+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Qui doit résoudre les controverses en matière de foi ? Preuves tirées de l’Écriture Sainte

Réfutation du ‘sola scritura’ : ici

S.-ROBERTO-BELLARMINO1

« Saint Robert Bellarmin, cardinal de l’Église Romaine, de la Compagnie de Jésus, qui, au lendemain de sa très sainte mort, était proclamé homme supérieur, théologien insigne, défenseur acharné de la foi catholique, marteau des
hérétiques. » (Pie XI)

Sur ces mots du Pape, c’est à saint Robert Bellarmin (1542-1621) que nous laissons la parole en citant De Verbo Dei, l. III, c. III, c. IV et c. V. :

I. Présentation de la question : qui doit juger sur les controverses relatives à la foi ?

Comme l’Écriture est obscure, et qu’il s’ensuit donc qu’il faut un juge, une autre question se pose. Faut-il demander l’interprétation de l’Écriture à un juge unique, visible et commun, ou faut-il la laisser au jugement d’un chacun ? C’est une question très lourde de conséquences, et c’est d’elle que dépendent toutes les controverses. […]

Nos adversaires conviennent, tout comme nous, que les Écritures doivent être interprétées par l’Esprit qui les a faites, l’Esprit Saint. C’est ce qu’enseigne saint Pierre dans sa seconde Épître, c. I : « Comprenant d’abord que toute prophétie de l’Écriture ne relève pas de l’interprétation propre. Car, une prophétie n’est pas le produit d’une volonté humaine, mais c’est inspirés par l’Esprit saint qu’ont parlé les saints de Dieu. » Saint Pierre enseigne là que les Écritures ne doivent pas être expliquées par l’intelligence propre à chacun, mais sous la dictée du Saint Esprit, car elles n’ont pas été écrites par l’esprit humain, mais sous l’inspiration du Saint-Esprit.

Toute la question se résume donc ainsi : où est cet Esprit ? Car nous estimons, nous, que, bien qu’il soit accordé souvent à des hommes privés, le Saint-Esprit se trouve dans l’Église, c’est-à-dire dans un Concile d’évêques confirmé par le Pasteur suprême de toute l’Église, ou dans le Pasteur suprême accompagné d’une assemblée d’autres pasteurs. Nous ne voulons pas discuter présentement du Pape et des Conciles, si le Pape peut seul décider quelque chose, ou le Concile seul. Nous parlerons de cela en son lieu et place. Mais nous disons ici, en général, que le juge du vrai sens des Écritures et de toutes les controverses est l’Église, c’est-à-dire le Pape et les Conciles que reconnaissent tous les catholiques. C’est ce que dit en toutes lettres le concile de Trente à la quatrième session.

Or, tous les hérétiques de notre temps enseignent que l’Esprit Saint, interprète de l’Écriture, n’est lié ni aux évêques ni à aucune sorte d’hommes, et que, en conséquence, chacun doit être le juge suprême, soit en suivant son inspiration, s’il a le don d’interprétation, soit en se faisant l’adepte de quelqu’un qu’il verra doté de cet esprit. […]

II. Témoignages de l’Ancien Testament en faveur de la position des catholiques :

Nous allons maintenant prouver la position des catholiques d’abord par des témoignages de l’Ancien Testament. Nous tirons le premier témoignage d’Exode, chapitre XVIII. Nous y lisons que quand le peuple de Dieu a commencé à prendre la forme d’une république ecclésiastique, Moïse siégeait comme prince et chef de cette assemblée, et résolvait tous les doutes qui surgissaient sur la loi de Dieu. Il ne renvoyait personne à la révélation de son esprit personnel. De même, quand, d’après le conseil de son beau-père, il institua des magistrats mineurs, il s’est toujours réservé les doutes qui se rapportaient à la religion. Il agit certainement ainsi afin que nous comprenions qu’il doit y avoir un tribunal commun à qui tous demandent l’interprétation de la Loi divine, et auquel tous obéissent.

Quelques-uns cherchent à éluder cet argument en disant que Moïse fut un prince politique, non un pontife ou un prêtre, que c’était Aaron qui était le pontife suprême. Et en conséquence, on ne peut déduire de ce passage que c’est aux Pontifes qu’il revient de porter un jugement en matière de foi, plutôt qu’aux rois. Je réponds que Moïse fut pontife, le Pontife suprême, et plus grand qu’Aaron. Non un pontife ordinaire qui aurait des successeurs, et c’est ce que fut Aaron, mais un pontife extraordinaire spécialement établi par Dieu. Comme, dans le Nouveau Testament, tous les Apôtres n’étaient pas plus grands que Pierre ni absolument semblables, mais ils étaient, en quelque manière, égaux à lui en pouvoir ecclésiastique, comme saint Cyprien l’enseigne dans son traité De Unitate Ecclesiæ. Avec pourtant cette différence que Pierre était le pasteur ordinaire de toute l’Église, qui seul devait avoir des successeurs semblables à lui; et que le pouvoir extraordinaire que possédaient les autres ne devait pas passer à leurs successeurs. Que Moïse ait été prêtre, David l’atteste dans le Psaume XCVIII : « Moïse et Aaron, parmi ses prêtres, et Samuel, parmi ceux qui invoquent son nom. »

Mais on nous rétorque que Moïse est appelé prêtre parce qu’il était premier-né, comme on lit en II Rois VIII que les fils de David étaient prêtres. Au contraire. Si, en ce lieu, on appelait prêtres des premiers-nés, Samuel lui-même qui était un premier né aurait été appelé prêtre. Ce que ne fit pas David, car il savait que Samuel avait été un juge et non un prêtre. Il ne faisait pas partie de la famille d’Aaron, mais de celle de Coré, son cousin germain, comme on le voit au sixième chapitre du premier livre des Chroniques. Que Moïse ait été vraiment et proprement un prêtre, le livre de l’Exode aux chapitres XXVIII et XXIX nous le montre clairement. Nous le voyons là exercer toutes les fonctions sacerdotales. En effet, il sacrifie, enseigne, consacre des vêtements, et qui plus est, oint et initie des pontifes et des prêtres. Que Moïse était pontife tous les anciens l’enseignent. Philon dans le troisième livre de sa Vie de Moïse, saint Grégoire de Nazianze dans le discours qu’il a fait en présence de saint Grégoire de Nysse, saint Augustin dans son commentaire du Psaume XCVIII, saint Jérôme au premier livre contre Jovinien, dans lequel il montre que Samuel ne fut pas un prêtre.

Le second témoignage nous le tirons de Deutéronome, c. XVII, où est présentée une règle générale : « Si tu te rends compte qu’il t’est difficile de porter un jugement sur telle ou telle cause, telle ou telle lèpre, et que les opinions varient dans ta maison, lève-toi et monte au lieu que le Seigneur ton Dieu a choisi, tu viendras voir un prêtre de la tribu de Lévi et un juge qui sera en fonction à ce moment, et tu leur demanderas de te montrer la vérité du jugement. Et tu feras comme te diront ceux qui président dans le lieu que le Seigneur a choisi. Ils t’enseigneront selon la Loi de Dieu, et tu suivras leur sentence, et tu ne t’en détourneras ni à gauche ni à droite. Celui qui, par orgueil, ne voudra pas obéir à la décision du prêtre, ministre du Dieu très haut, sera condamné à mort par le juge. » Ce passage montre clairement que ceux qui doutent ne sont pas renvoyés à leur esprit propre, mais à un juge vivant, le prêtre suprême.

Mais Brentius fait l’objection suivante. Ce précepte est conditionnel, parce qu’on y dit : « Tu feras ce que te diront ceux qui président dans le lieu, et ils t’enseigneront d’après sa loi. » Ce texte semble laisser entendre qu’on ne doit s’en tenir au jugement du prêtre que s’il présente un témoignage de la Loi. Je réponds que ce « ils t’enseigneront » n’existe que dans l’édition de la Vulgate que les Luthériens n’acceptent pas; que ces mots n’évoquent pas une condition, mais une assertion ou une promesse. Car, il n’a pas voulu dire : Tiens-en toi au jugement du prêtre s’il enseigne selon la Loi, car ils auraient été encore plus perplexes qu’ils ne l’étaient auparavant. Et ils n’avaient pas de raison de se rendre chez un prêtre s’ils étaient capables par eux-mêmes de juger leur cause avec la Loi de Dieu. Ce n’aurait pas été alors le prêtre qui aurait été juge, mais eux-mêmes, puisqu’ils auraient eu à juger le jugement du prêtre. Ce n’était donc pas une condition, mais une promesse. Car Dieu veut sécuriser le peuple qui acquiesce au jugement du prêtre. Et c’est ce qu’il fait quand il ajoute qu’il jugera conformément à la Loi de Dieu.

Brentius a une autre objection à faire. Dans ce passage, ce n’est pas seulement à un prêtre, mais à un juge que sont envoyés ceux qui doutent. Or, le juge était un prince politique. Je réponds que par juge on peut entendre ici le Prince des prêtres. Car, en hébreu, nous avons « monte vers des prêtres et un juge ». C’est comme si il disait : monte au conseil des prêtres, et à leur prince, le Souverain Pontife. Je dis, en deuxième lieu, que si nous entendons par juge un prince civil, nous aurons affaire à des fonctions distinctes. Car, au prêtre, est attribuée la sentence définitive, et au juge l’exécution dans le cas des contumaces. C’est bien ce qui est écrit : « l’orgueilleux qui ne voudra pas obéir au commandement du prêtre mourra d’un décret du juge. »

On nous fait une troisième objection. Il n’est pas question ici de doutes religieux, mais politiques. Je réponds que c’est faux. Car la loi est générale, et elle porte sur tous les doutes qui viennent de la Loi. De plus, l’occasion de cette loi fut l’adoration de dieux étrangers, comme on le voit au début du chapitre : servir d’autres dieux est un crime qui relève de la religion.

Le troisième témoignage vient d’Ecclésiaste, c. XII : « Les paroles des savants sont des aiguillons, comme des clous fixés dans le ciel, des paroles de maîtres données par un pasteur unique. Ne cherche rien de plus, mon enfant. » Salomon enseigne qu’il ne faut pas rechercher davantage, mais donner son assentiment quand la sentence est portée par le pasteur suprême, surtout parce qu’il est accompagné du conseil des sages. Si ces choses-là sont dites du prêtre de l’Ancien Testament, on peut d’autant plus les dire du prêtre du Nouveau Testament, lui qui a reçu de Dieu des promesses beaucoup plus grandes.

Le quatrième témoignage est d’Aggée, c. II : « Le Seigneur des armées a dit ces choses : interroge les prêtres au sujet de la Loi » Également Malachie, c. II : « Les lèvres du prêtre garderont la science, et c’est de sa bouche qu’on s’informera de la Loi, parce qu’il est l’ange du Seigneur des armées. » Ces paroles nous font comprendre qu’il ne revient pas aux hommes privés de juger du sens de la Loi de Dieu, mais au prêtre, parce que, étant l’ange, c’est-à-dire l’envoyé de Dieu, c’est à lui que revient le devoir d’expliquer la Parole de Dieu.

Et enfin ce denier témoignage qui nous vient du deuxième livre des Chroniques, chapitre XIX. Voici ce que dit aux prêtres le très bon roi Josaphat : « Toute cause qui viendra vers vous de la part de vos frères qui habitent dans leurs villes, à chaque fois qu’il sera question de loi, de commandement, de cérémonies, et de justification, jugez la dans le Seigneur, pour qu’ils ne pèchent pas. Amarias, votre prêtre et votre Pontife présidera dans les choses qui se rapportent à Dieu. Et Zabadias, fils d’Ismaël, qui est chef dans la maison de Juda, présidera sur les fonctions qui relèvent du pouvoir royal. » Vous voyez ici que le roi indique clairement ce qui relève du pouvoir royal et qu’il attribue au seul Pontife la solution des doutes qui proviennent de la Loi.

III. Preuves tirées du Nouveau Testament :

Venons-en maintenant au Nouveau Testament. Le premier témoignage vient de Matthieu, c. XVI : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, etc. » Car on n’entend pas seulement, par ces clefs, le pouvoir d’effacer les péchés, mais tous les liens, tous les empêchements sans la rémission desquels on ne peut pas entrer dans le royaume des cieux. C’est une promesse générale, car Jésus n’a pas dit « tout ce qui », mais « tout ce que », pour que nous comprenions que ce sont tous les nœuds qui peuvent être dénoués par Pierre et ses successeurs, soit en dispensant des lois, soit en relâchant les punitions des pécheurs, en définissant des dogmes, ou en mettant fin à des controverses. Mais nous en dirons davantage sur ce sujet dans le livre sur les Souverains Pontifes.

On peut trouver un autre témoignage dans Matthieu, c. XVIII : « S’il n’écoute pas l’Église, qu’il soit pour toi comme un païen et un publicain. » Il est à signaler ici que le Seigneur parle des injures que quelqu’un reçoit d’un autre. Mais, à plus forte raison, peut-on penser qu’il parle des injures qui se font envers toute l’Église, et envers Dieu lui-même, comme est l’hérésie. Car celui qui a ordonné de présenter un adultère au jugement de l’Église, ordonne certainement la même chose pour un hérétique. Or, il n’est pas possible que quelqu’un soit amené devant l’assemblée de tous les fidèles. Par le nom d’Église on doit donc entendre les prélats, comme l’expose saint Jean Chrysostome, ou, comme d’autres le veulent, l’assemblée des prélats. L’homme ne parle, n’écoute que par sa tête, et pourtant, on dit que c’est l’homme qui parle et qui écoute; l’Église, de même, parle et écoute par ses pasteurs. Si donc quelqu’un n’écoute pas l’Église, c’est-à-dire les pasteurs de l’Église, il doit être considéré comme un païen ou un publicain. Il s’ensuit donc que le jugement des pasteurs est le jugement ultime.

Troisième témoignage. Matthieu, c. XXIII : « Sur la chaire de Moïse sont assis les Scribes et les Pharisiens. Ce qu’ils vous diront conservez-le et faites-le. Mais leurs œuvres ne les imitez pas. » Il y a ici trois choses à noter. D’abord, tout au long de ce chapitre Jésus a vilipendé les vices des Scribes et des Pharisiens. Et parce que les faibles pouvaient en conclure qu’on ne doit pas croire les prélats parce qu’ils vivent mal, il a voulu, dès le début du chapitre, enseigner clairement qu’on doit suivre leur doctrine, en dépit de leur mauvaise vie. Ensuite, notons avec saint Cyprien (épître LXVI), que jamais le Seigneur ou les Apôtres ne font de reproches aux pontifes ou aux prêtres des Juifs en leur donnant le nom de prêtres ou pontifes, mais en les appelant Scribes et Pharisiens. Pour ne pas sembler critiquer la chaire ou le sacerdoce, et pour que nous comprenions qu’il faut toujours rendre honneur au sacerdoce et au pontificat, même si la personne qui siège dans la chaire de vérité est moralement moins bonne. Ce passage nous montre que les hérétiques de notre époque qui insultent et bafouent les prêtres et les évêques, et le Souverain Pontife lui-même, n’ont rien en commun avec les mœurs du Seigneur et des Apôtres.

La troisième chose à noter est que ce que le Seigneur dit de la chaire de Moïse doit s’entendre à plus forte raison de la chaire de Pierre. Car c’est ainsi que les anciens l’ont compris, et surtout saint Augustin dans son épitre LIII : « Même si dans cet ordre des évêques, qui va de Pierre à Anastase, qui occupe maintenant la même chaire, un traître parvenait à s’infiltrer, cela n’affecterait ni l’Église ni les chrétiens innocents, auxquels le Christ a dit, en prévoyant les mauvais préposés : faites ce qu’ils disent, ne faites pas ce qu’ils font. »

Le quatrième témoignage est celui de saint Jean, à la fin de son Évangile. « Simon Pierre, pais mes brebis. » Ici aussi, il faut noter trois choses. D’abord, ce que le Seigneur a dit à Pierre, il l’a dit aussi à ses successeurs. Car Jésus n’a pas voulu pourvoir à son Église pendant vingt-cinq ans seulement, mais tant que durerait le monde. Ensuite, ce « pais » s’entend principalement de la doctrine, car c’est ainsi qu’on nourrit des brebis rationnelles. Jérémie, c. III : « Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur, qui vous paîtront de science et de doctrine ». Enfin, ce « brebis » signifie tous les chrétiens. Celui qui ne veut pas être nourri par Pierre ne fait pas partie du troupeau du Christ.

Il s’ensuit que Pierre et ses successeurs ont reçu comme mission particulière d’enseigner tous les chrétiens. On ne peut comprendre mieux la signification de ces paroles qu’en disant qu’a été confiée à Pierre et à ses successeurs la charge d’enseigner ce que l’on doit croire comme doctrine de foi. Car si on ne voit dans ce passage que des prédicateurs, ce précepte ne pourra jamais être observé. Le Pape ne peut pas, en effet, prêcher à tous les chrétiens; et il n’est pas nécessaire qu’il le fasse puisque, dans toutes les églises, il y a des prédicateurs.

Si on entend ce passage au seul sens de commentaires sur la Sainte Écriture, à savoir que ceux que le Pape ne peut pas rejoindre par la prédication orale, il doit leur donner un enseignement écrit, ce serait faire un grave reproche à plusieurs saints Souverains Pontifes qui n’ont rien fait de tel. Le Seigneur parle donc d’une chaire particulière d’enseignement pour toute l’Église, qu’il a établie pour que tous puissent croire. C’est de cette façon qu’a compris ce passage saint Jérôme dans sa lettre XV au pape Damase au sujet du mot hypostase. Dans cette lettre, il demande au souverain pontife une explication sur une controverse en matière de foi : « Au pasteur, je demande le secours qu’il doit donner à ses brebis. »

Le cinquième témoignage est de Luc XXII : « J’ai demandé pour toi que ne défaille pas ta foi. Et toi, quand tu seras revenu à toi, confirme tes frères. » De ce passage saint Bernard déduit que le Pape, quand il enseigne du haut de sa chaire de vérité, ne peut pas errer (épître CXC à Innocent II), et avant lui Lucius Ier dans son épître aux évêques espagnols et gaulois, Félix Ier dans son épitre à Benignun, Marc dans son épître à saint Athanase, Léon le Grand, au Sermon III, sur son élévation au Pontificat, Léon IX, dans son épitre au Patriarche Pierre d’Antioche, Agathon, dans son épître à l’empereur Constantin, qui a été lue au sixième Concile, et a approuvée par tout le Concile, Pascal II, dans le concile romain, d’après la chronique de l’abbé Uspergensem. Auxquels j’ajoute, que les hérétiques le veuillent ou non, Innocent III, dans sa lettre Majores, sur le baptême et de son effet. Il est certain que si le Pontife romain ne peut pas errer quand il enseigne du haut de sa chaire de vérité, il faut accepter son jugement; et c’est lui qui doit être le juge suprême.

Le sixième témoignage vient des Actes des Apôtres, c. XV. Car, nous lisons là que, quand s’est posée une grave question au sujet de la foi, à savoir si les païens convertis devaient observer la Loi de Moïse, on n’a pas renvoyé chacun à son propre jugement, mais à un concile tenu à Jérusalem, présidé par Pierre. C’est Pierre qui a parlé d’abord au nom de tous, et ensuite Jacques (en sa qualité d’évêque de Jérusalem), a confirmé la décision de saint Pierre. Et on a mis fin à ce différend en disant : « Il a paru bon au Saint-Esprit et à nous. » Ce texte démontre clairement que la sentence d’un concile présidé par Pierre est la sentence du Saint-Esprit. Et, à la fin du même chapitre, nous lisons que, partout où il allait, saint Paul avait coutume d’ordonner qu’on observe le décret de ce concile, c’est-à-dire qu’on l’accepte, sans porter de jugement sur cette décision de l’Église

Le septième passage est dans l’Épître aux Galates, c. II : « Je suis monté à Jérusalem avec Barnabé, j’ai parlé de l’Évangile que je prêche aux Gentils en particulier à ceux qui semblaient être quelqu’un, pour ne pas avoir couru en vain, et pour ne pas courir en vain dans le futur. » Quels étaient ceux qu’il allait rencontrer, le texte l’indique plus bas, ce sont Pierre, Jacques et Jean. Expliquant ce texte, Tertullien (Adversus Marcionem, l. IV), saint Jérôme (dans son épître CXII à Augustin, qui est la soixante-quinzième des épitres de saint Augustin), saint Augustin (Contra Faustum, l. XXVIII, c. 4) affirment éloquemment que l’Église n’aurait pas cru à Paul si son Évangile n’avait pas été confirmé par Pierre. C’était donc à Pierre alors, et à ses successeurs aujourd’hui, qu’il revenait et qu’il revient de juger de la doctrine de la foi.
Le huitième témoignage est dans I Corinthiens c. XII : « À l’un est donné par l’Esprit un discours de sagesse, à un autre l’interprétation des discours, à un autre les prophéties. » Ici, il est dit clairement que n’a pas été donné à tous le don d’interpréter les Écritures. C’est ce qu’enseigne saint Pierre (II Pierre c. I) : « Toutes les prophéties de l’Écriture ne relèvent pas d’une interprétation personnelle. » On ne peut, en effet, sans le don surnaturel d’interprétation bien expliquer l’Écriture. Il découle clairement de ces textes que le juge du véritable sens de l’Écriture n’est pas un homme privé. Car, que fera-il celui qui n’a pas l’Esprit ? Et qui sera certain de posséder ce don, quand on sait qu’il n’est pas donné à tous, et qu’on ne sait pas à qui il est donné. Il nous reste donc à reconnaître pour juge la seule Église, dont on ne peut douter qu’elle possède l’Esprit de Dieu, qu’elle enseigne à ses fils sans erreur, étant la colonne et le firmament de la vérité. Même Luther l’a reconnu dans son livre De Potestate Papæ : « D’aucun homme privé nous n’avons la certitude qu’il ait ou qu’il n’ait pas une révélation du Père. L’Église est celle sur laquelle on ne peut avoir de doute. » Or, l’Église ne parle pas autrement que par la bouche des pasteurs et des docteurs, et surtout quand ils sont réunis en Concile général. Un Concile, bien entendu, présidé ou confirmé par le Pape, qui mérite, pour cette raison, d’être approuvé.

Mais on dit : celui qui demande est certain de recevoir, car il est écrit : « Combien plus votre Père du ciel vous donnera-il le Bon Esprit si vous le lui demandez. » (Luc c. XI). Et saint Jacques c. I : « Si quelqu’un d’entre vous sent le besoin de la sagesse, qu’il la demande au Dieu qui donne à tous abondamment. » Je réponds que dans ce passage et dans d’autres semblables, le Seigneur ne parle pas du don surnaturel d’interprétation, qui est une grâce donnée gratuitement, mais des vertus de foi, d’espérance, de charité et de sagesse, qui sont nécessaires au salut. Car comme l’enseigne saint Augustin (Traités sur Saint Jean LXXIII, LXXXI et CII) la prière ne demande infailliblement que ce qui est nécessaire ou utile au salut de celui qui prie. Or, le don d’interprétation, comme le don des langues et des miracles, et d’autres qui sont énumérés en cet endroit, ne sont pas toujours utiles à celui qui le possède.

Donc, comme nous ne pouvons pas toujours demander le don de parler en langues ou de faire des miracles, même s’il est écrit « il donne l’esprit bon à ceux qui le demandent », on ne peut pas, non plus, toujours demander le don d’interprétation. Car, autrement, il pourrait arriver que tout le corps ne soit qu’un seul membre, que tous soient des yeux ou des mains, contrairement à ce que dit l’Apôtre au chapitre XII de l’Épître aux Romains, et au chapitre XII de la première Épître aux Corinthiens. Mais même si c’était du don d’interprétation qu’il parle dans ce texte, on ne pourrait quand même pas être certain d’obtenir ce qu’on demande, car nous ne sommes pas certain de bien demander. Il est écrit, en Jacques c. IV : « Vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal. » Et de plus, c’est le même Esprit que demandent les Luthériens, les Anabaptistes et les Zwingliens. Comment expliquer qu’ils reçoivent des dons surnaturels d’interprétation différents et opposés les uns aux autres, si à ceux qui le demandent est donné l’Esprit Saint véritable et unique ?

Le neuvième témoignage vient de I Jean c. IV : « Très chers, ne croyez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour savoir s’ils sont de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sortiront dans le monde. » Il faut éprouver l’esprit privé des hommes pour savoir s’il est de Dieu. Car beaucoup ont l’Esprit Saint à la bouche qui sont mus par l’esprit de vertige et de mensonge, comme il est dit dans I Rois, à la fin du deuxième chapitre, dans les Chroniques, au chapitre XVIII, dans Isaïe c. XIX et c. XX. Le jugement privé ne peut donc pas être le juge. Comment pourrait-il être le juge puisqu’il a encore besoin d’être jugé ?

Voilà pourquoi si quelqu’un entend « ceci est mon corps » au sens de « ceci signifie mon corps », parce que l’Esprit Saint le lui révèle ainsi, la question n’est donc pas tranchée définitivement. Car saint Jean nous enjoint d’éprouver cet esprit, pour savoir s’il est de Dieu ou s’il n’est pas plutôt un esprit de vertige. On ne peut pas le prouver par l’Écriture, comme ils le veulent eux-mêmes, car il y a des doutes sur le sens de ce passage. Il faut donc le prouver par la conformité à l’esprit de ceux dont on est sur qu’ils possèdent le vrai Esprit, comme sont les prélats assemblés dans un Concile légitime. Car, on voit dans les Actes c. XV que le concile dit de lui-même : « Il a semblé bon à l’Esprit Saint et à nous. » Tel est aussi le Pontife qui enseigne (ex cathedra) de sa chaire de vérité. Comme nous le démontrons, il est toujours dirigé par l’Esprit Saint de façon à ne pouvoir errer. Tels furent les Apôtres et les anciens fidèles; et il est certain qu’ils ont eu le Saint-Esprit.

Calvin lui-même ne peut pas nier cela, lui qui (dans ses Institutions l. I, c. 9 § 1) raisonne de cette façon contre un Schwenckfeldien qui ne voulait que le Saint-Esprit pour juge, après avoir répudié les Écritures. Si cet esprit était bon, il serait le même que celui des Apôtres et des premiers fidèles. Or, leur esprit ne voulait pas être juge au mépris des Écritures. C’est donc ainsi que nous argumentons contre Calvin et les autres hérétiques. Nous leur disons que si leur esprit était le bon, il serait le même que celui des Apôtres et des premiers fidèles. Or, leur esprit ne voulait pas être juge, mais recourrait à Pierre et à un concile, et acquiesçait à leur sentence, comme nous l’avons montré plus haut dans les Actes c. XV. Il nous faut donc conclure que leur esprit qui se veut juge n’est pas le bon esprit.

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Cette entrée a été publiée le 24 février 2018 par dans Etudes bibliques, Foi Catholique, La Bible, Papauté, Pères de l'Eglise, Protestantisme, et est taguée .
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