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Les premiers évêques de Rome selon le Liber pontificalis

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Page du Liber pontificalis

Page du Liber pontificalis

La foi catholique enseigne que saint Pierre fonda l’Église de Rome dont il fut le premier évêque et où il mourut martyre, consacrant ainsi son siège épiscopal comme capitale de la chrétienté; et qu’à sa suite, l’évêque de Rome, le Pape, est le chef temporel et visible de l’Eglise en qualité de successeur de cet Apôtre. A cela, un argument anticatholique vient objecter que le Liber pontificalis, ouvrage catholique, affirme quant à lui que Rome eut un autre évêque que Pierre pendant la vie de ce dernier; et affirmant (avec raison) que cette information (si toutefois elle était vraie), réduirait à néant les prétentions Papales. En effet, le Liber pontificalis est un catalogue des évêques de Rome, accompagné d’une brève notice au sujet de chacun d’eux; or, alors qu’il est universellement admis que Pierre est mort entre 64 et 67, le Liber dit que Lin « était évêque au temps de Néron, depuis le consulat de Saturninus et Scipio (an 56) jusqu’à celui de Capito et Rufus (an 67) ».

L’explication est simple : les premiers chapitres du Liber pontificalis n’ont une valeur historique qu’assez limitée. En effet, Les spécialistes reconnaissent que le Liber pontificalis est un mélange de sources contradictoires, et dès lors difficile à interpréter de manière satisfaisante. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les contradictions internes criantes de cette œuvre.

Le premier chapitre consacré à Pierre dit qu’il fut évêque de Rome à partir du consulat de Tibère et de Caïus (42) pour une durée de 25 ans. Cela correspond à la donnée traditionnelle. Mais le livre se contredit au chapitre suivant en disant que Lin fut évêque de 56 à 67 comme nous l’avons vu plus haut, c’est-à-dire pendant la vie et l’épiscopat de Pierre. Le troisième chapitre consacré à Clet, indiqué avoir été évêque du consulat de Vespasien VII et Domitien V (77) à celui de Domitien IX et Rufus (83). Cela pose problème car cela aurait voulu dire que Rome aurait été sans évêque pendant 10 ans (de 67 à 77), ce qui d’un simple point de vue pratique est inenvisageable : jamais une ville d’une telle importance n’aurait été laissée sans évêque pendant 10 ans. Mais cela nous donne aussi une indication sur la véracité de la Tradition catholique. En effet, 77 est la date approximative où cette dernière place la mort de Lin et son remplacement par Clet, en raison de son règne de 12 ans à partir de la mort de Pierre généralement datée de 65, ce sera donc un élément vrai de la Tradition qui aura influencé l’ouvrage. Enfin le quatrième chapitre consacré à Clément fait de lui l’évêque de Rome du consulat de Trachalus et Italicus (68) à celui de Vespasien IX et Tite (79) : l’erreur est encore une fois criante : ces dates font de lui l’évêque à un moment où le même ouvrage place l’épiscopat de Clet.

Mais alors pourquoi un tel imbroglio ? Il semblerait que le rédacteur anonyme des premiers chapitres du Liber qui a commencé son œuvre entre 514 et 530 ait tenté de concilier la Tradition universelle, qui est la thèse catholique actuelle, et la littérature pseudo-clémentine. La Tradition rapporte l’épiscopat de Pierre à Rome d’environ 40 à environ 65, succédé par Lin pendant 12 ans, puis par Clet et Clément. La littérature pseudo-clémentine quant à elle est un ensemble d’œuvres apocryphes écrites en grec aux IIème et IIIème siècles prétendant être de saint Clément. Ces œuvres contiennent une Lettre de Clément à Jacques où Clément écrirait : « Mais vers l’époque où lui [Pierre] allait mourir, les frères étant rassemblés, il attrapa soudain ma main, et l’éleva, et dit en présence de l’église : ‘écoutez-moi, frères et confrères. Puisque, tel que je l’ai appris du Seigneur et Maître Jésus-Christ, dont je suis un Apôtre, le jour de ma mort approche, je pose les mains sur Clément pour qu’il soit votre évêque; et je lui confie aussi ma charge d’enseignement, à lui qui a voyagé avec moi depuis le début jusqu’à la fin. » (Épître de Clément à Jacques, 2).

Nous pouvons déjà souligner qu’il était admis pour l’auteur de ces lignes que Pierre fut le premier évêque de Rome et qu’il n’eut un successeur qu’après sa mort. L’auteur affirme donc que Clément, supposé être l’auteur, fut désigné par Pierre lui-même comme son successeur (peut-être pour donner un plus grand prestige à ses œuvres ?).

Lorsque Ruffin d’Aquilée (vers 345-vers 411) traduisit cette littérature en latin, il écrivit au sujet de cette lettre : « Il y a une lettre dans laquelle ce même Clément, écrivant à Jacques le ‘frère du Seigneur’, rapporte la mort de Pierre, et dit qu’il l’a laissé comme son successeur, en tant que dirigeant et enseignant de l’église. Lin et Clet furent évêques de la ville de Rome avant Clément. Comment alors, demandent certains, est-ce que Clément dans sa lettre à Jacques dit que Pierre lui avait transmis sa position d’enseignant de l’église. L’explication de ce point, tel que je le comprends, est la suivante. Lin et Clet furent, sans aucun doute, évêques dans la ville de Rome avant Clément, mais c’était durant la vie de Pierre; c’est-à-dire qu’ils prirent en charge le travail épiscopal, pendant qu’il s’acquittait des devoirs de l’apostolat. » (Préface de la traduction des Récognitions).

Cette remarque de Rufin nous apprend deux choses. Premièrement, la Tradition catholique actuelle était acceptée sans conteste par les latins du IVème siècle. Deuxièmement, les pseudo-clémentines avaient acquis une grande notoriété. En effet, dans le cas contraire elles n’auraient pas été traduites et/ou le traducteur ne se serait pas « senti obligé » de faire correspondre la Tradition avec elles. Il est ainsi tout à fait possible que les mêmes causes aient entrainé les mêmes effets plus d’un siècle après lors du début de la rédaction du Liber pontificalis. Cette thèse est encore plus accréditée par le fait que le chapitre du Liber consacré à Clément le désigne comme fils de « Faustino », or cette information ou du moins cette affirmation n’a pas d’autre source que l’œuvre pseudo-célmentine des Récognitions (VII, 8) qui le désigne comme fils de « Faustinianus », nom dont nous savons que la forme latine était devenu « Faustinus » au VIème siècle (Pseudo-Abdias de Babylone, Fabricius, Cod. apocr. N. T., tome II, page 426), soit à l’époque contemporaine des premiers chapitres du Liber. C’est également l’explication proposée par le Dictionnaire de Théologie Catholique : « Lin aurait siégé [selon le Liber pontificalis] du consulat de Saturnius et Scipion (56) jusqu’à celui de Capiton et Rufus (67). Ces dates ont pu être imaginées à un moment où, sous l’influence des Clémentines, on a voulu considérer saint Clément comme le premier successeur de Pierre. Pour concilier cette donnée avec la vieille tradition qui mettait Lin en tête de la liste épiscopale romaine, on eut l’idée de faire de Lin et de Clet deux-coadjuteurs ordonnés par saint Pierre pour faire de son vivant les fonctions ecclésiastiques, tandis que l’apôtre se réservait la prédication. Voir Liber pontificalis édit. DUCHESNE, t. , p. 118, et cf. Rufin Preafat. ad Recognitiones, P.G., t. I, col. 1207; C’est en ce sens qu’il faut interpréter la notice de Lin: Hic ex praecepto beati Petri constituit ut mulier, in ecclesia velato capite introiret. Lib. pont., p. 121. « Lin, dit Duchesne, agit comme vicaire de saint Pierre et du vivant de l’apôtre. » (Dictionnaire de Théologie Catholique, article « LIN (Saint) » par l’abbé Emile AMMAN).

Il n’est pas impossible que saint Lin ait vraiment été vicaire épiscopal de saint Pierre pendant que ce dernier évangélisait en différents endroits. En effet, l’abbé Benjamin-Marcellin CONSTANT indique (sans toutefois mentionner de source) que Pierre sacra Lin en 58 « pour l’aider dans l’exercice de son ministère et gouverner l’Eglise de Rome en son absence. » (L’Histoire et l’infaillibilité des Papes, 1859, page 103). De même, Mgr Justin FÈVRE, sans donner de source lui non plus, dira : « Pierre y retourna [à Rome] l’an 53, et y reprit son siège, qu’il garda ensuite pendant quatorze ans. Dans cet intervalle, il ordonna saint Luc [ndlr: il s’agit sans doute d’une erreur d’imprimerie car il devrait selon moi être question de saint Lin et non de saint Luc] et saint Clément, qu’il associa à son ministère épiscopal, et qui le remplacèrent pendant qu’il parcourait les provinces de l’Occident, sans cesser cependant d’être l’évêque de Rome ; c’est à ces absences qu’il faut attribuer le silence de saint Paul à l’égard de saint Pierre, dans ses lettres écrites de Rome, pendant les dernières années de la vie de saint Pierre. » (Histoire apologétique de la Papauté, 1878, tome 1, page 225 : https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2016/06/28/histoire-apologetique-de-la-papaute/)

Je cite DUCHESNE qui est cependant à manier avec beaucoup de précautions. En effet, lorsqu’il était professeur à l’Institut Catholique de Paris (ICP), c’est à sa chaire que vint se former le jeune abbé Alfred LOISY et c’est lui qui le fera nommer professeur dans ce même institut. Défenseur de pointe de la « critique historique » moderne, ils travailleront ensemble pendant près de dix ans. La conception du dogme de l’abbé DUCHESNE était telle que le recteur du Séminaire Saint Sulpice dut interdire à ses élèves d’assister à ses cours. Seul soutien inconditionnel : Mgr Maurice Le SAGE d’HAUTEROCHE d’HULST, recteur de l’ICP, bien qu’il l’appelait « un petit RENAN », lui permit de conserver sa chaire d’histoire ecclésiastique. Reçu à la très maçonnique Académie Française en 1910, son œuvre d’historien fut condamnée par Rome aussitôt après, son Histoire ancienne de l’Eglise fut censurée et mise à l’Index en 1912. Mgr Charles-Emile FREPPEL voulut déférer sa traduction commentée du Liber pontifialis (dont nous avons cité deux lignes) au Saint-Office car DUCHESNE y défend des “actes erronés des Souverains Pontifes” (Père Emmanuel BARBIER, Histoire du catholicisme libéral, tome III, pages 202 à 206 et tome V, pages 255 à 262). Cependant, ce qu’il dit sur saint Pierre et saint Lin est fiable, nous le savons car il ne fait que reprendre des affirmations d’auteurs orthodoxes et les siennes propres se trouvent “consacrées” par encore d’autres auteurs orthodoxes après lui. Pour lire son oeuvre en toute sécurité, voici un dossier de réfutation de ses erreurs: https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2016/06/13/reponses-aux-objections-historiques-contre-la-primaute-et-linfaillibilite-du-pape-1/. Il en va de même pour certains passages de son Histoire ancienne de l’Eglise qui se trouvent « consacrés » par de bons ouvrages comme le Manuel d’apologétique de l’abbé Augustin BOULENGER (1920)

Le Liber pontificalis n’est à ma connaissance consultable qu’en ligne par les scans de l’édition de l’abbé Louis DUCHESNE intitulée : Le Liber pontificalis; texte, introduction et commentaire: https://archive.org/details/duchesne01.

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