+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’épiscopat monarchique chez saint Clément de Rome (Ier siècle)

Défense de tous les dogmes de la Sainte Eglise : ici

L’épiscopat monarchique est-il une invention tardive de l’Eglise ? C’est en tout cas ce que veulent faire croire bon nombres de critiques. Pour réfuter cette thèse, nous avons déjà publié dans notre article intitulé La doctrine de saint Ignace d’Antioche une recension des différents propos de ce Père apostolique, disciple des saints Apôtres Pierre et Jean montrant avec éclat l’ancienneté de la hiérarchie monarchique diocésaine. Nous proposons ici l’exposé de cette même doctrine chez un autre Père apostolique, disciple non seulement de saint Pierre et saint Jean, mais encore de saint Paul : saint Clément de Rome. La chose sera montrée à partir de sa célèbre Lettre aux Corinthiens.

Ces mots forts célèbres sont les suivants :

« XL […] 5. Au grand prêtre des fonctions particulières sont confiées ; les prêtres ont leur place, les lévites leur service, le laïc les obligations des laïcs. […]

XLII, 1. Les Apôtres nous ont annoncé la bonne nouvelle de la part de Jésus-Christ. Jésus-Christ a été envoyé par Dieu. 2. Le Christ vient donc de Dieu et les Apôtres du Christ. Cette double mission elle-même, avec son ordre, vient donc de la volonté de Dieu. 3. Munis des instructions de Notre Seigneur Jésus-Christ, pleinement convaincus par sa résurrection, et affermis dans leur foi en la parole de Dieu, les Apôtres allaient, tout remplis de l’assurance que donne le Saint-Esprit, annoncer partout la bonne nouvelle de la venue du Royaume des cieux. 4. A travers les campagnes et les villes, ils proclamaient la parole, et c’est ainsi qu’ils prirent leurs prémices ; et après avoir éprouvé quel était leur esprit, ils les établirent évêques et diacres des futurs croyants. 5. Et ce n’était pas là chose nouvelle : depuis de longs siècles déjà l’Écriture parlait des évêques et des diacres ; elle dit en effet : « J’établirai leurs évêques dans la justice, et les diacres dans la foi » [Is 60, 17]

XLIII, 1. Qu’y a-t-il d’étonnant à ce que les Apôtres, à qui Dieu confia une si haute mission, aient établi ces ministres, puisque Moïse, le bienheureux « serviteur fidèle, établi sur toute la maison » (Nb 12, 7), a écrit dans les livres saints tous les ordres qu’il avait reçus ; et les autres prophètes l’ont suivi et ont rendu témoignage aux lois qu’il avait instituées. 2. Or, lorsque la jalousie surgit à propos du sacerdoce et que les tribus se mirent à se disputer l’honneur de ce titre glorieux, Moïse ordonna aux chefs des douze tribus d’apporter chacun un rameau portant le nom de leur tribu ; alors il lia ces rameaux en faisceau, les scella avec les anneaux des chefs, puis les déposa dans le tabernacle du témoignage sur l’autel de Dieu. 3. Il ferma ensuite le tabernacle, en scella les agrafes, comme il avait scellé les rameaux, 4. et il leur dit : « Frères, la tribu dont le rameau germera est celle que Dieu a choisie pour exercer le sacerdoce et le service du culte. » 5. Le lendemain, il convoqua tout Israël, les six cent mille hommes, ouvrit le tabernacle du témoignage et en sortit les rameaux. On trouva que la verge d’Aaron avait fleuri, et même portait du fruit. 6. Que vous en semble, bien-aimés ? Moïse ne savait-il pas qu’il en serait ainsi ? Il le savait parfaitement. Mais c’est pour éviter le désordre en Israël qu’il agit de la sorte, et pour glorifier le nom du Dieu véritable et unique, à qui soit la gloire dans les siècles des siècles. Amen.

XLIV, 1. Nos Apôtres aussi ont su qu’il y aurait des contestations au sujet de la dignité de l’épiscopat ; 2. c’est pourquoi, sachant très bien ce qui allait advenir, ils instituèrent les ministres que nous avons dit et posèrent ensuite la règle qu’à leur mort d’autres hommes éprouvés succéderaient à leurs fonctions. 3. Ceux qui ont ainsi reçu leur charge des Apôtres, ou, plus tard, d’autres personnages éminents, avec l’assentiment de toute l’Église, s ils ont servi le troupeau du Christ d’une façon irréprochable, en toute humilité, sans trouble ni mesquinerie, si tous ont rendu un bon témoignage depuis longtemps, nous pensons que ce serait contraire à la justice de les rejeter de leur ministère. 4. Et ce ne serait pas une petite faute de déposer de l’épiscopat des hommes qui présentent à Dieu les offrandes avec une piété irréprochable. 5. Heureux les presbytres qui ont déjà parcouru leur carrière ! Pour ceux-ci du moins, elle s’est déroulée jusqu’au bout et a rapporté son fruit. Ils n’auront plus à craindre qu’on vienne les chasser du poste qui leur a été assigné. 6. Car nous voyons que vous avez retiré à plus d’un bon presbytre un ministère qu’il exerçait d’une manière irréprochable et qui lui valait l’estime de tous. » (Epître de Clément de Rome au Corinthiens, XL, 5 ; XLII ; XLIII ; XLIV).

La chose est explicitée et démontrée en de mens détails par Mgr Charles-Emile FREPPEL dans  Les Pères apostoliques et leur époque, Paris : Bray et Retaux, 1870, Sixième leçon, pp. 140 à 162. Nous proposons toutefois ici un exposé plus succin.

Voici les mots du Dictionnaire de théologie catholique :

« […] partout il emprunte à l’Ancien Testament des exemples ou des figures de ces vertus. Avec la IIe partie, c. XXXVIII-LXI, l’auteur serre de plus près son sujet. Il y met en relief l’institution divine de la hiérarchie ecclésiastique et le précepte de l’obéissance à l’autorité légitime de l’Eglise ; il adjure tous les fidèles de s’entraimer, les fauteurs des désordres de se repentir et de se soumettre. […]

En revanche, il appuiera sur les vérités de la foi ses leçons et ses exhortations, qui toutes vont ramener les Corinthiens à l’obéissance de leurs pasteurs légitimes, et, en dernière analyse, à la soumission aux vouloirs divins. […]

Outre l’indication des caractères généraux de l’Eglise, unité foncière, c. XLVI, visibilité, c. XLVI-XLVII, indestructibilité, c. XLVI, nécessité pour le salut, c. LVII, la lettre aux Corinthiens met en pleine lumière l’institution divine de la hiérarchie ecclésiastique et la primauté du Saint-Siège. Il y a dans l’Eglise deux éléments distincts, le clergé et les laïques, c. XL. Les apôtres, dépositaires de l’autorité de Jésus-Christ, se sont donné des successeurs, afin de s’assurer dans l’Eglise la perpétuité de leurs pouvoirs, c. XLII. Bien que saint Clément, au c. XLII, ne parle que des évêques et des diacres, et qu’ailleurs, il se serve indifféremment des termes d’évêque et de prêtre, il ne laisse pas de distinguer trois ordres dans la hiérarchie sacrée : celui des évêques, c. XLIV, dont l’office principal est de présenter « l’offrande des dons » ; celui des prêtres, πρεσϐύτεροι, qui ont remplacé les prêtres, Ιερεῖϛ, des Juifs, c. XL ; celui des diacres, qui sont préposés au soin des choses extérieures, et qui sont aussi les ministres du sacrifice. Voir de Smedt, S. J., Congrès scient. internat. des cathol., Paris, 1888, t. II, p. 303 sq.

Il faut être soumis aux prêtres ; ils sont les chefs, c. I, 3 ; les guides des âmes, c. LXIII, 1. Il faut les honorer au lieu de les priver sans raison de l’exercice de leur charge, comme ont fait les Corinthiens, c. XLIV, 3, 4, 6 ; XLVII, 6. C’est l’envie qui a produit chez eux les dissentiments, c. III, 4-VI. Point de division dans le corps du Christ, c. XLVI, 6. L’obéissance et la charité, c. XLIX, s’imposent à tout chrétien. Cf. A. Michiels, L’origine de l’épiscopat, Louvain, 1900, p ; 157-161, 266-270. » (P. GODET, Dictionnaire de Théologie Catholique, article « CLEMENT Ier DE ROME (Saint) »)

Et ce qu’en dit Mgr Justin FÈVRE, Histoire apologétique de la Papauté, tome 1, pages 356-371 :

« Clément débute par un magnifique tableau de la situation antérieure de l’Eglise de Corinthe, qu’il oppose à son état présent de divisions déplorables. Ces divisions proviennent de l’envie; l’envie prend sa racine dans un vice plus profond, l’orgueil. Or, pour combattre l’orgueil, ce Pontife prouve la nécessité de la subordination et de l’obéissance, par les vérités de la foi et les devoirs du salut, par l’ordre physique du monde, par la police nécessaire à la famille ainsi qu’à la société, enfin, par tout l’ensemble de l’histoire. A ce propos, il remonte à l’origine du monde, et, pour établir que l’envie a toujours été la source des discordes, il passe en revue tout l’Ancien Testament. Dans cette revue, il vient à établir un parallèle entre la synagogue et l’Eglise, dont il compare les deux hiérarchies sacerdotales. A propos de la hiérarchie mosaïque, il dit : « Le grand-prêtre a un ministère qui lui est propre, les prêtres un rang spécial, les lévites des devoirs déterminés ; enfin le laïque est astreint aux obligations de son état. Que chacun de vous, frères, demeure donc au rang où la Providence l’a placé, rendant à Dieu des actions de grâce, vivant avec une conscience pure, sans sortir jamais des limites de son ministère, ni des bornes de la modestie » (cap. XL). En venant à l’Eglise catholique, chap. XLII, saint Clément continue en ces termes : « Les apôtres nous ont annoncé l’Evangile de la part de Jésus-Christ, Jésus-Christ de la part de Dieu. Le Christ fut envoyé par le Seigneur, les apôtres par le Christ, et dans cette double hiérarchie s’est accompli le dessein providentiel. Acceptant donc leur mandat, convaincus de la sincérité de leur foi par la résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et, confirmés dans cette foi par la parole divine, les apôtres sont allés, avec une confiance absolue en l’Esprit saint, porter au monde la nouvelle de l’avènement du royaume de Dieu. Prêchant dans les cités et dans les campagnes, ils y ont recueilli les prémices de la moisson spirituelle, et après avoir éprouvé la foi des nouveaux convertis, ils ont institué en chaque Eglise des évêques et des diacres, pour perpétuer ainsi leur ministère en faveur de ceux qui devaient plus tard embrasser la foi (cap. XLII). Vous étonnerez-vous que les apôtres, investis par Dieu même de leur autorité, l’aient déléguée à d’autres ? Mais Moïse, ce bon et fidèle serviteur, n’a-t-il pas choisi de la sorte les princes des douze tribus (cap. XLIII). — Les apôtres, éclairés par la lumière de Notre-Seigneur Jésus-Christ, savaient que des discussions s’élèveraient un jour au sujet de la dignité épiscopale. Voilà pourquoi, en parfaite connaissance de cause, ils constituèrent cette hiérarchie dans l’Eglise, et fondèrent la règle de succession de telle sorte qu’après leur mort d’autres hommes éprouvés fussent investis de leurs fonctions et de leur ministère. Ceux donc qui ont été institués primitivement par les apôtres, ou qui le furent depuis par d’autres missionnaires irréprochables, avec l’assentiment de l’Eglise universelle, ces ministres saints, qui ont gouverné en paix, avec un courage et une patience invincible le troupeau de Jésus-Christ et aux vertus desquels tous ont rendu témoignage depuis tant d’années, ces évêques ne peuvent, sans injustice, être dépouillés de leurs charges. Tel est notre jugement. Certes, ce n’est pas une faute légère de bannir de l’épiscopat des hommes qui ont offert les dons sacrés saintement et sans reproches ! Bienheureux les prêtres qui ont achevé leur carrière et qui, à leur mort, ont recueilli le fruit d’une vie parfaite. Du moins, ils n’ont plus à craindre qu’on les chasse du trône où ils régnent aujourd’hui dans la gloire. Cependant nous voyons que vous n’avez pas eu honte, frères, de bannir de l’autel quelques-uns de ces hommes vénérables qui avaient saintement accompli tous les devoirs de la liturgie et de l’administration » (cap. XLIV).

Un témoignage aussi explicite en faveur de la hiérarchie catholique fait le désespoir des protestants. Saint Clément, disciple de saint Paul, premier ou troisième successeur de saint Pierre, parle d’évêques, de prêtres, de diacres, ni plus ni moins qu’un canoniste du dix-neuvième siècle, et en parle, s’il vous plaît, avec l’autorité d’un Pape : voilà qui trouble beaucoup les rêves de Planck et les conceptions aventureuses de Néander; voilà qui ne permet guère les négations obstinées de Baur et de Bunsen. Pour se tirer de ce mauvais pas, ils ont nié d’abord l’authenticité de la lettre de saint Clément, admise avant eux par tous les critiques et pour des raisons très-graves, qu’il est impossible même d’effleurer. Battus sur ce point, ils ont affirmé, sans ombre de preuve, que cette page du moins avait été ajoutée plus tard frauduleusement à un texte d’ailleurs authentique. Mais ce passage a paru si concluant au docteur Rothe, l’un des savants protestants les plus distingués d’Allemagne, qu’il n’a pu s’empêcher d’y voir l’origine apostolique de l’épiscopat dans le sens catholique du mot, et qu’on n’a pu lui répondre qu’en faisant mentir les textes par les tours de force ou de faiblesse d’une philologie sans consistance.

On a essayé, par exemple, d’affaiblir la portée de ce texte, en objectant que les termes d’évêques et de prêtres sont pris quelquefois l’un pour l’autre dans les monuments de l’Eglise primitive.

« Cette synonymie d’expression, dit encore M. Freppel, est incontestable. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, au XX° chapitre des Actes des apôtres, saint Luc appelle évêques ceux qu’un peu plus haut il désignait sous le nom de prêtres. Dans son épître, saint Clément, tout en distinguant les pouvoirs, emploie indifféremment l’une ou l’autre qualification. Mais il n’en résulte absolument rien contre la subordination des simples prêtres aux évêques proprement dits. De ce que le nom imperator était commun à l’empereur romain et aux généraux victorieux, il ne s’ensuit pas que les pouvoirs fussent égaux de part et d’autre. Saint Pierre appelle Jésus-Christ lui-même « l’évêque de nos âmes ; » on ne dira pas qu’entre le Christ et un évêque il n’y a pas de différence. Saint Pierre et saint Jean s’intitulent prêtres : personne n’en conclura que le pouvoir apostolique ne fût pas supérieur à celui de prêtres. Rien de plus facile a expliquer que cet emploi alternatif des mêmes termes pour désigner deux classes de personnes ou de pouvoirs bien distincts. Comme tous les évêques sont prêtres, cette dernière qualification leur convenait parfaitement. Eu égard à son étymologie, le mot prêtre signifie « ancien » senior; or, c’est parmi les anciens de la communauté qu’on choisissait d’ordinaire les ministres du premier et du second ordre ; l’âge accompagnait la dignité, mais ne la constituait pas, car saint Paul écrit à révoque Timothée : « Que personne ne méprise ta jeunesse. » De même, en prenant le mot dans sa signification native, évêque veut dire « surveillant; » or, les simples prêtres surveillaient également, dans la mesure qui leur était propre, la foi et les mœurs des fidèles. Par conséquent, cette dénomination, appliquée à leur ordre, n’avait rien que de très-naturel. Plus tard, l’usage et le besoin de préciser le sens des mots les firent réserver ; et pourtant, au troisième siècle encore, nous voyons saint Cyprien, le plus ardent défenseur de la distinction entre l’épiscopat et le sacerdoce, s’intituler prêtre, tout évêque de Carthage qu’il était. Je ne puis donc voir dans tout cela qu’une pure chicane de mots, et, dans le cas présent, une véritable querelle d’allemand. » [Mgr Charles-Emile FREPPEL, Les Pères apostoliques et leur époque, Paris : Bray et Retaux, 1870, Sixième leçon, pp. 157-158 ; ndlr : Mgr FEVRE ne fait ici qu’un brève citation de l’œuvre de Mgr FREPPEL, nous suggérons au lecteur de consulter l’intégralité de la « Septième leçon » tel que nous l’annonçons ci-dessus]

A cette vigoureuse argumentation du savant professeur de Sorbonne, le Baronius de notre âge, l’abbé Darras ajoute une considération non moins décisive :

« Quand même, dit-il, les expressions d’évêques, de prêtres, de diacres, employées par saint Clément, ne présenteraient point par elles-mêmes une signification assez claire et assez nette, il suffirait de les rapprocher du passage précédent, sur l’organisation hiérarchique du sacerdoce juif, pour en saisir toute la valeur. Saint Clément affirme que la constitution de l’Eglise de Jésus-Christ reproduit, dans sa simplicité et son unité admirables, les principaux caractères du sacerdoce d’Aaron. Il le fallait bien, puisque ce dernier n’était que la figure dont le sacerdoce institué par le Christ devait être la divine réalisation. Or, dans l’énumération des traits communs aux deux institutions, saint Clément désigne le Souverain-Pontife, les princes des prêtres et les diverses catégories ; il leur assigne un rang et des fonctions spéciales, les distinguant tous des laïques. Il y a plus, saint Clément fait observer que le centre du culte hébreu, centre unique, est Jérusalem. Donc le culte catholique doit avoir de même un centré de direction et de gouvernement : les Corinthiens ne s’y méprenaient pas, puisque eux-mêmes avaient eu recours à ce centre de l’Eglise romaine, fondée sur la Chaire de saint Pierre. On ne gagnerait donc rien à incidenter sur des expressions ou des termes équivoques. Le fond de la doctrine l’emporte ici sur tous les détails, en les confirmant chacun en particulier avec une force irrésistible. Aux sacrifices sanglants de Jérusalem saint Clément compare l’oblation pure « des dons du Seigneur » faite par les évêques et les prêtres de Jésus-Christ ; au culte mosaïque, il compare la liturgie chrétienne. Et maintenant, que le protestantisme nous montre le centre de son gouvernement, son pontife suprême, ses évêques, ses prêtres, ses diacres et tous les autres degrés du ministère ecclésiastique, distincts du laïcisme, et formant le sacerdoce immortel dont celui d’Aaron n’était que la figure ! Cette hiérarchie existait cependant au siècle apostolique, et le seul fait de ne l’avoir plus est une preuve palpable d’hérésie ou de schisme. » [Hist. générale de l’Eglise depuis Adam jusqu’à nos jours, t. VI, p. 236.]

On ne peut infirmer la force de ces observations. Il est prouvé que, dès les premiers temps de l’ère apostolique, l’Eglise avait sa hiérarchie sacrée et que dans les difficultés on recourait au Saint-Siège.

II. Nous n’avions pas toutefois jusqu’à présent ici la décision de son autorité. Dans la Patrologie de Migne, au chapitre LVII de la lettre de saint Clément, une ligne de points indique les lacunes du texte à cet endroit. L’annotateur ajoute, au bas de la page :

« Il manque ici, dans l’ancien manuscrit, une feuille entière qui donnerait quatre pages de texte imprimé. S’il n’y avait que lacune de quelques lettres, manque d’un ou de plusieurs mots, nous aurions tâché d’appliquer à ce mal un remède quelconque. Mais la blessure est trop grande pour que nous puissions la guérir avec l’emplâtre de la conjecture. Il faut attendre qu’il vienne d’Egypte ou de Grèce un nouvel Esculape qui enlève à notre Clément sa podagre. »

Ce qui manquait en 1856 est retrouvé aujourd’hui. Nous en aurons le détail dans l’article suivant de l’Univers, mai ou juin 1877, article que nous devons au docte abbé Daniel :

« Le concile du Vatican a défini d’une manière solennelle l’infaillibilité pontificale. On sait comment les incrédules, les janistes et les vieux-catholiques ont attaqué l’œuvre du concile. Pour attester une fois de plus l’antiquité et la perpétuité de la foi chrétienne sur la primauté du Pape et montrer aux esprits les plus prévenus quelle a été l’autorité du Saint-Siège dès les premiers temps, Dieu a voulu qu’on en découvrît une preuve nouvelle, que personne n’avait soupçonnée jusqu’ici. Et comme, pour faire rendre témoignage à la vérité par l’erreur elle-même, il a permis que ce fragment, d’un prix incomparable, qui atteste clairement le pouvoir du Pape sur toute l’Eglise, fût publié par un archevêque schismatique, et traduit et annoté par des écrivains protestants ou rationalistes.

Au moment où l’Eglise catholique tout entière rend un si éclatant hommage à la Papauté, en célébrant le cinquantième anniversaire de la consécration épiscopale du successeur de saint Clément Romain, tous les vrais fidèles se réjouiront d’apprendre que le premier Pape dont les écrits nous aient été conservés, en dehors de saint Pierre, parle de la puissance du Souverain-Pontife comme en parle Pie IX, comme en ont toujours parlé tous les Papes. Le nouveau témoignage que nous voulons faire connaître en faveur de la primauté du Pape est, en effet, un témoignage d’un des premiers successeurs de saint Pierre, de saint Clément Romain.  La dignité de son auteur lui donne donc une valeur toute particulière. Mais tout concourt à augmenter le prix du passage récemment découvert. D’abord sa grande antiquité : l’écrit dont il fait partie est le plus ancien en date de tous les écrits ecclésiastiques d’une authenticité incontestable, et il ouvre à bon droit la Patrologie grecque de l’abbé Migne et tous les recueils des œuvres des Pères apostoliques.

L’autorité dont il a joui dans les premiers siècles n’est pas moins grande que son antiquité. Les premiers chrétiens eurent pour cet écrit, connu sous le nom de première épître de saint Clément aux Corinthiens, une telle estime qu’on le lisait dans les assemblées des fidèles avec les écrits canoniques de l’Ancien et du Nouveau Testament. Tous les écrivains grecs, depuis la première partie du second siècle jusqu’à Photius, en ont fait les plus pompeux éloges. Denys de Corinthe nous apprend qu’on le lisait de son temps dans l’Eglise de Corinthe. Clément d’Alexandrie et Origène lui attribuent une autorité apostolique et le considèrent presque comme une partie de la sainte Ecriture. Eusèbe de Césarée atteste qu’on le lisait publiquement depuis les premiers temps dans les Eglises, mais il a soin cependant de ne pas le placer parmi les livres canoniques, comme semble le faire le canon LXXXV des Constitutions apostoliques.

La lettre de saint Clément, écrite en grec et adressée à une Eglise de Grèce, a été moins célèbre en Occident qu’en Orient. A part saint Irénée, qui était originaire d’Asie-Mineure, et saint Jérôme, qui passa une grande partie de sa vie en Palestine et était très-versé dans la littérature grecque, nous ne rencontrons dans toute l’Eglise occidentale que saint Ambroise qui l’ait indubitablement, connue. Selon M. Lightfoot, l’un des plus savants éditeurs de saint Clément, tout porte à croire que son épître aux Corinthiens n’a été traduite pour la première fois on latin qu’au dix-septième siècle : de là l’impossibilité où étaient les écrivains latins d’en faire usage.

La célébrité de l’écrit de saint Clément a duré sans interruption, dans l’Eglise orientale, jusqu’à Photius, qui en a parlé avec grand éloge dans sa Bibliothèque (c. CXIII). Mais les progrès du schisme et sa funeste prédominance en effacèrent peu à peu le souvenir dans l’Eglise grecque, dont il condamnait manifestement la révolte contre l’autorité du Saint-Siège.

C’est cependant aux schismatiques grecs que nous devons ce monument. L’histoire de, la publication de cette épître est vraiment singulière. C’est par des schismatiques et par des protestants qu’elle nous est venue dans sa première forme incomplète, comme maintenant dans sa forme intégrale.

La première édition imprimée de la lettre de saint Clément, pape, aux Corinthiens, est de l’an 1633. Elle a été publiée par le protestant Patrice Junius, à Oxford, et contient le texte grec avec une traduction latine. Il reproduisait l’original d’un manuscrit d’Alexandrie, d’où ont été tirées, jusqu’en 1875, toutes les éditions nouvelles. C’était le seul manuscrit connu. Ce manuscrit, désigné sous le nom de Codex Alexandrinus, avait été donné en 1628, par le célèbre patriarche schismatique grec Cyrille Lucar, à Charles Ier, roi d’Angleterre. Une annotation du manuscrit en attribue la transcription à sainte Thècle, martyre. Le patriarche Cyrille affirmait qu’il avait été écrit après le concile de Nicée, par une noble femme égyptienne appelée Thècle. Tischendorf, Scrivener, Oscar de Gebhardt et Harnack le rapportent au cinquième siècle ; Hilgenfeld le fait moins ancien de près d’un siècle.

Il manquait malheureusement à ce manuscrit plusieurs feuillets, la dernière partie de l’écrit, dit seconde lettre de saint Clément aux Corinthiens, dont nous ne nous occupons pas ici, et l’avant-dernier feuillet de la première lettre. C’est cet avant dernier feuillet, contenant six chapitres, à peu près le dixième de la longueur totale de l’épître, qui renferme les témoignages les plus clairs et les plus directs sur l’autorité de l’Eglise de Rome.

Plusieurs savants avaient fait des recherches pour découvrir quelque nouveau manuscrit de l’épître de saint Clément, mais elles avaient été infructueuses, et l’on croyait qu’on ne parviendrait jamais à compléter ses lacunes lorsqu’on apprit, en 1875, qu’un archevêque grec, Philothée Bryennios, métropolite de Sères, en Macédoine, avait découvert un manuscrit complet et le publiait avec beaucoup de soin à Constantinople. Deux savants protestants allemands, MM. Oscar de Gebhardt et Adolphe Harnack, se sont empressés de mettre à profit la nouvelle édition de Constantinople pour donner une édition critique complète, texte, traduction et notes, des deux écrits de saint Clément. Le rationaliste Hilgenfeld, un des adeptes de l’école de Tubingue, a fait de même, mais il n’a point joint de traduction au texte grec. Le manuscrit découvert par le métropolite Bryennios, à Constantinople, et qui sera désormais connu sous le nom de Codex Constantinopolitanus, provient de la bibliothèque du monastère patriarcal de Jérusalem, et a été écrit en 1056, par un scribe nommé Léon. Il contient plusieurs autres anciens écrits, comme l’épître de saint Barnabé, les lettres de saint Ignace, etc., que Bryennios se propose de publier plus tard.

Aux deux manuscrits de la première lettre de saint Clément, dont nous venons de parler, on pourra bientôt joindre une traduction syriaque complète, fort ancienne, laquelle sera d’un grand secours pour la critique du texte des deux manuscrits. Le Catalogue de la bibliothèque de M. Mohl, publié après sa mort, à Paris, en 1870, portait au n° 1796 :

« Manuscrit syriaque sur parchemin, contenant le Nouveau Testament moins l’Apocalypse, d’après la traduction revue par Thomas d’Héraclée. Ce manuscrit, en beaux caractères Peschito. est suivi d’une note du copiste, qui dit l’avoir exécuté l’an 1481 des Grecs (1159 de l’ère chrétienne) dans le petit monastère de Mar-Salibo de Beth-Yehidoyé, sur la montagne sainte d’Edesse, la ville bénie… Entre l’Epître de saint Jude et l’Epître de saint Paul aux Romains se trouve intercalée une traduction syriaque des deux épîtres de saint Clément de Rome aux Corinthiens. »

C’était le seul manuscrit syriaque de la bibliothèque de M. Molh.

La connaissance des Pères est malheureusement si peu répandue parmi nous, que personne ne soupçonna le trésor renfermé dans ce volume, et il fut acheté par l’université de Cambridge, en Angleterre. Quelques jours après, un des bibliothécaires de l’université, M. Bensly, écrivait :

« En recevant notre nouvelle acquisition, j’ai été agréablement surpris de voir que nous étions réellement devenus possesseurs d’une version syriaque, jusqu’ici inconnue, des épîtres de Clément aux Corinthiens [note de Mgr FEVRE : Quand le syndicat de la bibliothèque de l’université de Cambridge avait lu, dans le catalogue de la collection Mohl, la notice que nous venons de rapporter sur le manuscrit syriaque n° 1706, il n’avait pu croire que les deux épitres de saint Clément qui y sont mentionnées fussent les épîtres aux Corinthiens, et il avait pensé que c’étaient les lettres aux vierges chrétiennes, publiées depuis 1752. « Il paraissait incroyable, dit M. Lightfoot, p. 232, qu’un trésor tel que la version syriaque des épîtres aux Corinthiens, faisant partie d’une collection bien connue, eût échappé à l’attention de tous les savants orientalistes de France. » De là l’agréable surprise des bibliothécaires de Cambridge. Le malheur de nos savants officiels de France, c’est d’être généralement ignorants en théologie et en histoire ecclésiastique. M. Guignant avait visité, en mission, la bibliothèque du Saint-Sépulcre de Constantinople, où se trouvait le manuscrit complet public par Bryennios. Voici comment, dans son rapport, lu en 1836, à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et publié la même année par le Journal général de l’instruction publique, il parlait de cette précieuse découverte : « Elle ne contient malheureusement que peu de chose, excepté des homélies, des prières, des traités de théologie et de controverse écrits dans des temps peu éloignés de nous. (!) » Il ne faut pas oublier cependant que M. Miller a eu le bonheur de découvrir, en 1831, les Philosophumena.]… Les lacunes du texte du Codex Alexandrinus sont remplies de la même manière que dans le manuscrit grec récemment publié par Bryennios. La traduction elle-même est attribuée à la récension héracléenne. A cause de son extrême fidélité, elle est très-propre, dans les cas douteux, à faire pencher la balance en faveur de l’un des deux manuscrits, et elle sera très-propre pour corriger le texte des chapitres dernièrement découverts. »

M. Bensly prépare la publication de la précieuse traduction de Thomas d’Héraclée, et M. Lighfoot en a déjà fait usage dans son Appendice.

Ce Thomas d’Héraclée revit, en 616, la traduction syriaque du Nouveau Testament faite en 508 par Philoxène. Il se servit aussi de la version de Philoxène, ou peut-être d’un autre plus ancien encore, pour sa traduction corrigée de la lettre de saint Clément.

L’authenticité de la première épître de saint Clément aux Corinthiens n’est l’objet d’aucun doute sérieux. Des critiques nient l’authenticité de l’homélie dite seconde épitre aux Corinthiens ; on attaque surtout les lettres aux vierges, qui ne nous sont connues que par une traduction syriaque, mais on est d’accord à reconnaître que la première aux Corinthiens est l’œuvre du pape saint Clément. Il n’y a pas la même uniformité concernant la date de cet écrit. Plusieurs savants, Vossius, Blondel, Grabe, Pagi, Dodwell, Gallaudi, Wolton, Wocher, Mgr Héfelé, Mack, Schenkel la rapportent de l’an 64 à l’an 68. La plupart la l’ont un peu moins ancienne :

« Domitiani aetati jam Patricius Junius et Cotelerius hanc romana Ecclesiae epistolam recle vindicaveruut, » dit Hilgenfeld, p. XXXVII. Gebhardt et Harnack, qui discutent longuement la question, eu fixent la date entre l’an 93 et l’an 97 (p. LX).

Leur sentiment est, pour le fond, celui non-seulement des premiers éditeurs Junius et Cotelier, mais aussi de Tillemont, Lumper, Néander, Gieseler, Roth, Tholack, Bunsen, Schliemann, Kœsteliu, Ritschl, Tiersch, Lechler, Reuss, Anger, Gundert, Ekker, Lipsius, Ewald, Uhlhorn, Laurent, Tischendorf, Lightfoot, Pfleiderer, Hoffnann, Zahn, Donaldseu, Bryennios. Le fragment nouvellement découvert, c. LXIII, n° 3, est tout-à-fait favorable à l’opinion prédominante. Il est impossible d’ailleurs d’en descendre la date plus bas. Quoique tous les historiens rationalistes de ces derniers temps aient nié que l’Eglise romaine eût au premier siècle une autorité prépondérante, il n’en reste pas moins établi, comme en convient Hilgenfeld lui-même, ainsi que nous l’avons vu, que l’épître de saint Clément est du premier siècle. Aussi, le docteur Harnack donne-t-il cet avertissement aux partisans des théories de l’école de Tubingue :

« Monoo eos errare qui cap. LVIII, LIX, ,LXII, I, LXIII potissimum innisi, contendere volunt epistolam secundo saeculo scriptam esse, cum vix esset credibile, Ecclesiam romanam jam primo sseculo tanta auctoritate cum aliis conservatain esse Ecclesiis » (p. LX).

Le même savant est convaincu que saint Clément intervint de son propre mouvement, epistola procul dubio … sponte ironsmissa (p. XLV), dans les troubles qui agitaient l’Eglise de Corinthe, afin d’y mettre un terme, en y envoyant sa lettre et ses légats. Les mots παρʹὒμιυ, dit-il, employés chap. Ier, au lieu de παρʹ ὑμῶν, prouvent qu’il faut traduire, non pas quœsità à vobis, comme dans l’édition Migne, mais desiderata apud vos. Quoi qu’il en soit, l’autorité de l’Eglise romaine est manifeste dans les deux manières de traduire, soit que ce soient les corinthiens qui aient porté leur cause à Rome, soit que saint Clément ait agi de lui-même.

Ce point de doctrine a été remarqué de tous ceux qui ont étudié l’écrit de saint Clément. Déjà Rufin avait été frappé de la manière dont ce Pape parlait, en se considérant comme la personnification de l’Eglise romaine : « Sub Clemente seditio non modica orta est apud Corinthum inter fratres, ita ut ex personà romance Ecclesiae scriberet ipse Clemens ad Corinthios epistolam. »

Mais les éditeurs catholiques des derniers temps étaient obligés de reconnaître qu’on ne rencontrait pas dans son écrit d’affirmation expresse de la suprématie de l’Eglise romaine. « De dogmate quidem catholico, quod ex proscripto concilii Trideuntini etiam publiée profitemur : sanctam nimirum catholicam et apostolicam Ecclesiam romanam esse omnium Ecclesiarum matrem et magistram, in epistolà suâ nullibi explicitam menlioiiem facit divus Clemcns, » dit le bénédictin Lumper (Migne, col. 109). Il n’en sera plus ainsi désormais, grâce au manuscrit de Constanlinople, et le premier document pontifical que nous possédions sera aussi le premier monument en faveur du pouvoir suprême des Papes.

M. Harnack, rendant compte de la découverte de Bryennios dans une revue protestante, le Theologister Litteraturzeitung de Schürer, 1870, n° 4, a dit :

« Le caractère officiel de la lettre se manifeste d’une manière plus claire encore dans les passages récemment publiés et par le ferme langage qui y est employé. Des passages comme le chap. LIX, 1, et plus encore, tout le chapitre LXIII, devront être désormais tenus en ligne de compte, si l’on veut décrire exactement les rapports qui existaient entre l’Eglise romaine et les autres Eglises, ces passages sont bien propres à nous faire comprendre comment on pouvait déjà parler de Rome en 170-190 dans la chrétienté, comme le font Denys de Corinthe et Irénée, originaires de l’Asie Mineure. [Voir Denys de Corinthe, vers 170, ap. Eusèb., Hist. eccles., IV, XXIII, et S. Iren., De haer., III III, 3] »

M. Harnack fait allusion aux paroles par lesquelles saint Irénée apprend que saint Clément envoya sa lettre aux Corinthiens, pour leur rendre la paix. Saint Irénée rappelle celle lettre, en confirmation des paroles devenues si célèbres qu’il venait de dire un peu plus haut (De haer., III, III, 2) :

« Maxima et antiquissima, et omnibus cognita a gloriosissimis duobus apostolis Petro et Paulo Roma fundata – Ad hanc enim Ecclesiam, propter potiorem principalitem necesse est omnem convenire Ecclesiam, hoc est eos qui sunt undique fidèles. »

Ce fameux passage, qui était allégué le premier dans les traités de théologie, comme le plus ancien de tous, ne sera plus que le second en date.

La suprématie de l’Eglise romaine et, par conséquent, la primauté pontificale, est exprimée, en effet, aussi clairement que possible dans le fragment retrouvé de saint Clément.

Une sédition s’étant élevée dans l’Eglise de Corinthe, le Pape exhorte les coupables au repentir et à la pénitence : que les auteurs du trouble confessent leur péché et travaillent au rétablissement de la paix. S’ils n’obéissent pas aux prescriptions de l’Eglise romaine, saint Clément leur déclare qu’ils ne seront pas du nombre des élus :

« Sin autem quidam non parebunt iis quœ ille (Jesus Christus) per nos dixit, cognoscant offensioni et periculo haud exiguo se implicaturos esse ; nos vero innocentes erimus ab hoc peccato » (c. LIX, p. 97)

Ainsi Jésus-Christ a parlé par la bouche du Pape.

Le chapitre LXIII est encore plus impératif :

« AEquum θἑμιτον igitur est talibus et tantis exemplis accidentes cervicem supponere et obedientiae locum explore, ut quiescentes à vanà seditione ad scopum nobis in veritate propositum sine omni macula perveniamus. Gaudium enim et laetitiam nobis praestabitis si obedientes facti iis quae à nobis scripta sunt per Spiritum sanctum [note de Mgr FEVRE  :  Gebhart rapporte, mais à tort, les mots Spiritum sanctum à eradicaveritis, au lieu de scripta sunt. Le déplacement de cette virgule est le seul changement que nous ayons fait à sa traduction, mais la légitimité de notre changement est incontestable. Le sens devient ainsi celui du chapitre LIX, que nous avons déjà rapporté : Quae ille (Deus) per nos dixit. M. Lightfoot a lu comme nous le faisons : « Ye will give us great joy, traduit-il, if ye render obédience unto the thingo writtten by us through the Holy Spirit » (p. 378). Ce langage rappelle, d’ailleurs, celui des Actes, XV, 28 : Visum est enim, Spiritui sancto et nobis.], eradicaveritis nefandam zeli vestri iram secundum sermonem quem fecimus de pace et concordià in in hac epistolà. Misimus autem viros fidos et castos, à juventute usque ad senectutem inculpatè nobiscum versatos, qui testes erunt vos inter et nos. Hoc vero fecimus ut cognosceretis omnem curam nostram id et spectasse et spectare ut quam celerrimè ad pacem perveniatis » (p. 107).

Hilgenfeld a résumé ce passage en disant, p. XLII : « Romani jam omnia quae ad religionem spectant absolverunt et » et sperant Corinthios obsecuturos esse. » Le Pape fait plus qu’espérer l’obéissance, il l’impose. M. Harnack le reconnaît franchement : « Ecce quanta auctoritate Roma locuta sil, » dit-il sur les mots ἐάν ὑπήκοοι γενόμενοι τοῖϛ ὑφʹ ήμῶν γἐγραμμἐνοιϛ. Et il explique les mots testes vos inter, employés par les légats envoyés par le Pape à Corinthe pour régler les affaires en son nom en disant :

« Id est judicabunt, utrum seditionem sedave» ritis annon. Haec vox gravis neque opinata; Ecclesia romana nequaquam à Corinthiis advocata, jurisdictionem quamdam sibi arrogat, sed severè hanc rem agit, quia Romanis πᾶσα φροντίϛ γέγονε ϰαἱ ἐστίν εῖϛ τὸ ὲν ταχεῖ εἰρἠνενσαι illos. Ecclesiarum omnium pax et salus Romanse cordi est. »

Ainsi, l’un des premiers Papes, d’après plusieurs, le successeur immédiat de saint Pierre, d’après un plus grand nombre, le troisième, a le pouvoir sur l’Eglise universelle; il décide souverainement les questions en litige, il envoie ses légats, munis de pleins pouvoirs ; en un mot, l’Eglise est fondée visiblement dès lors sur le roc de Pierre.

L’annotateur protestant insinue que c’est un pouvoir que Clément s’arroge. Une preuve que son autorité était reconnue par l’Eglise, c’est qu’elle fut acceptée par les Corinthiens, et que sa lettre, qui contenait les belles et fortes paroles que nous venons de rapporter, fut lue publiquement pendant des siècles dans les Eglises d’Orient et acceptée par l’Eglise syriaque comme par l’Eglise grecque.

Puissent donc tous les chrétiens obéir à ces belles paroles, par lesquelles commence le fragment retrouvé :

« Obediamus igitur nomini ejus sanctissimo (Dei)… Accipite concilium nostrum nec peenitebit vos ; profectô enim per Deum, perque Dominum Jesum Christum et Spiritum sanctum [note de Mgr FEVRE :  Ces paroles sont extrêmement importantes pour établir, contre les historiens rationalistes modernes, la foi du premier siècle à la divinité de Jésus-Christ et au mystère do la sainte Trinité. Elles étaient déjà connues par saint Basile, qui les rapportait, De Spiritu sancto, cap. XXIX, t. III, p. 61, comme étant de saint Clément; mais parce qu’on ne les retrouvait pas dans la lettre aux Corinthiens, des critiques en révoquaient en doute l’authenticité. La question est désormais tranchée.] fidem et spera electorum, qui in humilitate cum assiduâ moderationo praecepta et mandata à Deo data exsequitur, constitutus et electus erit in numerum eorum gui salvantur per Jesum Christum, per quem ei est gloria in saecula saecûlorum. Amen. » (C. LXin, p. 97.) »

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3 commentaires sur “L’épiscopat monarchique chez saint Clément de Rome (Ier siècle)

  1. Pingback: Réfutations des erreurs doctrinales des « chrétiens » anti-catholiques | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Carlito
    15 décembre 2017

    Excellent travail, merci !

  3. Pingback: La primauté romaine dès le Ier siècle : la Lettre de Clément de Rome aux Corinthiens | +†+Yesus Kristus azu+†+

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Cette entrée a été publiée le 11 décembre 2017 par dans Foi Catholique, Pères de l'Eglise.
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