+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’Église primitive et la Transsubstantiation

agneau-de-dieu1.jpgLes théories anticatholiques affirment avec aplomb que l’Eglise catholique romaine aurait inventé la croyance en la Trassubstantiassion en 1215. Cette théorie risible fut déjà réfutée sur ce site où nous avons déjà prouvée la biblicité de cette croyance : cliquer ici: – J’ajoute ici une chronologie qui retrace toute la croyance en la Transsubstantiation du Ier siècle à 1215:

L’Église chrétienne des premiers temps croyait à l’unanimité que l’Eucharistie est le corps et le sang du Christ

En plus des preuves bibliques évidentes qu’on a vu, le témoignage de l’Eglise primitive soutient unanimement la doctrine catholique sur l’Eucharistie. Quiconque prend le temps de consulter les Pères de l’Eglise sur ce point , découvrira que tous croyaient que l’Eucharistie est le corps et le sang de Jésus-Christ. Les pères de l’Eglise sont les écrivains chrétiens des premiers siècles. Ce sont ceux qui ont reçu la tradition des Apôtres.

Note. Avant de produire les témoignages de Pères de l’Eglise, il me paraît important de rappeler que les premiers pères de l’Eglise n’ont pas traité ex professo, mais en passant de la Présence Réelle du Christ dans l’eucharistie, parce que hérétiques des premiers siècles n’avaient pas pour habitude de nier cette vérité.

La Didachè (entre 50 et 95)

La plus haute antique chrétienne nous en livre déjà des témoignage. Le plus ancien document chrétien extra-biblique, la Didachè (entre 50 et 95) évoque la « fraction du pain » comme un sacrifice. Cette dernière dit en son chapitre XIV: « Rassemblez-vous le jour du Seigneur, rompez le pain et rendez grâces, après vous être mutuellement confessé vos transgressions, afin que votre sacrifice soit pur. Mais que quiconque a un dissentiment avec son prochain ne se joigne pas à vous jusqu’à ce qu’ils se soient réconciliés, afin que votre sacrifice ne soit pas profané. Car voici telle est la parole du Seigneur : « En tout temps et en tout lieu on me présentera une offrande pure, car je suis un grand roi, dit le Seigneur, et mon Nom est admirable parmi les nations. » ». La deuxième phrase évoque clairement le sacrifice, mais cette vérité est encore plus explicite lorsqu’on connait la signification de la dernière phrase qui n’est autre que la citation du verset de Malachie I, 11. En effet, à l’époque de la rédaction du livre de Malachie, les juifs de l’Ancienne Alliance n’avaient qu’un seul et unique lieu pour offrir des offrandes: le Temple de Jérusalem où des sacrifices étaient offerts à Dieu. Or le prophète annonce une offrande (donc un sacrifice) qui lui sera offerte en tout lieu: c’est la messe de la Nouvelle Alliance, c’est comme ça que les tout premiers chrétiens comprirent la prophétie en la mettant en rapport avec la rupture du pain.

Saint Ignace d’Antioche (vers 35-entre 107 et 117), disciple des saints Apôtres Pierre et Jean

Il déclara la chose suivante au sujet d’un groupe d’hérétiques qui niaient que l’Eucharistie soit la chair du Christ, il faisait allusion aux docètes, qui niaient aussi la réalité de l’Incarnation et de la Crucifixion, : « Ils s’abstiennent de l’eucharistie et de la prière, parce qu’ils ne confessent pas que l’eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, qui a souffert pour nos péchés, et que dans sa bonté le Père a ressuscitée. » (Lettre aux Smyrniotes, VII); en clair: les hérétiques de l’époque refusaient de communier car ils niaient l’Incarnation, cela n’aurait aucun sens si les chrétiens d’alors ne croyaient pas réellement consommer la chair et le sang du Christ lors de l’Eucharistie…

« Je ne me plais plus à une nourriture de corruption ni aux plaisirs de cette vie ; c’est le pain de Dieu que je veux, qui est la chair de Jésus-Christ, de la race de David (Jn 7.42; Ro 1.3), et pour boisson je veux son sang, qui est l’amour incorruptible. » (Lettre aux Romains,VII, 3)

La crypte de Lucine (milieu du IIè siècle)

Cette crypte, ainsi que celle des papes de Sainte Cécile, sont la partie la plus antique da la Catacombe de Saint Calixte. On y voit une peinture qui représente le Christ bénissant un pain et un poisson déposés sur un autel. Or il est connu que les chrétiens avaient l’habitude de désigner le Christ peint sous la forme d’un poisson (donc s’ils magnaient « le poisson », ça signifiait qu’ils croyaient réellement manger le Christ).

Saint Justin Martyr (vers 100 – 165)

Il fait la même interprétation de Malachie I, 11 que la Didachè: « En Malachie [l, 10-12], Il parle de ces Gentils, c’est-à-dire de nous [les chrétiens issus des nations païennes], qui, en tout lieu, Lui offrent des sacrifices, c’est-à-dire, le pain eucharistique et aussi la coupe de l’Eucharistie, affirmant que nous glorifions son nom et que vous, vous le profanez. » (Dialogue avec Tryphon, 41)

Il enseigne par ailleurs clairement la Présence Réelle: « Nous appelons cet aliment Eucharistie, et personne ne peut y prendre part, s’il ne croit la vérité de notre doctrine, s’il n’a reçu l’ablution pour la rémission de ses péchés et sa régénération, et s’il ne vit selon les enseignements du Christ. Car nous ne prenons pas cet aliment comme un pain ordinaire et une boisson commune. Mais de même que, par la parole de Dieu, Jésus-Christ, notre Sauveur, ayant été fait chair, a pris sang et chair pour notre salut; de même aussi cet aliment, qui par l’assimilation doit nourrir nos chairs et notre sang, est devenu, par la vertu de l’action de grâces, contenant les paroles de Jésus-Christ lui-même, le propre sang et la propre chair de Jésus incarné: telle est notre foi. Les apôtres, dans leurs écrits, que l’on nomme Évangiles, nous ont appris que Jésus-Christ leur avait recommandé d’en agir de la sorte, lorsque ayant pris du pain, il dit: « Faites ceci en mémoire de moi: ceci est mon corps; » et semblablement ayant pris le calice, et ayant rendu grâces: « Ceci est mon sang » ajouta-t-il; et il le leur distribua à eux seuls. Les démons n’ont pas manqué d’imiter cette institution dans les mystères de Mithra; car on apporte à l’initié du pain et du vin, sur lesquels on prononce certaines paroles que vous savez, ou que vous êtes à même de savoir. » (Première Apologie, 66 [151])

Saint Irénée de Lyon (vers 125 – entre 202 et 208), disciple de saint Polycarpe, lui-même disciple de l’Apôtre saint Jean

image« Au surplus, comment auront-ils la certitude que le pain eucharistié est le corps de leur Seigneur, et la coupe, son sang, s’ils ne disent pas qu’il est le Fils de l’Auteur du monde, c’est-à-dire son Verbe, par qui le bois « fructifie », les sources coulent, « la terre donne d’abord une herbe, puis un épi, puis du blé plein l’épi Mc 4,27-28 »? 5 Comment encore peuvent-ils dire que la chair s’en va à la corruption et n’a point part à la vie, alors qu’elle est nourrie du corps du Seigneur et de son sang? Qu’ils changent donc leur façon de penser, ou qu’ils s’abstiennent d’offrir ce que nous venons de dire ! Pour nous, notre façon de penser s’accorde avec l’eucharistie, et l’eucharistie en retour confirme notre façon de penser. Car nous lui offrons ce qui est sien, proclamant d’une façon harmonieuse la communion et l’union de la chair et de l’Esprit: car de même que le pain qui vient de la terre, après avoir reçu l’invocation de Dieu, n’est plus du pain ordinaire, mais eucharistie, constituée de deux choses, l’une terrestre et l’autre céleste, de même nos corps qui participent à l’eucharistie ne sont plus corruptibles, puisqu’ils ont l’espérance de la résurrection…» (Contre les Hérésies, IV, 18, 4)

« Comment, si le Seigneur était issu d’un autre Père, pouvait-il sans injustice déclarer que le pain appartenant à notre création était son corps et affirmer que le mélange de la coupe était son sang Mt 26,26-28? Pourquoi se déclarait-il Fils de l’homme, s’il n’avait pas subi la naissance humaine? Comment pouvait-il nous remettre des péchés qui faisaient de nous les débiteurs de notre Créateur et Dieu? Et, s’il n’était pas chair, mais n’avait que l’apparence d’un homme, comment put-il être crucifié, comment du sang et de l’eau purent-ils sortir de son côté transpercé Jn 19,34? Quel était le corps qu’embaumèrent les embaumeurs, et quel était celui qui ressuscita d’entre les morts » (Contre les Hérésies, IV, 33)

« Vains, de toute manière, ceux qui rejettent toute l’ « économie » de Dieu, nient le salut de la chair, méprisent sa régénération, en déclarant qu’elle n’est pas capable de recevoir l’incorruptibilité. S’il n’y a pas de salut pour la chair, alors le Seigneur ne nous a pas non plus rachetés par son sang Ep 1, 7, la coupe de l’eucharistie n’est pas une communion à son sang et le pain que nous rompons n’est pas une communion à son corps 1Co 10, 16. Car le sang ne peut jaillir que de veines, de chairs et de tout le reste de la substance humaine, et c’est pour être vraiment devenu tout cela que le Verbe de Dieu nous a rachetés par son sang, comme le dit son Apôtre: « En lui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des péchés Ep 1,7. » Et parce que nous sommes ses membres 1Co 6,15; Ep 5,30 et sommes nourris par le moyen de la création – création que lui-même nous procure, en faisant lever son soleil et tomber la pluie selon sa volonté Mt 5,45, la coupe, tirée de la création, il l’a déclarée son propre sang Lc 22,20; 1Co 11,25, par lequel se fortifie notre sang, et le pain, tiré de la création, il l’a proclamé son propre corps Lc 22,19; 1Co 11,24, par lequel se fortifient nos corps. » (Contre les Hérésies, V, 2, 2)

« Si donc la coupe qui a été mélangée et le pain qui a été confectionné reçoivent la parole de Dieu et deviennent l’eucharistie, c’est-à-dire le sang et le corps du Christ, et si par ceux-ci se fortifie et s’affermit la substance de notre chair, comment ces gens peuvent-ils prétendre que la chair est incapable de recevoir le don de Dieu consistant dans la vie éternelle, alors qu’elle est nourrie du sang et du corps du Christ et qu’elle est membre de celui-ci comme le dit le bienheureux Apôtre dans son épître aux Éphésiens: « Nous sommes les membres de son corps, formés de sa chair et de ses os Ep 5,30 »?(..) ensuite, moyennant le savoir-faire, ils viennent en l’usage des hommes, puis, en recevant la parole de Dieu, ils deviennent l’eucharistie, c’est-à-dire le corps et le sang du Christ, de même nos corps qui sont nourris par cette eucharistie, après avoir été couchés dans la terre et s’y être dissous, ressusciteront en leur temps, lorsque le Verbe de Dieu les gratifiera de la résurrection « pour la gloire de Dieu le Père Ph 2,11 « : car il procurera l’immortalité à ce qui est mortel et gratifiera d’incorruptibilité ce qui est corruptible 1Co 15, 53, parce que la puissance de Dieu se déploie dans la faiblesse 2Co 12, 9. (Contre les Hérésies, V, 2, 3)

« Comment ne voient-ils [les gnostiques] que le pain sur lequel est prononcée l’action de grâce est le corps le corps du Seigneur et le calice son sang, s’ils ne le reconnaissent pas comme le Fils du créateur du monde, c’est-à-dire, le Verbe par lequel le bois de la Croix produit du fruit ? » (Contre les hérésies, V, 2)

L’Inscription d’Abercius (190)

Saint Abercius, évêque d’Hiérapolis en Asie mineure et appelé « Égal aux Apôtres », fit rédigée cette inscription de son vivant pour qu’elle fut dressée sur sa tombe. Elle est surnommée « Reine des inscriptions chrétiennes ». Elle nous parle en image de la Présence Réelle: « Moi, je suivais Paul ; la foi m’a précédé partout et partout m’a présenté en nourriture un poisson de source, très grand, très pur, qu’une Vierge sans tache a péché, et ce poisson, [la foi] le donnait en partage sans cesse comme nourriture à ses amis, avec du vin délectable, mêlé au froment. » N’oublions pas que les premiers chrétiens représentaient le Christ sous forme d’un poisson et la Vierge fait évidemment référence à Marie; ainsi, Marie nous donne un poisson – c’est-à-dire son fils – à manger: cela signifie que les chrétiens de ce temps croyaient manger réellement me corps du Christ (de plus, cela confirme la doctrine catholique du rôle de Marie dans l’Eucharistie).

Clément d’Alexandrie (vers 150-vers 215)

« Mange ma chair, [Jésus], et boit mon sang. Le Seigneur nous donne ces intime nutriments, il livre sa chair et il verse son sang, et rien ne manque à la croissance de ses enfants « (L’instructeur des enfants I, VI, 43, 3)

Plusieurs protestants, comprenant mal ce chapitre de Clément, tirent de certains de ses passages la conclusions que Clément ne croyait précisément pas à la Présence Réelle. Cette thèse est réfutées avec d’autres sur d’autres Pères dans cet article en anglais.

« Plus tard, la sainte vigne produisit la grappe prophétique, c’est-à-dire la Verbe, dont le sang mêlé avec l’eau, suivant sa volonté, est le signe de ceux qui de l’erreur sont entrés dans le repos. Le sang entre en mélange avec le salut. Le sang du Seigneur est, de deux natures, l’un charnel qui nous rachète de la mort, l’autre spirituel, qui nous purifie. Boire le sang de Jésus, c’est participer à l’incorruptibilité du Seigneur. L’esprit est la force du Verbe, comme le sang est la force de la chair. Comme le vin se mêle à l’eau, l’esprit est mêlé avec l’homme. Ce mélange de l’un et de l’autre, je veux dire du Verbe et de la boisson, s’appelle Eucharistie, qui signifie de grâces; et ce sacrement sanctifie l’âme et le corps 95 de ceux qui y participent avec foi, lorsque la Volonté divine a mystiquement mélangé, par l’Esprit et le Verbe, ce divin breuvage qui représente l’homme. L’esprit, en effet, s’y mêle à l’âme, et le Verbe à la chair. » (L’instructeur des enfants, II, II)

Tertullien (vers 155-vers 230)

« Certes, il suffirait à la chair que nulle âme ne pût absolument obtenir le salut à moins de croire, pendant qu’elle est dans la chair: tant il est vrai que la chair est la base du salut. Enfin, quand l’âme est enrôlée au service de Dieu, c’est la chair qui la met à même de recevoir cet honneur. C’est la chair en effet qui est lavée pour que l’âme soit purifiée; la chair sur laquelle on fait les onctions pour que l’âme soit consacrée; la chair qui est marquée du signe sacré pour que l’âme soit fortifiée; la chair qui est couverte par l’imposition des mains pour que l’âme soit illuminée par l’esprit; la chair [du chrétien] enfin qui se nourrit du corps et du sang de Jésus-Christ, pour que l’âme s’engraisse de la substance de son Dieu. Elles ne peuvent donc être séparées dans la récompense, puisqu’elles sont associées dans le travail. » (La Résurrection des Morts 8 [210]). Et il dit ailleurs contre les chrétiens indignes : « C’est un crime déplorable quand un chrétien vient des idoles à l’église, quand il touche le corps du Seigneur, avec les mêmes mains qui construisent des corps aux démons…Crime abominable ! Les juifs ont porté une seule fois les mains sur le christ ; ceux ci outragent quotidiennement son corps. O mains à couper !

TertullianLes ennemis de la foi catholique objecte souvent que Tertullien écrivant contre Marcion disait: « Ce bois [de la Croix] et Jérémie prêchant aux juifs qui allaient dire Venez, jetons le bois sur son pain, c’est-à-dire son corps, te donnent un enseignement. En effet, c’est là ce que Dieu, même dans notre Evangile, a révélé, en appelant pain son propre corps, afin que par là, tu comprennes qu’il a donné au pain la figure de son corps, lui dont le prophète a auparavant figuré le corps par la pain : ce mystère devait être interprété ensuite par la Seigneur. » Par conséquent Tertullien n’admettait pas la présence réelle du Christ, la présence de la figure du Christ dans l’eucharistie.

Réponse: Tertullien disputait contre Marcion qui ne voulait pas admettre que le Christ ait eu un véritable corps. Afin de prouver contre lui la vérité et la réalité du corps du Christ, il prouve que l’eucharistie, symbolisée dans l’Ancien Testament sous la figure du pain, est un sacrement et, comme tel, le signe du corps du Christ ; signe qui n’est pas vide et fantasmatique, mais contenant vraiment ce qu’il signifie. Ainsi l’argumentation de Tertullien est la suivante : l’Eucharistie sous le nom du pain fut la figure du corps du Christ, « or il ne saurait y avoir de figure, s’il n’y avait de corps réel. Une chose vide, une apparence ne peut avoir de figure ». Par conséquent le Christ a eu un vrai corps. Tertullien ne voulait donc pas dire que l’eucharistie était un pure figure et un signe vide, mais le signe et la figure de corps réel qu’elle contenait.

Voici le texte complet: « Ayant donc déclaré « qu’il désirait d’un grand désir manger la Paque, » sa Pâque (il serait indigne d’un Dieu de convoiter le bien d’autrui), Jésus prend le pain, le distribue à ses disciples, et en l’ait son propre corps, en disant: « Ceci est mon corps, » c’est-à-dire, est la figure de mon corps. Il n’y aurait pas eu figure, s’il n’y avait pas eu corps véritable. D’ailleurs, une chose vaine et sans réalité, telle qu’un fantôme, ne serait pas susceptible de figure. Ou s’il se donna pour corps un pain, parce qu’il n’avait pas un corps véritable, c’est donc du pain qu’il a dû livrer pour nous. Il appuyait les rêves de Marcion en crucifiant un pain. Mais pourquoi « appeler son corps du nom de pain, » plutôt que du melon que Marcion avait en place de cœur, puisqu’il ne reconnaît pas dans ce pain l’antique figure du corps de Jésus-Christ, lorsqu’il dit par Jérémie: « Ils ont tramé des complots contre moi? « Venez; jetons le bois sur son pain, » c’est-à-dire la croix sur son corps. Aussi le Dieu qui éclaircit les symboles a-t-il déclaré suffisamment ce qu’il a voulu entendre par pain en donnant ce nom à son corps. De même, dans le souvenir du calice, lorsqu’il établit le testament qu’il scella de son sang, il confirma de nouveau la réalité de son corps. Point de sang dans un corps, à moins que ce corps ne soit de chair. Vainement on nous oppose des corps qui ne sont pas de chair, toujours est-il qu’aucun corps n’aura de sang, s’il n’est de chair. La réalité du corps se fortifie donc par le témoignage du sang. Isaïe va t’aider aussi à reconnaître dans le vin l’antique symbole du sang. « Quel est, dit-il, celui qui vient d’Edom et de Bosra avec des habits teints de sang? Quel est cet homme beau dans sa parure et qui marche avec tant de majesté? Pourquoi votre robe est-elle rouge et pareille aux vêtements de ceux qui foulent la vendange? » C’est qu’en effet l’esprit prophétique, contemplant déjà le Seigneur qui marchait au-devant de sa Passion avec les vêtements de sa chair mortelle, dans laquelle il allait souffrir, désigne sous la pourpre éclatante des habits cette chair mutilée et broyée sous le pressoir de la tribulation, parce que les vendangeurs descendent du pressoir comme ensanglantés par le vin. La Genèse, dans la bénédiction de Juda, de la tribu duquel devait sortir le Christ fait homme, signalait déjà plus clairement encore la personne du Christ: « Il lavera sa robe dans le vin, et son manteau dans le sang de la vigne, » nous montrant ainsi sa chair dans cette robe et ce manteau, de même que son sang dans ce vin mystérieux. Voilà pourquoi celui qui représentait alors son sang par le vin, consacre aujourd’hui son sang sous les apparences du vin. » (Contre Marcion, IV, 40)

Origène (vers 185-vers 254)

« Autrefois le baptême était “ en énigme ” dans la nuée et la mer ; maintenant la régénération s’opère “ en réalité ” “ dans l’eau et dans l’Esprit Saint ”. Autrefois la manne était une nourriture “ en énigme ”, maintenant la chair du verbe de Dieu est la vraie nourriture “ en réalité ”, comme le prouve Sa parole : “ Ma chair est vraiment une nourriture et Mon sang est vraiment un breuvage ”. (Jn 6, 56) » (Homélies sur Nombres 7, 2 [248]) Ce même auteur dit encore: « j’aimerais vous admonester avec des exemples de votre religion. Vous êtes habitués à prendre part aux divins mystères, donc vous savez comment, quand vous recevez le corps du Christ, vous usez avec révérence de tous les soins afin qu’aucune parcelle ne tombe et que rien du don consacré ne périsse. Vous vous reconnaissez coupable, et vous avez raison de le croire, lorsque cela est moindrement perdu par négligence. » (Homélies sur l’Exode, XIII, 3)

« Pour nous dont le dessein est de plaire au Créateur de l’univers, nous observons, lorsque nous mangeons le pain qu’on met devant nous, d’adresser nos vœux et de rendre nos actions de grâces à celui qui nous le donne, et ce pain devient, par le moyen de la prière, un corps qui non seulement est saint, mais qui a même la vertu de sanctifier ceux qui en usent avec un esprit bien disposé. » (Contre Celse, VIII, 33)

Saint Hippolyte de Rome (vers 165-235)

« ‘Elle a immolé ses victimes, mêlé son vin, et dressé sa table’ [Proverbes IX, 2]… Cela se réfère à Son Corps et à Son Sang [du Christ] honorés et sans souillure, qui jour après jour est administré et offert sacrificiellement à la table spirituelle divine, comme un mémorial de cette première et toujours mémorable Table du souper divin et spirituel [la Dernière Cène] » (Fragment du Commentaire sur les Proverbes)

Il demande par ailleurs de faire preuve d’une vénération particulière pour le Sacrement [de l’Eucharistie]. La croyance en la Transsubtantiation était partagée par plusieurs apôtres des premiers siècles de la chrétienté.

Saint Cyprien de Carthage (vers 200-258)

« En effet, comme le Christ nous portait tous, qu’il portait nos péchés, nous voyons que l’eau figure le peuple, le vin le Sang du Christ. Quand donc dans le calice l’eau se mêle au vin, c’est le peuple qui se mêle avec le Christ, et la foule des croyants qui se joint et s’unit à celui en qui elle croit. Ce mélange, cette union du vin et de l’eau dans le calice du Seigneur est indissoluble. De même l’Église, c’est-à-dire le peuple qui est dans l’Église et qui fidèlement, fermement, persévère dans la foi, ne pourra jamais être séparée du Christ, mais Lui restera attachée par un amour qui des deux ne fera plus qu’un. Mais quand on consacre le calice du Seigneur on ne peut offrir l’eau seule, pas plus qu’on ne peut offrir le vin seul. Car si l’on offre le vin seul, le Sang du Christ est présent sans nous; si l’eau est seule, voilà le peuple sans le Christ. Au contraire quand l’un est mêlé à l’autre et que, se confondant, ils ne font plus qu’un, alors le mystère spirituel et céleste est accompli. Le calice du Seigneur n’est donc pas plus la seule eau ou le vin seul, sans mélange des deux, que le Corps du Seigneur ne peut être la farine seule ou l’eau seule sans le mélange des deux et sans leur union pour composer du pain. Par là encore se trouve figurée l’unité du peuple chrétien : de même que des grains multiples réunis, moulus et mêlés ensemble, font un seul pain, ainsi dans le Christ qui est le pain du ciel, il n’y a, sachons-le bien, qu’un seul corps, avec lequel notre pluralité est unie et confondue. » (Lettre 62 (63), XIII à Caeilius)

Il disait contre ceux qui communient indignement « Ils font violence à son corps et à son sang et ils sont coupables maintenant envers le Seigneur avec leur main et leur bouche d’une manière plus grave que s’ils l’ont renié. » (Traité des Laps) A l’époque de ce même saint Cyprien, la consécration de moniales à Jésus-Eucharistie atteste l’antiquité de cette doctrine.

L’Inscription de Pectorius (IVème siècle)

« Race divine du poisson céleste, reçois avec un cœur respectueux la vie immortelle parmi les mortels, dans les eaux divines. Ami, refais ton âme aux flots éternels de la sagesse qui donne les trésors. Reçois l’aliment doux comme le miel du Sauveur des saints. Mange à ta faim. Tu tiens le poisson dans tes mains. »

Au IVème siècle: la liturgie jérusalémite de Saint Jacob dit : « Envoie ton Esprit Saint pour que sa venue transforme ce pain dans le corps de notre Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et Sauveur… Et ce breuvage, qui est dans le calice, qu’il le transforme dans le sang de notre Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et Sauveur. » Et la liturgie de Saint Basile :« Fais que pain devienne le corps précieux de notre Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et Sauveur. Quant à ce calice qu’il devienne par ton action le sang de notre Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et Sauveur, qui a offert sa vie pour le salut du monde. »

Saint Hilaire de Poitiers (vers 315-367)

« Je demanderai à ceux qui n’admettent qu’une unité de volonté entre le Père et le Fils, si Jésus-Christ est maintenant en nous quant à sa nature véritable ou bien simplement par l’accord des volontés. Car si le Verbe s’est vraiment fait chair, et si c’est vraiment le Verbe fait chair que nous prenons en aliment dans le sacrement qu’il a institué, comment ferions-nous difficulté de croire qu’il demeure en nous quant à sa nature même, lui qui en se faisant homme s’est uni indissolublement notre nature même corporelle, et a uni sa nature corporelle à sa nature divine dans le sacrement où il nous donne sa chair à manger ? C’est ainsi que nous devenons tous une même chose, le Père étant en Jésus-Christ et Jésus-Christ étant en nous. Que celui donc qui voudra nier que le Père soit réellement en Jésus-Christ, commence par nier qu’il soit lui-même réellement en Jésus-Christ au que Jésus-Christ soit réellement en lui, attendu que comme le Père est en Jésus-Christ et Jésus-Christ en nous, ils font que nous sommes une même chose en eux. Si donc le Christ s’est uni réellement notre nature corporelle, et si cet homme qui est né de Marie est réellement le Christ, si c’est en réalité que nous recevons son corps dans nos saints mystères et que par là nous devenions une même chose, parce que le Père est en lui et lui en nous, comment peut-on soutenir qu’il n’y ait entre le Père et lui qu’unité de volonté lorsque le sacrement lui-même a pour effet naturel de produire une unité parfaite ? » (De Trinitate, VIII)

Saint Cyrille de Jérusalem (315-386)

« Car, le pain et le vin de l’Eucharistie, avant l’invocation de la sainte et adorable Trinité n’étaient que du pain et du vin ; tandis qu’après l’invocation, le pain devient le Corps du Christ, et le vin devient le Sang du Christ … » (Les Catéchèses, I, 19, 7).

« ainsi donc, ne regardez pas le pain et le vin comme uniquement cela, car ils sont, selon la déclaration du Maître (Jésus), le corps et le sang du Christ. Même si vos sens vous suggèrent le contraire, laissez la foi vous affermir. Ne jugez pas de cette question selon votre goût mais soyez pleinement assurés par la foi, ne doutant pas que vous avez été jugés dignes du corps et du sang du Christ. » (Les Catéchèses, IV, 22, 9)

« Le Christ lui-même ayant donc déclaré et dit du pain : ceci est mon corps, qui désormais osera hésiter ? et quand lui-même a déclaré et dit : ceci est mon sang qui osera douter que ce soit son sang ? Donc avec une entière conviction, participons au corps et au sang du Christ. Car sous la figure du pain, on te donne son corps, et sous la figure du vin, on te donne son sang, afin qu’ayant reçu le corps et le sang du Christ, tu lui deviennes concorporel et consanguin. Ainsi nous sommes devenus Christophores, le corps du Christ et son sang se distribuant dans nos membres » (Les Catéchèses, XXII)

Il dit ailleurs dans ses écrits: : « Le Christ a changé l’eau en vin qui ressemble au sang à Cana en Galilée et nous ne le croirions pas quand il change le vin en son sang? »

Le pape saint Damase (vers 300-384) 

Ce pape fit réaliser une inscription pour saint Tarcisius, cette inscription dit: « Saint Tarcisius portait le sacrement du Christ quand un groupe de scélérats l’attaqua pour profaner l’Eucharistie, il préféra se laisser frapper et perdre la vie, plutôt que de laisser le corps céleste aux mains de ces chiens enragés. » Nous pouvons de plus noter que le fait saint Tarcusius ait sacrifier sa vie pour sauver les espèces consacrées appui le fait qu’on ait cru en la Présence Réelle déjà à ce moment là: s’il n’avait pas cru que c’était réellement le Corps et le Sang du Christ, il ne serait pas mort pour ça (on ne se sacrifie pas pour un bout de pain…).

Saint Ambroise de Milan (340-397)

« Cette nourriture que tu reçois, c’est le corps du Christ. Considère maintenant laquelle est la plus digne : la manne ou la chair du Christ. La manne venait du ciel, celle-ci est au-dessus du ciel ; la manne était corruptible, celle-ci est incorruptible. Pour les juifs l’eau a coulé du rocher, pour toi le sang coule du Christ. Peut-être diras-tu mais je vois autre chose, comment m’affirmes-tu que je vais recevoir le corps du Christ. Il nous reste donc à le prouver. Prouvons que ce n’est pas là une œuvre naturelle, mais une consécration opérée par une bénédiction. Or la puissance de la bénédiction dépasse celle de la nature, puisque par la bénédiction la nature elle-même est changée… Ce sacrement que tu reçois est fait par la parole du Christ. Si la parole d’Elie a pu faire descendre le feu du ciel, la parole du Christ ne pourra-t-elle pas changer la nature des éléments…. La Parole du Christ a pu créer ce qui n’était pas, et elle ne pourrait changer ce qui est en ce qui n’était pas ? Ce corps que nous rendons présent, conficimus, c’est le corps né de la Vierge. Pourquoi chercher ici, dans le corps du Christ, l’ordre de la nature, alors que le Seigneur Jésus lui-même est né de la Vierge Marie, en dehors des lois de la nature ? C’est la vraie chair du Christ, celle qui a été crucifiée, celle qui a été ensevelie ; c’est donc vraiment le sacrement de sa chair. Le Seigneur Jésus proclame : Ceci est mon corps. Avant la bénédiction un autre nature est désignée, après la consécration c’est le corps qui est signifié. Lui-même dit que c’est son sang : avant la consécration on l’appelle autrement ; après la consécration, on le nomme sang. Et tu dis : Amen, c’est-à-dire : C’est vrai. » (Des Mystères, chapitre IX). Saint Ambroise  dit ailleurs: « Dans ce sacrement se trouve le Christ, parce que s’y trouve le corps du Christ

Saint Athanase (vers 295-373)

« Tant que les prières et les invocations ne sont pas commencées, il n’y a rien d’autre que du pain et du vin. Mais une fois que les grandes et admirables prières ont été prononcées, alors le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Notre Seigneur Jésus-Christ. »

Saint Grégoire de Nysse (329-394)

« Nous croyons que le pain, sanctifié par la parole de Dieu, est converti au corps du Verbe. Cette conversion au corps du Verbe, se fait en un moment, comme le Verbe la dit lui-même : Ceci est mon corps. Par la vertu de bénédiction, le Verbe transélémente en son corps la nature des éléments qui apparaissent aux yeux »

Saint Jean Chrysostome (vers 344 – 407)

« Le manteau que reçut Elisée était à ses yeux un très-riche héritage ; et c’en était en effet un très-grand, et plus précieux même que tout l’or du monde. Et à partir de ce moment il y eut deux Elies, l’un transporté en-haut, l’autre resté sur la terre. Je sais que vous béatifiez ce juste en vous-mêmes, et qu’il n’est aucun de vous qui ne voulût être à sa place. Que direz-vous, si je parviens à vous démontrer qu’en participant aux mystères, vous avez, tous tant que vous êtes reçu beaucoup plus que ce saint prophète ? Car si Elie à laissé son manteau à son disciple, le Fils de Dieu en montant au ciel nous a laissé à nous sa propre chair. Encore faut-il admettre qu’Elie en laissant son manteau à son disciple s’en est dépouillé lui-même, au lieu que Jésus-Christ, tout en nous laissant sa chair ici-bas, l’a enlevé dans le ciel avec lui. Gardons-nous donc de perdre courage, ou de nous chagriner, ou de déplorer le malheur des temps : car celui qui n’a pas dédaigné de verser son sang pour tout le monde, et qui nous rend encore aujourd’hui participants de son corps et de son sang, que refuserait-il de sacrifier pour notre salut ? » (Homélie II au peuple d’Antioche (Cf. Opera S. Joannis Chrysostomi, t. II, pag. 34, édition de Montfaucon ; col. 40 édit. de Gaume ; Les Homélies de saint Jean Chrysostome au peuple d’Antioche, trad. par Maucroix, chanoine de la cathédrale de Reims, pag. 48-49))

« Puisque nous parlons du corps de Jésus-Christ, nous tous qui participons à ce corps divin, nous tous qui recevons des gouttes de ce sang, pénétrez-vous bien de cette pensée, que celui auquet nous participons est précisément le même qui est assis dans le ciel, qui est adoré par les anges, qui est à la droite de l’infinie majesté. Hélas, que de moyens de salut n’avons-nous pas entre les mains ! Il nous à faits son propre corps, il nous à rendus participants de son propre corps, et rien de tout cela ne nous détourne du vice. O ténèbres ! ô abîme ! ô insensibilité ! » (Homélie III sur le l’Epître aux Ephésiens (Cf. Opera S. Joannis Chrysostomi, t. XI, pag. 21, édit. de Montfaucon ; col 24, édit. de Gaume), et LXI au peuple d’Antioche)

« Déférons à Dieu en toutes choses, et gardons-nous de le contredire, quand même ce qu’on nous annoncerait de sa part nous semblerait contraire au témoignage de notre raison et de nos sens : que l’autorité de sa parole prévale en nous sur ce que notre raison ou nos sens peuvent nous rapporter. Observons aussi cette règle à l’égard des mystères, en ne nous arrêtant pas aux apparences, mais en nous attachant surtout à sa doctrine. Car sa parole ne saurait nous tromper, au lieu que nos sens sont sujets à l’erreur. Sa parole n’a jamais manqué son effet ; trop souvent au contraire nos sens se trompent. Puis donc qu’il a dit : Ceci est mon corps, obéissons et croyons, et voyons-le des yeux de notre intelligence. Car les dons que Jésus-Christ nous à apportés ne sont rien de ce qui tombe sous nos sens ; mais sous des formes sensibles, tout y est intellectuel. Ainsi, même dans le baptême, sous l’action sensible qui nous confère la grâce attachée à l’eau, se cache un effet tout spirituel, qui est notre renaissance ou le renouvellement de notre âme. Si vous étiez un pur esprit, Dieu vous eût accordé ses dons sous une forme purement spirituelle ; mais comme votre âme est unie à un corps, il vous donne les biens spirituels sous des formes sensibles. Oh combien n’y en a-t-il pas qui disent en ce moment : Je voudrais bien voir son visage, son attitude, ses vêtements, sa chaussure ! Eh bien, vous pouvez le voir, le toucher, le manger même. Vous voudriez voir ses vêtements, et voici qu’il se donne lui-même à vous, non-seulement pour que vous le voyiez, mais pour que vous le touchiez, que vous le mangiez, que vous le receviez en vous-même. . . Considérez quel honneur vous est fait, à quelle table vous êtes admis. Celui que les anges n’envisagent qu’en tremblant, qu’ils n’osent contempler en face à cause des éclairs qui s’échappent de ses regards, c’est celui-là même dont nous sommes invités à nous nourrir, à la substance duquel nous mêlons la nôtre au point de devenir un même corps et une même chair avec lui. Qui racontera les ouvres de la puissance du Seigneur, et qui pourra jamais dire toutes les louanges qui lui sont dues ? Quel est le berger qui ait jamais nourri ses brebis de sa propre substance ? Et qu’est-il besoin de parler de berger ? Il y a bien des mères qui, ayant une fois mis au monde leurs enfants, les abandonnent à des nourrices ; mais lui, bien loin de consentir à rien de semblable, il nous nourrit de son propre sang, et il n’omet aucun moyen de nous unir à lui. Voyez, il a été engendré de notre substance. Mais cela, direz-vous, ne fait rien à la généralité des hommes. Vous êtes dans l’erreur, cela touche de prés tous les hommes sans exception. Car s’il s’est unit à notre nature, il est évident q e cela nous intéresse tous ; et si cela nous intéresse tous, cela intéresse chacun de nous en particulier. Mais, répliquerez-vous, s’il en est ainsi, comment se fait-il que tous n’ont pas retiré du profit de sa venue ? La faute en est, vous répondrai-je, non à lui-même qui se proposait en cela le salut de nous tous, mais à ceux d’entre nous qui contrarient ses vues bienveillantes. Car par les sacrements, dont il est l’auteur, il s’unit à chaque fidèle ; il nourrit ainsi par lui-même ceux qu’il a engendrés, au lieu de les abandonner à d’autres, et il vous donne cette preuve de plus, que c’est votre chair même qu’il a adoptée. Ne négligeons donc rien pour répondre à tant de prévenance et d’amour. Ne voyez-vous pas avec quelle impétuosité les enfants s’approchent des mamelles de leurs mères ? avec quelle ardeur ils collent leurs lèvres sur leur sein ? Que ce ne soit pas avec moins d’empressement que nous nous approchions de cette table sacrée, que nous appliquions nos lèvre à la coupe qui contient ce breuvage céleste ; ou plutôt, que ce soit avec encore bien plus d’avidité que, comme des enfants à la mamelle, nous aspirions à ce bienfait divin ; et n’ayons pas d’autre regret, que celui de nous voir privé quelquefois de cet aliment (Cf. Homélies ou sermons de saint Jean Chrysost., trad. par P.-A de Marsilly, t. III, p557-561). » (Homélie LV au peuple d’Antioche, et LXXXIII, al. LXXXII, sur l’Evangile de saint Matthieu (Cf. Opera S. Joannis Chrysostomi, t. VII, page 787-788, édit. de Montfaucon ; col 889-890, édit. de Gaume)

« Unissons donc sa chair à la nôtre dans ce festin sacré pour devenir un même corps avec lui, non pas seulement par l’affection de nos cours, mais dans la réalité même. Car telle est l’union qui s’opère en nous au moyen de l’aliment qu’il nous donne, en témoignage de son amour pour nous. C’est pour cela qu’il s’unit à nous en substance, qu’il nous rend participants de son propre corps, pour n’être qu’un avec lui, comme un corps uni à son chef. C’est à quoi Job faisait allusion, en parlant de ses serviteurs, qui lui étaient si passionnément attachés, qu’ils auraient voulu ne faire qu’une même chair avec lui : Qui nous donnera de sa chair, disaient-ils (JOB, XXXI, 31), afin que nous en soyons rassasiés ? Voilà ce qu’a fait Jésus-Christ lui-même ; pour captiver davantage notre affection, en même temps que pour nous montrer l’amour qu’il a lui-même pour nous, il nous à permis non-seulement de le voir, mais de le toucher, de nous repaître de sa substance, d’appliquer nos dents contre sa chair, de satisfaire ainsi toute l’ardeur de nos désirs… Il arrive souvent que des parents donnent leurs enfants à nourrir des étrangers ; mais moi, nous dit-il, je ne me conduis pas ainsi ; bien loin de là, je vous nourris de ma propre chair, je me mets tout entier à votre merci ; je veux vous élever tous jusqu’à moi, vous donner à tous la garantie de votre gloire future. Car celui qui se donne lui-même à nous dès ici-bas, le fera bien davantage encore dans l’autre vie. J’ai voulu me faire votre frère c’est à cause de vous que je me suis uni la chair et le sang ; je vous abandonne de nouveau cette chair et ce sang, par lesquels je me suis approprié votre nature. Ce sang nous donne de vifs traits de ressemblance avec notre divin roi, communique à nos âmes une beauté sans égale, leur imprime un éclat que rien ne peut flétrir, et les revêt d’une éternelle jeunesse. Bien différent de celui qui provient des éléments ordinaires, et qui n’arrive à cet état qu’après avoir passé par divers changements, ce sang qui nous est offert répand immédiatement la vie dans nos âmes, et les remplit de sa vertu. Reçu avec les dispositions convenables, ce sang chasse les démons et les éloigne de nous, en même temps qu’il nous concilie les anges et leur maître souverain. Car à peine ce sang divin s’est-il produit, que les démons s’enfuient et que les anges au contraire accourent. C’est ce sang qui, versé sur la croix, a lavé le monde entier de ses souillures. Voyez tout ce qu’en a dit Paul dans son épître aux Hébreux. C’est ce sang qui a purifié le sanctuaire et le Saint des saints. Si ce sang simplement figuré chez les Hébreux a eu tant de vertu, soit dans leur temple de Jérusalem, soit en Egypte aux portes de leurs maisons, combien plus ne doit-il pas en avoir dans sa vérité ! » (Homil. XLV (al. XLVI) in Joannem (Cf. Opera S. Joannis Chrysostomi, t. VIII, page 272) et LXI au peuple d’Antioche)

« O miracle ! ô bonté inépuisable de Dieu ! Celui qui est assis à la droite de Dieu son Père repose, à cette heure solennelle, dans les mains de tous, se livre aux embrassements de qui veut le recevoir, et cela sans prestige, mais de la manière la plus simple, aux yeux et à la vue de tous ceux qui ont la foi ! Y a-t-il là quelque chose que vous puissiez mépriser ? quelque chose qu’un homme puisse croire au-dessous de soi ? Voulez-vous connaître à l’aide d’une autre merveille l’excellence de ce sacrifice ?  Représentez-vous Elie, etc. Quel homme, à moins que sa raison éteinte ne se soit changée en folie ou en délire, osera mépriser un mystère aussi redoutable ? » (Traité du Sacerdoce, III)

« Ce qui est dans le calice c’est cela même qui a coulé de son côté sur la croix et nous y avons part… ce corps qui t’est présenté, c’est le corps même qui a été ensanglanté, qui a été percé par la lance et a laissé couler des sources salutaires, les unes de sang, les autres d’eau. Ce corps qu’il nous a donné à prendre et à manger, c’est ce corps d’un intense amour. » et ailleurs: « Le Christ est présent, le même Christ qui jadis fit dresser la table de la cène, a dressé celle-ci pour vous ; car ce n’est pas un homme qui fait que les oblats deviennent le corps et le sang du Christ, mais bien le Christ lui-même, crucifié pour nous. L’évêque est là qui le représente et prononce les paroles que vous savez, mais c’est la puissance et la grâce de Dieu qui agit. Ceci est mon corps, dit-il : cette parole transforme les oblats (touto to rhma metaruqmizei ta prokeimena) »

De plus, les liturgies de saint Jean Chrysostome, des églises arméniennes, d’Alexandrie etc. nous livrent en abondance aussi bien des formules de consécration qui signifient et produisent la conversion du pain et du vin dans le corps et le sang de Jésus-Christ ainsi que des oraisons et des prières qui demandent à Dieu que cette conversion se produise.

Théodore de Mopsueste (vers 353-428)

Il semble parler aux Évangélistes et Fondamentalistes d’aujourd’hui : « Quand Christ tendit le pain, il n’a pas dit : « ceci est le symbole de mon corps, mais « ceci est mon corps ». De même, lorsqu’il donna la coupe de son sang, il n’a pas dit : « ceci est le symbole de mon sang » mais « ceci est mon sang » car il voulait que nous regardions les [éléments eucharistiques], après la réception de la grâce et la venue du Saint-Esprit, non pas en fonction de leur état naturel, mais pour les recevoir comme ils sont : le corps et le sang de notre Seigneur. » (Homélie de Catéchèses 5 ;1)

Saint Augustin d’Hippone (354-430)

saints augustin

« « Il se portait dans ses mains [I Rois, XXI, 13] ». Qui donc, mes frères, pourra comprendre que cela soit possible pour un homme? Qui se porte dans ses mains? Un homme peut être porté dans les mains d’un autre, jamais dans les siennes. Nous ne voyons donc pas que notas puissions l’entendre de David, dans te sens littéral; mais nous le voyons pour le Christ. Car il se portait dans ses propres mains quand il nous présentait son corps en disant: « Ceci est mon corps [Matt. XXVI, 26] ». » (Discours sur le Psaume XXXIII, 10)

« Que personne ne mange cette chair sans d’abord l’adorer ; … nous pécherions si nous ne l’adorions pas. » ou encore: « Ce que vous voyez, c’est du pain et un coupe , c’est ce que vous disent vos propres yeux. Mais ce que votre foi doit encore vous apprendre est ceci : le pain est le corps du Christ, la coupe est le sang du Christ ».

Les ennemis de la foi catholique objectent souvent que Saint Augustin écrivit : « Le Seigneur n’hésita pas à dire : Ceci est mon corps, alors qu’il donnait le signe de son corps ». Et ailleurs : « Comprenez spirituellement mes paroles. Le corps que vous voyez ce n’est pas lui que vous allez manger, et vous ne boirez pas le sang que vont répandre mes bourreaux. Je vous ai confié un mystère. Compris spirituellement, il vous vivifiera, alors que la chair ne sert de rien.» Par conséquent le docteur d’Hippone a enseigné que dans l’eucharistie est présent non le corps, mais la figure du corps du Christ.

Réponse: Sur le premier passage de Saint Augustin, dont Calvin a fait un usage abusif, il faut répondre qu’il est nécessaire de lire tout le contexte. Saint Augustin combattait les manichéens qui refusaient l’Ecriture, sous le prétexte qu’elle disait que le sang était l’âme et pour cette raison en interdisait sa consommation. St Augustin pour sauver le sens de l’Ecriture répond que le sang est le signe et la manifestation de la présence invisible de l’âme, parce que c’est par le sang que l’âme est contenue dans le corps. Pour confirmer cela, il donne comme exemple l’eucharistie dans laquelle, sous l’espèce du pain, est donné le signe visible de la présence invisible du corps du Christ.

Sur le deuxième passage St Thomas répond à juste titre : « Les hérétiques dont on vient de parler ont trouvé l’occasion de leur erreur justement dans le texte allégué par l’objectant. Mais ils ont mal compris les paroles de S. Augustin. Lorsque celui-ci disait :  » Vous ne mangerez pas ce corps que vous voyez « , il ne voulait pas nier la vérité du corps du Christ, mais seulement affirmer qu’on ne le mangerait pas sous le même aspect où les disciples le voyaient. Lorsqu’il ajoute :  » je vous ai confié un mystère. Compris spirituellement, il vous vivifiera « , il ne veut pas dire que le corps du Christ n’est dans ce sacrement que par une signification mystique :  » spirituellement  » veut dire invisiblement et par la vertu de l’esprit. C’est pourquoi, commentant l’évangile de S. Jean à propos de la parole (6, 64) :  » La chair ne sert de rien « , il donne cette explication : » Sans doute, elle ne sert de rien à la manière dont ils l’ont comprise. Car ils ont compris qu’il fallait manger une chair pareille à celle qu’on arrache d’un cadavre, ou qu’on vend à la boucherie ; ils ne l’ont pas compris sous le mode où un esprit peut-être nourri. Que l’esprit vienne se joindre à la chair, alors la chair sert beaucoup, car si la chair ne servait de rien, le Verbe ne se serait pas fait chair pour habiter parmi nous. » (III, q. 75, a. 1, ad .1) St Augustin a donc condamné la manducation sarkofagian ou capharnaitique,et non la manducation réelle du corps du Christ dans la sacrement.

Saint Cyrille d’Alexandrie (376-444)

« La manne dont se nourrissaient les Hébreux ne leur procurait pas la vie éternelle, mais tout au plus un rassasiement momentané. Ce n’était donc pas là le pain véritable, le vrai pain venu du ciel. Au lieu que le corps sacré de Jésus-Christ nous alimente pour l’immortalité et la vie éternelle : ainsi ce divin Sauveur l’a-t-il déclaré lui-même. Mais les Hébreux ont bu de l’eau qui coulait du rocher. Eh ! quel avantage en ont-ils retirés puisqu’ils sont morts ? Cette eau n’était donc pas non plus le véritable breuvage ; mais le véritable breuvage, c’est le sang de Jésus-Christ, par la vertu duquel est ruiné dans ses fondements l’empire de la mort. Car ce sang n’est pas simplement du sang humain, mais le sang de celui qui, uni à la vie substantielle, est devenu notre vie. Ainsi donc nous sommes le corps et les membres de Jésus-Christ, parce que nous recevons le Fils de Dieu lui-même en participant à ce mystère. » (Commentaire sur Jean, IV, 16)

« Comme c’est une chose de difficile intelligence, et que nous ne pouvons guère atteindre que par la foi, il a recours à plusieurs moyens pour nous en faire sentir l’utilité, en donnant toujours la foi pour base de son enseignement. Celui, dit-il, qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi et je demeure en lui. De même en effet qu’un morceau de cire fondu avec un autre se confond et s’identifie avec lui, de même celui qui reçoit le corps et le sang de Notre-Seigneur s’unit tellement à lui par une suite nécessaire de cette action, que Jésus-Christ est en lui, et que lui-même est en Jésus-Christ. Vous trouverez quelque chose de semblable dans l’Evangile de saint Matthieu : Le royaume des cieux, y a dit Notre-Seigneur (MATTH., XIII, 33), est semblable à du levain qu’une femme mêle dans trois mesures de farine. Nous dirons en son lieu ce que représente cette femme avec ses trois mesures de farine, et même ce que peut signifier cette mesure ; aujourd’hui bornons-nous à parler du levain. De même qu’un peu de levain, comme le dit saint Paul, fait lever toute une masse de pâte, ainsi ce sur quoi ont été prononcées quelques paroles de bénédiction attire à soi l’homme entier et le remplit de sa grâce ; et c’est ainsi que Jésus-Christ demeure en nous, comme nous en lui. Tant il est vrai que le levain tout entier pénètre la masse entière. » (Commentaire sur Jean, IV, 17)

« Nous ne nions pas cependant que nous ne soyons spirituellement unis à Jésus-Christ par une foi vive et une charité sincère. Mais nous nions que nous n’ayons aucun moyen de nous unir à Jésus-Christ selon la chair, et nous disons que penser ainsi ce serait contredire les divines Ecritures. Car qui oserait nier que Jésus-Christ ne soit la vraie vigne même dans ce sens, et que nous ne soyons dans ce sens aussi les branches qui reçoivent de lui la sève et la vie (JEAN, XV, 5) ? Entendez Paul vous dire que nous sommes tous un même corps en Jésus-Christ (I Cor., X, 17) ; quoique nous soyons plusieurs, nous ne sommes qu’une même chose en lui ; car nous participons tous à un même pain. Notre adversaire pense-t-il que nous ignorions la vertu de la bénédiction mystique ? Cette bénédiction se consommant en nous, n’est-ce pas corporellement qu’elle fait habiter Jésus-Christ en nous par le don qu’il nous fait de son propre corps ? Eh ! pourquoi les membres des fidèles sont-ils les membres de Jésus-Christ ? Ne savez-vous pas, dit encore le même apôtre (I Cor., VI, 15), que vos membres sont les membres de Jésus-Christ ? Et de ces membres de Jésus-Christ je ferais les membres d’une prostituée ? A Dieu ne plaise. Le Sauveur a dit aussi (JEAN., VI, 77) : Celui-là qui mange ma chair, et qui boit mon sang, demeure en moi, et je demeure en lui. D’où il faut conclure que Jésus-Christ n’est pas seulement en nous par la charité, mais aussi par la présence réelle de sa substance. Car de même que de la cire fondue avec d’autre cire fait un même tout avec elle, ainsi par la communication qu’il nous fait de son corps et de son sang, Jésus-Christ est en nous, et nous sommes en lui. Car notre corps, corruptible qu’il est de sa nature, ne pouvait autrement passer à l’état d’incorruptibilité, que par son union avec un corps d’une nature incorruptible. Si vous refusez de croire à ma parole, croyez du moins à celle de Jésus-Christ. En vérité, dit-il, en vérité je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’Homme et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. L’entendez-vous nous dire hautement que nous n’aurons pas la vie, si nous ne buvons son sang et ne mangeons sa chair ? Il dit que sans cela nous n’aurons pas la vie en nous, c’est-à-dire en notre corps. Et par cette vie, on peut entendre à bon droit la vie corporelle : car c’est de ce genre de vie que nous ressusciterons au dernier jour. Et comment cela se fera-t-il ? C’est ce que je ne serai pas en peine d’expliquer. La chair du Fils de Dieu devenue incorruptible a des-lors la vertu de communiquer la vie ; elle ne peut donc être subjuguée par la mort. C’est pourquoi une fois identifié avec nous, elle bannit la mort de tout notre être. Car c’est toujours la chair du Fils unique de Dieu. C’est comme ne faisant qu’un avec sa chair qu’il a dit cette parole : Je le ressusciterai. Pourquoi donc notre adversaire soutient-il que ce n’est pas selon la chair que nous sommes les branches dont Jésus-Christ est le cep ? Ne peut-on pas dire avec raison que le cep c’est son humanité, et que nous sommes les branches de ce cep par communauté de nature ? Car les branches doivent être de la même nature que le cep. Ainsi est-il vrai de dire que Jésus-Christ est le cep, et que nous sommes ses branches, et quant au corps, et quant à l’âme. » (Commentaire sur Jean, X, 13)

« Considérons qu’outre l’union de consentement et de volonté, il peut y avoir union même de substances entre nous et nos frères, entre nous tous et Dieu : car quoique chacun de nous ait son individualité propre, il peut y avoir cependant entre nous cette union même corporelle. Quoique Pierre et Paul soient une même chose en Jésus-Christ, Pierre n’est pas Paul cependant. Cela posé comme les trois personnes en Dieu ont une nature commune, examinons comment il se peut faire aussi que nous soyons une même chose corporellement entre nous, et une même chose spirituellement avec Dieu. Le Fils unique de Dieu qui est engendré de la substance de son Père et qui possède la même nature avec lui, s’est fait chair suivant le langage de 1’Ecrivain sacré et s’est uni à notre nature d’une manière aussi étroite qu’elle est ineffable. Car celui qui est Dieu par nature s’est fait véritablement homme, non pas qu’il soit simplement théophore, ou possédant Dieu en lui-même par participation de ses grâces, comme le prétendent ceux qui méconnaissent la vertu de ce mystère mais aussi véritablement Dieu qu’il est véritablement homme. Ainsi a-t-il uni en lui-même deux natures si disparates ; ainsi nous a-t-il rendus participants de la nature divine. La communication, et pour parler ainsi, la cohabitation de l’esprit divin s’est consommé premièrement dans le Christ, et de lui elle a passé à nous, lorsque s’étant fait homme, il a consacré son temple par l’onction de cet esprit divin. Le principe donc de notre participation à l’esprit de Dieu, et de notre union avec Dieu, est dans le mystère (de l’incarnation) du Christ. Car c’est en lui que nous sommes tous sanctifiés. Afin donc de nous unir entre nous et avec Dieu, quelque séparés que nous soyons de corps et d’âme, il a trouvé un moyen conforme aux desseins de son Père et de sa sagesse : ce moyen c’est son corps, qui nous étant communiqué à tous à la table mystique, fait de nous tous un même corps entre nous et avec lui. Car comment croire étranger à cette union substantielle, ceux qui sont unis en un même Jésus-Christ par la communion à son même corps individuel ? En effet, si nous mangeons tous un même pain, nous devenons tous un même corps : le corps de Jésus-Christ n’admet pas de division. C’est pourquoi l’Eglise aussi est devenue le corps de Jésus-Christ en même temps que nous sommes tous ses membres, comme le dit saint Paul. Unis tous ensemble au même Jésus-Christ au moyen de son corps, en le recevant invisiblement en nous, nos membres s’adaptent à lui plus encore qu’à nous-mêmes. Or, que l’Eglise soit un corps composé de tous les fidèles comme de ses membres, et que ce corps ait le Sauveur pour chef, c’est ce que saint Paul nous fait voir par ces paroles (Eph., IV, 15-16) : Afin que pratiquant la vérité par la charité, nous croissions en toutes choses dans Jésus-Christ qui est notre chef ou notre tête ; et c’est de lui que tout le corps, dont les parties sont jointes et unies ensemble avec une si juste proportion, refait par tous les vaisseaux qui portent l’esprit et la vie, l’accroissement qu’il lui communique par la vertu de son influence, selon la mesure qui est propre à chacun des membres, afin qu’il se forme ainsi et se perfectionne par la charité. Ensuite, que cette union corporelle avec Jésus-Christ s’opère par la participation qui nous est faite de sa chair, c’est ce qu’atteste encore le même apôtre, lorsqu’il dit en parlant du mystère de la piété (Eph., III, 5-6) : (Ce mystère du Christ) qui n’a point été découvert aux enfants des hommes dans les autres temps, comme il est révélé maintenant par le Saint-Esprit à ses saints apôtres et aux prophètes, savoir, que les Gentils sont appelés au même héritage que les Juifs, qu’ils sont membres du même corps, et qu’ils ont part à la même promesse de Dieu en Jésus-Christ. Mais si nous sommes tous en Jésus-Christ un même corps entre nous, et non-seulement entre nous, mais aussi avec celui qui par sa chair vient habiter en nous, comment ne serions-nous pas tous ensemble une même chose, et entre nous, et en Jésus-Christ ? Car c’est Jésus-Christ qui est le lien de cette union, étant comme il l’est Dieu et homme tout ensemble. Mais c’est nous être assez expliqués sur l’union corporelle. » (Commentaire sur Jean, XI, 26)

« En vertu de la bénédiction mystique, le Fils de Dieu s’unit à nous corporellement comme homme, et spirituellement comme Dieu, en communiquant à notre esprit, par l’influence du sien, le principe d’une nouvelle vie et d’une sorte de participation à la nature divine. Jésus-Christ est donc le lien de notre union avec Dieu le Père puisque, en même temps qu’il nous est uni comme homme, il est uni par nature à son Père comme Dieu. Car il n’était pas possible que la nature humaine, sujette comme elle l’est à la corruption, s’élevât à un état d’immortalité, à moins qu’une nature immortelle et incorruptible ne s’abaissât jusqu’à elle, et ne la fit entrer, par son union avec elle, en participation de ses propres privilèges. Ainsi avons-nous été renouvelés et rappelés pour ainsi dire à notre union avec Dieu le Père par la médiation du Sauveur, qui est Jésus-Christ. Recevant en effet corporellement et substantiellement, comme il a été dit, le Fils de Dieu, uni par nature au Père, nous entrons en participation de sa gloire en participant ainsi à sa nature. » Commentaire sur Jean, XI, 27)

– au début du Vème siècle: saint Macaire, écrivant en Grèce affirme : « De même prenant le pain et le vin, il dit : Ceci est mon corps et ceci est mon sangCeci en effet n’est pas le symbole du corps, ni le symbole du sang, comme l’ont affabulé certains esprits aveugles, mais bel et bien le corps et le sang du Christ. » Cet auteur, déjà au Ve siècle, rejette la doctrine des calvinistes.

– 431: schisme de l’église nestorienne qui croit en la Présence Réelle.

– 451: schisme de l’église monophysite qui croit en la Présence Réelle.

– 470: Saint Césaire, évêque d’Arles, Père de l’Eglise, justifie cette doctrine en disant : « Qu’y a-t-il d’étonnant à ce que les choses que [Dieu] a pu créer par une parole, il puisse les convertir par une parole ? ». Saint Césaire: «  Qu’un, deux [pain ou vin consacré], ou plusieurs le reçoivent, ils le reçoivent tout entier [le Christ] »

– à partir du VIIème siècle:dans la liturgie mozarabe, le prêtre dit : « Seigneur, mon Dieu, donne-moi de consommer le corps et le sang de ton Fils, Notre Seigneur Jésus Christ, afin qu’ainsi je mérite d’obtenir la rémission de tous mes péchés. »

– 831: Saint Paschase Radbert donne de claires explications sur la Présence Réelle.

– 1050: Béranger de Tours qui fut dénoncé comme hérétique par de nombreux synodes romains et français (entre autre au concile de Tours), est condamné par le Pape saint Léon IX, parce qu’il niait la «Présence Réelle». Il est par la suite à nouveau condamné par les conciles de Rome et de Verceil.

– 1054 : schisme de l’église grecque dite « orthodoxe » qui croit en la Présence Réelle.

– 1079: ce même Béranger de Tours est contraint par un autre concile tenu à Rome à professer une formule de foi eucharistique rédigée par Humbert de Moyenmoûtier, moine bénédictin et légat pontifical. A peine était proférée la première erreur niant la Présence Réelle du Christ dans l’Eucharistie: il fut obligé de souscrire à la formule suivante : « Moi Béranger, je crois de cœur et je confesse par la bouche que le pain après la consécration est le vrai corps du Christ, qui est né de la Vierge Marie, qui s’est offert sur la croix pour le salut du monde, qui est assis à la droite du Père ; et le vin, le vrai sang du Christ, qui a coulé de son côté, et cela non seulement en signe et par la vertu du sacrement, mais dans la propriété de la nature et la vérité de la substance. » Il se conduisit de façon inconstante mais finit par réintégrer sous le pape saint Grégoire VII la communion de l’Eglise et mourut en 1088 dans le sein de l’Eglise. Le cas de Béranger de Tours montre bien que l’Eglise exigeait la croyance en la Présence Réelle déjà avant 1215.

– vers 1079: c’est Hildebert de Lavardin, évêque du Mans puis archevêque de Tours qui fait le premier usage connu du mot « transsubstantiation » (Sermon 93 ; ML 177, 776). Comme nous venons de le voir, il n’invente pas le concept, il ne fait que mettre un nom technique sur une croyance qui existe depuis le début du Christianisme.

– au XIIème siècle : Stéphane d’Autun, mort vers 1139-1140, priait Dieu « pour que la nourriture des hommes devienne la nourriture des anges, à savoir que l’offrande du pain et du vin se transsubstantiatie dans le corps et le sang de Jésus. »

– en 1140 ou 1141 : Roland Bandinelli, qui fut par la suite Pape sous le nom d’Alexandre III, traite expressément de la transsubstantiation dans ses Sentences.

– entre 1150 et 1152 : Pierre Lombard, évêque de Paris dit : « Il y a deux choses en ce sacrement ; l’une est contenue et signifiée et l’autre est signifiée sans être contenue. La chose contenue et signifiée est la chair du Christ qui est né de la Vierge Marie et son sang qui a coulé pour nous. La chose signifiée sans être contenue est l’unité de l’Eglise dans les prédestinés, les élus, les justifiés et les glorifiés. Telle est la double signification de la chair et du sang du Christ. » (IV Sent, dist. 8, n° 4)

– au XIIème ou au tout début du XIIIème siècle : saint Guillaume de Paris († 1202 ou 1203), saint patron du Danemark écrit: « Dans la transsubstantiation rien du pain ne reste du pain en dehors de quelque chose de très nouveau et d’ultime, qui est la variété ou la forme sensible des accidents sensibles du pain. Sous la forme matérielle et visible du pain, après la bénédiction sacerdotale accomplie par le rite, est déposé sur l’autel le pain de vie et sous la forme sensible du vin, le breuvage de vie. Et nous savons que ce pain et ce breuvage de vie ne sont pas seulement le Christ même en sa divinité, mais aussi son corps qui a souffert pour nous sur la croix et son sang. » (De sacramento eucharistiae, fol. 14, col. 3)

– 1215 : le IVème concile du Latran réuni autour du Pape Innocent III, défini le dogme de la transsubstantiation comme vérité de foi à croire de manière absolue. Mais contrairement à l’argumentaire anticatholique, le concile n’invente pas cette croyance, il ne fait que définir une croyance qui existait depuis toujours dans l’Eglise.

Ces mêmes chronologies (mensongères et) anticatholiques disent que le pape Innocent III aurait institué l’adoration de l’hostie en 1220. Cette affirmation est à la fois fausse et incohérente. D’abord fausse: comme nous l’avons vu, les chrétiens adorent les espèces consacrées depuis le premier siècle (puisque c’est vraiment Dieu); et incohérent ensuite: si on croit en la Transsubstantiation, de fait on adore les espèces consacrées, donc si la croyance en la Transsubstantiation avait été inventée en 1215 (ce qui est faux), alors l’adoration de l’hostie aurait été inventée en même temps.

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11 commentaires sur “L’Église primitive et la Transsubstantiation

  1. promotorpietatis
    10 mai 2014

    Les doctrines de la transsubstantiation et de la présence réelle sont prétexte à une abomination. Le point de vue païen :
    Transsubstantiation, présence réelle et culte du pain et du vin
    http://avocatdesdieux.wordpress.com/2014/05/09/transsubstantiation-presence-reelle-et-culte-du-pain-et-du-vin/

    • L'Apôtre des protestants
      11 mai 2014

      Promotorpietatis, je voudrais vous poser certaines questions en privé, pourriez-vous me contacter à cette adresse: nicolas.catholique@gmail.com ?

      • promotorpietatis
        14 mai 2014

        Quelles sont vos questions ?

      • L'Apôtre des protestants
        15 mai 2014

        Je vous les poserai par courriel. J’avais créé un compte Twitter il y a longtemps mais je ne comprends rien à son fonctionnement.

      • L'Apôtre des protestants
        16 mai 2014

        Quoi que je vais déjà poser une question ici: défendez-vous toutes les religions païennes ou seulement un d’entre elles? Votre site semble en indiquer plusieurs mais peut être par esprit de contradiction par rapport au Christianisme…

  2. promotorpietatis
    12 mai 2014
  3. Pingback: Le Christ dans l’Eucharistie: au sujet de la Présence Réelle | +†+Yesus Kristus azu+†+

  4. Pingback: Preuve de la Présence Réelle | +†+Yesus Kristus azu+†+

  5. Pingback: Chronologie des inventions et hérésies catholiques | +†+Yesus Kristus azu+†+

  6. zamant
    24 novembre 2016

    Bonjour
    Tout d’abord merci pour cet article riche. Certains protestants évangéliques avec qui j’ai pu discuter dernièrement, ne sont pas opposé à la présence réel dans le pain et le vin puisque effectivement comme vous le faite de part ce très bon article, on voit que de part l’histoire du christianisme et part la bible on arrive à démontrer que le Christ est bien présence réel dans le Saint Sacrifice. Cependant la ou j’ai eu quelques difficultés c’est d’expliquer que le prêtre et le pasteur ne sont pas pareil.

    En effet dans cette église ils font la Cène chaque dimanche (ce qui d’ailleurs rassurent les anciens catholique peux instruit qui ce sont fait attirer par un tres bon accueil notamment). Ces protestants croient, d’après eux, que Jésus est présent dans le pain et le vin dans la cène qu’ils ce font passer les uns aux autres. Par contre, visiblement, ils croient seulement que le Christ reste de manière temporaire dans les deux espèces (je ne sais pas vraiment d’où ils tiennent cela). Pour eux à partir du moment ou deux ou 3 sont réunis, le pasteur de par ses bénédictions peux faire la cène, Jésus est « présent ». Ils remettent donc en question le pouvoir du Prêtre.

    Quelle réponse puis je leur donner pour être convainquant que n’importe qui ne peux pas Célébrer la messe et s’autoproclamer « pretre » ?

    Dans les actes des apôtres on remarque que ce les anciens et ou les apôtres eux même dirigent et rompent le pain. De notre point de vu (catholique) seul la succession apostolique permet de pouvoir célébrer la messe. Comment démontrer clairement ce point de vu ?

    Merci d’avance pour vos réponses

    En Christ par Marie

    • Ressources Catholiques
      25 novembre 2016

      Bonjour Zamant,

      En fait vous avez trouvé la réponse: seuls les apôtres et les anciens pouvaient offrir l’Eucharistie. Et cela seul suffit à prouver ma thèse catholique. Le Christ donne ce pouvoir aux apôtres sans l’eut donner de condition plus précise. Je vous incite à lire l’article suivant: https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2015/09/20/le-sacerdoce-catholique-est-biblique/. Il y est démontré que seuls les apôtres et leurs délégués pouvaient rompre le pain, imposer les mains et pardonner les péchés.

      In Christo.

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Cette entrée a été publiée le 1 mai 2014 par dans Foi Catholique.
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