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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’infaillibilité des lois de discipline générale de l’Eglise : exposé général

Dans l’établissement des lois disciplinaires générales, l’Église catholique ne peut pas se tromper. Bien évidemment, il s’agit d’une infaillibilité pratique, qui garantit que la loi n’est ni mauvaise, ni nocive, ni insupportable ; autrement dit, qui garantit que celui qui s’y conforme est (en cela) dans la voie du salut éternel.

Il ne s’agit pas directement d’une infaillibilité doctrinale (ça n’aurait guère de sens) bien que les présupposés ou les conséquences d’ordre doctrinal desdites lois soient ainsi garantis.

Cette infaillibilité ne garantit pas que la loi est la meilleure en soi, elle garantit que la loi est bonne. Parce que l’infaillibilité est pratique, elle n’empêche pas l’autorité légitime et compétente de l’Église de modifier ses lois ; nous sommes assurés que, à l’instar de l’ancienne, la nouvelle loi est bonne.

Comme cette vérité est parfois profondément méconnue, voici quelques documents du Magistère qui l’enseignent sans équivoque (et auxquels, soit dit en passant, font écho tous les manuels classiques de théologie).

Cette vérité logique est attestée par le magistère et par les théologiens approuvés. Voyons cela.

Le Magistère de l’Eglise

Pie VI condamne comme :

« fausse, téméraire, scandaleuse, pernicieuse, offensante aux oreilles pies, injurieuse à l’Église et à l’Esprit de Dieu qui la conduit, pour le moins erronée »,

la proposition suivante du concile illégitime de Pistoie :

« pour autant qu’en raison des termes généraux utilisés, elle inclut et soumet à l’examen prescrit même la discipline établie et approuvée par l’Église, comme si l’Église, qui est régie par l’Esprit de Dieu, pouvait constituer une discipline, non seulement inutile et trop lourde à porter pour la liberté chrétienne, mais encore dangereuse, nuisible, et conduisant à la superstition et au matérialisme. » (Bulle Auctorem fidei, 28 août 1794, condamnation du concile de Pistoie, Denzinger 1578 ; Enseignements pontificaux, l’Église, Solesmes, n° 122)

Grégoire XVI :

« Est-ce que l’Église qui est la colonne et le soutien de la vérité et qui manifestement reçoit sans cesse du Saint-Esprit l’enseignement de toute vérité, pourrait ordonner, accorder, permettre ce qui tournerait au détriment du salut des âmes, et au mépris et au dommage d’un sacrement institué par le Christ ? » (Encyclique Quo graviora, 4 octobre 1833, dans les Enseignements pontificaux, l’Église, Solesmes, n° 173)

Léon XIII :

« Toutefois ce n’est pas au gré des particuliers, facilement trompés par les apparences du bien, que la question se doit résoudre : mais c’est à l’Église qu’il appartient de porter un jugement, et tous doivent y acquiescer, sous peine d’encourir la censure portée par notre prédécesseur Pie VI. Celui-ci a déclaré la proposition 78 du Synode de Pistoie injurieuse pour l’Église et l’Esprit de Dieu qui la régit, en tant qu’elle soumet à la discussion la discipline établie et approuvée par l’Église, comme si l’Église pouvait établir une discipline inutile et trop lourde pour la liberté chrétienne. » (Encyclique Testem benevolentiæ, 22 janvier 1899 dans les Enseignements pontificaux, l’Église, Solesmes, n° 631)

Saint Pie X approuva personnellement le traité Istitutiones Theologicae Dogmaticae du R.P. HERRMANN c.ss.r., dans lequel se trouve ce qui suit :

« L’Église est infaillible dans sa discipline générale »: « Par sa discipline générale on entend ses lois et ses instituts qui concernent le gouvernement externe de toute l’Église. Par exemple, ce qui concerne le culte externe, telles la liturgie et les rubriques, ou l’administration des sacrements…

L’Église est dite infaillible dans sa discipline, non pas comme si ses lois fussent immuables, car le changement des circonstances rend souvent opportun d’abroger ou de changer les lois ; et non plus comme si ses lois disciplinaires fussent toujours les meilleures et les plus utiles… L’Église est appelée infaillible dans sa discipline dans le sens que dans ses lois disciplinaires il ne peut rien se trouver qui soit opposé à la foi, aux bonnes mœurs ou qui puisse agir au détriment de l’Église ou au préjudice [« damnum »] des fidèles. « Que l’Église soit infaillible dans sa discipline s’ensuit de sa mission même. La mission de l’Église est de conserver intègre la foi et de mener les peuples au salut en les apprenant à observer tout ce que le Christ a ordonné. Mais si en matière disciplinaire elle pouvait stipuler, imposer ou tolérer ce qui est contraire à la foi ou aux mœurs, ou ce qui tournerait au détriment de l’Église ou au préjudice des peuples, l’Église pourrait dévier de sa mission divine, ce qui est impossible. « Ceci est insinué par le Concile de Trente, Sess. xxii, can. 7 :

Si quelqu’un dit que les cérémonies, les ornements et les signes externes que l’Église catholique emploie dans la célébration des messes sont des stimulants plutôt d’impiété que des secours de la piété, qu’il soit anathème.

Et par Pie VI dans la constitution Auctorem Fidei, concernant la 78e proposition de Pistoie :

Comme si l’Église, qui est gouvernée par l’Esprit de Dieu, pouvait établir une discipline non seulement inutile et plus lourde que la liberté chrétienne ne peut tolérer, mais qui serait en plus dangereuse, nocive, propre à induire en superstition ou en matérialisme. » – proposition qu’il a condamnée comme « fausse, téméraire, scandaleuse, pernicieuse, offensive aux oreilles pies, etc. » « L’infaillibilité de l’Église doit également s’étendre à tout enseignement dogmatique ou moral, pratiquement inclus dans ce qui est condamné, approuvé ou autorisé par la discipline générale de l’Église. » (R.P. HERRMANN c.ss.r., Istitutiones Theologicae Dogmaticae, approbation personnelle de saint Pie X in : Vol. I, n° 258)

Cette infaillibilité est spécialement garantie quand il s’agit de la liturgie sacramentelle. Concile de Trente :

« Si quelqu’un dit que les rites reçus et approuvés de l’Église catholique, en usage dans l’administration solennelle des sacrements, peuvent être méprisés ou omis sans péché au gré des ministres […] qu’il soit anathème. » (Session XXII, can. 7, Denzinger 856, Enseignements pontificaux, l’Église, Solesmes, n° 675)

Les théologiens approuvés

Saint Thomas d’Aquin prouve que ces choses sont convenables qui se font dans la célébration de l’Eucharistie. Il donne comme raison :

« la coutume de l’Église, qui ne peut pas errer, puisqu’elle est dirigée par le Saint-Esprit. » (Somme théologique, IIIa. q.83, art.5).

Jean de Saint-Thomas, O.P., pense ainsi :

« En ce qui concerne la substance et la morale de la loi, que le Pontife propose couramment, comme une règle de mœurs à suivre, ce serait hérétique d’affirmer que l’Église pourrait errer, de telle manière qu’elle puisse soit permettre, soit prescrire quelque chose de destructeur, ou contre les bonnes mœurs, ou la loi naturelle ou la loi divine. » (Tract. de auctor. Summi Pontif. disp. III. art. 3 ; cité in : Père J-Vincenz De GROOT, O.P., Summa Apologetica De Ecclesia Catholica, Ratisbonne, 1906, p. 334)

Dom Prosper GUERANGER, O.S.B., dit à propos de la contestation de lois liturgiques :

« autrement, il faudrait dire que l’Église aurait erré sur la discipline générale, ce qui est hérétique. » (Institutions liturgiques, tome II page 10, ed. 1878)

Ainsi que :

« La discipline ecclésiastique est l’ensemble des règlements extérieurs établis par l’Église.

Cette discipline peut être générale, quand ses règlements émanent du pouvoir souverain dans l’Église avec l’intention d’obliger tous les fidèles, ou du moins une classe de fidèles, sauf les exceptions accordées ou consenties par le pouvoir qui proclame cette discipline.

Elle est particulière, quand les règlements émanent d’une autorité locale qui la proclame dans son ressort.

C’est un article de la doctrine catholique que l’Église est infaillible dans les règlements de sa discipline générale, en sorte qu’il n’est pas permis de soutenir, sans rompre avec l’orthodoxie, qu’un règlement émané du pouvoir souverain dans l’Église avec l’intention d’obliger tous les fidèles, ou au moins toute une classe de fidèles, pourrait contenir ou favoriser l’erreur dans la foi, ou dans la morale.

Il suit de là que, indépendamment du devoir de soumission dans la conduite imposée par la discipline générale à tous ceux qu’elle régit, on doit encore reconnaître une valeur doctrinale dans les règlements ecclésiastiques de cette nature.

La pratique de l’Église confirme cette conclusion. En effet, nous la voyons souvent dans les conciles généraux, dans les jugements apostoliques, appuyer ses décisions en matière de foi sur les lois qu’elle a établies pour le gouvernement de la société chrétienne. Telle pratique qui représente une croyance est gardée universellement dans l’Église ; donc, la croyance représentée par cette pratique est orthodoxe : puisque l’Église ne saurait professer l’erreur, même indirectement, sans perdre la note de sainteté dans la doctrine, note qui lui est essentielle jusqu’à la consommation des siècles. […]

La discipline est donc en relation directe avec l’infaillibilité de l’Église, et c’est là déjà une explication de sa haute importance dans l’économie générale du catholicisme. » (« Troisième lettre à Mgr l’évêque d’Orléans », in Institutions liturgiques, deuxième édition, Palmé, 1885, vol. 4, pp. 458-459.)

Abbé Jean-Michel-Alfred VACANT, Maître en Théologie, Professeur au Grand séminaire de Nancy et initiateur du Dictionnaire de théologie catholique :

« Les enseignements implicites et infaillibles du magistère ordinaire nous sont fournis par les pratiques universelles de l’Église, par les liturgies, dans ce qu’elles ont de commun, et par les lois générales de l’Église. Tous les actes conformes à ces pratiques, à ces liturgies ou à ces lois sont sanctionnés par les dépositaires de l’infaillibilité ; ils ne peuvent, par conséquent, être mauvais, ni nous détourner du salut. Chaque fois donc, que ces actes supposent manifestement la vérité d’une doctrine, il y a proposition implicite de cette doctrine par l’Église […] Les usages universels de l’Église qui ont un but marqué, comme les rites des sacrements et du Saint Sacrifice, manifestent, d’une autre manière, la foi infaillible de l’Église. Celle-ci ne les emploie, en effet, que parce qu’elle croit à leur efficacité. Il faut admettre, par exemple, que l’Église regarde la matière et la forme usitées dans l’administration des divers sacrements comme capables d’en produire les effets, et qu’elle ne se trompe pas sur ce point. » (Le magistère ordinaire de l’Église et ses organes, Imprimé avec l’autorisation de Monseigneur l’Évêque de Nancy et de Monseigneur l’Archevêque de Paris, 1887)

Dictionnaire de théologie catholique :

« C’est une conséquence rigoureuse de l’enseignement néo-testamentaire. Car l’infaillibilité garantie par Jésus à son Église, selon le texte de Matthieu, XXVIII, 20, s’appliquant à tout enseignement réellement et efficacement donné par le magistère ecclésiastique, doit également s’appliquer à tout enseignement nécessairement inclus dans les lois, pratiques ou coutumes établies, approuvées ou autorisées par l’Église universelle, cet enseignement pratique ou indirect étant, surtout pour une autorité en elle-même infaillible, tout aussi réel et efficace que l’enseignement doctrinal direct. » (Dictionnaire de théologie catholqiue, article « Église », par l’abbé Edmond DUBLANCHY, col. 2197)

Père J-Vincenz De GROOT, O.P. :

« La fin des lois disciplinaires est la sainteté et l’ordre de l’Eglise. Il est donc clair :

A) Que les lois purement disciplinaires peuvent être modifiées selon la nécessités des temps et des personnes, mais que l’Eglise ne peut pas dans une loi disciplinaire universelle, quels qu’en soient les changements, prescrire ou interdire quelque chose de façon contraire à la foi et aux moeurs.

B) Puisque la proportion des lois aux circonstances est une question de prudence, l’infaillibilité en matière de discipline ne semble pas demander en soit que toutes les lois de l’Eglise atteignent en soit le plus haut degré de prudence. Par conséquent, en laissant de côté la question de savoir si ce qui établi par la discipline générale est ce qu’il y a de mieux, nous affirmons que rien de contraire à la foi et aux moeurs ne peut s’insinuer dans la discipline générale. » (Summa Apologetica De Ecclesia Catholica, Ratisbonne, 1906)

Le Cardinal Louis BILLOT expose la thèse suivante :

« Thèse XII : La puissance législative de l’Église a pour matière aussi bien ce qui concerne la foi et les mœurs que ce concerne la discipline. En ce qui concerne la foi et les mœurs à l’obligation de la loi ecclésiastique s’ajoute l’obligation de droit divin ; en matière disciplinaire toute obligation est de droit ecclésiastique. Cependant à l’exercice du suprême pouvoir législatif est toujours attachée l’infaillibilité, dans la mesure où l’Église est assistée de Dieu pour que jamais elle ne puisse instituer une discipline qui serait de quelque façon opposée aux règles de la foi et à la sainteté évangélique. » (De Ecclesia Christi, Rome, 1927, tome I, p. 477)

Voici l’intégralité de la démonstration de cette thèse : cliquer ici.

Nous proposons également la reproduction d’un article du journal L’Ami du Clergé (numéro du 24 juillet 1919), vaillante revue qui, pendant 80 ans, a fourni au clergé francophone, dont nombre de prêtres de saine doctrine était abonné, de quoi entretenir et approfondir sa science, lever ses doutes, entretenir son amour de l’Église : par des réponses à des consultations sur toutes sortes de sujets (principalement moraux, canoniques et liturgiques), des analyses de livres, la publication d’actes du Saint-Siège, des comptes-rendus propres à intéresser tous ceux qui ont le souci de la doctrine et de sa juste application. Ce n’était pas une revue de théologie, spécialisée dans des études ou des débats, c’était une revue pratique, de bon esprit et de bonne doctrine. On y trouvait des chroniques et des réponses fort bien faites, et toujours instructives. L’article en question prouve en quoi le Code de droit canonique promulgué en, 1917 par  le Pape Benoît XV est infaillible. Pour le consulter : cliquer ici.

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4 commentaires sur “L’infaillibilité des lois de discipline générale de l’Eglise : exposé général

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Cette entrée a été publiée le 8 janvier 2018 par dans Foi Catholique.
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