+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La Papauté au concile de Nicée (325)

Dossier sur la Papauté : ici

https://i0.wp.com/leboncombat.fr/wp-content/uploads/2014/12/concilNicee.jpg

Les ennemis de l’Eglise affirment que le concile de Nicée (325) se tint sans le concours de l’autorité du Pape. Ils infèrent que ce n’est pas saint Sylvestre, l’évêque de Rome de l’époque qui le convoqua, que ce n’est pas lui qui le présida, que ce n’est pas par son autorité que ses décrets furent pris, et même qu’un de ses canons contredit la Papauté. C’est ce que nous allons voir.

Voici le plan de notre étude :

I) Qui convoqua le concile ?

A) Ce n’est pas Constantin

B) C’est la Pape Sylvestre

II) Qui présida le concile ?

A) Ce n’est pas Constantin

B) Ce n’est pas Eustathius d’Antioche

C) Ce sont les légats du Pape : saint Osius, Viton et Vincent

1) Témoignage de saint Athanase

2) Récit de Socrate de Constantinople

3) Récit Gélase de Cyzique

a) Teneur du récit

b) Pertinence de son témoignage

c) Pourquoi Gélase inscrit-il Osius avant Viton et Vincent ?

4) Les témoins ultérieurs : Hincmar de Reims, Adrien Ier, Mennas, Théodore et Photius

III) Qui ratifia les décret du concile ?

A) Le témoignage de Denys le Petit

B) Le témoignage de saint Félix III

C) La doctrine de saint Théodore Studite

IV) Le concile a-t-il édicté un canon qui contredit la Papauté ?

Annexe : le concile de Nicée a-t-il témoigné dans ses canons de la souveraineté de l’Evêque de Rome ?

I) Qui convoqua le concile ?

A) Ce n’est pas Constantin

Nos adversaires affirment que c’est l’empereur Constantin et non le Pape saint Sylvestre qui convoqua le concile. Et à cette fin, ils allèguent quelques témoignages tronqués des historiens ecclésiastiques les plus autorisés. Voici la teneur de ces propos :

Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 339) :

« L’empereur s’occupa donc désormais du concile général, réunion en un même lieu de divers corps de l’armée sainte. Des lettres impériales invitèrent les évêques à s’y rendre avec empressement. » (Vie de Constantin, III, 6)

Socrate le Scolastique (vers 380-450) :

« L’Empereur voyant donc que le repos de l’Eglise était ébranlé par ces deux maux, assembla un Concile Général à Nicée Ville de Bithynie, où il invita tous les Evêques de se trouver. Il s’y fit un concours merveilleux d’Evêques qui s’y rendirent de diverses Villes et de diverses Provinces, comme Eusèbe le témoigne en ces termes dans le livre troisième de la vie de Constantin. » (Histoire ecclésiastique, I, 8)

Sozomène de Constantinople (vers 400-vers 450) :

« Osius ayant trouvé les contesterions trop aigries pour les pouvoir apaiser, et étant revenu sans rien faire, l’Empereur convoqua à Nicée ville de Bithynie, les Evêques de toutes les Eglises. » (Histoire ecclésiastique, I, 17)

Théodoret de Cyr (vers 393-vers 458) dit même que les évêques reconnurent eux-mêmes cette convocation :

« Le grand saint Concile ayant été assemblé dans la Ville de Nicée par la grâce de Dieu, et par les soins du très-Religieux Empereur Constantin qui nous a convoqués de diverses Villes, et de diverses Provinces, nous avons cru qu’il était nécessaire de vous informer par notre Lettre de ce qui y a été agité et examiné, et de ce qui y a été résolu et décidé. » (Histoire ecclésiastique, I, 9)

Se jetant sur cette aubaine, des protestants purent dire :

« Ce fut sous le pontificat de Sylvestre, mais sans son concours, que se réunit le premier grand concile œcuménique, celui de Nicée, 325 [Abr. de l’hist. des Papes, 18]. » C’est le ministre Bost qui a rajeuni en ces termes une assertion de Dumoulin, Luther, Calvin, Verger ont soutenu que les empereurs d’Orient avaient convoqué et présidé les premiers conciles généraux. M. Ampère parait être du même avis :

« Jusqu’ici, dit-il, nous n’avons pas beaucoup entendu parler de Rome ; elle a pris part aux débats théologiques, mais elle ne les a pas dominés [Histoire littéraire, tome II, 75]. » (CONSTANT, page 200)

B) C’est la Pape Sylvestre

A cela il faut répondre avec Rufin d’Aquilée (vers 345-vers 411) :

« L’empereur convoqua à Nicée une réunion générale des évêques, après avoir pris l’avis et le consentement des Prêtres. » (Histoire ecclésiastique, I, 1)

Or le premier de ces prêtres était le pape Sylvestre, souverain pontife et évêque du diocèse de l’empereur.

Citons ensuite les Pères du IIIè concile de Constantinople (681) qui s’écriaient :

« Arius veut diviser et séparer les personnes adorables de la sainte Trinité ; et aussitôt l’empereur Constantin et l’honorable Sylvestre s’empressent de convoquer le grand et célèbre concile de Nicée » (1er canon)

Citons enfin Saint Théodore Studite (759-826) nous apprend qu’une génération avant Photius, la croyance de l’Eglise de Constantinople était l’impossibilité de réunir un concile sans l’Autorité du Pape. Ecrivant au pape saint Léon III, il lui parle du synode qu’ont tenu, en janvier 809, les partisans des secondes noces de l’empereur Constantin VI qui, après avoir été marié à l’arménienne Marie, l’avait reléguée dans le cloître (janvier 795), et avait épousé la cubiculaire Thépdote :

« Il s’est tenu dans notre pays, ô bienheureux Père, dit-il, un synode pour la condamnation de l’Évangile du Christ, dont vous avez reçu les clés de la part de ce même Christ, par l’intermédiaire du prince des apôtres et de ses successeurs, jusqu’à celui qui a précédé Votre Sainteté. » (Lettres, I, 34 ; col. 1021 C et D)

La primauté du Pontife romain est donc une primauté vraiment divine. Aussi bien, Théodore l’attestait-il dans une précédente lettre adressée au même Pape :

« Les « moechiens » ou partisans du divorce impérial, écrivait-il, n’ont pas craint de s’arroger le pouvoir de tenir un synode, alors qu’ils n’ont pas le droit de réunir, sans votre connaissance, même un concile orthodoxe, selon l’usage en vigueur de vieille date. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique Nous vous avons fait ces communications, nous, les plus humbles des membres de l’Église, comme il convenait à notre petitesse, dans un esprit d’entière soumission à votre divine puissance pastorale. Nous conjurons d’ailleurs Votre Sainteté de nous compter au nombre de ses propres brebis, de nous éclairer et de nous fortifier de loin par ses saintes prières. » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C et D : Eî γαρ οδτοί έαυτοΐς έξαυθεντήσαντες αΐρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ούκ εδεισαν, καίπερ ει και όρθόδοξον ούκ άνευ της υμών είδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το άνωθεν κεκρατηχος εθος· πόσω γε μάλλον ενίλογον και άναγκαΐον αν είη, ύπομιμνήσκομεν φόβω, ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σΰνοδον Ταΰτα άνηγγελκότες, ώς ελάχιστα μέλη της ‘Εκκλησίας, και τί) ύφ’ύμών υπείκοντες θεία ποιμεναρχία)

Aussi sa vision complète de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascène, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

Aussi il faut dire avec l’abbé Benjamin-Marcellin CONSTANT que :

« L’assemblée de Nicée, en tant que réunion, a été convoquée par l’empereur ; en tant que concile, elle a été convoquée par le Pape. Constantin, maître des trésors de l’empire, s’est chargé des frais de voyage que n’auraient pu faire la plupart des prélats invités ; commandant la force armée, il a pris des mesures pour que les égards dus à leur caractère sacré leur fussent partout prodigués ; mais là s’est arrêtée son intervention, et c’est comme témoin, et non comme juge de la foi, qu’il a pris part quelquefois aux travaux du concile. » (L’histoire et l’infaillibilité des Papes, 1859, tome 1, page 203)

Le cardinal Louis-Nazaire BEGIN explique encore :

« Ces paroles nous font voir immédiatement que le Pape a agi de concert avec l’empereur pour convoquer ce concile. C’était la première fois qu’on voyait l’Eglise et l’Etat ainsi unis, et travailler simultanément à l’extinction de l’erreur, au rétablissement de la paix dans la société. Constantin paya à même le trésor public les frais de voyage des évêques ; il fit préparer la salle conciliaire, s’occupa de procurer la tranquillité publique et la sécurité au moyen de ses troupes ; en un mot, la partie extérieure lui était réservée. (La primauté et l’infaillibilité des souverains pontifes, pages 134-135)

Et Mgr Justin FEVRE de surenchérir :

« Et l’on comprend, en effet, que l’empereur se soit préoccupé de la convocation d’un concile général et y ait donné tous ses soins, soit, parce que les disputes soulevées par l’arianisme et les divisions qui s’ensuivaient, agitaient l’empire ; soit parce que le concours du pouvoir temporel était fort utile pour procurer aux évêques les facilités de se rendre à Nicée ; soit enfin parce que la mise en exécution des résolutions du concile avait besoin de la main forte du pouvoir civil. Pour ces motifs, Constantin se disait l’Evêque du dehors, montrait son intelligence des charges du pouvoir civil et mettait son zèle à y faire honneur. » (Histoire apologétique de la Papauté, tome 1, page 455)

Ce qui nous mène au point suivant : qui présida le concile ?

II) Qui présida le concile ?

« Ce qui prouve que Sylvestre s’était entendu avec Constantin au sujet de la convocation du concile de Nicée, c’est que, ne pouvant s’y rendre lui-même à cause de ses occupations et de son grand âge, il envoya ses légats pour le présider en son nom. » (CONSTANT, page 204)

A) Ce n’est pas Constantin

Aussi pouvons-nous constater par les monuments de l’histoire antique de l’Eglise, y compris sous la plume des historiens ecclésiastiques invoqués par nos adversaires, que ce concile fut non seulement bel et bien présidé par les légats du Pape et par aucun autre ecclésiastique, mais aussi que Constantin qui y fut présent se mit volontairement en infériorité, balayant définitivement toutes les rumeurs de domination par lui des tenants et aboutissants du concile.

Eusèbe :

« Constantin ne voulut qu’un petit siège qu’il s’était fait dresser lui-même ; qu’il ne s’assit qu’après que les évêques l’eurent à diverses reprises invité à le faire » (Vie de Constantin, III, 10)

Théodoret :

« Il s’assit sur un petit siège qui avait été placé au milieu, après en avoir demandé permission aux Evêques, et ils s’assirent tous avec lui. » (Histoire ecclésiastique, I, 7)

Saint Ambroise de Milan (vers 340-397) :

« il [Constantin] ne fit aucune prescription aux évêques du concile, mais leur laissa liberté entière de délibérer et de juger. » (Lettre XIII à l’empereur Valentinien II)

Rufin :

« ayant été prié par quelques évêques de prendre connaissance de diverses affaires qui les concernaient personnellement, il avait répondu que ce n’était pas à l’empereur, mais au concile qu’il appartenait de connaître des causes épiscopales : Je ne suis qu’un homme sans caractère dans l’ordre des choses saintes, dit-il, je ne m’ingérerai jamais juger ceux qu’il a établis à sa place pour nous juger nous-mêmes. » (Histoire ecclésiastique, I, 2)

Dans la harangue qu’il adresse aux Pères du concile, Constantin les reconnaît pour ses maitres, chargés de le redresser s’il se trompe :

« Ne vous attendez pas de ma part à une doctrine élevée ; ce que je désire, c’est que ma foi obtienne votre approbation. »

Voici pour les sources dont nous disposons.

« Aussi s’appelait-il l’évêque du dehors. Mais voyez-le dans le concile : il ne veut pas prendre la première place ; il occupe un siège moins élevé que celui des prélats; il ne s’assied qu’après que les évêques l’ont, à diverses reprises, invité à le faire ; il les laisse discuter les questions en toute liberté ; et lorsque quelques évêques veulent lui soumettre certaines affaires qui les concernent, il leur répond qu’il ne s’ingérera jamais à juger ceux que Dieu a établis à sa place pour le juger lui-même ; il ne se constitue pas juge de la foi ; il n’impose pas ses volontés à l’épiscopat réuni ; il est seulement témoin et disposé à faire exécuter les décrets qui auront été rendus. » (BEGIN, page 135)

« Que faut-il conclure ? Qu’est-ce qu’un président qui, entrant dans. une assemblée, ne veut pas occuper la première place ? qui se fait dresser un siège moins élevé que celui des autres membres ? qui demande la permission de s’asseoir, laisse les évêques discuter librement toua tes les questions, ne se reconnaît pas le droit de voter avec eux, et les appelle ses juges ? L’empereur Constantin se donna lui-même la qualification qui lui convenait, quand il s’appela l’Evêque du dehors. […]

La plupart des canons, surtout de discipline , seraient d’une exécution trop difficile sans le secours du pouvoir temporel : de là l’usage, dans l’Eglise, d’inviter les représentants et les dépositaires de ce pouvoir à assister aux délibérations qui précèdent l’adoption de ces mesures. » (CONSTANT, pages 202-203)

B) Ce n’est pas Eustathius d’Antioche

Il faut enfin réfuter l’objection consistant à dire que le président du concile était Eustathius, patriarche d’Antioche :

« Enfin, d’autres auteurs ont soutenu que le concile de Nicée avait été présidé par Eustathius, patriarche d’Antioche, donnant pour preuve de leur opinion la place qu’occupait cet évêque, la première à droite, et le privilège qu’il eut de porter le premier la parole à l’empereur. Vaines raisons : si Eustathius ouvrit la séance par une allocution à l’empereur, c’est probablement qu’on l’avait chargé de le faire, parlant beaucoup mieux le grec , sa langue maternelle, que n’aurait put le faire un évêque d’Espagne ou un prêtre de Rome.

Quant à la place qu’occupait Eustathius, c’était en effet la première à droite ; mais dans les conciles cette place n’est que la seconde, la plus digne est la première à gauche. Que cet usage vienne de la conviction où étaient les anciens, comme l’a raconté Varron, que le côté gauche était de meilleur augure, ou bien qu’il soit dû à la coutume de placer au milieu du concile le livre des Evangiles, toujours est-il qu’il existe. Nous en voyons une preuve au concile de Chalcédoine : le côté gauche était occupé par les légats du Siège apostolique, le patriarche de Constantinople, et celui d’Antioche ; le côté droit par Dioscore, patriarche d’Alexandrie, que le concile devait déposer avant de se séparer, par Juvénal, patriarche de Jérusalem. Nous voyons aussi que, dans le concile général de Florence, le Pape et le clergé latin occupaient le côté gauche ; au côté droit, l’on voyait l’empereur et le clergé grec qui venait renoncer au schisme. » (CONSTANT, pages 207-208)

« Les Pères du concile de Nicée écrivirent à ceux d’Alexandrie que, dans tout ce qu’on avait décidé, leur évêque Alexandre avait eu la présidence. Le pape Félix III a dit aussi que l’évêque d’Antioche, Eustathe avait présidé le concile des trois cent dix-huit évêques. Voilà pour le concile de Nicée a des présidents à foison ; mais sans parler de l’ambition humaine, qui explique aisément toutes les glorioles, il ne manque pas de bonnes raisons pour résoudre celle difficulté. D’abord, dans les langues classiques, les mêmes mots servent à exprimer les idées fort distinctes de présidence et de préséance, et il faut observer encore, quant à la préséance, qu’elle est tantôt l’effet d’un droit acquis, tantôt la bonne grâce passagère d’un service de circonstance. Ensuite, les patriarches occupaient une place distincte, ils jouissaient ainsi d’une préséance acceptée, sinon comme droit, certainement comme une haute convenance. Enfin, à Nicée, le patriarche d’Antioche avait harangué Constantin, et le patriarche d’Alexandrie, avec le concours éloquent de son diacre Athanase, s’était distingué dans sa lutte contre l’arianisme.

Ou a donc pu, surtout dans des lettres où il ne s’agissait pas de parler avec la rigueur dogmatique, mais de placer en évidence honorable le rôle dos deux patriarches, on a donc pu les honorer du titre do président. Nil et Cédrénus pensent même que les trois patriarches et l’évêque de Jérusalem présidèrent ensemble et effectivement ; l’évêque de Jérusalem avait déjà une place distincte. Mais cette preuve, croyons-nous, repose sur une confusion ou sur un oubli.

Les conciles se célébraient généralement dans les églises. Dans les églises, il y a un côté droit et un côté gauche occupant les deux parties de la nef ; il y a, de plus, dans le sanctuaire et dans le chœur, également un côté gauche et un côté droit. Le mot dont on se sert pour les indiquer varie suivant la place d’où écrit l’observateur. Si vous entrez dans une église par la porte ordinaire, en vous plaçant vis-à-vis de l’autel majeur, vous avez à votre gauche un côté gauche, à votre droite un côté droit. Si, au contraire, vous vous placez sur l’autel, regardant la porte d’entrée, la droite devient la gauche et la gauche devient la droite. Or, dans la liturgie, l’orientation des églises se prend de la position du prêtre disant Dominus vobiscum, et cette situation est elle-même variable, suivant que le prêtre dit la messe en présentant la face ou en tournant le dos aux fidèles. Ces distinctions sont à rappeler, lorsqu’il s’agit de se rendre compte de la place d’un l’ère dans un concile. Vous dites, par exemple, qu’Eustathe occupait, à Nicée, la première place à droite. Cette première place à droite était la seconde, et la plus digne était à gauche en entrant. Que cet usage s’explique par les usages rappelés précédemment, ou par la conviction des anciens que le côté gauche était de meilleur augure, ou par la coutume de placer au milieu des assemblées conciliaires les saints Evangiles, toujours est-il qu’il existe. .Vous en voyons une preuve au concile de Chalcédoine : le côté gauche était occupé par les légats du Saint-Siège, les patriarches d’Antioche et de Constanlinople ; le côté droit par Dioscore et Juvénal, patriarches d’Alexandrie et de Jérusalem. Nous voyons aussi que, dans le concile général de Florence, le Pape et le clergé latin occupaient le côté gauche; au côté droit, l’on voyait l’empereur et le clergé grec, qui venaient renoncer au schisme. Par ces faits et ces considérations, il est facile de conclure qu’on ne peut bâtir des arguments sur la droite ou la gauche d’un concile, surtout lorsqu’on peut confondre la préséance patriarcale avec la présidence des légats. » (FEVRE, pages 460-461)

Maintenant que preuve est faite que Constantin n’eut aucun rôle dans le concile, et qu’Eusthatius d’Antioche n’eut pas non plus ce rôle, posons-nous la question :

« Mais qui a présidé ce concile ? C’est le Pape Sylvestre par ses trois légats, Osius, évêque de Cordoue, et les deux prêtres, Viton et Vincent. En qualité de représentants du souverain Pontife, leurs noms se trouvent toujours même avant ceux des patriarches d’Alexandrie et d’Antioche ; s’ils n’eussent été revêtus de cette haute charge, comment un simple évêque d’Espagne et deux prêtres auraient-ils pu avoir la préséance ? » (FEVRE, page 135)

Démontrons cela.

C) Ce sont les légats du Pape : saint Osius, Viton et Vincent

La preuve que le concile fut présidé par les légats du Pape est d’autant plus forte qu’elle ne découle pas d’une source unique mais du recoupement de plusieurs sources. Nous sommes ainsi assuré qu’il ne s’agit pas d’une pièce forgée par les défenseurs de la Papauté.

1) Témoigange saint Athanase

La première affirmation de la présidence par Osius nous est rapportée par Saint Athanase (vers 295-373) qui dut fuir son siège d’Alexandrie à plusieurs reprises en  raison des persécution ariennes, met quiconque au défi de lui dire quel synode d’importance ne fut pas présidé par le défenseur de la divinité de Jésus-Christ Osius :

« Il est superflu de parler du grand et heureux vieillard, du confesseur si justement nommé Hosius ; car peut-être est-il connu de tous qu’ils l’ont fait bannir. Ce vieillard n’était pas un inconnu, mais le plus illustre des évêques, plus illustre à lui seul que tous les autres. Quel synode ne présida-t-il pas ? » (Apologie de sa fuite, V)

2) Récit de Socrate de Constantinople

Aussi ce témoignage ne nous dit pas qu’il présida en tant que représentant du Pape. Mais le recoupement avec deux autres auteurs nous l’apprend. D’abord Socrate, sans pour autant attribuer explicitement la présidence à Viton et Vincent, les place en tête de liste des membres présents, avant même les évêque d’Antioche et d’Alexandrie auxquels est pourtant parfois attribuée à tort la présidence comme nous le verrons plus bas. Cela est significatif :

« Les Evêques qui s’étaient assemblez à Nicée, ayant fait divers Canons, retournèrent chacun en leur Eglise. Je crois que ceux qui prendront la peine de lire mon ouvrage, seront bien aises de savoir leurs noms, les Villes d’où ils étaient Evêques, et le temps auquel ils on: tenu le Concile. Voici ce que j’en ai pu apprendre. Osius était Évêque de Cordoue en Espagne, comme je crois, et comme je l’ai dit ci-devant. Viton et Vincent Prêtres de la Ville de Rome, Alexandre Évêque d’Egypte, Eustate de la grande Antioche, Macaire de Jérusalem, Harpocration de Cynopole. Les noms des autres sont rapportés dans le Livre des Synodes, composé par Athanase Evêque d’Alexandrie. » (Histoire ecclésiastique, I, 9)

Osius, etait simple Evêque en Espagne. Cela veut e que ans diocèse, il était carrément soumis à un archevêque. Il est  pourtabt cité avant les Evêques ou légats des sièges patriarcaux. Cela ne peut qye signifuet qu’il présidait le concike. Et les simples prêtres romains Viton et Vincent sont cités avant les autres Evêques des dits sièges patriarcaux qui y sont présents eux-mêmes et non par des légats ! Ils ont on un rang supérieur aux suivants. L’abbé CONSTANT explique bien plus la portée de cette mention en tête de liste :

« Ce passage de Socrate montre, à lui seul, quels étaient les présidents du concile. Osius n’est pas qualifié, il est vrai, de légat du Pape, non plus que Victor et Vincent ; mais il est facile de voir que c’est à cette qualité seule qu’ils doivent d’être nommés les premiers. Si Osius n’eût été nommé par le Pape, pour le représenter au concile, Théognis, évêque de Nicée, et Eusèbe de Nicomédie, métropolitain de la province, tous les deux ariens et ennemis d’Osius, ne lui auraient pas permis de s’emparer de la première place.

A quel titre, au reste, Osius aurait-il dû cet honneur ? A la dignité de son siège ? Simple évêque de Cordoue, suffragant de Séville, il devait céder le pas à une foule d’archevêques et de métropolitains, et surtout aux trois patriarches d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem. À ses vertus ? Il avait en effet combattu pour la foi, mais il ne l’avait pas encore confessée dans les tourments comme plusieurs de ses collègues et surtout comme Paphnuce de la haute Thébaïde et Potamée d’Héraclée, tous les deux présents. À ses miracles ? Nous ne voyons pas qu’il en ait fait, et toute l’Eglise connaissait ceux de Spiridion de Chypre, de Jacques de Nisibe, et de Nicolas de Myre. Au choix de l’empereur ? Si la nomination du président eût été à sa disposition, ce n’est pas Osius, qu’il connaissait à peine, qui eût été l’objet de son choix, mais Alexandre patriarche d’Alexandrie , ou Eusèbe de Césarée, pour lequel il manifestait un vif attachement. » (CONSTANT, pages 204-206)

Il ne searit de plus pas aberrant qu’on est confié à Osius la présidence d’un concile ayant pour but de condamner l’hérésie d’Arius, lorsqu’on sait que Constantin envoie Osius à Alexandrie, pour exhorter Arius à rentrer dans la Communion de l’Eglise (Socrate, Histoire ecclésiastique, I, 7).

3) Récit Gélase de Cyzique

a) Teneur du récit

Cette conclusion est très facilement déductible du texte et du contexte. Nous savons qu’Osius présida le concile et que les légats du pape y eurent une place plus privilégiée que les autres patriarches dont on a parfois dit à tort qu’ils présidèrent le concile. Aussi le dernier élément qui manque est l’affirmation qu’Osius agit en qualité de légat de l’Eglise romaine. Cela est fait par Gélase de Cyzique (Vè siècle) :

« On remarqua dans cette assemblée, Osius, célèbre évêque espagnol, qui, conjointe avec les prêtres de Rome, Victor et Vincent, tenaient la place de Sylvestre, évêque de la grande ville. » (Histoire du concile de Nicée, II, 5)

b) Pertinence de son témoignage

Certains objecteront encore que l’Histoire du concile de Nicée de Gélase de Cyzique n’est pas fiable et qu’une grande partie est inventée. Cela est parfaitement exact. Seulement il n’a évidemment pas tout inventé. Et le rôle d’Osius comme légats de Rome ne pouvait évidemment pas être inventée car un fait aussi contraire à la vérité lui aurait attiré les railleries de ses contemporains car cela fait partie de ce qui est notoire. De plus, on dira d’une part que, Gélase ne dit pas qu’Osius, Viton et Vincent présidèrent le concile, mais seulement qu’Osius représentait l’Évêque de Rome aux côté de Viton et Vincent.  La mention explicite de la présidence par ce trio n’est pas affirmée. Celle-ci ne nous ait connue que par recoupement d’informations, comme nous l’avons dit.

Il faut souligner d’autre part que l’Oriental Gélase n’a pu inventer une chose si avantageuse pour le Siège de Rome, surtout lorsqu’on connaît les prétention de la si proche Constantinople à cette époque. Gélase avait donc tous les motifs humains de ne pas mettre en valeur la domination de Rome, surtout si celle-ci fut vraie. Donc si il en a fait état, c’est que l’information est hors de doute. On ne eut donc pas dire que c’est de la non-fiable oeuvre de Gélase que cette idée serait venue.

c) Pourquoi Gélase inscrit-il Osius avant Viton et Vincent ?

Certains objectent qu’Osius est mis le premier dans les souscriptions communes du concile, mais sans aucune marque de légation, alors que Victor et Vincent, qu’on met immédiatement après, déclarent qu’ils souscrivent au nom du Pape Sylvestre leur Evêque. Il s’en suivrait que Gélase n’entend pas sous entrendre qu’Osius agissait en tant que légat du Pape. À cela, nous répondons qu’au concile d’Éphèse, saint Cyrille d’Alexandrie a signé le premier sans déclarer qu’il tenait la place de l’évèque de Rome, et qu’après lui les envoyés de Rome ont signé en marquant leur qualité de légats. Et pourtant, il est bien certain que saint Cyrille présidait l’assemblée au nom du Pape, comme cela est marqué dans les actes mêmes du concile, διέποντος και τον τόπον τοΰ άγιωτάτου κσλ οσιωτάτου άργιεπί,τκόπου της ‘Ρωμαίων εκκλησίας Κελεστίνου (Mansi, Ampl. conc. coll., t. IV, col. 1124, 1280) ; voir aussi à ce sujet notre article intitulé La Papauté au concile d’Ephèse (431). Pourquoi n’en serait-il pas de même d’Hosius à Nicée ? Ce qui peut nous porter à le croire, c’est que dans toutes les souscriptions que nous possédons, Hosius et les deux prêtres romains forment toujours un groupe à part, un groupe inséparable.

Un autre témoignage sur lequel on s’est appuyé pour prouver la présidence du représentant du Pape au concile de Nicée est le fait de Lucentius, légat de saint Léon à Chalcédoine, qui accuse Dioscore d’avoir fait un concile sans la permission du Siège apostolique : προσώπου γαρ ήρπασε το κρίνειν, όπερ ΐ>·ακ έκέκτητο* καΐ σύνοδον ετόλρ.ησε πον^σοα επιτροπής δίγα τοΰ αποστολικού θρόνοω,, όπερ ουδέποτε γέγονεν, ούδε ε’Εον γένβίτοαι (Mansi, op. cil., t. VI, col. 581 b). On applique ce texte à la présidence du concile d’Éphèse (449) et l’on argumente ainsi : Si Hosras ou quelque autre avait présidé le concile de Nicée sans délégation de l’évêque de Rome, Dioscore n’aurait pas manqué de s’en servir pour sa défense. Donc l’évêque de Rome a présidé le concile de Nicée par son ou ses représentants. Mais on fait trop dire au texte grec ci-dessus cité. Le reproche de Lucentius y en effet, se vérifie, et la faute de Dioscore existe à partir seulement du moment où celui-ci·, prononçant la condamnation de Flavien, usurpe un rôle de juge qui ne lui appartient pas, passe outre au Contradicitur du diacre Hilaire et change le concile en brigandage. Jusque-là, les légats pontificaux ont assisté au concile sans aucune protestation, et même y ont approuvé une déclaration de foi en leur présence et Dioscore a fort bien pu exercer, et apparemment a exercé la présidence en dehors de toute délégation du Saint-Siège, sans que la chose ait paru anormale.

4) Les témoins ultérieurs : Hincmar de Reims, Adrien Ier, Mennas, Théodore et Photius

Hincmar de Reims (806-882) que les gallicans et autres adversaires de la Papauté pensent être un des leurs, qui avait mûri et examiné la question, n’est pas moins explicite :

« A ce concile de Nicée, présidèrent, comme vicaires de Sylvestre Osius de Cordoue, Victor [Victor, Vitton, Biton, selon les manuscrits et les dialectes] et Vincent. » (In opusc. contra Hincm. Laudum., c. 20)

La Préface aux canons de Sardique du pape Adrien rappelle le même fait :

« Il faut savoir Adrien rappelle le même fait : « Il faut savoir qu’Osius, dont nous venons de parler, fut honoré par les trois cent dix-huit évêques du concile de Nicée comme représentant du Siège apostolique avec Victor et Vincent. »  (Praef. in can. Sard. concil. VI, 1810)

Voici témoignage non suspect, celui de Mennas et de Théodore, tous deux patriarches de Constantinople :

« Nous vénérons surtout, disent-ils dans leur profession de fois adressée à l’Evêque de Rome, nous vénérons et recevons comme orthodoxes les quatre conciles de Nicée, de Constantinople, d’Ephèse et de Chalcédoine. Nous acceptons leurs actes et leurs décisions quels qu’ils soient , tels qu’ils ont été écrits du commun consentement des Pères qui y ont assisté, et des légats et vicaires du Siège apostolique en la personne desquels vos prédécesseurs, les Evêques de Rome, les ont présidés. » (Concil., t. V, 337)

Le coryphée l’église orthodoxe, Photius, est plus explicite que Socrate. Dans une lettre à l’empereur Michel, prince bulgare, parlant des sept premiers conciles généraux, il dit sur celui de Nicée :

« Les princes de cette assemblée furent Alexandre, qui avait obtenu le siège archiépiscopal de Constantinople (naturellement Photius lui assigne la première place), ainsi que Sylvestre et (son successeur) Jules, insignes cl célèbres Pontifes de l’Eglise romaine. Ces deux derniers ne purent assister personnellement au concile ; mais ils s’y firent représenter, pendant le temps correspondant du pontificat de chacun d’eux, par Victor et Vincent, auxquels était associé (Osius) l’évêque de Cordoue. » (Canisius, Lectiones antiquae, t. II, pars secunda, p. 38J. Voir Labbe, à la suite des pièces relatives au premier concile œcuménique)

Pour répondre à cette insinuation de Photius il faut répondre que :

« nous n’accordons point que les légats eussent, pour associés, comme le prétend Photius, Alexandre de Constantinople. Simple prêtre à Nicée, Alexandre y représentait son évêque Métrophanès et n’arriva lui-même que plus tard à l’épiscopat. De plus, en 325, Constantinople n’existait pas, ou du moins, elle n’était encore que la pauvre Byzance, ruinée par l’empereur Sévère, réduite à l’état de bourgade et siège suffragant d’Héraclée [Gélase de Cyzique, ubi supra ; Lebeau, Hist. du tau-Empire, liv. XI, n° 68; Fleury, Hist. eccl., liv. XI, n° U, à l’an 330.] » (FEVRE, page 459)

« Pourquoi cet anachronisme de Photius ? Peut-être a-t-il voulu donner une brillante généalogie à son schisme, en présentant celui qui fut le premier évêque de la nouvelle Home comme l’égal de l’évêque de la Rome ancienne, et même comme lui étant supérieur dans la nomenclature ecclésiastique ; peut-être ne s’est-il pas moins trompé de bonne foi dans ce cas, que lorsqu’il fait régner le pape Jules Ier au temps du concile de Nicée. » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise, tome III, page 234)

Mais Osius, dit-on, a souscrit les actes du concile sans prendre d’autre titre que celui d’évêque de Cordoue. A cela il faut répondre que la signature d’un fonctionnaire n’est pas toujours suivie de l’énumération des titres qu’il a droit de prendre. En effet :

« L’empereur des Romains, Auguste, se contentait du qualificatif de Sebastos, et notre saint Louis signait souvent Louis de Poissy : Napoléon était aussi fort bref en donnant, son coup de griffe. Osius n’a pas signé son titre de légat, soit parce qu’il jugeait inutile d’affirmer une qualité que personne ne lui contestait, soit parce que, siégeant au premier concile œcuménique, il n’avait pas su prévoir une jurisprudence qui n’était pas encore établie; mais Osius a signé à la place des légats, et cela suffit. On sait, au surplus, que les actes de Nicée ne sont pas parvenus intacts, et si les pièces qui accréditaient les légats ont péri, lorqu’elles existaient, elles suffisaient amplement à la validité du rôle d’Osius, Victor et Vincent. » (FEVRE, pages 459)

III) Qui ratifia les décret du concile ?

A) Le témoignage de Denys le Petit

A peine le concile de Nicée a-l-il dressé ses canons et son symbole de foi en opposition aux erreurs d’Arius, qu’il les envoie de suite au Pape. Celui-ci convoque à Rome un concile de deux cent soixante quinze évêques et approuve ce qui a été décrété à Nicée. D’après Denys le Petit (vers 470-entre 540 et 556), voici quelles aurait été les paroles du pape saint Sylvestre lui-même :

« Nous admettons et nous confirmons de notre bouche tout ce que les saints évêques, au nombre de trois cent dix-huit, ont établi à Nicée, dans la Bithynie, pour la défense et le maintien de noire sainte mère l’Eglise catholique et apostolique. » (Cité in : Denys le Petit, Codex canonum Ecclesiæ universæ, année 500 ; et Jean HARDOUIN, Conciliorum collectio regia maxima, 1715, Tome I, à la suite des Actes du concile de Nicée, p. 527)

Mgr Philippe GERBERT (1798-1864) décrivit la scène à partir des actes d’un concile tenu à Rome sous saint Sylvestre :

« Pour procéder plus solennellement à ce grand acte pontifical qui allait couronner l’œuvre de Nicée, le pape Sylvestre convoqua, en 327, un synode dans la nouvelle église d’Equitius. Ce fut un spectacle à la fois imposant et significatif que cette réunion auguste de confesseurs de la foi, tenant ses séances dans les thermes de Domitien. La chaire du Pontife devait, selon la coutume, se trouver en face de l’autel. Le pape Sylvestre, assis sur cette chaire, devait avoir la tête couverte de cette mitre de soie bleue brochée d’or que l’on conserve dans la sacristie de cette église, comme lui ayant appartenu. Les bancs où siégeaient les évêques étaient rangés de chaque côté de la chaire, sous les arceaux des thermes. Derrière les évêques se tenaient debout les prêtres, les diacres elle reste du clergé. L’image de la Vierge, en mosaïque, dont les débris subsistent encore aux parois du souterrain, semblait présider au concile, rassemblé pour rendre gloire à la divinité de son Fils. Saint Sylvestre avait dédié cette peinture à Marie, sous le titre « Joie des chrétiens », Gaudium christianorum, pour célébrer la lin des persécutions. Ce titre se vérifiait aussi sous un autre rapport, dans cette circonstance. La condamnation de l’arianisme, plus dangereux, plus fatal que le paganisme persécuteur, était pour l’Eglise un triomphe encore plus heureux. Une joie sainte et grave était peinte sur tous les visages. Le souvenir odieux des orgies dont ces mêmes voûtes avaient jadis été témoins, était banni de ce lieu, déjà purifié par le sacrifice de l’Agneau sans tache. Les prières par lesquelles s’ouvraient les séances synodales avaient été faites ; l’Esprit divin descendait ; Pierre allait parler par la bouche de son successeur. Alors, disent les Actes du concile romain, Sylvestre, évêque du saint et apostolique Siège de ! la ville de Home, s’exprima en ces termes : Nous confirmons, par notre déclaration tout ce qui a été établi à Nicée de Bithynie, par trois cent dix-huit évêques, pour l’intégrité et le bien de notre sainte .Mère l’Eglise catholique et apostolique. Tous ceux qui oseraient attenter à la définition du saint et grand concile réuni à Nicée, en présence du très-pieux et vénérable empereur Constantin Auguste, nous les anathématisons — Et tous dirent : Placet. — Le lieu où ces paroles ont été prononcées est lui-même bien vénérable, quoiqu’il ne renferme plus aujourd’hui que fort peu d’objets capables d’attirer l’attention des visiteurs : dans quelques coins des vieux arceaux ou thermes, un reste de peintures presque toutes effacées, sauf une grande croix encore assez visible; une partie du pavé ancien et des fragments d’une chaire en marbre qu’on croit avoir été celle de saint Sylvestre; enfin, dans une espèce de chapelle, les contours encore très-reconnaissables de l’antique image de la Vierge, qu’on a reproduite tout à côté dans une mosaïque moderne, parce que le tableau original avait trop souffert. Il a le cachet des anciens temps ; la Vierge y porte la stola, comme les orantes des catacombes. La position de cette image, à quelques pieds au-dessus du sol, au fond de la nef principale, semble indiquer que l’autel antique était placé en cet endroit. Ce qui confirme la tradition suivant laquelle saint Sylvestre avait dédié son oratoire à la Mère du Sauveur. La revue de ces objets est bientôt faite; mais après les courts instants qui suffisent à la curiosité, la piété demande les siens pour recueillir les impressions que ce lieu fait éprouver. Parmi les anciennes peintures qu’on y a retrouvées dans le dix-septième siècle, il y en avait une déjà très-endommagée, qui était merveilleusement appropriée aux souvenirs que celte église rappelle. Au milieu d’un cercle à fond bleu, un agneau avec un livre sous ses pieds; d’un côté, saint Jean-Baptiste et cette inscription : Ecce Agnus Dieu, ecci qui tollis peccata mundi ; de l’autre, saint Jean l’Evangéliste, avec ces mots : In principio erat Verbum et Verbum erat apud Deum et Deus erat Verbum.  Ce tableau, usé par le temps sur ces vieux murs, a disparu pour les yeux, mais il y reste toujours pour l’âme, car le Symbole de Nicée, qui a reçu à cette même place sa sanction définitive, fut le commentaire authentique de ces paroles de l’Evangile. Cette profession de foi, si belle à entendre, lorsqu’elle est chantée par mille voix dans nos grandes solennités, est peut-être plus auguste encore lorsque  le pèlerin la récite à voix basse, agenouillé dans l’oratoire souterrain de suint Sylvestre. » (Esquisse de Rome chrétienne, tome 1, page 365)

B) Le témoignage de saint Félix III

De même saint Félix III (ou Félix III, Félix II ayant été déclaré antipape) écrivait en 483 :

« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise : à cette parole, les trois cent dix-huit Pères, réunis à Nicée, demandèrent à la sainte Eglise Romaine de confirmer et de sanctionner par son autorité ce qui avait été fait. » (Lettre IV ; in : Dion. Exig.. In praefat. conc. Nie)

C) La doctrine de saint Théodore Studite

Citons enfin Saint Théodore Studite (759-826) qui nous apprend qu’une génération avant Photius, la croyance de l’Eglise de Constantinople était l’impossibilité de réunir un concile sans l’Autorité du Pape. C’est le droit propre du Souverain Pontife qu’un synode orthodoxe ne puisse se tenir sans sa connaissance et son assentiment. C’est à lui qu’il appartient de convoquer un concile légitime contre l’assaut des hérésies. Écoutons saint Théodore parlant de ce droit dans sa lettre au Pape saint Léon III :

« Les moechiens, s’arrogeant une autorité qu’ils n’ont pas, n’ont pas craint de réunir un synode hérétique, alors que, selon la pratique en vigueur dès l’origine on n’a même pas le droit de tenir un concile orthodoxe sans votre connaissance. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique ! » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C : El γαρ ούτοι έαυτοϊς έξαυθεντήσαντες αίρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ουκ εδεισαν, καίπερ ει καΐ όρθόδοξον οΰκ άνευ τής υμών ε’ιδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το ά*νωθεν κεκρατηκος εθος, πόσω γε μάλλον ευλογον καί άναγκαΐον αν εί’η (ύπομίμνήσκομεν φόβω) ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σύνολον, ώς αν το όρθόδοξον τής ‘Εκκλησίας δόγμα το αίρετικον άποκρούσηται·)

Ecrivant au pape saint Léon III, il lui parle du synode qu’ont tenu, en janvier 809, les partisans des secondes noces de l’empereur Constantin VI qui, après avoir été marié à l’arménienne Marie, l’avait reléguée dans le cloître (janvier 795), et avait épousé la cubiculaire Thépdote :

« Il s’est tenu dans notre pays, ô bienheureux Père, dit-il, un synode pour la condamnation de l’Évangile du Christ, dont vous avez reçu les clés de la part de ce même Christ, par l’intermédiaire du prince des apôtres et de ses successeurs, jusqu’à celui qui a précédé Votre Sainteté. » (Lettres, I, 34 ; col. 1021 C et D)

II écrit dans le même sens à l’archimandrite Basile, qui gouvernait alors un monastère de Rome :

« II serait utile, comme c’est notre pensée et notre désir, que condamnation fût portée en synode par le suprême Seigneur apostolique, selon la coutume traditionnelle, contre ceux qui se sont assemblés en adversaires de l’Évangile du Christ et qui pnt anathematise ses défenseurs. » (Lettres, Ι, 35 ; col. 102g C : Συμφέρον δ’ αν εί’η, ώς ό ημέτερος σκοπός και πόθος, έπιτιμηθήναί συνοδίκώς δια τοΰ κορυφαιοτάτου ‘Αποστολικού, ώσπερ επί των άνωθεν καί έξ αρχής, τους συνεδρεΰσαντας κατά τοϋ Ευαγγελίου τοΰ Χρίστου καί άναθεματίσαντας τους άντεχομένους αύτοΰ)

La primauté du Pontife romain est donc une primauté vraiment divine. Aussi bien, Théodore l’attestait-il dans une précédente lettre adressée au même Pape :

« Les « moechiens » ou partisans du divorce impérial, écrivait-il, n’ont pas craint de s’arroger le pouvoir de tenir un synode, alors qu’ils n’ont pas le droit de réunir, sans votre connaissance, même un concile orthodoxe, selon l’usage en vigueur de vieille date. Combien plus serait-il convenable et nécessaire, nous le suggérons avec respect, qu’un synode légitime fût convoqué par votre divine primauté, afin que la croyance orthodoxe de l’Église repoussât la doctrine hérétique Nous vous avons fait ces communications, nous, les plus humbles des membres de l’Église, comme il convenait à notre petitesse, dans un esprit d’entière soumission à votre divine puissance pastorale. Nous conjurons d’ailleurs Votre Sainteté de nous compter au nombre de ses propres brebis, de nous éclairer et de nous fortifier de loin par ses saintes prières. » (Lettres, I, 33 ; col. 1020 C et D : Eî γαρ οδτοί έαυτοΐς έξαυθεντήσαντες αΐρετικήν σύνοδον έκπληρώσαι ούκ εδεισαν, καίπερ ει και όρθόδοξον ούκ άνευ της υμών είδήσεως έξουσιάζοντες, ώς το άνωθεν κεκρατηχος εθος· πόσω γε μάλλον ενίλογον και άναγκαΐον αν είη, ύπομιμνήσκομεν φόβω, ύπο της θείας πρωταρχίας σου εννομον κρατηθήναι σΰνοδον Ταΰτα άνηγγελκότες, ώς ελάχιστα μέλη της ‘Εκκλησίας, και τί) ύφ’ύμών υπείκοντες θεία ποιμεναρχία)

Voir aussi sa  déclaration explicite dans PG, XCIX, col. 1019 G, 1419 AB.

Aussi sa vision complète de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascène, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

IV) Le concile a-t-il édicté un canon qui contredit la Papauté ?

Le 6è canon du concile de Nicée dispose :

« Que l’ancienne coutume en usage en Egypte, dans la Libye et la Pentapole soit maintenue, c’est-à-dire que l’évêque d’Alexandrie conserve la juridiction sur toutes ces provinces, car il y a le même usage pour l’évêque de Rome. On doit de même conserver aux Eglises d’Antioche et des autres diocèses leurs anciens droits. Il est bien évident que si quelqu’un est devenu évêque sans l’approbation du métropolitain, le concile décide qu’un tel n’est même pas évêque. D’autre part, l’élection ayant été faite par tous avec discernement et d’une manière conforme aux règles de l’Eglise, si deux ou trois font de l’opposition par pur esprit de contradiction, la majorité l’emportera. »

Or, selon les adversaires de la Papauté, si l’évêque de Rome était successeur de saint Pierre dans le pouvoir pontifical sur toute l’Eglise, le concile de Nicée n’aurait pas pris l’initiative de borner les limites de son pouvoir aux églises voisines de Rome.

Cette objection mérite deux réponses. Une réponse externe et une réponse interne. La réponse externe est qu’il découle de tout ce que nous avons dit plus haut que tout le concile fut sous le contrôle de l’Evêque de Rome, aussi bien la convocation, que la présidence par le biais de ses légats, que la ratification de ses décrets. Aussi il est par avance inconsistant de prétendre que les canons du concile puissent contenir quoi que ce soir de contraire à l’autorité pontificale. La réponse interne est donné par le cardinal Thomas de Vio (1469-1534), alias Cajetan, le plus grand thomiste et un des plus grands théologiens de l’histoire :

« Il y a une différence entre parler de l’autorité et parler de l’usage que l’on en fait. En effet, tout en maintenant que l’évêque de Rome possède l’autorité sur l’Eglise entière, on a adopté comme coutume louable : à moins qu’une circonstance ne le réclame, le pape ne fait pas usage de son autorité pour intervenir dans le domaine où c’est la responsabilité particulière des églises autres que celle de Rome qui est concernée. Et c’est ainsi que, d’après la coutume, ce sont les archevêques qui confirment les évêques dans leur charge, ce sont les évêques qui établissent les curés, et il en va ainsi dans d’innombrables cas semblables. Telles est l’ancienne coutume que rappelle le concile de Nicée, lorsqu’avec l’approbation de l’évêque de Rome qui était présent en ses légats, il décida qu’il fallait observer cet antique usage. Mais il ne s’ensuit pas que le concile ait déterminé l’autorité du pontife romain ni qu’il lui ait porté atteinte ; et de la même manière, aujourd’hui son autorité n’est ni amoindrie ni lésée lorsque, parmi les provinces sans nombre qui lui obéissent, ceux qui sont placés à leur tête procèdent à ce genre d’intervention. » (Le Successeur de Pierre, Courrier de Rome, 2004, chapitre 13, n° 308, p. 142-143)

Le chanoine Adolphe-Charles PELTIER, historien des conciles, répond à une objection formulée à ce sujet :

« Il est une autre interprétation, appuyée sur l’autorité de Rufin, d’après laquelle il ne s’agirait dans ce canon que des droits de métropolitain que l’évêque de Rome exerçait sur les Églises suburbicaires, c’est-à-dire sur celles qui n’étaient pas distantes de plus de onze cents pas de la ville de Rome. Mais, 1° l’autorité de Rufin est de nulle valeur, comme le dit fort bien le P. Alexandre (Hist. eccl. sæc. quart, diss. 20) ; son esprit de partialité nous est assez connu par les démêlés qu’il eut avec saint Jérôme ; et si personne ne doit être juge dans sa propre cause, cela est vrai de Rufin dans les limites qu’il pose à la juridiction de l’Église romaine, qu’il était intéressé à combattre, puisqu’elle l’avait exclu de son sein, par l’organe de son pontife Anastase I, avant même qu’il eût commencé à écrire son Histoire. 2° Dès le temps de Rufin, les droits du pontife romain, en sa simple qualité de métropolitain, s’étendaient bien au-delà des villes suburbicaires, puisqu’il ordonnait à ce titre, et convoquait à ses conciles les évêques des sept provinces de l’Italie, depuis le Pô jusqu’au Talon, ceux des îles de Sicile, de Corse et de Sardaigne, qui formaient trois autres provinces, et ceux même de Sicile, comme le prouve une lettre de saint Léon I. 3° Le 6e canon du concile de Nicée attribue aux sièges d’Alexandrie et d’Antioche une juridiction de même nature que celle dont jouissait celui de Rome ; or la juridiction qu’il accorde à l’évêque d’Alexandrie sur l’Égypte, la Libye et la Pentapole, n’est assurément pas celle d’un métropolitain sur une province, mais un droit tout au moins primatial ; et cela posé, qui empêche de dire que ce ne fût un droit patriarcal proprement dit, puisque toute l’histoire ecclésiastique dépose en faveur de ce fait ? Il faut donc abandonner l’interprétation de Rufin, quelque soutenue qu’elle soit par le docteur Launoy, et même par les docteurs protestants, et dire avec tous les catholiques les plus instruits que le 6e canon du concile de Nicée, bien loin d’affaiblir ou de contester l’autorité du pontife romain, reconnaît au contraire cette autorité, qu’il n’établit pas, mais qu’il suppose comme établie de tout temps ; et la présidence déférée dans ce concile même aux légats du pape saint Sylvestre démontre avec évidence qu’outre le droit patriarcal du siège de Rome, modèle primitif de tous les droits patriarcaux, le concile révérait dans l’évêque assis à la place de Pierre cette même pierre fondamentale sur laquelle toute l’Église a été bâtie. » (Dictionnaire universel et complet des conciles, 1847, publié dans l’Encyclopédie théologique de l’abbé Jacques-Paul MIGNE, tomes 13 et 14)

Annexe : le concile de Nicée a-t-il témoigné dans ses canons de la souveraineté de l’Evêque de Rome ?

On lit souvent que ce fameux 6è canon comportait la phrase suivante :

« L’Église romaine a toujours eu la primauté« 

La critique tend à révoquer cette formule comme interpolation :

« D’autres ont été plus loin et ont prétendu avec Baronius et Bellarmin que l’autorité suprême du siège de Rome non seulement n’est pas contredite, mais est clairement démontrée par ce canon même. On cite en effet un manuscrit du Vatican, où ce canon a pour titre : De la primauté de l’Église romaine, d’où Baronius et Labbe après lui ont conclu que nous ne l’avions pas entier : et ils appuient leur opinion de l’autorité de Paschasin, légat du pape saint Léon au concile de Chalcédoine, qui lisait ainsi le commencement de ce canon : L’Église romaine a toujours eu la primauté. Mais il est à remarquer qu’aussitôt que Paschasin eut fini la lecture de ce canon, selon qu’il était dans son exemplaire, Constantin, secrétaire de l’Église de Constantinople, ayant reçu des mains du diacre Aétius un autre exemplaire que celui de Paschasin, lut ce même canon conçu en la manière que nous le lisons encore aujourd’hui dans l’original grec et dans les versions latines, où il n’est fait aucune mention de la primauté de l’Église romaine. On n’en trouve rien non plus dans le Code des canons de l’Église romaine donné par Justel, ni dans la version de ces canons par Denys le Petit, que le même Justel fit imprimer à Paris en 1628, sur de très anciens manuscrits. Il est donc à croire, dit D. Ceillier, que ces paroles : L’Église romaine a toujours eu la primauté, ont été ajoutées au texte dans quelque exemplaire de Rome, et cela par une personne peu habile. Car il ne s’agit nullement dans le canon 6e de Nicée, de la primauté de l’évêque de Rome dans toute l’Église, mais de quelques droits qui lui étaient communs avec les évêques d’Alexandrie et d’Antioche, semblables à celui que l’on a depuis appelé patriarcal. » (PELTIER, Ibibem)

Toutefois, que cette phrase soit ou non authentique, il n’en demeure pas moins possible que le concile proclama avec force l’Autorité Romaine. En effet, nous savons qu’à l’issu du concile, les actes de celui-ci remplissaient 40 volumes. Autant dire qu’il ne nous en reste presque plus rien. Aussi nous lisons moins de 25 ans après le concile sous la plume du pape saint Jules Ier (280-352) la mention de canons papistes du concile de Nicée qui sont aujourd’hui totalement perdus :

« Que tous les évêques qui se trouveront inculpés ou compromis dans quelque grave affaire, aient toujours la liberté d’en appeler au siège apostolique, et de recourir à son autorité comme à leur mère pour y trouver, comme toujours, appui, sauvegarde et liberté. Car c’est à sa décision que l’autorité des canons des apôtres et de leurs successeurs a réservé les causes majeures ecclésiastiques et le jugement des évêques. Et un évêque serait répréhensible s’il se conduisait envers quelqu’un de ses frères autrement que ne le jugerait à propos le pape de ce même siège.  » (Rescrit contre les orientaux en faveur d’Athanase et des autres victimes de l’hérésie arienne, II, citant le 18è canon du concile de Nicée)

 » Le concile a été d’avis que tout évêque accusé ou jugé dans une affaire quelconque par ceux de sa province ait toujours la liberté d’en appeler et de recourir à l’évêque du siège apostolique, qui, soit par lui-même soit par ses vicaires, fera examiner son affaire de nouveau. Et que tant que la cause restera pendante à ce tribunal, aucun autre évêque ne soit placé ou ordonné à la place de l’évêque accusé. Car bien que les évêques de la province puissent licitement examiner la cause de leur comprovincial, ils n’ont pas le droit de la juger définitivement sans avoir pris l’avis du pontife de Rome, puisque c’est à saint Pierre qu’il a été dit par Notre-Seigneur lui-même : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.  » (Rescrit contre les orientaux en faveur d’Athanase et des autres victimes de l’hérésie arienne, III, citant le 19è canon du concile de Nicée)

Sozomène de Constantinople (375-450) écrivit quant à lui :

« Les Évêques d’Egypte ayant écrit que ces accusations n’étaient que des calomnies, et Jules ayant jugé qu’Athanase n’était pas en sûreté, le manda à Rome. Il fit réponse dans le même temps, à la lettre des Evêques qui s’étaient rassemblés à Antioche, les accusant d’introduire lourdement des nouveautés contraires à la doctrine du Concile de Nicée ; d’avoir violé les règles de l’Eglise, en tenant un Concile sans l’y avoir invité, parce qu’il y a un Canon, qui déclare nul, tout ce qui est fait sans la participation de l’Evêque de Rome ; de n’avoir rien fait selon l’ordre de la justice, ni à Tyr, ni à Maréote contre Athanase ; que tout ce qui avoir été fait à Tyr, était ruiné par l’accusation calomnieuse de la main d’Arsène ; et tout ce qui avait été fait à Maréote en l’absence d’Athanase. Sur la fin de sa réponse, il se plaignait de la fierté avec laquelle leur lettre était écrite. » (Histoire ecclésiastique, Livre III, chapitre 10 dans PG, 67/1058.)

Il y a encore les canons connus sous le nom d’arabiques qui proclament le primauté du Pontife romain sur tous les patriarches. L’abbé René-François ROHRBACHER (1789-1856) expose le fait :

« Outre [les] vingt canons, reconnus authentiques par tout le monde, le concile de Nicée paraît en avoir fait encore plusieurs autres ; du moins est-il certain que les chrétiens orientaux, non seulement des derniers siècles, mais encore des premiers, lui ont attribué tout l’ancienne discipline ; c’est ce qu’on appelle les canons arabiques du concile de Nicée, parce qu’on les connut d’abord en Occident par une version arabe ; mais on les trouve également dans toutes les langues orientales, le copte, ou l’ancien égyptien, l’éthiopien, l’arménien, le chaldéen, le syriaque. Le trente-septième canon statue qu’il ne doit y avoir dans tout l’univers que quatre patriarches, comme il n’y a que quatre évangiles et que quatre fleuves du paradis. Leur prince et leur chef est le seigneur qui occupe le siège de saint Pierre à Rome, ainsi que l’ont ordonné les apôtres. Après lui vient le seigneur de la grande Alexandrie, et c’est le siège de saint Marc. Le troisième est le seigneur d’Ephèse, et c’est le siège de saint Jean le Théologien. Enfin le quatrième est le seigneur d’Antioche, et c’est aussi le siège de Pierre [Mansi, Conciles, t. 2, col. 992]. On voit que, lorsque ce canon dut rédigé, la dignité patriarcale n’était point encore transférée à Constantinople ; il n’est parlé de cette translation que dans le canon suivant. Le cinquante-quatrième défend d’une manière expresse, comme saint Augustin nous apprend que le concile de Nicée l’a fait, d’ordonner deux évêques pour la même ville.

Il y a surtout un canon remarquable qui détermine excellemment le sens du sixième de Nicée : c’est le trente-neuvième d’une collection, la quarante-quatrième d’une autre [Mansi, Conciles, t. 2, col. 965 et 995. Voir encore Bouix, du Concile provincial, p. 320 et 321]. Il a pour titre : De la sollicitude et de la puissance du patriarche sur les évêques et les archevêques de son patriarcat, et de la primauté de l’évêque de Rome sur tous. « Le patriarche, dit-il, doit considérer ce que les évêques et les archevêques font dans leurs provinces, et , s’il trouve quelque chose de fait autrement qu’il ne faut, il le changera et le règlera comme il jugera à propos ; car il est le père de tous, et eux sont ses fils. L’archevêque est parmi les évêques comme le frère aîné, le patriarche a puissance sur ceux qui lui sont subordonnés, de même aussi le Pontife a puissance sur tous les patriarches, étant leur prince et leur chef, comme saint Pierre lui-même, à qui a été donnée puissance sur tous les princes chrétiens et sur leurs peuples, attendu qu’il est le vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur tous les peuples et sur toute l’Eglise chrétienne. Quiconque y contredira est excommunié par le concile. » Telle est la base, la règle fondamentale que toutes les chrétientés d’Orient reconnaissent à leur hiérarchie et à leur droit canon, et que, depuis les premiers siècles, elles attribuent au grand concile de Nicée. » (Histoire universelle de l’Eglise catholique, tome 3, sixième édition, pages 503-504)

Enfin, il y a aussi les témoignages des auteurs syriaques. Un deux nous transmet le canon VIII du concile de Nicée :

Source : Benni, Cyril Benham, The Tradition of the Syriac Church of Antioch : concerning the primacy and the prerogatives of St. Peter and of his successors the Roman pontiffs, p. 95 » : https://archive.org/stream/traditionofsyria00bennuoft#page/n5/mode/2up

Publicités

15 commentaires sur “La Papauté au concile de Nicée (325)

  1. Pingback: La Papauté depuis les apôtres | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Pingback: Réponses aux objections historiques contre la primauté et l’infaillibilité du Pape (2) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  3. Carlito
    17 février 2018

    Merci infiniment pour cette grande démonstration! Je suis impressionné par le travail énorme qu’il faut pour aller chercher toutes ces sources etc …. Bravo que Dieu vous bénisse cher ami !

  4. Pingback: Qui doit résoudre les controverses en matière de foi ? Preuves tirées des Pères | +†+Yesus Kristus azu+†+

  5. Pingback: Le 28è canon du Concile de Chalcédoine (451) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  6. Simon LeBeauté
    8 mars 2018

    Fabuleux cet article! Merci infiniment ! Avez-Vous déjà tenté ,ne serait-ce que ,quelque fois dans votre site, de refuter des objections musulmanes sur la sainte Trinité ?

  7. Pingback: Les livres deutérocanoniques dans l’Histoire de l’Église (2) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  8. Pingback: Saint Pierre a-t-il été le premier Évêque de Rome ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  9. Pingback: L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  10. Pingback: La Papauté au Ier concile de Constantinople (381) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  11. Pingback: La querelle de la Pâques et la Papauté | +†+Yesus Kristus azu+†+

  12. Pingback: Le célibat des prêtres vient des apôtres ! | +†+Yesus Kristus azu+†+

  13. Pingback: Les Pères de l’Eglise et les « femmes prêtres  | «+†+Yesus Kristus azu+†+

  14. Pingback: Saint Pierre a-t-il un successeur ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  15. Pingback: Les fondements bibliques de la Papauté (2) : Matthieu XVI, 19 : le Christ donne les Clés du Royaume des Cieux à saint Pierre et en fait ainsi son premier ministre | +†+Yesus Kristus azu+†+

Réagir à l'article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :