+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Saint Irénée de Lyon (IIè siècle) sur l’infaillibilité de la Tradition

Dossier sur la doctrine de saint Irénée de Lyon : ici

Saint Irénée est le plus éminent représentant de la troisième génération de chrétien, la deuxième après les apôtres. Disciple de  saint Polycarpe de Smyrne (vers 69-155), lui-même disciple de l’Apôtre Saint Jean l’Evangéliste, il témoigne avec le première fraîcheur de l’enseignement apostolique. Ayant vécu depuis sa naissance vers 125 jusqu’à 155 en Asie mineure, puis ayant passé le reste de sa vie qui ‘acheva vers 202, en Gaule, et en faisant au moins un voyage à Rome, il témoigne parfaitement de la Tradition telle qu’elle était reçue au IIè siècle tant en Occident qu’en Orient. Aussi il enseigne l’infaillibilité de la Tradition, en plus de l’Ecriture Sainte. Cette Tradition est dans son enseignement infailliblement transmise par les Evêques, ceux-ci étant maintenu dans l’unité par l’autorité et l’infaillibilité de l’Evêque de Rome. C’est ce que nous allons ici démontrer.

Voici le plan de notre étude :

I) L’infaillibilité de la Tradition orale

A) La Tradition conserve infailliblement la Révélation dans le temps et l’espace

B) Une Tradition infailliblement conservée grâce à l’Ordre des Evêques

1) Affirmation du principe

2) Une condition : l’union à l’Eglise de Rome

C) Saint Irénée va jusqu’à imaginer le cas d’école où les apôtres n’auraient pas laissé d’écrits : la Tradition suffirait

II) L’infaillibilité de l’Evêque de Rome

I) L’infaillibilité de la Tradition orale

A) La Tradition conserve infailliblement la Révélation dans le temps et l’espace

« Car, si les langues diffèrent à travers le monde, le contenu de la Tradition est une et identique. Et ni les Églises établies en Germanie n’ont d’autre foi ou d’autre Tradition, ni celles qui sont chez les Ibères, ni celles qui sont chez les Celtes, ni celles de l’Orient, de l’Égypte, de la Libye, ni celles qui sont établies au centre du monde ; mais, de même que le soleil, cette créature de Dieu, est un et identique dans le monde entier, de même cette lumière qu’est la prédication de la vérité brille partout et illumine tous les hommes qui veulent « parvenir à la connaissance de la vérité ». Et ni le plus puissant en discours parmi les chefs des Églises ne dira autre chose que cela — car personne n’est au-dessus du Maître —, ni celui qui est faible en paroles n’amoindrira cette Tradition : car, la foi étant une et identique, ni celui qui peut en disserter abondamment n’a plus, ni celui qui n’en parle que peu n’a moins. » (Contre les hérésies, I, 10, 2)

« C’est à cet ordre que donnent leur assentiment beaucoup de peuples barbares qui croient au Christ : ils possèdent le salut, écrit sans papier ni encre par l’Esprit dans leurs cœurs, et ils gardent scrupuleusement l’antique Tradition, croyant en un seul Dieu, Créateur du ciel et de la terre et de tout ce qu’ils renferment, et au Christ Jésus, le Fils de Dieu, qui, à cause de son surabondant amour pour l’ouvrage par lui modelé, a consenti à être engendré de la Vierge pour unir lui-même par lui-même l’homme à Dieu, qui a souffert sous Ponce Pilate, est ressuscité et a été enlevé dans la gloire, qui viendra dans la gloire comme Sauveur de ceux qui seront sauvés et Juge de ceux qui seront jugés et enverra au feu éternel ceux qui défigurent la vérité et qui méprisent son Père et sa propre venue. Ceux qui sans lettres ont embrassé cette foi sont, pour ce qui est du langage, des barbares ; mais, pour ce qui est des pensées, des usages, de la manière de vivre, ils sont, grâce à leur foi, suprêmement sages et ils plaisent à Dieu, vivant en toute justice, pureté et sagesse. Et s’il arrivait que quelqu’un leur annonçât les inventions des hérétiques en s’adressant à eux dans leur propre langue, aussitôt ils se boucheraient les oreilles et s’enfuiraient au plus loin, sans même consentir à entendre ces discours blasphématoires. Ainsi, grâce à l’antique Tradition des apôtres, rejettent-ils jusqu’à la pensée de l’une quelconque des inventions mensongères des hérétiques. » (Contre les hérésies, III, 4, 2)

B) Une Tradition infailliblement conservée grâce à l’Ordre des Evêques

1) Affirmation du principe

« Mais lorsqu’à notre tour nous en appelons à la Tradition qui vient des apôtres et qui, grâce aux successions des presbytres, se garde dans les Églises, ils s’opposent à cette Tradition : plus sages que les presbytres et même que les apôtres, ils ont, assurent-ils, trouvé la vérité pure, car les apôtres ont mêlé des prescriptions de la Loi aux paroles du Sauveur ; et non seulement les apôtres, mais le Seigneur lui-même a prononcé des paroles venant tantôt du Démiurge, tantôt de l’Intermédiaire, tantôt de la Suprême Puissance ; quant à eux, c’est sans le moindre doute, sans contamination aucune et à l’état pur qu’ils connaissent le mystère secret. Et voilà bien le plus impudent des blasphèmes à l’endroit de leur Créateur ! Il se trouve donc qu’ils ne s’accordent plus ni avec les Écritures ni avec la Tradition. » (Contre les hérésies, III, 2, 2)

« C’est aux évêques et aux prêtres, qui tiennent des mains des Apôtres le dépôt de la foi, et qui ont reçu l’ordination d’après l’institution même du Christ, que nous devons nous en rapporter pour les véritables règles de notre croyance. Quant à ceux qui s’éloignent du sein de l’Eglise, quelque soit le lieu où ils se réunissent, nous devons les tenir pour suspects, à l’égal des hérétiques et des gens de mauvaise foi, ou comme des hommes égarés par l’orgueil et qui ne se complaisent qu’en eux-mêmes ; ou bien enfin comme des hypocrites qui n’ont pour mobile de leur conduite qu’un vil intérêt, une vaine gloire. […]

Ce n’est qu’au sein de l’Église que se trouvent de pareils ministres ; c’est d’eux dont le prophète a dit : « Je te donnerai des princes pacifiques et des grands prêtres pleins de justice. » C’est à leur sujet aussi que notre Seigneur a dit ces paroles : « Qui est donc le serviteur fidèle et prudent que son maître a commis sur sa maison pour distribuer la nourriture au temps marqué ? Bienheureux serviteur, si son maître arrivant le trouve ainsi. » Et saint Paul nous explique où l’on pourra trouver ce serviteur fidèle, quand il dit : « Dieu a établi dans son Église, premièrement des apôtres, secondement des prophètes, troisièmement des docteurs. » Où chercherions-nous donc ailleurs la vérité, que là où le Seigneur lui-même en a établi le sanctuaire, où l’Église conserve la succession spirituelle des apôtres et maintient, dans toute sa pureté, dans son incorruptibilité, la parole du salut. Voilà quels sont ceux qui gardent le dépôt de notre foi en un seul et même Dieu, l’auteur de toutes choses : ils alimentent, ils accroissent de plus en plus notre amour pour le Christ, son fils, qui nous a donné tant de preuves de sa bonté ; enfin ce sont eux qui, en nous expliquant les Écritures, avec la fermeté de la conviction, trouvent une nouvelle occasion de louer Dieu et de glorifier les patriarches et les prophètes.  » (Contre les hérésies, IV, 43, 26)

« Mais on peut nommer également Polycarpe. Non seulement il fut disciple des apôtres et vécut avec beaucoup de gens qui avaient vu le Seigneur, mais c’est encore par des apôtres qu’il fut établi, pour l’Asie, comme évêque dans l’Église de Smyrne. Nous-même l’avons vu dans notre prime jeunesse — car il vécut longtemps et c’est dans une vieillesse avancée que, après avoir rendu un glorieux et très éclatant témoignage, il sortit de cette vie —. Or il enseigna toujours la doctrine qu’il avait apprise des apôtres, doctrine qui est aussi celle que l’Église transmet et qui est la seule vraie. C’est ce dont témoignent toutes les Églises d’Asie et ceux qui jusqu’à ce jour ont succédé à Polycarpe […] Ajoutons enfin que l’Eglise d’Ephèse, fondée par Paul et où Jean demeura jusqu’à l’époque de Trajan, est aussi un témoin véridique de la Tradition des apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 4)

« Ainsi donc, la Tradition des apôtres, qui a été manifestée dans le monde entier, c’est en toute Église qu’elle peut être perçue par tous ceux qui veulent voir la vérité. Et nous pourrions énumérer les évêques qui furent établis par les apôtres dans les Églises, et leurs successeurs jusqu’à nous. Or ils n’ont rien enseigné ni connu qui ressemble aux imaginations délirantes de ces gens-là. Si pourtant les apôtres avaient connu des mystères secrets qu’ils auraient enseignés aux « parfaits », à part et à l’insu des autres, c’est bien avant tout à ceux à qui ils confiaient les Églises elles-mêmes qu’ils auraient transmis ces mystères. Car ils voulaient que fussent absolument parfaits et en tout point irréprochables ceux qu’ils laissaient pour successeurs et à qui ils transmettaient leur propre mission d’enseignement : si ces hommes s’acquittaient correctement de leur charge, ce serait un grand profit, tandis que, s’ils venaient à faillir, ce serait le pire malheur. » (Contre les hérésies, III, 3, 1)

Parlant de la succession des Evêques dans l’Eglise de Rome, il dit :

« Mais comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci, d’énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l’une d’entre elles, l’Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome ; en montrant que la Tradition qu’elle tient des apôtres et la foi qu’elle annonce aux hommes sont parvenues jusqu’à nous par des successions d’évêques, nous confondrons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ou par infatuation, ou par vaine gloire, ou par aveuglement et erreur doctrinale, constituent des groupements illégitimes : car avec cette Église, en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 2)

Dans le paragraphe suivant il énumère les évêques de Rome. Lorsqu’il y évoque la Lettre de Clément aux Corinthiens, il dit qu’il le fit pour :

« renouveler leur foi et leur annoncer la Tradition qu’elle avait naguère reçue des apôtres » (Contre les hérésies, III, 3, 3)

Et il conclu en écrivant :

« Voilà par quelle suite et quelle succession la Tradition se trouvant dans l’Eglise à partir des apôtres et la prédication de la vérité sont parvenues jusqu’à nous. Et c’est là une preuve très complète qu’elle est une et identique à elle-même, cette foi vivifiante qui, dans l’Église, depuis les apôtres jusqu’à maintenant, s’est conservée et transmise dans la vérité. » (Contre les hérésies, III, 3, 3)

2) Une condition : l’union à l’Eglise de Rome

Comme nous venons de la dire : la condition d’unité et de garantie de l’infaillibilité du corps des Evêques est l’union à l’Eglise de Rome :

« Mais comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci, d’énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l’une d’entre elles, l’Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome ; en montrant que la Tradition qu’elle tient des apôtres et la foi qu’elle annonce aux hommes sont parvenues jusqu’à nous par des successions d’évêques, nous confondrons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ou par infatuation, ou par vaine gloire, ou par aveuglement et erreur doctrinale, constituent des groupements illégitimes : car avec cette Église, en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 2)

C) Saint Irénée va jusqu’à imaginer le cas d’école où les apôtres n’auraient pas laissé d’écrits : la Tradition suffirait

Saint Irénée va même plus loin que tous les autres Pères de l’Eglise en envisageant le cas d’école dans lequel les apôtres n’auraient pas laissé d’écrits et où le dépôt de la foi pour la Nouvelle Alliance ne nous serait connu que par la Tradition :

« Telle étant la force de ces preuves, il ne faut donc plus chercher auprès d’autres la vérité qu’il est plus facile de recevoir de l’Église, car les Apôtres, comme en un riche cellier, ont amassé en elle, de la façon la plus plénière, tout ce qui a trait à la vérité, afin que quiconque le désire y puise le breuvage de la vie. C’est elle, en effet, qui est la voie d’accès à la vie ; « tous » les autres « sont des voleurs et des brigands ». C’est pourquoi il faut les rejeter, mais aimer par contre avec un zèle extrême ce qui est de l’Église et saisir la Tradition de la vérité. Eh quoi ! S’il s’élevait une controverse sur quelque questions de minime importance, ne faudrait-il pas recourir aux Églises les plus anciennes, celles où les Apôtres ont vécu, pour recevoir d’elles sur la question en cause la doctrine exacte ? Et à supposer même que les Apôtres ne nous eussent pas laissé d’Écritures, ne faudrait-il pas alors suivre l’ordre de la Tradition qu’ils ont transmis à ceux à qui ils confiaient ces Églises ? » (Contre les hérésies, III, 4, 1)

II) L’infaillibilité de l’Evêque de Rome

Nous citons ici pour la troisième fois, et pour un troisième motif, différent des deux premiers, le passage de saint Irénée où ce dernier fait dépendre la prédication de la vérité à l’union à l’Eglise de Rome :

« Mais comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci, d’énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l’une d’entre elles, l’Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome ; en montrant que la Tradition qu’elle tient des apôtres et la foi qu’elle annonce aux hommes sont parvenues jusqu’à nous par des successions d’évêques, nous confondrons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ou par infatuation, ou par vaine gloire, ou par aveuglement et erreur doctrinale, constituent des groupements illégitimes : car avec cette Église, en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres. » (Contre les hérésies, III, 3, 2)

Le message est évident : l’Evêque de Rome est infaillible et il est nécessaire de lui être soumis. Cependant les contestations se font entendre de partout chez les chrétiens non-catholiques, reconnaissant dans ces quelques mots une preuve implacable en faveur de l’Église catholique, si on les comprend dans leur signification la plus obvie. C’est pourquoi il n’est pas inutile de consulter une explication du texte, et de prendre connaissance des réponses aux objections. A cet effet, nous invitons notre lecteur à consulter notre article traitant du sujet en profondeur : cliquer ici.

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3 commentaires sur “Saint Irénée de Lyon (IIè siècle) sur l’infaillibilité de la Tradition

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Cette entrée a été publiée le 10 juillet 2019 par dans Foi Catholique.
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