+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’union de l’Eglise et de l’Etat : ce qu’enseignent les Papes

Défense de tous les dogmes de la Sainte Eglise : ici

De nos jours, bon nombre de « catholiques » libéraux et modernistes prétendent que l’Eglise te l’Etat doivent être séparés, et que l’u nion du Trône et de l’Autel ne doit jamais redevenir une réalité. Ils trouveront ci dessous toutes les preuves magistérielles (faisant autorité pour ceux qui se veulent catholiques) que l’union de l’Eglise et de l’Etat comme état normal, naturel et bon des choses est un enseignement infaillible de l’Eglise :

Saint Damase

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Sous le pape saint Damase, l’empereur Théodose promulgue l’Edit de Thessalonique, dit Edit de Théodose, faisant du christianisme la religion officielle de l’empire. Saint Damase, chef visible de l’Eglise donna forcément son approbation. Nous pouvons donc considérer comme couverts de l’autorité papale les mots qui suivent :

« Édit des empereurs Gratien, Valentinien II et Théodose Auguste, au peuple de la ville de Constantinople. Nous voulons que tous les peuples que régit la modération de Notre Clémence s’engagent dans cette religion que le divin Pierre Apôtre a donné aux Romains – ainsi que l’affirme une tradition qui depuis lui est parvenue jusqu’à maintenant – et qu’il est clair que suivent le pontife Damase Ier et l’évêque d’Alexandrie, Pierre, homme d’une sainteté apostolique : c’est-à-dire que, en accord avec la discipline apostolique et la doctrine évangélique, nous croyons en l’unique Divinité du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans une égale Majesté et une pieuse Trinité.

Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi prennent le nom de Chrétiens Catholiques et que les autres, que nous jugeons déments et insensés, assument l’infamie de l’hérésie. Leurs assemblées ne pourront pas recevoir le nom d’églises et ils seront l’objet, d’abord de la vengeance divine, ensuite seront châtiés à notre propre initiative que nous avons adopté suivant la volonté céleste.

Donné le troisième jour des calendes de mars à Thessalonique, Gratien Auguste étant consul pour la cinquième fois et Théodose Auguste pour la première fois. »

Saint Célestin Ier

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« Vous devez attacher plus d’importance à la foi qu’à votre royaume. Votre Clémence doit prendre plus de soin de la paix de l’Eglise que de la sécurité de ses terres. Car la prospérité s’ensuivra partout, si vous commencez par rendre à Dieu ce qui a le plus grand prix à ses yeux. » (Lettre 19 à l’empereur Théodose dans PL, 50/511)

Saint Léon le Grand

« Le pouvoir royal vous a été donné non seulement pour gouverner le monde, mais surtout pour la protection de l’Eglise. En vous opposant aux entreprises impies, vous devez défendre le bon ordre déjà établi et rétablir la paix là où elle a été troublée. » (Lettre 156 à l’empereur Léon, PL 54, col. 1130)

Saint Gélase Ier

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« Il y a deux principes par lesquels ce monde est régi principalement : l’autorité sacrée des pontifes et le pouvoir royal ; et parmi les deux la charge des prêtres est d’autant plus lourde qu’ils doivent rendre compte devant la justice divine de ceux-là mêmes qui sont les rois.

Tu le sais en effet, fils très clément : bien que ta dignité te place au-dessus du genre humain, tu inclines cependant, par un devoir religieux, ta tête devant ceux qui sont chargés des choses divines et tu attends d’eux les moyens de te sauver ; et pour recevoir les célestes mystères et les dispenser comme il convient, tu dois, tu le sais aussi, selon la règle de la religion, te soumettre plutôt que diriger. Par conséquent, en tout cela tu dépends de leur jugement et tu ne dois pas vouloir les réduire à ta volonté.

Si en effet, pour ce qui concerne les règles de l’ordre public, les chefs religieux admettent que l’empire t’a été donné par une disposition d’en haut et obéissant eux-mêmes à tes lois, ne voulant pas, au moins dans les affaires de ce monde, paraître aller contre… une décision exclue, dans quels sentiments ne faut-il pas, je t’en prie, obéir à ceux qui sont chargés de dispenser les vénérables mystères ?

C’est pourquoi, de même qu’elle n’est pas légère, la menace qui pèse sur les pontifes qui n’ont pas parlé pour le culte de Dieu, comme ils le doivent, ainsi n’est-il pas négligeable le danger – puisse-t-il ne pas exister – encouru par ceux qui, alors qu’ils devraient obéir, méprisent. Et s’il est normal que le coeur des fidèles se soumette à tous les prêtres en général qui s’acquittent convenablement de leurs divines fonctions, combien plus l’unanimité doit-elle se faire autour du préposé à ce siège, à qui la divinité suprême a voulu donner la prééminence sur tous les prêtres et que la piété universelle de l’Eglise a dans la suite constamment célébrée ?

C’est là que ta piété se rend compte avec évidence que jamais personne sous aucun prétexte humain ne peut s’élever au-dessus de la situation privilégiée de celui que la voix du Christ a placé au-dessus de tous, que l’Eglise vénérable a toujours reconnu et tient dévotement au premier rang. Elles peuvent être empêchées par des présomptions humaines, les décisions du jugement divin, mais vaincues, elles ne sauraient l’être par aucune puissance de qui que ce soit. » (Lettre à l’empereur Anastase, année 494, Denzinger, Schönmetzer, 347)

« Que vos lois ne souffrent aucun préjudice, n’admettez pas que le nom de Rome subisse quelque dommage. Non seulement vous désirez les bienfaits du Christ pour ici-bas, mais vous désirez encore ceux de l’au-delà. Mais alors, comment pourriez-vous, prince illustre, tolérer que la religion, la vérité et la pureté de la communion et de la foi catholique endurent quelque diminution ? Comment prétendriez-vous, je vous le demande, recevoir la récompense future si vous ne préservez l’Eglise des embûches d’ici-bas ? » (Ibid. PL, 59/43)

Saint Hormisdas

Image illustrative de l’article Hormisdas

« Comme me le laisse entendre vos illustres paroles, Votre Clémence a bien lieu d’espérer la prospérité toute particulière de son royaume, si les intérêts de la foi catholique passent avant tout le reste. Car celui qui a reçu la charge du gouvernement terrestre ne peut ne peut pas nourrir un dessein plus salutaire que lorsqu’il s’efforce par ses bonnes œuvres de se concilier la faveur de Celui qui donne et dirige le pouvoir ici-bas. » (Lettre 4 à l’empereur Anastase dans PL, 63/43)

Saint Grégoire le Grand

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« L’autorité suprême a été confiée par Dieu aux empereurs pour qu’ils aident leurs sujets dans la recherche du bien et qu’ils leur ouvrent plus large la voie du ciel, de telle sorte que le royaume terrestre soit au service du royaume céleste. » (Lettre à Maurice Auguste, PL 77, col. 663)

« Il y a des hérétiques qui nient la divinité de Notre Seigneur, d’autres qui nient l’humanité de Notre Seigneur, et d’autres encore qui nient la royauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » (Homélie X sur les péricopes évangéliques, 6)

Saint Agathon

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« Aucun autre motif plus approprié ne saurait recommander à la divine majesté votre force absolument invincible : combattez ceux qui se sont écartés de la règle de la vérité, faites connaître et proclamez partout l’intégrité de notre foi évangélique et apostolique. » (Lettre 1 à l’empereur Constantin Pogonat dans PL, 87, 1212)

IIIè concile de Constantinople (680-681)

Cette sentence de saint Agathon fut intégrée dans les actes du IIIè concile de Constantinople (680-681). En effet, le 15 novembre 680, lors de la 4è session de ce concile réunissant surtout des évêques Orientaux, une lecture fut donnée de la première lettre (PL, 87/1168-1169 et MANSI, 11/239-254). Puis, lors de la 18è session, le 16 septembre 681, ce fut au tour de la seconde lettre lue en public et les Pères du concile l’approuvèrent et l’insérèrent dans les actes du concile. Ils déclarèrent :

« C’est le souverain prince des apôtres qui a agi de concert avec nous. Nous avons eu, pour nous aider, le pape qui dans ses lettres déclare le mystère de la vérité divine et sacrée. Rome, cette ville antique, nous a transmis la profession de foi que Dieu avait dictée à saint Pierre. La feuille sur laquelle fut inscrit le dogme a honoré la fin de ce jour ; sur cette feuille on voyait de l’encre, mais c’est réalité c’est saint Pierre qui parlait au travers du pape Agathon. […] C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. […] Tous unis sous l’inspiration du Saint Esprit, tous d’accord et tous du même avis, acquiesçant tous aux lettres de Notre Très Saint Père et Souverain pontife le pape Agathon a envoyées à Votre Puissance [ndlr : les empereurs], reconnaissant la sainte décision du concile qui dépend de lui et qui rassemble cent-vingt-cinq prélats, etc. » (MANSI, 11/666, 684 et 686)

Boniface VIII

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« Les paroles de l’Evangile nous l’enseignent : en elle et en son pouvoir il y a deux glaives, le spirituel et le temporel[…] Lc 22,38 Mt 26,52 … Les deux sont donc au pouvoir de l’Eglise, le glaive spirituel et le glaive matériel. Cependant l’un doit être manié pour l’Eglise, l’autre par l’Eglise. L’autre par la main du prêtre, l’un par la main du roi et du soldat, mais au consentement et au gré du prêtre.

Or il convient que le glaive soit sous le glaive, et que l’autorité temporelle soit soumise au pouvoir spirituel…Que le pouvoir spirituel doive l’emporter en dignité et en noblesse sur toute espèce de pouvoir terrestre, il nous faut le reconnaître d’autant plus nettement que les réalités spirituelles ont le pas sur les temporelles… Comme la Vérité l’atteste : il appartient au pouvoir spirituel d’établir le pouvoir terrestre, et de le juger s’il n’a pas été bon…

Si donc le pouvoir terrestre dévie, il sera jugé par le pouvoir spirituel ; et si un pouvoir spirituel inférieur dévie, il le sera par celui qui lui est supérieur ; mais si le pouvoir suprême dévie, c’est par Dieu seul et non par l’homme qu’il pourra être jugé, comme l’atteste l’Apôtre :  » L’homme spirituel juge de tout, et n’est lui-même jugé par personne  » 1Co 2,15. Cette autorité cependant, bien que donnée à un homme et exercée par un homme, n’est pas un pouvoir humain, mais bien plutôt divin. Donné à Pierre de la bouche de Dieu, confirmé pour lui et ses successeurs dans le Christ lui- même qu’il a confessé, lui, le roc, lorsque le Seigneur dit à Pierre lui-même : « Tout ce que tu lieras », etc. Mt 16,19. Quiconque par conséquent résiste à ce pouvoir ordonné par Dieu, « résiste à ce que Dieu a ordonné » Rm 13,2, à moins qu’il n’imagine, comme Manès, deux principes, ce que nous jugeons faux et hérétique, car au témoignage de Moïse ce n’est pas dans les principes, mais  » dans le principe (que) Dieu a créé le ciel et la terre  » Gn 1,1.

En conséquence nous déclarons, disons et définissons qu’il est absolument nécessaire au salut, pour toute créature humaine, d’être soumise au pontife romain. » (Bulle Unam Sanctam, 18 novembre 1302)

Bienheureux Innocent XI, Alexandre VIII et Pie VI

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Le cardinal Louis BILLOT, S.J., écrit sur la compétence de l’Eglise sur les pouvoirs temporels :

« Car en raison de la charge reçue du Christ, le pape est tenu de prendre soin de tout le peuple chrétien dans le domaine spirituel, et de le préserver des préjudices qu’il pourrait subir en ce domaine, si le chef temporel abusait de son pouvoir. Il est donc nécessaire à ce titre que le pouvoir spirituel s’étende indirectement aux matières temporelles, en dirigeant le pouvoir temporel, afin que celui-ci ne nuise pas au spirituel, dans l’exercice de de son propre gouvernement. C’est pourquoi le pouvoir spirituel de l’Eglise renferme au sens déjà indiqué un pouvoir sur le temporel [Francisco SUAREZ, alias Doctor eximius, (Defensio Fidei, L 3, ch. 22)]

L’article de la Déclaration gallicane de 1682, condamnée en tout et pour tout à plusieurs reprises, disait : « Le bienheureux Pierre et ses successeurs, vicaires de Jésus Christ, et l’Eglise elle-même ont reçu de Dieu la puissance sur les choses spirituelles et qui regardent le salut éternel, et non pas sur les choses civiles et temporelles, le Seigneur disant : « Mon Royaume n’est pas de ce monde » Jn 18,36  et encore  « Donnez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » Lc 20,25 ; et c’est pourquoi les paroles de l’Apôtre se tiennent fermement : « Que toute âme soit soumise aux puissances supérieures, car il n’y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu ; et celles qui existent ont été ordonnées par Dieu ; c’est pourquoi celui qui s’oppose à la puissance, s’oppose à Dieu » Rm 13,1  s. Les rois et les souverains ne sont soumis à aucune puissance ecclésiastique par l’ordre de Dieu dans les choses temporelles ; ils ne peuvent pas être déposés directement ou indirectement par l’autorité des clés de l’Eglise ; leurs sujets ne peuvent être dispensés de la soumission et de l’obéissance et relevés du serment de fidélité ; et cette doctrine, nécessaire pour la tranquillité publique et non moins nécessaire à l’Eglise qu’à l’Etat, doit être inviolablement suivie comme conforme à la Parole de Dieu, à la tradition des Pères, et aux exemples des saints ». » (De Ecclesia Christi, t. III : « De habitudine Ecclesiae ad civilem societatem », q. XVIII, § 5. Traduction française, L’Eglise, tome III – L’Eglise et l’Etat -, pp. 87-88, n° 1196 et 1197)

Le cardinal BILLOT mentionne comme condamnations celle du Bienheureux Innocent XI (1676-1689) sans autre précision (il s’agit du Bref, Paternae caritati, du 11 avril 1682), puis celle d’Alexandre VIII (1689-1691) qui dans la Constitution Inter multiplices du 4 août 1690 condamna les propositions de ce premier article comme :

« de plein droit nulles et non avenues, invalides et vaines, pleinement et entièrement dénuées de force et d’effet dès leur principe, et qu’elles le sont encore et qu’elles le seront à perpétuité » (Dz 2285),

Le désir d’éviter un schisme a retenu Rome : le pape ne prononce pas d’anathème. Mais par la suite, il y eut différents décrets du Saint-Office allant dans le même sens (La liste en est donnée par le Dictionnaire d’apologétique de la foi catholique, t. 2, col 267).

Enfin c’est Pie VI (1775-1800) qui est invoqué. Voici ces mots :

« Puisque les actes de l’assemblée gallicane, aussitôt après leur parution, notre vénérable prédécesseur Innocent XI par une lettre en forme de bref, Paternae caritati, du 11 avril 1682, puis plus clairement encore Alexandre VIII le 5 août 1690 dans la constitution Inter multiplices les ont désapprouvés, aborgés et déclarés nuls et sans valeur en vertu de leur charge apostolique, la sollicitude pastorale exige de Nous de façon plus urgente encore que l’acceptation qui en a été faite dans un synode entaché de tant de défauts [il s’agit du synode de Pistoie], Nous la réprouvions et la condamnions comme téméraire, scandaleuse – et surtout après les décrets de nos prédécesseurs – comme souverainement injurieuse pour ce Siège Apostolique, comme Nous le réprouvons et le condamnons dans cette constitution qui est nôtre, et voulons qu’elle soit tenue pour réprouvée et condamnée. » (Bulle Auctorem fidei, 24 août 1794, Observations terminales)

Grégoire XVI

Image illustrative de l’article Grégoire XVI

 « Nous ne pourrions augurer des résultats plus heureux pour la religion et pour le pouvoir civil, des désirs de ceux qui appellent avec tant d’ardeur la séparation de l’Église et de l’État, et la rupture de la concorde entre le sacerdoce et l’empire. Car c’est un fait avéré, que tous les amateurs de la liberté la plus effrénée redoutent par-dessus tout cette concorde, qui toujours a été aussi salutaire et aussi heureuse pour l’Église que pour l’État.

Aux autres causes de notre déchirante sollicitude et de la douleur accablante qui nous est en quelque sorte particulière au milieu du danger commun, viennent se joindre encore certaines associations et réunions, ayant des règles déterminées. Elles se forment comme en corps d’armée, avec les sectateurs de toute espèce de fausse religion et de culte, sous les apparences, il est vrai, du dévouement à la religion, mais en réalité dans le désir de répandre partout les nouveautés et les séditions, proclamant toute espèce de liberté, excitant des troubles contre le pouvoir sacré et contre le pouvoir civil, et reniant toute autorité, même la plus sainte. […]

Au reste que les Princes nos très chers fils en Jésus-Christ favorisent de leur puissance et de leur autorité les vœux que nous formons avec eux pour la prospérité de la religion et des États ; qu’ils songent que le pouvoir leur a été donné, non seulement pour le gouvernement du monde, mais surtout pour l’appui et la défense de l’Église ; qu’ils considèrent sérieusement que tous les travaux entrepris pour le salut de l’Église, contribuent à leur repos et au soutien de leur autorité. Bien plus, qu’ils se persuadent que la cause de la foi doit leur être plus chère que celle même de leur empire, et que leur plus grand intérêt, nous le disons avec le Pape saint Léon « est de voir ajouter, de la main du Seigneur, la couronne de la foi à leur diadème ». Établis comme les pères et les tuteurs des peuples, ils leur procureront un bonheur véritable et constant, l’abondance et la tranquillité, s’ils mettent leur principal soin à faire fleurir la religion et la piété envers le Dieu qui porte écrit sur son vêtement : « Roi des rois, Seigneur des seigneurs ». » (Encyclique Mirari vos, 15 août 1832)

Pie IX

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Allocution au Consistoire du 26 juillet 1855

« Vous savez bien, Vénérables Frères […]. Vous connaissez la convention conclue par Nous, en 1851, avec notre très chère fille en Jésus-Christ, Marie-Isabelle, reine catholique des Espagnes, convention sanctionnée et solennellement promulguée comme loi de l’Etat dans ce royaume. Vous n’ignorez pas non plus que dans cette convention, outre beaucoup d’autres choses statuées pour la protection de la religion catholique, il fut avant tout établi que cette auguste religion continuant, à l’exclusion de tout autre culte, à être la seule religion de la nation espagnole, serait maintenue comme auparavant dans tout le royaume des Espagnes, avec tous les droits et toutes les prérogatives dont elle doit jouir d’après la loi de Dieu et les lois canoniques ; que l’instruction, dans toutes les écoles publiques ou privées, serait entièrement conforme à la doctrine catholique […] [le document se conclut par la solennelle condamnation de la violation du concordat] » (Allocution au Consistoire, 26 juillet 1855)

Encyclique Quanta cura du 8 décembre 1864

« C’est pourquoi Nos mêmes Prédécesseurs ont constamment opposé la fermeté Apostolique aux machinations criminelles d’hommes iniques, qui projettent l’écume de leurs désordres comme les vagues d’une mer en furie et promettent la liberté, eux, les esclaves de la corruption : ébranler les fondements de la religion catholique et de la société civile par leurs fausses opinions et les plus pernicieux écrits, faire disparaître toute trace de vertu et de justice, corrompre les âmes et les esprits, détourner des justes principes de la morale ceux qui ne sont pas sur leurs gardes, en particulier la jeunesse inexpérimentée, la dépraver pitoyablement, l’entraîner dans les pièges de l’erreur, et enfin l’arracher du sein de l’Église catholique, voilà le sens de tous leurs efforts.

Vous êtes les premiers à savoir, Vénérables Frères, qu’à peine avions-Nous été élevé à cette chaire de Pierre, par un secret dessein de la Providence Divine et sans aucun mérite de Notre part, Nous avons vu pour la plus grande douleur de Notre âme une tempête vraiment effroyable soulevée par tant de doctrines perverses. Nous avons vu les maux les plus accablants, qu’on ne déplorera jamais assez et que tant d’erreurs ont attirés sur le peuple chrétien. C’est pour remplir les devoirs de Notre Ministère Apostolique et suivre les traces glorieuses de Nos Prédécesseurs que Nous avons élevé la voix. En plusieurs Encycliques déjà publiées, dans les Allocutions prononcées en consistoire et en d’autres Lettres Apostoliques, Nous avons condamné les principales erreurs de notre bien triste époque, fait appel à votre haute vigilance épiscopale, averti et encouragé tous Nos très chers fils de l’Église Catholique à fuir et redouter la contagion d’une peste si violente. Et en particulier, par Notre première Encyclique du 9 novembre 1846, à Vous adressée, et les deux allocutions prononcées en consistoire le 9 décembre 1854 et le 9 juin 1862, nous avons condamné ces monstruosités extraordinaires que sont les opinions, qui surtout de nos jours, dominent pour le plus grand dommage des âmes et au détriment de la société civile elle-même. Ces opinions s’opposent essentiellement, non seulement à l’Église catholique, à sa doctrine de salut et à ses droits vénérables, mais encore à l’éternelle loi naturelle gravée par Dieu dans tous les coeurs et à la droite raison. C’est d’elles que presque toutes les autres erreurs firent leur origine.

Cependant, bien que nous n’ayons pas négligé de proscrire et de réprouver fréquemment les plus graves de ces erreurs, la cause de l’Église catholique et le salut des âmes que Dieu nous a confié, et le bien de la société humaine elle-même, réclament impérieusement que Nous lancions un nouvel appel à votre sollicitude pastorale pour terrasser d’autres idées fausses qui découlent de source de ces mêmes erreurs. Ces opinions trompeuses et perverses sont d’autant plus détestables qu’elles visent principalement à entraver et renverser cette puissance de salut que l’Église catholique, en vertu de la mission et du mandat reçu de son divin Auteur, doit exercer librement jusqu’à la consommation des siècles, non moins à l’égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs. Elles cherchent à faire disparaître cette mutuelle alliance et cette concorde entre le Sacerdoce et l’Empire, qui s’est toujours avérée propice et salutaire à la Religion et à la société [Grégoire XVI, Encyclique Mirari Vos du 15 août 1832].

Il vous est parfaitement connu, Vénérables Frères, qu’aujourd’hui il ne manque pas d’hommes qui appliquent à la société civile l’impie et absurde principe du naturalisme, comme ils l’appellent : ils osent enseigner «  que la perfection des gouvernements et le progrès civil exigent absolument que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la religion que si elle n’existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre les différentes religions, entre la vraie religion et les fausses » . De plus, contrairement à la doctrine de l’Ecriture, de l’Eglise et des saints Pères, ils ne craignent pas d’affirmer que « le meilleur gouvernement est celui où l’on ne reconnaît pas au pouvoir l’office de réprimer par la sanction des peines les violateurs de la religion catholique, si ce n’est lorsque la tranquillité publique le demande ». En conséquence de cette idée absolument fausse du gouvernement social, ils n’hésitent pas à favoriser cette opinion erronée, on ne peut plus fatale à l’Eglise catholique et au salut des âmes et que Notre prédécesseur d’heureuse mémoire Grégoire XVI appelait un « délire », savoir « que la liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme ; qu’il doit être proclamé dans tout Etat bien constitué et que les citoyens ont droit à la pleine liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions, quelles qu’elles soient, par la parole, par l’impression ou autrement, sans que l’autorité ecclésiastique ou civile puisse le limiter » [Grégoire XVI, Encyclique Mirari Vos du 15 août 1832]. Or, en soutenant ces affirmations téméraires, ils ne pensent pas, ils ne considèrent pas qu’ils prêchent « une liberté de perdition » [Saint Augustin, Lettre 105] et que, « s’il est toujours permis aux opinions humaines d’entrer en conflit, il ne manquera jamais d’hommes qui oseront résister à la vérité et mettre leur confiance dans le verbiage de la sagesse humaine, vanité extrêmement nuisible que la foi et la sagesse chrétiennes doivent soigneusement éviter, conformément à l’enseignement de Notre Seigneur Lui-même » [Pape saint Léon le Grand, Lettre 164] .

Là où la religion a été mise à l’écart de la société civile, la doctrine et l’autorité de la révélation divine répudiées, la pure notion même de la justice et du droit humain s’obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place de la véritable justice et du droit légitime. D’où l’on voit clairement pourquoi certains, reléguant au dernier rang les plus sûrs principes de la saine raison, sans en tenir compte, osent proclamer que : « La volonté du peuple qui se manifeste par ce qu’on dit être l’opinion publique, ou autrement, constitue la loi suprême dégagée de tout droit divin et humain, et que dans l’ordre politique des faits accomplis, par cela même qu’ils sont accomplis, ont force de droit. »

Mais qui ne voit et ne sent parfaitement qu’une société dégagée des liens de la religion et de la vraie justice, ne peut plus se proposer aucun autre but que d’amasser et d’accumuler des richesses, ni suivre d’autre loi dans ses actes que l’indomptable désir de l’âme d’être esclave de ses propres passions et intérêts ? C’est pourquoi les hommes de cette espèce poursuivent d’une haine si cruelle les Familles Religieuses, en dépit des services rendus au prix des plus grands efforts à la religion chrétienne, à la société civile et à la culture ; ils déblatèrent contre elle en disant qu’elles n’ont aucune raison légitime d’exister, et c’est ainsi qu’ils applaudissent aux divagations des hérétiques. Or, comme l’enseignait en toute sagesse Notre Prédécesseur Pie VI d’heureuse mémoire : « l’abolition des réguliers blesse le droit de professer publiquement les conseils évangéliques, blesse un mode de vie recommandé dans l’Église comme conforme à la doctrine des Apôtres, blesse la mémoire de ces illustres fondateurs que nous vénérons sur les autels, et qui n’ont établi ces ordres que sous l’inspiration de Dieu ».

Et ils déclarent même dans leur impiété qu’il faut ôter aux citoyens et à l’Église la faculté « de fournir valablement des aumônes publiques par charité chrétienne », et abolir la loi « qui à des jours déterminés défend les oeuvres serviles pour vaquer au culte divin » sous le prétexte si fallacieux que « la faculté et la loi ci-dessus évoquées sont contraires aux principes de la bonne économie politique ».

Et non contents de mettre la religion à l’écart de la société, ils veulent même l’écarter de la vie privée des familles. En effet, enseignant et professant la si funeste erreur du Communisme et du Socialisme, ils affirment que : « La société domestique ou la famille emprunte au seul droit civil toute sa raison d’être ; et qu’en conséquence c’est de la loi civile seule que découlent et dépendent tous les droits des parents sur les enfants, et d’abord le droit d’instruction et d’éducation. » Par ces opinions impies et ces machinations, ces hommes de mensonge veulent surtout aboutir à ce que la doctrine et le pouvoir de l’Église catholique qui apportent le salut, soient entièrement éliminés de l’instruction et de l’éducation de la jeunesse, et que l’âme tendre et malléable des jeunes soit infectée et déformée pitoyablement par toutes sortes d’erreurs perverses et par le vice. Oui, tous ceux qui ont mis leurs efforts à bouleverser l’ordre sacré et l’ordre public, à renverser l’ordre juste de la société, et à anéantir tous les droits divins et humains, ont toujours fait tendre leurs desseins criminels, leurs désirs et leurs oeuvres principalement à tromper et à dépraver la jeunesse qui ne s’y attend pas, comme Nous l’avons indiqué plus haut ; et ils ont mis tout leur espoir dans la corruption de cette jeunesse.

Voilà pourquoi jamais ils ne cessent d’infliger toutes sortes de vexations indicibles à l’un et l’autre clergé d’où rejaillirent tant d’immenses bienfaits sur l’ordre religieux, civil et culturel, comme l’attestent avec éclat les plus sûrs monuments de l’histoire ; voilà pourquoi ils déclarent que ce clergé même, en tant qu’ennemi du véritable et utile progrès de la science et de la civilisation, doit être écarté de toute charge et de tout rôle dans l’instruction et l’éducation de la jeunesse.

Mais il en est d’autres qui, renouvelant les chimères extravagantes et tant de fois condamnées des novateurs, ont l’insigne impudence de soumettre à la discrétion de l’autorité civile l’autorité suprême attribuée par le Christ Notre Seigneur à l’Église et à ce Siège Apostolique, et de dénier à cette même Église et à ce Siège tous droits en ce qui regarde les affaires extérieures. Car ils n’ont aucunement honte d’affirmer que : « Les lois de l’Église n’obligent pas en conscience, à moins qu’elles ne soient promulguées par le pouvoir civil. – Les actes et les décrets des Pontifes Romains concernant la religion et l’Église ont besoin de la sanction et de l’approbation, ou au moins du consentement du pouvoir civil. – Les constitutions apostoliques qui condamnent les sociétés secrètes – qu’on y exige ou non le serment de garder le secret – et qui frappent d’anathème leurs adeptes et leurs défenseurs ne peuvent entrer en vigueur dans les pays où le gouvernement civil tolère ces sortes d’associations. – L’excommunication portée par le Concile de Trente et les Pontifes Romains contre ceux qui envahissent et usurpent les droits et possessions de l’Église, repose sur une confusion de l’ordre spirituel avec l’ordre civil et politique, et n’a pour but qu’un bien de ce monde. – L’Église ne doit rien décréter qui puisse lier la conscience des fidèles relativement à l’usage des biens temporels. Le droit ecclésiastique n’a pas compétence pour châtier de peines temporelles les violateurs de ses lois. – Il est conforme aux principes de la sacrée théologie et du droit public d’attribuer au gouvernement civil et de revendiquer pour lui la propriété des biens qui sont en possession de l’Église, des Familles Religieuses et autres associations pieuses ».

Ils ne rougissent pas non plus de professer ouvertement et publiquement les formules et les principes hérétiques, d’où sortent tant d’opinions perverses et d’erreurs. Car ils répètent que « le pouvoir ecclésiastique n’est pas, de droit divin, distinct et indépendant du pouvoir civil, et qu’une telle distinction et indépendance ne peut être conservée sans que l’Église envahisse et usurpe les droits essentiels du pouvoir civil ».

Et Nous ne pouvons passer sous silence l’audace de ceux qui, ne supportant pas la saine doctrine, prétendent que : « Quant à ces jugements et à ces décrets du Siège Apostolique dont l’objet regarde manifestement le bien général de l’Église, ses droits et sa discipline, on peut, du moment qu’ils ne touchent pas aux dogmes relatifs à la foi et aux moeurs, leur refuser l’assentiment et l’obéissance, sans péché et sans cesser en rien de professer le catholicisme. » À quel point cela est contraire au dogme catholique sur le plein pouvoir, divinement conféré par le Christ Notre Seigneur lui-même au Pontife Romain, de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle, il n’est personne qui ne le voie et qui ne le comprenne clairement et distinctement. » (Encyclique Quanta Cura, n° 2 à 13, 8 décembre 1864)

Cette encyclique est infaillible, en effet, le Pape Pie IX y dit :

« Au milieu donc d’une telle perversité d’opinions corrompues, Nous souvenant de Notre charge Apostolique, dans notre plus vive sollicitude pour notre très sainte religion, pour la saine doctrine, et pour le salut des âmes à Nous confiées par Dieu et pour le bien de la société humaine elle-même, Nous avons jugé bon d’élever à nouveau Notre Voix Apostolique. En conséquence, toutes et chacune des opinions déréglées et des doctrines rappelées en détail dans ces Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons de Notre Autorité Apostolique ; et Nous voulons et ordonnons que tous les fils de l’Église catholique les tiennent absolument pour réprouvées, proscrites et condamnées. » (n°14)

L’Encyclique dit par la suite :

« Et, en outre, vous savez très bien, Vénérables Frères, que de nos jours ceux qui haïssent toute vérité et toute justice, les ennemis acharnés de notre religion, au moyen de livres empoisonnés, de brochures et de journaux répandus par toute la terre, trompent les peuples, mentent perfidement, et diffusent toutes sortes d’autres doctrines impies. Vous n’ignorez pas non plus que, même à cette époque où nous sommes, on en trouve qui, mus et stimulés par l’esprit de Satan, en sont arrivés à cette impiété de nier Notre Seigneur et Maître Jésus-Christ, et ne craignent pas d’attaquer sa Divinité avec une insolence criminelle. Mais ici Nous ne pouvons, Vénérables Frères, que vous honorer à bon droit des plus grands éloges, vous qui n’avez jamais manqué, avec tout votre zèle, d’élever votre voix épiscopale contre tant d’impiété.

C’est pourquoi, par Nos présentes Lettres, Nous nous adressons une fois de plus avec beaucoup d’affection à vous qui, appelés à partager Nos soucis, êtes au milieu des calamités qui nous touchent si virement. Notre consolation, Notre joie et Notre encouragement les plus grands : par la qualité de votre esprit religieux et de votre piété et aussi par cet amour, cette foi et cette déférence admirable avec lesquels, attachés à Nous et à ce Siège Apostolique dans la plus grande unité d’esprit, vous travaillez à remplir avec empressement et application votre très grave ministère épiscopal. Car Nous attendons de votre remarquable zèle pastoral que, prenant le glaive de l’esprit, qui est la parole de Dieu, et fortifiés dans la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, vous ayez la volonté de veiller chaque jour davantage avec une attention redoublée à ce que les fidèles confiés à vos soins « s’abstiennent des herbes nuisibles que Jésus-Christ ne cultive pas, parce qu’elles n’ont pas été plantées par son Père » [Saint Ignace, martyr, à Philadelphe]. Et ne cessez jamais d’inculquer à ces mêmes fidèles que tout vrai bonheur découle pour les hommes de notre sainte religion, de sa doctrine et de sa pratique, et qu’ « heureux est le peuple dont Dieu est le Seigneur » [Psaume 143]. Enseignez que « l’autorité repose sur le fondement de la Foi Catholique » [Saint Célestin, Lettre 22 au Synode d’Éphèse] et qu’ « il n’y a rien de plus mortel, rien qui nous précipite autant dans le malheur, nous expose autant à tous les dangers, que de penser qu’il nous peut suffire d’avoir reçu le libre arbitre en naissant ; sans avoir à rien demander de plus à Dieu ; c’est-à-dire, qu’oubliant notre Créateur, nous renions son pouvoir sur nous pour manifester notre liberté » [Saint Innocent I, Lettre 29 au Concile Épiscopal de Carthage]. N’omettez pas non plus d’enseigner que « le pouvoir de gouverner est conféré non pour le seul gouvernement de ce monde, mais avant tout pour la protection de l’Église » [Saint Léon, Lettre 156] et que  » rien ne peut être plus profitable et plus glorieux aux chefs d’États et aux Rois que ce que Notre Prédécesseur saint Félix, rempli de sagesse et de courage, écrivait à l’empereur Zénon : « Qu’ils laissent l’Église catholique se gouverner par ses propres lois, et ne permettent à personne de mettre obstacle à sa liberté… Il est certain qu’il leur est avantageux de s’appliquer, quand il s’agit de la cause de Dieu, et suivant l’ordre qu’Il a établi, à subordonner et non à préférer la volonté royale à celle des prêtres du Christ » [Pie VII, encyclique Diu satis, 15 mai 1800].

C’est toujours, Vénérables Frères, mais c’est maintenant plus que jamais, au milieu de telles calamités de l’Église et de la société civile, en présence d’une si vaste conspiration d’adversaires et d’un tel amas d’erreurs contre le catholicisme et le Siège Apostolique, qu’il est absolument nécessaire de nous adresser avec confiance au Trône de la grâce pour obtenir miséricorde et trouver la grâce d’une protection opportune. » (n° 15 à 17)

Le Syllabus du 8 décembre 1864

« L’Église n’a pas le droit d’employer la force ; elle n’a aucun pouvoir temporel direct ou indirect [= proposition condamnée]. » (Syllabus, 8 décembre 1864, n° 24, tiré de la Lettre apostolique Ad apostolicae, 22 août 1851)

« L’immunité de l’Église et des personnes ecclésiastiques tire son origine du droit civil. » (Ibid., n° 30, tiré de la Lettre apostolique Multiplices inter, 10 juin 1851)

« Le for ecclésiastique pour les procès temporels des clercs, soit au civil, soit au criminel, doit absolument être aboli, même sans consulter le Siège Apostolique et sans tenir compte de ses réclamations. » (Ibid., n° 31, tiré de l’Allocution Acerbissimum, 27 septembre 1852 et de l’Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856)

« L’immunité personnelle en vertu de laquelle les clercs sont exempts de la milice, peut être abrogée sans aucune violation de l’équité et du droit naturel. Le progrès civil demande cette abrogation, surtout dans une société constituée d’après une législation libérale. » (Ibid., n° 32, tiré de la Lettre Singularis Nobisque à l’évêque de Mondovi (Piémont) 29 septembre 1864)

« L’Église doit être séparée de l’État, et l’État séparé de l’Église [= proposition condamnée]. » (Ibid., n° 55, tiré l’Allocution Acerbissimum, 27 septembre 1852)

« De notre temps, il n’y a plus intérêt à ce que la religion catholique soit considérée comme l’unique religion de l’Etat, à l’exclusion de tout autre culte [= proposition condamnée]. » (Ibid., n° 77, tiré de l’Allocution Nemo Vestrum, 26 juillet 1855)

Le Syllabus est infaillible. C’est comme cela qu’il fut perçu dès sa parution par tous les bons théologiens et théologiens de bonne doctrine. Ceux qui rejetèrent son infaillibilité furent les libéraux, et ce pour de mauvaises raisons. Notons de plus que ce document était joint à l’encyclique Quanta cura qui elle, est infaillible avec certitude car elle porte explicitement les marques de l’infaillibilité la plus solennelle :

« Au milieu donc d’une telle perversité d’opinions corrompues, Nous souvenant de Notre charge Apostolique, dans notre plus vive sollicitude pour notre très sainte religion, pour la saine doctrine, et pour le salut des âmes à Nous confiées par Dieu, et pour le bien de la société humaine elle-même, Nous avons jugé bon d’élever à nouveau Notre Voix Apostolique. En conséquence, toutes et chacune des opinions déréglées et des doctrines rappelées en détail dans ces Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons de Notre Autorité Apostolique ; et Nous voulons et ordonnons que tous les fils de l’Église catholique les tiennent absolument pour réprouvées, proscrites et condamnées. » (Encyclique Quanta cura, 8 décembre 1864, n° 14)

Léon XIII

Encyclique Inscrutabili Dei Consilio du 28 avril 1878

« Il est bien clair et évident, Vénérables Frères, que la cause de la civilisation manque de fondements solides si elle ne s’appuie pas sur les principes éternels de la vérité et sur les lois immuables du droit et de la justice, si un amour sincère n’unit entre elles les volontés des hommes et ne règle heureusement la distinction et les motifs de leurs devoirs mutuels. Or, qui oserait le nier ? N’est-ce pas l’Eglise qui, en prêchant l’Evangile parmi les nations, a fait briller la lumière de la vérité au milieu des peuples sauvages et imbus de superstitions honteuses et qui les a ramenés à la connaissance du divin Auteur de toutes choses et au respect d’eux-mêmes ? N’est-ce pas l’Eglise qui, faisant disparaître la calamité de l’esclavage, a rappelé les hommes à la dignité de leur très noble nature ? N’est-ce pas elle qui, en déployant sur toutes les plages de la terre l’étendard de la Rédemption, en attirant à elle les sciences et les arts ou en les couvrant de sa protection, qui, par ses excellentes institutions de charité, où toutes les misères trouvent leur soulagement, par ses fondations et par les dépôts dont elle a accepté la garde, a partout civilisé dans ses mœurs privées et publiques le genre humain, l’a relevé de sa misère et l’a formé, avec toute sorte de soins, à un genre de vie conforme à la dignité et à l’espérance humaines? Et maintenant, si un homme d’un esprit sain compare l’époque où nous vivons, si hostile à la Religion et à l’Eglise de Jésus-Christ, avec ces temps si heureux où l’Eglise était honorée par les peuples comme une Mère, il se convaincra entièrement que notre époque pleine de troubles et de destructions se précipite tout droit et rapidement à sa perte, et que ces temps-là ont été d’autant plus florissants en excellentes institutions, en tranquillité de la vie, en richesse et en prospérité, que les peuples se sont montrés plus soumis au gouvernement de l’église et plus observateurs de ses lois. Que si les biens nombreux que Nous venons de rappeler et qui ont du leur naissance au ministère de l’Eglise et à son influence salutaire sont vraiment des ouvrages et des gloires de la civilisation humaine, il s’en faut donc de beaucoup que l’Eglise de Jésus-Christ abhorre la civilisation et la repousse, puisque c’est à elle, au contraire, qu’elle croit que revient entièrement l’honneur d’avoir été sa nourrice, sa maîtresse et sa mère.

Bien plus, cette sorte de civilisation qui répugne, au contraire, aux saintes doctrines et aux lois de l’Eglise, n’est autre chose qu’une fausse civilisation et doit être considérée comme un vain nom sans réalité. C’est là une vérité dont nous fournissent une preuve manifeste ces peuples qui n’ont pas vu briller la lumière de l’Evangile ; dans leur vie, on a pu apercevoir quelques faux dehors d’une éducation plus cultivée, mais les vrais et solides biens de la civilisation n’y ont pas prospéré. […]

Mais, plût au ciel que cette autorité salutaire n’eût jamais été négligée ou répudiée ! Le pouvoir civil n’eût pas alors perdu cette auréole auguste et sacrée qui. le distinguait, que la religion lui avait donnée et qui, seule, rend l’état d’obéissance noble et digne de l’homme ; on n’aurait pas vu s’allumer tant de séditions et de guerres qui ont été la funeste cause de calamités et de meurtres; et tant de royaumes, autrefois très florissants, tombés aujourd’hui du faite de la prospérité, ne seraient point accables sous le poids de toutes sortes de misères. Nous avons encore un exemple des malheurs qu’entraîne la répudiation de l’autorité de l’Eglise dans les peuples orientaux qui, en brisant les liens très doux qui les unissaient à ce Siège Apostolique, ont perdu la splendeur de leur antique réputation, la gloire des sciences et des lettres et la dignité de leur empire. » (Encyclique Inscrutabili Dei Consilio du 28 avril 1878)

Encyclique Quod apostolici Muneris du 28 décembre 1878

« Or, cette audace d’hommes perfides qui menace chaque jour de ruines plus graves la société civile, et qui excite dans tous les esprits l’inquiétude et le trouble, tire sa cause et son origine de ces doctrines empoisonnées qui, répandues en ces derniers temps parmi les peuples comme des semences de vices, ont donné, en leurs temps, des fruits si pernicieux. En effet, vous savez très bien, Vénérables Frères, que la guerre cruelle qui, depuis le XVIe siècle, a été déclarée contre la foi catholique par des novateurs, visait à ce but d’écarter toute révélation et de renverser tout l’ordre surnaturel, afin que l’accès fût ouvert aux inventions ou plutôt aux délires de la seule raison.

Tirant hypocritement son nom de la raison, cette erreur qui flatte et excite la passion de grandir, naturelle au cœur de l’homme, et qui lâche les rênes à tous les genres de passions, a spontanément étendu ses ravages non pas seulement dans les esprits d’un grand nombre d’hommes, mais dans la société civile elle-même. Alors, par une impiété toute nouvelle et que les païens eux-mêmes n’ont pas connue, on a vu se constituer des gouvernements, sans qu’on tînt nul compte de Dieu et de l’ordre établi par Lui ; on a proclamé que l’autorité publique ne prenait pas de Dieu le principe, la majesté, la force de commander, mais de la multitude du peuple, laquelle, se croyant dégagée de toute sanction divine, n’a plus souffert d’être soumise à d’autres lois que celles qu’elle aurait portées elle-même, conformément à son caprice.

Puis, après qu’on eut combattu et rejeté comme contraires à la raison les vérités surnaturelles de la foi, l’Auteur même de la Rédemption du genre humain est contraint, par degrés et peu à peu, de s’exiler des études, dans les universités, les lycées et les collèges ainsi que de toutes les habitudes publiques de la vie humaine. Enfin, après avoir livré à l’oubli les récompenses et les peines éternelles de la vie future, le désir ardent du bonheur a été renfermé dans l’espace du temps présent. Avec la diffusion, au loin et au large de ces doctrines, avec la grande licence de penser et d’agir qui a été ainsi enfantée de toutes parts, faut-il s’étonner que les hommes de condition inférieure, ceux qui habitent une pauvre demeure ou un pauvre atelier soient envieux de s’élever jusqu’aux palais et à la fortune de ceux qui sont plus riches ? Faut-il s’étonner qu’il n’y ait plus nulle tranquillité pour la vie publique ou privée et que le genre humain soit presque arrivé à sa perte ?

Or, les pasteurs suprêmes de l’Église, à qui incombe la charge de protéger le troupeau du Seigneur contre les embûches de l’ennemi, se sont appliqués de bonne heure à détourner le péril et à veiller au salut des fidèles. Car, aussitôt que commençaient à grossir les sociétés secrètes, dans le sein desquelles couvaient alors déjà les semences des erreurs dont nous avons parlé, les Pontifes romains, Clément XII et Benoît XIV, ne négligèrent pas de démasquer les desseins impies des sectes et d’avertir les fidèles du monde entier du mal que l’on préparait ainsi sourdement. Mais après que, grâce à ceux qui se glorifiaient du nom de philosophes, une liberté effrénée fût attribuée à l’homme, après que le droit nouveau, comme ils disent, commença d’être forgé et sanctionné, contrairement à la loi naturelle et divine, le pape Pie VI, d’heureuse mémoire, dévoila tout aussitôt, par des documents publics, le caractère détestable et la fausseté de ces doctrines ; en même temps, la prévoyance apostolique a prédit les ruines auxquelles le peuple trompé allait être entraîné.

Néanmoins, et comme aucun moyen efficace n’avait pu empêcher que leurs dogmes pervers ne fussent de jour en jour plus acceptés par les peuples, et ne fissent invasion jusque dans les décisions publiques des gouvernements, les papes Pie VII et Léon XII anathématisèrent les sectes occultes, et, pour autant qu’il dépendait d’eux, avertirent de nouveau la société du péril qui la menaçait. Enfin, tout le monde sait parfaitement par quelles paroles très graves, avec quelle fermeté d’âme et quelle constance Notre glorieux prédécesseur Pie IX, d’heureuse mémoire, soit dans ses allocutions, soit par ses lettres encycliques envoyées aux évêques de l’univers entier, a combattu aussi bien contre les iniques efforts des sectes, que, nominativement, contre la peste du socialisme, qui, de cette source, a fait partout irruption. » (Encyclique Quod apostolici Muneris du 28 décembre 1878)

Encyclique Immortale Dei du 1er novembre 1885

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« Oeuvre immortelle du Dieu de miséricorde, l’Église, bien qu’en soi et de sa nature elle ait pour but le salut des âmes et la félicité éternelle, est cependant, dans la sphère même des choses humaines, la source de tant et de tels avantages qu’elle n’en pourrait procurer de plus nombreux et de plus grands, lors même qu’elle eût été fondée surtout et directement en vue d’assurer la félicité de cette vie.

Partout, en effet, où l’Église a pénétré, elle a immédiatement changé la face des choses et imprégné les mœurs publiques non seulement de vertus inconnues jusqu’alors, mais encore d’une civilisation toute nouvelle. Tous les peuples qui l’ont accueillie se sont distingués par la douceur, l’équité et la gloire des entreprises. – Et toutefois, c’est une accusation déjà bien ancienne que l’Église, dit-on, est contraire aux intérêts de la société civile et incapable d’assurer les conditions de bien-être et de gloire que réclame, à bon droit et par une aspiration naturelle, toute société bien constituée. Dès les premiers jours de l’Église, nous le savons, les chrétiens ont été inquiétés par suite d’injustes préjugés de cette sorte, et mis en butte à la haine et au ressentiment, sous prétexte qu’ils étaient les ennemis de l’empire. À cette époque, l’opinion publique mettait volontiers à la charge du nom chrétien les maux qui assaillaient la société, tandis que c’était Dieu, le vengeur des crimes, qui infligeait de justes peines aux coupables. Cette odieuse calomnie indigna à bon droit le génie de saint Augustin et aiguisa son style. C’est surtout dans son livre de la Cité de Dieu qu’il mit en lumière la vertu de la sagesse chrétienne dans ses rapports avec la chose publique, si bien qu’il semble moins avoir plaidé la cause des chrétiens de son temps que remporté un triomphe perpétuel sur de si fausses accusations. – Toutefois, le penchant funeste à ces plaintes et à ces griefs ne cessa pas, et beaucoup se sont plu à chercher la règle de la vie sociale en dehors des doctrines de l’Église catholique. Et, même désormais, le droit nouveau, comme on l’appelle, et qu’on prétend être le fruit d’un âge adulte et le produit d’une liberté progressive, commence à prévaloir et à dominer partout. – Mais, en dépit de tant d’essais, il est de fait qu’on n’a jamais trouvé, pour constituer et régir l’État, de système préférable à celui qui est l’épanouissement spontané de la doctrine évangélique. – Nous croyons donc qu’il est d’une importance souveraine, et conforme à Notre charge Apostolique, de confronter les nouvelles théories sociales avec la doctrine chrétienne. De cette sorte, Nous avons la confiance que la vérité dissipera, par son seul éclat, toute cause d’erreur et de doute, si bien que chacun pourra facilement voir ces règles suprêmes de conduite qu’il doit suivre et observer.

L’origine du pouvoir

Il n’est pas bien difficile d’établir quel aspect et quelle forme aura la société si la philosophie chrétienne gouverne la chose publique. – L’homme est né pour vivre en société, car, ne pouvant dans l’isolement, ni se procurer ce qui est nécessaire et utile à la vie, ni acquérir la perfection de l’esprit et du cœur, la Providence l’a fait pour s’unir à ses semblables, en une société tant domestique que civile, seule capable de fournir ce qu’il faut à la perfection de l’existence.

Mais, comme nulle société ne saurait exister sans un chef suprême et qu’elle imprime à chacun une même impulsion efficace vers un but commun, il en résulte qu’une autorité est nécessaire aux hommes constitués en société pour les régir ; autorité qui, aussi bien que la société, procède de la nature, et par suite à Dieu pour auteur. – Il en résulte encore que le pouvoir public ne peut venir que de Dieu. Dieu seul, en effet, est le vrai et souverain Maître des choses ; toutes, quelles qu’elles soient, doivent nécessairement lui être soumises et lui obéir ; de telle sorte que quiconque a le droit de commander ne tient ce droit que de Dieu, chef suprême de tous. « Tout pouvoir vient de Dieu ». (Rm 13, 1)

Du reste, la souveraineté n’est en soi nécessairement liée à aucune forme politique ; elle peut fort bien s’adapter à celle-ci ou à celle-là, pourvu qu’elle soit de fait apte à l’utilité et au bien commun, Mais, quelle que soit la forme de gouvernement, tous les chefs d’État doivent absolument avoir le regard fixé sur Dieu, souverain Modérateur du monde, et, dans l’accomplissement de leur mandat, le prendre pour modèle et règle. De même, en effet, que dans l’ordre des choses visibles, Dieu a créé des causes secondes, en qui se reflètent en quelque façon la nature et l’action divines, et qui concourent à mener au but où tend cet univers ; ainsi a-t-il voulu que dans la société civile, il y eût une autorité dont les dépositaires fussent comme une image de la puissance que Dieu a sur le genre humain, en même temps que de sa Providence. Le commandement doit donc être juste ; c’est moins le gouvernement d’un Maître que d’un Père, car l’autorité de Dieu sur les hommes est très juste et se trouve unie à une paternelle bonté. Il doit, d’ailleurs, s’exercer pour l’avantage des citoyens, parce que ceux qui ont autorité sur les autres en sont exclusivement investis pour assurer le bien public. L’autorité civile ne doit servir, sous aucun prétexte, à l’avantage d’un seul ou de quelques-uns, puisqu’elle a été constituée pour le bien commun. Si les chefs d’État se laissaient entraîner à une domination injuste, s’ils péchaient par abus de pouvoir ou par orgueil, s’ils ne pourvoyaient pas au bien du peuple, qu’ils le sachent, ils auront un jour à rendre compte à Dieu, et ce compte sera d’autant plus sévère que plus sainte est la fonction qu’ils exercent et plus élevé le degré de la dignité dont ils sont revêtus. » Les puissants seront puissamment punis ». (Sap., 6, 7) – De cette manière, la suprématie du commandement entraînera l’hommage volontaire du respect des sujets. En effet, si ceux-ci sont une fois bien convaincus que l’autorité des souverains vient de Dieu, ils se sentiront obligés en justice, à accueillir docilement les ordres des princes et à leur prêter obéissance et fidélité, par un sentiment semblable à la piété qu’ont les enfants envers les parents. « Que toute âme soit soumise aux puissances plus élevées ». (Rm 13, l) – Car il n’est pas plus permis de mépriser le pouvoir légitime, quelle que soit la personne en qui il réside, que de résister à la volonté de Dieu ; or, ceux qui lui résistent courent d’eux-mêmes à leur perte. « Qui résiste au pouvoir résiste à l’ordre établi par Dieu, et ceux qui lui résistent s’attirent à eux-mêmes la damnation ».(Ibid. 5,2.) Ainsi donc, secouer l’obéissance et révolutionner la société par le moyen de la sédition, c’est un crime de lèse majesté, non seulement humaine, mais divine.

Les devoirs religieux de la société

La société politique étant fondée sur ces principes, il est évident qu’elle doit sans faillir accomplir par un culte public les nombreux et importants devoirs qui l’unissent à Dieu. – Si la nature et la raison imposent à chacun l’obligation d’honorer Dieu d’un culte saint et sacré, parce que nous dépendons de sa puissance et que, issus de lui, nous devons retourner à lui, elles astreignent à la même loi la société civile. Les hommes, en effet, unis par les liens d’une société commune, ne dépendent pas moins de Dieu que pris isolément ; autant au moins que l’individu, la société doit rendre grâce à Dieu, dont elle tient l’existence, la conservation et la multitude innombrable de ses biens. C’est pourquoi, de même qu’il n’est permis à personne de négliger ses devoirs envers Dieu, et que le plus grand de tous les devoirs est d’embrasser d’esprit et de cœur la religion, non pas celle que chacun préfère, mais celle que Dieu a prescrite et que des preuves certaines et indubitables établissent comme la seule vraie entre toutes, ainsi les sociétés politiques ne peuvent sans crime se conduire comme si Dieu n’existait en aucune manière, ou se passer de la religion comme étrangère et inutile, ou en admettre une indifféremment selon leur bon plaisir. En honorant la Divinité, elles doivent suivre strictement les règles et le mode suivant lesquels Dieu Lui-même a déclaré vouloir être honoré. – Les chefs d’État doivent donc tenir pour saint le nom de Dieu et mettre au nombre de leurs principaux devoirs celui de favoriser la religion, de la protéger de leur bienveillance, de la couvrir de l’autorité tutélaire des lois, et ne rien statuer ou décider qui soit contraire à son intégrité. Et cela ils le doivent aux citoyens dont ils sont les chefs. Tous, tant que nous sommes, en effet, nous sommes nés et élevés en vue d’un bien suprême et final auquel il faut tout rapporter, placé qu’il est aux cieux, au-delà de cette fragile et courte existence. Puisque c’est de cela que dépend la complète et parfaite félicité des hommes, il est de l’intérêt suprême de chacun d’atteindre cette fin. Comme donc la société civile a été établie pour l’utilité de tous, elle doit, en favorisant la prospérité publique, pourvoir au bien des citoyens de façon non seulement à ne mettre aucun obstacle, mais à assurer toutes les facilités possibles à la poursuite et à l’acquisition de ce bien suprême et immuable auquel ils aspirent eux-mêmes. La première de toutes consiste à faire respecter la sainte et inviolable observance de la religion, dont les devoirs unissent l’homme à Dieu.

Quant à décider quelle religion est la vraie, cela n’est pas difficile à quiconque voudra en juger avec prudence et sincérité. En effet, des preuves très nombreuses et éclatantes, la vérité des prophéties, la multitude des miracles, la prodigieuse célérité de la propagation de la foi, même parmi ses ennemis et en dépit des plus grands obstacles, le témoignage des martyrs et d’autres arguments semblables prouvent clairement que la seule vraie religion est celle que Jésus-Christ a instituée lui-même et qu’il a donné mission à son Église de garder et de propager. » (PIN. 130-131) […]

Les deux puissances

« Dieu a donc divisé le gouvernement du genre humain entre deux puissances : la puissance ecclésiastique et la puissance civile ; celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d’elles en son genre est souveraine ; chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées et tracées en conformité de sa nature et de son but spécial. Il y a donc comme une sphère circonscrite, dans laquelle chacune exerce son action jure proprio.

Toutefois, leur autorité s’exerçant sur les mêmes sujets, il peut arriver qu’une seule et même chose, bien qu’à un titre différent, mais pourtant une seule et même chose ressortisse à la juridiction et au jugement de l’une et de l’autre puissance. Il était donc digne de la sage Providence de Dieu, qui les a établies toutes les deux, de leur tracer leur voie et leur rapport entre elles. « Les puissances qui sont ont été disposées par Dieu ». (Rm 13, 1)

S’il en était autrement, il naîtrait souvent des causes de funestes contentions et de conflits, et souvent l’homme devrait hésiter, perplexe, comme en face d’une double voie, ne sachant que faire, par suite des ordres contraires de deux puissances dont il ne peut en conscience secouer le joug. Il répugnerait souverainement de rendre responsable de ce désordre la sagesse et la bonté de Dieu, qui dans le gouvernement du monde physique, pourtant d’un ordre bien inférieur, a si bien tempéré les unes par les autres, les forces et les causes naturelles, et les a fait s’accorder d’une façon si admirable qu’aucune d’elles ne gêne les autres, et que toutes, dans un parfait ensemble, conspirent au but auquel tend l’univers. »

« Il est donc nécessaire qu’il y ait entre les deux puissances un système de rapports bien ordonné, non sans analogie avec celui qui, dans l’homme, constitue l’union de l’âme et du corps. On ne peut se faire une juste idée de la nature et de la force de ces rapports qu’en considérant, comme Nous l’avons dit, la nature de chacune des deux puissances, et en tenant compte de l’excellence et de la noblesse de leurs buts, puisque l’une a pour fin prochaine et spéciale de s’occuper des intérêts terrestres, et l’autre de procurer les biens célestes et éternels. » (Ibid. 137).

Or un corps sans âme étant un cadavre, un Etat qui ne professe pas la foi catholique et qui n’est pas uni à l’Eglise court à sa ruine. L’encyclique poursuit :

« Bienfaits de la constitution chrétienne

Telle est, d’après l’esquisse sommaire que nous en avons tracée, l’organisation chrétienne de la société civile, et cette théorie n’est ni téméraire ni arbitraire ; mais elle se déduit des principes les plus élevés et les plus certains, confirmés par la raison naturelle elle-même. Cette constitution de la société politique n’a rien qui puisse paraître peu digne ou malséant à la dignité des princes. Loin de rien ôter aux droits de la, majesté, elle les rend au contraire plus stables et plus augustes. Bien plus, si l’on y regarde de plus près, on reconnaîtra à cette constitution une grande perfection qui fait défaut aux autres systèmes politiques ; et elle produirait certainement des fruits excellents et variés si seulement chaque pouvoir demeurait dans ses attributions et mettait tous ses soins à remplir l’office et la tâche qui lui ont été déterminés. – En effet, dans la constitution de l’État, telle que nous venons de l’exposer, le divin et l’humain sont délimités dans un ordre convenable, les droits des citoyens sont assurés et placés sous la protection des mêmes lois divines, naturelles et humaines ; les devoirs de chacun sont aussi sagement tracés que leur observance est prudemment sauvegardée. Tous les hommes, dans cet acheminement incertain et pénible vers la cité éternelle, savent qu’ils ont à leur service des guides sûrs pour les conduire au but et des auxiliaires pour l’atteindre. Ils savent de même que d’autres chefs leur ont été donnés pour obtenir et conserver la sécurité, les biens et les autres avantages de cette vie.

La société domestique trouve sa solidité nécessaire dans la sainteté du lien conjugal, un et indissoluble ; les droits et les devoirs des époux sont réglés en toute justice et équité ; l’honneur dû à la femme est sauvegardé ; l’autorité du mari se modèle sur l’autorité de Dieu ; le pouvoir paternel est tempéré par les égards dus à l’épouse et aux enfants ; enfin, il est parfaitement pourvu à la protection, au bien-être et à l’éducation de ces derniers. Dans l’ordre politique et civil, les lois ont pour but le bien commun, dictées non par la volonté et le jugement trompeur de la foule, mais par la vérité et la justice. L’autorité des princes revêt une sorte de caractère sacré plus qu’humain, et elle est contenue de manière à ne pas s’écarter de la justice, ni excéder son pouvoir. L’obéissance des sujets va de pair avec l’honneur et la dignité, parce qu’elle n’est pas un assujettissement d’homme à homme, mais une soumission à la volonté de Dieu régnant par des hommes.

Une fois cela reconnu et accepté, il en résulte clairement que c’est un devoir de justice de respecter la majesté des princes, d’être soumis avec une constante fidélité à la puissance politique, d’éviter les séditions et d’observer religieusement la constitution de l’État. – Pareillement, dans cette série des devoirs se placent la charité mutuelle, la bonté, la libéralité. L’homme, qui est à la fois citoyen et chrétien, n’est plus déchiré en deux par des obligations contradictoires. Enfin, les biens considérables dont la religion chrétienne enrichit spontanément même la vie terrestre des individus sont acquis à la communauté et à la société civile : d’où ressort l’évidence de ces paroles : « Le sort de l’État dépend du culte que l’on rend à Dieu ; et il y a entre l’un et l’autre de nombreux liens de parenté et d’étroite amitié. ». (Sacr. Imp. ad Cyrillum Alexand. et Episcopos metrop. – Cfr. Labbeum, Collect. Conc. T. III)

En plusieurs passages, saint Augustin a admirablement relevé, selon sa coutume, la valeur de ces biens, surtout quand il interpelle l’Église catholique en ces termes : « Tu conduis et instruis les enfants avec tendresse, les jeunes gens avec force, les vieillards avec calme, comme le comporte l’âge non seulement du corps mais encore de l’âme. Tu soumets les femmes à leurs maris par une chaste et fidèle obéissance, non pour assouvir la passion mais pour propager l’espèce et constituer la société de la famille. Tu donnes autorité aux maris sur leurs femmes, non pour se jouer de la faiblesse du sexe, mais pour suivre les lois d’un sincère amour. Tu subordonnes les enfants aux parents par une sorte de libre servitude, et tu préposes les parents aux enfants par une sorte de tendre autorité. Tu unis non seulement en société, mais dans une sorte de fraternité, les citoyens, les nations aux nations et les hommes entre eux par le souvenir des premiers parents. Tu apprends aux rois à veiller sur les peuples, et tu prescris aux peuples de se soumettre aux rois. Tu enseignes avec soin à qui est dû l’honneur, à qui l’affection, à qui le respect, à qui la crainte, à qui la consolation, à qui l’avertissement, à qui l’encouragement, à qui la correction, à qui la réprimande, à qui le châtiment; et tu fais savoir comment, si toutes choses ne sont pas dues à tous, à tous est due la charité, et à personne l’injustice. » (De moribus Eccl., cap. 30, n. 6 3) – Ailleurs, le même Docteur reprend en ces termes la fausse sagesse des politiques philosophes : « Ceux qui disent que la doctrine du Christ est contraire au bien de l’État, qu’ils nous donnent une armée de soldats tels que les fait la doctrine du Christ, qu’ils nous donnent de tels gouverneurs de provinces, de tels maris, de telles épouses, de tels parents, de tels enfants, de tels maîtres, de tels serviteurs, de tels rois, de tels juges, de tels tributaires enfin, et des percepteurs du fisc tels que les veut la doctrine chrétienne ! Et qu’ils osent encore dire qu’elle est contraire à l’État ! Mais que, bien plutôt, ils n’hésitent pas d’avouer qu’elle est une grande sauvegarde pour l’État quand on la suit. » (Epist. 138 (al. 5.) ad Marcellinum, cap. II, n. 15)

Il fut un temps où la philosophie de l’Évangile gouvernait les États. À cette époque, l’influence de la sagesse chrétienne et sa divine vertu pénétraient les lois, les institutions, les mœurs des peuples, tous les rangs et tous les rapports de la société civile. Alors la religion instituée par Jésus-Christ, solidement établie dans le degré de dignité qui lui est dû, était partout florissante, grâce à la faveur des princes et à la protection légitime des magistrats. Alors le sacerdoce et l’empire étaient liés entre eux par une heureuse concorde et l’amical échange de bons offices.

Organisée de la sorte, la société civile donna des fruits supérieurs à toute attente, dont la mémoire subsiste et subsistera consignée qu’elle est dans d’innombrables documents que nul artifice des adversaires ne pourra corrompre ou obscurcir. – Si l’Europe chrétienne a dompté les nations barbares et les a fait passer de la férocité à la mansuétude, de la superstition à la vérité ; si elle a repoussé victorieusement les invasions musulmanes, si elle a gardé la suprématie de la civilisation, et si, en tout ce qui fait honneur à l’humanité, elle s’est constamment et partout montrée guide et maîtresse ; si elle a gratifié les peuples de sa vraie liberté sous ces diverses formes ; si elle a très sagement fondé une foule d’œuvres pour le soulagement des misères, il est hors de doute qu’elle en est grandement redevable à la religion, sous l’inspiration et avec l’aide de laquelle elle a entrepris et accompli de si grandes choses. Tous ces biens dureraient encore, si l’accord des deux puissances avait persévéré, et il y avait lieu d’en espérer de plus grands encore si l’autorité, si l’enseignement, si les avis de l’Église avaient rencontré une docilité plus fidèle et plus constante. Car il faudrait tenir comme loi imprescriptible ce qu’Yves de Chartres écrivit au pape Pascal II : « Quand l’empire et le sacerdoce vivent en bonne harmonie, le monde est bien gouverné, l’Église est florissante et féconde. Mais quand la discorde se met entre eux, non seulement les petites choses ne grandissent pas, mais les grandes elles-mêmes dépérissent misérablement. » (Ep. 238)

Le « droit nouveau »

Mais ce pernicieux et déplorable goût de nouveautés que vit naître le XVIe siècle, après avoir d’abord bouleversé la religion chrétienne, bientôt par une pente naturelle passa à la philosophie, et de la philosophie à tous les degrés de la société civile.

C’est à cette source qu’il faut faire remonter ces principes modernes de liberté effrénée rêvés et promulgués parmi les grandes perturbations du siècle dernier, comme les principes et les fondements d’un droit nouveau, inconnu jusqu’alors, et sur plus d’un point en désaccord, non seulement avec le droit chrétien, mais avec le droit naturel. – Voici le premier de tous ces principes : tous les hommes, dès lors qu’ils sont de même race et de même nature, sont semblables, et, par le fait, égaux entre eux dans la pratique de la vie ; chacun relève si bien de lui seul, qu’il n’est d’aucune façon soumis à l’autorité d’autrui : il peut en toute liberté penser sur toute chose ce qu’il veut, faire ce qu’il lui plaît ; personne n’a le droit de commander aux autres. Dans une société fondée sur ces principes, l’autorité publique n’est que la volonté du peuple, lequel, ne dépendant que de lui-même, est aussi le seul à se commander. Il choisit ses mandataires, mais de telle sorte qu’il leur délègue moins le droit que la fonction du pouvoir pour l’exercer en son nom. La souveraineté de Dieu est passée sous silence, exactement comme si Dieu n’existait pas, ou ne s’occupait en rien de la société du genre humain ; ou bien comme si les hommes, soit en particulier, soit en société, ne devaient rien à Dieu, ou qu’on pût imaginer une puissance quelconque dont la cause, la force, l’autorité ne résidât pas tout entière en Dieu même. De cette sorte, on le voit, l’État n’est autre chose que la multitude maîtresse et se gouvernant elle-même ; et dès lors que le peuple est censé la source de tout droit et de tout pouvoir, il s’ensuit que l’État ne se croit lié à aucune obligation envers Dieu, ne professe officiellement aucune religion, n’est pas tenu de rechercher quelle est la seule vraie entre toutes, ni d’en préférer une aux autres, ni d’en favoriser une principalement; mais qu’il doit leur attribuer à toutes l’égalité en droit, à cette fin seulement de les empêcher de troubler l’ordre public. Par conséquent, chacun sera libre de se faire juge de toute question religieuse, chacun sera libre d’embrasser la religion qu’il préfère, ou de n’en suivre aucune si aucune ne lui agrée. De là découlent nécessairement la liberté sans frein de toute conscience, la liberté absolue d’adorer ou de ne pas adorer Dieu, la licence sans bornes et de penser et de publier ses pensées. » (Ibid. 143-144)

« Conséquences du « droit nouveau »

Étant donné que l’État repose sur ces principes, aujourd’hui en grande faveur, il est aisé de voir à quelle place on relègue injustement l’Église. – Là, en effet, où la pratique est d’accord avec de telles doctrines, la religion catholique est mise dans l’État sur le pied d’égalité, ou même d’infériorité, avec des sociétés qui lui sont étrangères. Il n’est tenu nul compte des lois ecclésiastiques : l’Église, qui a reçu de Jésus-Christ ordre et mission d’enseigner toutes les nations, se voit interdire toute ingérence dans l’instruction publique. – Dans les matières qui sont de droit mixte, les chefs d’État portent d’eux-mêmes des décrets arbitraires et sur ces points affichent un superbe mépris des saintes lois de l’Église. Ainsi, ils font ressortir à leur juridiction les mariages des chrétiens ; portent des lois sur le lien conjugal, son unité, sa stabilité ; mettent la main sur les biens des clercs et dénient à l’Église le droit de posséder. En somme, ils traitent l’Église comme si elle n’avait ni le caractère, ni les droits d’une société parfaite, et qu’elle fût simplement une association semblable aux autres qui existent dans l’État. Aussi, tout ce qu’elle a de droits, de puissance légitime d’action, ils le font dépendre de la concession et de la faveur des gouvernements.

Dans les États où la législation civile laisse à l’Église son autonomie, et où un concordat public est intervenu entre les deux puissances, d’abord on crie qu’il faut séparer les affaires de l’Église des affaires de l’État, et cela dans le but de pouvoir agir impunément contre la foi jurée et se faire arbitre de tout, en écartant tous les obstacles. – Mais, comme l’Église ne peut le souffrir patiemment, car ce serait pour elle déserter les plus grands et les plus sacrés des devoirs, et qu’elle réclame absolument le religieux accomplissement de la foi qu’on lui a jurée, il naît souvent entre la puissance spirituelle et le pouvoir civil des conflits dont l’issue presque inévitable est d’assujettir celle qui est le moins pourvue de moyens humains à celui qui en est mieux pourvu.

Ainsi, dans cette situation politique que plusieurs favorisent aujourd’hui, il y a tendance des idées et des volontés à chasser tout à fait l’Église de la société, ou à la tenir assujettie et enchaînée à l’État. La plupart des mesures prises par les gouvernements s’inspirent de ce dessein. Les lois, l’administration publique, l’éducation sans religion, la spoliation et la destruction des Ordres religieux, la suppression du pouvoir temporel des Pontifes romains, tout tend à ce but : frapper au coeur les institutions chrétiennes, réduire à rien la liberté de l’Église catholique et à néant ses autres droits.

La réfutation du « droit nouveau »

La simple raison naturelle démontre combien cette façon d’entendre le gouvernement civil s’éloigne de la vérité. – Son témoignage, en effet, suffit à établir que tout ce qu’il y a d’autorité parmi les hommes procède de Dieu, comme d’une source auguste et suprême. Quant à la souveraineté du peuple, que, sans tenir aucun compte de Dieu, l’on dit résider de droit naturel dans le peuple, si elle est éminemment propre à flatter et à enflammer une foule de passions, elle ne repose sur aucun fondement solide et ne saurait avoir assez de force pour garantir la sécurité publique et le maintien paisible de l’ordre. En effet, sous l’empire de ces doctrines, les principes ont fléchi à ce point que, pour beaucoup, c’est une loi imprescriptible, en droit politique, que de pouvoir légitimement soulever des séditions. Car l’opinion prévaut que les chefs du gouvernement ne sont plus que des délégués chargés d’exécuter la volonté du peuple : d’où cette conséquence nécessaire que tout peut également changer au gré du peuple et qu’il y a toujours à craindre des troubles.

Relativement à la religion, penser qu’il est indifférent qu’elle ait des formes disparates et contraires équivaut simplement à n’en vouloir ni choisir, ni suivre aucune. C’est l’athéisme moins le nom. Quiconque, en effet, croit en Dieu, s’il est conséquent et ne veut pas tomber dans l’absurde, doit nécessairement admettre que les divers cultes en usage entre lesquels il y a tant de différence, de disparité et d’opposition, même sur les points les plus importants, ne sauraient être tous également bons, également agréables à Dieu.

De même, la liberté de penser et de publier ses pensées, soustraite à toute règle, n’est pas de soi un bien dont la société ait à se féliciter ; mais c’est plutôt la source et l’origine de beaucoup de maux. – La liberté, cet élément de perfection pour l’homme, doit s’appliquer à ce qui est vrai et à ce qui est bon. Or, l’essence du bien et de la vérité ne peut changer au gré de l’homme, mais elle demeure toujours la même, et non moins que la nature des choses elle est immuable Si l’intelligence adhère à des opinions fausses, si la volonté choisit le mal et s’y attache, ni l’une ni l’autre n’atteint sa perfection, toutes deux déchoient de leur dignité native et se corrompent. Il n’est donc pas permis de mettre au jour et d’exposer aux yeux des hommes ce qui est contraire à la vertu et à la vérité, et bien moins encore de placer cette licence sous la tutelle et la protection des lois. Il n’y a qu’une voie pour arriver au ciel, vers lequel nous tendons tous : c’est une bonne vie. L’État s’écarte donc des règles et des prescriptions de la nature, s’il favorise à ce point la licence des opinions et des actions coupables, que l’on puisse impunément détourner les esprits de la vérité et les âmes de la vertu. Quant à l’Église, que Dieu lui-même a établie, l’exclure de la vie publique, des lois, de l’éducation de la jeunesse, de la société domestique, c’est une grande et pernicieuse erreur. – Une société sans religion ne saurait être bien réglée ; et déjà, plus peut-être qu’il ne faudrait, l’on voit ce que vaut en soi et dans ses conséquences cette soi-disant morale civile. La vraie maîtresse de la vertu et la gardienne des mœurs est l’Église du Christ. C’est elle qui conserve en leur intégrité les principes d’où découlent les devoirs, et qui, suggérant les plus nobles motifs de bien vivre, ordonne non seulement de fuir les mauvaises actions, mais de dompter les mouvements de l’âme contraires à la raison, quand même ils ne se traduisent pas en acte. Prétendre assujettir l’Église au pouvoir civil dans l’exercice de son ministère, c’est à la fois une grande injustice et une grande témérité. Par le fait même, on trouble l’ordre, car on donne le pas aux choses naturelles sur les choses surnaturelles ; on tarit, ou certainement on diminue beaucoup l’affluence des biens dont l’Église, si elle était sans entraves, comblerait la société ; et de plus, on ouvre la voie à des haines et à des luttes dont de trop fréquentes expériences ont démontré la grande et funeste influence sur l’une et l’autre société.

Condamnations du « droit nouveau »

Ces doctrines, que la raison humaine réprouve et qui ont une influence si considérable sur la marche des chose publiques, les Pontifes romains, nos prédécesseurs, dans la pleine conscience de ce que réclamait d’eux la charge apostolique, n’ont jamais souffert qu’elles fussent impunément émises. C’est ainsi que, dans sa Lettre-Encyclique Mirari vos, du 15 août 1832, Grégoire XVI, avec une grande autorité doctrinale, a repoussé ce que l’on avançait dès lors, qu’en fait de religion, il n’y a pas de choix à faire : que chacun ne relève que de sa conscience et peut, en outre, publier ce qu’il pense et ourdir des révolutions dans l’État. Au sujet de la séparation de l’Église et de l’État, ce Pontife s’exprime en ces termes : « Nous ne pouvons pas attendre pour l’Église et l’État des résultats meilleurs des tendances de ceux qui prétendent séparer l’Église de l’État et rompre la concorde mutuelle entre le sacerdoce et l’empire. C’est qu’en effet, les fauteurs d’une liberté effrénée redoutent cette concorde, qui a toujours été si favorable et salutaire aux intérêts religieux et civils. » – De la même manière, Pie IX, chaque fois que l’occasion s’en présenta, a condamné les fausses opinions les plus en vogue, et ensuite il en fit faire un recueil, afin que, dans un tel déluge d’erreurs, les catholiques eussent une direction sûre. (Syllabus, propositions condamnées n°19, 39, 55 et 79)

De ces décisions des Souverains Pontifes, il faut absolument admettre que l’origine de la puissance publique doit s’attribuer à Dieu, et non à la multitude ; que le droit à l’émeute répugne à la raison ; que ne tenir aucun compte des devoirs de la religion, ou traiter de la même manière les différentes religions, n’est permis ni aux individus, ni aux sociétés ; que la liberté illimitée de penser et d’émettre en public ses pensées ne doit nullement être rangée parmi les droits des citoyens, ni parmi les choses dignes de faveur et de protection. – De même, il faut admettre que l’Église, non moins que l’État, de sa nature et de plein droit, est une société parfaite ; que les dépositaires du pouvoir ne doivent pas prétendre asservir et subjuguer l’Église, ni diminuer sa liberté d’action dans sa sphère, ni lui enlever n’importe lequel des droits qui lui ont été conférés par Jésus-Christ. – Dans les questions du droit mixte, il est pleinement conforme à la nature ainsi qu’aux desseins de Dieu, non de séparer une puissance de l’autre, moins encore de les mettre en lutte, mais bien d’établir entre elles cette concorde qui est en harmonie avec les attributs spéciaux que chaque société tient de sa nature.

La forme du gouvernement

Telles sont les règles tracées par l’Église catholique relativement à la constitution et au gouvernement des États. – Ces principes et ces décrets, si l’on veut en juger sainement, ne réprouvent en soi aucun des différentes formes de gouvernement, attendu que celles-ci n’ont rien qui répugne à la doctrine catholique, et que si elles sont appliquées avec sagesse et justice, elles peuvent toutes garantir la prospérité publique. Bien plus, on ne réprouve pas en soi que le peuple ait sa part plus ou moins grande au gouvernement ; cela même, en certains temps et sous certaines lois, peut devenir non seulement un avantage, mais un devoir pour les citoyens.

Tolérance et liberté

De plus, il n’y a pour personne de juste motif d’accuser l’Église d’être l’ennemie soit d’une juste tolérance, soit d’une saine et légitime liberté. – En effet, si l’Église juge qu’il n’est pas permis de mettre les divers cultes sur le même pied légal que la vraie religion, elle ne condamne pas pour cela les chefs d’État qui, en vue d’un bien à atteindre, ou d’un mal à empêcher, tolèrent dans la pratique que ces divers cultes aient chacun leur place dans l’État.- C’est d’ailleurs la coutume de l’Église de veiller avec le plus grand soin à ce que personne ne soit forcé d’embrasser la foi catholique contre son gré, car, ainsi que l’observe sagement saint Augustin, « l’homme ne peut croire que de plein gré ». (Tract., XXVI in Joan., n. 2)

Par la même raison, l’Église ne peut approuver une liberté qui engendre le dégoût des plus saintes lois de Dieu et secoue l’obéissance qui est due à l’autorité légitime. C’est là plutôt une licence qu’une liberté, et saint Augustin l’appelle très justement « une liberté de perdition », (Epist. CV., ad Donatistas, cap II, n. 9) et l’apôtre saint Pierre « un voile de méchanceté » (1 P 2, 16)

Bien plus, cette prétendue liberté, étant opposée à la raison, est une véritable servitude. « Celui qui commet le péché est l’esclave du péché ». (Jn 8, 34) Celle-là, au contraire, est la liberté vraie et désirable qui, dans l’ordre individuel, ne laisse l’homme esclave ni des erreurs, ni des passions qui sont ses pires tyrans ; et dans l’ordre public trace de sages règles aux citoyens, facilite largement l’accroissement du bien-être et préserve de l’arbitraire d’autrui la chose publique – Cette liberté honnête et digne de l’homme, l’Église l’approuve au plus haut point, et, pour en garantir aux peuples la ferme et intégrale jouissance, elle n’a jamais cessé de lutter et de combattre.

Oui, en vérité, tout ce qu’il peut y avoir de salutaire au bien en général dans l’État ; tout ce qui est utile à protéger le peuple contre la licence des princes qui ne pourvoient pas à son bien, tout ce qui empêche les empiétements injustes de l’État sur la commune ou la famille ; tout ce qui intéresse l’honneur, la personnalité humaine et la sauvegarde des droits égaux de chacun, tout cela, l’Église catholique en a toujours pris soit l’initiative, soit le patronage, soit la protection, comme l’attestent les monuments des âges précédents.

Toujours conséquente avec elle-même, si d’une part elle repousse une liberté immodérée qui, pour les individus et les peuples, dégénère en licence ou en servitude, de l’autre elle embrasse de grand cœur les progrès que chaque jour fait naître, si vraiment ils contribuent à la prospérité de cette vie, qui est comme un acheminement vers la vie future et durable à jamais. »

Allocution aux pèlerins français du 13 avril 1888

« La France ne saurait oublier que sa providentielle destinée l’a unie au Saint-Siège par des liens trop étroits et trop anciens pour qu’elle veuille jamais les briser. De cette union, en effet, sont sorties ses vraies grandeurs et sa gloire la plus pure. Troubler cette union traditionnelle, serait enlever à la nation elle-même une partie de sa force morale et de sa haute influence dans le monde. »

Encyclique Libertas Praestantissimum du 20 juin 1888

« La loi

La condition de la liberté humaine étant telle, il lui fallait une protection, il lui fallait des aides et des secours capables de diriger tous ses mouvements vers le bien et de les détourner du mal : sans cela, la liberté eût été pour l’homme une chose très nuisible. Et d’abord une Loi, c’est-à-dire une règle de ce qu’il peut faire et ne pas faire. […]

Ainsi donc, c’est la loi qui guide l’homme dans ses actions et c’est elle aussi qui, par la sanction des récompenses et des peines, l’attire à bien faire et la détourne du péché. » (PIN. 179-180) […]

« La vraie liberté

[…] Donc, dans une société d’hommes, la liberté digne de ce nom ne consiste pas à faire tout ce qui nous plaît : ce serait dans l’État une confusion extrême, un trouble qui aboutirait à l’oppression ; la liberté consiste en ce que, par le secours des lois civiles, nous puissions plus aisément vivre selon les prescriptions de la loi éternelle. Et pour ceux qui gouvernent, la liberté n’est pas le pouvoir de commander au hasard et suivant leur bon plaisir : ce serait un désordre non moins grave et souverainement pernicieux pour l’État ; mais la force des lois humaines consiste en ce qu’on les regarde comme une dérivation de la loi éternelle et qu’il n’est aucune de leurs prescriptions qui n’y soit contenue, comme dans le principe de tout droit. Saint Augustin dit avec une grande sagesse : « Je pense que vous voyez bien aussi que, dans cette loi temporelle, il n’y a rien de juste et de légitime que les hommes ne soient allés puiser dans la loi éternelle. » (De lib. arb., 1. I, c. 4, n. 15) Supposons donc une prescription d’un pouvoir quelconque qui serait en désaccord avec les principes de la droite raison et avec les intérêts du bien public ; elle n’aurait aucune force de loi, parce que ce ne serait pas une règle de justice et qu’elle écarterait les hommes du bien pour lequel la société a été formée. » (Ibid. 185)

D’où la nécessaire union de l’Etat avec l’Eglise. Plus loin, Léon XIII enseigne :

« Les degrés du libéralisme

[…] Il est donc nécessaire que la règle de notre vie soit par nous constamment et religieusement empruntée, non seulement à la loi éternelle, mais à l’ensemble et au détail de toutes les lois que Dieu, dans son infinie sagesse, dans son infinie puissance, et par les moyens qui lui ont plu, a voulu nous transmettre, et que nous pouvons connaître avec assurance, par des marques évidentes et qui ne laissent aucune place au doute. Et cela d’autant mieux que ces sortes de lois, ayant le même principe, le même auteur que la loi éternelle, ne peuvent nécessairement que s’harmoniser avec la raison et perfectionner le droit naturel ; d’ailleurs, nous y trouvons renfermé le magistère de Dieu lui-même, qui, pour empêcher notre intelligence et notre volonté de tomber dans l’erreur, les conduit l’une et l’autre et les guide par la plus bienveillante des directions. Laissons donc saintement et inviolablement réuni ce qui ne peut, ne doit être séparé, et qu’en toutes choses, selon que l’ordonne la raison naturelle elle-même, Dieu nous trouve soumis et obéissants à ses lois.

D’autres vont un peu moins loin, mais sans être plus conséquents avec eux-mêmes ; selon eux, les lois divines doivent régler la vie et la conduite des particuliers, mais non celle des Etats ; il est permis dans les choses publiques de s’écarter des ordres de Dieu et de légiférer sans en tenir aucun compte ; d’où naît cette conséquence pernicieuse de la séparation de l’Église et de l’État. – Mais l’absurdité de ces opinions se comprend sans peine. Il faut, la nature même le crie, il faut que la société donne aux citoyens les moyens et les facilités de passer leur vie selon l’honnêteté, c’est-à-dire selon les lois de Dieu, puisque Dieu est le principe de toute honnêteté et de toute justice ; il répugnerait donc absolument que l’État pût se désintéresser de ces mêmes lois ou même aller contre elles en quoi que ce soit.

De plus, ceux qui gouvernent les peuples doivent certainement à la chose publique de lui procurer, par la sagesse de leurs lois, non seulement les avantages et les biens du dehors, mais aussi et surtout les biens de l’âme. »

« Or, pour accroître ces biens, on ne saurait rien imaginer de plus efficace que ces lois dont Dieu est l’auteur ; et c’est pour cela que ceux qui veulent, dans le gouvernement des États, ne tenir aucun compte des lois divines, détournent vraiment la puissance politique de son institution et de l’ordre prescrit par la nature. Mais une remarque plus importante et que Nous avons Nous même rappelée plus d’une fois ailleurs, c’est que le pouvoir civil et le pouvoir sacré, bien que n’ayant pas le même but et ne marchant pas par les mêmes chemins, doivent pourtant, dans l’accomplissement de leurs fonctions, se rencontrer quelques fois l’un et l’autre. Tous deux, en effet, exercent plus d’une fois leur autorité sur les mêmes objets, quoique à des points de vue différents. Le conflit, dans cette occurrence, serait absurde et répugnerait ouvertement à l’infinie sagesse des conseils divins : il faut donc nécessairement qu’il y ait un moyen, un procédé pour faire disparaître les causes de contestations et de luttes et établir l’accord dans la pratique. Et cet accord, ce n’est pas sans raison qu’on l’a comparé à l’union qui existe entre l’âme et le corps, et cela au plus grand avantage des deux conjoints, car la séparation est particulièrement funeste au corps, puisqu’elle le prive de la vie. » (Ibid. 200)

D’où, encore une fois, la nécessaire union de l’Eglise et de l’Etat. Léon XIII poursuit :

« La liberté des cultes

Mais pour mieux mettre en lumière ces vérités, il est bon que nous considérions séparément les diverses sortes de libertés que l’on donne comme des conquêtes de notre époque. – Et d’abord, à propos des individus, examinons cette liberté si contraire à la vertu de religion, « la liberté des cultes », comme on l’appelle, liberté qui repose sur ce principe qu’il est loisible à chacun de professer telle religion qu’il lui plaît, ou même de n’en professer aucune. – Mais, tout au contraire, c’est bien là sans nul doute, parmi tous les devoirs de l’homme, le plus grand et le plus saint, celui qui ordonne à l’homme de rendre à Dieu un culte de piété et de religion. Et ce devoir n’est qu’une conséquence de ce fait que nous sommes perpétuellement sous la dépendance de Dieu, gouvernés par la volonté et la Providence de Dieu, et que, sortis de lui, nous devons retourner à lui.

Il faut ajouter qu’aucune vertu digne de ce nom ne peut exister sans la religion, car la vertu morale est celle dont les actes ont pour objet tout ce qui nous conduit à Dieu considéré comme notre suprême et souverain bien ; et c’est pour cela que la religion, qui « accomplit les actes ayant pour fin directe et immédiate l’honneur divin » (S. Th. II – II, qu. 81, a. 6), est la reine à la fois et la règle de toutes les vertus. Et si l’on demande, parmi toutes ces religions opposées qui ont cours, laquelle il faut suivre à l’exclusion des autres, la raison et la nature s’unissent pour nous répondre : celle que Dieu a prescrite et qu’il est aisé de distinguer, grâce à certains signes extérieurs par lesquels la divine Providence a voulu la rendre reconnaissable, car, dans une chose de cette importance, l’erreur entraînerait des conséquences trop désastreuses. C’est pourquoi offrir à l’homme la liberté dont Nous parlons, c’est lui donner le pouvoir de dénaturer impunément le plus saint des devoirs, de le déserter, abandonnant le bien immuable pour se tourner vers le mal : ce qui, nous l’avons dit, n’est plus la liberté, mais une dépravation de la liberté et une servitude de l’âme sans l’abjection du péché. »

« Envisagée au point de vue social, cette même liberté veut que l’État ne rende aucun culte à Dieu, ou n’autorise aucun culte public ; que nulle religion ne soit préférée à l’autre, que toutes soient considérées comme ayant les mêmes droits, sans même avoir égard au peuple, lors même que ce peuple fait profession de catholicisme. Mais pour qu’il en fût ainsi, il faudrait que vraiment la communauté civile n’eût aucun devoir envers Dieu, ou qu’en ayant, elle pût impunément s’en affranchir ; ce qui est également et manifestement faux. On ne saurait mettre en doute, en effet, que la réunion des hommes en société ne soit l’œuvre de la volonté de Dieu, et cela qu’on la considère dans ses membres, dans sa forme qui est l’autorité, dans sa cause ou dans le nombre et l’importance des avantages qu’elle procure à l’homme. C’est Dieu qui a fait l’homme pour la société et qui l’a uni à ses semblables, afin que les besoins de sa nature, auxquels ses efforts solitaires ne pourraient donner satisfaction, pussent la trouver dans l’association. C’est pourquoi la société civile, en tant que société, doit nécessairement reconnaître Dieu comme son principe et son auteur et, par conséquent, rendre à sa puissance et à son autorité l’hommage de son culte. Non, de par la justice ; non, de par la raison, l’État ne peut être athée, ou, ce qui reviendrait à l’athéisme, être animé à l’égard de toutes les religions, comme on dit, des mêmes dispositions, et leur accorder indistinctement les mêmes droits. – Puisqu’il est donc nécessaire de professer une religion dans la société, il faut professer celle qui est la seule vraie et que l’on reconnaît sans peine, au moins dans les pays catholiques, aux signes de vérité dont elle porte en elle l’éclatant caractère. Cette religion, les chefs de l’État doivent donc la conserver et la protéger, s’ils veulent, comme ils en ont l’obligation, pourvoir prudemment et utilement aux intérêts de la communauté. Car la puissance publique a été établie pour l’utilité de ceux qui sont gouvernés, et quoiqu’elle n’ait pour fin prochaine que de conduire les citoyens à la prospérité de cette vie terrestre, c’est pourtant un devoir pour elle de ne point diminuer, mais d’accroître, au contraire, pour l’homme, la faculté d’atteindre à ce bien suprême et souverain dans lequel consiste l’éternelle félicité des hommes, ce qui devient impossible sans la religion » (Ibid., PIN. 204)

« Mais Nous avons dit ailleurs tout cela plus en détail : la seule remarque que Nous voulons faire pour le moment, c’est qu’une liberté de ce genre est ce qui porte le plus de préjudice à la liberté véritable, soit des gouvernants, soit des gouvernés. La religion, au contraire, lui est merveilleusement utile, parce qu’elle fait remonter jusqu’à Dieu même l’origine première du pouvoir ; qu’elle impose avec une très grave autorité aux princes l’obligation de ne point oublier leurs devoirs ; de ne point commander avec injustice ou dureté, et de conduire les peuples avec bonté et presque avec un amour paternel.

D’autre part, elle recommande aux citoyens, à l’égard de la puissance légitime, la soumission comme aux représentants de Dieu ; elle les unit aux chefs de l’État par les liens, non seulement de l’obéissance, mais du respect et de l’amour, leur interdisant la révolte et toutes les entreprises qui peuvent troubler l’ordre et la tranquillité de l’État, et qui, en résumé, donnent occasion de comprimer, par des restrictions plus fortes, la liberté des citoyens.

Nous ne disons rien des services rendus par la religion aux bonnes mœurs et, par les bonnes mœurs, à la liberté même. Un fait prouvé par la raison et que l’histoire confirme, c’est que la liberté, la prospérité et la puissance d’une nation grandissent en proportion de sa moralité.

La liberté de presse

Et maintenant, poursuivons ces considérations au sujet de la liberté d’exprimer par la parole ou par la presse tout ce que l’on veut. Assurément, si cette liberté n’est pas justement tempérée, si elle dépasse le terme et la mesure, une telle liberté, il est à peine besoin de le dire, n’est pas un droit, car le droit est une faculté morale, et, comme nous l’avons dit et comme on ne peut trop le redire, il serait absurde de croire qu’elle appartient naturellement, et sans distinction ni discernement, à la vérité et au mensonge, au bien et au mal. Le vrai, le bien, on a le droit de les propager dans l’État avec une liberté prudente, afin qu’un plus grand nombre en profite ; mais les doctrines mensongères, peste la plus fatale de toutes pour l’esprit ; mais les vices qui corrompent le coeur et les moeurs, il est juste que l’autorité publique emploie à les réprimer avec sollicitude, afin d’empêcher le mal de s’étendre pour la ruine de la société. Les écarts d’un esprit licencieux, qui, pour la multitude ignorante, deviennent facilement une véritable oppression, doivent justement être punis par l’autorité des lois, non moins que les attentats de la violence commis contre les faibles. Et cette répression est d’autant plus nécessaire que contre ces artifices de style et ces subtilités de dialectique, surtout quand tout cela flatte les passions, la partie sans contredit la plus nombreuse de la population ne peut en aucune façon, ou ne peut qu’avec une très grande difficulté se tenir en garde.

Accordez à chacun la liberté illimitée de parler et d’écrire, rien ne demeure sacré et inviolable, rien ne sera épargné, pas même ces vérités premières, ces grands principes naturels que l’on doit considérer comme un noble patrimoine commun à toute l’humanité. Ainsi, la vérité est peu à peu envahie par les ténèbres, et l’on voit, ce qui arrive souvent, s’établir avec facilité la domination des erreurs les plus pernicieuses et les plus diverses. Tout ce que la licence y gagne, la liberté le perd ; car on verra toujours la liberté grandir et se raffermir à mesure que la licence sentira davantage le frein.

Mais s’agit-il de matières libres que Dieu a laissées aux disputes des hommes, à chacun il est permis de se former une opinion et de l’exprimer librement ; la nature n’y met point d’obstacle ; car une telle liberté n’a jamais conduit les hommes à opprimer la vérité, mais elle leur donne souvent une occasion de la rechercher et de la faire connaître.

La liberté d’enseignement

Quant à ce qu’on appelle liberté d’enseignement, il n’en faut pas juger d’une façon différente. Il n’y a que la vérité, on n’en saurait douter, qui doit entrer dans les âmes, puisque c’est en elle que les natures intelligentes trouvent leur bien, leur fin, leur perfection ; c’est pourquoi l’enseignement ne doit avoir pour objet que des choses vraies, et cela qu’il s’adresse aux ignorants ou aux savants, afin qu’il apporte aux uns la connaissance du vrai, que dans les autres, il l’affermisse. C’est pour ce motif que le devoir de quiconque se livre à l’enseignement est, sans contredit, d’extirper l’erreur des esprits et d’exposer des protections sûres à l’envahissement des fausses opinions. Il est donc évident que la liberté dont nous traitons, en s’arrogeant le droit de tout enseigner à sa guise, est en contradiction flagrante avec la raison et qu’elle est née pour produire un renversement complet dans les esprits ; le pouvoir public ne peut accorder une pareille licence dans la société qu’au mépris de son devoir. Cela est d’autant plus vrai que l’on sait de quel poids est pour les auditeurs l’autorité du professeur, et combien il est rare qu’un disciple puisse juger par lui-même de la vérité de l’enseignement du maître. »

C’est pourquoi cette liberté aussi, pour demeurer honnête, a besoin d’être restreinte dans des limites déterminées ; il ne faut pas que l’art de l’enseignement puisse impunément devenir un instrument de corruption. – Or, la vérité qui doit être l’unique objet de l’enseignement est de deux sortes : il y a la vérité naturelle et la vérité surnaturelle. Les vérités naturelles, auxquelles appartiennent les principes de la nature et les conclusions prochaines que la raison en déduit, constituent comme le commun patrimoine du genre humain : elles sont comme le solide fondement sur lequel reposent les mœurs, la justice, la religion, l’existence même de la société humaine ; et ce serait dès lors la plus grande des impiétés, la plus inhumaine des folies, que de les laisser impunément violer et détruire. – Mais il ne faut pas mettre moins de scrupules à conserver le grand et sacré trésor des vérités que Dieu lui-même nous a fait connaître. Par un grand nombre d’arguments lumineux, souvent répétés par les apologistes, certains points principaux de doctrine ont été établis, par exemple : il y a une révélation divine ; le Fils unique de Dieu s’est fait chair pour rendre témoignage à la vérité ; par lui, une société parfaite a été fondée, à savoir : l’Église, dont il est lui-même le Chef et avec laquelle il a promis de demeurer jusqu’à la consommation des siècles.

A cette société, il a voulu confier toutes les vérités qu’il avait enseignées, avec mission de les garder, de les défendre, de les développer avec une autorité légitime ; et, en même temps, il a ordonné à toutes les nations d’obéir aux enseignements de son Église comme à lui-même, avec menace de la perte éternelle pour ceux qui y contreviendraient. D’où il ressort clairement que le maître le meilleur et le plus sûr à l’homme, c’est Dieu, source et principe de toute vérité ; c’est le Fils unique qui est dans le sein du Père, voie, vérité, vie ; lumière véritable qui éclaire tout homme, et dont l’enseignement doit avoir tous les hommes pour disciples ; et « ils seront tous enseignés de Dieu ». […]

La liberté de conscience

Une autre liberté que l’on proclame aussi bien haut est celle qu’on nomme liberté de conscience. Que si l’on entend par là que chacun peut indifféremment, à Son gré, rendre ou ne pas rendre un culte à Dieu, les arguments qui ont été donnés plus haut suffisent à le réfuter. Mais on peut l’entendre aussi en ce sens que l’homme a dans l’État le droit de suivre, d’après la conscience de son devoir, la volonté de Dieu, et d’accomplir ses préceptes sans que rien puisse l’en empêcher. Cette liberté, la vraie liberté, la liberté digne des enfants de Dieu, qui protège si glorieusement la dignité de la personne humaine, est au-dessus de toute violence et de toute oppression, elle a toujours été l’objet des vœux de l’Église et de sa particulière affection. C’est cette liberté que les apôtres ont revendiquée avec tant de constance, que les apologistes ont défendue dans leurs écrits, qu’une foule innombrable de martyrs ont consacrée de leur sang. Et ils ont eu raison, car la grande et très juste puissance de Dieu sur les hommes et, d’autre part, le grand et le suprême devoir des hommes envers Dieu trouvent l’un et l’autre dans cette liberté chrétienne un éclatant témoignage.

Elle n’a rien de commun avec des dispositions factieuses et révoltées, et, d’aucune façon, il ne faudrait se la figurer comme réfractaire à l’obéissance due à la puissance publique ; car ordonner et exiger l’obéissance aux commandements n’est un droit de la puissance humaine qu’autant qu’elle n’est pas en désaccord avec la puissance divine et qu’elle se renferme dans les limites que Dieu lui a marquées. Or, quand elle donne un ordre qui est ouvertement en désaccord avec la volonté divine, elle s’écarte alors loin de ces limites et se met du même coup en conflit avec l’autorité divine : il est donc juste alors de ne pas obéir.

Mais les partisans du Libéralisme, qui, en même temps qu’ils attribuent à l’État un pouvoir despotique et sans limites, proclament qu’il n’y a aucun compte à tenir de Dieu dans la conduite de la vie, ne reconnaissent pas du tout cette liberté dont Nous parlons et qui est unie intimement à l’honnêteté et à la liberté ; et ce qu’on fait pour la conserver, ils l’estiment fait à tort et contre l’État. S’ils disaient vrai, il n’y aurait pas de domination si tyrannique qu’on ne dût accepter et subir.

Le plus vif désir de l’Église serait sans doute de voir pénétrer dans tous les ordres de l’État et y recevoir leur application ces principes chrétiens que Nous venons d’exposer sommairement. Car ils possèdent une merveilleuse efficacité pour guérir les maux du temps présent, ces maux dont on ne peut se dissimuler ni le nombre, ni la gravité, et qui sont nés, en grande partie, de ces libertés tant vantées, et où l’on avait cru voir renfermés des germes de salut et de gloire. Cette espérance a été déçue par les faits. Au lieu de fruits doux et salutaires, sont venus des fruits amers et empoisonnés. Si l’on cherche le remède, qu’on le cherche dans le rappel des saines doctrines, desquelles seules on peut attendre avec confiance la conservation de l’ordre et, par là même, la garantie de la vraie liberté.

La tolérance

Néanmoins, dans son appréciation maternelle, l’Église tient compte du poids accablant de l’infirmité humaine, et elle n’ignore pas le mouvement qui entraîne à notre époque les esprits et les choses. Pour ces motifs, tout en n’accordant de droits qu’à ce qui est vrai et honnête, elle ne s’oppose pas cependant à la tolérance dont la puissance publique croit pouvoir user à l’égard de certaines choses contraires à la vérité et à la justice, en vue d’un mal plus grand à éviter ou d’un bien plus grand à obtenir ou à conserver. »

« Dieu lui-même, dans sa providence, quoique infiniment bon et tout-puissant, permet néanmoins l’existence de certains maux dans le monde, tantôt pour ne point empêcher des biens plus grands, tantôt pour empêcher de plus grands maux. Il convient, dans le gouvernement des États, d’imiter celui qui gouverne le monde. Bien plus, se trouvant impuissante à empêcher tous les maux particuliers, l’autorité des hommes doit « permettre et laisser impunies bien des choses qu’atteint pourtant et à juste titre la vindicte de la Providence divine » (S. August., De libr. arb., lib. I, cap. 6, num 14) Néanmoins, dans ces conjonctures, si, en vue du bien commun et pour ce seul motif, la loi des hommes peut et même doit tolérer le mal, jamais pourtant elle ne peut ni ne doit l’approuver, ni le vouloir en lui-même, car, étant de soi la privation du bien, le mal est opposé au bien commun que le législateur doit vouloir et doit défendre du mieux qu’il peut. Et en cela aussi la loi humaine doit se proposer d’imiter Dieu, qui, en laissant le mal exister dans le monde, ne veut ni que le mal arrive, ni que le mal n’arrive pas. Et cela est bon (S. Thomas, Ia, 19, 9 ad3). Cette sentence du Docteur Angélique contient, en une brève formule, toute la doctrine sur la tolérance du mal. » (Ibid. 220-221)

« Mais il faut reconnaître, pour que Notre jugement reste dans la vérité, que plus il est nécessaire de tolérer le mal dans un Etat, plus les conditions de cet Etat s’écartent de la perfection ; et, de plus, que la tolérance du mal appartenant aux principes de la prudence politique, doit être rigoureusement circonscrite dans les limites exigées par sa raison d’être, c’est-à-dire par le salut public. C’est pourquoi, si elle est nuisible au salut public, ou qu’elle soit pour l’État la cause d’un plus grand mal, la conséquence est qu’il n’est pas permis d’en user, car, dans ces conditions, la raison du bien fait défaut. Mais, si, en vue d’une condition particulière de l’État, l’Église acquiesce à certaines libertés modernes, non qu’elle les préfère en elles-mêmes, mais parce qu’elle juge expédient de les permettre, et que la situation vienne ensuite à s’améliorer, elle usera évidemment de sa liberté en employant tous les moyens, persuasion, exhortations, prières, pour remplir comme c’est son devoir, la mission qu’elle a reçue de Dieu, à savoir, de procurer aux hommes le salut éternel.

Mais une chose demeure toujours vraie, c’est que cette liberté, accordée indifféremment à tous et pour tous, n’est pas, comme nous l’avons souvent répété, désirable par elle-même, puisqu’il répugne à la raison que le faux et le vrai aient les mêmes droits, et, en ce qui touche la tolérance, il est étrange de voir à quel point s’éloignent de l’équité et de la prudence de l’Église ceux qui professent le Libéralisme.

En effet, en accordant aux citoyens sur tous les points dont Nous avons parlé une liberté sans bornes, ils dépassent tout à fait la mesure et en viennent au point de ne pas paraître avoir plus d’égards pour la vertu et la vérité que pour l’erreur et le vice. Et quand l’Église, colonne et soutien de la vérité, maîtresse incorruptible des mœurs, croit de son devoir de protester sans relâche contre une tolérance si pleine de désordres et d’excès, et d’en écarter l’usage criminel, ils l’accusent de manquer à la patience et à la douceur ; en agissant ainsi, ils ne soupçonnent même pas qu’ils lui font un crime de ce qui est précisément son mérite. D’ailleurs, il arrive bien souvent à ces grands prôneurs de tolérance d’être, dans la pratique, durs et serrés quand il s’agit du catholicisme : prodigues de libertés pour tous, ils refusent souvent de laisser à l’Église sa liberté.

Résumé de l’encyclique

[…] Immédiatement après vient le système de ceux qui, tout en concédant qu’on doit dépendre de Dieu, Auteur et Maître de l’univers puisque toute la nature est régie par sa Providence, osent répudier les règles de foi et de morale qui, dépassant l’ordre de la nature, nous viennent de l’autorité même de Dieu, ou prétendent, du moins, qu’il n’y a pas à en tenir compte, surtout dans les affaires publiques de l’État. Quelle est la gravité de leur erreur et combien peu ils sont d’accord avec eux-mêmes, Nous l’avons pareillement vu plus haut. C’est de cette doctrine que découle, comme de sa source et de son principe, cette pernicieuse erreur de la séparation de l’Église et de l’État, quand, au contraire, il est manifeste que ces deux pouvoirs, quoique différents dans leur mission et leur dignité, doivent néanmoins s’entendre dans la concorde de leur action et l’échange de leurs bons offices.

À cette erreur comme à un genre se rattache une double opinion. Plusieurs, en effet, veulent entre l’Église et l’État une séparation radicale et totale ; ils estiment que, dans tout ce qui concerne le gouvernement de la société humaine, dans les institutions, les mœurs, les lois, les fonctions publiques, l’instruction de la jeunesse, on ne doit pas plus faire attention à l’Église que si elle n’existait pas ; tout au plus laissent-ils aux membres individuels de la société la faculté de vaquer en particulier si cela leur plaît aux devoirs de la religion. Contre eux gardent toute leur force les arguments par lesquels Nous avons réfuté l’opinion de la séparation de l’Église et de l’État ; avec cette aggravation qu’il est complètement absurde que l’Église soit, en même temps, respectée du citoyen et méprisée par l’État. […]

Aucune époque ne peut se passer de religion, de vérité, de justice : grandes et saintes choses que Dieu a mises sous la garde de l’Église, à qui il serait dès lors étrange de demander la dissimulation à l’égard de ce qui est faux ou injuste, ou la connivence avec ce qui peut nuire à la religion.

Conduite pratique des catholiques

De ces considérations, il résulte donc qu’il n’est aucunement permis de demander, de défendre ou d’accorder sans discernement la liberté de la pensée, de la presse, de l’enseignement, des religions, comme autant de droits que la nature a conférés à l’homme. Si vraiment la nature les avait conférés, on aurait le droit de se soustraire à la souveraineté de Dieu, et nulle loi ne pourrait modérer la liberté humaine. – Il suit pareillement que ces diverses sortes de libertés peuvent, pour de justes causes, être tolérées, pourvu qu’un juste tempérament les empêche de dégénérer jusqu’à la licence et au désordre. »

Lettre E Giunto du 19 juillet 1889 à l’empereur du Brésil

« La liberté de culte, considérée dans son rapport avec la société, est fondée sur ce principe que l’Etat, même dans une nation catholique, n’est tenu de professer et de favoriser aucun culte. Il doit rester indifférent au regard de tous et en tenir un compte juridiquement égal. Il n’est pas question ici de cette tolérance de fait, qui en des circonstances données peut être concédée aux cultes dissidents, mais bien de la reconnaissance accordée à ceux-ci des droits mêmes qui n’appartiennent qu’à l’unique vraie religion, que Dieu a établi dans le monde et désigné par des caractères clairs et précis pour que tous puissent la reconnaître comme telle et l’embrasser. Aussi bien une telle liberté place-t-elle sur la même ligne la vérité et l’erreur, la foi et l’hérésie, l’Eglise de Jésus-Christ et une quelconque institution humaine : elle établit une déplorable et funeste séparation entre la Société humaine et Dieu son Auteur ; elle aboutit enfin aux tristes conséquences que sont l’indifférentisme de l’Etat en matière religieuse ou, ce qui revient au même, son athéisme » (Lettre E Giunto, 19 juillet 1889, à l’empereur du Brésil ; la fin : PIN. 235)

Encyclique Sapientiae Christianae du 10 janvier 1890

« Quelle multitude d’hommes se trouve, pour ces causes, exposée à la perdition éternelle, il serait impossible de le décrire, mais les sociétés elles-mêmes et les empires ne pourront rester longtemps sans en être ébranlés, car la ruine des institutions et des mœurs chrétiennes entraîne nécessairement celle des premières bases de la société humaine. La force demeure l’unique garantie de l’ordre et de la tranquillité publique. Mais rien n’est faible comme la force quand elle ne s’appuie pas sur la religion. Plus propre, dans ce cas, à engendrer la servitude que l’obéissance, elle renferme en elle-même les germes de grandes perturbations.

Déjà le présent siècle a subi de graves et mémorables catastrophes, et il n’est pas démontré qu’il n’y ait pas lieu d’en redouter de semblables. – Le temps lui-même dans lequel nous vivons nous avertit donc de chercher les remèdes là où ils se trouvent, c’est-à-dire de rétablir, dans la vie privée et dans toutes les parties de l’organisme social, les principes et les pratiques du christianisme ; c’est l’unique moyen de nous délivrer des maux qui nous accablent et de prévenir les dangers dont nous sommes menacés. Voilà, vénérables frères, à quoi nous devons nous appliquer avec tout le soin et tout le zèle dont nous pouvons être capables. » (n°5)

« Cependant la hiérarchie de ces devoirs se trouve quelquefois injustement bouleversée, soit par le malheur des temps, soit plus encore par la volonté perverse des hommes. Il arrive, en effet, que, parfois, les exigences de l’État envers le citoyen contredisent celles de la religion à l’égard du chrétien, et ces conflits viennent de ce que les chefs politiques tiennent pour nulle la puissance sacrée de l’Église ou bien affectent la prétention de se l’assujettir. De là, des luttes et, pour la vertu, des occasions de faire preuve de valeur. Deux pouvoirs sont en présence, donnant des ordres contraires. Impossible de leur obéir à tous les deux simultanément. Nul ne peut servir deux maîtres. Plaire à l’un, c’est mépriser l’autre. Auquel accordera-t-on la préférence ? L’hésitation n’est pas permise. Ce serait un crime, en effet, de vouloir se soustraire à l’obéissance due à Dieu pour plaire aux hommes, d’enfreindre les lois de Jésus-Christ pour obéir aux magistrats, de méconnaître les droits de l’Église sous prétexte de respecter les droits de l’ordre civil. « Il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes. » Cette réponse que faisaient autrefois Pierre et les apôtres aux magistrats qui leur commandaient les choses illicites, il faut, en pareille circonstance, la redire toujours et sans hésiter. Il n’est pas de meilleur citoyen, soit en paix, soit en guerre, que le chrétien fidèle à son devoir ; mais ce chrétien doit être prêt à tout souffrir, même la mort, plutôt que de déserter la cause de Dieu et de l’Église. » (n°10)

« Les chrétiens entourent donc d’un respect religieux la notion du pouvoir, dans lequel, même quand il réside dans un mandataire indigne, ils voient un reflet et comme une image de la divine Majesté. Ils se croient tenus de respecter les lois, non pas à cause de la sanction pénale dont elles menacent les coupables, mais parce que c’est pour eux un devoir de conscience, car Dieu ne nous a pas donné l’esprit de crainte. Mais, si les lois de l’État sont en contradiction ouverte avec la loi divine, si elles renferment des dispositions préjudiciables à l’Église ou des prescriptions contraires aux devoirs imposés par la religion, si elles violent dans le Pontife Suprême l’autorité de Jésus-Christ, dans tous ces cas, il y a obligation de résister et obéir serait un crime dont les conséquences retomberaient sur l’État lui-même. Car l’État subit le contrecoup de toute offense faite à la religion. On voit ici combien est injuste le reproche de sédition formulé contre les chrétiens. En effet, ils ne refusent, ni au prince, ni aux législateurs, l’obéissance qui leur est due ou, s’ils dénient cette obéissance, c’est uniquement au sujet de préceptes destitués d’autorité parce qu’ils sont portés contre l’honneur dû à Dieu, par conséquent en dehors de la justice, et n’ont rien de commun avec de véritables lois. » (n°12)

« Mais l’exercice de ce gouvernement est difficile et donne lieu à de nombreux conflits. Car l’Église régit des nations disséminées dans toutes les parties du monde, différentes de races et de mœurs, qui, vivant chacune sous l’empire des lois de son pays, doivent à la fois obéissance au pouvoir civil et religieux. Ces devoirs s’imposent aux mêmes personnes. Nous avons déjà dit qu’il n’y a entre eux ni contradiction, ni confusion ; car les uns ont rapport à la prospérité de la patrie terrestre, les autres se réfèrent au bien général de l’Église ; tous ont pour but de conduire les hommes à la perfection. » (n°36)

« De plus, dans la politique, inséparable des lois de la morale et des devoirs religieux, l’on doit toujours et en premier chef se préoccuper de servir le plus efficacement possible les intérêts du catholicisme. Dès qu’on les voit menacés, tout dissentiment doit cesser entre catholiques, afin que, unis dans les mêmes pensées et les mêmes conseils, ils se portent au secours de la religion, bien général et suprême auquel tout le reste doit être rapporté. Nous croyons nécessaire d’insister encore davantage sur ce point. » (n°39)

« Dès lors, ceux qui rédigent des constitutions et font des lois doivent tenir compte de la nature morale et religieuse de l’homme et l’aider à se perfectionner, mais avec ordre et droiture, n’ordonnant ni ne prohibant rien sans avoir égard à la fin propre de chacune des sociétés civile et religieuse. L’Église ne saurait donc être indifférente à ce que telles ou telles lois régissent les États, non pas en tant que ces lois appartiennent à l’ordre civil et politique, mais en tant qu’elles sortiraient de la sphère de cet ordre et empiéteraient sur ses droits. Ce n’est pas tout. L’Église a encore reçu de Dieu le mandat de s’opposer aux institutions qui nuiraient à la religion, et de faire de continuels efforts pour pénétrer de la vertu de l’Évangile les lois et les institutions des peuples. Et comme le sort des États dépend principalement des dispositions de ceux qui sont à la tête du gouvernement, l’Église ne saurait accorder ni son patronage ni sa faveur aux hommes qu’elle sait lui être hostiles, qui refusent ouvertement de respecter ses droits, qui cherchent à briser l’alliance établie par la nature même des choses entre les intérêts religieux et les intérêts de l’ordre civil. Au contraire, son devoir est de favoriser ceux qui ont de saines idées sur les rapports de l’Église et de l’État et s’efforcent de les faire servir par leur accord au bien général. » (n°41)

Encyclique Rerum Novarum du 15 mai 1891

« Or, il importe au salut public et privé que l’ordre et la paix règnent partout ; que toute l’économie de la vie familiale soit réglée d’après les commandements de Dieu et les principes de la loi naturelle ; que la religion soit honorée et observée ; que l’on voie fleurir les moeurs privées et publiques ; que la justice soit religieusement gardée et que jamais une classe ne puisse opprimer l’autre impunément ; qu’il croisse de robustes générations capables d’être le soutien et, s’il le faut, le rempart de la patrie. C’est pourquoi, s’il arrive que les ouvriers, abandonnant le travail ou le suspendant par les grèves, menacent la tranquillité publique ; que les liens naturels de la famille se relâchent parmi les travailleurs ; qu’on foule aux pieds la religion des ouvriers en ne leur facilitant point l’accomplissement de leurs devoirs envers Dieu » (Encyclique Rerum Novarum du 15 mai 1891)

Encyclique Au milieu des sollicitudes du 16 février 1892

Après sa publication, cette encyclique fut malhonnêtement récupérée par les libéraux et francs-maçons, pour lui faire signifier le « ralliement à la république » et ses idéaux anticatholiques. De nos jours, tristement,  l’énorme majorité des catholiques croient, de bonne foi, en cette légende malveillante. Pour lui tordre le cou, nous vous invitions à lire La doctrine de Léon XIII contre le libéralisme et la démocratie écrit par Charles BELIN, alias Aventino. Toujours est-il que le texte même de l’encyclique réfute toute complaisance envers le système maçonnique et laïciste :

« Avant tout, prenons comme point de départ une vérité notoire, souscrite par tout homme de bon sens et hautement proclamée par l’histoire de tous les peuples, à savoir que la religion, et la religion seule, peut créer le lien social ; que seule elle suffit à maintenir sur de solides fondements la paix d’une nation. Quand diverses familles, sans renoncer aux droits et aux devoirs de la société domestique, s’unissent sous l’inspiration de la nature, pour se constituer membres d’une autre famille plus vaste, appelée la société civile, leur but n’est pas seulement d’y trouver le moyen de pourvoir à leur bien-être matériel, mais surtout d’y puiser le bienfait de leur perfectionnement moral. Autrement la société s’élèverait peu au-dessus d’une agrégation d’êtres sans raison, dont toute la vie est dans la satisfaction des instincts sensuels. Il y a plus : sans ce perfectionnement moral, difficilement on démontrerait que la société civile, loin de devenir pour l’homme, en tant qu’homme, un avantage, ne tournerait pas à son détriment.

Or, la moralité dans l’homme, par le fait même qu’elle doit mettre de concert tant de droits et tant de devoirs dissemblables, puisqu’elle entre comme élément dans tout acte humain, suppose nécessairement Dieu, et, avec Dieu, la religion, ce lien sacré dont le privilège est d’unir, antérieurement à tout autre lien, l’homme à Dieu. En effet, l’idée de moralité importe avant tout un ordre de dépendance à l’égard du vrai, qui est la lumière de l’esprit ; à l’égard du bien, qui est la fin de la volonté : sans le vrai, sans le bien, pas de morale digne de ce nom. Et quelle est donc la vérité principale et essentielle, celle dont toute vérité dérive ? c’est Dieu. Quelle est donc encore la bonté suprême dont tout autre bien procède ? c’est Dieu. Quel est enfin le créateur et le conservateur de notre raison, de notre volonté, de tout notre être, comme il est la fin de notre vie ? Toujours Dieu. Donc, puisque la religion est l’expression intérieure et extérieure de cette dépendance que nous devons à Dieu à titre de justice, il s’en dégage une grave conséquence qui s’impose : Tous les citoyens sont tenus de s’allier pour maintenir dans la nation le sentiment religieux vrai, et pour le défendre au besoin, si jamais une école athée, en dépit des protestations de la nature et de l’histoire, s’efforçait de chasser Dieu de la société, sûre par là d’anéantir le sens moral au fond même de la conscience humaine. Sur ce point, entre hommes qui n’ont pas perdu la notion de l’honnêteté, aucune dissidence ne saurait subsister.

Dans les catholiques français, le sentiment religieux doit être encore plus profond et plus universel, puisqu’ils ont le bonheur d’appartenir à la vraie religion. Si, en effet, les croyances religieuses furent, toujours et partout, données comme base à la moralité des actions humaines et à l’existence de toute société bien ordonnée, il est évident que la religion catholique, par le fait même qu’elle est la vraie Église de Jésus-Christ, possède plus que toute autre l’efficacité voulue pour bien régler la vie, dans la société comme dans l’individu. En faut-il un éclatant exemple ? La France elle-même le fournit. — À mesure qu’elle progressait dans la foi chrétienne, on la voyait monter graduellement à cette grandeur morale qu’elle atteignit, comme puissance politique et militaire. C’est qu’à la générosité naturelle de son coeur, la charité chrétienne était venue ajouter une abondante source de nouvelles énergies ; c’est que Son activité merveilleuse avait rencontré, tout à la fois comme aiguillon, lumière directive et garantie de constance, cette foi chrétienne qui, par la main de la France, traça dans les annales du genre humain des pages si glorieuses. Et, encore aujourd’hui, sa foi ne continue-t-elle pas d’ajouter aux gloires passées de nouvelles gloires ? On la voit, inépuisable de génie et de ressources, multiplier sur son propre sol les oeuvres de charité ; on l’admire partant pour les pays lointains où, par son or, par les labeurs de ses missionnaires, au prix même de leur sang, elle propage d’un même coup le renom de la France et les bienfaits de la religion catholique. Renoncer à de telles gloires, aucun Français, quelles que soient par ailleurs ses convictions, ne l’oserait ; ce serait renier la patrie.

Or, l’histoire d’un peuple révèle, d’une manière incontestable, quel est l’élément générateur et conservateur de sa grandeur morale. Aussi, que cet élément vienne à lui manquer, ni la surabondance de l’or, ni la force des armes ne sauraient le sauver de la décadence morale, peut-être de la mort. Qui ne comprend maintenant que pour tous les Français qui professent la religion catholique, la grande sollicitude doit être d’en assurer la conservation ; et cela avec d’autant plus de dévouement, qu’au milieu d’eux le christianisme devient, de la part des sectes, l’objet d’hostilités plus implacables ? Sur ce terrain, ils ne peuvent se permettre ni indolence dans l’action, ni division de partis ; l’une accuserait une lâcheté indigne du chrétien, l’autre serait la cause d’une faiblesse désastreuse. […]

[C]oncernant le principe de la séparation de l’État et de l’Église, ce qui équivaut à séparer la législation humaine de la législation chrétienne et divine. Nous ne voulons pas nous arrêter à démontrer ici tout ce qu’a d’absurde la théorie de cette séparation ; chacun le comprendra de lui-même. Dès que l’État refuse de donner à Dieu ce qui est à Dieu, il refuse, par une conséquence nécessaire, de donner aux citoyens ce à quoi ils ont droit comme hommes ; car, qu’on le veuille ou non, les vrais droits de l’homme naissent précisément de ses devoirs envers Dieu. D’où il suit que l’État, en manquant, sous ce rapport, le but principal de son institution, aboutit en réalité à se renier lui-même et à démentir ce qui est la raison de la propre existence. Ces vérités supérieures sont si clairement proclamées par la voix même de la raison naturelle, qu’elles s’imposent à tout homme que n’aveugle pas la violence de la passion.

Les catholiques, en conséquence, ne sauraient trop se garder de soutenir une telle séparation. En effet, vouloir que l’État se sépare de l’Église, ce serait vouloir, par une conséquence logique, que l’Église fût réduite à la liberté de vivre selon le droit commun à tous les citoyens.

Cette situation, il est vrai, se produit dans certains pays. C’est une manière d’être qui, si elle ses nombreux et graves inconvénients, offre aussi quelques avantages, surtout quand le législateur, par une heureuse inconséquence, ne laisse pas que de s’inspirer des principes chrétiens ; et ces avantages, bien qu’ils ne puissent justifier le faux principe de la séparation, ni autoriser à le défendre, rendent cependant digne de tolérance un état de choses qui, pratiquement, n’est pas le pire de tous.

Mais en France, nation catholique par ses traditions et par la foi présente de la grande majorité de ses fils, l’Église ne doit pas être mise dans la situation précaire qu’elle subit chez d’autres peuples. Les catholiques peuvent d’autant moins préconiser la séparation, qu’ils connaissent mieux les intentions des ennemis qui la désirent. Pour ces derniers, et ils le disent assez clairement, cette séparation, c’est l’indépendance entière de la législation politique envers la législation religieuse ; il y a plus, c’est l’indifférence absolue du pouvoir à l’égard des intérêts de la société chrétienne, c’est-à-dire de l’Église, et la négation même de son existence. – Ils font cependant une réserve qui se formule ainsi : Dès que l’Église, utilisant les ressources que le droit commun laisse aux moindres des Français, saura, par un redoublement de son activité native, faire prospérer son oeuvre, aussitôt l’État intervenant pourra et devra mettre les catholiques français hors du droit commun lui-même.

Pour tout dire, en un mot, l’idéal de ces hommes serait le retour au paganisme : l’État ne reconnaît l’Église qu’au jour où il lui plaît de la persécuter. » (http://laportelatine.org/bibliotheque/encycliques/LeonXIII/Au_milieu_des_sollicitudes.php)

Encyclique Longinqua Oceani du 6 janvier 1895

Léon XIII condamna l’américanisme, système dans lequel l’Eglise n’est ni entravée ni mal vue par le principe de laïcité. Il condamne cette forme de laïcité dans l’absolu, alors même qu’il en reconnaît les bienfaits comme nous allons le voir, c’est dire si la séparation de l’Eglise et de l’Etat sous quelque forme que ce soit est radicalement contraire à la foi catholique ! C’est une réfutation par avance de toutes les tentatives de justification catholique de la laïcité, arguant que celle-ci n’est mauvaise et ne fut condamnée par les Papes qu’en tant qu’elle fut hostile à l’Eglise. Laissons la parole au Pape :

« Chez vous, en effet, grâce à la bonne constitution de l’Etat, l’Église n’étant gênée par les liens d’aucune loi, étant défendue contre la violence par le droit commun et l’équité des jugements, a obtenu la liberté garantie de vivre et d’agir sans obstacle. Toutes ces remarques sont vraies ; pourtant, Il faut se garder d’une erreur : qu’on n’aille pas conclure par-là que la meilleure situation pour l’Église est celle qu’elle a en Amérique ou bien qu’il soit toujours permis et utile de séparer, de disjoindre les intérêts de l’Église et de l’Etat, comme en Amérique.

En effet, si la religion catholique est honorée parmi vous, si elle est prospère, si même elle s’est accrue, il faut l’attribuer entièrement à la fécondité divine dont jouit l’Eglise, qui lorsque personne ne s’y oppose, lorsque rien ne lui fait obstacle, s’étend d’elle-même et se répand ; pourtant elle produirait encore bien plus de fruits si elle jouissait de la faveur des lois et de la protection des pouvoirs publics. » (Encyclique Longinqua Oceani, 6 janvier 1895 ; in Lettres apostoliques de S. S. Léon XIII, A. Roger et F. Chernoviz, éditeurs, Tome 4, pages 73 et 75)

Léon XIII ne fait que résumer l’enseignement de tous les papes précédents : certes il est bon que l’Eglise jouisse de la liberté dans un pays. Cela vaut mieux, bien sûr, que la persécution et l’on peut, en ce sens, se réjouir de la constitution américaine. Cependant, rappelle le pape, cette situation n’est pas la meilleure. Face à l’Etat, l’Eglise ne demande pas seulement la liberté : elle a aussi droit à une protection spéciale. Le régime américain accorde la liberté à tous les cultes du moment qu’ils ne troublent pas l’ordre public. L’Eglise ne se plaint certes pas de bénéficier de cette liberté, qui lui est refusée dans certains autres pays, mais Léon XIII rappelle aux Américains que ce système, même s’il permet à l’Eglise de se développer, n’est qu’un moindre mal.

Nous rappelons que quelques années plus tôt, Léon XIII avant déjà enseigné que si des Etats ne reconnaissait pas officiellement la religion catholique comme unique vraie religion, tout en ayant, comme c’est le cas des Etats-Unis, une législation pas défavorable, ou même favorable de fait à la religion catholique, c’était par pure inconséquence :

« [C]oncernant le principe de la séparation de l’État et de l’Église, ce qui équivaut à séparer la législation humaine de la législation chrétienne et divine. Nous ne voulons pas nous arrêter à démontrer ici tout ce qu’a d’absurde la théorie de cette séparation ; chacun le comprendra de lui-même. […]

Cette situation, il est vrai, se produit dans certains pays. C’est une manière d’être qui, si elle ses nombreux et graves inconvénients, offre aussi quelques avantages, surtout quand le législateur, par une heureuse inconséquence, ne laisse pas que de s’inspirer des principes chrétiens ; et ces avantages, bien qu’ils ne puissent justifier le faux principe de la séparation, ni autoriser à le défendre, rendent cependant digne de tolérance un état de choses qui, pratiquement, n’est pas le pire de tous. » (Encyclique Au milieu des sollicitudes, 16 février 1892)

En soi, l’Etat n’a pas à mettre toutes les religions sur un même pied d’égalité, comme il le fait aux Etats-Unis. Il doit privilégier et protéger uniquement la vraie religion. Les autres religions peuvent être tolérées en raison des circonstances, mais elles n’ont aucun droit réel. Tel est l’enseignement constant de l’Eglise depuis ses origines, que Pie XII résuma ainsi en 1953 :

« ce qui ne répond pas à la vérité et à la loi morale n’a objectivement aucun droit à l’existence, ni à la propagande, ni à l’action. » (Allocution Ci Riesce, à des juristes catholiques italiens, 6 décembre 1953)

De plus, l’encyclique Longinqua Oceani affirme que les catholiques « doivent suivre » les enseignements des documents précédemment cités, et que cela constitue la « règle de l’honnêteté » :

« Sur tous ces points, ces lettres encycliques que Nous avons déjà écrites durant notre Pontificat contiennent, vous le savez, de nombreux enseignements que les catholiques doivent-suivre et auxquels ils doivent obéir. Liberté humaine, principaux devoirs des chrétiens, pouvoir civil, constitution chrétienne des Etats, Nous avons touché à tous ces points dans Nos écrits et dans Nos discours, Nous appuyant sur les principes tirés tant de la doctrine évangélique que de la raison. Ceux donc qui veulent être des citoyens honnêtes cl s’acquitter de leurs devoirs comme la foi l’exige trouveront facilement dans Nos lettres la règle de l’honnêteté. »

Lettre encyclique Permoti Nos du 10 juillet 1895 à l’épiscopat belge

« Procurer le bien commun, c’est faire que l’estime de la religion soit supérieure à toute autre et qu’elle étende son influence naturelle et merveilleusement salutaire aux intérêts politiques, domestiques et économiques : c’est faire que, l’autorité publique et la liberté s’unissant selon la loi chrétienne. » (Lettre encyclique Permoti Nos à l’épiscopat belge, 10 juillet 1895, PIN. 350)

Lettre au Cardinal Benoît LANGENIEUX, Archevêque de Reims du 6 janvier 1896

De cette lettre, Léon XIII affirme, de même que dans Longinqua Oceani affirme que les catholiques, dans le domaine politique, s’en tenir à ses enseignements pour espérer un vrai progrès :

« […] ils doivent prendre avec clairvoyance et courage, conformément à la doctrine exposée dans nos Encycliques, l’initiative de tous les vrais progrès sociaux. »

Encyclique Militantis Ecclesiae du 1er août 1897

« En premier lieu, les catholiques ne doivent pas, surtout pour les enfants, adopter des écoles mixtes, mais avoir des écoles particulières ; ils doivent pour cela choisir des maîtres excellents et estimés. C’est une éducation très périlleuse que celle où la religion est altérée ou nulle ; or, Nous voyons que, dans les écoles mixtes, l’un et l’autre cas se produisent fréquemment. Et l’on ne doit pas se persuader que l’instruction el la piété peuvent être séparées impunément. En effet, s’il est vrai qu’à aucune époque de la vie, privée ou publique, on ne peut s’exempter de la religion, il n’en est point, d’où ce devoir doive être moins écarté que ce premier âge où la sagesse fait défaut, où l’esprit est ardent et le cœur exposé à tant d’attrayantes causes de corruption.

Organiser l’enseignement de manière à lui enlever tout point de contact avec la religion, c’est donc corrompre dans l’âme les germes mêmes de la perfection et de l’honnêteté ; c’est préparer, non des défenseurs à la patrie, mais une peste et un fléau pour le genre humain. Dieu une fois supprimé, quelle considération pourrait retenir les jeunes gens dans le devoir ou les y ramener quand ils se sont écartés du sentier de la vertu et qu’ils descendent vers les abîmes du vice ?

En second lieu, il faut non seulement que la religion soit enseignée aux enfants à certaines heures, mais que tout le reste de renseignement exhale comme une odeur de piété chrétienne. S’il en est ; autrement, si cet arome sacré ne pénètre pas à la fois l’esprit des maîtres et celui des élèves, l’instruction, quelle qu’elle soit, ne produira que peu de fruits et aura même de graves inconvénients. Chaque science, en effet, porte avec elle ses périls, et des jeunes gens ne sauraient y échapper si des freins divins ne retiennent leur intelligence et leur cœur. Il faut donc prendre garde que ce qui est l’essentiel, c’est-à-dire la pratique de la piété chrétienne, ne soit reléguée au second rang ; que, tandis que les maîtres épellent laborieusement le mot à mot de quelque science ennuyeuse, les jeunes gens n’aient aucun souci de cette véritable sagesse dont le commencement est la crainte de Dieu, et aux préceptes de laquelle ils doivent conformer tous les instants de leur vie. Que l’étude et la science aillent donc, toujours de pair avec la culture de l’Ame. Que toutes les branches de l’enseignement soient pénétrées et dominées par la religion et que celle-ci, par sa majesté et sa douceur, l’emporte tellement, qu’elle, laisse, pour ainsi dire, dans l’Ame des jeunes gens de bienfaisants aiguillons.

D’autre part, puisque l’intention de l’Eglise a toujours été que tous les genres d’études servissent principalement à la formation religieuse de la jeunesse, il est nécessaire, non seulement que cette partie de l’enseignement ait sa place, et la principale, mais encore que nul ne puisse exercer des fonctions aussi graves sans y avoir été jugé apte par le jugement de l’Eglise et sans avoir été confirmé dans cet emploi par l’autorité religieuse.

Mais ce n’est, pas seulement dans l’éducation de l’enfance que la religion réclame ses droits.

Il fut un temps où le règlement de toute Université (celle de Paris en particulier) veillait à si bien subordonner tous les ordres d’enseignement à la science théologique que nul n’était considéré comme ayant atteint le faîte de la science s’il n’avait obtenu ses grades en théologie. Le restaurateur de l’ère angustale, Léon X, et depuis, les autres Pontifes Nos prédécesseurs, voulurent que l’Athénée romain et les autres Universités, à une époque où une guerre impie se déchaînait contre l’Eglise, fussent comme les fortes citadelles, où, sous la conduite et les inspirations de la sagesse chrétienne, la jeunesse reçût son enseignement. Ce système d’études, qui accordait le premier rang à Dieu et à la religion, produisit d’excellents résultats. On obtint du moins que les jeunes gens ainsi élevés demeurassent plus fidèles à leurs devoirs. Ces heureux résultats se renouvelleront chez vous si vous vous efforcez d’obtenir que dans les écoles secondaires, les gymnases, lycées, académies, les droits delà religion soient respectés. » (Encyclique Militantis Ecclesiae, 1er août 1897, ASS XXX (1897-1898) 3 ; in Lettres apostoliques de S. S. Léon XIII, A. Roger et F. Chernoviz, éditeurs, Tome 4, pages 79 et 81 : http://www.liberius.net/livre.php?id_livre=871)

Saint Pie X

Saint Pie X

Encyclique Vehementer Nos du 11 février 1906 condamnant la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en France

« Fausseté du principe de la Séparation

Qu’il faille séparer l’Etat de l’Eglise, c’est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur. Basée, en effet, sur ce principe que l’Etat ne doit reconnaître aucun culte religieux, elle est tout d’abord très gravement injurieuse pour Dieu, car le créateur de l’homme est aussi le fondateur des sociétés humaines et il les conserve dans l’existence comme il nous soutient.

Nous lui devons donc, non seulement un culte privé, mais un culte public et social, pour l’honorer.

En outre, cette thèse est la négation très claire de l’ordre surnaturel ; elle limite, en effet, l’action de l’Etat à la seule poursuite de la prospérité publique durant cette vie, qui n’est que la raison prochaine des sociétés politiques, et elle ne s’occupe en aucune façon, comme lui étant étrangère, de leur raison dernière qui est la béatitude éternelle proposée à l’homme quand cette vie si courte aura pris fin.

Et pourtant, l’ordre présent des choses qui se déroulent dans le temps se trouvant subordonné à la conquête de ce bien suprême et absolu, non seulement le pouvoir civil ne doit pas faire obstacle à cette conquête, mais il doit encore nous y aider.

Cette thèse bouleverse également l’ordre très sagement établi par Dieu dans le monde, ordre qui exige une harmonieuse concorde entre les deux sociétés.

Ces deux sociétés, la société religieuse, et la société civile, ont, en effet, les mêmes sujets, quoique chacune d’elles exerce dans sa sphère propre son autorité sur eux.

Il en résulte forcément qu’il y aura bien des matières dont elles devront connaître l’une et l’autre, comme étant de leur ressort à toutes deux.

Or, qu’entre l’Etat et l’Eglise l’accord vienne à disparaître, et de ces matières communes pulluleront facilement les germes de différends qui deviendront très aigus des deux côtés.

La notion du vrai en serra troublée .et les âmes remplies d’une grande anxiété.

Enfin, cette thèse inflige de graves dommages à la société civile elle-même, car elle ne peut pas prospérer ni durer longtemps lorsqu’on n’y fait point sa place à la religion, règle suprême et souveraine maîtresse quand il s’agit des droits de l’homme et de ses devoirs. Aussi, les pontifes romains n’ont-ils pas cessé, suivant les circonstances et selon les temps, de réfuter et de condamner la doctrine de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Notre illustre prédécesseur Léon XIII, notamment, a. plusieurs fois, et magnifiquement exposé ce que devraient être, suivant la doctrine catholique, les rapports entre les deux sociétés. « Entre elles, a-t-il dit, il faut nécessairement qu’une sage union intervienne, union qu’on peut non sans justesse ; comparer à celle, qui réunit dans l’homme, l’âme et le corps. » « Quaedam intercedat necesse est ordinata colligatio inter illas quae quidem coniuntioni non immerito comparatur per quam anima et corpus in homine copulantur. » Il ajoute encore: « Les sociétés humaines ne peuvent pas, sans devenir criminelles, se conduire comme si Dieu n’existait pas ou refuser de se préoccuper de la religion comme si elle leur était chose étrangère ou qui ne pût leur servir de rien. Quant à l’Eglise, qui a Dieu lui-même pour auteur, l’exclure de la vie active de la nation, des lois, de l’éducation de la jeunesse, de la société domestique, c’est commettre une grande et pernicieuse erreur ! » « Civitates non possunt, citra seclus, genere se, tanquam si Deus omnino non esset, aut curam religionis velut alienam nihil que profituram ablicere. Ecclesiam vero quam Deus ipse constituit ab actione vitae excludere, a legibus, ab institutione adolescentium, a societate domestica, magnus et perniciosus est error. » (Lettre encyclique Immortale Dei, 1er nov. 1885.)

La Séparation est particulièrement funeste et injuste en France

Que si en se séparant de l’Eglise, un Etat chrétien, quel qu’il soit, commet un acte éminemment funeste et blâmable, combien n’est-il pas à déplorer que la France se soit engagée dans cette voie, alors que, moins encore que toutes les autres nations, elle n’eût dû y entrer, la France, disons-nous, qui, dans le cours des siècles, a été, de la part de ce siège apostolique, l’objet d’une si grande et si singulière prédilection, la France, dont la fortune et la gloire ont toujours été intimement unies à la pratique des moeurs chrétiennes et au respect de la religion.

Le même pontife Léon XIII avait donc bien raison de dire: « La France ne saurait oublier que sa providentielle destinée l’a unie au Saint-Siège par des liens trop étroits et trop anciens pour qu’elle veuille jamais les briser. De cette union, en effet, sont sorties ses vraies grandeurs et sa gloire la plus pure. Troubler cette union traditionnelle, serait enlever à la nation elle-même une partie de sa force morale et de sa haute influence dans le monde« . (Allocution aux pèlerins français, 13 avril 1888.) […]

La condamnation

C’est pourquoi, Nous souvenant de notre charge apostolique et conscient de l’impérieux devoir qui nous incombe de défendre contre toute attaque- et de maintenir dans leur intégrité absolue les droits inviolables et sacrés de l’Eglise, en vertu de l’autorité suprême que Dieu nous a conférée, Nous, pour les motifs exposés ci-dessus, nous réprouvons et nous condamnons la loi votée en France sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat comme profondément injurieuse vis-à-vis de Dieu, qu’elle renie officiellement, en posant en principe que la République ne reconnaît aucun culte.

Nous la réprouvons et condamnons comme violant le droit naturel, le droit des gens et la fidélité due aux traités, comme contraire à la constitution divine de l’Eglise, à ses droits essentiels, à sa liberté, comme renversant la justice et foulant aux pieds les droits de propriété que l’Eglise a acquis à des titres multiples et, en outre, en vertu du Concordat.

Nous la réprouvons et condamnons comme gravement offensante pour la dignité de ce Siège apostolique, pour notre personne, pour l’épiscopat, pour le clergé et pour tous les catholiques français.

En conséquence, nous protestons solennellement de toutes nos forces contre la proposition, contre le vote et contre la promulgation de cette loi, déclarant qu’elle ne pourra jamais être alléguée contre les droits imprescriptibles et immuables de l’Eglise pour les infirmer. » (Encyclique Vehementer Nos, 11 février 1906)

Ce sublime document mérite d’être lue dans son intégralité : cliquer ici.

Encyclique Gravissimo officii munere du 10 août 1906

Saint Pie X publia le 10 août 1906 la Lettre encyclique Gravissimo officii munere interdisant au clergé français de se constituer en associations cultuelles comme le proposait la loi de 1905. Il faisait ainsi renoncer l’Eglise de France à de nombreux avantages et lui fit subir de nombreuses pertes financières et matérielles, mais il ne fallait rien lâcher sur les principes et ce grand Pape déclaré : « Je préfère une Eglise de France pauvre mais libre que riche et esclave ». Lire ce document en intégralité en cliquant ici.

Allocution au Consistoire du 21 février 1906

« L’offense infligée naguère à l’Eglise et à Nous est si grave et si violente que Nous ne pouvons la passer sous silence […] Vous devinez, Vénérables Frères, que Nous voulons parler de cette loi absolument inique, ourdie pour la ruine du catholicisme, qui vient d’être promulguée en France en vue de la séparation de l’Etat d’avec l’Eglise. Notre récente Encyclique [Vehementer Nos] adressée aux évêques, au clergé et au peuple français a montré pleinement combien cette loi est odieuse et contraire aux droits de Dieu et de l’Eglise […]. Nous prononçons solennellement en votre auguste assemblée Notre sentence sur cette loi.“  “En vertu de la suprême autorité dont Nous jouissons comme tenant la place du Christ sur terre, Nous la condamnons et réprouvons comme injurieuse au Dieu très bon et très grand, contraire à la divine constitution de l’Eglise, favorisant le schisme, hostile à Notre autorité et à celle des pasteurs légitimes, spoliatrice des biens de l’Eglise, opposée au droit des gens, ennemie du Siège Apostolique et de Nous-même, très funeste aux évêques, au clergé et aux catholiques de France ; Nous prononçons et Nous déclarons que cette loi n’aura jamais et en aucun cas aucune valeur contre les droits perpétuels de l’Eglise. »  (Allocution au Consistoire, 21 février 1906, PIN. 390-405)

Allocution Vi son grato du 28 septembre 1908

« Les lois civiles… sont faites pour maintenir l’ordre et la paix dans la société… Rappelez-vous que pour respecter les lois humaines, il convient avant tout de respecter les lois divines et une fois que l’on manque aux lois de Dieu et de l’Église, la barrière est rompue, et le passage est ouvert à l’oubli de tout le respect dû aux lois humaines et à la destruction de tout ordre social. » (Allocution Vi son grato, 28 septembre 1908)

Encyclique Notre Charge Apostolique, dite Lettre sur le Sillon du 25 août 1910 condamnant les erreurs de Marc SANGNIER et de son mouvement, le Sillon

« il faut rappeler énergiquement dans ces temps d’anarchie sociale et intellectuelle, où chacun se pose en docteur et législateur – on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie ; on n’édifiera pas la société, si l’Église n’en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : omnia instaurare in Christo. » (Encyclique Notre Charge Apostolique, dite Lettre sur le Sillon, condamnant les erreurs de Marc SANGNIER et de son mouvement, le Sillon, 25 août 1910)

Motu proprio Sacrorum Antistitum du 1er septembre 1910 instaurant le « serment antimoderniste » obligatoire pour tous les prêtres

« Moi, N…, j’embrasse et reçois fermement toutes et chacune des vérités qui ont été définies, affirmées et déclarées par le magistère infaillible de l’Eglise, principalement les chapitres de doctrine qui sont directement opposés aux erreurs de ce temps. » (Motu proprio Sacrorum Antistitum, 1er septembre 1910 instaurant le « serment antimoderniste » obligatoire pour tous les prêtres)

Ce dernier serment lui-même infaillible déclare donc – si tant est que ce fut nécessaire – que la séparation de l’Eglise et de l’Etat (sous toutes ses formes), condamnée par ses prédécesseurs et lui-même, est infailliblement condamnée.

Benoît XV

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Benoît XV affirma que « les préceptes et les règles de la sagesse chrétienne, condition indispensable de la stabilité et de la tranquillité publiques, ont cessé de présider au gouvernement des États » et que cela était la cause des maux et des guerres. Ainsi, ce Pape détruit l’idée selon laquelle la laïcité pourrait être un facteur de paix :

« Mais ce n’est pas seulement la guerre actuelle avec ses horreurs, qui est la cause du malheur des peuples, et qui provoque Nos anxiétés et Nos alarmes. Il y a un autre mal, inhérent aux entrailles mêmes de la société humaine, un mal funeste, qui épouvante toutes les personnes sensées, car, en outre des ravages qu’il a déjà produits et qu’il produira encore dans les différents Etats, on peut le considérer à bon droit comme la véritable cause de la terrible guerre présente. En effet, depuis que les préceptes et les règles de la sagesse chrétienne, condition indispensable de la stabilité et de la tranquillité publiques, ont cessé de présider au gouvernement des Etats, ceux-ci ont commencé, par une conséquence nécessaire, à chanceler sur leurs bases, et il s’en est suivi dans les idées et dans les mœurs une telle perturbation, que la société humaine court à sa ruine, si Dieu ne se hâte de lui venir en aide. […] Mais cette doctrine de la Foi, doctrine si importante, est négligée par le plus grand nombre, et beaucoup semblent même l’avoir complètement oubliée. Il est donc nécessaire, vénérables Frères, de la faire revivre dans l’esprit de tous : sans cela l’homme et la société humaine n’auront point de paix. » (Encyclique Ad Beatissimi Apostolorum Principis, 1er novembre 1914)

Pie XI

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Encyclique Maximam gravissimamque du 18 janvier 1924 sur les Associations diocésaines, adressée à l’épiscopat français

Certains affirment que Pie XI accepta le principe de laïcité car dans sa Lettre encyclique Maximam gravissimamque du 18 janvier 1924 sur les Associations diocésaines, adressée à l’épiscopat français, il autorisait la création d’associations cultuelles. Ce que saint Pie X avait interdit à l’occasion de la loi de séparation de 1905 dans la Lettre encyclique Gravissimo officii munere du 10 août 1906 interdisant au clergé français de se constituer en associations cultuelles dont nous avons déjà parlé. A cela il faut répondre par les mots même de Pie XI qui, voyant venir la terrible erreur que pourrait engendrer une mauvaise lecture de sa décision, cru nécessaire de déclarer :

« Quoi qu’il en soit, que personne ne se permette de détourner, dans un sens qui est très loin de Notre pensée, Notre déclaration présente, comme si Nous voulions abolir les condamnations portées par Notre prédécesseur de sainte mémoire, Pie X, ou nous réconcilier avec les lois que l’on nomme laïques. Car, ce que Pie X a condamné, Nous le condamnons de même ; et toutes les fois que par « laïcité » on entend un sentiment ou une intention contraire ou étrangère à Dieu et à la religion, Nous réprouvons entièrement cette « laïcité » et Nous déclarons ouvertement qu’elle doit être réprouvée. Qu’on ne dise non plus que Notre permission est d’elle-même en contradiction avec les prohibitions de Pie X ; car celles-ci portent sur des objets bien différents et dans des circonstances non moins différentes. »

Cette seule déclaration de Pie XI suffirait à clore le débat. Toutefois il est intéressant de connaître le contexte de l’autorisation qu’il fit de constituer des associations cultuelles. Il s’agit d’un contexte où cette dernière apparait comme anecdotique, car elle n’est que la conséquence de la en 1921 de la reprise des relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la république dite française, qui avaient été rompues en 1904 ! En effet, en 1904, la France était gouvernée par des anti-cléricaux qui multipliaient les lois anti-religieuses et préparaient la séparation de l’Eglise et de l’Etat qui se concrétisa en 1905. Tandis ce qu’en 1924, elle était gouvernée par des Ministères investis par la XIIè législature de la IIIè république, dont la majorité était détenue par le Bloc national, et dite « Chambre bleu-horizon », élue en 1919 et portant ce surnom car beaucoup de ses membres étaient des vétérans de la Première Guerre Mondiale, lors de laquelle les uniformes de l’armée française étaient bleu-horizon, mais également car elle était à Droite. Aussi la Chambre bleu-horizon était-elle favorable à un rapprochement avec l’Eglise : c’est déjà avec elle qu’en 1921 les relations diplomatiques purent être rétablies, et elle refusa d’étendre la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat à l’Aslace-Moselle, récupérée par la France après la guerre. La constitution d’associations cultuelles qui aurait donc était une soumission à une idéologie perverse en 1906, n’était plus qu’une simple formalité en 1921. C’est cela que Pie XI veut dire lorsqu’il écrit : « Notre permission est d’elle-même en contradiction avec les prohibitions de Pie X ; car celles-ci portent sur des objets bien différents et dans des circonstances non moins différentes. »

On se convaincra de plus que Pie XI n’était pas et ne pouvait pas être une défenseur de la laïcité lorsqu’on lira ses nombreux enseignements contre celle-ci :

Encyclique Ubi Arcano du 23 décembre 1922, encyclique inaugurale de son règne

De plus, les déclarations suivantes du même pape ne laissent subsister aucun doute quant à la réprobation absolue de la séparation de l’Eglise et de l’Etat qui était la sienne :

« De tout temps ces oracles divins se sont vérifiés, mais la vérité n’en a jamais avec une telle évidence éclaté aux yeux de tous que de nos jours. C’est pour s’être misérablement séparés de Dieu et de Jésus-Christ que de leur bonheur d’autrefois les hommes sont tombés dans cet abîme de maux ; c’est pour la même raison que sont frappés d’une stérilité à peu près complète tous les programmes qu’ils échafaudent en vue de réparer les pertes et de sauver ce qui reste de tant de ruines. Dieu et Jésus-Christ ayant été exclus de la législation et des affaires publiques, et l’autorité ne tirant plus son origine de Dieu, mais des hommes, les lois ont perdu la garantie de sanctions réelles et efficaces, ainsi que des principes souverains du droit, qui, aux yeux mêmes de philosophes païens comme Cicéron, ne peuvent dériver que de la loi éternelle de Dieu ; bien plus, les bases mêmes de l’autorité ont été renversées dès là qu’on supprimait la raison fondamentale du droit de commander pour les uns, du devoir d’obéir pour les autres. Inéluctablement, il s’en est suivi un ébranlement de la société tout entière, désormais privée de soutien et d’appui solides, livrée en proie aux factions qui briguaient le pouvoir pour assurer leurs propres intérêts et non ceux de la patrie.

On décida de même que Dieu ni le Seigneur Jésus ne présideraient plus à la fondation de la famille, et l’on fit rentrer dans la catégorie des contrats civils le mariage, dont le Christ avait fait un grand sacrement (Ephes. V, 32) et qui, dans sa pensée, devait être le symbole saint et sanctificateur du lien indissoluble qui l’unit lui-même à son Église. Aussi, dans les masses populaires s’obscurcissent les idées et les sentiments religieux que l’Église avait infusés à la cellule-mère de la société qu’est la famille ; la hiérarchie et la paix du foyer disparaissent ; l’union et la stabilité de la famille sont de jour en jour plus compromises ; le feu des basses convoitises et l’attachement mortel à des intérêts mesquins violent si fréquemment la sainteté du mariage, que les sources mêmes de la vie des familles et des peuples en sont infectées.

Enfin, on a paru exclure Dieu et le Christ de l’éducation de la jeunesse ; on est arrivé, et c’était inévitable, non pas tant à supprimer la religion dans les écoles qu’à l’y faire attaquer à mots couverts ou même ouvertement ; les enfants en ont conclu qu’ils n’avaient rien ou pour le moins fort peu à attendre, pour la conduite de la vie, de cet ordre de choses, qu’on passait absolument sous silence ou dont ou ne parlait qu’avec des termes de mépris. Et, de fait, si Dieu et sa loi sont proscrits de l’enseignement, on ne voit plus comment on peut demander aux jeunes gens de fuir le mal et de mener une vie honnête et sainte, ni comment préparer pour la famille et la société des hommes de mœurs rangées, partisans de l’ordre et de la paix, capables, et à même de contribuer à la prospérité publique. […]

Ayant été seule constituée par Dieu interprète et gardienne de ces vérités et de ces préceptes, l’Église seule aussi jouit à jamais du pouvoir efficace d’extirper de la vie publique, de la famille et de la société civile, la plaie du matérialisme, qui y a déjà opéré tant de ravages ; d’y faire pénétrer les principes chrétiens, bien supérieurs aux systèmes des philosophes, sur la nature spirituelle ou l’immortalité de l’âme ; d’opérer le rapprochement de toutes les classes de citoyens, et d’unir le peuple tout entier par les sentiments d’une profonde bienveillance et par une certaine fraternité (S. Aug., de Moribus Ecclesiæ Catholicæ, I, 30) : de défendre la dignité humaine et de l’élever jusqu’à Dieu qui voit les cœurs, et conforme à ses enseignements et à ses préceptes, que le sentiment sacré du devoir soit la loi de tous, particuliers et gouvernants, et même des institutions publiques ; et qu’ainsi le Christ soit tout et en tous (Coloss. III, 11).

L’Église, qui détient la vérité et le pouvoir du Christ, a seule mission de donner aux esprits la formation qui convient ; elle est aussi seule en mesure non seulement de rétablir aujourd’hui la véritable paix du Christ, mais encore de la consolider pour l’avenir en conjurant les menaces imminentes de nouvelles guerres que Nous avons signalées. Seule, en vertu d’un mandat et d’un ordre divin, l’Église enseigne l’obligation pour les hommes de conformer à la loi éternelle de Dieu toute leur activité, publique aussi bien que privée, en tant que particuliers comme en tant que membres de la collectivité : par ailleurs, il est évident que ce qui a trait au sort du grand nombre a une importance beaucoup plus grande.

Le jour où États et gouvernements se feront un devoir sacré de se régler, dans leur vie politique, au dedans et au dehors, sur les enseignements et les préceptes de Jésus-Christ, alors, mais alors seulement, ils jouiront à l’intérieur d’une paix profitable, entretiendront des rapports de mutuelle confiance, et résoudront pacifiquement les conflits qui pourraient surgir. [en italique : mentionné dans PIN. 514]

En cet ordre d’idées, certains efforts ont bien été tentés jusqu’ici ; mais, on le sait, ils n’ont abouti à rien ou presque rien, principalement sur les points où les divergences internationales sont les plus vives.

C’est qu’il n’est point d’institution humaine en mesure d’imposer à toutes les nations une sorte de Code international, adapté à notre époque, analogue à celui qui régissait au moyen âge cette véritable Société des Nations qui s’appelait la chrétienté. Elle aussi a vu commettre en fait beaucoup trop d’injustices ; du moins la valeur sacrée du droit demeurait incontestée, règle sûre d’après laquelle les nations avaient à rendre leurs comptes.

Mais il est une institution divine capable de garantir l’inviolabilité du droit des gens ; une institution qui, embrassant toutes les nations, les dépasse toutes, qui jouit d’une autorité souveraine et du glorieux privilège de la plénitude du magistère, c’est l’Église du Christ : seule elle se montre à la hauteur d’une si grande tâche grâce à sa mission divine, à sa nature, à sa constitution même, et au prestige que lui confèrent les siècles ; et les vicissitudes mêmes des guerres, loin de l’amoindrir, lui apportent de merveilleux développements.

Il ne saurait donc y avoir aucune paix véritable – cette paix du Christ si désirée – tant que tous les hommes ne suivront pas fidèlement les enseignements, les préceptes et les exemples du Christ, dans l’ordre de la vie publique comme de la vie privée ; il faut que, la famille humaine régulièrement organisée, l’Église puisse enfin, en accomplissement de sa divine mission, maintenir vis-à-vis des individus comme de la société tous et chacun des droits de Dieu.

Tel est le sens de notre brève formule : le règne du Christ.

Jésus-Christ, en effet, règne d’abord sur tous les hommes pris individuellement : il règne sur leurs esprits par ses enseignements, sur leurs cœurs par la charité, sur toute leur vie enfin quand elle se conforme à sa loi et imité ses exemples.

Jésus-Christ règne ensuite dans la famille lorsque, ayant à sa base le sacrement du mariage chrétien, elle conserve inviolablement son caractère d’institution sacrée, où l’autorité paternelle reflète la paternité divine qui en est la source et lui donne son nom (Ephes. III, 15), où les enfants imitent l’obéissance de Jésus adolescent, et dont toute la vie respire la sainteté de la Famille de Nazareth.

Jésus-Christ règne dans la société lorsque, rendant à Dieu un souverain hommage, elle reconnaît que c’est de lui que dérivent l’autorité et ses droits, ce qui donne au pouvoir ses règles, à l’obéissance son caractère impératif et sa grandeur ; quand cette société reconnaît à l’Église son privilège, qu’elle tient de son Fondateur, de société parfaite, maîtresse et guide des autres sociétés ; non que l’Église amoindrisse l’autorité de ces sociétés – légitimes chacune dans sa sphère, – mais elle les complète très heureusement, comme le fait la grâce pour la nature ; d’ailleurs le concours de l’Église permet à ces sociétés d’apporter aux hommes une aide puissante pour atteindre leur fin dernière, qui est le bonheur éternel, et les met plus à même d’assurer le bonheur de leurs membres durant leur vie mortelle.

Il apparaît ainsi clairement qu’il n’y a de paix du Christ que par le règne du Christ, et que le moyen le plus efficace de travailler au rétablissement de la paix est de restaurer le règne du Christ.

Aussi, lorsqu’il s’efforçait de tout restaurer dans le Christ, Pie X, comme par une inspiration divine, préparait cette grande œuvre du rétablissement de la paix, qui devait être le programme de Benoît XV. […]

Un événement très remarquable, que vous connaissez bien, est venu ces tout derniers temps offrir comme un augure de cette unité religieuse ; il s’est produit contre l’attente de tous, a pu déplaire à certains, mais Nous a procuré à Nous et à vous une joie très profonde : la plupart des princes et les chefs de presque toutes les nations, comme pressés par un même désir instinctif de paix, ont cherché comme à l’envi soit à renouer d’anciens liens d’amitié, soit à entrer pour la première fois en relations avec ce Siège apostolique. Nous avons le droit de nous réjouir de ce fait : non seulement il rehausse le prestige de l’Église, mais encore il constitue un hommage plus éclatant rendu à ses services, et fait toucher du doigt à tous la vertu merveilleuse dont seule dispose l’Église de Dieu pour assurer toute prospérité même temporelle, à la société humaine.

Encore que, de par sa mission divine, elle ait directement en vue les biens spirituels et non les biens périssables, l’Église – tous les biens se favorisant et s’enchaînant les uns les autres – n’en coopère pas moins à la prospérité, même terrestre, des individus et de la société, et cela avec une efficacité qu’elle ne pourrait surpasser si elle n’avait pour but que le développement de cette prospérité.

Certes, l’Église ne se reconnaît point le droit de s’immiscer sans raison dans la conduite des affaires temporelles et purement politiques, mais son intervention est légitime quand elle cherche à éviter que la société civile tire prétexte de la politique, soit pour restreindre en quelque façon que ce soit les biens supérieurs d’où dépend le salut éternel des hommes, soit pour nuire aux intérêts spirituels par des lois et décrets iniques, soit pour porter de graves atteintes à la divine constitution de l’Église, soit enfin pour fouler aux pieds les droits de Dieu lui-même dans la société. » (Encyclique Ubi Arcano, 23 décembre 1922)

Encyclique Quas Primas du 11 décembre 1925 instaurant la Fête du Christ-Roi

Le 11 décembre 1925, Pie XI promulgua la Lettre encyclique Quas Primas dont on pourrait dire de cette encyclique que tout est dans son sous-titre : « De l’institution d’une fête du Christ-Roi ». Elle mériterait d’être lue dans son entier, mais nous nous limitons ci-dessous à recenser quelques passages significatifs :

« Mais, pour entrer plus à fond dans Notre sujet, il est de toute évidence que le nom et la puissance de roi doivent être attribués, au sens propre du mot, au Christ dans son humanité ; car c’est seulement du Christ en tant qu’homme qu’on peut dire : Il a reçu du Père la puissance, l’honneur et la royauté. [DANIEL, VII 13-14] » (Encyclique Quas Primas, 11 décembre 1925, n° 5)

« Il est presque inutile de rappeler qu’elle comporte les trois pouvoirs, sans lesquels on saurait à peine concevoir l’autorité royale. Les textes des Saintes Lettres que Nous avons apportés en témoignage de la souveraineté universelle de notre Rédempteur le prouvent surabondamment. C’est, d’ailleurs, un dogme de foi catholique que le Christ Jésus a été donné aux hommes à la fois comme Rédempteur, de qui ils doivent attendre leur salut, et comme Législateur, à qui ils sont tenus d’obéir [Concile de Trente sess. VI c. 21, Denzinger n. 831.]. Les évangélistes ne se bornent pas à affirmer que le Christ a légiféré, mais ils nous le montrent dans l’exercice même de son pouvoir législatif. A tous ceux qui observent ses préceptes, le divin Maître déclare, en diverses occasions et de diverses manières, qu’ils prouveront ainsi leur amour envers lui et qu’ils demeureront en son amour [Cf. S. JEAN, XIV 15 ; XV 10]. Quant au pouvoir judiciaire, Jésus en personne affirme l’avoir reçu du Père, dans une réponse aux Juifs qui l’accusaient d’avoir violé le Sabbat en guérissant miraculeusement un malade durant ce jour de repos : « Le Père, leur dit-il, ne juge personne, mais il a donné au Fils tout jugement [S. JEAN, V 22]. Dans ce pouvoir judiciaire est également compris – car il en est inséparable – le droit de récompenser ou de châtier les hommes, même durant leur vie. Il faut encore attribuer au Christ le pouvoir exécutif : car tous inéluctablement doivent être soumis à son empire ; personne ne pourra éviter, s’il est rebelle, la condamnation et les supplices que Jésus a annoncés. » (Ibid. n° 10, PIN. 536)

« Toutefois, ce royaume est avant tout spirituel et concerne avant tout l’ordre spirituel : les paroles de la Bible que Nous avons rapportées plus haut en sont une preuve évidente, que vient confirmer, à maintes reprises, l’attitude du Christ-Seigneur.

Quand les Juifs, et même les Apôtres, s’imaginent à tort que le Messie affranchira son peuple et restaurera le royaume d’Israël, il détruit cette illusion et leur enlève ce vain espoir ; lorsque la foule qui l’entoure veut, dans son enthousiasme, le proclamer roi, il se dérobe à ce titre et à ces honneurs par la fuite et en se tenant caché ; devant le gouverneur romain, encore, il déclare que son royaume n’est pas de ce monde. Dans ce royaume, tel que nous le dépeignent les Evangiles, les hommes se préparent à entrer en faisant pénitence. Personne ne peut y entrer sans la foi et sans le baptême ; mais le baptême, tout en étant un rite extérieur, figure et réalise une régénération intime. Ce royaume s’oppose uniquement au royaume de Satan et à la puissance des ténèbres ; à ses adeptes il demande non seulement de détacher leur cœur des richesses et des biens terrestres, de pratiquer la douceur et d’avoir faim et soif de la justice, mais encore de se renoncer eux-mêmes et de porter leur croix. C’est pour l’Eglise que le Christ, comme Rédempteur, a versé le prix de son sang ; c’est pour expier nos péchés que, comme Prêtre, il s’est offert lui-même et s’offre perpétuellement comme victime : qui ne voit que sa charge royale doit revêtir le caractère spirituel et participer à la nature supraterrestre de cette double fonction ? » (Ibid. n° 11)

« D’autre part, ce serait une erreur grossière de refuser au Christ-Homme la souveraineté sur les choses temporelles, quelles qu’elles soient : il tient du Père sur les créatures un droit absolu, lui permettant de disposer à son gré de toutes ces créatures.

Néanmoins, tant qu’il vécut sur terre, il s’est totalement abstenu d’exercer cette domination terrestre, il a dédaigné la possession et l’administration des choses humaines, abandonnant ce soin à leurs possesseurs. Ce qu’il a fait alors, il le continue aujourd’hui. Pensée exprimée d’une manière fort heureuse dans la liturgie : « Il ne ravit point les diadèmes éphémères, celui qui distribue les couronnes du ciel » [Non eripit mortalia, qui regna dat coelestia, Office de la fête de l’Epiphanie, hymne Crudelis Herodes] » (Ibid. n°12)

« Ainsi donc, le souverain domaine de notre Rédempteur embrasse la totalité des hommes. Sur ce sujet, Nous faisons Volontiers Nôtres les paroles de Notre Prédécesseur Léon XIII, d’immortelle mémoire: « Son empire ne s’étend pas exclusivement aux nations catholiques ni seulement aux chrétiens baptisés, qui appartiennent juridiquement à l’Eglise même s’ils sont égarés loin d’elle par des opinions erronées ou séparés de sa communion par le schisme; il embrasse également et sans exception tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l’empire du Christ Jésus, c’est, en stricte vérité, l’universalité du genre humain [LÉON XIII, Lettre encyclique Annum sacrum, 25 mai 1899 AAS XXXI (1898-1899) 647]. » Et, à cet égard, il n’y a lieu de faire aucune différence entre les individus, les familles et les Etats ; car les hommes ne sont pas moins soumis à l’autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée. Il est l’unique source du salut, de celui des sociétés comme de celui des individus : Il n’existe de salut en aucun autre ; aucun autre nom ici-bas n’a été donné aux hommes qu’il leur faille invoquer pour être sauvés [Actes IV 12]. Il est l’unique auteur, pour l’Etat comme pour chaque citoyen, de la prospérité et du vrai bonheur : « La cité ne tient pas son bonheur d’une autre source que les particuliers, vu qu’une cité n’est pas autre chose qu’un ensemble de particuliers unis en société [S. AUGUSTIN, Epist. CLIII ad Macedonium ch. III, PL XXXIII, 656]. » Les chefs d’Etat ne sauraient donc refuser de rendre – en leur nom personnel, et avec tout leur peuple – des hommages publics, de respect et de soumission à la souveraineté du Christ ; tout en sauvegardant leur autorité, ils travailleront ainsi à promouvoir et à développer la prospérité nationale. » (Ibid. n° 13, cf. PIN. 543)

« Au début de Notre Pontificat, Nous déplorions combien sérieusement avaient diminué le prestige du droit et le respect dû à l’autorité; ce que Nous écrivions alors n’a perdu dans le temps présent ni de son actualité ni de son à-propos : « Dieu et Jésus-Christ ayant été exclus de la législation et des affaires publiques, et l’autorité ne tenant plus son origine de Dieu mais des hommes, il arriva que… les bases mêmes de l’autorité furent renversées dès lors qu’on supprimait la raison fondamentale du droit de commander pour les uns, du devoir d’obéir pour les autres. Inéluctablement, il s’en est suivi un ébranlement de la société humaine tout entière, désormais privée de soutien et d’appui solides. » [PIE XI, Lettre encyclique Ubi arcano, 23 décembre 1922, AAS XIV (1922), 683, CH n. 936]

Si les hommes venaient à reconnaître l’autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables – une juste liberté, l’ordre et la tranquillité, la concorde et la paix — se répandraient infailliblement sur la société tout entière.

En imprimant à l’autorité des princes et des chefs d’Etat un caractère sacré, la dignité royale de Notre Seigneur ennoblit du même coup les devoirs et la soumission des citoyens. Au point que l’Apôtre saint Paul, après avoir ordonné aux femmes mariées et aux esclaves de révérer le Christ dans la personne de leur mari et dans celle de leur maître, leur recommandait néanmoins de leur obéir non servilement comme à des hommes, mais uniquement en esprit de foi comme à des représentants du Christ ; car il est honteux, quand on a été racheté par le Christ, d’être soumis servilement à un homme: Vous avez été rachetés un grand prix, ne soyez plus soumis servilement à des hommes. [S. PAUL, I Cor. VII 25].

Si les princes et les gouvernants légitimement choisis étaient persuadés qu’ils commandent bien moins en leur propre nom qu’au nom et à la place du divin Roi, il est évident qu’ils useraient de leur autorité avec toute la vertu et la sagesse possibles. Dans l’élaboration et l’application des lois, quelle attention ne donneraient-ils pas au bien commun et à la dignité humaine de leurs subordonnés ! » (Idid. N° 14)

« Alors on verrait l’ordre et la tranquillité s’épanouir et se consolider ; toute cause de révolte se trouverait écartée ; tout en reconnaissant dans le prince et les autres dignitaires de l’Etat des hommes comme les autres, ses égaux par la nature humaine, en les voyant même, pour une raison ou pour une autre, incapables ou indignes, le citoyen ne refuserait point pour autant de leur obéir quand il observerait qu’en leurs personnes s’offrent à lui l’image et l’autorité du Christ Dieu et Homme.

Alors les peuples goûteraient les bienfaits de la concorde et de la paix. Plus loin s’étend un royaume, plus il embrasse l’universalité du genre humain, plus aussi – c’est incontestable – les hommes prennent conscience du lien mutuel qui les unit. Cette conscience préviendrait et empêcherait la plupart des conflits ; en tout cas, elle adoucirait et atténuerait leur violence. Pourquoi donc, si le royaume du Christ s’étendait de fait comme il s’étend en droit à tous les hommes, pourquoi désespérer de cette paix que le Roi pacifique est venu apporter sur la terre ? Il est venu tout réconcilier [S. PAUL, Coloss. I 20] ; il n’est pas venu pour être servi, mais pour servir [S. MATTHIEU, XX 28] ; maître de toutes créatures, il a donné lui-même l’exemple de l’humilité et a fait de l’humilité, jointe au précepte de la charité, sa loi principale ; il a dit encore : Mon joug est doux à porter et le poids de mon autorité léger [S. MATTHIEU, XI 30]. » (Idid. N°15)

« Oh ! qui dira le bonheur de l’humanité si tous, individus, familles, Etats, se laissaient gouverner par le Christ ! « Alors enfin – pour reprendre les paroles que Notre Prédécesseur Léon XIII adressait, il y a vingt-cinq ans, aux évêques de l’univers – il serait possible de guérir tant de blessures ; tout droit retrouverait, avec sa vigueur native, son ancienne autorité ; la paix réapparaîtrait avec tous ses bienfaits; les glaives tomberaient et les armes glisseraient des mains, le jour où tous les hommes accepteraient de bon cœur la souveraineté du Christ, obéiraient à ses commandements, et où toute langue confesserait que « le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père »[ LÉON XIII, Lettre encyclique Annum sacrum, 25 mai 1899, AAS XXXI (1898-1899) 647] ». » (Ibid. n°16)

« C’est ici Notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d’apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine. Nous le faisons en prescrivant à l’univers catholique le culte du Christ-Roi. La peste de notre époque, c’est le laïcisme, ainsi qu’on l’appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles. Comme vous le savez, Vénérables Frères, ce fléau n’est pas apparu brusquement ; depuis longtemps, il couvait au sein des Etats. On commença, en effet, par nier la souveraineté du Christ sur toutes les nations ; on refusa à l’Eglise le droit – conséquence du droit même du Christ – d’enseigner le genre humain, de porter des lois, de gouverner les peuples en vue de leur béatitude éternelle. Puis, peu à peu, on assimila la religion du Christ aux fausses religions et, sans la moindre honte, on la plaça au même niveau. On la soumit, ensuite, à l’autorité civile et on la livra pour ainsi dire au bon plaisir des princes et des gouvernants. Certains allèrent jusqu’à vouloir substituer à la religion divine une religion naturelle ou un simple sentiment de religiosité. Il se trouva même des Etats qui crurent pouvoir se passer de Dieu et firent consister leur religion dans l’irréligion et l’oubli conscient et volontaire de Dieu. Les fruits très amers qu’a portés, si souvent et d’une manière si persistante, cette apostasie des individus et des Etats désertant le Christ, Nous les avons déplorés dans l’Encyclique Ubi arcano [PIE XI, Lettre encyclique Ubi arcano, 23 décembre 1922, AAS XIV (1922) 673-700, CH pp. 602-629]. Nous les déplorons de nouveau aujourd’hui. Fruits de cette apostasie, les germes de haine, semés de tous côtés; les jalousies et les rivalités entre peuples, qui entretiennent les querelles internationales et retardent, actuellement encore, l’avènement d’une paix de réconciliation; les ambitions effrénées, qui se couvrent bien souvent du masque de l’intérêt public et de l’amour de la patrie, avec leurs tristes conséquences: les discordes civiles, un égoïsme aveugle et démesuré qui, ne poursuivant que les satisfactions et les avantages personnels, apprécie toute chose à la mesure de son propre intérêt. Fruits encore de cette apostasie, la paix domestique bouleversée par l’oubli des devoirs et l’insouciance de la conscience ; l’union et la stabilité des familles chancelantes ; toute la société, enfin, ébranlée et menacée de ruine. » (Ibid. n° 18, cf. PIN 543)

« Mais il y a plus. Une fête célébrée chaque année chez tous les peuples en l’honneur du Christ-Roi sera souverainement efficace pour incriminer et réparer en quelque manière cette apostasie publique, si désastreuse pour la société, qu’a engendrée le laïcisme. Dans les conférences internationales et dans les Parlements, on couvre d’un lourd silence le nom très doux de notre Rédempteur ; plus cette conduite est indigne et plus haut doivent monter nos acclamations, plus doit être propagée la déclaration des droits que confèrent au Christ sa dignité et son autorité royales. » (Ibid. n°19)

« Au terme de cette Lettre, Nous voudrions encore, Vénérables Frères, vous exposer brièvement les fruits que Nous Nous promettons et que Nous espérons fermement, tant pour l’Eglise et la société civile que pour chacun des fidèles, de ce culte public rendu au Christ-Roi.

L’obligation d’offrir les hommages que Nous venons de dire à l’autorité souveraine de Notre Maître ne peut manquer de rappeler aux hommes les droits de l’Eglise. Instituée par le Christ sous la forme organique d’une société parfaite, en vertu de ce droit originel, elle ne peut abdiquer la pleine liberté et l’indépendance complète à l’égard du pouvoir civil. Elle ne peut dépendre d’une volonté étrangère dans l’accomplissement de sa mission divine d’enseigner, de gouverner et de conduire au bonheur éternel tous les membres du royaume du Christ.

Bien plus, l’Etat doit procurer une liberté semblable aux Ordres et aux Congrégations de religieux des deux sexes. Ce sont les auxiliaires les plus fermes des pasteurs de l’Eglise; ceux qui travaillent le plus efficacement à étendre et à affermir le royaume du Christ, d’abord, en engageant la lutte par la profession des trois vœux de religion contre le monde et ses trois concupiscences; ensuite, du fait d’avoir embrassé un état de vie plus parfait, en faisant resplendir aux yeux de tous, avec un éclat continu et chaque jour grandissant, cette sainteté dont le divin Fondateur a voulu faire une note distinctive de la véritable Eglise. » (Ibid. n°21)

« Les Etats, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l’obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d’obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui l’ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l’ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles ; car sa dignité royale exige que l’État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens dans l’établissement des lois, dans l’administration de la justice, dans la formation intellectuelle et morale de la jeunesse, qui doit respecter la saine doctrine et la pureté des mœurs. » (Ibid. n° 21, cf. PIN. 569)

Encyclique Divini Illius Magistri, 31 décembre 1929 sur l’éducation chrétienne de la jeunesse

Pie XI rappelle comme ses prédécesseurs Pie IX et Léon XIII que l’éducation chrétienne est indispensable à toute société humaine, cette idée exclut absolument la laïcité :

« Mais aussi, dans l’ordre présent de la Providence, c’est-à-dire depuis que Dieu s’est révélé dans son Fils unique, qui seul est la voie, la vérité et la vie [S. JEAN, XIV, 6], il ne peut y avoir d’éducation complète et parfaite en dehors de l’éducation chrétienne.

On voit par-là l’importance suprême de l’éducation chrétienne, non seulement pour chaque individu, mais aussi pour les familles et pour toute la communauté humaine, dont la perfection suit nécessairement la perfection des éléments qui la composent. Pareillement, des principes énoncés ressort clairement et avec évidence l’excellence, peut-on dire incomparable, de l’œuvre de l’éducation chrétienne, puisqu’elle a pour but, en dernière analyse, d’assurer aux âmes de ceux qui en sont l’objet la possession de Dieu, le Souverain Bien, et à la communauté humaine le maximum de bien-être réalisable sur cette terre; ce qui s’accomplit de la part de l’homme de la manière la plus efficace qui soit possible, lorsqu’il coopère avec Dieu au perfectionnement des individus et de la société. L’éducation, en effet, imprime aux âmes la première, la plus puissante et la plus durable direction dans la vie, selon une sentence du sage bien connue : Le jeune homme suit sa voie ; et même lorsqu’il sera vieux il ne s’en détournera pas [Proverbes XXII, 6]. C’est ce qui faisait dire avec raison à saint Jean Chrysostome : « Qu’y a-t-il de plus grand que de gouverner les âmes et de former les jeunes gens aux bonnes mœurs ? » [S. JEAN CHRYSOSTOME, In Matthaeum homilia LX, PG LVII 573] […]

Cependant, pour ce qui concerne l’objet propre de sa mission, c’est-à-dire « la foi et la règle des mœurs, Dieu lui-même a fait l’Église participante de son divin magistère et l’a mise, par privilège divin, à l’abri de l’erreur. Elle est donc la maîtresse suprême et très sûre des hommes, et elle a reçu un droit inviolable au libre exercice de son magistère » [LÉON XIII, Lettre encyclique Libertas præstantissimum, 20 juin 1888, ASS XX (1888) 607. Cf. CH n. 85]. La conséquence nécessaire en est l’indépendance de l’Église vis-à-vis de tout pouvoir terrestre, aussi bien dans l’origine que dans l’exercice de sa mission éducatrice, et non seulement dans ce qui concerne l’objet propre de cette mission, mais aussi dans le choix des moyens nécessaires ou convenables pour la remplir. De là, à l’égard de toute autre science humaine et de tout enseignement qui, considérés en eux-mêmes, sont le patrimoine de tous, individus et sociétés, l’Église a le droit indépendant d’en user et surtout d’en juger, dans la mesure où ils peuvent se montrer utiles ou contraires à l’éducation chrétienne. Il en est ainsi parce que l’Église, en tant que société parfaite, a un droit indépendant sur les moyens propres à sa fin, et que tout enseignement, comme toute action humaine, a une relation nécessaire de dépendance vis-à-vis de la fin dernière de l’homme, et ne peut, dès lors, se soustraire aux règles de la loi divine, dont l’Église est la gardienne, l’interprète et la maîtresse infaillible.

C’est ce que Pie X, de sainte mémoire, a clairement exprimé : « Quoi que fasse un chrétien, même dans l’ordre des choses terrestres, il ne lui est pas permis de négliger les biens surnaturels ; bien plus, il doit, selon les enseignements de la sagesse chrétienne, diriger toutes choses vers le Souverain Bien comme vers la fin dernière. En outre, toutes ses actions, en tant que bonnes ou mauvaises moralement, c’est-à-dire en tant que conformes ou non au droit naturel et divin, sont sujettes au jugement et à la juridiction de l’Église » [PIE X, Lettre encyclique Singulari quadam, 24 septembre 1912, AAS XV (1912) 658. Cf. CH n. 499].

Il vaut la peine de remarquer combien parfaitement a su comprendre et exprimer cette doctrine catholique fondamentale un laïque, écrivain admirable autant que penseur profond et consciencieux : « Quand l’Église dit que la morale lui appartient vraiment, par-là elle n’entend pas affirmer que celle-ci est exclusivement de son domaine, mais qu’elle lui revient dans sa totalité. Elle n’a jamais prétendu qu’en dehors d’elle et sans son enseignement l’homme ne puisse connaître aucune vérité morale ; au contraire, elle a même réprouvé cette doctrine plus d’une fois, parce qu’elle s’est montrée sous plus d’une forme. Certes, elle dit encore, comme elle l’a dit et le dira toujours, que par l’institution qu’elle a reçue de Jésus-Christ et par le Saint-Esprit qui lui a été envoyé au nom de Jésus-Christ par le Père, elle seule possède originairement, et sans pouvoir la perdre, la vérité morale tout entière dans laquelle sont comprises toutes les vérités morales particulières, aussi bien celles que l’homme peut arriver à connaître par le seul moyen de la raison, que celles qui font partie de la Révélation ou qui peuvent s’en déduire » [A. MANZONI, Osservazioni sulla morale cattolica III]. […]

De là il ressort nécessairement que l’école dite neutre ou laïque, d’où est exclue la religion, est contraire aux premiers principes de l’éducation. Une école de ce genre est d’ailleurs pratiquement irréalisable, car, en fait, elle devient irréligieuse. Inutile de reprendre ici tout ce qu’ont dit sur cette matière Nos Prédécesseurs, notamment Pie IX et Léon XIII, parlant en ces temps où le laïcisme commençait à sévir dans les écoles publiques. Nous renouvelons et confirmons leurs déclarations et, avec elles, les prescriptions des sacrés canons : La fréquentation des écoles non catholiques, ou neutres ou mixtes (celles à savoir qui s’ouvrent indifféremment aux catholiques et non-catholiques, sans distinction), doit être interdite aux enfants catholiques ; elle ne peut être tolérée qu’au jugement de l’Ordinaire, dans des circonstances bien déterminées de temps et de lieu et sous de spéciales garanties.

Il ne peut donc même être question d’admettre pour les catholiques cette école mixte (plus déplorable encore si elle est unique et obligatoire pour tous) où, l’instruction religieuse étant donnée à part aux élèves catholiques, ceux-ci reçoivent tous les autres enseignements de maîtres non catholiques, en commun avec les élèves non catholiques.

Ainsi donc, le seul fait qu’il s’y donne une instruction religieuse (souvent avec trop de parcimonie) ne suffit pas pour qu’une école puisse être jugée conforme aux droits de l’Église et de la famille chrétienne et digne d’être fréquentée par les enfants catholiques.

Pour cette conformité, il est nécessaire que tout l’enseignement, toute l’ordonnance de l’école, personnel, programmes et livres, en tout genre de discipline, soient régis par un esprit vraiment chrétien sous la direction et la maternelle vigilance de l’Église, de telle façon que la religion soit le fondement et le couronnement de tout l’enseignement, à tous les degrés, non seulement élémentaire, mais moyen et supérieur : « Il est indispensable, pour reprendre les paroles de Léon XIII, que non seulement à certaines heures la religion soit enseignée aux jeunes gens, mais que tout le reste de la formation soit imprégné de piété chrétienne. Sans cela, si ce souffle sacré ne pénètre pas et ne réchauffe pas l’esprit des maîtres et des disciples, la science, quelle qu’elle soit, sera de bien peu de profit ; souvent même il n’en résultera que des dommages sérieux » [LÉON XIII, Lettre encyclique Militantis Ecclesiae, 1er août 1897, ASS XXX (1897-1898) 3].

Et qu’on ne dise pas qu’il est impossible à l’État, dans une nation de croyances diverses, de pourvoir à l’instruction publique autrement que par l’école neutre ou par l’école mixte, puisqu’il doit le faire pour être plus raisonnable, et qu’il le peut plus facilement en laissant la liberté et en venant en aide par des subsides appropriés à l’initiative et à l’action de l’Église et des familles.

Que cela soit réalisable à la satisfaction des familles et pour le bien de l’instruction, de la paix et de la tranquillité publiques, l’exemple de certains peuples, divisés en plusieurs confessions religieuses, le démontre. Chez eux l’organisation scolaire sait se conformer aux droits des familles en matière d’éducation pour tout l’enseignement (spécialement en accordant des écoles entièrement catholiques aux catholiques), mais ils observent encore le respect de la justice distributive, l’État donnant des subsides à toute école voulue par les familles.

En d’autres pays de religion mixte, les choses se passent autrement, mais là au prix d’une lourde charge pour les catholiques. Ceux-ci, sous les auspices et la direction de l’épiscopat, avec le concours infatigable du clergé séculier et régulier, soutiennent complètement à leurs frais l’école catholique pour leurs enfants, telle que l’exige d’eux un grave devoir de conscience. Avec une générosité et une constance dignes de tout éloge, ils persévèrent dans leur résolution d’assurer entièrement (comme ils l’expriment dans une sorte de mot d’ordre) : « L’éducation catholique, pour toute la jeunesse catholique, dans des écoles catholiques ».

Pareil programme, si les deniers publics ne lui viennent pas en aide, comme le demanderait la justice distributive, du moins ne pourra pas être entravé par le pouvoir civil qui a vraiment conscience des droits de la famille et des conditions indispensables de la légitime liberté.

Mais là aussi où cette liberté élémentaire est empêchée ou contrecarrée de différentes manières, les catholiques ne s’emploieront jamais assez, fût-ce au prix des plus grands sacrifices, à soutenir et à défendre leurs écoles, comme à obtenir des lois justes en matière d’enseignement. » (Encyclique Divini Illius Magistri, 31 décembre 1929)

Encyclique Dilectissima Nobis, 3 juin 1933

« Mais, pour en revenir à cette funeste loi sur les “Confessions religieuses et les Congrégations”, grande a été Notre douleur, en constatant que les législateurs ont ouvertement affirmé dès le début que l’État n’a aucune religion particulière et que, par suite, ils voulaient confirmer et ratifier le principe de la séparation de l’Église et de l’État. […] Sans nous arrêter longtemps sur ce point, Nous voulons tout de suite affirmer combien sont loin de la vérité et se trompent ceux qui tiennent pour permise en soi et bonne pareille séparation. »

Encyclique Mit brennender Sorge, 14 mars 1937

« Les évêques de l’Église du Christ, établis « pour ce qui se rapporte à Dieu » (Hebr., V, I), doivent veiller à ce que de pernicieuses erreurs de cette sorte, que des pratiques encore plus pernicieuses ont coutume de suivre, ne prennent pas pied parmi les fidèles. Il appartient à la sainteté de leur charge de tout faire, autant qu’il dépend d’eux, pour que les commandements de Dieu soient considérés et observés, comme étant le fondement obligatoire de toute vie privée et publique moralement ordonnée ; pour que les droits de la Majesté divine, le Nom et la parole de Dieu ne soient pas profanés (Tite, II, 5) ; pour mettre fin aux blasphèmes qui par la parole, la plume et l’image sont multipliés aujourd’hui comme le sable de la mer ; pour que, à côté de l’obstination et des provocations de ceux qui nient Dieu, qui méprisent Dieu, qui haïssent Dieu, ne se relâche jamais la prière réparatrice des fidèles, qui tel un encens, d’heure en heure, monte vers le Très-Haut et arrête sa main vengeresse. » (Encyclique Mit brennender Sorge, 14 mars 1937)

Pie XII

Allocution à la colonie des Marches, 23 mars 1958

Les catholiques défenseurs de la laïcité invoquent souvent l’autorité de Pie XII, affirmant que ce dernier plaidait en faveur d’une « saine laïcité ». Mais à la réalité cette expression n’a pas dans la pensée de Pie XII le sens qu’ils lui donnent. En effet, voici la citation complète :

« Il y en a qui s’agitent parce qu’ils craignent que le christianisme prenne à César ce qui est à César. Comme si donner à César ce qui lui appartient n’était pas un commandement de Jésus ; comme si la légitime et saine laïcité de l’Etat n’était pas un des principes de la doctrine catholique ; comme si ce n’était pas la tradition de l’Église de faire un effort continuel pour maintenir les deux pouvoirs distincts et toutefois unis, selon les vrais principes ; comme si, par contre, le mélange du sacré et du profane ne s’était pas le plus fortement vérifié dans l’histoire, quand une partie des fidèles s’est détachée de l’Église. » (Allocution à la colonie des Marches, 23 mars 1958)

Il saute aux yeux que dans ce contexte, la seule chose que Pie XII condamne est le gouvernement clérical ou du moins l’empiétement du spirituel en dehors de son champ de compétence. Cela est pareillement affirmé par ses prédécesseurs condamnant la laïcité comme nous venons de le voir. Ici, la notion de « laïcité » est synonyme de « non-clérical » et pas de « non-religieux ». Selon cette définition le pouvoir séculier le plus catholique de tous les temps, le royaume de France sous saint Louis, était laïc. C’est d’ailleurs ce modèle de chrétienté que Pie XII souhaite, comme il le manifestera en de nombreuses occasions, dont la plus importante est à mon sens la suivante :

Discours au Xe congrès international des sciences historiques du 7 septembre 1955

« L’historien ne devrait pas oublier que, si l’Eglise et l’Etat connurent des heures et des années de lutte, il y eut, de Constantin le Grand jusqu’à l’époque contemporaine et même récente des périodes tranquilles, souvent prolongées, pendant lesquelles ils collaborèrent dans une pleine compréhension à l’éducation des mêmes personnes. L’Eglise ne dissimule pas qu’elle considère en principe cette collaboration comme normale, et qu’elle regarde comme un idéal l’unité du peuple dans la vraie religion et l’unanimité d’action entre elle et l’Etat. » (Discours au Xe congrès international des sciences historiques, 7 septembre 1955).

Il est vrai que Pie XII poursuivait ainsi :

« Mais elle [l’Eglise] sait aussi que depuis un certain temps les événements évoluent plutôt dans l’autre sens, c’est-à-dire vers la multiplicité des confessions religieuses et des conceptions de vie dans une même communauté nationale, où les catholiques constituent une minorité plus ou moins forte.  Il peut être intéressant et même surprenant pour l’Histoire, de rencontrer aux États-Unis d’Amérique un exemple, parmi d’autres, de la manière dont l’Eglise réussit à s’épanouir dans des situations les plus disparates. » (Ibid.)

Mais cette précision ne change rien à ce que l’Eglise considère comme « normal » et comme « l’idéal », par rapport à ce qu’elle tient pour l’exception liée à des « circonstances particulières ». Un état de fait qui tend de plus en plus à la négation du principe laisse néanmoins intact le principe ! Le Pape Pie XII constate simplement la laïcisation progressive et générale des nations où le Christ régnait auparavant de droit et de fait, et il note ensuite que paradoxalement, dans certains pays où le Christ n’avait jamais régné selon la « thèse » catholique, l’Eglise réussit à s’épanouir. Il n’y a aucune différence entre ce qu’exprime Pie XII au sujet de la laïcité en Amérique d’avec ce que disait son prédécesseur Léon XIII qui, comme nous l’avons vu, prescrivait d’accepter ce système pour des raisons de circonstances tout en le condamnant dans l’absolu. Nous voyons ainsi qu’en prônant une « légitime et saine laïcité de l’Etat ». Pie XII ne justifie nullement que les Etats puissent être non-confessionnels, au contraire, il rejoint parfaitement Pie XI qui, comme nous l’avons vu, prenait bien soin de mettre entre guillemets le mot « laïcité », sous entendant qu’un Etat pouvait dans l’absolu recevoir le qualificatif de laïc sans que cela ne soit mauvais – par exemple la France de saint Louis – sans que cela ne signifie en aucune manière la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Pour achever de nous convaincre que le regard de Pie XII sur la laïcité était le même que celui de ses prédécesseurs, et donc contraire à celui de ses successeurs, il nous suffira de prendre connaissance des déclarations suivantes :

Encyclique Summi Pontificatus du 20 octobre 1939

« La diffusion et l’approfondissement du culte rendu au Divin Cœur du Rédempteur, culte qui trouva son splendide couronnement non seulement dans la consécration de l’humanité, au déclin du siècle dernier, mais aussi dans l’introduction de la fête de la Royauté du Christ par Notre immédiat prédécesseur, d’heureuse mémoire, ont été une source d’indicibles bienfaits pour des âmes sans nombre, un fleuve qui réjouit de ses courants la Cité de Dieu [Ps., XLV, 5]. Quelle époque eu jamais plus grand besoin que la nôtre de ces bienfaits ? Quelle époque fut plus que la nôtre tourmentée de vide spirituel et de profonde indigence intérieure, en dépit de tous les progrès d’ordre technique et purement civil ? Ne peut-on pas lui appliquer la parole révélatrice de l’Apocalypse : Tu dis : je suis riche et dans l’abondance et je n’ai besoin de rien ; et tu ne sais pas que tu es un malheureux, un misérable, pauvre, aveugle et nu [Apoc., III, 17] ?

Vénérables Frères, peut-il y avoir un devoir plus grand et plus urgent que d’annoncer les insondables richesses du Christ [Eph., III, 8] aux hommes de notre temps ? Et peut-il y avoir chose plus noble que de déployer les Etendards du Roi – Vexilla Regis – devant ceux qui ont suivi et suivent des emblèmes trompeurs, et de regagner au drapeau victorieux de la Croix ceux qui l’ont abandonné ? […]

Vénérables Frères, si l’oubli de la loi de charité universelle, qui seule peut consolider la paix en éteignant les haines et en atténuant les rancœurs et les oppositions, est la source de maux très graves pour la pacifique vie en commun des peuples, il est une autre erreur non moins dangereuse pour le bien-être des nations et la prospérité de la grande société humaine qui rassemble et embrasse dans ses limites toutes les nations: c’est l’erreur contenue dans les conceptions qui n’hésitent pas à délier l’autorité civile de toute espèce de dépendance à l’égard de l’Etre suprême, cause première et maître absolu, soit de l’homme soit de la société, et de tout lien avec la loi transcendante qui dérive de Dieu comme de sa première source. De telles conceptions accordent à l’autorité civile une faculté illimitée d’action, abandonnée aux ondes changeantes du libre arbitre ou aux seuls apostolats d’exigences historiques contingentes et d’intérêts s’y rapportant.

L’autorité de Dieu et l’empire de sa loi étant ainsi reniés, le pouvoir civil, par une conséquence inéluctable, tend à s’attribuer cette autorité absolue qui n’appartient qu’au Créateur et Maître suprême, et à se substituer au Tout-Puissant, en élevant l’État ou la collectivité à la dignité de fin ultime de la vie, d’arbitre souverain de l’ordre moral et juridique, et en interdisant de ce fait tout appel aux principes de la raison naturelle et de la conscience chrétienne. » (Encyclique Summi Pontificatus, 20 octobre 1939)

Radiomessage du 1er juin 1940

« De la forme donnée à la société, en harmonie ou non avec les lois divines, dépend et s’infiltre le bien ou le mal des âmes. » (Radiomessage du 1er juin 1940, Documents pontificaux de Sa Sainteté Pie XII (année 1941), Saint-Maurice (Suisse), éditions Saint-Augustin, p.144)

Allocution à un groupe de jeunes filles de l’Action Catholique italienne du 6 octobre 1940

« Dans le monde présent domine largement le ‘laïcisme’ qui représente l’effort de l’homme pour se passer de Dieu ; tendance vaine et entreprise impie qui revêt selon les temps et les pays, divers aspects et divers noms : indifférence, négligence, mépris, révolte ou haine… En se croyant, pour avoir conquis de plus grands biens ici-bas, moins dans la dépendance immédiate du Créateur et du Souverain Maître, les hommes ingrats oublient que tout est un don de Dieu, même les forces de la nature qu’ils subjuguent, ainsi que les facultés intellectuelles et leurs bras qui sont les armes de leurs succès et de leurs victoires. » (Allocution à un groupe de jeunes filles de l’Action Catholique italienne, 6 octobre 1940)

Lettre du 19 octobre 1945 pour la XIXè Semaine Sociale des catholiques italiens

« A bien réfléchir sur les conséquences funestes qu’apporterait au sein même de la société […] une Constitution qui, abandonnant la pierre angulaire de la conception chrétienne de la vie, tenterait de se fonder sur un agnosticisme moral et religieux, tout catholique comprendra facilement que, maintenant, la question qui, plus que tout autre, doit attirer son attention et aiguillonner son activité, consiste à assurer à la génération présente et aux générations futures le bienfait d’une loi fondamentale de l’Etat qui ne s’oppose pas aux sains principes religieux et moraux, mais y puise plutôt une vigoureuse inspiration, et qui en proclame et en poursuive savamment les hautes finalités. » (Lettre du 19 octobre 1945 pour la XIXè Semaine Sociale des catholiques italiens, AAS. 37, 274)

Allocution à des journalistes français, 17 avril 1946

« La vraie force de la France est dans les valeurs spirituelles. Tant que celles-ci se maintiendront dans leur vigueur, aucun revers ne saurait définitivement l’abattre, et, de toutes les crises, elle pourra sortir purifiée, rajeunie, plus grande et apte à s’acquitter de sa mission. Mais si jamais – Dieu nous garde d’accueillir un tel pressentiment ! – elle venait à y être infidèle, les dons merveilleux qu’elle a reçus du ciel à son baptême de Reims seraient désormais stériles. »

Allocution au Patriciat romain du 8 janvier 1947

« Or, ce bien commun, c’est-à-dire l’établissement de conditions publiques normales et stables, telles qu’aux individus aussi bien qu’aux familles il ne soit pas difficile de mener une vie digne, régulière, heureuse, selon la loi de Dieu, ce bien commun est la fin et la règle de l’Etat et de ses organes. » (Allocution au Patriciat romain, 8 janvier 1947, PIN. 981)

Encyclique Mediator Dei, 20 novembre 1947

« ce ne sont pas seulement les individus, mais aussi la collectivité humaine, qui ont besoin de rendre leur culte à Dieu ; celui-ci doit être social ; ce qui est impossible si, dans le domaine religieux lui aussi, il n’existe pas d’assujettissements extérieurs et de manifestations extérieures » (Encyclique Mediator Dei, 20 novembre 1947)

Allocution Con vivo compiacimento du 13 novembre 1949 au Tribunal de la Rote

« Les causes immédiates d’une telle crise doivent être principalement recherchées dans le positivisme juridique et l’absolutisme de l’Etat : deux manifestations qui à leur tour dérivent et dépendent de l’autre. Si on enlève, en effet, au droit de base constitué par la loi divine naturelle et positive et par cela même immuable, il ne reste plus qu’à la fonder sur la loi de l’Etat comme sur sa norme suprême, et voilà posé le principe de l’Etat absolu […]”. “Faut-il peut-être remonter beaucoup en arrière dans l’histoire pour trouver un tel « droit légal », qui […] surtout considère la reconnaissance de Dieu, Maître suprême, et la dépendance de l’homme à son égard comme sans intérêt pour l’Etat et pour la communauté humaine ? […] “Il faut que l’ordre juridique se sente à nouveau lié à l’ordre moral […] Or l’ordre moral est essentiellement fondé sur Dieu, sur Sa volonté, sur Sa sainteté, sur Son être. Même la plus profonde et la plus subtile science du droit ne saurait indiquer d’autre critère, pour distinguer les lois injustes des lois justes, le simple droit légal du vrai droit, que celui qui est déjà perçu par les seules lumières de la raison se basant sur l’ordre des choses et de l’homme, que le critère de la loi inscrite par le Créateur dans le cœur de l’homme (cf. Rom. 2, 14-15), et expressément confirmé par la révélation. Si le droit et la science juridique ne veulent pas renoncer à leur seul guide capable de les maintenir dans le droit chemin, ils doivent reconnaître les « obligations morales » comme règles objectives, valables même dans l’ordre juridique. » (Allocution Con vivo compiacimento, 13 novembre 1949, au Tribunal de la Rote, PIN. 1064, 1072, 1076)

Radio-message au monde entier du 24 décembre 1951

« Aujourd’hui comme déjà d’autres fois, devant la crèche du divin Prince de la paix, Nous Nous voyons dans la nécessité de déclarer : le monde est bien éloigné de l’ordre voulu par Dieu dans le Christ, ordre qui garantit une paix réelle et durable […] L’exhortation [de l’Eglise] en faveur de l’ordre social chrétien, en tant que facteur principal de pacification, est en même temps un stimulant à la juste conception de la vraie liberté. Car finalement, l’ordre chrétien, en tant qu’organisation pour la paix, est essentiellement un ordre de liberté. » (Radio-message au monde entier, 24 décembre 1951, PIN. 1174, 1177)

Le concordat entre le Saint-Siège et l’Espagne du 27 août 1953

Ce concordat, que Pie XII considérait comme un modèle du genre, stipulait en son premier article :

« La religion catholique, apostolique et romaine continue d’être la seule de la nation espagnole. »

Ce concordat entérinait la Fuero de los Españoles du 13 juillet 1945, dont l’article 6 était particulièrement clair :

« La profession et la pratique de la religion catholique, qui est celle de l’Etat espagnol, jouiront de la protection officielle.

Personne ne sera inquiété pour ses croyances religieuses ni pour l’exercice privé de son, culte. On n’autorisera pas d’autres cérémonies ni manifestations extérieures que celles de la religion catholique. » (La Documentation Catholique n° 948, 1945, p.691. C’est nous qui soulignons)

Allocution au Premier ministre d’Irlande du 4 octobre 1957

« Appuyées sur la loi naturelle, ces prérogatives humaines fondamentales, que votre Constitution garantit et assure à tout citoyen d’Irlande dans les limites de l’ordre et de la moralité, ne pourraient trouver une plus ample et plus sûre garantie, contre les forces athées de la subversion et l’esprit de faction et de violence, que dans la confiance mutuelle entre les autorités de l’Eglise et de l’Etat, chacune indépendante dans sa propre sphère, mais alliées pour le bien commun, sur la base des principes de la foi et de la doctrine catholique. […]

Le peuple qui a le Seigneur pour Dieu (cf Ps 143, 15) est heureux en vérité, même sous un aspect humain raisonnable. Durant cette période de crise spirituelle et d’angoisse révolutionnaire, à travers chaque phase de sa vaillante lutte pour survivre, pour la paix et la prospérité avec son honneur intact, l’Irlande n’a jamais oublié que son Rédempteur est avec elle (cf Jb 19, 25) et, au plus profond de son cœur, l’Irlande a su qu’Il ne l’abandonnerait jamais à l’heure de l’épreuve ou du triomphe. Ce fut le plus solide de ses nombreux nobles instincts, guidé par la grâce divine, qui la poussa à proclamer sa Constitution « au nom de la Très Sainte Trinité, de Laquelle vient toute Autorité et à Laquelle, comme notre fin ultime, doivent se référer toutes les actions à la fois des hommes et des Etats ». » (Allocution au Premier ministre d’Irlande, 4 octobre 1957, PIN. 1271)

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3 commentaires sur “L’union de l’Eglise et de l’Etat : ce qu’enseignent les Papes

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Cette entrée a été publiée le 23 février 2019 par dans Foi Catholique.
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