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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La négation de l’infaillibilité romaine par Pierre d’Osma est-elle restée sans condamnation ?

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Un célèbre docteur espagnol nommé Pierre MARTINEZ, alias Pierre d’Osma, du nom de sa ville natale, à ne pas confondre avec saint Pierre d’Osma, évêque aux XIè-XIIè siècles, fut professeur à Salamanque au milieu du XVè siècle.

« Il est surtout connu par les propositions extraites d’un de ses ouvrages, De confessione, qui ont motivé tout d’abord une condamnation portée par le vicaire général de Saragosse, sede vacante, et l’inquisiteur d’Aragon (15 décembre 1478); puis un jugement de l’archevêque de Tolède, Alphonse Carillo, jugement condamnant onze propositions, discutées les 17, 19, 20 et 21 mai 1479, dont, finalement, Sixte IV retiendra les neuf premières pour les réprouver dans sa bulle Licet ea, du 4 août 1479, avec cette note théologique : omnes et singulas propositiones prœdictas falsas, sanctœ catholicae fidei contrarias, erroneas et scandalosas et ab evangelica veritate penitus alienas, sanctorum quoque Patrum decretis et aliis apostolicis constitutionibus contrarias fore ac manifestam heresim continere… declaramus.  Denzs-Bannw., n. 733.

Le texte authentique de la bulle de Sixte IV présente en raccourci les propositions que le texte vulgarisé de l’archevêque nous a transmises. Mais le sens reste le même. Denzinger-Bannwart donne le texte vulgarisé, n. 724-738; Cavallera donne le texte de la bulle, et, en note, celui de l’archevêque, n. 1219, 1227, 1255, 1203, 1269, 378. » (A. MICHEL, Dictionnaire de théologie catholique, article « PIERRE d’OSMA ou PIERRE MARTINEZ »)

Sixte IV confirma leur sentence par un jugement ex cathedra en disant avec force :

« Nous déclarons […] que les propositions précitées sont fausses, contraires à la sainte foi catholique, erronées, scandaleuses, totalement étrangères à la vérité de la foi, contraires aux décrets des saints Pères et aux constitutions apostoliques, et qu’elles contiennent une hérésie manifeste » (Constitution apostolique sous forme de bulle Licet ea, 9 août 1478)

C’est de ce fait que se saisissent plusieurs adversaires de l’infaillibilité, croyant tenir là un argument historique en faveur de leur thèse. En effet, il s’y trouverait une preuve que l’infaillibilité serait une invention tardive et qu’elle n’était toujours pas enseignée au XVè siècle. Mais pourquoi cela ? La réponse est que l’une des propositions était « L’Église de la ville de Rome peut se tromper » (latin : « Ecclesia urbis Romae errare po­test »). Or cette dernière proposition ne ferait partie de celles finalement condamnées par Sixte IV !

Mais d’où vient cette idée ? Tout simplement d’un mensonge (avoué !) des rédacteurs de l’Enchiridion symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morum ! Cet ouvrage est aussi nommé Enchiridion symbolorum tout court, ou encore Symboles et définitions de la foi catholique en français ou enfin Denzinger, du nom de l’abbé Heinrich DENZINGER, le prêtre allemand qui commença à le publier en 1854. C’est une collection de textes doctrinaux officiels l’Église catholique romaine qui a une réputation universelle, et qui a fait l’objet de très nombreuses rééditions pour être mis à jour. Malheureusement, plus le temps passa plus les nouveaux rédacteurs furent des adhérents des hérésies modernes : anti-infaillibilisme, libéralisme, modernisme, oeucuménisme condamné par Pie XI etc. Aussi, le Denzinger mentionnait initialement cette condamnation. C’est ainsi que dans l’édition de 1913 (p. 253, n° 730), la proposition figure bel et bien parmi les propositions condamnées par Sixte IV, et le typographe a même pris soin de mettre en valeur le mot « errer » :

« Ecclesia urbis Romae errare potest ».

ais dès l’édition de 1937 le loup était dans la bergerie et cette fameuse proposition n’est citée qu’en note de bas de page ! Elle commence déjà à être reléguée dans les oubliettes, puisqu’elle est enlevée du corps du texte et placée en un endroit qui, généralement, n’est pas lu par la majorité des lecteurs. Et beaucoup plus navrant, dans l’édition française de 1996, elle avait déjà complétement disparue ! On y lit :

« des onze propo­sitions d’Alcala, trois ne sont pas mentionnées [à sa­voir: 7 ; 10 ; 11 ; or la proposition 7 est : «L’Église de la ville de Rome peut errer », « Ecclesia urbis Romae errare potest »] ; les autres propositions sont reprises avec des variantes minimes et dans un ordre différent » (p. 396).

Le pire est que les nouveaux rédacteurs ont l’audace d’avouer leurs forfaits !Les éditeurs eux-mêmes avertissent gentiment les acheteurs que le véritable recueil de Den­zinger a été profondément modifié à partir de 1963. La 23e édition (1963) est l’œuvre d’Adolf SCHÖNMETZER, qui :

« supprime les exagé­rations papalistes […] et introduit des textes qui ont leur importance dans la discussion œcuménique […]. Schönmetzer a éliminé une sé­rie de textes embarrassants dans la perspective œcuménique en rai­son de leur raideur. […il a] minimisé l’infaillibilité du magistère de l’Église » (préface de l’édition française, Paris 1996, p. XL).

Puis, dans l’édition allemande de 1963, SCHÖNMETZER conteste que cette proposition ait été mentionnée par le pape. L’édition française de 1996 lui emboîte le pas, comme nous avons vu plus haut.

Pour réfuter définitivement le mensonge de SCHÖNMETZER, voici une recension de mentions de cette condamnation, extérieures aux éditions antérieures du Denzinger :

Saint Robert Bellarmin (1542-1621), Docteur de l’Eglise, disait à son époque :

« Le pape Sixte IV a condamné, d’abord avec le concile et depuis par lui-même, les propositions de Pierre d’Oxford, parmi lesquelles l’une disait que l’église de la ville de Rome pouvait se tromper. […] » (De romano pontifice, IV, 4)

Saint Robert a fait une coquille en nommant l’hérésiarque Pierre « s’Oxford » au lieu de Pierre « d’Osma ». Par ailleurs le « concile » dont il parle est le « concilium Complutensem » en latin, c’est-à-dire du concile local, en l’occurrence, la commission de théologiens présidée par l’archevêque de Tolède.

Nous pouvons nous reporter à la grande collection en neuf tomes de textes magistériels reproduits intégrale­ment (!) par le cardinal Pietro GASPARRI. Et là, la fraude perfide de SCHÖNMETZER apparaît en plein jour : le pape mentionne plusieurs propositions hérétiques de Pierre d’Osma relatives à la confession et aux indulgences, puis ajoute qu’il condamne encore les autres propositions de Pierre d’Osma:

« … et les autres [propositions] que nous passons sous silence à cause de leur énormité (que ceux qui en ont connais­sance les oublient, et que ceux qui n’en ont pas connaissance ne soient pas mis au courant par notre présente!), nous les déclarons fausses, contraires à la sainte foi catholique, erronées, scandaleuses, totalement étrangères à la vérité de la foi, contraires aux décrets des saints Pères et aux constitutions apostoliques, et contenant une hé­résie manifeste » (Sixte IV: constitution apostolique sous forme de bulle Licet ea, 9 août 1478, § 3, in Pietro GASPARRI (éd.): Codicis Juris Canon ici Fontes, cura emi. Petri card. Gasparri editi, Rome 1947, t. 1., p. 85 – 87, n° 58)

Ainsi, non seulement Sixte IV condamne cette proposition, mais encore il la condamne comme une idée particulièrement immonde, tellement immonde qu’elle ne doit même pas être reproduite par écrit, fut-ce pour la condamner. L’Eglise procède d’ailleurs de la même manière dans beaucoup de livres de théologie morale pour évoquer des péchés contre-nature ou particulièrement pervers, afin que si une âme innocente venait à avoir possession de ce livre, elle ne puisse pas découvrir et donc avoir idée de commettre ces péchés auxquels elle n’aurait même pas pensé sans cela.

Nous pouvons encore trouver mention de cette condamnation dans le Dictionnaire de théologie catholique aux articles « PIERRE d’OSMA ou PIERRE MARTINEZ » rédigé par A. MICHEL ainsi que dans l’article « INFAILLIBILITE DU PAPE » rédigé par l’abb’ Edmond DUBLANCHY.

« Pierre d’Osma, qui avait défendu ses thèses avec beaucoup d’ardeur se soumit complètement dans un synode de la province de Tolède, tenu a Alcala (1489), et protesta de son attachement a l’enseignement catholique » (A MICHEL, op. cit.)

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Cette entrée a été publiée le 30 novembre 2017 par dans Catholicisme, Foi Catholique, Papauté.
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