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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La passion de Perpétue et Félicité

Perpétue et Félicité

Perpétue et Félicité

Le christianisme des premiers siècles ne s’est seulement distingué par des textes apologétiques qui avaient pour but de défendre la véritable foi chrétienne contre ceux qui la corrompaient, mais aussi par des récits. Parmi ceux-ci, nous pouvons relever La passion de Perpétue et Félicité, deux jeunes femmes ayant fait l’expérience du martyre au début du troisième siècle. Notre travail, qui sera bref, consistera dans un premier temps à poser un contexte (en évoquant les controverses autour de l’auteur du texte, la datation, et le lieu où se serait déroulé le martyre des saintes), et, dans un second temps, à founir un résumé du texte suivi d’une brève conclusion et impression personnelles.

1.     Contextualisation du texte

La Passion de Perpétue et Félicité est un texte qui a un eu un retentissement considérable. Ce texte « est sans doute le récit de martyre le plus émouvant et le plus exemplaire pour les siècles suivants« [1] Il est aussi « d’une touchante simplicité »[2]. La raison pour laquelle il est qualifié « d’émouvant » réside certainement dans son contenu s’articulant autour de récits et de visions.

Pour une tentative de datation, nous disposons de deux Passions. Une Passion latine, et une Passion grecque. Toutefois, aucune de ces références ne fournissent de datation qui ne soit indiscutable. Les origines du texte restent contestées. Cependant, la passion des saintes Perpétue et Félicité eut lieu en mars 203. La question de savoir qui était l’auteur de La Passion de Perpétue et Félicité a souvent été controversée. L’auteur présumé a souvent été identifié à Tertullien, mais cette hypothèse est de nos jours fortement récusée ; elle n’a plus vraiment de valeur puisque les auteurs, quasi unanimement, ne l’attribuent point à Tertullien. D’ailleurs, Jean Fontaine[3], après avoir minutieusement étudié le style, conclut que l’œuvre est le fruit d’une personne demi-lettrée s’efforçant de faire une œuvre dans le style des écrivains sacrés. D’ailleurs, continue Jean Fontaine, comment attribuer cette œuvre à Tertullien alors que celui-ci cite le texte de manière inexacte dans son traité De anima (55, 4) ? Ainsi, cette hypothèse longtemps admise semble désuète simplement parce  que « à peu près tous les travaux les plus récents repoussent l’hypothèse, longtemps admise, qui faisait de Tertullien le rédacteur de la Passion »[4] 

Pour ce qui est du déroulement des événements, il semblerait qu’ils aient lieu à Thuburbo Minus, qui de nos jours est Tebourba qui est une ville située à quelques cinquante kilomètres de Carthage[5]. Nous sommes donc parmi, de toute évidence, en présence des premiers martyrs chrétiens d’origine africaine, c’est-à-dire de personnes ayant connu le drame de la mort à cause de leur foi en Jésus-Christ. Le premier témoin du Christ – le premier de tous les martyrs – étant Etienne.

1.     Résumé de l’œuvre[6]

Le texte commence par une préface qui rappelle la nécessité de mettre par écrit les œuvres de ceux qui ont suivi le Christ, cela est justifié d’ailleurs par un verset biblique  (Ac. 2, 17, Joel, 2, 28). Dès le départ, on apprend qu’on arrêta nombre de personnes. Le récit concerne donc « Révocat et Félicité, deux esclaves ; Saturnin et Secundule, deux jeunes gens ; enfin Vibie Perpétue, de naissance distinguée… ». Quelques informations sur la vie de Perpétue sont données : elle a deux frères ; et un élément capital est mis en avant : le texte nous avertit que Perpétue a rédigé son martyre « de sa propre main ». Perpétue nous raconte que son père voulait la convaincre d’abandonner sa foi, mais elle riposta en disant : « … moi je ne puis me dire autre chose que chrétienne. », ce qui rendit son père irascible. Après avoir été vaincu « avec ses arguments diaboliques », le père se retira. Ensuite, à la demande de son frère, Perpétue prie et en priant elle obtient une vision dans laquelle elle voit une échelle et un dragon (qu’elle écrase la tête plus tard), elle voit aussi un homme « aux cheveux blancs » lui donnant du lait caillé à manger. Revenue à ses esprits, Perpétue raconte à son frère la vision et déduit que le lait caillé était un signe de son martyre prochain.

Lorsque le jour de la condamnation arriva, Saturus parle pour tous les condamnés. Et il refuse de sacrifier aux dieux répondant à Hilarianus : « Mieux vaut sacrifier à Dieu qu’aux idoles. »  Entre temps, les deux femmes (Perpétue et Félicité) sont mises de côté jusqu’à ce que viennent leur tour. Le procureur Hilarianus les interroge, mais leur réponse est la même : elles ne sacrifieront pas pour les dieux. Car, en tant que chrétiennes, ce ne sont que des idoles. Et malgré les efforts conjugués du père de Perpétue (qui avait beaucoup de peine pour sa fille), il est chassé et « frappé par un coup de verge ». La jeune femme continue son récit. Lors d’une prière elle se souvint de son jeune frère, Dinocrate, mort à l’âge de sept ans d’un cancer au visage. Puis, elle eut une vision de ce dernier, mais il semblait souffrir (il sortait, dit-elle, d’un lieu de ténèbres), essayant de boire dans une piscine d’eau, mais n’y arrivant pas. Ensuite, elle se mit à prier pour lui espérant que ses souffrances s’apaiseraient. Et, une fois qu’elle eut une autre vision elle vit son frère dans un lieu de lumière, buvant et jouant. Il« avait quitté le lieu de souffrance pour une demeure de joie ». Cette vision pourrait donc déjà être vue comme un Purgatoire, comme l’enseigne la Foi catholique ; mais cela reste discutable. De toute évidence, c’est l’une des seules explications possibles. Vinrent ensuite, des visions de Perpétue et Saturus qui se retrouvent devant le Seigneur, un homme aux cheveux blancs et au visage d’adolescent. Toute cette partie de la vision montre beaucoup de ressemblances avec le livre de l’apocalypse de Jean. Nous retrouvons en fait une description du Christ (« cheveux blancs ») telle qu’elle est affirmée dans le premier chapitre de l’apocalypse. La présence des Anges et des vieillards, rappelle également cette similitude.

Lors de la veille des jeux, lors de l’agape, les martyrs s’adressaient aux foules, leur prévenant du Jugement de Dieu. Beaucoup de païens se retirèrent – confus, certains gagnèrent même la foi. Le jour où ils devaient être exécutés, « Les martyrs s’avancèrent de la prison dans l’amphithéâtre, ce fut comme une entrée dans le ciel. Ils étaient gais et leurs visages étaient beaux, émus, sans doute, non de crainte mais de joie. » Et lorsqu’ils arrivèrent devant la loge d’Hilarianus, ils dirent : « Tu nous juges, mais Dieu te jugera ». Saturninus et Révocatus furent d’abord attaqués par un léopard et ensuite tué par un ours. Saturus échappa deux fois à la mort. Mais il finira par être attaqué par un léopard. Ainsi, les spectateurs s’exclamèrent : il est bien lavé, en référence au baptême. Les deux femmes elles ont été mises nues dans un filet. « Perpétue (…) fut enlevée, lancée en l’air et retomba sur le dos. Dans la chute, sa tunique fut largement fendue, elle la rapprocha afin de se couvrir les jambes, plus attentive à la pudeur qu’à la douleur. La fin du récit se clôt par l’exécution des cinq martyrs : Saturus y passa en premier. Perpétue quant à elle, « prit la main tremblante de l’apprenti et appuya elle-même la pointe du poignard sur sa gorge ».

En définitive, La Passion de Perpétue et Félicité est un texte émouvant notamment grâce au courage dont on fait preuve les martyrs et plus précisément les deux femmes. Le texte nous livre également une vision très proche de l’apocalypse de Jean, et surtout le plus intéressant est de remarquer que la présence d’une prière pour les morts (est attestée dès les premiers siècles). Peut-on (déjà) interpréter la vision de Perpétue (lorsqu’elle voit son jeune frère souffrant) comme le Purgatoire? Ce travail bref ne nous permet d’y répondre pleinement. Il est toutefois intéressant de relever ce fait. Mais, aussi le texte de la Passion montre également la force de la prière d’intercession, puisque Perpétue, après avoir prié pour que son frère sorte de cette souffrance de ce « lieu  de souffrance », dans une seconde vision, la voit dans une « demeure de joie ».


  • 1. DROBNER R. Hubertus, Les Pères de l’Eglise. Sept siècles de littérature chrétienne, trad. FEISTHAUER Joseph, Desclée, Tournai, 1999,  p.104.
  • 2. BERTHOLD, Précis de Patrologie, adapté par H. Chirat, Salvator Mulhouse, Paris, 1961,  p. 320.
  • 3. FONTAINE Jean, Aspects et problèmes, p. 75, cité in AMAT Jacqueline (trad.), Passion de perpétue et félicité suivi des Actes, SC n°417, Cerf, Paris, 1996, p. 68.
  • 4. AMAT Jacqueline, op. cité, p.67.
  • 5. Ibid., p. 20.
  • 6. Pour exécuter ce résumé, nous avons utilisé le texte à disposition sur le site de l’Abbaye saint Benoît, voir spécifiquement les pages 122-139.
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3 commentaires sur “La passion de Perpétue et Félicité

  1. Pingback: Le Purgatoire, une invention catholique ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Lilly
    10 août 2015

    Pourquoi l’Eglise a abandonné Perpétua? On faisait se lecture dans les églises autrefois, et aujourd’hui, rien, c’est à peine si les gens savent qui elle est.
    L’icone est très jolie, et leur étreinte est émouvante mais je pense qu’elles étaient plutôt romaines que berbères et noires africaines, la Tunisie était peuplée d’Européen.

  3. Pingback: POUR UNE FOI CATHOLIQUE BÂTIE SUR LE ROC (Mt.7, 25) | documentation.erlande

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