+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Saint Pierre a-t-il été le premier évêque de Rome ?

Toutes les preuves de la Papauté: ici

Saint Pierre fut-il le premier évêque de Rome ? C’est une question fondamentale pour la doctrine de la Papauté. En effet, le Pape, lui-même évêque de Rome, affirme être en tant que tel, successeur de saint Pierre et donc chef visible et temporel de l’Église, vicaire de Jésus-Christ, son chef invisible et éternel. En conséquence, si Pierre ne fut pas évêque de Rome, le Pape n’est pas son successeur et donc pas non plus chef de l’Église du Christ. C’est pour cela que de nombreux protestants, orthodoxes etc, affirment que Pierre ne fut pas évêque de Rome ; certains protestants ou assimilés vont même jusqu’à dire qu’il n’est pas allé à Rome du tout ! Nous avons déjà démontré que Pierre a écrit sa première Epître depuis Rome, que saint Marc a composé son Evangile sous la direction de saint Pierre à Rome, que Pierre y fut martyr et que les premiers chrétiens sont unanimes à rapporter son voyage dans cette ville. Nous nous attacherons ici à démontrer qu’il fonda l’Eglise de Rome et qu’il en fut le premier évêque.

Preuves tirées de l’Ecriture Sainte

Disons-le tout de suite : la Bible n’est absolument pas explicite sur la question. Toutefois, elle nous fournit quatre indices quant à l’introduction du Christianisme à Rome par saint Pierre ainsi que sur l’épiscopat de ce dernier en cette ville.

La persécution de Claude

L’empereur Claude ordonna l’expulsion des Juifs de Rome. Cela nous est rapporté par l’Ecriture Sainte: « Après cela, [Paul] partit d’Athènes et se rendit à Corinthe. Il (y) trouva un Juif nommé Aquila, originaire du Pont, récemment arrivé d’Italie, et sa femme Priscille, parce que Claude avait décrété que tous les Juifs eussent à s’éloigner de Rome. » (Actes XVIII, 1 et 2). Cela a lieu peu de temps après le concile de Jérusalem qui se tint vers 49 (Actes XV). L’historien romain Suétone (vers 70-vers 122) nous donne très précieuses informations au sujet de cette expulsion : sa date précise et surtout son motif. En effet, il rapporte qu’en 49, par édit impérial, Claude « chassa de la ville les Juifs qui se soulevaient sans cesse à l’instigation d’un certain Chrestus. » (Vie de Claude, XXV). « Chrestus » est évidemment une déformation du mot grec « Christos », ce qui veut dire Christ. Cela veut donc dire qu’en 49, le Christianisme était déjà présent à Rome. Il est de plus significatif qu’il parle de Juifs car comme nous le rapporte l’Ecriture Sainte, Pierre était d’abord l’apôtre des circoncis (Galates II, 7-9), il est donc normal que là où Pierre évangélisa, il se trouva plus de juifs que de Gentils à professer le nom du Christ ! D’ailleurs il est criant que l’Epître aux Romains est adressée  à un lectorat issu du judaïsme, en effet, il est tout du long question de la Loi ancienne, entre autres dans ses rapports avec la nouvelle, des interdits alimentaires et de la théologie concernant Israël.

Cela correspond aux données dont nous disposons par ailleurs concernant l’Evangile de Marc. La Tradition nous apprend, et les découvertes de Qûmran nous confirment, d’une part que celui-ci fut écrit à Rome sous la direction de Pierre, et d’autre part que cette rédaction se fit avant l’an 50.

C’est par aussi sous le règne de Claude que les auteurs chrétiens anciens placent l’arrivée de Pierre à Rome. Paul Orose (vers 380-vers 417) dit : « Claude fut le quatrième César après Auguste et régna quatorze ans. Ce fut au commencement de son règne que Pierre, apôtre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vint à Rome, enseigna fidèlement tous ceux qui voulaient croire à la foi qui conduit au salut, et la prouva par les plus grands miracles; c’est à partir de cette époque que les chrétiens commencèrent à exister à Rome. » (P.L., t. XXXI, p. 1072)

D’autres en donnent aussi le motif : la poursuite de Simon le Magicien:

Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 340) : « Le père et l’artisan de tous ces maux fut Simon, A cette époque la puissance malfaisante, haineuse du bien, et ennemie du salut des hommes, le suscita comme on digne adversaire des grands et saints apôtres de notre Sauveur. […] Alors le magicien dont nous parlons eut les yeux de l’esprit éblouis comme par une lumière divine et miraculeuse, dès qu’en Judée il fut convaincu de ses entreprises criminelles par l’apôtre Pierre : il fit donc un grand voyage d’outre-mer et s’enfuit d’Orient en Occident, croyant que là seulement il pourrait vivre à sa guise. Il vint à Rome et la puissance qui était établie dans cette ville l’y assista pour de grands prodiges. Ses affaires allèrent rapidement si bien qu’il fut, ainsi qu’un dieu, honoré d’une statue par les gens de ce pays. Sa prospérité ne fut pas de longue durée ; tout au début du même règne de Claude, la Providence divine dans son entière bonté et son amour immense pour les hommes, conduisit par la main à Rome, comme contre ce fléau du monde, Pierre, le courageux et grand apôtre qui surpassait tous les autres par sa vertu : ainsi qu’un vaillant capitaine des armées de Dieu, il venait muni d’armes célestes et apportait d’Orient aux hommes d’Occident la marchandise précieuse de la lumière spirituelle. Il prêcha la lumière elle-même et le Verbe sauveur des âmes, annonçant le royaume des cieux. » (Histoire ecclésiastique, II, 14)

Saint Cyrille de Jérusalem (vers 315-387) : « Le premier auteur de toutes les hérésies fut Simon le Magicien, ce même Simon dont il est parlé aux Actes des Apôtres, qui prétendait acheter au prix d’argent les dons du Saint-Esprit, et auquel il fut dit : Tu n’as point de part à ce qui vient de se dire, etc., (Act. VIII, 24) et qui était du nombre de ceux dont il est écrit : Ils sont sortis d’avec nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; s’ils eussent été des nôtres, ils seraient restés avec nous. (I Jean II, 9.) Repoussé, chassé par les Apôtres, il vint à Rome, suivi d’une femme publique qu’il nommait Hélène C’est lui qui le premier eut l’audacieuse impiété de se dire être celui qui, sous le nom de Dieu le Père, s’était manifesté aux hommes sur le mont Sinaï, qui au milieu de la Judée s’était fait voir sous la figure du Christ, non pas réellement, mais en apparence, et enfin de se dire le Paraclet (l’esprit consolateur) promis par Jésus-Christ. Il séduisit tellement toute la ville de Rome, que l’Empereur Claude lui fit ériger une statue avec cette inscription latine : A SIMON DIEU SAINT. Comme l’erreur se propageait au loin, Pierre et Paul, chefs de l’Eglise, accoururent au-devant de ce séducteur et se hâtèrent d’arrêter les progrès du mal, et frappèrent de mort subite ce monstre d’impiété qui se vantait d’être Dieu lui-même. Il avait promis au peuple romain de s’élever dans les airs ; et déjà en effet il volait sur ailes des démons lorsque les serviteurs de Dieu, Pierre et Paul, chefs de l’Eglise, se jetèrent à genoux pleins de confiance dans ces paroles du Sauveur : Si deux d’entre vous s’unissent sur la terre pour demander chose quelconque, elle leur sera accordée. (Matth. XVIII, 19.) Ils lancèrent de concert contre le suppôt de Satan le trait puissant de leurs prières, et le précipitèrent à terre. Quelque merveilleux que vous paraisse ce fait, n’en soyez cependant pas surpris ; car Pierre était celui à qui les clefs du ciel avaient été confiées, Paul avait été ravi jusqu’au troisième ciel, il ‘avait entendu des choses qu’il n’est pas permis à l’homme de révéler. Du haut des airs ils précipitèrent ce prétendu Dieu sur la terre et de là dans les enfers. Telle fut la fin de ce premier dragon, qui de son souffle impur vint infecter la semence de l’Evangile. Mais cette hydre, dont la tête venait d’être abattue, en reproduisit bientôt mille autres. » (Catéchèse, VI, 14 et 15)

Sulpice-Sévère (vers 363-410 ou 429), chroniquer et ecclésiastique: « Néron fut le premier qui entreprit de détruire la religion chrétienne : car toujours le vice est ennemi de la vertu, et les méchants voient dans la conduite des gens de bien la censure de la leur. A cette époque, le christianisme avait déjà fait de grand progrès dans Rome, dont saint Pierre était évêque. Saint Paul s’y trouvait aussi, ayant interjeté appel de l’injuste sentence d’un gouverneur, au tribunal de César. On se réunissait pour l’entendre, et l’évidence de la vérité, ainsi que les miracles fréquents que faisaient les apôtres, opéraient un grand nombre de conversions. Ce fut alors que saint Pierre et saint Paul eurent cette fameuse dispute avec Simon. A l’aide de la magie, Simon, qui se donnait pour un dieu, s’éleva dans les airs, soutenu par deux démons. Mais les prières des apôtres mirent en fuite ces démons, et Simon tomba au milieu d’une foule de peuple, et se tua dans sa chute. » (Histoire sacrée, II, 18)

La venue de Simon le Magicien à Rome est généralement relégué au rang des fables. Nous publierons peut-être prochainement une étude démontrant qu’elle est en fait au moins vraisemblable. Rappelons que même sans cela, le seul fait de la rédaction dans la décennie 40 de l’Evangile de Marc à Rome suffit à prouver que Pierre était à Rome sous Claude.

Datation de la Ière Epître de Pierre

Nous avons mentionné en introduction du présent article notre démonstration que « Babylone » de laquelle Pierre affirme écrire cette Epître est nom de code pour Rome. Nous y revoyons le lecteur. Il ne suffit cependant pas ici de prouver que Pierre fut présent à Rome, mais encore qu’il y fut le premier, en particulier avant saint Paul, que les auteurs des trois premiers siècles nous présentent souvent comme étant tous les deux à Rome sans nous dire s’ils y étaient venus en même temps ou l’un après l’autre et dans quel ordre. Il faut donc constater que les dates de la rédaction de cette Epître et celle de l’arrivée de saint Paul à Rome ne laissent pas de place au doute.

Nous en avons la preuve dans les Actes des Apôtres. En effet, comme nous venons de le rappeler, lorsque saint Pierre dit écrire sa Ière Epître depuis « Babylone », c’est-à-dire Rome, il dit aussi qu’il est avec saint Marc, son « fils », c’est-à-dire son disciple ; et que Marc écrivit à Rome pour Pierre et ceux avant l’an 50. Il est donc établi que Marc était avec Pierre à Rome avant l’expulsion des juifs de la Ville, décidée par Claude. Aussi, le concile de Jérusalem qui se tint vers 49-50 est rapportée en Actes XV, 37-39 nous confirme que Pierre fut avant Paul à Rome. Ces trois versets nous apprennent que Barnabé suggéra à Paul de prendre Marc avec eux pour la suite de leurs voyages apostoliques, mais que Paul ayant refusé, Barnabé partit sans Paul mais avec Marc pour Chypre. C’est donc au plus tard juste après le concile de Jérusalem en 49-50 que les chemins de Pierre et Marc se séparèrent, ils étaient donc ensemble à Rome avant cela. Cela seul constitue une preuve car ce n’est qu’en Actes XXVIII, 14 que Paul arrive à Rome.

Cependant, il existe deux autres preuves tirées de l’Epître aux Romains que celle-ci est écrite après le concile de Jérusalem. D’une part Paul dit qu’il est l’hôte du chrétien Caïus ou Gaius (Romains XVI, 23), qu’il a baptisé lui-même à Corinthe (I Corinthiens I, 14), or nous savons que Paul n’évangélisa Corinthe qu’après le concile (Actes XVIII, 1-18). D’autre part il écrit avoir déjà évangélisé « depuis Jérusalem et les pays voisins jusqu’à l’Illyrie » (Romains XV, 19), or les chapitre XIII et XIV des Actes (après sa conversion) nous montrent qu’avant le concile, il ne voyagea qu’en Palestine, au Sud de l’Asie mineure et à Antioche ; tous ses autres voyages plus au Nord de l’Asie mineure, ainsi qu’en Grèce et en Macédoine (limitrophe de l’Illyrie) n’ont lieu qu’à partir d’Actes XVI. Les auteurs situent en général la rédaction de l’Epître aux Romains entre 53 et 58.

La salutation finale de la Ière Epître de Pierre

Comme nous l’avions également souligné dans notre article sur l’origine romaine de la Ière Epître de Pierre : « Nous pouvons ajouter encore une autre remarque quant à la phrase dont nous traitons [I Pierre V, 13]. En effet, elle et le verset suivant disent: « L’Église de Babylone, élue avec vous, et Marc, mon fils, vous saluent. Saluez-vous les uns les autres par un baiser d’amour. La paix soit avec vous tous qui êtes dans le Christ ! Amen ! » (I Pierre V, 13-14). Tout le monde comprendra que par là, Pierre nous informe sur l’endroit depuis lequel il écrit, que celui-ci soit indiqué au sens littéral ou au sens allégorique. Mais ces mots nous apprennent également autre chose : ils nous renseignent sur la nature du lien que Pierre entretient avec cet endroit. Le fait qu’il parle au nom de la communauté depuis laquelle il écrit en y adjoignant au passage une invocation de la paix divine, signifie qu’il a un lien avec cette ville d’une nature différente de celle d’un simple Apôtre de passage. Et ce lien, ça est le lien épiscopal ! Pierre écrit en tant qu’évêque de la « Babylone » depuis laquelle il écrit. En effet, dans les deux premiers siècle, chaque fois qu’une lettre commence de cette manière là, cela signifie que c’est l’Église locale, soit en tant que communauté, soit par la voix de son évêque, qui s’exprime. Voici les autres occurrences :

« L’Église de Dieu qui séjourne à Rome à l’Église de Dieu qui séjourne à Corinthe, à ceux qui ont été appelés et sanctifiés dans la volonté de Dieu, par Notre Seigneur Jésus-Christ. » (Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, incipit, vers 95)

« Polycarpe et les presbytres qui sont avec lui à l’Église de Dieu qui séjourne comme une étrangère à Philippes ; que la miséricorde et la paix vous soient données en plénitude de la part du Dieu tout-puissant et de Jésus-Christ notre Sauveur. » (Saint Polycarpe de Smyrne, Lettre aux Philippiens, incipit, vers 110)

« L’Église de Dieu qui séjourne à Smyrne à l’Église de Dieu qui séjourne à Philomelium et à toutes les communautés de la sainte Église catholique qui séjournent en tout lieu: que la miséricorde, la paix et l’amour de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ vous soient données en plénitude [cf. Jude 2]. » (Lettre de l’Église de Smyrne ou Martyre de Polycarpe, incipit, 155 ou 169)

« Les serviteurs du Christ qui habitent Vienne et Lyon en Gaule, aux frères de l’Asie et de Phrygie qui ont la même foi et la même espérance de la rédemption que nous, paix, grâce et gloire de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur. » (Lettre des martyrs de Lyon, incipit, 177, rapportée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique V, 1)

C’etait par ailleurs un usage déjà en vigueur chez les juifs de l’Ancienne Alliance. En effet, le deuxième livre des Machabées qui fut rédigé par les juifs de Judée à l’intention de ceux d’Egypte, chacun considrés en tant que communautés formant un tout, commence par ces mots : « À leurs frères, aux Juifs qui sont en Égypte, salut ! Les Juifs, leurs frères, qui sont à Jérusalem et dans le pays de Juda souhaitent une heureuse paix ! Que Dieu vous fasse du bien et qu’il se souvienne de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob, ses fidèles serviteurs ! Qu’il vous donne à tous un coeur pour l’adorer et accomplir ses volontés de grand coeur et de bon gré ! Qu’il ouvre votre coeur à sa loi et à ses préceptes, et qu’il y fasse la paix ! Qu’il exauce vos prières et se réconcilie avec vous, et qu’il ne vous délaisse pas au temps du malheur ! » (II Machabées I, 1-5) Nous y retrouvons une salutation, puis des invocations de bénédiction et de paix.

Pierre n’écrit pas la lettre en tant que qu’évêque, cela il le fait en son nom propre (I Pierre I, 1), aussi, ce qu’il fait au nom de la communauté chrétienne de « Babylone », ce n’est pas écrire la lettre, mais donner le salut et invoquer la paix de Dieu. Cela revient exactement au même en ce qui nous concerne: il a le pouvoir d’agir au nom d’une communauté particulière, cela signifie qu’il en est l’évêque. Nous ne retrouvons cette formule dans aucune des épîtres de saint Paul ou de saint signale d’Antioche. Il est ainsi établi que c’est en tant qu’évêque de « Babylone » que Pierre écrit, or, s’il est pratiquement incontesté que saint Pierre fut le premier évêque de Rome, il n’est en revanche jamais ne serait-ce qu’allégué qu’il ait put être l’évêque d’une autre Babylone. »

Les propos de saint Paul

Il s’agit ici d’un argument qui est en même temps une réponse à une objection. En effet, certains objectent que le fondateur de l’Eglise de Rome ne fut pas saint Pierre mais saint Paul. Selon certaines théories, saint Pierre ne serait arrivé à Rome que très peu de temps avant son martyre ; de plus saint Paul dit lui-même, dans l’Epître aux Romains qui plus est, qu’il mettait son « honneur à prêcher l’Evangile là où le Christ n’avait pas encore été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement qu’un autre aurait posé » (Romains XV, 20), ce qui exclurait qu’il alla prêcher là où l’Evangile avait déjà été enseigné, surtout par le grand apôtre Pierre ! A cela nous répondrons premièrement par l’argument d’autorité suprême : celui de la Bible ! En effet, au début de cette même Epître, l’Apôtre dit à ses lecteurs romains : « je rends grâce à mon Dieu, par Jésus-Christ, au sujet de vous tous, de ce que votre foi est renommée dans le monde entier. » (Romains I, 8). Paul arrive donc dans une ville déjà évangélisée et tellement bien évangélisée que la foi de ses habitants est réputée dans le monde entier ! Ce qui indique d’ailleurs que Pierre est passé avant lui car seul un apôtre aurait pu arriver à un tel résultat.

Deuxièmement, il y de bonnes raisons de penser que Paul allait souvent là où Pierre était déjà passé. En tout cas, nous avons les preuves bibliques ou traditionnelles que les voyages apostoliques de Pierre et Paul ont de nombreux points de passages communs. Il y a d’abord Antioche dont la Tradition nous rapporte que Pierre l’évangélisa et en fut le premier évêque entre 33-34 et 38-40 (Antiq. scriptor, apud Bolland. 6 maii et 29 junii, et tom. IV, p. 1 et 144.) avant que Paul ne s’y rendit et n’y demeure une année entière, lorsque « les disciples reçurent le nom de chrétiens » (Actes XIII, 26), peu avant le concile de Jérusalem (Actes XV) qui eut lieu vers l’an 49. Sa Première Epître nous informe ensuite sur son trajet après avoir quitté Antioche, en effet,  Pierre la commence en l’adressant « aux élus, étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie » (I Pierre I, 1). Cela veut dire qu’il est allé en tous ces endroits et qu’il écrit pour fortifier des communautés prêchées par lui, et c’est la même chose que Paul fait en écrivant ses Epîtres. Cela nous est confirmé par l’historien de l’Eglise antique Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 340) : « Pierre paraît avoir prêché dans le Pont, en Galatie, en Bithynie, en Cappadoce et en Asie aux juifs de la dispersion. Venu lui aussi à Rome en dernier lieu, il y fut crucifié la tête en bas, ayant demandé de souffrir ainsi. » (Histoire ecclésiastique, III, 1). Aussi, le Nouveau Testament ne nous apprend pas que Paul évangélisa dans le Pont, en Cappadoce et en Bithynie (ce qui ne signifie pas qu’il ne l’ait pas fait), mais nous savons qu’il le fit en Galatie, d’où son Epître aux Galates ; ainsi que dans le province d’Asie car il écrit une Epître aux Ephésiens, or Ephèse était la capitale de cette province, et étant donné que Pierre passa en Asie, il y a sûrement principalement enseigné à Ephèse. Après avoir évangélisé l’Asie mineure, « Il arriva d’abord en Macédoine, et donna pour évêque à l’Eglise de Philippes, Olympas, l’un des Soixante-Douze Disciples de Jésus ; il institua Jason évêque de Thessalonique, et Silas évêque de Corinthe, où ce Disciple séjournait en attendant l’arrivée du Grand Paul. Après avoir pareillement placé Hérodion à la tête de l’Eglise de Palras, il s’embarqua pour la Sicile [Antiq. Script, apud Boll. 29 junii, p. 414 ; apud Metaphr. et Surium, 29 junii ; apud Baron., Annal, an. 44, n. 51] » (Abbé Stéphane MAISTRE, Histoire complète de saint Pierre, prince des apôtres, de ses prédications, de ses miracles, de ses courses apostoliques et de son glorieux martyre, F. Wattelier et Cie, Libraires, 1870, page 325). Les savants historiens nous rapportent donc la fondation des Eglises de Philippes, de Thessalonique et de Corinthe par saint Pierre. Or nous savons que Paul y passa également, nous en avons la certitude grâces aux Epîtres qu’il leur adressa. Le passage à Corinthe de Pierre et Paul nous est également rapportée par l’évêque saint Denys de Corinthe qui, écrivant aux Romains, en 166, leur disait : « Dans un tel avertissement, vous aussi avez uni Rome et Corinthe, ces deux arbres que nous devons à Pierre et à Paul. Car, de même l’un et l’autre ont planté dans notre Corinthe et nous ont instruits ; de même, après avoir enseigné ensemble en Italie, ils ont souffert le martyre au même temps. » (Cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 25) ; ainsi que : « Venus tous deux à Corinthe, les deux apôtres Pierre et Paul nous ont élevés dans la doctrine évangélique ; partis ensuite ensemble pour l’Italie, ils nous ont transmis les mêmes enseignements, puis ont subi en même temps le martyre. » (Cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 23). Les travaux des historiens nous confirment la Tradition nous rapportant le voyage de saint Pierre en Espagne, or saint Paul affirme qu’il désire s’y rendre (Romains XV, 24 et 28) et vers 160, le Fragment de Muratori nous dit : « Quant aux Actes de tous les apôtres, ils ont été écrits en un seul livre. Luc, pour l’excellent Théophile, (y) rassemble tous les faits qui s’étaient passés en sa présence, ainsi qu’il le montre aussi de manière évidente en laissant de côté le martyre de Pierre, et aussi le départ de Paul quittant la Ville [Rome] pour l’Espagne. » Voilà donc encore un point de passage commun. Enfin, nous savons que Paul et Luc arrivèrent à Rome (Actes XXVIII, 14) vers 63. Cette date de 63 sera démontrée plus bas et nous montrerons à cette occasion que cette date nous fourni un élément supplémentaire en faveur de la thèse catholique. De tout ce qui vient d’être dit, nous pouvons pratiquement déduire de cette venue de Paul à Rome, la venue antécédente de Pierre en cette même ville.

On peut se demander pourquoi les deux apôtres ont prêché aux mêmes endroits. Peut-être parce que leurs vocations particulières étaient différentes : celle de Pierre étant de prêcher aux Juifs et celle de Paul de prêcher aux Gentils (Galates II, 7-8) ; aussi peut-être que là où Pierre était allé prêcher spécialement pour les Juifs, Paul passait pour y prêcher spécialement les Gentils ? C’est peut-être ce que nous indique Eusèbe lorsque juste après la phrase citée plus haut dans laquelle il nous apprend que Pierre prêcha dans différentes provinces d’Asie mineure « aux juifs de la dispersion », il dit : « Que dire de Paul ? Depuis Jérusalem jusqu’à l’Illyricum, il acheva la prédication de l’évangile du Christ » (Histoire ecclésiastique, III, 1). Qu’est-ce que Paul aurait bien pu devoir « achever » ? Peut-être la prédication de l’Evangile aux Gentils là où Pierre était passé avant lui pour la prêcher aux Juifs.

C’est en tout cas l’explication de saint Thomas d’Aquin (vers 1225-1274), le Docteur des Docteurs, ce qui expliquerait aussi la contradiction apparente entre Romains I, 8 et Romains XV, 20. Voici ses mots :

« 3° En ajoutant (verset 20) : « Mais j’ai prêché l’Evangile dans les lieux où le nom du Christ n’était pas connu, » il fait ressortir la difficulté d’obtenir un pareil résultat; il est, en effet, absolument difficile de convertir à la foi les ignorants.

A) Il fait donc voir d’abord qu’il a eu à vaincre cette difficulté : « Mais j’ai prêché l’Evangile, non pas à la vérité »« Jésus-Christ était connu, » c’est-à-dire non pas auprès de ceux qui avaient ouï parler de son nom (Psaume XVII, 48) : « Un peuple que je ne connaissais pas m’a servi; » et (Isaïe, LV, 5) : « Vous appellerez des nations que vous ne connaissiez pas, et des peuples qui vous ignoraient accourront à. vous. » Paul en donne la raison, en disant (verset 20) : « Pour ne pas bâtir sur le fondement d’autrui. » Or cette expression peut s’entendre de deux manières : d’abord, de la doctrine hérétique, qui ne repose plus sur à fondement de la vraie foi; dans ce sens, ces mots : « Pour ne pas bâtir, a sont mis pour indiquer la cause, car l’Apôtre a voulu prêcher à ceux qui n’avaient pas entendu parler du nom de Jésus-Christ, dans la crainte que, s’ils étaient prévenus par les doctrines des faux apôtres, il ne fût plus difficile de les ramener à la vérité. C’est pour cela qu’il est dit en S. Matthieu (VII, 26) : « Celui-là est insensé qui bâtit sa maison sur le sable, » auquel on compare la fausse doctrine. Par « le fondement d’autrui, » on peut entendre la doctrine de la foi véritable, prêchée par d’autres, et, dans ce sens, l’expression « ne pas » peut être prise comme indiquant la conséquence. Car S. Paul n’a pas évité de prêcher à ceux à qui d’autres avaient prêché d’abord, par exemple aux fidèles de Rome, auxquels il prêcha spécialement, quoiqu’ils avaient été d’abord instruits par S. Pierre. Mais de ce qu’il a prêché à ceux qui n’avaient rien entendu du nom de Jésus-Christ, il s’en est suivi qu’il n’a pas bâti sur le fondement d’autrui, et qu’il a jeté lui-même les premiers fondements de la foi, suivant ce passage de la 1ère épître aux Corinthiens (III, 10) : « Selon la grâce que Dieu m’a donnée, j’ai posé le fondement comme un sage architecte. »

B) Ensuite il appuie ce qu’il a dit par une autorité, en disant (verset 20) : « Vérifiant par là cette prophétie » (Isaïe L, 15) : « Ceux à qui il n’avait pas été annoncé verront, ils contempleront Celui dont ils n’ont pas entendu parler, » paroles dans lesquelles le Prophète paraît annoncer que les Gentils parviendront à la connaissance de Dieu d’une manière plus excellente que les Juifs qui l’avaient connu auparavant. a) Paul montre donc d’abord cette excellence quant à la cause de la connaissance, qui est de deux espèces : ce qu’on a entendu et ce qu’on a vu; car les sens qui connaissent ainsi sont susceptibles de perfectionnement. Les Juifs, donc, sont parvenus à la connaissance des mystères du Christ par les paroles annoncées par les prophètes (I Pierre, I, 10) : « Les prophètes ont prédit la grâce que vous devez recevoir; pénétrant dans quel temps et dans quelles circonstances l’Esprit du Christ, qui les instruisait de l’avenir, leur annonçait les souffrances du Christ et la gloire qui les devait suivre. » Mais les Gentils virent ces mystères de Jésus-Christ déjà réellement accomplis; voilà pourquoi il est dit (verset 21) : « Que les Gentils, à qui les prophètes ne l’avaient pas annoncé, » c’est-à-dire n’avaient pas annoncé Jésus-Christ, comme il l’avait été aux Juifs, « verront » les mystères déjà accomplis (Luc, X, 26) : « Plusieurs rois et plusieurs prophètes ont désiré voir les choses que vous voyez, et ne les ont pas vues. » b) Il montre, en second lieu, l’excellence de la connaissance quant au mode de l’obtenir, parce que les Juifs ne purent qu’entendre les révélations des prophètes (Abdias, I, 4) : « Nous avons ouï l’ordre du Seigneur; il a envoyé des ambassadeurs aux nations. » Mais les Gentils ont connu pour avoir vu de leurs yeux; c’est de là que S. Paul dit : « Et les nations, » c’est-à-dire ceux qui n’entendirent pas auparavant les prophètes annoncer le Christ, « comprendront, » à savoir la vérité de la foi (Psaume II, 10) : « Et maintenant, ô rois, ayez l’intelligence! » » (Commentaire de l’Epître de saint Paul aux Romains, chapitre XV, leçon 2)

Preuves tirées de la Tradition

Les témoignages jusqu’à Eusèbe de Césarée

Rome décrite comme la chaire de Pierre

Les auteurs des trois premiers siècles ne disent pas clairement que « c’est Pierre qui fonda l’Eglise de Rome ». Ils parlent de Pierre et Paul évangélisant cette ville. Cependant, plusieurs auteurs parlent de Rome du siège ou de la chaire de Pierre. Cela signifie qu’ils le considéraient avec certitude comme l’évêque de Rome et de manière probable comme le fondateur de l’Eglise de cette ville.

Saint Cyprien de Carthage (vers 200-258) : « Après tout cela, ils se sont encore fait sacrer un pseudo-évêque par des hérétiques, et c’est dans ces conditions qu’ils osent passer la mer, pour venir au siège de Pierre et l’Église principale, d’où l’unité épiscopale est sortie, et y apporter des lettres de schismatiques et de profanes. Ils ne réfléchissent donc pas que ce sont là les mêmes Romains dont l’Apôtre a loue la foi et auprès de qui la perfidie ne saurait avoir accès. » (Lettre 59 [55] au pape Corneille, chapitre 14)

Saint Firmilien de Césarée (mort en 256) : « Et ici une juste indignation s’empare de moi devant l’évidente et manifeste folie d’Étienne [évêque de Rome de l’époque]. Ne le voit-on pas, lui, si fier du rang de son siège épiscopal, lui qui revendique l’honneur d’être le successeur de Pierre, sur qui ont été établis les fondements de l’Église, introduire beaucoup d’autres pierres, et beaucoup de nouvelles Églises, en prêtant au baptême qui se donne chez les hérétiques l’appui de son autorité ? » (Lettre à Cyprien, conservé par saint Cyprien: Lettre 75 (74), 16). Ce document est intéressant car il prouve que saint Firmilien croit que l’Église fut fondée sur Pierre et que l’évêque de Rome est son successeur, et ne remet pas cela en cause alors même qu’il se trouve en grave conflit avec ce dernier. En effet, cette lettre prend place dans le contexte de la querelle des rebaptisants qui vu s’affronter les saints. Il s’agissait de savoir si les baptêmes administrés par des hérétiques pouvaient être validés. La réponse est oui. Mais ce fut alors un conflit atroce qui vit le entre autres Pape saint Étienne soutenir la validité de ces baptêmes et saint Cyprien ainsi que saint Firmilien la nier. Aussi, cette lettre est tellement virulente et irrévérencieuse envers le Pape que l’authenticité en fut autrefois contestée (P. Marcellinus MOLKENBUHR, Binae dissertationes de S. Firmiliano, Münster, 1790, P.L., t. III, col. 1357-1418). Elle n’e l’est plus aujourd’hui: locutions et manuscrits, tout attesté la main de l’évêque de Césarée (Acta sanctorum, Bruxelles, 1867, t. XII, octobris, p. 480-493). Ce témoignage a d’autant plus de valeur qu’il est hostile à l’individus qui à ce moment là est successeur de Pierre…

Pseudo-Clément (IIIème siècle) décrit Pierre comme l’évêque de Rome et dit à propos de lui peu de temps avant son martyre : « Mais vers l’époque où lui [Pierre] allait mourir, les frères étant rassemblés, il attrapa soudain ma main, et l’éleva, et dit en présence de l’église : ‘écoutez-moi, frères et confrères. Puisque, tel que je l’ai appris du Seigneur et Maître Jésus-Christ, dont je suis un Apôtre, le jour de ma mort approche, je pose les mains sur Clément pour qu’il soit votre évêque; et je lui confie aussi ma charge d’enseignement, à lui qui a voyagé avec moi depuis le début jusqu’à la fin. » (Lettre de Clément à Jacques, II). NB : cette attribution à Clément de la succession directe de Pierre sur le siège de Rome est erronée. C’est une erreur que nous réfutons dans notre article sur les premiers évêques de Rome selon le Liber pontificalis. Cependant ce document apocryphe demeure une preuve que les contemporain des l’auteur croyaient que Pierre fut évêque de Rome, autrement une telle affirmation l’aurait discrédité. Nous savons par ailleurs  qu’il était orientale car de langue grecque, et qu’il connaissait bien les milieux judéo-chrétiens qui étaient présents en Syrie à son époque, cela signifie que la Tradition faisant de Pierre le premier évêque de Rome était incontestée à l’extrême Est de l’empire, là où on ne parlait même pas la même langue qu’à Rome, et ce malgré les moyens de communication de l’époque ainsi que les persécutions subies par le chrétiens.

Saint Lin « premier évêque des Romains » ?

Un doute pourrait surgir à la lecture d’un passage de saint Irénée et d’un autre d’Eusèbe de Césarée : celui que le premier évêque de Rome fut non pas saint Pierre mais saint Lin.

Voici le passage de saint Irénée: « Donc, après avoir fondé et édifié l’Église, les bienheureux apôtres remirent à Lin la charge de l’épiscopat ; c’est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres à Timothée. » (Contre les hérésies, III, 3, 3). Eusèbe quant à lui, dans un chapitre intitulé « Qui fut le premier chef de l’Eglise des Romains », écrit: « Après le martyre de Paul et de Pierre, Lin le premier obtint la charge épiscopale de l’église des Romains. Paul fait mention de lui, lorsqu’il écrit de Rome à Timothée, dans la salutation à la fin de l’épitre. » (Histoire ecclésiastique, III, 2), dans un autre intitulé « Anaclet est le second évêque des Romains »; dit: « Vespasien ayant régné dix ans, l’empereur Titus, son fils, lui succède : la seconde année de son règne [80-81], Lin, depuis douze ans évêque de l’église des Romains, laisse sa charge à Anaclet. Titus a pour successeur son frère Domitien après deux ans et autant de mois de règne [13 septembre 81]. » (Histoire ecclésiastique, III, 13) et enfin dans autre chapitre du titre de « Après lui, Clément est le troisième » :  » La douzième année du même règne [92-93], Anaclet, ayant été évêque de l’église des Romains douze ans, a pour successeur Clément, que l’apôtre, dans sa lettre aux Philippiens, désigne comme le compagnon de son labeur par ces mots : « Avec Clément et mes autres collaborateurs, dont les noms sont au livre de vie. » » (Histoire ecclésiastique, III, 15)

Ces formulations sont en réalité mal comprises. Non seulement elles n’excluent pas que Pierre fut le premier évêque de Rome, mais elles l’expriment d’une autre manière.

En effet, il suffit de lire ce que dit Eusèbe un peu plus bas pour s’en rendre compte. Ce dernier, dans un chapitre intitulé « La première succession des apôtres », écrit : « Lin, dont il [Paul] mentionne la présence à Rome avec lui dans la seconde épître à Timothée, reçut, comme premier successeur de Pierre, le gouvernement de l’église des Romains ainsi que nous l’avons déjà dit auparavant. Mais Clément, lui aussi leur troisième évêque, a été également, au témoignage de Paul, son auxiliaire et compagnon de ses combats. » (Histoire ecclésiastique, III, 4, 8-9) ; c’est clair comme de l’eau de roche : Lin est successeur de Pierre dans le gouvernement de l’église des Romains et Clément, mentionné à tort comme le successeur direct de Lin, est explicitement désigné comme troisième évêque de Rome ! Nous lisons chez le même auteur, dans un chapitre intitulé : « Après Marc, Annianus fut établi premier évêque de l’église d’Alexandrie », la chose suivante: « Néron en était à la huitième année de son règne [61-62], quand Annianus fut le premier qui, après Marc l’évangéliste, obtint le gouvernement de l’église d’Alexandrie. » (Histoire ecclésiastiques, II, 24) ; la même évidence s’impose : Annianus obtint le premier le gouvernement de l’église d’Alexandrie après Marc, qui n’est pourtant pas désigné comme évêque alors que la phrase signifie bien qu’il en eut le gouvernement.

Nous pouvons par ailleurs noter l’impossibilité matérielle qu’il n’y eut pas d’évêque de Rome avant Lin dans la pensée d’Eusèbe. En effet, dans le deuxième passage que nous avons cité de lui, il dit que Lin était évêque de Rome depuis douze ans en 80-81, ce qui signifie qu’il devint selon lui évêque en 68 (c’est la date extrême parfois donnée de la mort de Pierre). Or il nous dit que Pierre vint à Rome « tout au début du même règne de Claude » (Histoire ecclésiastique, II, 14, 6), qui régna à partir de 41. Inutile de dire qu’en dehors de toute considération partisane catholique ou anti-catholique, il est impensable qu’une ville de l’importance de Rome fut ainsi laissée sans évêque pendant près de 30 ans ! Surtout lorsqu’on se rappelle les mots de saint Paul cités plus haut, qui rendent grâce de la « foi [des Romains qui] est renommée dans le monde entier. » (Romains I, 8). Si leur foi est renommée dans le monde entier, cela implique d’une part que les chrétiens y sont nombreux (cf. les salutations finales de l’Epître aux Romains qui sont les plus longues de toutes les Epîtres), ce qui veut dire fatalement qu’ils avaient un évêque, car on ne laisse pas une si importante communauté sans chef, et d’autre part que leur foi était pure de toute erreur, ce qui est inenvisageable sans un évêque pour veiller au grain de l’orthodoxie, car des croyants sans autorité livrés à eux-mêmes dérivent vite en une foule d’opinions contraires et fausses, il y avait donc un évêque qui assurait hiérarchiquement la pureté de la foi des chrétiens de la ville.

Ultimement, nous pouvons mentionner la citation que fait Eusèbe de la réfutation par des auteurs du début du IIIè siècle de l’hérésie d’Artémon : « Victor, le treizième évêque de Rome à partir de Pierre » (Histoire ecclésiastique, V,  28, 3) ; ici, de deux choses l’une : soit les auteurs cités Eusèbe se trompent en pensant que Victor fut le treizième évêque de Rome (ce qui est plausible étant donné que plusieurs ont confondu Anaclet et Clément en une seule personne), alors nous avons affaire à une mention explicite de Pierre comme premier évêque de Rome, soit ils savaient Victor en être le quatorzième évêque,  alors les mots « à partir de Pierre » signifient que le décompte commence après lui, ce qui implique qu’il était évêque auparavant, sinon cette mention n’aurait pas de sens, d’autant plus qu’il est ici mentionné seul, sans Paul. Dans la même veine, nous pouvons citer Eusèbe lui-même qui dit qu' »Evariste, après avoir occupé huit années entières le siège de Rome, le laissa à Alexandre qui eut le cinquième rang depuis Pierre et Paul. » (Histoire ecclésiastique, IV, 1), encore une fois, le rang est compté depuis les apôtre, donc après leur mort car c’est en cette ville qu’ils sont mort après plusieurs années d’apostolat.

Qu’en est-il de saint Irénée ? Il faut savoir qu’il écrivit son magistral traité Contre les hérésies, en grec et qu’il fut par la suite traduit en latin. L’original grec ayant été perdu, c’est à partir la version latine que les traductions vernaculaires furent établies. Aussi pouvons-nous penser qu’une erreur, un oubli plus précisément, s’est glissée lors de la traduction du grec. En effet, Eusèbe de Césarée, lui-même de langue grecque, disposait du texte grec de Contre les hérésies, et il est fort probable que ce soit ce dernier qu’il cite sans toutefois en mentionner la source, dans le passage que nous avons mentionné au début de cette section : « Après le martyre de Paul et de Pierre, Lin le premier obtint la charge épiscopale de l’église des Romains. Paul fait mention de lui, lorsqu’il écrit de Rome à Timothée, dans la salutation à la fin de l’épitre. » (Histoire ecclésiastique, III, 2). Tout le monde conviendra de la ressemblance frappante avec le texte actuel d’Irénée : « Donc, après avoir fondé et édifié l’Église, les bienheureux apôtres remirent à Lin la charge de l’épiscopat ; c’est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres à Timothée. » (Contre les hérésies, III, 3, 3). Cela semble dire que Lin ne devint évêque qu’après le mort de Pierre, et pourquoi cela sinon parce que Pierre était évêque lui-même ? Cela semble assez évident, mais même dans le cas contraire, cela ne signifierait pas que qu’Irénée nie que Pierre fut évêque de Rome, cela voudrait juste dire qu’il avait le même langage qu’Eusèbe dans les trois autres passages cités de lui.

Par ailleurs, il n’est pas possible que saint Irénée ait envisagé que Clément comme le « troisième » évêque de Rome à l’exclusion de saint Pierre. En effet, si tel était le cas, il l’aurait été juste après le martyre de Pierre et Paul, c’est du moins très souvent ce que disent les tenants de être théorie. Or, après avoir mentionné Lin, Irénée écrit : « Anaclet lui succède. Après lui, en troisième lieu à partir des apôtres, l’épiscopat échoit à Clément. Il avait vu les apôtres eux-mêmes et avait été en relations avec eux : leur prédication résonnait encore à ses oreilles et leur Tradition était encore devant ses yeux. Il n’était d’ailleurs pas le seul, car il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 3). Mais si Clément avait été évêque juste après la mort, Pierre et Paul, Irénée n’aurait jamais écrit qu' »il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres », car cela aurait été inutile étant donné que tous les chrétiens auraient été dans ce cas ! Si Irénée fait cette précision, c’est que Clément fut évêque bien longtemps après la morts des eux apôtres.

Mais pourquoi cette différence de formulation ? La réponse est que le terme d' »évêque » et de « gouverneur d’église locale » ne se superposent pas exactement. Effet, un « gouverneur d’église locale » est a fortiori évêque, mais un évêque, et ce fut le cas des apôtres, n’est pas forcément que « gouverneur d’église locale ». En effet, Pierre à Rome et Marc à Alexandrie avaient la charge d’évêque pour ces villes, mais ils devaient aussi vaquer à des travaux apostoliques en d’autres contrées. Aussi, nous voyons chez Eusèbe d’un côté Pierre et Marc décrit comme les premiers gouverneurs des Eglises de Rome et Alexandrie sans en être appelé « évêques », et d’un autre côté, nous voyons saint Jacques décrit comme « évêque » de Jérusalem (Histoire ecclésiastique, II, 23 et VII, 19) ; quelle différence entre ces deux premiers et ce dernier ? Tout simplement parce que selon la Tradition, Pierre et Marc se consacrèrent à des voyages apostoliques en plus de leurs épiscopats respectifs, alors que Jacques stationna toujours à Jérusalem pour être l’évêque des juifs de Palestine devenus chrétiens. C’est ainsi que Pierre par exemple, au témoignage de saint Innocent Ier (mort en 417), de la Tradition constante, des anciens auteurs ecclésiastiques, ainsi que des historiens, partit depuis son siège de Rome pour évangéliser le reste de l’Italie, ainsi que les Gaules, la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Afrique latine, la Numidie, la Lybie, la Cyrénaïque, dans l’Egypte, la Thébaïde, dans l’Ethiopie. La description et les preuves ses voyages apostoliques sont consultables dans cet article. Ce n’est qu’après leur mort que le gouvernement de leurs églises particulières ne passa à un évêque qui n’avait pas d’autre charge que d’exercer ce gouvernement et qui n’avaient alors que la charge d' »évêque », à savoir de « surveillant », de « superviseur », selon la racine grecque « épiscopoï ».

Les témoignages postérieurs à Eusèbe de Césarée

Les témoignages postérieurs à Eusèbe sont quant à eux unanimes à faire de Pierre le premier évêque de Rome. Ce fait constatable exclut d’ailleurs que ce ne fut pas le sentiment commun des trois premiers siècles, car il aurait été impossible qu’une telle innovation s’impose de manière aussi brusque et universelle, alors même que la croyance orale et écrite établie en tout lieu aurait affirmé le contraire. Il est de plus impossible de prétendre que cette doctrine fut une nouveauté imposée par le siège romain ayant pris une importance politique et/ou par le pouvoir civil car ce qui suit n’est en substance rien d’autre que ce qu’écrivait saint Cyprien au temps des persécutions come nous l’avons écris plus haut.

Une Tradition non-équivoque et unanime

Le concile de Sardique (343) : « Ce qui apparaîtra le meilleur et comme convenant le mieux, c’est ceci : que de toutes les diverses provinces les prêtres du Seigneur fassent rapport à la tête, c’est-à-dire au Siège de l’apôtre Pierre. » (Lettre Quod semper adressée au pape Jules 1er)

Saint Sirice (vers 320-399) : « Nous ne refusons pas à ta demande la réponse qui convient, puisque eu égard à Notre charge, Nous n’avons pas la liberté de pouvoir dissimuler ou taire quelque chose, puisque plus qu’à tous Nous incombe le zèle pour la religion chrétienne. Nous portons les charges de tous ceux qui peinent, et plus encore : les porte en Nous le bienheureux apôtre Pierre dont Nous croyons avec confiance qu’il Nous protège et Nous garde en toutes choses comme l’héritier de son ministère… » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, Introduction, §1)

« Maintenant, que tous vos prêtres observent la règle ici donnée, à moins qu’ils ne souhaitent être arrachés à la roche solide et apostolique sur laquelle Christ a construit l’Église universelle. » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, III, §2)

« Maintenant Nous encourageons encore et encore le propos de ta fraternité d’observer les canons et de garder les décrets édictés, pour que ce que Nous avons écrit en réponse à ta demande, tu fasses en sorte que cela soit porté à la connaissance de tous nos coévêques, et non pas de ceux-là seulement qui se trouvent dans ta province ; mais ce qui a été déterminé par Nous selon une ordonnance salutaire doit être envoyé aussi, accompagné de ta lettre, à tous les évêques de Carthage, de la Bétie, de Lusitanie et de Galice. Et bien qu’aucun prêtre du Seigneur n’ait la liberté d’ignorer les décisions du Siège apostolique ou les déterminations vénérables des canons, il pourra être néanmoins très utile et — compte tenu de l’ancienneté de ton sacerdoce — très glorieux pour ta Charité, que ce qui t’a été écrit à titre spécial en termes généraux soit porté, par ton souci de l’unanimité, à la connaissance de tous nos frères : afin que qui a été édicté par Nous, non pas de façon inconsidérée mais de façon circonspecte, avec une grande prudence et longue réflexion, demeure inviolé, et qu’à l’avenir soit fermée la voie des excuses, laquelle ne pourra plus être ouverte à personne auprès de Nous. » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, XV, §2o)

Saint Épiphane de Salamine (vers 315-403) : « Car les évêques de Rome étaient, d’abord Pierre et Paul, les apôtres eux-mêmes et aussi les évêques, puis Lin, puis Clet, alors Clément, contemporain de Pierre et Paul, que Paul mentionne dans l’Épître aux Romains.» (Panarion, ou Pharmacie contre toutes les hérésies, XXVII, 6, 1 P. G., t. XLI, col. 373) ; « En tout cas, la succession des évêques à Rome est dans cet ordre: Pierre et Paul, Linus et Clet, Clément, Evariste, Alexandre, Xystus, Telesphore, Hygin, Pie et Anicet, dont j’ai parlé plus haut, sur la liste » (Panarion, ou Pharmacie contre toutes les hérésies, XXVII, 6, 7)

Saint Ambroise (vers 340-397) : montre que l’on doit identifier les véritables catholiques en se basant sur un seul indice, celui qui nous est donné avec le siège de saint Pierre, c’est-à-dire avec la communion de l’Église de Rome. Voici en effet ce qu’il écrit au sujet de son frère Satyre, qui échappa à un naufrage alors qu’il était encore catéchumène et voulut recevoir sans tarder le baptême, mais uniquement d’un évêque catholique. Il donne en exemple et examine comment son frère a fait preuve de prudence et de sagesse lorsqu’il demandait dans les diverses régions de l’étranger s’il y avait un évêque catholique, c’est-à-dire un évêque qui fît partie de l’Église de Rome: « Il fit venir à lui l’évêque de l’endroit, ne croyant pas qu’il y eût de véritable grâce en dehors de celle de la vraie foi. Il lui demanda s’il était en communion avec les évêques catholiques c’est-à-dire avec l’Église de Rome, et peut-être le schisme avait-il alors ses adhérents dans cette contrée : car c’était le temps où Lucifer s’était séparé de notre Eglise. » (Sur la mort de son frère Satyre, Livre 1, n° 47 dans PL, 16/1306.) Et pourquoi parlait-il de l’Église de Rome, et non de celle de Jérusalem, d’Antioche ou de Constantinople, sinon parce que c’est l’Église de Rome qui se retrouve sans aucun doute comme leur tête dans toutes les églises catholiques? Et on pourra trouver un critère de discernement semblable dans ce que saint Jérôme écrit au pape saint Damase : « Pour ma part, je répète incessamment en criant : si quelqu’un est uni à la chaire de Pierre, il est avec moi. » (lettre 16 à Damase).

Saint Optat de Milève (mort vers 397), cité par saint Augustin aux côtés d’hommes disparus depuis longtemps, cet évêque « de vénérable mémoire » apparaît comme l’égal d’Ambroise de Milan, dit :

« Puisque St Pierre a reçu de Jésus Christ les clefs du royaume des cieux, non seulement pour lui-même, mais encore pour tous les souverains pontifes ses successeurs » (Contre les donatistes, Contre Parménien, vide, I,2)

Voir aussi le même ouvrage, Livre 2, chapitre 2 et 3 dans PL, 11/946-950.

« Nous prouvons que l’Église catholique est celle qui est répandue dans tout l’univers. Il s’agit maintenant d’énumérer ses privilèges, et de voir où ils se trouvent dans leur nombre de cinq ou de six, comme vous le dites. Le premier de ces privilèges, c’est de posséder une chaire qu’occupe un évêque, qui soit comme l’anneau sans lequel il n’y aurait pas lieu d’y joindre d’autres propriétés ; et il s’agit par conséquent de voir quel est l’évêque qui a siégé le premier, et où il a fixé son siège. Apprenez-le, si vous l’ignorez encore ; rougissez, si vous ne l’ignorez pas. On ne peut supposer que vous l’ignoriez ; il reste donc à dire que vous le savez. Errer avec connaissance de cause, c’est ce qui fait le crime. Car pour ce qui est de l’ignorance, elle est quelquefois excusable. Vous ne sauriez donc nier, sous prétexte d’ignorance, qu’à Rome Pierre ait le premier occupé la chaire épiscopale ; Pierre, le chef de tous les apôtres, et appelé pour cette raison Céphas [Ici saint Optat commet assez visiblement une erreur d’étymologie : le mot Cephas ne vient pas, comme il semble le croire, du mot grec κεφαλη, tête ou chef ; mais c’est un mot syriaque qui signifie la même chose que pierre ou rocher : « Tu vocaberis Cephas, quod interpretatur Petrus » (Jean, I, 42). Au reste, le mot grec κεφαλη peut avoir lui-même pour étymologie le mot syriaque כיפא]. C’est cette chaire qui doit être pour tout le monde le centre de l’unité, et à laquelle les autres apôtres n’ont jamais pu avoir la pensée d’opposer leurs chaires particulières ; en sorte que ce serait commettre ce crime de schisme, que d’élever aujourd’hui une autre chaire en opposition avec celle-là. Donc cette chaire unique, première des propriétés de l’Eglise, a été occupée par Pierre le premier. A Pierre a succédé Lin ; à Lin a succédé Clément ; à Clément Anaclet ; etc. ; à Jules, Libère ; à Libère Damase ; et à Damase, Sirice, qui est aujourd’hui notre collègue, et avec lequel tout l’univers, en même temps que nous-même, est en société de communion par le commerce des lettres formées [On trouvera dans le Protestantisme et la règle de foi du P. Perrone, t, II, p. 116-578 et suiv. (trad. franc.) ce qu’on doit entendre par lettres formées]. Vous, à votre tour, dites quelle est l’origine de votre chaire épiscopale, vous, qui vous attribuez les privilèges de la vraie Eglise. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre II). Juste après avoir donné la liste des évêques de Rome, démontre que les schismatiques sont en dehors de l’Église catholique en donnant pour preuve qu’aucun de leurs évêques n’est en communion avec la chaire de Rome et il conclut ainsi: « Cette chaire est le premier de tous les dons du Christ, et comme nous l’avons prouvé c’est saint Pierre qui nous l’a communiqué. » (Livre 2, chapitre 6 dans PL, 11/958.) […] « Et cette chaire de saint Pierre qui nous a été donnée est le principe grâce auquel nous parviennent tous les autres dons. » (Livre 2, chapitre 9 dans PL, 11/962.) Dans ce passage, saint Optat entend désigner avec cette prérogative de la chaire la note d’apostolicité, qui se trouve chez tous ceux qui sont en communion avec cette chaire, où réside la source et l’origine du pouvoir apostolique.

Saint Jérôme de Stridon (347-420): écrivit plusieurs lettres au Pape saint Damase, il évoque sans cesse et de manière tonitruante la primauté et l’infaillibilité romaine, en voici des exemples:

« Le propre siège de saint Pierre, la pierre que les orgueilleuses portes de l’enfer ne peuvent vaincre » (Lettre 15 au pape saint Damase, n° 1 et n° 2 dans PL, 22/355-356.) Puis, dans cette même lettre où il interroge ce Pape sur le schisme de l’Église d’Antioche: « Je ne me suis attaché qu’à un seul chef, le Christ et je me suis lié à Votre Béatitude, c’est-à-dire à la communion de la chaire de Pierre. Quiconque mangera l’agneau en dehors de cette maison sera infidèle. À moins de prendre place dans l’arche de Noé, on périra dans le déluge. […] Quiconque ne rassemble pas avec vous dissipe, c’est-à-dire: celui qui n’appartient pas au Christ appartient à l’antichrist. » (Lettre 15 au pape saint Damase, n° 2 dans PL, 22/355-356.) Et on doit remarquer que saint Jérôme ne fait pas de différence entre le Christ et le pape lorsqu’il s’agit de la foi; car on peut voir clairement qu’il se place à ce dernier point de vue si on lit sa lettre quatre.

« Celui qui est joint à la chaire de Pierre est acceptée par moi ! » (Lettre  16 au Pape Damase, 2)

« Comme l’Orient divisé en lui-même par les haines invétérées de ses peuples, déchiré par pièces et morceaux la tunique sans couture et tissée par le haut de Notre-Seigneur, et que les renards ravagent la vigne du Christ, comme d’ailleurs il est difficile, au milieu de ces citernes entrouvertes qui ne peuvent retenir l’eau (JER., II, 13), de dire où est la fontaine scellée, le jardin fermé (Cant., IV, 12) ; j’ai cru devoir consulter la chaire de Pierre, et cette foi romaine tant exaltée par l’apôtre, en demandant l’aliment de mon âme là où j’ai autrefois reçu le vêtement de Jésus-Christ. Car toute la distance des terres et des mers, qui nous séparent n’a pas pu m’empêcher d’aller à la recherche de cette pierre précieuse. Partout où est le corps, là il faut que les aiglons se rassemblent (LUC, XVII, 37). Après que le patrimoine a été dissipé par une race pervertie, c’est chez vous seuls que se trouve intact l’héritage de nos pères. Chez vous la terre féconde reproduit au centuple et en belle qualité la divine semence qui lui est confiée ; chez nous au contraire le froment enfoui dans les sillons dégénère en avoine et en ivraie. Maintenant c’est en Occident que se lève le soleil de justice, tandis qu’en Orient ce Lucifer, qui était tombé, élève son trône au-dessus des astres. Vous autres, vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre, vous êtes des vases d’or ou d’argent ; parmi nous on ne trouve que vases de terre ou de bois, qui attendent une verge de fer pour les briser, ou le feu éternel qui les consumera. Ainsi donc, quoique je tremble devant votre majesté, je me sens invité par votre clémence. Au pontife je demande la victime du salut, au pasteur sa protection pour une brebis du troupeau. Loin de vous les sentiments d’envie ; loin de vous le faste de la grandeur romaine : je parle au successeur du pêcheur, au disciple de la croix. Sans reconnaître d’autre chef que Jésus-Christ, je m’unis de communion avec votre béatitude, c’est-à-dire avec la chaire de Pierre ; je sais que c’est sur cette pierre qu’est bâtie l’Eglise. Quiconque mange l’agneau hors de cette maison, est un profane. Quiconque ne sera pas dans cette arche de Noé périra dans les eaux du déluge… Je ne connais pas Vital, je rejette Mélèze, je ne connais pas davantage Paulin. Celui qui ne ramasse pas avec vous, dissipe, c’est-à-dire, celui qui n’est pas à Jésus-Christ est à l’antechrist… C’est pourquoi je supplie votre béatitude par celui qui a été crucifié, par le salut du monde, par la Trinité consubstantielle, de m’autoriser par quelqu’une de vos lettres, soit à dire, soit à taire trois hypostases. Et de peur que l’obscurité du lieu où je demeure n’occasionne quelque mépris, daignez me faire parvenir votre réponse par le prêtre Evagre que vous connaissez fort bien ; faites-moi savoir en même temps avec qui je dois me mettre en communion à Antioche : car les hérétiques Campiens, unis aux Tharsiens, n’ont pas de plus grande ambition que de faire triompher les trois hypostases entendues dans leur sens, en s’appuyant de votre autorité. » (Lettre 57 à Damase)

« Pourquoi reprendre les choses de si loin ? C’est pour que de votre grandeur vous abaissiez vos regards sur ma bassesse ; pour que, pasteur opulent, vous ne dédaigniez pas une brebis malade. » Il dit ensuite, un peu plus loin : « Quoique j’aie, comme je l’ai écrit déjà, le vêtement du Christ (le baptême) dans la ville de Rome, je suis maintenant relégué dans les plages barbares de la Syrie. Et pour que vous ne pensiez pas que c’en soit un autre qui m’ait condamné à cet exil, c’est moi-même qui en ai porté la juste sentence contre moi-même. Mais, comme dit le poète latin, ceux qui s’en vont au-delà des mers peuvent changer de climat sans changer de dispositions [« Cœlum, non animum mutant qui trans mare currunt. »: citation d’Horace]. Mon implacable ennemi s’est tellement mis à mes trousses, que j’ai à soutenir dans cette solitude des combats encore plus violents. Car, tandis que d’un côté la fureur arienne se déploie appuyée par la puissance du siècle, de l’autre les trois factions qui partagent l’Eglise s’efforcent de m’attirer chacune à elles. Les moines du voisinage, établis avant moi dans le pays, se prévalent contre moi de leur priorité de possession. Au milieu de tout cela, je crie : Celui-là est de mon côté, qui est uni à la chaire de Pierre. Mélèce, Vital et Paulin se disent en communion avec vous. Si un seul l’affirmait, je pourrais l’en croire ; mais ici, il faut ou que deux à la fois mentent, ou même que tous les trois le fassent. Je supplie donc votre béatitude par la croix de Notre-Seigneur, par tout ce que demande l’honneur de notre foi, par la passion de Jésus-Christ, de vous montrer tellement par vos actions le digne successeur des apôtres, de siéger sur votre trône de société avec les douze avec une telle autorité, de vous laisser ceindre avec Pierre dans votre vieillesse avec une telle douceur, d’avoir tellement avec Paul votre conversation dans le ciel, que vous ne m’en fassiez pas moins connaître par vos lettres avec qui je dois me mettre en communion dans ce pays de Syrie. Ne méprisez pas une âme pour laquelle est mort Jésus-Christ. » (Lettre 58 à Damase)

Empereur Théodose Ier (347-395) : « Nous voulons que tous les peuples que régit la modération de Notre Clémence s’engagent dans cette religion que le divin Pierre Apôtre a donné aux Romains – ainsi que l’affirme une tradition qui depuis lui est parvenue jusqu’à maintenant » (Edit de Thessalonique ou Edit de Théodose du 27 février 380, faisant du Christianisme la religion officielle de l’empire)

Saint Jean Cassien (vers 360-vers 435) : « Mais le grand homme, le disciple des disciples, le maître parmi les maîtres, qui Qui exerçait le gouvernement de l’Église romaine possédait l’autorité dans la foi et le sacerdoce. Dis-nous donc, Dis-nous que nous te prions, Pierre, prince des Apôtres, dis-nous comment les églises doivent croire en Dieu. (Contre Nestorius, III, 12)

Saint Augustin (354-430) : « Si l’on doit avoir égard à la suite et à la succession des évêques. Combien n’y a-t-il pas plus de sûreté et d’avantages à s’en tenir à celle qui remonte jusqu’à Pierre, à qui le Seigneur a dit, comme au représentant de l’Eglise tout entière : Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Or, c’est à Pierre que Lin a succédé ; comme c’est à Lin qu’a succédé ensuite Clément ; puis à Clément, Anaclet, etc. ; A Damase, Sirice ; à Sirice, Anastase. Dans cet ordre de succession ne se trouve aucun évêque donatiste. Et quand même dans cette suite d’évêque qui de Pierre redescendent jusqu’à Anastase, le même qui occupe ce siège aujourd’hui, il se serait glissé dans les temps de persécution quelque traditeur, cela ne préjudicierait en rien à l’Eglise elle-même, ni à tout ce qu’il y aurait eu de chrétiens innocents de ce crime, puisque le Seigneur nous a dit d’avance pour nous mettre en garde contre les mauvais pasteurs : Faites ce qu’ils disent, mais ne faites pas ce qu’ils font ; car ils disent et ne font pas. Voilà ce qui assure l’espérance des fidèles et ce qui fait que, se confiant non dans les hommes, mais dans le Seigneur, ils ne sont point exposés à faire naufrage dans la tempête que soulève un schisme sacrilège. » (Lettre 165 alias 53 à Generosus)

« Et puis, lors même que tous les catholiques de l’univers seraient tels que vous les représentez [gravement pécheurs], qu’avez-vous à dire contre la chaire de l’Eglise romaine sur laquelle s’est assis saint Pierre et sur laquelle siège Anastase; ou contre la chaire de l’Eglise de Jérusalem, sur laquelle saint Jacques s’est assis et sur laquelle siège l’évêque Jean ? Or, c’est avec Anastase et avec Jean que nous sommes unis dans les liens de cette unité dont vous vous êtes séparés avec une fureur sacrilège. Pourquoi appelez-vous « chaire de pestilence » la chaire apostolique? Est-ce à cause de ces hommes que vous accusez de citer la loi et de ne pas l’accomplir? Mais souvenez-vous donc que le Sauveur n’a jamais insulté la chaire de Moïse, quoiqu’elle, fût alors occupée par ces pharisiens « qui enseignent et ne font pas ». Il entoura cette chaire de tous les honneurs, tout en condamnant ceux qui l’occupaient. Ecoutez-le : « Ils siégent sur la chaire de Moïse; faites ce a qu’ils vous disent, mais ne faites pas ce qu’ils font, car ils disent et ne font pas. » Si vous faisiez attention à ces paroles, vous ne chercheriez pas dans les hommes que vous diffamez un prétexte pour blasphémer contre la chaire apostolique de la communion de laquelle vous vous êtes séparés. Mais que promet cette conduite, sinon que vous ne savez que dire, et que néanmoins vous ne pouvez vous empêcher de médire ? » (Contre les lettres du donatiste Pétilien, II, 118)

« Je garderai donc le silence sur cette sagesse, dont vous niez la présence dans l’Eglise catholique; j’y consens d’autant plus volontiers que je trouve assez d’autres garanties qui me retiennent dans son sein. Ce qui me frappe d’abord, c’est le consentement unanime des nations et des peuples; c’est le spectacle d’une autorité engendrée par les miracles, nourrie par l’espérance, augmentée par la charité, affermie par la durée. Ce qui, me frappe encore, c’est la chaire de Pierre à qui le Seigneur, après la résurrection, a confié le soin de paître ses brebis, c’est aussi cette imposante succession du sacerdoce, couronnée par l’épiscopat qui découle directement du pontificat lui-même. » (Réfutation de l’épître manichéenne appelée Fondamentale, chapitre IV)

Comparant saint Cyprien à saint Pierre il dit : « Je dois redouter de me montrer rebelle envers saint Pierre. Car qui ignore que ce dernier est revêtu du pri- mat apostolique et qu’il est placé avant tout évêque? Mais quand bien même la grâce découle de sièges qui sont éloignés les uns des autres, la gloire de ces martyrs reste la même. » (De la doctrine chrétienne, livre 2, chapitre 1 – PL, 43 / 127. DG 2, 2, 7, 35 : Puto.)

Saint Innocent Ier (mort en 417) fit la réponse suivante aux Pères du concile de concile de Milève qui lui écrivirent pour qu’il confirme de son autorité papale leur canons : « Je loue la diligence que vous avez apportée à rendre hommage au siège apostolique, je veux dire au siège de celui qui, sans compter les embarras qui peuvent lui survenir d’ailleurs, est chargé du soin de toutes les Eglises, en nous consultant sur le parti que vous pouvez avoir à prendre dans vos doutes, vous conformant ainsi à l’antique règle que vous savez aussi bien que moi avoir toujours été observée par tout l’univers. Mais je me tais là-dessus, persuadé que vous en êtes d’avance parfaitement instruits, puisque vous l’avez reconnu par votre conduite même, sachant bien que le siège apostolique ne manque jamais de répondre aux consultations qui lui viennent de toutes les parties de l’univers. Mais surtout s’il s’agit de ce qui intéresse la foi, tous nos frères ou nos collègues dans l’épiscopat se font, comme je n’en doute pas, un devoir d’en référer à Pierre, ou à celui de qui il tient son nom et son privilège, ainsi que vous l’avez fait vous-mêmes pour obtenir une décision qui puisse, dans le monde entier, servir en commun à toutes les Eglises. » (Lettre aux Pères du concile de Milève, Inter epistolas S. Augustini, Opera S. Augustini, t. II, col. 934, édit. de Gaume ; col. 638, édit. de Montfaucon). Lettre citée dans la lettre 182 (alias 193) de SAINT AUGUSTIN – PL, 33 / 784.). Et lorsque dans sa Lettre à Paulin, saint Augustin rapporte ces actes, il recommande les réponses que le pape Innocent Ier donna par écrit, en ajoutant : « Sur tous ces points, le pape nous a donné réponse par écrit, exactement comme le requérait le droit et comme il convenait au pontife du Siège apostolique » (Epistola 186 (alias 106), § 2 – PL, 33 / 817.).

Le prêtre Phillipe, déclara lors de la IIIème cession du Concile d’Ephèse (431) : « Il n’y a pas de doute, et en fait cela fut connu dans tous les âges, que le saint et très-heureux Pierre, prince et tête des Apôtres, pilier de la foi, et fondation de l’Eglise catholique, reçu les clés du royaume de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Sauveur et Rédempteur de la race humaine, et qu’à lui fut donner le pouvoir de remettre et retenir les péchés; qui depuis le commencement jusqu’à aujourd’hui et pour toujours, vit et juge en ses successeurs. Le saint et très-heureux Pape Célestin, selon l’ordre est don successeur et tient sa place. »

Saint Sixte III (mort en 440) : « Le bienheureux Pierre dans ses successeurs a livré ce qu’il a reçu » (Lettre VI, à Jean d’Antioche)

Les Pères du concile de Chalcédoine (451) déclarèrent formellement au sujet de saint Léon: « Dieu, dans sa providence, s’est choisi, dans la personne du pontife romain un athlète invincible, impénétrable à toute erreur, lequel vient d’exposer la vérité avec la dernière évidence ». Lors du même concile, Paschasinus déclara à sa IIIème cession: « C’est pourquoi le plus saint et béni Léon, archevêque de la grande et aînée Rome, à travers nous, et à travers ce présent synode très saint avec le trois fois béni et tout glorieux Pierre Apôtre, qui est le rocher et le fondement de l’Eglise catholique, et le fondement de la foi orthodoxe, l’a dépouillé de son épiscopat et lui a aliéné toute dignité hiératique. ‘Pierre, l’apôtre, qui est le rocher et le support de l’Eglise catholique’. »

Saint Léon le Grand (vers 395-461), laissait entendre que saint Pierre vivait et enseignait par la bouche de ses successeurs: « Le bienheureux Pierre, conservant toujours cette consistance de pierre qu’il a reçue, n’a pas abandonné le gouvernail de l’Église […]. Si donc nous faisons, quelque chose de bon, si nous pénétrons avec justesse dans les questions, si quelque chose est gagné de la miséricorde de Dieu par nos supplications quotidiennes, c’est l’œuvre, c’est le mérite de celui dont la puissance vit et dont l’autorité commande dans son Siège […] À celui qu’ils savent non seulement être le maître de ce Siège, mais aussi le primat de tous les évêques. Qui par conséquent […] croient qu’il parle par son représentant que nous sommes [il emploi de « nous » de majesté] » (In anniversario Assumptionis suae, sermon III, 3-4 [442]).

Ce pape dit encore « Au cours de tant de siècles, aucune hérésie ne pouvait souiller ceux qui étaient assis sur la chaire de Pierre, car c’est le Saint-Esprit qui les enseigne » (Sermon 98).

Décret gélasien (492) : « La saint Eglise Romaine est supérieure aux autres églises, non pas en vertu de quelque décret conciliaire, mais obtint cette primauté de Notre-Seigneur et Sauveur en ces mots de l’Evangile: ‘Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise‘ » (Texte complet)

Saint Hormisdas Ier (450-523), Pape, envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui dècheraient l’Orient – le 1er août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome. En effet, après avoir rappelé que le Christ avait « bâti l’Eglise sur la pierre » contre laquelle l’enfer ne prévaudrait point » (Matthieu XVI, 18), le pape commenta avec assurance: « Cette affirmation se vérifie dans les faits, car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège Apostolique [autre version du texte: c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. […] Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère donc mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie et parfaite la solidité de la religion chrétienne ; je promets aussi qu’à l’avenir les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Église catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés. Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise envoyée à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome ».

Plus tard, le Pape Adrien II fit souscrire à ça texte tous les Pères grecs et latins lors du IVème concile de Constantinople (10e session du 28 février 870).

Les Pères du Concile Vatican I – qui défini le dogme de l’infaillibilité pontificale – commentèrent ce texte comme il suit. Ils dirent de l’affirmation selon laquelle la promesse du Christ « s’est vérifié dans les faits » dans le siège de Rome: « Ceci doit être entendu non seulement comme un simple fait (facto) mais aussi comme un droit (jure) constant et immuable, en [vertu] des paroles du Christ [« Tu es Pierre etc.»], qui demeurent immuables. Aussi longtemps que durera la pierre sur laquelle le Christ fonda l’Église, aussi longtemps la religion catholique et la doctrine sainte seront gardées immaculées dans le Siège apostolique, et ce de par le droit divin. […][L’infaillibilité pontificale] est parfaitement contenue dans le Formulaire d’Hormisdas (avec l’ajout d’Adrien II), qui dit: en vertu des paroles du Christ «Tu es Pierre etc.,», dans le Siège apostolique, c’est-à-dire par Pierre et par ceux qui lui succèdent en cette chaire, la religion et la doctrine ont toujours été gardées immaculées, et comme cela a été montré plus haut), de droit divin, elles seront toujours gardées [à l’avenir]. Ceci équivaut certainement à la proposition qui dit: les évêques romains qui occupent le Siège de Pierre sont, par rapport à la religion et à la doctrine, immunisés contre l’erreur » (Relatio de observationibus Reverendissimorum concilii Patrum in schema de romani pontificis primatu, in: Gerardus SCHNEEMANN, Acta et decreta sacrosancti oecumenici concilii Vaticani cum permultis aliis documentis concilium ejusque historiam spectantibus, Freiburg 1892, col. 281 – 284).

Finalement, Vatican I intégra une citation abrégée du Formulaire au chapitre 4 de Pastor aeternus, contenant la définition du dogme de l’Infaillibilute pontificale: « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Matthieu XVI,18); ce qui a été dit et prouvé par les faits; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique et la doctrine catholique toujours professée dans sa sainteté (…) Nous espérons mériter de rester dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie, la solidité de la religion chrétienne. »

Le pape saint Agathon envoya une lettre aux empereurs Constantin IV Pogonat de Constantinople, Héraclius et Tibère où nous remarquons en particulier les passages suivants : « Saint Pierre a reçu du Rédempteur lui-même par une triple recommandation qui lui en a été faite, la charge de paître les brebis spirituelles qui composent son Eglise ; et c’est grâce à l’appui qu’il continue de lui prêter, que cette Eglise apostolique n’a jamais déviée par une erreur quelconque de la voie de la vérité ; aussi, de tout temps, toute l’Eglise catholique et les conciles généraux ont-ils fidèlement adhéré à son autorité comme à celle du prince de tous les apôtres, s’attachant à la suivre en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres, doctrine qui a fait la gloire de tous les docteurs qui ont brillé dans l’Eglise, tandis qu’elle a d’un autre côté fait le tourment des hérétiques, qui n’ont cessé de la décrier et de la calomnier […] Telle est la règle de la vraie foi, qu’a constamment suivie et ardemment défendue, tant dans la prospérité que dans l’adversité, l’Eglise apostolique de Jésus-Christ, mère spirituelle de ce pacifique empire, et qui par la grâce de Dieu tout-puissant ne peut être accusée de s’être jamais écartée du sentier de la tradition apostolique, ou de s’être laissée corrompre par les nouveautés hérétiques ; mais a conservé toujours pure la foi qu’elle a reçue des princes des apôtres ses fondateurs, selon la divine promesse de Jésus-Christ lui-même, qui a dit dans l’Evangile au premier de ses disciples : Pierre, Pierre, voilà que Satan vous a recherché pour vous cribler comme on crible le froment ; mais j’ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaille point : lors donc que vous vous serez converti, ayez soin d’affermir vos frères (Luc XXII, 31-32). Que votre auguste clémence veuille donc bien considérer que le maître et le Sauveur de tous, qui est l’auteur de la foi, et qui a promis que la foi de Pierre ne défaillira jamais, l’a averti d’affermir ses frères : charge dont se sont acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait, les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs ; et quoique bien inférieur à leurs mérites je veux, puisque la grâce divine m’a appelé à leur succéder, m’acquitter à leur exemple de ce même ministère. » (Lettre Consideranti mihi à l’empereur, 27 mars 680 ; voir LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 e MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 sqq.). Lors du IIIè concile de Constantinople (680-681), l’authenticité de la lettre d’Agathon à l’empereur fut certifiée lors de la 4e session ; son contenu fut approuvé par les évê­ques lors de la 18e session lors de laquelle ils déclarèrent que cette lettre fut « écrite par Dieu […] et par Agathon Pierre a parlé ». On lut aussi lors de la 4è session une autre lettre du pape Agathon et des cent vingt-cinq évêques du concile tenu à Rome, adressée aux mêmes empereurs, et dont nous citons l’extrait suivant : « Nous croyons que Dieu fera à votre trône, qu’il a élevé lui-même, la faveur si rare, et qui est le privilège du très-petit nombre, d’être le moyen dont il se servira pour faire briller aux yeux de tous la lumière de la foi catholique et apostolique, qui, ayant pour principe la source même de la vraie lumière dont elle est comme le rayon, nous a été transmise par le ministère des princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par les hommes apostoliques leurs disciples et leurs successeurs, et est parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à notre médiocrité, sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer, et Dieu veuille bénir les efforts que fait votre autorité providentielle pour la conserver toujours inaltérable ! Tel a été aussi l’objet constant de la sollicitude du siège apostolique, et de tant de pontifes auxquels nous succédons malgré notre indignité : et tel est le but qu’ils se sont proposé, tantôt dans leurs décrets rendus de concert avec leurs collègues, successeurs comme eux des apôtres, tantôt dans leurs définitions synodales par lesquelles ils faisaient connaître à tous la règle de la vérité ; et ils ont maintenu jusqu’à la mort les bornes qu’il n’est pas permis de remuer, sans se laisser ni séduire par les caresses, ni effrayer par les menaces, mettant ainsi en pratique le précepte qui nous a été imposé en ces termes par notre divin maître : Celui qui me confessera devant les hommes, je le confesserai devant mon Père ; et échappant par-là même à l’anathème contenu dans ces autres paroles : Celui qui me reniera devant les hommes, je le renierai devant mon père. Car la vraie foi ne sait point varier avec les temps, pas plus que ne peut souffrir que la vérité change celui-là même que la vraie foi a pour objet, et qui a dit : Je suis le Seigneur, et je ne change point. »  (LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682)

Un épiscopat de 25 ans

Une Tradition solidement établie avant le VIè siècle nous donne la durée de l’épiscopat de saint Pierre sur Rome : 25 ans. Les différentes sources ne faisant que diverger sur le nombre exact de mois et de jours en plus. C’est un indice de fiabilité car une fable inventée a posteriori ne se serait d’une part pas imposée de manière universelle et sans contestation et n’aurait d’autre part pas de variations dans ses différentes expressions, les autorités novatrices veillant à ce que leur nouveauté soit crue.

« Une ancienne peinture, trouvée dans l’église de Saint-Paul, sur la voie d’Ostie, varient de 1 à 3, et seuls les jours de 3 à 8.porte : Petrus sed. ann. xxv. N. II. D. VII.

Pierre siégea 25 ans 2 mois 7 jours.

Le catalogue de Libère , manuscrit du IVè siècle, édité par Bucher et Schelestrate, dit que le pontificat de saint Pierre dura 25 ans 1 mois 9 jours.

Le catalogue de Félix IV, manuscrit du VIè siècle, 25 ans 2 mois 9 jours.

La catalogue de Bergame, décrit cous Pie II, 25 ans 2 mois 8 jours.

Le catalogue de Farta, transcrit au siècle d’un manuscrit très ancien, 25 ans 2 mois 7 jours.

Le catalogue de Lucques, composé au siècle sur de vieux manuscrits du Vatican, 25 ans 2 mois 7 jours.

Le manuscrit dit da Papebrock, reproduit au siècle d’an plus ancien et se terminant au pape Vigile, 25 ans 2 mois 7 jours.

Les sept manuscrits de la bibliothèque de Colbert indiquent tous 25 ans, seuls les mois désignés

En résumé, quatorze manuscrits ont été examinés jusqu’ici ; tous fixent le nombre d’années du pontificat de saint Pierre 25 ans, huit le nombre de mois deux, six le nombre de jours sept, nombre indiqué par les anciennes peintures de la basilique de Saint-Paul. (V. Patrologia, t. CXXVII, c. 282.) » (Abbé Benjamin-Marcellin CONSTANT, L’histoire et l’infaillibilité des Papes, 1859, tome 1, page 100)

Il va sans dire que cette durée de 25 ans est contestée. Il est vrai que Pierre n’a pas stationné 25 à Rome. Comme nous l’avons vu, il en fut chassé avec tous les juifs en 49, il participa au concile de Jérusalem en 49-50 (Actes XV) et il évangélisa l’Occident. Pour une démonstration plus approfondie, nous suggérons de lire ce qu’écrit John WENHAM, « The Date of Peter’s Going to Rome » dans Redating Matthew, Mark & Luke (Downers Grove, Ill.: InterVarsity Press, 1992), 146-72, il y donne ses raisons pour croire à ce séjour de Pierre de 25 ans à Rome. Il y a aussi la page de son site internet consacrée à la question : http://www.cogwriter.com/peter.htm. Nous précisons notre désaccord avec une affirmation de ce site : celle que c’est entre 54 et 57 que Marc rédigea à Rome son Evangile pour Pierre : nous avons amplement démontré que cet Evangile fut écrit à Rome dans la décennie 40.

Réponses aux dernières objections

Le silence des Actes des Apôtres

Objection : si la venue de saint Pierre à Rome est si importante, pourquoi saint Luc dans les Actes des Apôtres n’en dit-il pas un mot ?

Réponse : « l’argument tiré du silence n’a de valeur que si le point passé sous silence rentrait dans le sujet traité par l’historien et aurait dû être mentionné par lui. Or pour ce qui concerne saint Luc, l’objection est sans fondement pour la bonne raison que les Actes des Apôtres ne décrivent que les débuts de l’Église chrétienne dans les douze premiers chapitres et qu’à partir du chapitre XIII, il n’est plus question que des Actes de saint Paul. Que les Actes soient par ailleurs loin d’être complets, c’est ce qui est bien évident ; ainsi, ils ne parlent pas non plus du conflit d’Antioche. » (Abbé Augustin BOULENGER, Manuel d’apologétique, tome 3, 1920, n° 326)

« Quant aux Actes des Apôtres, il est vrai qu’ils ne font point mention de ce voyage ; mais on sait que saint Luc, en les composant, avait pour but principal de faire connaître la vie et les actions de saint Paul dont il fut le disciple fidèle, et non de saint Pierre ni des autres Apôtres avec qui il a eu peu de relations. D’ailleurs, tout ce qu’ont dit et fait Jésus-Christ et ses disciples n’a pas été écrit : Le monde entier, dit saint Jean, n’eût pas contenu la quantité de parchemins que cette entreprise aurait exigée. Saint Luc lui-même n’a pas raconté tout ce que nous savons sur saint Paul; il ne dit pas même qu’il soit mort. Les Actes des Apôtres doivent donc être complétés par les données de l’histoire. » (Abbé Benjamin-Marcellin CONSTANT, L’histoire et l’infaillibilité des Papes, 1859, tome 1, pp. 92-93)

Le silence de l’Epître aux Romains et de la IInde Epître à Timothée

Objection : si saint Pierre était l’évêque de Rome, pourquoi saint Paul ne le mentionne-t-il pas à la fin de son Epître aux Romains (XVI, 2-16) alors même qu’il s’agit des plus longues salutations de toutes les Epîtres ? Et pourquoi ce dernier écrit-il dans sa IInde Epître à Timothée que « seulement Luc » est avec lui (II Timothée IV, 11) alors qu’il se trouve alors à Rome ?

Réponse : « Il n’y a pas lieu de s’étonner davantage que saint Paul ne mentionne pas saint Pierre dans son Épître aux Romains : ses autres Épîtres nous montrent qu’il n’avait pas l’habitude de saluer les évêques de la ville. Lorsqu’il écrit aux Éphésiens, il ne parle pas non plus de Timothée, leur évêque. » (Abbé Augustin BOULENGER, Manuel d’apologétique, tome 3, 1920, n° 326). Il faut aussi rappeler que Pierre ne resta pas constamment à Rome pendant toute la durée de son épiscopat, il était souvent en voyages apostoliques à travers l’Occident, lorsque Paul écrivit ces deux Epîtres, Pierre n’était probablement pas à Rome. Nous pouvons ajouter le souci de discrétion. En effet, si la présence de Pierre à Rome venait à être trop connu des païens persécuteurs, ce dernier, surtout en tant que chef de l’Eglise, aurait sans doute été inquiété. C’est donc sans doute la même crainte qui motiva le silence de Paul ainsi que le langage métaphorique de Pierre disant qu’il était à « Babylone » pour signifier qu’il était à Rome. Enfin, souvenons-nous de la seconde partie du verset II Timothée IV, 11 : « Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est d’un grand secours pour le ministère. », comme nous le disions dans notre article sur la rédaction de l’Evangile selon saint Marc à Rome sous la direction de Pierre. Pourquoi Marc plus qu’un autre lui aurait-il été « d’un grand secours pour le ministère » ? Surtout lorsqu’on sait que ce même Paul refusa la proposition de Barnabé de prendre Marc avec lui lors d’un de ses voyages et que ce dissentiment causa leur séparation (Actes XV, 37-39). Son lien historique avec l’Eglise de Rome pourrait être une explication de cette demande surprenante.

Le silence de Flavius Josèphe

Objection : l’historien juif du Ier siècle Flavius Josèphe ne parle pas du martyre de Pierre à Rome.

Réponse : « Josèphe déclare qu’il a voulu passer sous silence la plupart des crimes de Néron ; s’il omet la crucifixion de Pierre, il ne parle pas davantage de l’incendie de Rome et du meurtre de Sénèque. » (Abbé Augustin BOULENGER, Manuel d’apologétique, tome 3, 1920, n° 326). Certains disent que l’incendie de Rome n’est pas le fait de Néron. C’est possible, mais ce qui compte ici n’est pas ce qui est mais ce que Flavius Josèphe croyait être. En effet, de deux choses l’une : soit Flavius Josèphe pensait à tort ou à raison que l’incendie fut de Néron et cela explique qu’il n’en parle pas car c’est un crime de Néron dont il dit ne pas vouloir parler, et qu’il ne parle pas non plus de la persécution des chrétiens et du martyre de saint Pierre qui n’en furent que des conséquences ; soit il pensait que l’incendie n’était pas de Néron, et alors son silence sur cet incendie et sur le meurtre de Sénèque, pourtant susceptibles d’intéresser tout l’empire, explique qu’il ne jugea pas utile non plus de parler de la mort de saint Pierre qui était un non-événement pour qui n’était pas chrétien.

Une ambigüité chez Tertullien

Objection : Tertullien (vers 160 – vers 230) dit que Clément fut le premier évêque de Rome: « C’est ainsi que les Eglises vraiment apostoliques justifient qu’elles le sont. Ainsi l’Eglise de Smyrne montre Polycarpe, que Jean lui a donné pour évêque; et l’Eglise de Rome, Clément, ordonné par Pierre. Toutes nous montrent de même ceux que les Apôtres ont établi leurs évêques, et par le canal de qui elles ont reçu la doctrine apostolique. » (De la prescription contre les hérétiques, XXXII)

Réponses : on se rend aisément compte que cette objection n’en est pas une. En effet, d’une part comme nous l’avons vu plus haut, ne pas désigner un apôtre ou un évangéliste comme évêque d’une ville qu’il évangélisa ne signifie pas qu’il ne le fut pas, surtout dans les premiers siècles, et d’autre part, la seule chose sur laquelle Tertullien veut attirer notre attention est la fondation apostolique de l’Eglise de Rome par Pierre, dont Clément ne fut qu’un des illustres de ces premiers évêques. En effet, il écrivit une célébrissime Lettre aux Corinthiens qui était encore lue dans lors des messes corinthiennes vers 166 (Histoire ecclésiastique, IV, 23, 11) ; Hégésippe de Jérusalem, le plus ancien historien de l’Eglise fait mention de cette lettre (Histoire ecclésiastique, III, 16 et IV, 22, P. G., t. XX, col. 249, 377) ; saint Irénée de Lyon la mentionne en 185 dans la liste des évêques de Rome (Contre les hérésies, III, 3, 3), il s’y attarde longuement pour en décrire le contenu et ne fait de même pour aucun des autres évêques de la liste ; enfin, Eusèbe rapporte qu’à son époque encore (vers 260-vers 340), cette lettre est « en beaucoup d’églises » et « publiquement dans les réunions communes » (Histoire ecclésiastique, III, 16).

Et dans l’hypothèse même où Tertullien aurait voulu dire que Clément fut évêque du temps de Pierre, nous devons regarder son opinion comme fausse car nous préférons par ailleurs nous référer à Hégésippe, Irénée et Eusèbe. Hégésippe qui vint à Rome pour y rédiger ses Mémoires (Histoire ecclésiastique, IV, 22) et qui savait donc de quoi il parlait. Irénée qui lui aussi vint à Rome (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 4 et 5) dont il estime beaucoup la Tradition et ses évêques, il nous l’apprend lorsqu’il dit que sa Tradition est parvenue « jusqu’à nous par des successions d’évêques […] car avec cette Église [de Rome], en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 2), or au paragraphe suivant, il place ClCment après Lin et Anaclet. Eusèbe enfin qui avec la rigueur de l’historien, fait commencer l’épiscopat de Clément la douzième année du règne de Domitien, donc partir de 92-93 (Histoire ecclésiastique, III, 15).

Subsidiairement, saint Cyprien que nous avons cité plus haut parlant de Rome comme de la « chaire de Pierre » tint constamment Tertullien en haute vénération. Saint Jérôme dit que cet évêque de Carthage ne laissait pas passer une journée sans lire quelque partie de son oeuvre ; et lorsqu’il demandait ses traités, il disait : « Donnez-moi le maître, Da mihi magistrum ». Saint Cyprien aurait-il parlé ainsi si Tertullien avait pensé autrement ? C’est peu probable.

Les affirmations des Constitutions apostoliques

Objection : Les Constitutions apostoliques, transmises par Clément de Rome et par conséquent de première qualité pour connaître l’enseignement des apôtres, affirment que Lin fut établi évêque de Rome par saint Paul et Clément comme son successeur par saint Pierre, ce dernier ne fut donc jamais évêque de Rome: « Au sujet de ces évêques qui ont été ordonnés durant notre vie, nous allons vous dire qu’il s’agit des suivants : Jacques l’évêque de Jérusalem, le frère de notre Seigneur ; à sa mort le second fut Siméon le fils de Cleopas; après cela le 3ème fut Judas fils de Jacques. De Césarée de Palestine, le premier fut Zacchée, qui avait autrefois été publicain ; ensuite ce fut Cornelius, et le 3ème Theophilus. D’Antioche, Evodius, ordonné par moi, Pierre ; puis Ignace, par Paul. D’Alexandrie, Annanie fut le premier, ordonné par Marc l’Évangéliste; le second Avilius, par Luc, qui était aussi Évangéliste. De l’Église de Rome, Lin le fils de Claudia fut le premier, ordonné par Paul ; et Clément, après la mort de Lin, le second, ordonné par moi, Pierre » (Constitutions apostoliques, VII, 46)

Réponse : Premièrement ce document d’une grande valeur par ailleurs n’a rien d’apostolique et ne nous vient absolument pas de Clément de Rome. En effet, ses six premiers livres sont une reformulation Didascalie des apôtres, dont l’auteur en est de toute évidence un évêque, juif de naissance du début du IIIè siècle en Syrie septentrionale. Il aurait peut-être composé sont œuvre pour une communauté chrétienne issue du paganisme. Il avait en tout cas consulté les Lettres de saint Ignace d’Antioche (entre 107 et 117), les « Actes de Paul » (apocryphe du IIè siècle), le Pasteur d’Hermas (vers 140) et les écrits de saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202). La valeur que lui aurait donnée son origine apostolique est donc à rejeter.

Deuxièmement, ces affirmations sont délirantes lorsqu’elles se réclament être de l’apôtre Pierre ! En effet, l’auteur décrit la succession de Siméon puis de Judas sur le siège de Jérusalem, or Judas succéda à Siméon en 107-108 lorsque ce dernier fut crucifié, soit plus de 40 ans après la mort de Pierre !

Ce document n’a donc aucune valeur historique pour les temps anciens et ne peut servir de témoins que pour les usages et articles de foi répandus à son époque, à savoir la fin du IVè siècle selon les spécialistes.

Publicités

5 commentaires sur “Saint Pierre a-t-il été le premier évêque de Rome ?

  1. Pingback: Démonstration de la primauté de Pierre et de la Papauté | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Pingback: Dossier : toutes les preuves de la venue et de l’épiscopat de saint Pierre à Rome | +†+Yesus Kristus azu+†+

  3. Pingback: Les auteurs anti-catholiques reconnaissent la venue de saint Pierre à Rome | +†+Yesus Kristus azu+†+

  4. Pingback: La primauté romaine dès le Ier siècle : la Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens | +†+Yesus Kristus azu+†+

  5. Pingback: De quand date l’Eglise catholique ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

Réagir à l'article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :