+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Saint Pierre a-t-il été le premier Évêque de Rome ?

Dossier sur la Papauté : ici

Saint Pierre fut-il le premier Évêque de Rome ? C’est une question fondamentale pour la doctrine de la Papauté. En effet, le Pape, lui-même Évêque de Rome, affirme être en tant que tel, successeur de saint Pierre et donc chef visible et temporel de l’Église, vicaire de Jésus-Christ, son chef invisible et éternel. En conséquence, si Pierre ne fut pas Évêque de Rome, le Pape n’est pas son successeur et donc pas non plus chef de l’Église du Christ. C’est pour cela que de nombreux protestants, orthodoxes etc, affirment que Pierre ne fut pas Évêque de Rome ; certains protestants ou assimilés vont même jusqu’à dire qu’il n’est pas allé à Rome du tout ! Nous avons déjà démontré que Pierre a écrit sa première Epître depuis Rome, que saint Marc a composé son Evangile sous la direction de saint Pierre à Rome, que Pierre y fut martyr et qu’il a sa sépulture et que les premiers chrétiens sont unanimes à rapporter son voyage dans cette ville. Nous nous attacherons ici à démontrer qu’il fonda l’Eglise de Rome et qu’il en fut le premier Évêque.

Voici le plan de notre étude :

I) Preuves tirées de l’Ecriture Sainte

A) La persécution de Claude

B) Datations de l’Evangile de Marc de la Ière Epître de Pierre

C) La salutation finale de la Ière Epître de Pierre

D) Les propos de saint Paul

II) Preuves tirées de la Tradition

A) Une Tradition univoque et unanime

1) Le témoignage constant des Pères de l’Eglise

2) Le IIIè concile de Constantinople : une preuve définitive pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes

B) Un épiscopat de 25 ans

III) Réponses aux objections

A) Le silence des Actes des Apôtres

B) Le silence de l’Epître aux Romains et de la IInde Epître à Timothée

C) Saint Paul qui alla à Rome ne s’interdisait-il pas de prêcher l’Evangile là où le Christ avait déjà été nommé, « afin de ne pas bâtir sur le fondement qu’un autre aurait posé » (Romains XV, 20) ?

D) N’y avait-il pas des chrétiens à Rome dès après la Pentecôte (Actes II, 1-10) ?

E) Le silence de Flavius Josèphe

F) A-t-on des preuves de la venue et du séjour de saint Pierre à Rome ?

G) Saint Pierre et saint Paul, premiers évêques de Rome tous les deux ?

H) Saint Lin évêque de Rome pendant la vie de saint Pierre selon le Liber pontificalis ?

I) Une surinterprétation d’un passage d’Eusèbe de Césarée

J) Saint Lin « premier évêque de Romains » selon saint Irénée et Eusèbe de Césarée ?

1) Réfutation péremptoire

2) Quelques explications

a) Chez Eusèbe de Césarée

b) Chez saint Irénée de Lyon

3) Un langage identique chez saint Jérôme (347-420)

4) Les témoignages postérieurs à Eusèbe

K) Une ambigüité chez Tertullien

L) Les affirmations des Constitutions apostoliques

M) L’épiscopat de saint Pierre à Rome contredit par des propos de saint Innocent ?

I) Preuves tirées de l’Ecriture Sainte

A) La persécution de Claude

L’empereur Claude ordonna l’expulsion des Juifs de Rome. Cela nous est rapporté par l’Ecriture Sainte :

« Après cela, [Paul] partit d’Athènes et se rendit à Corinthe. Il (y) trouva un Juif nommé Aquila, originaire du Pont, récemment arrivé d’Italie, et sa femme Priscille, parce que Claude avait décrété que tous les Juifs eussent à s’éloigner de Rome. » (Actes XVIII, 1 et 2)

Cela a lieu peu de temps après le concile de Jérusalem qui se tint vers 49 (Actes XV). L’historien romain Suétone (vers 70-vers 122) nous donne de très précieuses informations au sujet de cette expulsion : sa date précise et surtout son motif. En effet, il rapporte qu’en 49, par édit impérial :

« [Claude] chassa de la ville les Juifs qui se soulevaient sans cesse à l’instigation d’un certain Chrestus. » (Vie de Claude, XXV)

« Chrestus » est évidemment une déformation du mot grec « Christos », ce qui veut dire Christ en grec. Cela veut donc dire qu’en 49 le Christianisme était déjà présent à Rome. Il est de plus significatif qu’il parle de Juifs, car comme nous le rapporte l’Ecriture Sainte, Pierre était d’abord l’apôtre des circoncis (Galates II, 7-9). Il est donc normal que là où Pierre évangélisa, il se trouva plus de juifs que de Gentils à professer le nom du Christ ! Il est d’ailleurs criant que l’Epître aux Romains est adressée  à un lectorat issu du judaïsme. En effet, il est tout du long question de la Loi ancienne, entre autres dans ses rapports avec la nouvelle, des interdits alimentaires et de la théologie concernant Israël.

Cela correspond aux données dont nous disposons par ailleurs concernant l’Evangile de Marc. La Tradition nous apprend, et les découvertes de Qûmran nous confirment, d’une part que celui-ci fut écrit à Rome sous la direction de Pierre, et d’autre part que cette rédaction se fit avant l’an 50.

C’est aussi sous le règne de Claude que les auteurs chrétiens anciens placent l’arrivée de Pierre à Rome. Paul Orose (vers 380-vers 417) dit :

« Claude fut le quatrième César après Auguste et régna quatorze ans. Ce fut au commencement de son règne que Pierre, apôtre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vint à Rome, enseigna fidèlement tous ceux qui voulaient croire à la foi qui conduit au salut, et la prouva par les plus grands miracles; c’est à partir de cette époque que les chrétiens commencèrent à exister à Rome. » (P.L., t. XXXI, p. 1072)

D’autres en donnent aussi le motif : la poursuite de Simon le Magicien. Ce récit n’est pas certains, mais les Pères ne lui aurait jamais donné un tel crédit s’il n’avait pas été par ailleurs certains que c’est saint Pierre qui introduisit le christianisme à Rome dès la décennie 40 (ce qui nous ai quoi qu’il en soit garantit par l’analyse de l’Evangile de Marc).

Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 340) :

« Le père et l’artisan de tous ces maux fut Simon, A cette époque la puissance malfaisante, haineuse du bien, et ennemie du salut des hommes, le suscita comme on digne adversaire des grands et saints apôtres de notre Sauveur. […] Alors le magicien dont nous parlons eut les yeux de l’esprit éblouis comme par une lumière divine et miraculeuse, dès qu’en Judée il fut convaincu de ses entreprises criminelles par l’apôtre Pierre : il fit donc un grand voyage d’outre-mer et s’enfuit d’Orient en Occident, croyant que là seulement il pourrait vivre à sa guise. Il vint à Rome et la puissance qui était établie dans cette ville l’y assista pour de grands prodiges. Ses affaires allèrent rapidement si bien qu’il fut, ainsi qu’un dieu, honoré d’une statue par les gens de ce pays. Sa prospérité ne fut pas de longue durée ; tout au début du même règne de Claude, la Providence divine dans son entière bonté et son amour immense pour les hommes, conduisit par la main à Rome, comme contre ce fléau du monde, Pierre, le courageux et grand apôtre qui surpassait tous les autres par sa vertu : ainsi qu’un vaillant capitaine des armées de Dieu, il venait muni d’armes célestes et apportait d’Orient aux hommes d’Occident la marchandise précieuse de la lumière spirituelle. Il prêcha la lumière elle-même et le Verbe sauveur des âmes, annonçant le royaume des cieux. » (Histoire ecclésiastique, II, 14)

Saint Cyrille de Jérusalem (vers 315-387) :

« Le premier auteur de toutes les hérésies fut Simon le Magicien, ce même Simon dont il est parlé aux Actes des Apôtres, qui prétendait acheter au prix d’argent les dons du Saint-Esprit, et auquel il fut dit : Tu n’as point de part à ce qui vient de se dire, etc., (Act. VIII, 24) et qui était du nombre de ceux dont il est écrit : Ils sont sortis d’avec nous, mais ils n’étaient pas des nôtres ; s’ils eussent été des nôtres, ils seraient restés avec nous. (I Jean II, 9.) Repoussé, chassé par les Apôtres, il vint à Rome, suivi d’une femme publique qu’il nommait Hélène C’est lui qui le premier eut l’audacieuse impiété de se dire être celui qui, sous le nom de Dieu le Père, s’était manifesté aux hommes sur le mont Sinaï, qui au milieu de la Judée s’était fait voir sous la figure du Christ, non pas réellement, mais en apparence, et enfin de se dire le Paraclet (l’esprit consolateur) promis par Jésus-Christ. Il séduisit tellement toute la ville de Rome, que l’Empereur Claude lui fit ériger une statue avec cette inscription latine : A SIMON DIEU SAINT. Comme l’erreur se propageait au loin, Pierre et Paul, chefs de l’Eglise, accoururent au-devant de ce séducteur et se hâtèrent d’arrêter les progrès du mal, et frappèrent de mort subite ce monstre d’impiété qui se vantait d’être Dieu lui-même. Il avait promis au peuple romain de s’élever dans les airs ; et déjà en effet il volait sur ailes des démons lorsque les serviteurs de Dieu, Pierre et Paul, chefs de l’Eglise, se jetèrent à genoux pleins de confiance dans ces paroles du Sauveur : Si deux d’entre vous s’unissent sur la terre pour demander chose quelconque, elle leur sera accordée. (Matth. XVIII, 19.) Ils lancèrent de concert contre le suppôt de Satan le trait puissant de leurs prières, et le précipitèrent à terre. Quelque merveilleux que vous paraisse ce fait, n’en soyez cependant pas surpris ; car Pierre était celui à qui les clefs du ciel avaient été confiées, Paul avait été ravi jusqu’au troisième ciel, il ‘avait entendu des choses qu’il n’est pas permis à l’homme de révéler. Du haut des airs ils précipitèrent ce prétendu Dieu sur la terre et de là dans les enfers. Telle fut la fin de ce premier dragon, qui de son souffle impur vint infecter la semence de l’Evangile. Mais cette hydre, dont la tête venait d’être abattue, en reproduisit bientôt mille autres. » (Catéchèse, VI, 14 et 15)

Sulpice-Sévère (vers 363-410 ou 429), chroniqueur et ecclésiastique:

« Néron fut le premier qui entreprit de détruire la religion chrétienne : car toujours le vice est ennemi de la vertu, et les méchants voient dans la conduite des gens de bien la censure de la leur. A cette époque, le christianisme avait déjà fait de grand progrès dans Rome, dont saint Pierre était évêque. Saint Paul s’y trouvait aussi, ayant interjeté appel de l’injuste sentence d’un gouverneur, au tribunal de César. On se réunissait pour l’entendre, et l’évidence de la vérité, ainsi que les miracles fréquents que faisaient les apôtres, opéraient un grand nombre de conversions. Ce fut alors que saint Pierre et saint Paul eurent cette fameuse dispute avec Simon. A l’aide de la magie, Simon, qui se donnait pour un dieu, s’éleva dans les airs, soutenu par deux démons. Mais les prières des apôtres mirent en fuite ces démons, et Simon tomba au milieu d’une foule de peuple, et se tua dans sa chute. » (Histoire sacrée, II, 18)

Saint Filastre de Brescia (mort après 427) :

« Simon le magicien s’enfuit de Jérusalem, chassé par l’apôtre saint Pierre et vint à Rome. Il y combattit saint Pierre sous l’empereur Néron et vaincu de toutes parts à la prière de l’apôtre […] il mérita de périr. » (Livre des hérésies, chapitre 29 dans PL, 12/1141, ou dans Bibl. PP., t. V, p. 703)

La venue de Simon le Magicien à Rome est généralement relégué au rang des fables. Nous publierons peut-être prochainement une étude démontrant qu’elle est en fait au moins vraisemblable. Rappelons que même sans cela, le seul fait de la rédaction dans la décennie 40 de l’Evangile de Marc à Rome suffit à prouver que Pierre était à Rome sous Claude.

B) Datations de l’Evangile de Marc et de la Ière Epître de Pierre

Nous avons mentionné en introduction du présent article notre démonstration que « Babylone » de laquelle Pierre affirme écrire cette Epître est un nom de code pour Rome. Nous y revoyons le lecteur. Il ne suffit cependant pas ici de prouver que Pierre fut présent à Rome, mais encore qu’il y fut le premier. En particulier qu’il y fut le premier avant saint Paul, que les auteurs des trois premiers siècles nous présentent souvent comme étant tous les deux à Rome sans nous dire s’ils y étaient venus en même temps ou l’un après l’autre et dans quel ordre. Il faut donc constater que les dates de la rédaction de cette Epître et celle de l’arrivée de saint Paul à Rome ne laissent pas de place au doute.

Nous en avons la preuve dans les Actes des Apôtres. En effet, comme nous venons de le rappeler, lorsque saint Pierre dit écrire sa Ière Epître depuis « Babylone », c’est-à-dire Rome, il dit aussi qu’il est avec saint Marc, son « fils », c’est-à-dire son disciple ; et que Marc écrivit à Rome pour Pierre et ceux avant l’an 50. Il est donc établi que Marc était avec Pierre à Rome avant l’expulsion des juifs de la Ville, décidée par Claude. Aussi, le concile de Jérusalem qui se tint vers 49-50 est rapportée en Actes XV, 4-29. Par la suite, Actes XV, 37-39 nous confirme que Pierre fut avant Paul à Rome. En effet, ces trois versets nous apprennent que Barnabé suggéra à Paul de prendre Marc avec eux pour la suite de leurs voyages apostoliques, mais que Paul ayant refusé, Barnabé partit sans Paul mais avec Marc pour Chypre. C’est donc au plus tard juste après le concile de Jérusalem en 49-50 que les chemins de Pierre et Marc se séparèrent. Ils étaient donc ensemble à Rome avant cela. Cela seul constitue une preuve car ce n’est qu’en Actes XXVIII, 14 que Paul arrive à Rome.

Cependant, il existe deux autres preuves tirées de l’Epître aux Romains que celle-ci est écrite après le concile de Jérusalem. D’une part Paul dit qu’il est l’hôte du chrétien Caïus ou Gaius (Romains XVI, 23), qu’il a baptisé lui-même à Corinthe (I Corinthiens I, 14), or nous savons que Paul n’évangélisa Corinthe qu’après le concile (Actes XVIII, 1-18). D’autre part il écrit avoir déjà évangélisé « depuis Jérusalem et les pays voisins jusqu’à l’Illyrie » (Romains XV, 19), or les chapitre XIII et XIV des Actes (après sa conversion) nous montrent qu’avant le concile, il ne voyagea qu’en Palestine, au Sud de l’Asie mineure et à Antioche ; tous ses autres voyages plus au Nord de l’Asie mineure, ainsi qu’en Grèce et en Macédoine (limitrophe de l’Illyrie) n’ont lieu qu’à partir d’Actes XVI. Les auteurs situent en général la rédaction de l’Epître aux Romains entre 53 et 58.

C) La salutation finale de la Ière Epître de Pierre

Comme nous l’avions également souligné dans notre article sur l’origine romaine de la Ière Epître de Pierre, nous pouvons ajouter encore une autre remarque quant à la phrase dont nous traitons [I Pierre V, 13]. En effet, elle et le verset suivant disent :

« L’Église de Babylone, élue avec vous, et Marc, mon fils, vous saluent. Saluez-vous les uns les autres par un baiser d’amour. La paix soit avec vous tous qui êtes dans le Christ ! Amen ! » (I Pierre V, 13-14).

Tout le monde comprendra que par là, Pierre nous informe sur l’endroit depuis lequel il écrit, que celui-ci soit indiqué au sens littéral ou au sens allégorique. Mais ces mots nous apprennent également autre chose : ils nous renseignent sur la nature du lien que Pierre entretient avec cet endroit. En effet, Au début des lettres du Nouveau Testament, que ce soit les Epîtres ou la lettre envoyé par saint Jean dans l’Apocalypse aux sept Eglises qui sont en Asie (Apocalypse I, 4), ou dans les lettres envoyées par les premiers chrétiens, commencent par la mention de celui qui écrit la lettre, c’est-à-dire le nom personnel de l’auteur si il écrit en son nom propre (Pierre, Paul, Ignace, etc) soit le nom de l’Eglise locale de la part de laquelle la lettre est écrite (l’Eglise de Babylone, l’Eglise de Rome, l’Eglise qui séjourne à Smyrne, etc), suivit de la mention du destinataire, qui sera encore une fois un nom personnel ou le nom d’une Eglise locale. Enfin, la plupart du temps, il y a une invocation à la grâce et à la paix du Christ. Aussi, l’auteur de la lettre écrit en fonction de celui au nom de qui il peut parler. Si ce n’est que lui-même, il ne mentionne que son propre nom. S’il peut le faire au nom d’une Eglise locale, il la mentionne. Aussi le fait que saint Pierre parle au nom de la communauté depuis laquelle il écrit en y adjoignant au passage une invocation de la paix divine, signifie qu’il a un lien avec cette ville d’une nature différente de celle d’un simple Apôtre de passage. Et ce lien, ça est le lien épiscopal ! Pierre écrit en tant qu’évêque de la « Babylone » depuis laquelle il écrit. En effet, dans les deux premiers siècle, chaque fois qu’une lettre commence de cette manière là, cela signifie que c’est l’Église locale, soit en tant que communauté, soit par la voix de son évêque, qui s’exprime. Voici les autres occurrences :

« L’Église de Dieu qui séjourne à Rome à l’Église de Dieu qui séjourne à Corinthe, à ceux qui ont été appelés et sanctifiés dans la volonté de Dieu, par Notre Seigneur Jésus-Christ. » (Saint Clément de Rome, Lettre aux Corinthiens, incipit, vers 95)

« Polycarpe et les presbytres qui sont avec lui à l’Église de Dieu qui séjourne comme une étrangère à Philippes ; que la miséricorde et la paix vous soient données en plénitude de la part du Dieu tout-puissant et de Jésus-Christ notre Sauveur. » (Saint Polycarpe de Smyrne, Lettre aux Philippiens, incipit, vers 110)

« L’Église de Dieu qui séjourne à Smyrne à l’Église de Dieu qui séjourne à Philomelium et à toutes les communautés de la sainte Église catholique qui séjournent en tout lieu: que la miséricorde, la paix et l’amour de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ vous soient données en plénitude [cf. Jude 2]. » (Lettre de l’Église de Smyrne ou Martyre de Polycarpe, incipit, 155 ou 169)

« Les serviteurs du Christ qui habitent Vienne et Lyon en Gaule, aux frères de l’Asie et de Phrygie qui ont la même foi et la même espérance de la rédemption que nous, paix, grâce et gloire de la part de Dieu le Père et du Christ Jésus notre Seigneur. » (Lettre des martyrs de Lyon, incipit, 177, rapportée par Eusèbe, Histoire ecclésiastique V, 1)

C’etait par ailleurs un usage déjà en vigueur chez les juifs de l’Ancienne Alliance. En effet, le deuxième livre des Machabées qui fut rédigé par les juifs de Judée à l’intention de ceux d’Egypte, chacun considrés en tant que communautés formant un tout, commence par ces mots :

« À leurs frères, aux Juifs qui sont en Égypte, salut ! Les Juifs, leurs frères, qui sont à Jérusalem et dans le pays de Juda souhaitent une heureuse paix ! Que Dieu vous fasse du bien et qu’il se souvienne de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob, ses fidèles serviteurs ! Qu’il vous donne à tous un coeur pour l’adorer et accomplir ses volontés de grand coeur et de bon gré ! Qu’il ouvre votre coeur à sa loi et à ses préceptes, et qu’il y fasse la paix ! Qu’il exauce vos prières et se réconcilie avec vous, et qu’il ne vous délaisse pas au temps du malheur ! » (II Machabées I, 1-5)

Nous y retrouvons une salutation, puis des invocations de bénédiction et de paix.

Pierre n’écrit pas la lettre en tant que qu’évêque, cela il le fait en son nom propre (I Pierre I, 1), aussi, ce qu’il fait au nom de la communauté chrétienne de « Babylone », ce n’est pas écrire la lettre, mais donner le salut et invoquer la paix de Dieu. Cela revient exactement au même en ce qui nous concerne: il a le pouvoir d’agir au nom d’une communauté particulière, cela signifie qu’il en est l’évêque. Nous ne retrouvons cette formule dans aucune des épîtres de saint Paul ou de saint signale d’Antioche. Il est ainsi établi que c’est en tant qu’évêque de « Babylone » que Pierre écrit, or, s’il est pratiquement incontesté que saint Pierre fut le premier évêque de Rome, il n’est en revanche jamais ne serait-ce qu’allégué qu’il ait put être l’évêque d’une autre Babylone. »

D) Les propos de saint Paul

Il s’agit ici d’un argument qui est en même temps une réponse à une objection. En effet, certains objectent que le fondateur de l’Eglise de Rome ne fut pas saint Pierre mais saint Paul. Selon certaines théories, saint Pierre ne serait arrivé à Rome que très peu de temps avant son martyre ; de plus saint Paul dit lui-même, dans l’Epître aux Romains qui plus est, qu’il prêchait en de nombreux endroits,

« mettant [son] honneur à prêcher l’Evangile là où le Christ n’avait pas encore été nommé, afin de ne pas bâtir sur le fondement qu’un autre aurait posé mais selon qu’il est écrit : « Ceux à qui il n’avait pas été annoncé le verront, et ceux qui n’en avaient pas entendu parler le connaîtront.«  » (Romains XV, 20-21)

Cela exclurait qu’il alla prêcher là où l’Evangile avait déjà été enseigné, surtout par le grand apôtre Pierre !

A cela nous répondrons premièrement par l’argument d’autorité suprême : celui de la Bible ! En effet, nos adversaires n’auraient jamais émis une telle objection s’ils avaient simplement lu les trois versets suivants :

« C’est ce qui m’a souvent empêché d’aller chez vous. Mais maintenant n’ayant plus rien qui me retienne dans ces contrées, et ayant depuis plusieurs années le désir d’aller vers vous j’espère vous voir en passant, quand je me rendrai en Espagne, et y être accompagné par vous, après que j’aurai satisfait, en partie du moins, mon désir de me trouver parmi vous. » (Romains XV, 22-24)

Aussi c’est précisément le fait que les Romains aient déjà été prêchés qui a « empêché » saint Paul d’aller vers eux plus tôt ! Ce passage nous prouve donc irréfutablement que l’Eglise de Rome avait bel et bien déjà été édifiée ! Mais maintenant que saint Paul a achevé son ouvrage en Orient et qu’il doit se rendre en Espagne, rien ne le retient plus de passer par l’Eglise de Rome qu’il aime tant. Ce passage ne dit pas que c’est saint Pierre qui prêcha à Rome avant saint Paul, mais d’une part la preuve qu’offre ce passage qu’un apôtre fut à Rome avant saint Paul, et d’autre part la Tradition constante confirmée par les sciences profanes que c’est saint Pierre qui fonda l’Eglise de Rome prouvent suffisamment qu’il arrive dans une Eglise dont le « fondement fut » posé par saint Pierre.

Deuxièmement, nous répondrons de nouveau par l’argument d’autorité suprême qu’est la Bible ! En effet, au début de cette même Epître, l’Apôtre dit à ses lecteurs romains : « je rends grâce à mon Dieu, par Jésus-Christ, au sujet de vous tous, de ce que votre foi est renommée dans le monde entier. » (Romains I, 8). Paul arrive donc dans une ville déjà évangélisée et tellement bien évangélisée que la foi de ses habitants est réputée dans le monde entier ! Ce qui indique d’ailleurs que Pierre est passé avant lui car seul un apôtre aurait pu arriver à un tel résultat.

Troisièmement, il y de bonnes raisons de penser que Paul allait souvent là où Pierre était déjà passé. En tout cas, nous avons les preuves bibliques ou traditionnelles que les voyages apostoliques de Pierre et Paul ont de nombreux points de passages communs. Il y a d’abord Antioche dont la Tradition nous rapporte que Pierre l’évangélisa et en fut le premier évêque entre 33-34 et 38-40 (Antiq. scriptor, apud Bolland. 6 maii et 29 junii, et tom. IV, p. 1 et 144.) avant que Paul ne s’y rendit et n’y demeure une année entière, lorsque « les disciples reçurent le nom de chrétiens » (Actes XIII, 26), peu avant le concile de Jérusalem (Actes XV) qui eut lieu vers l’an 49. Sa Première Epître nous informe ensuite sur son trajet après avoir quitté Antioche, en effet, Pierre la commence en l’adressant :

« aux élus, étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie » (I Pierre I, 1)

Cela veut dire qu’il est allé en tous ces endroits et qu’il écrit pour fortifier des communautés prêchées par lui, et c’est la même chose que Paul fait en écrivant ses Epîtres. Cela nous est confirmé par l’historien de l’Eglise antique Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 340) :

« Pierre paraît avoir prêché dans le Pont, en Galatie, en Bithynie, en Cappadoce et en Asie aux juifs de la dispersion. Venu lui aussi à Rome en dernier lieu, il y fut crucifié la tête en bas, ayant demandé de souffrir ainsi. » (Histoire ecclésiastique, III, 1).

Aussi, le Nouveau Testament ne nous apprend pas que Paul évangélisa dans le Pont, en Cappadoce et en Bithynie (ce qui ne signifie pas qu’il ne l’ait pas fait), mais nous savons qu’il le fit en Galatie, d’où son Epître aux Galates ; ainsi que dans la province d’Asie car il écrit une Epître aux Ephésiens, or Ephèse était la capitale de cette province, et étant donné que Pierre passa en Asie, il y a sûrement principalement enseigné à Ephèse. Après avoir évangélisé l’Asie mineure :

« Il arriva d’abord en Macédoine, et donna pour évêque à l’Eglise de Philippes, Olympas, l’un des Soixante-Douze Disciples de Jésus ; il institua Jason évêque de Thessalonique, et Silas évêque de Corinthe, où ce Disciple séjournait en attendant l’arrivée du Grand Paul. Après avoir pareillement placé Hérodion à la tête de l’Eglise de Palras, il s’embarqua pour la Sicile [Antiq. Script, apud Boll. 29 junii, p. 414 ; apud Metaphr. et Surium, 29 junii ; apud Baron., Annal, an. 44, n. 51] » (Abbé Stéphane MAISTRE, Histoire complète de saint Pierre, prince des apôtres, de ses prédications, de ses miracles, de ses courses apostoliques et de son glorieux martyre, F. Wattelier et Cie, Libraires, 1870, page 325).

Les savants historiens nous rapportent donc la fondation des Eglises de Philippes, de Thessalonique et de Corinthe par saint Pierre. Or nous savons que Paul y passa également, nous en avons la certitude grâces aux Epîtres qu’il leur adressa. Le passage à Corinthe de Pierre et Paul nous est également rapporté par l’évêque saint Denys de Corinthe qui, écrivant aux Romains, en 166, leur disait :

« Dans un tel avertissement, vous aussi avez uni Rome et Corinthe, ces deux arbres que nous devons à Pierre et à Paul. Car, de même l’un et l’autre ont planté dans notre Corinthe et nous ont instruits ; de même, après avoir enseigné ensemble en Italie, ils ont souffert le martyre au même temps. » (Cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 25)

« Venus tous deux à Corinthe, les deux apôtres Pierre et Paul nous ont élevés dans la doctrine évangélique ; partis ensuite ensemble pour l’Italie, ils nous ont transmis les mêmes enseignements, puis ont subi en même temps le martyre. » (Cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 23).

Les travaux des historiens nous confirment la Tradition nous rapportant le voyage de saint Pierre en Espagne, or saint Paul affirme qu’il désire s’y rendre (Romains XV, 24 et 28) et vers 160, le Fragment de Muratori nous dit :

« Quant aux Actes de tous les apôtres, ils ont été écrits en un seul livre. Luc, pour l’excellent Théophile, (y) rassemble tous les faits qui s’étaient passés en sa présence, ainsi qu’il le montre aussi de manière évidente en laissant de côté le martyre de Pierre, et aussi le départ de Paul quittant la Ville [Rome] pour l’Espagne. »

Voilà donc encore un point de passage commun. Enfin, nous savons que Paul et Luc arrivèrent à Rome (Actes XXVIII, 14) vers 63. Cette date de 63 sera démontrée plus bas et nous montrerons à cette occasion que cette date nous fournit un élément supplémentaire en faveur de la thèse catholique. De tout ce qui vient d’être dit, nous pouvons pratiquement déduire de cette venue de Paul à Rome, la venue antécédente de Pierre en cette même ville.

On peut se demander pourquoi les deux apôtres ont prêché aux mêmes endroits. Peut-être parce que leurs vocations particulières étaient différentes : celle de Pierre étant de prêcher aux Juifs et celle de Paul de prêcher aux Gentils (Galates II, 7-8) ; aussi peut-être que là où Pierre était allé prêcher spécialement pour les Juifs, Paul passait pour y prêcher spécialement les Gentils ? C’est peut-être ce que nous indique Eusèbe lorsque juste après la phrase citée plus haut dans laquelle il nous apprend que Pierre prêcha dans différentes provinces d’Asie mineure « aux juifs de la dispersion », il dit :

« Que dire de Paul ? Depuis Jérusalem jusqu’à l’Illyricum, il acheva la prédication de l’évangile du Christ » (Histoire ecclésiastique, III, 1)

Qu’est-ce que Paul aurait bien pu devoir « achever » ? Peut-être la prédication de l’Evangile aux Gentils là où Pierre était passé avant lui pour la prêcher aux Juifs.

C’est en tout cas l’explication de saint Thomas d’Aquin (vers 1225-1274), le Docteur des Docteurs, ce qui expliquerait aussi la contradiction apparente entre Romains I, 8 et Romains XV, 20. Voici ses mots :

« 3° En ajoutant (verset 20) : « Mais j’ai prêché l’Evangile dans les lieux où le nom du Christ n’était pas connu, » il fait ressortir la difficulté d’obtenir un pareil résultat; il est, en effet, absolument difficile de convertir à la foi les ignorants.

A) Il fait donc voir d’abord qu’il a eu à vaincre cette difficulté : « Mais j’ai prêché l’Evangile, non pas à la vérité »« Jésus-Christ était connu, » c’est-à-dire non pas auprès de ceux qui avaient ouï parler de son nom (Psaume XVII, 48) : « Un peuple que je ne connaissais pas m’a servi; » et (Isaïe, LV, 5) : « Vous appellerez des nations que vous ne connaissiez pas, et des peuples qui vous ignoraient accourront à. vous. » Paul en donne la raison, en disant (verset 20) : « Pour ne pas bâtir sur le fondement d’autrui. » Or cette expression peut s’entendre de deux manières : d’abord, de la doctrine hérétique, qui ne repose plus sur à fondement de la vraie foi; dans ce sens, ces mots : « Pour ne pas bâtir, a sont mis pour indiquer la cause, car l’Apôtre a voulu prêcher à ceux qui n’avaient pas entendu parler du nom de Jésus-Christ, dans la crainte que, s’ils étaient prévenus par les doctrines des faux apôtres, il ne fût plus difficile de les ramener à la vérité. C’est pour cela qu’il est dit en S. Matthieu (VII, 26) : « Celui-là est insensé qui bâtit sa maison sur le sable, » auquel on compare la fausse doctrine. Par « le fondement d’autrui, » on peut entendre la doctrine de la foi véritable, prêchée par d’autres, et, dans ce sens, l’expression « ne pas » peut être prise comme indiquant la conséquence. Car S. Paul n’a pas évité de prêcher à ceux à qui d’autres avaient prêché d’abord, par exemple aux fidèles de Rome, auxquels il prêcha spécialement, quoiqu’ils avaient été d’abord instruits par S. Pierre. Mais de ce qu’il a prêché à ceux qui n’avaient rien entendu du nom de Jésus-Christ, il s’en est suivi qu’il n’a pas bâti sur le fondement d’autrui, et qu’il a jeté lui-même les premiers fondements de la foi, suivant ce passage de la 1ère épître aux Corinthiens (III, 10) : « Selon la grâce que Dieu m’a donnée, j’ai posé le fondement comme un sage architecte. »

B) Ensuite il appuie ce qu’il a dit par une autorité, en disant (verset 20) : « Vérifiant par là cette prophétie » (Isaïe L, 15) : « Ceux à qui il n’avait pas été annoncé verront, ils contempleront Celui dont ils n’ont pas entendu parler, » paroles dans lesquelles le Prophète paraît annoncer que les Gentils parviendront à la connaissance de Dieu d’une manière plus excellente que les Juifs qui l’avaient connu auparavant. a) Paul montre donc d’abord cette excellence quant à la cause de la connaissance, qui est de deux espèces : ce qu’on a entendu et ce qu’on a vu; car les sens qui connaissent ainsi sont susceptibles de perfectionnement. Les Juifs, donc, sont parvenus à la connaissance des mystères du Christ par les paroles annoncées par les prophètes (I Pierre, I, 10) : « Les prophètes ont prédit la grâce que vous devez recevoir; pénétrant dans quel temps et dans quelles circonstances l’Esprit du Christ, qui les instruisait de l’avenir, leur annonçait les souffrances du Christ et la gloire qui les devait suivre. » Mais les Gentils virent ces mystères de Jésus-Christ déjà réellement accomplis; voilà pourquoi il est dit (verset 21) : « Que les Gentils, à qui les prophètes ne l’avaient pas annoncé, » c’est-à-dire n’avaient pas annoncé Jésus-Christ, comme il l’avait été aux Juifs, « verront » les mystères déjà accomplis (Luc, X, 26) : « Plusieurs rois et plusieurs prophètes ont désiré voir les choses que vous voyez, et ne les ont pas vues. » b) Il montre, en second lieu, l’excellence de la connaissance quant au mode de l’obtenir, parce que les Juifs ne purent qu’entendre les révélations des prophètes (Abdias, I, 4) : « Nous avons ouï l’ordre du Seigneur; il a envoyé des ambassadeurs aux nations. » Mais les Gentils ont connu pour avoir vu de leurs yeux; c’est de là que S. Paul dit : « Et les nations, » c’est-à-dire ceux qui n’entendirent pas auparavant les prophètes annoncer le Christ, « comprendront, » à savoir la vérité de la foi (Psaume II, 10) : « Et maintenant, ô rois, ayez l’intelligence! » » (Commentaire de l’Epître de saint Paul aux Romains, chapitre XV, leçon 2)

II) Preuves tirées de la Tradition

A) Une Tradition univoque et unanime

1) Le témoignage constant des Pères de l’Eglise

Nous précisions que nous produisons des témoignages ne mentionnant pas explicitement saint Pierre, mais qui appellent le siège de Rome « siège apostolique« , ce qui revient au même car cela veut dire qu’un apôtre fut l’Evêque de Rome. Et cet apôtre ne peut être que saint Pierre, non seulement parce que toutes les autres preuves, y compris une foule de Pères de l’Eglise explicites, indique ce denier comme premier Evêque de Rome, mais aussi parce que s’il y a plusieurs sièges apostoliques, avec le temps, les Pères de l’Eglise se sont mit à désigner Rome comme le siège apostolique, puisque saint Pierre était le chef des apôtres, ainsi son siège est le seul à conserver un rôle apostolique autre que le simple épiscopat, contrairement aux autres sièges apostoliques.

Saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202)

« Un certain Cerdon, prit, lui aussi, comme point de départ la doctrine des gens de l’entourage de Simon ; il résida à Rome sous Hygin, le neuvième à détenir la fonction de l’épiscopat par succession à partir des apôtres » (Contre les hérésies, I, 27, 1)

Or, pour que saint Hygin soit le neuvième évêque de Rome, il faut que saint Pierre soit le premier. En s’appuyant sur des passages mal compris, certains contestent que saint Irénée ait fait de saint Pierre le premier Evêque de Rome. L’explication se trouve dans les réponses aux objections en fin d’article.

Saint Cyprien de Carthage (vers 200-258)

« Après tout cela, ils se sont encore fait sacrer un pseudo-évêque par des hérétiques, et c’est dans ces conditions qu’ils osent passer la mer, pour venir au siège de Pierre et l’Église principale, d’où l’unité épiscopale est sortie, et y apporter des lettres de schismatiques et de profanes. Ils ne réfléchissent donc pas que ce sont là les mêmes Romains dont l’Apôtre a loue la foi et auprès de qui la perfidie ne saurait avoir accès. » (Lettre 59 [55] au pape Corneille, chapitre 14)

Saint Firmilien de Césarée (mort en 256)

« Et ici une juste indignation s’empare de moi devant l’évidente et manifeste folie d’Étienne. Ne le voit-on pas, lui, si fier du rang de son siège épiscopal, lui qui revendique l’honneur d’être le successeur de Pierre, sur qui ont été établis les fondements de l’Église, introduire beaucoup d’autres pierres, et beaucoup de nouvelles Églises, en prêtant au baptême qui se donne chez les hérétiques l’appui de son autorité ? Ce sont les baptisés, incontestablement qui remplissent les cadres de l’Église. Celui donc qui approuve leur baptême, admet aussi qu’il y a la une Église composée de ces baptisés. Et il ne s’aperçoit pas qu’on obscurcit, qu’on anéantit en quelque sorte la vérité de la pierre chrétienne, en trahissant ainsi et en abandonnant l’unité. Les Juifs, bien qu’aveuglés, et charges du plus grand des forfaits, ont cependant, au témoignage de l’apôtre, le zèle de la gloire de Dieu. Étienne, qui se vante de succéder à Pierre et d’occuper sa chaire, n’est animé d’aucun zèle contre les hérétiques, puisqu’il leur accorde au point de vue de la grâce, non un petit, mais un grand pouvoir. Il dit en effet, il soutient que, par le sacrement de baptême, ils effacent les souillures du vieil homme, relèvent des anciens péchés et de la mort, donnent par une nouvelle et divine régénération des enfants à Dieu, et par la sanctification du bain céleste rendent apte à la vie éternelle. » (Lettre à Cyprien, conservée par saint Cyprien: Lettre 75 (74), 16)

Ce document est intéressant car il prouve que saint Firmilien croit  non seulement que l’Église est fondée sur Pierre et que l’évêque de Rome est son successeur, mais encore que cette succession implique un privilège particulier pour ce qui est de la foi. En effet, il parle de la « manifeste folie d’Étienne […] lui, si fier du rang de son siège épiscopal, lui qui revendique l’honneur d’être le successeur de Pierre, sur qui ont été établis les fondements de l’Église, introduire beaucoup d’autres pierres, et beaucoup de nouvelles Églises, en prêtant au baptême qui se donne chez les hérétiques l’appui de son autorité ? […] Étienne, qui se vante de succéder à Pierre et d’occuper sa chaire, n’est animé d’aucun zèle contre les hérétiques, puisqu’il leur accorde au point de vue de la grâce, non un petit, mais un grand pouvoir ». Si l’évêque de Rome occupe la « chaire de Pierre », il ne s’agit pas sa chaire physique, mais de sa fonction. Aussi, Firmilien témoigne qu’Etienne occupe la chaire de Pierre  « sur qui ont été établis les fondements de l’Église » et que, selon lui à tort, il « appui de son autorité » les baptêmes des hérétiques et ainsi d’accorder à ceux-ci un « au point de vue de la grâce, non un petit, mais un grand pouvoir ». Qu’est-ce que tout cela pourrait-il bien faire si l’évêque de Rome n’avait pas de prérogative sur l’Eglise universelle en matière de foi ? De quelle autorité pourrait-il bien couvrir quoi que ce soit ? Et quelle motif pousserait à mentionner qu’il succède à saint Pierre ? Il est d’ailleurs stupéfiant de constater que malgré son grave désaccord avec le pape, il ne remet pas la Papauté en cause, indice que cette dernière était un article de foi indiscutable.

Cette lettre prend place dans le contexte de la querelle des rebaptisants qui vu s’affronter les saints. Il s’agissait de savoir si les baptêmes administrés par des hérétiques pouvaient être valides. La réponse est oui. Mais ce fut alors un conflit atroce qui vit entre autres le Pape saint Étienne soutenir la validité de ces baptêmes et saint Cyprien ainsi que saint Firmilien la nier.

« Saint Denys d’Alexandrie, dans une lettre au pape Étienne. ibid. [Eusèbe, Histoire ecclésiatique]., VII, nomme Firmilien au premier rang des évêques d’Asie Mineure qui réprouvaient le novatianisme. Mais la part active que Firmilien a prise à querelle baptismale du siècle forme le côté le plus saillant et le plus important de son épiscopat. Entre 230 et 235, on voit l’évêque de Césarée siéger dans les conciles d’Iconium et de Synuada, tenus l’un et l’autre en Phrygie, qui rejettent tout baptême administré hors de l’Église, établissant ainsi dans l’Asie Mineure la même règle que le concile de Carthage, vers 220, avait formulée en Afrique. De là, vers la fin de 253, la mésintelligence du pape Étienne et de Firmilien, soutenu par tes évêques de Cappadoce, de Cilicie et des provinces voisines. Peu s’en fallut que le pape, Eusèbe, H. E., VII, 5, P. G., t. XX, col. 645, ne fulminât l’excommunication contre tous ces évêques, qui persistaient à renouveler, contrairement à l’usage de Rome, le baptême conféré par hérétiques. Seule l’intervention de saint Denys d’Alexandrie, ibid., VII, 3, P. XX, col. 641, détourna le coup de leur tête. Mais le conflit s’envenima, lorsque le pape Étienne, dans le courant 256, enjoignit aux évêques d’Afrique comme à ceux d’Orient de se conformer sur la question du baptême, à l’usage de Rome et les menaça de rompre au besoin rapport avec eux. Un peu avant ou aussitôt après le concile de Carthage du 1er septembre, saint Cyprien envoya la diacre Rogatien à l’évêque de Césarée, pour nouer des relations avec lui et s’encourager à la résistance par son exemple. La lettre de saint Cyprien est perdue ; mais nous avons encore la longue lettre dans laquelle Firmilien approuve sans réserve les principes et l’attitude de son collègue, et qui, traduite du grec en latin par saint Cyprien lui-même, selon toute apparence, forme le n. 75 du recueil des lettres de ce dernier, P. L., t. III, col. 1101 Sq. Lettre virulente et irrévérencieuse envers le pape Étienne, à ce point que l’authenticité en a été autrefois contestée. Molkenbuhr, Binae dissertationes de S. Firmiliano, Münster, 1790, P.L., t. III, col. 1357-1418. Elle ne l’est plus aujourd’hui : locutions et manuscrits, tout attesté la main de l’évêque de Césarée. Acta sanctorum, Bruxelles, 1867, t. XII, octobris, p. 480-493. » (P. GODET, Dictionnaire de théologie catholique, article « FIRMILIEN »)

Pseudo-Clément (IIIème siècle)

Cet auteur anonyme décrit Pierre comme l’évêque de Rome et dit à propos de lui peu de temps avant son martyr

« Mais vers l’époque où lui [Pierre] allait mourir, les frères étant rassemblés, il attrapa soudain ma main, et l’éleva, et dit en présence de l’église : ‘écoutez-moi, frères et confrères. Puisque, tel que je l’ai appris du Seigneur et Maître Jésus-Christ, dont je suis un Apôtre, le jour de ma mort approche, je pose les mains sur Clément pour qu’il soit votre évêque; et je lui confie aussi ma charge d’enseignement, à lui qui a voyagé avec moi depuis le début jusqu’à la fin. » (Lettre de Clément à Jacques, II)

NB : cette attribution à Clément de la succession directe de Pierre sur le siège de Rome est erronée. C’est une erreur que nous réfutons dans notre article sur les premiers évêques de Rome selon le Liber pontificalis. Cependant ce document apocryphe demeure une preuve que les contemporain de l’auteur croyaient que Pierre fut évêque de Rome, autrement une telle affirmation l’aurait discrédité. Nous savons par ailleurs qu’il était orientale car de langue grecque, et qu’il connaissait bien les milieux judéo-chrétiens qui étaient présents en Syrie à son époque, cela signifie que la Tradition faisant de Pierre le premier évêque de Rome était incontestée à l’extrême Est de l’empire, là où on ne parlait même pas la même langue qu’à Rome, et ce malgré les moyens de communication de l’époque, ainsi que les persécutions subies par le chrétiens.

Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 339)

« L’apôtre saint Pierre […] ayant commencé par fonder une église à Antioche, partit ensuite pour Rome. Il prêcha l’Évangile et demeura évêque dans cette ville pendant vingt-cinq ans. » (Chronique, Livre 2 dans PG 19/739-740)

« Lin, dont il mentionne la présence à Rome avec lui dans la seconde épître à Timothée, reçut, comme premier successeur de Pierre, le gouvernement de l’église des Romains ainsi que nous l’avons déjà dit auparavant. » (Histoire ecclésiastique, III, 4, 8)

De même que pour saint Irénée, en s’appuyant sur des passages mal compris, certains contestent qu’Eusèbe ait fait de saint Pierre le premier Evêque de Rome. L’explication se trouve dans les réponses aux objections en fin d’article.

Concile de Sardique (343)

« L’évêque Ossius dit : cela aussi (..doit être ajouté..): qu’aucun évêque ne voyage d’une province à une autre province dans laquelle se trouvent des évêques, à moins qu’il n’y soit invité par ses frères, de manière que nous n’ayons pas l’air d’avoir fermé la porte de la charité. À cela aussi il faut pourvoir : si dans une province un évêque devait avoir un litige avec un autre évêque, son frère, qu’aucun des deux n’appelle à l’aide des évêques d’une autre province. Mais si un évêque a été condamné dans une cause et s’il pense que sa cause est bonne pour être jugée à nouveau, honorons s’il vous plaît la mémoire du très saint apôtre Pierre : que ceux qui ont examiné la cause, ou bien les évêques qui résident dans la province voisine, écrivent à l’évêque de Rome ; et si celui-ci juge qu’il faut réviser le procès, qu’il soit révisé et qu’il : donne des juges. Si par contre il estime la cause telle qu’on ne doive pas reprendre ce qui a été fait, ce qu’il aura décidé sera confirmé. Cela plaît-il à tous ? Le synode répondit : oui. » (Canon 3)

« Ce qui apparaîtra le meilleur et comme convenant le mieux, c’est ceci : que de toutes les diverses provinces les prêtres du Seigneur fassent rapport à la tête, c’est-à-dire au Siège de l’apôtre Pierre. » (Lettre Quod semper adressée au pape Jules 1er)

Saint Athanase d’Alexandrie (vers 295-373)

Saint Athanase assista au concile de Sardique et approuva ses délibérations. Il s’y réfère comme au :

« grand Concile » (Défense contre es Ariens, I) et au « Saint Synode » (Lettre au peuple d’Antioche, V)

Il dit encore :

« En effet, les ariens n’épargnèrent pas même l’évêque de Rome Libère, dès le début de son pontificat. Ils étendirent leur rage jusqu’aux citoyens de cette ville, et l’idée qu’il y avait là le trône apostolique ne les arrêta nullement. […] Car ces impies, voyant que Libère avait le culte de la vraie foi, […] crurent que, s’ils pouvaient le séduire, ils s’empareraient de tous les esprits. » (Lettre aux moines sur l’histoire de l’arianisme, n° 35 dans PG, 25/734.)

Saint Athanase parle du siège de Libère comme du « trône apostolique », ce qui signifie qu’il considère son siège comme remontant à un apôtre. Et cet apôtre bien évidemment c’est saint Pierre. Comme le commente le cardinal Louis BILLOT :

« Cette expression est si souvent utilisée, elle est d’usage si courant chez les Pères et les conciles que le titre de « Siège apostolique » a fini par devenir le nom propre et distinctif du siège de Rome. Mais remarquons bien que ce siège est appelé apostolique en ce sens absolument unique, non seulement à cause de son origine ou de sa fondation, au sens où, dans l’antiquité, bien des sièges épiscopaux étaient eux aussi apostoliques, mais surtout à cause de son pouvoir, dans la mesure où le pouvoir apostolique de gouvernement s’y trouvait non pas comme un pouvoir participé et dérivé, ce qui était le cas de tous les autres sièges épiscopaux, mais de manière excellente et en plénitude, comme dans sa source, dans sa matrice, dans sa racine. » (Traité de l’Église, tome 2, n° 882, éditions du Courrier de Rome, page 416)

Saint Damase (vers 300-384)

A l’image de saint Athanase et d’autres Pères, désigne le Siège de Rome comme « le » siège apostolique, qui se rattache donc à un apôtre, saint Pierre :

« Quand votre charité, mes très-chers, et très-honorés fils, rend un profond respect au S. Siège Apostolique, elle agit très avantageusement pour vous-même. Car bien que je sois obligé de tenir le ce gouvernail de l’Eglise, où le saint Apôtre a enseigné la doctrine de l’Evangile, je me tiens tout à fait indigne de cet honneur, et travaille autant que je puis pour arriver à la félicité qu’il possède. Vous saurez donc, s’il vous plaît, que nous avons condamné le profane Timothée Disciple de l’hérétique Apollinaire, avec sa doctrine toute remplie d’impiété, et que nous espérons qu’aucun reste de sa secte ne subsistera à l’avenir. Que si ce vieux serpent revit pour son supplice, bien qu’il ait été frappé une, ou deux fois, et chassé hors de l’Eglise, et qu’il tâche de corrompre par son venin quelques fidèles, ayez soin de l’éviter, et vous souvenant toujours de la foi des Apôtres qui a été écrite, et publiée par les Évêques dans le Concile de Nicée, demeurez y fermes, et immuables  sans  permettre que ni le Clergé, ni le peuple qui sont commis à votre conduite, prêtent l’oreille aux questions vaines qui ont été abolies. Car nous avons déjà établi cette règle, que quiconque fait profession d’être Chrétien, doit observer tout ce qui est contenu dans la tradition des Apôtres, selon ce que dit le bienheureux Paul :

« Si quelqu’un vous prêche un autre Evangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème. » [Galates I, 9]

Jésus-Christ fils unique de Dieu, notre Seigneur a mérité par ses souffrances. une rédemption parfaite à la nature humaine, et a délivré l’homme entier de tout péché. Quiconque dit qu’il a eu ou une divinité, ou une humanité imparfaite, est rempli de l’esprit du démon, et montre qu’il est un fils de perdition. Qu’est-il donc besoin que vous me demandiez que je dépose Timothée, puisqu’il a déjà été déposé avec Apollinaire son Maître, par le jugement du Siège Apostolique, rendu en présence de Pierre Évêque d’Alexandrie, et qu’il souffrira au jour du Jugement les supplices qu’il mérite ? Que s’il attire à son opinion de faibles esprits, et qu’après avoir renoncé à l’espérance qu’il devait avoir en Jésus-Christ, il mette sa confiance en la multitude des personnes qui le suivent, tous ceux qui voudront s’opposer avec lui aux règles de l’Église, périront aussi avec lui. Je prie Dieu qu’il vous conserve, mes très-chers fils. » (Lettre de Damase Évêque de Rome contre Apollinaire et Timothée, cité in Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, V, 10)

Saint Sirice (vers 320-399)

A l’instar de saint Athanase parle de son siège, celui de Rome comme « du siège apostolique », c’est-à-dire celui de saint Pierre :

« Nous ne refusons pas à ta demande la réponse qui convient, puisque eu égard à Notre charge, Nous n’avons pas la liberté de pouvoir dissimuler ou taire quelque chose, puisque plus qu’à tous Nous incombe le zèle pour la religion chrétienne. Nous portons les charges de tous ceux qui peinent, et plus encore : les porte en Nous le bienheureux apôtre Pierre dont Nous croyons avec confiance qu’il Nous protège et Nous garde en toutes choses comme l’héritier de son ministère… » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, Introduction, §1)

« Maintenant, que tous vos prêtres observent la règle ici donnée, à moins qu’ils ne souhaitent être arrachés à la roche solide et apostolique sur laquelle Christ a construit l’Église universelle. » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, III, §2)

« Maintenant Nous encourageons encore et encore le propos de ta fraternité d’observer les canons et de garder les décrets édictés, pour que ce que Nous avons écrit en réponse à ta demande, tu fasses en sorte que cela soit porté à la connaissance de tous nos coévêques, et non pas de ceux-là seulement qui se trouvent dans ta province ; mais ce qui a été déterminé par Nous selon une ordonnance salutaire doit être envoyé aussi, accompagné de ta lettre, à tous les évêques de Carthage, de la Bétie, de Lusitanie et de Galice. Et bien qu’aucun prêtre du Seigneur n’ait la liberté d’ignorer les décisions du Siège apostolique ou les déterminations vénérables des canons, il pourra être néanmoins très utile et — compte tenu de l’ancienneté de ton sacerdoce — très glorieux pour ta Charité, que ce qui t’a été écrit à titre spécial en termes généraux soit porté, par ton souci de l’unanimité, à la connaissance de tous nos frères : afin que qui a été édicté par Nous, non pas de façon inconsidérée mais de façon circonspecte, avec une grande prudence et longue réflexion, demeure inviolé, et qu’à l’avenir soit fermée la voie des excuses, laquelle ne pourra plus être ouverte à personne auprès de Nous. » (Lettre Directa ad decessorem, 10 février 385, à l’évêque Himère de Tarragone, XV, §2o)

Saint Optat de Milève (mort vers 397)

Cité par saint Augustin aux côtés d’hommes disparus depuis longtemps, cet évêque « de vénérable mémoire » apparaît comme l’égal d’Ambroise de Milan, dit :

« tous conservent l’unité dans l’unique chaire de saint Pierre. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre 2, n°&, PL, 11/947)

« Nous prouvons que l’Église catholique est celle qui est répandue dans tout l’univers. Il s’agit maintenant d’énumérer ses privilèges, et de voir où ils se trouvent dans leur nombre de cinq ou de six, comme vous le dites. Le premier de ces privilèges, c’est de posséder une chaire qu’occupe un évêque, qui soit comme l’anneau sans lequel il n’y aurait pas lieu d’y joindre d’autres propriétés ; et il s’agit par conséquent de voir quel est l’évêque qui a siégé le premier, et où il a fixé son siège. Apprenez-le, si vous l’ignorez encore ; rougissez, si vous ne l’ignorez pas. On ne peut supposer que vous l’ignoriez ; il reste donc à dire que vous le savez. Errer avec connaissance de cause, c’est ce qui fait le crime. Car pour ce qui est de l’ignorance, elle est quelquefois excusable. Vous ne sauriez donc nier, sous prétexte d’ignorance, qu’à Rome Pierre ait le premier occupé la chaire épiscopale ; Pierre, le chef de tous les apôtres, et appelé pour cette raison Céphas [Ici saint Optat commet assez visiblement une erreur d’étymologie : le mot Cephas ne vient pas, comme il semble le croire, du mot grec κεφαλη, tête ou chef ; mais c’est un mot syriaque qui signifie la même chose que pierre ou rocher : « Tu vocaberis Cephas, quod interpretatur Petrus » (Jean, I, 42). Au reste, le mot grec κεφαλη peut avoir lui-même pour étymologie le mot syriaque כיפא]. C’est cette chaire qui doit être pour tout le monde le centre de l’unité, et à laquelle les autres apôtres n’ont jamais pu avoir la pensée d’opposer leurs chaires particulières ; en sorte que ce serait commettre ce crime de schisme, que d’élever aujourd’hui une autre chaire en opposition avec celle-là. Donc cette chaire unique, première des propriétés de l’Eglise, a été occupée par Pierre le premier. A Pierre a succédé Lin ; à Lin a succédé Clément ; à Clément Anaclet ; etc. ; à Jules, Libère ; à Libère Damase ; et à Damase, Sirice, qui est aujourd’hui notre collègue, et avec lequel tout l’univers, en même temps que nous-même, est en société de communion par le commerce des lettres formées [On trouvera dans le Protestantisme et la règle de foi du P. Perrone, t, II, p. 116-578 et suiv. (trad. franc.) ce qu’on doit entendre par lettres formées]. Vous, à votre tour, dites quelle est l’origine de votre chaire épiscopale, vous, qui vous attribuez les privilèges de la vraie Eglise. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre II, 2-3).

Juste après avoir donné la liste des évêques de Rome, démontre que les schismatiques sont en dehors de l’Église catholique en donnant pour preuve qu’aucun de leurs évêques n’est en communion avec la chaire de Rome et il conclut ainsi :

« Cette chaire est le premier de tous les dons du Christ, et comme nous l’avons prouvé c’est saint Pierre qui nous l’a communiqué. » (Livre 2, chapitre 6 dans PL, 11/958)

« Et cette chaire de saint Pierre qui nous a été donnée est le principe grâce auquel nous parviennent tous les autres dons. » (Livre 2, chapitre 9 dans PL, 11/962.)

Dans ce passage, saint Optat entend désigner avec cette prérogative de la chaire la note d’apostolicité, qui se trouve chez tous ceux qui sont en communion avec cette chaire, où réside la source et l’origine du pouvoir apostolique.

« Pour le bien de l’unité, le béni Pierre, pour qui il aura suffi que, après son reniement, il n’eût obtenu que le pardon, pour mériter d’être préféré à tous les Apôtres, et seul il a reçu les clefs du Royaume des Cieux pour les communiquer aux autres. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, VII, 3)

Saint Épiphane de Salamine (vers 315-403)

« Car les évêques de Rome étaient, d’abord Pierre et Paul, les apôtres eux-mêmes et aussi les évêques, puis Lin, puis Clet, alors Clément, contemporain de Pierre et Paul, que Paul mentionne dans l’Épître aux Romains. Et personne n’a besoin de se demander pourquoi les autres avant lui ont succédé aux apôtres dans l’épiscopat, même s’il était contemporain de Pierre et Paul — car lui aussi est le contemporain des apôtres. Je ne suis pas tout à fait au clair sur le fait qu’il ait reçu la nomination épiscopale de Pierre alors qu’ils étaient encore en vie, et qu’il refusa et n’exerça pas cet office—car dans une de ses épîtres il dit, donnant ce conseil à quelqu’un, “c’est moi qui apporte ici la sédition, la discorde, le schisme, je vais m’en aller où vous voudrez et je ferai ce que décidera l’assemblée ; seulement que le troupeau du Christ demeure dans la paix avec ses presbytres constitués,” [Lettre aux Corinthiens, 54, 2] (j’ai trouve cela dans certains travaux historiques) — ou s’il a été nommé par l’évêque Clet après la mort des apôtres. » (Panarion, ou Pharmacie contre toutes les hérésies, XXVII, 6, 2-4, P. G., t. XLI, col. 373)

« En tout cas, la succession des évêques à Rome est dans cet ordre : Pierre et Paul, Linus et Clet, Clément, Evariste, Alexandre, Xystus, Telesphore, Hygin, Pie et Anicet, dont j’ai parlé plus haut, sur la liste » (Panarion, ou Pharmacie contre toutes les hérésies, XXVII, 6, 7)

Ruffin d’Aquilée (vers 345-vers 411)

C’est lui qui traduisit le Roman pseudo-clémentin en latin. Il écrivit au sujet de la lettre du pseudo-Clément que nous avons produite plus haut :

« Il y a une lettre dans laquelle ce même Clément, écrivant à Jacques le ‘frère du Seigneur’, rapporte la mort de Pierre, et dit qu’il l’a laissé comme son successeur, en tant que dirigeant et enseignant de l’église. Lin et Clet furent évêques de la ville de Rome avant Clément. Comment alors, demandent certains, est-ce que Clément dans sa lettre à Jacques dit que Pierre lui avait transmis sa position d’enseignant de l’église. L’explication de ce point, tel que je le comprends, est la suivante. Lin et Clet furent, sans aucun doute, évêques dans la ville de Rome avant Clément, mais c’était durant la vie de Pierre; c’est-à-dire qu’ils prirent en charge le travail épiscopal, pendant qu’il s’acquittait des devoirs de l’apostolat. » (Préface de la traduction des Récognitions).

Il écrit cela pour concilier les assertions de la lettre et les de la Tradition au ujet de l’épiscopat de Lin et Clet. Mais par-là il prouve que l’épiscopat de Pierre à Rome ne fait aucun doute pour lui. Pour approfondir cette question, nous n voyons à notre article qui en traite.

Saint Jérôme de Stridon (347-420)

Ce grand érudit qui eut accès à toute la meilleure documentation qu’offrait son époque, écrivit dans son Livre des Hommes illustres dans le premier chapitre, consacré à saint Pierre :

« Fils de Jean, frère d’André apôtre, et prince des apôtres, naquit à Bethsaïde en Galilée. Après avoir fondé l’Eglise d’Antioche, dont il fut l’évêque, et après avoir prêché l’Évangile aux Juifs convertis qui étaient dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie-Mineure et la Bithynie, il vint à Rome la deuxième année du règne de l’empereur Claude, pour confondre Simon-le Magicien. Il y occupa pendant vingt-cinq ans la chaire pontificale, jusqu’à la quatorzième et dernière année du règne de Néron, époque à laquelle il reçut la palme du martyre. » (Chapitre I)

Et au chapitre consacré à saint Clément, il écrit que ce dernier :

« fut après Pierre le quatrième évêque de Rome; Lin avait été le second et Anaclet le troisième. Toutefois, la plupart des Latins pensent que Clément succéda immédiatement à Pierre. » (Chapitre XV)

Nous avons vu plus haut la raison de cette erreur des Latins : il s’agit de l’influence du Roman pseudo-clémentin. Toutefois autant cette idée des Latins que la phrase qui précède prouve que la foi de l’Eglise universelle était que saint Pierre fut le premier Evêque de Rome.

Saint Jérôme est connu pour plusieurs lettres au Pape saint Damase, il évoque sans cesse et de manière tonitruante la primauté et l’infaillibilité romaine en l’associant au siège de saint Pierre, en voici des exemples :

« Comme l’Orient divisé en lui-même par les haines invétérées de ses peuples, déchiré par pièces et morceaux la tunique sans couture et tissée par le haut de Notre-Seigneur, et que les renards ravagent la vigne du Christ, comme d’ailleurs il est difficile, au milieu de ces citernes entrouvertes qui ne peuvent retenir l’eau (JER., II, 13), de dire où est la fontaine scellée, le jardin fermé (Cant., IV, 12) ; j’ai cru devoir consulter la chaire de Pierre, et cette foi romaine tant exaltée par l’apôtre, en demandant l’aliment de mon âme là où j’ai autrefois reçu le vêtement de Jésus-Christ. Car toute la distance des terres et des mers, qui nous séparent n’a pas pu m’empêcher d’aller à la recherche de cette pierre précieuse. Partout où est le corps, là il faut que les aiglons se rassemblent (LUC, XVII, 37). […] Sans reconnaître d’autre chef que Jésus-Christ, je m’unis de communion avec votre béatitude, c’est-à-dire avec la chaire de Pierre ; je sais que c’est sur cette pierre qu’est bâtie l’Eglise. Quiconque mange l’agneau hors de cette maison, est un profane. Quiconque ne sera pas dans cette arche de Noé périra dans les eaux du déluge… […] Et de peur que l’obscurité du lieu où je demeure n’occasionne quelque mépris, daignez me faire parvenir votre réponse par le prêtre Evagre que vous connaissez fort bien ; faites-moi savoir en même temps avec qui je dois me mettre en communion à Antioche : car les hérétiques Campiens, unis aux Tharsiens, n’ont pas de plus grande ambition que de faire triompher les trois hypostases entendues dans leur sens, en s’appuyant de votre autorité. » (Lettre 14, 15 ou 57, suivant les classifications, à Damase, PL, 22/355-356)

« Pourquoi reprendre les choses de si loin ? C’est pour que de votre grandeur vous abaissiez vos regards sur ma bassesse ; pour que, pasteur opulent, vous ne dédaigniez pas une brebis malade. » Il dit ensuite, un peu plus loin : « Quoique j’aie, comme je l’ai écrit déjà, le vêtement du Christ (le baptême) dans la ville de Rome, je suis maintenant relégué dans les plages barbares de la Syrie. […] Au milieu de tout cela, je crie : Celui-là est de mon côté, qui est uni à la chaire de Pierre. […] Je supplie donc votre béatitude par la croix de Notre-Seigneur, par tout ce que demande l’honneur de notre foi, par la passion de Jésus-Christ, de vous montrer tellement par vos actions le digne successeur des apôtres, de siéger sur votre trône de société avec les douze avec une telle autorité, de vous laisser ceindre avec Pierre dans votre vieillesse avec une telle douceur, d’avoir tellement avec Paul votre conversation dans le ciel, que vous ne m’en fassiez pas moins connaître par vos lettres avec qui je dois me mettre en communion dans ce pays de Syrie. » (Lettre 16 ou 58, suivant les classifications, à Damase, PL, 22 / 359)

Et on doit remarquer que saint Jérôme ne fait pas de différence entre le Christ et le pape lorsqu’il s’agit de la foi ; car on peut voir clairement qu’il se place à ce dernier point de vue si on lit sa lettre quatre.

Empereur Théodose Ier (347-395)

« Nous voulons que tous les peuples que régit la modération de Notre Clémence s’engagent dans cette religion que le divin Pierre Apôtre a donné aux Romains – ainsi que l’affirme une tradition qui depuis lui est parvenue jusqu’à maintenant » (Edit de Thessalonique ou Edit de Théodose du 27 février 380, faisant du Christianisme la religion officielle de l’empire)

Saint Augustin (354-430)

On trouvera tous les témoignages de saint Augustin à ce sujet dans notre article Un Papiste nommé saint Augustin

Les conciles de Carthage (juin 416) et de Milève (septembre 416)

Saint Augustin présida également les conciles de Carthage et de Milève. Les Pères de ces deux conciles et lui-même, demandèrent a l’évêque de Rome, saint Innocent Ier de confirmer leur décisions. Voici la lettre du concile de Carthage :

« Nous avons cru, vénérable frère, devoir porter cet acte à la connaissance de votre charité, afin que vous confirmiez par l’autorité du siège apostolique les décisions de notre médiocrité pour mettre à couvert le salut d’un grand nombre, et corriger au besoin la perversité de quelques-uns.  […] Quand même donc Pélage paraîtrait à votre sainteté avoir été justement absous par certains actes qu’on dit être des évêques d’orient, son erreur et son impiété, qui compte en divers pays tant de partisans, n’en devrait pas moins être anathématisée par l’autorité du siège apostolique. » (Lettre 90 (175) au pontife romain Innocent, Opera S. Augustini, t. II, col. 923 et 925, édit. de Gaume ; col. 617 et 619, édit. de Montfaucon)

Et la lettre que les Pères du concile de Milève et lui adressèrent au même Pape :

« Puisque le Seigneur, par un bienfait signalé de sa grâce, vous a élevé sur le siège apostolique, et vous a placé dans un poste tel, qu’il y aurait négligence de notre part à ne pas déférer à votre révérence ce que les besoins de l’Eglise demandent de nous, sans que nous puissions avoir à craindre que notre démarche soit, ou dédaigneusement repoussée, ou froidement accueillie de vous ; nous vous prions d’apporter votre soin pastoral à la guérison de membres infirmes. Car une hérésie nouvelle et excessivement pernicieuse cherche à s’élever pour anéantir la grâce du Christ. » (Lettre 92 alias 176, Cf. Opera S. Augustini, t. II, col. 927, édit. de Gaume ; col. 620, édit. de Montfaucon)

Saint Innocent Ier (mort en 417)

Ce pape adressa ses réponses à ces deux conciles dans deux lettres datées du même jour, le 27 janvier 417.

Il fit d’abord la réponse suivante aux Pères du concile de Carthage, dans laquelle il assimila l’Église de la ville de Rome à une source pure de toute souillure hérétique, qui vivifiait les églises locales :

« Voilà ce que vous avez estimé dans la vigilance de votre office sacerdotal, à savoir qu’on ne doit pas fouler aux pieds les ordonnances des Pères ; car ceux-ci, dans une pensée plus divine qu’humaine, avaient décrété que n’importe quelle affaire à traiter, fût-ce des provinces les plus éloignées et les plus retirées, ne serait pas considérée comme finie avant d’avoir été portée à la connaissance de ce Siège, pour qu’il confirmât de toute son autorité les justes sentences et que les autres églises – comme les eaux qui jaillissent de leur source originelle et qui s’écoulent dans toutes les régions du monde par de purs ruisseaux venus de la source non corrompue – reçoivent de lui ce qu’elles prescriront et sachent qui elles doivent purifier et qui, souillé d’une fange ineffaçable, ne recevra pas l’eau digne des corps purs » (Lettre In requirendis du 27 janvier 417 aux évêques du concile de Carthage, chapitre I (Dz. 217) ; citée dans la lettre 181 (alias 191) de SAINT AUGUSTIN – PL, 33 / 780).

Ainsi que cette réponse à ceux du concile de Milève :

« Je loue la diligence que vous avez apportée à rendre hommage au siège apostolique, je veux dire au siège de celui qui, sans compter les embarras qui peuvent lui survenir d’ailleurs, est chargé du soin de toutes les Eglises, en nous consultant sur le parti que vous pouvez avoir à prendre dans vos doutes, vous conformant ainsi à l’antique règle que vous savez aussi bien que moi avoir toujours été observée par tout l’univers. Mais je me tais là-dessus, persuadé que vous en êtes d’avance parfaitement instruits, puisque vous l’avez reconnu par votre conduite même, sachant bien que le siège apostolique ne manque jamais de répondre aux consultations qui lui viennent de toutes les parties de l’univers. Mais surtout s’il s’agit de ce qui intéresse la foi, tous nos frères ou nos collègues dans l’épiscopat se font, comme je n’en doute pas, un devoir d’en référer à Pierre, ou à celui de qui il tient son nom et son privilège, ainsi que vous l’avez fait vous-mêmes pour obtenir une décision qui puisse, dans le monde entier, servir en commun à toutes les Eglises. Elles doivent en effet devenir plus prudentes, lorsqu’elles voient que, selon la relation du double synode, les inventeurs du mal sont séparés de la communion de par les déterminations de notre jugement. » (Lettre aux Pères du concile de Milève, Inter epistolas du 27 janvier 417, chapitre II (Dz 218), citée par saint Augustin, lettre 182 (alias 193), PL, 33 / 784 ; S. Augustini, Opera S. Augustini, t. II, col. 934, édit. de Gaume ; col. 638, édit. de Montfaucon)

Et nous ne pouvons que constater que saint Augustin fait entièrement siennes ces deux sentences papales ! En effet, lorsque dans sa Lettre à Paulin, saint Augustin rapporte ces actes, il recommande les réponses que le pape Innocent Ier donna par écrit, en ajoutant :

« Sur tous ces points, le pape nous a donné réponse par écrit, exactement comme le requérait le droit et comme il convenait au pontife du Siège apostolique » (Lettre 186 (alias 106), § 2 – PL, 33 / 817).

Et dans un célèbre sermon :

« Réfutez leurs contradictions, amenez-nous les quand ils résistent. Déjà effectivement on a envoyé sur ce sujet les actes de deux Conciles au Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie; puisse ainsi finir l’erreur ! Aussi les avertissons-nous de rentrer en eux-mêmes; nous prêchons pour leur faire connaître la vérité et nous prions pour obtenir leur changement. » (Sermon 131, 10).

C’est d’ailleurs des mots « Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie » que fut tirée le célébrissime adage : « Roma locuta, causa finita est » : « Rome a parlé, la cause est entendue » !

Saint Zosime (mort en 418)

Au tout début de son pontificat, Zosime, dans le cadre de ces mêmes conciles écrivit à Aurélien de Carthage :

« L’importance de l’affaire qui nous est soumise exige une enquête approfondie, afin que la balance ne soit pas plus légère que les objets qui y sont déposés. Cette maturité de jugement importe surtout à l’honneur et à l’autorité du Siège apostolique, auquel les décrets de nos Pères, par respect pour le très-bienheureux apôtre Pierre, ont attribué la solution définitive des causes majeures. Il nous faut donc redoubler de prières et de supplications pour que le Seigneur, par une grâce continuelle et un secours incessant, fasse découler de cette Chaire comme d’une source pure la paix de la foi et l’union sans nuage de la société catholique. Le prêtre Célestius s’est présenté à notre tribunal, demandant à se justifier des accusations précédemment portées contre lui. […] Or il est notoire qu’Héros et Lazare, au mépris des saints canons et malgré la résistance du clergé et du peuple, ont été, à la suite de leurs brigues, tumultueusement intronisés dans les Eglises d’Aix et d’Arles, où ils avaient été jusque-là inconnus. Il est notoire qu’ils ont depuis abdiqué leur titre, et que le Siège apostolique leur a retiré tout pouvoir et toute juridiction dans leurs Eglises, en tenant compte cependant du repentir dont ils ont plus tard donné la preuve. » (Lettre 2 à Aurélien de Carthage, PL XX, 649-650)

Plus tard, l’affaire se compliquant, Zosime eut à écrire à nouveau au même, dans une lettre où il identifie les promesses faites par le Christ en Matthieu XVI, 18 et Matthieu XVI, 19 à saint Pierre, au ministère de l’Evêque de Rome :

« La tradition de nos Pères, attribue au Siège apostolique une autorité tellement absolue dans l’Eglise, que nul n’a le droit de réformer son jugement. Cette règle canonique a toujours été observée ; la sainte antiquité non moins que la discipline actuelle sont unanimes à proclamer la puissance de l’apôtre Pierre, à qui Jésus-Christ Notre-Seigneur a conféré le privilège de lier ou de délier [Matthieu XVI, 19]. Ce privilège appartient par droit d’héritage aux successeurs du prince des apôtres. Pierre continue toujours à porter la sollicitude de toutes les Eglises, mais il veille avec un soin particulier sur le Siège de Rome qui est le sien propre ; il ne souffre ni défaillance ni incorrection dans les jugements doctrinaux émanés de la Chaire qu’il a honorée de son nom et constituée sur des fondements inébranlables [Matthieu XVI, 18]. Quiconque se heurte à cette pierre, s’y brisera. Tel est donc Pierre, le chef de la plus haute autorité qui soit ici-bas ! Les lois divines et humaines, la discipline ecclésiastique tout entière confirment ce pouvoir éclatant de l’Eglise romaine, à la tête de laquelle nous avons été établi, comme vous le savez, bien-aimés frères, dans la plénitude de l’autorité apostolique. Cependant, malgré cette puissance suprême dont le dépôt est entre nos mains, nous n’avons pas voulu agir, dans l’affaire présente, sans prendre votre avis. Dans un sentiment de dilection vraiment fraternelle, nous avons fait appel à votre conseil commun, non par ignorance de notre devoir ou par impuissance de l’accomplir en la forme la plus utile pour l’Eglise, mais parce qu’il s’agit d’un accusé qui a déjà comparu à votre tribunal, et qui se constitue devant le nôtre pour y purger un appel antérieur, provoquant lui-même sa confrontation avec ses accusateurs, et anathématisant les erreurs qui lui étaient, dit-il, faussement reprochées… Des matières aussi graves ne se jugent pas légèrement. Votre fraternité saura donc que rien n’a été changé ni dans la décision doctrinale portée par notre saint prédécesseur, ni dans le jugement à intervenir sur la question de fait relative à Célestius et à Pelage. » (Lettre 12 à Aurélien et au concile de Carthage, PL, XX, 675-676)

Saint Possidius de Calame (vers 397-vers 437)

Cet historien rapporte lui aussi ce recours des conciles d’Afrique du Nord à Rome pour être confirmés :

« Comme ces hérétiques s’efforçaient, par leurs artifices, de persuader leur erreur au Saint-Siège Apostolique, les saints évêques d’Afrique, réunis en concile, résolurent de montrer, avec le plus grand soin, au saint pape de Rome, le vénérable Innocent et ensuite à saint Zozime, son successeur, combien cette secte devait être abhorrée et condamnée par la foi catholique. Ces pontifes du Siège Suprême les censurèrent à diverses reprises et les retranchèrent des membres de l’Église : par des lettres adressées aux églises d’Afrique en Occident et à celles d’Orient, ils ordonnèrent à tous les fidèles de les anathématiser et de les fuir. Ayant appris le jugement que venait de porter sur eux l’Église catholique de Dieu, le très pieux empereur Honorius, pour s’y conformer, ordonna de les ranger parmi les hérétiques condamnés par ses lois. Alors quelques-uns d’entre eux rentrèrent dans le sein de l’Église, notre mère, d’où ils étaient sortis ; d’autres y reviennent encore tous les jours, à mesure que la vérité de la vraie foi se manifeste à eux et l’emporte sur cette détestable erreur. » (Vie d’Augustin, XVIII)

Rufin le Syrien (début du Vème siècle)

Dans son Libellus Fidei que Migne inséra en appendice du tome 10 des œuvres de saint Augustin :

« Si la foi que nous confessons reçoit l’approbation de votre décision apostolique, quiconque voudra me reprocher une faute montrera son impéritie, sa malveillance ou même qu’il n’est plus catholique, au lieu de me taxer d’hérésie ».

Ainsi, on le voit : on est ou on n’est pas catholique ou hérétique selon qu’en décide le jugement du Siège apostolique, et c’est pourquoi on peut reconnaître quel est sur terre le tribunal suprême du Christ auquel il revient sans conteste de juger en matière de foi.

Saint Boniface Ier (mort en 422)

« Nous avons envoyé au synode [de Corinthe]… des directives écrites pour que tous les frères comprennent qu’on ne doit pas débattre à nouveau de ce que nous avons jugé. Jamais en effet il n’a été permis de traiter à nouveau de ce qui a été décidé une fois par le Siège apostolique. » (Lettre Retro maioribus, II, à l’évêque Rufus de Thessalie, 11 mars 422)

« L’institution de l’Eglise universelle naissante prit son départ dans le titre d’honneur du bienheureux Pierre en qui consiste son gouvernement et son couronnement. C’est de sa source en effet qu’a coulé la discipline dans toutes les Eglises, lorsque la vénération de la religion croissait déjà. Les préceptes du concile de Nicée n’attestent rien d’autre ; il n’a pas osé en effet établir quelque chose au-dessus de lui, car il voyait que rien ne pouvait être placé au-dessus de son rang, et enfin il savait que tout lui était accordé par la parole du Seigneur. Cette (Eglise romaine) est donc avec certitude pour toutes les Eglises répandues par le monde entier comme la tête de ses membres ; si quelqu’un se sépare d’elle, qu’il soit éloigné de la religion chrétienne, puisqu’il a cessé de se trouver dans ce même assemblage. » (Lettre Institutio, I, aux évêques de Thessalie, 11 mars 422)

« Demeure au bienheureux apôtre Pierre, de par la parole du Seigneur, la sollicitude reçue de lui pour l’ensemble de l’Eglise, laquelle, comme il le sait, a été fondée sur lui selon le témoignage de l’Evangile. Et jamais une position d’honneur ne peut être exempte de soucis, puisqu’il est sûr que toutes choses dépendent de sa réflexion. … Qu’il n’arrive pas aux prêtres du Seigneur que l’un d’entre eux tombe dans la faute de tenter quelque chose par une usurpation nouvelle, et qu’il devienne l’ennemi des décisions des anciens, alors qu’il sait qu’il a pour rival en particulier celui auprès de qui notre Christ a placé le souverain sacerdoce ; et quiconque se dresse pour l’outrager ne pourra être un habitant du Royaume des cieux.  » A toi, dit-il, je donnerai les clés du Royaume des cieux  » Mt 16, 19 dans lequel nul n’entrera sans la faveur du portier. Puisque le lieu l’exige, recensez s’il vous plaît les déterminations des canons, et vous trouverez quel est après l’Eglise romaine le deuxième siège, et quel est le troisième. … Jamais personne n’a levé la main avec audace contre l’éminence apostolique dont il n’est pas permis de réviser le jugement, personne ne s’est dressé contre elle s’il ne voulait pas être jugé. Les dites grandes Eglises observent les dignités par les canons : celles d’Alexandrie et d’Antioche [voir Concile de Nicée, canon 6] ; car elles ont connaissance du droit de l’Eglise. Elles observent, dis-je, les décisions des anciens, en accordant leur bonne grâce en toutes choses comme ils reçoivent cette grâce en retour : celle dont ils savent qu’ils Nous la doivent dans le Seigneur qui est notre paix. Mais puisque la chose le demande, on montrera par des documents que les Eglises des Orientaux surtout, dans les grandes affaires qui rendaient nécessaire un débat de plus grande ampleur, ont toujours consulté le Siège romain et lui ont demandé aide chaque fois que cela était nécessaire. [suivent des exemples d’appels et de requêtes dans l’affaire d’Athanase et de Pierre d’Alexandrie, de l’Eglise d’Antioche, de Nectaire de Constantinople et des Orientaux séparés au temps d’Innocent Ier] » (Lettre Manet beatum à Rufus et aux autres évêques de Macédoine, etc., 11 mars 422)

Saint Jean Cassien (vers 360-vers 435)

« Mais le grand homme, le disciple des disciples, le maître parmi les maîtres, qui exerçait le gouvernement de l’Église romaine possédait l’autorité dans la foi et le sacerdoce. Dis-nous donc, Dis-nous que nous te prions, Pierre, prince des Apôtres, dis-nous comment les églises doivent croire en Dieu. (Contre Nestorius, III, 12)

Concile d’Ephèse (431)

« Le prêtre Philippe, légat du Siège apostolique : « Nous rendons grâce au saint et vénérable concile de ce qu’après avoir entendu la lecture de la lettre de notre Saint-Père le pape, […] vous y avez donné votre adhésion en poussant de saintes exclamations. Car Votre Béatitude ne l’ignore pas : l’apôtre saint Pierre est le chef de toute l’Eglise, et même des autres apôtres. Et puisque, dans notre petitesse, nous avons dû subir bien des intempéries, qui nous ont empêché d’arriver à temps voulu pour être présents dès le début  de cette assemblée, nous demandons de nous faire connaître ce qui s’est passé dans le concile jusqu’à notre notre arrivée, afin que nous le confirmions, comme le veut la décision prise pat notre Saint-Père le pape et cette sainte assemblée ». » (Ière Session, Jean HARDOUIN, Conciliorum collectio regia maxima, 1715, Tome I, « Actes du concile d’Ephèse », acte 2, p. 1471 et sq.)

Un des principaux évêques de l’assemblée, Firmus de Césarée, approuve la déclaration de Projectus :

« L’apostolique et très saint Siège du très saint évêque Célestin, dit-il, a porté un décret et un règlement sur cette affaire dans des lettres adressées aux très théophiles évêques Cyrille d’Alexandrie, Juvénal de Jérusalem, Rufus de Thessalonique, et aux saintes Églises de Constantinople et d’Antioche ; et nous, obéissant à ce Siège — le délai qui avait été accordé autrefois à Nestorius étant depuis longtemps expiré, puisque nous sommes venus à Éphèse sur l’ordre du très pieux empereur et y avons perdu un temps assez considérable, au point de laisser passer la date fixée par le souverain (pour l’ouverture du concile), — vu qu’à notre convocation Nesrorius n’a point obéi, nous avons exécuté ledit décret en portant contre lui la sentence canonique et apostolique. » (Schwartz, Ibid., 58, 1-11 = Mansi, Ibid., 1288 E-1289 A)

Les légats ne se contentent pas de cette affirmation. Ils veulent la contrôler. Arcadius demande à connaître les actes antérieurs du concile. Le prêtre Philippe va préciser lé sens de cette exigence. Il remercie d’abord les évêques des acclamations qui ont suivi la lecture de la lettre pontificale :

« Les membres se sont joints à la tête, dit-il, car Votre Béatitude n’ignore pas que la tête de toute la foi et la tête des apôtres, c’est le bienheureux apôtre Pierre. [Et il demande à connaître les actes], afin que, selon l’intention de notre bienheureux Pape, et sans doute aussi du concile présent, nous y ajoutions notre confirmation » (Mansi, Ibid. 1289 CD = Schwartz, Ibid., 58 28-31)

Le jugement du concile fut prononcé par un légat du Pape devant tout le concile :

« Philippe, presbytre et légat du Siège Apostolique a dit : Il n’y a pas de doute, et en fait cela fut connu dans tous les âges, que le saint et très-heureux Pierre, prince et tête des Apôtres, pilier de la foi, et fondation de l’Eglise catholique, reçu les clés du royaume de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Sauveur et Rédempteur de la race humaine, et qu’à lui fut donner le pouvoir de remettre et retenir les péchés; qui depuis le commencement jusqu’à aujourd’hui et pour toujours, vit et juge en ses successeurs. Le saint et très-heureux Pape Célestin, selon l’ordre est don successeur et tient sa place. […] En conséquence, la décision de toutes les églises est arrêtée, car les prêtres des églises orientales et occidentales sont présents. […] C’est pourquoi Nestorius sait qu’il est exclu de la communion des prêtres de l’Église catholique » (IIIè session)

Saint Vincent de Lérins (mort vers 450)

Ce saint moine rédigea en 434 un Commonitorium où il énonce les critères qui permettent de savoir si une doctrine est orthodoxe ou hérétique. Il écrit en son chapitre VI :

« C’est un grand exemple que celui de ces bienheureux, et tout à fait divin, digne aussi d’être repris par tous les vrais catholiques dans une infatigable méditation : en effet, rayonnant, comme le chandelier à sept branches, des sept lumières du Saint Esprit, ils ont en effet révélé à la postérité le principe très lumineux grâce auquel, plus tard, dans tous les vains propos des erreurs, l’audace d’une nouveauté profane serait laminée par l’autorité de la sainte antiquité. La méthode à coup sûr, n’est pas nouvelle, puisque ce fut dans l’Église une coutume toujours en vigueur que, plus chacun était religieux, plus rapidement il s’opposait aux inventions nouvelles. Tout est rempli de tels exemples. Pour faire court, nous n’en citerons qu’un seul, emprunté de préférence au siège apostolique, afin que tous voient, plus clairement que le jour, avec quelle vigueur, quelle ardeur, quels efforts, les bienheureux successeurs des bienheureux apôtres, ont défendu l’intégrité de la religion traditionnelle. Jadis Agrippinus, de vénérable mémoire, évêque de Carthage, fut le premier de tous les mortels qui pensa, contrairement au canon divin, contrairement à la règle de l’Église universelle, contrairement à l’opinion de tous ses confrères, contrairement aux usages et aux institutions des aïeux, que l’on devait rebaptiser [les hérétiques]. Cette théorie trompeuse apporta tant de mal qu’elle fournit non seulement une procédure sacrilège aux hérétiques, mais en outre à certains catholiques une occasion d’erreur. Comme, de toute part, tous protestaient contre la nouveauté de ce rite et que tous les évêques, en tous pays, résistaient chacun dans la mesure de sa vigueur, le pape Étienne, de bienheureuse mémoire, qui occupait le siège apostolique, y fit opposition, avec tous ses autres collègues il est vrai, mais plus qu’eux néanmoins, car il trouvait normal, je pense, de surpasser tous les autres par le dévouement de sa foi autant qu’il les dominait par l’autorité de sa charge. » (Commonitorium, VI)

Commentaire de l’abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI (1803-1859) :

« Tout l’ensemble de ce passage, où il n’est question ni du sénat ni de l’empereur, mais du siège spécialement nommé apostolique, tout ce passage montre que l’autorité du lieu, grâce à laquelle le pape surpassait les autres évêques, était l’autorité religieuse de Rome et non son autorité politique. Le choix même du mot autorité le prouve ; s’il s’agissait du relief donné à Etienne par la capitale du monde, on aurait parlé de la splendeur, de la célébrité, de la majesté de cette ville, expressions ne risquant pas de devenir amphibologiques comme celle dont a usé saint Vincent, qui, en rapprochant les idées de supériorité dans Etienne et d’autorité dans le lieu, nous porte nécessairement à croire que les deux choses corrélatives étaient de même nature et de l’ordre ecclésiastique. D’ailleurs, son second extrait expliquera le premier. » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome 1, page 118-119, note de bas de page)

A la fin du Commonitorium, saint Vincent de Lérins récapitule les preuves que lui ont fournies la Bible et l’usage constant des conciles, puis il ajoute :

« Tout cela suffit abondamment et surabondamment, sans doute, à l’extinction totale des profanes nouveautés ; cependant, afin qu’il ne parût rien manquer à la plénitude des preuves, quelque grande qu’elle soit déjà, nous avons rapporté, en ter-minant, deux autorités du siège apostolique, l’une du saint pape Sixte, qui fait aujourd’hui l’ornement de l’église romaine, et une autre de son prédécesseur, le pape Célestin, de bienheureuse mémoire, que nous avons jugé nécessaire de répéter encore ici. » (Commonitorium, XXIII)

NB : ce Commonitorium peut prêter à confusion, nous suggérons de lire cet article pour l’appréhender correctement.

« C’est ainsi que l’ouvrage du moine de Lérins commence et se termine par deux passages élogieux en l’honneur de la papauté ; le premier nous apprend que l’évêque de Rome surpasse tous les autres évêques par l’autorité que donne à cette ville la présence du siège de saint Pierre ; le second montre saint Vincent qui, après avoir cité la Bible et les conciles, après avoir terrassé l’hérésie sous ses coups, appréhende, tout victorieux qu’il est, de paraître n’avoir pas su employer toutes ses armes. Qu’a-t-il donc oublié, lui qui a invoqué les témoignages de l’Eglise universelle et de l’Ecriture sainte ? Pour quelle autorité y a-t-il donc place entre ces deux oracles du christianisme ? Quelle est donc cette autre parole sacrée que les fidèles regretteraient de n’avoir pas entendue, même à la suite de tant de paroles infaillibles et divines ? C’est la décision de la papauté. Saint Vincent la donne, et se réjouit en voyant que rien ne manque plus à sa triomphante démonstration.

Par conséquent, ce que saint Vincent dit des papes suppose en eux une prééminence, et ce que, d’accord avec tous les chrétiens et les papes eux-mêmes, il leur dénie, ne touche en rien aux privilèges dont on croit le Saint-Siège investi. » (Abbé Jean-Marie-Sauveur GORINI, Défense de l’Eglise contre les erreurs historiques, troisième édition, Lyon 1864, tome 1, page 119-120)

Saint Sixte III (mort en 440)

« Le bienheureux Pierre dans ses successeurs a livré ce qu’il a reçu. Qui serait disposé à se séparer de la doctrine dont le Maître lui-même a instruit le premier parmi les apôtres ? » (Lettre VI à Jean d’Antioche)

Saint Prosper d’Aquitaine (vers 390-vers 463)

« Rome, le siège de saint Pierre, a été établie à la tête du monde en recevant l’honneur de la charge pastorale et tout ce que les armes ne lui ont pas donné, elle le possède par le pouvoir de la religion. » (Poème sur les ingrats, I, PL 51, 97)

Code de Théodose (adopté le 25 décembre 438, entré en vigueur 1er janvier 439)

« Puisque le mérite de saint Pierre prince de l’épiscopat, la dignité de la ville de Rome et l’autorité du sacré concile ont confirmé la primauté du Siège apostolique, nous défendons que personne, dans sa présomption, ose rien entreprendre contre l’autorité de ce Siège. Car la paix ne peut être universellement conservée que si toute l’Église reconnaît son maître. » (Code de Théodose, Titre XXIV)

Précisons que dans la pensée du Code théodosien, ce n’est nullement le Sacré Concile qui a attribué son autorité au siège de Rome. Mais le Saint-Synode a témoigné de manière éclatante de l’existence de cette autorité en ne s’arrogeant rien contre ce siège, alors même que lui-même en tant que concile représentait l’Eglise universelle.

Empereur Valentinien III (419-455)

« Nous sommes obligés de défendre avec zèle l’honneur et la dignité de saint Pierre, et d’avoir soin que rien n’empêche son successeur l’Evêque de Rome, qui a toujours eu la primauté du sacerdoce, de juger en toute liberté de la foi et des évêques. » (Lettre à son Collègue Théodose II, année 445)

Saint Pierre Chrysologue (vers 380-450/451)

« Nous vous exhortons, vénérable frère, à vous soumettre en toute chose à ce qu’a écrit le bienheureux Evêque de Rome, car saint Pierre, qui vit et préside en son siège, communique la vraie foi à ceux qui la cherchent. Pour notre part, pour l’amour de la paix et le bien de la vraie foi, nous ne pouvons pas juger des questions de doctrine sans le consentement de l’Evêque de Rome. » (Lettre à Eutyché ; in : Lettres de saint Léon, XXV, édition Ballerin)

Saint Léon le Grand (vers 395-461)

Parmi les célèbres monuments de l’antiquité chrétienne témoignant de la Papauté, certains sermons de saint Léon le Grand tiennent une bonne place. Il s’agit de ceux qu’il prononçait chaque année lors du jour anniversaire de son élection à la Papauté. Ces sermons sont intitulés « Sermons pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat ». Nous pourrions dire que tout est dans le titre et qu’il n’est même pas nécessaire d’en produire les passages les plus significatifs, cependant nous ne voudrions pas priver nos lecteurs de ces morceaux d’anthologie de la littérature patristique où saint Léon va même jusqu’à dire que saint Pierre vivait et enseignait par la bouche de ses successeurs :

« A cette réunion, j’en ai la confiance, ne manque pas non plus la pieuse bienveillance et le sincère amour de saint Pierre, pas plus qu’il n’est absent de votre dévotion […] et il approuve donc cette charité parfaitement ordonnée de toute l’Eglise qui accueille Pierre sur le siège de Pierre et ne laisse pas s’attiédir son amour envers un si grand pasteur, même quand il porte sur la pardonne d’un héritier si inégal au modèle. » (Sermon 2 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 2, PL, 54/143-144)

« Le bienheureux Pierre, conservant toujours cette consistance de pierre qu’il a reçue, n’a pas abandonné le gouvernail de l’Église […]. Si donc nous faisons, quelque chose de bon, si nous pénétrons avec justesse dans les questions, si quelque chose est gagné de la miséricorde de Dieu par nos supplications quotidiennes, c’est l’œuvre, c’est le mérite de celui dont la puissance vit et dont l’autorité commande dans son Siège […] À celui qu’ils savent non seulement être le maître de ce Siège, mais aussi le primat de tous les évêques. Qui par conséquent […] croient qu’il parle par son représentant que nous sommes. » (Sermon 3 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 3 et 4)

« Saint Pierre ne cesse de présider à son siège et conserve une participation sans fin avec le souverain prêtre. La fermeté qu’il a reçu de la pierre qui est le Christ, lui, devenu également Pierre, il la transmet aussi à ses héritiers ; et, partout où paraît quelque fermeté, se manifeste indubitablement la force du pasteur. […] Qui sera assez ignorant ou assez envieux pour mésestimer la gloire de saint Pierre et croire qu’il y ait des portions de l’Eglise qui échappent à la sollicitude de son gouvernement et ne s’accroissent pas avec lui ? » (Sermon 5 pour l’anniversaire de son élévation au souverain pontificat, chapitre 4, PL, 54/155)

Ce pape manifesta encore l’épiscopat de saint Pierre à Rome et l’éclat de la Papauté en d’autres endroits :

« Lorsque les douze apôtres se partagèrent le monde pour y prêcher l’évangile, le bienheureux Pierre, chef du corps apostolique, fut destiné à la capitale de l’empire romain, afin que la lumière de la vérité, qui avait été révélée pour le salut de tous les peuples, se ré­pandît plus efficacement, de la tête même, à travers le corps entier du monde… C’est là qu’il fallait écraser les opinions des philosophes, là qu’il fallait dissiper les vanités de la sagesse terrestre, là qu’il fallait réprimer le culte des démons et détruire l’im­piété de tous les sacrilèges, là, au lieu même où se trouvait rassemblé par une superstition très active tout ce qui avait été institué par de vaines erreurs. Tu ne crains donc pas, bienheureux apôtre Pierre, de venir dans cette ville, et tandis que le compa­gnon de ta gloire, l’apôtre Paul, était encore occupé à fonder d’autres Églises, tu pénètres dans cette forêt remplie de bêtes féroces, et dans cet océan aussi agité que profond, avec plus de hardiesse que lors­que tu marchais sur la mer. Déjà tu avais instruit ceux qui s’étaient rangés sous la foi parmi les païens ; déjà tu avais fondé l’Église d’Antioche, où brilla tout d’abord la dignité du nom chrétien..,, et, sans douter du succès de l’œuvre,… tu introduisais le trophée de la croix du Christ dans les remparts romains. » (Sermon I sur les saints apôtres Pierre et Paul)

« Au cours de tant de siècles, aucune hérésie ne pouvait souiller ceux qui étaient assis sur la chaire de Pierre, car c’est le Saint-Esprit qui les enseigne » (Sermon 98).

« Comme mes prédécesseurs l’ont fait pour les vôtres, j’ai moi-même délégué à votre charité le pouvoir de représenter mon propre gouvernement, afin que vous puissiez me venir en aide […] dans la charge qui nous incombe en vertu de l’institution divine qui nous oblige à veiller comme chef suprême sur toutes les églises. Vous serez ainsi présent aux églises qui sont les plus éloignées de nous, comme si vous les visitiez à notre place. […] Cette union demande sans doute l’unanimité de sentiments dans le corps entier, mais surtout le concert entre les évêques. Quoique ceux-ci aient une même dignité, ils ne sont pas cependant tous placés au même rang, puisque parmi les apôtres eux-mêmes il y avait différence d’autorité avec ressemblance d’honneur, et que, quoiqu’ils fussent tous également choisis, un d’entre eux néanmoins jouissait de la prééminence sur tous les autres. C’est sur ce modèle qu’on a établi une distinction entre les évêques, et qu’on a très-sagement réglé que tous ne s’attribueraient pas indistinctement tout pouvoir, mais qu’il y en aurait dans chaque province qui auraient le droit d’initiative par-dessus leurs confrères, et que les évêques établis dans les villes les plus considérables, auraient aussi une juridiction plus étendue, en servant ainsi comme d’intermédiaire pour concentrer dans le siège de Pierre le gouvernement de l’Eglise universelle, et maintenir tous les membres en parfait accord avec leur chef. » (Lettre 84 à Anastase, évêque de Thessalonique, chapitre 11, PL, 54/668, 675-676)

« Ce sont là, ô Rome, les deux hérauts qui ont fait resplendir tes yeux l’Évangile du Christ. Ce sont là tes pères et tes vrais pasteurs qui, pour t’introduire dans le royaume céleste, ont su te fonder, beaucoup mieux et avec bien plus de bonheur que ceux qui se donnèrent la peine de poser les premiers fondements de tes murailles. […] Ce sont ces deux apôtres qui t’ont élevée à un tel degré de gloire, que tu es devenue la nation sainte, le peuple choisi, la cité sacerdotale et royale, et, par le siège sacré du bienheureux Pierre, la capitale du monde ; en sorte que la suprématie qui te vient de la religion divine, s’étend plus loin que jamais ne s’est portée ta domination terrestre » (Premier sermon pour la fête des saints apôtres Pierre et Paul, chapitre 1, PL 54/422-423)

Il le fit encore en donnant tel un chef les ordres suivant au concile de Chalcédoine :

« C’est pourquoi, très chers frères, nous récusons absolument l’audace de ceux qui contestent la foi divinement révélée et nous voulons que cesse cette vaine infidélité des partisans de l’erreur. Nous interdisons de défendre ce qu’il n’est pas permis de croire. Nous avons en effet parfaitement et très clairement déclaré dans notre lettre adressée à l’évêque Flavien de bienheureuse mémoire quelle doit être la sainte et authentique profession de foi dans le mystère de l’Incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et nous l’avons fait en nous appuyant sur l’autorité des Evangiles, sur les paroles des prophètes et sur l’enseignement des apôtres. » (Lettre 93, chapitre 2, PL, 54/937-939)

Voyons d’ailleurs immédiatement comment le concile de Chalcédoine est lui aussi un hymne tonitruant à l’autorité papale !

Le concile de Chalcédoine (451)

Convoqué par le pape saint Léon Ier sur demande de l’empereur Byzantin Marcien et son épouse l’impératrice Pulchérie. Se tint du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l’église Sainte Ephémie de la ville éponyme, sur l’actuelle rive asiatique d’Istanbul. Il réunit 343 évêques (un record) dont quatre seulement viennent d’Occident.

Lors de la session III furent présentée les requêtes des diacres Théodore et Ischyrion, du prêtre Athanase et du laïque Sophrone contre Dioscore, adressées tant au pape Léon qu’au concile ; Léon y est désigné sous les titres d’archevêque universel et de patriarche de la grande Rome. Dans la même action ou session, on attribue aux légats de Léon la présidence du concile comme aux représentants du pape, et ils sont les premiers à prononcer la sentence contre Dioscore en ces termes :

« C’est pourquoi le très-saint archevêque de Rome, Léon, par nous et par le présent concile, avec l’apôtre saint Pierre, qui est la pierre et la base de l’Eglise catholique et le fondement de la foi orthodoxe, l’a dépouillé de la dignité épiscopale et de tout ministère sacerdotal. »

À la fin de cette même session, le concile demanda au pape Léon, dans le compte qu’il lui rendit, la confirmation de tous ses actes, et lui dit entre autres choses :

« Qu’est-ce qui en effet donne plus de joie que la foi ? […] Cette foi, le Sauveur lui-même nous l’a transmise depuis les temps anciens en disant : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit » [Matthieu XXVIII, 19] ; toi-même tu l’as gardée comme une chaîne d’or qui, au commandement de celui qui ordonne, vient jusqu’à nous, en étant pour tous l’interprète de la voix du bienheureux Pierre, et en procurant à tous la bénédiction de sa foi. Nous servant donc nous aussi de toi avec fruit comme d’un guide vers ce bien, nous avons montré aux enfants de l’Eglise l’héritage de la vérité… en faisant connaître d’un même coeur et d’un même esprit la confession de la foi. Et nous étions dans un même choeur, faisant nos délices, comme dans un banquet royal, des nourritures spirituelles que le Christ, par tes écrits, a préparés aux convives du festin, et nous pensions voir l’époux céleste en convive parmi nous. Car si là où deux ou trois sont rassemblés en son nom il est présent, comme il le dit, au milieu d’eux [Matthieu XVIII, 20], quelle familiarité n’a-t-il pas manifestée alors aux cinq cent vingt prêtres qui ont placé la connaissance de la confession de la foi plus haut que leur patrie et que les fatigues ? Eux que, comme la tête le fait pour les membres, tu as conduits en ceux qui tenaient ta place en faisant connaître ton conseil excellent […] Voilà ce que nous avons fait de concert avec vous, qui étiez présent d’esprit au milieu de nous comme d’autant de frères et qu’il nous semblait voir dans la personne de vos sages légats. Nous vous annonçons en même temps que nous avons pris encore quelques autres mesures pour le maintien du bon ordre et l’exécution des lois ecclésiastiques, sachant bien que votre sainteté les approuverait et les confirmerait dès que la connaissance lui en serait parvenue […] Nous vous conjurons donc d’honorer de votre suffrage définitif le jugement que nous avons porté et de donner à vos fils cette preuve de votre bienveillance, de même que nous nous sommes attachés à vous suivre en tout comme notre chef. » (Lettre synodale au pape Léon 1er, début de novembre 451, Labbe, t. IV, col. 833-834 et 837-838)

On doit souligner l’épisode qui se déroula, dit-on, lors du concile de Chalcédoine, à l’occasion du fameux canon 28 que les schismatiques grecs contemporains et les Russes invoquent en leur faveur. Ce canon accorde au siège de Constantinople le premier rang après celui de Rome et lui reconnaît aussi les prérogatives du patriarcat ; mais il fut introduit de manière illégitime, en dehors des sessions conciliaires. Ayant découvert cette fraude, les légats du pape saint Léon protestèrent sur le champ :

« On dit qu’hier, après que Votre Puissance a levé la séance […] certains événements ont eu lieu, que nous estimons contraires aux canons ecclésiastiques et à la discipline de l’Église. Nous demandons donc à Votre Magnificence de faire réexaminer ces faits, afin que toute l’assemblée vérifie si les choses se sont passées conformément ou non à la justice. »

On relut alors en plein concile le fameux canon. Les pères furent tous unanimes à vouloir qu’on le confirmât (car c’était le désir des empereurs Valentinien et Marcien, du sénat et de toute la ville impériale) et c’est pourquoi les légats rétorquèrent qu’ils avaient reçu du Très Saint Père des avis contraires et publièrent leurs instructions, où on trouve les prescriptions suivantes :

« Ne souffrez pas que l’on ait jamais l’audace de violer ou d’amoindrir la constitution établie par les saints Pères et préservez de toutes vos forces en vous la dignité de Notre Personne dont vous êtes les représentants. Et si les membres du concile, confiants dans le prestige de leurs villes, tentaient quelque usurpation, repoussez-les avec la constance nécessaire. »

C’est pourquoi, on délibéra à nouveau sur le même sujet, mais une fois encore le canon fut confirmé à l’unanimité et les évêques s’écriaient : « Nous sommes tous du même avis, ce canon a notre agrément, cette décision est juste. » C’est alors que Lucentius, représentant du Siège apostolique dit :

« Le Siège apostolique ne doit pas être humilié en notre présence et c’est pourquoi nous réclamons que Votre Sublimité fasse annuler toutes les décisions qui ont été prises hier au mépris des lois de l’Église. Si Elle s’y refuse, il faut que notre opposition soit mentionnée dans le texte de ces décisions, afin que nous ayons un rapport à présenter au Chef de toute l’Église, tenant du siège apostolique, et que celui-ci puisse se prononcer sur l’injure subie par le Saint-Siège ou sur la désobéissance aux lois de l’Église. »

Tels sont les faits qui sont rapportés dans les actes authentiques du concile de Chalcédoine.

Or, cela est absolument hors de doute, au milieu de ces circonstances et dans un tel état d’esprit, cette protestation de soumission à l’égard du Siège de Rome, si on tient compte de l’affaire qui était à l’origine du litige, devait prendre une signification particulière. Examinons bien ce que disent les pères présents au concile dans le rapport qu’ils adressèrent au pape saint Léon, concernant tous les événements qui se sont déroulés. Premièrement, ils font état de la définition de foi, et ils rappellent qu’en y souscrivant ils se sont conformés à la première définition portée par saint Léon dans sa lettre à l’empereur Flavien. Ils disent que saint Léon fut « désigné par tous comme le porte-parole de saint Pierre » et qu’il était, en la personne de ses représentants, le chef de tous les pères du concile, placé comme une tête vis-à-vis de tous les autres membres du corps. Ils informent ensuite le pape de la déposition de Dioscore d’Alexandrie. Entre autres crimes, ce dernier avait poussé la folie jusqu’à s’en prendre :

« à celui auquel le Sauveur avait confié la garde de sa vigne, c’est-à-dire à Votre Sainteté Apostolique et il projetait même de lancer l’excommunication contre vous, qui tâchez d’unir le corps de l’Église »

Ils en viennent enfin au litige, qui prit prétexte de la prérogative du siège de Constantinople :

« Nous avons confirmé […] la règle d’après laquelle Constantinople doit être honorée, comme prenant place au second rang après votre Siège apostolique très saint. Nous sommes sûrs que la lumière apostolique gardera en vous tout son éclat et que vous saurez la répandre aussi souvent que possible jusqu’à l’église de Constantinople, puisque vous avez pris l’habitude d’enrichir de vos biens, sans parcimonie, les habitants de cette ville. C’est pourquoi, Très Saint Père, daignez recevoir notre définition, afin de mettre un terme à toute confusion. Car ceux qui représentent Votre Sainteté, les saints évêques Paschase et Lucentius, et avec eux le révérend père Boniface, ont tâché de s’opposer fermement à ces décisions, et, c’est hors de doute, ils ont voulu faire dépendre de votre prudence leur résistance, de sorte que l’on Vous attribuât le mérite d’avoir sauvé le bon ordre de la paix, comme celui d’avoir préservé la foi. […] En effet, nous jugeons opportun que tout le concile reconnaisse la décision que vous aurez prise pour confirmer le titre honorifique de Constantinople, et nous avons pris la liberté de confirmer ce titre, comme si Votre Sainteté en avait pris l’initiative, car nous le savons : tout ce que les fils peuvent faire de juste, on l’attribue au père, comme si cela venait de sa propre initiative. Nous vous demandons donc d’honorer notre jugement en le confirmant par vos décrets. Qu’ainsi Votre Grandeur achève en faveur de ses fils ce qui convient, de la même manière que ceux-ci sont restés unis à leur chef, en faisant le bien. » (Lettre 93 du concile de Chalcédoine au pape saint Léon le Grand, dans PL, 54/957).

Ce discours se passe de commentaire. Et à cette profession de foi si avérée de l’Église d’Orient, on peut en ajouter d’autres, qui sont tout aussi explicites, comme celle du quatrième concile œcuménique de Constantinople, celle du deuxième concile de Lyon, ou encore celle du concile de Florence. Le concile Vatican I les rappelle et les mentionne toutes en détail, au chapitre 4 de la constitution Pastor æternus.

N’oublions pas que saint Léon a toujours refusé de souscrire à la requête des pères du concile. On peut se reporter sur ce point à la Lettre 104 adressée par ce pape à l’empereur Marcien, à la Lettre 105 adressée à l’impératrice Pulchérie, à la Lettre 106 adressée à l’évêque Anatolius de Constantinople. Le pape savait en effet quel danger pouvait venir de Constantinople et c’est pourquoi, comme dans une vue prophétique, persuadé qu’il lui fallait remédier aux tout premiers germes de la corruption, il avait donné cette instruction à ses légats qui partaient pour Constantinople :

« Si les membres du concile, confiants dans le prestige de leurs villes, tentaient quelque usurpation, repoussez-les avec la constance nécessaire. »

Lettre synodale du concile de Rome au clergé de Constantinople (458)

« Le prélat du Siège apostolique exerce sa sollicitude sur toutes les Eglises, étant le chef de toutes, en vertu de la parole que le Seigneur a dite Pierre « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle » [Matthieu XVI, 18]. C’est en conformité arec atte parole que les trois cent dix-huit Pères rassemblés Nicée déférèrent à la sainte Eglise romaine la confirmation de leurs actes. » (Lettre synodale du concile de Rome au clergé de Constantinople, année 458, Labbe, IV, 1126)

Saint Félix III (vers 440-492)

« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise : à cette parole, les trois cent dix-huit Pères, réunis à Nicée, demandèrent à la sainte Eglise Romaine de confirmer et de sanctionner par son autorité ce qui avait été fait. » (Lettre IV, année 483 ; in : Dion. Exig.. In praefat. conc. Nic)

Saint Gélase (mort en 496)

« Si nous venions à les perdre [la vraie foi et la communion de l’Eglise], ce qu’à Dieu ne plaise, comment quoi que ce soit pourrait-être restauré, surtout si, à son sommet, le Siège apostolique, était devenu teinté d’hérésie, ce que Dieu ne permettrait jamais. […] Si, à Dieu ne plaise, je devenais complice de l’hérésie perverse, j’aurai moi-même besoin d’un remède, plutôt que de pouvoir d’offrir un remède à d’autres ; et le siège du  bienheureux Pierre chercherait un remède ailleurs, plutôt que d’offrir lui-même un remède à autrui, ce que Dieu ne permettrait jamais. […] Par conséquent, les Orientaux restent fermes dans la foi catholique, car ils me voient la défendre et sont encouragés par moi. » (Lettre I, aux Evêques d’Orient)

« Pierre brilla dans cette capitale [Rome] par la sublime puissance de sa doctrine, et il eut l’honneur d’y répandre glorieusement son sang. C’est là qu’il repose pour toujours, et qu’il assure à ce Siège béni [le siège de Rome] par lui de n’être jamais vaincu par les portes de l’enfer » (Décrétale 14 intitulée De responsione ad Graecos)

« Et s’il est normal que le coeur des fidèles se soumette à tous les prêtres en général qui s’acquittent convenablement de leurs divines fonctions, combien plus l’unanimité doit-elle se faire autour du préposé à ce siège, à qui la divinité suprême a voulu donner la prééminence sur tous les prêtres et que la piété universelle de l’Eglise a dans la suite constamment célébré ? » (Lettre Famuli vestrae pietatis, à l’empereur Anastase 1er 494)

Décret gélasien (496)

« Nous avons considéré qu’il faut annoncer que bien que toutes les Eglises catholiques se répandent à travers le monde comprennent une chambre nuptiale du Christ, néanmoins, La sainte romaine n’est pas placée devant les autres églises par des édits de synodes, mais elle a la primauté de par la parole évangélique du Seigneur et Sauveur disant : ‘Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise contre laquelle les portes de l’enfer ne prévaudront pas‘À cela s’est ajouté également la compagnie du très bienheureux Paul, le vase d’élection : ce n’est pas un autre moment, comme le disent sottement les hérétiques, mais au même moment, le même jour, par une mort glorieuse avec saint Pierre, qu’il a été couronné en combattant, dans la Ville de Rome, sous l’empereur Néron : et de la même manière ils ont consacré au Christ l’église romaine susdite, et par leur présence et triomphe vénérable ils l’ont placée avant toutes les autres villes dans le monde entier. Le premier siège de l’apôtre Pierre est donc l’église romaine qui n’a ni tache, ni ride, ni rien de semblable [Ephésiens V, 27]. […] Et bien que personne ne puisse poser d’autre fondement que celui qui a été posé et qui est Jésus Christ (voir 1Co 3,11), l’Eglise sainte, c’est-à-dire l’Eglise romaine, n’interdit pas que pour son édification, outre les Ecritures de l’Ancien et du Nouveau Testament que nous recevons selon la règle, soient reçus également ces autres écrits, à savoir : […] » (Lettre décrétale sur les livres à recevoir ou à ne pas recevoir, aussi nommée Décret de Gélase ou Décret gélasien, III et IV, DS 350, 351 et 352)

Ce document est appelé Décret Gélasien traditionnellement daté de 496, mais dont la date doit peut-être être repoussée jusqu’en 523, année de la mort du Pape saint Hormisdas. Nous ne connaissons pas son auteur. Toutefois, on consultera avec fruits l’étude du Père Albert DUFOURCQ intitulée Vues nouvelles sur le décret gélasien et sur le pape Damase (Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Année 1909, 53-11, pp. 820-825) en cliquant ici. Ce document anonyme n’a donc sans doute pas l’autorité du Pape saint Gélase, toutefois il doit quand même refléter la doctrine générale de l’époque de sa rédaction. Dans le cas contraire son auteur n’aurait jamais pu songer à l’écrire et encore moins à le mettre sous le nom de Gélase. Et quand même l’aurait-il fait, jamais il n’aurait obtenu aussi vite une autorité aussi grande, surtout en lui reconnaissant une origine papale.

Saint Hormisdas Ier (450-523)

Dans la lettre d’instruction que le Pape saint Hormisdas remit aux légats qu’il envoyait à l’empereur byzantin Anastase, le Pape indique :

« [Vous direz à l’empereur] Les lettres du Pape Symmaque ne font que répéter la formule : Je suis les décrets de Chalcédoine ; j’admets la doctrine du Pape Léon ; ces lettres ne contiennent rien d’autre sinon l’exhortation à les observer. […]

Si [l’empereur] vous demande de quelle manière il conviendrait de rétablir l’ordre, répondez-lui en toute humilité : Votre Père [le Pape] a écrit une encyclique adressée à touts les évêques en général. Joignez-y vos lettres sacrées déclarant que vous souscrivez à l’enseignement du Siège Apostolique. Alors on reconnaîtra les orthodoxes, ceux qui n’ont jamais été séparés de l’unité du Siège Apostolique, et ceux qui leur sont contraire […]

Si l’on vous présente des requêtes contre des évêques catholiques, principalement contre ceux qui osent anathématiser  le concile de Chalcédoine et rejeter les lettres du Pape saint Léon, recevez ces requêtes, mais réservez la cause au jugement du Siège Apostolique, afin qu’ils aient l’espérance d’être entendus, et que vous nous réserviez l’autorité qui nous est due. » (Lettre IV à l’empereur Anastase, 8 juillet 515, PL 63, colonnes 376 à 378)

Ce Pape envoya à la cour impériale de Constantinople – qui l’avait sollicité pour mettre fin aux schismes qui déchiraient l’Orient – le 11 août 515, un document intitulé Libellus Fidei, ou encore Regula Fidei, ce qui peut se traduire par Programme de la foi, Opuscule de la foi, Règle de la foi ou encore Profession de foi, mais plus connu sous le nom de Formulaire d’Hormisdas. Tous les évêques d’Orient devaient y souscrire, et y souscrivirent, preuve qu’ils adhéraient à son contenu. Une des vérités impératives exprimées dans ce texte était que l’orthodoxie s’est toujours maintenue à Rome. D’après des rapports, 2500 Evêques ont souscrit à ce formulaire. En voici le texte :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi juste et de ne s’écarter d’aucune façon des décrets des pères. Et parce qu’il n’est pas possible de négliger la parole de notre Seigneur Jésus Christ qui dit :  » Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise  » [Matthieu XVI ,18], ce qui a été dit est prouvé par les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache auprès du Siège apostolique [autre version du texte : c’est seulement dans la chaire de Rome que les faits postérieurs ont correspondu à la parole du Christ]. Ne voulant donc nous séparer d’aucune façon de cette espérance et de cette foi, et suivant en toutes choses ce qu’ont décrété les pères, nous anathématisons tous les hérétiques, et principalement l’hérétique Nestorius qui fut jadis évêque de la ville de Constantinople, condamné au concile d’Ephèse par Célestin, le pape de la ville de Rome, et par saint (l’homme vénérable) Cyrille, l’évêque de la ville d’Alexandrie ; avec celui-ci (de même) nous anathématisons Eutychès et Dioscore d’Alexandrie, condamnés au saint synode de Chalcédoine que nous suivons et embrassons (qui, suivant le saint concile de Nicée, a proclamé la foi apostolique). Nous y ajoutons (nous exécrons également) le criminel Timothée, surnommé Aelure, ainsi que son disciple et partisan en toutes choses Pierre d’Alexandrie ; et de même nous condamnons (également) et nous anathématisons Acace, jadis évêque de Constantinople, condamné par le Siège apostolique, leur complice et partisan, et ceux qui sont restés en communion avec eux ; car (Acace), s’étant joint à leur communion, a mérité la même sentence de condamnation. De même nous condamnons Pierre d’Antioche avec tous ceux qui l’ont suivi et les partisans de ceux qui ont été mentionnés plus haut. (Mais) c’est pourquoi nous recevons et approuvons toutes les lettres du bienheureux pape Léon, qu’il a écrites touchant la religion chrétienne. Comme nous le disions plus haut, suivant en toutes choses le Siège apostolique et prêchant tout ce qu’il a décrété, j’espère (donc) mériter de rentrer dans la communion avec vous que prêche le Siège apostolique, communion dans laquelle réside, entière et vraie (et parfaite) la solidité de la religion chrétienne. Nous promettons (je promets) aussi que (à l’avenir) les noms de ceux qui sont séparés de la communion de l’Eglise catholique, c’est-à-dire qui ne sont pas en accord avec le Siège apostolique, ne seront pas lus durant les saints mystères. (Mais si je tentais de dévier en quoi que ce soit de ma profession de foi, je confesse que, selon mon propre jugement, je serais un complice de ceux que j’ai condamnés.) Cette profession de foi je l’ai souscrite de ma propre main, et je l’ai transmise (envoyée) à toi, Hormisdas, le saint et vénérable pape de la ville de Rome. » (Règle de la Foi, dans Lettre IX à Jean Evêque de Népomucène, 11 août 515, PL 63, colonnes 393 et 394)

Enfin, le Pape saint Hormisdas nous donne une exemple de l’identification formelle entre « l’Eglise Romaine » au sens de l’Eglise locale de Rome avec l’Eglise « catholique », c’est-à-dire universelle, signifiant que cette seconde est en tout soumise à l’Evêque de cette première comme à son chef unique et universel. En effet, il écrit :

« Ce que l’Eglise Romaine, c’est-à-dire catholique […] » (Lettre 70 Sucut rationi, à l’évêque africain Possessor, 13 août 520, Chapitre 5, PL 63, colonne 493)

Empereur Justinien Ier (vers 482-565)

« Nous décrétons, conformément à l’enseignement des conciles, que le Pape de Rome est le premier de tous les évêques. » (Novelles, 131, chapitre 2)

Des anti-romains pourraient être tentés de dire que cette déclaration prouve que la primauté romaine découle du droit ecclésiastique tel qu’énoncé par les conciles, et non du droit divin. Mais c’est inconsistant. Premièrement tout ce qui vient d’être rapporté de l’enseignement des Pères prouve le contraire. Deuxièmement ce que nous avons rapporté des conciles eux-mêmes, spécialement ceux d’Ephèse (431) et de Chalcédoine (451) de même, ce n’est donc pas ce que les anti-romains affirment pensent qui a pu guider Justinien. Troisièmement le lettre suivante de Justinien au Pape Jean II, spécialement lorsqu’il appelle à répétition le siège de Rome « siège apostolique », proiuve définitivement le contraire :

« Justinien, victorieux, pieux, heureux, illustre, triomphant, toujours auguste ; à Jean, Patriarche et très-saint Archevêque de la ville de Rome. Honorant le siège apostolique et votre sainteté, pour laquelle nous n’avons jamais cessé de faire des vœux, que nous regardons comme notre père, nous nous sommes hâtés de lui donner connaissance de toutes les affaires qui concernent l’état ecclésiastique. Comme nous nous sommes toujours efforcés de maintenir l’unité de votre siège apostolique, et de maintenir les saintes églises de Dieu dans l’état où elles sont aujourd’hui, c’est-à-dire , dans la paix , et exemptes de toutes contrariétés , nous avons engagé tous les prêtres de l’Orient à s’unir et se soumettre à votre sainteté : mais à présent que de nouveaux doutes se sont élevés, quoique sur des choses claires et certaines, et conformes à la doctrine de votre siège apostolique, fermement gardée et professée par tous les prêtres, nous avons cependant cru nécessaire d’en instruire votre sainteté ; car nous ne souffrons pas que les affaires qui naissent au sujet de la religion, quoique simples et non douteuses, soient agitées sans que votre sainteté en soit instruite, elle qui est le chef de l’église, car nous nous efforcerons toujours, comme nous avons dit, d’accroître l’honneur et l’autorité de votre siège. » (Lettre de l’empereur Justinien au pape Jean II, Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

Jean II (470-533)

Jean, Évêque de Rome, à notre très-illustre et très-clément fils Auguste Justinien.

Outre les éloges mérités qu’on peut donner à votre sagesse et à votre douceur, le plus chrétien des princes, vous êtes distingué encore comme un astre radieux, par l’amour de la foi et de la charité ; et instruit, sur ce qui concerne la discipline ecclésiastique, vous avez conservé la doctrine de la prééminence du siège de Rome ; vous lui avez soumis toutes choses, et vous avez ramené l’unité dans l’Eglise. […] Les seuls qui soient opposés à votre profession de foi sont ceux dont l’Ecriture dit : Ils ont mis leur espérance dans le mensonge, et ils ont espéré dans le mensonge ; ou ceux qui, d’après le prophète, ont dit au Seigneur : Eloigne-toi de nous, nous ne voulons pas suivre tes voies ; ceux dont parle Salomon: Ils ont erré dans leurs propres voies y et ils amassent avec leurs mains des choses infructueuses. C’est donc là votre vraie foi et votre vraie religion, que tous les pères, d’heureuse mémoire, comme nous avons dit, ainsi que tous les chefs de l’Eglise romaine, que nous suivons en toutes choses, ont décidé ; ce que le Siège apostolique a jusqu’à présent prêché et gardé fermement ; et s’il existe quelqu’un qui soit opposé à cette confession et à cette Foi du chrétien, il les jugera lui-même hors de la sainte communion et de l’Eglise catholique. […] Fait à Rome, le 8 des calendes d’avril, sous le consulat de l’empereur Justinien, consul pour la quatrième fois, et de Paulinus. » (Pape Jean II, Lettre à l’empereur Justinien, in Code Justinien, Livre I, titre premier, point n°8)

Saint Césaire d’Arles (vers 470-542)

« De même que l’épiscopat tire son origine de la personne du bienheureux Pierre, de même aussi est-il nécessaire que Votre Sainteté recoure à des prescriptions convenables, pour indiquer clairement à chaque église ce qu’elle doit observer. » (Exemplaire du livre offert par saint Césaire au pape Symmaque, PL, 62/53)

Saint Pélage Ier (vers 500-561)

« Avez-vous pu oublier les prérogatives du Siège Apostolique au point de me croire capable d’autoriser moi-même un schisme dans l’Eglise ? A Dieu ne plaise que la Siège de Pierre, établi pour garder le dépôt de la Foi, se laisse entraîner par le mouvement populaire selon les caprices de l’opinion ! […] Le très bienheureux Augustin d’illustre mémoire, s’appuyant sur les paroles de Notre-Seigneur, place le fondement de l’Eglise dans le Siège Apostolique. Il déclare schismatiques ceux qui repoussent l’autorité ou se séparent de la communion du Pontife Romain. Il ne connaît d’autre Eglise que celle qui a ses racines dans la pierre fondamentale. Comment donc pouvez-vous croire que vous n’être pas séparés de al communion d’avec le monde entier sans faire mémoire de mon nom dans la célébration des Saints Mystères, alors que quoiqu’indigne, c’est en mon humble personne que s’est transmise l’hérédité su Siège Apostolique par la succession de l’épiscopat et que se concentre à l’heure actuelle son immutabilité.

Cessez donc, vous et les fidèles confiés à votre direction, de soupçonner la foi que je professe. […] S’il vous reste sur ce point quelques difficultés à éclaircir, venez sans crainte me les exposer ; car, suivant la parole de l’Apôtre, nous sommes toujours prêt à rendre compte de notre Foi [I Pierre III, 16]. » (Lettre V [alias VI] aux Evêques de Tuscie, PL 69, colonnes 397 à 399)

« S’agissant des quatre saints conciles, c’est-à-dire celui de Nicée des trois cent dix-huit (pères), celui de Constantinople des cent cinquante, le premier d’Ephèse des deux cents, mais aussi (au sujet de) celui de Chalcédoine des six cent trente, je professe avoir conduit mes pensées sous la protection de la miséricorde divine et de faire ainsi jusqu’à la fin de ma vie, de tout coeur et de toute ma force, en sorte de les préserver avec une pleine dévotion dans la défense de la sainte foi et les condamnations des hérésies et des hérétiques, puisque ces pensées ont été confirmées par le Saint-Esprit ; je professe que leur solidité, parce qu’elle est la solidité de toute l’Eglise, je la protégerai et la défendrai comme il n’est pas douteux que mes prédécesseurs l’ont fait. En cela je désire suivre et imiter surtout celui dont nous savons qu’il fut l’auteur du concile de Chalcédoine (le pape Léon 1er), qui conformément à son nom s’est montré clairement, par son zèle très ardent pour la foi, un membre de ce lion qui a surgi de la tribu de Juda (Apocalypse V, 5). De même je suis donc convaincu de ce que je manifesterai toujours la même révérence pour les synodes susmentionnés, que tous ceux qui ont été absous par ces quatre conciles, je les tiendrai pour orthodoxes, et que jamais dans ma vie […] je n’ôterai quoi que ce soit à l’autorité de leur prédication sainte et vraie.

Mais je suis et je vénère également les canons que le Siège apostolique accepte […] Je professe que je garde également les lettres du pape Célestin de bienheureuse mémoire…et d’Agapet, pour la défense de la foi catholique, pour la solidité des quatre synodes susdits et contre les hérétiques, et tous ceux qu’ils ont condamnés, je les tiens pour condamnés, et tous ceux qu’ils ont reçus, en particulier les vénérables évêques Théodoret et Ibas, je les vénère parmi les orthodoxes. » (Lettre circulaire VI [alias VII] Vas electionis à tout le peuple de Dieu, vers 557, PL 69, colonnes 399 et 400)

Pélage II (520-579)

Ce Pape cassa les actes d’un synode tenu par et pour le patriarche de Constantinople. Son successeur saint Grégoire le Grand rapporte :

« Il y a huit ans, lorsque vivait encore notre prédécesseur Pelage, de sainte mémoire, notre confrère et coévêque Jean, prenant occasion d’une autre affaire, assembla un synode dans la ville de Constantinople, et s’efforça de prendre le titre d’universel ; dès que mon prédécesseur en eut connaissance, il envoya des lettres par lesquelles, en vertu de l’autorité de l’apôtre saint Pierre, il cassa les actes de ce synode. » (Lettres, livre V, lettre 43 à Euloge, évêque d’Alexandrie, et à Anastase, évêque d’Antioche)

Des anti-romains veulent écarter ce témoignage en disant qu’à cette occasion saint Grégoire n’a agit qu’en vertu d’un pouvoir d’appel qui lui aurait été confié par le droit ecclésiastique et non pas par droit divin. Mais cette interprétation est rendue impossible par le texte de la lettre elle-même : il y est écrit que Pélage II a agit « en vertu de l’autorité de l’apôtre saint Pierre« .

Saint Grégoire le Grand (vers 540-604)

« Votre Très Douce Sainteté m’a bien souvent parlé dans ses lettres de la chaire de saint Pierre, le chef des apôtres, disant que c’est saint Pierre qui siège encore aujourd’hui dans ses successeurs. […] Mais j’ai été particulièrement sensible à toutes ces réflexions, parce qu’elles venaient de vous, qui tout en ma parlant de la chaire de saint Pierre, lui demeurez attaché. […] C’est pourquoi, bien que les apôtres se partagent leur titre, seul le siège du prince des apôtres, possédant le pouvoir suprême, l’emporte sur tous les autres en autorité, et celle-ci reste la même pour s’exercer en trois endroits différents. Car saint Pierre a ennobli le siège de Rome, parce qu’il a daigné s’y établir et y finir ses jours. C’est encore lui qui a rehaussé l’éclat du siège d’Alexandrie, en y envoyant son disciple, l’évangéliste. C’est enfin toujours saint Pierre qui a renforcé le prestige du siège d’Antioche, où il demeura quand même sept ans, avant de le quitter. » (Lettres, Livre 7, lettre 40, au patriarche Euloge d’Alexandrie, dans PL, 77/898/899)

Saint Isidore de Séville (560 et 570-)

« Nous savons que nous sommes évêques dans l’Église du Christ, et en cette qualité nous nous confessons plus spécialement obligés que les autres prélats de l’Église à rendre au Pontife romain avec révérence, humilité et dévotion, l’obéissance qui lui est due en toutes choses comme au Vicaire de Dieu. Celui qui lui résiste opiniâtrement, nous le déclarons entièrement exclu de la communion des fidèles, comme un hérétique. Et ceci, nous ne le disons pas de notre propre choix ; mais c’est bien plutôt par l’autorité du Saint-Esprit que nous le tenons et le croyons comme ferme et décisif » (Lettre au dux Claude, Opp. tom. VI, page 567)

VIè concile de Tolède (638) et saint Braulion de Saragosse (mort en 646 ou 651)

Le VIè concile de Tolède, composé de cinquante-trois Evêques d’Espagne et de Gaule narbonnaise, dont saint Braulion de Saragosse, ami et disciple de saint Isidore de Séville, dont il acheva le Traité des Étymologies ou Origines, adressa au Pape une réponse et une profession de Foi. Nous détachons de la réponse, émanée de la plume de saint Braulion, les passages suivants :

« Au seigneur révérendissime en qui brillent les mérites et la gloire apostoliques, à l’honorable pape Honorius, tous les évêques constitués à la tête des Eglises d’Espagne. Vous accomplissez excellemment le devoir attaché à la Chaire qui vous a été confiée par Dieu, lorsque, dans une sainte sollicitude pour toutes les Eglises, avec, l’éclat rayonnant de la doctrine, comme le veilleur en sentinelle, vous prenez toutes les mesures dignes de votre prévoyance pour sauvegarder la défense de l’Eglise du Christ. Armé du glaive de la parole divine et des traits d’un zèle souverain, vous frappez les misérables qui voudraient, déchirer encore la tunique du Seigneur ; nouveau Néhémie, avec la même ardeur et la même vigilance vous purifiez du contact souillé des prévaricateurs et des apostats la sainte maison de Dieu, l’Eglise notre mère. Tels étaient déjà, par l’inspiration du Très-Haut, la préoccupation de votre très-glorieux fils notre roi Suintilla, et l’objet habituel de ses pieuses pensées. Les exhortations que vous lui avez directement adressées, et qui, grâces à Dieu, lui sont heureusement parvenues, l’ont trouvé sur le point de réaliser des vœux qui lui sont chers. Déjà, venus de toute l’Espagne et de la Gaule narbonnaise, nous étions réunis en synode, lorsque le diacre Turninus nous a remis de votre part le décret qui nous invite à redoubler de fermeté pour le maintien de la foi, d’activité contre les perfides manœuvres de l’hérésie. Ô le plus excellent des Pontifes, seigneur très-bienheureux, aucun conseil humain, nulle prudence mortelle n’aurait pu créer une pareille coïncidence ; nous y reconnaissons l’œuvre de cette Providence partout étendue et nulle part défaillante du Créateur tout puissant. Aux deux extrémités du monde, à travers l’immensité des mers, le souverain Maître, le bien qui gouverne les âmes, inspire au cœur du roi les mêmes pensées, les mêmes vues pour la religion, qui sont dans votre propre cœur. Qu’est-ce que cela ? Sinon la preuve que ce grand Dieu dirige ceux auxquels il confie le pouvoir d’après les inspirations que, dans la sagesse de son éternité, il a prévues comme les plus utiles à son Eglise sainte et catholique […]

Mais vous, ô le plus révéré des hommes et le plus saint des pères, insistez avec la force et la vertu que vous tenez de Dieu, avec l’éloquence qui vous distingue, avec la pieuse industrie de votre zèle, continuez votre lutte contre les ennemis de la croix du Seigneur, contre les suppôts de Satan, les sectateurs de l’antéchrist, et ramenez-les tous au sein de notre mère la sainte Eglise. Les deux moitiés du monde, l’Orient et l’Occident, ont entendu votre voix. Puissent-elles comprendre que c’est Dieu qui parle par votre bouche, puissent-elles s’unir avec nous pour conjurer la perfidie des méchants ! Comme un autre Elie, quand vous frappez les faux prophètes de Baal, et qu’enflammé du même zèle vous vous plaignez d’être seul dans ce combat, vous méritez d’entendre une voix du ciel vous répondre qu’il eu est encore un grand nombre qui n’ont pas fléchi le genou devant l’idole. Ce n’est ni un sentiment de jactance ni un transport d’orgueil qui nous dicte ces réflexions, que nous soumettons à votre béatitude : l’amour de la vérité nous inspire uniquement. En toute humilité, nous vous disons la vérité sur nous-mêmes, afin que vous la connaissiez, afin qu’elle soit le lien commun entre vous et nous. Laissons aux infidèles la vanité qui les trompe. Il semblerait peut être convenable d’entrer ici dans le détail et de répondre, article par article, aux divers points de votre lettre ; mais nous craindrions de fatiguer votre oreille on prolongeant nos explications. Nous croyons cette réponse suffisante : votre sagesse n’a pas besoin de longs discours. Et maintenant il nous reste à conjurer instamment Votre Sainteté de daigner, dans sa piété éminente, se souvenir de nos humbles et pauvres personnes, lorsqu’à la confession des bienheureux apôtres et de tous les saints de Rome, vous offrez à Dieu vos prières pour l’Eglise universelle. Le parfum de vos supplications, myrrhe et encens d’agréable odeur, couvrira les traces de nos fautes, et dans ce monde ou dans l’autre, nous n’aurons point à en porter la peine. Car nous savons que nul en ce corps mortel ne traverse sans péril la grande mer du monde. Donc, ô le plus illustre et le plus excellent des Pontifes, ne refusez le secours de votre intercession, qui d’ailleurs rejaillira pour Votre Sainteté dans la gloire éternelle, ni à votre fils notre roi sérénissime, ni à nous, ni aux peuples dont le Saigneur nous a confié le soin. De notre côté, nous sommes fidèles à ce devoir de la prière, conjurant le tout-puissant Seigneur d’accorder à son Eglise, dans sa traversée temporelle, un cours tranquille et paisible, dans la dignité d’une vie religieuse et sainte, afin que, ballotté entre les écueils de la tentation, le rocher de Charybde du faux plaisir et les îlots de la persécution, les aboiements du Scylla de la gentilité, le navire de la foi, dirigé par la main du divin pilote, arrive en paix au port du salut : afin que la voix qui commande à la mer et aux vents fasse régner le calme sur les flots et la prospérité spirituelle dans les Âmes. » (Saint Braulion, Lettre XXI, Patrologie latine, tome 80, colonnes 667-670 ; Mgr Justin FEVRE dans Histoire apologétique de la Papauté, tome 3, pages 372 à 374, cite ce passage de saint Braulion mais se trompe dans la référence : il indique la colonne 667 du tome 87 (LXXXVII) au lieu de 80)

Ce témoignage de la Papauté est aussi le plus ancien témoignage de la part d’un saint et d’Evêques ayant la vrai foi en garantie de la perfection doctrinale du Pape Honorius. En effet celui-ci avait envoyé des lettres dans lesquelles certains croient lire une hérésie au patriarche Serge de Constantinople. Ces lettres datent de 634, soit seulement quatre ans avant cette déclaration du VIè concile de Tolède. Pour une documentation complète au sujet de ce Pape, nous renvoyons le lecteur aux chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci (le livre du second lien a été écrit après les autres, il les reprend en partie et est beaucoup plus complet). Et pour ce qui est de la censure qu’il connut posthume par le IIIè concile de Constantinople, nous revoyons le lecteur à notre article démontrant que ce concile proclama en fait l’infaillibilité des Papes, et traitant de la vraie portée de cette censure : L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Saint Maxime Le Confesseur (580-662)

Saint Maxime applique la vertu de pierre de fondement à l’Eglise de Rome sans même mentionner saint Pierre, tellement la chose devait être évidente pour tous ses contemporains :

« Toutes les parties de l’univers et tous ceux qui reconnaissent partout le Seigneur avec une foi véritable et authentique se tournent comme vers le soleil vers la sainte Eglise de Rome, et considèrent sa profession de foi, dont Ils attendent l’éclat de sa lumière. […] C’est dès le commencement, lorsque le Verbe de Dieu descendit jusqu’à nous en assumant notre chair, tous les chrétiens ont toujours regardé et regardent encore comme l’unique base solide, l’unique fondement de l’Eglise le siège suprême qui se trouve en cette église de Rome, celui que, d’après la promesse du Sauveur, les portes de l’enfer ne sauraient vaincre et qui possède les clefs de la vraie foi et de l’authentique confession, celui chez qui tous ceux qui s’approchent avec une piété sincère se voient ouvrir l’accès à l’unique religion, celui qui rend les hérétiques muets et ôte la parole de la bouche de ceux qui profèrent l’iniquité en présence du Tout-Puissant. » (Lettre à Marin de Chypre, PG, 91/138-139)

Dans sa Lettre à Pierre l’Illustre, saint Maxime enseigne que la marque de la vraie foi et de la vraie communion c’est d’être soumis au Pontife romain :

« Si quelqu’un veut n’être point hérétique et ne point passer pour tel, qu’il ne cherche pas à satisfaire celui-ci ou celui-là […] Qu’il se hâte de satisfaire en tout le siège de Rome. Le siège de Rome satisfait, tous partout et d’une seule voix le proclameront pieux et orthodoxe. Car si l’on veut persuader ceux qui me ressemblent, c’est en vain qu’on se contenterait de parler, si l’on ne satisfait et si l’on n’implore le bienheureux Pape de la très sainte Eglise des Romains, c’est-à-dire le Siège Apostolique, qui a reçu du Verbe de Dieu Incarné Lui-même, et, d’après les saints Conciles, selon les saints canons et les définitions, elle possède, sur l’universalité des saintes Eglises de Dieu qui existent sur toute la surface de la terre, l’empire et l’autorité en tout et pour tout, et le pouvoir de lier et de délier. Car lorsqu’elle lie et délie, le Verbe, qui commande aux vertus célestes, lie ou délie aussi dans le ciel. » (Lettre à Pierre l’illustre, PG, tome 91, colonne 144)

C’est la raison pour laquelle, plus tôt dans sa lettre, il fait l’application suivante au cas du Pape Honorius, qui fut tant et tant injurié par ceux qui l’accusaient d’être tombé dans l’hérésie monothélite, en disant non seulement qu’il n’en fut pas ainsi, mais encore que cela était impossible car il était l’Evêque du Siège Apostolique :

« Quel est l’interprète le plus digne de foi de la lettre pontificale ? Celui qui l’a écrite au nom d’Honorius, l’illustre abbé Jean qui vit encore, et qui, outre tant d’autres mérites, a répandu sur l’Occident l’éclat de sa doctrine et de sa piété ; ou bien les Orientaux qui n’ont jamais quitté Constantinople, et qui parlent d’après leurs sympathies, leurs opinions particulières et personnelles ? N’est-ce pas le comble du ridicule, ou plutôt n’est-ce pas un spectacle lamentable ? Dans leur audace, ils n’ont pas craint de mentir contre le Siège apostolique lui-même. Comme s’ils avaient été de son conseil, ou qu’ils eussent reçu de lui un décret dogmatique, ils ont osé revendiquer pour leur cause le grand Honorius, faisant parade à l’appui de leur folle opinion de la suréminente piété de ce pontife. Et cependant, que n’a pas fait la sainte Église pour les arrêter dans leur voie funeste ? Quel pontife pieux et orthodoxe ne les a conjurés par ses appels et ses supplications de renoncer à leur hérésie ? Que n’a point fait le divin Honorius et après lui le vieillard Severinus, et son successeur le vénérable pape Jean ? […]

En tout cela, ces malheureux (les monothélites) n’ont pas suivi la doctrine du Siège Apostolique ; et ce qui est le comble du ridicule, ou pour mieux dire ce qu’il y a de plus lamentable (car c’est la preuve de leur audace), ils n’ont pas craint de mentir témérairement contre le Siège Apostolique lui-même ; et comme s’ils avaient été de son conseil, et qu’ils eussent reçu de lui un décret, ils ont osé mettre de leur côté le grand Honorius dans leurs écrits en faveur de l’impie Ecthèse, faisant parade aux yeux des autres, à l’appui de leur folle opinion, du mérite éminent de cet homme pour la cause de l’orthodoxie. » (Lettre à Pierre l’illustre, PG, tome 91, colonnes 142 et 143)

Ce témoignage de la Papauté une garantie de la perfection doctrinale du Pape Honorius. En effet celui-ci avait envoyé des lettres dans lesquelles certains croient lire une hérésie au patriarche Serge de Constantinople. Pour une documentation complète au sujet de ce Pape, nous renvoyons le lecteur aux chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci (le livre du second lien a été écrit après les autres, il les reprend en partie et est beaucoup plus complet). Et pour ce qui est de la censure qu’il connut posthume par le IIIè concile de Constantinople, nous revoyons le lecteur à notre article démontrant que ce concile proclama en fait l’infaillibilité des Papes, et traitant de la vraie portée de cette censure : L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Saint Sophrone de Jérusalem (vers 550-638) par la voix de son diacre Etienne de Dor, lors du concile du Latran (649)

« Sophrone avait le courage du lion, l’intrépidité du juste. Animé d’un zèle ardent pour la foi, plein de confiance en Dieu, il me conduisit, moi indigne, sur la montagne du Calvaire, au lieu où Jésus-Christ, si au-dessus de nous par sa nature divine, daigna se laisser crucifier pour nous selon la chair. D’un ton irrésistible, il me tint ce langage : C’est à Dieu qui souffrit ici selon la chair que vous aurez à répondre le jour de son avènement terrible, quand il paraîtra dans sa gloire pour juger les vivants et les morts, si vous refusez de me prêter votre concours dans ce péril de la foi. Je ne puis quitter Jérusalem, vous le savez, en présence d’une invasion des Sarrazins, déchaînés sans doute par la justice de Dieu contre nos péchés. Partez donc le plus promptement possible, traversez l’immensité de la terre et des mers, allez au Siège apostolique, là où reposent les fondements des dogmes orthodoxes. Allez-y une première fois, retournez-y une seconde et plus encore s’il est nécessaire. Faites connaître aux personnages sacrés qui y président ou y présideront, la vérité tout entière sur les faits qui se passent en Orient. Redoublez vos instances et vos supplications jusqu’à ce que, dans l’apostolique prudence qui est leur privilège divin, ils rendent un jugement solennel et foudroient canoniquement les erreurs nouvellement introduites. Telles furent ses paroles. J’étais en proie à une vive émotion, à une anxiété terrible. Le lieu sacré où nous nous trouvions, l’adjuration formidable du patriarche me faisaient trembler. Je songeais aussi aux devoirs de mon ministère épiscopal, qui m’attachaient à l’Eglise de Dor. Mais les instances de Sophrone, celles des évêques et des fidèles de la Palestine, me déterminèrent à partir. Depuis lors, pour me servir de l’expression de l’Ecriture, « Mes yeux n’ont pas connu le sornmeil, mes paupières ne se sont point closes, je n’ai pas goûté de repos », jusqu’à ce qu’il me fut donné d’accornplir ma mission près du Siége apostolique. C’est la première fois que j’y reviens. Les sectaires n’épargnèrent rien pour empêcher mon voyage ; ils obtinrent que des édits impériaux fussent adressés à toutes les provinces d’Orient que je devais parcourir, avec ordre de me charger de fers et de m’envoyer à Constantinople. Mais le Seigneur a été mon auxiliaire, il m’a delivré de toutes les embûches, ma course rapide ne fut point interrompue, et je parvins au terme de mon voyage. » (Labbe, VI, 104)

Ce témoignage de la Papauté une garantie de la perfection doctrinale du Pape Honorius. En effet celui-ci avait envoyé des lettres dans lesquelles certains croient lire une hérésie au patriarche Serge de Constantinople. Pour une documentation complète au sujet de ce Pape, nous renvoyons le lecteur aux chapitres afférents des deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci (le livre du second lien a été écrit après les autres, il les reprend en partie et est beaucoup plus complet). Et pour ce qui est de la censure qu’il connut posthume par le IIIè concile de Constantinople, nous revoyons le lecteur à notre article démontrant que ce concile proclama en fait l’infaillibilité des Papes, et traitant de la vraie portée de cette censure : L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Saint Agathon (574-681) et le IIIè concile de Constantinople (680-681)

Si je vous demande quand fut proclamé le dogme de l’infaillibilité papale, vous me répondrez sans doute : « En 1870 au concile Vatican I ! » Et vous auriez entièrement raison car c’est à cette occasion que l’infaillibilité du Pape qui trouve ses racines dans l’Ecriture Sainte et qui est attesté par toute l’antiquité chrétienne fut solennellement défini comme un dogme. Seulement voilà, un épisode méconnu de l’histoire de l’Eglise nous montre que cette infaillibilité personnelle de l’Evêque de Rome, successeur de saint Pierre, avait déjà été matériellement proclamée des 681 lors du IIIè concile de Constantinople (680-681). Cela se passa en deux temps. Tout d’abord le Pape saint Agathon (574-681) écrivit deux Lettres explicites sur le sujet, puis elles furent approuvées par le concile.

Le déroulé des événements est décrit dans cet article.

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres, approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes précédents sur la Papauté (aussi bien son existence en tant que dogme apostolique que la réponse à l’argument que les anti-romains pensent pouvoir tirer de ce même concile contre la Papauté, à travers le cas d’Honorius), le Filioque et le célibat sacerdotal, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes précédents.

Saint Léon II (611-683)

C’est ce Pape qui ratifia les décret du IIIè concile de Constantinople dont nous venons de parler, et qui lui donna sa forme de concile général, lui donnant force obligatoire pour l’Eglise universelle. Voici ses mots :

« Nous avons appris en effet que le saint et grand synode universel [Constantinople III] a pensé de même que tout le concile réuni autour de ce saint Siège apostolique [le Concile de Rome tenu en 680] […] Et parce que [le concile de Constantinople] a proclamé dans toute sa plénitude […] la définition de la foi juste que le Siège apostolique du bienheureux apôtre Pierre, lui aussi […] a reçue avec vénération, pour cette raison Nous aussi et, par notre ministère, ce vénérable Siège apostolique, d’un accord unanime, Nous donnons notre assentiment à ce qui a été défini par lui, et Nous le confirmons par l’autorité du bienheureux Pierre. » (Lettre III Regi regum, à l’empereur Constantin IV, vers août 682, PL 96, 404 et 405)

Nous avons ici deux éléments. Le premier est le constat que le IIIè concile de Constantinople « pense de même » que le concile de Rome tenu en 680, réunissant 125 Evêques autour du Pape saint Agathon qui, comme nous l’avons vu, affirme l’infaillibilité des Papes (Lettre 3 Omnium bonorum spes aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682). Cela signifie que le IIIè concile de Constantinople reconnaît l’infaillibilité des Papes. Le deuxième élément est l’affirmation faite par saint Léon II que c’est en vertu de l’autorité de l’apôtre Pierre qu’il confirme le concile. Preuve qu’il était clair non seulement pour lui mais aussi pour ses destinataires qu’il était le chef visible et infaillible de droit divin de l’Eglise de Jésus-Christ, et que rien ne pouvait avoir cours sans son approbation expresse ou tacite. Pourquoi préciser tout cela ? Tout simplement parce que c’est de ce concile que beaucoup d’anti-romains tirent argument contre la Papauté. En effet, ce concile condamna le Pape Honorius comme « hérétique ». Cela contredirait l’infaillibilité du Pape. Mais cette condamnation est loin d’avoir cette portée. Nous démontrons tous cela dans notre article précité : L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Saint Théodore Studite (759-826)

Sur ce point, notre Studite n’a pas l’ombre d’un doute. Il s’adressait au Pape saint Léon III comme :

« Au très saint et souverain Père des Pères, à mon Seigneur Léon, Pape apostolique, Théodore, très humble prêtre et higoumène de Stoudion. Puisque c’est à Pierre le grand que le Christ notre Dieu, après lui avoir donné les clés du royaume des cieux, a conféré la dignité de chef du troupeau, c’est à Pierre, c’est-à-dire à son successeur, qu’il faut soumettre toutes les nouveautés hérétiques introduites dans l’Église universelle par ceux qui s’écartent de la vérité. » (Lettres, livre Ier, 33 ; P. G., t. XCIX, col. 1017 Β : Έπειδήπερ Πέτρω τώ μεγάλω δέδωκε Χρίστος ό Θεός μετά τας κλείς της βασιλείας τών ουρανών και το της ποιμνιαρχίας αξίωμα’ προς Πέτρον ήτοι τον αύτοΰ διάδοχον ότιοΰν καινοτομούμενον έν τη Καθολίκί) ‘Εκκλησία παρά τών άποσφαλλομένων της αληθείας άναγκαϊον άναφέρεσθαι)

En 821, il écrit à l’empereur Michel II le Bègue :

« Ordonnez que l’on reçoive la profession de foi envoyée de l’ancienne Rome Car cette Église, ô empereur imitateur du Christ, est la première de toutes les Églises de Dieu, Pierre en a le premier occupé le siège. » (Lettres, Livre II, 86 ; col. 1332 Β : ης Πέτρος πρωτόθρονος)

C’est dans cette conviction aussi que déjà, en 818, il saluait dans la personne du pape saint Pascal Ier le successeur manifeste du prince des apôtres :

« En vérité nous, humbles moines, nous avons reconnu par votre conduite à notre égard que c’est bien un successeur manifeste du chef des apôtres qui préside à l’Église de Rome. » (Lettres, Livre II, 13 ; col. 1155 Α : ΚαΙ ό’ντως εγνωμεν οί ταπεινοί ώς εναργής διάδοχος τοΰ των ‘Αποστόλων κορυφαίου προέστη της Ρωμαϊκής ‘Εκκλησίας)

C’est cette conviction qui, en 817, lui faisait adresser au même Pontife cette courte mais éloquente apostrophe :

« Vous êtes Pierre, vous qui gouvernez le siège de Rome et qui en êtes l’ornement. » (Lettres, Livre II, 12 ; col. 1152 C : Πέτρος γαρ συ, τον Πέτρου θρ<5νον κόσμων και διέπων)

Aussi sa vision complète de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascene, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

IVème concile de Constantinople (870)

Lors du IVème concile de Constantinople (870), le Pape Adrien II fit souscrire au Formulaire d’Hormisdas mentionné plus haut, tous les Pères grecs et latins lors du IVème concile de Constantinople (10e session du 28 février 870) :

« La condition première du salut est de garder la règle de la foi orthodoxe […] On ne peut, en effet, négliger la parole de notre Seigneur Jésus-Christ qui dit : ‘Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église’ [Mt 16, 18]. Cette affirmation se vérifie dans les faits, car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique. Désireux de ne nous séparer en rien de sa foi et de sa doctrine […] nous espérons mériter de demeurer unis en cette communion que prêche le Siège apostolique, en qui réside, entière et vraie, la solidité de la religion chrétienne » (Ier Session)

Les Pères du Concile Vatican I – qui défini le dogme de l’infaillibilité pontificale – commentèrent ce texte comme il suit. Ils dirent de l’affirmation selon laquelle la promesse du Christ « s’est vérifié dans les faits » dans le siège de Rome :

« Ceci doit être entendu non seulement comme un simple fait (facto) mais aussi comme un droit (jure) constant et immuable, en [vertu] des paroles du Christ [« Tu es Pierre etc.»], qui demeurent immuables. Aussi longtemps que durera la pierre sur laquelle le Christ fonda l’Église, aussi longtemps la religion catholique et la doctrine sainte seront gardées immaculées dans le Siège apostolique, et ce de par le droit divin. […][L’infaillibilité pontificale] est parfaitement contenue dans le Formulaire d’Hormisdas (avec l’ajout d’Adrien II), qui dit: en vertu des paroles du Christ «Tu es Pierre etc.,», dans le Siège apostolique, c’est-à-dire par Pierre et par ceux qui lui succèdent en cette chaire, la religion et la doctrine ont toujours été gardées immaculées, et comme cela a été montré plus haut), de droit divin, elles seront toujours gardées [à l’avenir]. Ceci équivaut certainement à la proposition qui dit: les évêques romains qui occupent le Siège de Pierre sont, par rapport à la religion et à la doctrine, immunisés contre l’erreur » (Relatio de observationibus Reverendissimorum concilii Patrum in schema de romani pontificis primatu, in : Gerardus SCHNEEMANN, Acta et decreta sacrosancti oecumenici concilii Vaticani cum permultis aliis documentis concilium ejusque historiam spectantibus, Freiburg 1892, col. 281 – 284).

Finalement, Vatican I intégra une citation abrégée du Formulaire au chapitre 4 de Pastor aeternus, contenant la définition du dogme de l’Infaillibilite pontificale.

De plus, lors du même concile Adrien II, afin de montrer que nul n’a le droit de juger un pape, évoqua ensuite le cas du pape Symmaque, qui avait été accusé (calomnieusement) de plusieurs crimes. « Le roi d’Italie Théodoric, voulant attaquer le pape Symmaque jusqu’à ob­tenir sa condamnation en justice » convoqua de nombreux clercs de son royaume et leur dit que plusieurs crimes horribles avaient été commis par Symmaque. Il leur enjoignit de se réunir en synode et de « constater cela par un jugement ». Les prélats se réunirent par défé­rence pour le roi. Mais ils savaient que la « primauté » du pape ne permettait pas qu’il rut « soumis au jugement de ses inférieurs ». Que faire ? Juger un pape en violation du droit, ou bien encourir la colère du roi en refusant de s’ériger en juge ?

« À la fin, ces prélats vraiment vénérables, quand ils virent qu’ils ne pouvaient pas, sans autorisa­tion pontificale, porter leur main contre la tête [le pape] – et ce quels que fussent les actes du pape Symmaque dénoncés -, ils réservèrent tout au jugement de Dieu » (Mansi, t. XVI, col. 126)

Toujours en vue de montrer qu’il est illicite d’accuser et de juger un pape, Adrien II cita en exemple l’attitude de Jean, évêque d’Antioche. Ce prélat avait anathématisé un évêque, mais avait interdit de s’attaquer au pape. Jean n’avait pas hésité à ana­thématiser l’hérétique Cyrille, évêque d’Alexandrie ; et pourtant, ce même Jean écrivit dans une lettre au pape St. Célestin 1er, approuvée par le concile d’Éphèse (3e session), qu’il était illicite de juger le Siège de Rome, vénérable par l’ancienneté de son autorité.

« Si l’on donnait la licence à ceux qui veulent de maltraiter par des injures les Sièges plus anciens [majores = « plus anciens » ou « plus grands »] et de porter des sentences (contrairement aux lois et canons) contre eux, alors qu’ils n’ont aucun pouvoir contre ces Sièges, les affaires de l’Église iront jusqu’à la confusion extrême » (Mansi, t. XVI, col. 126)

Le discours d’Adrien II fit son effet. Les Pères du concile rédigèrent, en effet, un canon exprès contre certains Grecs qui prétendaient critiquer, voire juger des papes. L’Église catholique n’a jamais accepté une telle insolence :

« La parole de Dieu, que le Christ a dite aux saints apôtres et à ses disciples (« Qui vous reçoit me reçoit » [Matthieu X, 40] et « qui vous méprise me méprise » [Luc X, 16]), nous croyons qu’elle a été adressée aussi à tous ceux qui, après eux et à leur exemple, sont devenus souverains pontifes. […] Que personne ne rédige ni ne compose des écrits et des discours contre le très saint pape de l’ancienne Rome, sous prétexte de quelque prévarication dont il se serait rendu coupable [ou : sous prétexte de prétendues fautes qu’il aurait commises] ; ce qu’a fait récem­ment Photius, et Dioscore bien avant lui. Quiconque aura l’audace d’injurier par écrit ou sans écrit le Siège du prince des apôtres, Pierre, sera condamné comme eux. […] Si un concile universel est assemblé et qu’il s’élève quelque incertitude et controverse au sujet de la Sainte Église de Rome, il faut avec respect, en toute conve­nance, s’instruire sur la question émise, accepter la solution, en profiter ou y servir, sans avoir l’audace de prononcer contre les pontifes de l’ancienne Rome » (Xè session, Canon 21)

2) Le IIIè concile de Constantinople : une preuve définitive pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes

A l’occasion du IIIè concile de Constantinople (680-681), le Pape saint Agathon envoya deux lettres aux empereurs. Dans chacune de ces deux lettres, il affirme que saint Pierre fut le premier Evêque de Rome. Pour s’en convaincre, il suffira de lire notre article sur ces lettre : L’infaillibilité du Pape proclamée en 681 ? Mais il y a plus : ces lettres déclarent que tous les Evêques de Rome ont prêché une doctrine parfaite. Nous lisons, entre autres, dans la première lettre :

« Que Votre Clémence considère donc cet avertissement de Notre-Seigneur et Sauveur, l’auteur de notre foi : en promettant à saint Pierre que sa foi ne défaillirait pas, il l’engagea à confirmer ses frères. Tout le monde sait bien que les pontifes du siège apostolique, ceux qui ont précédé mon humble personne, ont réalisé cette tache sans douter de cette parole. » (Lettre 1 aux empereurs, PL, 87/1168-1169)

Puis :

« Saint Pierre a reçu du Rédempteur lui-même par une triple recommandation qui lui en a été faite, la charge de paître les brebis spirituelles qui composent son Eglise ; et c’est grâce à l’appui qu’il continue de lui prêter, que cette Eglise apostolique n’a jamais déviée par une erreur quelconque de la voie de la vérité ; aussi, de tout temps, toute l’Eglise catholique et les conciles généraux ont-ils fidèlement adhéré à son autorité comme à celle du prince de tous les apôtres, s’attachant à la suivre en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres […] Que votre auguste clémence veuille donc bien considérer que le maître et le Sauveur de tous, qui est l’auteur de la foi, et qui a promis que la foi de Pierre ne défaillira jamais, l’a averti d’affermir ses frères : charge dont se sont acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait, les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs ; et quoique bien inférieur à leurs mérites je veux, puisque la grâce divine m’a appelé à leur succéder, m’acquitter à leur exemple de ce même ministère. » (Lettre 1 aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 et suivants)

Et dans la seconde, signée des cent-vingt-cinq Évêques d’un concile tenu à Rome :

« Nous croyons que Dieu fera à votre trône, qu’il a élevé lui-même, la faveur si rare, et qui est le privilège du très-petit nombre, d’être le moyen dont il se servira pour faire briller aux yeux de tous la lumière de la foi catholique et apostolique, qui, ayant pour principe la source même de la vraie lumière dont elle est comme le rayon, nous a été transmise par le ministère des princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par les hommes apostoliques leurs disciples et leurs successeurs, et est parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à notre médiocrité, sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer, et Dieu veuille bénir les efforts que fait votre autorité providentielle pour la conserver toujours inaltérable ! Tel a été aussi l’objet constant de la sollicitude du siège apostolique, et de tant de pontifes auxquels nous succédons malgré notre indignité. » (Lettre 3 aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682)

Le pape évoque « les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs » comme s’étant « acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait » à affermir leurs frères selon les paroles du Sauveur. Il est enfin question de la saine doctrine « parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à [saint Agathon], sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer ». Aussi si tous se sont acquittés de cette tache, cela signifie qu’aucun n’a failli.

Cela signifie que les propos de saint Damase, saint Sirice, saint Innocent Ier, saint Zosime, saint Boniface Ier, saint Sixte III, saint Léon le Grand, saint Gélase, saint Hormisdas, Jean II et saint Grégoire le Grand que nous avons cité, se trouvent ainsi « validés » en tant que tels par ces lettres.

Par la suite, le 15 novembre 680, lors de la 4è session du IIIè concile de Constantinople (680-681) réunissant surtout des évêques Orientaux, une lecture fut donnée de la première lettre (PL, 87/1168-1169 et MANSI, 11/239-254). Puis, lors de la 18è session, le 16 septembre 681, ce fut au tour de la seconde lettre lue en public et les Pères du concile l’approuvèrent et l’insérèrent dans les actes du concile. Ils déclarèrent :

« C’est le souverain prince des apôtres qui a agi de concert avec nous. Nous avons eu, pour nous aider, le pape qui dans ses lettres déclare le mystère de la vérité divine et sacrée. Rome, cette ville antique, nous a transmis la profession de foi que Dieu avait dictée à saint Pierre. La feuille sur laquelle fut inscrit le dogme a honoré la fin de ce jour ; sur cette feuille on voyait de l’encre, mais c’est réalité c’est saint Pierre qui parlait au travers du pape Agathon. […] C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. […] Tous unis sous l’inspiration du Saint Esprit, tous d’accord et tous du même avis, acquiesçant tous aux lettres de Notre Très Saint Père et Souverain pontife le pape Agathon a envoyées à Votre Puissance [ndlr : les empereurs], reconnaissant la sainte décision du concile qui dépend de lui et qui rassemble cent-vingt-cinq prélats, etc. » (MANSI, 11/666, 684 et 686)

Le déroulé des événements est décrit dans cet article.

Le concile donc, fait non seulement sienne la doctrine de l’infaillibilité Papale de droit et de la perfection de fait de l’enseignement des Papes précédents, ce qui implique l’approbation de ce que nous avons cité des Papes, mais en plus, dans son approbation, le concile identifie lui-même la promesse faite par le Christ a saint Pierre d’être le rocher de l’Église, à l’exercice de l’épiscopat romain : « C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi ».

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres et approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes précédents sur la Papauté, le Filioque et le célibat sacerdotal, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes antérieurs.

B) Un épiscopat de 25 ans

La Tradition catholique fait de saint Pierre l’évêque de Rome pour une durée de 25 ans. Il va sans dire que cette durée de 25 ans est contestée. Il est vrai que Pierre n’a pas stationné 25 ans à Rome.

Pour démontrer la thèse, il nous suffit de rappeler des faits historiques avérés que nous avons déjà exposés, puis de faire appel au témoignage de l’Eglise ancienne. Comme nous l’avons vu au tout début de cet article, saint Pierre arriva à Rome au début de la décennie 40 et y fit rédiger par Marc son Evangile. Il en fut chassé avec tous les juifs en 49, il participa au concile de Jérusalem en 49-50 (Actes XV). Il  évangélisa une grande partie de l’Occident, ce qui explique qu’il ne fut pas physiquement présent à Rome pendant 25 ans, et que saint Paul ne le salue pas dans son Epître aux Romains (XVI, 2-16). Saint Paul qui rédige son Epître aux Romains entre 53 et 58 et y dit : « je rends grâce à mon Dieu, par Jésus-Christ, au sujet de vous tous, de ce que votre foi est renommée dans le monde entier. » (Romains I, 8). Paul arrive donc dans une ville déjà évangélisée et tellement bien évangélisée que la foi de ses habitants est réputée dans le monde entier ! Ce qui indique d’ailleurs que Pierre est passé avant lui car seul un apôtre aurait pu arriver à un tel résultat. Enfin, l’archéologie moderne a prouvé que la récit catholique traditionnel de la mort et de la sépulture de saint Pierre à Rome vers 65 était intégralement vrai.

Les témoignages de l’Eglise ancienne confirment également cette vérité. Comme nous l’exposons plus haut, Eusèbe de Césarée disait :

« L’apôtre saint Pierre […] ayant commencé par fonder une église à Antioche, partit ensuite pour Rome. Il prêcha l’Évangile et demeura évêque dans cette ville pendant vingt-cinq ans. » (Chronique, Livre 2 dans PG 19/739-740)

Nous ajoutons ici le témoignage de saint Jérôme, connaisseur des Traditions Grecque et Latine et ayant à sa disposition un très grand nombre de documents des premiers chrétiens :

« Simon Pierre […] prince des apôtres, après avoir été évêque de l’église d’Antioche […] vint à Rome la seconde année de l’empereur Claude pour y combattre Simon le magicien et y occupa le siège épiscopal durant vingt-cinq ans, jusqu’à la dernière année du règne de Néron. […] Ce dernier le fit crucifier, et saint Pierre gagna ainsi la couronne du martyre. […] Enseveli à Rome, dans le Vatican, à côté de la voie triomphale, il jouit de la vénération du monde entier. » (Des hommes illustres, chapitre 1 dans PL, 23/607-609)

Une Tradition de listes des évêques de Rome solidement établie avant le VIè siècle nous donne la durée de l’épiscopat de saint Pierre sur Rome : 25 ans. Les différentes sources ne faisant que diverger sur le nombre exact de mois et de jours en plus. C’est un indice de fiabilité car une fable inventée a posteriori ne se serait d’une part pas imposée de manière universelle et sans contestation et n’aurait d’autre part pas de variations dans ses différentes expressions, les autorités novatrices veillant à ce que leur nouveauté soit crue.

« Une ancienne peinture, trouvée dans l’église de Saint-Paul, sur la voie d’Ostie porte : Petrus sed. ann. xxv. N. II. D. VII. (Pierre siégea 25 ans 2 mois 7 jours.)

Le catalogue de Libère, manuscrit du IVè siècle, édité par Bucher et Schelestrate, dit que le pontificat de saint Pierre dura 25 ans 1 mois 9 jours.

Le catalogue de Félix IV, manuscrit du VIè siècle, 25 ans 2 mois 9 jours.

La catalogue de Bergame, décrit cous Pie II, 25 ans 2 mois 8 jours.

Le catalogue de Farta, transcrit au siècle d’un manuscrit très ancien, 25 ans 2 mois 7 jours.

Le catalogue de Lucques, composé au siècle sur de vieux manuscrits du Vatican, 25 ans 2 mois 7 jours.

Le manuscrit dit da Papebrock, reproduit au siècle d’an plus ancien et se terminant au pape Vigile, 25 ans 2 mois 7 jours.

Les sept manuscrits de la bibliothèque de Colbert indiquent tous 25 ans, seuls les mois désignés varient de 1 à 5, et seules les jours de 3 à 8.

En résumé, quatorze manuscrits ont été examinés jusqu’ici ; tous fixent le nombre d’années du pontificat de saint Pierre 25 ans, huit le nombre de mois deux, six le nombre de jours sept, nombre indiqué par les anciennes peintures de la basilique de Saint-Paul. (V. Patrologia, t. CXXVII, c. 282.) » (Abbé Benjamin-Marcellin CONSTANT, L’histoire et l’infaillibilité des Papes, 1859, tome 1, page 100)

III) Réponses aux objections

A) Le silence des Actes des Apôtres

Objection : si la venue de saint Pierre à Rome est si importante, pourquoi saint Luc dans les Actes des Apôtres n’en dit-il pas un mot ?

Réponse :

« l’argument tiré du silence n’a de valeur que si le point passé sous silence rentrait dans le sujet traité par l’historien et aurait dû être mentionné par lui. Or pour ce qui concerne saint Luc, l’objection est sans fondement pour la bonne raison que les Actes des Apôtres ne décrivent que les débuts de l’Église chrétienne dans les douze premiers chapitres et qu’à partir du chapitre XIII, il n’est plus question que des Actes de saint Paul. Que les Actes soient par ailleurs loin d’être complets, c’est ce qui est bien évident ; ainsi, ils ne parlent pas non plus du conflit d’Antioche. » (Abbé Augustin BOULENGER, Manuel d’apologétique, tome 3, 1920, n° 326)

« Quant aux Actes des Apôtres, il est vrai qu’ils ne font point mention de ce voyage ; mais on sait que saint Luc, en les composant, avait pour but principal de faire connaître la vie et les actions de saint Paul dont il fut le disciple fidèle, et non de saint Pierre ni des autres Apôtres avec qui il a eu peu de relations. D’ailleurs, tout ce qu’ont dit et fait Jésus-Christ et ses disciples n’a pas été écrit : Le monde entier, dit saint Jean, n’eût pas contenu la quantité de parchemins que cette entreprise aurait exigée. Saint Luc lui-même n’a pas raconté tout ce que nous savons sur saint Paul; il ne dit pas même qu’il soit mort. Les Actes des Apôtres doivent donc être complétés par les données de l’histoire. » (Abbé Benjamin-Marcellin CONSTANT, L’histoire et l’infaillibilité des Papes, 1859, tome 1, pp. 92-93)

B) Le silence de l’Epître aux Romains et de la IInde Epître à Timothée

Objection : si saint Pierre était l’évêque de Rome, pourquoi saint Paul ne le mentionne-t-il pas à la fin de son Epître aux Romains (XVI, 2-16) alors même qu’il s’agit des plus longues salutations de toutes les Epîtres ? Et pourquoi ce dernier écrit-il dans sa IInde Epître à Timothée que « seulement Luc » est avec lui (II Timothée IV, 11) alors qu’il se trouve alors à Rome ?

Réponse :

« Il n’y a pas lieu de s’étonner davantage que saint Paul ne mentionne pas saint Pierre dans son Épître aux Romains : ses autres Épîtres nous montrent qu’il n’avait pas l’habitude de saluer les évêques de la ville. Lorsqu’il écrit aux Éphésiens, il ne parle pas non plus de Timothée, leur évêque. » (Abbé Augustin BOULENGER, Manuel d’apologétique, tome 3, 1920, n° 326).

Il faut aussi rappeler que Pierre ne resta pas constamment à Rome pendant toute la durée de son épiscopat, il était souvent en voyages apostoliques à travers l’Occident, lorsque Paul écrivit ces deux Epîtres, Pierre n’était probablement pas à Rome. Nous pouvons ajouter le souci de discrétion. En effet, si la présence de Pierre à Rome venait à être trop connu des païens persécuteurs, ce dernier, surtout en tant que chef de l’Eglise, aurait sans doute été inquiété. C’est donc sans doute la même crainte qui motiva le silence de Paul ainsi que le langage métaphorique de Pierre disant qu’il était à « Babylone » pour signifier qu’il était à Rome. Enfin, souvenons-nous de la seconde partie du verset II Timothée IV, 11 : « Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est d’un grand secours pour le ministère. », comme nous le disions dans notre article sur la rédaction de l’Evangile selon saint Marc à Rome sous la direction de Pierre. Pourquoi Marc plus qu’un autre lui aurait-il été « d’un grand secours pour le ministère » ? Surtout lorsqu’on sait que ce même Paul refusa la proposition de Barnabé de prendre Marc avec lui lors d’un de ses voyages et que ce dissentiment causa leur séparation (Actes XV, 37-39). Son lien historique avec l’Eglise de Rome pourrait être une explication de cette demande surprenante.

C) Saint Paul qui alla à Rome ne s’interdisait-il pas de prêcher l’Evangile là où le Christ avait déjà été nommé, « afin de ne pas bâtir sur le fondement qu’un autre aurait posé » (Romains XV, 20) ?

La réponse à cette objection se trouve plus haut dans la section :

I) Preuves tirées de l’Ecriture Sainte

D) Les propos de saint Paul

D) N’y avait-il pas des chrétiens à Rome dès après la Pentecôte (Actes II, 1-10) ?

Objection : Les Actes des Apôtres nous apprennent qu’ils y avait des Romains qui écoutaient la prédication des apôtres après la Pentecôte :

« Comme le jour de la Pentecôte était arrivé, ils étaient tous ensemble au même (lieu). Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d’un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis. Et ils virent paraître des langues séparées, comme de feu ; et il s’en posa (une) sur chacun d’eux. Et tous furent remplis d’Esprit-Saint, et ils se mirent à parler en d’autres langues, selon ce que l’Esprit leur donnait de proférer. Or il y avait, séjournant à Jérusalem, des Juifs, hommes pieux de toutes les nations qui sont sous le ciel. Ce bruit s’étant produit, la foule s’assembla et fut bouleversée, parce que chacun les entendait parler en sa propre langue. Ils étaient stupéfaits et s’étonnaient, disant : « Tous ces gens qui parlent, ne sont-ils pas des Galiléens ? Comment donc les entendons-nous chacun dans notre propre langue maternelle ? Partes, Mèdes, Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, du Pont et de l’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Egypte et des contrées de la Lybie Cyrénaïque, Romains résidant (ici), tant Juifs que prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons dire dans nos langues les merveilles de Dieu. » » (Actes II, 5-10)

Ces Romains en rentrant chez eux n’auront-ils pas emporté avec eux la prédication de l’Evangile ?

Réponse : Il faut répondre en deux points. Premièrement il est explicitement question de « Romains résidant (ici) [en Palestine] », ainsi rien n’indique qu’ils soient rentrés à Rome car ils étaient durablement établis en Palestine. Deuxièmement il a très bien pu se trouver des chrétiens à Rome avant la venue de saint Pierre sans que cela ne remette en cause la foi catholique en quoi que ce soit. En effet, la foi catholique veut que l’Eglise de Rome fut fondée par saint Pierre, et cela n’empêche pas qu’il y ait eut des chrétiens en cette ville car « fonder l’Eglise » signifie l’organiser en société et pourvoir à ses structures d’enseignement, de culte et de gouvernement. C’est ainsi que c’est saint Pierre et saint Jean qui ont fondé l’Eglise de Samarie en donnant l’Esprit Saint à ceux qui y avait déjà été baptisés :

« Philippe, étant descendu dans la ville de la Samarie, y prêcha le Christ. Les foules étaient attentives à ce que disait Philippe, écoutant d’un seul cœur et voyant les miracles qu’il faisait. […] Tous, du petit au grand, étaient attachés à lui : « Cet (homme), disaient-ils, est la puissance de Dieu, celle qu’on appelle la Grande. » Ils étaient donc attachés à lui, parce que, depuis pas mal de temps, il les avait émerveillés par ses pratiques de magie. Mais, quand ils eurent cru à Philippe, qui leur annonçait le royaume de Dieu et le nom de Jésus-Christ, hommes et femmes se firent baptiser. Simon lui-même crut aussi et, baptisé, il s’attacha à Philippe ; et à la vue des miracles et des grands prodiges accomplis il était frappé de stupeur. Les apôtres, qui étaient à Jérusalem, ayant appris que la Samarie avait reçu la parole de Dieu, y envoyèrent Pierre et Jean, qui, étant descendus (chez les Samaritains), prièrent pour eux afin qu’ils reçussent l’Esprit-Saint. En effet, il n’était encore venu sur aucun d’eux ; ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils leur imposaient les mains, et ils recevaient l’Esprit-Saint. » (Actes VIII, 5-6 ; 10-17)

E) Le silence de Flavius Josèphe

Objection : l’historien juif du Ier siècle Flavius Josèphe ne parle pas du martyre de Pierre à Rome.

Réponse :

« Josèphe déclare qu’il a voulu passer sous silence la plupart des crimes de Néron ; s’il omet la crucifixion de Pierre, il ne parle pas davantage de l’incendie de Rome et du meurtre de Sénèque. » (Abbé Augustin BOULENGER, Manuel d’apologétique, tome 3, 1920, n° 326).

Certains disent que l’incendie de Rome n’est pas le fait de Néron. C’est possible, mais ce qui compte ici n’est pas ce qui est mais ce que Flavius Josèphe croyait être. En effet, de deux choses l’une : soit Flavius Josèphe pensait à tort ou à raison que l’incendie fut de Néron et cela explique qu’il n’en parle pas car c’est un crime de Néron dont il dit ne pas vouloir parler ; et cela explique donc qu’il ne parle pas non plus de la persécution des chrétiens et du martyre de saint Pierre qui ne furent que des conséquences de cet incendie. Soit il pensait que l’incendie n’était pas de Néron, et alors son silence sur cet incendie et sur le meurtre de Sénèque, pourtant susceptibles d’intéresser tout l’empire, explique qu’il ne jugea pas utile non plus de parler de la mort de saint Pierre qui était un non-événement pour qui n’était pas chrétien.

F) A-t-on des preuves de la venue et du séjour de saint Pierre à Rome ?

Objection : la venue et le séjour de saint Pierre à Rome n’est soutenue par aucune preuve biblique ou archéologique, et aucun chrétiens des trois premiers siècles n’en ont jamais parlé.

Réponse : vous ne rêvez pas : ce sont bel et bien de vrais objections que d’ignobles menteurs ont osé répandre à travers les siècles. Pour ridicules que soient ces thèses, nous allons quand même y répondre. Et nous signalons au passage à ceux qui croient pour l’instant à ces fadaises que nous les considérons pas comme « d’ignobles menteurs », car eux ne font sans doute rien d’autre que reprendre honnêtement des erreurs qu’ils ont entendu, et comme le disait fort bien Joseph de MAISTRE :

« Les fausses opinions ressemblent à la fausse monnaie qui est frappée d’abord par de grands coupables, et dépensée ensuite par d’honnêtes gens qui perpétuent le crime sans savoir ce qu’ils font ». (Les soirées de Saint-Pétersbourg, 1821).

Voici donc notre réponse :

I Pierre V, 13: preuve biblique que saint Pierre est allé à Rome

L’Évangile selon saint Marc est la mise par écrit de la prédication de saint Pierre à Rome

Preuves du martyre et de la sépulture de saint Pierre à Rome

Témoignage de l’Eglise primitive sur le venue de saint Pierre à Rome

Les voyages apostoliques de saint Pierre qui expliquent ses longues absences de Rome bien qu’il en fut l’évêque

Réfutation des thèses de l’Ecole de Tübingen

Aveux des auteurs anti-catholiques que saint Pierre est venu à Rome

G) Saint Pierre et saint Paul, premiers évêques de Rome tous les deux ?

Objection : deux Pères de l’Eglises ont dit que le saint Pierre ne fut pas le premier évêque de Rome mais que saint Paul et lui le furent tous les deux en même temps. Il s’agit des deux Pères suivants :

Saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202) :

« Mais comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci, d’énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l’une d’entre elles, l’Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome […] Donc, après avoir fondé et édifié l’Eglise, les bienheureux apôtres remirent à Lin la charge de l’épiscopat ; c’est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres à Timothée. » (Contre les hérésies, III, 3, 2-3)

Saint Épiphane de Salamine (vers 315-403) que nous avons déjà cité :

« Car les évêques de Rome étaient, d’abord Pierre et Paul, les apôtres eux-mêmes et aussi les évêques, puis Lin, puis Clet, alors Clément, contemporain de Pierre et Paul, que Paul mentionne dans l’Épître aux Romains.» (Panarion, ou Pharmacie contre toutes les hérésies, XXVII, 6, 2 P. G., t. XLI, col. 373)

« En tout cas, la succession des évêques à Rome est dans cet ordre : Pierre et Paul, Linus et Clet, Clément, Evariste, Alexandre, Xystus, Telesphore, Hygin, Pie et Anicet, dont j’ai parlé plus haut, sur la liste » (Panarion, ou Pharmacie contre toutes les hérésies, XXVII, 6, 7)

Réponse : avant d’expliquer cette formulation, nous pouvons déjà établir péremptoirement que saint Epiphane considérait saint Pierre comme le seul évêque de Rome. En effet, la première de ses deux citations complète donne ceci :

« Car les évêques de Rome étaient, d’abord Pierre et Paul, les apôtres eux-mêmes et aussi les évêques, puis Lin, puis Clet, alors Clément, contemporain de Pierre et Paul, que Paul mentionne dans l’Épître aux Romains. Et personne n’a besoin de se demander pourquoi les autres avant lui ont succédé aux apôtres dans l’épiscopat, même s’il était contemporain de Pierre et Paul — car lui aussi est le contemporain des apôtres. Je ne suis pas tout à fait au clair sur le fait qu’il ait reçu la nomination épiscopale de Pierre alors qu’ils étaient encore en vie, et qu’il refusa et n’exerça pas cet office—car dans une de ses épîtres il dit, donnant ce conseil à quelqu’un, “c’est moi qui apporte ici la sédition, la discorde, le schisme, je vais m’en aller où vous voudrez et je ferai ce que décidera l’assemblée ; seulement que le troupeau du Christ demeure dans la paix avec ses presbytres constitués,” [Lettre aux Corinthiens, 54, 2] (j’ai trouve cela dans certains travaux historiques) — ou s’il a été nommé par l’évêque Clet après la mort des apôtres. » (Panarion, ou Pharmacie contre toutes les hérésies, XXVII, 6, 2-4)

Nous ne pouvons pas savoir si cette thèse de la nomination de Clément par Pierre et de la renonciation de Clément est vraie. Toutefois tel n’est pas notre sujet. Tout ce qui nous intéresse dans notre cas est le fait que saint Epiphane désigne saint Pierre seul comme nominateur du premier des évêques post-apostoliques de Rome. Il le considérait donc lui aussi comme le seul évêque de la ville. Rien ne permet, dans ce qui nous est parvenu de lui, de dire la même chose de saint Irénée. Toutefois d’une part le raz-de-marée des autres Pères que nous avons déjà cité et qui parlent de saint Pierre seul comme du premier évêque de Rome, et d’autre part l’interprétation indiscutable du seul et unique autre témoignage parlant de Pierre et Paul, doivent au moins créer une présomption en faveur de l’épiscopat de Pierre seul à Rome dans la pensée d’Irénée. Mais voici une explication donnée par le cardinal Louis BILLOT, SJ :

« Il arrive parfois que l’on associe saint Paul saint Pierre dans l’épiscopat de Rome, comme le font saint Irénée et saint Épiphane. Mais on doit entendre cela au sens où il est licite de désigner en même temps que l’évêque d’un siège son coadjuteur, surtout si cet évêque a été le premier occupant du siège et si son coadjuteur l’a aidé à établir ce siège ou s’il a apporté une contribution importante à la célébrité de ce siège. Il en va ainsi avec le siège de Rome, car la chaire de Rome devait se signaler non seulement par son autorité mais encore par l’éclat et la noblesse de ses origines. Or, Rome se signale par la noblesse de ses origines du fait qu’à ses débuts elle fut consacrée dans la sueur et dans le sang de ces deux apôtres, dont l’un fut l’apôtre des juifs et l’autre celui des gentils. À eux deux, ils résument parfaitement le charisme de l’apostolat, dont l’objet était de contribuer à la toute première fondation de l’Église, comme nous l’avons dit plus haut Cependant, le pouvoir du primat n’a été donné en héritage qu’à saint Pierre. » (Traité de l’Église, tome 2, n° 926, pages 441)

Nous disposons par ailleurs de deux témoignages qui donnent l’interprétation de la pensée patristique à ce sujet.

Saint Léon le Grand :

« Ce sont là, ô Rome, les deux hérauts qui ont fait resplendir tes yeux l’Évangile du Christ. Ce sont là tes pères et tes vrais pasteurs qui, pour t’introduire dans le royaume céleste, ont su te fonder, beaucoup mieux et avec bien plus de bonheur que ceux qui se donnèrent la peine de poser les premiers fondements de tes murailles. […l Ce sont ces deux apôtres qui t’ont élevée à un tel degré de gloire, que tu es devenue la nation sainte, le peuple choisi, la cité sacerdotale et royale, et, par le siège sacré du bienheureux Pierre, la capitale du monde ; en sorte que la suprématie qui te vient de la religion divine, s’étend plus loin que jamais ne s’est portée ta domination terrestre » (Premier sermon pour la fête des saints apôtres Pierre et Paul, chapitre 1, PL 54/422-423)

Dans ce passage, on voit bien que, même si saint Léon commence par dire que saint Pierre et saint Paul sont tous les deux les pères et les pasteurs de la ville de Rome, il réserve cependant à saint Pierre le siège épiscopal, en disant que c’est avec ce siège que Rome est devenue la capitale du monde. car c’est avec cc siège que Rome gouverne l’univers avec l’autorité du primat.

Et nous pouvons faire la même réflexion en lisant le Décret gélasien :

« La sainte romaine n’est pas placée devant les autres églises par des édits de synodes, mais elle a la primauté de par la parole évangélique du Seigneur et Sauveur disant : Tu es Pierre. ct sur cette pierre je bâtirai mon Église. À cela s’est ajouté également la compagnie du très bienheureux Paul, le vase d’élection : cc n’est pas un autre moment, comme le disent sottement les hérétiques, mais au même moment, le même jour, par une mort glorieuse avec saint Pierre, qu’il a été couronné en combattant, dans la Ville de Rome, sous l’empereur Néron : et de la même manière ils ont consacré au Christ l’église romaine susdite, et par leur présence et triomphe vénérable ils l’ont placée avant toutes les autres villes dans le monde entier. Le premier siège de l’apôtre Pierre est donc l’église romaine qui n’a ni tache, ni ride, ni rien de semblable » (Lettre décrétale sur les livres à recevoir ou à ne pas recevoir, DS 350-351)

H) Saint Lin évêque de Rome pendant la vie de saint Pierre selon le Liber pontificalis ?

Objection : le Liber pontificalis est un catalogue des évêques de Rome, accompagné d’une brève notice au sujet de chacun d’eux; or, alors qu’il est universellement admis que Pierre est mort entre 64 et 67, le Liber dit que :

« [Lin] était évêque au temps de Néron, depuis le consulat de Saturninus et Scipio (an 56) jusqu’à celui de Capito et Rufus (an 67) ».

Réponse : nous répondons à cette objection dans cet article.

I) Une surinterprétation d’un passage d’Eusèbe de Césarée

Objection : Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 340) écrit :

« Pierre paraît avoir prêché dans le Pont, en Galatie, en Bithynie, en Cappadoce et en Asie aux juifs de la dispersion. Venu lui aussi à Rome en dernier lieu, il y fut crucifié la tête en bas, ayant demandé de souffrir ainsi. » (Histoire ecclésiastique, III, 1, 2)

Eusèbe en disant que saint Pierre se rendit à Rome « en dernier lieu » veut dire qu’il ne s’y rendit qu’à la fin de sa vie, soit après saint Paul et qu’il n’en fut pas le premier Evêque.

Réponse : c’est une surinterprétation grossière ! Il est malhonnête de prétendre faire dire à Eusèbe que ce voyage final à Rome eut lieu à la fin de sa vie et qu’il n’y resta que peu de temps, rien ne permet de l’affirmer !

Au contraire, nous avons démontré au début du présent article que saint Pierre était déjà présent à Rome entre 40 et 50, date à laquelle il avait déjà fait ses voyages en Asie mineure dont parle Eusèbe. Or il est incontesté que saint Pierre est mort entre 65 et 68 !

De plus, comme nous l’avons vu plus haut, Eusèbe lui-même a témoigné de l’épiscopat de saint Pierre à Rome, et encore, pas pour la seule fin de sa vie, mais bel et bien pendant 25 ans !

« L’apôtre saint Pierre […] ayant commencé par fonder une église à Antioche, partit ensuite pour Rome. Il prêcha l’Évangile et demeura évêque dans cette ville pendant vingt-cinq ans. » (Eusèbe, Chronique, Livre 2 dans PG 19/739-740)

Il évoque également l’épiscopat de saint Pierre à Rome dans son Histoire ecclésiastique. Certains le nie. Nous allons immédiatement démontrer que c’est bien le cas en réfutant cette dénégation.

J) Saint Lin « premier évêque de Romains » selon saint Irénée et Eusèbe de Césarée ?

Comme annoncé plus haut, après avoir établit que ces deux Pères faisaient de saint Pierre le premier Evêque de Rome, voici l’explication de certains de leurs propos équiviques. En effet, un doute pourrait surgir à la lecture de certains passage de saint Irénée et d’Eusèbe de Césarée : celui que le premier évêque de Rome fut non pas saint Pierre mais saint Lin.

Voici le passage de saint Irénée :

« Donc, après avoir fondé et édifié l’Église, les bienheureux apôtres remirent à Lin la charge de l’épiscopat ; c’est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres à Timothée. » (Contre les hérésies, III, 3, 3)

Eusèbe quant à lui, dans un chapitre intitulé « Qui fut le premier chef de l’Eglise des Romains », il écrit :

« Après le martyre de Paul et de Pierre, Lin le premier obtint la charge épiscopale de l’église des Romains. Paul fait mention de lui, lorsqu’il écrit de Rome à Timothée, dans la salutation à la fin de l’épitre. » (Histoire ecclésiastique, III, 2)

Dans un autre intitulé « Anaclet est le second évêque des Romains » :

« Vespasien ayant régné dix ans, l’empereur Titus, son fils, lui succède : la seconde année de son règne [80-81], Lin, depuis douze ans évêque de l’église des Romains, laisse sa charge à Anaclet. Titus a pour successeur son frère Domitien après deux ans et autant de mois de règne [13 septembre 81]. » (Histoire ecclésiastique, III, 13)

Et enfin dans un autre chapitre du titre de « Après lui, Clément est le troisième » :

 » La douzième année du même règne [92-93], Anaclet, ayant été évêque de l’église des Romains douze ans, a pour successeur Clément, que l’apôtre, dans sa lettre aux Philippiens, désigne comme le compagnon de son labeur par ces mots : « Avec Clément et mes autres collaborateurs, dont les noms sont au livre de vie. » » (Histoire ecclésiastique, III, 15)

1) Réfutation péremptoire

Nous commencerons par rappeler ce que nous avons déjà axposé plus haut avant de passer à une explication plus poussée.

Saint Irénée tout d’abord, déclara :

« Un certain Cerdon, prit, lui aussi, comme point de départ la doctrine des gens de l’entourage de Simon ; il résida à Rome sous Hygin, le neuvième à détenir la fonction de l’épiscopat par succession à partir des apôtres » (Contre les hérésies, I, 27, 1)

Or, pour que saint Hygin soit le neuvième évêque de Rome, il faut que saint Pierre soit le premier. Quant à Eusèbe, avant même de rédiger son Histoire ecclésiastique, savait déjà que l’épiscopat de saint Pierre dura 25 ans, ce qui exclut que pour lui saint Lin fut le premièr évêque de Rome :

« L’apôtre saint Pierre […] ayant commencé par fonder une église à Antioche, partit ensuite pour Rome. Il prêcha l’Évangile et demeura évêque dans cette ville pendant vingt-cinq ans. » (Chronique, Livre 2 dans PG 19/739-740)

« Lin, dont il mentionne la présence à Rome avec lui dans la seconde épître à Timothée, reçut, comme premier successeur de Pierre, le gouvernement de l’église des Romains ainsi que nous l’avons déjà dit auparavant. » (Histoire ecclésiastique, III, 4, 8)

On notera qu’Eusèbe affirme que « Lin […] reçut, comme premier successeur de Pierre, le gouvernement de l’église des Romains ainsi que nous l’avons déjà dit auparavant« . Cela signifie que l’occurrence précédente de l’épiscopat de saint Lin à Rome qu’il fit, était dans son esprit équivalente à celle qu’il vient de faire. Or la précédente occurrence est précisément une des citations qui sont censées fonder l’objection :

« Après le martyre de Paul et de Pierre, Lin le premier obtint la charge épiscopale de l’église des Romains. Paul fait mention de lui, lorsqu’il écrit de Rome à Timothée, dans la salutation à la fin de l’épitre. » (Histoire ecclésiastique, III, 2)

Pour Eusèbe, il est donc équivalent de dire que « Après le martyre de Paul et de Pierre, Lin le premier obtint la charge épiscopale de l’église des Romains » et que « Lin reçut, comme premier successeur de Pierre, le gouvernement de l’église des Romains« . C’est un fait que nous ne pouvons pas ne pas constater.

2) Quelques explications

Voyons maintenant le fond de l’affaire. Les formulations alléguées contre l’épiscopat de Pierre sont en fait mal comprises. formulations sont en réalité mal comprises. Non seulement elles n’excluent pas que Pierre fut le premier évêque de Rome, mais elles l’expriment d’une autre manière.

a) Chez Eusèbe de Césarée

Il suffit de lire ce que dit Eusèbe un peu plus bas pour s’en rendre compte. Ce dernier, dans un chapitre intitulé « La première succession des apôtres », écrit :

« Lin, dont il [Paul] mentionne la présence à Rome avec lui dans la seconde épître à Timothée, reçut, comme premier successeur de Pierre, le gouvernement de l’église des Romains ainsi que nous l’avons déjà dit auparavant. Mais Clément, lui aussi leur troisième évêque, a été également, au témoignage de Paul, son auxiliaire et compagnon de ses combats. » (Histoire ecclésiastique, III, 4, 8-9)

C’est clair comme de l’eau de roche : Lin est successeur de Pierre dans le gouvernement de l’église des Romains et Clément, mentionné à tort comme le successeur direct de Lin, est explicitement désigné comme troisième évêque de Rome ! Pareillement, Eusèbe dit en un autre endroit :

« Nerva ayant régné un peu plus d’un an, Trajan lui succède : dans la première année de ce prince [98], Avilius ayant gouverné l’église d’Alexandrie pendant treize ans, fut remplacé par Cerdon. Celui-ci était le troisième des évêques de ce pays ; Annianus avait été le premier. En ce temps, Clément était encore chef de l’église des Romains et lui aussi venait au troisième rang après Paul et Pierre ; Lin avait été le premier évêque et Anaclet le second. » (Histoire ecclésiastique, III, 21)

Ce passage nous apprend deux choses. Premièrement Lin et les suivants ne se succédèrent sur le siège de Rome qu’après les apôtres Pierre et Paul. Deuxièmement, les mentions d’Avilius et Cedron comme les troisième et quatrième Evêques d’Alexandrie dans un décompte ne tenant pas compte de saint Marc comme premier Evêque nous apprennent que cette omission n’exclut pas, chez l’auteur, que le fondateur apostolique du siège ait été effectivement Evêque. Et de fait, Eusèbe est formel : Marc eut le gouvernement de l’Eglise d’Alexandrie :

« Néron en était à la huitième année de son règne [61-62], quand Annianus fut le premier qui, après Marc l’évangéliste, obtint le gouvernement de l’église d’Alexandrie. » (Histoire ecclésiastiques, II, 24)

L’évidence s’impose : Annianus obtint le premier le gouvernement de l’église d’Alexandrie après Marc, qui n’est pourtant pas désigné comme évêque alors que la phrase signifie bien qu’il en eut le gouvernement.

Il y a encore d’autres exemples chez Eusèbe. Nous pouvons mentionner la citation que fait Eusèbe de la réfutation par des auteurs du début du IIIè siècle de l’hérésie d’Artémon :

« Victor, le treizième évêque de Rome à partir de Pierre » (Histoire ecclésiastique, V,  28, 3)

Ici, de deux choses l’une : soit les auteurs cités Eusèbe se trompent en pensant que Victor fut le treizième évêque de Rome (ce qui est plausible étant donné que plusieurs ont confondu Anaclet et Clément en une seule personne), alors nous avons affaire à une mention explicite de Pierre comme premier évêque de Rome ; soit ils savaient Victor en était le quatorzième évêque,  alors les mots « à partir de Pierre » signifient que le décompte commence après lui, ce qui implique qu’il était évêque auparavant. Sinon cette mention n’aurait pas de sens. D’autant plus qu’il est ici mentionné seul, sans Paul. Dans la même veine, nous pouvons citer Eusèbe lui-même qui dit qu’

« Evariste, après avoir occupé huit années entières le siège de Rome, le laissa à Alexandre qui eut le cinquième rang depuis Pierre et Paul. » (Histoire ecclésiastique, IV, 1)

Encore une fois, le rang est compté depuis les apôtre, donc après leur mort car c’est en cette ville qu’ils sont morts après plusieurs années d’apostolat. Cela est encore confirmé par ce qu’Eusèbe dit des premières successions sur le siège d’Antioche :

« Mais à Antioche, après Evodius qui en fut le premier évêque, en ce temps-là, Ignace en a été le second. Siméon fut pareillement le second qui, après le frère de notre Sauveur, eut à cette époque la charge de l’église de Jérusalem. » (Histoire ecclésiastique, III, 22)

Et pourtant, Eusèbe dit bien plus bas que saint Ignace fut Evêque d’Antioche dans la succession de saint Pierre :

« En ce temps, Papias, lui aussi évêque d’Hiérapolis, était en réputation, ainsi qu’Ignace, maintenant encore si connu. Celui-ci avait obtenu au second rang la succession de Pierre dans l’église d’Antioche. » (Histoire ecclésiastique, III, 36, 2)

Et en même temps nous pouvons par noter l’impossibilité matérielle qu’il n’y eut pas d’évêque de Rome avant Lin dans la pensée d’Eusèbe. En effet, dans le passage que nous avons cité de lui, il dit que Lin était évêque de Rome depuis douze ans en 80-81, ce qui signifie qu’il devint selon lui évêque en 68 (c’est la date extrême parfois donnée de la mort de Pierre). Or il nous dit que Pierre vint à Rome

« tout au début du même règne de Claude » (Histoire ecclésiastique, II, 14, 6)

Or, Claude régna à partir de 41. Inutile de dire qu’en dehors de toute considération partisane catholique ou anti-catholique, il est impensable qu’une ville de l’importance de Rome fut ainsi laissée sans évêque pendant près de 30 ans ! Surtout lorsqu’on se rappelle les mots de saint Paul cités plus haut, qui rendent grâce de la « foi [des Romains qui] est renommée dans le monde entier. » (Romains I, 8). Si leur foi est renommée dans le monde entier, cela implique d’une part que les chrétiens y sont nombreux (cf. les salutations finales de l’Epître aux Romains qui sont les plus longues de toutes les Epîtres), ce qui veut dire fatalement qu’ils avaient un évêque, car on ne laisse pas une si importante communauté sans chef, et d’autre part que leur foi était pure de toute erreur, ce qui est inenvisageable sans un évêque pour veiller au grain de l’orthodoxie, car des croyants sans autorité livrés à eux-mêmes dérivent vite en une foule d’opinions contraires et fausses, il y avait donc un évêque qui assurait hiérarchiquement la pureté de la foi des chrétiens de la ville.

Mais pourquoi cette différence de formulation ? La réponse est que le terme d' »évêque » et de « gouverneur d’église locale » ne se superposent pas exactement. Effet, un « gouverneur d’église locale » est a fortiori évêque, mais un évêque, et ce fut le cas des apôtres, n’est pas forcément que « gouverneur d’église locale ». En effet, Pierre à Rome et Marc à Alexandrie avaient la charge d’évêque pour ces villes, mais ils devaient aussi vaquer à des travaux apostoliques en d’autres contrées. Aussi, nous voyons chez Eusèbe d’un côté Pierre et Marc décrit comme les premiers gouverneurs des Eglises de Rome et Alexandrie sans en être appelé « évêques », et d’un autre côté, nous voyons saint Jacques décrit comme « évêque » de Jérusalem (Histoire ecclésiastique, II, 23 et VII, 19) ; quelle différence entre ces deux premiers et ce dernier ? Tout simplement parce que selon la Tradition, Pierre et Marc se consacrèrent à des voyages apostoliques en plus de leurs épiscopats respectifs, alors que Jacques stationna toujours à Jérusalem pour être l’évêque des juifs de Palestine devenus chrétiens. C’est ainsi que Pierre par exemple, au témoignage de saint Innocent Ier (mort en 417), de la Tradition constante, des anciens auteurs ecclésiastiques, ainsi que des historiens, partit depuis son siège de Rome pour évangéliser le reste de l’Italie, ainsi que les Gaules, la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Afrique latine, la Numidie, la Lybie, la Cyrénaïque, dans l’Egypte, la Thébaïde, dans l’Ethiopie. La description et les preuves ses voyages apostoliques sont consultables dans cet article. Ce n’est qu’après leur mort que le gouvernement de leurs églises particulières ne passa à un évêque qui n’avait pas d’autre charge que d’exercer ce gouvernement et qui n’avaient alors que la charge d' »évêque », à savoir de « surveillant », de « superviseur », selon la racine grecque « épiscopoï ».

b) Chez saint Irénée de Lyon

Qu’en est-il de saint Irénée ? Il faut savoir qu’il écrivit son magistral traité Contre les hérésies, en grec et qu’il fut par la suite traduit en latin. L’original grec ayant été perdu, c’est à partir la version latine que les traductions vernaculaires furent établies. Aussi pouvons-nous penser qu’une erreur, un oubli plus précisément, s’est glissée lors de la traduction du grec. En effet, Eusèbe de Césarée, lui-même de langue grecque, disposait du texte grec de Contre les hérésies, et il est fort probable que ce soit ce dernier qu’il cite sans toutefois en mentionner la source, dans le passage que nous avons mentionné au début de cette section :

« Après le martyre de Paul et de Pierre, Lin le premier obtint la charge épiscopale de l’église des Romains. Paul fait mention de lui, lorsqu’il écrit de Rome à Timothée, dans la salutation à la fin de l’épitre. » (Histoire ecclésiastique, III, 2)

Tout le monde conviendra de la ressemblance frappante avec le texte actuel d’Irénée :

« Donc, après avoir fondé et édifié l’Église, les bienheureux apôtres remirent à Lin la charge de l’épiscopat ; c’est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres à Timothée. » (Contre les hérésies, III, 3, 3)

Cela prouve tout simplement qu’Irénée avait la même manière d’évoquer les successions épiscoplales qu’Eusèbe, ou plutôt qu’Eusèbe avait la même manière de s’exprimer que saint Irénée : chez eux, l’omission du fondateur apostolique d’un siège comme premier Evêque n’exclut pas que ce fondateur apostolique ait été effectivement Evêque.

Cela semble dire que Lin ne devint évêque qu’après le mort de Pierre : le texte latin actuel de saint Irénée ne le mentionne plus, mais c’est sans doute un oubli d’un copiste car dans ce qui est visiblement une citation chez Eusèbe, il est bien dit : « Après le martyre de Paul et de Pierre ». Et pourquoi cela sinon parce que Pierre était évêque lui-même ? Cela semble assez évident. Mais même dans le cas contraire, même si le texte originel de saint Irénée ne contenait pas la mention du martyre de Pierre et Paul, cela ne signifierait nullement que qu’Irénée niait que Pierre fut évêque de Rome, cela voudrait juste dire qu’il avait le même langage qu’Eusèbe dans les autres passages cités de lui.

Par ailleurs, il n’est pas possible que saint Irénée ait envisagé que Clément comme le « troisième » évêque de Rome à l’exclusion de saint Pierre. En effet, si tel était le cas, il l’aurait été juste après le martyre de Pierre et Paul, c’est du moins très souvent ce que disent les tenants de être théorie. Or, après avoir mentionné Lin, Irénée écrit :

« Anaclet lui succède. Après lui, en troisième lieu à partir des apôtres, l’épiscopat échoit à Clément. Il avait vu les apôtres eux-mêmes et avait été en relations avec eux : leur prédication résonnait encore à ses oreilles et leur Tradition était encore devant ses yeux. Il n’était d’ailleurs pas le seul, car il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 3)

Mais si Clément avait été évêque juste après la mort, Pierre et Paul, Irénée n’aurait jamais écrit qu' »il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres », car cela aurait été inutile étant donné que tous les chrétiens auraient été dans ce cas ! Si Irénée fait cette précision, c’est que Clément fut évêque bien longtemps après la morts des eux apôtres.

3) Un langage identique chez saint Jérôme (347-420)

Plus tard, ce grand érudit qui eut accès à toute la meilleure documentation qu’offrait son époque, écrivit dans son Livre des Hommes illustres que l’Evêque de Rome saint Victor qu’il fut :

« Treizième évêque de Rome » (Chapitre XXXIII)

Or pour que saint Victor ait été le treizième Evêque de Rome, il faudrait normalement que saint Pierre ne le soit pas. Or comme nous l’avons vu plus haut, saint Jérôme affirma à plus d’une reprise qu’il croyait que saint Pierre fut Evêque de Rome ! Cela prouve que dans le langage de l’Eglise primitive, le fait de numéroter les Evêques de Rome comme si saint Pierre n’en faisait pas partie ne signifie nullement qu’il n’aurait pas été considéré comme tel. En effet, dans le premier chapitre consacré à saint Pierre il écrit :

« Fils de Jean, frère d’André apôtre, et prince des apôtres, naquit à Bethsaïdeen Galilée. Après avoir fondé l’Eglise d’Antioche, dont il fut l’évêque, et après avoir prêché l’Évangile aux Juifs convertis qui étaient dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie-Mineure et la Bithynie, il vint à Rome la deuxième année du règne de l’empereur Claude, pour confondre Simon-le Magicien. Il y occupa pendant vingt-cinq ans la chaire pontificale, jusqu’à la quatorzième et dernière année du règne de Néron, époque à laquelle il reçut la palme du martyre. » (Chapitre I)

Et au chapitre consacré à saint Clément, il écrit que ce dernier :

« fut après Pierre le quatrième évêque de Rome; Lin avait été le second et Anaclet le troisième. Toutefois, la plupart des Latins pensent que Clément succéda immédiatement à Pierre. » (Chapitre XV)

Nous avons vu plus haut la raison de cette erreur des Latins : il s’agit de l’influence du Roman pseudo-clémentin. Toutefois autant cette idée des Latins que la phrase qui précède prouve que la foi de l’Eglise universelle était que saint Pierre fut le premier Evêque de Rome.

Et pour saint Jérôme, l’épiscopat de saint Pierre sur Rome n’est pas qu’une opinion mais un fait dogmatique auquel il suspend la prédication authentique de la foi et la nécessité de la communion pour le salut. En effet, saint Jérôme est connu pour plusieurs lettres au Pape saint Damase, il évoque sans cesse et de manière tonitruante la primauté et l’infaillibilité romaine en l’associant au siège de saint Pierre, en voici des exemples :

« Comme l’Orient divisé en lui-même par les haines invétérées de ses peuples, déchiré par pièces et morceaux la tunique sans couture et tissée par le haut de Notre-Seigneur, et que les renards ravagent la vigne du Christ, comme d’ailleurs il est difficile, au milieu de ces citernes entrouvertes qui ne peuvent retenir l’eau (JER., II, 13), de dire où est la fontaine scellée, le jardin fermé (Cant., IV, 12) ; j’ai cru devoir consulter la chaire de Pierre, et cette foi romaine tant exaltée par l’apôtre, en demandant l’aliment de mon âme là où j’ai autrefois reçu le vêtement de Jésus-Christ. Car toute la distance des terres et des mers, qui nous séparent n’a pas pu m’empêcher d’aller à la recherche de cette pierre précieuse. Partout où est le corps, là il faut que les aiglons se rassemblent (LUC, XVII, 37). […] Sans reconnaître d’autre chef que Jésus-Christ, je m’unis de communion avec votre béatitude, c’est-à-dire avec la chaire de Pierre ; je sais que c’est sur cette pierre qu’est bâtie l’Eglise. Quiconque mange l’agneau hors de cette maison, est un profane. Quiconque ne sera pas dans cette arche de Noé périra dans les eaux du déluge… […] Et de peur que l’obscurité du lieu où je demeure n’occasionne quelque mépris, daignez me faire parvenir votre réponse par le prêtre Evagre que vous connaissez fort bien ; faites-moi savoir en même temps avec qui je dois me mettre en communion à Antioche : car les hérétiques Campiens, unis aux Tharsiens, n’ont pas de plus grande ambition que de faire triompher les trois hypostases entendues dans leur sens, en s’appuyant de votre autorité. » (Lettre 14, 15 ou 57, suivant les classifications, à Damase, PL, 22/355-356)

« Pourquoi reprendre les choses de si loin ? C’est pour que de votre grandeur vous abaissiez vos regards sur ma bassesse ; pour que, pasteur opulent, vous ne dédaigniez pas une brebis malade. » Il dit ensuite, un peu plus loin : « Quoique j’aie, comme je l’ai écrit déjà, le vêtement du Christ (le baptême) dans la ville de Rome, je suis maintenant relégué dans les plages barbares de la Syrie. […] Au milieu de tout cela, je crie : Celui-là est de mon côté, qui est uni à la chaire de Pierre. […] Je supplie donc votre béatitude par la croix de Notre-Seigneur, par tout ce que demande l’honneur de notre foi, par la passion de Jésus-Christ, de vous montrer tellement par vos actions le digne successeur des apôtres, de siéger sur votre trône de société avec les douze avec une telle autorité, de vous laisser ceindre avec Pierre dans votre vieillesse avec une telle douceur, d’avoir tellement avec Paul votre conversation dans le ciel, que vous ne m’en fassiez pas moins connaître par vos lettres avec qui je dois me mettre en communion dans ce pays de Syrie. » (Lettre 16 ou 58, suivant les classifications, à Damase, PL, 22 / 359)

Et on doit remarquer que saint Jérôme ne fait pas de différence entre le Christ et le pape lorsqu’il s’agit de la foi ; car on peut voir clairement qu’il se place à ce dernier point de vue si on lit sa lettre quatre.

4) Les témoignages postérieurs à Eusèbe

Les témoignages postérieurs à Eusèbe sont quant à eux unanimes à faire de Pierre le premier évêque de Rome comme nous l’avons vu. Ce fait constatable exclut d’ailleurs que ce ne fut pas le sentiment commun des trois premiers siècles, car il aurait été impossible qu’une telle innovation s’impose de manière aussi brusque et universelle, alors même que la croyance orale et écrite établie en tout lieu aurait affirmé le contraire. Il est de plus impossible de prétendre que cette doctrine fut une nouveauté imposée par le siège romain ayant pris une importance politique et/ou par le pouvoir civil car les témoignages ultérieurs ne sont en substance rien d’autre que ce qu’écrivait saint Cyprien au temps des persécutions comme nous l’avons écrit plus haut.

K) Une ambigüité chez Tertullien

Objection : Tertullien (vers 160 – vers 230) dit que Clément fut le premier évêque de Rome :

« C’est ainsi que les Eglises vraiment apostoliques justifient qu’elles le sont. Ainsi l’Eglise de Smyrne montre Polycarpe, que Jean lui a donné pour évêque; et l’Eglise de Rome, Clément, ordonné par Pierre. Toutes nous montrent de même ceux que les Apôtres ont établi leurs évêques, et par le canal de qui elles ont reçu la doctrine apostolique. » (De la prescription contre les hérétiques, XXXII)

Réponses : on se rend aisément compte que cette objection n’en est pas une ! En effet, d’une part comme nous l’avons vu plus haut, ne pas désigner un apôtre ou un évangéliste comme Evêque d’une ville qu’il évangélisa ne signifie pas qu’il ne le fut pas, surtout dans les premiers siècles. Et d’autre part, lire que Tertullien a dans ces mots dit que saint Clément fut le premier Evêque de Rome est de toute façon inopérant pour prouver quoi que ce soit car si certains nient que saint Pierre le fut, personne ne prétend que ce fut Clément. Par ailleurs, cette formule peut aussi s’expliquer par la manière dont s’est transmis l’épiscopat romain après saint Pierre, nous l’expliquons entre autre dans cet article.

Rappelons-nous saint Cyprien que nous avons cité plus haut parlant de Rome comme de la « chaire de Pierre » tint constamment Tertullien en haute vénération. Saint Jérôme dit à ce sujet :

« J’ai connu un vieillard de Concordia en Italie, qui dans sa jeunesse avait été secrétaire du bienheureux Cyprien. Il me racontait que ce saint homme, déjà d’un âge avancé, ne pouvait. passer un seul jour sans lire Tertullien, et que quand il demandait ses ouvrages, il disait ; « Apportez-moi le maître. » » (Les hommes illustres, chapitre 53, consacré à Tertullien)

Saint Cyprien aurait-il parlé ainsi si Tertullien avait pensé autrement ? C’est peu probable !

La seule chose sur laquelle Tertullien veut attirer notre attention est la fondation apostolique de l’Eglise de Rome par Pierre, dont Clément ne fut qu’un des illustres de ces premiers évêques. En effet, il écrivit une célébrissime Lettre aux Corinthiens. Cette Lettre eut un retentissement phénoménal à travers les siècles ! D’abord, saint Polycarpe de Smyrne, disciple de l’apôtre saint Jean, écrit vers 110 sa Lettre aux Philippiens en copiant le plan de la Lettre de Clément. Quelques décennies plus tard, ces diocésains rédigent le récit de son Martyre, la prière finale est une copie de la prière finale de la Lettre de Clément. Vers 166, l’évêque saint Denys de Corinthe écrit que cette Lettre était encore lue dans lors des messes corinthiennes (Histoire ecclésiastique, IV, 23, 11). Hégésippe de Jérusalem, le plus ancien historien de l’Eglise fait mention de cette lettre (Histoire ecclésiastique, III, 16 et IV, 22, P. G., t. XX, col. 249, 377) ; saint Irénée de Lyon la mentionne en 185 dans la liste des évêques de Rome (Contre les hérésies, III, 3, 3), il s’y attarde longuement pour en décrire le contenu et ne fait de même pour aucun des autres évêques de la liste ; enfin, Eusèbe rapporte qu’à son époque encore (vers 260-vers 340), cette lettre est « en beaucoup d’églises » et « publiquement dans les réunions communes » et il dit d’elle qu’elle est « admirable » (Histoire ecclésiastique, III, 16). Clément d’Alexandrie (vers 155-vers 215) et Origène en citent de nombreux passages.

« Tel était dans l’Eglise primitive le prestige de saint Clément de Rome, que nombre d’écrits anonymes se sont comme à l’envi couverts de son nom. Il sera parlé des principaux, du roman ébionite des Pseudo-Clémentines, des lettres aux vierges et de décrétales de saint Clément, à l’article [l’article] CLEMENTINS (Apocryphes). Les Constitutions Apostoliques, au Ve siècle, sont censées rédigées par Clément, P. G., t. I, col. 557-1156. Voir [l’article] CONSTITUTIONS APOSTOLIQUES. Les 84 (85) canons grecs, dits des apôtres, étaient attribués à saint Clément, disciple des apôtres, voir t. II, col. 1605-1612, ainsi que les 127 canons coptes-arabes, qui ne sont qu’une partie de l’Octateuque de Clément. Voir, t. II, col. 1612-1618. Plus tard encore, une liturgie syriaque à l’usage des jacobites, distincte de la liturgie du VIIIe livre des Constitutions apostoliques, se présenta sous le nom du même pape. Une traduction latine, faite sur le ms. 3921 de Colbert (Bibliothèque nationale, syriaque 76), a été publié par Renaudot, Liturg. oriental. collectio, Paris, 1716, t. II, p. 186-201, et rééditée, P. G., t. II, col. 603-616. Cf. Villien, L’abbé Eusèbe Renaudot, Paris, 1904, p. 197. » (P. GODET, op. cit.)

« Tous les écrivains grecs, depuis la première partie du second siècle jusqu’à Photius, en ont fait les plus pompeux éloges. Denys de Corinthe nous apprend qu’on le lisait de son temps dans l’Eglise de Corinthe. Clément d’Alexandrie et Origène lui attribuent une autorité apostolique et le considèrent presque comme une partie de la sainte Ecriture. Eusèbe de Césarée atteste qu’on le lisait publiquement depuis les premiers temps dans les Eglises, mais il a soin cependant de ne pas le placer parmi les livres canoniques, comme semble le faire le canon LXXXV des Constitutions apostoliques. […] La célébrité de l’écrit de saint Clément a duré sans interruption, dans l’Eglise orientale, jusqu’à Photius, qui en a parlé avec grand éloge dans sa Bibliothèque (c. CXIII). Mais les progrès du schisme et sa funeste prédominance on effacèrent peu à peu le souvenir dans l’Eglise grecque, dont il condamnait manifestement la révolte contre l’autorité du Saint-Siège. » (Article du docte abbé DANIEL paru dans l’Univers, mai ou juin 1877)

Cette lettre eut un tel succès que l’original grec a connu des traductions en plusieurs langues. Une version latine remontant au IIe ou IIIe siècle, soit presque contemporaine de l’écriture du texte original en grec, se trouve dans un manuscrit du XIe siècle dans la bibliothèque du Grand Séminaire de Namur (http://www.cicweb.be/fr/manuscrit.php?id=62). Saint Ambroise de Milan (vers 340-397) semble d’ailleurs avoir connu cette lettre. Ont été publiées aussi des versions antiques syriaque (B. Sailors, Review of The Apostolic Fathers: Greek Texts and English Translations : in Bryn Mawr Classical Review, 2009.07.08) et copte (Clement of Rome: the Manuscripts of « 1 Clement »).

Aussi devons-nous quoi qu’il en soit présumer qu’il a tenu la même doctrine que tous les autres Pères, à savoir que saint Pierre fut le première Evêque de Rome, conformément au principe posé par les Pères de l’Eglise selon lequel ils doivent tous être interprétés dans le même sens, lorsque cela n’est pas rendu impossible :

« Il ne convient pas d’opposer les Pères les uns aux autres, car ils sont tous Pères ; il serait contraire à la piété de décréter que les uns ont bien parlé tandis que les autres se sont mal exprimés, car tous se sont endormis en Christ. […] Il n’est pas permis de mettre en cause les uns ou les autres, car tous ont pris le soin des enseignements de Christ, tous ont dépensé leur zèle pour confondre les hérétiques. » (Saint Athanase, Des conciles, n° 43 et 45, PG, XXVI, 767-775)

« Si un auteur pèche dans son expression, on doit vérifier qu’elle est la foi qu’il professe. […] Même si l’expression est équivoque, l’intention ne l’est pas et c’est elle qui couvre de son ombre la parole et l’empêche de tomber dans quelque faute. » (Saint Ambroise, Lettre 48 à Sabinius, n°6, PL, XVI, 1153)

Facundus d’Hermiame (mort en 571) fait lui aussi mention de cette règle, bien qu’il ait tort de vouloir en faire bénéficier Théodore de Mopsueste (Père Denys PÉTAU, SJ, 1583-1652, « Prologomènes », chapitre 2, n°8 dans Théologie dogmatique, tome 1).

Et même dans l’hypothèse où Tertullien aurait voulu dire que Clément fut évêque du temps de Pierre, nous devons regarder son opinion comme fausse car nous préférons nous référer à Hégésippe, Irénée et Eusèbe et tous les autres que nous avons cité. Hégésippe qui vint à Rome pour y rédiger ses Mémoires (Histoire ecclésiastique, IV, 22) et qui savait donc de quoi il parlait. Irénée qui lui aussi vint à Rome (Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, 4 et 5) dont il estime beaucoup la Tradition et ses évêques, il nous l’apprend lorsqu’il dit que sa Tradition est parvenue :

« jusqu’à nous par des successions d’évêques […] car avec cette Église [de Rome], en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 2)

Or au paragraphe suivant, il place Clément après Lin et Anaclet. Eusèbe enfin qui avec la rigueur de l’historien, fait commencer l’épiscopat de Clément la douzième année du règne de Domitien, donc partir de 92-93 (Histoire ecclésiastique, III, 15).

L) Les affirmations des Constitutions apostoliques

Objection : Les Constitutions apostoliques, transmises par Clément de Rome et par conséquent de première qualité pour connaître l’enseignement des apôtres, affirment que Lin fut établi évêque de Rome par saint Paul et Clément comme son successeur par saint Pierre, ce dernier ne fut donc jamais évêque de Rome :

« Au sujet de ces évêques qui ont été ordonnés durant notre vie, nous allons vous dire qu’il s’agit des suivants : Jacques l’évêque de Jérusalem, le frère de notre Seigneur ; à sa mort le second fut Siméon le fils de Cleopas ; après cela le 3ème fut Judas fils de Jacques. De Césarée de Palestine, le premier fut Zacchée, qui avait autrefois été publicain ; ensuite ce fut Cornelius, et le 3ème Theophilus. D’Antioche, Evodius, ordonné par moi, Pierre ; puis Ignace, par Paul. D’Alexandrie, Annanie fut le premier, ordonné par Marc l’Évangéliste; le second Avilius, par Luc, qui était aussi Évangéliste. De l’Église de Rome, Lin le fils de Claudia fut le premier, ordonné par Paul ; et Clément, après la mort de Lin, le second, ordonné par moi, Pierre » (Constitutions apostoliques, VII, 46)

Réponse : Premièrement ces affirmations sont délirantes lorsqu’elles se réclament être de l’apôtre Pierre ! En effet, l’auteur décrit les successions d’Ignace à Evode sur le siège d’Antioche ainsi que celle Judas à Siméon sur celui de Jérusalem. Or, le vrai saint Pierre était mort lors de ces événements ! Ignace succéda à Evode en 69, alors que saint Pierre est mort au plus tard en 68, et Judas succéda à Siméon en 107-108 lorsque Pierre était mort depuis plus de 40 ans ! Cette identification de l’auteur maladroite est donc une usurpation, maladroite en plus !

Deuxièmement ce document, d’une grande valeur par ailleurs, n’a rien d’apostolique et ne nous vient absolument pas de Clément de Rome. En effet, rien que l’erreur que nous venons de mettre en évidence rend impossible qu’il ait été transmis par saint Clément de Rome comme il y est prétendu. En effet, il décrit un événement qui eut lieu en 107-108, or saint Clément de Rome est mort entre 97 et 99. Il est donc matériellement impossible que cette prétention soit vraie. De plus, les six premiers livres de ces Constitutions ne sont qu’une reformulation des Didascalie des apôtres, dont l’auteur en est de toute évidence un évêque, juif de naissance, du début du IIIè siècle en Syrie septentrionale. Il aurait peut-être composé sont œuvre pour une communauté chrétienne issue du paganisme. Il avait en tout cas consulté les Lettres de saint Ignace d’Antioche (entre 107 et 117), les Actes de Paul (apocryphe du IIè siècle), le Pasteur d’Hermas (vers 140) et les écrits de saint Irénée de Lyon (vers 125-vers 202). La valeur que lui aurait donnée son origine apostolique est donc à rejeter.

Ce document n’a donc aucune valeur historique pour les temps anciens et ne peut servir de témoins que pour les usages et articles de foi répandus à son époque, à savoir la fin du IVè siècle selon les spécialistes.

M) L’épiscopat de saint Pierre à Rome contredit par des propos de saint Innocent ?

Objection : selon la thèse catholique, saint Pierre aurait été Evêque de Rome environ de 42 à 67. Or on sait qu’il ne resta pas toujours à Rome pendant ce laps de temps. Cela signifierait qu’il déléga son épiscopat à un autre pendant ses voyages. Or un autre Pape, saint Innocent Ier écrit au sujet d’une telle pratique :

« Nous n’avons jamais eu connaissance que de telles choses auraient été osées par nos Pères, mais au contraire qu’ils les ont empêchées ; car nul n’avait le moindre droit qui lui soit confié d’ordonner quelqu’un à la place d’un autre encore vivant. » (Lettre à Sozomène, VIII, 26)

Réponse : la réalité est qu’il y a une différence entre un « simple » Evêque et un apôtre ! Aussi, un apôtre pouvait-il recourir à ce genre de procédé pour le bien de sa mission, tandis ce qu’un simple Evêque n’a pas le droit de se démettre lui-même de sa charge de pasteur de cette manière. Preuve en est que saint Innocent Ier a par ailleurs lui-même déclaré d’une part que saint Pierre avait été Evêque de Rome, et d’autre part qu’il avai bougé de son siège pour le bien de sa mission d’apôtre. Il ne dit pas formellement qu’il se donna à ces occasion des remplaçant pour gouverner l’Eglise locale, mais la chose n’en est pas moins évidente, car on ne laisse pas une Eglise de l’importance de Rome sans Evêque pendant des mois voir des années !

Ces affirmations de l’épiscopat de saint Pierre sur Rome, nous les avons déjà raporté plus haut. Ce sont ses lettres de réponses aux conciles Nord Africains qui l’avaient cosulté pour confirmation. Dans sa réponse au concile de Milève, il parle de son siège comme du siège apostolique, c’est-à-dire celui d’un apôtre, à savoir Pierre, et il affirme qu’en le consultant c’est Pierre lui-même qui a été consulté :

« Je loue la diligence que vous avez apportée à rendre hommage au siège apostolique, je veux dire au siège de celui qui, sans compter les embarras qui peuvent lui survenir d’ailleurs, est chargé du soin de toutes les Eglises, en nous consultant sur le parti que vous pouvez avoir à prendre dans vos doutes, vous conformant ainsi à l’antique règle que vous savez aussi bien que moi avoir toujours été observée par tout l’univers. Mais je me tais là-dessus, persuadé que vous en êtes d’avance parfaitement instruits, puisque vous l’avez reconnu par votre conduite même, sachant bien que le siège apostolique ne manque jamais de répondre aux consultations qui lui viennent de toutes les parties de l’univers. Mais surtout s’il s’agit de ce qui intéresse la foi, tous nos frères ou nos collègues dans l’épiscopat se font, comme je n’en doute pas, un devoir d’en référer à Pierre, ou à celui de qui il tient son nom et son privilège, ainsi que vous l’avez fait vous-mêmes pour obtenir une décision qui puisse, dans le monde entier, servir en commun à toutes les Eglises. Elles doivent en effet devenir plus prudentes, lorsqu’elles voient que, selon la relation du double synode, les inventeurs du mal sont séparés de la communion de par les déterminations de notre jugement. » (Lettre aux Pères du concile de Milève, Inter epistolas du 27 janvier 417, chapitre II (Dz 218), citée par saint Augustin, lettre 182 (alias 193), PL, 33 / 784 ; S. Augustini, Opera S. Augustini, t. II, col. 934, édit. de Gaume ; col. 638, édit. de Montfaucon)

Et dans sa réponse au concile de Carthage, il n’affirme pas directement l’épiscopat de saint Pierre à Rome, mais il assimile l’Église de la ville de Rome à une source pure de toute souillure hérétique, qui vivifie les églises locales, chose qui ne peut se produire que par une action directe de la Providence, et pourquoi cette dernière ne le ferait-elle que pour Rome, sinon parce qu’il s’agit du siège du prince des apôtres ?

« Voilà ce que vous avez estimé dans la vigilance de votre office sacerdotal, à savoir qu’on ne doit pas fouler aux pieds les ordonnances des Pères ; car ceux-ci, dans une pensée plus divine qu’humaine, avaient décrété que n’importe quelle affaire à traiter, fût-ce des provinces les plus éloignées et les plus retirées, ne serait pas considérée comme finie avant d’avoir été portée à la connaissance de ce Siège, pour qu’il confirmât de toute son autorité les justes sentences et que les autres églises – comme les eaux qui jaillissent de leur source originelle et qui s’écoulent dans toutes les régions du monde par de purs ruisseaux venus de la source non corrompue – reçoivent de lui ce qu’elles prescriront et sachent qui elles doivent purifier et qui, souillé d’une fange ineffaçable, ne recevra pas l’eau digne des corps purs » (Lettre In requirendis du 27 janvier 417 aux évêques du concile de Carthage, chapitre I (Dz. 217) ; citée dans la lettre 181 (alias 191) de SAINT AUGUSTIN – PL, 33 / 780).

Aussi il affirme les voyages de saint Pierre malgré son épiscopat comme une chose manifeste. Nous renvoyons à notre article Les voyages apostoliques de saint Pierre pour plus de précisions.

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