+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Saint Augustin enseignait-il « sola scriptura » ?

Notre dossier sur le « sola scriptura » et la Tradition : ici

Les protestants usent régulièrement d’un passage mal compris de saint Augustin pour affirmer qu’il enseignait le « sola scriptura ». Nous allons ici démontrer qu’il n’en est rien. Voici le plan de notre étude :

I) Le vrai sens du passage utilisé

II) Sa réfutation de l’autorité infaillible de la seule Ecriture Sainte

A) Saint Augustin affirme l’incohérence radicale de l’usage de l’Ecriture Sainte contre l’enseignement de l’Eglise catholique : « je vous déclare que je ne croirais pas à l’Évangile si cette croyance n’avait pas pour fondement l’autorité de l’Église catholique« 

B) Sa négation de la proposition : « Nous ne croyons pas ce que nous ne trouvons pas dans l’Ecriture sainte »

C) Saint Augustin oppose le libre examen à l’interprétation contraignante des Pères

IV) Saint Augustin sur l’Autorité et l’infaillibilité du Siège Romain

A) Les propos de saint Augustin seul

B) Les conciles de Carthage (juin 416) et de Milève (septembre 416)

1) Les lettres de ces deux conciles au Pape saint Innocent Ier

2) Les réponses du Pape saint Innocent Ier contenant la doctrine de la Papauté

3) Saint Augustin fait entièrement sienne la doctrine de ces lettres

B) Le Concile général de l’Eglise Africaine (419)

C) Saint Augustin approuve la doctrine de saint Ambroise et saint Optat

1) Les éloges de saint Augustin à saint Ambroise et saint Optat

2) Le papisme chez saint Ambroise

3) Le papisme chez saint Optat

D) Ce que rapporte Saint Possidius de Calame, biographe de saint Augustin

I) Le vrai sens du passage utilisé

Voici le passage :

« C’est alors assurément qu’on jouerait comme dans un champ sans l’ombre d’une crainte d’offense; mais à un tel jeu il serait bien étonnant qu’on ne se jouât pas de nous. Quant à moi, je l’avoue à votre charité , j’ai appris à ne croire fermement qu’à l’infaillibilité des auteurs des livres qui sont déjà appelés canoniques ; à eux seuls je fais cet honneur et je témoigne ce respect. Si j’y rencontre quelque chose qui paraisse contraire à la vérité, je ne songe pas à contester, mais je me dis que l’exemplaire est défectueux, ou bien que le traducteur est inexact, ou bien encore que je n’ai pas compris. Pour ce que je lis dans les autres écrivains, quelle que soit l’éminence de leur sainteté et de leur science, je ne le crois pas vrai par la seule raison qu’ils l’ont pensé, mais parce qu’ils ont pu me persuader qu’ils ne s’écartaient pas de la vérité, soit d’après le témoignage des auteurs canoniques, soit d’après des raisons probables. Je ne crois pas, mon frère, que vous soyez ici d’un autre sentiment que le mien, et certainement vous ne voulez pas qu’on lise vos livres comme ceux des prophètes ou des apôtres dont il serait criminel de mettre en doute la parfaite vérité. Cela est bien loin de votre pieuse humilité et de la juste idée que vous avez de vous-même ; car si vous n’étiez pas humble, vous ne diriez pas : « Plût à Dieu que nous méritassions vos embrassements et qu’en de mutuels entretiens nous pussions apprendre quelque chose l’un de l’autre ! » » (Lettre 82 à saint Jérôme, III)

La vérité est que ce passage… est parfaitement catholique ! Mais nos contradicteurs ne se rendent pas compte que cette citation ne revient pas à nier la Tradition au sens catholique, car ils ne la connaissent pas ! Cette dernière consiste en l’enseignement oral des apôtres, transmis de manière non écrite (au sens biblique du terme) et déclarée comme tel par l’enseignement de l’Eglise. Aussi, il est parfaitement exact, catholiquement parlant  que seuls les « auteurs des livres qui sont déjà appelés canoniques » sont infaillibles en eux-mêmes et par eux-mêmes et que « autres écrivains, quelle que soit l’éminence de leur sainteté et de leur science » ne puissent en dire autant ! Mais l’Eglise catholique n’a jamais rien dit de tel non plus ! Elle n’a jamais dit qu’un auteur, pris individuellement était infaillible, au contraire : pour caractériser l’expression de la Tradition chez les Pères de l’Eglise, elle réclame qu’on puisse y discerner une « unianimité morale » : il n’existe pas d’auteur pouvant de droit produire un écrit exempt d’errer (lire à ce sujet notre article L’infaillibilité du consensus moral des Pères de l’Eglise).

Ceux qui ne seraient pas convaincus par ce qui vient d’être dit ne pourront pas ne pas l’être, à moins d’être de mauvaise foi, en voyant comment saint Augustin a positivement affirmé par ailleurs l’existence d’une Tradition extra-biblique, ainsi que celle d’un Magistère romain, tous les deux infaillibles.

II) Sa réfutation de l’autorité infaillible de la seule Ecriture Sainte

A) Saint Augustin affirme l’incohérence radicale de l’usage de l’Ecriture Sainte contre l’enseignement de l’Eglise catholique : « je vous déclare que je ne croirais pas à l’Évangile si cette croyance n’avait pas pour fondement l’autorité de l’Église catholique »

Saint Augustin réfute les manichéens en montrant comment leur acceptation de l’Ecriture Sainte, couplée à leur refus de l’enseignement de l’Eglise est un illogisme radical, en soulignant  que dans l’ordre de la connaissance humaine, l’autorité de l’Ecriture Sainte est soumise à celle de l’Eglise qui la garantie. Ainsi, si l’Eglise n’est pas infaillible (ce qui s’étend à tout ses enseignements sans aucune distinction ni aucune réserve du jugement privé de ses auditeurs), alors il n’existe aucun moyen raisonnable de croire au canon de l’Ecriture Sainte. Il suffit de remplacer dans la citation suivante les mots « Manès » par « Luther » (ou n’importe quel théoricien protestant ancien ou moderne) et « manichéen » par « protestant »  :

« Vous vous rappelez, en effet, que je me suis engagé dès le début à ne croire témérairement à aucune de vos affirmations. Je demande donc ce qu’est ce Manès. Vous allez me répondre « l’Apôtre de Jésus-Christ« . Si je le nie d’une manière absolue, qu’aurez-vous à répliquer ou à faire? Vous promettiez de me donner l’intelligence pleine et entière de la vérité, et voici que dès le début, vous me forcez à croire ce que j’ignore. Peut-être allez-vous me lire l’Évangile afin d’y trouver de quoi affirmer le susdit personnage. Soit, mais si vous aviez affaire à un adversaire qui ne crût pas à l’Évangile, que feriez-vous ? Or, pour moi, je vous déclare que je ne croirais pas à l’Évangile si cette croyance n’avait pas pour fondement l’autorité de l’Église catholique. Donc, puisque j’ai obéi à ceux qui me disaient : « Croyez à l’Evangile« , pourquoi leur résisterais-je quand ils me disent : « Ne croyez pas aux Manichéens » ? Voici le dilemme, choisissez. Si vous dites « Croyez aux catholiques » ; j’entends ceux-ci qui me défendent de vous accorder aucune croyance ; si je les crois, je ne puis donc pas vous croire. Si vous me dites : « Ne croyez pas aux catholiques« , ce sera mal de votre part de m’obliger par l’Évangile à embrasser la foi manichéenne, puisque j’ai cru à l’Évangile sur la prédication des catholiques. Si vous me dites : « C’est avec raison que vous avez cru aux catholiques quand ils louaient l’Évangile, mais c’est à tort que vous avez cru à leurs attaques contre Manès« . Mais me croyez-vous donc insensé jusqu’au point de me résigner, sans aucun examen, à croire ce que vous voulez, et à ne pas croire ce qui ne vous plaît pas ? Puisque j’ai donné ma foi aux catholiques, n’est-il pas juste et prudent qu’avant de les quitter pour passer vers vous, j’exige de vous non pas que vous me défendiez de les croire, mais que vous dérouliez devant mes yeux des principes certains et évidents ? Si donc vous voulez me convaincre, laissez de côté l’Évangile. Si vous tenez à l’Évangile, moi je tiens à ceux qui m’ont inspiré la foi à ce livre sacré ; j’ai leurs ordres, je ne vous croirai pas. Que si par hasard vous trouvez dans l’Évangile quelques passages évidents en faveur de l’apostolat de Manès, vous avez par là même détruit à mes yeux l’autorité des catholiques qui me défendent de vous croire. Cette autorité une fois détruite, je ne puis plus croire à l’Évangile, puisque ce n’est que par eux que j’y ai cru. Et quand j’en serai là, que pourrez-vous faire ? Mais si rien d’évident ne peut être allégué en preuve de l’apostolat manichéen; c’est aux catholiques que je croirai, et non pas à vous. Dans le cas contraire, je ne croirai plus ni à vous ni à eux. Je ne les croirai plus, parce que leurs attaques contre vous n’étaient que mensonges; je ne vous croirai pas vous-mêmes, parce que vous m’apportez, pour me convaincre, cette même Écriture, à laquelle j’avais cru par eux, et dont ils se sont servis pour me tromper. Mais loin de moi de ne pas croire à l’Évangile ! » (Réfutation de l’épître manichéenne appelée « Fondamentale », V, 6)

B) Sa négation de la proposition : « Nous ne croyons pas ce que nous ne trouvons pas dans l’Ecriture sainte« 

A l’hérétique Pélage  qui affirmait déjà comme les protestants :

« Nous ne croyons pas ce que nous ne trouvons pas dans l’Ecriture sainte »,

Saint Augustin répondait :

« Notre auteur [Pélage] conclut par cette grande maxime : « Croyons donc ce que nous lisons, et ce que nous ne lisons pas, regardons comme un crime de l’affirmer ». A cette affirmation, voici celle que j’oppose : Nous ne devons pas croire tout ce que nous lisons,comme le prouve cette parole de l’Apôtre: « Lisez tout, ne conservez que ce qui est bon » [I Thessaloniciens V, 21] ; et ce n’est pas toujours un crime d’affirmer ce que nous n’avons pas lu. En effet, ce que nous avons éprouvé nous-mêmes, nous pouvons l’affirmer de bonne foi comme témoins, lors même que nous n’aurions trouvé nulle part l’occasion de le lire. L’auteur va sans doute me répondre : « En formulant ma proposition, j’entendais ne parler que des saintes Ecritures ». Plaise à Dieu qu’il n’affirme jamais, non pas ce qu’il a lu dans les saintes Ecritures, mais rien de contraire à ce qu’il y a lu ! » (De la nature et de la grâce, XXXIX)

C) Saint Augustin oppose le libre examen à l’interprétation contraignante des Pères

« Donc ne m’alléguez plus rien de pareil, si vous voulez me répondre. Je ne vous dis pas : Croyez que la communion de Donat n’est pas l’Eglise, parce que certains évêques de son parti ont livré aux flammes les livres saints, comme on peut s’en convaincre par les actes ecclésiastiques, municipaux et judiciaires; ou bien parce que la sentence des évêques qu’ils avaient obtenue de l’empereur ne leur a pas donné gain de cause ; ou bien parce que l’empereur auquel ils en avaient appelé, a prononcé tout autrement qu’ils ne s’y attendaient; ou bien parce que les circoncellions comptent des chefs parmi eux; ou bien parce que les circoncellions se livrent à de si déplorables excès ; ou parce qu’on en voit dans ce parti se jeter dans les précipices oit dans les flammes qu’ils ont allumées eux-mêmes, ou contraindre par leurs menaces à leur donner la mort, ou bien se faire mourir eux-mêmes comme des furieux, dans le seul but d’être honorés par les hommes ; ou bien parce qu’autour de leurs sépulcres, comme des troupeaux errants, hommes et femmes plongés dans l’ivresse, se livrent ensemble nuit et jour à l’ivrognerie et aux désordres les plus honteux. Toute cette foule, je la regarde comme la paille des Donatistes ; et je ne veux pas qu’elle nuise en rien au froment, si les Donatistes sont l’Eglise. Mais c’est là ce qu’ils doivent me prouver par les livres canoniques des divines Ecritures. Quand nous disons que nous faisons partie de l’Eglise du Christ, nous n’alléguons point pour preuve que notre Eglise a pour elle les suffrages d’Optat de Milève ou d’Ambroise de Milan, ou de tant d’autres évêques de notre communion; ni qu’elle a été reconnue par les conciles de nos collègues. » (Lettre aux catholiques contre les donatistes ou Traité de l’Unité de l’Eglise, XIX, 50, PL tome 43, colonne 430)

III) Son affirmation de l’existence de la Tradition extra-biblique infaillible

A) Sa Foi en l’infaillibilité des usages non-scripturaires de l’Eglise

Saint Augustin affirme que la Révélation ne se limite pas à l’Ecriture :

« Quant aux choses non écrites, que nous conservons par tradition, et qui sont pratiquées par toute la terre, on doit comprendre qu’elles nous ont été recommandées et prescrites soit par les apôtres eux-mêmes, soit par les conciles généraux dont l’autorité est si profitable à l’Eglise. C’est ainsi que la passion du Seigneur, sa résurrection, son ascension au ciel, la venue du Saint Esprit descendu du ciel sont célébrée par une solennité annuelle. Il en est de même de toute autre observance gardée par l’Église entière te en tout lieu où elle s’étend. » (Lettre 54 en réponse aux question de Janvier, I, 1, année 400)

« Je regarde cette coutume comme venant directement des Apôtres ; non pas en ce sens que nous la trouvions formellement signalée dans les écrits apostoliques ou dans les décrets des premiers conciles ; pour appuyer ma conclusion, il me suffit de constater que cette coutume a été conservée par toute l’Eglise. » (Du baptême, contre les donatistes, II, 7)

« Il y a bien des choses que pratique l’Eglise entière, et que, pour cette raison, nous croyons à bon droit venir des apôtres, bien que nous ne les trouvions écrites nulle part. » (Du baptême, contre les donatistes, V, 23)

« En effet, s’il suffit d’avoir sur Dieu des idées erronées pour perdre le baptême; n’ai-je pas suffisamment prouvé que ces idées sont parfois embrassées par certains catholiques? Sans doute « les Apôtres n’ont rien statué sur ce point » ; mais cette coutume que l’on opposait à Cyprien, ne doit-on pas lui reconnaître une origine apostolique, et l’assimiler ainsi à une multitude d’autres pratiques traditionnelles que l’on fait remonter légitimement aux Apôtres, quoiqu’elles ne se trouvent consignées dans aucun de leurs ouvrages ? » (Du baptême, contre les donatistes, V, XXIII, 31)

« Ce qu’ils ont trouvé dans l’Eglise, ils l’ont conservé ; ce qu’ils ont appris, ils l’ont enseigné; ce qu’ils ont reçu des pères, ils l’ont transmis aux enfants. » (Contre Julien, II, 34)

« La recommandation que nous fait saint Cyprien, de recourir à la source, qui est la tradition apostolique, et de s’attacher à en suivre le canal jusqu’à nos temps, est des plus utiles, et doit sans aucun doute être mise en pratique. » (Du baptême, contre les donatistes, V, 26)

B) Un cas d’école : le baptême des nouveaux-nés

Saint Augustin affirme que le baptême des nouveaux-nés n’a pas de fondement biblique, mais que cette pratique salutaire n’a été transmise à l’Eglise que par la Tradition orale. Nous ne partageons pas cette idée (voir notre article Le baptême des nouveaux-nés, un mensonge ?). Toutefois, cela prouve péremptoirement que saint Augustin croyait en l’autorité infaillible d’une Tradition apostolique transmise indépendamment de l’Ecriture Sainte et n’ayant pas besoin de celle-ci pour être confirmée. C’est d’autant plus vrai qu’il enseignait que les enfants morts sans baptême étaient condamnés à la damnation.

1) Saint Augustin croyait à la damnation des enfants morts sans baptême

« Or, si les morts sont jugés même d’après ce qu’ils auraient fait, supposé que leur vie eût été prolongée, les habitants de Tyr et de Sidon qui auraient été fidèles dans le cas où l’Evangile leur eût été annoncé avec des miracles aussi éclatants, ne devraient donc pas être châtiés. Mais ils le seront certainement, et par là même il est faux aussi que les morts soient jugés suivant ce qu’ils auraient fait, si l’Evangile leur eût été annoncé pendant qu’ils vivaient. Et si cela est faux, on n’est donc plus autorisé à dire, par rapport aux enfants qui meurent sans avoir reçu le baptême, que ce malheur les frappe justement par la raison que Dieu a prévu, dans le cas où ils vivraient et où l’Evangile leur serait annoncé, leur obstination à ne pas croire. Il ne reste donc plus qu’à considérer ces enfants comme coupables du péché originel exclusivement et comme envoyés à la damnation pour ce seul motif ; quoique nous voyions ce même péché pardonné dans le sacrement de la régénération, et par une faveur tout à fait gratuite de Dieu, à d’autres enfants dont la condition est identique. » (Du don de persévérance, VIII)

« Pélage continue : « Quel impie osera défendre à un enfant qui est né pour une vie incertaine, de renaître à une vie perpétuelle et certaine ? » […] Je me disais : Si, comme il l’avoue; la vie perpétuelle ne peut être le partage que de ceux qui ont reçu le baptême, les enfants qui meurent sans baptême ne peuvent attendre que la mort éternelle. D’un autre côté, puisque ces enfants ne peuvent avoir commis aucun péché dans cette vie, s’ils ont besoin de justification, ce ne peut être qu’en raison du péché originel. » (De la grâce de Jésus-Christ et du péché originel, II, 22)

Dans ces conditions, on serait tenté d’invoquer le « préjudice de la naissance » et de dire : mieux vaudrait n’être pas né. S’appuyant sur Matthieu XXIV, 24 (« Il aurait mieux valu pour lui (Judas) qu’il ne fût pas né, cet homme-là » ), certains disent : plutôt la non-existence qu’une existence de malheur perpétuel. Augustin entend l’objection, mais la récuse. Une existence, même à bonheur réduit, vaut mieux que la non-existence. Quant à savoir de quelle gravité sera la condamnation des enfants morts sans baptême, Augustin avoue finalement qu’il n’en sait rien :

« Pour moi, je ne dis pas que les enfants morts sans le baptême du Christ seront punis, de manière qu’il eût été préférable pour eux de n’être pas nés; car cette parole du Seigneur ne s’applique pas à tous les pécheurs quels qu’ils soient, mais seulement aux plus criminels et aux plus impies. En effet, parlant des Sodomites, et dans leur personne de tous les pécheurs, le Sauveur déclare qu’au jour du jugement le sort des uns sera plus tolérable que celui des autres (Matthieu X, 15 ; XI, 24) ; s’il en est ainsi, comment douter que ces enfants morts sans le baptême, n’ayant que le péché originel, et sans s’être rendus coupables d’aucune faute volontaire, n’auront pas à subir de toutes les peines la plus légère? Quoique je ne puisse pas définir le caractère, la nature, la grandeur de cette peine, je n’ose pas dire cependant que le néant eût mieux valu pour eux que l’existence. Pour vous qui soutenez que ces enfants n’ont à subir aucune condamnation, vous ne voulez pas comprendre que vous les frappez d’une condamnation véritable en éloignant de la vie et du royaume de Dieu tous ces enfants créés à l’image de Dieu, et enfin, en les séparant de ces parents pieux et aimés que vous appelez, de toute votre éloquence, aux honneurs de la paternité. Je conclus: Si ces enfants n’ont aucun péché, leur séparation est une injustice; si elle n’est pas une injustice, c’est qu’ils sont coupables du péché originel. » (Contre Julien, pélagien, V, 44)

2) Son opinion sur l’origine extra-biblique du baptême des nouveaux-nés

Le baptême est une question qui intéresse directement le Salut. Le baptême des des nouveaux-nés en est donc une, surtout pour saint Augustin dont nous venons de voir le sentiment sur le sort des enfants morts sans baptême. Or saint Augustin croyait que ce baptême n’avait pas de fondement scripturaire, mais ne nous avait été transmis que par la tradition extra-biblique, remontant aux apôtres. Nous répétons que nous ne partageons pas ce jugement (voir notre article Le baptême des nouveaux-nés, un mensonge ?). Toutefois, cela prouve péremptoirement que saint Augustin croyait en l’autorité infaillible d’une Tradition apostolique transmise indépendamment de l’Ecriture Sainte et n’ayant pas besoin de celle-ci pour être confirmée :

« Pour appuyer votre doctrine de la réitération du baptême, cessez donc de nous opposer l’autorité de Cyprien ; avec nous bien plutôt imitez son exemple et conservez l’unité. De son temps la question de la réitération du baptême, à peine soulevée, n’avait point encore été l’objet d’un examen sérieux, et cependant l’Eglise conservait la salutaire coutume de corriger, dans les schismatiques ou les hérétiques, ce qu’ils avaient de dépravé, et de ne pas réitérer ce qu’ils avaient reçu; de guérir les blessures qui leur avaient été faites, en respectant ce qui eu eux était parfaitement sain. Je regarde cette coutume comme venant directement des Apôtres; non pas en ce sens que nous la trouvions formellement signalée dans les écrits apostoliques ou dans les décrets des premiers conciles; pour appuyer ma conclusion, il me suffit de constater que cette coutume a été conservée par toute l’Eglise et que nous croyons avoir été et transmise et recommandée par les apôtres eux-mêmes. Or, Cyprien nous a déclaré que cette coutume salutaire commença à recevoir quelques corrections de la part d’Agrippinus, son prédécesseur. Mais, aidée par des recherches plus approfondies, et s’affirmant par l’organe d’un concile universel, après avoir surnagé au-dessus des flots de l’incertitude et du doute, la vérité se fit jour et déclara qu’Agrippinus avait commencé, non pas à la corriger, mais à la corrompre. En ce qui concerne la rémission des péchés et la régénération spirituelle de l’homme, se présentait donc l’importante question de savoir si des résultats aussi précieux pouvaient se produire dans les rangs des hérétiques ou des schismatiques. La solution devenait très-difficile, quand surtout on avait sous les yeux l’exemple d’Agrippinus et de quelques autres évêques qui avaient mieux aimé innover que de conserver les anciens usages dont ils ignoraient la raison d’être. Voilà ce qui nous explique pourquoi de vains sophismes s’élevèrent tout à coup, éblouirent les yeux et ne permirent plus à la vérité de se faire jour. » (Du baptême, contre les donatistes, II, 7, 12)

« Si quelqu’un nous demande de produire quelque autorité divine à l’appui (de notre usage de baptiser les enfants), quoiqu’il n’y ait rien de plus sage que de considérer comme venant d’autorité apostolique ce que l’on trouve pratiqué de tout temps par toute l’Eglise sans avoir jamais été établi par aucun concile ; nous répondrons encore, que l’utilité du baptême conféré aux enfants peut s’inférer très-légitimement de l’usage de circoncire les enfants prescrit à l’ancien peuple. » (Du baptême, contre les donatistes, IV, 24)

« La coutume qu’a l’Eglise notre sainte mère de baptiser les enfants ne doit être ni méprisée, ni regardée comme superflue, ni attribuée à une autre source qu’à la tradition apostolique. » (Commentaire de la Genèse au sens littéral, X, 23)

IV) Saint Augustin sur l’Autorité et l’infaillibilité du Siège Romain

A) Les propos de saint Augustin seul

Tout ce qu’Augustin affirme au sujet de Saint Pierre, il l’affirme de la même manière des évêques de Rome, en atteste sa Lettre LIII adressée à Generosus écrite en 400. Générosus était un catholique de Constantine, honoré de l’amitié de saint Augustin. Un prêtre donatiste lui ayant adressé une lettre en faveur du schisme et où il se vantait d’avoir reçu les communications d’un ange, Générosus envoya cette lettre à saint Augustin; notre saint, tant en son nom qu’au nom de ses vénérables collègues, écrivit la réponse suivante, moins pour éclairer Générosus dont la piété lui était connue, que pour rappeler les faits et les témoignages des Ecritures au prêtre égaré. Dans cette lettre, Augustin prit l’exemple de la succession des évêques de Rome et d’aucune autre Église pour prouver que les donatistes étaient dans l’erreur: il dressa la liste des trente-neuf évêques de Rome depuis saint Pierre jusqu’à Anastase (le pape de l’époque) et affirma d’une part qu’aucun d’entre eux n’avaient tenue la doctrine donatiste et d’autre part que cela prouvait la fausseté du donatisme car ils enseignent la vérité en raison de la promesse faite à Saint Pierre par le Christ en Matthieu XVI, 18 :

« Si l’on doit avoir égard à la suite et à la succession des évêques. Combien n’y a-t-il pas plus de sûreté et d’avantages à s’en tenir à celle qui remonte jusqu’à Pierre, à qui le Seigneur a dit, comme au représentant de l’Eglise tout entière : Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Or, c’est à Pierre que Lin a succédé ; comme c’est à Lin qu’a succédé ensuite Clément ; puis à Clément, Anaclet, etc. ; A Damase, Sirice ; à Sirice, Anastase. Dans cet ordre de succession ne se trouve aucun évêque donatiste. Et quand même dans cette suite d’évêque qui de Pierre redescendent jusqu’à Anastase, le même qui occupe ce siège aujourd’hui, il se serait glissé dans les temps de persécution quelque traditeur, cela ne préjudicierait en rien à l’Eglise elle-même, ni à tout ce qu’il y aurait eu de chrétiens innocents de ce crime, puisque le Seigneur nous a dit d’avance pour nous mettre en garde contre les mauvais pasteurs : Faites ce qu’ils disent, mais ne faites pas ce qu’ils font ; car ils disent et ne font pas. Voilà ce qui assure l’espérance des fidèles et ce qui fait que, se confiant non dans les hommes, mais dans le Seigneur, ils ne sont point exposés à faire naufrage dans la tempête que soulève un schisme sacrilège. » (Lettre 165 alias 53 à Generosus, II)

Voici quelques autres mots de saint Augustin sur le Siège de Saint Pierre, son grade, son Église, son Évêque, sa dignité, car, comme le dit saint François de Sales,  » tout cela revient en un » :

« Revenez, mes frères, si vous voulez être entés sur la vigne. Nous sommes saisis de douleur quand nous vous voyons gisants et sans vie. Comptez les pontifes qui se sont succédé sur la chaire de Pierre, Et voyez si cette succession ne prouve pas une intervention divine et constante. C’est bien là le rocher que n’ébranleront jamais les portes orgueilleuses de l’enfer [Matthieu XVI, 18]. » (Psaume abécédaire contre le parti de Donat, XVIII, voir aussi dans PL, 43/30)

« De plus, Carthage est voisine des régions d’outre-mer, et le monde entier connaît son nom; aussi l’autorité de son évêque n’est pas petite, et il pouvait ne pas prendre souci de la multitude de ceux qui conspiraient contre lui, en se voyant uni de communion avec l’Eglise de Rome où la chaire apostolique a toujours gardé sa forte primauté » (Lettre 43, n°7)

« Je passe d’abord sous silence cette sagesse sincère et véritable dont la connaissance n’est possible en cette vie qu’à un petit nombre d’hommes spirituels; les autres n’en connaissent que les éléments les plus simples, mais du moins cette connaissance n’est accompagnée d’aucune hésitation ; ce qui leur donne cette heureuse assurance, ce n’est pas, la vivacité de leur compréhension, mais la simplicité de leur foi. Je garderai donc le silence sur cette sagesse, dont vous niez la présence dans l’Eglise catholique ; j’y consens d’autant plus volontiers que je trouve assez d’autres garanties qui me retiennent dans son sein. Ce qui me frappe d’abord, c’est le consentement unanime des nations et des peuples; c’est le spectacle d’une autorité engendrée par les miracles, nourrie par l’espérance, augmentée par la charité, affermie par la durée. Ce qui, me frappe encore, c’est la chaire de Pierre à qui le Seigneur, après la résurrection, a confié le soin de paître ses brebis, c’est aussi cette imposante succession du sacerdoce, couronnée par l’épiscopat qui découle directement du pontificat lui-même.» (Réfutation de l’épître manichéenne appelée Fondamentale, IV)

« Vous disiez tout à l’heure que nous connaissons la loi et que nous parlons légalité, mais que nos oeuvres nous font rougir ». Vous le dites, mais où sont vos preuves? et dussiez-vous en fournir contre quelques rares exceptions, les autres défient toutes vos calomnies. Et puis, lors même que tous les catholiques de l’univers seraient tels que vous les représentez, qu’avez-vous à dire contre la chaire de l’Eglise romaine sur laquelle s’est assis saint Pierre et sur laquelle siège Anastase ; ou contre la chaire de l’Eglise de Jérusalem, sur laquelle saint Jacques s’est assis et sur laquelle siège l’évêque Jean ? Or, c’est avec Anastase et avec Jean que nous sommes unis dans les liens de cette unité dont vous vous êtes séparés avec une fureur sacrilège. Pourquoi appelez-vous  « chaire de pestilence » la chaire apostolique ? Est-ce à cause de ces hommes que vous accusez de citer la loi et de ne pas l’accomplir ? Mais souvenez-vous donc que le Sauveur n’a jamais insulté la chaire de Moïse, quoiqu’elle, fût alors occupée par ces pharisiens « qui enseignent et ne font pas ». Il entoura cette chaire de tous les honneurs, tout en condamnant ceux qui l’occupaient. Ecoutez-le : « Ils siègent sur la chaire de Moïse; faites ce a qu’ils vous disent, mais ne faites pas ce qu’ils font, car ils disent et ne font pas [Matthieu XXIII, 2-3] ». Si vous pesiez sérieusement ces paroles, vous ne trouveriez pas dans certains hommes que vous incriminez, l’occasion de blasphémer contre la chaire apostolique, à laquelle vous n’appartenez pas. Votre conduite est donc réellement celle d’adversaires qui ne savent pas ce qu’ils veulent dire et qui ne peuvent qu’insulter et calomnier. » (Contre les lettres du donatiste Pétilien, II, 118)

« Voilà ce qu’a fait la divine Providence au moyen des prédictions des prophètes, de l’humanité et de la doctrine du Christ, des voyages des Apôtres, des outrages, des tortures, du sang et de la mort des martyrs, au moyen de la vie admirable des saints, et, au milieu de tout cela, à l’aide des miracles dignes d’accompagner tant de grandes actions et de vertus, selon que les temps le demandaient. A la vue de cette protection puissante du ciel et des beaux résultats qu’elle a produits, hésiterons-nous à nous réfugier dans le sein de cette Eglise, qui s’est fait reconnaître du genre humain tout entier par une constante succession d’évêques, à commencer par le Siège apostolique, malgré les aboiements de l’hérésie condamnée soit par le jugement du peuple lui-même, soit par l’autorité des conciles, soit enfin par la majesté des miracles? A cette Eglise revêtue d’une autorité sans égale, ne pas vouloir donner le premier rang, c’est certainement une impiété extrême, une téméraire arrogance. Car, s’il n’est point de voie qui mène plus sûrement à la sagesse et au salut que de plier sa raison à la foi, n’est-ce pas de l’ingratitude envers un Dieu secourable et bienfaisant, que de vouloir résister à une autorité qui se recommande par des motifs si puissants ? Et si toute science, quelque peu importante, quelque facile qu’elle soit, exige les leçons d’un maître pour être comprise, n’estce pas le comble de la témérité et de l’orgueil, quand il s’agit de livres remplis d’enseignements divins, de se refuser à entendre leurs interprètes, et de vouloir les condamner sans les connaître ? » (De l’utilité de la foi, XVII)

« Carthage était une ville rapprochée des pays transmarins, célèbre par son ancienne gloire : ce qui ne donnait pas peu d’autorité à son évêque qui pouvait bien ne pas se mettre en peine de la conspiration de ses ennemis, lorsqu’il se voyait uni par les lettres de communion avec l’Eglise romaine, dans laquelle a toujours résidé la principauté de la chaire apostolique, et avec les autres pays d’où l’Evangile a pénétré en Afrique, et où il était tout prêt à plaider sa cause, si ses adversaires cherchaient à tourner ces Eglises contre lui. » (Lettre 162 alias 43 aux évêques donatistes, chapitre 3, n°7 ; Cf. Opera S. Augustini, t. II, p. 136, édit. de Gaume ; p. 90, édit. de Montfaucon ou PL, 33/163)

B) Les conciles de Carthage (juin 416) et de Milève (septembre 416)

Saint Augustin présida également les conciles de Carthage (juin 416) et de Milève (septembre 416). Les Pères de ces deux conciles et lui-même, demandèrent a l’évêque de Rome, saint Innocent Ier de confirmer leur décisions.

1) Les lettres de ces deux conciles au Pape saint Innocent Ier

Voici la lettre du concile de Carthage :

« Nous avons cru, vénérable frère, devoir porter cet acte à la connaissance de votre charité, afin que vous confirmiez par l’autorité du siège apostolique les décisions de notre médiocrité pour mettre à couvert le salut d’un grand nombre, et corriger au besoin la perversité de quelques-uns.  […] Quand même donc Pélage paraîtrait à votre sainteté avoir été justement absous par certains actes qu’on dit être des évêques d’orient, son erreur et son impiété, qui compte en divers pays tant de partisans, n’en devrait pas moins être anathématisée par l’autorité du siège apostolique. » (Lettre 90 (175) au pontife romain Innocent, Opera S. Augustini, t. II, col. 923 et 925, édit. de Gaume ; col. 617 et 619, édit. de Montfaucon)

Et la lettre que les Pères du concile de Milève et lui adressèrent au même Pape :

« Puisque le Seigneur, par un bienfait signalé de sa grâce, vous a élevé sur le siège apostolique, et vous a placé dans un poste tel, qu’il y aurait négligence de notre part à ne pas déférer à votre révérence ce que les besoins de l’Eglise demandent de nous, sans que nous puissions avoir à craindre que notre démarche soit, ou dédaigneusement repoussée, ou froidement accueillie de vous ; nous vous prions d’apporter votre soin pastoral à la guérison de membres infirmes. Car une hérésie nouvelle et excessivement pernicieuse cherche à s’élever pour anéantir la grâce du Christ. » (Lettre 92 alias 176, Cf. Opera S. Augustini, t. II, col. 927, édit. de Gaume ; col. 620, édit. de Montfaucon)

2) Les réponses du Pape saint Innocent Ier contenant la doctrine de la Papauté

Saint Innocent Ier (mort en 417) adressa ses réponses à ces deux conciles dans deux lettres datées du même jour, le 27 janvier 417.

Il fit d’abord la réponse suivante aux Pères du concile de Carthage, dans laquelle il assimila l’Église de la ville de Rome à une source pure de toute souillure hérétique, qui vivifiait les églises locales :

« Voilà ce que vous avez estimé dans la vigilance de votre office sacerdotal, à savoir qu’on ne doit pas fouler aux pieds les ordonnances des Pères; car ceux-ci, dans une pensée plus divine qu’humaine, avaient décrété que n’importe quelle affaire à traiter, fût-ce des provinces les plus éloignées et les plus retirées, ne serait pas considérée comme finie avant d’avoir été portée à la connaissance de ce Siège, pour qu’il confirmât de toute son autorité les justes sentences et que les autres églises – comme les eaux qui jaillissent de leur source originelle et qui s’écoulent dans toutes les régions du monde par de purs ruisseaux venus de la source non corrompue – reçoivent de lui ce qu’elles prescriront et sachent qui elles doivent purifier et qui, souillé d’une fange ineffaçable, ne recevra pas l’eau digne des corps purs » (Lettre In requirendis du 27 janvier 417 aux évêques du concile de Carthage, chapitre I (Dz. 217) ; citée dans la lettre 181 (alias 191) de SAINT AUGUSTIN – PL, 33 / 780)

Ainsi que cette réponse à ceux du concile de Milève :

« Je loue la diligence que vous avez apportée à rendre hommage au siège apostolique, je veux dire au siège de celui qui, sans compter les embarras qui peuvent lui survenir d’ailleurs, est chargé du soin de toutes les Eglises, en nous consultant sur le parti que vous pouvez avoir à prendre dans vos doutes, vous conformant ainsi à l’antique règle que vous savez aussi bien que moi avoir toujours été observée par tout l’univers. Mais je me tais là-dessus, persuadé que vous en êtes d’avance parfaitement instruits, puisque vous l’avez reconnu par votre conduite même, sachant bien que le siège apostolique ne manque jamais de répondre aux consultations qui lui viennent de toutes les parties de l’univers. Mais surtout s’il s’agit de ce qui intéresse la foi, tous nos frères ou nos collègues dans l’épiscopat se font, comme je n’en doute pas, un devoir d’en référer à Pierre, ou à celui de qui il tient son nom et son privilège, ainsi que vous l’avez fait vous-mêmes pour obtenir une décision qui puisse, dans le monde entier, servir en commun à toutes les Eglises. Elles doivent en effet devenir plus prudentes, lorsqu’elles voient que, selon la relation du double synode, les inventeurs du mal sont séparés de la communion de par les déterminations de notre jugement. » (Lettre aux Pères du concile de Milève, Inter epistolas du 27 janvier 417, chapitre II (Dz 218), citée par saint Augustin, lettre 182 (alias 193), PL, 33 / 784 ; S. Augustini, Opera S. Augustini, t. II, col. 934, édit. de Gaume ; col. 638, édit. de Montfaucon)

3) Saint Augustin fait entièrement sienne la doctrine de ces lettres

Et nous ne pouvons que constater que saint Augustin fait entièrement siennes ces deux sentences papales ! En effet, lorsque dans sa Lettre à Paulin, saint Augustin rapporte ces actes, il recommande les réponses que le pape Innocent Ier donna par écrit, en ajoutant :

« Sur tous ces points, le pape nous a donné réponse par écrit, exactement comme le requérait le droit et comme il convenait au pontife du Siège apostolique » (Lettre 186 (alias 106), § 2 – PL, 33 / 817).

Et dans un célèbre sermon :

« Réfutez leurs contradictions, amenez-nous les quand ils résistent. Déjà effectivement on a envoyé sur ce sujet les actes de deux Conciles au Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie; puisse ainsi finir l’erreur ! Aussi les avertissons-nous de rentrer en eux-mêmes; nous prêchons pour leur faire connaître la vérité et nous prions pour obtenir leur changement. » (Sermon 131, 10)

C’est d’ailleurs des mots « Siège Apostolique, dont on a aussi reçu les réponses. La cause est finie » que fut tirée le célébrissime adage : « Roma locuta, causa finita est » : « Rome a parlé, la cause est entendue » !

B) Le Concile général de l’Eglise Africaine (419)

Ce concile rassembla 217 évêques d’Afrique du Nord, dont saint Augustin. Ses canons furent inscrits dans le Codex canonum Ecclesiae africanae. Il envoya ses canons à Rome pour être confirmés :

« [Après avoir dresser le canon biblique avec les deutérocanoniques : ] Que ceci soit envoyé à notre frère et collègue évêque, [le pape] Boniface, et aux autres évêques de ces parties, qu’ils puissent confirmer ce canon, de ceci sont les choses que nous avons reçues de nos pères à lire à l’église » (Canon 24)

C) Saint Augustin approuve la doctrine de saint Ambroise et saint Optat

1) Les éloges de saint Augustin à saint Ambroise et saint Optat

Saint Augustin parlait en ces termes de saint Ambroise et saint Optat :

« Mais c’est là ce qu’ils doivent me prouver par les livres canoniques des divines Ecritures. Quand nous disons que nous faisons partie de l’Eglise du Christ, nous n’alléguons point pour preuve que notre Eglise a pour elle les suffrages d’Optat de Milève ou d’Ambroise de Milan, ou de tant d’autres évêques de notre communion; ni qu’elle a été reconnue par les conciles de nos collègues. » (Lettre aux catholiques contre les donatistes ou Traité de l’Unité de l’Eglise, XIX, 50, PL tome 43, colonne 430)

« Qu’ils lisent, s’ils le veulent, les récits d’Optat de Milève, évêque catholique, de sainte mémoire, et les documents si pleins d’intérêt qu’il nous a laissés. » (Réfutation d’un écrit de Parménien, I, 5, PL tome 43, colection 37)

« N’est-ce pas là ce qu’ont fait nos plus illustres modèles ? Pour ne rien diredes vivants, ne voyons-nous pas de combien d’or, d’argent, de vêtements précieux, sesont chargés en sortant de l’Egypte, et Cyprien, cet éloquent docteur et cet heureuxmartyr, et Lactance, et Victorin, et Optat, et Hilaire et une foule d’autres parmi les Grecs ? » (De la doctrine chrétienne, II, 40, 61, PL tome 39, colonne 63)

2) Le papisme chez saint Ambroise

Saint Ambroise montre que l’on doit identifier les véritables catholiques en se basant sur un seul indice, celui qui nous est donné avec le siège de saint Pierre, c’est-à-dire avec la communion de l’Église de Rome. Voici en effet ce qu’il écrit au sujet de son frère Satyre, qui échappa à un naufrage alors qu’il était encore catéchumène et voulut recevoir sans tarder le baptême, mais uniquement d’un évêque catholique. Il donne en exemple et examine comment son frère a fait preuve de prudence et de sagesse lorsqu’il demandait dans les diverses régions de l’étranger s’il y avait un évêque catholique, c’est-à-dire un évêque qui fît partie de l’Église de Rome :

« Il fit venir à lui l’évêque de l’endroit, ne croyant pas qu’il y eût de véritable grâce en dehors de celle de la vraie foi. Il lui demanda s’il était en communion avec les évêques catholiques c’est-à-dire avec l’Église de Rome, et peut-être le schisme avait-il alors ses adhérents dans cette contrée : car c’était le temps où Lucifer s’était séparé de notre Eglise. » (Sur la mort de son frère Satyre, Livre 1, n° 47 dans PL, 16/1306.)

Et pourquoi parlait-il de l’Église de Rome, et non de celle de Jérusalem, d’Antioche ou de Constantinople, sinon parce que c’est l’Église de Rome qui se retrouve sans aucun doute comme leur tête dans toutes les églises catholiques ? Parce qu’il s’agit du « Siège de Pierre »:

« ceux qui n’ont pas au milieu d’eux le siège de Pierre, qui le déchirent par un schisme impie, n’ont pas de part à l’héritage de Pierre » (De la pénitence, I, 7)

Et on pourra trouver un critère de discernement semblable dans ce que saint Jérôme écrit au pape saint Damase :

« Pour ma part, je répète incessamment en criant : si quelqu’un est uni à la chaire de Pierre, il est avec moi. » (lettre 16 à Damase)

Il veut « suivre l’Eglise romaine » :

« Nous n’ignorons pas que cette coutume de laver les pieds n’est pas suivie par l’Eglise de Rome, que nous aimons du reste à prendre en tout pour modèle. Voyez si ce ne serait pas à cause du grand nombre des fidèles qu’elle n’a pas adopté cet usage. Je n’ai rien tant à cœur que de suivre en toutes choses l’Eglise romaine. » (Des Sacrements, livre III, chapitre 1)

En 381, saint Ambroise et les Pères du concile d’Aquilée dans leur lettre adressée aux empereurs :

« Il nous fallait supplier Votre Clémence, de ne pas souffrir que la tête de tout l’univers romain, l’église de Rome, fût en proie au trouble. Car cette église est la source à laquelle tous puisent les liens de justice, qui constituent la communion sacrée. » (Lettre XI à l’empereur Gratien, 4)

3) Le papisme chez saint Optat

« tous conservent l’unité dans l’unique chaire de saint Pierre. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre 2, n°&, PL, 11/947)

« Nous prouvons que l’Église catholique est celle qui est répandue dans tout l’univers. Il s’agit maintenant d’énumérer ses privilèges, et de voir où ils se trouvent dans leur nombre de cinq ou de six, comme vous le dites. Le premier de ces privilèges, c’est de posséder une chaire qu’occupe un évêque, qui soit comme l’anneau sans lequel il n’y aurait pas lieu d’y joindre d’autres propriétés ; et il s’agit par conséquent de voir quel est l’évêque qui a siégé le premier, et où il a fixé son siège. Apprenez-le, si vous l’ignorez encore ; rougissez, si vous ne l’ignorez pas. On ne peut supposer que vous l’ignoriez ; il reste donc à dire que vous le savez. Errer avec connaissance de cause, c’est ce qui fait le crime. Car pour ce qui est de l’ignorance, elle est quelquefois excusable. Vous ne sauriez donc nier, sous prétexte d’ignorance, qu’à Rome Pierre ait le premier occupé la chaire épiscopale ; Pierre, le chef de tous les apôtres, et appelé pour cette raison Céphas [Ici saint Optat commet assez visiblement une erreur d’étymologie : le mot Cephas ne vient pas, comme il semble le croire, du mot grec κεφαλη, tête ou chef ; mais c’est un mot syriaque qui signifie la même chose que pierre ou rocher : « Tu vocaberis Cephas, quod interpretatur Petrus » (Jean, I, 42). Au reste, le mot grec κεφαλη peut avoir lui-même pour étymologie le mot syriaque כיפא]. C’est cette chaire qui doit être pour tout le monde le centre de l’unité, et à laquelle les autres apôtres n’ont jamais pu avoir la pensée d’opposer leurs chaires particulières ; en sorte que ce serait commettre ce crime de schisme, que d’élever aujourd’hui une autre chaire en opposition avec celle-là. Donc cette chaire unique, première des propriétés de l’Eglise, a été occupée par Pierre le premier. A Pierre a succédé Lin ; à Lin a succédé Clément ; à Clément Anaclet ; etc. ; à Jules, Libère ; à Libère Damase ; et à Damase, Sirice, qui est aujourd’hui notre collègue, et avec lequel tout l’univers, en même temps que nous-même, est en société de communion par le commerce des lettres formées [On trouvera dans le Protestantisme et la règle de foi du P. Perrone, t, II, p. 116-578 et suiv. (trad. franc.) ce qu’on doit entendre par lettres formées]. Vous, à votre tour, dites quelle est l’origine de votre chaire épiscopale, vous, qui vous attribuez les privilèges de la vraie Eglise. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, livre II, 2-3).

Juste après avoir donné la liste des évêques de Rome, démontre que les schismatiques sont en dehors de l’Église catholique en donnant pour preuve qu’aucun de leurs évêques n’est en communion avec la chaire de Rome et il conclut ainsi :

« Cette chaire est le premier de tous les dons du Christ, et comme nous l’avons prouvé c’est saint Pierre qui nous l’a communiqué. » (Livre 2, chapitre 6 dans PL, 11/958)

« Et cette chaire de saint Pierre qui nous a été donnée est le principe grâce auquel nous parviennent tous les autres dons. » (Livre 2, chapitre 9 dans PL, 11/962.)

Dans ce passage, saint Optat entend désigner avec cette prérogative de la chaire la note d’apostolicité, qui se trouve chez tous ceux qui sont en communion avec cette chaire, où réside la source et l’origine du pouvoir apostolique.

« Pour le bien de l’unité, le béni Pierre, pour qui il aura suffi que, après son reniement, il n’eût obtenu que le pardon, pour mériter d’être préféré à tous les Apôtres, et seul il a reçu les clefs du Royaume des Cieux pour les communiquer aux autres. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, VII, 3)

D) Ce que rapporte Saint Possidius de Calame, biographe de saint Augustin

Saint Possidius de Calame (vers 397-vers 437), biographe contemportain de saint Augustin rapporte lui aussi ce recours des conciles d’Afrique du Nord à Rome pour être confirmés :

« Comme ces hérétiques s’efforçaient, par leurs artifices, de persuader leur erreur au Saint-Siège Apostolique, les saints évêques d’Afrique, réunis en concile, résolurent de montrer, avec le plus grand soin, au saint pape de Rome, le vénérable Innocent et ensuite à saint Zozime, son successeur, combien cette secte devait être abhorrée et condamnée par la foi catholique. Ces pontifes du Siège Suprême les censurèrent à diverses reprises et les retranchèrent des membres de l’Église : par des lettres adressées aux églises d’Afrique en Occident et à celles d’Orient, ils ordonnèrent à tous les fidèles de les anathématiser et de les fuir. Ayant appris le jugement que venait de porter sur eux l’Église catholique de Dieu, le très pieux empereur Honorius, pour s’y conformer, ordonna de les ranger parmi les hérétiques condamnés par ses lois. Alors quelques-uns d’entre eux rentrèrent dans le sein de l’Église, notre mère, d’où ils étaient sortis ; d’autres y reviennent encore tous les jours, à mesure que la vérité de la vraie foi se manifeste à eux et l’emporte sur cette détestable erreur. » (Vie d’Augustin, XVIII)

 

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2 commentaires sur “Saint Augustin enseignait-il « sola scriptura » ?

  1. Pingback: Les Pères de l’Eglise sur la Tradition | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Carlito
    13 avril 2019

    Merci pour votre étude, elle m’apporte éclairage et renforce en moi la Foi et l’Espérance !
    Dieu vous mes amis !

Répondre à Carlito Annuler la réponse.

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Cette entrée a été publiée le 11 avril 2019 par dans Foi Catholique.
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