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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Matière du sacrement de l’Ordre : Pie XII contre le concile de Florence ?

Dossier sur les accusations portées contre les Papes dans l’Histoire : ici

En termes de théologie sacramentelle, la matière, complémentaire de la forme, est un des deux éléments essentiels d’un sacrement. Elle est le signe sensible du sacrement, tel que la formule en précise la signification. Au baptême, par exemple, la matière consiste dans le fait de verser de l’eau sur le front de celui que l’on baptise, ou de le plonger dans une piscine. Pour le sacrement de l’Odre qui nous intéresse ici, la matière est l’imposition des mains de l’Evêque sur la tête de l’Ordinand.

Que la matière du sacrement de l’Ordre soit l’imposition des mains de l’Evêque a été défini infailliblement par le Pape Pie XII le 30 novembre 1947 dans Constitution apostolique Sacramentum Ordinis. Toutefois, à cette affirmation, certains négateurs de l’infaillibilité du Pape rétorquent que l’Eglise catholique se serait ici contredite ! En effet, ils soulignent que le Pontifical romain a longtemps contenue une rubrique recommandant à l’Evêque de bien veiller, lors de l’ordination d’un prêtre, à ce que celui-ci touche le calice et la patène, comme condition d’impression du caractère sacerdotal. De plus, selon eux le concile de Florence (1439 – 1445) aurait définit que c’était bel et bien cette partie de la cérémonie qui faisait de l’Ordinand un prêtre.

Nous allons ici répondre à cette objection.

Voici le plan de notre études :

I) Ce qu’ont dit le concile de Florence et Pie XII

II) L’ordination par l’impositin des mains : pratique constante de l’Eglise catholique

III) Explication de la définition du concile de Florence

A) Le concile de Florence reconnaît les ordinations par seule imposition des mains

B) L’imposition des mains était un préalable à la porrection des instruments

C) Le concile de Florence a imposé une matière accidentelle à la validité

I) Ce qu’ont dit le concile de Florence et Pie XII

Le concile de Florence a porté la définition suivante :

« Le sixième est le sacrement de l’ordre dont la matière est ce par transmission de quoi est conféré l’ordre. Par exemple la prêtrise est transmise par l’acte de tendre le calice avec le vin et la patène avec le pain. Le diaconat par la dation du livre des évangiles et le sous-diaconat par la remise du calice vide avec la patène vide placée au-dessus. Et pareillement des autres par l’assignation des objets concernant leurs ministères.

La forme du sacerdoce est la suivante : « Reçois le pouvoir d’offrir le sacrifice dans l’Eglise pour les vivants et les morts, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Et ainsi des formes des autres ordres, comme elles sont contenues amplement dans le pontifical romain. Le ministre ordinaire de ce sacrement est l’évêque. Son effet est l’accroissement de la grâce, pour que quelqu’un soit ministre qualifié du Christ. » (Bulle Exsultate Deo, 22novembre 1439, sur l’union avec les Arméniens)

Et Pie XII cette définition-ci :

« C’est pourquoi, après avoir invoqué la lumière divine, en vertu de Notre suprême Autori-té apostolique et en pleine connaissance de cause, Nous déclarons et, autant qu’il en est besoin, Nous décidons et décrétons ce qui suit : la matière et la seule matière des Ordres sacrés du diaconat, de la prêtrise et de l’épiscopat est l’imposition des mains ; de même, la seule forme sont les paroles qui déterminent l’application de cette matière, paroles qui signifient d’une façon univoque les effets sacramentels, à savoir le pouvoir d’ordre et la grâce de l’Esprit-Saint, paroles que l’Église accepte et emploie comme telles. Il s’ensuit que Nous devons déclarer, comme Nous le déclarons effectivement, en vertu de Notre Autorité apostolique, pour supprimer toute controverse et prévenir les angoisses des consciences, et décidons, pour le cas où dans le passé l’autorité compétente aurait pris une décision différente, que la tradition des instruments, du moins à l’avenir, n’est pas nécessaire pour la validité des Ordres sacrés du diaconat, du sacerdoce et de l’épiscopat. » de l’Église, on sait que ce qu’elle a établi, l’Église peut aussi le changer et l’abroger » (Constitution apostolique Sacramentum Ordinis, 30 novembre 1947, n°4)

La contradiction semble évidente. Toutefois, l’analyse de la pratique constante de l’Eglise catholique et du contexte du concile peremttra de faire disparaître toute difficulté.

II) L’ordination par l’impositin des mains : pratique constante de l’Eglise catholique

A la lecture de ce qui précède, on pourrait croire que l’Eglise catholique a « changé son dogme » (chose impossible) dans le temps. A la réalité rien n’est plus faux. L’étude historique nous prouve que l’Eglise catholique a toujours reconnu comma valide les ordinations faites par la seule imposition des mains, sans la porrection des instrument.

C’est d’abord une chose que Pie XII dit lui-même dans son document, ne faisant que rapporter une réalité factuelle constatable par tous :

« On reconnaît unanimement que les sacrements de la Nouvelle Loi, signes sensibles et producteurs de la grâce invisible, doivent et signifier la grâce qu’ils produisent et produire la grâce qu’ils signifient. Or, les effets que les ordinations diaconale, sacerdotale et épiscopale doivent produire et partant signifier, à savoir le pouvoir et la grâce, se trouvent, dans tous les rites en usage dans l’Église universelle, aux diverses époques et dans les différents pays, suffisamment indiqués par l’imposition des mains et les paroles qui la déterminent. De plus, nul n’ignore que l’Église romaine a toujours tenu pour valides les ordinations faites dans le rite grec sans la tradition des instruments. Aussi le Concile de Florence, où a été conclue l’union des Grecs avec l’Église romaine, ne leur a-t-il pas imposé de changer le rite de l’ordination ni d’y insérer la tradition des instruments. Bien plus, l’Église a voulu que même à Rome les Grecs fussent ordonnés selon leur propre rite. De là il ressort que, même dans la pensée du Concile de Florence, la tradition des instruments n’est pas requise de par la volonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la substance et pour la validité de ce sacrement. Si dans le temps elle a été nécessaire, même pour la validité, de par la volonté et le précepte de l’Église, on sait que ce qu’elle a établi, l’Église peut aussi le changer et l’abroger » (Constitution apostolique Sacramentum Ordinis, 30 novembre 1947, n°3)

Nous en avons plusieurs témoignages entre le concile de Florence et la définition de Pie XII. A commencer par l’éditeur français de cette Constitution, qui ajoute en note :

« L’Écriture et l’antiquité grecque et latine ne mentionnent que l’imposition des mains et la prière. C’est seulement vers le haut moyen âge et sans acte officiel de l’Église que la tradition des instruments s’est répandue en Occident et qu’elle a pénétré peu à peu dans l’usage romain. C’est le décret Pour les Arméniens, promulgué en 1439 à l’issue du Concile de Florence, qui fixa comme matière des divers ordres la tradition des instruments. Mais d’autre part, Rome continuait à considérer comme valides les ordinations orientales faites sans tradition des instruments. Dans son Instruction Presbyterii graeci (31/08/1595), Clément VIII exigeait qu’un évêque de rite grec fût présent à Rome pour conférer aux étudiants de sa nation l’ordination selon le rite grec. Dans la Bulle Etsi pastoralis (26/05/1742), pour les Italo-Grecs, Benoît XIV déclare : Episcopi graeci in ordinibus conferendis ritum proprium graecum in Euchologio descriptum servent. À plusieurs reprises, les Souverains Pontifes se sont prononcés dans le même sens.

La complexité de ces faits explique la diversité des opinions, qui se sont fait jour sur l’essence du sacrement de l’Ordre et qu’il est superflu d’énumérer ici. Peu à peu, l’opinion qui, s’inspirant de l’antiquité chrétienne et de la liturgie, n’admettait qu’un seul rite essentiel, l’imposition des mains avec l’invocation du Saint-Esprit, avait fini par rallier la grande majorité des théologiens. Il est évident que depuis la présente Constitution apostolique, elle est la seule thèse autorisée.

Reste à savoir quelle était la valeur du décret Pour les Arméniens, mentionné plus haut. D’après certains, le décret serait simplement une instruction pratique, d’ordre disciplinaire et pastoral. D’après le cardinal Van Rossum, dont l’ouvrage De essentia sacramenti Ordinis (Fribourg-en-Brisgau 1914), est fondamental en la matière, le décret serait doctrinal, mais pas définitif, ex cathedra, infaillible. Il en voit la preuve dans le fait que l’Église n’est jamais intervenue contre des opinions différentes. (Voir Dict. de théol. cath., art. « Ordre », surtout col. 1315 et suiv.). »

Le Pape Léon XIII, faisant d’ailleurs allusion à un décret précédent du Pape Clément XI, écrit :

« Une remarque s’impose : Gordon lui-même, il est vrai, alors en cause, et quelques consulteurs, invoquèrent entre autres motifs de nullité l’ordination de Parker avec le caractère qu’on lui attribuait à cette époque ; mais quand il s’agit de prononcer la sentence, on écarta absolument cette raison, comme le prouvent des documents dignes de toute confiance, et l’on ne retint comme motif qu’un défaut de forme et d’intention. Pour porter sur cette forme un jugement plus complet et plus sûr, on avait eu la précaution d’avoir en main un exemplaire de l’Ordinal anglican, que l’on compara aux formes d’ordination usitées dans les divers rites orientaux et occidentaux. Alors, Clément XI, après avis conforme des cardinaux dont l’affaire ressortissait, porta lui-même, le jeudi 17 avril 1704, le décret suivant : « Que Jean-Clément Gordon reçoive ex integro et absolute tous les Ordres, même les Ordres sacrés et surtout le sacerdoce, et s’il n’a pas été confirmé, qu’il reçoive d’abord le sacrement de Confirmation.»

Cette décision, remarquons-le bien, n’a tenu aucun compte du défaut de tradition des instruments, auquel cas l’usage prescrivait de renouveler l’ordination sous condition. Il importe encore davantage d’observer que cette même sentence du Pape concerne d’une façon générale les ordinations anglicanes. » (Encyclique Apostolicae Curae du 18 septembre 1896 – Sur les ordinations anglicanes)

Mgr Jean-Joseph GAUME écrit au sujet du sacrement de l’Ordre :

« L’imposition des mains et l’attouchement des vases sacrés sont la matière » (Catéchisme de persévérance, tome IV, Gaume et Cie éditeurs, 1889, p. 286)

L’abbé François SPIRAGO écrit dans son Catéchisme catholique populaire, qui connut un succès mondial foudroyant (traduit en sept langues) :

« Dans l’ordination, l’évêque impose les mains aux prêtres futurs et invoque le Saint-Esprit ; en outre il fait des onctions sur leurs mains et leur remet les vases sacrés. Par-là les ordinands reçoivent, avec des grâces abondantes, la puissance sacerdotale, et en particulier le pouvoir d’offrir le saint sacrifice de la messe et de remettre les péchés.

L’évêque confère les ordres pendant la sainte messe. Ceux qui vont être ordonnés prêtres se prosternent d’abord le visage contre terre, puis l’évêque impose les deux mains sur la tête de chacun, entonne l’hymne Veni Creator Spiritus, pendant le chant de laquelle il fait des onctions en forme de croix dans l’intérieur des mains des ordinands et leur donne par là le pouvoir de bénir et de toucher la sainte Hostie. Il leur fait ensuite toucher le calice et la patène, leur donne le pouvoir d’offrir le saint sacrifice de la messe et leur adresse en outre les paroles de Jésus-Christ : « Recevez le S. Esprit : les péchés seront remis, etc. » Enfin les nouveaux prêtres promettent à l’évêque obéissance et respect. L’onction des mains et la tradition des vases sacrés sont des cérémonies accessoires qui n’existaient pas avant le IXe siècle, et qui ne se trouvent pas aujourd’hui dans l’Église grecque. L’ordination ne donne pas seulement le pouvoir sacerdotal, mais aussi la grâce. « L’ordination donne le S. Esprit. » (Conc. Tr, XIII, 2). » (Catéchisme catholique populaire, IIIè partie Sources de la grâce, II. Les sacrements, VI. L’Ordre, 1903, page 529)

On peut alors se demander pourquoi le concile de Florence a porté une définition à l’apparence aussi étrange ! C’est ce que nous allons voir immédiatement.

III) Explication de la définition du concile de Florence

A) Le concile de Florence reconnaît les ordinations par seule imposition des mains

Le concile de Florence a, au moins implicitement, reconnu comma valide les ordinations grecques, effectuées par la seule imposition des mains.Nous rappelons ce que nous rapportions plus haut de Pie XII :

« Aussi le Concile de Florence, où a été conclue l’union des Grecs avec l’Église romaine, ne leur a-t-il pas imposé de changer le rite de l’ordination ni d’y insérer la tradition des instruments. Bien plus, l’Église a voulu que même à Rome les Grecs fussent ordonnés selon leur propre rite. De là il ressort que, même dans la pensée du Concile de Florence, la tradition des instruments n’est pas requise de par la volonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la substance et pour la validité de ce sacrement. » (Constitution apostolique Sacramentum Ordinis, 30 novembre 1947, n°3)

De plus, une telle différence dans la matière essentielle du sacrement de l’Ordre, entre deux régions du monde n’aurait pas pu passer innaperçye au concile. Le Père Joseph de GUIBERT, SJ rapporte :

« [L]es Pères de Florence se sont-ils rendu compte que les Grecs employaient comme matière la seule imposition des mains ? Arcudius [de concordia, VI, c. 5 sub finem (éd. 1672, p. 516)] et bien d’autres répondent sans hésiter : évidemment ; comment les théologiens latins, qui ont interrogé les Grecs sur tant de points minimes, auraient-ils pu passer celui-là sous silence ? N’avaient-ils pas en mains le rituel des Grecs ? [ibid, p. 5l6 : l’auteur parle d’un Euchologe que le prêtre grec Georges de Crète offrit dans le Concile au Cardinal Julien Cesarini] Et pour les Arméniens la question n’avait-elle pas été explicitement soulevée par les Errores n. 92-94 cités plus haut ? [P. (36, not. 2)]. » (Article « Le décret du concile de Florence pour les Arméniens, sa valeur dogmatique », in : Revue de littérature ecclésiastique, tome X, année 1919, pages 210-211)

Ainsi, le même concile n’a pas pu approuver, même implicitement deux matières essentielles différentes pour le même sacrement.

Le même rapporte que pour régler la question que soulevait le décret du concile de Florence, qu’on ne comprenait plus, au sujet de la matière du sacrement de l’Ordre :

« En 1639, Urbain VIII faisait réunir à la Propagande une Commission pour préparer une édition revue de l’Euchologe grec [Il cite le décret ad Armenos (Exerc. I, c. 3, n. 10) qui « evidenter confirmat » sa manière d’entendre la distinction de matière et de forme. Pour le caractère (Exerc. III. c. 1) dans le sommaire il annonce que duo concilia generalia rem dubiam (son existence) definierunt ; puis dans son exposé parle seulement de Trente (éd. 1695, p. 15). Enfin (Exerc. VII, c .5, n. 2), il admet que l’Eglise a pu imposer la tradition des instruments aux Occidentaux, même sous peine d’invalidité, pourvu qu’on ne prétende pas qu’elle a, du coup, rendu invalides celles des autres rites ; mais rien du décret ad Armenos.] : quand on en vint à examiner les rites de l’ordination, le rapporteur, Vincent Richard, théatin, considérant la question comme définitivement tranchée par le Concile de Florence, demanda qu’on changeât la matière du sous-diaconat (imposition des mains) du rituel grec en lui substituant celle qui seule était valide, celle de l’Eglise latine. D’autres membres de la Commission, par exemple le cistercien Hilarion, s’y opposèrent, faisant remarquer que l’Eglise, jusque là, avait toujours accepté comme valides les ordinations faites suivant le rite qu’on voulait proscrire : c’est ce fait indéniable qu’Arcudius objectait lui aussi à ceux qui, déjà quinze ans avant, révoquaient en doute la valeur des ordres grecs.

Le 9 juillet, on adjoignit à la Commission de nouveaux consulteurs parmi lesquels le célèbre converti oratorien, Jean Morin, qui, partant du principe que les ordres conférés dans l’Eglise grecque avant le schisme étaient sûrement valides, montra ensuite que les rites actuels des Grecs étaient les mêmes que ceux d’autrefois et ainsi fit définitivement trancher la question en leur faveur. Restait la difficulté du Concile de Florence : Morin, si on en juge par son de Sacris ordinationibus, ne paraît guère avoir été impressionné par elle : dans ses Exercitationes VII et IX sur la matière de la prêtrise et du diaconat, il ne la discute même pas [GASQUET, p. 632. Cette formule signalée par une note de la Zeitschrift Kath. Theologie, 1901, p. 562, a été, d’après elle, reproduite de divers côtés, peut-être un peu trop comme une déclaration authentique sur la valeur du décret de Florence. On peut regretter que D. Gasquet n’en ait pas donné le contexte, ni la source exacte.], la décision de la question appartenant pour lui quasi exclusivement aux documents liturgiques. A la Commission, la majorité rejeta l’opinion du premier rapporteur : le Concile de Florence, supposant l’imposition des mains que les Arméniens avaient déjà comme les Grecs, s’était contenté de leur indiquer la matière plus complète qu’en fait on leur demandait d’adopter pour plus de conformité avec les Latins. Le document n’était pas une définition sur la nature du sacrement, mais simplement une instruction pratique pour les Arméniens (in praedicta instructione definitiom de fide non contineri) » [Le cardinal VAN ROSSUM (de Essentia Sacr. Ordinis, 1914, p. 13, 31, 41, 44 et 50) donne une série fort abondante de références sur ces tentatives.]

Cette dernière solution fit, fortune lorsque les travaux de Morin et des autres liturgistes du XVIIième siècle eurent mis en pleine évidence l’origine relativement récente de la tradition des instruments, même dans l’Eglise latine. On ne pouvait plus, dès lors, maintenir l’invariabilité absolue de la matière du sacrement qu’en la réduisant à la seule imposition des mains, puisque seul ce rite se trouvait partout : il y eut bien quelques tentatives pour essayer de conserver et la thèse de l’invariabilité et celle de la tradition des instruments ou, tout au moins, de la double matière [VAN ROSSUM, ibid., p. 52-56, montre très bien le progrès de cette opinion dans la littérature théologique depuis la fin du XVIIième siècle. Le P. d’Alès l’a rendu encore plus visible par le tableau qu’il a dressé dans les Recherches de Science religieuse (1919, p. 120) en analysant le livre du cardinal : on peut toutefois le noter, pour apprécier justement ce renversement de tendances, il ne faut pas oublier que les opinions 1 à 5 énumérées par le cardinal ne sont que des variantes du même système maintenant toujours la tradition des instruments comme matière au moins partielle de l’ordre et donc (ce qui nous importe ici) acceptant le texte de Florence dans son sens obvie. Si l’on veut se rendre compte combien cette question était agitée au moment on écrivait Morin, on vent voir la série de thèses soutenues en Sorbonne en 1639 et citées par D. Ménard, dans son commentaire sur le Sacramentaire Grégorien (dans MIGNE, P. L., 78, 493, n. 757).] : mais c’était s’acculer à des solutions artificielles et à de vraies acrobaties exégétiques. A partir de la fin du XVIIième siècle chez les auteurs qui se refusent à admettre aucun pouvoir de l’Eglise sur les conditions de validité des sacrements et veulent cependant tenir compte des données historiques, c’est la seule imposition des mains qui est maintenue comme matière de l’ordre [Ici encore, il suffit de renvoyer à la longue liste de références du cardinal VAN ROSSUM (loc. cit., p. 54).] et, comme le sens du décret de Florence est par trop clair, il faut admettre que ce Concile n’a nullement voulu définir la question, mais a simplement donné une instruction pratique ou tout au plus un enseignement non infaillible.

Déjà, en 1612, Becanus expliquait que le Concile avait voulu parler seulement de la matière accidentelle de l’ordre (de Sacrament., c. 24, q. 4, n. 6-7) ; Coninck, en 1615, estimait qu’il avait simplement entendu « aliquid exempli gratia narrare ». Dom Ménard (dans Migne, P. L. 78, 494) parle de matière accessoire ou intégrante ; Tournely (de Ordine, q. 3, concl. 1, ad 1) lui aussi n’ose pas suivre ceux qui nient purement et, simplement l’autorité du document et reprend la même formule : matière accessoire que le Pape désire voir les Arméniens ajouter à l’imposition des mains qu’ils avaient déjà. L’adhésion de Benoît XIV à cette explication (de Synodo, VIII, c. 10, n. 8) achève de lui rallier les suffrages, celui en particulier de saint Alphonse de Liguori (Theol. Moral. VI, tract. 1, n. 12). C’est depuis lors l’interprétation ordinaire de ceux qui veulent sauvegarder à la fois l’autorité du décret et la thèse de l’imposition des mains, seule matière : ainsi les cardinaux d’Annibale et Gasparri, dans les textes cités au début de cet article ; ainsi Pesch (Praelectiones, t. 7, n. 628), ainsi Perrone, (de Ordine, n. 126), Knoll a Bulsano (t. 5, p. 593, tract. 2, c. 6, a. 3), Schanz (Lehre von Sakrament, 1893, n. 51, p. 684), Pohle (Dogmatik 4. ed., III (1910), p. 555), etc. [J’ai moi-même défendu ce point de vue dans une chronique de la Revue Pratique d’Apologétique (1914, t. 19, p. 211-227) où on trouvera d’autres indications]. » (Article « Le décret du concile de Florence pour les Arméniens, sa valeur dogmatique », in : Revue de littérature ecclésiastique, tome X, année 1919, pages 91-94)

Mais alors pourquoi avoir imposé aux Arméniens la porrection des instrument ?

B) L’imposition des mains était un préalable à la porrection des instruments

Le décret concernait les Arméniens, et les Arméniens seuls. L’histoire religieuse des Arméniens nous livre cette précieuse information par l’un des événements les plus importants de son histoire. Le Père Joseph de GUIBERT rapporte :

« Avec les Arméniens, la question avait été soulevée par les Frères-Unis (Errores, n. 92, 94). Mais le Concile de Sis la résolut précisément, en montrant que la tradition des instruments existait chez eux aussi. Et, fait significatif, les paroles qui accompagnent la tradition du pain consacré au nouveau prêtre sont, d’après le P. Tournebize, par exemple : « Reçois, car tu as obtenu le pouvoir, par la grâce de Dieu, de consacrer et de célébrer… » [Histoire pol. et relig. de l’Arménie, p. 601. DENZINGER. Ritus Orientalium, II, 315, cf. 274 donne d’après Richter les formules « Accipe et suscipe potestatem et facultatem a Spiritu Sancto signandi… » d’après Serpos : « Accipe, quoniam suscepisti… » et d’après Cralano : « Accipe, suscipe : accepisti enim potestatem… »] Il est clair qu’il s’agit d’une cérémonie symbolique du pouvoir déjà reçu » (Article « Le décret du concile de Florence pour les Arméniens, sa valeur dogmatique », in : Revue de littérature ecclésiastique, tome X, année 1919, page 212)

Pour les Arméniens, la tradition des instruments était donc une suite logique de l’imposition des mains, et elle ne pouvaient avoir lieu sans cette seconde. L’Eglise catholique n’a donc jamais autorisé d’ordonner des prêtres sans imposition des mains, elle simplement ordonner un rite de plus, comme complément à cette imposition.

Le Père de GUIBERT ne partage pas la conclusion que nous tirons de certains éléments de son exposé :

« Dire qu’il n’a voulu parler que de la matière accessoire, intégrante, la matière essentielle étant suffisamment connue, cela n’a pas de sens. La matière essentielle du Baptême ou de l’Eucharistie était-elle moins connue, moins clairement exprimée dans l’Ecriture ? et, du reste, tout le monde en convient, dans le texte de saint Thomas, c’est bien de la matière essentielle qu’il s’agit : or, ce texte, le Concile l’a fait sien et rien n’autorise à supposer qu’il en a ainsi changé le sens du tout au tout ; sans compter que ce sens nouveau est inintelligible en fonction du vocabulaire théologique courant au XVième siècle. Avec une pareille exégèse, il serait facile de se débarrasser de n’importe quel texte conciliaire. » (Article « Le décret du concile de Florence pour les Arméniens, sa valeur dogmatique », in : Revue de littérature ecclésiastique, tome X, année 1919, page 210)

Nous ne sommes pas d’accord avec cette conclusion. En effet, comme nous allons le voir immédiatement, le même concile de Florence reconnaissait comme valide les ordinations latines et grecques par la seule imposition des mains. Il est donc impossible que le même concile ait reconnu comme valide d’autres ordinations sans l’imposition des mains. Il est possible que saint Thomas d’Aquin n’ait simplement pas connu le rituel d’ordination grec, dans lequel ne se trouve pas la porrection des instruments et qui est reconnu comme valide par l’Eglise catholique. S’il l’avait connu, jamais il n’aurait dit ce qu’il a dit. Lorsque le Père de GUIBERT écrit au sujet de ce que dit saint Thomas au sujet de la matière du sacrement de l’Ordre : « rien n’autorise à supposer qu’il [le concile] en a ainsi changé le sens du tout au tout », nous répondons avec ce que nous venons de dire : ce qui l’autorise c’est le constat que le concile connaissait le rite d’ordination grec, tandis ce que saint Thomas non.

C) Le concile de Florence a imposé une matière accidentelle à la validité

Mais, la réponse à cette objection, nous l’avons déjà donné en citant Pie XII :

« Si dans le temps elle a été nécessaire, même pour la validité, de par la volonté et le précepte de l’Église, on sait que ce qu’elle a établi, l’Église peut aussi le changer et l’abroger » (Constitution apostolique Sacramentum Ordinis, 30 novembre 1947, n°3)

Ainsi, l’Eglise n’a jamais enseigné que la « tradition des instruments » était de droit divin la matière du sacrement de l’Ordre. Elle a simplement poser une obligation de droit ecclésiastique pour la validité de ce sacrement en l’imposant. Et cette règle une fois établie par l’autorité de l’Eglise pouvait aussi bien être abrogée par elle. De la même manière, l’Eglise a poser une nullité de droit ecclésiastique aux mariages des prêtres, alors qu’en soi un prêtre pourrait se marier validement : dans premiers siècles, les mariages de prêtre étaient considérés comme valides quoi que comme des péchés.

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Cette entrée a été publiée le 17 mars 2019 par dans Foi Catholique.
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