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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’infaillibilité du Syllabus

Dossier : l’Encyclique « Quanta cura » et le « Syllabus » (8 décembre 1864) : ici

Dans notre article L’union de l’Eglise et de l’Etat : ce qu’enseignent les Papes, nous citions plusieurs propositions condamnées par le Syllabus de Pie IX. Ce document a toujours déchaîné les passions depuis sa promulgation le 8 décembre 1864 ! Aussi, cela n’a pas manqué, cette mention de ce document dans notre article nous a valu des contestations en privé. Les auteurs de ces critiques affirment que ce document n’est pas infaillible. Nous allons ici administrer toutes les preuves nécessaires, et même plus que cela, que ce document est bel et bien un acte du Magistère infaillible de l’Eglise !

Voici le plan de notre étude :

I) L’enseignement des Papes eux-mêmes

A) Pie IX manifeste son intention

1) L’infaillibilité de l’encyclique Quanta cura de laquelle dépend le Syllabus

2) Pie IX manifeste son intention d’avoir publié un document infaillible

a) Il fait publier un sermon qui n’avait d’autre but que d’établir l’infaillibilité du Syllabus

b) Un discours dans la Chapelle Pauline

B) Saint Pie X règle la question

II) La réception universelle des Evêques : un cas de Magistère ordinaire-universel

A) La réception universelle du Syllabus comme un document infaillible

B) Quelques exemples particuliers

III) L’unanimité des théologiens

A) Théologiens ayant reçu des approbations romaines

B) Théologiens n’ayant pas reçu d’approbations romaines spécifiques

I) L’enseignement des Papes eux-mêmes

A) Pie IX manifeste son intention

Plusieurs documents et actes de Pie IX autres que le Syllabus prouvent que ce dernier entendait promulguer un document infaillible.

1) L’infaillibilité de l’encyclique Quanta cura de laquelle dépend le Syllabus

Le Syllabus est un document qui énumère 80 propositions condamnées, qui vient en complément de l’encyclique Quanta cura, qui porte sur les principales erreurs politico-religieuses. Or ce document est infaillible ! En effet, Pie IX y déclare :

« Au milieu donc d’un telle perversité d’opinions corrompues, Nous souvenant de Notre charge Apostolique, dans notre plus vive sollicitude pour notre très sainte religion, pour la saine doctrine, et pour le salut des âmes à Nous confiées par Dieu et pour le bien de la société humaine elle-même, Nous avons jugé bon d’élever à nouveau Notre Voix Apostolique. En conséquence, toutes et chacune des opinions déréglées et des doctrines rappelées en détail dans ces Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons de Notre Autorité Apostolique ; et Nous voulons et ordonnons que tous les fils de l’Église catholique les tiennent absolument pour réprouvées, proscrites et condamnées. » (n°14)

Aussi, si Quanta cura, le document principal est infaillible, comment le Syllabus qui lui est subordonné ne le serait-il pas ? S’agirait-il de deux actes indépendants ? Non bien sûr !

voici d’abord la lettre par laquelle le Cardinal Giacomo ANTONELLI, Secrétaire d’Etat de Pie IX, annonçait l’envoi officiel da Syllabus :

« Illustrissime et Révérendissime Seigneur,

Notre très saint Seigneur Pie IX, Souverain Pontife, profondément préoccupé du salut des Ames et de la saine doctrine, n’a jamais cessé, dès le commencement de son Pontificat, de proscrire et de condamner les principales erreurs et les fausses doctrines de notre si malheureuse époque en particulier, par ses Encycliques et par ses Allocutions prononcées en Consistoire et par ses autres Lettres apostoliques qui ont été publiées. Mais comme il aurait pu arriver que tous ces Actes Pontificaux ne fussent point parvenus à chacun des Ordinaires, le même Souverain Pontife a voulu que l’on rédigeât un Syllabus de ces mêmes erreurs destiné à être envoyé à tous les Evêques du monde catholique, afin que ces mêmes Evêques eussent sous les yeux toutes les erreurs et doctrines pernicieuses qui ont été réprouvées et condamnées par lui. Quant moi, il m’a ordonné de veiller à ce que ce Syllabus imprimé vous fût expédié, Illustrissime et Révérendissime Seigneur, à l’occasion et au temps où le même Souverain Pontife, par suite de sa grande sollicitude pour le salut et le bien de l’Eglise catholique et de tout le troupeau qui lui a été divinement confié par le Seigneur, a jugé à propos d’écrire une autre Lettre Encyclique à tous les Evêques catholiques. Ainsi, exécutant, comme c’est mon devoir, avec tout le zèle et le respect qui conviennent, les commandements du Pontife, je m’empresse, Illustrissime et Révérendissime Seigneur, de vous envoyer ce Syllabus.

Daignez

Rome, le 8 décembre 1864

I. Cardinal ANTONELLI »

Comment ne pas voir que les termes « profondément préoccupé du salut des Ames et de la saine doctrine […] proscrire et de condamner les principales erreurs et les fausses doctrines […] toutes les erreurs et doctrines pernicieuses qui ont été réprouvées et condamnées« , par lesquels il désigne le Syllabus, font échos à la déclaration d’infaillibilité que Pie IX fait de Quanta cura lorsqu’il écrit : « Au milieu donc d’un telle perversité d’opinions corrompues […] dans notre plus vive sollicitude pour notre très sainte religion, pour la saine doctrine, et pour le salut des âmes […]. En conséquence, toutes et chacune des opinions déréglées et des doctrines rappelées en détail dans ces Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons de Notre Autorité Apostolique ; et Nous voulons et ordonnons que tous les fils de l’Église catholique les tiennent absolument pour réprouvées, proscrites et condamnées. » ? C’est un signal que les erreurs infailliblement condamnées par Quanta cura sont aussi celles du Syllabus !

C’est là une conclusion à laquelle nous étions arrivés nous-mêmes. Cependant, nous avons été agréablement surpris de découvrir qu’un contemporain du Pape Pie IX ait déjà affirmé la même chose à son époque, dans un livre ayant reçu l’approbation personnelle de Pie IX :

« L’autorité du Syllabus n’est pas à prouver ; nous ferions injure à nos adversaires en l’essayant. Quand il ne serait qu’une série de propositions condamnées par le Saint-Siège, sans aucune solennité de forme, il aurait assez de force pour dirimer toutes les controverses. En théologie on s’arrête toujours devant une proposition condamnée. Les exemples à l’appui de notre thèse abondent. Mais le Syllabus est une annexe de l’encyclique Quanta cura, qui est adressée à tout l’univers par le pape parlant ex cathedra : on voit ce que cette circonstance ajoute à son autorité. » (Père Jean-Antoine AT, Le vrai et le faux en matière d’autorité et de liberté d’après la doctrine du Syllabus, Tome II, 5è édition, page 470 ; comme nous le verrons plus bas, ce livre a reçu une approbation personnelle de Pie IX)

2) Pie IX manifeste son intention d’avoir publié un document infaillible

a) Il fait publier un sermon qui n’avait d’autre but que d’établir l’infaillibilité du Syllabus

« De plus, le P. Gallerani, de la Compagnie de Jésus, ayant prêché à Rome un sermon sur la valeur infaillible du Syllabus et l’obéissance qui lui est due, nous croyons à savoir qu’il a reçu du Saint-Père l’ordre formel de livrer son discours à l’impression. » (Article « Doctrinal Apostolic letters  of Pope Pius IX« , Dublin Review, Volume X, New series, janvier-avril 1868, page 118 ; cité in : Père Henri MONTROUZIER, SJ, dans la Revue des sciences ecclésiastiques dans un article intitulé « Autorité doctrinale du Syllabus« , paru en 1868 : http://www.liberius.net/article.php?id_article=263)

b) Un discours dans la Chapelle Pauline

Mgr Claude-Henri PLANTIER, évêque de Nîmes, témoigne :

« Pie IX a dit deux paroles que les catholiques ne sauraient trop méditer : Le monde est perdu dans les ténèbres, j’ai publié le SYLLABUS pour qu’il lui serve de phare et remette sur la route de la vérité. Tel est le premier mot du grand Pontife, prononcé par lui dans la chapelle Pauline. Le second regarde aussi le Syllabus, et le voici : Quand le Pape parle dans un acte solennel, c’est pour être pris à la lettre ; ce qu’il a dit, il a voulu le dire. Il serait bien à souhaiter que ces grandes paroles servissent de règle à tous les enfants de l’Église, et leur apprissent à confondre leurs esprits dans un sentiment de soumission simple, courageuse, et sans vaines contestations, aux oracles du Vatican. On verrait alors disparaître notre nous jusqu’aux dernières traces de divergences et de malentendus. Et cette unanimité nous donnerait à son tour une énorme puissance pour combattre les erreurs dont le rationalisme a comme enivré la société moderne. » (Lettre à M. Louis VEUILLOT, publiée dans l’Univers du 27 février 1868 ; rapportée in : abbé Jules CLASTRON, Vie de sa grandeur Monseigneur Plantier, évêque de Nîmes, tome 2, page 275)

B) Saint Pie X règle la question

Comme nous le montrons dans notre article Le futur Léon XIII et le Cardinal PIE dans l’élaboration du Syllabus, en 1849, le Concile de Spolète, présidé par le Cardinal Joachim PECCI, futur Léon XIII, demanda au Pape de publier un catalogue des erreurs modernes condamnées, en leur appliquant « la censure théologique voulue » et « la note spécifique« . Ce catalogue a été publié, c’est le Syllabus, mais il ne donne pas, comme cela était souhaité, les censures adéquate pour chaque proposition, ainsi que le degré d’autorité du document. Par la suite, Pie IX et Léon XIII insistèrent beaucoup sur l’obligation de se soumettre au Syllabus, et sur son importance capitale. Mais il y eut toujours une vive polémique pour savoir si ce document était ou non infaillible. La question au Pape était donc toujours latente : ce document est-il infaillible ? Or aucun Pape n’a jamais tranché de manière franche la question (même si des indices nous laissent penser que oui). Pourquoi cela ? Nous ne prétendons pas le savoir (nous pouvons toutefois le supposer : la division que cela aurait causé chez les catholiques à causes des libéraux, et l’aggravation de l’hystérie anti-Syllabus des sociétés séculières), mais nous savons que les Papes devaient avoir une raison et une bonne raison ! Aussi, saint Pie X a sans doute voulu trancher en faveur de l’infaillibilité du Syllabus, en donnant un signe certain à ceux (et ils sont peu nombreux !) qui connaissent le titre complet du Syllabus ! De fait, nous sommes à notre connaissance les premiers à avoir eu le raisonnement suivant :

Dès le début du « serment antimoderniste », document infaillible, obligatoire pour tout prêtre, saint Pie X fait jurer :

« Moi, N…, j’embrasse et reçois fermement toutes et chacune des vérités qui ont été définies, affirmées et déclarées par le magistère infaillible de l’Eglise, principalement les chapitres de doctrine qui sont directement opposés aux erreurs de ce temps. » (Motu proprio Sacrorum antistitum, 1er septembre 1910, Établissant des lois pour repousser le péril du modernisme – Ou « serment antimoderniste »)

Ce serment confirme, pour ceux qui en auraient douté, l’infaillibilité du Syllabus. En effet, comme nous venons de le dire, saint Pie X oblige tous les prêtres à jurer (et une telle obligation ne saurait porter sur une affirmation pouvant être fausse) de se soumettre à l’enseignement du « magistère infaillible de l’Eglise, principalement les chapitres de doctrine qui sont directement opposés aux erreurs de ce temps ». N’importe qui comprendra que cela concerne entre autres et de manière privilégiée le Syllabus. Mais cela a pour but direct de proclamer l’infaillibilité du Syllabus en particulier, puisque son titre complet est : « Recueil [Syllabus] renfermant les principales erreurs de notre temps qui sont signalées dans les allocutions consistoriales, encycliques et autres lettres apostoliques de Notre Très Saint-Père le pape Pie IX » !

II) La réception universelle des Evêques : un cas de Magistère ordinaire-universel

A) La réception universelle du Syllabus comme un document infaillible

L’adhésion de tout l’épiscopat au Syllabus confirme son autorité infaillible car ce serait un acte de Magistère ordinaire-universel. On peut en particulier citer HURTER et WERNZ qui l’affirment. Voyons ici comment l’épiscopat reçu le Syllabus.

« [Après avoir cité les enseignements des Evêques de Poitiers et de Moulins] Ces citations pourraient aisément se multiplier, et nous passerions en revue tout l’Épiscopat, qui partout a accueilli avec le même respect et la bulle Quanta cura et le Syllabus. » (Abbé Jean VERDEREAU, Exposition historique des propositions du Syllabus, Société générale de librairie catholique, 1877, page 31)

« Pour ce qui regarde en particulier le Syllabus, Pie IX ne l’a pas imposé formellement par un jugement solennel ; mais exerçant son magistère ordinaire, il a manifesté que sa volonté était qu’il servît de règle à l’enseignement quotidien des évêques, qu’il fût, par conséquent, accepté par toute l’Église comme renfermant la doctrine du Saint-Siège. D’autre part, les évêques du monde entier ont donné leur adhésion à ce document. Le Syllabus est donc infaillible. Aussi beaucoup de théologiens l’ont-ils rangé parmi les définitions ex cathedra. » (Abbé Jean-Michel-Alfred VACANT, Le Magistère ordinaire de l’Église et ses organes, 1887)

« Une confirmation singulièrement autorisée a été apportée par l’Épiscopat catholique à cette autorité du Syllabus. Réunis en synodes provinciaux et nationaux, ou parlant isolément, les évêques d’Italie, de France, d’Allemagne, d’Autriche, de Hongrie, d’Espagne, de Belgique, de Hollande, des deux Amériques, ont envoyé leur adhésion à Pie IX, ont proposé le Syllabus à leurs fidèles comme règle obligatoire de doctrine, venue du Saint-Siège ; ils ont protesté contre les pouvoirs publics, qui voulaient arrêter la publication de ce document. Le P. Rinaldi a inventorié avec conscience leurs actes et leurs circulaires. Nous dirons tout à l’heure jusqu’où va l’argument tiré de leur unanimité morale.

Contentons-nous d’observer, pour le moment, qu’une telle démonstration de l’Épiscopat catholique serait vraiment incompréhensible dans le cas où, selon l’opinion de quelques-uns, le Syllabus n’aurait été qu’un catalogue anonyme, n’ayant, de soi-même, ni autorité propre, ni force obligatoire. » (Abbé Lucien CHOUPIN, Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège: Syllabus, Index, Saint-Office, Galilée, 2e éd., Beauchesne, 1913, p. 134)

« Tous les Évêques ont publiquement adhéré à l’Encyclique et au Syllabus, et se sont soumis, comme c’était leur devoir, à l’enseignement du Chef suprême de l’Église. Ils l’ont promulgué, ils l’ont proclamé comme la vérité qu’il faut croire et comme la règle qu’il faut suivre.

Donc, même au point de vue myope des théologiens du gallicanisme, l’Encyclique et le Syllabus constituent un acte, un enseignement irréformable de l’Église catholique. » (Mgr Louis-Gaston de SÉGURLa liberté, 1870 ; in : Œuvres de Mgr de Ségur, 1887, tome 5, pages 481-482)

Mgr de SEGUR ne reçut pas d’approbation spécifique pour ce livre, mais l’ensemble de son oeuvre fut saluée par les Papes Pie IX et Pie XI : https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2020/03/30/un-auteur-catholique-a-lire-mgr-louis-gaston-de-segur-1820-1881/

« Pour terminer ce paragraphe par un exemple, nous examinerons à la lumière des principes exposés le célèbre Syllabus de 1864, qui accompagnait l’encyclique « Quanta cura. » Nous prions le lecteur de faire attention aux observations qui suivent : […]

4. Les évêques, comprenant la valeur obligatoire du document, l’ont immédiatement publié avec l’Encyclique.

5. Ils l’ont nommé une décision papale ex cathedra, « renfermant des thèses condamnées par l’autorité infaillible de l’Église, des décisions de l’autorité suprême dans l’Église de Dieu, des propositions, que la bouche infaillible du Chef de l’Église réprouve et condamne, etc., etc. »

6. Les cinq cents évêques réunis à Rome à l’occasion des fêtes du centenaire ont proclamé hautement cette manière de voir, « Ils renouvelèrent, dit Mgr Manning, devant le tombeau de l’Apôtre, l’adhésion qu’ils avaient déjà donnée en face de leurs ouailles, aux décisions papales. L’encyclique Quanta cura et le Syllabus furent considérés comme des déclarations émanées de l’autorité suprême de l’Église par la personne de son Chef, que l’assistance du Saint-Esprit protège contre l’erreur. L’assentiment des évêques n’ajoutait rien à ce qui déjà était infaillible. » » (C. DELEAU, Docteur en Théologie, article « L’infaillibilité du Pape » dans la Revue des sciences ecclésiastiques de novembre 1871, pages 323-324)

B) Quelques exemples particuliers

Mgr Pierre Le BRETON, évêque du Puy

Mgr Le BRETON déclarait s’incliner devant l’autorité du Syllabus, comme devant la sainte Écriture elle-même (Lettre circulaire du 23 janvier 1865).

Mgr Claude-Henri PLANTIER, évêque de Nîmes

« Pie IX a dit deux paroles que les catholiques ne sauraient trop méditer : Le monde est perdu dans les ténèbres, j’ai publié le SYLLABUS pour qu’il lui serve de phare et remette sur la route de la vérité. Tel est le premier mot du grand Pontife, prononcé par lui dans la chapelle Pauline. Le second regarde aussi le Syllabus, et le voici : Quand le Pape parle dans un acte solennel, c’est pour être pris à la lettre ; ce qu’il a dit, il a voulu le dire. Il serait bien à souhaiter que ces grandes paroles servissent de règle à tous les enfants de l’Église, et leur apprissent à confondre leurs esprits dans un sentiment de soumission simple, courageuse, et sans vaines contestations, aux oracles du Vatican. On verrait alors disparaître notre nous jusqu’aux dernières traces de divergences et de malentendus. Et cette unanimité nous donnerait à son tour une énorme puissance pour combattre les erreurs dont le rationalisme a comme enivré la société moderne. » (Lettre à M. Louis VEUILLOT, publiée dans l’Univers du 27 février 1868 ; rapportée in : abbé Jules CLASTRON, Vie de sa grandeur Monseigneur Plantier, évêque de Nîmes, tome 2, page 275)

D’après l’abbé Jules CLASTRON, historien de Mgr PLANTIER, le Pape aurait même dit à ce dernier au sujet du Syllabus :

« Le Pape n’a besoin ni d’excuse ni de tempérament. Il va droit, et il doit le faire. » (Lettre de Pie IX à Mgr PLANTIER du 25 janvier 1866, citée in : Abbé Jules CLASTRON, Vie de sa grandeur Monseigneur Plantier, évêque de Nîmes, tome 2, page 31)

Mgr Louis-Edouard PIE, évêque de Poitiers et participant à la rédaction de Quanta cura et du Syllabus

« Une des plus hautes autorités de l’Épiscopat français, Mgr Pie, évêque de Poitiers, n’est pas moins explicite dans la promulgation qu’il fait en son diocèse de la bulle et du Syllabus : « Considérant que, selon la définition dogmatique du concile de Florence, « au Siège apostolique et au Pontife Romain a été dévolue la primauté sur tout l’univers, et que ce même Pontife Romain est le successeur du bienheureux Pierre, prince des apôtres, et le vrai lieutenant de Jésus-Christ ; qu’il est la tête de toute l’Église, le père et le docteur de tous les chrétiens, et qu’à lui dans la personne de Pierre a été donnée par Notre-Seigneur Jésus-Christ a la pleine puissance de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle » ; sachant que l’un des devoirs essentiels des pasteurs particuliers est d’intimer aux peuples les enseignements de celui pour qui Jésus-Christ a prié afin que sa foi fût indéfectible et qu’il confirmât ses frères ; nous souvenant qu’au jour de notre consécration épiscopale nous avons juré d’employer toutes nos forces à observer nous-même et à faire observer des autres tous les décrets, ordonnances et constitutions apostoliques ; enfin, obéissant aux saints canons, et spécialement aux dispositions des derniers conciles de nos Églises de France et de notre propre province : « Nous déclarons adhérer pleinement d’esprit et de cœur à toutes les sentences et affirmations doctrinales, à toutes les règles de croyance et de conduite énoncées par Notre Saint Père le Pape Pie IX depuis le commencement de son pontificat jusqu’au présent jour, et nous prononçons que c’est le devoir de tous les chrétiens orthodoxes de se soumettre à ces mêmes enseignements avec une humble et filiale docilité de leur intelligence et de leur volonté ».

Il est évident que l’Évêque de Poitiers prend in globo tous les enseignements de la bulle et du Syllabus, et ne fait aucune distinction entre les uns et les autres. » (Abbé Jean VERDEREAU, Exposition historique des propositions du Syllabus, Société générale de librairie catholique, 1877, pages 28-30)

Mgr Pierre de DREUX-BRÉZÉ, évêque de Moulins

« Citons encore l’Évêque de Moulins, qui mérita d’être censuré par le conseil d’État de l’époque pour avoir lu lui-même dans sa cathédrale la bulle Quanta cura : « Nous souvenant avec saint Ambroise : que là où est Pierre, là est l’Église ; avec saint Jérôme : que celui qui n’amasse pas avec le successeur de Pierre dissipe ; avec saint Augustin : que, lorsque Rome a parlé, la cause est finie ; et surtout avec saint Paul : que la justice de la foi renfermée dans le cœur ne suffit pas au salut, si elle n’est suivie de la confession de la bouche ; et voulant, comme c’est notre devoir, donner ce double témoignage de notre adhésion filiale aux vérités définies dans ladite encyclique, et de notre réprobation absolue des erreurs énoncées dans le résumé qui l’accompagne :

Nous avons cru devoir faire nous-même, du haut de la chaire de notre église cathédrale, lecture des susdites lettres, comme marque de notre soumission à cette parole qui lie et délie et dont le droit est de ne jamais être liée ». » (Abbé Jean VERDEREAU, Exposition historique des propositions du Syllabus, Société générale de librairie catholique, 1877, pages 30-31)

Mgr Luigi FILIPPI, Archevêque d’Aquila

Ce membre du concile Vatican I écrivit une lettre de félicitation à Mgr François-Louis-Michel MAUPIED que nous citerons plus bas, dans laquelle, en plus des nombreuses éloges qu’il fait à cette oeuvre en général, signifiant par là qu’il approuve ce qui y est inscrit et donc l’infaillibilité du Syllabus, il parle dans le contexte du Syllabus parle de Pie IX comme d’un « Maître infaillible » :

« le SYLLABUS, contre lequel déclament si haut ceux qui ne l’ont point lu ou ne veulent pas le lire, est un phare lumineux que le Maître infaillible PIE IX a élevé pour guider quiconque ne veut pas se perdre à travers les ténèbres »

Voici l’intégralité de sa lettre :

J. M. J. Aquila, 30 Octobre 1876

MON TRÈS-CHER SEIGNEUR,

Du mieux que j’ai pu, parmi mes graves et incessantes occupations, j’ai lu votre excellent travail sur le SYLLABUS de N. T. S. Père PIE IX. Je vous avoue que cette lecture m’a causé le plus grand plaisir : c’est pourquoi je vous en fais mes plus sincères félicitations. — Dans votre livre la profondeur de la doctrine et la clarté de l’exposition marchent d’un pas égal. J’ai lu divers travaux du même genre faits en Italie et ailleurs ; mais ancien, à mon jugement, n’a atteint le but avec cette clarté et cette évidence de raison qui est la principale distinction de votre livre. Je ne vous parle pas de l’érudition, avec laquelle vous avez, orné l’exposition de plusieurs impositions et fait la généalogie des erreurs qui y sont contenues, parce que de vous on ne pouvait attendre rien de moins. Ce qui m’a plu davantage, ce sont les articles sur les propositions XIX et XXXIX, que l’on peut regarder comme des dissertations complètes sur la matière qu’elles traitent.

J’aurais voulu relire plusieurs fois votre beau livre, et le peser avec cette attention qui est réclamée également et par l’importance des questions qui y sont discutées, et par le respect dû à vos longues études et à votre rare érudition : néanmoins outre le jugement exprimé ci-dessus, je me crois en droit d’en émettre un autre, que personne n’osera contredire. Votre livre peut contenir quelque proposition, à laquelle tous ne consentiront pas, comme de fait n’y a pas consenti un docte et pieux ecclésiastique auquel je l’ai donné à lire, et qui d’ailleurs a pour vous une estime illimitée ; mais ce livre est si plein de doctrine, et établi sur des principes si purs, qu’il présente ensemble et le terrain propre à discuter les plus graves problèmes de notre époque, et les cri testes propres à les résoudre.

C’est pourquoi je souhaite à cet excellent travail une publicité égale à son importance. Selon mon humble manière de voir, quiconque ne s’efforce pas de tenir les yeux fermés et ne se déclare pas volontairement aveugle, devra à sa lecture demeurer convaincu que le SYLLABUS, contre lequel déclament si haut ceux qui ne l’ont point lu ou ne veulent pas le lire, est un phare lumineux que le Maître infaillible PIE IX a élevé pour guider quiconque ne veut pas se perdre à travers les ténèbres, qui comme un manteau de plomb pèsent sur notre siècle, dit par antiphrase LE SIÈCLE DES LUMIÈRES ; et vous par votre exposition de la plus pure doctrine catholique enseigné : pur le vicaire de Jésus-Christ dans la condamnation de toute lu foule des erreurs répandues maintenant au milieu de la Société chrétienne, vous avez fuit une œuvra éminemment méritoire, qui fera grand bien à beaucoup.

Je vous renouvelle les sentiments de ma haute estime et considération et je me plais à me redire

Votre très-dévoué serviteur et très-affectueux ami,

✝ F. LOUIS, ARCHEVÊQUE D’AQUILA

Au très Révérend Seigneur, Monseigneur F.-L.-M. MAUPIED, Prélat de la maison de sa Sainteté, à Lamballe (Côtes-du-Nord) »

Mgr Henry MANNING, Archevêque de Westminster

Mgr Henry MANNING atteste que Pie IX, parlant aux 500 évêques présents à Rome pour le centenaire des  saints apôtres Pierre et Paul (le 18è centenaire de leur martyre), le 17 juin 1867, dit :

« Dans l’Encyclique de 1864 et dans ce qu’on appelle le Syllabus, j’ai dénoncé au monde les dangers qui menacent la société, et j’ai condamné les erreurs qui viendraient la détruire. Cet acte, je le confirme maintenant en votre présence, et je le place de nouveau sous vos yeux comme la règle de votre enseignement. » (Aussi publié aux Acta Sanctae Sedis, t. IV, p. 635)

Mgr MANNING commenta :

« Ils renouvelèrent devant le tombeau de l’Apôtre, l’adhésion qu’ils avaient déjà donnée en face de leurs ouailles, aux décisions papales. L’encyclique Quanta cura et le Syllabus furent considérés comme des déclarations émanées de l’autorité suprême de l’Église par la personne de son Chef, que l’assistance du Saint-Esprit protège contre l’erreur. L’assentiment des évêques n’ajoutait rien à ce qui déjà était infaillible. »

Lettre pastorale adressée par les Évêques de l’Équateur réunis en Concile provincial à Quito, publiée le 15 juillet 1885

 
Les sept évêques d’Equateur de l’époque témoignent de la réception universelle du Syllabus par les évêques, ainsi que, de facto, la leur :
 
« Troisièmement, tout l’Épiscopat catholique a reçu le Syllabus comme un document véritablement pontifical, et Léon XIII lui-même, dans ses lettres sur les œuvres de saint Alphonse de Liguori, a reconnu ledit Syllabus comme un document qui condamne des propositions fausses ou erronées. » (in : Don Félix SARDA y SALVANY, OSB, Le libéralisme est un péché, Nouvelle édition, Téqui, 1955, page 275)
 
Cette lettre fut adjointe aux rééditions du livre Le libéralisme est un péché de Don Félix SARDA y SALVANY, dont la première édition ne contenait pas cette lettre puisqu’elle n’était pas encore publié, affirmait l’infaillibilité du Syllabus, et fut en tout et pout tout approuvé par la Congrégation de l’Index car :
 
« non seulement elle n’a rien trouvé qui soit contraire à la saine doctrine, mais son auteur D. Félix Sarda mérite d’être loué, parce qu’il expose et défend la saine doctrine sur le sujet dont il s’agit, par des arguments solides, développés avec ordre et clarté, sans nulle attaque à qui que ce soit. » (Décret complet : https://archives.laportelatine.org/bibliotheque/liberalisme/le_liberalisme_est_un_peche_sarda/01.php#preface03)

III) L’unanimité des théologiens

Lorsque les théologiens sont unanimes dans la dépendance de leurs Evêques, ce qu’ils disent manifestent un enseignement infaillible :

« Car, même s’il s’agissait de cette soumission qui doit se manifester par l’acte de foi divine, elle ne saurait être limitée à ce qui a été défini par les décrets exprès des conciles œcuméniques ou des pontifes romains de ce Siège apostolique, mais elle doit aussi s’étendre à ce que le magistère ordinaire de toute l’Église répandue dans l’univers transmet comme divinement révélé et, par conséquent, qui est retenu d’un consensus universel et constant [ou unanime et universel selon certaines traductions] par les théologiens catholiques, comme appartenant à la foi. » (Pie IX, Lettre apostolique Tuas Libenter à Mgr Gregor von SCHERR, archevêque de Munich et Freisingen, 21 décembre 1863)

Aussi nous laissons la parole à un nombre considérable des théologiens parmi les plus éminents, certains d’entre eux ayant même reçu des approbations des Papes et/ou des Congrégations Romaines.

Nous rappelons que le terme « magistère solennel » est synonyme de « magistère extraordinaire », c’est-à-dire infaillible. D’ailleurs le concile Vatican I enseigne :

« Or, on doit croire d’une foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans les saintes Écritures et dans la tradition, et tout ce qui est proposé par l’Église comme vérité divinement révélée, soit par un jugement solennel, soit par son magistère ordinaire et universel. » (Concile Vatican I, Constitution dogmatique Dei Filius, 24 avril 1870, sur la Foi catholique, CHAPITRE III. – De la Foi)

A) Théologiens ayant reçu des approbations romaines

Cardinal Constantino PATRIZI-NARO

Ce Cardinal était le Vicaire général pour le diocèse de Rome (ou « Cardinal-vicaire ») : il administrait le diocèse de Rome en délégation de Pie IX, l’évêque en titre. Aussi ne contredit jamais les propos suivants. C’est donc la pensée du Pape qui est traduite par lui lorsqu’il s’exprime ainsi en promulguant à Rome l’Encyclique et le Syllabus :

« Les vrais fidèles, ceux qui le sont et de bouche et de cœur, reconnaissent la véritable parole de Dieu dans la voix du Chef visible de l’Église. Ce Chef a mission et autorité pour enseigner toute l’Église, et quiconque ne l’écoute pas déclare par là-même ne plus faire partie de l’Eglise et du troupeau de JÉSUS-CHRIST, et par conséquent; perd tout droit à l’héritage éternel. »

C’est donc l’Encyclique et le Syllabus tout ensemble que le cardinal vicaire présente aux Romains comme la parole du Pasteur suprême. Et le Pape ne proteste pas contre les assertions de son vicaire ! Dira-t-on qu’il ne craint pas de se faire complice d’exagérations qui sont des erreurs, dès lit qu’elles reposent sur un fait controuvé !?

Or, non-seulement Pie IX n’a pas démenti le langage de son vicaire, il l’a, au contraire, appuyé de la plus solennelle confirmation, lorsque, c’est Mgr Henry MANNING qui l’atteste, parlant aux évêques le 17 juin 1867, il a dit :

« Dans l’Encyclique de 1864 et dans ce qu’on appelle le Syllabus, j’ai dénoncé au monde les dangers qui menacent la société, et j’ai condamné les erreurs qui viendraient la détruire. Cet acte, je le confirme maintenant en votre présence, et je le place de nouveau sous vos yeux comme la règle de votre enseignement. » (Aussi publié aux Acta Sanctae Sedis, t. IV, p. 635)

Père GALLERANI 

« De plus, le P. Gallerani, de la Compagnie de Jésus, ayant prêché à Rome un sermon sur la valeur infaillible du Syllabus et l’obéissance qui lui est due, nous croyons à savoir qu’il a reçu du Saint-Père l’ordre formel de livrer son discours à l’impression. » (Article « Doctrinal Apostolic letters  of Pope Pius IX« , Dublin Review, Volume X, New series, janvier-avril 1868, page 118 ; cité in : Père Henri MONTROUZIER, SJ, dans la Revue des sciences ecclésiastiques dans un article intitulé « Autorité doctrinale du Syllabus« , paru en 1868 : http://www.liberius.net/article.php?id_article=263)

Père Jean-Antoine AT

« L’autorité du Syllabus n’est pas à prouver ; nous ferions injure à nos adversaires en l’essayant. Quand il ne serait qu’une série de propositions condamnées par le Saint-Siège, sans aucune solennité de forme, il aurait assez de force pour dirimer toutes les controverses. En théologie on s’arrête toujours devant une proposition condamnée. Les exemples à l’appui de notre thèse abondent. Mais le Syllabus est une annexe de l’encyclique Quanta cura, qui est adressée à tout l’univers par le pape parlant ex cathedra : on voit ce que cette circonstance ajoute à son autorité. » (Le vrai et le faux en matière d’autorité et de liberté d’après la doctrine du Syllabus, Tome II, 5è édition, page 470)

Pie IX, auteur du Syllabus, adressa la félicitation suivante au Père AT :

« A Notre cher fils A. At, prêtre de la congrégation des Missionnaires du Sacré-Cœur, à Montauban.

PIE IX, PAPE.

Cher fils , salut et bénédiction apostolique. Si les devoirs de Notre charge ne Nous ont pas permis jusqu’à présent , cher fils, de lire les volumes intitulés : Le Vrai et le Faux en matière d’autorité et de liberté, que vous Nous avez offerts, ce titre même Nous a fait connaître que votre dessein avait été de défendre la doctrine du Syllabus que Nous avons promulgué ; aussi avons Nous accueilli votre hommage avec une très-vive satisfaction.

Nous vous félicitons de vous être attaché, comme le déclare le théologien examinateur de votre livre, à accomplir cette tâche dans tout le cours de votre travail, et d’avoir si vigoureusement fait justice des erreurs et des subtilités insidieuses du libéralisme, tant de fois condamnées par Nous, qu’à son avis, il n’a encore été rien publié qui ait plus complètement et plus sûrement atteint ce but.

Ce qui, en Nous montrant que vous êtes fermement et fidèlement soumis aux enseignements de cette Chaire de Pierre, vous et votre Congrégation, dont vous Nous avez affirmé la parfaite conformité de sentiments avec vous, et en Nous prouvant que vous travaillez au salut des âmes, non-seulement par le ministère évangélique, mais de plus par la publication d’ouvrages pieux et très-utiles, ajoute encore à Notre affection pour vous.

Nous attendons des fruits abondants de vos travaux, et Nous prions Dieu que ces écrits où vous avez, avec tant de force et de clarté, confondu une erreur des plus répandues et des plus pernicieuses, éclairent les esprits irréfléchis qui en ont été les dupes.

En attendant, comme gage de la faveur divine et en témoignage de Notre paternelle bienveillance , Nous vous accordons très-affectueusement, à vous, cher fils , et à vos confrères, la bénédiction apostolique.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 20 avril de l’année 1874, de notre pontificat le vingt-huitième.

PIE IX, Pape. » (reproduit au début du premier tome : https://archive.org/details/levraietlefauxen00atje/page/n9/mode/2up)

Don Félix SARDA y SALVANY

« Résumant tout ce qui a été dit du libéralisme par le Pape en divers documents, nous ne pouvons que rappeler les suivantes et très dures épithètes dont, en différentes occasions, il l’a qualifié. Dans son bref(note1er avril 1874) à Mgr de Ségur au sujet de son livre si connu l’Hommage noteTitre complet : « Hommage aux jeunes catholiques-libéraux »., il l’appelle perfide ennemi ; dans son allocution à l’évêque de Nevers (note 18 juin 1871)la véritable calamité actuelle ; dans sa lettre au Cercle catholique de Saint-Ambroise à Milan (note6 mars 1873)un pacte entre la justice et l’iniquité ; dans le même document, il le dit plus funeste et plus dangereux qu’un ennemi déclaré ; dans la lettre à l’évêque de Quimper (note : 28 juillet 1873) déjà citée, un virus occulte ; dans le bref aux Belges (note8 mai 1873)une erreur sournoise et insidieuse; dans un autre bref à Mgr Gaume (note15 janvier 1872)une peste très pernicieuse. Tous ces documents peuvent se lire en entier dans le livre de Mgr de Ségur que nous avons mentionné, Hommage aux catholiques libéraux.

Cependant le libéralisme pouvait avec une certaine apparence de raison récuser l’autorité de ces déclarations pontificales, parce que toutes avaient été faites dans des documents de caractère purement privé. L’hérésie est toujours sophistiquée et tenace, elle se raccroche à tous les prétextes et à toutes les excuses pour éluder une condamnation. Un document officiel, public, solennel, d’un caractère général, universellement promulgué, et par conséquent définitif, était donc devenu nécessaire. L’Église ne pouvait refuser cette formelle et décisive parole de son souverain magistère à l’anxiété de ses fils. Elle la leur accorda, et ce fut le Syllabus du 8 décembre 1864.

Tous les bons catholiques l’accueillirent avec un enthousiasme qui n’eut d’égal que le paroxysme de fureur avec lequel le saluèrent les libéraux. Quant aux catholiques-libéraux, ils crurent plus prudent de le frapper de côté au moyen d’interprétations artificieuses. Les uns et les autres eurent raison de lui accorder une souveraine importance. » (Le libéralisme est un péché, 1884, chapitre XI « De la dernière et de la plus solennelle condamnation du libéralisme par le Syllabus »)

Il est à noter que ce livre fut spécialement approuvé par la Congrégation de l’Index qui déclara :

« non seulement elle n’a rien trouvé qui soit contraire à la saine doctrine, mais son auteur D. Félix Sarda mérite d’être loué, parce qu’il expose et défend la saine doctrine sur le sujet dont il s’agit, par des arguments solides, développés avec ordre et clarté, sans nulle attaque à qui que ce soit. » (Décret complet : https://archives.laportelatine.org/bibliotheque/liberalisme/le_liberalisme_est_un_peche_sarda/01.php#preface03)

Mgr Louis-Gaston de SÉGUR

« Le docte et pieux Archevêque de Westminster, Mgr Manning, rapporte sur le même sujet une autre parole du Souverain Pontife. Le 17 juin 1867, s’adressant aux cinq cents Évêques réunis autour de lui pour les fêtes du centenaire, Pie IX leur a dit solennellement : « Dans l’Encyclique de 1864 et dans ce qu’on appelle le SYLLABUS, j’ai dénoncé au monde les dangers qui menacent la société, et j’ai condamné les erreurs qui viendraient la détruire. Cet acte, je le confirme maintenant en votre présence, et je le place de nouveau sous vos yeux comme la règle de votre enseignement. »

Tous les Évêques ont publiquement adhéré à l’Encyclique et au Syllabus, et se sont soumis, comme c’était leur devoir, à l’enseignement du Chef suprême de l’Église. Ils l’ont promulgué, ils l’ont proclamé comme la vérité qu’il faut croire et comme la règle qu’il faut suivre.

Donc, même au point de vue myope des théologiens du gallicanisme, l’Encyclique et le Syllabus constituent un acte, un enseignement irréformable de l’Église catholique.

A la tête de l’épiscopat, s’inclinant devant le Syllabus comme devant renseignement de la Chaire de vérité, le Cardinal-Vicaire s’exprimait ainsi en promulguant à Rome l’Encyclique et le Syllabus :

« Les vrais fidèles, ceux qui le sont et de bouche et de cœur, reconnaissent la véritable parole de Dieu dans la voix du Chef visible de l’Église. Ce Chef a mission et autorité pour enseigner toute l’Église, et quiconque ne l’écoute pas déclare par là-même ne plus faire partie de l’Eglise et du troupeau de JÉSUS-CHRIST, et par conséquent; perd tout droit à l’héritage éternel. » […]

Il y a encre autres le péché de témérité, qui est celui-là même dont on se rend coupable en se montrant rebelle à l’autorité enseignante, qui est souveraine, qui est divine, qui est infaillible. » (La liberté, 1870 ; in : Œuvres de Mgr de Ségur, 1887, tome 5, pages 481-482)

Mgr de SEGUR ne reçut pas d’approbation spécifique pour ce livre, mais l’ensemble de son oeuvre fut saluée par les Papes Pie IX et Pie XI : https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2020/03/30/un-auteur-catholique-a-lire-mgr-louis-gaston-de-segur-1820-1881/

Mgr Justin FÈVRE

« Par le Syllabus et l’encyclique Quanta cura, Pie IX venait de se montrer l’infaillible gardien de la révélation et de proscrire toutes les erreurs philosophiques ameutées contre l’Église. » (Histoire générale de l’Eglise, tome 42, page 73)

Cette célèbre histoire de l’Eglise connue associée au nom de son initiateur, l’abbé Joseph-Epiphane DARRAS, fut terminée par Mgr Justin FÈVRE, auquel le Pape Léon XIII envoya un bref de félicitation pour ce dernier tome. Il est consultable au début de l’ouvrage : https://archive.org/details/histoiregnraled42darr/page/n7/mode/2up

B) Théologiens n’ayant pas reçu d’approbations romaines spécifiques

Abbé Jules MOREL

L’abbé Jules MOREL, Consulteur pour la congrégation de l’Index, publia une très importante Somme contre le catholicisme libéral en deux tomes. Cette oeuvre fourmille de déclarations de l’infaillibilité du Syllabus. Nous n’en ferons pas la liste. Ceux qui voudront le constater de leurs yeux pourront accéder à la numérisation des deux tomes en cliquant ici pour, ou bien lire l’oeuvre en entier, ou taper dans la fonction « Rechercher dans le document » de leur appareil les mots « Syllabus » ou « infaillib » (pour avoir toutes les occurences des mots « infaillible » et « infaillibilité »).

Ce que nous voulons particulièrement souligner ici c’est que l’abbé MOREL avait déjà reçu des félicitations romaines pour un autre ouvrage antilibéral, Les catholiques libéraux, publié en 1864, Mgr Louis-Gaston de SÉGUR écrit :

« En France, les catholiques n’étaient pas restés sourds non plus à la voix du Chef de l’Église. Le plus intrépide adversaire du catholicisme libéral avait publié, sur les agissements du parti libéral et de ses plus illustres chefs, des travaux qui ont fait grand bruit (Les catholiques-libéraux ; Les incartades libérales. Suite de l’inscription de la Roche-en-Breuil), et il en avait fait hommage à Sa Sainteté. Par la plume de son Secrétaire des Lettres latines, le Pape jugea opportun de féliciter hautement le courageux défenseur « de la saine doctrine, contre les fausses prétentions de ceux que l’on nomme catholiques-libéraux, illorum qui catholici libérales dicuntur ; fausses prétentions qui, à plusieurs reprises déjà, ont été réprouvées par le Siège Apostolique (Lettre de Mgr Nocella à M. l’abbé Morel, en date du 7 octobre 1874). » . » (Hommage aux jeunes catholiques libéraux, 1870 ; in : Œuvres de Mgr de Ségur, 1887, tome 10, pages 380-381)

Aussi l’abbé MOREL est-il fiable lorsqu’il parle du catholicisme libéral, et l’approbation de Mgr de SEGUR est-elle un gage supplémentaire de fiabilité, lui dont l’ensemble de l’oeuvre fut saluée par les Papes Pie IX et Pie XI : https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2020/03/30/un-auteur-catholique-a-lire-mgr-louis-gaston-de-segur-1820-1881/

Cardinal Jean-Baptiste FRANZELIN, Cardinal Camillo MAZELLA, le Père François DESJACQUES, le Père SCHRADER, le Père DUMAS, PESCH, SCHEEBEN, le Père RINALDI, le Père WERNZ et autres

L’abbé Lucien CHOUPIN expose les différentes opinions sur la valeur doctrinale du Syllabus dans son livre Valeur des décisions doctrinales et disciplinaires du Saint-Siège: Syllabus, Index, Saint-Office, Galilée (2e éd., Beauchesne, 1913, pp. 137-157). L’opinion en faveur de son infaillibilité est ultra-dominante et a pour elle pratiquement toutes les sommités de la théologie. Nous n’en citerons que les mots suivants :

« Bon nombre de théologiens, et des plus autorisés tels que Franzelin, Mazzella, Schrader, Dumas, Pesch, Scheeben, etc. soutiennent que le Syllabus est un acte de l’infaillibilité personnelle du Pape. »

Voici quelques sources de l’abbé CHOUPIN :

Cardinal MAZELLA : https://books.google.fr/books?id=XdQQAQAAIAAJ&printsec=frontcover&source=gbs_ge_summary_r&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

Père DESJACQUES : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k113615b/f351.item

Père DUMAS : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1136003/f734.item

The Dublin Review et les autorités sur lesquelles elle s’appuie : le Dr MURRAY, le Père SCHRADER, le Père REISS, les rédacteurs de la Civiltà Cattolica, le Père Jean-Pierre GURY et le Père Giovanni PERRONE et le Père GALLERANI

L’article de la Dublin Review auquel nous faisons allusion est intitulé : Doctrinal Apostolic letters  of Pope Pius IX. C’est un vrai traité. L’auteur y démontre savamment que le Pape communique son infaillibilité a tous les actes qu’il pose en qualité de Docteur universel. Voici la série des propositions établies : 1° Tout acte pontifical est infaillible, si l’instruction qu’il renferme s’adresse à l’Église entière. 2° Tout acte doctrinal du Pape est infaillible, quand il est accompagné de la formule : In perpétuant rei memoriam. 3° Le Syllabus fournit une infaillible règle de foi. 4° Tous les documents dont il a été formé sont vraiment des actes du Pape parlant ex cathedra. 5° On doit regarder comme autant d’actes ex cathedra, les documents émanés de lui, dont il ordonne la publication. 6° Sont de véritables actes ex cathedra, les Instructions doctrinales qui, pour s’adresser a quelques individus en particulier, concernent cependant un intérêt général. 7°Il faut dire que ce sont des actes ex cathedra, lorsque le Pape décrète la note à l’hérésie ou pareille censure. 8° Enfin, la qualité d’actes ex cathedra se déduit sûrement de l’emploi de certaines formules qui indiquent le Docteur suprême ; comme sont les suivantes : Motu proprio, — ex certa scientia, — de plenitudine potestatis, etc. Nous invitons nos lecteurs à le consulter intégralement et ainsi voir ce qu’en ont dit les sommités de la théologie. Nous nous limitions ici à citer l’article faisant la liste de ces autorités :

« Plusieurs des théologiens les plus éminents ont formellement enseigné le caractère d’infaillibilité qui appartient au Syllabus. Nous avons déjà cité l’archevêque de Westminster, le Dr Murray, le P. Schrader, le P . Reiss, les rédacteurs de la Civiltà Cattolica. Ajoutons à cette liste le P. Gury, qui, dans la dernière édition de la théologie morale, a inséré parmi les propositions condamnées celles du Syllabus dans, lequel, dit-il, Pierre a parlé par la bouche de Pie IX : phrase, qui dans le langage ecclésiastique est synonyme de celle-ci : Pie IX a parlé EX CATHEDRA. — Le P. Perrone [Omaggio Cattolico, p. 17], applique à l’encyclique Quanta cura et au Syllabus conjointement la dénomination d’enseignement de Pierre… Ce sont les paroles de Pierre parlant par ses successeurs. Les propagateurs de l’impiété, ajoute-t-il, peuvent bien donner à ces paroles des interprétations perfides, mais l’enseignement de Pierre fait le tour de la terre, et partout il obtient assentiment et obéissance. — De plus, le P. Gallerani, de la Compagnie de Jésus, ayant prêché à Rome un sermon sur la valeur infaillible du Syllabus et l’obéissance qui lui est due, nous croyons à savoir qu’il a reçu du Saint-Père l’ordre formel de livrer son discours à l’impression. » (Article « Doctrinal Apostolic letters  of Pope Pius IX« , Dublin Review, Volume X, New series, janvier-avril 1868, page 118)

Mgr François-Louis-Michel MAUPIED

Mgr MAUPIED bénéficie de qualités spéciales : Camérier de Pie IX, Théologien au Concile du Vatican, Chanoine de Reims, de Quimper et de Saint-Brieuc, Docteur en Théologie et en droit Canonique de l’Université Romaine, Docteur-ès-sciences de l’Académie de Paris, ancien Professeur à la Faculté de Théologie de la Sorbonne entre autres.

Voici son avis sur l’infaillibilité du Syllabus :

« Le Syllabus, disent-ils, n’est pas signe par le Pape. Cette assertion est plus qu’un mensonge ; elle prouve ou l’ignorance ou la mauvaise foi de tous ceux qui parlent ainsi. En effet chacune des propositions inscrite au Syllabus a été condamnée dans plusieurs actes pontificaux, émanés de l’autorité infaillible de notre très-saint Père le Pape Pie IX, et signés de sa main, et le saint Père a fait indiquer ces divers actes sous chaque proposition du Syllabus, ce qui équivaut à une condamnation signée de la main du Pape pour chaque proposition. » (Le syllabus et l’Encyclique Quanta cura du 8 décembre 1864. Commentaire théologique, canonique, historique, philosophique et politique et réfutation des erreurs qu’il condamne, page 2)

« La France et le monde sont arrivés aujourd’hui aux dernières conséquences des erreurs et des mensonges sataniques qui triomphèrent alors. C’est pourquoi la voix de Dieu, par son organe infaillible, s’est fait entendre au monde que la miséricorde veut encore sauver. Pie IX en condamnant ces erreurs dans le Syllabus, avertit les chrétiens de s’en séparer et de les fuir. » (Idem., page 65)

« Contrairement à la XI proposition, l’église, munie de l’infaillibilité divine, et chargée de diriger les âmes vers leur fin surnaturelle et dernière, a l’obligation stricte et rigoureuse de sévir contre la philosophie dans tous les cas que par ses erreurs elle tendrait à détourner les âmes de leur fin bienheureuse ; l’église ne saurait, sans forfaire à sa mission, tolérer les erreurs de la philosophie, ni lui abandonner le soin de se corriger elle-même, ce qui serait laisser à un aveugle le soin de recouvrer la vue.

Contrairement à la XII proposition, les décrets du siège apostolique, qui est l’organe authentique de l’infaillibilité divine, et ceux des congrégations romaines qui sont revêtues de l’autorité du Pontife Vicaire de Jésus-Christ, ces décrets non-seulement n’empêchent pas le libre progrès de la science, mais au contraire ils favorisent ce progrès en lui enlevant tous les obstacles et les achoppements de l’erreur ! ; et lui indiquant la direction sûre et féconde en résultats véridiques. » (Idem, pages 134-135)

« Ces deux propositions LII et LII, violent le droit naturel, le droit divin e t le droit social, nous dit le vicaire infaillible de Jésus-Christ. » (Idem, page 299)

« Devant ces enseignements de l’autorité infaillible du vicaire de Jésus-Christ, qui oserait encore soutenir les présomptueuses erreurs de cette proposition 79. » (Idem, pages 381-382)

Père Henri MONTROUZIER

Père Henri MONTROUZIER, SJ, démontre l’autorité infaillible du Syllabus et répond aux faux arguments de ceux qui voudraient s’y soustraire. Il le fait dans la Revue des sciences ecclésiastiques dans un article intitulé « Autorité doctrinale du Syllabus« , paru en 1868 : http://www.liberius.net/article.php?id_article=263

Dom Prosper GUERANGER

« Clément XI, en 1713, porte un dernier coup au Jansénisme, en donnant la Bulle Unigenitus. En 1745, Benoît XIV condamne l’usure par la Constitution Vix pervenit, et la doctrine des duellistes par sa Bulle Detestabilem, en 1752. Le système d’erreur contenu dans les Actes du Synode de Pistoie publiés par Scipion de Ricci nécessite la Bulle Auctorem fidei, fulminée par Pie VI en 1794. Auparavant, ce Pontife avait condamné la Constitution civile du Clergé fondée sur les mêmes principes, par ses Lettres apostoliques du 19 mars 1792. De nos jours, Grégoire XVI, dans l’encyclique Mirari vos, du 15 août 1832, a proscrit l’erreur de l’indifférentisme religieux introduite sous la forme d’une fausse liberté politique. Le 8 décembre 1854, Pie IX définissait le dogme de l’Immaculée Conception de Marie, et dix ans après il publiait l’Encyclique Quanta cura, avec le Syllabus, contre divers systèmes d’erreur qui ont cours aujourd’hui dans la société.

Il est donc hors de doute que les Papes ont constamment exercé dans l’Église le droit de définition dans les questions de doctrine ; et je ne sache rien de plus imposant dans l’histoire que cette succession de jugements qui attestent si hautement et la vigilance du Pasteur suprême, et la confiance avec laquelle il n’a cessé de remplir son office de confirmer ses frères. » (De la monarchie pontificale, 1870 page 152)

Abbé LESMAYOUX

« Une seule question nous intéresse ici : quelle fut la véritable cause de toute cette hostilité (i.e : celle des FM et des libéraux) contre le concile ?

La réponse est facile : elle se dégage claire et nette de tous les écrits des ennemis de Rome.

Ce fut la crainte de voir consacrer d’une manière définitive les doctrines du Syllabus et le dogme de l’infaillibilité pontificale.

Nous croyons que même ceux qui manifestaient des espérances contraires, ne se faisaient à cet égard aucune illusion, tant cette crainte domine toute la discussion. » (L’Infaillibilité Pontificale, Adrien Le Clere et Ce, Ed. 1873, pp. 146 et 147)

Et il ajoute plus loin :

« Au courant de cette étude nous avons souvent visé les documents qui ont trait à notre sujet.

Nous croyons devoir publier, à la suite de notre travail, ceux qui intéressent directement la doctrine de l’infaillibilité pontificale.

Ils sont pour nous des pièces justificatives et, pour le public catholique, ils forment un tout d’une grande valeur.

Ces documents se complètent et s’expliquent l’un par l’autre.

Quel est le prêtre, quel est même le catholique instruit qui n’aimera pas à les trouver réunis dans un même volume ?

Nous plaçons en tête le Syllabus qui fut comme une sorte de prologue de la définition (celle de l’infaillibilité pontificale, NDL); il l’appelle et la rend nécessaire. » (L’Infaillibilité Pontificale, Adrien Le Clere et Ce, Ed. 1873, p. 289)

Mgr Jean-Joseph GAUME

« CHAPITRE I – LE SYLLABUS

Q. Qu’est-ce que le Syllabus ?
R. Le Syllabus est un recueil des principales erreurs, répandues aujourd’hui dans le monde, et déjà condamnées par l’Eglise.

Q. Le Syllabus était-il nécessaire ?
R. Demander si le Syllabus était nécessaire, c’est demander si un guide fidèle est nécessaire au voyageur, obligé de traverser pendant la nuit une forêt inconnue et semée de précipices.

Q. Quels sont ces précipices ?
R. Ces précipices sont les erreurs de tout genre dont le monde actuel est rempli et qui constituent un danger continuel, non seulement pour la foi du chrétien, mais encore pour la conservation de la société.

Q. Que fait le Syllabus ?
R. Afin que chacun puisse facilement connaître ces différentes erreurs et les éviter, le Syllabus les réunit en quelques pages, et donne une nouvelle force aux condamnations précédentes.

Q. Comment devons-nous considérer le Syllabus ?
R. Nous devons considérer le Syllabus :
1° comme une preuve de la sollicitude avec laquelle le Souverain Pontife veille sur le monde ;
2° comme la boussole du chrétien et la charte des nations ;
par conséquent, comme un grand bienfait, puisqu’en nous traçant le chemin qu’il faut suivre, il nous empêche de nous égarer et de nous perdre.

CHAPITRE II – L’OBÉISSANCE AU SYLLABUS.

Q. Comment devons-nous obéir au Syllabus ?
R. Nous devons obéir au Syllabus, comme nous devons obéir aux enseignements du Souverain Pontife et de l’Eglise.

Q. Quelle doit être cette obéissance ?
R. Cette obéissance doit être une obéissance d’esprit, de cœur et de conduite.

Q. En quoi consiste l’obéissance d’esprit ?
R. L’obéissance d’esprit consiste à croire fermement, et sans raisonner, tout ce qu’enseigne le Syllabus, et à condamner sans réserve tout ce qu’il condamne, et dans le sens où il le condamne.

Q. En quoi consiste l’obéissance de cœur ?
R. L’obéissance de cœur consiste à embrasser avec reconnaissance toutes les doctrines du Syllabus.

Q. Pourquoi cela ?
R. Parce que le Syllabus nous met en possession de la vérité, qui est le plus grand des biens, et nous préserve de l’erreur, qui est le plus grand des maux.

Q. En quoi consiste l’obéissance de conduite ?
R. L’obéissance de conduite consiste à conformer, en particulier et en public, nos paroles et nos actions aux enseignements du Syllabus.

CHAPITRE III – NÉCESSITÉ DE L’OBÉISSANCE AU SYLLABUS

Q. La triple obéissance dont nous venons de parler, est-elle nécessaire ?
R. La triple obéissance dont nous venons de parler, est absolument nécessaire, autrement une soumission purement extérieure serait une coupable hypocrisie.

Q. Que faut-il penser de ceux qui, connaissant le Syllabus, n’y obéissent pas ?
R. II faut penser de ceux qui, connaissant le Syllabus, n’y obéissent pas, qu’ils se perdent en perdant les autres.

Q. Que faut-il penser de ceux qui, par ignorance, n’obéissent pas au Syllabus ?
R. Il faut penser de ceux qui, par ignorance, n’obéissent pas au Syllabus, qu’ils s’exposent à commettre des péchés plus ou moins graves, en tombant dans des erreurs plus ou moins volontaires.

Q. Que suit-il de là ?
R. Il suit de là que tous doivent connaître le Syllabus, parce que tous sont également intéressés à connaître la vérité et à être préservés de l’erreur.

Q. A qui cette connaissance est-elle particulièrement nécessaire ?
R. Cette connaissance est particulièrement nécessaire à ceux qui sont chargés d’instruire et de gouverner les autres.

Q. Quel est le but de ce catéchisme ?
R. Le but de ce catéchisme est de faire pénétrer dans toutes les classes de la société, la connaissance du Syllabus et des obligations qu’il impose. » (Petit catéchisme du Syllabus, 1875)

Mgr Justin FÈVRE

« Le 8 décembre 1864, anniversaire décennal de la définition dogmatique de l’Immaculée Conception, le pape Pie IX publia l’Encyclique Quanta cura et le Syllabus des erreurs contemporaines. L’Encyclique et le Syllabus sont deux pièces connexes : l’Encyclique expose, d’une manière positive, les erreurs proscrites; le Syllabus se contente de les résumer en courtes propositions. De plus, pour mieux préciser, le sens des erreurs condamnées, le Syllabus renvoie aux précédentes allocutions, lettres et encycliques pontificales où Pie IX avait frappé, à peu près dans les mêmes termes, ces mêmes erreurs. De manière que le Syllabus n’est pas seulement le résumé de l’Encyclique, il est encore le résumé dogmatique des actes pontificaux de l’immortel Pie IX. […]

Le Syllabus présente tes mêmes recommandations du pontife sous la double forme de proposition dogmatique et de prescription morale ; il énonce l’erreur et fait un devoir de la fuir.  » (Histoire apologétique de la Papauté, tome 7 « Les pape et l’ère moderne », pages 584 et 591)

Père PETITALOT

« A qui sera le plus grand mérite ? Peut-être à ceux qui ont dû modifier leur manière de voir. Ce n’est pas une défaite, au contraire. Comme leurs frères, mais avec un effort de plus, c’est-à-dire avec une victoire et un mérite de plus, ils sont les enfants soumis de l’Église de Dieu.

Les résistances doivent avoir cessé, elles ne seraient plus permises. Oui, nous le disons tout haut, bien persuadé que cette parole ne blessera aucun catholique : A l’heure où nous sommes, après le concile du Vatican, après les événements qui l’ont suivi, après la lumière qui s’est faite il ne peut y avoir deux camps parmi nous. Plus de libéraux, plus d’ultramontains, mais des catholiques, seulement des catholiques, donnant leur entière et pleine adhésion à tous les enseignements du Syllabus. Pour moi, je le dis sans détour, si j’avais le malheur de ne pas admettre le Syllabus et toutes les définitions doctrinales du Saint-Siège, je me dirais en gémissant : J’ai fait naufrage dans la foi. Je ne sais si je mérite la qualification équivoque de libéral ; mais ce que je ne sais que trop, hélas ! c’est que je ne mérite plus le litre de catholique. […]

Nous offrons notre travail à tous les catholiques, de quelque nuance qu’ils se disent, si toutefois l’on peut admettre des nuances parmi les adhérents d’une même croyance divinement révélée. Nous rappelons à tous que le Syllabus jouit dans l’Église d’une autorité irréfragable, absolument indiscutable : non-seulement parce que c’est un acte solennel du suprême Pasteur enseignant toutes les brebis du Christ, mais aussi parce que le Syllabus lui-même et tous les documents pontificaux dont il est le résumé ont reçu la sanction et l’approbation du concile général du Vatican. En effet, que l’on ne perde pas de vue ces dernières paroles de la Constitution dogmatique sur la Foi catholique, publiée dans la troisième session de la sainte Assemblée :

« Comme il ne suffit pas d’éviter la corruption de l’hérésie, si l’on ne met un soin égal à fuir les erreurs qui s’en rapprochent plus ou moins ; nous avertissons tous les fidèles d’observer aussi les Constitutions et Décrets, par lesquels les funestes opinions de ce genre, qui ne « sont pas expressément énumérées ici, ont été proscrites et condamnées par ce Saint-Siège. » » (Le Syllabus, base de l’union catholique, Paris, Bray et Retaux, 1877, pages VI, VII, XII et XIII)

Abbé Jean VERDEREAU

Ce très docte prêtre fit une analyse très poussée de l’autorité du Syllabus. Il s’est attelé tant à en démontrer positivement le caractère infaillible qu’à réfuter les sophismes de ceux qui nient cette infaillibilité.

Il dit dans l’Introduction de son livre :

« Quand, dix ans après la définition du dogme de l’Immaculée Conception, jour pour jour, le Souverain Pontife publia la bulle Quanta cura, à laquelle est annexé le Syllabus, elle se trouva en face : 1° de l’impiété déclarée ; 2° des gouvernements ; 3° des catholiques dits libéraux ; 4° des catholiques sans épithète, avant tout soumis à l’autorité de l’Église. En présence de cette défense hardie, presque téméraire, à une pareille heure, de la vérité, quelle fut l’attitude de ces diverses catégories d’auditeurs de la parole descendue de la chaire infaillible de Pierre? Donnons brièvement une réponse à ces questions. » (Abbé Jean VERDEREAU, Exposition historique des propositions du Syllabus, Société générale de librairie catholique, 1877, pages 13)

« Les enseignements descendus de la chaire de Pierre ont été accueillis avec le respect et la loyauté de la foi par le catholique pur et simple. […] Accepter franchement et sans commentaires atténuants la doctrine émanée de la chaire de Pierre sera toujours le chemin le plus sûr. C’est ce qu’ont compris tous ces catholiques, grands et petits, qui ne se sont point couverts du drapeau désormais troué du libéralisme, et ils ont accueilli le Syllabus comme la charte de leur vie » (Abbé Jean VERDEREAU, Exposition historique des propositions du Syllabus, Société générale de librairie catholique, 1877, pages 15-17)

« Ces catholiques-là [qui défendent l’infaillibilité du Syllabus] deviennent de plus en plus nombreux : non pas que le Syllabus manque d’ennemis, ils sont plus acharnés que jamais, mais les camps se tranchent nettement. Si l’on n’est pas catholique, la logique conduit jusqu’au bout de l’erreur ; si l’on est catholique, la même logique dit qu’il faut aller jusqu’au bout de la vérité, qu’il n’y en a qu’une seule et qu’il faut l’admettre tout entière. Aujourd’hui surtout il n’y a plus à hésiter. Si certains préjugés semblaient encore défendre et protéger la bonne foi des catholiques libéraux, ils se sont évanouis devant les clartés du concile du Vatican. Le Pape ayant été déclaré solennellement infaillible, il n’y a plus à répliquer. Sous quelque forme qu’aient été condamnées les propositions signalées par le Syllabus, le Vicaire de Jésus-Christ les réprouve, ces erreurs ; et, qu’elles soient qualifiées ou non, elles n’en sont pas moins solennellement, dûment et très-authentiquement condamnées. Il faudrait se faire une singulière idée des droits du fidèle en matière de doctrine, pour fixer les formes déterminées sans l’observation desquelles la condamnation ex cathedra n’existerait pas. Pour tout catholique, la question se réduit à cette question très-simple : Le Souverain Pontife a-t-il joint à l’encyclique Quanta cura et renfermé sous le titre général de Syllabus une série de pro-positions qu’il a condamnées ? L’affirmation étant seule possible, la question est tranchée, et tout est dit. Nous pouvons répéter après saint Augustin : Roma locuta est, causa finita est ; Rome a parlé, la cause est entendue.

V. Toutes les propositions du Syllabus ont été déjà condamnées isolément, à diverses époques du pontificat de Pie IX : en publiant le Syllabus, il n’a rien condamné de nouveau ; mais, comme nous l’avons déjà indiqué, en joignant à la bulle Quanta cura un sommaire des principales erreurs contemporaines, il a donné une sanction nouvelle aux condamnations antérieures.

Cet opuscule se propose de tirer de l’histoire de l’Église la biographie de chacune des propositions du Syllabus et de rappeler ces condamnations antérieures, avec les dates et les causes. Il est peu de ces propositions qui n’aient subi qu’une flétrissure : l’erreur renaît sous mille formes différentes, et cherche à se dérober derrière de dangereux sophismes. » (Abbé Jean VERDEREAU, Exposition historique des propositions du Syllabus, Société générale de librairie catholique, 1877, pages 18-21)

Il écrit dans la partie suivante intitulée « Autorité du Syllabus » :

« Bien que ce petit ouvrage soit purement historique, il est difficile de ne pas dire quelques mots de l’autorité doctrinale du Syllabus, en face des jugements divers dont il est l’objet. En m’appuyant sur des auteurs dont la science théologique et la sûreté de doctrine sont connues, je tâcherai de mettre brièvement en lumière le caractère doctrinal, le caractère obligatoire et le caractère d’infaillibilité du Syllabus [Ce travail est en grande partie emprunté au P. Dumas, de la Compagnie de Jésus]. » (page 25)

« Une des plus hautes autorités de l’Épiscopat français, Mgr Pie, évêque de Poitiers, n’est pas moins explicite dans la promulgation qu’il fait en son diocèse de la bulle et du Syllabus : « Considérant que, selon la définition dogmatique du concile de Florence, « au Siège apostolique et au Pontife Romain a été dévolue la primauté sur tout l’univers, et que ce même Pontife Romain est le successeur du bienheureux Pierre, prince des apôtres, et le vrai lieutenant de Jésus-Christ ; qu’il est la tête de toute l’Église, le père et le docteur de tous les chrétiens, et qu’à lui dans la personne de Pierre a été donnée par Notre-Seigneur Jésus-Christ a la pleine puissance de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle » ; sachant que l’un des devoirs essentiels des pasteurs particuliers est d’intimer aux peuples les enseignements de celui pour qui Jésus-Christ a prié afin que sa foi fût indéfectible et qu’il confirmât ses frères ; nous souvenant qu’au jour de notre consécration épiscopale nous avons juré d’employer toutes nos forces à observer nous-même et à faire observer des autres tous les décrets, ordonnances et constitutions apostoliques ; enfin, obéissant aux saints canons, et spécialement aux dispositions des derniers conciles de nos Églises de France et de notre propre province : « Nous déclarons adhérer pleinement d’esprit et de cœur à toutes les sentences et affirmations doctrinales, à toutes les règles de croyance et de conduite énoncées par Notre Saint Père le Pape Pie IX depuis le commencement de son pontificat jusqu’au présent jour, et nous prononçons que c’est le devoir de tous les chrétiens orthodoxes de se soumettre à ces mêmes enseignements avec une humble et filiale docilité de leur intelligence et de leur volonté ».

Il est évident que l’Évêque de Poitiers prend in globo tous les enseignements de la bulle et du Syllabus, et ne fait aucune distinction entre les uns et les autres.

Citons encore l’Évêque de Moulins, qui mérita d’être censuré par le conseil d’État de l’époque pour avoir lu lui-même dans sa cathédrale la bulle Quanta cura : « Nous souvenant avec saint Ambroise : que là où est Pierre, là est l’Église ; avec saint Jérôme : que celui qui n’amasse pas avec le successeur de Pierre dissipe ; avec saint Augustin : que, lorsque Rome a parlé, la cause est finie ; et surtout avec saint Paul : que la justice de la foi renfermée dans le cœur ne suffit pas au salut, si elle n’est suivie de la confession de la bouche ; et voulant, comme c’est notre devoir, donner ce double témoignage de notre adhésion filiale aux vérités définies dans ladite encyclique, et de notre réprobation absolue des erreurs énoncées dans le résumé qui l’accompagne :

Nous avons cru devoir faire nous-même, du haut de la chaire de notre église cathédrale, lecture des susdites lettres, comme marque de notre soumission à cette parole qui lie et délie et dont le droit est de ne jamais être liée ».

Ces citations pourraient aisément se multiplier, et nous passerions en revue tout l’Épiscopat, qui partout a accueilli avec le même respect et la bulle Quanta cura et le Syllabus.

On dira peut-être : Le Pape n’a rien condamné de nouveau dans le Syllabus ; il a rappelé des condamnations antérieures, et les propositions du Syllabus, extraites de brefs, d’allocutions, d’encycliques, ont la valeur, ni plus ni moins, des documents d’où elles sont tirées. Sans entrer en discussion sur la valeur respective de ces documents divers, il ne faut pas abuser de ce mot que le Pape n’a rien condamné de nouveau. Le Pape n’a rien condamné de nouveau, c’est vrai : l’erreur n’est pas jeune ; mais il a porté une nouvelle condamnation contre des erreurs déjà frappées, et cette nouvelle sentence donne une sanction nouvelle aux condamnations antérieures. Le Syllabus est une promulgation nouvelle, plus universelle, plus authentique, et par cela même plus efficace, de condamnations portées à diverses époques. C’est un axiome de droit qu’une seconde promulgation confirme puissamment et au besoin remplace la première. Il ne serait donc pas juste de n’accorder au Syllabus qu’une valeur relative, et nous croyons fausse cette proposition soutenue par quelques-uns : Le Syllabus n’a d’autre autorité que celle que lui donne la valeur des documents d’où il est tiré. Non : il a une valeur propre. La promulgation solennelle faîte par le Souverain Pontife à la suite de la bulle Quanta cura, la mise en ordre et sous des titres spéciaux de propositions extraites des brefs, allocutions, encycliques où elles étaient éparses, affirment dans le Pape la volonté de donner à ces propositions une valeur réellement indépendante de celle des documents où elles ont été primitivement condamnées. Le Syllabus a donc un caractère doctrinal.

Enfin le Syllabus est-il une définition infaillible du Vicaire de Jésus-Christ ? La réponse solidement affirmative à cette question met à néant toutes les objections et toutes les subtilités. Or il nous parait incontestable que le Syllabus porte tous les caractères d’une sentence irréformable. Les jugements y sont formulés sans aucune réserve : ceci est l’erreur, ceci est la vérité. Qu’y a-t-il de plus définitif qu’un jugement formulé en ces termes ? Peut-on jamais revenir sur des points qualifiés positivement d’erreurs par le successeur de Pierre ? Le Syllabus est un abrégé des erreurs condamnées, etc.. Quel est le théologien qui oserait sérieusement écrire : « Telle proposition du Syllabus condamnée comme erronée ne l’est pas ; le Pape s’est trompé » ? On pourra peut-être gloser discrètement sous le manteau de la cheminée ; mais il n’y a pas une plume catholique qui affirmerait, sans trembler, que le Pape s’est trompé. Cette crainte est déjà une forte présomption en faveur du caractère d’infaillibilité du Syllabus.

Mais il y a mieux qu’une présomption. Personne ne niera que la bulle Quanta cura ne soit un document revêtu de toutes les marques exigées par les théologiens pour être infaillible. Or le Syllabus n’est qu’une annexe de l’encyclique. Je sais bien qu’on a dit que nulle part dans la bulle le Souverain Pontife n’indique positivement l’intention de donner la même valeur à ces deux documents. Mais à cela je réponds que la bulle Quanta cura, pour quiconque la lit attentivement, condamne, à peu de chose près, toutes les erreurs mises en ordre dans le Syllabus, surtout celles qui tiennent le plus au cœur de nos catholiques libéraux : cela n’indique-t-il pas une connexité réelle entre la bulle et le Syllabus ? Si le Souverain Pontife ne le dit pas explicitement, la lettre que, par son ordre, le cardinal Antonelli adresse à tous les évêques, n’établit-elle pas cette connexité, puisqu’elle ne met pas de différence dans la valeur de ces deux documents ? Enfin, si le Souverain Pontife ne l’a pas affirmé positivement dans la bulle, il a répondu depuis à cette subtilité.

Dans un bref daté du 22 juillet 1875, adressé aux membres de rassemblée générale des comités catholiques, le Saint-Père s’exprime en ces termes : « Parce qu’il ne peut rien s’établir de stable et d’utile au vrai progrès des âmes, s’il ne s’appuie sur la saine doctrine ou s’il s’écarte en quoi que ce soit de la vérité, vous qui avez en vue le bien solide de vos frères, vous avez résolu avec une grande sagesse de suivre fidèlement et en toute obéissance les enseignements de cette chaire de vérité, et, la prenant pour guide, d’éviter avec soin toutes les erreurs et opinions périlleuses, surtout celles qu’ont proscrites la lettre apostolique Quanta cura et le Syllabus que y est joint. »

Trois points sont affirmés ici par le Souverain Pontife : 1° que les erreurs contenues dans le Syllabus sont des erreurs proscrites ; — 2° que le Syllabus ne doit point être séparé de la bulle Quanta cura ; — 3° que celui-là ne suit pas fidèlement et en toute obéissance les enseignements du Saint-Siège, qui ne se soumet pas au Syllabus. La question est donc tranchée, et tranchée par la voix du Pape.

Une autre preuve que Pie IX a bien voulu faire acte de son autorité suprême et infaillible en lançant le Syllabus, c’est la longue et lente préparation à cette œuvre. Au lendemain de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, Pie IX transforma la congrégation des cardinaux et des théologiens qui l’avaient aidé dans cette grande œuvre, en une congrégation chargée de signaler au Saint-Siège les nouvelles erreurs qui, depuis un siècle, ravagent l’Église. Dix ans s’écoulent, et la bulle Quanta cura et le Syllabus sont promulgués. N’est-il pas évident qu’un tel acte, préparé si longuement, de si loin et avec tant de sollicitude, ne peut pas être un acte vulgaire ? Le Pontife voulait, non pas émonder l’arbre, mais mettre la cognée aux racines. Qui donc croirait que toute la pensée d’un règne pendant dix ans eût pu aboutir à une mesure insuffisante et manquant d’efficacité ?

Si de ce problème : tous les angles d’un triangle sont égaux à deux angles droits, disait Lamennais, résultait quelque obligation morale, il y a longtemps qu’on en aurait contesté la vérité. Eh bien ! je crois qu’on peut renverser la proposition et dire : Si du Syllabus ne sortaient pas des conséquences morales et pratiques, personne n’en contesterait le caractère d’infaillibilité. Mais voilà ! le Syllabus entraîne avec lui des conséquences que nous ne pouvons passer complètement sous silence.

IV. Si le Syllabus est un document revêtu des caractères exigés pour l’infaillibilité, il est clair qu’on lui doit soumission absolue. Cette soumission, il a été certainement dans la volonté du Pape de l’imposer : car le Syllabus n’est pas seulement le résumé authentique des principales erreurs de notre temps, mais l’affirmation également authentique que chacune de ces erreurs a été condamnée par le Souverain Pontife. Il est impossible de le nier après avoir lu la lettre du cardinal Antonelli et le bref du 22 juillet 1875 que nous avons cités plus haut. Or tous les théologiens sont d’accord sur ce point que les condamnations doctrinales, du moment surtout où un acte authentique les fait connaître avec certitude, obligent immédiatement et sans aucune autre formalité particulière la conscience de tous les fidèles. « Les décrets dogmatiques, dit Billuart, soit qu’ils déclarent ce qui appartient à la foi, soit qu’ils condamnent des propositions des livres contenant des erreurs contre la foi ou contre les mœurs, n’ont pas besoin, pour obliger, d’être promulgués dans chaque diocèse. Pour qu’on doive s’y soumettre, il suffit de savoir d’une manière certaine (sufficit quod quovis modo constet) que telle a été la déclaration de l’Église ou du Saint-Siège ».

Sans chercher à répondre à des subtilités qui ne seraient pas ici à leur place, la soumission que l’on doit au Syllabus peut se formuler d’une façon fort simple : affirmer ce que le Saint-Siège affirme et comme il l’affirme, nier ce qu’il nie et comme il le nie. J’affirme ce qu’affirme, je condamne ce que condamne la sainte Église catholique. Si l’on s’en tient à cette règle, on est sûr de suivre la bonne voie. Mais qu’est-ce que le Syllabus affirme, et qu’est-ce que le Syllabus condamne ? Voilà désormais toute la question, Examinons. Ici nous nous bornons à citer le P. Dumas : on ne saurait mieux dire.

Le Syllabus, considéré dans ses décisions générales, les seules dont nous nous occupions en ce moment, affirme d’abord et de la manière la plus explicite que chacune des propositions contenues dans son énoncé est une erreur pernicieuse ou à la foi ou aux mœurs des peuples. Toutes sont des erreurs, puisque toutes sont désignées sous ce nom ; chacune d’elles renferme un venin dangereux pour la foi ou les mœurs : car, s’il en était autrement, l’Église ne s’en occuperait pas, et ne penserait pas à leur infliger un blâme.

« Le Syllabus affirme encore que cette qualification d’erreur, il l’applique à chacune des propositions dont il nous présente la série, mais à ces propositions telles qu’il les énonce, dans la forme qu’il leur donne, exprimées dans les termes qu’il emploie, et non point formulées d’une autre manière ou en d’autres termes. La cause en est évidente : le Syllabus ne peut pas dire autre chose que ce qu’il dit, ni renfermer autre chose que ce qu’il renferme.

« Le Syllabus affirme en troisième lieu que ces propositions non seulement sont des erreurs, mais encore sont, comme nous l’avons déjà fait remarquer, des erreurs condamnées par l’Église. Lui-même les condamne en les marquant d’une note flétrissante ; mais de plus il déclare qu’elles ont déjà été condamnées, puisqu’il atteste qu’elles ont été notées, ou, si l’on aime mieux et ce qui revient au même (nous ne voulons pas disputer sur les mots), signalées comme des erreurs dans les lettres apostoliques auxquelles il les rapporte.

« Le Syllabus affirme enfin que les erreurs condamnées par les lettres apostoliques sont celles qu’il reproduit, et non point d’autres ; que, si l’on a l’intention de les connaître, il faut les prendre telles qu’il les donne, et non point telles qu’on croirait les avoir découvertes par ses propres recherches. Il les a données ou résumées, en effet, afin qu’on les connût, et que chacun, les ayant, pour ainsi dire, sous la main, pût facilement s’en instruire. Eh ! qui donc, nous le demandons, ne préférera pas une version authentique de ces lettres, version faite et publiée par le Pontife lui-même, à celle qui ne présente d’autre garantie que la science privée d’un homme sans mission, science toujours faillible, et, dans tous les cas, incompétente ? La version authentique, d’ailleurs, est toujours obligatoire, ne l’oublions pas.

« Ces quatre obligations établissent clairement le devoir que nous avons à remplir, si nous voulons ne pas nous mettre en contradiction avec les enseignements de l’Église. Nous devons croire que toutes les propositions du Syllabus sans exception, prises dans leur sens naturel et telles qu’elles sont énoncées dans le document pontifical, sont des erreurs condamnées et réprouvées par le Saint-Siège, et que, dans ce sens précisément et de la manière dont elles sont énoncées, elles ont été condamnées et réprouvées par les lettres apostoliques antérieures ».

V. Quelques-uns cherchent à faire des distinctions dans les propositions du Syllabus, et séparent les propositions doctrinales de celles qui, d’après eux, seraient politiques : ils acceptent les unes, mais non les autres. L’Eglise, disent-ils, n’a pas à s’occuper de politique ; sur ce point ses décisions ne sont point infaillibles. – Je veux bien que Jésus-Christ n’ait pas chargé Son Église du devoir de trancher des questions purement politiques, comme par exemple la forme des gouvernements. Mais qui déterminera où finit la religion, où commence la politique ? qui fixera les limites strictes de l’une et de l’autre ? Est-ce à vous, ou à l’Église, ou au successeur de Pierre, que le Maître a dit : Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel ; tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel ? – Un catholique qui n’aurait pas la présomption d’en remontrer à l’Église et au Souverain Pontife raisonnerait autrement et dirait : Puisque l’Église a jugé à propos de condamner telle proposition, c’est qu’elle n’est pas exclusivement politique ; c’est que, par quelque coin que je ne vois peut-être pas, elle touche à la religion, au dogme ou à la morale ; je puis bien ne pas voir la raison que l’Église a eue de condamner, mais certainement elle a eu raison. Celui seul qui a reçu du fondateur de l’Église le privilège de l’infaillibilité, connaît l’étendue de ses pouvoirs. Et de fait, qu’on prenne l’une après l’autre les quatre-vingts propositions du Syllabus : sans être un grand théologien, avec les simples notions du catéchisme, il sera aisé de se rendre compte qu’il n’en est pas une seule qui soit exclusivement politique. Sans doute il est des propositions qui touchent à la politique ; mais que de questions mixtes où la politique et la religion se touchent par je ne sais combien d’endroits ! Refuserez-vous à l’Église le droit de désigner aux fidèles leurs devoirs dans ce genre de questions ? Concluons donc que la distinction qu’on prétend faire n’est qu’une pauvre échappatoire, qui disparaît, comme toutes les autres subtilités, devant un peu de réflexion et de bonne foi.

Je m’arrête. S’adressant surtout aux fidèles enfants de l’Église, je ne veux pas insister davantage : car ils ne sont pas soumis seulement aux décrets absolus du Saint-Siège, ils respectent aussi ses avertissements ; ils ont l’esprit catholique, cet esprit qui consiste dans une certaine délicatesse qui prend facilement ombrage en face de propositions équivoques, et dans une disposition de cœur qui porte à se soumettre sans effort, non seulement aux décrets du Saint-Siège, mais encore à ses avertissements ; ils savent que ce n’est pas impunément qu’on les méprise, et que ceux qui n’en tiennent pas de compte, souvent finissent mal. Les exemples ne manqueraient pas, si l’on voulait en citer. Aux yeux des catholiques simples et droits, l’obéissance n’est pas seulement un devoir strict, elle est un acte de piété filiale. » (Abbé Jean VERDEREAU, Exposition historique des propositions du Syllabus, Société générale de librairie catholique, 1877, pages 28-55)

Jules-Paul TARDIVEL

« L’un des plus grands actes du glorieux pontificat de Pie IX est sans contredit la publication de l’encyclique Quantâ curâ, adressée à tous les évêques en communion avec le Saint-Siège et par eux à tous les fidèles du monde. Cette encyclique, publiée le 8 décembre 1864, résume tous les enseignements des prédécesseurs de Pie IX et condamne les erreurs modernes, le naturalisme et l’indifférence religieuse, qui, sous le nom de liberté de conscience, font régner la force à la place du droit, le communisme et le socialisme, la séparation de l’Église et de l’État, la subordination de l’Église à l’État, c’est-à-dire le gallicanisme et le libéralisme. Cette lettre encyclique était accompagnée d’un Syllabus, ou résumé de quatre-vingts propositions erronées qui sont condamnées formellement et qu’on ne saurait soutenir sans être hérétique.

Le Syllabus a fait peut-être plus de bruit dans le monde qu’aucun autre document émané du Saint-Siège. Les impies, les révolutionnaires et les catholiques libéraux ou conciliants en furent scandalisés. Ils accusaient Pie IX d’avoir promulgué une doctrine nouvelle, d’avoir troublé la paix du monde, d’avoir rendu impossible l’accord entre l’Église et la civilisation moderne qui repose sur les principes condamnés. Les catholiques, au contraire, voyaient dans cet acte de vigueur le salut futur du monde, s’il entre dans les desseins de la Providence de sauver le monde. Ils voyaient que Pie IX venait de porter un coup terrible au mal en le signalant aux yeux des peuples ; ils voyaient qu’il n’inventait rien, qu’il ne faisait que développer, pour ainsi dire, le Credo et proclamer la vérité toute pure. Ils voyaient que Pie IX ne brisait pas avec la vraie civilisation, mais qu’il constatait seulement que la fausse civilisation de nos jours, celle qui repose sur des principes erronés, est incompatible avec le salut des âmes et le bonheur véritable des nations.

Oui, Pie IX a troublé le monde par le Syllabus, il l’a troublé profondément, mais comme la sentinelle, à l’approche de l’ennemi, trouble le repos de l’armée qui dort. » (Vie du Pape Pie IX, Ses oeuvres et ses douleurs, J.N. Duquet Ed. Imp. Quebec, 1878, chapitre XXIV « Le Sullabus » page 57)

Chanoine Jean-Michel-Alfred VACANT

« N’oublions pas non plus que Pie IX a fait publier un document célèbre qui, on s’accorde à le reconnaître, n’est pas re­vêtu des conditions exigées par les canonistes pour les lois authentiques. Le Syllabus, en effet, n’a pas été écrit par Pie IX lui-même. C’est un résumé des principales erreurs de notre temps, signalées dans les allocutions consistoriales, les encycliques et les autres lettres apostoliques de ce Pape, qu’il ordonna d’envoyer, avec son encyclique Quanta cura, à tous les évêques du monde, afin, disait le cardinal Antonelli, que ces derniers eussent sous les yeux toutes ces erreurs condamnées. Remarquons le caractère de ce document. Pie IX avait enseigné la doctrine du Saint-Siège dans des let­tres qui n’avaient pas été adressées à tous les évêques, ni affichées de la manière usitée pour la promulgation des lois ; il l’avait enseignée dans des allocutions qui n’avaient été connues du monde catholique que par l’intermédiaire de la presse; il était revenu, à plusieurs reprises, sur ces enseignements ; dans tous ces actes, il exerçait manifestement le magistère ordinaire que nous avons appelé exprès. Mais il craignit que ces enseignements réitérés ne restassent ignorés d’une partie de l’épiscopat, et, pour les faire connaître par tout l’univers catholique, il en fit dresser un résumé qui servit de règle doctrinale aux évêques dispersés. Il aurait pu proposer ce résumé à l’Église dans une définition solennelle ; il préféra le faire envoyer à tous les évêques avec son encyclique Quanta cura. Le Syllabus est donc un document où le Pape a exercé son magistère ordinaire, en s’adressant à toute l’Église, en vertu de sa souveraine autorité.

Mais, demandera-t-on, ces actes du magistère quotidien du Pape peuvent-ils être infaillibles ? Oui ; car nous y trouvons des doctrines que le magistère ordinaire impose, par ces actes mêmes, à la foi ou à l’assentiment de tous les catholiques. C’est ce que Pie IX a déclaré, en affirmant qu’il avait condamné les principales erreurs de notre époque, dans plusieurs encycliques, aussi bien que dans des allocutions consistoriales et d’autres lettres apostoliques qui avaient été publiées ; car condamner une erreur, c’est défendre d’y adhérer, et, quand le Pape porte une telle défense en vertu de sa suprême autorité, il le fait infailliblement, de quelque forme que son acte soit revêtu.

Pour ce qui regarde en particulier le Syllabus, Pie IX ne l’a pas imposé formellement par un jugement solennel ; mais exerçant son magistère ordinaire, il a manifesté que sa volonté était qu’il servît de règle à l’enseignement quotidien des évêques, qu’il fût, par conséquent, accepté par toute l’Église comme renfermant la doctrine du Saint-Siège. D’autre part, les évêques du monde entier ont donné leur adhésion à ce document. Le Syllabus est donc infaillible. Aussi beaucoup de théologiens l’ont-ils rangé parmi les définitions ex cathedra. […]

Est-il nécessaire d’ajouter qu’il n’y a pas lieu de rejeter l’infaillibilité du Syllabus et des enseignements du magistère ordinaire qui lui ressembleraient, parce que la censure méritée par chacune des propositions condamnées n’y est pas indiquée et que, pour mieux comprendre le sens de ces propositions, il est bon de recourir aux allocutions et aux lettres dont elles sont extraites et auxquelles le Syllabus lui-même renvoie ? Non ; car tous les théologiens admettent l’infaillibilité des condamnations in globo, où une série d’affirmations sont solennellement censurées, sans que la censure applicable à chacune d’elles soit déterminée, et, d’autre part, nous avons vu plus haut que tous les enseignements de l’Église se tiennent et servent à s’interpréter mutuellement ; or, il faut appliquer ces règles aux enseignements du magistère ordinaire, aussi bien qu’aux jugements solennels. » (Le Magistère ordinaire de l’Église et ses organes, Delhomme et Briguet, 1887)

Abbé Pierre HOURAT

« Parmi les preuves — que j’appellerais volontiers humaines — apportées par les apologistes en confirmation de la divinité de I’ Église, une de celles qui m’ont toujours le plus fortement frappé, c’est l’unité de doctrine — et une unité absolue, sans la moindre solution de continuité— dans cette longue série de pontifes romains, si divers, cependant, de tempérament, de pays, de race, d’aspirations, de passions même… Rien d’étonnant, dès lors, à ce que cet acte solennel du magistère infaillible promulgué par Pie IX et qu’on appelle le Syllabus ait été, à diverses reprises, confirmé par Léon XIII. Mais ce qu’il y a de plus étonnant, de vraiment curieux, c’est que ce soit Léon XIII lui-même qui, le premier, ait conçu l’idée du Syllabus. Cardinal-archevêque de Pérouse, il assista au concile provincial de Spolète, où tous s’inclinèrent devant son éminente doctrine. Si bien des questions furent examinées en cette assemblée, cependant on y rechercha plus particulièrement les moyens de combattre les erreurs dont la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen semble avoir provoqué la germination chaque jour plus touffue. A cette occasion, le pieux archevêque remarqua que, sans doute, l’Église avait un jour ou l’autre condamné ces erreurs ; toutefois, il serait de la plus grande importance qu’elle les condamnât à nouveau, et sous la forme qu’elles revêtent de nos jours. En conséquence, il suppliait l’assemblée de réclamer du Saint-Siège cette condamnation ; et ce, sous forme de tableau. « Demandons instamment à notre Saint-père le pape de nous donner une constitution qui — énumérant les diverses erreurs concernant ce triple sujet [Il s’agissait de l’Église — de l’autorité — de la propriété], chacune sous son nom propre et sous une forme telle qu’on puisse, pour ainsi dire, les embrasser d’un seul coup d’œil — leur applique la censure théologique voulue et les condamne dans les formes ordinaires. En effet, et bien ces mêmes erreurs modernes aient été déjà séparément condamnées par l’Église, le saint Concile est néanmoins persuadé qu’il y aurait grand profit pour le salut des fidèles, si on les présentait ainsi groupées en tableau et sous les formes qu’elles ont revêtues de nos jours, en leur infligeant la note spécifique. — [ndlr : ici l’abbé HOURAT cite cette demande du Concile dans sa version latine originale]. » [Collectio-Lacensis, VI, p. 743. — Scella di atti episcopali del Card. Gioacchino Pecci, arcivescovo-vescovo di Perugia, ora Leone XIII Sommo Pontifice, p. 417]. Or, le Syllabus, qu’est-ce autre chose que ce tableau des erreurs modernes réclamé par l’archevêque Pecci ? Et le Syllabus date de 1864 ; et le concile de Spolète tenait ses assises en l’an 1849.

Concluez. » (Le  »Syllabus » : étude documentaire, Bloud, Paris 1904, tome I, pp. 7 et 8 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k915818/f11.item.r=Le%22Syllabus%22%C3%A9tude%20documentaire)

Les évêques assemblés à Spolète énonçaient ce programme dans le prologue des Actes du Concile, comme le rapporte le biographe de Léon XIII, Mgr Bernard O’REILLY, qui indique dans la fin de sa préface que cette biographie a été corrigée par le Pape Léon XIII en personne :

« Mais parce que, au siècle où nous sommes, on attaque avec une violence toute particulière l’unité et l’absolue nécessité de la foi, l’autorité des puissances légitimes, le droit de posséder justement acquis, nous voulons professer hautement ces mêmes vérités et, autant que cela dépend de nous, les défendre au péril de notre vie; nous voulons aussi mettre tout notre zèle et toute notre vigilance à les enseigner à nos peuples par des sermons, des exhortations et tous les moyens adaptés à leur intelligence. » (Vie de Léon XIII : d’après les mémoires authentiques fournis par son ordre ; écrite avec l’encouragement, l’approbation et la bénédiction de Sa Sainteté le pape, lui-même, page 126)

Abbé Jean-Louis-Gabriel LENERT

« Il n’est pas de document pontifical plus important, plus actuel et plus méconnu que le Syllabus.

Aussi n’avons-nous pas cru pouvoir choisir, pour notre cours d’instructions de la messe de onze heures et demie, sujet plus opportun.

A l’époque où, dans certains milieux, on voudrait opposer un pape à un autre, il est intéressant d’étudier un acte solennel du magistère infaillible, promulgué par Pie IX et confirmé, à diverses reprises, par Léon XIII, qui, n’en déplaise à certains esprits, en avait conçu la première idée, alors que, cardinal archevêque de Pérouse, il assistait au
concile provincial de Spolète.

Le vœu fut alors émis que le Saint-Père donnât une constitution qui énumérât les diverses erreurs sur l’Église et la société. Le saint concile était persuadé que, bien qu’elles eussent été déjà condamnées, il y aurait grand profit, pour le salut des fidèles, si on les présentait sous une forme telle qu’on puisse, pour ainsi dire, les embrasser d’un seul coup d’œil.

L’idée fit son chemin. Le Saint-Siège pensa d’abord insérer ce tableau dans la bulle de définition du dogme de l’Immaculée Conception de la très sainte Vierge, puissante exterminatrice des hérésies.

Il abandonna ensuite ce projet lorsque le cardinal Fornari eut, sur l’ordre du Pape, écrit aux membres les plus en vue de l’épiscopat et à quelques catholiques éminents, leur présentant un projet de vingt-huit propositions. Il fut décidé que, pour donner à la condamnation plus de solennité, elle se ferait par un acte pontifical distinct.

Pendant douze ans, une commission spéciale se livra à un travail inlassable.

Le 23 juillet 1860, Mgr Gerbet, évêque de Perpignan, publia une instruction pastorale, condamnant quatre-vingt-cinq propositions distribuées sous onze chefs distincts.

La commission fit alors un deuxième, puis un troisième projet, qui fut soumis aux évêques.

Le Pape avait demandé le secret. Mais en octobre 1862, le Mediatore, journal de Turin, ouvertement hostile au Saint-Siège, publiait le texte même de ces propositions.

Pie IX institua une nouvelle commission et, le 8 décembre 1864, était publiée la célèbre encyclique Quanta cura, à laquelle étaient annexées les quatre-vingts propositions du Syllabus.

Ce fut alors le déchaînement de toutes les passions antireligieuses et gallicanes. » (Condamnées parce que condamnables. Description Résumé de quarante-quatre instructions sur le Syllabus, A. Tralin, libraire-éditeur, 1911, Paris, pages 1 à 3)

Mgr Eugène-Ernest CAULY

« 2° Mais, préalablement, il nous faut établir l’autorité doctrinale du Syllabus. L’école libérale, plus particulièrement atteinte par cet acte du souverain pontife, voudrait en infirmer la valeur.

Et d’abord, les détracteurs de ce document ont prétendu qu’il n’était point un acte pontifical, parce qu’il ne faisait point partie de l’encyclique Quantâ curâ, qu’il n’était point signé du pape, et que le souverain pontife n’avait pas chargé les évêques de le promulguer. – Or toutes ces allégations sont inexactes. Le document est tout entier l’oeuvre infaillible du pape. C’est Pie IX qui a chargé une commission de cardinaux, d’évêques et de savants théologiens, d’examiner toutes les propositions qu’il avait condamnées depuis 1846, d’en dresser le catalogue ou Syllabus, et de déterminer avec soin la censure applicable à chacune d’elles. La rédaction en fut achevée au bout de dix années, et le pape fit expédier ce résumé à tous les évêques du monde, comme formant un seul et même document avec l’encylique Quantâ curâ. Qu’importe que le pape ne l’ait point signé, du moment où il disait dans sa lettre : « Nous avons élevé la voix, et dans plusieurs lettres encycliques, allocutions consistoriales et autres lettres apostoliques, nous avons condamné les principales erreurs de notre temps… En conséquence, toutes et chacune des mauvaises opinions et doctrines signalées en détail dans les présentes lettres, nous les réprouvons par notre autorité apostolique, les proscrivons, les condamnons… »

N’est-ce point là un acte éminemment pontifical et formel du magistère infaillible ? C’est du reste l’appréciation commune qu’en ont faite les évêques réunis à Rome le 17 juin 1867, à l’occasion du centenaire des saints apôtres Pierre et Paul » (Cour d’instruction religieuse, apologétique chrétienne, p.526-527)

Amédée de MARGERIE

Parlant du rôle de Mgr Louis-Edouard PIE dans l’élaboration du Syllabus, pour montrer que cet évêque n’a pas abusé de son autorité et n’a toujours fait que prêcher la doctrine de l’Eglise, écrit :

« Il n’avait donc pas érigé système et une théorie personnelle en doctrine de l’Eglise puisque l’infaillible autorité du Chef de l’Eglise parlait comme il avait parlé. Il n’avait point signalé un péril imaginaire puisque le pilote de la barque divine déclarait aux sociétés que là était leur écueil. Il ne s’était point trompé d’heure, puisque l’avertissement du Pasteur suprême suivait de si près celui qu’il avait donné. » (Amédée de MARGERIE, Le Cardinal Pie, ap. Revue trimestrielle, 15 avril 1881)

3 commentaires sur “L’infaillibilité du Syllabus

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Cette entrée a été publiée le 10 mai 2021 par dans Foi Catholique.
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