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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

« Marie Nouvelle Eve » chez les premiers Pères

Saint Justin de Naplouse, dit saint Justin Martyr, Père de l’Eglise et plus grand des apologistes du IIème siècle, émet la proposition théologique suivante:« Marie est la Nouvelle Eve »: « Nous savons qu’Il procédait du Père, avant toute créature, par sa force et sa volonté,… et par le moyen de la Vierge Il devint homme, de sorte que de la voie par laquelle la désobéissance venant du serpent avait son commencement, de cette même voie est venu sa fin. Car Ève, étant une vierge et sans tâche, et concevant la parole qui venait du serpent, apporta la désobéissance et la mort ; mais la Vierge Marie, remplie de foi et de joie, lorsque l’Ange lui porta la bonne nouvelle que l’Esprit du Seigneur viendrait sur elle et que la puissance du Très-Haut la couvrirait de son ombre, et que par conséquent l’être saint qui naîtrait d’elle serait appelé Fils de Dieu, répondit : “ Qu’il me soit fait selon votre Parole ” »  (Dialogue avec Tryphon 100) Même dans l’Eglise primitive, ces similitudes bibliques étaient reconnues comme étant des identités de Marie : la Nouvelle Eve; tout comme le Christ est le Nouvel Adam.

Il est dans la théologie catholique un moyen de prouver que Marie était Immaculée Conception, qu’Elle soit la Nouvelle Eve qui fut créée sans le péché originel (voir: ici) qui renverse la désobéissance de la première. Lorsqu’elle désobéit, Eve était libre de tout péché et de toute concupiscence (inclination au péché). Ainsi, son « non » à Dieu était un choix libre et conscient de sa volonté. Pour que l’obéissance de Marie puisse défaire la désobéissance d’Eve, le « oui » de Marie devait être aussi parfait que le « non » d’Eve. Cela n’a été possible que parce que Marie était libre de tout péché et de toute inclination au péché, tout comme Eve.

Très vite après saint Justin, d’autres lui ont emboité le pas dans cette affirmation tels saint Irénée de Lyon et Tertullien. On dit souvent que ces deux personnages ont nié que Marie soit sans péché; cette affirmation est réfutée dans cet article. Nous exposerons d’abord les propos de ces deux auteurs sur « Marie Nouvelle Eve » puis leurs citations invoquées pour dire qu’ils ne croyaient pas en l’Immaculée Conception et enfin la réfutation de cette affirmation.

Saint Irénée de Lyon (vers 125 – vers 202), Père de l’Eglise, disciple de saint Polycarpe de Smyrne (vers 69 – 155), lui-même disciple de l’Apôtre Saint Jean l’Evangéliste parle beaucoup de cela dans son magistral traité de réfutation de la gnose intitulé Contre les hérésies (Adversus Haereses en latin, abréviation : AH) écrit en 185 :« Car, de même que, par la désobéissance d’un seul homme qui fut, le premier, modelé à partir d’une terre vierge, beaucoup ont été constitués pécheurs et ont perdu la vie, ainsi fallait-il que, par l’obéissance d’un seul homme qui est, le premier, né de la Vierge, beaucoup soient justifiés et reçoivent le salut. » (AH, III 18,7)

« Parallèlement au Seigneur, on trouve aussi la Vierge Marie obéissante, lorsqu’elle dit : Voici ta servante, Seigneur ; qu’il me soit fait selon Ta Parole (Lc 1,38). Ève, au contraire, avait été désobéissante : elle avait désobéi, alors qu’elle était encore vierge. Car, de même qu’Ève, ayant pour époux Adam, et cependant encore vierge – car ils étaient nus tous les deux dans le paradis et n’en avaient point honte (Gn 2,25), parce que, créés peu auparavant, ils n’avaient pas de notion de la procréation : il leur fallait d’abord grandir , et seulement ensuite se multiplier (Gn 1,28) – de même donc qu’Ève, en désobéissant, devint cause de mort pour elle-même et pour tout le genre humain, de même Marie, ayant pour époux celui qui lui avait été destiné par avance, et cependant Vierge, devint, en obéissant, cause de salut (cf. He 5,9) pour elle-même et pour tout le genre humain. C’est pour cette raison que la Loi donne à celle qui est fiancée à un homme, bien qu’elle soit encore vierge, le nom d’épouse de celui qui l’a prise pour fiancée (Dt 22,23-24), signifiant de la sorte le retournement qui s’opère de Marie à Ève. Car ce qui a été lié ne peut être délié que si l’on refait en sens inverse les boucles du nœud. » (AH III, 22, 4)

« Selon les formes, Marie la Vierge est trouvée obéissance, disant “Voici ta servante, ô Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ». Mais Ève fut désobéissante, car elle n’obéit pas, alors qu’elle était encore vierge. Car elle, ayant Adam pour mari, était cependant une vierge… devenant désobéissante, devint la cause de la mort et d’elle-même et de la race humaine toute entière ; De même Marie, ayant l’homme prédestiné, et étant cependant une vierge, étant obéissante, devint et pour elle-même et pour la race humaine toute entière la cause du salut…. Et c’est sur le compte de ceci, que le Seigneur déclara, que les premiers seraient les derniers et les derniers les premiers. Et les prophètes signifièrent la même chose , disant « A la place de tes pères te viendront des fils » (Ps44). Car, alors que le Seigneur, étant né, fut le premier revenu des morts, et reçut en son sein les premiers pères, Il les régénéra dans la vie de Dieu, Lui-même devenant le premier des vivants, alors qu’Adam était devenu le premier des morts. De même Luc, commençant la généalogie à partir du Seigneur la remonta jusqu’à Adam, signifiant ainsi que c’est Lui qui avait régénéré les pères anciens dans l’Évangile de la vie, et non le contraire. Et ainsi le nœud de la désobéissance d’Ève fut dénoué par l’obéissance de Marie ; car ce qu’Eve, une vierge, avait noué par son incrédulité, Marie, une vierge, l’a dénoué par la foi. » (AH III, 22, 34.)

Et aussi : « Comme Ève qui fut séduite par le discours d’un Ange, de sorte qu’elle se cacha de Dieu, transgressant Sa parole, de même Marie reçut la bonne nouvelle par le moyen de l’annonce de l’Ange, de sorte qu’elle porta Dieu en elle, étant obéissante à Sa parole. Et, bien que la première a désobéit à Dieu, la deuxième fut convaincue d’obéir à Dieu ; de sorte que de la vierge Ève, la Vierge Marie devienne l’avocate. Et, comme à cause d’une vierge la race humaine fut liée à la mort, par une Vierge elle est sauvée, l’équilibre étant préservé car la désobéissance d’une vierge contrée par l’obéissance d’une autre. » (Ibid v.19)

St Irénée rédigea également un ouvrage intitulé Démonstration de l’enseignement apostolique où il écrivit la chose suivante: « Or, d’où provenait la substance du premier homme ? De la volonté et de la sagesse de Dieu et d’une terre vierge : « car Dieu n’avait pas encore fait pleuvoir », dit l’Écriture, avant que l’homme fut fait, « et il n’y avait pas encore d’homme pour travailler la terre (Jn 1,14) ». C’est donc tandis qu’elle était encore vierge que « Dieu prit du limon de la terre et en modela l’homme (Gn 2,5) pour qu’il fut le point de départ de l’humanité. Comme c’était cet homme même qu’il récapitulait en lui, le Seigneur reçut donc une chair formée selon la même « économie » que celle d’Adam, en naissant d’une Vierge par la volonté et la sagesse de Dieu, afin de montrer lui aussi une chair formée d’une manière semblable à celle d’Adam et de se faire cet homme même dont il est écrit qu’il était, à l’origine, à l’image et à la ressemblance de Dieu. Car  il fallait qu’Adam fut récapitulé dans le Christ, afin que ce qui était mortel fut englouti par l’immortalité, et il fallait qu’Ève le fut aussi en Marie, afin qu’une Vierge, en se faisant l’avocate d’une vierge, détruisit la désobéissance d’une vierge par l’obéissance d’une Vierge. » (Démonstration de l’enseignement apostolique, 32 et 33)

Tertullien (vers 155 – vers 230) : « Dieu a retrouvé son image et sa ressemblance, dont le démon s’était emparé, par une opération opposée. Car en Ève, pourtant encore vierge, se glissa la parole qui causa la mort. C’est aussi en une vierge que devait être introduit le Verbe de Dieu qui restaura la vie ; ce qui, par ce sexe avait été perdu, a été ramené au salut par ce même sexe. Ève avait cru le serpent ; Marie a cru Gabriel ; la faute que l’une avait commise en croyant, l’autre en croyant l’a effacée. » (De Carn. Christ.17.)

Certains disent que saint Irénée croyait que Marie n’était pas sans péché, ou du moins avec le péché originel citent cette phrase de lui; « Jésus-Christ seul a été exempt du péché, quoiqu’il ait paru avec la ressemblance du péché. » (Adversus Haereses, livre IV, chapitre 16). Ainsi que le fait que saint Irénée traite la demande que Marie adresse au Christ aux Noces de Cana d’« empressement intempestif que Jésus rejette. » (Adversus Haereses, III, 7)

Et au sujet de Tertullien: « Dieu seul est sans péché, et le Christ est le seul homme qui fut sans péché, parce que le Christ était Dieu. » (De anima, 41).

Voici quelle en est l’explication: que le Christ soit seul sans péché n’est pas incompatible avec l’Immaculée Conception de Notre-Dame. En effet, « être sans péché, peut s’entendre ou d’une innocence de fait fondée sur la grâce ou d’une innocence de droit et de nature, c’est-à-dire d’une impeccabilité essentielle. Cette seconde sorte d’innocence convient à dieu seul et à Jésus-Christ, en tant qu’Homme-Dieu; mais l’autre sorte d’innocence reste possible s’il plaît à Dieu d’accorder ce privilège à une créature. Le fait que les textes objectés, les Pères justifient l’impeccabilité qu’ils réservent à Dieu, sur ce qu’il est Dieu, ou à Jésus-Christ, sur ce qu’Il est l’Homme-Dieu, indique suffisamment qu’ils ont en vue l’innocence de nature ou de droit; autrement, il faudrait conclure que, même parmi les saints anges, nul n’a été ni n’est sans péché, puisque l’ange n’est ni Dieu ni uni hypostatiquement à la divinité du Père. Plazza » (Dictionnaire de théologie catholique des abbés VACANT et MANGENOT, article Immaculée Conception). Donc si Jésus est le seul à ne pas avoir le péché originel par nature, ou par droit, il n’est pas exclu que Marie ne l’ait pas non plus mais quant à Elle par grâce.

Quant à l’intervention de Marie aux Noces de Cana qualifiée par saint Irénée d’empressement intempestif, elle « fut inspirée par un sentiment de charité compatissante. Dans la scène évangélique de la vie publique où Marie intervient, rien ne permet de conjecturer que sa démarche ait eu l’ambition pour mobile, ou qu’elle supposât un manque de foi en la mission de son Fi […] rien  ne prouve qu’il songe à une faute de la part de Marie. » (Ibidem.)

D’autres Pères de l’Église:

Saint Zénon (vers 300-380), évêque de Vérone: « Tu as régénérée Eve en Marie, Tu as renouvelé Adam dans le Christ. » (Tract., II, de spe, fide et cariate).

Saint Ambroise (vers 340-397), évêque de Milan, Père et Docteur de l’Eglise: « La mort par Eve, la vie par Marie. » (Epist. XXII, ad Eustoch.)

De nouvelles références viendront…

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