+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’Inquisition : les temps, les causes, les faits 7/7

[…] Elle est à peine en mouvement, en 1482, qu’il enjoint aux souverains de restituer les biens confisqués aux repentis. La même année, il reproche aux Inquisiteurs leur dureté. Il menace de les déposer. Il leur interdit de procéder sans le concours de l’Évêque. Plus tard, il résiste à Isabelle, qui voudrait être débarrassée de ce contrôle épiscopal. Il nomme l’archevêque de Séville juge des appels. Il finit par se les réserver pour qu’on en fasse plus de cas.

Ses successeurs donneront des juges spéciaux aux appelants, pour les soustraire à l’Inquisition. Ils casseront des jugements : Innocent VIII, plus de 200 en un an ; Alexandre VI, 250, en 1498 [144].

Le même Innocent VIII s’opposera énergiquement à l’extension de l’Inquisition au royaume de Naples, qui relevait d’Aragon [145]. Paul III maintiendra ce Veto, avec un blâme amer à l’adresse du Tribunal.

Alexandre VI, Pie IV, Pie V, Grégoire XIII, Innocent XII garderont la même attitude et s’efforceront d’enrayer le mal [146]

C’est à dire que, loin d’être complices, les Papes furent gênants. Leur censure vigilante et sévère devint vite importune aux Souverains. Ils lui barrèrent la route, par un premier décret (1498) qui défendait, sous peine de mort, à tous ceux qui étaient allés chercher un appui auprès du Pape [147] de rentrer en Espagne ; puis, par un second, qui interdisait, sous la même peine, la publication, dans le royaume, des actes du Saint-Siège contre l’Inquisition (1509).

Ainsi couverts par l’État, les juges en vinrent à résister ouvertement au papes [148] ; on supprima des Brefs ; on éluda les appels en précipitant l’exécution des sentences ; et les choses allèrent si loin que Léon X, en 1519, excommunia, par-dessus la tête de Charles-Quint, qui les protégeait, et en dépit de ses menaces, le grand Inquisiteur et ses complices. Désespérant de vaincre cette coalition des moines espagnols et du pouvoir civil, il s’apprêtait à destituer, d’un coup, tous les inquisiteurs en charge, pour s’appuyer davantage sur les Évêques, lorsque l’élection de Charles-Quint au trône impérial d’Allemagne [149] (1519) ruina son projet de réforme. Luther était déjà en pleine révolte. On conseillait au nouvel empereur de le soutenir pour peser sur le Saint-Siège. Léon X ne crut pas devoir jouer une si grosse partie ; entre deux maux, il opta pour le moindre.

Mais la Papauté ne désarma point. Elle resta debout l’œil ouvert, la main ferme, sinon toujours victorieuse, gênée qu’elle fut trop souvent par les exigences de la politique.

Quand Paul III, au milieu du XVIe siècle (1542), révoqua tous les pouvoirs inquisitoriaux pour concentrer, à Rome, sous ses yeux, l’Inquisition pontificale, dans cette Congrégation du Saint-Office [150] qui subsiste encore aujourd’hui, Philippe II d’Espagne garda à son compte, c’est-à-dire à son service, Inquisition et inquisiteurs. Il n’en fut que plus à l’aise pour accaparer totalement une institution qui l’était déjà aux trois quarts. De ce jour, il en fit sa chose, un tribunal royal, une véritable machine d’État [151], qu’il opposa au protestantisme ; avec succès d’ailleurs, car la Réforme, la Révolution plutôt de Luther et de Calvin, ne fit qu’effleurer la Péninsule. L’Espagne avait eu sa crise avec les Judaïsants et les remèdes énergiques dont elle s’était servie pour guérir son mal dégoûtèrent pour longtemps les novateurs. L’Inquisition fit l’office d’une douane. Elle arrêta à la frontière les doctrines d’anarchie. Elle sauva, une seconde fois, l’unité nationale et préserva le pays de ces guerres de religion qui ensanglantèrent le reste de l’Europe, aux XVIe et XVIIesiècles [152]

IV

Les Espagnols, non pas les exaltés, les Don Quichotte, mais les plus sages, ceux qui ont marqué dans leur pays, des penseurs universellement estimés, vantent très haut les bienfaits de l’Inquisition.

Leur appréciation, certes, a du poids et l’étranger n’est peut-être pas qualifié pour les contredire ; tout au plus pourrait-il répliquer que ces avantages ont coûté trop de larmes et trop de sang pour qu’on s’en glorifie. Car enfin, s’en tenir à l’opinion courante, au dire surtout des manuels condamnés, le nombre des victimes aurait été « effrayant [153] ; – presque un million de Juifs en dix ans, et autant de Mores ! – tout un peuple voué aux flammes ! [154] »

C’est du délire ! Deux millions en dix ans ! Et l’Inquisition a duré plus de trois siècles ! Mais, rien que pendant ces dix années (1482-1492), comme il n’y avait alors que quatre tribunaux d’Inquisition, à Séville, à Cordoue, à Tolède et à Jaën, cela supposerait, pour chacun, une moyenne de 139 crémations par jour, sans chômer un seul jour !

D’autre part, les historiens du temps, comme Bernaldez et Ferreras, évaluent à 160 000 le nombre total des Juifs de Castille et d’Aragon ; – et, ce chiffre paraît très vraisemblable lorsqu’on voit la place que tiennent, dans nos affaires et dans notre pays, les 100 000 Juifs [155] qui opèrent actuellement chez nous. – Mais alors, s’il faut défalquer déjà de ces 160 000 Juifs espagnols, les 800 000 qui, d’après Llorente (I, 261) furent bannis en 1492, on se demande où l’Inquisition a bien pu dénicher le million qu’elle aurait brûlé ?

Ces évaluations fantastiques ont donc besoin d’être révisées.

L’Inquisition, au XIIIe siècle, contre les Cathares, n’avait fait que très peu de victimes. Le protestant LEA, que l’on se plaît à citer parce que sa malveillance très froide et très sincère vis-à-vis de l’Église donne du prix à ses aveux, est « convaincu que le nombre des exécutions fut bien moindre qu’on ne se l’imagine et que, si les documents n’avaient été détruits, on serait surpris de rencontrer si peu d’hérétiques condamnés au feu… En fait, dit-il, les inquisiteurs se préoccupaient bien plus d’obtenir des conversions que de faire des martyrs. Un bûcher allumé de temps en temps maintenait, parmi les populations, une terreur salutaire. En faisant brûler quarante individus en quinze ans, Bernard Gui réussit à écraser les dernières convulsions du Catharisme [156]. »

Le registre des sentences de ce Bernard Gui, Inquisiteur de Toulouse (1308-1323), nous fournit un exemple typique d’exagération par inadvertance. Il relate 637 condamnations, dont 40 seulement au bûcher : l’auteur du Recueil des historiens des Gaules écrit, dans la préface du Tome XXI (p. 23), que Bernard Gui fit brûler 637 hérétiques : il n’a pas lu jusqu’au bout ; il a pris les 637 condamnations pour des sentences capitales [157]. Et son erreur a été répétée par tous les auteurs qui l’ont consulté.

Bernard de Caux, un autre Inquisiteur, extrêmement sévère, qu’on appelait le Marteau des hérétiques (1246-1248), eut à juger 60 relaps : pas un seul ne fut mis à mort [158]. Sur 278 sentences de condamnations connues, du même, il n’y a pas une seule relaxation. Dans les 9 autodafés de Pamiers (1318-1324), où figurèrent 75 coupables, 4 seulement ont été livrés au bras séculier [159]. À Toulouse, en 1312, 5 sur 193 [160].

Par contre, le Saint-Office, dans le Midi, a certainement sauvé des milliers d’hérétiques et de malfaiteurs repentants que la Justice civile aurait condamnés [161].

Les Inquisiteurs d’Espagne ont eu la main plus lourde ; du moins, on le dit. Mais ils ne sont pas les brutes assoiffées de sang que Sardou a mises en scène dans son drame La Sorcière.

– C’est vraiment déshonorer son talent que d’écrire à la légère, comme il l’a fait, sur un pareil sujet, en dehors de toute documentation, pour exaspérer, sous l’aiguillon venimeux du mensonge, les stupides passions de la foule.

Sur ce chapitre de l’Inquisition d’Espagne, les historiens sectaires sont tous à la remorque d’un très vil personnage, Llorente, prêtre interdit, révolté, traître à son pays, chassé d’Espagne en 1814, expulsé de France en 1822, pamphlétaire hargneux et franc-maçon. Il abusa de ses fonctions d’Archiviste de l’Inquisition pour écrire une histoire discréditée à l’avance : car le soin qu’il prit de soustraire son livre à tout contrôle et à toute critique en brûlant les dossiers dont il s’était servi [162], suffit à le juger. Un auteur qui use de ces procédés ne mérite aucun crédit. Il est disqualifié d’avance.

Les aveux de celui-là sont encore bons à retenir, car la vérité les arrache de force à sa plume.

Llorente est loin de compte, cependant, avec nos manuels scolaires. Alors que Primaire [163] dit 2 millions de victimes, pour 10 ans, il se contente de 30 000, pour trois siècles et demi [164].

Ce chiffre réduit est encore excessif. Des travaux allemands tout récents estiment qu’il faudrait en rabattre au moins les 2/3, comme on avait dû rabattre déjà, de 800 000 à 170 000, son dénombrement des Juifs bannis, en 1492 [165].

Llorente commet une première erreur, en concentrant sur une seule année (1481) les 2 000 victimes que l’historien Mariana [166],qu’il cite, attribue, sans apporter de preuves, à Torquemada, pendant les 18 années que dura sa mission.

De plus, il se réfute lui-même, dans la répartition géographique de ces 2 000 bûchers : « 298 à Séville seulement » dit-il, et les 1 700 autres dans les régions d’alentour. Or, puisqu’il n’y avait, cette année-là, qu’un seul tribunal et qu’il siégeait à Séville où toutes les causes aboutissaient, il semble bien que ce chiffre de 298 soit le seul à retenir pour l’année 1481.

Seconde erreur grossière : il établit, par tribunal, une moyenne annuelle des exécutions, à l’époque où il n’y avait que quatre tribunaux et il multiplie ensuite cette moyenne par douze, quand il y en eut douze, comme si, à tripler le nombre des tribunaux sur un même territoire, on triplait le nombre des criminels [167] !

Troisième erreur : toujours avec ses à peu près, il affecte la moyenne des tribunaux de Castille aux tribunaux d’Aragon,alors qu’il y avait cinq fois plus de Juifs en Castille qu’en Aragon [168]

Ses calculs compliqués ne sont donc, en réalité, selon l’expression d’un auteur allemand, que des « calculs frivoles de probabilité [169] ».

On y note, à chaque page, des expressions comme celles ci : « il est probable ; – je suppose ; – suivant ma manière de compter » ; – « l’Inquisition commença à Cordoue en 1483 ; il est probable qu’elle y condamna autant de monde que le tribunal de Séville, en 1481 ». – « C’est de cette même année 1483 que date l’Inquisition de Jaën ; je suppose que le nombre des condamnés y fut le même qu’à Cordoue ». – « Je crois qu’il y eut autant de victimes la 2e année que la 1re et je fonde mon opinion sur ce que je ne vois rien qui prouve le contraire » [170].

Il emploie le mot victimes pour désigner ceux qui ont été l’objet d’une peine quelconque, prison, confiscation, note infamante, aussi bien que ceux qui ont été brûlés en réalité ou en effigie (les exécutions simulées de condamnés en fuite ou morts, figurent en proportion notable dans les autodafés). Plus d’un historien, induit en erreur par cette équivoque, a pris toutes ces condamnations pour des exécutions capitales [171].

Par trois fois au moins, il écrit immoler au lieu de condamner : « …l’Inquisition immola 234 526 victimes… dont 9 660 furent brûlées en effigie et 206 546 condamnées à des pénitences [172] ».

Il est étrange qu’après avoir jonglé avec les gros chiffres pour établir, sur de simples hypothèses, son évaluation globale, la plupart des autodafés dont il fait expressément mention se rapprochent sensiblement des chiffres modérés indiqués ailleurs. Quarante-et-un comptes-rendus d’autodafés, relevés dans ses quatre volumes, accusent seulement 216 victimes [173].

Enfin, il se garde bien de décompter tous les malfaiteurs de droit commun que le bon plaisir des Princes déférait à l’Inquisition et qui n’ont nullement été condamnés pour cause d’hérésie. Or, ils étaient nombreux ; car les Rois avaient fini par étendre tellement les pouvoirs des inquisiteurs que toutes les affaires graves intéressant la sûreté de l’État ou l’ordre social, ressortissaient à leur tribunal : crimes contre nature ; bigamie, assez fréquente [174] et d’importation arabe ; délits de mœurs des clercs et des moines ; vols sacrilèges ; meurtres et séditions dans certains cas ; sorcellerie ; trahison, et même la falsification des monnaies et la contrebande de guerre [175].

On arrive donc aisément à dégonfler les statistiques fantaisistes de Llorente. Il est moins commode d’extraire maintenant de la cendre des dossiers qu’il a brûlés une recension précise des victimes de l’Inquisition. Il nous reste pourtant, dans les rares documents qui ont échappé au bûcher [176], quelques renseignements très suggestifs.

En l’année 1486, à Tolède, aux jours tragiques de Torquemada, plus de 3 000 coupables furent condamnés à des peines diverses, en 4 autodafés (12 février, 2 avril, 1er mai, 11 décembre) : 27 seulement furent livrés au bras séculier [177]. – À Valence, en 1538, sur 112, il y en eut 14 ; – à Séville, le 24 septembre 1550, 3 ; – à Saragosse, le 6 juillet 1585, 3 [178] ; – à Madrid, le 30 juin 1690, 19 sur 120 [179] ; – à Lisbonne, le 6 novembre 1707, 4 sur 60 [180] ; – à Rome, en 1498, 250 condamnés « convaincus de judaïsme, dit Llorente, qui en avaient appelé au Pape, furent tous réconciliés [181] ; – à Louvain, en 1527, 60 condamnés, qui furent tous admis à la réconciliation [182] ; – à Grenade, un autodafé solennel, en 1528, « pour inspirer aux Moresques la crainte et la terreur. Cependant il n’y eut pas de Mores condamnés au feu » [183] – à Grenade encore, en 1593, « un autodafé très considérable : 5 individus y furent brûlés eu personne et 5 en effigie » [184] ; – à Murcie, en 1557, « un des autodafés les plus solennels qu’on eût encore vus ; il fut composé de onze individus condamnés à être brûlés et 93 réconciliés » [185].

Ce sont là des indices, des points de repère, qui concordent avec les données du Languedoc, sur lesquels on ne saurait baser une évaluation globale [186], mais qui rendent singulièrement suspectes les élucubrations si mal venues et si peu fondées de nos adversaires.

Ces discussions de détail n’ont d’ailleurs qu’une minime importance.

V

Les Espagnols du XVe siècle n’ont vu, dans la répression de l’hérésie, que le complément de la conquête : leur Inquisition a fait corps avec la guerre des Mores ; ce fui un seul et même effort ; le glaive de la justice a achevé et consolidé l’œuvre de l’épée.

Prodigue de son sang, pendant huit siècles, sur les champs de bataille, l’Espagnol peut se redresser fièrement devant tous ceux qui ont, aujourd’hui, la prétention de lui donner des leçons d’humanité ; car, dès qu’il eut reconquis son sol, il ménagea, comme personne ne l’a fait, le sang de ses ennemis. Mesurant ses coups pour qu’ils ne s’égarent pas, soucieux de ne frapper que des têtes coupables, il a évité, grâce à l’Inquisition, ces affreux massacres, ces tueries sauvages qui ont maculé de boue et de sang tant de pages dans l’histoire des autres peuples.

Si graves qu’on les suppose, les excès de l’Inquisition espagnole ne sont rien en comparaison des persécutions féroces, des orgies de cruauté que Luther a déchaînées en Allemagne, et, après lui, à cause de lui, Calvin, à Genève ; Henri VIII, Élisabeth, en Angleterre ; Christian II, en Danemark ; Gustave Wasa, en Suède ; Jeanne d’Albret, en Navarre ; les huguenots, puis les Jacobins, chez nous [187].

Assimiler Torquemada, Deza et les autres à ces inquisiteurs couronnés qui firent revivre Néron et Domitien, à ces inquisiteurs débraillés de 93, qui furent des brutes cyniques, c’est confondre d’honnêtes chiens de garde, à la dent un peu dure (Domini canes), avec des tigres furieux.

II faut à nos huguenots, francs-maçons, sectaires et blocards, héritiers de la Réforme et de la Révolution, solidaires des crimes de leur parti, une forte dose d’impudence pour oser, avec tant de sang sur les mains, avec une pareille poutre dans l’œil, nous jeter à la face l’Inquisition.

Mais ils crient avec un tel ensemble, ils gémissent si lugubrement sur les coups qu’ils ont reçus, sans parler jamais de ceux qu’ils ont donnés, ils protestent en termes si véhéments contre les violences des catholiques, qu’ils ont fini par en imposer à l’opinion et à l’histoire.

Nous autres, nous n’avons pas tant de fiel, ni tant de mémoire, ni tant d’habileté, ni tant d’audace. Faiblesse ou naïveté, nous laissons toujours à ces éternels pleurards le bénéfice de l’offensive. Nous nous défendons mollement, par pudeur, dans l’appréhension de froisser quelqu’un ; à moins que ce ne soit par respect humain : la peur d’aborder franchement en public une discussion religieuse, alors qu’il nous serait aisé de reprendre avantage, sur ce terrain où ils sont en plus mauvaise posture que nous.

Est-il même nécessaire, pour les confondre, d’évoquer la sinistre figure de leurs ancêtres ?

Est-ce que ceux-là qui font un crime à l’Espagne du XVe siècle d’avoir défendu, contre des intrus, son unité nationale subsistante dans le catholicisme, ne prétendent pas aujourd’hui établir, à coup de force, dans la France catholique, la Libre-Pensée ?

Est-ce que ceux-là qui reprochent aux rois d’Espagne d’avoir expulsé les Juifs turbulents et traîtres, n’ont pas banni de France, par milliers, des êtres de dévouement, moines et religieuses, de notre sang, de notre race, l’élite de la nation, sans un motif avouable, sans une raison plausible ?

Est-ce que ceux-là qui portent encore, après quatre siècles, le deuil des victimes légalement jugées et condamnées de l’Inquisition d’Espagne, ont fait un geste, ont dit un mot, alors qu’ils disposaient du pouvoir, pour venger les Arméniens massacrés naguère, en masse, sous les yeux de l’Europe muette et impassible : 300 000, en 1896 ; 30 000 en 1909 ?

Mais, fermer la bouche à l’adversaire par des arguments ad hominem, cela ne mène pas loin : les catholiques ne doivent point s’en tenir là.

S’ils n’ont pas à être fiers de l’Inquisition, parce que l’acuité du mal n’empêche pas de déplorer la rigueur du traitement, ils n’ont pas davantage à en rougir, car le masque hideux dont les Juifs et les protestants l’ont affublée, est usé. L’Histoire ne ratifie pas ces jugements passionnés de la rancune, et, tous les jours, la révision se fait, par la force des choses, au bénéfice de l’Église.

D’ailleurs, si vraiment l’Inquisition puisait au centre, à Rome, son intolérance, c’est à Rome, à la source, au foyer, que l’intolérance et le fanatisme auraient dû s’affirmer le plus violemment et sans contrainte. Or, de l’aveu de tous les historiens, même des pires, comme Llorente et Lea, nulle part l’Inquisition ne fut plus bénigne et plus miséricordieuse qu’à Rome, où elle ne fit même pas deux victimes.

Le partage des responsabilités est donc bien net : celles qui incombent à l’Espagne ne nous regardent pas ; celles qui reviennent à l’Église ne sont pas tellement lourdes qu’elles puissent nous gêner beaucoup.

Et l’on peut emprunter le mot de M. de Tocqueville, pour clore ce travail sur l’Inquisition : « J’ai commencé, dit-il, l’étude de l’histoire, rempli de préjugés contre les Papes ; je l’ai finie, plein de respect pour l’Église. »

Mgr Maurice LANDRIEUX, évêque de Dijon

Mgr Maurice LANDRIEUX, évêque de Dijon

 – Maurice LANDRIEUX, L’Inquisition : les causes, les temps, les faits, Lethielleux, 1911
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3 commentaires sur “L’Inquisition : les temps, les causes, les faits 7/7

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  3. K.role
    24 décembre 2016

    Je viens de finir la lecture des 7 parties de ce texte de Mgr Landrieux, je suis admirative ! C’est la 1ère fois que je lis qqch qui relate honnêtement ce que fut l’Inquisition. Quel soulagement ! Les mensonges historiques sont durs à combattre car ils figurent dans les manuels scolaires et l’endoctrinnement judeo-maçonnique commence tôt ! Effectivement je pense que les catholiques sont trop naïfs et ont perdu leur combattivité. Ça cause bcp de tort à l’église dans son ensemble.
    En tout cas un grand merci pour votre travail de publication de si beaux textes, votre blog est mon « livre de chevet » depuis plusieurs semaines, il m’aide bcp!

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