+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Saint Augustin enseignait-il « sola scriptura » ?

Notre dossier sur le « sola scriptura » et la Tradition : ici

Les protestants usent régulièrement d’un passage mal compris de saint Augustin pour affirmer qu’il enseignait le « sola scriptura ». Nous allons ici démontrer qu’il n’en est rien. Voici le plan de notre étude :

I) Le vrai sens du passage utilisé

II) Sa réfutation de l’autorité infaillible de la seule Ecriture Sainte

A) Saint Augustin affirme l’incohérence radicale de l’usage de l’Ecriture Sainte contre l’enseignement de l’Eglise catholique : « je vous déclare que je ne croirais pas à l’Évangile si cette croyance n’avait pas pour fondement l’autorité de l’Église catholique« 

B) Sa négation de la proposition : « Nous ne croyons pas ce que nous ne trouvons pas dans l’Ecriture sainte »

C) Saint Augustin oppose le libre examen à l’interprétation contraignante des Pères

III) Son affirmation de l’existence de la Tradition extra-biblique infaillible

A) Sa Foi en l’infaillibilité des usages non-scripturaires de l’Eglise

1) Saint Augustin affirme que la Révélation ne se limite pas à l’Ecriture

2) L’impossibilité selon lui que l’Ecriture et la Tradition se contredisent

B) Un cas d’école : le baptême des nouveaux-nés

1) Saint Augustin croyait à la damnation des enfants morts sans baptême

2) Son opinion sur l’origine extra-biblique du baptême des nouveaux-nés

IV) Saint Augustin sur l’Autorité et l’infaillibilité du Siège Romain

I) Le vrai sens du passage utilisé

Voici le passage :

« C’est alors assurément qu’on jouerait comme dans un champ sans l’ombre d’une crainte d’offense; mais à un tel jeu il serait bien étonnant qu’on ne se jouât pas de nous. Quant à moi, je l’avoue à votre charité , j’ai appris à ne croire fermement qu’à l’infaillibilité des auteurs des livres qui sont déjà appelés canoniques ; à eux seuls je fais cet honneur et je témoigne ce respect. Si j’y rencontre quelque chose qui paraisse contraire à la vérité, je ne songe pas à contester, mais je me dis que l’exemplaire est défectueux, ou bien que le traducteur est inexact, ou bien encore que je n’ai pas compris. Pour ce que je lis dans les autres écrivains, quelle que soit l’éminence de leur sainteté et de leur science, je ne le crois pas vrai par la seule raison qu’ils l’ont pensé, mais parce qu’ils ont pu me persuader qu’ils ne s’écartaient pas de la vérité, soit d’après le témoignage des auteurs canoniques, soit d’après des raisons probables. Je ne crois pas, mon frère, que vous soyez ici d’un autre sentiment que le mien, et certainement vous ne voulez pas qu’on lise vos livres comme ceux des prophètes ou des apôtres dont il serait criminel de mettre en doute la parfaite vérité. Cela est bien loin de votre pieuse humilité et de la juste idée que vous avez de vous-même ; car si vous n’étiez pas humble, vous ne diriez pas : « Plût à Dieu que nous méritassions vos embrassements et qu’en de mutuels entretiens nous pussions apprendre quelque chose l’un de l’autre ! » » (Lettre 82 à saint Jérôme, III)

La vérité est que ce passage… est parfaitement catholique ! Mais nos contradicteurs ne se rendent pas compte que cette citation ne revient pas à nier la Tradition au sens catholique, car ils ne la connaissent pas ! Cette dernière consiste en l’enseignement oral des apôtres, transmis de manière non écrite (au sens biblique du terme) et déclarée comme tel par l’enseignement de l’Eglise. Aussi, il est parfaitement exact, catholiquement parlant  que seuls les « auteurs des livres qui sont déjà appelés canoniques » sont infaillibles en eux-mêmes et par eux-mêmes et que « autres écrivains, quelle que soit l’éminence de leur sainteté et de leur science » ne puissent en dire autant ! Mais l’Eglise catholique n’a jamais rien dit de tel non plus ! Elle n’a jamais dit qu’un auteur, pris individuellement était infaillible, au contraire : pour caractériser l’expression de la Tradition chez les Pères de l’Eglise, elle réclame qu’on puisse y discerner une « unianimité morale » : il n’existe pas d’auteur pouvant de droit produire un écrit exempt d’errer (lire à ce sujet notre article L’infaillibilité du consensus moral des Pères de l’Eglise).

Ceux qui ne seraient pas convaincus par ce qui vient d’être dit ne pourront pas ne pas l’être, à moins d’être de mauvaise foi, en voyant comment saint Augustin a positivement affirmé par ailleurs l’existence d’une Tradition extra-biblique, ainsi que celle d’un Magistère romain, tous les deux infaillibles.

II) Sa réfutation de l’autorité infaillible de la seule Ecriture Sainte

A) Saint Augustin affirme l’incohérence radicale de l’usage de l’Ecriture Sainte contre l’enseignement de l’Eglise catholique : « je vous déclare que je ne croirais pas à l’Évangile si cette croyance n’avait pas pour fondement l’autorité de l’Église catholique« 

Saint Augustin réfute les manichéens en montrant comment leur acceptation de l’Ecriture Sainte, couplée à leur refus de l’enseignement de l’Eglise est un illogisme radical, en soulignant  que dans l’ordre de la connaissance humaine, l’autorité de l’Ecriture Sainte est soumise à celle de l’Eglise qui la garantie. Ainsi, si l’Eglise n’est pas infaillible (ce qui s’étend à tout ses enseignements sans aucune distinction ni aucune réserve du jugement privé de ses auditeurs), alors il n’existe aucun moyen raisonnable de croire au canon de l’Ecriture Sainte. Il suffit de remplacer dans la citation suivante les mots « Manès » par « Luther » (ou n’importe quel théoricien protestant ancien ou moderne) et « manichéen » par « protestant »  :

« Vous vous rappelez, en effet, que je me suis engagé dès le début à ne croire témérairement à aucune de vos affirmations. Je demande donc ce qu’est ce Manès. Vous allez me répondre « l’Apôtre de Jésus-Christ« . Si je le nie d’une manière absolue, qu’aurez-vous à répliquer ou à faire? Vous promettiez de me donner l’intelligence pleine et entière de la vérité, et voici que dès le début, vous me forcez à croire ce que j’ignore. Peut-être allez-vous me lire l’Évangile afin d’y trouver de quoi affirmer le susdit personnage. Soit, mais si vous aviez affaire à un adversaire qui ne crût pas à l’Évangile, que feriez-vous ? Or, pour moi, je vous déclare que je ne croirais pas à l’Évangile si cette croyance n’avait pas pour fondement l’autorité de l’Église catholique. Donc, puisque j’ai obéi à ceux qui me disaient : « Croyez à l’Evangile« , pourquoi leur résisterais-je quand ils me disent : « Ne croyez pas aux Manichéens » ? Voici le dilemme, choisissez. Si vous dites « Croyez aux catholiques » ; j’entends ceux-ci qui me défendent de vous accorder aucune croyance ; si je les crois, je ne puis donc pas vous croire. Si vous me dites : « Ne croyez pas aux catholiques« , ce sera mal de votre part de m’obliger par l’Évangile à embrasser la foi manichéenne, puisque j’ai cru à l’Évangile sur la prédication des catholiques. Si vous me dites : « C’est avec raison que vous avez cru aux catholiques quand ils louaient l’Évangile, mais c’est à tort que vous avez cru à leurs attaques contre Manès« . Mais me croyez-vous donc insensé jusqu’au point de me résigner, sans aucun examen, à croire ce que vous voulez, et à ne pas croire ce qui ne vous plaît pas ? Puisque j’ai donné ma foi aux catholiques, n’est-il pas juste et prudent qu’avant de les quitter pour passer vers vous, j’exige de vous non pas que vous me défendiez de les croire, mais que vous dérouliez devant mes yeux des principes certains et évidents ? Si donc vous voulez me convaincre, laissez de côté l’Évangile. Si vous tenez à l’Évangile, moi je tiens à ceux qui m’ont inspiré la foi à ce livre sacré ; j’ai leurs ordres, je ne vous croirai pas. Que si par hasard vous trouvez dans l’Évangile quelques passages évidents en faveur de l’apostolat de Manès, vous avez par là même détruit à mes yeux l’autorité des catholiques qui me défendent de vous croire. Cette autorité une fois détruite, je ne puis plus croire à l’Évangile, puisque ce n’est que par eux que j’y ai cru. Et quand j’en serai là, que pourrez-vous faire ? Mais si rien d’évident ne peut être allégué en preuve de l’apostolat manichéen; c’est aux catholiques que je croirai, et non pas à vous. Dans le cas contraire, je ne croirai plus ni à vous ni à eux. Je ne les croirai plus, parce que leurs attaques contre vous n’étaient que mensonges; je ne vous croirai pas vous-mêmes, parce que vous m’apportez, pour me convaincre, cette même Écriture, à laquelle j’avais cru par eux, et dont ils se sont servis pour me tromper. Mais loin de moi de ne pas croire à l’Évangile ! » (Réfutation de l’épître manichéenne appelée « Fondamentale », V, 6)

B) Sa négation de la proposition : « Nous ne croyons pas ce que nous ne trouvons pas dans l’Ecriture sainte« 

A l’hérétique Pélage  qui affirmait déjà comme les protestants :

« Nous ne croyons pas ce que nous ne trouvons pas dans l’Ecriture sainte »,

Saint Augustin répondait :

« Notre auteur [Pélage] conclut par cette grande maxime : « Croyons donc ce que nous lisons, et ce que nous ne lisons pas, regardons comme un crime de l’affirmer ». A cette affirmation, voici celle que j’oppose : Nous ne devons pas croire tout ce que nous lisons,comme le prouve cette parole de l’Apôtre: « Lisez tout, ne conservez que ce qui est bon » [I Thessaloniciens V, 21] ; et ce n’est pas toujours un crime d’affirmer ce que nous n’avons pas lu. En effet, ce que nous avons éprouvé nous-mêmes, nous pouvons l’affirmer de bonne foi comme témoins, lors même que nous n’aurions trouvé nulle part l’occasion de le lire. L’auteur va sans doute me répondre : « En formulant ma proposition, j’entendais ne parler que des saintes Ecritures ». Plaise à Dieu qu’il n’affirme jamais, non pas ce qu’il a lu dans les saintes Ecritures, mais rien de contraire à ce qu’il y a lu ! » (De la nature et de la grâce, XXXIX)

C) Saint Augustin oppose le libre examen à l’interprétation contraignante des Pères

« Donc ne m’alléguez plus rien de pareil, si vous voulez me répondre. Je ne vous dis pas : Croyez que la communion de Donat n’est pas l’Eglise, parce que certains évêques de son parti ont livré aux flammes les livres saints, comme on peut s’en convaincre par les actes ecclésiastiques, municipaux et judiciaires; ou bien parce que la sentence des évêques qu’ils avaient obtenue de l’empereur ne leur a pas donné gain de cause ; ou bien parce que l’empereur auquel ils en avaient appelé, a prononcé tout autrement qu’ils ne s’y attendaient; ou bien parce que les circoncellions comptent des chefs parmi eux; ou bien parce que les circoncellions se livrent à de si déplorables excès ; ou parce qu’on en voit dans ce parti se jeter dans les précipices oit dans les flammes qu’ils ont allumées eux-mêmes, ou contraindre par leurs menaces à leur donner la mort, ou bien se faire mourir eux-mêmes comme des furieux, dans le seul but d’être honorés par les hommes ; ou bien parce qu’autour de leurs sépulcres, comme des troupeaux errants, hommes et femmes plongés dans l’ivresse, se livrent ensemble nuit et jour à l’ivrognerie et aux désordres les plus honteux. Toute cette foule, je la regarde comme la paille des Donatistes ; et je ne veux pas qu’elle nuise en rien au froment, si les Donatistes sont l’Eglise. Mais c’est là ce qu’ils doivent me prouver par les livres canoniques des divines Ecritures. Quand nous disons que nous faisons partie de l’Eglise du Christ, nous n’alléguons point pour preuve que notre Eglise a pour elle les suffrages d’Optat de Milève ou d’Ambroise de Milan, ou de tant d’autres évêques de notre communion ; ni qu’elle a été reconnue par les conciles de nos collègues. » (Lettre aux catholiques contre les donatistes ou Traité de l’Unité de l’Eglise, XIX, 50, PL tome 43, colonne 430)

III) Son affirmation de l’existence de la Tradition extra-biblique infaillible

A) Sa Foi en l’infaillibilité des usages non-scripturaires de l’Eglise

1) Saint Augustin affirme que la Révélation ne se limite pas à l’Ecriture

« Quant aux choses non écrites, que nous conservons par tradition, et qui sont pratiquées par toute la terre, on doit comprendre qu’elles nous ont été recommandées et prescrites soit par les apôtres eux-mêmes, soit par les conciles généraux dont l’autorité est si profitable à l’Eglise. C’est ainsi que la passion du Seigneur, sa résurrection, son ascension au ciel, la venue du Saint Esprit descendu du ciel sont célébrée par une solennité annuelle. Il en est de même de toute autre observance gardée par l’Église entière te en tout lieu où elle s’étend. » (Lettre 54 en réponse aux question de Janvier, I, 1, année 400)

« Je regarde cette coutume comme venant directement des Apôtres ; non pas en ce sens que nous la trouvions formellement signalée dans les écrits apostoliques ou dans les décrets des premiers conciles ; pour appuyer ma conclusion, il me suffit de constater que cette coutume a été conservée par toute l’Eglise. » (Du baptême, contre les donatistes, II, 7)

« Il y a bien des choses que pratique l’Eglise entière, et que, pour cette raison, nous croyons à bon droit venir des apôtres, bien que nous ne les trouvions écrites nulle part. » (Du baptême, contre les donatistes, V, 23)

« En effet, s’il suffit d’avoir sur Dieu des idées erronées pour perdre le baptême; n’ai-je pas suffisamment prouvé que ces idées sont parfois embrassées par certains catholiques? Sans doute « les Apôtres n’ont rien statué sur ce point » ; mais cette coutume que l’on opposait à Cyprien, ne doit-on pas lui reconnaître une origine apostolique, et l’assimiler ainsi à une multitude d’autres pratiques traditionnelles que l’on fait remonter légitimement aux Apôtres, quoiqu’elles ne se trouvent consignées dans aucun de leurs ouvrages ? » (Du baptême, contre les donatistes, V, XXIII, 31)

« Ce qu’ils ont trouvé dans l’Eglise, ils l’ont conservé ; ce qu’ils ont appris, ils l’ont enseigné; ce qu’ils ont reçu des pères, ils l’ont transmis aux enfants. » (Contre Julien, II, 34)

« La recommandation que nous fait saint Cyprien, de recourir à la source, qui est la tradition apostolique, et de s’attacher à en suivre le canal jusqu’à nos temps, est des plus utiles, et doit sans aucun doute être mise en pratique. » (Du baptême, contre les donatistes, V, 26)

2) L’impossibilité selon lui que l’Ecriture et la Tradition se contredisent

C’est pourquoi saint Augustin a l’habitude de tirer des us et coutumes de l’Église universelle des arguments pour confirmer les dogmes, s’appuyant sur le principe que les règles de la foi ne peuvent jamais être dissonantes. Les apparentes contradictions entre l’Ecriture et la Tradition ne peuvent donc pour lui être qu’apparentes, et la clarté de la Tradition doit interpréter l’obscurité de l’Ecriture. Il confirme ainsi le dogme du péché originel par l’usage de baptiser les enfants :

« Quoi! me dira-t-on encore, un enfant même aurait besoin d’être délivré ? Sans aucun doute : nous en avons pour garant cette mère qui court à l’église avec son petit pour le faire baptiser. Nous en avons pour garant notre sainte mère l’Eglise elle-même qui reçoit ce petit pour le purifier, soit qu’elle doive le laisser mourir après l’avoir délivré, ou le faire élever avec piété. Qui oserait élever la voix contre une telle mère ? Nous en avons pour garant enfin les pleurs mêmes que répand cet enfant en témoignage de sa misère. Si peu intelligente qu’elle soit, cette faible nature atteste à sa manière son malheureux état; elle ne commence point par rire, mais par pleurer. Ah ! reconnais cette triste situation et prête-lui secours. Que, tous ici prennent des entrailles de miséricorde.Moins ces petits peuvent faire pour eux-mêmes, plus nous devons parler en leur faveur : L’Eglise a coutume de protéger les intérêts des orphelins : ah! parlons tous pour eux,tous portons-leur secours afin de les faire échapper à la perte du patrimoine céleste. C’est pour eux que leur Seigneur s’est fait petit enfant. Comment n’auraient-ils point part à la délivrance qu’il assure, puisque les premiers ils ont mérité d’être mis à mort pour lui ? » (Sermon 293, n. 10)

Et il confirme la valeur du baptême conféré par un hérétique, par l’habitude très ancienne de l’Église de ne pas rebaptiser ceux qui venaient de l’hérésie à l’Église Catholique :

« D’un autre côté, nous vous avons prouvé qu’un certain nombre de biens, qui découlent de la loi de Dieu, deviennent la propriété de ceux qui sont hors de l’Eglise, et personne d’entre vous n’ose le nier. Vous soutenez seulement qu’il n’en est point ainsi du baptême; je n’en vois pas la raison, et je suis certain que vous ne pouvez pas me la donner. Sur ce point encore nous nous appuyons sur l’infaillible autorité des Ecritures canoniques. Quelle importance, en effet, ne doit-on pas attacher à ce fait évident que la doctrine que nous enseignons a été suivie généralement par tous les évêques de la catholicité, avant la naissance de la secte des Donatistes, et au moment même où cette question était vivement débattue et soulevait des solutions différentes de la part de ces évêques qui tous restaient fidèles à l’unité catholique? Vous nous alléguez le concile de Cyprien ; mais ou bien ce concile n’a pas eu lieu,ou bien il a été victorieusement réfuté par les autres membres de cette unité dont Cyprien ne s’est jamais séparé. Supposé même que Cyprien ait admis la nécessité de rebaptiser les hérétiques, nous ne nous croirions pas meilleurs que lui, parce que nous sommes dans le vrai en agissant autrement; de même que nous ne nous croyons pas meilleurs que saint Pierre, quoique nous n’obligions pas les nations à judaïser comme il le fit lui-même, selon ce que nous rapporte saint Paul, qui le reprit de cette faiblesse (Galates II, 14), quoique la circoncision fût alors pour les Apôtres l’objet des mêmes préoccupations que le baptême fut plus tard pour les évêques. ».(Contre Crescent, Livre I, chapitre XXXVIII)

Et ailleurs, il dit que disputer à savoir s’il faut approuver ce que toute l’Église répète et conserve dans le monde entier relève d’une très insolente insanité :

« Voyez donc auquel de ces trois genres appartient la première question que vous avez posée ; voici vos expressions : « Que doit-on faire le jeudi de la dernière semaine du carême ? Faut-il offrir le matin et encore une fois après le souper, à cause de ce qui est écrit : De même après le souper (Luc. XXII, 20) Faut-il jeûner et offrir le sacrifice seulement après le souper, ou bien jeûner et souper après l’oblation, ainsi que nous avons coutume de le faire? » Je réponds à cela que si l’autorité de la divine Ecriture nous prescrit ce qu’on doit faire, il n’est pas douteux qu’il faille nous conformer à ce que nous lisons; ce ne sera plus sur la célébration, mais sur l’intelligence titi sacrement que nous aurons à discuter. On doit faire de même lorsqu’on usage est commun à toute l’Eglise, car il y aurait une extrême folie à chercher si l’on doit s’y soumettre. Mais ce que vous demandez ne touche à aucun de ces deux cas. Reste donc le troisième, relatif à ce qui change selon les lieux et les contrées. La règle ici est de suivre ce qui se pratique dans l’Eglise où l’on se trouve ; car rien dans ces usages n’offense ni la foi ni les mœurs, qui pourtant sont plus parfaites dans un pays que dans l’autre. Or, c’est seulement en vue de la foi et des moeurs qu’il faut réformer ce qui est défectueux et établir ce qui ne se pratiquait pas auparavant; un changement dans une continue, même quand il est utile, apporte du trouble par sa nouveauté; et si ce changement n’est pas utile, il n’en reste que le dommage de la perturbation,et dès lors il devient nuisible. » (Lettre 54, n°6)

B) Un cas d’école : le baptême des nouveaux-nés

Saint Augustin affirme que le baptême des nouveaux-nés n’a pas de fondement biblique, mais que cette pratique salutaire n’a été transmise à l’Eglise que par la Tradition orale. Nous ne partageons pas cette idée (voir notre article Le baptême des nouveaux-nés, un mensonge ?). Toutefois, cela prouve péremptoirement que saint Augustin croyait en l’autorité infaillible d’une Tradition apostolique transmise indépendamment de l’Ecriture Sainte et n’ayant pas besoin de celle-ci pour être confirmée. C’est d’autant plus vrai qu’il enseignait que les enfants morts sans baptême étaient condamnés à la damnation.

1) Saint Augustin croyait à la damnation des enfants morts sans baptême

« Or, si les morts sont jugés même d’après ce qu’ils auraient fait, supposé que leur vie eût été prolongée, les habitants de Tyr et de Sidon qui auraient été fidèles dans le cas où l’Evangile leur eût été annoncé avec des miracles aussi éclatants, ne devraient donc pas être châtiés. Mais ils le seront certainement, et par là même il est faux aussi que les morts soient jugés suivant ce qu’ils auraient fait, si l’Evangile leur eût été annoncé pendant qu’ils vivaient. Et si cela est faux, on n’est donc plus autorisé à dire, par rapport aux enfants qui meurent sans avoir reçu le baptême, que ce malheur les frappe justement par la raison que Dieu a prévu, dans le cas où ils vivraient et où l’Evangile leur serait annoncé, leur obstination à ne pas croire. Il ne reste donc plus qu’à considérer ces enfants comme coupables du péché originel exclusivement et comme envoyés à la damnation pour ce seul motif ; quoique nous voyions ce même péché pardonné dans le sacrement de la régénération, et par une faveur tout à fait gratuite de Dieu, à d’autres enfants dont la condition est identique. » (Du don de persévérance, VIII)

« Pélage continue : « Quel impie osera défendre à un enfant qui est né pour une vie incertaine, de renaître à une vie perpétuelle et certaine ? » […] Je me disais : Si, comme il l’avoue; la vie perpétuelle ne peut être le partage que de ceux qui ont reçu le baptême, les enfants qui meurent sans baptême ne peuvent attendre que la mort éternelle. D’un autre côté, puisque ces enfants ne peuvent avoir commis aucun péché dans cette vie, s’ils ont besoin de justification, ce ne peut être qu’en raison du péché originel. » (De la grâce de Jésus-Christ et du péché originel, II, 22)

Dans ces conditions, on serait tenté d’invoquer le « préjudice de la naissance » et de dire : mieux vaudrait n’être pas né. S’appuyant sur Matthieu XXIV, 24 (« Il aurait mieux valu pour lui (Judas) qu’il ne fût pas né, cet homme-là »), certains disent : plutôt la non-existence qu’une existence de malheur perpétuel. Augustin entend l’objection, mais la récuse. Une existence, même à bonheur réduit, vaut mieux que la non-existence. Quant à savoir de quelle gravité sera la condamnation des enfants morts sans baptême, Augustin avoue finalement qu’il n’en sait rien :

« Pour moi, je ne dis pas que les enfants morts sans le baptême du Christ seront punis, de manière qu’il eût été préférable pour eux de n’être pas nés; car cette parole du Seigneur ne s’applique pas à tous les pécheurs quels qu’ils soient, mais seulement aux plus criminels et aux plus impies. En effet, parlant des Sodomites, et dans leur personne de tous les pécheurs, le Sauveur déclare qu’au jour du jugement le sort des uns sera plus tolérable que celui des autres (Matthieu X, 15 ; XI, 24) ; s’il en est ainsi, comment douter que ces enfants morts sans le baptême, n’ayant que le péché originel, et sans s’être rendus coupables d’aucune faute volontaire, n’auront pas à subir de toutes les peines la plus légère? Quoique je ne puisse pas définir le caractère, la nature, la grandeur de cette peine, je n’ose pas dire cependant que le néant eût mieux valu pour eux que l’existence. Pour vous qui soutenez que ces enfants n’ont à subir aucune condamnation, vous ne voulez pas comprendre que vous les frappez d’une condamnation véritable en éloignant de la vie et du royaume de Dieu tous ces enfants créés à l’image de Dieu, et enfin, en les séparant de ces parents pieux et aimés que vous appelez, de toute votre éloquence, aux honneurs de la paternité. Je conclus: Si ces enfants n’ont aucun péché, leur séparation est une injustice; si elle n’est pas une injustice, c’est qu’ils sont coupables du péché originel. » (Contre Julien, pélagien, V, 44)

2) Son opinion sur l’origine extra-biblique du baptême des nouveaux-nés

Le baptême est une question qui intéresse directement le Salut. Le baptême des des nouveaux-nés en est donc une, surtout pour saint Augustin dont nous venons de voir le sentiment sur le sort des enfants morts sans baptême. Or saint Augustin croyait que ce baptême n’avait pas de fondement scripturaire, mais ne nous avait été transmis que par la tradition extra-biblique, remontant aux apôtres. Nous répétons que nous ne partageons pas ce jugement (voir notre article Le baptême des nouveaux-nés, un mensonge ?). Toutefois, cela prouve péremptoirement que saint Augustin croyait en l’autorité infaillible d’une Tradition apostolique transmise indépendamment de l’Ecriture Sainte et n’ayant pas besoin de celle-ci pour être confirmée :

« Pour appuyer votre doctrine de la réitération du baptême, cessez donc de nous opposer l’autorité de Cyprien ; avec nous bien plutôt imitez son exemple et conservez l’unité. De son temps la question de la réitération du baptême, à peine soulevée, n’avait point encore été l’objet d’un examen sérieux, et cependant l’Eglise conservait la salutaire coutume de corriger, dans les schismatiques ou les hérétiques, ce qu’ils avaient de dépravé, et de ne pas réitérer ce qu’ils avaient reçu; de guérir les blessures qui leur avaient été faites, en respectant ce qui eu eux était parfaitement sain. Je regarde cette coutume comme venant directement des Apôtres; non pas en ce sens que nous la trouvions formellement signalée dans les écrits apostoliques ou dans les décrets des premiers conciles; pour appuyer ma conclusion, il me suffit de constater que cette coutume a été conservée par toute l’Eglise et que nous croyons avoir été et transmise et recommandée par les apôtres eux-mêmes. Or, Cyprien nous a déclaré que cette coutume salutaire commença à recevoir quelques corrections de la part d’Agrippinus, son prédécesseur. Mais, aidée par des recherches plus approfondies, et s’affirmant par l’organe d’un concile universel, après avoir surnagé au-dessus des flots de l’incertitude et du doute, la vérité se fit jour et déclara qu’Agrippinus avait commencé, non pas à la corriger, mais à la corrompre. En ce qui concerne la rémission des péchés et la régénération spirituelle de l’homme, se présentait donc l’importante question de savoir si des résultats aussi précieux pouvaient se produire dans les rangs des hérétiques ou des schismatiques. La solution devenait très-difficile, quand surtout on avait sous les yeux l’exemple d’Agrippinus et de quelques autres évêques qui avaient mieux aimé innover que de conserver les anciens usages dont ils ignoraient la raison d’être. Voilà ce qui nous explique pourquoi de vains sophismes s’élevèrent tout à coup, éblouirent les yeux et ne permirent plus à la vérité de se faire jour. » (Du baptême, contre les donatistes, II, 7, 12)

« Si quelqu’un nous demande de produire quelque autorité divine à l’appui (de notre usage de baptiser les enfants), quoiqu’il n’y ait rien de plus sage que de considérer comme venant d’autorité apostolique ce que l’on trouve pratiqué de tout temps par toute l’Eglise sans avoir jamais été établi par aucun concile ; nous répondrons encore, que l’utilité du baptême conféré aux enfants peut s’inférer très-légitimement de l’usage de circoncire les enfants prescrit à l’ancien peuple. » (Du baptême, contre les donatistes, IV, 24)

« La coutume qu’a l’Eglise notre sainte mère de baptiser les enfants ne doit être ni méprisée, ni regardée comme superflue, ni attribuée à une autre source qu’à la tradition apostolique. » (Commentaire de la Genèse au sens littéral, X, 23)

Saint Augustin a l’habitude de tirer des us et coutumes de l’Église universelle des arguments pour confirmer les dogmes, s’appuyant sur le principe que les règles de la foi ne peuvent jamais être dissonantes. Les apparentes contradictions entre l’Ecriture et la Tradition ne peuvent donc pour lui être qu’apparentes, et la clarté de la Tradition doit interpréter l’obscurité de l’Ecriture. Il confirme ainsi le dogme du péché originel par l’usage de baptiser les enfants :

« Quoi! me dira-t-on encore, un enfant même aurait besoin d’être délivré ? Sans aucun doute : nous en avons pour garant cette mère qui court à l’église avec son petit pour le faire baptiser. Nous en avons pour garant notre sainte mère l’Eglise elle-même qui reçoit ce petit pour le purifier, soit qu’elle doive le laisser mourir après l’avoir délivré, ou le faire élever avec piété. Qui oserait élever la voix contre une telle mère ? Nous en avons pour garant enfin les pleurs mêmes que répand cet enfant en témoignage de sa misère. Si peu intelligente qu’elle soit, cette faible nature atteste à sa manière son malheureux état; elle ne commence point par rire, mais par pleurer. Ah ! reconnais cette triste situation et prête-lui secours. Que, tous ici prennent des entrailles de miséricorde.Moins ces petits peuvent faire pour eux-mêmes, plus nous devons parler en leur faveur : L’Eglise a coutume de protéger les intérêts des orphelins : ah! parlons tous pour eux,tous portons-leur secours afin de les faire échapper à la perte du patrimoine céleste. C’est pour eux que leur Seigneur s’est fait petit enfant. Comment n’auraient-ils point part à la délivrance qu’il assure, puisque les premiers ils ont mérité d’être mis à mort pour lui ? » (Sermon 293, n. 10)

IV) Saint Augustin sur l’Autorité et l’infaillibilité du Siège Romain

Enfin, saint Augustin croyait en l’infaillibilité de l’Evêque de Rome. Certains le nient pour une série de motifs qu’il sera inutile d’énumérer ici. Toujours est-il que la réalité est que saint Augustin était Papiste et bien Papiste ! Nous exposons toutes les preuves de ce fait dans notre article : Un Papiste nommé saint Augustin

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5 commentaires sur “Saint Augustin enseignait-il « sola scriptura » ?

  1. Pingback: Les Pères de l’Eglise sur la Tradition | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Carlito
    13 avril 2019

    Merci pour votre étude, elle m’apporte éclairage et renforce en moi la Foi et l’Espérance !
    Dieu vous mes amis !

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Cette entrée a été publiée le 11 avril 2019 par dans Foi Catholique.
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