier homme, Adam, devint une âme vivante. Le dernier Adam est devenu un esprit vivifiant. » (I Co., 15, 45), Marie est forcément la nouvelle Eve ! Lisons l’enseignement, dès les premiers siècles, de S. Irénée de Lyon sur cette question :

« Parallèlement au Seigneur, on trouve aussi la Vierge Marie obéissante, lorsqu’elle dit « Voici ta servante, Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ». Eve, au contraire, avait été désobéissante elle avait désobéi, alors qu’elle était encore vierge. Car, de même qu’Eve, ayant pour époux Adam, et cependant encore vierge — car « ils étaient nus tous les deux » dans le paradis « et n’en avaient point honte », parce que, créés peu auparavant, ils n’avaient pas de notion de la procréation il leur fallait d’abord grandir, et seulement ensuite se multiplier — de même donc qu’Eve, en désobéissant, devint cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain, de même Marie, ayant pour époux celui qui lui avait été destiné par avance, et cependant Vierge, devint, en obéissant, cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain […] C’est pourquoi aussi Luc a commencé sa généalogie par le Seigneur, pour la faire remonter de celui-ci jusqu’à Adam, indiquant par-là que ce ne sont pas les pères qui ont donné la vie au Seigneur, mais lui au contraire qui les a fait renaître dans l’Évangile de vie. Ainsi également le nœud de la désobéissance d’Eve a été dénoué par l’obéissance de Marie, car ce que la vierge Eve avait lié par son incrédulité, la Vierge Marie l’a délié par sa foi. »[1]

Saint Irénée de Lyon

Saint Irénée de Lyon

Même si, S. Irénée, posant ici les bases du parallèle entre Marie et Jésus, Adam et Eve, ne pense pas son raisonnement jusqu’au bout, à savoir que Marie est immaculée conception, puisqu’elle est nouvelle Eve, celle-ci ayant été créée sans péché originel, il faut relever que le parallèle est déjà présent. Et d’ailleurs, l’Ecriture l’atteste forcement. Ainsi, vu sous cet angle, les noces de Cana prennent un sens plus profond que l’interprétation fallacieuse que nous propose notre interlocuteur. De plus, pour finalement détruire l’argumentaire, nous relevons que Le Christ parle ici de son heure. Mon heure n’est pas encore arrivée, dit-Il. Or quelle est donc cette heure dont parle si souvent Le Seigneur ? Il s’agit simplement de l’Heure de la Croix ! Ou l’Heure de sa glorification et en même temps de la glorification du Père (Jn 17, 1). Nous avons plusieurs occurrences dans l’évangile selon S. Jean (7, 30 ; 8, 20 ; 13, 1 ; 17, 1…). Or, nous savons que c’est par Sa Croix que l’Identité du Christ sera pleinement mis en lumière. De fait, nous pouvons lire : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que Je Suis » (Jn, 8, 28). Ce que nous pouvons donc affirmer avec certitude absolue : lorsque Jésus répond à Sa Mère, il ne faut pas le comprendre comme le font les hérétiques, aux interprétations insensées et blasphématoires, mais penser chaque mot. Ici, les sens des paroles du Christ est donc à comprendre avec Son heure. Maintenant que nous avons établi de manière incontestable que le texte de Jean 2, 5 doit être lu ainsi, c’est-à-dire en considérant plus précisément les paroles du Seigneur, et Son heure, il nous reste à préciser le rôle de la Sainte Mère. Est-elle renvoyée par Son Fils, de manière arrogante comme on voudrait le laisser penser ? Si tel est le cas, il s’agirait d’un manque de respect – et ferait du Fils un mauvais fils, manquant de respect à sa mère, violant ainsi un des grands commandements divins. Chose impensable, si ce n’est dans la pensée perverse des hérétiques.

Celui qui nous met sur la piste est le prophète Syméon. Nous pouvons en effet lire en Luc : « … et toi-même [Marie], une épée te transpercera l’âme ! – afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs. » (Lc II, 35). La prophétie nous avertit que l’Enfant (le Christ) doit être un signe en butte à la contradiction et souligne ensuite qu’une épée transpercera le l’âme de la Sainte Vierge. Quand est-ce cela a pu se produire ? Sans aucun doute, lors de la Crucifixion du Seigneur. L’épée qui transperce l’âme peut être vue comme l’indicible douleur éprouvée par la Mère voyant son Fils cloué sur le bois. Mais, ce n’est pas tout. Car la prophétie ajoute : « afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs ». Il est donc question de révélation ! Ainsi, nous pouvons clairement établir que l’épisode des Noces de Cana nous renvoie directement à l’amertume ressentie par la Mère du Seigneur. Cela nous montre également que l’épée qui transperce son âme, comme le prophétise Syméon, est en lien direct avec <l’Heure du Fils> qui est, comme nous l’avons relevé, l’heure de sa Glorification. Nous pourrions arrêter ici notre réfutation de cette partie. Mais, afin d’anéantir une bonne fois pour l’argumentation adverse, relisons ensemble le contexte de l’évangile [en Jean 2], ayant à l’esprit ce que nous venons de dire :

« Trois jours après, il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là, et Jésus fut aussi invité aux noces avec ses disciples. Le vin ayant manqué, la mère de Jésus lui dit: Ils n’ont plus de vin. Jésus lui répondit: Femme, qu’y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n’est pas encore venue. Sa mère dit aux serviteurs: Faites ce qu’il vous dira. Or, il y avait là six vases de pierre, destinés aux purifications des Juifs, et contenant chacun deux ou trois mesures »[2]

En lisant le texte, que constatons-nous ? L’Apôtre prend tout le soin de préciser que la « mère de Jésus était là ». Ensuite, très vite, il signale également la présence de Jésus. Comme pour mettre en évidence les véritables protagonistes de la scène. Que pouvons-nous encore lire ? Il y a la présence, le manque de vin. Du vin ! Mais également, on nous parle de « vases… destinées aux purifications de Juifs ». Etrange coïncidence. Vin et purification, voilà qui nous rappelle toute la Nouvelle Alliance. Raison pour laquelle nous lisons : « On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, les outres se rompent, le vin se répand, et les outres sont perdues ; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le vin et les outres se conservent » (Matthieu 9, 17). Il s’agit donc ici, pour l’Apôtre Jean, en ce qui concerne ces noces, de nous amener à considérer ce « signe » (premier miracle) du Christ. Car Il est véritablement le vin de l’Alliance nouvelle. En ce qui concerne la « purification » (de tout le genre humain), cela se passe à l’Heure du Christ, à la Croix donc. Et à la Croix, qui retrouvons-nous ? Le Fils et Sa Mère, présents… Nous nous souvenons que Syméon avait parlé d’une épée qui transpercera l’âme de la Sainte Vierge : si on peut parler de profonde tristesse au sens formel, de la Vierge Marie ; au sens matériel, nous savons que le Fils a été transpercé d’une lance : d’où, de Son Côté, il en jaillit du Sang et de l’Eau ! Le même Apôtre nous avertit que : « S’étant approchés de Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes ; mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau » (19, 33-34). Le sang (=symbolise la réalité du Sacrifice) ; l’eau (=fécondité spirituelle ; vie éternelle : celui qui boit de Mon eau n’aura jamais soif !). Ainsi, s’accomplit la prophétie de Syméon : – afin se révèlent la pensée de bien des cœurs !

« C’est lui, Jésus Christ, qui est venu avec de l’eau et du sang ; non avec l’eau seulement, mais avec l’eau et avec le sang ; et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la vérité. Car il y en a trois qui rendent témoignage : l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois sont d’accord. »[3]

Ajoutons donc, enfin que, si la réponse du Christ à Sa Mère consistait simplement à lui dire : « Tu me cherches ‘histoires’ », la réponse de Marie aux serviteurs serait tout simplement absurde, puisqu’elle leur dit : Tout ce qu’il dira, faites-le ! étranges paroles alors que son Fils vient de lui demander de ne pas se mêler de ses « histoires ». Au contraire, la réponse de Marie montre qu’elle avait bien compris la réponse de Son Fils – non pas comme le comprennent perversement les hérétiques jouant à l’amateurisme exégétique. Ici, donc, la véritable interprétation, après tout ce que nous venons de dire, c’est celle d’une intercession de Mère du Seigneur, qui, de surcroît, nous demande de faire tout ce qu’Il nous dira de faire : Elle nous donne donc ce précieux conseil. Sachant évidemment que, Lui-même nous dit : Sans moi, vous ne pouvez rien faire (Jn 15, 5). Sa Mère, avec qui, Il partage un lien ineffable, incommunicable, puisque les deux sont liés à « L’heure » (dont nous avons déjà parlé), nous dit humblement : vous feriez mieux de l’écouter. Le Père, qui est aux cieux, lors du Baptême du Fils, nous avait également demandé d’écouter ce dernier. La Mère est donc conforme à la volonté du Père ! (Rappelons-nous également des paroles prophétiques de Genèse 3, 15 qui s’accomplit ici parfaitement (sans mettre de côté Apocalypse 12). Nous voyons donc ce lien ineffable entre la « Femme » et le Seigneur, Sauveur. C’est très éloigné des interprétations fallacieuses et irréalistes de Jérémy !)

La piètre argumentation de Jérémy Sourdril ne s’arrêtant pas là, il continue, persuadé d’être sur la bonne voie, et sans doute être éclairé :

(alors que Jésus âgé de 12 ans les avaient quitté depuis 4 jours (1 jour de marche et 3 jours de recherche).

« Quand ses parents le virent, ils furent saisis d’étonnement, et sa mère lui dit : Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Voici, ton père et moi, nous te cherchions avec angoisse » (Luc 2:48). Que répondit Jésus ? Dit-il : « Oh oui Papa et maman, je vous demande pardon d’avoir agi ainsi car vous êtes mes parents ! » ? Ou encore : « Vous avez eu raison de vous inquiéter car je n’ai pas fait exprès mais je me suis perdu » ? Dit-il : « Oh Maman mère Dieu pardonne-moi, mais toi Joseph tu n’es pas mon vrai père » ? NON !!!! Jésus était resté délibérément à Jérusalem et il leur répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je m’occupe des affaires de mon Père ? » (Luc 2:49). Faisant ainsi la différence entre eux (« vous », un terme dénué de sympathie), et SON VRAI PÈRE.

Le saint Archange Michel terrassant l'ennemi !

Le saint Archange Michel terrassant l’ennemi !

Les dires, et les sous-entendus de l’auteur, ici, sont 100% démoniaques ! Nous sommes là en présence d’un jeune enfant arrogant, hautain et insolent ! Il est clairement en train de manquer de respect à ses parents ! C’est donc ce Jésus que nous présente Jérémy Sourdril : quelle désolation ! Les Proverbes disent : « L’œil qui nargue un père et méprise l’obéissance due à une mère, les corbeaux du torrent le crèveront, les aigles le dévoreront » (30, 19). Ainsi, le triste auteur tombe sous l’anathème des paroles bibliques. Sans oublier les paroles de S. Paul sur les parents et les enfants et les paroles de ce même Paul concernant les faux prophètes qui annoncent des hérésies. Voilà donc notre interlocuteur frappé d’anathème de « faux prophète », décrivant des choses contraires à la Parole, contraires à Jésus-Christ Lui-même. Nous osons croire que celui a écrit ce texte (que nous sommes en train de réfuter) n’était pas lui, comme il accusait la femme dans le verset analysé ci-haut, possédé de démons. Deuxième chose, le contexte de la scène est tronqué. Puisque la suite de l’Evangile précise : « Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait toutes ces choses dans son cœur. » (Luc, 2, 51) Il leur était soumis, dit le texte ! Deuxièmement, Marie méditait ces choses dans son cœur : encore un verset qui vient exalter la Sagesse de la Mère de Dieu.

Lisons encore les extravagances de notre interlocuteur, concernant Luc 1, 42-43, et admirons à quel point la duperie est au service d’une exégèse – si c’en est une :

Elisabeth adora Jésus : « Elle s’écria d’une voix forte : Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni. Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ? » (Luc 1:42-43). Ici Elisabeth dit que Marie fut béni par le fait d’avoir porté Jésus, ce qui est une grande bénédiction. Béni par qui ? Par elle-même ? Non ! Par le seul vrai Dieu, celui qui peut bénir. Aussi, elle dit : « Mon Seigneur », et : « Le fruit de ton sein ». Elisabeth n’était pas impressionnée par Marie elle-même, mais bien par Jésus, son Seigneur.

En sens contraire : Nous ne nions pas que Marie est bénie par le fait d’avoir porté Jésus. C’est un aveu magistral de la part de notre interlocuteur. Pourtant, la Foi catholique a toujours précisé que ce que nous disons de la Sainte Vierge Marie lui est dû grâce aux Mérites qu’Elle tient de Son Fils. Ainsi, notre interlocuteur, de manière inconsciente, vient de faire une théologie mariale catholique. Et donc, si nous suivions sa logique, il est lui-même idolâtre et hérétique, puisqu’il professe des hérésies catholiques. Décidément, à vouloir s’opposer à la vérité, on finit par confesser celle-ci. Si donc notre interlocuteur reconnaît que « Marie fut bénie par le fait d’avoir porté Jésus », alors, pourquoi ne pousse-t-il son raisonnement jusqu’au bout ? A savoir, appliquer le plan cause-effet, comme il l’a fait ici ? Et ainsi, professer que, si comme le disent les Catholiques, Marie est immaculée conception, c’est uniquement parce qu’Elle a été destinée à être le Réceptacle du Saint des saints, l’Immaculé ? La logique appliquée par le « protestant » dans son interprétation voudrait donc qu’il reconnaisse pleinement les dogmes catholiques. Puisque, nous le répétons, si la Foi catholique soutient que Marie est bénie, qu’elle est sainte, qu’elle est Eve nouvelle, qu’elle est immaculée conception, qu’elle Reine des Cieux, cela est dû au fait d’avoir été Réceptacle du Fils unique de Dieu, d’avoir donc bénéficié, à un degré haut, des Mérites de celui-ci. Une simple question subsiste : « le protestant » se fera-t-il catholique après avoir appris qu’il professait en fait, sans le savoir, notre position ? Attendons…

Deuxième chose, commentant Luc 1, 42-43, l’interlocuteur nous dit : Aussi, elle dit : « Mon Seigneur », et : « Le fruit de ton sein ». Elisabeth n’était pas impressionnée par Marie elle-même, mais bien par Jésus, son Seigneur. Nous pouvons constater, techniquement, et sans ambages, une tentative de duper les lecteurs. Même lorsqu’un texte se présente à nous de manière claire et obvie, l’interlocuteur essaye de duper vilainement. Non, c’est archi faux ! Elisabeth ne dit pas seulement « Mon Seigneur », elle a bel et bien précisé : « Mère de mon Seigneur ». Ce qui anéantit totalement l’argumentation fallacieuse et tronquée de notre interlocuteur. Ainsi, si Elisabeth est « impressionnée » par son Seigneur qui est Jésus-Christ, elle confesse également que ce Seigneur A UNE mère. C’est ainsi qu’est réduit au silence le pourfendeur. Marie est donc Mère du Seigneur, et comme il n’y a qu’un Seul Seigneur (Eph., 4, 5), et le Seigneur étant Dieu, Marie est simplement Mère de Dieu. Aucun moyen de s’opposer à ce raisonnement limpide, si ce n’est de confesser avec les ariens que le Christ n’est pas réellement Dieu, ou alors de soutenir une absurdité grossière en maintenant que Seigneur n’est pas équivalent de Dieu dans le Nouveau Testament.

En définitive, commentant le verset de Jean 19, 25-26, notre interlocuteur délire encore en maintenant que : « Aussi, Jésus a vu le disciple qu’il aimait. Nous voyons que l’amour de Jésus s’est porté sur son disciple, Jean, pas sur sa mère. Il a agi envers sa mère comme il le demande envers chaque veuve. » Eh bien ! tout y est dit. Jésus-Christ a aimé le disciple, mais pas Sa mère. « Excellente » exégèse qui résume assez parfaitement, mais misérablement les points vomitifs que nous avons réfutés ci-haut. En fait, il ne doit pas aimer sa mère, « ce » Jésus qu’on nous présente : il a simplement fait un geste, puisque celle-ci était une veuve. Ah… une autre contradiction. L’auteur suppose bien évidemment, vous l’avez compris, que Joseph est décédé. Raison pour laquelle il parle de Marie comme veuve. Or, si ce n’est rien de plus qu’une contradiction avec le principe si cher aux protestants : le sola scriptura. La Bible n’indique pas (en aucun moment) que Marie est veuve. Pour déduire cela, l’auteur fantasme donc. Par ailleurs, sans s’en rendre compte, il vient de montrer que la Mère de Dieu n’avait pas d’autres frères ; car si elle en avait, ce sont plutôt ceux-ci qui auraient dû s’occuper de leur mère, non pas Jean. Par contre, notre interlocuteur soutient que Marie a eu d’autres enfants : encore une contradiction dans les propos. Décidément, à vouloir contredire la véritable Foi (catholique), on dit inconsciemment des vérités. Comme quoi, l’Esprit de Dieu agit également chez les hérétiques, leur faisant dire des vérités incontestables. Convaincus de réfuter la Foi catholique, ils se mettent à la professer ; mais ne pouvant admettre qu’ils devraient se faire catholique, ils s’enfuient, se vautrant dans le mensonge, la mauvaise foi, servant au monde des interprétations affolantes, machiavéliques comme celle que nous venons de réfuter. Mais refuser objectivement la vérité, à cause de son orgueil, c’est ce que l’on nomme le péché contre l’Esprit Saint. Nous avons vu que l’auteur de ce texte (que nous avons examiné) s’opposait maintes fois à l’Esprit Saint, n’hésitant pas à tronquer, sans crainte quelques textes bibliques, présentant un Jésus quasi-insolent vis-à-vis de ses parents, laissant entendre que Jésus-Christ n’a point aimé Sa Mère, clamant haut et fort que la femme qui soutient, parlant à Christ : « Heureux les seins qui t’ont allaité… », était possédée de démons. Comprenons donc, davantage pour quelle raison le Dragon pourchasse la Femme Apocalypse (chap. 12) avec Son Fils. C’est un combat qui dure des millénaires, depuis le premier récit de la Genèse. Mais, il est une chose que nous savons : c’est la Femme et Son Enfant qui en sortent vainqueurs. Ayons donc l’esprit apaisé. La victoire finale est de notre côté. Mais, combattons, luttons contre ces forces du Mal. Ce n’est pas contre la chair que nous avons à lutter, mais contre les Trônes, les Dominations,… – S. Paul nous avait avertis !

« Après son Père céleste, Notre-Seigneur n’a rien tant aimé que sa Mère. Outre qu’elle sa Mère, elle la plus humble, la plus pure, la plus sainte de toutes les créatures ; à ce double titre, JESUS aime MARIE d’un amour unique. En aimant et en respectant MARIE, nous nous conformons aux sentiments de JESUS, et nous accomplissons ainsi, quoique bien imparfaitement encore, la grande règle tracée par l’apôtre saint Paul : Hoc sentite in vobis quod et in Christo JESUS. »[4]


[1] IRENEE DE LYON, Contre les hérésies, III : « Le nouvel Adam et la nouvelle Eve ».
[2] Jean II, 1-6.
[3] I Jean V, 6-7.
[4] Mgr Louis Gaston de Ségur, Causeries sur le protestantisme d’aujourd’hui, 1870.

Marie, Mère de Dieu : réponse à Paul Ohlott


« … et toi-même [Marie], une épée te transpercera l’âme ! – afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs. » (Lc II, 35)

marie viergeNous avons déjà, dans notre espace, publié un billet qui montrait pourquoi et comment la Foi catholique soutient que Marie est vraiment Mère de Dieu. Mais, puisque, certains, n’ayant vraisemblablement pas saisi l’essence de la Foi catholique, comme nous l’avons déjà également montré, mais prétendent objectivement la critiquer, il nous faut à présent contrer une argumentation des plus ridicules concernant la Sainte Mère de Dieu. Notre article est une réponse au billet suivant : un ami (par Facebook) nous avertissant qu’il a été viré de la page sur laquelle la discussion avait eu lieu, nous voulons réfuter rapidement l’auteur de cette piètre argumentation. L’auteur fait appel à deux arguments principaux pour mettre à mal le dogme catholique. Nous les reprenons [en bleu] et y répondons.

Naturellement, toute l’Ecriture nous révèle que Marie n’est en rien la « Mère de Dieu ». D’ailleurs, comment une simple mortelle qui reconnaît le besoin d’un sauveur, pourrait prétendre être la mère de celui qui existe de toute éternité, qui est l’alpha et l’oméga et qui est Saint ? Un peu de bon sens suffit à se détacher d’une telle hérésie.

En sens contraire, 1° Elisabeth le clame haut et fort, s’adressant à Marie : « Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ? » (Lc I, 43). Or, l’Ecriture sainte soutient qu’il n’y a qu’un Seul Seigneur (Eph IV, 5). Le Seigneur étant Dieu, si Marie est Mère du Seigneur, alors elle est vraiment Mère de Dieu. De plus, Elisabeth prononce ces paroles alors qu’est sous l’inspiration de l’Esprit Saint (= ceux qui nient donc que Marie est Mère du Seigneur pèchent contre l’Esprit et se damnent !) L’affirmation selon laquelle « toute l’Ecriture nous révèle que Marie n’est en rien la ‘Mère de Dieu’ » est donc un leurre et est contraire à cette Ecriture sainte elle-même. 2° L’auteur s’interroge de savoir « comment une simple mortelle qui reconnaît le besoin d’un sauveur, pourrait prétendre être la mère de celui qui existe de toute éternité, qui est l’alpha et l’oméga et qui est Saint ? ». En logique, c’est ce que nous appelons un sophisme ! qui découle du fait de n’avoir pas compris ce que l’Eglise catholique entend par « Mère de Dieu ». Comme le rappelle la lettre chez Osée, « Mon peuple périt faute de connaissance » (IV, 6). Nous en avons un exemple flagrant ici. Comme sophisme, l’auteur commet ce qu’on appelle épouvantail, qui consiste à attribuer et à présenter la thèse de l’adversaire de manière erronée, afin de mieux la réfuter. Ici, l’auteur prétend que l’expression « Mère de Dieu » signifie que Marie est mère du Dieu éternel. C’est absurde. Il aurait fallu se renseigner sur la dogmatique catholique. Jésus-Christ est une personne divine (ayant la nature humaine). Or ce qu’une mère met au monde, c’est la personne ! Marie est donc mère d’une personne qui est Dieu. La différence est cruciale. Pour plus de précisions sur les aberrations protestantes, lire l’article suivant qui montre que les conclusions auxquelles les opposants à la Foi catholique aboutissent sont absurdes, du moins, et a fortiori si ces protestants croient en la divinité de Jésus-Christ. 3° Enfin, la Foi catholique reconnaît que Marie a eu besoin d’un Sauveur, mais qu’elle a été préservée du péché originel. Car, comme le précise l’auteur, Le Christ est saint. Mais dès lors, comment penser que celle qui a été prédestinée à être le réceptacle du Saint des saints ait été souillée ? C’est un non-sens.

Mais puisque certaines hérésies sont tenaces, il me semble important de relever dans cette chronique spirituelle, une preuve biblique qui confirme clairement que Marie n’est en rien la « Mère de Dieu ».
Lorsque Jésus va avoir une trentaine d’années, et que l’on ne peut douter que Marie connaissait bien son fils sur le plan humain tout en le voyant agir depuis un certain temps dans son ministère, Jésus va déclarer ceci dans Matthieu 11 v 27 : « Mon Père m’a tout donné, et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler ».
Jésus va affirmer que personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père. Si Marie était réellement la « sainte Mère de Dieu », elle aurait de toute évidence eu connaissance de qui était le Fils. Mais Jésus se montre catégorique : seul le Père connaît le Fils. Et Marie, bien qu’elle ait enfanté l’incarnation humaine du Fils de Dieu, ne savait pas qui était le Fils. Elle le connaîtra par la suite, de la même manière que nous l’avons connu nous aussi, par révélation.

En sens contraire, 1° l’Archange Gabriel dit à Marie : « … tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. » (Lc I, 31-32). Ainsi, l’Ange révèle donc à Marie que le Fils qu’elle va mettre au monde est Fils du Très-Haut (Le Père). Or connaître Jésus-Christ (pour nous Hommes), c’est connaître qu’Il est Fils, et qu’Il a un Père. C’est la raison pour laquelle ce Fils dit : « Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. » (Jn VIII, 26). Puis donc que l’Ange révèle explicitement à Marie que l’Enfant est Fils, et donc qu’Il a un Père (Le Très-Haut), il est absurde de dire que Marie ne connaît pas Le Fils. De surcroît, l’auteur soutient que la connaissance du Fils passe par « révélation ». Cela est vrai. Il faut simplement le constater avec ce qui s’est passé avec Simon Pierre (en Mt, XVI, 16-17). Le Christ le reprend en disant : « … Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux ». Or, l’Ange Gabriel fait explicitement cette « Révélation » à Marie. Donc Marie connaît le Fils. 2° La phrase selon laquelle : « Jésus va affirmer que personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père. Si Marie était réellement la « sainte Mère de Dieu », elle aurait de toute évidence eu connaissance de qui était le Fils. Mais Jésus se montre catégorique : seul le Père connaît le Fils », est également un pur sophisme ! Si Marie était réellement la Sainte mère de Dieu ? L’auteur présuppose, comme nous l’avons montré plus haut que « Mère de Dieu » signifie « Mère du Dieu même dans l’éternité », or cette expression signifie expressément Mère d’une personne qui est Dieu (non pas Mère de la nature divine en elle-même qui est incréée). 3° Car le Fils, comme le précise le Concile de Chalcédoine a eu deux naissances : une naissance dans l’éternité, et donc est sans commencement ; et une naissance dans le temps, dans le sein de la Vierge Marie :

Suivant donc les saints pères, nous enseignons tous unanimement que nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme […], avant les siècles engendré du Père selon la divinité, et aux derniers jours le même (engendré) pour nous et notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l’humanité,

Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l’unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union, la propriété de l’une et l’autre nature étant bien plutôt gardée et concourant à une seule personne et une seule hypostase, un Christ ne se fractionnant ni se divisant en deux personnes, mais un seul et même Fils, unique engendré […] » (Concile de Chalcédoine, Ve session)

Le Concile rejette donc les propositions hérétiques selon lesquelles il y aurait d’une part un fils de l’homme et d’autre part un Fils de Dieu (et donc qu’il y ait en fait deux fils). C’est ce à quoi conduit l’hypothèse selon laquelle Marie ne serait que Mère du fils de l’homme, comme l’entend les commentaires sur le site que nous réfutons. C’est une totale hérésie ! 4° Et, Dieu Lui-même, en son essence même n’est connaissable que par Dieu ! Nous ne pourrons jamais comprendre Dieu (même lorsque nous serons face à face devant son essence) : les Pères de l’Eglise ont développé ce point sur l’incompréhensibilité divine ! 5° Enfin, dire que seul le Père connaît le Fils et que seul le Fils connaît le Père, à partir d’un seul verset biblique et soutenir que cela est <catégorique>, est anti-biblique. Car, l’auteur ici oublie ce par quoi la révélation est faite ! Et, ainsi, si nous suivons son interprétation, il faudrait dire que le Saint-Esprit ne connaît pas le Père ? Ce serait une erreur hallucinante ! L’exclusivisme dans lequel P. Ohlott est donc tombé le mène à professer des hérésies. Puisque, comme nous le savons, L’Esprit est Seigneur (2 Co III, 17). Et, de même que le Seigneur Jésus-Christ sonde les reins et les cœurs (Apoc. II, 23) et donc qu’Il est Dieu véritable (Jér. XVII, 10), de même, l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu : « Dieu nous les a révélées par l’Esprit. Car l’Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu. Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l’homme, si ce n’est l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu… » (I Co. II, 10-11)

Nous voyons donc ici que notre interlocuteur se fourvoie totalement, oubliant ainsi Le Saint Esprit de Dieu. Puisque, s’il s’agit de connaissance dans l’Absolu, personne ne connaît Dieu, si ce n’est Dieu lui-même. Mais, s’il s’agit de la connaissance par révélation, il est évident que celle qui, en premier, fait l’expérience de la connaissance du Père, du Fils et de l’Esprit, dans le Nouveau Testament, c’est bel et bien la Vierge Marie, Mère de Dieu.

Ainsi donc, nous voyons que Marie est bel et bien « Mère de Dieu ». Seuls ceux qui n’ont rien compris de cette expression jouent les pourfendeurs, alors qu’ils feraient mieux de se renseigner sérieusement. Comment prétendre critiquer ce qu’on ignore ? La critique, à ce moment-là, devient obsolète, et sans aucun sens. Il serait préférable de mieux connaître la position adverse pour mieux la combattre. Ce qui évite les sophismes et les contradictions, sans faire fi des positions anti-bibliques de tout genre. A vouloir combattre la « Mère du Seigneur » comme l’appelle Elisabeth, on en vient à se contredire, et à contredire même l’Esprit qui est Dieu.

Abyssus abyssum invocat !

Seule l’Eglise Catholique est charitable


Saint Martin

Saint Martin donant la moitié de son manteau à un pauvre

Lucien de Samosate (125-192), satiriste païen se moque beaucoup des chrétiens dans sa satire Peregrinus, mais il reconnaît leur « incroyable empressement » à exercer le Charité : « Ils n’épargnent ni dérangement, ni dépenses, ni travail. »

Julien l’Apostat (331-363) fut dernier empereur païen, élevé dans l’hérésie arienne, il revint au paganisme de ses ancêtres, tenta de le rétablir dans l’empire et prit plusieurs décisions contre les chrétiens. Cependant, il dût reconnaître et se désoler que:

Pendant que les pontifes des idoles n’ont pas un souvenir pour les malheureux, ces abominables Galiléens [= les Chrétiens] se dévouent aux exercices de la charité.

Lettre 48

Ils nourrissent non seulement leurs pauvres, mais encore les nôtres.

Lettre 49

Cet état de fait fit dire à Tertullien (155-230), chrétien:

Est-ce que l’État a oublié qu’il nous doit la vie de ses pauvres, qui périraient, hélas, si nous ne venions les secourir ?

Et saint Laurent (215-258), diacre romain et martyr, rassembla les pauvres secourus par l’Église et dit:

Voici les trésors des chrétiens, nous n’en avons pas d’autres.

Le même constat a été fait plus récemment par les athées: lorsque la IIIe République maçonnique et anticléricale chasse les religieuses des hôpitaux qu’elles avaient fondés, le Dr Armand Després (1834-1896) chirurgien des hôpitaux et incroyant notoire témoigne :

Dans mon service, du temps des sœurs la mortalité était de 1%. Depuis qu’il y a des laïques, elle est de 5%. Pourquoi ? Parce que les sœurs ne quittaient jamais l’hôpital, parce qu’elles accouraient au premier appel des malades, parce qu’elles n’accomplissaient pas une profession mais un devoir. Ces braves filles se contentaient de 200 f. qu’elles recevaient par an. Les laïques ont de 700 f. à 900 f. quand elles sont logées, de 1500 à 2000 quand elles demeurent dehors […]. Là où il y avait jadis une sœur, on a placé deux infirmières laïques. Dans un de nos services même, on en a ajouté une troisième, et cela n’a pas encore suffi. Ces trois dames ont déclaré qu’elles avaient trop de travail et ont obtenu qu’on leur adjoignît une quatrième infirmière. Voilà comment on a remplacé une sœur.

Lettre du Dr Després à la Gazette des Hôpitaux, 7 septembre 1888

On entend souvent dire que l’Eglise catholique était tyrannique, qu’elle opprimait et volait les populations, et que la Réforme protestante aurait été leur libératrice. La réalité est bien différente. La révolte des protestants contre l’Église, au XVIe siècle, fut une véritable catastrophe pour les pauvres. Ce qui suit montre la charité chrétienne n’est exercée par aucune autre Église que la Catholique.

En Allemagne, le grand meneur de la révolte contre l’Église de Jésus-Christ, Luther lui-même est contraint d’avouer, après la victoire du protestantisme : 

Pendant qu’on servait encore le diable [sic] sous la bannière du pape, tout le monde était charitable et miséricordieux ; non seulement on donnait, mais on donnait à deux mains, avec joie, avec piété […]. Aujourd’hui […], il n’est personne qui ne chante misère et qui ne se crût menacé de périr s’il donnait seulement une obole.

Sermon de Luther, éd. Walch, t. XI, c. 1758.

Un des premiers compagnons de Luther, Georges Wizel, se sépare de lui pour cette raison :

Je leur reproche [aux luthériens] de détruire presque entièrement ou de rendre inutiles les établissements fondés à grands frais par nos pères au profit des pauvres, ce qui est contraire à la charité et aussi à la justice envers le prochain. Je leur reproche de s’approprier le trésor des églises sans en faire profiter les indigents […]. Tout le monde s’accorde à reconnaître que les pauvres mènent une vie bien plus dure et sont bien plus misérables qu’autrefois, du temps de l’Église romaine.

Georges Wizel, Retectio Lutherismi, 1535

En Angleterre, le roi Henri VIII supprime tous les monastères et confisque leurs biens. Or, ces monastères nourrissaient les pauvres. La misère devient effroyable, et engendre des révoltes. Henri VIII prend des mesures draconiennes : il fait pendre des milliers de vagabonds. Pour remplacer l’aumône qui se faisait auparavant de façon spontanée pour l’amour de Dieu et du prochain, l’Angleterre est contrainte d’instaurer une taxe pour les pauvres (qui devient progressivement de plus en plus lourde). Elle enferme les vagabonds dans des maisons de travail (Workhouses) dont la dureté finit par émouvoir l’opinion publique. Les mêmes causes produisent les mêmes effets en Hollande (nouvellement calviniste), où l’on en vient à organiser de véritables chasses aux pauvres.

Frédéric-Emanuel von Hurter (1787-1865), historien suisse spécialiste du Moyen-Age, né dans le protestantisme et converti au catholicisme après avoir constaté la bienfaisance de l’Église au cours des siècles affirme : 

Toutes les institutions de bienfaisance que le genre humain possède aujourd’hui pour le soulagement des malheureux, tout ce qui a été accompli pour la protection des indigents et des faibles dans toutes les circonstances de leur vie et pour leurs différents genres de souffrance, tout cela doit directement ou indirectement son origine, à l’Église romaine. C’est elle qui a donné l’exemple, elle qui a donné le mouvement, elle qui souvent encore a fourni les moyens d’exécution.

Mgr de Ségur exprime très bien le fait :

Que l’Église seule est la mère des pauvres et des petits.

C’est un fait si connu et si public, qu’il est inutile de l’établir par des preuves. Seule l’Église catholique fait les Sœurs de charité, les Frères des Écoles chrétiennes, les Petites Sœurs des pauvres, etc… La sève divine, que possède la vraie Église, peut seule enfanter, perpétuer et développer dans de gigantesques proportions ces incomparables dévouements, cet humble héroïsme de chaque jour, dont le ciel sera la magnifique récompense. Les sectes protestantes et les Églises nationales [ndlr: entendre par là les Églises «orthodoxes» autocéphales, assujetties au pouvoir séculier, ainsi que les Églises protestantes d’État en Scandinavie, en Allemagne, en Angleterre etc] ont voulu tendre à ce prodige; elles ont fait comme le corbeau de la fable, qui voulut imiter l’aigle en enlevant un mouton: elles ont été prises là où elles croyaient prendre, et l’on a vu une fois de plus que la vérité seule engendre la charité.

L’Église catholique est la mère des pauvres, des enfants, des petits, des faibles, de tous ceux qui ont besoin d’amour. Elle seule les aime, en pratique aussi bien qu’en théorie. Les autres ont parfois la théorie, et bavardent et écrivent sur la bienfaisance; mais ils laissent à l’Église, à ses ministres et à ses Ordres religieux le rude labeur du service des pauvres, de l’éducation des enfants, du soin des malades, du soin des fous, des abandonnés, la visite des pauvres honteux; en un mot, le soulagement des misères humaines.

L’amour de Jésus-Christ, qu’on le sache bien, l’amour de la Vierge Marie, l’amour du Saint-Sacrement, le célibat ecclésiastique, l’abnégation de la vie religieuse: voilà le secret, voilà la source intarissable de la charité chrétienne de l’Église. Elle seule possède ce secret, cette source vivante; et voilà pourquoi, seule malgré les ingratitudes dont on l’abreuve tous les jours, elle a passé et elle passe comme Jésus, en faisant le bien: Transiit benefaciendo.

Unité, vérité, charité: voilà l’immuable devise catholique !

Mgr de Ségur, L’Église chapitre XVII (vers 1870)

Lire plus sur la Charité chrétienneici

L’inquisition : les temps, les causes, les faits 6/7


II

[…] L’Inquisition n’a pas été rétablie tout à coup en Espagne, au XVe siècle[119], sans motif, à la fantaisie du Pape ou sur le caprice du Roi. Si l’on remonte à l’origine, on la voit surgir, non plus comme au XIIIe siècle, du péril de la foi, à l’appel de nome, mais d’une crise intense de nationalisme, sous la seule poussée du patriotisme espagnol.

Elle est née espagnole. Elle a été le geste spontané et réfléchi d’un peuple excédé par une longue oppression, qui voulait vivre et qui a signifié à l’étranger campé chez lui, aux Mores et aux Juifs, sournois et toujours hostiles, qu’il entendait être le maître dans son pays, dans sa patrie, défendre et faire respecter, avec sa liberté, ses traditions.

L’histoire de l’Espagne, au Moyen Âge, ne se fractionne pas, comme celle des autres nations, en maints chapitres variés : c’est un drame en un acte : l’effort héroïque d’une race écrasée, trop fière pour s’avouer jamais vaincue, qui se relève et reconquiert, pouce par pouce, à grands coups d’épée, le sol national.

Les luttes de Rome et de Carthage ont duré longtemps, coupées de trêves prolongées qui en brisent l’unité. Nous avons, dans nos annales, la guerre de Trente Ans, la guerre de Cent Ans : du VIIIe siècle au XVe, l’Espagne a vécu dans les camps, l’épée au poing, face à l’ennemi, toujours le même, absorbée par cette guerre d’indépendance, la reconquista, qui a duré 781 ans (711-1492).

L’invasion musulmane, en 711, favorisée par les Juifs, à une heure de décadence, a été un effondrement pour l’Espagne. Il s’en est fallu de peu, au VIIIe siècle, que l’islam, maître déjà de l’Asie, de l’Égypte, de l’Afrique du Nord et de l’Espagne, ne ravage, comme un cyclone, toute la chrétienté. Si la Gaule avait fléchi, l’Italie, l’Allemagne, le reste de l’Europe y passait.

Depuis quinze ans déjà, les hordes sarrasines avaient envahi tout le Midi, avec femmes et enfants, pour s’y installer ; et elles montaient toujours : à l’Est, jusqu’à Sens ; à l’Ouest, jusqu’à la Loire, lorsqu’en 732, les Francs de Charles Martel les refoulèrent, d’une seule ruée, au-delà des Pyrénées.

L’Espagne n’avait point eu de Charles Martel ; mais elle a trouvé en Pélage (Pelayo) la vaillance et l’indomptable foi de Judas Macchabée.

Retranché à l’extrême Nord, dans les gorges des Asturies, sur les cimes pelées des monts de Castille, avec les patriotes qui refusaient de subir le joug, il a fait ce rêve fou de la lutte et de la revanche.

Avec quelle sauvage énergie, ces réfugiés se défendirent, dans leurs montagnes, comme des lions ; avec quelle ardeur ils s’entraînèrent à une guerre de partisans, farouche, sans répit, qui engendra, par centaines, des héros comme le Cid ; comment ils parvinrent à reconstituer peu à peu, sur les terres lentement reconquises, les royaumes très précaires de Léon et de Castille, d’Aragon et de Navarre, qui prirent du corps et de l’extension sous l’effort continu des générations ; comment enfin, à l’heure où s’achevait la tâche gigantesque de la libération du territoire[120], le mariage de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle de Castille cimentait à nouveau, entre Espagnols du moins, l’unité nationale : c’est toute l’histoire médiévale de l’Espagne.

Point n’est besoin de fictions ni de légendes pour hausser au sublime cette lutte séculaire : ici, les héros sont vivants et c’est assez d’enregistrer leurs gestes pour écrire l’Épopée.

Ces huit siècles de guerre, qui se chiffrent par plus de 3 000 batailles ; qui tinrent des générations entières en activité fiévreuse, l’âme tendue vers le même but[121], qui furent huit siècles de sacrifice et de deuil, avaient laissé, avec l’énergie, quelque rudesse dans le tempérament de l’Espagnol et marqué sa physionomie d’une note austère de mélancolie que le temps n’a point encore effacée.

La prise de Grenade, en 1492, dont la gloire revient à Isabelle, mettait fin à la domination des Kalifes, depuis longtemps humiliée et amoindrie : la foi de Pélage avait sauvé l’Espagne.

Mais, « les deux Bois », comme on disait, car la Reine gouvernait son royaume et les sceptres n’étaient pas confondus, les deux Rois n’avaient point attendu cette suprême victoire pour entreprendre l’œuvre de pacification sociale.

Trois peuples, trois mondes restaient en présence que séparaient la race, la religion et les souvenirs, les rancunes plutôt du passé : l’Espagnol autochtone et chrétien ; le More, si longtemps le maître, vaincu de la veille, que des intérêts ou des mariages fixaient au sol ; le Juif, rebelle à toute fusion, qui vivait sur les deux autres.

Partout, au Moyen Âge, la religion était l’ossature du corps social : Ferdinand et Isabelle s’appliquèrent donc à éliminer les éléments irréductibles et à fondre peu à peu les autres dans le christianisme, pour refaire, progressivement et sans secousse, l’unité morale et oblique du royaume, ou, du moins, pour désarmer l’adversaire et prendre des garanties contre un retour offensif.

La conversion était l’unique solution du problème. Nous n’assimilerons jamais nos populations indigènes de l’Algérie et de l’Afrique du Nord, tant qu’elles seront musulmanes.

Ils ne brusquèrent pas les choses, c’est justice à leur rendre. Ils procédèrent avec de sages ménagements : émigration facilitée, libre exercice du culte musulman, dispense d’impôts pendant trois ans dans l’ancien royaume de Grenade ; mais, défense aux résidants de déshériter leurs enfants baptisés, dotation, sur les prises de guerre, des filles devenues chrétiennes, et affranchissement des esclaves convertis [122]; avec cela, érection d’évêchés, missions [123], prédications, création de collèges spéciaux pour l’étude des langues orientales en vue de l’apostolat, travaux d’érudition et de controverse sur le Coran et le Talmud, etc.

La méthode était bonne. Elle visait les jeunes plutôt que les vieux et il est certain qu’avec le temps, au bout de quelques générations, elle devait donner des résultats.

Elle échoua pour avoir trop bien réussi, au début.

Effrayés du nombre des conversions, les vieux partis musulmans, avec la connivence des Juifs, – car là-bas, Isaac et Israël s’étaient réconciliés ; Jacob avait prudemment rendu à Ésaü son droit d’aînesse, il avait fait son nid à l’ombre du croissant et prenait des compensations sur le chrétien – les fanatiques alarmés provoquèrent des soulèvements répétés qui furent, sévèrement réprimés (1499-1501) et le gouvernement crut être habile en imposant l’option entre le baptême ou l’exil[124].

Par centaines, Mores et Juifs se convertirent ; conversions suspectes et frelatées qui ne pouvaient satisfaire personne et qui aigrirent davantage les mécontents. Elles suscitèrent bientôt de nouvelles réactions, des vengeances, des émeutes qui prirent les proportions d’une insurrection où l’armée espagnole, un moment, eut le dessous. Mais les révoltés, embarrassés de leur victoire sans lendemain, se rendirent à merci[125].

Une deuxième fois, les étrangers eurent à se prononcer entre le bannissement ou le baptême. L’intérêt l’emporta sur la conscience : ils se firent chrétiens en masse.

Mesure néfaste, qui suffit à dompter la crise, sans guérir le mal. Non seulement, les Moriscos et les Maraños (maudits) – c’est ainsi que leurs congénères appelaient ces nouvelles recrues – Arabes et Juifs grimés en catholiques, contamineront les populations chrétiennes, comme un ferment mauvais ; mais, dans les veines des enfants, le sang des ancêtres aura de terribles réveils.

Ces oppositions sourdes, tenaces, souvent violentes, se heurteront à l’Inquisition que le gouvernement espagnol avait dû déjà opposer aux judaïsants, agents sournois d’hérésie et d’anarchie.

Depuis longtemps les Juifs, installés au Ier siècle dans la Péninsule, jouaient cette comédie de la conversion. Dès avant la conquête musulmane, l’Église, aussi bien que l’État, avait dû se défendre. Mais, sitôt que les rois Goths et les évêques songèrent à les mettre à la raison et à les tenir à l’écart des affaires[126], ils exécutèrent un mouvement tournant et rentrèrent dans la place, par le baptême.

L’appui qu’ils donnèrent aux Mores leur valut certains privilèges, sous le gouvernement des Kalifes[127]. Et, au lieu de reculer, d’abandonner le terrain, à chaque étape de la conquête, avec les Sarrasins battus, ils restaient sur place, au service des nouveaux maîtres.

En Espagne, comme ailleurs, argentiers des Princes, ils étaient tout-puissants. La haute aristocratie ruinée se mésalliait en épousant de riches juives et ces mariages décuplaient l’influence de la secte : plus le More reculait, plus le Juif entrait dans la société espagnole, les convertis surtout, les Maraños, qui faisaient parade de leur baptême et dont on se défiait moins.

Ils avaient beau jeu, avec ce peuple chevaleresque, absorbé par la guerre ; avec ces rois, chefs d’armée, toujours en campagne, à qui l’argent manquait et qui avaient besoin d’eux.

Alors on les vit s’emparer de tous les emplois lucratifs, s’installer dans les administrations publiques, se hisser aux situations officielles, briguer toutes les charges, toutes les dignités, de l’État ou de l’Église, car on les trouve jusque dans le Conseil royal et sur les sièges épiscopaux. Et, ceux-ci aidant les autres, l’Espagne s’enjuivait tous les jours davantage.

Maîtres du commerce et des banques, mêlés à toutes les affaires du pays, ils réclamaient l’autonomie pour leurs propres affaires ; ils avaient leur code, leurs juges, des privilèges et des exemptions que leur vendaient à prix d’or les Rois à court d’argent[128].

Mais les choses n’allaient pas toujours tout droit. Le peuple, pressuré jusqu’au sang par l’usure, outré de leurs vexations et de leur morgue, les détestait. Il suffisait de quelques profanations de croix ou d’hosties, dont ils ne s’abstenaient jamais longtemps, pour déchaîner, soudain, des explosions de colère, qui dégénéraient en massacres (1390-1473).

À chaque instant, dans l’histoire, on voit les Papes, dont ils ont plus d’une fois lassé la patience, intervenir pour les protéger, sans toutefois tolérer leurs méfaits. Car l’Église qui prie officiellement pour eux, le Vendredi-Saint, en les qualifiant comme ils le méritent :pro perfidis Judæis, l’Église seule a su garder, vis-à-vis des Juifs, la juste mesure. Elle a empêché, tant qu’elle l’a pu, qu’on leur fît violence ; elle a empêché, tant qu’elle l’a pu, qu’on leur fît confiance[129].

Plus encore que les Mores, les Juifs, au Moyen Âge, étaient la plaie de l’Espagne.

« Infidèles au Christ et à Moyse, ils prévariquaient dans les deux religions. L’Espagne chrétienne, minée par la base, entendait le bruit de sape, sans apercevoir les ouvriers qui préparaient sa ruine[130]. »

Un temps vint où la mesure fut comble[131].

La conspiration avortée de 1473, qui faillit livrer aux Mores d’Afrique la forteresse de Gibraltar, provoqua un tel mouvement d’opinion que les Souverains comprirent qu’il était urgent d’aviser. L’Inquisition fut décidée.

Avant d’en venir aux rigueurs, ils donnèrent un répit, un temps de grâce, deux années de patience, d’efforts pacifiques, de prédications, de missions.

La façon insolente dont les Juifs répondirent à ces avances, un complot éventé à Tolède (1485), l’assassinat d’un légat à Saragosse[132](1485), suivi, peu après, d’un crime odieux, qui fit un bruit énorme dans toute l’Espagne et raviva le souvenir de méfaits analogues en 1452, 1454, 1468, le meurtre rituel d’un enfant de la Guardia (province de Tolède)[133], tout cela aboutit à l’édit de Grenade, en 1492, qu’ils tentèrent en vain de faire rapporter à prix d’or.

Le Roi, sous la pression populaire, dut tenir bon et l’ultimatum fatal fut maintenu : convertis ou proscrits !

On leur laissait six mois pour liquider leurs biens[134].

Cette fois, le risque était trop gros ; la masse préféra l’exil : exode lamentable dont on a exagéré les proportions[135], mais dont on ne peut guère faire grief à l’Espagne.

En 1609, il fallut bannir de la même façon les convertis arabes que les ménagements rendaient de plus en plus hardis[136] et qui avaient préparé, de concert avec leurs frères d’Afrique, un massacre général de chrétiens à Grenade et une restauration de l’empire musulman.

III

Pendant trois cents ans, l’Inquisition fonctionna en Espagne, non pas, encore une fois, contre les Musulmans ni contre les Juifs pour leur imposer la foi, mais contre les maraños et les moriscos, ces chrétiens de race juive ou arabe, apostats, qui, sous le masque catholique, trahissaient la religion et le pays, puis contre les protestants et, plus tard, contre les Francs-maçons [137].

On dit trop facilement, dans notre camp, que l’Inquisition d’Espagne fut une affaire purement politique, une machine d’État, dont les excès ne regardent pas l’Église.

Ce n’est point tout à fait exact.

L’Inquisition est née espagnole, dans le sens où nous l’avons dit, mais l’Église l’a baptisée. Elle est, de sa nature, une institution ecclésiastique. Le gouvernement espagnol, qui en avait besoin, qui la voulait[138], l’a demandée au Pape, parce que seul le Pape avait qualité pour l’établir. Que Sixte IV ne s’y soit point prêté de bon gré, qu’il n’ait cédé que sur la menace d’une rupture, pour éviter au Saint-Siège de gros embarras, il n’en est pas moins vrai que l’Inquisition fut érigée canoniquement, par une bulle pontificale du 1ernovembre 1478[139].

Pourquoi ne pas dire tout simplement que ce tribunal d’Église fut tout de suite dominé, accaparé par l’État ; que les rois d’Espagne y furent omnipotents ; qu’ils le détournèrent de son but ; que la politique en faussa l’esprit ; que, chez certains inquisiteurs, le patriote dévoyant le moine, la voix du sang a trop souvent étouffé la voix de la conscience, et qu’alors, s’il y a eu des abus, et il y en eut, on serait mal fondé à les imputer à l’Église, puisqu’ils ne sont pas son fait et qu’elle n’a rien négligé pour les prévenir et les réprimer ?

Que l’Espagne porte donc la responsabilité de ses implacables justices : l’histoire ne lui conteste pas le droit de plaider les circonstances atténuantes et d’invoquer la Raison d’État, puisque l’ordre public et la sécurité de la nation étaient en jeu.

Les Espagnols, on l’avouera, n’avaient pas grands motifs de se montrer tolérants, et mille raisons les invitaient à la vigilance et à l’énergie.

D’autre part, au lendemain de la victoire, et déjà auparavant, Ferdinand et Isabelle se trouvaient aux prises avec une féodalité turbulente qui avait bénéficié, durant la guerre, des soucis et des embarras du Pouvoir central : clergé jaloux de ses privilèges, noblesse fière de ses prérogatives, communes frondeuses en possession de leurs chartes, grands ordres militaires retranchés derrière leurs exemptions[140], tous ces clans rivaux, qui entretenaient par leurs intrigues l’agitation dans le pays, représentaient des forces avec lesquelles il fallait compter[141].

Se libérer de ces influences, s’affranchir de ces entraves, abattre ces puissances, restreindre ces libertés, réduire ces factions aristocratiques, dominer les seigneurs et le haut clergé pour asseoir plus solidement l’édifice de la Monarchie sur les débris de cette féodalité : tel fut l’objectif des Souverains ; et, sous couleur de défense religieuse, ils mirent la main sur l’Inquisition, pour faire plus rapidement, en frappant les personnes et les fortunes, ce travail de concentration, de nivellement et d’absorption, qui, en France et en Allemagne, avait demandé des siècles[142].

Voilà les deux ornières dans lesquelles s’est enlisée l’Inquisition d’Espagne : le patriotisme énervé d’un peuple poussé à bout ; la politique tortueuse d’un gouvernement en crise d’absolutisme.

Les Papes du Moyen âge n’avaient pas cessé de protester contre les écarts de l’inquisition  d’Italie et du Languedoc[143] : Sixte IV s’est élevé, avec la même fermeté, contre les agissements de l’Inquisition d’Espagne […]

La Providence et l’existence du mal


Le Sacerdoce : une doctrine biblique


La Bible enseigne l’existence d’un clergé, mis à part des laïcs de l’Église, et donne des indications sur le ministère sacerdotal.

Le sacerdoce comme nous le connaissons aujourd’hui n’a pas grande place dans le Nouveau Testament. Cela s’explique par la doctrine du développement de la doctrine : dans les débuts du christianisme, certaines choses n’étaient comprises que d’une façon sommaire, basique. Cela est vrai même pour des doctrines acceptées par tous les chrétiens comme la Sainte Trinité ou le péché originel. Le canon des livres bibliques n’a été définitivement adopté qu’au bout de quatre siècles.
C’est aussi un fait que le sacerdoce avait un rôle discret dans l’Église primitive, celle-ci n’étant pas encore totalement séparée du judaïsme : l’autorité des prêtres juifs était encore acceptée. Actes 2, 46 décrivent les chrétiens de Jérusalem «Jour après jour, d’un seul cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple et rompaient le pain dans leurs maisons ». L’apôtre Paul a offert des sacrifices dans le Temple vers l’an 58 (Ac 21, 26), reconnaissant l’autorité du grand prêtre juif, se décrivant lui-même comme « pharisien » (Ac 23, 5-6) et observait les fêtes juives (Ac 20, 6).

Il est cependant aisé de trouver l’évidence d’un sacerdoce chrétien dans la Bible. A la dernière Cène, Jésus confie à ses disciples la tâche de célébrer l’aspect central de la liturgie de la Messe, à savoir la consécration du pain et du vin (Lc 22, 19). Paul préside l’Eucharistie en Ac 20, 11. Les disciples ont de fait été des modèles de vie sacerdotale : totalement consacrés à Dieu, répondant à son appel toute leur vie durant. Jésus les a choisi et les a mandatés, et ils sont devenus ses amis (Jn 15, 15-16). Il était leur seul maître (Mt 6, 24). Leur ministère était permanent (Lc 9, 62) et ils étaient appelés à un engagement radical impliquant même de quitter leurs possessions et leurs familles (Mt 4, 22 ; 19, 27 ; Lc 14, 26). Le prêtre disciple doit accepter les épreuves et les privations, il doit choisir de se renier (Mt 8, 19-20) et, s’il est appelé, à vivre en célibataire, afin de se dévouer totalement au Seigneur (Mt 19, 12 ; 1 Co 7, 7-9). Les prêtres servent le Corps du Christ (1 Co 3, 5 ; 9, 19 ; 2 Co 4, 5) et distribue les sacrements (1 Co 4, 1 ; Jc 5, 14 ; Mt 28, 19). Ce sacerdoce offrant des « sacrifices » en « tout lieu » inauguré dans le Nouveau Testament était prophétisé en Isaïe 66, 18.21 et Malachie 1, 11.

Certains citent 1 Pierre 2,5.9 (cf. Ap 1, 6 ; 5, 10 ; 20, 6) qui déclarent que tous les chrétiens sont prêtres, et que donc il n’y a pas de sacerdoce ministériel. Mais Pierre cite Exode 19, 6 : « Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte». Ce passage ne signifie pas qu’il n’y avait pas de sacerdoce chez les Hébreux puisque dans le Lévitique, les prêtres sont décrits comme une classe à part. En fait, le même chapitre de l’Exode distingue les « prêtres » et le « peuple » (Ex 19,21–24 cf. Jos 3,6; 4,9). Ainsi il faut interpréter « prêtres » en 1 P 2, 5 comme signifiant un peuple choisit, particulièrement saint. La notion de « sacrifices spirituels » (foi, louange, offrande au prochain) s’applique à tous les chrétiens (Phil 2, 17 ; Hb 13, 15-16), en raison de leur sacerdoce baptismal, distinct donc du sacerdoce ministériel.

Source : Cathobiblique

Découverte d’une lettre prouvant l’inexistence de Jésus


Il y a quelques jours, une lettre a été découverte dans les catacombes de Rome. Et, celle-ci concernait l’Eglise catholique. Il semblerait que tout soit faux depuis le départ. En fait, la Bible ne serait qu’un ensemble de textes qui ont été compilés par des auteurs anonymes – mais donc, qui n’ont rien de vrais. Depuis la découverte de ladite lettre, des questionnements notamment au sein du Vatican n’ont cessé de faire surface. Et la lettre permet également de comprendre certaines paroles de Papes tels que Léon X, qui affirmait déjà que l’hisotire du Christ n’est qu’une fable. Mais que cela permettrait certainement de manipuler les masses, car, en maintenant une menace sur un peuple, cela le tiendrait loin d’une certaine et éventuelle révolte. A ce propos, c’est également la question de l’existence de Dieu qui a été mise en cause. Mais, pour le moment, il est prévu que le Vatican fasse une annonce après la célébration de Pâque. Sur ce, nous verrons bien ce qu’il a à dire sur cette question.

Les premières lignes de la lettre

Les premières lignes de la lettre

D’autres parts, il faut relever qu’une lettre citée par de nombreux Pères de l’Eglise a souvent été mentionnée, sans que celle-ci n’ait été retrouvée. On a souvent supposé que la lettre se trouvait vraisemblablement dans la Bibliothèque d’Alexandrie – et qu’elle aurait été brûlée en même temps que l’incendie qui avait touché cette Bibliothèque célèbre de l’Antiquité. Par exemple, Basile de Césarée notait déjà que : <L’existence d’une telle ouevre [parlant de la lettre] ne doit être révélée, car ce serait la fin de tout le travail qu’on aura fourni jusqu’à présent>. On a toujours recherché de quelle lettre il s’agissait là, mais jamais, aucune réponse satisfaisante n’avait été donnée. Dès lors que la fracassante lettre a été découverte, les hypothèses semblent converger vers la même fin, à savoir qu’il s’agit là de la lettre récemment découverte (qu’on identifie donc à celle citée par certains Pères et écrivains ecclésiastiques). Basile de Césarée n’est pas le seul à avoir fait une remarque. Chez Arius, qui est considéré comme hérétique, à cause de l’arianisme, qui disait que le Fils n’est pas de la même substance que le Père, on peut lire ce qui suit : <Cette lettre doit impérativement être mise de côté; non seulement parce qu’elle contredit la foi, mais également parce que, si elle venait à être découverte, alors, il faudrait se rendre à l’évidence que tout ce que nous avons cru jusqu’à présent n’était que pure fantaisie>. On comprend d’ailleurs, pour quelles raisons, il y a quelques années, le Vatican avait voulu changer le Notre Père… Pour ce qui concerne cette mystérieuse lettre, vous pouvez trouver les références chez d’autres auteurs tels que le plus grand Père de l’Eglise – S. Augustin, dans son traité contre les donatistes (Livre I, chapitre 4) ; ou encore dans De Trinitate (Livre VI, chapitre 1) , chez Athanase d’Alexandrie, Eusèbe de Césarée ; Origène d’Alexandrie dans son Traité des Principes (Tome 4, aux éditions Sources Chrétiennes), saint Jean Chrysostome quant à lui disait clairement que : <Il est évident que tout n’est forgé que sur le mensonge, et que, Dieu, il est certain, n’est pas ; or, ce qui importe à tous, c’est de faire croire au peuple que tout cela est vrai et ainsi, tous éviteront une quelque révolte.> ; et également chez la plupart des médiévaux, par exemple S. Anselme dans son Proslogion, lorsqu’il énonce la fameuse preuve ontologique de l’existence de Dieu, affirme en fin du chapitre II, qu’il serait vain de prouver Dieu, car une certaine lettre soutient que tout n’a été forgé que sur des mensonges ; Thomas d’Aquin, le docteur angélique, relève également une certaine lettre dans son De ente et essentia ; mais également dans sa Somme contre les Gentils (Livre I, chapitre 43) ; Saint Bernard de Clairvaux parle également de cette lettre ; mais très discrètement. On peut encore citer des auteurs, plus tard dans l’histoire, tels que saint Bonaventure, Sainte Thérèse de Lisieux, Sainte Thérèse d’Avila…

Les premières pages de la lettre, écrites en grec ancien, laissent entendre que, dans les premiers siècles, il y a des hommes qui seseraient mis à écrire une histoire totalement délirante au sujet d’un personnage qui faisait des miracles ; et qu’ensuite, tous ceux qui avient découvert la supercherie avaient été tués par ces hommes qui se nommaient des Chrétiens ; alors que, dans la ville, personne n’avait jamais entendu parler d’un personnage nommer Jésus. On comprend d’ailleurs pourquoi certains évêques avaient recommandé au pape Jules III ce qui suit : <La lecture de l’Évangile ne doit être permise que le moins possible surtout en langue moderne et dans les pays soumis à votre autorité. Le très peu qui est lu généralement à la messe devrait suffire et il faudrait défendre à quiconque d’en lire plus>. Le contenu, les premières pages de la lettre sont les suivantes :

<Mon cher Théophile, il est important que tu saches ce qui s’est passé dans les premiers siècles. Des personnes, certainement mal intentionnées ont inventé une histoire de toute pièce, afin de soumettre le peuple. Ils affirment qu’un personnage du nom de Jésus aurait existé ; or, aucune trace n’a été trouvé jusqu’à présent. Moi qui suis originaire de Nazareth, et ayant vécu en ces lieux, je puis te certifier que rien de tel n’a jamais eu lieu. C’est pourquoi, j’ai absolument besoin que tu répandes la nouvelle afin de dénoncer l’imposture. Car, tous ceux qui essayent de dénoncer l’imposture, sont tués par ces personnes se disant et se nommant  « Chrétiens ». Leur seul but n’a été que de soumettre le peuple. C’est pourquoi d’ailleurs, nous sommes combattus. Nous connaissons d’ailleurs celui qu’ils appellent Jean, qui est notre frère ; mais celui-ci nous a clairement certifié qu’un personnage de Yeshoua n’était pas né aux environs ; ou même que, rien, dans les textes des Juifs, qui eux également ne sont qu’une pure invention, ne certifiait la venue d’un prétendu Messie…>

Ces quelques lignes sont certes fracassantes, raison pour laquelle la lettre doit être examinée avec soin. Les premières analyses au Carbonne 14 ont montré que la lettre provient du premier siècle ; et qu’elle a été probablement écrite par Polycarpe qui, d’ailleurs comme le reconnaît la tradition de l’Eglise, était un disciple de Saint Jean. Or, dans cette lettre il affirme que Saint Jean ne connaît aucun Jésus, et donc que Jésus n’a jamais existé. Pour lire les quelques extraits en grec, et les avancées sur ce sujet, veuillez-consulter et cliquer sur le lien suivant.

Démonstration de la Virginité Perpétuelle de Marie: synthèse


Toute l’explication de la doctrine catholique sur Marie: ici

I) Les preuves bibliques de la Virginité Perpétuelle de Marie :

A) La réponse de Marie à l’ange dans Luc I indique qu’elle fit vœu de virginité perpétuelle

Luc I:30-34- « L’ange lui dit : « Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez en votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, on l’appellera le Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura point de fin. » Marie dit à l’ange :  » Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ?  » »

L’ange apparaît à Marie et lui dit qu’elle va concevoir et enfanter un fils. Marie répond en disant: ‘Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ?’ La signification réelle c’est : ‘Comment cela se fera-t’il ? puisque je suis vierge’. Et pourquoi ça ? Eh bien parce que Marie comprenait comment les enfants étaient conçus. Ainsi, sa réponse n’a de sens que si elle avait fait vœu de virginité à vie ; elle se demandait comment elle pouvait concevoir tout en étant vierge. En  effet, si Marie comprenait que la conception de l’enfant se ferait par miracle, elle ne poserait pas la question ‘Comment cela se fera-t’il’, en outre, si son futur mariage avec Joseph était un mariage « normal » où les époux ont des rapports charnels, elle ne serait pas étonnée de l’annonce de l’ange et ne dirait pas non plus ‘ je ne connais point d’homme‘. Ainsi, la seule explication logique de sa réponse à l’ange est qu’elle s’était vouée à la virginité, ce qui n’est pas contraire à son engagement Joseph: le comportement moral à l’époque dictait que les vouées à la virginité devaient avoir un protecteur masculin, qui garderait et respecterait le vœu. Voilà quel fut le rôle de Joseph.

Une preuve historique solide de ce que la théologie catholique affirme depuis des siècles a récemment été découvertes : «La conception virginale était aussi peu crédible à l’époque qu’aujourd’hui. Elle allait à contre-courant du contexte culturel du Premier Testament, où la virginité était perçue de manière négative. C’est la raison pour laquelle on a longtemps considéré que le vœu perpétuel de virginité prononcé par Marie, tel qu’il découle du texte de Luc, était incompatible avec la mentalité juive, cantonnant la femme dans son rôle de procréateur. On avait de bonne raisons de penser qu’il s’agissait là d’une invention tardive, jusqu’au jour où, sur un rouleau de Qumrân, on trouva mention de ces vœux de continence, pour des raisons d’oblation religieuse, même à l’intérieur du mariageCe texte réagissait à certain excès, ce qui laisse entendre que les cas n’étaient pas si rares: «Si une jeune fille a fait un vœu de virginité sans que son père en soit averti, il peut là relever de son vœu. Dans le cas inverse, lui et sa fille sont tenus par ce vœu. Si une femme marié prononcé un tel vœu sans que si mari le sache, il peut déclarer ce vœu nul. Si toutefois il est d’accord avec une telle mesure, les deux sont dans l’obligation de le garder.» (Jean-Christian PETITFILSJésus, Fayard, 2011)

Notons que Daniel RAFFARD de BRIENNE, disait: « ‘On suppose parfois que la question de Marie signifie : je ne veux pas connaître d’homme; on admet alors chez elle la volonté de garder sa virginité, mais le présent du verbe indique un état non une volonté’. On remarque le balancement du texte : on suppose parfois … on admet alors … mais…, avec in causa un argument négatif et inexact: Le présent (grec, latin ou français) correspond ici à l’imparfait du texte hébraïque original. L’imparfait hébreu désigne une action inachevée et recouvre à la fois notre présent et notre futur: il peut indiquer à la fois l’état et la volonté. » En d’autres termes: la réponse que Marie fit à l’ange en araméen peut littéralement être traduite au présent au futur. Ainsi, ce qui fut traduit en grec à partir du texte araméen original par ‘je ne connais pas d’homme‘ aurait pu et aurait dû être traduit par ‘je ne connaîtrai pas d’homme‘, ce qui prouve le voeu de virginité qu’elle fit.

Notons par ailleurs qu’il est souvent cru que les Evangiles furent initialement écrit en grec: c’est faux: nous avons des preuves (en annexe: bas de document) qu’au moins l’Evangile selon saint Matthieu (celui qui nous intéresse ici) fut initialement écrit en araméen…

Les objections contre cette affirmation sont exposées à la fin de cet article: http://www.icrsp.org/Calendriers/Mois-St-Joseph/Textes/St-Joseph-St-Thomas-Virginite-B-Vierge-Marie.htm. Et comme il est démontrer dans celui-ci: http://www.mariedenazareth.com/qui-est-marie/le-voeu-de-virginite-de-joseph-avec-marie-0, ce voeu fut fait antérieurement au mariage mais ultérieurement aux fiançailles.

B) Jean XIX: 26 prouve que Marie n’a pas eu d’enfant autre que Jésus

En mourant sur la croix, Jésus confie sa mère à la garde de Saint Jean l’Apôtre.

Jean 19:26-27 – «Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple qu’il aimait [ Jean ], dit à sa mère : Femme, voilà ton fils. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui

Des érudits soulignent que ce fut un acte formel de mandatement. (Gerry Matatics, Biblical Foundations International, Dunmore, PA.) Jésus confia Sa mère à St Jean afin qu’il prenne soin d’elle. Si Marie avait eu d’autres enfants, Jésus n’aurait pas dit à St Jean de prendre Marie pour mère. Elle aurait été mise sous la garde d’un autre de ses enfants si elle en avait eu comme c’était l’usage chez les juifs. Le fait que Jésus ait confié Marie à St Jean prouve qu’elle n’avait pas d’autres enfants.

Certains tentent de répondre à cela en affirmant que les ‘frères’ de Jésus ne sont pas croyants et c’est pourquoi Jésus l’a confié à St Jean. Eh bien, c’est réfuté dans Actes 1:14, où il est dit que les ‘frères’ de Jésus étaient des croyants. Jésus savait qu’ils étaient ou deviendraient croyants, et donc il ne l’aurait pas confié à St Jean s’ils étaient Ses vrais frères et sœurs. D’autre tentent encore de dire que l’Apôtre Jean serait le dernier des fils de Marie, mais c’est réfuté par les Evangiles qui disent qu’il était le fils de Zébédée (Mat X, 2 et Mc XVI, 17) et de Salomé (cliquer ici).

Rappelons de plus qu’en Matthieu XV, le Christ tance les pharisiens qui ne prennent pas soin de leurs parents…

C) La Virginité Perpétuelle de Marie était annoncée dans l’Ancien Testament :

Ezechiel 44 et la prophétie sur la porte fermée, est une prophétie sur la virginité perpétuelle de Marie

Ezéchiel 44:2 – « Et l’Eternel me dit : Cette porte sera fermée, elle ne s’ouvrira point, et personne n’y passera; car l’Eternel, le Dieu d’Israël est entré par là. Elle restera fermée.»

Que signifie cette porte fermée dans la maison du Seigneur, sinon que Marie est cette porte par laquelle le Seigneur doit passer pour venir en ce monde ? Et que « l’homme n’y passera pas » sinon que Joseph ne la connaîtra pas ? Que signifie : « Seul le Seigneur entre et sort par elle », sinon que le Saint-Esprit la fécondera et que le Seigneur naîtra d’elle ? Et « elle sera fermée », sinon que Marie est vierge avant l’enfantement, vierge dans l’enfantement et vierge après l’enfantement ? Si, comme nous le pensons, Jésus-Christ est Dieu, ce verset ne prouve-t-il pas la virginité perpétuelle de Marie ? C’est l’évidence même ! Voilà entre autre pourquoi Marie fut considérée comme «la Porte du Ciel» dans les écrits classiques catholiques.

Dans la littérature catholique, Marie est également appelé le « jardin clos », la «fontaine scellée» du Cantique des cantiques.

II)        La convenance théologique :

A) La démonstration des Pères, Docteurs et Conciles :

Après avoir montré qu’il est en effet raisonnable de penser que Marie mère de Jésus est restée vierge, il convient à présent de résoudre une donnée épineuse. On se demande souvent, même dans les rangs catholiques, comment est-ce possible qu’une femme après avoir donné naissance à un enfant, demeure vierge. En effet, à l’époque, les césariennes n’étaient point pratiquées ! A ce propos, laissons la Parole au Docteur Angélique, plus connu sous le nom de saint Thomas d’Aquin (St Thomas d’Aquin, Somme Théologique, « La virginité de la Bienheureuse Mère de Dieu », question 28):

Sans aucun doute, il faut affirmer que la mère du Christ est demeurée vierge même en enfantant. Car le prophète ne dit pas seulement « Voici que la Vierge concevra », mais il ajoute « Elle enfantera un fils. » Et l’on peut en donner trois raisons de convenance.

Cela convenait à ce qui est le propre de celui qui naîtrait, et qui est le Verbe de Dieu. Car non seulement le verbe est conçu dans notre cœur sans le corrompre, mais c’est aussi sans corruption qu’il sort du cœur. Aussi, pour montrer qu’il y avait là le corps du Verbe de Dieu en personne, convenait-il qu’il naquît du sein intact d’une vierge. On lit encore dans un discours du Concile d’Ephèse: « Celle qui engendre la chair seule cesse d’être vierge. Mais parce que le Verbe est né de la chair, il protège la virginité de sa mère, montrant par là qu’il est le Verbe. . . Car ni notre verbe, lorsqu’il est engendré, ne corrompt notre âme, ni Dieu, le Verbe substantiel, lorsqu’il choisit de naître, ne supprime la virginité. »

Cela convient quant à l’effet de l’Incarnation. Car le Christ est venu pour enlever notre corruption. Aussi n’aurait-il pas été convenable qu’il détruisît par sa naissance la virginité de sa mère. Aussi Saint Augustin dit-il « Il aurait été malheureux que l’intégrité fût détruite par la naissance de celui qui venait guérir la corruption. »

Celui qui a prescrit d’honorer ses parents ne pouvait en naissant diminuer l’honneur de sa mère.

Un passage de Saint Ambroise commente la loi citée par l’Évangile ( Lc 2, 23 )  : « Tout mâle qui ouvre le sein maternel sera consacré au Seigneur. » C’est ainsi, explique Saint Bède le Vénérable, « qu’on parle d’une naissance ordinaire ; il ne faudrait pas en conclure que le Seigneur, après avoir sanctifié cette demeure en y entrant, lui ait fait perdre, en en sortant, sa virginité ». Aussi  » ouvrir le sein  » ne signifie pas comme d’ordinaire que le sceau de la pudeur virginale est brisé, mais seulement que l’enfant est sorti du sein de sa mère.

Tout en voulant attester la réalité de son corps, le Christ a voulu aussi manifester sa divinité. C’est pourquoi il a mêlé les prodiges avec l’humilité. Aussi, afin de montrer la réalité de son corps, il naît d’une femme. Mais afin de montrer sa divinité, il procède d’une vierge. « Un tel enfantement convient à Dieu », chante St Ambroise dans un hymne de Noël.

Certains ont dit qu’à sa naissance le Christ avait pris la subtilité des corps glorieux, de même qu’en marchant sur la mer il a pris leur agilité.

Mais cela ne s’accorde pas avec ce que nous avons précisé antérieurement. En effet, ces « dots », ou qualités des corps glorieux, proviennent de ce que la gloire de l’âme rejaillit sur le corps, comme nous le dirons plus loin en traitant des corps glorieux. Mais nous avons dit plus haut que le Christ, avant la passion, permettait à sa chair d’agir et de souffrir comme cela lui est propre, et que ce rejaillissement de la gloire de l’âme sur le corps ne se produisait pas. Et c’est pourquoi il faut dire que tout cela a été réalisé miraculeusement par la vertu divine. Aussi St Augustin dit-il : « Les portes closes n’ont pas été un obstacle pour la masse du corps ou se trouvait la divinité. Il a pu entrer sans qu’elles s’ouvrent comme, en naissant, il avait laissé inviolée la virginité de sa mère. » Et Denys, écrit : « Le Christ produisait d’une manière surhumaine ce qui appartient à l’homme. C’est ce que montre une vierge qui le conçoit surnaturellement, et une eau fluide qui supporte la charge de ses pas terrestres. »

B) Il est inimaginable que l’Arche de la Nouvelle Alliance ait eu des rapports sexuels :

Comme le prouve les deux liens suivants, Marie est l’Arche de la Nouvelle Alliance :

https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2014/03/22/le-culte-marial-est-biblique-37-limmaculee-conception-suite-marie-est-larche-de-la-nouvelle-alliance/

http://cathobiblique.wordpress.com/2008/02/28/marie-est-la-nouvelle-arche-dalliance/

En tant que créature la plus sainte sur Terre, et vaisseau du Très-Haut, il est totalement incongru – contraire à la dignité et au rôle de l’Arche – de penser qu’elle aurait eu le moindre contact sexuel.

Pour préparer les gens à la venue de Dieu sur le mont Sinaï, Moïse a dit:

Exode 19:14-15-« Moïse descendit de la montagne vers le peuple; il sanctifia le peuple, et ils lavèrent leurs vêtements. Et il dit au peuple : Soyez prêts dans trois jours; ne vous approchez d’aucune femme

Quand David était en fuite et avait besoin du pain du prêtre, on peut lire:

1 Samuel 21:4– « Le sacrificateur répondit à David : Je n’ai pas de pain ordinaire sous la main, mais il y a du pain consacré; si du moins tes gens se sont abstenus de femmes !»

L’Arche fut créée pour une raison plus sublime et sacrée, et n’aurait jamais eu de contact sexuel. Uza fut frappé par la mort pour avoir simplement touché l’arche alors qu’il ne devait pas le faire (2 Samuel 6 :6-8 / 2 Rois 6 :6-8).

III)  Réponses aux objections :

A) Qu’en est-il du Fils « premier-né » ? Ça veut dire qu’il y a eu d’autres enfants?

Le premier argument que nous allons étudier est celui qui se trouve en Luc II, 7: « Pendant qu’ils étaient là, le temps où Marie devait accoucher arriva,  et elle enfanta son fils premier-né. Elle l’emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. »

L’évangéliste parle de Jésus comme « le premier-né ». Les militants de la non-virginité perpétuelle de Marie affirment que cette expression signifie forcément qu’il y a eu un second, un troisième… Ce qui nous interpelle ici, c’est que cet argument est le plus populaire dans les milieux évangéliques, ce qui est d’ailleurs curieux, car c’est également le plus faible de tous. Si Jésus est présenté comme tel, c’est tout simplement parce que l’évangéliste nous prépare à la présentation du Christ au temple. Cela nous rappelle tout simplement le sacrifice prescrit par Moïse pour le rachat des premiers nés – ou encore ceux qui ouvrent le sein. Il n’est par conséquent pas étonnant de lire : « Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification, selon la loi de Moïse, ils l’emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la loi du Seigneur : Tout garçon premier né sera consacré au Seigneur [Luc II, 22-23]. Ceux utilisent ce verset contre la virginité perpétuelle de Marie méconnaissent la loi juive; en effet, il est écrit: « Tout fendeur de matrice, pour toute chair, qu’il présentera pour Adonaï, humain ou bête, sera à toi. Mais tu rachèteras, tu rachèteras l’aîné de l’humain, tu rachèteras l’aîné de la bête contaminée » (Nombre 18:15).

Ce passage  nous enseigne que celui qui ouvre les entrailles de la mère porte le titre de premier-né. Il joue un rôle particulier dans la loi mosaïque. En ce sens, Jésus est le premier-né de Marie. « Tout fils unique est un premier-né mais tout premier-né n’est pas fils unique. »

Dans un sens littéral cependant, « premier né » désigne chez les juifs l’enfant qui, le premier ouvre le sein (Ex 13, 2). Le premier né, selon la loi mosaïque devait être racheté dans les 40 jours suivant sa naissance (Ex 34, 20). A ce moment la mère ne sait pas si elle aura d’autres enfants. Le titre de premier né, cependant sera celui qu’elle utilisera pour désigner son fils, même si celui-ci sera son unique.

Fils premier-né’ est un titre juridique que l’on donne au premier garçon né dans une famille juive. En d’autres termes, on le donne au premier enfant mâle.

Dieu ordonna spécifiquement aux Israëlites de sanctifier leurs fils premiers-nés ; ceci en service et en consécration spéciale à Dieu. Le titre ‘fils premier-né’ tenait une importance supplémentaire, car il donnait à l’enfant le droit de posséder une double portion d’héritage. (Deut.21 :17). Cet enfant gardait le titre de ‘fils premier-né’ sans tenir compte de ses éventuelles frères et sœurs après lui. A titre d’exemple: « …nous pouvons voir cela à à Tel-el Yaoudieh (cf.« Biblica »11, 1930 369-90) sur l’inscription tombale écrite en grec d’une mère morte en couches : ‘Dans la douleur de donner mon fils premier-né, la destinée m’a conduit à la fin de ma vie’. » (Cité dans ‘Brothers and Sisters of Jesus’_ William Most)

Exode 13 et 34 nous font part de la prescription de Dieu pour que le premier-né Lui soit consacré. C’est ainsi qu’il y avait une cérémonie pour la sanctification de cet enfant : ‘le rachat du fils premier-né’. (Exode 13 et 34:20). Celle-ci n’était pas reportée jusqu’à ce que la femme ait un second enfant.

Exode 13:2,12 – « Consacre-moi tout premier-né, tout premier-né parmi les enfants d’Israël, tant des hommes que des animaux : il m’appartient.….. tu consacreras à l’Eternel tout premier-né, même tout premier-né des animaux que tu auras : les mâles appartiennent à l’Eternel. »

De ce fait, dire que Jésus était le ‘fils premier-né’ de Marie (Luc 2 :7) ne contredit absolument pas la virginité perpétuelle de Marie. Ça veut juste signifier qu’Il était son premier enfant mâle ; rien ne dit qu’un autre soit venu plus tard.

B) Matthieu I, 25 : « Il ne la connut pas jusqu’au jour où elle enfanta un fils… »

Il s’agit pour nos adversaires de dire que le mot « jusqu’à » signifie qu’après, Joseph la connut. Cette objection n’a aucune valeur (ce qui n’empêche pas les ennemis de la virginité perpétuelle de l’utiliser de manière industrielle). En effet, il est évident que saint Matthieu n’a pas l’intention de nous informer sur la virginité ou la non-virginité de Marie après la naissance du Christ, il veut nous renseigner sur la conception virginale du Christ et rien d’autre. Cela ne préjuge en rien de ce qui s’est passe par la suite.

Malgré cette évidence, beaucoup persistent, voici donc une démonstration plus poussée:

Le verbe « connaître », affirmera le non catholique, fait référence aux rapports sexuels. Ceci est vrai. Toutefois, ce verbe, dans les manuscrits originaux est conjugué à l’imparfait bien que dans les traductions actuelles, il soit au passé simple de l’indicatif; en effet l’évangéliste ne fait qu’insister sur la condition de Marie avant la conception de son fils : c’est bien une des valeurs de l’imparfait : la valeur d’insistance. De plus, il n’est écrit nulle part qu’après Marie eut des enfants… Cette déduction est celle que les non catholiques ont adopté, or l’évangéliste ne l’a point marqué. Dommage !

Comme nous renseigne le site Chrisus.web, pour ce qui est de l’emploi de la préposition « jusqu’à » en grec (ἕως), cette préposition grecque signifie la constance d’une action jusqu’à un moment donné. Illustrons l’utilisation de cette préposition dans l’Ecriture par deux exemples. Tout d’abord un passage de la Septante : « Elle [Mikal, fille de Saul] n’eut pas d’enfant jusqu’à (ἕως) sa mort » (2 Samuel 6, 23). Nous voyons bien qu’il n’est pas question pour Mikal d’avoir des enfants après sa mort. Et pourtant c’est bien la même préposition qui est employée pour ce verset de Samuel. Citons maintenant l’évangile selon saint Matthieu : « Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à [ἕως] la fin de l’âge » (Mt 28, 20). Nous comprenons bien que le terme « jusqu’à » employé ici ne signifie pas pour autant que le Christ nous abandonnera par la suite. Notons qu’une opposition entre un avant et un après d’un instant « t » et conduisant à un changement d’état ne sera pas induite par la préposition ἕως mais s’exprimera par le contexte de la phrase. A titre d’exemple, relevons ceci « Et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à son lever, les précédait jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. » (Matthieu II, 9). Nous devrions également garder à l’esprit que la Bible a été écrite il y a plusieurs millénaires ; une époque où les langages n’exprimaient pas et n’impliquaient pas des choses de la même manière qu’ils seraient exprimés et implicites en anglais moderne.

Matthieu 1:18 nous dit par ailleurs: «Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu’ils eussent habité ensemble

C’est tout à fait certain, par conséquent, que Matthieu 1:25 et Matthieu 1:18 ne contredisent en aucune façon la virginité perpétuelle de Marie. Les protestants ne peuvent pas légitimement prétendre que ces passages constituent la preuve que Marie a cessé d’être vierge, puisque ceux-ci ne prouvent pas la virginité perpétuelle de Marie…. C’est prouvé ailleurs dans la Bible.

Notons que la Bible use en plusieurs endroits du mot «jusqu’à» sans que cela ne puisse vouloir signifier qu’après le dit événement, ce qui ne s’était pas produit avant ce fut prospérité après:

Le mot « jusque » ne signifie pas nécessairement un changement de condition (dans ce cas la fin d’une abstinence sexuelle):

2 Samuel 6:23 – « Or Mical, fille de Saül, n’eut point d’enfants jusqu’au jour de sa mort.» Evidemment non ! Ce verset démontre que lorsque l’Ecriture décrit quelque chose comme étant vraie « jusqu’à » ou « avant » un certain point, ça ne signifie pas nécessairement qu’elle a cessé d’être vraie après ce point.

Isaïe 46:4 : « Jusqu’à votre vieillesse je serai le même…». C’est le Seigneur qui parle, lui dont on sait qu’il est toujours le même. Est-ce-que ça veut dire que Mical a commencé à avoir des enfants après sa mort?

Mat 28:20 : « …Et voici,  je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » On sait bien qu’après la fin du monde, Jésus ne va pas abandonner ses disciples.

Actes 23:1 – «Paul, les regards fixés sur le sanhédrin, dit : Hommes frères, c’est en toute bonne conscience que je me suis conduit jusqu’à ce jour devant Dieu.» Est-ce à dire que Paul cessa d’avoir une bonne conscience après cette journée? Évidemment non. La préposition ‘avant‘ peut être utilisé de la même façon.

1 Co 15, 25 dit que Christ « doit régner jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds ». Cela signifie-t-il qu’après cela Christ cessera de régner ? Non, car il règnera pour toujours (Lc 1, 32-33: « Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n’aura point de fin. »).

1 Timothée 4:13 – « Jusqu’à ce que je vienne, applique-toi à la lecture, à l’exhortation, à l’enseignement. » Ça veut dire qu’après sa venue, ils devront abandonner la lecture et l’enseignement… ? Évidemment que non.

Hébreux 1:13 – « Et auquel des anges a-t-il jamais dit : Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je. fasse de tes ennemis ton marchepied ?» Il s’agit du Fils de Dieu. Est-ce à dire qu’il cessera de s’asseoir à la droite du Père, après que les ennemis de Dieu soient devenus son marchepied? Évidemment, il n’en est rien. Il restera à la droite de Dieu le Père !

Il est remarquable de noter que, Calvin, un des pères de la Réforme, ne soutint point la position protestante actuelle. En effet, concernant Matthieu I, 25, il dit:« Certains ont voulu suggérer de ce passage [Matthieu 1, 25] que la Vierge Marie a eu d’autres enfants que le Fils de Dieu, et que Joseph a demeuré alors avec elle plus tard, mais quelle folie que celle-ci ! Car l’auteur de l’évangile n’a pas voulu rapporter ce qui s’est passé ensuite, il a simplement voulu mettre en lumière l’obéissance de Joseph et montrer que Joseph a été bel et bien assuré que c’était Dieu qui avait envoyé son ange à Marie. Il n’a pas, par conséquent, vécu avec elle, ni partagé sa compagnie (…) (Jean Calvin, Sermon sur Matthieu I, 25).

C) Croissez et multipliez:

Certains affirment que la Virginité Perpétuelle est contraire à l’ordre de Dieu au genre humain : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre » (Genèse I, 18) et « Vous, soyez féconds et multipliez ; répandez-vous sur la terre et vous y multipliez. » (Genèse IX, 7) ainsi que les mots de saint Paul : « Ne vous refusez pas l’un à l’autre, si ce n’est d’un commun accord, pour un temps, afin de vaquer à la prière ; et de nouveau soyez ensemble, de peur que Satan ne profite, pour vous tenter de votre incontinence ». (I Co VII:5). Rien n’est plus faux, en voici la démonstration :

§ Le dernier argument objecté est celui que la Genèse ordonne à l’homme de ne pas rester seul, de s’attacher à sa femme et de ne faire qu’une seule chaire. (cf. Genèse2/24). Saint-Paul aussi est appelé en renfort :

§ D’abord, il est certain que Marie et Joseph sont loin d’être un couple comme les autres… Tous les couples ne sont pas appelés à enfanter et élever le Sauveur !

§ Ensuite, cela entrerait en contradiction avec le voeu de virginité fait par la vierge (voir explications plus haut).

§ Et puis Saint-Paul écrit : « Je vous le dis, frères : le temps se fait court. Que désormais ceux qui ont une femme vivent comme s’ils n’en avaient pas. » (1 Co 7:29). Hors, qui plus que Marie et Joseph, parents de l’enfant de la promesse, ont eu plus grande conscience de la brièveté du temps ! Et : « L’homme qui n’est pas marié a souci des affaires du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur. Celui qui est marié a le souci des affaires du monde. (1 Co 7:32-33).

§ Un peu plus loin : « De même la femme sans mari comme la jeune fille, a le souci des affaires du Seigneur ; elle cherche à être saine de corps et d’esprit. Celle qui est mariée a le souci des affaires du monde, de plaire à son mari » (1 Co 34-35) Ils ont donc appliqué le précepte de Paul :

§ « ceux qui ont une femme vivent comme s’ils n’en avaient pas »

§ Quant nous considérons la vie de Marie et Joseph, nous avons là un couple soucieux de plaire au Seigneur en toutes choses : Joseph, le juste selon la foi d’Abraham, qui en voulant répudier Marie sans bruit montre qu’il sait concilier amour de Dieu et amour du prochain, qui est obéissant à Dieu dans le message de l’ange ; Marie celle qui garde fidèlement en son coeur la Parole du Seigneur, celle qui a trouvé grâce aux yeux de Dieu, celle qui est bénie entre toutes les femmes, celle qui est comblée de la grâce. Comment imaginer un couple plus soucieux de plaire au Seigneur !

[ N.B. : Pour certains, ceci est inacceptable car cela sous-entendrait que l’union de l’homme et de la femme voulue par Dieu et quasi-normative dans l’ancien testament, serait devenue comme impure dans le nouveau ; Il n’en est rien : « Ainsi celui qui se marie avec sa fiancée fait bien, mais celui qui ne se marie pas fait mieux encore » (1 Co 7:38). Le mariage n’est donc pas devenu  une mauvaise chose, Paul nous enseigne que la chasteté pour le Seigneur est un appel encore plus élevé. ]

D) Le Psaume 69 :

Le Psaume 69 est reconnu par les théologies catholique et protestantes comme ‘messianique ‘, c’est-à-dire relatif au Messie et à sa future venue. Aussi, des non-catholiques ont-ils cru y trouver une affirmation selon laquelle le Messie devait avoir des frères, ‘fils de sa mère’. Cette théorie est réfutée dans ce lien.

E) Que dire des ‘frères’ de Jésus dont il est souvent question dans le Nouveau Testament ?

Il est en réalité simple de démontrer qu’il ne s’agit pas de ‘frères’ au sens où nous l’entendons couramment aujourd’hui.

Enumérons les cas de mentions de ‘frères’ de Jésus pour montrer qu’il ne s’agit pas de fils de Marie :

Certains de ces « frères » conseillent et réprimandent Jésus (Jn 7, 3-4 et Mc 3, 21). Or, dans la culture juive, les frères les plus jeunes ne réprimandent jamais un frère plus âgé. Par conséquent, ils n’étaient pas les jeunes enfants de Marie.

Jacques et Joset sont appelés « frères de Jésus » mais ils sont sûrement les fils d’une autre Marie : Jacques, Joset (Mc) ou Joseph (Mt) – les premiers deux frères de Jésus nommés en Mc 6,3 et Mt 13,55 – étaient très probablement les fils d’une Marie différente de la mère de Jésus. Marc dit en effet : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé » (Mc 15,40). Cette « Marie » est encore appelée plus loin « Marie, [mère] de Joset » (15,47), puis « Marie [mère] de Jacques » (16,1). Lc 24,10 aussi fait mention de « Marie, celle de Jacques ».

Pour Matthieu XIII : pour la plupart, aucun doute ! En effet, le verset nous apprend clairement que Jésus a quatre frères et même des sœurs. Mais, attention à ne pas se hâter… Soulignons d’emblée que la phrase utilisée ici est à la forme interrogative. Pourquoi, vouloir faire d’une interrogation une affirmation ? Ne faisons pas fi du fait que, si pour certains, ce verset affirme l’existence des frères (de sang) du Christ, il faudra également reconnaître dans ce cas qu’il affirme également que ce dernier a un père : puisque le Christ est présenté comme « le fils du charpentier »…Or, d’après les récits évangéliques, Joseph n’est pas le père biologique du Christ, ce dernier fut conçu du Saint-Esprit. La contradiction nous montre que ce verset ne doit pas être pris au sens strict. D’ailleurs, on ne fait qu’émettre une hypothèse (« Celui-là n’est-il pas… »). Le verset ne dit pas : « Celui-là est… ». Si ces frères sont effectivement les frères de sang de Jésus, il nous faudrait accepter que Joseph est le père biologique de Jésus. Or, comme déjà dit, Jésus n’est pas appelé père de Jésus parce ce qu’il fut réellement son père, il était plutôt à ce qu’on croyait, le fils de Joseph [Luc III, 23]. On croyait que son père était Joseph. De là, nous déduisons également qu’on croyait que ces frères et sœurs étaient des frères de sang, d’autant plus que ces « frères » ne sont jamais appelés « Fils ou filles de Marie », alors que Marie est toujours spécifiée comme la « Mère de Jésus-Christ ».

Simon et Judes sont des cousins du Seigneur : Simon était « le fils d’un oncle du Seigneur », « fils de Cléophas, frère de Saint Joseph », selon Hegesippe, originaire d’Orient, probablement de Syrie-Palestine, qui écrivit vers 150-200 des « mémoires » dont Eusèbe de Césarée rapporte plusieurs extraits (Eusèbe, Histoire ecclésiastique III,11-12 et 19-20). Après le martyre de Jacques, Simon fut nommé évêque à « parce que c’était un second cousin du Seigneur »: « second » est à comprendre en lien avec Jacques, qui devait donc être aussi le cousin de Jésus (et non pas son frère au sens strict).

Notons que le mot ‘frère’ est souvent utilisé dans le Bible pour désigner autre chose des enfants des mêmes parents : car ni l’hébreu, ni l’araméen n’a de mot pour « cousin ». Bien que le texte du Nouveau Testament que nous avons est en grec, qui a un terme pour cela, la traduction littérale de l’hébreu ach, utilisé par Jésus et les disciples, est de fait adelphos en grec, que nous traduisons par « frère ». Or ce terme dans la Bible est utilisé dans de multiples circonstances (comme c’est le cas encore aujourd’hui) pour désigner :

·  un enfant mâle ayant les mêmes parents

·   des hommes descendants d’un même parents Ac 7, 23.26; Heb 7, 5

·   des membres d’un même peuple Ac 3, 17.22; Rm 9, 3 …

·   un voisin, un homme quiconque Lc 10, 29; Mt 5, 22; 7, 3

·   des personnes unis dans un intérêt commun Mt 5, 47

·   des personnes unies dans un appel commun Ap 22, 9

·    des membres de l’humanité Mt 25, 40; Heb 2, 17

·    les disciples et par implication tous les croyants Mt 28, 10; Jn 20, 17

·    les croyants, sans distinction de sexe, Mt 23, 8; Ac 1, 15; Rm 1, 13; 1 Th 1, 4; Ap 19, 10 (le mot «sœurs» est utilisé pour désigner les croyantes uniquement en 1 Tim 5, 2)

·                            Dans la Bible hébraïque, Gn 14, 14 désigne Lot comme le « frère » d’Abraham, alors qu’il est son neveu (Gn 11, 26-28). De même en Gn 14,14 Jacob est appelé le « frère » de son oncle Laban (Gn 29, 10). On retrouve d’autres endroits où les mots « frère » ou « frères » sont utilisés pour désigner des membres d’une même famille (Dt 23, 7 ; 2 S 1, 26 ; 1R9, 13 ; 20, 32 ; 2R 10, 13-14 ; Jer 34, 9 ; Am 1, 9).

Si maintenant nous regardons plus précisément le cas de la Sainte Famille, nous découvrons les faits suivants :

·                            En Lc 2, 41-51, l’histoire de Marie et de Joseph emmenant Jésus au Temple à l’âge de douze ans montre de façon évidente que Jésus est leur fils unique. Puisque tout le monde s’accorde sur le fait qu’il est le premier né, si il avait (comme certains l’affirme en se basant sur Mt 13, 55) au moins cinq frères, on n’en voit pas la trace dans ce récit qui démontre à lui tout seul qu’il pas plausible que Jésus ait eu des frères.

·                            Jésus utilise lui-même le terme « frères » dans un sens large. En Mt 23, 8, il appelle les foules et ses disciples (v.1) « frères ». En d’autres mots, ils ont frères les uns des autres. En Mt 12, 49-50, il appelle ces disciples et tous ceux qui font la volonté de son Père « mes frères ».

·                            En comparant Mt 27, 56 ; Mc 15, 40 et Jn 19, 25, nous voyons que Jacques et Joseph (mentionné en Mt 13, 55 avec Simon et Jude comme « frères » de Jésus) sont aussi appelés fils de Marie, femme de Clopas. Cette autre Marie (Mt 27, 61 ; 28, 1) est appelée la adelphe (féminin d’adelphos) de la Vierge Marie en Jn 19, 25 (il est peu probable qu’il y ait eu deux sœurs appelées Marie, ce terme désigne donc des cousines ou des membres d’une même famille). Mt 3, 55-56 etMc 6, 3 mentionnent Simon, Jude et des « sœurs » avec Jacques et Joseph, les appelant tous adelphoi (pluriel d’adelphos). Puisque nous savons que Jacques et Joseph ne sont pas des frères de sang de Jésus, l’interprétation la plus probable de Mt 13, 55 est que tous ces « frères » sont cousins, selon les conventions linguistiques exposées plus haut.

Autres éléments sur la signification du mot ‘frère’ :

Ce « titre de gloire » reconnu aux cousins de Jésus fut conservé quand l’Evangile a été écrit ou traduit en grec, de même que les Septante ont traduit servilement l’original hébreu de l’Ancien Testament en utilisant le terme grec « frère » (« adelphos ») et non cousin (« anepsios ») lorsqu’il y a un rapport de parenté beaucoup de plus large. Il y a d’abondantes attestations de cet usage (déjà vues) :

Dans le grec néo-testamentaire, le mot frère a souvent une signification qui n’est pas biologique :

Dans le texte grec du Nouveau Testament, le mot « frère » en grec (« adelphos ») se rencontre 41 fois avec le sens de « frères biologiques » ; « Frères » dans le sens « adeptes d’une même religion » est cité 213 fois ; « Frères » comme « collaborateurs proches » : 22 fois, dans les épîtres de Paul et Pierre ; Et « frères » comme « membres d’une même communauté ou famille » : 42 fois.

Nouvel exemple de cet usage : la « sœur » de Marie au pied de la Croix, qui est sûrement sa cousine :
Jn 19, 25 parle d’une certaine Marie, sœur de Marie la mère de Jésus. Il ne peut bien sûr s’agir d’une sœur de sang ou même d’une demi-sœur car les parents n’auraient pas donné le même nom à deux enfants.

Donc l’incertitude du mot « frère » ou « sœur » en grec est telle qu’il n’est pas sérieux de s’appuyer sur ce mot pour affirmer que Marie ait eu d’autres enfants. L’ensemble de ces arguments tirés de l’Ecriture apporte une réponse très sérieuse aux objections.

Plus d’explications linguistiques en deuxième annexe.

Il y a par ailleurs des situations où il aurait été logique que les frères de Jésus au sens biologique soient mentionnés s’Il en avait eu mais ils n’apparaissent pas :

§                                 À Cana, au repas des noces, nous ne voyons pas de trace des frères ou soeurs de Jésus, de même que lors de l’épisode survenu lorsque Jésus eut douze ans.

§                                 Il y a aussi Marc 6:3 où Jésus est appelé « le fils de Marie ». Or s’il avait eu des frères ou soeurs, il eut été appelé « un fils de Marie ». L’Évangile parle certes des frères du Seigneur (avec l’ambiguïté du terme que l’on sait), mais jamais des fils ou filles de Marie.

§                                 Il n’est pas question de ses frères ou sœurs lors du voyage à Jérusalem lorsque Jésus avait 12 ans…

§                                 Pas une seule fois les ‘frères de Jésus’ ne soit appelés ‘fils de Marie’ et il n’est nulle part dit explicitement que Marie ait eut d’autres enfants.

F) Autres objections réfutées par saint Thomas d’Aquin :

Objection 1 : Il semble que la mère du Christ ne soit pas restée vierge après l’enfantement. Car l’Evangile dit (Matth. I, 18) que Marie fut reconnue enceinte avant qu’elle fit avec Joseph ayant conçu de l’Esprit-Saint. Or, l’évangéliste ne dirait pas avant qu’ils fussent ensemble, s’ils n’avaient pas dû y être, parce que personne ne dit de quelqu’un qui ne doit pas dîner, avant qu’il dîne. Il semble donc que la bienheureuse Vierge ait eu des rapports charnels avec saint Joseph, et que par conséquent elle ne soit pas restée vierge après son enfantement.

Réponse : Il faut répondre au premier argument, que, comme le dit saint Jérôme (Lib. cont. Helvidium, cap. i), il faut comprendre que cette proposition auparavant, quoiqu’elle indique souvent une suite, exprime néanmoins quelquefois uniquement ce que l’on pensait tout d’abord. Mais il n’est pas nécessaire que les choses que l’on pense arrivent, puisqu’il survient quelquefois des causes qui empêchent ce que l’on a pensé d’avoir lieu. Ainsi quand quelqu’un dit : avant de diner dans le port, j’ai navigué; on n’entend pas qu’il a diné après la navigation faite, mais cela indique qu’il pensait diner dans le port. De même l’évangéliste dit : Avant qu’ils fussent ensemble, elle fut trouvée enceinte, ayant conçu de l’Esprit-Saint, non parce qu’il se sont unis ensuite, mais parce que, quand ils paraissaient sur le point de s’unir, la conception par l’Esprit-Saint les a prévenus, et il est arrivé de là qu’ils n’ont plus eu de rapports charnels.

Objection 2 : L’ange dit à saint Joseph (ibid. 20) : Ne craignez pas de recevoir Marie votre épouse. Or, le mariage est consommé par l’union charnelle. Il semble donc qu’il y ait eu une union charnelle entre Marie et Joseph , et par conséquent qu’elle ne soit pas restée vierge après son enfantement.

Réponse : Il faut répondre au second, que, comme le dit saint Augustin (De nupt. et concept, lib. i, cap. 11), saint Joseph appelait la mère de Dieu sa femme en vertu de la seule foi du mariage qu’ils s’étaient donnée, quoiqu’il ne l’ait pas connue et qu’il n’ait pas dû la connaître. Or, comme l’observe saint Ambroise (Sup. Luc. cap. 1, super illud : Et nomen Virginis Maria) : La célébration des noces ne prouve pas la perte de la virginité, mais elle atteste le mariage (car pour qu’il y ait mariage, il suffit qu’il y ait eu consentement de la part des époux ; la consommation charnelle n’est pas l’essence de cette union).

Objection 3 déjà traitée par ailleurs.

Objection 4 : On ne peut appeler le premier-né que celui qui a des frères qui sont venus après lui. Ainsi l’Apôtre dit (Rom. viii, 29) : Ceux qu’il a connus dans sa prescience, il les a aussi prédestinés pour être conformes à l’image de son Fils, afin qu’il fût l’aîné entre plusieurs frères. Or, l’Evangile appelle le Christ le premier-né de sa mère. Elle a donc eu d’autres enfants après le Christ, et par conséquent il semble qu’elle ne soit pas restée vierge après l’enfantement.

Réponse : Il faut répondre au quatrième, que les saintes Ecritures ont la coutume de donner le nom de premier-né non-seulement à celui qui a des frères, mais à celui qui est né le premier; autrement s’il n’y avait eu de premier-né que celui qui a des frères, les premiers-nés n’auraient été dus légalement qu’autant que d’autres seraient nés après eux; ce qui est évidemment faux puisqu’après un mois la loi ordonnait de les racheter [Num, xviii, 16)

Objection 5 : Saint Jean dit (II, 42) que le Christ alla à Capharnaûm avec sa mère et ses frères. Or, on appelle frères ceux qui sont nés de la même mère. Il semble donc que la bienheureuse Vierge ait eu d’autres enfants après le Christ.

Réponse : Il faut répondre au cinquième, que, comme le dit saint Jérôme (Sup. Matth. cap. 12, super illud : Ecce mater ejus) il y en a qui croient que les frères du Seigneur sont des enfants que saint Joseph avait eus d’une autre femme (2). Mais pour nous, dit-il, nous croyons que les frères du Seigneur furent non les fils de Joseph, mais les cousins du Sauveur et les enfants de Marie sa tante. Car dans les Ecritures on est appelé frères de quatre manières : par nature, par nation, par parenté et par affection. Ainsi ils ont été appelés les frères du Seigneur, non par nature, comme s’ils étaient nés de la même mère, mais par parenté, comme étant du même sang. Quant à saint Joseph, comme le dit saint Jérôme (Cont. Helvid. cap. 9), on doit plutôt croire qu’il est resté vierge, parce qu’on ne voit pas qu’il ait eu une autre épouse et qu’un saint ne tombe pas dans la fornication.

Objection 6 déjà traitée par ailleurs.

 Source : Somme Théologique, p.III Qu. XVIII, Art. III

IV)    La Virginité Perpétuelle de Marie d’un point de vue historique :

 On entend parfois dire que la Virginité Perpétuelle de Marie fut inventée par l’Eglise catholique en 649, au concile du Latran. C’est absolument faux et en voici la preuve.

L’apocryphe Protévangile de Jacques (vers 150) affirme la Virginité Perpétuelle de Marie. Notons toutefois qu’il enseigna aussi l’affirmation hétérodoxe selon laquelle les ‘frères et sœurs’ de Jésus seraient des enfants d’un précédent mariage de Joseph. Saint Jérôme réfuta cette erreur: il s’efforça d’alléguer une autre explication plausible. Il explique que dans le cas des frères du Seigneur il s’agissait de « cousins », (fils de frères et sœurs du côté de la mère). Il pouvait appuyer sa thèse sur le fait que philologiquement l’hébreu et l’araméen n’ont pas un mot particulier pour « cousins » et ils utilisent pour cette désignation « frères » (ainsi en Gn 13,8; 14,14; Lv 10,4; 1 Chro 23,22). Siméon est un cousin du Seigneur : Jérôme connaissait, même s’il ne le cite pas, le récit d’Eusèbe (Mémoire d’Egésippe, écrit autour de l’an 180) où il est écrit que Siméon est un « fils de Cléophas, un oncle du Seigneur » (2). Jacques le mineur est lui aussi un cousin du Seigneur : fils de cette Marie (Mc 15,40; Mt 27,56), qui devait être la femme d’Alphée (cfr. Mt 10,3; At 1,13) et la sœur de Marie, la mère du Seigneur.

Tous les auteurs faisant autorité dans les premiers siècles qui parlent de la Virginité Perpétuelle de Marie le font tous pour l’affirmer et non pour la nier (sauf Tertullien), nous pouvons citer parmi aux Origène (mort vers 254), saint Grégoire de Nysse (mort en 394), Didyme l’Aveugle (mort en 398), saint Jean Chrysostome (morte en 407), saint Cyrille d’Alexandrie (mort en 444), saint Basile le Grand (mort vers 380), acceptait la virginité perpétuelle de Marie et déclarait que cela reflétait le point de vue général des fidèles ; cependant, il ne considérait pas cela comme un dogme. Vers la même époque, en Occident, Jovinien (mort vers 406) et Helvidius (autour de 383) niaient la virginité perpétuelle de Marie tandis que saint Hilaire (mort en 367), saint Ambroise (mort en 397), saint Sirice (mort en 399), saint Jérôme (mort en 420) dans ses célèbres écrits contre Helvidius (où il dit bien d’« une nouveauté, pernicieuse, et qui fait un affront à la foi répandue dans le monde entier. ») et saint Augustin (mort en 430) la défendaient avec insistance. Saint Zénon de Vérone (mort vers 375) affirmait déjà l’accomplissement en Marie de « la porte close du livre d’Ezechiel…

 

Citons saint Ephrem le Syrien (mort en 373): « Le Christ est né d’une nature qui n’avait pas été exempte de taches, et qui avait besoin d’être purifiée par sa visite… Il est né d’une vierge qu’il commença par purifier, pour faire voir que là où le Christ se trouve, il opère toute pureté. Il la purifia par l’opération du Saint-Esprit ; puis il descendit dans ce sein virginal ainsi purifié. Il la purifia en chasteté et en sanctification, et c’est pour cela qu’en naissant il la laissa vierge. »

Ainsi que saint Epiphane (mort en 403) : « le Fils de Dieu “s’est incarné c’est-à-dire a été engendré parfaitement de sainte Marie, la toujours vierge, par le Saint-Esprit“» (Ancoratus, 119, 5, écrit en 374)

Enfin, saint Athanase (mort en 373), le Docteur de l’Incarnation (très respecté des protestants) parle  dans son Discours contre les ariens, de Marie la « Toujours Vierge ». Il mentionne ce titre, non comme une nouveauté ou quelque chose qui avait besoin d’être prouvé, mais comme un fait acquis pour les chrétiens.

IIème Concile de Constantinople; 553 Ap-JC ; Can. 6 : « Si quelqu’un dit que c’est en un sens impropre et non véritable que la sainte, glorieuse et toujours vierge Marie est Mère de Dieu … qu’un tel homme soit anathème.»

Pape saint Martin Ier, Concile de Latran, 649 Ap-JC ; Can. 3 : « Si quelqu’un ne confesse pas, selon les saints Pères, en un sens propre et véritable, Mère de Dieu la sainte, toujours vierge et immaculée Marie, puisque c’est en un sens propre et véritable Dieu Verbe lui-même, engendré de Dieu le Père avant tous les siècles, qu’elle a, dans les derniers temps, conçu du Saint-Esprit sans semence et enfanté sans corruption, sa virginité demeurant inaltérable aussi après l’enfantement, qu’il soit condamné. » (Denzinger 503)

Aujourd’hui, la plupart de ceux qui nient la Virginité Perpétuelle de Marie se réclament des réformateurs protestants du XVIème siècle et pour ceux qui ne s’en réclament pas, la plupart en sont directement ou indirectement, consciemment ou inconsciemment les héritiers. Ils seront certainement surpris d’apprendre que tous les réformateurs protestants du XVIème siècle affirmaient la Virginité Perpétuelle de Marie comme une vérité de foi :

Martin Luther : « C’est un article de foi que Marie est Mère du Seigneur et toujours vierge…Christ, nous croyons, est venu d’un sein laissé parfaitement intact »

Jean Calvin : « Certains ont voulu suggérer de ce passage [Mt 1, 25] que la Vierge Marie a eu d’autres enfants que le Fils de Dieu, et que Joseph a demeuré alors avec elle plus tard, mais quelle folie que celle-ci ! Car l’auteur de l’évangile n’a pas voulu rapporter ce qui s’est passé ensuite, il a simplement voulu mettre en lumière l’obéissance de Joseph et montrer que Joseph a été bel et bien assuré que c’était Dieu qui avait envoyé son ange à Marie. Il n’a pas, par conséquent, vécu avec elle, ni partagé sa compagnie… Et d’ailleurs si Notre Seigneur Jésus Christ est appelé le premier né, ce n’est pas parce qu’il y a eu un second ou un troisième, mais parce que l’auteur de l’évangile fait référence à la proéminence. L’Ecriture nous parle ainsi en nommant le premier né, qu’il y ait ou non question d’un second » (Sermon sur Mt 1, 22-25, publié en 1562).

Ulrich Zwingli : « Je crois fermement que Marie, selon les paroles de l’évangile, comme une pure Vierge a donné naissance pour nous au Fils de Dieu et dans l’accouchement et après l’accouchement est demeurée pour toujours une pure et intacte Vierge »

Et il en est de même de Heinrich Bullinger (principal disciple de Zwingli) et de John Knox (mort en 1572, figure du protestantisme écossais).

Annexes :

A) preuve que l’Evangile selon saint Matthieu fut d’abord écrit en araméen :

Nous savons que Jésus parlait l’araméen, car la Bible nous donne certains de Ses mots araméens

Puisque l’araméen est pertinent aux faits mentionnés ci-dessus, montrant que Saint Pierre est le rocher, considérez la preuve que Jésus parlait bien l’araméen. Nous savons que Jésus parlait en araméen ; tout d’abord parce que l’Evangile rapporte certains des mots araméens qu’Il employait. Considérez Matthieu 27 :46, où Jésus cria depuis la croix ‘Éli, Éli, lamma sabacthani ?’. C’est de l’araméen ; pas du grec. Ça veut dire ‘Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous délaissé ?

Un autre exemple, c’est Saint Jean 19 :13-17 – « Pilate… s’assit sur le tribunal, au lieu appelé le Pavé, et en hébreu Gabbatha.… Jésus, portant sa croix, arriva au lieu du crâne, qui se nomme en hébreu Golgotha

Les deux mots ‘Gabbatha’ et ‘Golgotha’ sont en araméen ; ce qui donne ainsi plus de preuves au fait que c’était bien la langue qu’utilisait Jésus. Dans la Bible, St Jean dit que c’est de l’hébreu, mais comme l’expliquent les érudits biblistes, ‘hébreu’ , couramment utillisé dans le Nouveau Testament, se réfère à l’araméen.

Il y a également des preuves solides que l’Évangile de Matthieu ait été écrit en araméen et ensuite traduit en grec

Il existe des preuves solides venant de Pères de l’Eglise, que l’Evangile de St Matthieu fut écrit en araméen, pour ensuite être traduit en grec. Eusèbe de Césarée  qui est l’historien de l’Église primitive, le premier à écrire une histoire de l’Eglise, du début jusqu’au 4° siècle, période où il vécut, avait constamment déclaré que Mattheu avait rédigé son Evangile en hébreu, ce qui veut dire, en araméen.

Dans le Livre 3, Chapitre 24 [Les écrits de Papias], de son Histoire Ecclésiastique, Eusèbe cite Papias pour dire : « Matthieu réunit les sentences (de Jésus) en langue hébraïque et chacun les traduisit comme il put. »

Dans le livre 3 Chapitre 3, de son Ecclesiasti …, Eusèbe cite Papias d’Etat: «Matthieu a composé son histoire dans le dialecte hébraïque, et chacun a traduit comme il a pu ». Par le « dialecte hébreu » il veut dire en araméen.

Dans le Livre 6, Chapitre 25, Eusèbe cite Origène  pour dire : « … le premier [Evangile] écrit est celui selon Matthieu… destiné à ceux qui avaient passé du Judaïsme à la foi, et fut composé en langue hébraïque.»

Dans le Livre 5, Chapitre 8, Eusèbe cite le célèbre père de l’Eglise primitive, Saint Irénée de Lyon  pour dire : « Matthieu entreprit donc aussi d’écrire son Évangile chez les Hébreux et en leur propre langue, pendant que Pierre et Paul annonçaient l’évangile à Rome et y fondaient l’Église. »

Cité par Eusèbe, St Irénée ne dit pas seulement que Matthieu a écrit son évangile en langue hébraïque (araméen), mais aussi que Pierre a fondé l’Église de Rome – ce que rejettent beaucoup de non-catholiques, bien que les preuves historiques que Pierre était à Rome soient irréfutables. « Toutes les anciennes traditions disent le martyr de Pierre à Rome, et pas une seule source le situe en un autre lieu. Rares sont les évènements de l’Eglise Catholiques à être si bien attestés. » (Mike Aquilina, ‘The Fathers of the Church‘, Huntington, IN : Our Sunday Visitor Publishing, p.35).

Gardez à l’esprit qu’Eusèbe, qui cite Papias, Origène, et Irénée, afin de montrer que Matthieu écrivait en araméen, vécut vers l’an 260 à 340 Ap-JC ; et composa la toute première histoire complète de l’Eglise.

Et selon un de mes amis, ce serait même le cas d’autres Évangiles, je le cite: « Il est évident que la langue originale des Evangiles ce n’est pas du tout le grec. Les Évangile de Jean et Luc, c’est peut-être moins certains, mais Matthieu et Marc, cela ne fait aucun doute que c’est l’araméen… Pour Jean et Luc, une solution serait de dire que la datation de l’évangile de S. Jean vers 90 ap. Jésus-Christ soit fausse, il ne s’agirait là en fait que d’une traduction, et que la version originale date certainement de la même époque que les premiers écrits de S. Paul, à savoir vers 50-55 ap. Jésus-Christ, et cette version de l’Evangile ne serait pas en fait en grec.»

B) Le mot ‘frère’ dans les différentes langues de rédaction de la Bible :

Dans la version grecque originale, les mots utilisés sont ‘adelphoi’ (frères) et ‘adelphe’ (sœurs). Bien que ces termes, adelphoi et adelphe, peuvent se référer à des frères réels, la Bible utilise aussi ces mots pour décrire des personnes qui ne sont pas frères, mais des cousins, des proches, des demi-frères, ou des voisins proches.

Certains protestants tentent de contourner cette situation en affirmant que l’Ancien Testament n’a pas été écrit en grec, mais en hébreu. Par conséquent, disent-ils, le cas de Lot ne prouve pas qu’ ‘adelphos’ puisse se référer à une personne qui n’est pas littéralement un frère….Mais c’est réfuté .

Bien que l’Ancien Testament ait été écrit entièrement en hébreu, 70 érudits réalisèrent sa célèbre traduction en grec, quelques siècles avant la venue du Christ. Cette fameuse traduction est appelée la Septante.

Cette traduction grecque de l’Ancien Testament, la Septante, est cité environ 300 fois par les écrivains inspirés du Nouveau Testament ; signifiant ainsi qu’ils acceptaient la Septante. Dans la Septante, le mot grec ‘adelphos’ est utilisé pour décrire Lot comme étant comme le frère d’Abraham. Le mot ‘adelphos’ est la forme singulière d’adelphos’, qui est utilisé dans le Nouveau Testament pour parler des ‘frères’ de Jésus. Par conséquent, l’Ancien Testament utilise ‘adelphos pour décrire quelqu’un qui n’est pas un frère réel.

Mais on peut aussi le prouver dans le Nouveau Testament. Dans Actes 3:17 et Romains 9:3, nous voyons qu’‘adelphoi’ (frères) est utilisé pour décrire des gens de même nationalité, mais n’étant ni frères réels ni sœurs réels. Considérez ces versets comme le coup de grâce porté contre l’argument protestant à cet égard.

Par ailleurs, dans Luc 10:29, Matthieu 5:22 et Matthieu 7:3, nous voyons qu’ ‘adelphos’ (frère) est utilisé pour parler d’une personne dans le sens d’un prochain , pas nécessairement d’un frère réél.

Mais ‘anepsios’ est le mot grec pour ‘cousin’… Donc si les frères de Jésus étaient des cousins la fraternité de Jésus était des cousins plutôt que des frères, pourquoi ‘anepsios’ n’a-t-il pas été utilisé?

L’Eglise catholique enseigne que Marie est toujours vierge et n’a pas d’autres enfants. L’Église catholique n’enseigne pas que tous les ‘frères’ de Jésus étaient nécessairement Ses cousins ; ils pouvaient être des amis proches, ou des personnes considérées comme faisant parties de la famille, soit par le mariage, soit par la loi, soit par la patrie. Par exemple, dans 2 Samuel 1:26 (2 Rois 1 :26), le roy David appelle Jonathan son ‘frère’, mais ceux-ci ne sont ni frères ni cousins. David avait épousé la sœur de Jonathan, Mical, fille du roy Saül. Ainsi David faisait parti de la famille.

Le nombre des ‘frères’ (adelphoi) de Jésus mentionné dans la Bible, semble suggérer que certains d’entre eux n’étaient même pas membres de famille élargie, mais qu’ils étaient considérés comme faisant partie de la famille par d’autres moyens. Si un seul ou quelques-uns d’entre eux n’étaient pas des cousins, mais des parents de famille élargie, des voisins, ou des amis proches, alors le mot ‘adelphoi’ aurait été utilisé. Par conséquent, le fait que le mot ‘cousin’ n’ait pas été utilisé, ne prouve en rien que Marie ait eu d’autres enfants.

La preuve de Matthieu 27:56 montre que les ‘frères’ de ni Ses frères réels, ni Ses sœurs réels

Matthieu 13:55 – « N’est-ce pas le fils du charpentier ? n’est-ce pas Marie qui est sa mère ? Jacques, Joseph, Simon et Jude, ne sont-ils pas ses frères ?»

Jacques et Joseph sont deux des noms donnés comme étant des ‘frères’ de Jésus. Il peut être démontré, par les points suivants, que ceux-ci étaient les enfants d’une autre femme ; non les frères réels de Jésus. Veuillez suivre la logique avec attention :

Il y avait trois femmes au pied de la croix: 1) la Bienheureuse Vierge Marie (la mère de Jésus) ; 2) Marie, femme de Cléophas (qui est dit être la sœur de la Bienheureuse Vierge Marie) ; et 3) Marie-Madeleine.

Jean 19:25 – « Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la soeur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. »

Marie, femme de Cléophas, est aussi décrite comme ‘l’autre Marie’ dans Matthieu 28:1. La Bible nous dit que Jacques et Joseph sont les enfants de cette Marie: Matthieu 27:56 – « Parmi elles étaient Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. »

Ainsi, Jacques et Joseph (qui sont appelés les ‘frères’ de Jésus) ne sont pas Ses frères réels, mais Ses cousins ; sans toutefois être cousins germains pas cousins germains. C’est parce que Marie de Cléophas (la mère de Jacques et de Joseph), qui est dit être la ‘sœur’ de la mère de Jésus (Jean 19:25), porte aussi le nom de Marie. Il est extrêmement improbable que deux frères et sœurs d’une famille hébraïque aient reçu le même nom. En revanche, ce qui est très probable, c’est qu’elles n’étaient pas sœurs, mais des membres du même clan qui se faisait appelées ‘sœurs’, de la même manière que Jacques, Joseph, Simon et Judas se faisaient appelés ‘frères’ de Jésus. Tout cela montre qu’aucune des déclarations de la Bible sur les frères et sœurs de Jésus ne réfute, en aucune façon, la virginité perpétuelle de la Bienheureuse Vierge Marie. Maintenant, nous devons examiner la preuve que Marie n’avait pas d’autres enfants et qu’elle était perpétuellement vierge.

La passion de Perpétue et Félicité


Perpétue et Félicité

Perpétue et Félicité

Le christianisme des premiers siècles ne s’est seulement distingué par des textes apologétiques qui avaient pour but de défendre la véritable foi chrétienne contre ceux qui la corrompaient, mais aussi par des récits. Parmi ceux-ci, nous pouvons relever La passion de Perpétue et Félicité, deux jeunes femmes ayant fait l’expérience du martyre au début du troisième siècle. Notre travail, qui sera bref, consistera dans un premier temps à poser un contexte (en évoquant les controverses autour de l’auteur du texte, la datation, et le lieu où se serait déroulé le martyre des saintes), et, dans un second temps, à founir un résumé du texte suivi d’une brève conclusion et impression personnelles.

1.     Contextualisation du texte

La Passion de Perpétue et Félicité est un texte qui a un eu un retentissement considérable. Ce texte « est sans doute le récit de martyre le plus émouvant et le plus exemplaire pour les siècles suivants« [1] Il est aussi « d’une touchante simplicité »[2]. La raison pour laquelle il est qualifié « d’émouvant » réside certainement dans son contenu s’articulant autour de récits et de visions.

Pour une tentative de datation, nous disposons de deux Passions. Une Passion latine, et une Passion grecque. Toutefois, aucune de ces références ne fournissent de datation qui ne soit indiscutable. Les origines du texte restent contestées. Cependant, la passion des saintes Perpétue et Félicité eut lieu en mars 203. La question de savoir qui était l’auteur de La Passion de Perpétue et Félicité a souvent été controversée. L’auteur présumé a souvent été identifié à Tertullien, mais cette hypothèse est de nos jours fortement récusée ; elle n’a plus vraiment de valeur puisque les auteurs, quasi unanimement, ne l’attribuent point à Tertullien. D’ailleurs, Jean Fontaine[3], après avoir minutieusement étudié le style, conclut que l’œuvre est le fruit d’une personne demi-lettrée s’efforçant de faire une œuvre dans le style des écrivains sacrés. D’ailleurs, continue Jean Fontaine, comment attribuer cette œuvre à Tertullien alors que celui-ci cite le texte de manière inexacte dans son traité De anima (55, 4) ? Ainsi, cette hypothèse longtemps admise semble désuète simplement parce  que « à peu près tous les travaux les plus récents repoussent l’hypothèse, longtemps admise, qui faisait de Tertullien le rédacteur de la Passion »[4] 

Pour ce qui est du déroulement des événements, il semblerait qu’ils aient lieu à Thuburbo Minus, qui de nos jours est Tebourba qui est une ville située à quelques cinquante kilomètres de Carthage[5]. Nous sommes donc parmi, de toute évidence, en présence des premiers martyrs chrétiens d’origine africaine, c’est-à-dire de personnes ayant connu le drame de la mort à cause de leur foi en Jésus-Christ. Le premier témoin du Christ – le premier de tous les martyrs – étant Etienne.

1.     Résumé de l’œuvre[6]

Le texte commence par une préface qui rappelle la nécessité de mettre par écrit les œuvres de ceux qui ont suivi le Christ, cela est justifié d’ailleurs par un verset biblique  (Ac. 2, 17, Joel, 2, 28). Dès le départ, on apprend qu’on arrêta nombre de personnes. Le récit concerne donc « Révocat et Félicité, deux esclaves ; Saturnin et Secundule, deux jeunes gens ; enfin Vibie Perpétue, de naissance distinguée… ». Quelques informations sur la vie de Perpétue sont données : elle a deux frères ; et un élément capital est mis en avant : le texte nous avertit que Perpétue a rédigé son martyre « de sa propre main ». Perpétue nous raconte que son père voulait la convaincre d’abandonner sa foi, mais elle riposta en disant : « … moi je ne puis me dire autre chose que chrétienne. », ce qui rendit son père irascible. Après avoir été vaincu « avec ses arguments diaboliques », le père se retira. Ensuite, à la demande de son frère, Perpétue prie et en priant elle obtient une vision dans laquelle elle voit une échelle et un dragon (qu’elle écrase la tête plus tard), elle voit aussi un homme « aux cheveux blancs » lui donnant du lait caillé à manger. Revenue à ses esprits, Perpétue raconte à son frère la vision et déduit que le lait caillé était un signe de son martyre prochain.

Lorsque le jour de la condamnation arriva, Saturus parle pour tous les condamnés. Et il refuse de sacrifier aux dieux répondant à Hilarianus : « Mieux vaut sacrifier à Dieu qu’aux idoles. »  Entre temps, les deux femmes (Perpétue et Félicité) sont mises de côté jusqu’à ce que viennent leur tour. Le procureur Hilarianus les interroge, mais leur réponse est la même : elles ne sacrifieront pas pour les dieux. Car, en tant que chrétiennes, ce ne sont que des idoles. Et malgré les efforts conjugués du père de Perpétue (qui avait beaucoup de peine pour sa fille), il est chassé et « frappé par un coup de verge ». La jeune femme continue son récit. Lors d’une prière elle se souvint de son jeune frère, Dinocrate, mort à l’âge de sept ans d’un cancer au visage. Puis, elle eut une vision de ce dernier, mais il semblait souffrir (il sortait, dit-elle, d’un lieu de ténèbres), essayant de boire dans une piscine d’eau, mais n’y arrivant pas. Ensuite, elle se mit à prier pour lui espérant que ses souffrances s’apaiseraient. Et, une fois qu’elle eut une autre vision elle vit son frère dans un lieu de lumière, buvant et jouant. Il« avait quitté le lieu de souffrance pour une demeure de joie ». Cette vision pourrait donc déjà être vue comme un Purgatoire, comme l’enseigne la Foi catholique ; mais cela reste discutable. De toute évidence, c’est l’une des seules explications possibles. Vinrent ensuite, des visions de Perpétue et Saturus qui se retrouvent devant le Seigneur, un homme aux cheveux blancs et au visage d’adolescent. Toute cette partie de la vision montre beaucoup de ressemblances avec le livre de l’apocalypse de Jean. Nous retrouvons en fait une description du Christ (« cheveux blancs ») telle qu’elle est affirmée dans le premier chapitre de l’apocalypse. La présence des Anges et des vieillards, rappelle également cette similitude.

Lors de la veille des jeux, lors de l’agape, les martyrs s’adressaient aux foules, leur prévenant du Jugement de Dieu. Beaucoup de païens se retirèrent – confus, certains gagnèrent même la foi. Le jour où ils devaient être exécutés, « Les martyrs s’avancèrent de la prison dans l’amphithéâtre, ce fut comme une entrée dans le ciel. Ils étaient gais et leurs visages étaient beaux, émus, sans doute, non de crainte mais de joie. » Et lorsqu’ils arrivèrent devant la loge d’Hilarianus, ils dirent : « Tu nous juges, mais Dieu te jugera ». Saturninus et Révocatus furent d’abord attaqués par un léopard et ensuite tué par un ours. Saturus échappa deux fois à la mort. Mais il finira par être attaqué par un léopard. Ainsi, les spectateurs s’exclamèrent : il est bien lavé, en référence au baptême. Les deux femmes elles ont été mises nues dans un filet. « Perpétue (…) fut enlevée, lancée en l’air et retomba sur le dos. Dans la chute, sa tunique fut largement fendue, elle la rapprocha afin de se couvrir les jambes, plus attentive à la pudeur qu’à la douleur. La fin du récit se clôt par l’exécution des cinq martyrs : Saturus y passa en premier. Perpétue quant à elle, « prit la main tremblante de l’apprenti et appuya elle-même la pointe du poignard sur sa gorge ».

En définitive, La Passion de Perpétue et Félicité est un texte émouvant notamment grâce au courage dont on fait preuve les martyrs et plus précisément les deux femmes. Le texte nous livre également une vision très proche de l’apocalypse de Jean, et surtout le plus intéressant est de remarquer que la présence d’une prière pour les morts (est attestée dès les premiers siècles). Peut-on (déjà) interpréter la vision de Perpétue (lorsqu’elle voit son jeune frère souffrant) comme le Purgatoire? Ce travail bref ne nous permet d’y répondre pleinement. Il est toutefois intéressant de relever ce fait. Mais, aussi le texte de la Passion montre également la force de la prière d’intercession, puisque Perpétue, après avoir prié pour que son frère sorte de cette souffrance de ce « lieu  de souffrance », dans une seconde vision, la voit dans une « demeure de joie ».


  • 1. DROBNER R. Hubertus, Les Pères de l’Eglise. Sept siècles de littérature chrétienne, trad. FEISTHAUER Joseph, Desclée, Tournai, 1999,  p.104.
  • 2. BERTHOLD, Précis de Patrologie, adapté par H. Chirat, Salvator Mulhouse, Paris, 1961,  p. 320.
  • 3. FONTAINE Jean, Aspects et problèmes, p. 75, cité in AMAT Jacqueline (trad.), Passion de perpétue et félicité suivi des Actes, SC n°417, Cerf, Paris, 1996, p. 68.
  • 4. AMAT Jacqueline, op. cité, p.67.
  • 5. Ibid., p. 20.
  • 6. Pour exécuter ce résumé, nous avons utilisé le texte à disposition sur le site de l’Abbaye saint Benoît, voir spécifiquement les pages 122-139.

‘Ceux qui écoutent la Parole’ : et la Vierge Marie?


marie ève nouvelleSe basant sur un verset biblique, toujours lu, nous le pensons, avec une étroitesse d’esprit consternante – notamment lorsqu’il s’agit de la Vierge Marie, les opposants à la dévotion mariale ont coutume de citer l’Evangile selon S. Luc, pour tirer des conclusions hasardeuses et désastreuses, en ce sens où ils soutiennent avec véhémence que Le Christ relègue catégoriquement et publiquement Sa Mère au second plan, et ne lui accorde donc aucune importance, encore moins autant d’importance que lui accordent les Catholiques. Le verset est le suivant :

Or il advint, comme il parlait ainsi, qu’une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : « Heureuses les entrailles qui t’ont porté et les seins que tu as sucés ! » Mais il dit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent ! » ( S. Luc, XI, 27-28 )

Ce verset a sans doute troublé certains Catholiques, non pas les vrais. Il est souvent utilisé par certains Catholiques nouvellement convertis au Protestantisme, par exemple. Mais, il ne faut pas s’arrêter à la prétendue opposition relevée par nos amis. Il faut très bien lire le verset. Et il est, on ne peut plus clair. La réponse est en fait rapide et très aisée. Le Christ relègue-t-Il Sa Mère au second plan ? Point du tout. Pour ce faire, il faut comprendre la finalité de l’Enseignement ici. La Lettre dit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent ! ». Or, cet Enseignement est celui qui est au centre dans tout le Nouveau Testament, notamment, et plus fortement dans le Sermon sur la Montagne ( S. Matthieu V-VII ). Le Christ a toujours insisté sur l’écoute de la Parole, et sa mise en pratique. Il ne s’agit pas d’écouter seulement… sans mettre en pratique. Or, remarquons que, La Parole, Le Verbe de Dieu – qui est Le Christ Lui-même, a pris chair en la Vierge Marie. De quelle manière ? Il a fallu que Celle-ci écoute et croit ! Il suffit  de lire la conversation entre La Mère du Seigneur et l’Archange, dans le même Évangile, au chapitre premier. L’échange se termine ainsi par ces paroles de Marie, avant qu’elle ne s’empresse de se rendre chez Elisabeth : « Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! » Et l’ange la quitta. » ( S Luc, I, 38 ). Donc, ici, conformément aux paroles du Christ en Luc XI, 28, la Mère du Seigneur remplit sans conteste les conditions. Gabriel joue bel et bien ici son rôle d’Ange, à savoir Messager – qui apporte donc la Parole ! Et l’Evangéliste Luc nous dit que Marie accueille ce Message, qui lui-même annonce La Parole faite chair, avec ferveur, foi et confiance. Si c’est une épreuve que voulaient lui faire passer les pourfendeurs, Elle la réussit. De surcroît, lorsque nous contrastons la conversation de L’Archange et Marie, et celle du même Archange et celle de Zacharie, on peut remarquer une différence nette. L’Archange « punit » Zacharie parce que ce dernier refusa de le croire : « Moi, je suis Gabriel (…) Et voici que tu vas être réduit au silence et sans pouvoir parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru à mes paroles, lesquelles s’accompliront en leur temps. » (S. Luc, I, 20). On constate simplement que l’évangéliste contraste clairement le récit de Zacharie d’avec celui de Marie. Alors que Zacharie ne croit pas, Marie, elle, a cru ; a dit oui !

De plus, lorsque saints Marie et Joseph cherchaient leur enfant, et que celui-ci leur demanda s’ils ne savaient pas qu’Il devait être dans la maison de Son Père, n’ayant pas compris ce que l’Enfant leur avait dit, l’évangéliste s’empresse cependant de préciser que sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur ( S. Luc II, 51 ). Ceci montre encore une fois que l’argumentation de ceux qui récusent le culte marial est invalide. Car, dans le même évangile, ils sont confondus.

Enfin, si la fin visée par Le Christ était d’écarter tout Honneur envers Sa Mère, comme le pensent les esprits tordus – qui lisent les Evangiles sans grande finesse, cherchant à opposer Le Fils et Sa Mère –, il est évident, dans ce cas, que Le Christ viendrait contredire l’Esprit Saint. Or, comme nous savons que Le Christ ne peut contredire l’Esprit Saint, qui est Celui du Père, et le Sien ; les seuls qui se contredisent sont ceux qui interprètent cette lettre de Luc de manière hasardeuse, biaisée et blasphématoire. Puisque, à travers Elisabeth, l’Esprit Saint soutient bel et bien que la Vierge Marie est bienheureuse, qu’Elle est bénie. L’Esprit nous enseigne que la Sainte Vierge et Son Fils partagent un Lien ineffable : Et il advint, dès qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint. Alors elle poussa un grand cri et dit : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! » ( S. Luc, I, 41-42 ). Le verset suivant nous enseigne que Marie est Mère du Seigneur, donc, Mère de Dieu – c’est un sujet que nous avons déjà traité, nul besoin donc de revenir dessus. Ce qu’il convient de retenir ici, c’est le lien entre La Vierge et Son Fils : Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! En fait, la femme qui parle en Luc XI, 27, dit quasi la même chose qu’Elisabeth ( qui elle parlait sous grâce à l’Esprit ). Donc, ce qui est certain, c’est que Le Christ ne cherche certainement pas à récuser l’Honneur dû à Sa Mère, au contraire, il ne fait que mettre en avant Sa Mère. Ce lien ineffable dont nous avons parlé est souligné par la prophétie de Syméon en Luc II, 35 : une épée te [s’adressant à Marie] transpercera l’âme AFIN que soit révélé la pensée de bien des cœurs ! Et, une fois de plus, l’évangéliste nous signale que Syméon ne parle pas de lui-même, mais c’est poussé par l’Esprit Saint ( S. Luc II, 27 ). Donc, ceux qui cherchent à interpréter ces paroles de l’évangile à leur manière, s’égarent, et, de plus, s’opposent techniquement à l’Esprit Saint.

Les hommes qui veulent opposer le Fils à la mère, ne sont rien de plus qu’aveugles. Car, ils ne prêtent pas attention à la Parole de Dieu. L’évangile de Luc vient de réfuter leurs présomptions.

« Dieu parle d’une façon et puis d’une autre, sans qu’on prête attention. » (JOB, XXXIII, 14)

Ave Maria !

Saint Mercredi des Cendres et saint Carême!


Mercredi des Cendres

 « Convertissez-vous à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, dans les larmes et dans les gémissements. » (Lecture du Prophète Joël. Chap. II., Epitre des cendres)

L’observance du Carême, disait le Pontife, est le lien de notre milice ; c’est par elle que nous nous distinguons des ennemis de la Croix de Jésus-Christ ; par elle que nous détournons les fléaux de la divine colère ; par elle que protégés du secours céleste durant le jour, nous nous fortifions contre les princes des ténèbres. Si cette observance vient à se relâcher, c’est au détriment de la gloire de Dieu, au déshonneur de la religion catholique, au péril des âmes chrétiennes ; et l’on ne doit pas douter que cette négligence ne devienne la source de malheurs pour les peuples, de désastres dans les affaires publiques et d’infortunes pour les particuliers !

Pape Benoît XIV, Constitution Non Ambigimus, du 27 mai 1741

(Deux) siècles se sont écoulés depuis ce solennel avertissement du Pontife, et le relâchement qu’il eût voulu ralentir est toujours allé croissant. Combien compte-t-on dans nos cités de chrétiens strictement fidèles à l’observance du Carême ? (…) Où nous conduira cette mollesse qui s’accroît sans fin, si ce n’est à l’abaissement universel des caractères et par là au renversement de la société ? Déjà les tristes prédictions de Benoît XIV ne sont que trop visiblement accomplies. Les nations chez lesquelles l’idée de l’expiation vient à s’éteindre défient la colère de Dieu ; et il ne reste bientôt plus pour elles d’autre sort que la dissolution ou la conquête. De pieux et courageux efforts ont été faits pour relever l’observation du Dimanche, au sein de nos populations asservies sous l’amour du gain et de la spéculation. Des succès inespérés sont venus couronner ces efforts ; qui sait si le bras du Seigneur levé pour nous frapper ne s’arrêtera pas, en présence d’un peuple qui commence à se ressouvenir de la maison de Dieu et de son culte ? Nous devons l’espérer ; mais cet espoir sera plus ferme encore, lorsque l’on verra les chrétiens de nos sociétés amollies et dégénérées rentrer, à l’exemple des Ninivites, dans la voie trop longtemps abandonnée de l’expiation et de la pénitence.

Dom Prosper Guéranger, Extrait de L’année liturgique, Historique du Carême, Paris 1889

Si nous comparons notre époque avec les temps anciens, la différence n’est point à notre avantage. Rome Païenne des premiers siècles de l’Eglise, Antioche toute partagée encore d’infidèles et de Juifs, subissaient, par la venue du carême, un changement plus sensible que celui qui se manifeste aujourd’hui au sein des sociétés chrétiennes. Le carême, parmi nousn a perdu son caractère public ; il n’est plus un évènement pour les masses, les habitudes et les moeurs en tiennent à peine compte ; le retour de cette époque sainte échapperait à l’attention du plus grand nombre, le nom même en serait ignoré, si les enfants du siècle, dont le ventre est l’idole, n’avaient fidèlement gardé dans leur calendrier l’indication de ces jours à demi-païens, durant lesquels, par un surcroît d’amusement et de sensualité, ils feignent de se dédommager de privations et d’abstinences que subissaient leurs pères et auxquelles ils ne participent plus. C’est ainsi que le souvenir du jeûne subsiste, protégé par les préludes de l’intempérance, et que les saturnales de la rue sauvent de l’oubli une institution dont l’origine remonte à Jésus-Christ et à ses apôtres.

 Laissons le grand nombre suivre la voie large de la perdition ; laissons-les se faire une religion de sensualisme et de volupté, garder les fêtes et mépriser les jeûnes, se ruer dans l’iniquité et rire de la pénitence, faire de la vie entière une grande partie de plaisir, et, pardonnez ce mot, un long carnaval  qui ne cède jamais la place au carême. Pour nous, soyons dociles à la voix de l’Eglise ; préoccupés de la grande affaire de notre Salut…

Cardinal Pie (1815-1880)

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