+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

II Maccabées XIV, 37-46 fait-il l’apologie du suicide ?

Toutes les preuves de l’inspiration des deutérocanoniques : ici

Les juifs et les protestants refusent en les appelant « apocryphes » les livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament catholiques, absents de leurs bibles. L’un de leurs arguments est que l’un de ces livres ferait l’apologie du suicide : « Or un certain Razis, un des anciens de Jérusalem, fut dénoncé à Nicanor; c’était un homme aimant ses concitoyens, de très bonne renommée, et appelé le père des Juifs, à cause de sa bienfaisance. Car dans les temps antérieurs, où il fallait éviter tout commerce avec les païens, il s’était attiré une accusation de judaïsme et, avec une invincible constance, il avait exposé, pour le judaïsme, son corps et sa vie.Nicanor, voulant donner une preuve de son hostilité contre les Juifs, envoya plus de cinq cents soldats pour le prendre; car il ne doutait pas que son arrestation ne fût un grand coup porté aux Juifs. Cette troupe était sur le point de s’emparer de la tour et de forcer l’entrée du vestibule; déjà l’ordre était donné d’y mettre le feu et de brûler les portes. Mais, au moment où il allait être pris, Razis se jeta sur son épée, aimant mieux mourir noblement que de tomber entre des mains criminelles et de subir des outrages indignes de sa propre noblesse. Mais, comme, dans sa précipitation, il ne s’était pas frappé au bon endroit, voyant la foule se ruer par les portes, il courut avec courage en haut de la muraille et se précipita bravement sur la foule. Tous reculèrent aussitôt, et il se forma un espace vide au milieu duquel il tomba. Respirant encore et l’âme enflammée, il se releva, tout ruisselant de sang, et malgré d’horribles blessures, il traversa la foule en courant et, debout sur une roche qui se dressait là, ayant déjà perdu tout son sang, il s’arracha les entrailles, les jeta de ses deux mains sur la foule, et pria le Maître de la vie et de l’âme de les lui rendre un jour; ce fut ainsi qu’il mourut. » (II Maccabées XIV, 37-46)

L’explication de ce passage très surprenant est simple : ce qui est loué par ce livre qui en plus d’être théologique, est aussi historique, n’est pas l’acte du suicide lui-même, mais l’intention qui le poussa à commettre un tel acte. C’est afin d’éviter le déshonneur qu’il fit cela, il a eut tort, mais ce n’est pas son suicide qui est visé par les éloges.

Saint Augustin (354-430) répond :

Cependant, je l’avoue, je ne me souviens pas d’avoir répondu à ce qu’ils disent du vieillard Razias; après d’inutiles recherches dans tous les auteurs ecclésiastiques, ils se vantent enfin d’avoir trouvé, dans le livre des Macchabées, cet exemple dont ils voudraient s’armer pour justifier le crime de leur suicide [II Macchab. XIV, 37-46]. Pour les réfuter, il suffira à votre charité et à tout homme sage de leur dire qu’ils auront le droit de citer cet exemple s’ils sont disposés à appliquer à la vie chrétienne tout ce qui est raconté des Juifs et rappelé dans leurs Écritures. Parmi les actions des personnages loués dans l’Ancien Testament, il en est qui ne conviendraient pas à notre temps et qui, même en ce temps-là, n’étaient pas conformes à l’idée du bien; telle fut l’action de Razias. Son rang parmi les siens et sa courageuse persévérance dans la loi , l’avaient fait appeler le père des juifs, et nous savons, d’après les paroles de l’Apôtre, que le judaïsme, comparé à la justice chrétienne, n’était que chose vile [Philip. III, 8]. Quoi d’étonnant que Razias, saisi d’une pensée d’orgueil comme il en vient au coeur d’un homme, ait mieux aimé périr de ses propres mains que de subir une indigne servitude au milieu de ses ennemis, après avoir été si considérable aux yeux des siens !

Les païens lie manquent pas de célébrer ces choses-là dans leurs écrits. Dans le livre des Macchabées, l’homme est loué, il est vrai, mais son action ne l’est pas : elle n’est que racontée; on la met sous nos yeux plutôt comme une chose soumise à notre jugement que proposée à notre imitation; nous ne devons pas assurément la juger avec notre propre jugement, ce que nous pourrions faire aussi en notre qualité d’hommes, mais avec la saine doctrine très-claire sur ce point, même dans les anciennes Écritures. La conduite de Razias s’éloignait de ces prescriptions des Livres saints : « Accepte tout ce qui t’arrive, demeure en paix dans ta douleur, et, au temps de ton humiliation, garde la patience [Ecclésiastique II, 4]. » En choisissant ainsi sa mort, cet homme n’obéit donc point à des inspirations de sagesse ; mais il se refusa à porter l’humiliation.

Il est écrit qu’il voulut mourir « noblement et courageusement [Macchab. II, XIV, 42]. » L’Écriture ne dit pas : sagement. Il voulut mourir « noblement, » c’est-à-dire de peur de perdre dans l’esclavage la liberté dont jouissait sa race; « courageusement, » c’est-à-dire qu’il eut assez de force d’âme pour se tuer lui-même. N’ayant pu se donner tout à fait la mort d’un coup d’épée, Razias se précipita du haut d’un mur; et malgré cela vivant encore, courut vers une pierre brisée; debout et ayant perdu tout son sang, il s’arracha les entrailles, et, de ses deux mains, les jeta sur la foule, et puis, dans son épuisement, il mourut [II Macchab. XIV, 37-46]. Ces choses sont grandes, et ne sont pas bonnes cependant; car tout ce qui est grand n’est pas bon, puisqu’il y a même des crimes qui ont de la grandeur. Dieu a dit : « Ne tue pas l’innocent et le juste [Exode, XXIII, 7]. » Si donc Razias n’a été ni innocent ni juste, pourquoi veut-on qu’il soit imité? Mais s’il a été innocent et juste , pourquoi le louer, puisqu’il a été le meurtrier d’un innocent et d’un juste, c’est-à-dire de Razias lui-même ? » (Lettre 204, VI-VIII)

Le Dictionnaire de théologie catholique :

« 1° Raisons invoquées pour légitimer le suicide. — 1. Le suicide, acte de force. — On  souligne la force et la noblesse d’un acte qui permet au soldat courageux d’éviter le déshonneur public ou d’entraîner avec lui dans sa perte un ennemi qu’il veut abattre. L’Écriture sainte nous a laissé plus d’un exemple de suicides de ce genre : Samson, se faisant écraser avec les Philistins dans le temple de Dagon, Jud., XVI, 22-30; Saül se transperçant de son épée après sa défaite à Gilboé, I Reg. [ndlr : I Samuel], XXXI, 2-6; Achitophel, s’étranglant parce qu’il n’était pas obéi, II Reg. [ndlr : II Samuel], XVII, 23; Éléazar se glissant sous l’éléphant et se faisant écraser dans l’intention de perdre avec lui Antiochus Eupator, I Mac., VI, 46 ; enfin, le cas le plus frappant, car l’Écriture semble le louer, Razias, se donnant une mort cruelle pour échapper à d’indignes outrages. II Mac., XIV, 41-46. […]

Réponses aux difficultés. — 1. La première série d’objections nous retiendra plus longuement, parce que ces objections touchent de plus près à l’enseignement proprement théologique. Les exemples tirés de la Sainte Écriture ne prouvent aucunement la légitimité du suicide. Livre inspiré, l’Écriture n’en demeure pas moins, en certaines de ses parties, livre historique; elle rapporte des faits, en soi défectueux, sans pour autant les approuver tel, par exemple, le sacrifice que Jephté fit de sa propre fille. Si, dans le cas de Razias, elle paraît accorder quelque louange, c’est pour exalter le sentiment qui animait ce guerrier beaucoup plus que pour approuver son acte. Il fallait, en effet, un singulier courage à Razias pour se donner la mort dans les circonstances que rapporte le IIe livre des Machabées. C’est un courage humain, héroïsme humain si l’on veut, mais non pas héroïsme surnaturel : « Si l’on se donne la mort, dit saint Thomas à ce propos, pour éviter des peines et des châtiments, il y a en cela une apparence de force (c’est pour cela que quelques-uns qui se sont tués estimant faire un acte de courage et de ce nombre fut Razias); cependant cette force n’est pas la véritable vertu. » Ad 5um. De tels actes sont de tous temps et se produisent sous toutes les latitudes : qu’on se souvienne du hara-kiri japonais. » (Abbé Albert MICHEL, Dictionnaire de théologie catholique, article « SUICIDE »)

Dom Augustin CALMET (1672-1757) :

« 42. ELIGENS NOBILITER MORI POTIUS, QUAM SUBDITUS FIRI PECCATORIBUS. Aimant mieux mourir courageusement, que de se voir assujetti aux pécheurs, c’est-à-dire, aux Payens, aux idolâtres. L’action de Razias regardée, selon le sentiment que les payens avaient de la générosité, de la grandeur d’âme, du mépris de la mort, de l’amour de la liberté, en sans doute au-dessus de t0utes louanges, & approche autant du véritable héroïsme, qu’aucun des grands faits, que l’histoire nous vante dans les Grecs & les Romains. Les Juifs mettent ce grand homme, au nombre de leurs plus illustres Martyrs, prétendent faire voir par fon exemple, & par celui de Saül, & de Samson, qu’il est de certains cas, où le meurtre volontaire de soi-même, est non-seulement permis, mais même louable & méritoire. Ces cas sont premièrement, la juste défiance de ses propres forces, & la crainte de succomber la violence de la persécution , ou rigueur des tourments. Secondement, lorsqu’on prévoit que si l’on tombe en vie entre les mains des ennemis, ils en prendront occasion d’insulter au Seigneur , de blasphémer fon nom, de l’accuser d’indifférence, ou d’impuissance, alors, disent ces Docteurs, on peut se tuer soi-même, pour éviter un plus grand mal, & pout empêcher que le nom de Dieu ne soi déshonoré.

Mais le Christianisme nous fournit des règles plus sûres, & des principes plus autorisés, pour juger de l’action de Razias. Nous savons qu’il n’en pas permis de faire un mal, pour qu’il en arrive un bien, (Romains III, 3) ni de commettre le crime, pour empêcher que les autres ne le commettent. S’il eût été permis de se donner la mort, pour éviter le danger de chanceler dans la confession, ou de renoncer à la foi, devant les persécuteurs, & en souffrant les plus affreux tourments ; combien de Martyrs ne l’auraient-ils pas fait ? Et si sous le spécieux prétexte de prévenir les blasphèmes, & les profanations du nom de Dieu, de la part des infidèles, ils eussent cru qu’on pouvait se tirer de leurs mains par le précipice, ou par le fer combien en aurions-nous d’exemples dans nos histoires ? Ils étaient donc persuadés, que dans la persécution, il n’y a point d’autre parti à prendre un Chrétien, que la patience & l’humilité, la résistance, ou la fuite. C’est ainsi que les sept frères Maccabées, leur admirable mère, & le vieillard Eléazar, en ont agi en présence du Roi persécuteur ; c’est ainsi que JESUS-CHRIST, que les Apôtres, & que nos saints Martyrs, se font conduits.

Les Circoncellions hérétiques, célèbres autrefois dans l’Afrique, avaient la fureur de se faire mourir, sous le faux prétexte de procurer la gloire de Dieu, ils se précipitaient en bas des rochers, ils se jetaient dans les flammes ils se plongeaient dans les eaux ; en un mot ils se faisaient mourir en mille manières cruelles. Saint Augustin employa toute la force de son raisonnement, & de son éloquence, pour arrêter cette manie. Ces furieux ne pouvant résister à la force des raisons tirées de la Loi de Dieu, qui défend si expressément le meurtre, se servaient de l’exemple de Razias, pour autoriser leurs crimes ; mais S. Augustin les força dans ce retranchement ; il prétendit que l’action de cet homme n’était pas capable de les mettre à couvert. Il soutint que l’Ecriture ne s’étant point exprimée fur la qualité de cette action, mais l’ayant simplement exposée à nos yeux, c’est à nous à en juger suivant les règles de la vérité, renfermées dans les mêmes Livres, qui nous en rapportent cet exemple : (Aug. Epist. 61. V et. Edit num. 204. in nov. edit. [ndlr : Lettre 204 de la correspondance de saint Augustin dans les registres modernes]) Quamvis homo iste Razias, fuerit laudatus, factus narratum est, non laudatum, et judicantum potius, quàm imitandum, quasi ante oculos consitntum, non sane nostro judicio judicandum, quod nos ut homines habere possemus, sed judicio doctrine sobriae, quae in ipsis quoque libris veeribus clara est. [ndlr : la traduction est la citation de saint Augustin au début du présent article]

Le même Père avoue ailleurs, que l’Ecriture donne quelques louanges à Razias (ibid. lib. I contra Gaudent. c. 31)) mais de quoi le loue-t-elle ? d’avoir aimé sa patrie, d’avoir été attaché au Judaïsme, d’avoir été regardé comme le père des Juifs, de s’être précipité généreusement ; enfin, d’avoir invoqué en mourant, le souverain Dominateur de la vie & de l’âme. Mais tout cela suffit-il pour justifier une action notoirement contraire à la Loi de Dieu ? cela ne peut-il pas se trouver dans un méchant ? n’en voit-on pas qui ont de la générosité, de la force, de l’humanité, du zèle pur des pratiques extérieures ? Ces vertus toutes humaines ne prouvent pas dans la rigueur, que Razias nous ait donné dans sa mort un exemple à imiter. Quand ce ferait une action louable & méritoire dans un Juif, en pourrait-on conclure quelle fût permise à un Chrétien ? Si Razias n’est ni juste, ni innocent, pourquoi veut-on l’imiter, dit S. Auguftin ; & s’il est juste & innocent, comment met-il a mort un autre juste, c’est-à-dire pourquoi se tue-t-il soi-même (Aug. Ep. 204. Si iste innocens et justus non fuit cur proponitur imitandus ? Si autem innocens et justus fuit quare interfector innocentis et justi, id est ipsius Razii insuper puratur esse laudantus ?) Saint Thomas, (Somme théologique, IIa-IIae qu 64 art 5 ad 5. Esti. Sacy. Natal. Alex. hist. Eccl.V. T. tom. 2 de libb Maccab) & quelques autres onc suivi saint Augustin, & ont assez témoigné que l’action de Razias n’était nullement de leur goût, & qu’il aurait mieux valu qu’il fit paraître de l’humilité & de la patience, que de l’emportement & de la grandeur d’âme dans cette occasion. Dictum est quod elegerit: nobiliter mori, dit S. Auguftin, (Aug. contra Gaudent. l. I. c. 31) meliùs vellet humiliter, sic enim utiliter. Illis autem verbis historia gentium laudare consuevit, sed vi os fortes bujus saeculi, non martyres Christi.

Mais quelques nouveaux Théologiens, (Vide Lyran. hîc. Serar. Francisc. victoria relectione de Homocide. Tirin.) ont crû trouver dans les principes mêmes de saint Augustin, & dans les exemples de nos Martyrs, de quelques Saints de l’ancien Testament, de quoi justifier Razias. Ils supposent que cet homme n’agit en ceci, que par une inspiration particulière de Dieu ; après quoi il ne leur est pas malaisé de prouver que son action n’a rien d’irrégulier, ni de contraire à la justice & la raison. Toute la difficulté consiste à prouver cette inspiration ; car il ne suffit point de se donner pour inspiré, de se le croire même intérieurement, si on n’a de bonnes solides preuves, qui nous en convainquent, & qui le puissent persuader aux autres. On relève donc la piété de Razias, sa prudence, sa bonne vie précédente, son zèle pour la loi, sa fermeté dans la persécution, la prière qu’il fait à Dieu en mourant, sa ferme espérance de la résurrection future enfin la bonté de fa cause, qui n’est autre que celle de la religion, de la conservation des lois de son Dieu. Est-incroyable, que dans une semblable occasion, Dieu ait voulu refuser son secours à son serviteur, & à fon soldat ? n’est-il pas bien plus juste de croire, qu’il lui inspira le dessein de se donner la mort, comme quelque chose d’extraordinaire & de nouveau, dans la vue [dans l’optique] de frapper d’étonnement fon persécuteur ; au lieu de lui donner la patience & l’humilité, qui font des voies plus ordinaires, & des vertus plus connues ? On ajoute à tout cela, l’exemple de Samson, loué par l’Ecriture, & celui de quelques Vierges Chrétiennes, qui pour éviter la souillure de leurs corps, se jettèrent dans une rivière, où elles se noyèrent. Saint Augustin (Aug. loco. cit. contre Gaudent. et lib. I de civit. c. 21) lui même, convient que Samson, & que ces saintes Vierges, ont pût s’exposer au danger certain de la mort, par un mouvement particulier de Dieu ; & pourquoi n’en dirait-t-on pas autant de Razias ? Rien n’empêcherait de le dire, & on serait même ravi de le pouvoir faire, si l’on en donnait de bonnes raisons ; mais il ne parait pas que celles que l’on apporte de ce fait, qui renferment toute la difficulté de nôtre question, soient tout-à-fait convaincantes ; ainsi nous adhérons au sentiment de saint Auguftin, & de saint Thomas, & fans condamner absolument Razias, nous n’osons aussi le justifier. » (Commentaire littéral sur tous les livres de l’ancien et du nouveau testament par le R.P. Augustin Calmet, religieux bénédictin, de la congrégation de S. Vanne & de S. Hydulphe [imprimé] A Paris, chez Pierre Emery, au milieu du Quay des Augustins, près de la rue Pavée, à l’Ecu de France. M.DCCXV. [1715], Commentaire littéral sur le second livre des Machabées, pp. 413-416, commentaires de bas de pages, orthographe modernisée par nos soins)

Le Docteur Joseph Franz von ALLIOLI (1793-1873), théologien et orientaliste :

« Les opinions sont partagées sur l’action de Razias, qui se donna la mort. Saint Augustin, et après lui saint Thomas et d’autres, inclinent davantage à le condamner. D’autres théologiens récents veulent, même d’après la doctrine de Saint Augustin, le justifier. Ils supposent que Razias agit de la sorte par une inspiration particulière de Dieu. D. Calmet ne trouve dans ce récit aucun motif suffisant pour admettre cette supposition, mais s’attachant à saint Augustin et à saint Thomas, sans condamner précisément Razias, il n’ose pas le justifier. — Au sujet de cette action de Razias, saint Augustin remarque que s’il est loué par l’Ecriture, ce n’est qu’à cause de sa fidélité à la loi „ de son amour pour le pays de ses pères et de la grandeur de sa foi ; mais qu’il n’est ni loué, ni proposé à notre imitation, pour avoir porté sur lui-même des mains violentes : c’est là un fait qui est simplement raconté et laissé à l’appréciation des lecteurs. Il en est donc ici, comme en beaucoup d’autres circonstances, où les livres saints rapportent les fautes et les péchés d’hommes d’ailleurs recommandables, ou prévenus de grâces particulières. Le fait est exposé, parce qu’il a eu lieu ; il n’est pas rappelé, pour qu’il ait lieu de nouveau. » (Traduction des Saintes Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament, de la Vulgate, en référence au texte de base, traduit et brièvement expliqué, commentaires sur II Machabées XIV, 46)

L’abbé Fulcran VIGOUROUX (1837-1915), prêtre de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, appelé à Rome pour devenir le secrétaire de la Commission pontificale pour les affaires bibliques :

« Razias se donna la mort sans raison suffisante et l’on ne peut excuser sa conduite que par la droiture de ses intentions ou par une inspiration divine particulière. Il n’agit point par désespoir, mais avec foi, demandant à Dieu de lui rendre un jour le corps qu’il abandonne.  » Sa conduite fut plus admirable que sage, dit saint Augustin, et l’Ecriture a raconté sa mort telle qu’elle eut lieu, sans la louer comme si elle eût été l’accomplissement d’un devoir. » (Bible Glaire & Vigouroux, Paris, R. Roger et F. Chernoviz éditeurs, 1ère édition en 1902, commentaires sur II Machabées XIV, 44)

L’abbé Louis-Claude FILLION (1843-1927), auteur de la plus importante Bible commentée en français :

« 41-46. Mort de Razias. Ce trait est jugé avec une très grande sévérité par les commentateurs protestants et rationalistes, qui s’appuient sur lui pour attaquer encore l’inspiration et la canonicité du livre où il est raconté avec éloge. Il est certain que l’acte est blâmable en soi » (F. Vigouroux). Comme l’a dit depuis longtemps saint Augustin, contr. Gaudent. I, 31, 57, « ejus (Raziaa) mortem mirabiliorem quam prudentiorem narravit quemadmodum facta est, non tanquam facienda esset Scriptura laudavit. » Mais si Razias manqua de prudence en accomplissant cet acte, son but était plein de noblesse, et la prière au milieu de laquelle il expira (comp. le vers. 46b) montre que sa bonne foi était parfaite. Le narrateur n’admire nullement le suicide, mais le courage et la grandeur d’âme qui l’accompagnèrent. Voyez Calmet et Cornelius Lap., h. l. — Turbig : les cinq cents soldats syriens. De même au vers. 43. — Au lieu de irruere in domum ejus, le grec porte : Étant sur le point de s’emparer de la tour. La maison de Razias était donc munie d’une tour élevée, dans laquelle il se réfugia l’approche de la troupe chargée de l’arrêter. Eligens nobiliter… (vers. 42). Motif qui le détermina se donner lui- même la mort. — Subditus fieri. On lit dans le grec : Tomber entre les mains. — Et contra natales… Grec : Et être injurié d’une manière indigne de sa propre noblesse. — Per festinationem (vers. 43). Dans le grec : A cause de la précipitation de la lutte ; c.-à-d., la précipitation rendue nécessaire par cette attaque soudaine des Syriens. — Recurrens…ad murum. Grec : Courant en haut… sur le mur. Il monta donc tout à fait au sommet de, la tour, pour se précipiter de là dans la cour. — Quibus velociter… (vers. 44). La foule des soldats s’écarta en le voyant tomber. — Mediam cervicem. La signification du grec est douteuse, comme le montre l’hésitation des exégètes (Sur ses reins ; sur son ventre; sur son flanc, etc.). D’après l’opinion la plus probable : Au milieu de la place vide (κενεών a quelquefois ce sens). — Et cum adhuc… (vers. 45). L’écrivain insiste sur les détails de cette mort terrible et sur l’énergie dont Razias fit preuve. — Magno fiuxu. Grec : A la manière d’une source. — Complexus intestina… (vers 46). Il s’était donc ouvert le ventre dans sa chute. Ut haec… redderet : l’époque de la résurrection. Cf. VII, 11, 14, 23, etc. » (La Sainte Bible Commentée [et illustrée] d’après la Vulgate et les textes originaux. Bible pour les prêtres et les séminaristes par l’abbé Louis-Claude Fillion, professeur d’Ecriture Sainte et d’Hébreux à l’Institut Catholique de Paris, Membre de la Commission Biblique Pontificale, Second livre des Machabées, commentaires de bas de page, pp. 888-889, sur II Machabées XIV, 41-46)

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15 commentaires sur “II Maccabées XIV, 37-46 fait-il l’apologie du suicide ?

  1. Pingback: Les deutérocanoniques ne sont pas apocryphes ! | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. boy973
    2 septembre 2017

    Désolé mais il est écrit tu ne tueras point. D’autre part , le suicide n’est pas le seul acte contraire à la loi divine dans les apocryphes mais également la pratique de la magie. , La voyance sont également autorisées dans les apocryphes. De tte façon si les juifs ne les ont pas accepté, ceci constitue une preuve suffisante. Les juifs sont les dépositaires de la loi et des prophètes.!!!

    • Ressources Catholiques
      2 septembre 2017

      Nous venons de démontrer que le suicide n’est précisément pas permis par le livre des Maccabées. Ni la magie ni la voyance ne sont autorisées dans les livres deutérocanoniques. Par ailleurs, les juifs ne sont pas dépositaires des oracles divins au sens auquel vous l’entendez. En effet, vous vous fondez sur : « les oracles de Dieu leur (aux Juifs) ont été confiés » (Romains III, 2). Mais que nous dit exactement le verset ? Il nous dit que les « oracles ont été confiés (ἐπιστεύθησαν τὰ λόγια τοῦ Θεοῦ) ». Le verbe πιστεύω est à l’aoriste de l’indicatif. Daniel WALLACE nous dit que « qu’à l’indicatif l’aoriste indique une temporalité passée par rapport au moment du discours » . Il ne dit donc pas que les Juifs sont les dépositaires, mais ont été les dépositaires des Écritures et qu’au moment où il écrit ces lignes, ils ne le sont plus. Comment donc comprendre pleinement cet état passé dans la pensée de Saint Paul ? Pour cela, il nous faut aller vers l’Épître aux Galates. En effet, « les épîtres aux Galates et aux Romains doivent être traitées ensemble, car elles s’attaquent au même problème […] L’épître aux Galates a pu être écrite entre 54 et 55. L’épître aux Romains a dû la suivre de près ». L’Épître aux Galates nous permet de savoir dans quelle mesure nous devons comprendre cette responsabilité comme étant passée. Saint Paul précise que « tous ceux qui descendent d’Israël ne sont pas Israël, et, pour être la postérité d’Abraham, ils ne sont pas tous ses enfants, ce ne sont pas les enfants de la chair qui sont enfants de Dieu, mais que ce sont les enfants de la promesse qui sont regardés comme la postérité » (Romains IX, 6, 8-9) et « si vous êtes à Christ, vous êtes donc la postérité d’Abraham, héritiers selon la promesse » (Galates III, 29). Romains III, 2 ne peut donc pas être une preuve que les Juifs ont autorité pour définir le canon vétérotestamentaire. Le contraire est de mise. Les Juifs ont été, à un moment donné (souligné par l’aoriste à l’indicatif), les dépositaires, mais ne le sont plus. C’est l’Église qui est la dépositaire de la Loi. Pourquoi donc Saint Paul a-t-il fait mention de ce passé ? La vocation de ces lignes était avant tout de faire taire l’orgueil de certains païens nouvellement convertis qui méprisaient les Israélites. Saint Paul eut donc pour vocation de rappeler le passé glorieux des Juifs afin de susciter l’humilité dans le cœur des nouveaux arrivés dans la foi et de leur faire comprendre que s’ils se détournaient de la foi, il leur arriverait le même sort qu’aux Juifs. Nous sommes donc loin, très loin, de la pensée protestante ou judéophile. De plus, si l’argument protestant était ici véridique, nous pourrions alors demander de quel canon juif il s’agit. En effet, lorsque saint Paul écrivit ces mot, les juifs reconnaissaient au moins trois canons (encore que le terme de « canon » au sens net, précis carré du terme actuel soit sans doute anachronique). En effet, les juifs de Palestine reconnaissaient l’actuel AT protestant, les juifs de langue grecque de la diaspora (la majorité) reconnaissaient le Septante qui contient les deutérocanoniques et d’autres livres encore, et les saducéens ne reconnaissaient que les Pentateuque. Donc non, il est faux de dire que LES juifs n’ont pas accepté les deutérocanoniques, mais il est vrai que DES juifs les ont refusé, ce qui est tout à fait différent. Et il est tout aussi vrai de dire que d’autres juifs, beaucoup plus nombreux en plus, les ont accepté. Le canon juif actuel ne fut fixé qu’en 90 au synode antichrétien de Jamnia. Plus de renseignement sur les deutérocanoniques : https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2014/05/09/les-deuterocanoniques-ne-sont-pas-apocryphes/

      • boy973
        2 septembre 2017

        Je voulais surtout dire que la loi a été confiée aux juifs donc ils connaissent le contenu de la loi et de ses livres merci. Ils ont refuse les écrits apocryphes ce n’est pas pour rien c’est parce qu’ils connaissent son contenu .

        Les apocryphes contiennent de nombreux textes qui contredisent la loi divine et qui se contredisent eux même . C’est la raison pour laquelle ils n’ont pas été accepté.

      • Ressources Catholiques
        3 septembre 2017

        Vous êtes sûr de m’avoir bien lu ? Au temps du Christ, les juifs de la diaspora (l’énorme majorité) acceptaient le canon de la Septante qui contenait entre autre les deutérocanoniques. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’à une époque, les juifs palestiniens les acceptaient aussi, mais que vers la fin du IIè ou le début du Ier siècle avant Jésus-Christ, les pharisiens les ont rejetés pour des motifs extérieurs à la foi (entre autre celui de la langue sémitique). De plus le Christ et les apôtres les utilisent.

        Et quelles sont donc leurs fausses doctrines ?

      • boy973
        3 septembre 2017

        Mon cher ami le Christ et les apôtres n’ont jamais utilisé les apocryphes comme référence dans leur enseignement.

      • Ressources Catholiques
        4 septembre 2017

        Détrompez-vous. Je vous laisse vérifier les concordances suivantes entre le Nouveau Testament et les deutérocanoniques (voici une Bible catholique où vous trouverez toutes les références : http://laportelatine.org/bibliotheque/biblecrampon/biblecrampon.php)
        Matthieu 6:10, => 1 Maccabées 3:60
        Matthieu 6:12, => Ecclésiastique 28:2
        Matthieu 6:13, => Ecclésiastique 33:1
        Matthieu 7:12, et Luc 6:31 =>Tobie 4:16
        Matthieu 13:43, => Sagesse 3:7
        Matthieu 16:18, => Sagesse 16:13
        Matthieu 24:16, =>1Maccabees 2:28
        Marc 4:5,16-17, => Ecclésiastique 40:15
        Marc 9:47-48, => Judith 16:17
        Luc 13:29, => Baruch 4:37
        Luc 21:24, => Ecclésiastique 28:18
        Jean 1:3, => Sagesse 9:1
        Jean 3:13, =>Baruch 3:29
        Jean 4:48, => Sagesse 8:8
        Jean 5:18, => Sagesse 2:16
        Jean 6:35-59, => Ecclésiastique 24:21
        Jean 15:6, => Sagesse 4:5
        Actes 10:34, Dieu ne fait pas acception des personnes =>Ecclésiastique 35:12
        Actes 17:29, faux dieux comparés à de l’or et de l’argent => Sagesse 13:10
        Rom 1:18-25, connaissance de Dieu et ignorance de l’idolâtrie => Sagesse 13:1-10
        Rom 4:17, Abraham, père de nombreuses nations => Ecclésiastique 44:19 1
        Cor 2:16, qui a connu la pensée du Seigneur ? => Sagesse 9:13 1
        Cor 10:1, sous la nuée et à travers la mer =>Sagesse 19:7 1
        Tim 6:15, Dieu, Souverain du monde => 2 Maccabees 12:15
        Notons de plus que la non utilisation d’un livre de l’Ancien Testament par le Christ et les apôtres ne signifie pas que le livre n’est pas inspiré, sinon il faudrait rejeter le Cantique des Cantiques, l’Ecclésiaste, Juges, 1 Chroniques, Néhémie, Lamentations ou Nahum dont le Nouveau Testament n’offre aucune occurrence.

      • boy973
        4 septembre 2017

        Lorsqu’un livre est inspiré , il confirme les autres .

        Ce qui n’est clairement pas le cas ici certains de ces écrits que vous attendez comme inspirés dépeignent un autre visage du Christ et une nature différente.

      • Ressources Catholiques
        5 septembre 2017

        Bonsoir,

        J’ai validé votre commentaire en retirant le lien au début car il n’apportait rien au débat et risquait de jeter la confusion et le scandale dans les âmes les plus faibles.

        « Lorsqu’un livre est inspiré , il confirme les autres », dites-vous ? Voilà une affirmation bien étrange qui ne me paraît fondée sur rien ! Mais je dirai pur aller dans ce sens que le livre de la Sagesse prophétise clairement Jésus-Christ : https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2017/02/25/jesus-christ-prophetise-par-le-livre-de-le-sagesse/ ; et que l’Ecriture ne s’auto-atteste pas forcément : http://shamelesspopery.com/is-scripture-self-attesting-2/ + http://shamelesspopery.com/is-scripture-self-attesting/

        et je ne vois nullement en quoi « ces écrits que [nous considérons] comme inspirés dépeignent un autre visage du Christ et une nature différente ».

      • boy973
        5 septembre 2017

        Si vous aviez lu le lien , vous auriez vu que ces livres dépeignent une nature meurtrière du Christ et donc pécheresse !!!

        Selon ces livres le Christ était marié !!!
        Ces livres ne sont pas inspirés car ils contredisent les évangiles reconnus et se contredisent eux même !!!

        Et d’autre part pourquoi effacez vous le lien que je vous ai transmis pour vouloir m’imposer le votre?!!! Il me semble que c’est de l’autoritarisme et aussi une manière de vouloir imposer à ceux qui lisent uniquement votre point de vue il me semble…

      • Ressources Catholiques
        5 septembre 2017

        Vous n’avez pas compris : ces fameux faux Evangiles ne sont pas acceptés par l’Eglise catholique. Il n’y a donc aucune difficulté.

      • boy973
        5 septembre 2017

        Sachez que tout évangile enseignant le contraire de la version officielle ne peut en aucun cas être inspiré de l’esprit . Les quelques correspondances entre certains textes et d’autres ne sont que des tentatives de tromper le lecteur en essayant de faire paraître l’ensemble comme inspiré.

        En voici une preuve de la supercherie de ces apocryphes :

        ▪ L’“ Évangile de l’enfance par Thomas ” se concentre sur les jeunes années de Jésus, plus précisément entre 5 et 12 ans, en lui attribuant divers miracles tirés par les cheveux (cf. Jean 2:11). Jésus est décrit comme un vilain garçon, irascible et vindicatif, qui recourt à ses pouvoirs miraculeux pour se venger des enseignants, des voisins et des autres jeunes du village : il les rend aveugles, estropiés et en tue même quelques-uns.

      • Ressources Catholiques
        6 septembre 2017

        Vous avez entièrement raison, mais c’est complètement hors sujet car les deutérocanoniques de l’Ancien Testament n’ont rien à voir avec les évangiles apocryphes et que l’Eglise catholique n’accepte nullement ces derniers.

  3. boy973
    4 septembre 2017

    Je pense que ceci vous montrera la vérité car d’autres que vous ont étudié ces livres et le moins qu’on puisse dire ,c’est qu’ils dévient complètement de l’image donnée à certaines personnes illustrés.

    D’autre part vous devriez savoir que le propre du diable n’est pas de ne dire que des mensonges.
    Pour donner une impression de vérité à ses mensonges , le diable insère des paroles de vérité avec des mensonges ce que l’on appelle dès demi vérités. C’est ainsi qu’il a pu tromper Adam et Ève.

    Et c’est la raison pour laquelle vous avez retrouvé des passages de ces livres qui sont confirmés par d’autres appartenant aux évangiles inspirés !! Bonne lecture !!!

    • Ressources Catholiques
      5 septembre 2017

      J’ai de nouveau supprimé le lien que vous mettiez, pour les mêmes raison que plus haut. Mais cette fois-ci je pense avoir compris : vous pensez que l’Eglise catholique accepte des EVANGILES apocryphes, ce qui est complétement faux ! Voici une Bible catholique où vous pourrez aisément le vérifier : http://laportelatine.org/bibliotheque/biblecrampon/biblecrampon.php

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