+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Que signifie « spirituellement, nous sommes des sémites » (Pie XI) ?

Dossier sur les accusations portées contre les Papes dans l’Histoire : ici

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Pie XI déclara un jour « spirituellement, nous sommes des sémites » ! Cette phrase, catastrophiquement mal comprise, cause chez beaucoup de « catholiques » libéraux et modernistes, un amour immodéré du judaïsme moderne ayant refusé Jésus-Christ, allant même jusqu’à dire que nous avons la même foi, et que les juifs n’ont pas besoin de se convertir pour être sauvés. C’est évidemment pure hérésie ! Mais cette phrase cause aussi chez une certaine droite réactionnaire, qu’elle soit néo-païenne (comme la Nouvelle Droite) ou d’autres courants de cette droite ou encore, simplement mal formés sur la signification de cette phrase, l’occasion de critiquer l’Eglise et son enseignement et/ou l’autorité doctrinale des Papes et/ou la personne du Pape Pie XI.

La vérité est que tous comprennent la phrase de la même manière, la différence résidant dans leur réaction : les premiers s’en réjouissent, les seconds la déplorent. Nous leur répondons à tous qu’ils se trompent et que cette phrase signifie exactement le contraire de ce que pensent les uns et les autres ! C’est ce que nous allons ici démontrer. Voici le plan de notre étude :

I) Texte du discours de Pie XI

II) Signification de cette phrase expliquée par les actes de Pie XI

A) Le contexte des lois anti-juives en Allemagne et en Italie

B) Des lois contraires à la foi catholique

1) Condamnation du racisme par Pie XI

2) L’antisémitisme est incompatible avec la descendance spirituelle d’Abraham et à la charité chrétienne

C) Une condamnation de l’antisémitisme et non de l’antijudaïsme

1) Différence entre antijudaïsme et antisémitisme

A) Une distinction fondée dans la Bible

B) Une distinction affirmée par Pie XI

C) Une distinction déjà exprimée au Moyen-Âge

2) Un discours antijudaïque en filigrane

D) Pie XI entre antijudaïsme et amour des Juifs

1) La suppression de l’Opus sacerdotale Amici Israel/Association des « Amis d’Israël »

a) Texte du décret de suppression – Rappel de l’aveuglement volontaire du peuple juif – Condamnation de l’antisémitisme

b) Une association supprimée pour son sionisme condamné par les Papes saint Pie X et Benoît XV

c) Une volonté indue de modification de la prière du Vendredi Saint pour la conversion des juifs

d) Une volonté de judaïser l’Eglise

2) L’encyclique Mit brennender Sorge du 14 mars 1937

3) Projet d’encyclique Humani generis unitas

I) Texte du discours de Pie XI

Avant toute chose, mettons au clair ce que dit Pie XI, tout ce qu’a dit Pie XI et rien que ce qu’a dit Pie XI ! Voici le fac simile d’une publication d’époque (cliquer pour agrandir) :

II) Signification de cette phrase expliquée par les actes de Pie XI

A) Le contexte des lois anti-juives en Allemagne et en Italie

Pie XI dit au sujet de cette prière où il est question d’Abraham :

« On y trouve de grandes lumières, même sur les événement actuels. »

Il tient ces propos à une époque où l’Allemagne et l’Italie ont édicté ou édicte des lois antisémites. Ce furent d’abord les lois raciales, dites Lois de Nuremberg de 1935 en Allemagne, puis les Leggi razziali, (lois raciales) dans l’Italie fasciste. La première ayant été promulguée la veille de ce discours de Pie XI (loi du 5 septembre 1938), et les autres allant suivre de près, toutes étant préparées de longue date, à grand renfort de propagande.

Ces lois antisémites étaient contraires à l’héritage d’Abraham, à la charité chrétienne ainsi qu’à la vision catholique de la race.

B) Des lois contraires à la foi catholique

1) Condamnation du racisme par Pie XI

Dans son encyclique Rerum Ecclesiae du 28 février 1926, sur le développement des Missions, Pie XI enseigne :

« C’est une erreur de considérer les indigènes comme des hommes d’une race inférieure et des êtres d’un esprit borné. Une longue expérience nous enseigne, à l’opposé, que les peuples du lointain Orient ou de l’hémisphère austral ne le cèdent pas toujours aux habitants de nos pays ; qu’ils peuvent même rivaliser avec eux en fait d’acuité intellectuelle ; que, si l’on rencontre chez les hommes vivant en pleine barbarie une extrême lenteur d’intelligence, la chose est pour ainsi dire inévitable, puisqu’ils restreignent l’usage de leur intelligence aux exigences, du reste minimes, de leur vie quotidienne.

Si vous pouvez en témoigner, Vénérables Frères, Fils bien-aimés, Nous aussi pouvons l’affirmer ; car Nous avons, presque sous Nos yeux, les nombreux indigènes auxquels, dans les Collèges de la Ville Eternelle, on enseigne les sciences les plus variées ; or, non seulement ils se montrent les égaux des autres élèves par la vivacité de leur esprit et leurs succès scolaires, mais souvent ils les dépassent et l’emportent sur eux.

Pour une autre raison, vous ne devez pas tolérer que les prêtres indigènes soient maintenus dans une situation en quelque sorte subalterne et réservés aux plus humbles ministères ; ils possèdent, en effet, le même sacerdoce que vos missionnaires et participent à un apostolat absolument identique ; en pensant à eux, songez bien plutôt qu’ils doivent être un jour à la tête des Eglises fondées au prix de votre sueur et de vos travaux et des communautés catholiques de l’avenir. Ainsi donc, qu’il n’y ait aucune différence entre les missionnaires européens et les missionnaires indigènes ; qu’aucune barrière ne les sépare ; mais qu’ils soient tous unis par les liens mutuels du respect et de la charité.

Comme Nous l’avons noté plus haut, il est nécessaire, pour l’établissement de l’Eglise au milieu de vos populations, de recourir à tous les éléments qui selon les desseins de Dieu la constituent. Par suite, vous devez compter au nombre de vos plus importants devoirs celui d’instituer des Congrégations religieuses indigènes de l’un et de l’autre sexes. Car, parmi les nouveaux disciples du Christ, il en est qu’un souffle supérieur a touchés et que Dieu pousse vers des cimes plus hautes : pourquoi ne pourraient-ils pas faire profession de pratiquer les conseils évangéliques ? » (Encyclique Rerum Ecclesiae, sur le développement des Missions, 28 mars 1926 ; in Actes de S. S. Pie XI, Tome III, Année 1925 et 1926, Bonne Presse, Paris 1932, pages 164-166)

Et dans son encyclique Mit brennender Sorge du 14 mars 1937 sur l’Eglise dans le Reich Allemand, Pie XI condamne la divinisation de la race et de la nation :

« Prenez garde, Vénérables Frères, qu’avant toute autre chose la foi en Dieu, premier et irremplaçable fondement de toute religion, soit conservée en Allemagne, pure et sans falsification. Ne croit pas en Dieu celui qui se contente de faire usage du mot Dieu dans ses discours, mais celui-là seulement qui à ce mot sacré unit le vrai et digne concept de la Divinité.

Quiconque identifie, dans une confusion panthéistique, Dieu et l’univers, abaissant Dieu aux dimensions du monde ou élevant le monde à celles de Dieu, n’est pas de ceux qui croient en Dieu. […]

Quiconque prend la race, ou le peuple, ou l’État, ou la forme de l’État, ou les dépositaires du pouvoir, ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine – toutes choses qui tiennent dans l’ordre terrestre une place nécessaire et honorable,- quiconque prend ces notions pour les retirer de cette échelle de valeurs, même religieuses, et les divinise par un culte idolâtrique, celui-là renverse et fausse l’ordre des choses créé et ordonné par Dieu : celui-là est loin de la vraie foi en Dieu et d’une conception de la vie répondant à cette foi. […]

Notre Dieu est le Dieu personnel, surnaturel, tout-puissant, infiniment parfait, unique dans la Trinité des Personnes, et tripersonnel dans l’unité de l’Essence divine, le Créateur de tout ce qui existe, le Seigneur et Roi et l’ultime consommateur de l’histoire du monde, qui n’admet ni ne peut admettre à côté de lui aucun autre dieu.

Ce Dieu a, en Souverain Maître, donné ses commandements.

Ils valent indépendamment du temps et de l’espace, du pays et de la race. De même que le soleil de Dieu luit sur tout visage humain, de même sa loi ne connaît ni privilège ni exception. Gouvernants et gouvernés, couronnes et non couronnés, grands et humbles, riches et pauvres sont également soumis à sa parole. De la totalité de ses droits de Créateur découle naturellement la totalité de Son droit à être obéi par les individus et par les communautés de toute espèce. […]

Seuls des esprits superficiels peuvent tomber dans l’erreur qui consiste à parler d’un Dieu national, d’une religion nationale ; seuls ils peuvent entreprendre la vaine tentative d’emprisonner Dieu, le Créateur de l’univers, le Roi et le Législateur de tous les peuples, devant la grandeur duquel les Nations sont « comme une goutte d’eau suspendue à un seau » (Is., XL, 15) dans les frontières d’un seul peuple, dans l’étroitesse de la communauté de sang d’une seule race. […]

Le point culminant de la Révélation atteint dans l’Évangile de Jésus-Christ est définitif, il oblige pour toujours. Cette Révélation ne connaît pas de complément apporté de main d’homme, elle n’admet pas davantage d’être évincée et remplacée par d’arbitraires « révélations » que certains porte-parole du temps présent prétendent faire dériver de ce qu’ils appellent le Mythe du Sang et de la Race. »

Ainsi, le racisme, intrinsèquement mauvais car il consiste à haïr pour lui-même quelque chose qui a été créé par Dieu, est inadmissible d’une manière générale parce qu’il est contraire à la charité chrétienne. Mais il l’est encore plus lorsque ce racisme est dirigé contre les membres du peuple jadis élu de Dieu, car il attaque alors le christianisme dans sa chair !

2) L’antisémitisme est incompatible avec la descendance spirituelle d’Abraham et à la charité chrétienne

Voici le suite de ce que dit Pie XI :

« Texte grandiose. Chaque fois que Nous le lisons, Nous sommes saisis par une émotion irrésistible.

« Sacrifice Patriarchae Nostri Abrahae« 

Remarquez qu’Abraham est appelé notre Patriarche, notre Ancêtre.

L’antisémitisme n’est pas compatible avec la pensée et la réalité sublimes qui sont exprimées dans ce texte. C’est un mouvement antipathique, un mouvement auquel nous ne pouvons, nous chrétiens, avoir aucune part. »

Ici, le Pape ne parvient plus contenir son émotion. Il ne voulait pas se laisser gagner par cette émotion. Mais il n y put réussir. Et c’est en pleurant qu’il cita les passages de saint Paul mettant en lumière notre descendance spirituelle d’Abraham :

« La promesse a été faite à Abraham et à sa descendance. Le texte ne dit pas, remarque saint Paul, in seminibus tamquam in pluribus, sed in semine, tamquam in uno, quod est Christus. La promesse se réalise dans le Christ et par le Christ en qui nous sommes les membres de son Corps mystique. Par le Christ et dans le Christ, nous sommes de la descendance spirituelle d’Abraham.

Non, il n’est pas possible aux chrétiens de participer à l’antisémitisme. Nous reconnaissons à quiconque le droit de se défendre, de prendre les moyens de se protéger contre tout ce qui menace ses intérêts légitimes. Mais l’antisémitisme est inadmissible. Nous sommes spirituellement des sémites. »

Une première chose frappe : nulle part, il n’y est fait mention de la qualité des juifs ou supposés tels d’aujourd’hui, le Saint-Père parle de la tradition abrahamique, dont en tant que chrétiens, nous sommes les héritiers. La promesse s’étant réalisée « dans le Christ et par le Christ ». Nous sommes fort éloignés des éloges supposées faites aux talmudiques !

La conclusion est simple : l’antisémitisme, c’est-à-dire la haine des juifs, la haine de la race juive en tant que telle, l’idée que les juifs sont intrinsèquement mauvais, a pour conséquence de considérer de haïr les descendants d’Abraham, c’est-à-dire le peuple juif par lequel nous sont venus les instruments du Salut, préparant la venue du Messie : ses prophètes etses Saintes Ecritures. C’est d’ailleurs cela et rien d’autre qui fit dire à Jésus :

« le salut vient des Juifs » (Jean IV, 22)

Il s’agit du Salut par excellence, le salut messianique. Cf. Luc I, 77 ; Actes IV, 12 ; Romains XI, 11. Par cette parole, Jésus met en relief les prérogatives de son peuple. Elles ont deux formes distinctes : d’abord, en tant que les Juifs avaient seuls le dépôt complet de la révélation et qu’ils ont formé, durant toute leur histoire, comme une chaîne par laquelle a été transmis le salut promis jadis à Abraham (Genèse XII, 1 et suivants) ; puis en tant que le Sauveur lui-même devait être un Israélite selon la chair (Isaïe II, 1-3 ; Romains III, 1-2 ; IX, 4-6, etc). Et c’est donc par le peuple juif que devait nous être révélée la Trinité, aboutissement de la connaissance humaine de la vraie notion de Dieu, par Jésus-Christ. Rappelons comment Pie XI définissait Dieu :

« Notre Dieu est le Dieu personnel, surnaturel, tout-puissant, infiniment parfait, unique dans la Trinité des Personnes, et tripersonnel dans l’unité de l’Essence divine, le Créateur de tout ce qui existe, le Seigneur et Roi et l’ultime consommateur de l’histoire du monde, qui n’admet ni ne peut admettre à côté de lui aucun autre dieu. » (Encyclique Mit brennender Sorge du 14 mars 1937 sur l’Eglise dans le Reich Allemand)

Et c’est au sujet de cette seule vraie notion de Dieu que Pie XI fait cette mise en garde aux Evêques allemands :

« Prenez garde, Vénérables Frères, qu’avant toute autre chose la foi en Dieu, premier et irremplaçable fondement de toute religion, soit conservée en Allemagne, pure et sans falsification. Ne croit pas en Dieu celui qui se contente de faire usage du mot Dieu dans ses discours, mais celui-là seulement qui à ce mot sacré unit le vrai et digne concept de la Divinité. » (Encyclique Mit brennender Sorge du 14 mars 1937 sur l’Eglise dans le Reich Allemand)

Vrai et digne concept de la Divinité, conservé par le peuple juif, et opposé à la conception païenne germanique de la divinité :

« Quiconque, suivant une prétendue conception des anciens Germains d’avant le Christ, met le sombre et impersonnel Destin à la place du Dieu personnel, nie par le fait la Sagesse et la Providence de Dieu, qui « fortement et suavement agit d’une extrémité du monde à l’autre » (Sagesse, VIII, 1) et conduit toutes choses à une bonne fin : celui-là ne peut pas prétendre à être mis au nombre de ceux qui croient en Dieu. » (Encyclique Mit brennender Sorge du 14 mars 1937 sur l’Eglise dans le Reich Allemand)

Ainsi, dans la pensée des antisémites, le monothéisme que Dieu a préservé miraculeusement dans le seul peuple juif en attendant le Messie, et le christianisme qui est l’accomplissement des prophéties confiées au peuple juif, se trouvent par là même condamnés. Raison pour laquelle, dans un autre document célèbre sur lequel nous reviendront plus bas, Pie XI affirme :

« il [le Saint-Siège] réprouve toutes les haines et les animosités entre les peuples, il condamne au plus haut point la haine contre le peuple autrefois choisi par Dieu, cette haine qu’aujourd’hui l’on a coutume de désigner communément par le mot d’« antisémitisme ». » (Décret de suppression de l’Association des « Amis d’Israël », 25 mars 1928 ; in Actes de S. S. Pie XI, Tome IV, Années 1927 et 1928, Bonne Presse, Paris 1932, page 201)

C) Une condamnation de l’antisémitisme et non de l’antijudaïsme

1) Différence entre antijudaïsme et antisémitisme

A) Une distinction fondée dans la Bible

Il y a une grande différence entre antisémitisme et antijudaïsme. L’antisémitisme, nous l’avons dit, c’est la haine des juifs en tant que personnes, pour le motif de ce qu’ils sont ethniquement. L’antijudaïsme est un rejet de la religion, non pas réellement juive, mais de la religion pharisiano-talmudique qui est la religion actuelle des Hébreux ayant refusé de reconnaître Jésus-Christ comme leur Messie, et ont ainsi apostasié leurs prophètes et usurpé le nom de « juifs » ! C’est d’eux qu’il est écrit :

« Voici que je te donne quelques-uns de la synagogue de Satan, qui se disent Juifs, et ne le sont point, mais ils mentent » (Apocalypse III, 9)

Aussi, être antijuif ne signifie pas être antisémite. Au contraire ! Pour un chrétien, il n’est pas possible de plus aimer les Hébreux qu’en étant antijuif ! En effet, pour un chrétien, être antijuif, c’est souhaiter que les Hébreux se convertissent à la vraie foi et reconnaissent Jésus-Christ comme le Messie prophétisé par leurs propres prophètes ! Être antijuif pour un chrétien, signifie vouloir que les Hébreux soient sauvés, qu’ils fassent partie du nombre des élus ! Il y a même des Hébreux devenus chrétiens qui ont été les plus grands antijuifs que l’Eglise n’ait jamais connu, le plus célèbre d’entre eux est saint Paul ! Et un jour, nous en avons la garantie car l’Ecriture Sainte nous le prophétise (Zacharie XII, 10 ; II Machabées II, 4-8 ; Romains XI, 25-26), les Hébreux reconnaîtront Jésus-Christ, et alors ce sera une explosion de joie pour l’Eglise de voir enfin les premiers fils de l’Alliance se joindre au troupeau de l’unique berger qu’est Jésus-Christ !

B) Une distinction affirmée par Pie XI

En juin 1938, quelques mois avant son fameux discours dont nous parlons ici, à une période où plusieurs régimes politiques en Europe avaient pris, comme nous l’avons dit, des dispositions à l’encontre les juifs, Pie XI commanda à trois jésuites, un français, un allemand et un américain, la rédaction d’une encyclique destinée à dénoncer le racisme et l’antisémitisme. Elle devait s’intituler Humani generis unitas. Elle ne doit pas être confondue avec l’encyclique Humani generis, publiée le 12 août 1950 par Pie XII et qui n’a rien à voir. Cette encyclique ne sera jamais publiée, nous y reviendrons plus bas. Mais comme nous le verrons également plus bas, cette encyclique emprunte parfois mot pour mot des propos de Pie XI. C’est donc bel et bien la pensée de Pie XI qui est exprimée dans ce projet d’encyclique, et donc dans ces mots qui en sont issus :

« La prétendue question juive, dans son essence, n’est une question ni de race, ni de nation, ni de nationalité territoriale, ni de droit de cité dans l’Etat. C’est une question de religion et, depuis la venue du Christ, une question de christianisme. »

On le voit : la « question juive », qui englobe bien évidemment l’antisémitisme, n’a pas pour axe une race mais une religion, et cette religion est le christianisme car je judaïsme de l’Ancienne Alliance n’existe plus. Aussi on ne saurait trouver chez Pie XI une quelconque allégeance au peuple juif ou à la religion talmudique ! Au contraire, ce qui rend l’antisémitisme d’autant plus grave est qu’il est une insulte dans la chair à la religion chrétienne. La conclusion est double : d’une part sans cela l’antisémitisme ne serait qu’un racisme comme un autre, contre lequel Pie XI ne s’insurgerait ni plus ni moins que contre n’importe quel autre. C’est pour cela, comme nous le disions plus haut, que Pie XI enseigna par ailleurs :

« il [le Saint-Siège] réprouve toutes les haines et les animosités entre les peuples, il condamne au plus haut point la haine contre le peuple autrefois choisi par Dieu, cette haine qu’aujourd’hui l’on a coutume de désigner communément par le mot d’« antisémitisme ». » (Décret de suppression de l’Association des « Amis d’Israël », 25 mars 1928 ; in Actes de S. S. Pie XI, Tome IV, Année 1927 et 1928, Bonne Presse, Paris 1932, page 201)

Et d’autre part la religion affectée réellement par l’antisémitisme est aujourd’hui le christianisme et non le talmudisme apostat, contre lequel Pie XI tiendra des propos extrêmement durs dans la suite de cette encyclique, comme nous le verrons plus bas.

C) Une distinction déjà exprimée au Moyen-Âge

Cette distinction radicale entre les juifs et le judaïsme, avec amour des premiers et détestation du second, n’est d’ailleurs pas apparu avec Pie XI ! Laissons la parole à Clément VI, Pape au XIV siècle, s’exprimant sur le sujet, et faisant rappel de ce qu’avaient dit prédécesseurs :

« Bien que nous puissions, à juste titre, détester la perfidie des juifs (qui, persévérant dans leur entêtement, ne se soucient pas de comprendre les paroles des prophètes et les secrets de leurs écrits et de rejoindre la nouvelle foi chrétienne et le Salut) mais – étant conscient que notre Sauveur a jugé digne de choisir la lignée juive dans laquelle, pour le salut de la race humaine, il a pris une chair mortelle – pour cette raison, il est normal que nous chérissons ces mêmes juifs pour cause de l’humanité. Comme ils demandent l’aide de notre protection et la clémence de la piété chrétienne, nous, en suivant les traces de Calixte, Eugène, Alexandre, Clément, Célestin, Innocent, Grégoire, Nicolas, Honorius et Nicolas III, Pontifes des Romains et nos prédécesseurs d’heureuse mémoire, nous leur accordons le bouclier de notre protection, ordonnant, entre autre, qu’aucun chrétien ne puisse en aucune façon blesser ou tuer quelqu’un de ces mêmes juifs sans recevoir le jugement du seigneur ou d’un fonctionnaire de la terre ou de la région dans laquelle ils vivent, ils ne devaient pas prendre leur argent ou exiger d’eux le service obligatoire, sauf pour les choses qui, dans les temps anciens, ils étaient habitués à faire ; et que, si quelqu’un, bien que connaissant la teneur d’un tel décret, tente d’agir contre lui, il met en danger son titre et son office, ou bien il doit être frappé par une condamnation définitive d’excommunication, à moins qu’il prenne soin de corriger sa présomption par une digne satisfaction, comme cela est contenu dans ces mêmes lettres. » (Bulle Quamvis perfidiam Iudeorum, 26 septembre 1348)

2) Un discours antijudaïque en filigrane

Mais allons plus loin : le dernier paragraphe contient une phrase qui rompt avec l’ensemble du texte :

« Nous reconnaissons à quiconque le droit de se défendre, de prendre les moyens de se protéger contre tout ce qui menace ses intérêts légitimes. Mais l’antisémitisme est inadmissible. Nous sommes spirituellement des sémites. »

La conjonction « Mais » indique une nuance, une différence, en lien avec la phrase précédente. Qu’est-ce à dire, si ce n’est que le Saint-Père parvient à légitimer l’opposition à l’influence judaïque dans un discours contre l’antisémitisme ?

Et de fait, Pie XI manifesta son antijudaïsme a plus d’une reprise !

D) Pie XI entre antijudaïsme et amour des Juifs

1) La suppression de l’Opus sacerdotale Amici Israel/Association des « Amis d’Israël »

Pie XI, lors du discours dont nous parlons ici, s’était déjà exprimé à une occasion célèbre, tout à la fois contre l’antisémitisme et pour l’antijudaïsme. Il le fit en 1928 lors de la suppression de l’Association des « Amis d’Israël ».

a) Texte du décret de suppression – Rappel de l’aveuglement volontaire du peuple juif – Condamnation de l’antisémitisme

Dans le décret, préparé par le Saint-Office, il était écrit :

« L’Eglise catholique, en effet, a toujours eu coutume de prier pour le peuple juif, qui fut le dépositaire des promesses divines jusqu’à Jésus-Christ, malgré l’aveuglement continuel de ce peuple, bien plus à cause même de cet aveuglement. Avec quelle charité le Siège Apostolique n’a-t-il pas protégé le même peuple contre les vexations injustes ! Parce qu’il réprouve toutes les haines et les animosités entre les peuples, il condamne au plus haut point la haine contre le peuple autrefois choisi par Dieu, cette haine qu’aujourd’hui l’on a coutume de désigner communément par le mot d’« antisémitisme ». » (Décret de suppression de l’Association des « Amis d’Israël », 25 mars 1928 ; in Actes de S. S. Pie XI, Tome IV, Année 1927 et 1928, Bonne Presse, Paris 1932, pp. 200-201)

Et telle fut l’approbation du Pape :

« en l’audience accordée à l’assesseur du Saint-Office, le Très Saint-Père Pie XI, Pape par la divine Providence, a approuvé la décision des Très Eminents Pères et en a ordonné la publication. » (Décret de suppression de l’Association des « Amis d’Israël », 25 mars 1928 ; in Actes de S. S. Pie XI, Tome IV, Année 1927 et 1928, Bonne Presse, Paris 1932, page 201)

Nous y voyons une condamnation ferme de l’antisémitisme racial, mais une approbation de l’antijudaïsme religieux ! Etant précisé que le Christ fut rejeté en raison de « l’aveuglement continuel de ce peuple » et que les juifs sont le peuple « autrefois choisi par Dieu ». Pie XI ne laisse pas de rappeler la protection que les Papes apportèrent dans l’histoire, spécialement au Moyen-Âge, aux juifs des attaques injustes dont ils étaient victimes. Or personne n’ira dire que ces Papes étaient judéophiles !

L’Association des « Amis d’Israël » avait deux revendication principales : que l’Eglise devienne sioniste (a savoir qu’elle soutienne l’institution d’un foyer national juif en Palestine) et qu’elle change sa prière du Vendredi Saint pour la conversion des juifs, afin qu’il n’y soit plus question de juifs « perfides ».

b) Une association supprimée pour son sionisme condamné par les Papes saint Pie X et Benoît XV

Mais d’une part le sionisme avait déjà été condamné par les deux Papes précédents. En effet, le Pape saint Pie X reçut un jour Théodore HERZL, père fondateur de l’idéologie sioniste, qui venait lui demander son soutien, et lui répondit :

« Nous ne pourrons pas empêcher les Juifs d’aller à Jérusalem, mais nous ne pourrons jamais les y encourager. Le sol de Jérusalem n’a pas toujours été sacré, mais il a été sanctifié par la vie de Jésus. Les Juifs n’ont pas reconnu Notre Seigneur et nous ne pourrons donc pas reconnaître le peuple juif. Non possumus. » (Saint Pie X, 25 janvier 1904, Cité du Vatican ; propos rapportés par Théodore HERZ, Journal 1895-1904 in Marvin LOWENTHAL, The diaries of Theodor Herzl, New York, The Dial Press, 1956, entretien complet : pp. 426-428).

Plus tard, suite à la déclaration Balfour, de 1917, appelant l’Etat britannique à soutenir le sionisme, le Pape Benoît XV souligna de façon extrêmement explicite :

« Les Juifs n’ont aucun droit de souveraineté sur la terre sainte. » (Note en marge de la déclaration Balfour de 1917)

De même, dans une allocution du Consistoire le 10 mars 1919, Benoît XV exprima clairement son anxiété au sujet du plan qui devait créer en Palestine une situation privilégiée en faveur des juifs et « livrer » les monuments chrétiens à des non chrétiens :

« Mais ce sont avant tout les Lieux Saints de Palestine qui Nous préoccupent, en raison de la dignité spéciale qui les rend si vénérables à tout cœur chrétien. Tout le long des siècles, Nos prédécesseurs et les chrétiens d’Occident ont tenté d’arracher les Saints Lieux au joug des infidèles, on sait au prix de quels efforts multipliés et persévérants, par quelle rançon de souffrances et de sang ! Aujourd’hui que les enthousiastes applaudissements de tous les fidèles viennent de saluer le retour de ces sanctuaires aux mains chrétiennes, Nous Nous demandons avec la plus vive anxiété quelle décision va prendre à leur égard dans quelques jours la Conférence de la paix qui siège à Paris. Ce serait, assurément, Nous porter à Nous-même et à tous les fidèles un coup bien cruel, que de créer une situation privilégiée aux infidèles en Palestine, et Notre douleur serait plus vive encore si ceux à gui on y livrera les augustes monuments delà religion chrétienne n’étaient pas chrétiens.

Nous savons, en outre, que des étrangers non catholiques, munis de ressources abondantes, exploitent les misères et ruines sans nombre accumulées en Palestine par la guerre pour y propager leurs propres doctrines. Or, il est absolument inadmissible que tant d’âmes perdent la foi catholique et courent à la perdition là môme où Notre-Seigneur Jésus-Christ leur a, par l’effusion de son sang, acquis la vie éternelle. Exposés à un si grave danger, ces fils bien-aimés tendent vers Nous des mains suppliantes ; ils sollicitent bien des vivres et les vêtements indispensables, mais ils nous conjurent aussi de leur obtenir le rétablissement des missions, la reconstruction des églises, la réouverture des écoles. Pour Notre part, conscient des devoirs de Notre charge, Nous leur avons envoyé une certaine somme d’argent ; seule la détresse du Saint-Siège a pu Nous-empêcher, à Notre vif chagrin, de l’aire un don plus important. Et Nous Nous proposons de demander des maintenant à tous les évêques du monde catholique de prendre à coeur une si noble cause et de réveiller, chacun chez ses ouailles, l’élan de traditionnelle charité envers les Orientaux » (Allocution Consistoriale, 10 mars 1919, Actes de Benoît XV, Maison de la Bonne Presse, Tome 2 : 1918 – Septembre 1920,  pages 17 et 18)

Le 13 juin 1921, revenant sur ces mots, il s’alarmait de la situation en Terre Sainte, en particulier voir  les « Israélites en Palestine » obtenir « la prépondérance et un statut privilégié » :

« Vous vous rappelez sans nul doute l’angoisse avec laquelle, dans le discours que Nous prononcions devant vous en cette enceinte lu 10 mars 1919, Nous Nous demandions quelle situation créerait la guerre en Palestine, en ce pays si cher à Notre cœur comme à tout cœur chrétien, que le divin Rédempteur des hommes lui-même a consacré en le choisissant pour cadre de sa vie mortelle. Or, bien loin de s’être allégée, cette préoccupation est pour Nous un fardeau de jour en jour plus pesant. La plainte que nous arrachait l’œuvre néfaste accomplie en Palestine par des sectes acatholiques étrangères qui s’affirment chrétiennes, Nous sommes contraint de la renouveler en ce moment, au spectacle de l’ardeur chaque jour plus acharnée qu’apportent à poursuivre leur entreprise ces sectes pourvues de ressources abondantes et habiles à exploiter la misère affreuse où la Grande Guerre a réduit la population.

Nous n’avons pas cessé, et Nous continuerons dans la mesure de nos moyens, de secourir la profonde détresse de la Palestine, en patronnant diverses organisations charitables et en en créant de nouvelles. Mais Nous ne saurions apporter à ses habitants un secours qui soit à la mesure de leurs besoins, vu surtout la nécessité de distribuer aux malheureux qui, de toutes parts, font appel à la bonté du Siège apostolique les ressources mises à Notre disposition par la Providence divine. Aussi avons-Nous l’immense douleur de voir insensiblement se perdre des âmes que nous chérissons et au salut desquelles de si nombreux apôtres, en particulier les fils du Patriarche d’Assise, ont travaillé avec tant de persévérance et d’activité.

Quand les troupes alliées eurent une fois de plus remis les Saints Lieux au pouvoir des chrétiens, Nous partageâmes de tout cœur l’allégresse générale des fidèles ; mais cette joie était impuissante à dissiper la crainte, manifestée alors dans Notre allocution consistoriale, de voir un succès éclatant et heureux en soi aboutir à assurer désormais aux Israélites en Palestine la prépondérance et un statut privilégié. Cette crainte, les événements l’ont prouvé, n’était pas vaine. Il est en effet manifeste que, loin de s’améliorer ; la situation des chrétiens en Terre Sainte est devenue plus difficile encore que jadis, à raison de nouvelles lois et institutions politiques qui — non par la volonté de leurs auteurs, mais en fait, incontestablement — tendent, en faveur des Israélites, à enlever au christianisme la position qu’il y a toujours occupée jusqu’ici. C’est ce but que poursuivent bien des personnes par leurs efforts intenses en vue de dépouiller les Lieux Saints de leur caractère sacré et de les transformer en lieux de plaisir en y important les attractions des fêtes mondaines et tous les appâts de la sensualité, frivolités qui, déplorables partout ailleurs, sont encore plus déplacées en une région parsemée des plus vénérables monuments religieux.

Le sort de la Palestine n’étant pas encore définitivement réglé, Nous déclarons dès aujourd’hui que, quand le moment viendra d’en décider, Notre volonté et que soient sauvegardés en leur intégralité les droits de l’Eglise catholique et de tous les chrétiens. Pour ce qui est des droits des Israélites, Nous ne souhaitons certes pas qu’on y porte la moindre atteinte, mais Nous soutenons qu’ils ne doivent en rien prévaloir sur les droits imprescriptibles des chrétiens. A cet égard, Nous demandons avec instance à tous les gouvernements des nations chrétiennes, même des nations acatholiques, d’intervenir énergiquement auprès de la Société des Nations, chargée, dit-on, d’examiner le mandat britannique sur la Palestine, afin que ces droits ne soient point méconnus. » (Allocution Consistoriale, 13 juin 1921, Actes de Benoît XV, Maison de la Bonne Presse, Tome 3 : Octobre 1920 – 1921,  pages 83 à 86)

c) Une volonté indue de modification de la prière du Vendredi Saint pour la conversion des juifs

D’autre part, la prière pour les juifs « perfides » (qui, soit dit en passant n’a rien de méprisant car ici l’adjectif perfides a son sens strict, celui d’infidèles, car les juifs furent infidèles à l’Alliance en refusant leur Messie) avait fait l’objet d’une demande de révision le 2 janvier 1928 par Benedetto GARIADOR, président de l’association des Amis d’Israël, et Anton Van ASSELDONK, qui présentent une requête à l’Église afin qu’elle modifie la prière du Vendredi saint pour les Juifs. Ils demandèrent la suppression de l’adjectif perfidis dont on qualifiait les Juifs (Oremus et pro perfidis Judaeis), ainsi que le rétablissement de la génuflexion pendant cette prière (durant l’office liturgique du Vendredi Saint, il y a différentes oraisons pour différentes intentions, lors de chacune d’elles il y a une génuflexion, mais pas dans celle pour les juifs car ces derniers ne se sont pas agenouillés devant le Christ). Pie XI transmit à la Congrégation des rites la demande de réforme. La congrégation des Rites émit un avis positif, et demanda l’aval du Saint-Office. La Curie, cependant, eut une réaction très négative, qui culmina dans un Votum très dur du secrétaire du Saint-Office, le cardinal MERRY del VAL, lui-même membre des Amici Israel. Il s’agissait, en effet, d’une prière ancienne, « consacrée par les siècles ». Et Pie XI donna raison au Saint-Office, ce qu’il n’était pas obligé de faire, car en tant que Pape il était souverain (le Saint-Office n’ayant d’ailleurs qu’un pouvoir délégué appartenant en propre au Pape), et ce qu’il s’était déjà abstenu de faire lors de la canonisation de saint Thomas More, contre laquelle le Saint-Office avait rendu un avis négatif (car la vie de ce personnage fut hétérodoxe, mais il mourut en vrai martyre).

d) Une volonté de judaïser l’Eglise

De plus, exaltant de façon outrancière l’éminence du peuple juif, son immense valeur, sa grandeur devant laquelle devait s’incliner tous les chrétiens, allant même jusqu’à intégrer dans la liturgie de l’autel des symboles judaïques comme la ménorah, c’est-à-dire le chandelier à sept branches devenu le signe même de la religion juive actuelle, chandelier évoquant celui qui figurait dans le Temple de Jérusalem. Cette déviance, le Vatican ne pouvait la tolérer, car elle conduisait à une choquante « hébraïsation de l’Église » destinée, selon les animateurs de l’Opus sacerdotale, à hâter la conversion du peuple juif.

Aussi, le décret de suppression dit au sujet de ces revendications que :

« cette Association des « Amis d’Israël » a adopté ensuite une manière d’agir et de penser contraire au sens et à l’esprit de l’Eglise, à la pensée des Saints Pères et à la Liturgie, les Eminentissimes Pères, après avoir recueilli le vote des consulteurs de l’assemblée plénière du 21 mars 1928, ont décrété que l’Association des « Amis d’Israël » devait être supprimée. Ils l’ont déclaré abolie de fait et ont prescrit que nul, à l’avenir, ne se permette d’écrire ou d’éditer des livres ou des opuscules de nature a favoriser de quelque façon que ce soit pareilles initiatives erronées. » (Décret de suppression de l’Association des « Amis d’Israël », 25 mars 1928 ; in Actes de S. S. Pie XI, Tome IV, Année 1927 et 1928, Bonne Presse, Paris 1932, page 201)

Rappelons que c’est à cette déclaration aussi que :

« en l’audience accordée à l’assesseur du Saint-Office, le Très Saint-Père Pie XI, Pape par la divine Providence, a approuvé la décision des Très Eminents Pères et en a ordonné la publication. »

2) L’encyclique Mit brennender Sorge du 14 mars 1937

Cette encyclique que nous avons déjà citée a pour objet la situation de l’Eglise dans le Reich Allemand. Ce document ne dit rien de la « question juive », mais il n’est nullement besoin de cela pour que nous sachions que Pie XI combattait l’antisémitisme, et donc qu’il était moralement opposé aux lois raciales du Reich !

Aussi, cette encyclique est très élogieuse envers l’Ancien Testament, et donc vis-à-vis de ce qu’a légué le peuple d’Israël à l’Eglise :

« En Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, est apparue la plénitude de la Révélation divine.  » En beaucoup de manières et à diverses reprises Dieu a parlé à nos pères par les prophètes. Quand les temps furent accomplis, Il nous a parlé par son Fils  » (Hebr., I, 1 sq.). Les livres sacrés de l’Ancien Testament sont entièrement Parole de Dieu et forment une partie substantielle de Sa Révélation. En harmonie avec le développement graduel de la Révélation plane sur eux une lumière encore voilée, celle des temps qui ont préparé le plein jour de la Rédemption. Comme il ne saurait en être autrement dans des livres historiques et didactiques, ils reflètent, dans plus d’un détail, l’humaine imperfection, la faiblesse et le péché. À côté d’innombrables traits de grandeur et de noblesse, ils nous décrivent aussi le peuple choisi, porteur de la Révélation et de la Promesse, s’égarant sans cesse loin de son Dieu pour se tourner vers le monde. Pour les yeux qui ne sont pas aveuglés par le préjugé ou par la passion resplendit cependant d’autant plus lumineusement, dans cette humaine prévarication, telle que l’histoire biblique nous la rapporte, la lumière divine du plan sauveur qui triomphe finalement de toutes les fautes et de tous les péchés. C’est précisément sur ce fond souvent obscur que ressort dans de plus frappantes perspectives la pédagogie de salut de l’Éternel, tour à tour avertissant, admonestant, frappant, relevant et béatifiant ses élus. Seuls l’aveuglement et l’orgueil peuvent fermer les yeux devant les trésors d’enseignement sauveur que recèle l’Ancien Testament.

Qui veut voir bannies de l’Église et de l’école l’histoire biblique et la sagesse des doctrines de l’Ancien Testament blasphème le Nom de Dieu, blasphème le plan de salut du Tout-Puissant, érige une pensée humaine étroite et limitée en juge des desseins divins sur l’histoire du monde. Il renie la foi au Christ véritable, tel qu’il est apparu dans la chair, au Christ qui a reçu son humaine nature d’un peuple qui devait le crucifier. Il demeure sans rien y comprendre devant le drame universel du Fils de Dieu, qui opposait au sacrilège de ses bourreaux la divine action sacerdotale de sa mort rédemptrice, donnant ainsi, dans la nouvelle alliance, son accomplissement, son terme et son couronnement à l’ancienne. » (n°21 ; nous indiquons la numérotation du texte original en allemand, qui n’est pas toujours suivie par le découpage des paragraphes dans l’édition française)

Mais qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit nullement d’une concession faite à la religion pharisiano-talmudique ! En effet, comme nous l’avons vu avec tout ce qui précède, et comme nous le verrons encore, Pie XI ne faisait aucun cadeau à cette usurpation du vrai judaïsme de l’Ancienne Alliance ! Et le texte de l’encyclique lui-même empêche toute controverse ! En effet, premièrement, ces mots se trouve dans non pas dans le premier chapitre consacré à la « Vraie foi en Dieu » en général, mais dans le deuxième consacré à « La vraie foi au Christ » en particulier (on retrouve l’idée que si l’antisémitisme est plus grave que les autres racismes, c’est uniquement en raison de la personne de Jésus-Christ et à tous les éléments de la Révélation jadis portés par le peuple juif mais à présent apportés à toutes les nations). Deuxièmement, le texte complet de l’encyclique exclut les juifs de ceux qui croient en Dieu !

En effet, cette encyclique n’est non seulement pas, comme certains le pensent, une défense de la liberté de culte pour les adhérents du judaïsme pharisiano-talmudique, mais en est même une condamnation radicale ! En effet, ceux qui pensent que Pie XI voudrait au moins garantir le libre exercice de la religion juive allèguent ce passage :

« Le croyant a un droit inaliénable à professer sa foi et à la vivre comme elle veut être vécue. Des lois qui étouffent ou rendent difficile la profession et la pratique de cette foi sont en contradiction avec le droit naturel. » (n°36)

Mais c’est oublier que pour Pie XI « croire en Dieu » ne signifie pas simplement se déclarer croyant de n’importe quelle religion, au contraire ! Pour lui, être croyant, c’est être catholique ! En effet, il écrit :

« Prenez garde, Vénérables Frères, qu’avant toute autre chose la foi en Dieu, premier et irremplaçable fondement de toute religion, soit conservée en Allemagne, pure et sans falsification. Ne croit pas en Dieu celui qui se contente de faire usage du mot Dieu dans ses discours, mais celui-là seulement qui à ce mot sacré unit le vrai et digne concept de la Divinité. » (n°9)

Or, quel est « le vrai et digne concept de la Divinité » ? Pie XI donne lui-même la réponse :

« Aucune foi en Dieu ne peut se maintenir longtemps pure et sans alliage si elle n’est soutenue par la foi au Christ. « Personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils voudra le révéler. » (Luc, X, 22.) « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » (Jean, XVII, 3.) Personne ne peut donc dire : je crois en Dieu, cela me suffit en fait de religion. La parole du Sauveur ne laisse aucune place à des échappatoires de cette sorte. « Qui renie le Fils n’a pas non plus le Père, et qui confesse le Fils a aussi le Père. » (I Jean, II, 23.) » (n°18)

Ici le judaïsme pharisiano-talmudique se trouve doublement condamné ! Premièrement parce qu’il n’est pas « soutenu par la foi au Christ », ce qui signifie qu’il ne pourra pas se « maintenir longtemps pure et sans alliage », or Pie XI exhorte ici les Evêques à faire maintenir en Allemagne la foi en Dieu « pure et sans falsification ». Deuxièmement parce que, comment pourrait-on mieux définir le judaïsme pharisiano-talmudique que comme le reniement du Fils qui est le reniement du Père, tel qu’il est rapporté en I Jean II, 23 que cite Pie XI ? Surtout lorsqu’on sait que le verset précédent dit carrément : « Qui est le menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? Celui-là est l’antéchrist, qui nie le Père et le Fils. » (I Jean II, 22).

Il suffirait de s’arrêter là pour prouver que Pie XI n’inclut pas les juifs parmi les croyants. Mais nous jugeons utile de signaler au passage qu’il ne considère pas non plus comme croyants les baptisés non-catholiques. En effet, il écrit :

« La foi au Christ ne saurait se maintenir pure et sans alliage si elle n’est protégée et soutenue par la foi dans l’Église, « colonne et fondement de la Vérité » (I Tim., III, 15). C’est le Christ lui-même, Dieu éternellement béni, qui a dressé cette colonne de la foi. L’ordre qu’Il a donné d’écouter l’Église (Matth., XVIII, 17), d’accueillir dans les paroles et les commandements de l’Église ses propres paroles et ses propres commandements (Luc, X, 16), vaut pour les hommes de tous les temps et de tous les pays. L’Église fondée par le Rédempteur est une, la même pour tous les peuples et pour toutes les Nations. » (n°21)

Et cette foi en l’Eglise n’existe que dans la soumission au Pape :

« La foi à l’Église ne pourra se maintenir pure de toute falsification si elle n’est appuyée sur la foi à la primauté de l’évêque de Rome. Dans le même instant où Pierre, devant tous les disciples et apôtres, confessait la foi au Christ, Fils du Dieu vivant, il recevait en réponse, comme récompense de sa foi et de sa confession, la parole qui fondait l’Église, l’unique Église du Christ, sur le roc de Pierre (Matth., XVI, 18). » (n°25)

3) Projet d’encyclique Humani generis unitas

Comme nous le disions plus haut, en juin 1938, quelques mois avant son fameux discours dont nous parlons ici, à une période où plusieurs régimes politiques en Europe avaient pris, comme nous l’avons dit, des dispositions à l’encontre les juifs, Pie XI commanda à trois jésuites, un français, un allemand et un américain, la rédaction d’une encyclique destinée à dénoncer le racisme et l’antisémitisme. Elle devait s’intituler Humani generis unitas. Elle ne doit pas être confondue avec l’encyclique Humani generis, publiée le 12 août 1950 par Pie XII et qui n’a rien à voir.

Cette encyclique ne sera jamais publié : Pie XI mourut le 10 février 1939 avant d’avoir pu le faire, et Pie XII décida de ne pas reprendre le projet tel quel. Nous connaissons aujourd’hui le texte du projet. Il nous est rapporté par Georges PASSELECQ et Bernard SUCHECKY (L’Encyclique cachée de Pie XI, éd. La Découverte, 1995) qui veulent établir que Pie XII ne publia pas l’encyclique car il la trouvait trop libérale ou trop tendre envers les juifs, mais c’est exactement l’inverse ! En effet, Pie XII ne voulait sans doute pas exacerber l’antijudaïsme, qui chez beaucoup de gens mal instruits se traduit souvent par l’antisémitisme, au vu de ce que cette encyclique recélait d’antijuif, à côté de sa condamnation de l’antisémitisme ! Et Pie XII, fin diplomate, préféra publier un autre document, moins agressif que ce projet, en tant qu’encyclique inaugurale de son règne. Cette encyclique publiée le 20 octobre 1939 avait pour titre Summi Pontificatus, et pour sous-titre : « De l’unité du genre humain », ce qui se traduit en latin par… « Humani generis unitas » ! Preuve que Pie XII connaissait parfaitement le contenu de ce projet et l’approuvait ! Nous avons d’ailleurs publié un dossier sur Pie XII face au nazisme.

Ce projet d’encyclique emprunte parfois mot pour mot des propos de Pie XI. Par exemple, le décret de suppression de l’Association des « Amis d’Israël » parle du : « peuple autrefois choisi par Dieu », et le projet d’encyclique parle du « peuple jadis choisi« . C’est donc bel et bien la pensée de Pie XI, qui avait prit acte de l’hostilité chronique de beaucoup de juifs contre l’Église, qui est exprimée dans ce projet d’encyclique, dont voici le passage relatif à la « question juive » :

« La prétendue question juive, dans son essence, n’est une question ni de race, ni de nation, ni de nationalité territoriale, ni de droit de cité dans l’Etat. C’est une question de religion et, depuis la venue du Christ, une question de christianisme. […] Le Sauveur, que Dieu envoya à son peuple choisi, fut rejeté par ce peuple, répudié violemment et condamné comme un criminel par les plus hauts tribunaux de la nation en collusion avec l’autorité païenne… Enfin, il fut mis à mort. […] Le geste même par lequel le peuple juif a mis à mort son Sauveur fut le salut du monde.

Aveuglés par une vision de la domination et du gain matériels, les israélites ont perdu ce qu’ils avaient cherché eux-mêmes. Quelques âmes choisies, parmi lesquelles étaient les disciples de notre Seigneur, les premiers chrétiens juifs, et, au cours des siècles, quelques membres du peuple juif, firent exception à cette règle générale. Par leur acceptation de l’enseignement et de leur incorporation du Christ dans son Eglise, ils ont partagé l’héritage de sa gloire, mais ils sont restés, et restent toujours encore, une exception : « Israël qui recherchait la justice ne l’a pas trouvée, ceux qui ont été choisis par Dieu l’ont trouvée, mais les autres ont été aveuglés » (Romains, XI, 7).

De plus, ce peuple infortuné, qui s’est jeté lui-même dans le malheur, dont les chefs aveuglés ont appelé sur leurs propres têtes les malédictions divines, condamné, semble-t-il, à errer éternellement sur la face de la terre, a cependant été préservé de la ruine totale. Saint Paul maintient la possibilité du salut pour les Juifs, pourvu qu’ils se détournent de leur péché.

Israël demeure le peuple jadis choisi.

Nous constatons chez le peuple juif une inimitié constante vis-à-vis du christianisme. Il en résulte une tension perpétuelle entre Juif et Chrétien, qui ne s’est à proprement parler jamais relâchée. La haute dignité que l’Eglise a toujours reconnue à la mission historique du peuple juif, ne l’aveugle pas cependant sur les dangers spirituels auxquels le contact avec les Juifs peut exposer les âmes.

Tant que persiste l’incrédulité du peuple juif l’Eglise doit, par tous ses efforts, prévenir les périls que cette incrédulité et cette hostilité pourraient créer pour la foi et les mœurs de ses fidèles.

L’Eglise n’a jamais failli à ce devoir de prémunir les fidèles contre les enseignements juifs, quand les doctrines comportées menacent la foi. Elle a pareillement mis en garde contre des relations trop faciles avec la communauté juive.” » (Projet d’encyclique Humani generis unitas, cité in : Georges PASSELECQ et Bernard SUCHECKY, L’Encyclique cachée de Pie XI, éd. La Découverte, 1995, pp. 285-289)

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Cette entrée a été publiée le 27 juillet 2019 par dans Foi Catholique.
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