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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Les livres deutérocanoniques dans l’Histoire de l’Église (1)


Toutes les autres preuves de l’inspiration des livres deutérocanoniques: ici

L’un des arguments protestants contre les livres deutérocanoniques est que les premiers chrétiens les auraient rejetés. Nous allons réfuter cette affirmation dans plusieurs articles dont voici le premier. Nous y montrerons que les trois premiers siècles de l’Eglise les ont unanimement acceptés et que s’ils furent refusés par beaucoup à partir du IVème siècle, ce fut sous l’influence des faux arguments juifs.

Ce qui suit est un extrait du Manuel d’études bibliques (Tome I, deuxième édition, Paris VI° Pierre TEQUI, Librairie-éditeur, 82 rue Bonaparte, 1936, pages 288 et 292 à 306) des abbés Henri LUSSEAU et M. COLLOMB, tous deux Docteurs ès-sciences bibliques et professeurs en Grands Séminaires. Ce manuel fut rédigé conformément aux directives données par le Pape saint Pie X aux professeurs d’Ecriture Sainte en sa Lettre apostolique Quoniam in re biblica du 27 mars 1906.

§ II. – LE CANON DE L’ANCIEN TESTAMENT CHEZ LES CHRETIENS. 

L’histoire de toute question dogmatique controversée se déroule selon le rythme suivant : la doctrine est d’abord possédée pacifiquement ; elle est, ensuite, objet de discussion, de doutes et d’hésitations ; enfin, le magistère solennel de l’Eglise procède à une définition. L’étendue du canon de l’Ancien Testament se place au premier rang des questions dogmatiques controversées. Son histoire comportera les trois phases ci-dessus mentionnées. […]

II. – Témoignages des premiers siècles.

A. — Observation générale.

« Dans l’histoire du canon de l’Ancien Testament dans l’Eglise chrétienne, il faut attacher, écrit M. GIGOT, une importance spéciale aux premiers écrivains ecclésiastiques. Étant proches des temps apostoliques, ils étaient bien placés pour savoir quels livres avaient reçu l’approbation pratique des Apôtres, quel canon ils emploieraient eux-mêmes et transmettraient à leurs successeurs. La Bible qu’ils citaient, les livres qu’ils regardaient comme inspirés étaient destinés devenir la Bible et les livres des générations futures. Leurs témoignages furent comme les premiers anneaux de cette chaîne de témoignages en faveur des deutérocanoniques, chaîne qui relie le présent au passé, dont la valeur dépend des premiers anneaux. Aussi les savants les plus récents en appellent au témoignage des premiers écrivains ecclésiastiques, persuadés que ces premiers disciples des Apôtres nous transmettent simplement les sentiments de leurs maitres touchant le canon des Ecritures. » (General introduction to the study of the holy Scriptures, 1900, p. 44)

B. – Eglises d’Occident.

1. Nous trouvons dans les écrits de SAINT CLÉMENT DE ROME (entre 90 et 100) une analyse de Judith (I Cor. , LV, 4-3) et de la recension grecque d’Esther (Ibid., 6). Il s’est également servi de la Sagesse (I Cor., III, ; VIII, 5 ; XXVII, 3) et des fragments deutérocanoniques de Daniel (I Cor. , XLV, 7), ainsi que, très probablement, de l’Ecclésiastique (I Cor. , LIX, 3).

2. HERMAS (140-154) utilise fréquemmnent l’Ecclésiastique (Mand., I ; Sim., V, 5, VII, 4 et Eccli., XVIII, 1; – Vis. , III, 7 et Eccli., XVIII, 30 ; Sim., VI, 4 et Eccli., XXXII, 9 ; – Sim., V, 7 et Eccli., XLII, 8) et parfois le second livre des Macchabées (Mand., I et II Macch., XII, 28). [ndlr: lire l’œuvre de laquelle ces références sont tirées: ici]

3. HIPPOLYTE († 235) n’a point omis, dans son commentaire de Daniel, le cantique des trois jeunes hommes dans la fournaise, ni l’histoire de Suzanne [ndlr: ces passages ne se trouvent que dans les fragments deutérocanoniques de Daniel]. II cite le livre de la Sagesse et en attribue le texte au prophète, ou à Salomon (Dem. adv. Jud., 9, 10 ; M. G. X, 793).

4. SAINT IRÉNÉE, évêque de Lyon (écrit vers 180), cite Baruch, qu’il attribue au prophète Jérémie (Adv. Haer., V, XXXV, 1 ; M. G., VII, 1219) ; l’histoire de Suzanne et celle de Bel et du Dragon (IV, XXVI, 1 ; M. G., VII, 1053 et V, LIV, 2 ; M. G., 1135) ; de nombreux passages du Livre de la Sagesse (IV, XXXVIII, 3 ; M. G., VII, 1108). [Alfred DUFOURCQ, Saint Irénée, Paris, 1904, pp. 101 et suivantes]

5. En Afrique, TERTULLIEN (c. 160-222-3) et St CYPRIEN († 258) témoignent abondamment en faveur des deutérocanoniques. Le premier exprime déjà sa sympathie pour ces ouvrages, lorsqu’il se refuse, par principe, à recevoir les Saintes Ecritures des mains des Juifs, ceux-ci rejetant plusieurs écrits concernant le Christ (De cultu femin., 1, 3 ; M. L., 1, 1308). Il fait usage de la Sagesse, de l’Ecclésiastique, de Baruch, de Judith, des fragments de Daniel et des deux livres des Macchabées. Quant à SAINT CYPRIEN, c’est clairement et distinctement qu’il mentionne tous les deutérocanoniques, à part Judith. Il suffit, pour s’en rendre compte, de parcourir les trois, livres adressés Quirinius et l’Epître à Fortunat « de exhort. martyrii » (M. L., IV, 651-780).

6. On notera enfin que le codex Claromontanus document africain du IIIè siècle, trouvé à Clermont, près de Beauvais contient également lous les écrits de la Bible grecque.

C. – Eglises d’Orient.

1. SAINT POLYCARPE (70-156 ; écrit après 107) cite Tobie (Philip., X; M. G., V, 1014) ; SAINT ATHÉNAGORE utilise Baruch et le tient pour un prophète (Leg. pro christ., IX ; M. G., VI, 908).

2. CLÉMENT D’ALEXANDRIE (150-211/6) affirme en termes non équivoques le caractère inspiré de tous les deutérocanoniques, Judith et les fragments d’Esther exceptés. Encore doit-on n’avoir aucun doute sur l’estime qu’il portait à ces derniers ouvrages.

3. Au reste, ORIGÈNE (185/6-254/5) supplée largement aux lacunes du témoignage de CLÉMENT. Il utilise manifestement comme ouvrages inspirés tous les deutérocanoniques. Il affirme même distinctement l’inspiration d’Esther, de Tobie, de Judith et des préceptes de la Sagesse (In Num. Home XXVII, 1 ; M. G., XII, 780).

4. SAINT MÉTHODE, évêque d’Olympe († 311), cite Baruch, l’histoire de Suzanne, la Sagesse et l’Ecclésiastique.

D. – Témoignages de l’art chrétien primitif.

On trouve dans les Catacombes des représentations d’épisodes empruntés aux livres de Tobie, de Judith et des Macchabées, La chapelle grecque du cimetière de Saint Calliste (IIe siècle) contient la scène des trois jeunes hommes dans la fournaise. Suzanne est représentée dans l’attitude de la prière. Au Cimetière de Prétextat, son nom est écrit au-dessous d’un agneau, placé entre deux loups, qualifiés « seniores ».

Or ce sont là des attestations positives en faveur des livres deutérocanoniques. Grande était, en effet, la sollicitude des pasteurs de l’Eglise pour écarter des cimetières et des basiliques toute évocation picturale empruntée aux apocryphes. Par ailleurs, nous constatons que les scènes mentionnées prennent place au milieu de représentations provenant du Pentateuque et de l’Evangile. Les deutérocanoniques étaient donc traités par l’Eglise avec le même respect que les protocanoniques.

Objections. a) SALNT JUSTIN (écrit vers 150-160) s’abstient presque universellement de citer les deutérocanoniques.

b) SAINT MÉLITON, évêque de Sardes († 180-190), nous a laissé dans une lettre servant de préface à un recueil d’extraits de l’Ancien Testament, un catalogue de livres saints où manquent les deutérocanoniques.

c) ORIGÈNE, lui-même dans la seule liste qu’il nous ait transmise des livres de l’Ancien Testament (Comm. sur le Ps. I) n’énumère que les livres de la Bible hébraïque.

Réponses : a) « Tacere non est negare » surtout quand le silence s’explique par des raisons positives, comme c’est le cas de SAINT JUSTIN. L’éminent apologiste, discutant avec un Juif, Tryphon, qui n’admettait pas l’autorité des deutérocanoniques, ne pouvait user de ces ouvrages. — Par ailleurs, nous savons que SAINT JUSTIN croyait à l’inspiration de la Bible des LXX, ce qui équivalait à admettre l’origine divine des deutérocanoniques.

b) Ce sont aussi des considérations de tactique qui semblent avoir inspiré SAINT MÉLITON. Voulant échapper aux roueries des Juifs, qui s’efforçaient d’éluder les arguments des catholiques, en rejetant l’autorité des livres allégués par ceux-ci, l’évêque de Sardes s’était rendu, comme il le réclame lui-même, en Palestine, afin d’y copier la liste alors admise par les Juifs. Sans doute est-ce la raison pour laquelle il omet même le livre d’Esther : les rabbins s’étaient, à cette époque, prononcés contre cet écrit [ndlr: Néhémie et les Lamentations de Jérémie sont également absents de sa liste]. Tout naturellement, il a fait précéder son anthologie des saintes Ecritures d’un catalogue susceptible d’être agréé par ses adversaires.

c) Quant à ORIGÈNE, il n’envisage, dans le passage cité, que les écrits acceptés par les Juifs. Nous savons par ailleurs qu’il défend la valeur canonique des fragments de Daniel (Ep. ad. Africanum 4 ; M. G., XI, 57), ainsi que des livres de Tobie et de Judith. Il va jusqu’à railler ceux qui attendent de la tradition juive les informations exactes sur les Saintes Ecritures. En somme, ce sont encore les opportunités de la controverse avec les Juifs qui expliquent les lacunes du catalogue dressé par ORIGÈNE. Aussi bien en fait-il lui-même l’aveu, lorsqu’il affirme que s’il a composé les Hexaples, c’est pour mettre aux mains des apologistes chrétiens des armes valides, des textes admis par les adversaires. [A. MERK, Biblica, Origenes und der Kanon des Aller Testaments, 1925, pp. 200-205]

B. – PERIODE DE DISCUSSION (IVe AU XVIe SIECLE).

SAINT MÉLITON et ORIGÈNE avaient dressé un catalogue de Iivres saints. Avec le quatrième siècle, le procédé ira se généralisant. Une véritable tendance se fait jour qui consiste à fixer exactement le nombre et à dresser la liste des Saintes Ecritures. Les réserves que nous avons notées dans les canons de MÉLITON et d’ORIGÈNE vont alors en s’accentuant. On conçoit sans peine la défaveur dont souffrent, dans certains milieux, les deutérocanoniques. Certaines coutumes locales les interdisent aux catéchumènes ; les opportunités de la tactique, dans la discussion avec les Juifs, amènent tout naturellement les apologistes à les laisser de côté ; il en résulte que moins utilisés, ils sont également moins appréciés ; enfin, la multiplication des apocryphes entretient la défiance à leur égard. Tels sont les motifs qui contribuent généralement à expliquer les canons incomplets, Voire même certaines exclusions.

Ce seront pourtant là toujours des opinions singulières. Le sentiment des Pères et des écrivains ecclésiastiques resta favorable à la collection d’Alexandrie tout entière. D’importants documents consacrèrent même, d’une manière déjà irrévocable, l’inspiration des deutérocanoniques. L’union s’accroîtra avec les siècles jusqu’au jour de la définition explicite et solennelle. Nous distinguerons trois phases dans cette période de discussion:

I. – Le IVe siècle.

Siècle d’or de la littérature patristique, il fut aussi le siècle des grandes hésitations au sujet des deutérocanoniques. Celles-ci se rencontrent en Orient surtout, mais également Occident. L’église occidentale laisse pourtant, nettement voir la faveur qu’elle accorde aux deutérocanoniques : elle les place même rang que les protocanoniques.

A. – Les canons orientaux.

Les catalogues de livres sacrés que nous ont laissés les écrivains ecclésiastiques d’Orient sont tous incomplets. Il nous faut examiner ceux de SAINT ATHANASE, de SAINT CYRILLE DE JÉRUSALEM, de SAINT EPIPHANE DE SALAMINE et de SAINT GRÉGOIRE LE NAZIANZE.

1. SAINT ATHANASE (295-373), « sollicité par ses frères », expose dans sa 39e lettre pascale, son opinion sur l’étendue du canon. Pour l’Ancien Testament, il nomme les 22 livres du catalogue palestinien, à l’exception d’Esther. Puis il ajoute : « Telles sont les sources du salut ; celui que la soif peut s’abreuver à leurs discours ; là seulement est enseignée la doctrine de piété… Mais, pour plus d’exactitude, il me faut ajouter qu’il y en a encore d’autres qui ne sont pas canoniques. Nos pères les ont désignés comme livres de lecture pour les catéchumènes savoir la Sagesse de Salomon, la Sagesse de Sirach, Esther, Judith, Tobie, la Didachè et le Pasteur. Tandis que ceux-là sont dans le canon et que ceux-ci sont lus, il n’est nulle part fait mention des apocryphes. Ces derniers sont une invention des hérétiques. »

D’après cette importante déclaration, SAINT ATHANASE admet trois classes de livres : les livres canoniques, soit 22, non compris Esther, pour l’Ancien Testament ; les livres non-canoniques, mais destinés aux catéchumènes, parmi lesquels figurent cinq deutérocanoniques et deux apocryphes ; les livres apocryphes, dont l’origine est hérétique.

On s’étonnera de voir figurer ici, à côté de livres deutérocanoniques, Esther, d’une part, la Didachè et le Pasteur, d’autre part. Du fait qu’Esther se trouve ainsi placé parmi des livres non-canoniques on pourrait peut-être soupçonner que « non-canoniques » et « canoniques » ne s’opposent pas entre eux comme « non-inspirés » et « inspirés ». Les livres canoniques eussent été pour le patriarche d’Alexandrie des écrits inspirés réservés aux fidèles ; les livres non-canoniques, des écrits inspirés aux catéchumènes.

La supposition devient plausible si l’on observe SAINT ATHANASE cite comme « Ecritures » la Sagesse, l’Ecclésiastique, Judith, Tobie. Toutefois la présence de la Didachè et du Pasteur en compagnie des cinq deutérocanoniques pourrait plus justement laisser croire que SAINT ATHANASE, comme jadis ORIGÈNE, entendait mettre à part les écrits dont l’inspiration était discutée. Telle est la raison alléguée par la Synopse pseudo-athanasienne, certainement dépendante la pensée du Saint Docteur: « ces livres ne sont pas tenus pour inspirés par tous. »

2. SAINT CYRILLE DE JÉRUSALEM (313 [?] — 386), interdit à ses catéchumènes la lecture des « apocryphes ». Ils ne liront, pour ce qui est de l’Ancien Testament, que les 22 livres « utilisés avec assurance dans l’Eglise », ceux « qui ont été transmis par les Apôtres et les premiers pasteurs. ». Serait-ce que SAINT CYRILLE ait nié l’Inspiration des deutérocanoniques et, même, les ait confondus avec les apocryphes ?

À vrai dire, tel parait bien être son avis personnel. — Cependant nous le voyons citer la Sagesse  (XIII, 5 ; Cat. , IX, 2 ; M. G., XXXIII, 640) ou y faire allusion (II, 24 ; Cat., XII, 5 ; M. G.,732). Il cite pareillement l’Ecclésiastique (III, 22, Cat., VI, 4; M. G. XXXIII, 545). — Il n’ignore pas, d’ailleurs, qu ‘il existe des écrits « discutés », terme qui ne peut convenir aux « apocryphes » dont personne ne mettait en doute le caractère profane, mais qui, par contre, désigne parfaitement bien nos deutérocanoniques. SAINT CYRILLE DE JÉRUSALEM atteste donc ainsi, indirectement, que nos deutérocanoniques sont tenus pour inspirés dans certains milieux.

3. SAINT EPIPHANE, évêque de Salamine (313-400), nous a laissé quatre listes de livres saints. Dans l’une (De mens. et pond., XXIII ; M. G., XLIII, 277), il ne mentionne que les 22 protocanoniques de la collection palestinienne ; une seconde liste (Ibid., IV ; M. G., XLIII, 244) présente, après les 22 protocanoniques, la Sagesse et l’Ecclésiastique, mais c’est pour déclarer que, tout en étant utilisés, ces derniers ne sont pas comptés dans la série des ouvrages reçus par les Hébreux (εἱς ἀριθμὀν ρητῶν  οὐκ ἀναϕἐρονται) ; nous constatons, en lisant la troisième liste (Adv. Haer., I, I, haer. 8 ; M. G., XLI, 214), que la Sagesse et l’Ecclésiastique sont discutés chez les Juifs (παρ’ αὐτοῖϛ ἐν ἀμϕιλἐκτῳ); enfin, dans la quatrième (Ibid., III, I, haer. 76 ; M. G., XLII, 560 s.), il nomme la Sagesse et l’Ecclésiastique à la suite des quatre Evangiles et des écrits des Apôtres, puis termine l’énumération par ces mots: καἱ πἀσαιϛ ἁπλῶϛ Γραϕαῖϛ θείαιϛ, de sorte qu’il semble ranger aussi ces deux ouvrages parmi les « livres divins ». En somme, quand SAINT EPIPHANE dressait des listes canoniques, il tenait compte des discussions de son temps, et, comme bon nombre d’écrivains de cette époque, se contentait d’inclure dans ces listes les seuls écrits-incontestés. Mais il pouvait bien admettre personnellement le caractère inspiré de plusieurs autres. Aussi bien cite-t-il Ecritures, dans ses ouvrages, la Sagesse et l’Ecclésiastique.

4. SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE († 390) et SAINT AMPHILOQUE, son disciple, ont pareillement donné comme seul légitime le canon palestinien. Le premier en excluait Esther, tandis que le second déclare qu’aux yeux de certains, cet ouvrage est canonique. Tous les deux exhortent leurs fidèles à se défier des livres qui sont donnés comme inspirés sans pourtant mériter ce titre . « Il y a des livres, lisons-nous dans les  » Poèmes dogmatiques » (II, VIII; M. G., XXXVIII, 1593 s.), qui portent a tort le titre honorifique d’Ecriture Sainte ; les uns sont près de la doctrine de la vérité et occupent une place imprécise, les autres ne sont pas authentiques et sont très dangereux » Pratiquement, GREGOIRE et AMPHILOQUE apprécieront et approuveront ces ouvrages. Il y avait donc des livres dont l’inspiration était contestée. C’est pourquoi les canons de saint GRÉGOIRE et de saint AMPHILOQUE ne les mentionnaient pas. Quelques-uns de ces écrits pouvaient cependant être regardés par les deux docteurs comme inspirés. De fait, SAINT GRÉGOIRE se sert de textes empruntés au livre de la Sagesse pour démontrer des vérités dogmatiques.

B. — Les canons occidentaux.

A. Signalons d’abord les listes incomplètes. Ce sont les canons de SAINT HILAIRE, de RUFIN D’AQUILÉE et de SAINT JÉRÔME.

1. SAINT HILAIRE (313-368), dans son Commentaire sur les Psaumes (Prol., 15 ; M. L. , IX, 241) répète le canon d’ORIGÈNE et déclare, après avoir énuméré les 22 livres protocanoniques, qu’on leur ajoute parfois Tobie et Judith, afin d’obtenir le nombre des lettres de l’alphabet grec. C’était assez clairement indiquer que les deutérocanoniques pouvaient prendre place parmi les livres inspirés. Aussi bien, SAINT HILAIRE cite Judith, la Sagesse, l’Ecclésiastique et Baruch.

2. RUFIN D’AQUILÉE (365-410) distingue trois catégories de livres canoniques, au nombre de 22 ; les livres ecclésiastiques, au nombre de 6: la Sagesse, l’Ecclésiastique, Tobie, Judith et deux livres des Macchabées ; les apocryphes qui ne sont pas lus dans les églises. Il semble bien qu’il y ait là une réminiscence de SAINT ATHANASE, bien que la raison qui est apportée pour justifier la distinction entre les livres « canoniques » et les livres « ecclésiastiques » fasse songer à ORIGÈNE. Ce dernier en effet, disait à JULES L’AFRICAIN qu’en matière de foi, on ne pouvait pas alléguer les deutérocanoniques contre les Juifs. Or RUFIN, généralisant, ce semble, la pensée du docteur alexandrin, déclarait que les Anciens « ont ordonné de lire [ces mêmes livres] dans les églises, mais s’ils n’ont jamais voulu [les] alléguer pour confirmer l’autorité de la foi« . Toutefois, RUFIN cite pour « confirmer » la foi: Baruch, la Sagesse et l’Ecclésiastique. Il défend même avec véhémence contre SAINT JÉRÔME les fragments de Daniel et d’Esther. [L. de SAN, Tractatus de divina, Trad. et Sra, Bruges, 1903, P. 373.]

3. SAINT JÉRÔME (340-420) se montre particulièrement dur pour les deutérocanoniques. En 390, il écrit dans le « Prologus galeatus » (M. L., XXVIII, 557 s.): « Tout ce qui est absent (du canon des 22 livres) doit être tenu pour apocryphe.  » En 394, il déclarait dans la Préface au livre d’Esdras (M. L. , XXVIII, 1403): « Il faut rejeter tout ce qu’ils (les Hébreux) n’ont pas accepté. » En 403, dans l’Épître à Leata (107, 12 ; M. L., XXII, 87) il confond les deutérocanoniques avec les apocryphes. En 405, dans la Préface au livre d’Esther (M. L., XXVIII, 1433 s.) il traite les fragments deutérocanoniques de « devoirs d’élèves« . Les fragments de Daniel ne sont pas mieux respectés en 406 (M. L., XXV, 493): SAINT JÉRÔME rappelle à leur propos les mots d’ORIGÈNE, d’EUSÈBE et d’APOLLINAIRE, à savoir « qu’ils n’ont aucune autorité d’Écriture Sainte« . En 415, dans le Prologue du Commentaire de Jérémie (M. L., XXIV, 680), il déclare n’avoir pas cru devoir expliquer le livre de Baruch ni l’Epître pseudépigraphe de Jérémie. Il est difficile de ne pas conclure que le saint Docteur n’admet pour son compte personnel que le canon de Bible hébraïque. Logique avec lui-même, SANT JÉRÔME estime (Préface aux livres de Salomon, M. L, XXVIII 1242 s.) que les deutérocanoniques ne peuvent être utilisés quand il s’agit d’étayer une vérité dogmatique. C’est là une opinion particulière au SAINT DOCEUR et à RUFIN. Toutefois, SAINT JÉRÔME n’a pas ignoré que l’Eglise occidentale reconnaissait l’inspiration des deutérocanoniques. Il se trouvait donc en contradiction avec elle. RUFIN le lui reprocha au sujet des fragments de Daniel. On sait que pour s’excuser, SAINT JÉRÔME répondit qu’il s’était simplement fait le rapporteur de la pensée juive. On ne saurait guère accepter telle quelle cette excuse. Ce qui est vrai, c’est que le solitaire de Bethléem a subi l’influence juive et que, tout en ayant une opinion personnelle en opposition sur l’étendue du canon de l’Ancien Testament, avec celle des Églises d’Occident, il s’est pratiquement reproché le sentiment à plusieurs reprises, lorsqu’il avoue, par exemple, en 386, que Ruth, Esther et JUDITH ont reçu le titre de livres saints (Ep. à Principia ; M. L., XXII, 623) ; lorsqu’il atteste, en 398, dans la Préface aux livres de Salomon (M. L., XXVIII, 1242 s.), que Judith, Tobie et les livres des Macchabées sont lus pour l’édification du peuple ; lorsqu’il traduit en latin Judith et Tobie ; surtout, lorsque nous le voyons citer, environ deux cents fois, les deutérocanoniques ses oeuvres.

[P. GAUCHER, St Jérôme et l’inspiration des livres deutérocanoniques, dans la « Science catholique », 1904, pp. 193-210 , 334-359 ; 539-555 : 707-726 ; L. SANDERS, Études sur St Jérôme, Bruxelles, 1903, p. 244 ; L. de SAN op. cit., pp. 373-376 ; L. SCHADE, Die Inspirationslehre des hl. Hieronymns (Bibl. Studien, XV, 4-5), Fribourg-en-Br., pp. 163-211).]

B. Tandis que la littérature des églises orientales ne nous a conservé que des canons incomplets, celle des églises d’occident nous permet de prendre contact avec le catalogue des livres tel qu’il figurera dans les Actes du Concile de Trente.

1. Nous trouvons intégralement formulée cette liste en Afrique, aux Conciles d’Hippone (393) et de Carthage (397, 419). SAINT AUGUSTIN (354-430), s’est fait l’écho fidèle de ces décisions conciliaires. Le canon qu’il nous présente, après 397, dans son livre « De doctrina christiana » (M. L. , XXXIV, 41), comprend les deutérocanoniques de l’Ancien Testament. Le grand et saint docteur affirme d’ailleurs que telle est bien la pensée de l’Eglise, car « en ce qui concerne les Ecritures canoniques, il faut suivre le plus grand nombre des communautés catholiques« .

2. À Rome, le pape Damase, au dire de nombreux auteurs, adressa lui-même un catalogue complet des livres saints, qui aurait figuré dans les actes d’un concile de 382. Il est du moins certains que ce catalogue n’est pas postérieur au pontificat de Gélase (492-496): ce dernier publia un précieux décret « De recipiendis et non recipiendis libris« . [Sur ce décret, Cf HÖPFL, Introduct. in sacr. ult. Test. libr., I, p. 48, n.3.]

3. Le même canon se rencontre dans la lettre adressée, en 405 par Innocent Ier à SAINT EXUPÈRE, évêque de Toulouse. Document majeur, puisque EXUPÈRE avait demandé au Souverain Pontife la liste des livres canoniques.

C – Conclusion.

Au début du Ve siècle la situation parait donc être la suivante:

Les Eglises d’Orient dont nous possédons les canons (Alexandrie, Palestine, Cappadoce) se montrent pour le moins hésitantes à propos des deutérocanoniques de l’Ancien Testament. Généralement les doutes proviennent de la crainte d’introduire dans le canon de l’Eglise des livres contestés, dont le caractère inspiré ne serait pas universellement reconnu.

C’est surtout l’influence juive qui fait échec aux deutérocanoniques. On observera que les Pères orientaux dont nous avons apporté le sentiment étaient en relation spéciale avec les deux grands centres du Judaïsme: Alexandrie et Jérusalem, ATHANASE comme enfant, diacre et évêque de la première cité ; CYRILLE et ÉPIPHANE, comme palestiniens ; GRÉGOIRE DE NAZIANZE, pour avoir fait, seul des théologiens de Cappadoce connus à cette époque, ses études à Alexandrie et à Jérusalem. Nous avons même de ce fait une authentique confirmation, si nous considérons que les trois docteurs occidentaux peu favorables aux deutérocanoniques, HILAIRE, RUFIN et JÉRÔME, avaient eux-mêmes pris contact avec les milieux judaïques.

À mesure que l’on échappe à l’emprise juive, le canon des églises obtient sa forme complète. Celle-ci s’affirme en Occident par des attestations dont la valeur est hors de pair et qui, reproduisant le sentiment du plus grand nombre des communautés chrétiennes, tout spécialement celui de l’Eglise romaine, ne seront jamais infirmées. On peut d’ailleurs croire que dans les églises orientales plus indépendantes des traditions juives, les deutérocanoniques eux-mêmes étaient admis: tel est du moins le témoignage des anciennes versions.

En tout cas, nous constatons, aussi bien dans les églises qui nous ont laissé des canons incomplets que dans celles dont nous ne possédons pas le canon, que l’on citait abondamment les deutérocanoniques. L’école d’Antioche [L. DENNEFELD, Der altterstamentliche Kanon der antiochenischen Schule (Bibl. Stud., XIV, 2) Fribourg-en-Br., p. 1909] et l’école syrienne [APHRAATE († 367) et St EPHREM († 373)] occupent à cet égard une place à part. Les deutérocanoniques étaient donc regardés comme inspirés.

Enfin l’absence de tout conflit doctrinal entre les églises au sujet de l’étendue du canon nous est une confirmation de l’accord entre elles sur ce point, accord imparfait sans doute et qui ne parvenait pas encore à trouver sa formule, mais qui déjà la faisait présager.

II. – Du Ve siècle XIe.

Tandis que les orientaux deviennent favorables aux deutérocanoniques, les Pères d’Occident marquent au contraire un léger mouvement de recul.

A. – En Orient.

1. Dès le Ve siècle les deutérocanoniques sont acceptés. En se séparant de l’Eglise catholique, les Nestoriens et les Jacobites emporteront avec eux le canon complet de l’Ancien Testament.

2. En 692, le concile « in Trullo« , suite des Ve et VIe conciles oecuméniques (d’où son nom de Quinisexte) décida d’adopter le catalogue des livres saints dressé par le concile de Carthage de 419. Cette assemblée, qui revêt aux yeux des Grecs l’autorité d’un concile général, accrédita le 85ème canon des Apôtres, un texte apocryphe qui canonisait le IIIème livre des Macchabées. Il en résulte que la Bible grecque, qui déjà avait accepté IIIème livre d’Esdras, contient, en plus des livres proto et deutérocanoniques, deux écrits profanes.

3. Rares furent, dès lors les auteurs qui rejetèrent les deutérocanoniques. Tous sont demeurés célèbres : LÉONCE DE BYZANCE († 543)  JEAN DAMASCÈNE (†750) et NICÉPHORE DE CONSTANTINOPLE († 828). Tous avaient subi fortement l’influence des palestiniens. LÉONCE avait vécu longtemps dans un couvent de Jérusalem: on l’appelait « Monachus Hierosolymitanus » ; JEAN était d’origine palestinienne ; NICÉPHORE avait eu des rapports avec Jérusalem. La liste de  livres bibliques qui se trouve à la fin de sa chronologie provient directement de Jérusalem.

4. A l’époque du schisme [d’Orient], le canon des églises grecques demeura intègre. PHOTIUS  († 870) a reproduit dans son Syntagma canonum le canon de Carthage.

5. L’exemple donné par les Grecs au concile « in Trullo » fut suivi par toutes les autres églises orientales. Ce fait est attesté pour l’église syriaque par le « Codex Ambrosianus« , où manque pourtant le livre de Tobie, et par la version de PAUL DE TELLA. Les Ethiopiens (J. CHAINE, Le canon des livres saints dans l’Eglise éthiopienne, Rech. de sc. rel., 1914, pp. 22-39) et les Coptes (I. GUIDI, Il canone biblico della chiesa Copta, Rev. bibl., 1913, pp. 161-174) possèdent aussi les deutérocanoniques. Des apocryphes se sont d’ailleurs insinués dans les catalogues de certaines églises. C’est ainsi que le « Codex Ambrosianus » contient l’Apocalypse de Baruch, le IVème livre d’Esdras, les IIIe, IVe, et Ve livres des Macchabées. Les recueils d’Ethiopie présentent eux-mêmes de nombreux profanes. Les Coptes, par contre, possèdent un canon intègre.

B. En Occident.

Si profonde qu’ait été en Occident l’influence des décrets de DAMASE et d’INNOCENT Ier, ainsi que l’autorité des conciles de Rome, de Carthage et d’Hippone, le crédit dont jouissait SAINT JERÔME ne laissa pas d’incliner nombre d’esprits à douter de la valeur des deutérocanoniques et même à tenter de les éliminer. Toutefois la doctrine et la pratique commune leur restèrent favorables.

1. JUNILIUS L’AFRICAIN, évêque d’Afrique vers 550, partage en trois classes le canon des livres saints (De part. div. legis, 1, 3-7 ; M. L., LXVIII, 16 s.) , ceux qui jouissent d’une autorité parfaite, ceux qui n’en ont qu’une moyenne, ceux enfin qui n’en ont aucune. Opinion tout à fait singulière, renouvelée de THÉODORE DE MOPSUESTE: condamné par le deuxième concile de Constantinople (5e œcuménique) [cg. L. PIROT, L’œuvre exégétique de Théodore de Mopsueste, Paris, 1913]

2. CASSIODORE († 570/5) reproduit le canon du Prologus galeatus mais il nous transmet aussi, en les approuvant, les catalogues de SAINT AUGUSTIN et de l’ancienne Vulgate (Inst. div. lit., 12 s.)

3. GRÉGOIRE LE GRAND († 604) se montre plus docile envers SAINT  JÉRÔME. II écrit notamment que les livres des Macchabées ne sont pas canoniques, mais seulement admis pour l’édification de l’Eglise (Mor., XIX, 21 ; M. L. , LXXI, 119). Ce sentiment, que d’ailleurs le Saint Pontife exprimait à titre personnel, reste compatible avec les décisions de ses prédécesseurs, estimées par lui comme purement disciplinaires.

4. SAINT ISIDORE DE SÉVIILE († 636), d’accord avec le Prologue hiéronymien [ndlr: de saint Jérôme], partage en trois catégories les protocanoniques (Loi, Prophètes, Hagiographes). Puis il ajoute: « Il est chez nous une quatrième classe de livres de l’Ancien Testament qui ne se trouvent pas dans le canon hébraïque. » Ce sont les deutérocanoniques. « Les Hébreux, ajoute le Saint Docteur, les rejettent parmi les apocryphes ; mais l’Eglise du Christ les met au nombre des livres divins et les vénère à ce titre. » (Etymol., VI, I, 9 ; De eccl. offic., III, 4-5.)

5. Les manuscrits de la Vulgate appartenant à cette époque – Amiatinus, Toletanus, Paulinus, Statianus – contiennent tous les protocanoniques et les deutérocanoniques, sauf Baruch, qui est absent de l’Amiatinus. On observe la même absence dans la recension, d’ALCUIN, mais celle de THÉODULFE est complète.

III. — Du XIIème au XVIème siècle.

A. Tenaces apparaissent les opinions défavorables aux deutérocanoniques dans la littérature scolastique.

1. RUPERT DE DEUTZ († 1135) nie le caractère canonique de la Sagesse, passe sous silence Baruch et les fragments deutérocanoniques de Daniel, puis fait à propos de Judith et de Tobie cette curieuse déclaration : « Ces deux volumes ne sont pas dans le canon chez les Hébreux, mais par l’autorité du concile de Nicée, ils sont parvenus à l’Eglise pour l’instruction des fidèles » (DENNEFELD, Histoire des livres de l’Ancien Testament, p. 43). Il se montre plein d’estime pour les livres des Macchabées.

2. HUGUES DE SAINT-VICTOR († 1141) assure plus d’une fois que la Sagesse, Sirach, Tobie, Judith, les livres des Macchabées sont lus, mais ne sont pas inscrits dans le canon.

3. PIERRE LE VÉNÉRABLE († 1156) et PIERRE LE MANGEUR († 1178) ne connaissent que 22 livres authentiques de l’Ancien Testament ; 6 autres, à leur avis, la Sagesse, l’Ecclésiastique, Tobie, Judith, les Macchabées sont cependant reçus dans l’Eglise à cause de leur véracité et de leurs doctrines louables.

4. RODOLPHE DE FLAVIGNY († 1157) place la Sagesse et l’Ecclésiastique parmi les livres canoniques, mais il observe que Tobie, Judith et les Macchabées, bien qu’ils soient lus pour l’instruction de l’Église, n’ont pas cependant une autorité parfaite (Ibid.).

5. JEAN DE SALISBURY, évêque de Chartres († 1150) et PIERRE DE CELLES (†1183), son successeurs suivent pour le canon « Jérôme, le docteur de l’Église catholique » (Ibid., pp. 43 s.p).

6. Ainsi feront aux XIIIème et XIVème siècles, le Cardinal HUGUES DE SAINT-CHER  († 1263),  GUILLAUME OCCAM († 1347)  et NICOLAS DE LYRE († 1311). Celui-ci observe expressernent que les deutérocauoniques ne sont pus dans le canon et qu’ils ne sont lus que par suite de la coutume de l’Église romaine.

B. L’ancienne Tradition se maintient pourtant.

1. BURCHARD DE WORMS († 1025), YVES DE CHARTRES († 1116), GRATIEN († 1155), reproduisent le canon de DAMASE. PIERRE DE PARIS, ÉTIENNE LANGTON († 1228) SAINT BONAVENTURE († 1274), ALBERT LE GRAND († 1282) se prononcent formellment en faveur des deutérocanoniques et relèvent qu’ils sont manifestement authentiques, puisque l’Église en fait usage.

2. SAINT TOMAS D’AQUIN, déclare le R. P. SYNAVE, « attribue aux deutérocanoniques la même force probante (robur) qu’aux livres de la Sainte Ecriture. Tout en leur conservant le nom d’apocryphes qu’il avait trouvé dans SAINT JÉRÔME, il se refuse à suivre l’opinion du solitaire de Bethléem: après avoir vidé ce terme de son sens péjoratif, il range les « apocryphes » dans le canon reçu par l’Eglise, au milieu des hagiographes. » (Le canon scripturaire de Saint Thomas d’Aquin, Rev. bibl. 1924, pp. 522-533)

3. Au XVe siècle, THOMAS DE WALDEN († 1430) et JEAN DE RAGUSE († 1450) réclamèrent de l’Eglise un acte d’autorité fixant définitivement l’étendue du canon biblique. Conformément à ces de théologiens, le Pape EUGÈNE IV, d’accord avec les Pères du Concile de Florence, promulguait en 1442 la liste des livres canoniques d’après le décret de Damase et la lettre d’Innocent Ier. Ce catalogue prenait place dans le document concernant les Jacobites, monophysites de Syrie et de Mésopotamie se rattachant à Jacques Baradaï (541-578). Nous y lisons tous les deutérocanoniques l’Ancien Testament.

La période de discussion se hâtait vers son terme.

C. PERIODE DE DEFINITION (XVIème SIECLE).

Le canon du Concile de Florence ne mit pourtant pas fin aux controverses. Il fut considéré beaucoup plus comme une mesure disciplinaire que comme une définition dogmatique.

1. Aussi plusieurs écrivains ecclésiastiques, comme ALPHONSE TOSTAT, évêque d’Avila († 1455) et SAINT ANTONIN, archevêque de Florence (†1459), se demandent si les deutérocanoniques ont bien la même valeur que les protocanoniques ou même s’ils sont inspirés. Bien plus, le cardinal CAJETAN, oublieux de la doctrine de son Maître, THOMAS D’AQUIN, opposait nettement la pensée de SAINT JÉRÔME, telle qu’elle apparaît dans le « Prologus galeatus » aux décrets de DAMASE, D’INNOCENT Ier et d’EUGÈNE IV. Audacieuse singularité que l’Eglise se serait, sans doute, contentée de dédaigner, si les Réformateurs protestants n’avaient sur ce point comme sur tant d’autres affiché des prétentions provocantes.

2. Dès 1519, en effet, dans la dispute de Leipzig, LUTHER mit en doute le caractère inspiré des Livres des Macchabées. Bientôt les deutérocanoniques obtenaient une place à part dans les Bibles protestantes. Celle de LUTHER, éditée à partir de 1534, les qualifie du titre « d’apocryphes c’est-à-dire de livres qui ne sont pas tenus pour égaux à la Sainte Ecriture, mais qui pourtant sont utiles et bons à lire. » (L. DENNEFELD, Histoire des livres de l’Ancien Testament, p. 46)

Le Concile de Trente trancha définitivement la question assimilant sans aucune réserve proto et deutérocanoniques. A partir du 8 avril 1546, tout catholique qui refuse de tenir pour sacrés et canoniques les livres contenus dans l’ancienne Vulgate latine ou quelqu’une de ses parties encourt par le fait même l’anathème et fait naufrage dans la foi.

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Un commentaire sur “Les livres deutérocanoniques dans l’Histoire de l’Église (1)

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