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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Pourquoi l’infaillibilité du Pape est-elle nécessaire ?

Lire aussi : Les fondements bibliques de la Papauté (3) : Luc XXII, 32 : le Christ donne à saint Pierre le charisme d’infaillibilité

Texte du Père Thomas PÈGUES, OP, Revue Thomiste, Novembre-Décembre 1904 ; in Revue thomiste, tome 12, année 1904, pages 514 à 517 :

Il ne doit y avoir pour toute l’Église qu’une seule et même foi ; c’est le mot de saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens (I, 10) : « N’ayez tous qu’une même pensée et qu’il n’y ait pas de divisions, de schismes, parmi vous. »

Or cette unité, essentielle à l’Église, ne peut être conservée que si toute question soulevée au sujet de la foi est tranchée par celui qui préside à l’Église tout entière, de telle sorte que sa sentence oblige toute l’Église.

Arrêtons-nous sur cette raison de saint Thomas ; nous y trouverons la meilleure apologie du dogme de l’Infaillibilité et son explication la plus précise. Saint Thomas part de ce fait que l’Église est une société, la société des fidèles. Tous les membres de cette société doivent avoir la même foi, c’est-à-dire qu’ils doivent tous accepter intégralement le même dépôt de vérités révélées par Dieu. Quiconque rejetterait une seule de ces vérités n’appartiendrait déjà plus à la société des fidèles, à l’Église. Que si le dépôt de ces vérités révélées était d’une nature telle qu’aucune question ne pût être soulevée à son endroit et que nécessairement et fatalement ces vérités s’imposassent à l’esprit de tous les fidèles, il n’y aurait aucun besoin de parler d’Infaillibilité Pontificale. Mais il n’en va pas ainsi ; et en raison même de sa nature ou parce que l’esprit de l’homme est naturellement plus inquiet à son endroit, il se trouve, qu’autour de ce dépôt de la révélation se sont produites et devaient fatalement se produire les questions les plus délicates et les plus difficiles.

Comment dès lors maintenir ou sauvegarder cette unité de la foi sans laquelle il n’y a plus d’Église ? Puisque l’Église est une société, il faut nécessairement qu’elle ait son organisme. Elle aura une hiérarchie, un chef. Or dans toute société, dans tout organisme social, c’est au chef que doit revenir en dernière analyse la décision suprême, la résolution dernière qui engage tous les membres de la société. Tant que le chef de la société n’est pas intervenu, aucune question n’est tranchée définitivement, aucune décision n’a force de loi. Quelle que soit l’autorité inférieure ou subalterne qui ait prononcé, on pourra toujours en appeler de cette autorité à l’autorité suprême et souveraine. Au contraire, dès que cette dernière autorité a prononcé, il n’y a plus de recours possible, et tous, dans la société, doivent se soumettre.

C’est dans ce fait social, dans cette loi fondamentale de toute société, que saint Thomas va puiser la raison du grand dogme de l’Infaillibilité Pontificale. L’Église est une société, une société dont tous les membres sont tenus de professer la même foi. Parmi ces fidèles et autour de cette foi, des questions multiples et très délicates devaient nécessairement être soulevées. Il se produit aussitôt diversité de sentiments et diversité d’opinions. Les uns affirment, et les autres nient ; tous cependant s’autorisent de la parole de Dieu, ou, plus généralement et si la question est soulevée par des incroyants, de la vérité. Il y a division, il y a « schisme » dans les esprits. Cette division peut durer et s’étendre jusqu’à troubler gravement la paix de l’Église. Mais l’Église, précisément parce quelle est une société, a un chef. Ce chef est le Souverain Pontife. Il faudra donc qu’à lui appartienne, comme il appartient au chef dans toute société, d’évoquer l’affaire à son tribunal et de prononcer en dernier ressort. Jusqu’à ce que le Souverain Pontife ait prononcé, la discussion est libre ; et chacun peut légitimement défendre son sentiment. Lorsque le Souverain Pontife a prononcé, toute discussion est close, tout appel devient impossible, et chacun dans l’Église est obligé de se soumettre. Il le faut, sous peine de faire de l’Église la pire des anarchies, l’anarchie intellectuelle. Le Souverain Pontife, le Pape, ne serait plus le chef de l’Église, si l’on pouvait en appeler de sa décision et de sa sentence. Si donc il est le chef de l’Église et parce qu’il est le chef de l’Église, il faut que pour tout membre de l’Église sa sentence soit définitive et sans appel.

Par conséquent, et dans les questions soulevées au sujet de la foi, tout membre de l’Église est tenu d’accepter la décision du Souverain Pontife, de la faire sienne. Mais, ou cette décision du Souverain Pontife sera conforme à la vérité, ou elle sera fausse. Si elle est fausse, voilà toute l’Église induite en erreur. Tous, dans l’Église, seront obligés de se soumettre, au nom de Dieu Lui-même, à une décision doctrinale qui est erronée. Les Pasteurs et les Docteurs seront tenus de l’enseigner, les fidèles tenus de l’admettre. On enseignera, comme parole de Dieu et au nom de Dieu, une chose fausse, une chose contraire à la vérité. C’est inadmissible : inadmissible, parce que l’Église cesserait d’être la cité de Dieu, si, au lieu de la vérité, on y enseignait l’erreur ; inadmissible, parce que l’unique motif pour lequel on adhère à une vérité de foi, c’est l’autorité ou la véracité divine, véracité qui exclut évidemment toute erreur.

Il est donc impossible qu’une décision doctrinale émanant du chef de l’Église et obligeant tous ses membres soit contraire à la vérité. Il faut, de toute nécessité, qu’elle soit vraie, qu’elle soit conforme à la pensée divine, à la parole de Dieu. Il le faut sous peine de faire mentir Dieu, sous peine de détruire l’Église.

Mais comment cette décision sera-t-elle toujours conforme à la vérité, dès là qu’il s’agit d’une question souvent délicate, au sujet de laquelle les meilleurs esprits, parmi les fidèles, et aussi parmi les Docteurs, sont divisés ? Qui assurera le Souverain Pontife contre le danger d’erreur ? Celui-là seul évidemment qui ne peut pas se tromper. Il faudra donc une assistance spéciale de Dieu en vertu de laquelle le chef de l’Église, quand il aura à prononcer, en dernier ressort, sur un point controversé, sera maintenu à l’abri de l’erreur et confirmé dans la vérité de la foi. C’est le mot du Christ à Simon-Pierre constitué chef de l’Église : j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas ; et il t’appartiendra de confirmer tes frères.

Voilà la raison d’être du privilège de l’Infaillibilité ; voilà le motif d’absolue nécessité sur lequel il repose. L’Église ne serait plus la société des fidèles, de ceux qui vivent de la vérité de Dieu, si le chef de cette Église, à qui il appartient, en dernier ressort, de dirimer toutes les controverses au sujet de la vérité ou de la parole de Dieu, pouvait se tromper. Il faut nécessairement que le chef de l’Église, et parce qu’il est le chef de l’Église, soit infaillible.

2 commentaires sur “Pourquoi l’infaillibilité du Pape est-elle nécessaire ?

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Cette entrée a été publiée le 24 octobre 2019 par dans Foi Catholique.
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