+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Les fondements bibliques de la Papauté (2) : Matthieu XVI, 19 : le Christ donne les Clés du Royaume des Cieux à saint Pierre et en fait ainsi son premier ministre

Toutes les preuves de la Papauté : ici

Nous démontrions dans cet article, en répondant aux objections, qu’en Matthieu XVI, 18, le Christ fait bel et bien de saint Pierre, la pierre de fondement de son Église. Ce que nous y disions est connu de beaucoup de catholiques; en revanche, la plupart d’entre eux ignorent la portée du verset suivant où le Christ lui dit :

« je te donnerai les clefs du royaume des cieux : et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » » (Matthieu XVI, 19)

En effet, par ces mots, le Christ fait référence à Isaïe XXII, 22 qui dit :

« Je mettrai sur son épaule la clef de la maison de David, il ouvrira, et personne ne fermera ; il fermera, et personne n’ouvrira. »

En plus de l’évidence du pouvoir que le Christ donne ici à saint Pierre, nous affirmons également qu’Il en fait ainsi de Simon-Pierre son premier ministre. C’est ce que nous allons démontrer et expliciter ici.

Voici le plan de notre étude :

I) Matthieu XVI, 19 expliqué par d’autres passages de la Bible

A) Le parallèle entre Matthieu XVI, 19 et Isaïe XXII, 22

B) Le parrallèle entre les binômes Matthieu XVI, 19/Isaïe XXII, 22 et Jean XXI, 15-17/Apocalypse II, 26-27 ; III, 7 et XII, 5

II) Le Christ est assis sur le trône de David

III) La composition du conseil royal et celle du collège des Apôtres

IV) Schebna est similaire aux pharisiens

V) Pierre comme Eliaqim doit nécessairement avoir des successeurs

VI) Une objection : le Christ ne donne-t-Il pas le même pouvoir à tous les Apôtres en Matthieu XVIII, 18 ?

VII) L’enseignement des Pères de l’Eglise

A) L’interprétation des Pères de l’Eglise

B) Le IIIè concile de Constantinople : une preuve définitive pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes

I) Matthieu XVI, 19 expliqué par d’autres passages de la Bible

Pour comprendre comment le rapport entre Matthieu XVI, 18 et d’autres passages de la Bible permet d’établir que saint Pierre devient le premier ministre du Christ, il faut savoir ce qu’est un type biblique (nous en proposons une explication dans cet article). Les types sont des événement, individus, institutions ou objets réels de l’Ancien Testament mais à qui Dieu a voulu aussi donner une signification prophétiques. Ainsi, ces événement, individus, institutions ou objets réels de l’Ancien Testament préfigurent d’autres événement, individus, institutions ou objets tout aussi réels du Nouveau Testament avec lesquels ils présenteront un certains nombre de similitudes. C’est à ces similitudes qu’ils sont reconnaissables comme types. C’est donc en montrant les similitudes entre ces deux versets que nous démontrerons que l’Apôtre Pierre devient le premier ministre de Jésus-Christ.

A) Le parralèle entre Matthieu XVI, 19 et Isaïe XXII, 22

En plus de la ressemblance frappante entre les deux phrases, il y a d’autres raisons de les rapprocher.

D’abord, voyons le contexte complet d’Isaïe XXII, 22 :

« Ainsi a parlé le Seigneur Dieu, le tout–puissant : Va trouver ce gouverneur, Shevna, le maître du palais : Que possèdes-tu ici ? Quels parents y as–tu pour te creuser ici un sépulcre, creuser ton tombeau en hauteur, te tailler une demeure dans le roc ? Eh bien, le Seigneur va te secouer, beau sire, il va t’empaqueter, t’envoyer rouler comme une boule vers un pays aux vastes étendues. C’est là–bas que tu mourras, là–bas avec les chars qui font ta gloire et le déshonneur de la maison de ton maître. Je vais te chasser de ton poste, te déloger de ta position. Et ce jour là, je ferai appel à mon serviteur, Elyaqim, fils de Hilqiyahou, je le revêtirai de ta tunique, j’assurerai son maintien avec ta ceinture, je remettrai ton pouvoir entre ses mains. Il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda. Je mettrai la clé de la maison de David sur son épaule, il ouvrira et nul ne fermera, il fermera et nul n’ouvrira. » (Isaïe XXII, 15-22)

Dans la pensée sémitique, le pouvoir des clés est lié à l’autorité administrative et législative. Cette capacité d’ « ouvrir » et de « fermer » (Isaïe XXII, 22) est un pouvoir juridique que, dans le royaume de Juda, seul le roi pouvait outrepasser. Littéralement, cela fait référence à la prérogative du premier ministre, lui permettant d’autoriser ou de refuser l’entrée dans le palais et l’accès au roi.

Jésus, le nouveau roi davidique, délègue à son premier ministre Pierre, l’autorité sur son royaume. Il s’agit donc d’une délégation d’autorité. Pierre et ceux qui reçurent sa charge pendant 2000 ans sont les intendants d’un royaume terrestre dont le souverain réside au ciel.

Shevna est le premier ministre, le gouverneur, le Maître du Palais. Mais il est fautif dans ses actes. Ainsi, Dieu décide de le remplacer par Elyaqim, qui lui est digne.

B) Le parallèle entre les binômes Matthieu XVI, 19/Isaïe XXII, 22 et Jean XXI, 15-17/Apocalypse II, 26-27 ; III, 7 et XII, 5

Il est donc établi qu’il y a un lien entre Matthieu XVI, 19 et Isaïe XXII, 22, et qu’en conséquence saint Pierre s’est vu remettre un pouvoir analogue à celui du premier ministre du royaume de David, qui était lui-même une préfiguration du Christ.

Aussi, cela nous conduit à considérer le verset suivant de l’Apocalypse :

« Ecris encore à l’ange de l’Eglise de Philadelphie : Voici ce que dit le saint, le Véritable, Celui qui a la clef de David, Celui qui ouvre et personne ne ferme, qui ferme et personne n’ouvre » (Apocalypse III, 7)

Celui qui détient la clé de David ici, c’est le Christ. Et le livre de l’Apocalypse parle également du Christ dans son pouvoir de gouvernement dans les deux passages suivants :

« Et à celui qui vaincra et qui gardera jusqu’à la fin mes œuvres, je lui donnerai pouvoir sur les nations ; il les gouvernera avec un sceptre de fer, ainsi que l’on brise les vases d’argile » (Apocalypse II, 26-27)

« Or, elle donna le jour à un enfant mâle, qui doit gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer ; et son enfant fût enlevé auprès de Dieu et auprès de son trône, » (Apocalypse XII, 5)

Nous mettons les mots « gouverner » et « gouvernera » en gras car dans le texte grec, les mots employés sont « ποιμανεῖ » (poïmaneï) et « ποιμαίνειν » (poïmaïneïn). Pourquoi est-ce intéressant à souligner ? Parce que, comme nous le développons dans notre article sur Jean XXI, 15-17, où le Christ donne l’effectivité de la juridiction sur toute l’Eglise à saint Pierre, le Christ commande à Pierre de « paître » ses brebis et ses agneaux. Mais dans le texte grec original, nous pouvons relarquer que ce n’est pas le même verbe qui est utilisé les trois fois. En effet, a première et la trosième, le verbe utilisé est « Βόσκε » (boskè), qui veut dire « nourrir », tandis ce que la deuxième fois, c’est un autre verbe qui est utilisé : « Ποίμαινε » (poïmaïne), le même verbe qui veut dire « gouverner » dans l’Apocalypse !

Il y a donc un un lien entre le pouvoir donné par le Christ à saint Pierre en Matthieu XVI, 19 et le pouvoir des clés de David exercé par le Christ lui-même dans l’Apocalypse. Or le Christ souverain de l’Apocalypse, non seulement exerce le pouvoir des clés de David, mais aussi « gouverne » d’après le même verbe employé en Jean XXI, 16, prononcé à l’intention du même saint Pierre.

Nous avons là une preuve qu’en Matthieu XVI, 19, le Chist fait à saint Pierre la promesse de lui remettre la réalité du pouvoir sur son royaume qu’est l’Eglise, comme à un « vicaire » comme dit l’Eglise catholique, c’est-à-dire comme « remplaçant », « tenant la place de », « celui qui exerce en second les fonctions attachées à un office ».

II) Le Christ est assis sur le trône de David

Les Clés sont dans les deux cas celles d’une institution similaire et remise par une autorité similaire. En effet, en Isaïe XXII, 22, celui qui reçoit les clés est celui qui se voit confier le rôle de premier ministre sur le Royaume d’Israël qui était une préfiguration de l’Église et du Royaume des Cieux sont sait Pierre reçoit ici les Clés. De plus, Isaïe XXII, 22 dit que les clés dont il s’agit sont celles « de la maison de David », or nous savons que le Christ est assis sur le trône de David. En effet, dès l’Annonciation, l’ange dit à Marie que l’enfant qu’elle portera :

« sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. » (Luc I, 32)

Et saint Pierre lui-même :

« Mes frères, qu’il me sois permis de vous dire en toute franchise, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son sépulcre est encore aujourd’hui parmi nous. Comme il était prophète, et qu’il savait que Dieu lui avait promis avec serment de faire asseoir sur son trône un fils de son sang, c’est la résurrection du Christ qu’il a vue d’avance, en disant que son âme ne serait pas laissée dans le séjour des morts, et que sa chair ne verrait pas la corruption. C’est ce Jésus que Dieu a ressuscité ; nous en sommes tous témoins. Et maintenant qu’il a été élevé au ciel par la droite de Dieu, et qu’il a reçu du Père la promesse du Saint-Esprit, il a répandu cet Esprit que vous voyez et entendez. Car David n’est pas monté au ciel ; mais il a dit lui-même :  » Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.  » Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié.  » » (Actes II, 29-36)

Il y a encore d’autres similitudes entres Jésus et David :

image

Jésus est assis sur le trône de David. Mais le royaume de Jésus est spirituel; Son Royaume, c’est Son Eglise. Le Royaume de Jésus ne remplit pas seulement le prototype, le royaume de David…. Il le surpasse. Le fait est que le Royaume de Jésus est disposé de façons similaires.

III) La composition du conseil royal et celle du collège des Apôtres

Maintenant que la similitude des institutions et celle de la nature de l’autorité sont établies, voyons ce que cela signifie concrètement. Comme nous l’avis. Déjà souligné, Pierre devient le premier ministre du Christ. Qu’est-ce que cela signifie par analogie avec Isaïe XXII, 22 ?

Le roi du Royaume davidique avait un conseil royal pour gouverner. Les références bibliques de ce Conseil royal – ses officiers- se trouvent dans II Samuel VIII (II Rois VIII dans La Sainte Bible selon la Vulgate ) ; I Rois IV (III Rois IV dans La Sainte Bible selon la Vulgate) etc. Ce dernier était composé des différents ministres, chacun avec sa spécialité (commerce, ressources etc).  Mais un d’eux avait une plus grande autorité que les autres et autorité sur les autres, c’était le premier ministre dont le titre était « Maître du Palais » dont il est question en Isaïe XXII, 22. Le clé qu’il possédait représentait son autorité sur la maison du roi.

Nous lisons en Isaïe XXII, 20-22 :

« En ce jour-là, J’appellerai mon serviteur Eliakim, fils de Hilkija; Je le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ta ceinture [celle de Schebna] , Et je remettrai ton pouvoir entre ses mains; Il sera un père pour les habitants de Jérusalem et pour la maison de Juda. Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David : Quand il ouvrira, nul ne fermera; Quand il fermera, nul n’ouvrira. »

Vous lisez bien ? Le premier ministre avait la clef de la maison de David. Nous voyons aussi qu’il a reçu la ‘pouvoir’ [gouvernement] , et qu’il sera ‘un père pour les habitants de Jérusalem’. C’est ainsi que le Pierre obtient le pouvoir sur toute la maison du Christ qu’est l’Église et que lui-même et ses successeurs peuvent et doivent être appelés « Père » (ce que veut dire « Pape ») et même « Saint-Père », comme marque de déférence. Pour ceux qui persisteraient à dire qu’on ne peut appeler personne d’autre que Dieu « père », je leur suggère de lire cet article et de regarder cette vidéo. Il leur faut aussi considérer que saint Paul dit en Ephésiens III, 14-15 dit: « Je fléchis le genou en présence du Père, de qui toute paternité au ciel et sur la terre tire son nom ». Vous trouverez dans certaines Bibles (même catholiques) vous trouverez d’écrit « de toutes familles […] tiré son nom », mais c’est en réalité à entendre comme synonyme car le père est le chef de famille et que ça n’aurait aucun sens qu’ici “paternité” et “familles” ne soit pas synonymes car sinon, saint Paul n’invoquerait pas la paternité de Dieu. Donc il y en a d’autres que Dieu qu’on peut appeler père si c’est dans l’ordre voulu par Dieu. Le fait de n’appeler personne Père veut dire seulement qu’on ne peut pas prendre comme père suprême dans l’existence et la vérité que Dieu.

Ainsi, de même que David sur le trône duquel il est assis, le Christ dispose d’un Conseil Royal, les Apôtres pour gouverner Son Royaume, l’Église. Et de même que le roi davidique agit un premier ministre ayant pouvoir sur toute la maison du roi et les autres membres du conseil, le Christ choisit un de Ses Apôtres, Pierre pour être au dessus des autres et gouverner Son Église. C’est exactement la même chose qui se passe aujourd’hui avec le Pape, successeur de saint Pierre, qui l’investiture par des moyens humains (aujourd’hui par l’élection par les cardinaux) mais ne reçoit le mandat de gouverner l’Église que du Christ (qui s’est lié pour ne pas le refuser, sauf en cas d’élection invalide). Et c’est alors qu’il reçoit le pouvoir sur les autres évêques, successeurs des Apôtres. Et de même que chaque ministres du Royaume de David avait une spécialité, chaque Apôtre comme chaque chrétien a la sienne, en ayant Pierre puis le Pape au dessus de lui. Saint Paul nous dit en effet: « En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse, à l’autre une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit ; à un autre, le don des guérisons, par ce seul et même Esprit ; à un autre, la puissance d’opérer des miracles ; à un autre la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre la diversité des langues ; à un autre le don de les interpréter. 11 Mais c’est le seul et même Esprit qui produit tous ces dons, les distribuant à chacun en particulier, comme il lui plaît. Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ. Tous, en effet, nous avons été baptisés dans un seul esprit pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. » (I Corinthiens XII, 8-13); c’est ainsi que Pierre devient l’Apôtre des des circoncis et Paul celui des Gentils (Galates II, 8).

IV) Schebna est similaire aux pharisiens

Une autre ressemblance est le fait qu’un nouveau premier ministre, détenteur des clés en remplacement d’un ancien mauvais. En effet, les pharisiens, prêtres de l’Ancienne Alliance avaient des clefs mais ne faisaient entrer personne, ni eux-même d’ailleurs dans la science de Dieu :

« Malheur à vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clef de la science ; vous-mêmes n’êtes point entrés, et vous avez empêché ceux qui entraient ! » (Luc XI, 52)

Et Pierre a qui le Christ a donné les Clés du Royaume remédie à cela en faisait connaître la science de Dieu à un grand nombre en Actes VIII et X.

De plus, en Isaïe XXII, 16, Dieu dit à Schebna :

« Qu’as-tu à faire ici, et qui es-tu ici, que tu te creuses ici un sépulcre, toi qui te creuses un sépulcre sur un lieu élevé, qui te tailles dans le roc une demeure ? », c’est là sans doute à rapprocher des pharisiens que le Christ appelait des « sépulcre blanchis » (Matthieu XXIII, 27)

Les sépulcre blanchis était des tombes creusées dans des murs, d’où la mention « sépulcre en un lieu élevé » d’Isaïe XXII, 26.

V) Pierre comme Eliaqim doit nécessairement avoir des successeurs

Consulter notre dossier complet sur la transmission du ministère de saint Pierre

Aussi, Isaïe XXII, 15 nous montre Shevna le maître du palais comme « gouverneur » Ce verset nous éclaire encore plus sur le rôle de Pierre puis de ses successeurs: le gouverneur (ou l’intendant, suivant les traductions, cela revient au même) est celui qui garde le palais en l’absence du roi. Joseph par exemple était l’intendant de Pharaon (cf. Genèse 43, 19 ; 44, 4) Nous trouvons Eliaqim en II Rois XVIII, 18-37 ; XIX, 2 et d’autres intendants par ailleurs dans la Bible en I Rois IV, 6 ; XVI, 9 ; XVIII, 3 ; II Rois X, 5-16; XV, 5comme ayant autorité sur la maison. Le Christ indique donc que Pierre devra gouverner son Église en son absence. Et c’est pour cela qu’un des titres officiels du Pape est « Vicaire du Christ », Vicaire voulant dire celui qui remplace quelqu’un en son absence, comme un vice-roi, un vice-président etc (vous remarquerez que les mots « vice » et « vicaire » commencent pareil: c’est parce qu’ils ont la même racine et qu’ils signifient la même chose).

Le verset 20 nous montre le caractère sacerdotale de cette fonction représenté par les vêtements qui sont portés (cf. Exode XXVIII, 4 et 39-40 ; XXIX, 9 etc..) Il sera un « Père  » pour les habitants de Jérusalem. L’Église, prolongement du royaume davidique qui fut donné à Jésus par Dieu (cf. Luc I, 32) ne manquera jamais d’un roi ou d’un intendant sur son trône comme Dieu l’a promit au royaume davidique en Jérémie XXXIII, 17 :

« Ainsi parle le Seigneur : Il ne manquera jamais aux Davidides un homme installé sur le trône de la communauté d’Israël. »

Mais aussi en : II Samuel VII, 13 ; I Chroniques XVII, 12-14 ; XXII, 10 ; Psaumes 89, 3-41. Dieu promet d’établir le royaume davidique pour toujours sur la terre. Or, depuis la captivité à Babylone en 586 av. JC, le trône davidique est vacant: le Royaume davidique qui durerait toujours c’est l’Église, gouvernée par son intendant: le Pape.

Le Nouveau Testament vient confirmer cette exégèse. Lors du concile de Jérusalem en Actes XV, 13-21, l’intervention de Saint Jacques donne la signification d’une citation du prophète Amos (IX, 11-12) annonçant :

« Après cela je reviendrai, et je rebâtirai le tabernacle de David qui est tombé ; je réparerai ses ruines et je le relèverai ; afin que le reste des hommes cherche le Seigneur, et aussi toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué, dit le Seigneur qui fait ces choses »

Cette leçon, on le voit, contient des perspectives de salut universel. Aussi, cela signifie que le royaume de David a chuté et que l’Eglise en est la réédification symbolique. Ainsi, la promesse citée de toujours qu’il y aura toujours un homme installé sur le trône de la communauté d’Israël dans un royaume de David qui durera pour toujours vaut pour l’Eglise visible qui doit avoir un chef unique, premier ministre de Jésus-Christ : le Pape.

Pierre devient par les clés qui lui sont remises le portier de l’Eglise comme Jésus le précise en Marc XIII, 34 :

« C’est comme un homme qui part en voyage : il a laissé sa maison, confié à ses serviteurs l’autorité, à chacun sa tâche, et il a donné au portier l’ordre de veiller. »

VI) Une objection : le Christ ne donne-t-Il pas le même pouvoir à tous les Apôtres en Matthieu XVIII, 18 ?

On notera pour commencer qu’avant de dire à Pierre « tout ce que tu lieras etc. », il lui dit « Je te confierai les clés du Royaume des Cieux, il fait par la de lui son seul premier ministre sur terre en soumission duquel les autres Apôtres devront exercer leur pouvoir de lier et de délier. Écoutons ensuite ce qu’à nous dire saint Thomas d’Aquin à ce propos :

« EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS, etc. Ici est présentée l’efficacité de cette sentence. Car quelqu’un pourrait dire : «Que m’importe ce que dit l’Église et que j’aie été excommunié ?» [Le Seigneur] montre donc cette efficacité : EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS : TOUT CE QUE VOUS AUREZ LIÉ SUR LA TERRE SERA LIÉ DANS LE CIEL, ET TOUT CE QUE VOUS AUREZ DÉLIÉ SUR LA TERRE SERA DÉLIÉ DANS LE CIEL. Plus haut, cela a été dit à Pierre ; mais ici, cela est dit à toute l’Église. Et on dit LIER, soit parce qu’elle ne délie pas, soit parce qu’elle excommunie. Origène dit que [le Seigneur] dit ici : DANS LE CIEL, mais que lorsqu’il parla à Pierre, il dit : DANS LES CIEUX, pour montrer que Pierre avait un pouvoir universel. Ici, [le Seigneur] dit : DANS LE CIEL, puisque leur pouvoir n’est pas universel, car le pouvoir universel a été donné à Pierre. » (Commentaire de l’Évangile de saint Matthieu sur Matthieu XVIII, 18, § 1985)

Et Saint Jérôme de Stridon (347-420) :

« Vous dites, l’Eglise est fondée sur Pierre, il est vrai, mais la même chose est dite ailleurs des autres apôtres ; tous ont pareillement reçu les clefs du royaume des cieux, et l’Eglise porte également sur chacun d’eux. Avouez cependant qu’un seul est choisi sur les douze, pour que, par l’établissement d’un chef, toute occasion soit enlevée au schisme. » (Contre Jovinien, livre 1, chapitre 14, paragraphe 29).

Écoutons ensuite ce que nous dit Bossuet à ce sujet :

« C’est manifestement le dessein de Jésus-Christ de mettre premièrement en un seul ce que dans le suite il voulait mettre dans plusieurs; mais la suite ne renversé pas le commencement, et le premier ne pars pas sa place. Cette première parole, « tout ce que tu lieras, » dites à un seul, a déjà rangé sous sa puissance chacun de ceux à qui on dira: tout ce que vous lierez; car les promesses de Jésus-Christ, aussi bien que ses dons sont sans repentance; et ce qui est une fois donné indéfiniment et universellement est irrévocable; en outre que la puissance donnée à plusieurs porte sans restriction sur son partage, au lieu que la puissance donnée a un seul, et surtout sans exception, emporte la plénitude. » (Sermon sur l’unité de l’Église)

VII) L’enseignement des Pères de l’Eglise

A) L’interprétation des Pères de l’Eglise

Tertullien (vers 155-vers 230)

« Maintenant, je prends acte de ta déclaration, pour te demander à quel titre tu usurpes le droit de l’Eglise. Si de ce que le Seigneur a dit à Pierre : « Je bâtirai mon Eglise sur cette pierre; Je t’ai donné les clefs du royaume des Cieux, » ou bien : « Tout ce que lu lieras ou délieras sur la terre, sera lié ou délié dans les cieux; » tu t’imagines orgueilleusement que la puissance de lier et de délier est descendue jusqu’à toi, c’est-à-dire à toute l’Eglise, qui est en communion avec Pierre, quelle est ton audace de pervertir et de ruiner la volonté manifeste du Seigneur, qui ne conférait ce privilège qu’à la personne de Pierre ? « C’est sur toi que je bâtirai mon Eglise », lui dit-il ; c’est à toi que je donnerai les clefs, » et non à l’Eglise. « Tout ce que tu lieras ou que tu délieras; etc. » mais non pas tout ce qu’ils lieront ou délieront. » (De la pudicité, XXI)

Origène (vers 185-vers 154)

Nous reproduisons ses mots que nous venons de citer :

« Une différence qui est à considérer, c’est que Jésus-Christ donne à Pierre les clefs, non d’un seul ciel, mais de plusieurs cieux, en sorte que tout ce qu’il liera sur la terre sera lié non dans un seul ciel, mais dans tous les cieux, et que tout ce qu’il déliera sur la terre, sera délié de même non dans un seul ciel, mais dans tous les cieux. Tandis qu’en s’adressant à la multitude de ceux qu’il charge aussi de lier et de délier sur la terre, il leur dit que ce qu’ils lieront ou délieront sur la terre sera lié ou délié dans le ciel, mais non dans plusieurs cieux, parce que leur puissance n’est pas parfaite comme celle de Pierre, et qu’elle ne s’étend pas comme la sienne à tous les cieux. » (Commentaire sur l’Évangile selon saint Matthieu, V)

Cela prouve que la prédication de la foi à l’époque d’Origène faisait de saint Pierre le seul dépositaire suprême du pouvoir des clés.

« Que personne ne pense que nous préférions Jean à Pierre. Qui oserait le faire ? Quel apôtre pourrait être au-dessus de celui qui est appelé le chef de tous ? » (Homélie II, sur plusieurs évangélistes)

Saint Cyprien de Carthage (vers 200-254)

Il est courant d’entendre que saint Cyprien contredit que le pouvoir des clés ait été donné à Pierre en supériorité aux autres, car il écrit dans son Traité sur l’Unité de l’Eglise :

« Cela arrive, mes frères bien aimés, parce qu’on ne remonte pas à l’origine de la vérité; parce qu’on ne cherche pas le principe, parce qu’on ne conserve pas la doctrine du maître céleste. Si on se livrait à cet examen, on n’aurait besoin ni de longs traités, ni d’arguments. Rien de plus facile que d’établir sur ce point la foi véritable. Dieu parle à Pierre: Je te dis que tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les puissances des enfers n’en triompheront jamais. Je te donnerai les clefs du royaume du Ciel, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le Ciels et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le Ciel (Matt., XVI.). Après sa résurrection, il dit au même apôtre : Pais mes brebis. Sur lui seul il bâtit son Église, à lui seul il confie la conduite de ses brebis. Quoique, après sa résurrection,. il donne à tous ses apôtres un pouvoir égal, en leur disant : Comme mon Père m’a envoyé, je vous envoie; recevez le Saint-Esprit les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (Joan., XX)« (Traité sur l’Unité de l’Eglise, III)

Mais ses autres écrits nous manifestent qu’il considérait tout de même saint Pierre comme supérieur :

« C’est à Pierre d’abord, sur qui il a bâti son Église et en qui il a établi et montré l’origine de l’unité, que le Seigneur a conféré le privilège de voir délier ce qu’il aurait délié sur la terre. Après sa Résurrection aussi, c’est aux apôtres qu’Il s’adresse : & »Recevez; le saint Esprit. Si vous remettez les péchés à quelqu’un, ils lui seront remis; et, si vous les retenez, ils seront retenus ». (Jn 21,22-23). Par là nous comprenons que c’est seulement à ceux qui sont les chefs dans l’Église, et dont l’autorité repose sur la loi évangélique et l’institution du Seigneur, qu’il est permis de baptiser et de donner la rémission des péchés, tandis qu’au dehors rien ne peut être ni lié ni délié, puisqu’il n’y a personne qui ait le pouvoir de lier ou de délier. » (Lettre 73 à Jubianus, VII)

Saint Hilaire de Poitiers (315-367)

« Ô, bienheureux fondement de l’Eglise, qui vous voyez attribuer un nouveau nom, pierre qui méritez bien de soutenir cette construction, puisque c’est vous qui allez détruire les portes de l’enfer, les portes du séjour maudit et tous les verrous de la mort ! Ô bienheureux portier du ciel, à la discrétion duquel sont remises les clefs qui donnent accès à l’éternité, etc. » (Commentaires sur l’Evangile de saint Matthieu, chapitre XVI, n°7 dans PL, 9/1010)

Saint Macaire le Grand († vers 391)

Ce Père enseigne que c’est au travers de Pierre que les apôtres ont reçu le pouvoir des clés et le pouvoir de gouverner l’Eglise :

«  Les apôtres ont été nommés des pasteurs : “Pais mes brebis”, dit le Seigneur à Pierre. De même, ils ont tous reçu les clefs du Royaume en premier. Car le Seigneur dit à Pierre : je te donnerai les clefs du Royaume.  » (Grande lettre, parole 27)

Saint Optat de Milève (mort vers 397)

Cet Evêque que Saint Augustin cite Optat aux côtés d’hommes disparus depuis longtemps, cet évêque « de vénérable mémoire » apparaît comme l’égal d’Ambroise de Milan, dit :

« Pour le bien de l’unité, le béni Pierre, pour qui il aura suffi que, après son reniement, il n’eût obtenu que le pardon, pour mériter d’être préféré à tous les Apôtres, et seul il a reçu les clefs du Royaume des Cieux pour les communiquer aux autres. » (Contre les donatistes, Contre Parménien, VII, 3)

Saint Ambroise de Milan (340-397)

Ce Père enseigne que les prêtres ont reçu le pouvoir des clés (en confession) par Pierre, et non par tous les apôtres :

« Dans le bienheureux apôtre Pierre, nous tous les prêtres avons reçu les clefs du Royaume des cieux » (De la dignité du sacerdoce, I)

Saint Jérôme de Stridon (347-420)

« Vous dites, l’Eglise est fondée sur Pierre, il est vrai, mais la même chose est dite ailleurs des autres apôtres ; tous ont pareillement reçu les clefs du royaume des cieux, et l’Eglise porte également sur chacun d’eux. Avouez cependant qu’un seul est choisi sur les douze, pour que, par l’établissement d’un chef, toute occasion soit enlevée au schisme. » (Contre Jovinien, livre 1, chapitre 14, paragraphe 29).

Saint Jean Chrysostome (vers 346-407)

« C’est une chose juste et louable d’honorer cet apôtre à qui le Fils de Dieu a promis de bâtir sur lui son Eglise, en récompense du témoignage qu’il a été inspiré de rendre à sa divinité ; de lui donner les clefs du royaume des cieux, et de confirmer dans le ciel la sentence d’indulgence ou de rigueur qu’il porterait sur la terre.  » Un peu plus loin, interpellant saint Pierre lui-même :  » Où sont les clefs du royaume des cieux ? Où est ce titre glorieux qui vous a été donné de fondement de l’Eglise ?  » Plus loin encore :  » Les chœurs céleste des anges l’ont comblé de leurs éloges ; le collège des apôtres, plein d’admiration pour sa personne, a reconnu en lui son oracle. Tous ceux qui ont cru à Jésus-Christ en prenant cet apôtre pour chef et pour maître n’ont point donné dans l’écueil de l’infidélité. Parvenu qu’il est maintenant au ciel, nous l’invoquons comme la colonne la plus glorieuse du nouveau peuple de Dieu, comme le pilote spirituel qui conduit le vaisseau de l’Eglise à travers les dangers de la mer de ce monde. C’est là vraiment le soutien du corps apostolique, le maître de la doctrine céleste ; Pierre enfin, cette merveille du monde, la gloire de l’Eglise, l’honneur du peuple chrétien, l’ornement des docteurs, la bouche par laquelle le Christ rend ses oracles, etc.  » On lit encore vers la fin :  » Pour vous, ô Pierre, pierre et fondement de l’Eglise de Jésus-Christ, chef suprême des apôtres, prenez compassion de nous et assistez-nous aujourd’hui [etc] ». (Serm. in adorationem venerabilium catenarum et gladii sancti et apostolorum principis Petri)

« Il s’agissait de confier à l’apôtre Pierre les Eglises de l’univers entier, la multitude des peuples, et pour tout dire, les clefs du royaume des cieux. Que lui dit en effet le Seigneur ? Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel. Mais voyez dans quel péché il a permis que tombât ce grand apôtre le chef de tout le collège apostolique, ce fondement inébranlable, cette pierre immobile, capable de résister à tous les assauts, ce prince de l’Eglise, ce port imprenable, cette forte et invincible tour. Pierre, dis-je, cette colonne et ce rempart de l’Eglise, a cédé non pas même à des menaces, mais à un simple mot d’une servante. Un mot d’une simple fille s’est fait entendre, et cette colonne a été ébranlée. Elle a dit, et le rempart a chancelé. Dieu a permis ce péché dans celui qui allait avoir la charge de l’Eglise entière, dans cette colonne de toutes les Eglises du monde, dans ce port où la foi ne pourra faire naufrage, dans ce docteur chargé de l’enseignement de tout le monde, sans doute pour que, lorsqu’il aurait à gouverner les peuples, il ne se montrât pas sévère et inexorable, mais plutôt compatissant pour les fautes de ses frères. » (Homélie sur les saints Pierre Apôtre et le prophète Élie)

Saint Zosime (mort en 418)

Dans une lettre, ce Pape identifie les promesses faites par le Christ en Matthieu XVI, 18 et Matthieu XVI, 19 à saint Pierre, au ministère de l’Evêque de Rome :

« La tradition de nos Pères, attribue au Siège apostolique une autorité tellement absolue dans l’Eglise, que nul n’a le droit de réformer son jugement. Cette règle canonique a toujours été observée ; la sainte antiquité non moins que la discipline actuelle sont unanimes à proclamer la puissance de l’apôtre Pierre, à qui Jésus-Christ Notre-Seigneur a conféré le privilège de lier ou de délier [Matthieu XVI, 19]. Ce privilège appartient par droit d’héritage aux successeurs du prince des apôtres. Pierre continue toujours à porter la sollicitude de toutes les Eglises, mais il veille avec un soin particulier sur le Siège de Rome qui est le sien propre ; il ne souffre ni défaillance ni incorrection dans les jugements doctrinaux émanés de la Chaire qu’il a honorée de son nom et constituée sur des fondements inébranlables [Matthieu XVI, 18]. Quiconque se heurte à cette pierre, s’y brisera. Tel est donc Pierre, le chef de la plus haute autorité qui soit ici-bas ! Les lois divines et humaines, la discipline ecclésiastique tout entière confirment ce pouvoir éclatant de l’Eglise romaine, à la tête de laquelle nous avons été établi, comme vous le savez, bien-aimés frères, dans la plénitude de l’autorité apostolique. Cependant, malgré cette puissance suprême dont le dépôt est entre nos mains, nous n’avons pas voulu agir, dans l’affaire présente, sans prendre votre avis. Dans un sentiment de dilection vraiment fraternelle, nous avons fait appel à votre conseil commun, non par ignorance de notre devoir ou par impuissance de l’accomplir en la forme la plus utile pour l’Eglise, mais parce qu’il s’agit d’un accusé qui a déjà comparu à votre tribunal, et qui se constitue devant le nôtre pour y purger un appel antérieur, provoquant lui-même sa confrontation avec ses accusateurs, et anathématisant les erreurs qui lui étaient, dit-il, faussement reprochées… Des matières aussi graves ne se jugent pas légèrement. Votre fraternité saura donc que rien n’a été changé ni dans la décision doctrinale portée par notre saint prédécesseur, ni dans le jugement à intervenir sur la question de fait relative à Célestius et à Pelage. » (Lettre 12 à Aurélien et au concile de Carthage, PL, XX, 675)

Saint Boniface Ier (mort en 422)

« Demeure au bienheureux apôtre Pierre, de par la parole du Seigneur, la sollicitude reçue de lui pour l’ensemble de l’Eglise, laquelle, comme il le sait, a été fondée sur lui selon le témoignage de l’Evangile. Et jamais une position d’honneur ne peut être exempte de soucis, puisqu’il est sûr que toutes choses dépendent de sa réflexion. … Qu’il n’arrive pas aux prêtres du Seigneur que l’un d’entre eux tombe dans la faute de tenter quelque chose par une usurpation nouvelle, et qu’il devienne l’ennemi des décisions des anciens, alors qu’il sait qu’il a pour rival en particulier celui auprès de qui notre Christ a placé le souverain sacerdoce ; et quiconque se dresse pour l’outrager ne pourra être un habitant du Royaume des cieux.  » A toi, dit-il, je donnerai les clés du Royaume des cieux  » Mt 16, 19 dans lequel nul n’entrera sans la faveur du portier. Puisque le lieu l’exige, recensez s’il vous plaît les déterminations des canons, et vous trouverez quel est après l’Eglise romaine le deuxième siège, et quel est le troisième. … Jamais personne n’a levé la main avec audace contre l’éminence apostolique dont il n’est pas permis de réviser le jugement, personne ne s’est dressé contre elle s’il ne voulait pas être jugé. Les dites grandes Eglises observent les dignités par les canons : celles d’Alexandrie et d’Antioche [voir Concile de Nicée, canon 6] ; car elles ont connaissance du droit de l’Eglise. Elles observent, dis-je, les décisions des anciens, en accordant leur bonne grâce en toutes choses comme ils reçoivent cette grâce en retour : celle dont ils savent qu’ils Nous la doivent dans le Seigneur qui est notre paix. Mais puisque la chose le demande, on montrera par des documents que les Eglises des Orientaux surtout, dans les grandes affaires qui rendaient nécessaire un débat de plus grande ampleur, ont toujours consulté le Siège romain et lui ont demandé aide chaque fois que cela était nécessaire. [suivent des exemples d’appels et de requêtes dans l’affaire d’Athanase et de Pierre d’Alexandrie, de l’Eglise d’Antioche, de Nectaire de Constantinople et des Orientaux séparés au temps d’Innocent Ier] » (Lettre Manet beatum à Rufus et aux autres évêques de Macédoine, etc., 11 mars 422)

Saint Léon le Grand (vers 395-461)

« En même temps que Pierre a reçu par-dessus tous les autres le pouvoir de lier et de délier, il a été plus spécialement chargé du soin de paître les brebis du Christ. Quiconque donc prétend lui refuser la primauté, ne lui ôte rien par là de l’éminence de son pouvoir, mais enflé qu’il est de l’esprit d’orgueil, il se précipite lui-même dans l’enfer. » (Lettre 89 aux Evêques de la provinces de Vienne)

Concile de Chalcédoine (451)

À la fin de la IIIè session, le concile demanda au pape Léon, dans le compte qu’il lui rendit, la confirmation de tous ses actes, et lui dit entre autres choses :

« Qu’est-ce qui en effet donne plus de joie que la foi ? […] Cette foi, le Sauveur lui-même nous l’a transmise depuis les temps anciens en disant : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit » [Matthieu XXVIII, 19] ; toi-même tu l’as gardée comme une chaîne d’or qui, au commandement de celui qui ordonne, vient jusqu’à nous, en étant pour tous l’interprète de la voix du bienheureux Pierre, et en procurant à tous la bénédiction de sa foi. Nous servant donc nous aussi de toi avec fruit comme d’un guide vers ce bien, nous avons montré aux enfants de l’Eglise l’héritage de la vérité… en faisant connaître d’un même coeur et d’un même esprit la confession de la foi. Et nous étions dans un même choeur, faisant nos délices, comme dans un banquet royal, des nourritures spirituelles que le Christ, par tes écrits, a préparés aux convives du festin, et nous pensions voir l’époux céleste en convive parmi nous. Car si là où deux ou trois sont rassemblés en son nom il est présent, comme il le dit, au milieu d’eux [Matthieu XVIII, 20], quelle familiarité n’a-t-il pas manifestée alors aux cinq cent vingt prêtres qui ont placé la connaissance de la confession de la foi plus haut que leur patrie et que les fatigues ? Eux que, comme la tête le fait pour les membres, tu as conduits en ceux qui tenaient ta place en faisant connaître ton conseil excellent […] Voilà ce que nous avons fait de concert avec vous, qui étiez présent d’esprit au milieu de nous comme d’autant de frères et qu’il nous semblait voir dans la personne de vos sages légats. Nous vous annonçons en même temps que nous avons pris encore quelques autres mesures pour le maintien du bon ordre et l’exécution des lois ecclésiastiques, sachant bien que votre sainteté les approuverait et les confirmerait dès que la connaissance lui en serait parvenue […] Nous vous conjurons donc d’honorer de votre suffrage définitif le jugement que nous avons porté et de donner à vos fils cette preuve de votre bienveillance, de même que nous nous sommes attachés à vous suivre en tout comme notre chef. » (Lettre synodale au pape Léon 1er, début de novembre 451, Labbe, t. IV, col. 833-834 et 837-838)

Pélage II (520-590)

« Vous savez que le Seigneur dit dans l’Evangile : ‘Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment ; mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères !’ [Luc XXII, 31-32]. Considérez que la Vérité n’a pas pu mentir, et que la foi de Pierre ne pourra pas être ébranlée ou changée pour toujours. Car, bien que le diable ait voulu tamiser tous les disciples, le Seigneur témoigne Lui-même qu’Il a sollicité Pierre seul, et a souhaité que les autres soient confirmés par lui; et à Pierre il confia aussi la charge de ‘paître les agneaux’ [Jean XXI, 15]; et à lui aussi le Seigneur remis les ‘Clés du Royaume des Cieux’ [Matthieu XVI, 19], et sur lui Il a promis de ‘bâtir Son Eglise’ [Matthieu XVI, 18]; et Il témoigna que ‘les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle’ [Matthieu XVI, 18] » (Lettre Quod ad dilectionem adressée aux évêques schismatiques d’Istrie [585])

Saint Grégoire le Grand (vers 540-604)

« Le Christ confie à saint Pierre la charge de toute l’Eglise et le pouvoir suprême sur celle-ci, et pourtant il ne l’appelle pas apôtre universel. […] Il est clair pour tous ceux qui connaissent l’Évangile qu’à la parole du Seigneur la charge de toute l’Église a été confiée à l’apôtre saint Pierre, prince de tous les apôtres ; c’est à celui-ci qu’il est dit : Pierre, m’aimes-tu ? ; Pais mes brebis. C’est à lui qu’il est dit : Voici que Satan a cherché à vous éprouver tous comme on passe le blé au crible, et moi j’ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas, et lorsque tu te seras converti, confirme tes frères. C’est à lui qu’il est dit : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle ; je te donnerai les clefs du Royaume des cieux ; tout ce que tu auras lié sur terre sera lié dans les cieux, tout ce que tu auras délié sur terre sera délié dans les cieux. Voici qu’il a reçu les clefs du Royaume céleste, voici qu’on lui donne le pouvoir de lier et de délier, voici qu’on lui confie le soin de toute l’Église et le pouvoir suprême sur celle-ci. » (Registre des Lettres, livre V, lettre 20 (alias livre 4, lettre 32), adressée à Maurice Auguste, PL, 77/746 et 748)

« Qui ne sait, en effet, que la sainte Église est fermement établie sur le fondement solide du Prince des Apôtres, qui porte dans son nom même la fermeté de son âme, car c’est de sa comparaison avec la pierre qu’il reçut le nom de Pierre, quand la voie de la Vérité dit, « Je te confierai les clés du royaume des cieux« . Il lui dit encore « quand tu seras converti, affermis tes frère« . » (Lettre 40 à Euloge d’Alexandire ou Registre des Lettres, livre VII, lettre 37)

Saint Maxime le Confesseur (580-662)

« Toutes les parties de l’univers et tous ceux qui reconnaissent partout le Seigneur avec une foi véritable et authentique se tournent comme vers le soleil vers la sainte Eglise de Rome, et considèrent sa profession de foi, dont Ils attendent l’éclat de sa lumière. […] C’est dès le commencement, lorsque le Verbe de Dieu descendit jusqu’à nous en assumant notre chair, tous les chrétiens ont toujours regardé et regardent encore comme l’unique base solide, l’unique fondement de l’Eglise le siège suprême qui se trouve en cette église de Rome, celui que, d’après la promesse du Sauveur, les portes de l’enfer ne sauraient vaincre et qui possède les clefs de la vraie foi et de l’authentique confession, celui chez qui tous ceux qui s’approchent avec une piété sincère se voient ouvrir l’accès à l’unique religion, celui qui rend les hérétiques muets et ôte la parole de la bouche de ceux qui profèrent l’iniquité en présence du Tout-Puissant. » (Lettre à Marin de Chypre, PG, 91/138-139)

Dans sa Lettre à Pierre l’Illustre, saint Maxime enseigne que la marque de la vraie foi et de la vraie communion c’est d’être soumis au Pontife romain :

« Si quelqu’un veut n’être point hérétique et ne point passer pour tel, qu’il ne cherche pas à satisfaire celui-ci ou celui-là […] Qu’il se hâte de satisfaire en tout le siège de Rome. Le siège de Rome satisfait, tous partout et d’une seule voix le proclameront pieux et orthodoxe. Car si l’on veut persuader ceux qui me ressemblent, c’est en vain qu’on se contenterait de parler, si l’on ne satisfait et si l’on n’implore le bienheureux Pape de la très sainte Eglise des Romains, c’est-à-dire le Siège Apostolique, qui a reçu du Verbe de Dieu Incarné Lui-même, et, d’après les saints Conciles, selon les saints canons et les définitions, elle possède, sur l’universalité des saintes Eglises de Dieu qui existent sur toute la surface de la terre, l’empire et l’autorité en tout et pour tout, et le pouvoir de lier et de délier. Car lorsqu’elle lie et délie, le Verbe, qui commande aux vertus célestes, lie ou délie aussi dans le ciel. » (Lettre à Pierre l’illustre, PG, tome 91, colonne 144)

C’est la raison pour laquelle, plus tôt dans sa lettre, il fait l’application suivante au cas du Pape Honorius, qui fut tant et tant injurié par ceux qui l’accusaient d’être tombé dans l’hérésie monothélite (on en trouvera la réfutation complète dans les deux livres disponibles dans ce lien, ainsi que dans celui disponible pour celui-ci), en disant non seulement qu’il n’en fut pas ainsi, mais encore que cela était impossible car il était l’Evêque du Siège Apostolique :

« Quel est l’interprète le plus digne defoi de la lettre pontificale ? Celui qui l’a écrite au nom d’Honorius, l’illustre abbé Jean qui vit encore, et qui, outre tant d’autres mérites, a répandu sur l’Occident l’éclat de sa doctrine et de sa piété ; ou bien les Orientaux qui n’ont jamais quitté Constantinople, et qui parlent d’après leurs sympathies, leurs opinions particulières et personnelles ? N’est-ce pas le comble du ridicule, ou plutôt n’est-ce pas un spectacle lamentable ? Dans leur audace, ils n’ont pas craint de mentir contre le Siège apostolique lui-même. Comme s’ils avaient été de son conseil, ou qu’ils eussent reçu de lui un décret dogmatique, ils ont osé revendiquer pour leur cause le grand Honorius, faisant parade à l’appui de leur folle opinion de la suréminente piété de ce pontife. Et cependant, que n’a pas fait la sainte Église pour les arrêter dans leur voie funeste ? Quel pontife pieux et orthodoxe ne les a conjurés par ses appels et ses supplications de renoncer à leur hérésie ? Que n’a point fait le divin Honorius et après lui le vieillard Severinus, et son successeur le vénérable pape Jean ? […]

En tout cela, ces malheureux (les monothélites) n’ont pas suivi la doctrine du Siège Apostolique; et ce qui est le comble du ridicule, ou pour mieux dire ce qu’il y a de plus lamentable (car c’est la preuve de leur audace), ils n’ont pas craint de mentir témérairement contre le Siège Apostolique lui-même ; et comme s’ils avaient été de son conseil, et qu’ils eussent reçu de lui un dércet, ils ont osé mettre de leur côté le grand Honorius dans leurs écrits en faveur de l’impie Ecthèse, faisant parade aux yeux des autres, à l’appui de leur folle opinion, du mérite éminent de cet homme pour la cause de l’orthodoxie. » (Lettre à Pierre l’illustre, PG, tome 91, colonnes 142 et 143)

Saint Théodore Studite (759-826)

Citons enfin Saint Théodore Studite (759-826) nous apprend qu’une génération avant Photius, la croyance de l’Eglise de Constantinople était l’impossibilité de réunir un concile sans l’Autorité du Pape. Ecrivant au pape saint Léon III, il lui parle du synode qu’ont tenu, en janvier 809, les partisans des secondes noces de l’empereur Constantin VI qui, après avoir été marié à l’arménienne Marie, l’avait reléguée dans le cloître (janvier 795), et avait épousé la cubiculaire Thépdote :

« Il s’est tenu dans notre pays, ô bienheureux Père, dit-il, un synode pour la condamnation de l’Évangile du Christ, dont vous avez reçu les clés de la part de ce même Christ, par l’intermédiaire du prince des apôtres et de ses successeurs, jusqu’à celui qui a précédé Votre Sainteté. » (Lettres, I, 34 ; col. 1021 C et D)

Aussi sa vision complète de la Papauté nous est exposée dans l’article La primauté de saint Pierre et du Pape d’après saint Théodore Studite (759-826) par le Père Sévérien SALAVILLE (dans Revue d’Etudes Byzantines, 1914, Numéro 104,  pp. 23-42). Voici le plan de cet article :

I. – La primauté de saint Pierre.

II. – La primauté du Pape.

1° L’épiscopat de saint Pierre à Rome.

2° La primauté du Pape est de droit divin.

3° Universalité de juridiction sur le monde entier.

4° Le pouvoir du Pape est sans appel.

5° Droit de convocation et d’approbation des conciles.

6° L’infaillibilité du Pape.

7° La Papauté centre de l’unité de la foi et de la communion.

Il faut noter que les Orthodoxes, célébrant ce saint le 11 novembre, le chantent comme :

« L’intrépide défenseur de la vérité, la colonne et le soutien de la foi orthodoxe, le guide inspiré de l’orthodoxie, le docteur de la piété, le flambeau de l’univers qui, par ses enseignements, a éclairé tous les fidèles, la lyre du Saint-Esprit, etc. » (Τής αληθείας σφόδρον συνήγογον, στύλον, έδραί’ωμα ορθοδόξου πίστεως. — ‘Ορθοδοξίας οδηγέ, Οεόπνευστε, εύσεβείας διδάσκαλε, της οΐκουμε’νης ό φωστήρ, ταΐς διδαχαΐς σου πάντας έφώτισας, λύροΕ του Πνεύματος. Voir dans les Menées l’office des Vêpres et de l’aurore, au 11 novembre)

Ils épuisent en son honneur la magnificence des titres et des épithètes. Ou ce langage signifie quelque chose, ou ce n’est qu’une phraséologie rhétorique sans substance. Pour un esprit logique il n’est point d’autre alternative. Par les saints qu’elle célèbre, la liturgie grecque est la condamnation la plus expresse qui se puisse imaginer du schisme oriental. Quand on chante saint Jean Chrysostome, saint Léon de Rome, saint Grégoire le Grand, saint Maxime le Confesseur, saint Jean Damascène, saint Théodore Studite et tant d’autres, si l’on connaît leur doctrine et si l’on est conséquent, on ne peut qu’être catholique.

B) Le IIIè concile de Constantinople : une preuve définitive pour les Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Pape

A l’occasion du IIIè concile de Constantinople (680-681), le Pape saint Agathon envoya deux lettres aux empereurs. Nous lisons, entre autres, dans la première lettre :

« Que Votre Clémence considère donc cet avertissement de Notre-Seigneur et Sauveur, l’auteur de notre foi : en promettant à saint Pierre que sa foi ne défaillirait pas, il l’engagea à confirmer ses frères. Tout le monde sait bien que les pontifes du siège apostolique, ceux qui ont précédé mon humble personne, ont réalisé cette tache sans douter de cette parole. » (Lettre 1 aux empereurs, PL, 87/1168-1169)

Puis :

« Saint Pierre a reçu du Rédempteur lui-même par une triple recommandation qui lui en a été faite, la charge de paître les brebis spirituelles qui composent son Eglise ; et c’est grâce à l’appui qu’il continue de lui prêter, que cette Eglise apostolique n’a jamais déviée par une erreur quelconque de la voie de la vérité ; aussi, de tout temps, toute l’Eglise catholique et les conciles généraux ont-ils fidèlement adhéré à son autorité comme à celle du prince de tous les apôtres, s’attachant à la suivre en tout, et tous les saints Père en ont embrassé et soutenu avec zèle la doctrine comme venant des apôtres […] Que votre auguste clémence veuille donc bien considérer que le maître et le Sauveur de tous, qui est l’auteur de la foi, et qui a promis que la foi de Pierre ne défaillira jamais, l’a averti d’affermir ses frères : charge dont se sont acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait, les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs ; et quoique bien inférieur à leurs mérites je veux, puisque la grâce divine m’a appelé à leur succéder, m’acquitter à leur exemple de ce même ministère. » (Lettre 1 aux empereurs, 27 mars 680, PL, 87/1168-1169 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 635 et 636 et MANSI, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XI, col. 234 et suivants)

Et dans la seconde, signée des cent-vingt-cinq Évêques d’un concile tenu à Rome :

« Nous croyons que Dieu fera à votre trône, qu’il a élevé lui-même, la faveur si rare, et qui est le privilège du très-petit nombre, d’être le moyen dont il se servira pour faire briller aux yeux de tous la lumière de la foi catholique et apostolique, qui, ayant pour principe la source même de la vraie lumière dont elle est comme le rayon, nous a été transmise par le ministère des princes des apôtres saint Pierre et saint Paul, et par les hommes apostoliques leurs disciples et leurs successeurs, et est parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à notre médiocrité, sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer, et Dieu veuille bénir les efforts que fait votre autorité providentielle pour la conserver toujours inaltérable ! Tel a été aussi l’objet constant de la sollicitude du siège apostolique, et de tant de pontifes auxquels nous succédons malgré notre indignité. » (Lettre 3 aux empereurs, PL, 87, 1217 et 1220 ; LABBE, Sacrosancta concilia, t. VI, col. 679-682)

Le pape évoque « les pontifes apostoliques mes glorieux prédécesseurs » comme s’étant « acquittés en toute circonstance avec courage, comme tout le monde le sait » à affermir leurs frères selon les paroles du Sauveur. Il est enfin question de la saine doctrine « parvenue ainsi intacte, grâce au secours divin, jusqu’à [saint Agathon], sans que les ténèbres des hérésies aient pu l’obscurcir, sans qu’aucune erreur ait pu l’altérer ». Aussi si tous se sont acquittés de cette tache, cela signifie qu’aucun n’a failli.

Aussi, cela signifie que les propos de saint Zosime, saint Boniface Ier, saint Léon Le Grand, Pélage II et saint Grégoire le Grand que nous avons cité, se trouvent ainsi « validés » en tant que tels par ces lettres.

Par la suite, le 15 novembre 680, lors de la 4è session du IIIè concile de Constantinople (680-681) réunissant surtout des évêques Orientaux, une lecture fut donnée de la première lettre (PL, 87/1168-1169 et MANSI, 11/239-254). Puis, lors de la 18è session, le 16 septembre 681, ce fut au tour de la seconde lettre lue en public et les Pères du concile l’approuvèrent et l’insérèrent dans les actes du concile. Ils déclarèrent :

« C’est le souverain prince des apôtres qui a agi de concert avec nous. Nous avons eu, pour nous aider, le pape qui dans ses lettres déclare le mystère de la vérité divine et sacrée. Rome, cette ville antique, nous a transmis la profession de foi que Dieu avait dictée à saint Pierre. La feuille sur laquelle fut inscrit le dogme a honoré la fin de ce jour ; sur cette feuille on voyait de l’encre, mais c’est réalité c’est saint Pierre qui parlait au travers du pape Agathon. […] C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi. […] Tous unis sous l’inspiration du Saint Esprit, tous d’accord et tous du même avis, acquiesçant tous aux lettres de Notre Très Saint Père et Souverain pontife le pape Agathon a envoyées à Votre Puissance [ndlr : les empereurs], reconnaissant la sainte décision du concile qui dépend de lui et qui rassemble cent-vingt-cinq prélats, etc. » (MANSI, 11/666, 684 et 686)

Le déroulé des événements est décrit dans cet article.

Le concile donc, fait non seulement sienne la doctrine de l’infaillibilité Papale de droit et de la perfection de fait de l’enseignement des Papes précédents, ce qui implique l’approbation de ce que nous avons cité des Papes, mais en plus, dans son approbation, le concile identifie lui-même la promesse faite par le Christ a saint Pierre d’être le rocher de l’Église, à l’exercice de l’épiscopat romain : « C’est à toi, évêque du premier siège de l’Eglise universelle, que nous nous abandonnons pour savoir ce que nous devons faire, puisque tu es établi sur le ferme rocher de la foi ».

Nous pouvons et devons souligner à l’attention des Orthodoxes, gallicans, vieux-catholiques et tout autres qui reconnaissent l’autorité des conciles sans reconnaître celle des Papes, qui liraient notre article, que cette décision conciliaire confirmant la doctrine de la Papauté est non seulement un témoignage parmi les autres de la Tradition, mais encore une sentence infaillible selon les normes théologiques de leurs propres églises. Aussi, après avoir lu cela, ils sont obligés, en conscience, d’accepter la doctrine de la Papauté exprimée dans ces lettres et approuvées par le concile, ainsi que l’intégralité de ce qu’ont enseigné les Papes précédents sur la Papauté, le Filioque et le célibat sacerdotal, puisque ces lettres affirment aussi la perfection de la doctrine de tous les Papes antérieurs.

Publicités

28 commentaires sur “Les fondements bibliques de la Papauté (2) : Matthieu XVI, 19 : le Christ donne les Clés du Royaume des Cieux à saint Pierre et en fait ainsi son premier ministre

  1. Pingback: Démonstration de la primauté de Pierre et de la Papauté | +†+Yesus Kristus azu+†+

  2. Pingback: Les fondements bibliques de la Papauté (1): Matthieu XVI, 18: le Christ fait de Pierre la pierre de fondement de son Église | +†+Yesus Kristus azu+†+

  3. Pingback: Les fondements bibliques de la Papauté (4): Jean XXI, 15-17: le Christ confie à saint Pierre la charge de Son troupeau | +†+Yesus Kristus azu+†+

  4. Pingback: Les manifestations de la primauté de saint Pierre dans le Nouveau Testament | +†+Yesus Kristus azu+†+

  5. Pingback: N’appelez personne « Père  | «+†+Yesus Kristus azu+†+

  6. Pingback: Comment Pierre peut-il être le chef de l’Église malgré son triple reniement ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  7. Pingback: Qu’est-ce qu’un « type » biblique ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  8. Pingback: Le sacerdoce catholique est biblique ! | +†+Yesus Kristus azu+†+

  9. Pingback: La preuve biblique de la Papauté 1/5 | +†+Yesus Kristus azu+†+

  10. Pingback: « Je te donnerai les clés du Royaume des Cieux : explications | «+†+Yesus Kristus azu+†+

  11. Pingback: Réponses aux dernières objections contre la primauté et l’infaillibilité de Saint Pierre | +†+Yesus Kristus azu+†+

  12. Pingback: De quand date l’Eglise catholique ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  13. Pingback: La Papauté depuis les apôtres | +†+Yesus Kristus azu+†+

  14. Pingback: La doctrine de saint Ignace d’Antioche | +†+Yesus Kristus azu+†+

  15. Pingback: La Papauté au Ier concile de Constantinople (381) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  16. Pingback: Le 28è canon du Concile de Chalcédoine (451) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  17. Pingback: La confession à un prêtre date-t-elle de 1215 ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  18. Pingback: Le Pape Innocent III a-t-il nié sa propre infaillibilité ? | +†+Yesus Kristus azu+†+

  19. Pingback: L’enseignement des Pères de l’Église sur « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Matthieu XVI, 18) | +†+Yesus Kristus azu+†+

  20. Roman Biliavskyi
    14 février 2019

    La bonne partie de ces citations des Saints Pères montrent que les Clefs du Royaume sont remises à tous les apôtres. L’apôtre Pierre était le premier à les recevoir, car il a symbolisé toute l’Eglise dit saint Augustin. Ses successeurs sont tous les évêques, dit saint Cyprien. Comment vous en déduisez le pouvoir absolu d’un seul évêque de Rome ? Merci.

  21. Pingback: Saint Grégoire le Grand et le titre d’ « Evêque universel  | «+†+Yesus Kristus azu+†+

  22. Pingback: Saint Ignace d’Antioche (✟107) sur la hiérarchie ecclésiastique | +†+Yesus Kristus azu+†+

  23. Hechema
    3 août 2019

    Bonjour
    Je suis un catholique fervent… J’ai lu un livre écrit par A. Edward Siecienski intitulé « La papauté et les orthodoxes » dans lequel il côté une citation de Saint Aug « est-ce Pierre seulement qui reçut les clés et non Paul? Aussi Jean et Jacques les ont reçues »…. Sermon 3.5

    Est-ce l’apologetique dans ce cas c qu’ils l’ont reçus à travers Pierre? Merci…
    Paul a reçu les clés semble un avis du Saint et non une tradition?!!!???

    Merciiii

  24. Ressources Catholiques
    4 août 2019

    Bonjour,

    Nous avons déjà répondu à cette question juste au dessus. Arrivez-vous à voir le contenu des photos que nous avons postés ? Je vous suggère d’ailleurs de lire cet article qui prouve que saint Augustin croyait en la Papauté romaine, et donc forcément en l’exégèse catholique des passages de la Bible sur saint Pierre : https://philosophieduchristianisme.wordpress.com/2019/07/09/un-papiste-nomme-saint-augustin/

    Soyez béni !

  25. Joseph Hechema
    5 août 2019

    Merci et désolé pour ne pas avoir pris attention…

    Bonjour

    J’ai besoin de la référence de la citation de St Ambroise dans le catéchisme du concile de Trente.. Chapitre X.
    IV. — CARACTÈRES PROPRES DE L’ÉGLISE, UNITÉ

    . Merci beaucoup

    Ecoutons enfin Saint Ambroise: Si quelqu’un objecte à l’Eglise qu’elle peut se contenter de Jésus-Christ pour Chef et pour Epoux unique, et qu’il ne lui en faut point d’autre, la réponse est facile. Jésus-Christ est pour nous non seule ment l’Auteur mais encore le vrai Ministre intérieur de chaque Sacrement. C’est vraiment Lui qui baptise et qui absout, et néanmoins, Il n’a pas laissé de choisir des hommes pour être les ministres extérieurs des Sacrements. Ainsi, tout en gouvernant Lui-même l’Eglise par l’influence secrète de son esprit, Il place aussi à sa tête un homme pour être son Vicaire et le dépositaire extérieur de sa Puissance. A une Eglise visible, il fallait un Chef visible. Voilà pourquoi notre Sauveur établit Saint Pierre Chef et Pasteur de tout le troupeau des Fidèles, lorsqu’Il lui confia la charge de paître ses brebis. toutefois Il le fit en termes si généraux et si étendus qu’il voulut que ce même pouvoir de régir toute l’Eglise passât à ses successeurs.

    • Ressources Catholiques
      6 août 2019

      Bonjour,

      Pas de souci !

      Nous ne connaissons pas la source de cette citation de saint Ambroise, mais nous connaissons une citation quasi contemporaine de saint Jérôme qui dit la même chose :

      « Comme l’Orient divisé en lui-même par les haines invétérées de ses peuples, déchiré par pièces et morceaux la tunique sans couture et tissée par le haut de Notre-Seigneur, et que les renards ravagent la vigne du Christ, comme d’ailleurs il est difficile, au milieu de ces citernes entrouvertes qui ne peuvent retenir l’eau (JER., II, 13), de dire où est la fontaine scellée, le jardin fermé (Cant., IV, 12) ; j’ai cru devoir consulter la chaire de Pierre, et cette foi romaine tant exaltée par l’apôtre, en demandant l’aliment de mon âme là où j’ai autrefois reçu le vêtement de Jésus-Christ. Car toute la distance des terres et des mers, qui nous séparent n’a pas pu m’empêcher d’aller à la recherche de cette pierre précieuse. Partout où est le corps, là il faut que les aiglons se rassemblent (LUC, XVII, 37). Après que le patrimoine a été dissipé par une race pervertie, c’est chez vous seuls que se trouve intact l’héritage de nos pères. Chez vous la terre féconde reproduit au centuple et en belle qualité la divine semence qui lui est confiée ; chez nous au contraire le froment enfoui dans les sillons dégénère en avoine et en ivraie. Maintenant c’est en Occident que se lève le soleil de justice, tandis qu’en Orient ce Lucifer, qui était tombé, élève son trône au-dessus des astres. Vous autres, vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre, vous êtes des vases d’or ou d’argent ; parmi nous on ne trouve que vases de terre ou de bois, qui attendent une verge de fer pour les briser, ou le feu éternel qui les consumera. Ainsi donc, quoique je tremble devant votre majesté, je me sens invité par votre clémence. Au pontife je demande la victime du salut, au pasteur sa protection pour une brebis du troupeau. Loin de vous les sentiments d’envie ; loin de vous le faste de la grandeur romaine : je parle au successeur du pêcheur, au disciple de la croix. SANS RECONNAITRE D’AUTRE CHEF QUE JESUS-CHRIST, JE M’UNIS DE COMMUNION AVEC VOTRE BEATITUDE, C’EST-A-DIRE A LA CHAIRE DE PIERRE ; JE SAIS QUE C’EST SUR CETTE PIERRE QU’EST BATIE L’EGLISE. Quiconque mange l’agneau hors de cette maison, est un profane. Quiconque ne sera pas dans cette arche de Noé périra dans les eaux du déluge… Je ne connais pas Vital, je rejette Mélèze, je ne connais pas davantage Paulin. Celui qui ne ramasse pas avec vous, dissipe, c’est-à-dire, celui qui n’est pas à Jésus-Christ est à l’antéchrist… C’est pourquoi je supplie votre béatitude par celui qui a été crucifié, par le salut du monde, par la Trinité consubstantielle, de m’autoriser par quelqu’une de vos lettres, soit à dire, soit à taire trois hypostases. Et de peur que l’obscurité du lieu où je demeure n’occasionne quelque mépris, daignez me faire parvenir votre réponse par le prêtre Evagre que vous connaissez fort bien ; faites-moi savoir en même temps avec qui je dois me mettre en communion à Antioche : car les hérétiques Campiens, unis aux Tharsiens, n’ont pas de plus grande ambition que de faire triompher les trois hypostases entendues dans leur sens, en s’appuyant de votre autorité. » (Lettre 14, 15 ou 57, suivant les classifications, à Damase, PL, 22/355-356)

      Dieu vous bénisse !

  26. Pingback: Quinze astuces pour ne jamais devenir catholique | +†+Yesus Kristus azu+†+

Répondre à Roman Biliavskyi Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :