+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La Mère du Fils : Le cas de la dévotion mariale

Source : Par Mark Shea, Président de www.catholicexchange.com


couronnement viergeC‘est une des choses les plus étranges du monde : tant de chrétiens qui aiment Jésus de tout leur coeur reculent avec crainte à la simple mention du nom de sa mère, tandis que beaucoup de ceux qui l’aiment deviennent muets quand on leur demande d’expliquer pourquoi.

L’offrande d’une vie

La plupart des questions que les gens ont sur Marie sont en réalité des questions sur d’autres sujets. « Où est l’Assomption de Marie dans la Bible ? », ce n’est pas vraiment une question sur Marie. C’est une question sur la validité de la Sainte Tradition et sur l’autorité de l’Église. « Pourquoi devrais-je prier Marie ?», ce n’est pas vraiment sur Marie non plus. C’est en réalité une question sur les relations entre les vivants et les morts en Christ. « Les catholiques adorent-ils Marie ? » ce n’est pas une question sur Marie. Cela est surtout une interrogation visant à savoir si les catholiques sont idolâtres ou non, et ce que le terme « honorer » signifie. Et assez curieusement, celles-ci et bien d’autres objections, à la fois rendent hommage et mais aussi font l’impasse sur la vérité centrale que l’Église s’efforce à nous aider à voir sur Marie : que sa vie, dans sa totalité, est une vie offerte.

Marie après tout n’aurait aucune conséquence sur nos vies si ce n’était de son Fils; C’est parce qu’elle est la Mère de Jésus-Christ qu’elle a de l’importance pour le monde entier. S’il n’était pas né, vous n’auriez jamais entendu parler d’elle. Jean, avec son habituelle concision dans l’expression, a capturé cette vie offerte avec ses propre mots : « Faîtes tout ce qu’il vous dira » (Jean 2:5). Et, bien sûr, si c’était tout ce que l’Église avait à dire à son sujet, les évangéliques seraient plus qu’heureux de la laisser faire référence à Jésus et feraient avec. Ce qui déconcerte tant de non-catholiques, c’est la tendance qu’a l’Église de continuer de nous renvoyer à elle. « Ad Iesum per Mariam » (« À Jésus par Marie ») disons-nous, ce à quoi beaucoup de non-catholiques répondent nerveusement : « Le christianisme n’est-il pas plutôt
une relation avec le Christ ? Pourquoi les catholiques honorent-ils tant Marie?»

Sublime Négligence

Cette question me semblait raisonnable – jusqu’à ce qu’une autre question se mette à me tracasser : si les catholiques honorent trop Marie, de quelle manière exactement, nous évangéliques, nous l’honorions « comme il faut » ? Car la réalité est que ma foi évangélique de naissance répugnait à quelque mention de Marie que ce soit.

C’était étrange. Après tout, les évangéliques pouvaient passer la journée à parler de Paul et ne jamais avoir l’impression de l’adorer ou de lui donner « trop d’honneur ». Nous comprenions parfaitement que la parole de Dieu venait à nous par Saint
Paul, et il n’y avait pas de conflit entre les deux ( même si Paul montre plus de défauts de caractère que Marie).

Cependant, la plus petite mention de Marie par un catholique amenait immédiatement tout un flot d’avertissements, d’hésitations, d’examens minutieux sur ce manque de foi (comme Marc 3:21 est supposé le prouver), et même des affirmations que Jésus était moins satisfait d’elle qu’il ne l’était de ses disciples (parce qu’il l’avait appelée « Femme » au lieu de « maman »; et parce qu’il a qualifié ses propres disciples comme étant  » un frère, une soeur, une mère » [Marc 3: 21]). Et cela malgré le fait que ce n’est pas seulement la parole de Dieu ( par exemple le Magnificat), mais le Verbe de Dieu, qui nous est venu par Marie (Jean 1:14). Comme évangéliques nous pouvions dire : « Sans Paul, l’Évangile n’aurait jamais atteint les païens ». Mais cela nous glaçait d’entendre que « sans Marie, l’Évangile n’aurait jamais atteint la terre ». Car soudain, une rafale d’affirmations hautement spéculatives jaillissaient sur le fait que « Dieu aurait simplement choisi quelqu’un d’autre « , comme si Marie n’était qu’une simple unité d’incubation, complètement interchangeable avec une autre femme sur terre.  » Pas de Paul, pas d’Évangile pour les païens » était sensé, mais « pas de Marie, pas d’incarnation, pas de mort ni résurrection, pas de salut pour le monde » était trop outrageant !

En effet, dans la piété et la prédication évangéliques telles qu’elles sont pratiquées, on peut être pardonné d’avoir compris que Jésus n’aimait pas vraiment très bien sa mère (comme un adolescent irrité parce que sa mère ne le comprend pas). Entendre « Marie n’est pas très importante » martelé à la maison à chaque fois que son nom est prononcé avait tendance à vous donner l’impression que – (après un bref passage chez sa mère pour la « carte » de noël de famille)- Jésus était heureux de passer son temps loin de sa famille, dans le Temple, discutant de choses célestes. La position de la piété évangélique était plus ou moins que nous devions faire de même et ne pas porter d’attention à cette mère qui était trop limitée pour comprendre qui Il était, et qu’Il a réprimandé en disant « Pourquoi me cherches-tu ? Ne sais-tu pas que je dois être dans la maison de mon Père ? »

Ainsi, notre affirmation à l’honorer juste « comme il faut » se limitait en pratique à ne lui porter aucune parcelle de notre attention en dehors du chant « douce nuit » chaque Noël. Le reste du temps c’était, soit la négligence la plus complète, soit des affirmations craintives de son in-importance et de sombres avertissements à ne pas donner trop de place à la femme dont l’Écriture inspirée dit pourtant « Désormais, toutes les générations me diront bienheureuses ».

C’était une évidence effrayante de réaliser que nous la traitions aussi instinctivement – et cela , comme je l’ai noté depuis, n’est pas rare chez les convertis. Dale Ahlquist, le président de la société américaine de Chesterton, me raconta un jour alors qu’il luttait encore contre l’Église à cause de Marie, un prêtre assez direct de sa connaissance lui demanda : « Crois-tu que
son âme exalte le Seigneur ? C’est juste là, dans l’Écriture. » Ahlquist répondit pensivement « Bien sûr que je le crois, je connais la Bible ! ». Mais alors même qu’il répondait, il pensait en lui-même « Je n’avais jamais réellement pensé cela auparavant ». Ce peut être un expérience déroutante.

Mais en fait, c’est juste là, dans la Bible. Son âme magnifie le Seigneur, et depuis ce jour toutes les générations l’ont appelée bienheureuse ! Alors pourquoi quand nous, évangéliques, regardions Jésus, ne le regardions-nous jamais à travers cette loupe divinement désignée ? Pourquoi étions-nous si nerveux à l’idée de l’appeler « bénie » et à lui rendre quelque hommage ? Réaliser cela, fut le premier indice indiquant que, peut-être, c’étaient les catholiques qui étaient simplement normaux et faisaient preuve d’humanité en honorant Marie, tandis que nous évangéliques, nous étions plus comme des gens ayant renoncé à l’alcool se lamentant que sur la consommation excessive de vin aux noces de Cana.

Les obstacles culturels

J’en vins à réaliser qu’une partie du problème résidait dans le fait que les craintes des évangéliques sont viscérales, et pas entièrement théologiques. En effet, l’essentiel du conflit entre évangéliques et catholiques est culturel, pas théologique. La culture évangélique (que vous soyez un homme ou une femme) est principalement masculine, tandis que la culture catholique (encore une fois, que vous soyez un homme ou une femme) est profondément féminine.
Etcesdeux groupes prennent souvent leurs différences culturelles pour des différences théologiques.

L’approche catholique a tendance à être centrée sur le corps, l’Eucharistie et la contemplation. La prière, dans la culture catholique, est avant tout destinée à rechercher l’union avec Dieu. L’approche évangélique de Dieu tend à être centrée sur l’Écriture, l’explicitation verbale de la foi, la mission et sur l’Esprit agissant avec puissance. Les deux sont des chemins chrétiens légitimes pour approcher l’Évangile. Mais à cause de ces différences inconscientes, les évangéliques et les catholiques se disputent souvent sur cette culture, alors même qu’ils pensent débattre de théologie. La spiritualité féminine du catholique aura tendance à regarder l’approche masculine des évangéliques comme étant superficielle, bruyante, utilitariste et manquant de vie intérieure. Cependant, que la piété catholique peut être perçue par les évangéliques comme froide, ritualiste, ignorante de la Bible, et coupée de la réalité. Ainsi, les évangéliques critiquent souvent la vie catholique comme un retrait de la réalité par des rites et des prières « automatiques ».

Pas étonnant alors que les héros des deux camps soient (pour les évangéliques) le grand « dynamo » humain de l’énergie Apostolique, Saint
Paul; et (pour les catholiques) la grande icône de la prière contemplative débouchant sur l’incarnation, la sainte Vierge Marie. En tant qu’évangélique, je trouvais SaintPaul plus facile à apprécier, puisqu’il était « biblique » – après tout, il a écrit une bonne partie du Nouveau Testament. Il n’en était pas ainsi avec Marie. Hormis le Magnificat, et deux ou trois remarques ici et là – plus bien sûr, les récits de l’enfance- elle ne m’avait jamais semblé occuper autant de place dans l’esprit des auteurs du Nouveau Testament qu’elle semblait occuper de place chez les catholiques. La dévotion mariale ressemblait à une montagne de piété bâtie à partir d’une simple taupinière dans l’Écriture.

L’apparence, cependant, peut-être trompeuse. Car, alors que je connaissais de mieux en mieux ma Bible, il devint évident à mes yeux que les auteurs de l’Écriture n’était pas aussi stressés par Marie que ne l’était ma foi évangélique native. Bien plus, ils lui octroyaient des honneurs qui semblaient beaucoup plus catholiques qu’évangéliques.

Luc, par exemple, la relie à l’Arche de l’Alliance en rapportant que le Saint-Esprit la « couvrit de son ombre ». Le même mot est utilisé en grec pour décrire la manière dont la Shekinah (gloire de Dieu) recouvrit le tabernacle en Luc 1:35. De même, Jean fait la même connexion entre Marie et l’arche de l’Alliance quand il annonce dans Apocalypse 11:19-12:2:

« Et le Temple de Dieu qui est dans le ciel fut ouvert, et l’Arche d’Alliance apparut dans son Temple. Et il y eut des éclairs, des voix, des coups de tonnerre, un tremblement de terre et une forte grêle. Un grand signe apparut dans le ciel : une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête. Elle était enceinte et elle criait, étant en travail et dans les douleurs de l’enfantement. »

Le chapitre continue décrivant la femme donnant naissance à l’enfant mâle qui gouverne les nations avec un sceptre de fer et qui manque d’être dévoré par un Dragon rouge.

Comme évangélique, ma tradition trouvait plutôt facile de détecter les codes barres, les hélicoptères soviétiques, le marché Commun Européen, et les Beatles, cachés dans le récit de l’Apocalypse. Mais quand les catholiques suggéraient que la femme de l’Apocalypse puisse être en rapport avec la Sainte Vierge, occupant une place d’importance cosmique dans le grand ordre de l’Univers, c’était écarté comme si cela serait incroyable. Chacun savait que la femme de l’Apocalypse était en réalité le symbole de la Vierge fille de Sion donnant naissance à l’Église. Or, une jeune fille juive s’est tenue au pinacle de l’Ancien Testament et a résumé la totalité de la mission d’Israël et donna sa chaire à la Tête de l’Église disant : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta Parole » – qu’est-ce qu’elle pouvait avoir à faire avec ces images ? Pourquoi, cela aurait suggéré qu’elle était la Vierge, fille de Sion et la fleur de son peuple, le disciple modèle, l’icône de l’Église, la Mère de Jésus et de tous ceux qui sont unis à lui par la foi et…

En réfléchissant à cela, l’Écriture semblait plutôt catholique après tout.

Le coeur de la doctrine mariale

C’est cette pensée révolutionnaire qui m’a permis d’insister, en tant que nouveau catholique, pour découvrir ce que l’Église essayait de dire avec la dévotion mariale. En arrivant à comprendre cela, il me semblait, que je reviendrais de loin vers la compréhension de la raison pour laquelle Marie figurait de manière si proéminente, pas seulement dans la tête, mais aussi dans les coeurs des catholiques.

La première question qui survint, bien sûr, est « Pourquoi des dogmes mariaux? » Pourquoi pas seulement des dogmes sur le Christ et laisser les catholiques penser ce qu’ils veulent de Marie ? Pourquoi lier les consciences ainsi ?

La réponse est que les catholiques pensent ce qu’ils veulent – pas seulement sur Marie mais sur beaucoup de choses. Et parfois, ils pensent des choses carrément fausses. Quand c’est ainsi, et que ces pensées mettent en péril des vérités révélées au point de menacer l’intégrité du témoignage de l’Église, l’Église, définit parfois une doctrine plus précisément. C’est un processus qui est déjà à l’oeuvre dans le Nouveau Testament (cf. Actes15), et qui continuera jusqu’au retour du Christ.

Ainsi, par exemple, au cinquième siècle survint (encore une fois) la question de savoir qui est Jésus au juste. Cette question s’est répétée tout au long de l’Antiquité et, dans ce cas, une réponse à la question fut proposée par les nestoriens. Ils avancèrent que l’homme mortel Jésus et le Logos, la seconde personne de la Trinité, étaient plus ou moins deux personnes occupant le même corps. Pour cette raison, ils insistèrent pour dire que Marie ne pouvait être acclamée (comme elle était acclamée par le peuple depuis longtemps) comme Theotokos, ou mère de Dieu. Plutôt, elle ne pouvait être acclamée que comme Christotokos, ou mère du Christ. Elle n’était, insistaient-ils, que la mère de Jésus, pas de Dieu.

Le problème de ceci est que le témoignage même de l’Église était menacé et que cela pouvait même logiquement mener à l’idée qu’il y avait deux Fils de Dieu, l’homme Jésus et le Logos qui partageaient un même espace avec lui dans son corps. Bref, c’était la porte ouverte au chaos théologique sur une des vérités les plus élémentaires de la Foi : que le Verbe s’est fait chair, mourut et ressuscita pour nos péchés.

Alors, l’Église formula sa réponse. D’abord, Jésus Christ n’était pas deux personnes occupant un même corps. Il est une personne possédant les deux natures, humaine et divine, jointes dans l’union hypostatique. Ensuite, il était par conséquent approprié d’appeler Marie la Theotokos parce qu’elle est la mère de l’homme-Dieu. Quand l’Homme-Dieu avait ses amis au dîner, il ne présentait pas Marie en disant : « C’est la mère de mon humaine nature ». Il disait : « C’est ma mère ».

Pourquoi l’Église fit-elle cela? Parce qu’encore une fois, Marie nous renvoie à Jésus. Le dogme de la Theotokos est un commentaire sur Jésus, une sorte de « haie » délimitant la vérité sur la personne de Jésus articulée par l’Église. Exactement comme le nestorianisme avait essayé d’attaquer l’enseignement orthodoxe du Christ par Marie (en interdisant de la vénérer comme Theotokos, l’Église maintenant protégeait cet enseignement sur le Christ en faisant de la
Theotokos un dogme. C’est une clé essentielle pour comprendre les dogmes mariaux : Ils touchent toujours une vérité vitale qui concerne Jésus, la nature de l’Église ou la nature de la personne humaine.

C’est évident, par exemple, dans la définition de Marie comme « toujours Vierge » (promulguée en 553 au Concile de Constantinople). Cette tradition n’est pas tant attestée explicitement que reflétée par le récit biblique. Oui, nous devons concéder que le récit biblique est ambigu lorsqu’il parle des frères de Jésus (cela signifiait-il « frères » ou seulement « cousins »? ). Cependant, un autre aspect du récit biblique suggère fortement qu’elle est
restée vierge

Par exemple, Marie réagit avec étonnement à la nouvelle qu’elle, une femme qui était fiancée, allait porter un enfant. Si vous êtes à une cérémonie de mariage et que vous disiez à la future mariée, « Tu vas avoir de beaux enfants » et qu’elle répond « Comment cela se peut-il ? » vous ne pouvez conclure qu’une des deux choses suivantes : soit elle n’est pas au courant à propos des fleurs et des abeilles, soit elle a fait le voeu de rester vierge. En résumé, il est curieux que la promesse d’un enfant soit une chose étonnante pour une femme fiancée,… à moins, bien sûr, qu’elle ait déjà décidé de rester vierge même après le mariage.

De la même manière, Joseph réagit avec crainte à l’idée de prendre Marie pour femme. Pourquoi crainte ? La modernité assure que c’était parce qu’il la pensait coupable d’adultère, mais l’interprétation normale dans l’Antiquité comprenait que ce texte signifiait qu’il craignait sa sainteté – comme un juif pieux aurait été effrayé de toucher l’Arche d’Alliance. Après tout, pensez à ce que Marie lui a dit en répétant les paroles de l’Ange :

« L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre; c’est pourquoi l’enfant qui naîtra sera appelé saint, le Fils de Dieu. »

Je ne suis pas un juif pieu, mais en m’imaginant entendre des mots comme ceux-ci à propos de ma femme, je trouve facile de croire que Joseph, sachant ce qu’il savait sur sa femme, a choisi le célibat.

 » Mais rien n’est certain, basé sur le texte seul. Cela reste ambigu » dira le critique. Bien. Le texte biblique seul ne permet pas fournir une réponse 100% certaine à cela, ainsi qu’ à des dizaines d’autres questions telles que : « L’Esprit Saint est-il Dieu ? », « Comment contracter un mariage valide ? » et « Peut-on être polygame ? » Mais la Tradition de l’Église en union avec le texte biblique fournit certainement une réponse : Marie n’eut pas d’autres enfants, une réalité si largement connue à travers l’Église primitive que lorsque Jérôme attaque Helvédius qui suggère le contraire, personne ne proteste. Dans une Église capable de se déchirer sur des distinctions entre homoousious et homoiousious, vous entendez le son des criquets en réponse à Jérôme, ponctués par le son des autres Pères chantant des hymnes à Marie « toujours vierge « . L’Église primitive tenait cela pour assuré et pensait Helvedius aussi crédible que Dan Brown.

Mais pourquoi un dogme là dessus ? Parce que la vie de Marie est une vie offerte. Sa virginité, comme celle du Christ, nous parle de sa totale consécration à Dieu et de notre vocation comme chrétiens à être nous aussi totalement consacrés. Sa virginité n’est pas de la poudre aux yeux ou un tour de magie pour rendre l »arrivée du Messie étrange. C’est plutôt, un signe de l’Église et pour l’Église. Et ceci importait précisément pour la raison pour laquelle je pensais que cela n’importait pas lorsque j’étais un évangélique : précisément parce que le christianisme supposé être une relation avec Jésus Christ. Mais une relation implique nécessairement plus d’une personne.

Cela vient de ceci : Jésus peut faire un monde de choses merveilleuses, mais il y a une chose que même Jésus ne peut pas faire : Il ne peut pas faire pour nous un modèle de ce qu’est un disciple de Jésus. Seul un disciple de Jésus peut le faire. Et le premier et le meilleur modèle du disciple de Jésus est celui qui a dit et vécu un « Oui » à Dieu, spontanément et même sans le bénéfice d’années d’entraînement ni la nécessité d’être descendu de cheval et frappé de cécité. Et elle continue de faire ainsi à travers l’épreuve de la vue de son Fils mourant et la joie de le savoir ressuscité.

C’est pourquoi l’Église, comme les Évangiles, a toujours appelé Marie notre mère: parce la mère est le meilleur modèle pour ses enfants. Le commandement de l’appeler « mère » vient, bien évidemment, de Jésus lui-même. Jean n’a pas rapporté les mots « Voici ta mère » (Jean 19:27) parce qu’il pensait que ses lecteurs s’interrogeraient sur les arrangements domestiques des veuves juives sans enfants. Plutôt, comme tout le reste, Jean écrit « Ces choses sont rapportées pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que croyant cela vous puissiez avoir la vie en son nom » (Jean 20:31). En d’autres termes, il ne rapporte pas tout sur Jésus, seulement les choses qui ont une signification théologique. Cela inclut les mots au disciple bien-aimé. Car le disciple bien-aimé c’est vous et pas seulement Jean. Marie est votre mère et vous êtes son enfant. Et donc nous devons la regarder comme mère et l’imiter comme elle imite le Christ.

Vaincre les idéologies destructrices

Cela nous amène aux deux derniers dogmes mariaux (qui sont intimement liés). Étant donné que le dogme marial est toujours un commentaire sur le Christ et son Église, qu’est-ce que l’Église dit dans son enseignement dogmatique en affirmant que :

1) Marie fut préservée au moment de sa conception de la tache de tout péché, tant originel qu’actuel ; et
2) que Marie fut élevée corporellement au Ciel à la fin de sa vie terrestre ?

La grave crise que traversa l’Église au XIXe siècle (quand le Saint Esprit accomplissant son oeuvre de guide de l’Église dans la vérité toute entière, conduisit l’Église à promulguer le dogme de l’Immaculée Conception) était la montée de plusieurs idéologies – encore assez présentes aujourd’hui – qui remettaient en question les origines et la dignité de la personne humaine. Darwin disait que la personne humaine était un morceau de viande particulièrement intelligent dont les origines étaient aussi accidentelles que le nez d’un cochon. Marx disait que les hommes étaient les simples pièces d’un vaste processus économique historique. Le capitalisme sauvage voyait les gens comme des ressources naturelles exploitables et jetables lorsqu’elles perdaient leur valeur. Les eugénistes disaient que la dignité humaine résidait dans la « forme ». Une bonne partie du protestantisme déclarait les humains « totalement dépravés », tandis qu’une bonne partie des « lumières » défendait le mythe de l’innocence de l’homme, le « bon sauvage », et l’idée de perfection humaine par la raison. La théorie raciale avançait la notion que la clé de la dignité humaine était ce qui entoure votre squelette, la couleur de votre peau, et votre appartenance à la tribu arienne ou teutonique. Freud annonçait que votre illusoire dignité humaine n’était qu’un voile sur les profondeurs insondables des processus inconscients largement centré sur les parties génitales ou venant des rapports entre les parents.

Toutes ces idéologies – et beaucoup d’autres – avaient en commun le rejet dégradant de l’Homme en tant que créature faite à l’image de Dieu et appelée à l’union avec Dieu ( avec comme conséquence, l’asservissement de la personne humaine à des sortes de créatures). Par contraste, l’Église, en montrant l’icône de Marie l’Immaculée, montra l’icône de notre véritable origine et de notre véritable dignité. Qu’elle était sans péché était un enseignement aussi vieux que les montagnes dans l’Église, qui la tenait pour Kecharitomene, ou « pleine de grâce », depuis l’époque de Luc, et la saluait comme Panagia, ou toute sainte, depuis les premiers siècles de l’Église. Alors pourquoi l’Esprit Saint poussa-t-il l’Église à se concentrer et à expliciter davantage cet enseignement immémorial en le développant plus clairement ?

Parce que ce qui était nécessaire d’être dit clairement et solennellement, c’était que nous étions créés à l’image de Dieu et que notre chute, quoique réelle, ne nous pouvait nous définir ni nous nommer : c’est Jésus Christ qui le peut ! Nous ne sommes pas de simples animaux, des moyennes de statistiques, des suintements primordiaux sophistiqués, ni un ensemble de complexes et appétits cliquetants , des totems tribaux, des surhommes ariens, des sauvages naturellement vertueux, ou de parfaitement dépravés « Mister Hyde ». Nous avons été fait par Dieu, et pour Dieu. Par conséquent le péché, même s’il est normal, n’est pas naturel et ne constitue pas notre humanité. Et la preuve de cela, c’est Marie, qui fut préservée du péché et fut cependant plus humaine que chacun d’entre nous. Elle ne fut pas innocente automatiquement, comme si elle pouvait l’être sans Dieu. Elle fut le plus formidable vase de l’univers pour recevoir la grâce, une grâce qui l’a faite, selon la fameuse phrase, « plus jeune que le péché ». A cause de cela, elle fut libre pour être, ce qu’Irénée décrit comme « la gloire de Dieu » : un être humain pleinement vivant ! Et ce qu’elle est, la grâce du Christ peut nous transformer ainsi.

Les idéologies du XIXe siècle restent cependant dans les librairies et dans l’enseignement. Au XXe siècle elles furent mises en pratique par les puissances de l’État, de la science, des affaires, de la publicité, de l’éducation, et le domaine militaire, dans des programmes qui apportèrent de nombreux fruits tels que les guerres mondiales ou locales, l’Holocauste, les grandes famines, les champs de mines, la culture de la mort qui récolte encore les riches abondances de la destruction spirituelle et physique. Bref, comme les philosophies du XIXe
siècle avaient attaqué la dignité et l’origine de la personne humaine, de même, la réalisation de ces philosophies sur le terrain au cours du XXe siècle ont attaqué la dignité et la destinée de la personne humaine.

Que fit alors l’Esprit Saint? Encore une fois, en 1950, au milieu du siècle qui avait vu le plus puissant assaut que le monde a jamais vu contre la personne humaine et contre la famille, l’Église éleva encore Marie comme l’icône de ce que nous sommes vraiment, et ce que nous sommes appelés à devenir en promulguant le dogme de l’Assomption de Marie. Tout comme l’Immaculée Conception éleva Marie comme l’icône de la dignité divine de nos origines, de même l’Église, en enseignant que « la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel » l’élevait maintenant comme icône de la divine dignité de notre destinée.

L’Église répète en effet, que le même Dieu qui aime le monde ne veut pas que notre destin soit le four, le cimetière de masse, l’aspirateur à foetus, l’anonymat de l’usine, le bordel, l’isolement ou la rue. La fin de notre vie est supposée être , comme ça l’est déjà pour elle, la gloire extatique de l’union complète avec le Dieu Trinité dans l’éternité. Encore une fois, Dieu
nous montre par elle, sa plus grande sainte, quelque chose de vital sur notre relation à Lui.

Et c’est cela, au final, qui est le sujet de la dévotion mariale et de la théologie. Par Notre Dame, nous voyons Jésus reflété dans les yeux de sa plus grande sainte ! Mais nous voyons aussi « la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles, et la puissance infinie qu’il déploie pour nous, les croyants » (Ephésiens1:18-19). Car ce qu’il a déjà fait pour elle, il le fera aussi un jour en nous.

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3 commentaires sur “La Mère du Fils : Le cas de la dévotion mariale

  1. Pingback: Le culte de Marie est béni par Dieu | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. audrey
    12 avril 2016

    Je découvre ce site, à un moment où j’en ai terriblement besoin. Béni soit notre DIEU et Rédempteur qui nous guide…

  3. Roland Azo Galé
    23 avril 2016

    Grand Merci A Yesus Christus Azu Et L’apôtre Des Protestants Pour Ce Magnifique Blogue Que J’ai Decouvert Il Ya 2 Mois Environs.Je Suis Ivoirien Catho De Naissance Par Suivisme Et Ensuite Catho Par Conviction Après Ma Confirmation A L’âge De 15ans.J’ai 31 Ans Maintenant Et J’essai Tant Bien Que Mal De Convaincre Certains Amis Evangeliques Avec Leurs Eternel Refrain:où Est Que Celà Est Ecrit Dans La Bible?Je Me Debrouillait Mais Enfin Grace A Ce Blog,je Suis Armée A 100%!Que Dieu Nous Benisse

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