+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Que signifie « que l’évêque soit le mari d’une seule femme » ? Réponse de l’Ecriture Sainte et des Pères de l’Eglise

Notre dossier sur l’origine apostolique du célibat des prêtres : ici

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On entend souvent que la loi du célibat des prêtres dans l’Eglise catholique serait contraire à ces quelques versets qui affirment que les évêques et les diacres doivent être les maris d’une seule femme :

« Aussi faut-il que l’évêque soit irréprochable, marié une seule fois, sobre, circonspect, honnête, hospitalier, apte à l’enseignement » (I Timothée III, 2)

« Que les diacres n’aient été mariés qu’une fois ; qu’ils gouvernent bien leurs enfants et leur propre maison. » (I Timothée III, 12)

« Que le sujet soit d’une réputation intacte, mari d’une seule femme, dont les enfants soient fidèles, et ne passent point pour être débauchés ou insoumis. Car il faut que l’évêque soit irréprochable » (Tite I, 6-7)

En réalité cette loi n’est nullement en opposition avec ces versets. Nous allons ici le démontrer à partir de l’Ecriture Sainte et des Pères de l’Eglise.

Avant de démontrer cette vérité, nous précisons que cet argument est employé par les orthodoxes pour justifier que leurs prêtres puissent être mariés. Nous répondons dès ici que si les protestants pourraient éventuellement trouver dans les versets cités un argument contre le célibat des prêtres (ce qui est faux bien sûr, comme nous allons le démontrer), ce n’est pas le cas des orthodoxes ! En effet, dans les versets cités, saint Paul parle des Evêques. Or, les orthodoxes considèrent le concile « In Trullo » (691-692) comme infaillible, or celui-ci enseigne que les Evêques doivent être célibataire, ou vivre sans leurs épouses, et ce de droit divin :

« 12.- Qu’aucun évêque ne doit cohabiter avec son ex-épouse.
Il est venu de même à notre connaissance qu’en Afrique et en Libye et en d’autres lieux les pasteurs aimés de Dieu de ces territoires ne laissent pas que de cohabiter avec leurs épouses, même après que le sacre leur fut conféré, offrant ainsi aux peuples une pierre d’achoppement et un scandale. Ayant donc le grand souci que tout se fasse pour l’édification des peuples que nous avons à régir, nous avons décidé qu’une telle manière d’agir n’ait plus lieu. Nous ne disons pas cela pour enfreindre ou renverser les ordonnances apostoliques, mais pour procurer le salut des peuples et leur progrès dans la vertu, et pour n’offrir aucune occasion de blâme contre la discipline ecclésiastique ; en effet, le divin apôtre dit :  « Faites tout pour la gloire de Dieu, ne donnez de scandale ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l’Eglise de Dieu c’est ainsi que moi-même je m’efforce de complaire à tous en toutes choses, en cherchant non mon propre avantage, mais celui du grand nombre, afin que beaucoup d’hommes soient sauvés : soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même du Christ « . Si quelqu’un est pris faisant cela, qu’il soit déposé. » (Concile « in Trullo », Canon 12)

Les orthodoxes auraient-ils alors raison de dire que ces ne donnent pas l’autorisation aux Evêques d’avoir une vie conjugale, mais qu’ils les donnent aux simple prêtres ? Encore une fois, cette hypothèse leur est interdite par un argument d’autorité : tous les Pères de l’Eglise donnant une exégèse de ces versets affirment qu’ils ne sauraient fonder un droit à mener une vie conjugale ni pour les Evêques ni pour les prêtres, nous le verrons dans cet article. Or pour les orthodoxes l’unanimité des Pères de l’Eglise est un enseignement infaillible.

Passons maintenant à l’explication de ces versets de saint Paul :

Réponse de l’Ecriture Sainte

À la réalité, ces versets ne signifient pas que les clercs peuvent se marier ou mener une vie conjugale, mais seulement que des hommes mariés peuvent avoir accès à la cléricature s’ils renoncent à leurs épouses. C’est exactement ce qui était pratiqué dans les premiers siècles (comme nous le verrons) et ce qui se passe aujourd’hui dans l’Église (un homme marié et séparé de corps peut devenir clerc). Cette règle de n’avoir été marié qu’une fois (ce qu’on appelle l’unius uxoris vir, en latin) est une manière de s’assurer de la fiabilité, de la stabilité et de la valeur morale de l’individu. D’ailleurs si l’état matrimonial était si indifférent à la cléricature, pourquoi faudrait-il s’assurer que l’évêque n’ait eu qu’une femme ? En effet, cette formulation signifie qu’il s’agit régulièrement de veuf (car pour choisir les évêques, il fallait des hommes sages et d’expérience, donc souvent des hommes relativement âgés), et quel peut bien être l’intérêt de s’assurer qu’un veuf ne s’est pas remarié, sinon de vérifier qu’il est capable de garder la continence ? Voici deux passages qui prouvent qu’il est licite de quitter son épouse pour le Christ :

« Alors, prenant la parole, Pierre lui dit : « Voici que nous, nous avons tout laissé et nous t’avons suivi, quelle sera donc notre part ? » Jésus leur dit « […] quiconque aura laissé maisons, frères, sœurs, père, mère, enfants ou champs, à cause de mon nom, recevra bien davantage et aura en héritage la vie éternelle. » (Matthieu XIX, 27-29)

« Nul n’aura laissé maison, femme, frères, parents ou enfants, à cause du Royaume de Dieu, qui ne reçoive bien davantage en ce temps-ci, et dans le monde à venir la vie éternelle. » (Luc XVIII, 29-30)

Réponse des Pères de l’Eglise

La discipline prohibant le mariage après l’ordination, et la discipline de la continence parfaite, imposant aux clercs mariés avant leur ordination l’abstention des rapports conjugaux, sont donc, comme nous le voyons dans notre article Le célibat des prêtres vient des apôtres !, largement attestées dès le IVème siècle par les meilleurs représentants de l’époque patristique. Plusieurs documents affirment l’origine apostolique de l’une comme de l’autre. Certains en termes explicites, comme Eusèbe de Césarée, saint Epiphane, saint Ambroise, l’Ambrosiaster, saint Innocent Ier, saint Sirice, saint Jean Chrysostome ou saint Jérôme pour les quatre premiers siècles ainsi que par saint Isidore de Séville à la fin du VIème et au début du VIIème siècle (Des offices ecclésiastiques, II, 5, 8 (PL 83, 783, 790)) affirment que les mots de saint Paul sur l’évêque qui ne doit avoir qu’une seule femme signifient qu’ils pouvaient devenir membres du clergé en ayant été marié une seule fois, mais que si leurs épouses étaient en vie, ils devaient renoncer à vivre conjugalement. Et surtout nous n’avons pas non pas un seul témoignage patristique qui aille en sens contraire. C’est pourquoi il est tout à fait légitime, et conforme aux principes d’une bonne méthode historique, de prendre en compte la revendication d’une origine de la loi remontant aux apôtres, telle qu’elle s’exprime au IVème siècle.

Eusèbe de Césarée (vers 260-vers 339), premier historien de l’Eglise dont les œuvres nous soient parvenues

« S’il est vrai, comme nous l’avançons, que la foi évangélique ramène le culte suivi par les patriarches qui ont devancé Moïse et que nous n’ayons qu’une même croyance et qu’une même connaissance de Dieu, on pourra nous demander pourquoi ceux-ci désiraient si fortement le mariage et la multiplication de leur famille, tandis que nous négligeons entièrement ce soin. » (Démontsration évangélique, I, 9)

Cela témoigne du célibat du clergé à son époque, et spécialement dans sa région de Palestine. Après avoir posé cette interrogation, il donne la réponse dans les paragraphes qui suivent, je vous invite à la lire en cliquant ici. Et à l’issu du dit chapitre, il nous délivre le premier témoignage connu de l’interprétation de l’unius uxoris vir telle que nous l’avons présentée en introduction :

« Il faut, dit l’Écriture, qu’un évêque n’ait épousé qu’une seule femme (I Tim., III, 2). Ceux qui sont consacrés à Dieu, et qui se livrent à l’exercice du sacré ministère, doivent s’abstenir désormais de tout commerce avec leur épouse. »

On lira par la suite qu’il fut loin d’être le seul Père à s’exprimer ainsi, mais il fait aussi noter qu’aucune autre interprétation n’eut cours dans l’antiquité chrétienne !

Saint Epiphane de Salamine (vers 315-403)

En réponse aux montanistes qui discréditaient le mariage, il dit que rien n’est plus contraire à l’intention du Seigneur, en effet, qui a choisi ses apôtres non seulement parmi les vierges, mais aussi parmi les monogames. Toutefois, ajoute Epiphane, ces apôtres mariés pratiquèrent ensuite la continence parfaite, et suivant la ligne de conduite que Jésus, la règle de la vérité, leur avait ainsi tracée, fixèrent à leur tour la norme ecclésiastique du sacerdoce (Panarion, pharmacie contre toutes les hérésies, 48, 9. GCS 31 ; 219-241).

Plus loin, il reconnaît que, dans certaines régions, il y a des clercs qui continuent à avoir des enfants, mais que cela ne se fait pas conformément aux véritables canons ecclésiastiques, il nous livre à cette occasion la même interprétation de l’unius uxor vir :

« L’honneur et l’éminente dignité du sacerdoce ne permettent pas que celui qui, après la mort de sa première femme, se marie en secondes noces, reçoive la charge de prêcher l’Evangile de Jésus-Christ. Et c’est là une règle que l’Eglise de Dieu observe exactement. Elle n’admet pas même en qualité d’évêque, de prêtre, de diacre ou de sous-diacre celui qui n’est marié qu’en première noces et qui a sa femme vivante avec des enfants, à moins qu’il ne professe la continence ou qu’il ne passe à l’état de veuvage : du moins est-ce là ce qui se fait quand les canons sont observés à la rigueur. Vous direz peut-être qu’il y a des pays où les prêtres, les diacres et les sous-diacres continuent de fréquenter leurs femmes. J’en conviens ; mais cela est contraire à la règle, et n’est l’effet que du relâchement qui s’est introduit, ou bien du trop petit nombre de ministres qui s’offraient pour gouverner un trop grand nombre de fidèles. Car l’Eglise, que dirige l’Esprit-Saint, voyant en toutes choses ce qu’il y a de plus convenable, a voulu que le ministère du culte divin pût s’exercer sans distraction et s’employer avec une liberté entière au salut des âmes. Or, je dis qu’il est convenable qu’à raison des besoins journaliers et souvent imprévus du peuple fidèle, il y ait des prêtres et des diacres aussi bien que des évêques tout entiers consacrés à Dieu. Car si l’Apôtre recommande aux simples fidèles eux-mêmes de vivre dans la continence pour pouvoir vaquer à la prière au ‘moins quelque temps, a combien plus forte raison ne le recommanderait-il pas aux ministres sacrés, pour qu’ils puissent sans distraction vaquer à leur ministère dans l’affaire si importante du salut des âmes ? » (Panarion, pharmacie contre toutes les hérésies, 39 [al. 59], 4 ; PG 41, 1024 ; GCS 31, 367)

Dans la postface du même Panarion, on peut encore lire une allusion très claire à la discipline générale de l’époque :

« L’ordre le plus élevé est le sacerdoce, pour lequel on ne choisit d’ordinaire que des hommes qui aient conservé leur virginité, ou du moins que des hommes qui mènent la vie solitaire. Que s’il ne s’en trouve pas en nombre suffisant, on choisit alors parmi ceux qui pratiquent la continence même à l’égard de leurs propres épouses, ou parmi ceux qui sont veufs et qui n’ont été mariés qu’une fois. Car, quant à ceux qui auraient contracté un second mariage, il n’est pas permis dans l’Eglise catholique de les admettre au sacerdoce, quoique cependant celui qui serait resté veuf après avoir gardé la continence dès le commencement, puisse être admis en qualité d’évêque, de prêtre, de diacre ou de sous-diacre. »

Il expose la même doctrine dans son Expositio fidei :

« Les prêtres sont choisis tout d’abord parmi les hommes vierges, ou sinon parmi les moines ; mais si parmi les moines on ne trouve pas de personnes aptes à remplir ce service, on a coutume de choisir les prêtres parmi ceux qui vivent dans la continence avec leur épouse ou qui, après un seul mariage, sont devenus veufs. » (Expositio fidei, XXI ; PG 42, 824 ; GCS 37, 522)

Saint Damase (vers 305-384)

Il y a la décrétale Dominus inter (PL 13, 1181a-1194c), en réponse à des questions posées pas des évêques des Gaules prêche elle aussi le célibat des prêtres. La critique est hésitante quant au fait d’attribuer cette dernière à saint Sirice ou à son prédécesseur, saint Damase. Le pape annonce d’abord qu’il va reprendre dans l’ordre les questions posées « en faisant connaître les traditions » (singulis itaque propositionibus suo ordine reddendae sunt traditiones), et en vient dans ce contexte à parler des évêques, des prêtres et des diacres, au sujet desquels, dit-il expressément, « les divines Ecritures, et pas seulement nous-même, font une obligation d’être très chastes ». Voici le texte :

« Voici ce qui a été décidé au sujet des évêques en premier lieu, mais aussi au sujet des presbytres et des diacres, qui doivent prendre part  au divin sacrifice, et dont les mains confèrent la grue du baptême et rendent présent le corps du Christ. Ce n’est pas nous seulement, mais aussi la divine Écriture, qui les contraint à être parfaitement chastes ; et les Pères également, leur ont prescrit de garder la continence corporelle. C’est pourquoi, loin de nous taire, nous en dirons aussi la raison. Avec quel sentiment de honte l’évêque ou le presbytre oserait-il prêcher la veuve ou à la vierge l’intégrité ou la continence, ou bien recommander à quelqu’un de garder chaste sa couche si lui-même s’attache engendrer des enfants pour le monde, plutôt que pour Dieu ? Adam, qui n’a pas observé le commandement, a été chassé du paradis et s’est vu priver du Royaume, et tu crois qu’un prévaricateur pourrait entrer dans le Royaume des cieux ? pourquoi Paul dit-il : « Vous n’êtes plus dans la chair, mais dans l’esprit » [Romains VIII, 9]. Et de même : « Que ceux qui ont des femmes, soient comme s’ils n’en avaient pas. » [I Corinthiens VII, 29] Serait-ce le peuple qu’il exhorte, et, faisant preuve de complaisance l’endroit des lévites et des prêtres, leur permettrait-il de faire l’œuvre de la chair, alors qu’il dit lui-même : « Ne vous souciez pas de la chair, pour en satisfaire les convoitises. » [Romains XIII, 14] Et ailleurs : « Je voudrais que tous soient comme moi-même ». [I Corinthiens VII, 7] Celui qui au service du Christ, celui qui est assis dans la chaire du maitre, celui-là pourrait ne pas observer la règle du service ? A propos de ces trois degrés que nous trouvons mentionnés dans les Écritures, il est prescrit que la pureté soit gardée par les ministres de Dieu, qui peuvent, à tout moment trouver dans l’obligation, soit de conférer le baptême, soit d’offrir le sacrifice. Quelqu’un qui est impur, osera-t-il souiller ce qui est saint, alors que les choses saintes sont pour les saints ? Du reste, ceux qui offraient les sacrifices dans le temple, demeuraient toute l’année [l’auteur pensait à tort que sous l’Ancienne Alliance, les différentes classes sacerdotales officiaient dans le Temple année par année, alors qu’ils le faisaient semaine par semaine] dans l’enceinte du temple, pour être purs, conformément la règle, et ils ignoraient complètement leurs maisons. Il est certain que les idolâtres, pour célébrer leur culte impie et immoler aux démons, s’imposent la continence à l’égard de la femme et s’abstiennent également de certains aliments, afin de rester purs. Et tu me demandes si le prêtre du Dieu véritable, qui doit offrir des sacrifices spirituels, doit demeurer perpétuellement en état de pureté, ou si, tout entier dans la chair, il doit « faire ce dont se soucie la chair. » [cf. Romains XIII, 14] Si le commerce charnel est une souillure, il va de soi que le prêtre doit se tenir prêt en vue de sa fonction céleste, afin de ne pas être trouvé lui-même indigne, alors qu’il doit supplier pour les fautes d’autrui. Car s’il est dit aux laïcs : a Abstenez-vous pour un temps, afin de vaquer la prière » [I Corinthiens VII, 5] et que ceux-là se mettent au service de la créature en faisant l’œuvre de la génération, ils peuvent bien porter le nom de prêtre, mais ils n’en peuvent avoir la dignité. S’il en va ainsi, et que cette impudence persiste, il faut [ici le texte est manquant]. C’est pourquoi, mes très chers, le mystère de Dieu ne doit pas être confié à des hommes de cette sorte, « souillés et sans foi » [cf. Tite I, 15] chez qui la sainteté du corps apparaît polluée par l’impureté et l’incontinence. Je vous en avertis, poussé par le respect dû à la religion ; en effet, la saine raison également les exclut. Ils entendent, sans aucun doute, que « la chair et le sang ne posséderont pas le Royaume de Dieu, ni la corruption l’incorruptibilité » [I Corinthiens XV, 50]. » (Décrétales aux Evêques de Gaule, II, 5-6, PL 13, 1181a-1194c)

Saint Sirice (vers 320-399)

Ce Pape est connu pour avoir, durant son souverain pontificat, écrit plusieurs décrétales imposant le célibat aux prêtres. Ces trois documents ont été publiés par le Pape Sirice au début de son règne en différentes circonstances. Le premier rappelle à l’ordre le clergé espagnol. Le second rend compte des décisions prises lors d’un synode romain et le troisième répond aux questions d’évêques gaulois. Ce sont des textes d’une première importance pour l’Histoire du célibat sacerdotal car, d’une part ils supposent naturelle et bien établie la discipline de la continence parfaite, et d’autre part la principale argumentation qu’ils présentent pour condamner ceux qui ne se soumettent pas à cette dernière est la contradiction avec la tradition reçue des Apôtres. Ces décrétales possèdent aussi un intérêt exégétique, à cause de l’interprétation de l’ « unius uxor vir » des épîtres de Saint Paul ainsi qu’un intérêt théologique en donnant des motifs du célibat des clercs. En voici des extraits :

Chapitre VII

§8. De l’incontinence des clercs

Venons-en maintenant aux très saints ordres des clercs. Comme nous l’apprend ta Charité, nous voyons que dans vos provinces ils sont foulés aux pieds et plongés dans la confusion, au grand détriment de l’honneur dû à la religion. C’en est à un tel point qu’il nous faut dire avec Jérémie : « Qui changera ma tête en fontaine, ou mes yeux en source de larmes, que je pleure ce peuple jour et nuit ? » (Jérémie IX, 1) […] Nous avons appris en effet que beaucoup de prêtres du Christ et de lévites, longtemps après leur consécration, ont procréé une descendance aussi bien de leur propre mariage que d’un commerce honteux, et qu’ils défendent leur méfait en prétextant qu’on lit dans l’Ancien Testament que la permission d’engendrer est accordée aux prêtres et aux ministres.

§9. Il est vain d’invoquer l’autorité de l’Ancien Testament

[…] Qu’on me le dise a présent : pourquoi (la Seigneur) avertit-il en ces termes ceux à qui étaient confiées les choses saintes entre toutes : Soyez saints, parce que je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu (Lv 20, 7) ? [Contre cet argument le pontife romain objecte :] Pourquoi a-t-il même été enjoint aux prêtres d’habiter loin de leur maison, au temple, l’année de leur tour de service ? Pour la raison qu’ils ne devaient avoir de commerce charnel pas même avec leurs femmes, de manière à briller par la pureté de leur conscience et à offrir ainsi un sacrifice agréable à Dieu. A ces hommes, une fois accompli le temps de leur service, l’usage des rapports conjugaux avait été concédé dans l’unique but de s’assurer une descendance, étant donné que personne ne pouvait être admis au ministère divin en dehors (des membres) de la tribu de Lévi.

§10. La loi indissoluble de la continence des prêtres et des diacres

C’est pourquoi après nous avoir illuminé par sa venue, le Seigneur Jésus atteste à son tour dans l’Évangile qu’il est venu accomplir la Loi et non l’abolir Mt 5,17. Et pour cette raison il a voulu que la forme de l’Église dont il est l’Époux, brille de la splendeur de la chasteté, de manière qu’il puisse la trouver… « sans tache ni ride » (Ep 5,27) au jour du jugement, lorsqu’il viendra à nouveau. Par la loi indissoluble de ces dispositions nous sommes tous liés, prêtres et lévites, pour que du jour de notre ordination nous consacrions nos cœurs et nos corps à la sobriété et à la chasteté, de sorte que nous plaisions au Seigneur notre Dieu dans les sacrifices que nous offrons quotidiennement. » (Lettre décrétale I Directa ad decessorem à l’évêque Himère de Tarragone, 10 février 385, Chapitre VII, §8 à 10, PL 13, 1138-1139)

Cette décrétales citée par Gratien, distinction 82, contient aussi les mots suivants :

« Or, ceux qui vivent selon la chair ne peuvent, comme nous l’enseigne ce vase d’élection, être agréables à Dieu (Rom., VIII, 8). Mais vous, vous ne vivez plus selon la chair, mais selon l’esprit, si toutefois l’Esprit de Dieu habite en vous (I Cor., III, 16). Et où l’Esprit de Dieu pourra-t-il habiter, sinon dans des corps qui soient saints, comme nous le disions tout-à-l’heure ? Toutefois, comme quelques-uns de ceux dont nous parlons gémissent ainsi que vous nous le rapportez, de ce que leur ignorance a été la cause de leur chute, notre sentiment est qu’il faut user à leur égard de quelque indulgence, à condition que, sans espérance de pouvoir s’élever plus haut, ils resteront toute leur vie au rang où ils étaient quand ils sont tombés et avec promesse de leur part de garder désormais la continence. Quant à ceux qui allèguent pour leur excuse un privilège abusif, et qui soutiennent que cela leur était permis par l’ancienne discipline, qu’ils sachent qu’en vertu de notre autorité ils seront privés dorénavant de toute charge ecclésiastique, puisqu’ils en ont si mal usé jusqu’ici, et qu’ils ne pourront plus à l’avenir célébrer les saints mystères, dont ils se sont eux-mêmes exclus en cherchant à satisfaire d’impures passions. Et comme les exemples que nous avons sous les yeux sont pour nous un avertissement de nous précautionner pour l’avenir, si désormais ce qu’à Dieu ne plaise, un évêque, un prêtre ou un diacre se trouve dans un cas semblable, qu’il sache que tout accès lui sera interdit à notre indulgence ; car il est indispensable de retrancher avec le fer des chairs corrompues qu’aucun médicament ne peut guérir. »

Un an plus tard, en janvier 386, un concile de 80 évêques tenu à Rome prit un ensemble de décisions que Sirice communiqua à divers épiscopats en insistant sur la fidélité aux traditions venues des apôtres, car :

« il ne s’agit pas d’ordonner des préceptes nouveaux, mais de faire observer ceux qui, par suite de l’apathie ou de la paresse de certains, ont été négligés. Ces préceptes ont été établies par une constitution apostolique et par une constitution des Pères, comme il est écrit : ‘Ainsi donc, frères, demeurez fermes, et retenez les instructions que vous avez reçues, soit par notre parole, soit par notre lettre’ (2 Thess. 2, 15). En fait, il y en a beaucoup qui, ignorant les statuts de nos ancêtres, ont violé la chasteté de l´Église par leur arrogance et ont suivi la volonté du peuple, sans être effrayé du jugement de Dieu […]

[Chapitre VII, §3] En outre, comme il est digne, chaste et honnête de le faire, nous conseillons ceci : que les prêtres et les lévites n’aient pas de relation avec leur épouse, étant donné qu’ils sont absorbés par les devoirs quotidiens de leur ministère. Car saint Paul écrivait aux Corinthiens : Abstenez-vous d’user du mariage pour pouvoir vaquer à la prière (I Cor., VII, 8). Si donc la continence est ordonné aux laïques pour qu’ils puissent être exaucé dans leurs prières, à combien plus forte raison un prêtre ne doit-il pas être préparé à tout moment par une parfaite pureté au saint sacrifice, ou au sacrement de baptême qu’il peut être appelé à administrer tous les jours ? S’il se voyait en pareille occasion souillé de quelque impureté charnelle, que pourrait-il faire ? S’excuserait-il de répondre à la demande qu’on lui ferait ? ou, s’il y répondait dans quelles dispositions le ferait-il ? Comment pourrait-il se croire en état d’être exaucé, tandis qu’il est écrit : Tout est pur pour ceux qui sont purs ; rien au contraire n’est pur pour les impurs et les infidèles (Tit., I, 15) ? C’est pourquoi j’exhorte, j’avertis, je supplie : qu’on fasse disparaître cet opprobre, dont même le paganisme peut à bon droit nous faire un reproche. Peut-être croit-on que cela (est permis) parce qu’il est écrit : ”le mari d’une seule femme ? » Mais Paul n’a pas parlé d’un homme qui persisterait sans la désir d’engendrer ; il a parlé en vue de la continence qu’il lui faudrait pratiquer (propter continentiam futuram). Car il ne pouvait pas repousser du sacerdoce ceux qui seraient purs de tout commerce charnel, celui qui avait dit : Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi (I Cor., VII, 7), et ailleurs en termes encore plus significatifs : Ceux qui vivent selon la chair ne sauraient être agréables à Dieu (Rom., VIII, 8). Pour vous, vous ne vivez plus selon la chair, mais selon l’esprit. » (Lettre décrétale V Cum in unum, janvier 386, aux Evêques d’Afrique, Chapitre I, §1 et Chapitre VII, §3, PL 13, 1155, 1156 et 1160)

Ce que nous disent ces trois décrétales (les deux qui sont avec certitude de saint Sirice et celle sont on ne sait pas si elle est de saint Sirice ou de saint Damase) est d’une importance primordiale pour l’histoire de la loi du célibat-continence. Elles présupposent d’abord, comme une chose normale et légitime, de nombreuses situations matrimoniales dans les rangs au clergé. C’est en tout bien tout honneur que des hommes, mariés avant l’ordination, exerçaient alors les fonctions sacerdotales, et accédaient même à l’épiscopat. Une fois ordonnés, ces époux devaient vivre dans la continence parfaite, une obligation qui concerne a la fois les évêques, les prêtres et les diacres. Les infractions à cette discipline étaient fréquentes en cette fin au 4ème siècle, tant en Espagne que dans les Gaules. En outre, plusieurs la contestent ouvertement en essayant de se justifier par des arguments scripturaires, notamment par l’exemple des prêtres de l’Ancien Testament, et par la consigne paulinienne recommandant à Timothée de choisir pour l’épiscopat et le diaconat « le mari d’une seule femme ». La réponse de Sirice et des évêques romains est que la discipline contestée n’est pas une innovation, mais se rattache à la tradition apostolique. Elle trouve aussi son fondement dans l’Ecriture, en particulier dans les textes mêmes que certains veulent utiliser pour la combattre : les lévites de l’Ancienne Alliance pouvaient avoir des enfants, mais ils étaient tenus à la continence temporaire lors de leur service au Temple ; à plus forte raison, les prêtres de la Nouvelle Alliance sont-ils tenus à la continence perpétuelle. Quant à la consigne paulinienne de l’unius uxoris virum, elle a été édictée propter continentiam futuram ; si saint Paul a fait de la monogamie une condition d’accès aux ordres, c’est parce que la fidélité à une seule femme est à ses yeux une garantie prouvant que le candidat sera capable de pratiquer la continence parfaite après son ordination. S’ils doivent être les hommes d’une seule femme, c’est que l’expérience de fidélité à une même épouse est une garantie de chasteté pour le futur. Cette lecture de 1 Tm 3, 2-12 et Tt 1, 6 a été peu remarquée par les exégètes modernes ; elle est cependant une pierre d’angle de l’argumentation chez Sirice, et chez nombre d’écrivains patristiques, pour asseoir la discipline du « célibat-continence » sur des fondements scripturaires.

Est-il besoin de souligner l’autorité de ces textes ? Tous trois émanent au pontife romain : la réponse à Himère de Tarragone est du pape Sirice ; la décrétale Cum in unum, qui promulgue les décisions d’un concile de 80 évêques, est entièrement assumée par Sirice ; quant à la décrétale Directa, elle est aussi l’œuvre d’un synode romain, que le pape prend à son compte. Nous sommes par conséquent en présence de prises de position de celui qui, successeur de Pierre sur le siège de Rome, est non seulement l’héritier des fonctions de l’Apôtre, mais la voix par qui Pierre lui-même continue de diriger l’Eglise : « Nous portons les fardeaux de tous ceux qui sont chargés, écrit Sirice, ou, bien plutôt, il les porte en nous le bienheureux apôtre Pierre… » Comme le dira plus tard le pape Sixte III dans une formule précise : « Le bienheureux apôtre Pierre reçoit, dans ses successeurs, ce qu’il a lui-même transmis » (Beatus Petrus apostolus in successoribus suis quod tradidit hoc accepit).

Saint Ambroise de Milan (340-397)

Saint Ambroise commente lui aussi l’Unius uxoris vir de saint Paul de la même manière que Sirice :

« Ce n’est pas à engendrer des enfants pendant (sa carrière) sacerdotale que l’invite l’autorité apostolique ; (l’Apôtre) a en effet parlé d’un homme qui a (déjà) des enfants, non de quelqu’un qui en engendre (d’autres) ou qui contracte un nouveau mariage.» (Lettre 63, 62-63. PL 16, 1257a)

«L’Apôtre prescrit à l’évêque de n’avoir qu’une femme, non qu’il exclue de l’épiscopat celui qui n’en a pas du tout, cela étant au-dessus de la loi et du précepte, mais pour faire entendre qu’il doit, en gardant la chasteté conjugale, conserver la grâce de son baptême. Ce n’est pas non plus pour l’obliger par son autorité apostolique à se donner des enfants dans le sacerdoce ; car il dit : qui ait des enfants, et non pas : qui fasse des enfants ; et il lui défend de plus de contracter de nouveaux mariages.  Je n’ai pas voulu omettre cette explication, parce que plusieurs entendent ces paroles comme si saint Paul avait voulu dire, que l’évêque n’ait qu’une femme qu’il ait épousée depuis son baptême, et que le baptême eût, en le purifiant, levé l’obstacle qui l’aurait empêché auparavant de contracter ce nouveau lien. Je conviens que ce sacrement efface généralement tous les péchés et que, si un homme s’est souillé avec plusieurs femmes auxquelles il n’était point uni par les liens du mariage, tous ces crimes lui sont remis par la grâce qu’il reçoit ; mais le baptême ne dissout pas le mariage, lorsqu’on l’a contracté une seconde fois. Il purifie du péché, mais il ne dispense pas de la loi. On ne commet aucune faute en se remariant ; mais c’est au contraire une loi à laquelle on se soumet de nouveau. Le baptême n’affranchit donc pas de cet engagement comme si c’était un péché ; mais il le laisse subsister comme une loi. C’est cette loi que reconnaît l’Apôtre en disant : Que l’évêque soit sans crime, et qu’il n’ait épousé qu’une femme. Celui donc qui est sans crime et qui n’a épousé qu’une femme, est dans les conditions exigées pour entrer dans l’épiscopat. Pour celui qui a épousé deux femmes, quoiqu’il n’ait commis en cela aucun péché qui le souille, il n’en est pas moins exclu de la dignité du sacerdoce. J’ai exposé ce que prescrit la loi ; disons aussi ce que dicte la raison. Mais auparavant, reconnaissons que non-seulement saint Paul a fait cette ordonnance pour les évêques et pour les prêtres, mais que les Père du concile de Nicée y ont ajouté que quiconque serait bigame ne serait point admis à la cléricature Et en effet, comment un bigame pourrait-il consoler une veuve, l’honorer, l’exhorter à rester dans le veuvage, à ne pas violer la foi qu’elle a promise à son mari, si lui-même ne l’a pas gardé à sa première épouse ? Quelle différence y aurait-il entre le peuple et le prêtre s’il n’y avait que les mêmes lois pour l’un comme pour l’autre ? Un évêque ou un un prêtre doit exceller par son genre de vie, autant que par la dignité de sa profession. » (Lettre 82 (al.63), 62 à l’Eglise de Vercell ; Cf. Les Lettres de saint Ambroise, etc., trad. par le P. Duranti de Bonrecueil, de l’Oratoire, t. III, p. 180-182)

Il répond par ailleurs à l’objection tirée des lévites de l’Ancien Testament, en justifiant par un a fortiori, comme ses contemporains, la continence parfaite requise des prêtres de la Nouvelle Alliance :

« N’oubliez pas que vous devez remplir votre ministère dans toute sa sainteté, dans toute son intégrité ; que vous devez craindre de le souiller par une union illicite, puisque vous étiez déjà purs de corps, pleins d’une incorruptible pudeur, étrangers même aux liens du mariage, lorsque vous avez reçu la grâce de ce saint ministère. J’insiste sur ce point, parce que, dans presque tous les lieux éloignés des villes, des hommes même investis du saint ministère ont eu des enfants, et ils s’autorisent d’un ancien usage, relatif à une époque où les sacrifices ne se célébraient que par intervalles ; et cependant, même alors, la chasteté était imposée au peuple deux ou trois jours durant, pour qu’on pût s’approcher du sacrifice exempt de toute souillure ; on lavait aussi ses vêtements, l’Ancien-Testament nous le dit (Exod., XIX, 10). Si l’on abordait avec tant de respect l’image de la vérité, que ne devrait-on pas faire pour la vérité elle-même. Apprenez, prêtre et lévite, ce que c’est que laver vos vêtements, pour que vos corps soient purs quand vous célébrerez le sacrifice. » (Des devoirs des ministres sacrés, I, 50. PL 16, 104-105)

L’Ambrosiaster (vers 366-384)

Il traite à deux reprises de la continence des clercs. Il développe une argumentation semblable à celle que le pape saint Sirice plus tard, et que nous retrouverons chez saint Ambroise et saint Jérôme : en demandant que le futur diacre, ou le futur évêque, soit unius uxoris vir, l’Apôtre ne leur a pas pour autant reconnu la liberté du commerce conjugal ; au contraire :

« qu’ils sachent bien qu’ils pourront obtenir ce qu’ils demandent, si par ailleurs il s’abstiennent désormais de l’usage du mariage » (Commentaire de la 1ère épître à Timothee, (27. PL 17, 497))

La même idée est exposée dans les Quaestiones veteris et novi Testamenti. Il faut citer, dans ce second texte, un passage qui montre bien quelle était la pensée théologique de l’auteur, et des Pères dans leur ensemble, sur la hiérarchie de valeurs entre la continence parfaite des ministres du Christ et le mariage chrétien :

« On dira peut-être : s’il est permis et bon de se marier, pourquoi n’est-il pas permis aux prêtres de prendre femme ? Autrement dit, pourquoi les hommes ordonnés ne peuvent-ils plus s’unir (à une épouse) ? C’est qu’en effet il y a des choses qui ne sont permises à personne, sans aucune exception ; il en est, d’autre part, qui sont permises aux uns, mais non aux autres, et il en est qui sont permises à certains moments, mais non à d’autres… C’est pour cela que le prêtre de Dieu doit être plus pur que les autres ; en effet, il passe pour son représentant personnel, et il est effectivement son vicaire ; en sorte que ce qui est permis pour les autres ne l’est pas pour lui… Il doit être d’autant plus pur qu’elles sont saintes, les choses de son ministère. En effet, comparées à la lumière des lampes, les ténèbres sont non seulement obscures, mais sordides ; comparée aux étoiles, la lumière d’une lampe n’est que brouillard, tandis que, comparées au soleil, les étoiles sont obscures, et que, comparé à la clarté de Dieu, le soleil n’est qu’une nuit. Ainsi, les choses qui, par rapport à nous, sont licites et pures, sont comme illicites et impures par rapport à la dignité de Dieu ; en effet, toutes bonnes qu’elles soient, elles ne conviennent cependant pas à la personne de Dieu. C’est pourquoi les prêtres de Dieu doivent être plus purs que les autres, étant donné qu’ils tiennent la place du Christ… » (CSEL 50, 414-415.)

Ce texte témoigne d’une saine vision de la sexualité ennoblie par le Créateur, contraste avec le pessimisme manichéen ou la méfiance encratiste de « l’œuvre de chair ». Les exigences requises du sacerdoce sont exceptionnelles, parce que fondées sur le caractère exceptionnel de ses fonctions. Ministre du Christ, dont « il tient chaque jour la place », il est voué à « la cause de Dieu », et doit pouvoir « vaquer à la prière » et à son ministère de façon constante. L’anthropologie sous-jacente, d’inspiration paulinienne, est une anthropologie que l’on peut légitimement qualifier d’intégrale, tout entière dominée par un sens aigu de la transcendance de Dieu.

Saint Jean Chrysostome (vers 344-407)

« Celui qui désire l’épiscopat de cette manière peut le désirer, car l’épiscopat emprunte son nom à la surveillance sur tous. «Il faut », continue l’apôtre, « que l’évêque soit irréprochable, mari d’une seule femme ». Il ne dit pas ceci pour imposer une loi, de telle sorte que le mariage fût nécessaire pour être évêque, mais pour réprimer un excès; attendu que, chez les Juifs, il était permis de contracter un second mariage et d’avoir deux femmes en même temps. Car, « le mariage est honorable » (Hébr. XIII, 4). Et quelques-uns affirment que par cette parole, l’apôtre exige que l’évêque n’ait jamais eu qu’une femme. […] Plusieurs affirment qu’il entendait: « N’ayant eu qu’une femme » ; mais quand il en serait – autrement, on peut être marié, comme ne l’étant pas. L’apôtre a eu raison de faire cette concession à l’état de choses existant alors, et l’on pouvait avec la bonne volonté, en tirer un bon parti. En effet, de même que la richesse laisse difficilement entrée au royaume des cieux, et que bien des riches y sont entrés néanmoins, il en est de même du mariage. […] « Il faut que l’évêque ait aussi un bon témoignage de ceux du dehors, afin qu’il ne tombe pas dans l’opprobre et dans le piège du démon (I Timothée III, 7) »; car autrement, il serait outragé par eux. C’est pour un motif semblable qu’il a dit encore: « Mari d’une seule femme », bien qu’il ait dit ailleurs : « Je voudrais que tous vécussent comme moi dans la continence ». (I Cor. VII, 7) » (Commentaire sur la première épître à Timothée, hom. 10 (PG 62, 547-549))

Saint Innocent Ier (mort en 417)

Ce pape écrivit deux célèbres Lettres traitant du sujet : la Lettre Etsi tibi en 404 à saint Victrice, évêque de Rouen et la Lettre Consulenti tibi en 405 à saint Exupère, évêque de Toulouse. deux Lettres dans lesquelles il confirma la continence les prêtres et les diacres selon la règle édictée par Sirice dans la lettre à Himère en le reprenant presque mot pour mot.

Chez Gratien, distinction 82, chapitre 1, on trouve citées ces paroles du Pape saint Innocent Ier à Exupère :

« Vous demandez quelle conduite il faut garder à l’égard des diacres ou des prêtres dont des femmes devenues mères ont trahi l’incontinence. Sur ce point les prescriptions divines sont assez connues, ainsi que les instructions données par l’évêque Sirice, de bienheureuse mémoire, portant que les prêtres et les diacres incontinents devaient être privés de toute fonction ecclésiastique, et que tout accès devait leur être interdit à un ministère que la continence seule peut remplir convenablement. Car c’était un point de l’ancienne loi, et qui a été observé dès le commencement, que les prêtres demeureraient dans le temple pendant tout le cours de l’année où ils seraient en fonctions, afin qu’étant occupé à offrir des sacrifices, ils passent se conserver purs et sans tache, et qu’on n’admettrait à remplir ce saint ministère personne qui aurait eu commerce avec sa propre femme, attendu qu’il est écrit : Soyez saints, parce que je suis saint, moi qui suis le Seigneur votre Dieu. Il est vrai qu’on leur permettait pourtant d’user de leurs femmes à cause de la nécessité qu’il y avait pour eux de se donner une postérité, le sacerdoce étant exclusivement réservé aux hommes de la tribu de Lévi. Combien donc la continence ne doit-elle pas être gardée davantage, à partir du jour de leur ordination, par des prêtres ou des lévites dont le sacerdoce ou le ministère n’a point à se perpétuer dans une même famille, et pour qui il ne se passe pas un seul jour où ils ne puissent être appelés, soit à célébrer les saints mystères, soit à conférer le sacrement de Baptême ? Car si l’apôtre saint Paul écrivait aux Corinthiens de s’abstenir de l’usage du mariage pour qu’ils pussent vaquer à la prière, c’est à des laïques qu’il faisait cette injonction, à combien plus forte raison des prêtres devront-ils user de cette retenue, eux dont les prières et les sacrifices doivent être continuels ! Que s’ils sont souillés de quelque impureté charnelle, de quel front oseront-ils offrir des sacrifices ? Comment pourront-ils se croire en état d’être exaucés, tandis qu’il est écrit : Tout est pur pour ceux qui sont purs ; rien au contraire n’est pur pour les impurs et les infidèles. Mais peut-être s’autoriseront-ils de ce que l’Apôtre compte parmi les qualités d’un évêque, qu’il n’ait qu’une femme. Mais l’Apôtre ne dit pas que l’évêque doive pour cela continuer à engendrer des enfants ; il veut plutôt indiquer les règles de continence que l’évêque devra garder par la suite. Car il ne pouvait pas repousser du sacerdoce ceux qui seraient purs de tout commerce charnel, celui qui avait dit : Je voudrais que tout le monde fût comme moi ; et encore plus expressément : Ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu. Pour vous, vous ne vivez pas selon la chair, mais selon l’esprit. L’Apôtre ne dit pas non plus que l’évêque doit engendrer des enfants, mais seulement qu’il peut en avoir ; ce qui est bien différent. S’il est prouvé que quelques-uns n’auront pas pu avoir connaissance du règlement donné pour toutes les provinces par l’évêque Sirice, on leur pardonnera leur ignorance, à condition que dorénavant ils s’abstiendront de l’usage du mariage ; et on pourra les maintenir dans le rang qu’ils occupent, mais sans qu’ils puissent être élevés à un degré supérieur. Ils devront même regarder comme une grâce d’être maintenus dans une place qu’ils auraient mérité de perdre. Mais si d’autres sont convaincus d’avoir connu le règlement de Sirice, et de n’en avoir pas moins continué de s’abandonner à leurs désirs sensuels, il faudra les déposer sans miséricorde, en punition de ce qu’ils auront mieux aimé suivre leur convoitise, que d’obéir à une injonction qu’ils ne pouvaient ignorer. »

Saint Jérôme de Stridon (vers 347-420)

C’est avant tout la polémique contre les détracteurs de la chasteté sacerdotale qu’étaient Jovinien et Vigilance, qui nous vaut de sa part des réflexions particulièrement appropriées. Dans Contre Jovinien nous le voyons ainsi commenter à son tour l’unius uxoris vir de la première épître à Timothée dans le même sens que Sirice : Il s’agit d’un homme qui a pu avoir des enfants avant son ordination, non de quelqu’un qui continuerait ensuite à engendrer (PL 23, 257.) Il écrit dans la même œuvre : Il dit par ailleurs, sans rapport avec l’unius uxoris vir :

« L’Apôtre ne dit pas, qu’on choisisse pour évêque celui qui n’a qu’une femme et qui vit avec elle ; mais celui qui n’a jamais eu qu’une femme, et qui maintient les enfants qu’il en a eus dans l’obéissance et dans les habitudes de la vertu (I Tim., III, 4). Vous reconnaîtrez sans doute qu’on ne peut pas admettre pour évêque quelqu’un qui, dans l’épiscopat même songerait à se donner des enfants. Car si l’on surprenait un évêque dans de pareils délits, on ne le lui pardonnerait pas comme à un homme marié, mais on le condamnerait comme adultère. Ajoutons à cela, que si un laïque ou en général tout fidèle a besoin, pour se mettre en état de prier, de s’abstenir de l’acte conjugal, le prêtre qui doit offrir tous les jours le saint sacrifice pour le peuple chrétien doit donc prier continuellement, et que s’il doit prier continuellement, il doit continuellement aussi s’abstenir du mariage. » (Contre Jovinien, I, 49).

« Que si la loi évangélique permet de se marier, ce n’est pas qu’elle regarde le mariage comme une perfection et qu’elle promette des récompenses à ceux qui se marient, mais c’est qu’elle les traite avec indulgence et qu’elle compatit à leurs faiblesses. Je dis clairement dans cet endroit que la loi évangélique permet de se marier, mais néanmoins que ceux qui se marient et qui remplissent les devoirs du mariage ne peuvent prétendre au mérite et à la gloire de la chasteté. Que si ce sentiment révolte les gens mariés, ce n’est point à moi qu’ils s’en prennent, mais à l’Écriture sainte, aux évêques, aux prêtres, aux diacres et à tout l’ordre ecclésiastique, qui sont bien persuadés qu’il ne leur est pas permis d’offrir des sacrifices au Seigneur et de s’acquitter en même temps des devoirs du mariage. » (Contre Jovinien, X)

Et dans sa réfutation de Vigilance :

« Malheur étrange ! on dit que des évêques participent à ses crimes, si néanmoins on doit appeler évêques ceux qui ne confèrent le diaconat qu’à un homme marié, qui ne croient pas que la pureté soit compatible avec le célibat ; qui indiquent combien ils vivent saintement par les mauvais soupçons qu’ils ont des autres, et qui ne confèrent le sacrement de l’ordre à personne s’ils ne voient sa femme enceinte ou portant des enfants entre ses bras. Que feront les Eglises d’Orient, d’Égypte et celle de Rome, où l’on ne reçoit personne qui ne soit vierge, ou qui ne quitte sa femme s’il en a une ? » (Contre Vigilance, II ; PL 23, 340-341)

Pour lui, ces Églises tiennent ferment la discipline de la continence parfaite pour le clergé. Il n’y a pas de raison de mettre en doute son témoignage, d’autant plus qu’il n’existe aucune Église apostolique reconnaissant, en sens contraire, le droit d’user légitimement du mariage après l’ordination.  Il dit encore :

« Si l’on recommande aux laïques de s’abstenir de leurs femmes pour vaquer à la prière, que dirons-nous d’un évêque qui doit offrir tous les jours à Dieu des victimes sans tache pour ses péchés et pour ceux de son peuple ? Ouvrons les livres des Rois, et nous verrons le prêtre Abimélech ne consentir à donner des pains de proposition à David et aux gens de sa suite, qu’après lui avoir demandé si lui et ses gens s’étaient abstenus d’approcher, non pas seulement de femmes étrangères, mais de leurs propres femmes. Et si David ne lui eût répondu qu’ils n’avaient point fréquenté de femmes depuis trois jours, il ne leur aurait jamais cédé de ces pains qu’il leur avait d’abord refusés. Or, il y a entre les pains de proposition et le corps de Jésus-Christ la même différence, qu’entre l’ombre et le corps, entre la figure et la vérité, entre l’image des biens futurs et ces biens eux-mêmes. En même temps donc que les autres vertus, telles que la douceur, la patience, la sobriété, la modération, le désintéressement, l’hospitalité et l’affabilité doivent se faire remarquer dans l’évêque, à plus forte raison que dans les laïques eux-mêmes, il doit de plus offrir dans sa personne l’exemple d’une chasteté, et pour ainsi parler, d’une pudeur sacerdotale qui le porte à s’abstenir non-seulement de toute action impure, mais même d’un regard, d’une pensée qui distrairait un cœur tout occupé, comme il doit l’être de l’honneur de consacrer le corps de Jésus-Christ. » (Commentaire sur le premier chapitre de l’Épître à Tite)

« Le Christ vierge, la Vierge Marie ont pour chaque sexe consacré les débuts de la virginité ; les apôtres furent ou vierges, ou continents après le mariage. Evêques, prêtres et diacres sont choisis vierges, ou veufs ; en tout cas, une fois reçu le sacerdoce, ils observent la chasteté parfaite. » (Lettre à Pammachius)

Saint Isidore de Séville (entre 560 et 570-636)

Ce Père espagnol enseigne la même doctrine au sujet de « l’unius uxoris vir » que tous ceux que nous venons de voir : Des offices ecclésiastiques, II, 5, 8 (PL 83, 783, 790).

IIIè concile de Constantinople (680-681)

Au moment du IIIè concile de Constantinople (680-681), ce pape envoya deux lettres aux empereurs Constantin IV Pogonat de Constantinople, Héraclius et Tibère. La deuxième est signée des cent vingt-cinq évêques d’un concile tenu à Rome. En voici les extraits intéressant pour le cas qui nous occupe :

« Que Votre Clémence considère donc cet avertissement de Notre-Seigneur et Sauveur, l’auteur de notre foi : en promettant à saint Pierre que sa foi ne défaillirait pas, il l’engagea à confirmer ses frères. Tout le monde sait bien que les pontifes du siège apostolique, ceux qui ont précédé mon humble personne, ont réalisé cette tache sans douter de cette parole. » (Lettre 1 aux empereurs, PL, 87/1168-1169)

Puis :

« Saint Pierre a reçu du Rédempteur lui-même par une triple recommandation qui lui en a été faite, la charge de paître les brebis spirituelles qui composent son Eglise ; et c’est grâce à l’appui qu’il continue de lui prêter, que cette Eglise apostolique n’a jamais déviée par une erreur quelconque de la voie de la vérité ; aussi, de tout temps, toute l’Eglise catholique et les conciles généraux ont-ils fidèlement adhéré à son autorité comme à celle du prince de tous les apôtres, s’attachant à la suivre en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres […] Que votre auguste clémence veuille donc bien considérer que le maître et le Sauveur de tous, qui est l’auteur de la foi, et qui a promis que la foi de Pierre ne défaillira jamais, l’a averti d’affermir ses frères : charge dont se sont acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait, les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs ; et quoique bien inférieur à leurs mérites je veux, puisque la grâce divine m’a appelé à leur succéder, m’acquitter à leur exemple de ce même ministère. » (Lettre 1 aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 et suivants)

Et dans la seconde :

« Nous croyons que Dieu fera à votre trône, qu’il a élevé lui-même, la faveur si rare, et qui est le privilège du très-petit nombre, d’être le moyen dont il se servira pour faire briller aux yeux de tous la lumière de la foi catholique et apostolique, qui, ayant pour principe la source même de la vraie lumière dont elle est comme le rayon, nous a été transmise par le ministère des princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par les hommes apostoliques leurs disciples et leurs successeurs, et est parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à notre médiocrité, sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer, et Dieu veuille bénir les efforts que fait votre autorité providentielle pour la conserver toujours inaltérable ! Tel a été aussi l’objet constant de la sollicitude du siège apostolique, et de tant de pontifes auxquels nous succédons malgré notre indignité. » (Lettre 3 aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682)

Le pape évoque « les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs » comme s’étant « acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait » à affermir leurs frères selon les paroles du Sauveur. Il est enfin question de la saine doctrine « parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à [saint Agathon], sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer ». Aussi si tous se sont acquittés de cette tache, cela signifie qu’aucun n’a failli. C’est ce que cela signifie. Cela implique que toutes les sentences Papales sur la signification des mots « que l’évêque soit le marie d’une seule femme », à savoir celles des Papes saint Damase, saint Sirice et saint Innocent Ier, sont infaillibles. Et le concile confirma ces lettres comme actes du concile.

En effet, ces lettres de saint Agathon fut intégrée dans les actes du IIIè concile de Constantinople (680-681). En effet, le 15 novembre 680, lors de la 4è session de ce concile réunissant surtout des évêques Orientaux, une lecture fut donnée de la première lettre (PL, 87/1168-1169 et MANSI, 11/239-254). Puis, lors de la 18è session, le 16 septembre 681, ce fut au tour de la seconde lettre lue en public et les Pères du concile l’approuvèrent et l’insérèrent dans les actes du concile. Ils déclarèrent :

« C’est le souverain prince des apôtres qui a agi de concert avec nous. Nous avons eu, pour nous aider, le pape dont la conduite est conforme à la sienne et qui lui succède sur son siège, le pape qui dans ses lettres déclare le mystère de la vérité divine et sacrée. Rome, cette ville antique, nous a transmis la profession de foi que Dieu avait dictée à saint Pierre. La feuille sur laquelle fut inscrit le dogme a honoré la fin de ce jour ; sur cette feuille on voyait de l’encre, mais c’est réalité c’est saint Pierre qui parlait au travers de l’écriture du pape Agathon. […] C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. […] Tous unis sous l’inspiration du Saint Esprit, tous d’accord et tous du même avis, acquiesçant tous aux lettres que Notre Très Saint Père et Souverain pontife le pape Agathon a envoyées à Votre Puissance [ndlr : les empereurs], reconnaissant la sainte décision du concile qui dépend de lui et qui rassemble cent-vingt-cinq prélats, etc. » (MANSI, 11/666, 684 et 686)

Ainsi, les orthodoxes, gallicans, vieux catholiques, anglicans et tous les autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître l’infaillibilité des Papes qui liraient cet article sont obligés, en conscience, de cesser d’utiliser ces mots de saint Paul contre le célibat des prêtres, de reconnaître l’origine apostolique de la loi du célibat-continence des prêtres, et enfin : la Papauté !

Saint Léon II (611-683)

C’est le Pape saint Léon II qui ratifia les décret du IIIè concile de Constantinople et qui lui donna sa forme de concile général, lui donnant force obligatoire pour l’Eglise universelle. Il y proclame encore l’infaillibilité du Pape, ratifiant définitivement les sentences précédentes. Voici ses mots :

« Nous avons donc parcouru d’abord avec un extrême empressement les lettres synodiques, dont le langage plein d’élévation nous a frappés. Puis, avec une minutieuse attention, examinant chacune des pièces écrites, les conférant avec les récits des légats apostoliques, nous avons reconnu que le saint, grand et œcuménique concile sixième, réuni avec la grâce de Dieu par décret impérial à Constantinople, s’est conformé dans sa profession de foi dogmatique aux décisions rendues dans le synode œcuménique précédemment tenu à Rome [le concle romain de 680], sous la présidence directe du trône apostolique sur lequel nous sommes maintenant assis. [Saint Léon II expose ensuite en détail la doctrine apostolique proclamée par le concile sur les deux volontés du Christ]. Telle fut en effet la règle de la tradition apostolique et vraie, tracée dans son concile par mon prédécesseur Agathon, d’apostolique mémoire. Cette règle, il la fixa dans la lettre que ses légats remirent de sa part à votre piété, en l’appuyant par les témoignages conformes des Pères et des Docteurs de l’Eglise ; cette règle, le concile général de Constantinople l’a reçue comme un oracle émané du bienheureux Pierre, prince des apôtres ; il y a reconnu la doctrine pure et les marques d’une foi immaculée. Ainsi ce grand, saint et œcuménique concile que votre clémence a réuni, et auquel, pour le service de Dieu, elle a voulu présider, ayant embrassé en tout la doctrine des apôtres et des Pères, ayant reçu avec révérence la définition dogmatique promulguée par le Siège du bienheureux apôtre Pierre, dont, malgré notre indignité, nous tenons la place, à notre tour, nous et par notre ministère le vénérable Siège apostolique lui-même, nous approuvons le décret du concile ; par l’autorité du bienheureux Pierre nous le confirmons comme sur la solidité immuable de la pierre posée par Jésus-Christ pour fondement à l’Eglise. La vénération qui s’attache aux précédents conciles généraux de Nicée, Constantinople, Ephèse, Chalcédoine et Constantinople (deuxième), nous voulons qu’elle soit rendue à cette récente assemblée œcuménique, où le Saint-Esprit vient encore de se manifester pour le salut des âmes et dont toute la gloire dans le Seigneur sera jusqu’à la fin des siècles attribuée à votre piété impériale. » (Lettre III Regi regum, à l’empereur Constantin IV, vers août 682, PL 96, 404 et 405 ; Mgr Justin FEVRE dans Histoire apologétique de la Papauté, tome 3, page 487, cite ce passage de saint Léon II mais se trompe dans la référence : il indique la colonne 464 au lieu de 404)

Nous avons ici plusieurs éléments. Le premier est que c’est en vertu de l’autorité de l’apôtre Pierre qu’il confirme le concile. Preuve qu’il était clair non seulement pour lui mais aussi pour ses destinataires qu’il était le chef visible et infaillible de droit divin de l’Eglise de Jésus-Christ, et que rien ne pouvait avoir cours sans son approbation expresse ou tacite. Le deuxième est qu’il appelle « oeucuménique » le concile de Rome de 680, réunissant 125 Evêques autour du Pape saint Agathon qui, comme nous l’avons vu, affirme l’infaillibilité des Papes (Saint Agathon, Lettre III Omnium bonorum spes aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682), et en conséquence, d’une part qu’il y croit aussi et ne saurait donc pas condamner Honorius comme hérétique au sens strict, et d’autre part que la confirmation du concile de Constantinople que porte la lettre ne saurait faire de même. Le troisième est le constat que le IIIè concile de Constantinople « pense de même » que ce concile de Rome qui affirme l’infaillibilité des Papes, et qu’il a reçu « comme un oracle émané de la bouche même de Pierre, prince des apôtres », la règle de foi promulguée par saint Agathon, et l’approuve par ce seul motif qu’il a reçu avec révérence cette règle, ce type de la vraie foi, de la tradition apostolique. Pour mieux accentuer encore sa pensée, saint Léon II déclare œcuménique le synode romain tenu par saint Agathon comme nous l’avons dit. Enfin le quatrième, prenant le contrepied du décret conciliaire qui avait mêlé à la définition de la foi les anathématismes, le Pontife donne à la définition de la foi son approbation absolue, quant aux anathématismes, il en détache soigneusement Honorius en spécifiant bien un motif de blâme différent et grandement inférieur à celui des autres, interprétant ainsi de manière authentique l’intention de l’assemblée conciliaire, conformément à ce que ses légats n’auront pas manqué de lui rapporter. Nous démontrons cela dans notre article précité : L’Infaillibilité du Pape proclamée en 681 ?

Un commentaire sur “Que signifie « que l’évêque soit le mari d’une seule femme » ? Réponse de l’Ecriture Sainte et des Pères de l’Eglise

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Cette entrée a été publiée le 26 septembre 2019 par dans Foi Catholique.
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