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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’inquisition : les temps, les causes, les faits 6/7

II

[…] L’Inquisition n’a pas été rétablie tout à coup en Espagne, au XVe siècle[119], sans motif, à la fantaisie du Pape ou sur le caprice du Roi. Si l’on remonte à l’origine, on la voit surgir, non plus comme au XIIIe siècle, du péril de la foi, à l’appel de nome, mais d’une crise intense de nationalisme, sous la seule poussée du patriotisme espagnol.

Elle est née espagnole. Elle a été le geste spontané et réfléchi d’un peuple excédé par une longue oppression, qui voulait vivre et qui a signifié à l’étranger campé chez lui, aux Mores et aux Juifs, sournois et toujours hostiles, qu’il entendait être le maître dans son pays, dans sa patrie, défendre et faire respecter, avec sa liberté, ses traditions.

L’histoire de l’Espagne, au Moyen Âge, ne se fractionne pas, comme celle des autres nations, en maints chapitres variés : c’est un drame en un acte : l’effort héroïque d’une race écrasée, trop fière pour s’avouer jamais vaincue, qui se relève et reconquiert, pouce par pouce, à grands coups d’épée, le sol national.

Les luttes de Rome et de Carthage ont duré longtemps, coupées de trêves prolongées qui en brisent l’unité. Nous avons, dans nos annales, la guerre de Trente Ans, la guerre de Cent Ans : du VIIIe siècle au XVe, l’Espagne a vécu dans les camps, l’épée au poing, face à l’ennemi, toujours le même, absorbée par cette guerre d’indépendance, la reconquista, qui a duré 781 ans (711-1492).

L’invasion musulmane, en 711, favorisée par les Juifs, à une heure de décadence, a été un effondrement pour l’Espagne. Il s’en est fallu de peu, au VIIIe siècle, que l’islam, maître déjà de l’Asie, de l’Égypte, de l’Afrique du Nord et de l’Espagne, ne ravage, comme un cyclone, toute la chrétienté. Si la Gaule avait fléchi, l’Italie, l’Allemagne, le reste de l’Europe y passait.

Depuis quinze ans déjà, les hordes sarrasines avaient envahi tout le Midi, avec femmes et enfants, pour s’y installer ; et elles montaient toujours : à l’Est, jusqu’à Sens ; à l’Ouest, jusqu’à la Loire, lorsqu’en 732, les Francs de Charles Martel les refoulèrent, d’une seule ruée, au-delà des Pyrénées.

L’Espagne n’avait point eu de Charles Martel ; mais elle a trouvé en Pélage (Pelayo) la vaillance et l’indomptable foi de Judas Macchabée.

Retranché à l’extrême Nord, dans les gorges des Asturies, sur les cimes pelées des monts de Castille, avec les patriotes qui refusaient de subir le joug, il a fait ce rêve fou de la lutte et de la revanche.

Avec quelle sauvage énergie, ces réfugiés se défendirent, dans leurs montagnes, comme des lions ; avec quelle ardeur ils s’entraînèrent à une guerre de partisans, farouche, sans répit, qui engendra, par centaines, des héros comme le Cid ; comment ils parvinrent à reconstituer peu à peu, sur les terres lentement reconquises, les royaumes très précaires de Léon et de Castille, d’Aragon et de Navarre, qui prirent du corps et de l’extension sous l’effort continu des générations ; comment enfin, à l’heure où s’achevait la tâche gigantesque de la libération du territoire[120], le mariage de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle de Castille cimentait à nouveau, entre Espagnols du moins, l’unité nationale : c’est toute l’histoire médiévale de l’Espagne.

Point n’est besoin de fictions ni de légendes pour hausser au sublime cette lutte séculaire : ici, les héros sont vivants et c’est assez d’enregistrer leurs gestes pour écrire l’Épopée.

Ces huit siècles de guerre, qui se chiffrent par plus de 3 000 batailles ; qui tinrent des générations entières en activité fiévreuse, l’âme tendue vers le même but[121], qui furent huit siècles de sacrifice et de deuil, avaient laissé, avec l’énergie, quelque rudesse dans le tempérament de l’Espagnol et marqué sa physionomie d’une note austère de mélancolie que le temps n’a point encore effacée.

La prise de Grenade, en 1492, dont la gloire revient à Isabelle, mettait fin à la domination des Kalifes, depuis longtemps humiliée et amoindrie : la foi de Pélage avait sauvé l’Espagne.

Mais, « les deux Bois », comme on disait, car la Reine gouvernait son royaume et les sceptres n’étaient pas confondus, les deux Rois n’avaient point attendu cette suprême victoire pour entreprendre l’œuvre de pacification sociale.

Trois peuples, trois mondes restaient en présence que séparaient la race, la religion et les souvenirs, les rancunes plutôt du passé : l’Espagnol autochtone et chrétien ; le More, si longtemps le maître, vaincu de la veille, que des intérêts ou des mariages fixaient au sol ; le Juif, rebelle à toute fusion, qui vivait sur les deux autres.

Partout, au Moyen Âge, la religion était l’ossature du corps social : Ferdinand et Isabelle s’appliquèrent donc à éliminer les éléments irréductibles et à fondre peu à peu les autres dans le christianisme, pour refaire, progressivement et sans secousse, l’unité morale et oblique du royaume, ou, du moins, pour désarmer l’adversaire et prendre des garanties contre un retour offensif.

La conversion était l’unique solution du problème. Nous n’assimilerons jamais nos populations indigènes de l’Algérie et de l’Afrique du Nord, tant qu’elles seront musulmanes.

Ils ne brusquèrent pas les choses, c’est justice à leur rendre. Ils procédèrent avec de sages ménagements : émigration facilitée, libre exercice du culte musulman, dispense d’impôts pendant trois ans dans l’ancien royaume de Grenade ; mais, défense aux résidants de déshériter leurs enfants baptisés, dotation, sur les prises de guerre, des filles devenues chrétiennes, et affranchissement des esclaves convertis [122]; avec cela, érection d’évêchés, missions [123], prédications, création de collèges spéciaux pour l’étude des langues orientales en vue de l’apostolat, travaux d’érudition et de controverse sur le Coran et le Talmud, etc.

La méthode était bonne. Elle visait les jeunes plutôt que les vieux et il est certain qu’avec le temps, au bout de quelques générations, elle devait donner des résultats.

Elle échoua pour avoir trop bien réussi, au début.

Effrayés du nombre des conversions, les vieux partis musulmans, avec la connivence des Juifs, – car là-bas, Isaac et Israël s’étaient réconciliés ; Jacob avait prudemment rendu à Ésaü son droit d’aînesse, il avait fait son nid à l’ombre du croissant et prenait des compensations sur le chrétien – les fanatiques alarmés provoquèrent des soulèvements répétés qui furent, sévèrement réprimés (1499-1501) et le gouvernement crut être habile en imposant l’option entre le baptême ou l’exil[124].

Par centaines, Mores et Juifs se convertirent ; conversions suspectes et frelatées qui ne pouvaient satisfaire personne et qui aigrirent davantage les mécontents. Elles suscitèrent bientôt de nouvelles réactions, des vengeances, des émeutes qui prirent les proportions d’une insurrection où l’armée espagnole, un moment, eut le dessous. Mais les révoltés, embarrassés de leur victoire sans lendemain, se rendirent à merci[125].

Une deuxième fois, les étrangers eurent à se prononcer entre le bannissement ou le baptême. L’intérêt l’emporta sur la conscience : ils se firent chrétiens en masse.

Mesure néfaste, qui suffit à dompter la crise, sans guérir le mal. Non seulement, les Moriscos et les Maraños (maudits) – c’est ainsi que leurs congénères appelaient ces nouvelles recrues – Arabes et Juifs grimés en catholiques, contamineront les populations chrétiennes, comme un ferment mauvais ; mais, dans les veines des enfants, le sang des ancêtres aura de terribles réveils.

Ces oppositions sourdes, tenaces, souvent violentes, se heurteront à l’Inquisition que le gouvernement espagnol avait dû déjà opposer aux judaïsants, agents sournois d’hérésie et d’anarchie.

Depuis longtemps les Juifs, installés au Ier siècle dans la Péninsule, jouaient cette comédie de la conversion. Dès avant la conquête musulmane, l’Église, aussi bien que l’État, avait dû se défendre. Mais, sitôt que les rois Goths et les évêques songèrent à les mettre à la raison et à les tenir à l’écart des affaires[126], ils exécutèrent un mouvement tournant et rentrèrent dans la place, par le baptême.

L’appui qu’ils donnèrent aux Mores leur valut certains privilèges, sous le gouvernement des Kalifes[127]. Et, au lieu de reculer, d’abandonner le terrain, à chaque étape de la conquête, avec les Sarrasins battus, ils restaient sur place, au service des nouveaux maîtres.

En Espagne, comme ailleurs, argentiers des Princes, ils étaient tout-puissants. La haute aristocratie ruinée se mésalliait en épousant de riches juives et ces mariages décuplaient l’influence de la secte : plus le More reculait, plus le Juif entrait dans la société espagnole, les convertis surtout, les Maraños, qui faisaient parade de leur baptême et dont on se défiait moins.

Ils avaient beau jeu, avec ce peuple chevaleresque, absorbé par la guerre ; avec ces rois, chefs d’armée, toujours en campagne, à qui l’argent manquait et qui avaient besoin d’eux.

Alors on les vit s’emparer de tous les emplois lucratifs, s’installer dans les administrations publiques, se hisser aux situations officielles, briguer toutes les charges, toutes les dignités, de l’État ou de l’Église, car on les trouve jusque dans le Conseil royal et sur les sièges épiscopaux. Et, ceux-ci aidant les autres, l’Espagne s’enjuivait tous les jours davantage.

Maîtres du commerce et des banques, mêlés à toutes les affaires du pays, ils réclamaient l’autonomie pour leurs propres affaires ; ils avaient leur code, leurs juges, des privilèges et des exemptions que leur vendaient à prix d’or les Rois à court d’argent[128].

Mais les choses n’allaient pas toujours tout droit. Le peuple, pressuré jusqu’au sang par l’usure, outré de leurs vexations et de leur morgue, les détestait. Il suffisait de quelques profanations de croix ou d’hosties, dont ils ne s’abstenaient jamais longtemps, pour déchaîner, soudain, des explosions de colère, qui dégénéraient en massacres (1390-1473).

À chaque instant, dans l’histoire, on voit les Papes, dont ils ont plus d’une fois lassé la patience, intervenir pour les protéger, sans toutefois tolérer leurs méfaits. Car l’Église qui prie officiellement pour eux, le Vendredi-Saint, en les qualifiant comme ils le méritent :pro perfidis Judæis, l’Église seule a su garder, vis-à-vis des Juifs, la juste mesure. Elle a empêché, tant qu’elle l’a pu, qu’on leur fît violence ; elle a empêché, tant qu’elle l’a pu, qu’on leur fît confiance[129].

Plus encore que les Mores, les Juifs, au Moyen Âge, étaient la plaie de l’Espagne.

« Infidèles au Christ et à Moyse, ils prévariquaient dans les deux religions. L’Espagne chrétienne, minée par la base, entendait le bruit de sape, sans apercevoir les ouvriers qui préparaient sa ruine[130]. »

Un temps vint où la mesure fut comble[131].

La conspiration avortée de 1473, qui faillit livrer aux Mores d’Afrique la forteresse de Gibraltar, provoqua un tel mouvement d’opinion que les Souverains comprirent qu’il était urgent d’aviser. L’Inquisition fut décidée.

Avant d’en venir aux rigueurs, ils donnèrent un répit, un temps de grâce, deux années de patience, d’efforts pacifiques, de prédications, de missions.

La façon insolente dont les Juifs répondirent à ces avances, un complot éventé à Tolède (1485), l’assassinat d’un légat à Saragosse[132](1485), suivi, peu après, d’un crime odieux, qui fit un bruit énorme dans toute l’Espagne et raviva le souvenir de méfaits analogues en 1452, 1454, 1468, le meurtre rituel d’un enfant de la Guardia (province de Tolède)[133], tout cela aboutit à l’édit de Grenade, en 1492, qu’ils tentèrent en vain de faire rapporter à prix d’or.

Le Roi, sous la pression populaire, dut tenir bon et l’ultimatum fatal fut maintenu : convertis ou proscrits !

On leur laissait six mois pour liquider leurs biens[134].

Cette fois, le risque était trop gros ; la masse préféra l’exil : exode lamentable dont on a exagéré les proportions[135], mais dont on ne peut guère faire grief à l’Espagne.

En 1609, il fallut bannir de la même façon les convertis arabes que les ménagements rendaient de plus en plus hardis[136] et qui avaient préparé, de concert avec leurs frères d’Afrique, un massacre général de chrétiens à Grenade et une restauration de l’empire musulman.

III

Pendant trois cents ans, l’Inquisition fonctionna en Espagne, non pas, encore une fois, contre les Musulmans ni contre les Juifs pour leur imposer la foi, mais contre les maraños et les moriscos, ces chrétiens de race juive ou arabe, apostats, qui, sous le masque catholique, trahissaient la religion et le pays, puis contre les protestants et, plus tard, contre les Francs-maçons [137].

On dit trop facilement, dans notre camp, que l’Inquisition d’Espagne fut une affaire purement politique, une machine d’État, dont les excès ne regardent pas l’Église.

Ce n’est point tout à fait exact.

L’Inquisition est née espagnole, dans le sens où nous l’avons dit, mais l’Église l’a baptisée. Elle est, de sa nature, une institution ecclésiastique. Le gouvernement espagnol, qui en avait besoin, qui la voulait[138], l’a demandée au Pape, parce que seul le Pape avait qualité pour l’établir. Que Sixte IV ne s’y soit point prêté de bon gré, qu’il n’ait cédé que sur la menace d’une rupture, pour éviter au Saint-Siège de gros embarras, il n’en est pas moins vrai que l’Inquisition fut érigée canoniquement, par une bulle pontificale du 1ernovembre 1478[139].

Pourquoi ne pas dire tout simplement que ce tribunal d’Église fut tout de suite dominé, accaparé par l’État ; que les rois d’Espagne y furent omnipotents ; qu’ils le détournèrent de son but ; que la politique en faussa l’esprit ; que, chez certains inquisiteurs, le patriote dévoyant le moine, la voix du sang a trop souvent étouffé la voix de la conscience, et qu’alors, s’il y a eu des abus, et il y en eut, on serait mal fondé à les imputer à l’Église, puisqu’ils ne sont pas son fait et qu’elle n’a rien négligé pour les prévenir et les réprimer ?

Que l’Espagne porte donc la responsabilité de ses implacables justices : l’histoire ne lui conteste pas le droit de plaider les circonstances atténuantes et d’invoquer la Raison d’État, puisque l’ordre public et la sécurité de la nation étaient en jeu.

Les Espagnols, on l’avouera, n’avaient pas grands motifs de se montrer tolérants, et mille raisons les invitaient à la vigilance et à l’énergie.

D’autre part, au lendemain de la victoire, et déjà auparavant, Ferdinand et Isabelle se trouvaient aux prises avec une féodalité turbulente qui avait bénéficié, durant la guerre, des soucis et des embarras du Pouvoir central : clergé jaloux de ses privilèges, noblesse fière de ses prérogatives, communes frondeuses en possession de leurs chartes, grands ordres militaires retranchés derrière leurs exemptions[140], tous ces clans rivaux, qui entretenaient par leurs intrigues l’agitation dans le pays, représentaient des forces avec lesquelles il fallait compter[141].

Se libérer de ces influences, s’affranchir de ces entraves, abattre ces puissances, restreindre ces libertés, réduire ces factions aristocratiques, dominer les seigneurs et le haut clergé pour asseoir plus solidement l’édifice de la Monarchie sur les débris de cette féodalité : tel fut l’objectif des Souverains ; et, sous couleur de défense religieuse, ils mirent la main sur l’Inquisition, pour faire plus rapidement, en frappant les personnes et les fortunes, ce travail de concentration, de nivellement et d’absorption, qui, en France et en Allemagne, avait demandé des siècles[142].

Voilà les deux ornières dans lesquelles s’est enlisée l’Inquisition d’Espagne : le patriotisme énervé d’un peuple poussé à bout ; la politique tortueuse d’un gouvernement en crise d’absolutisme.

Les Papes du Moyen âge n’avaient pas cessé de protester contre les écarts de l’inquisition  d’Italie et du Languedoc[143] : Sixte IV s’est élevé, avec la même fermeté, contre les agissements de l’Inquisition d’Espagne […]

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  2. LES NOTES

    119 L’Inquisition avait fonctionné en Aragon, au XIIIe siècle, coure les Cathares.

    120 Il faut noter au moins les grandes étapes de cette conquête : en 939, importante victoire de Simancas, suivie de revers, puis de nouveaux succès en 1002 ; – prise de Tolède en 1085, de Saragosse en 1118, de Valence et de Burgos en 1126, de Calatrava en 1158 ; – après une phase ingrate, victoire de Navas de Tolosa, en 1212, qui porta un coup terrible aux Mores ; – en 1225, S. Ferdinand, roi de Castille, contemporain de S. Louis, reprend une partie de l’Andalousie, s’empare d’Ubeda (1234), de Cordoue (1236) et de Séville (1248) ; – dix ans auparavant (1238), le roi d’Aragon avait pris Valence, et réduit l’empire des Kalifes au petit royaume de Grenade. – Enfin, sous Ferdinand et Isabelle, en 1492, Grenade, dernier rempart de l’Islam en Espagne, fut reconquise. (Cf. J. H. MARIÉJOL, L’Espagne sous Ferdinand et Isabelle, p. 6, 62. – DE NERVO, Isabelle la Catholique, 190, 255).

    121 « À force d’avoir ainsi bataillé, lutté pendant des siècles, le peuple espagnol, au lendemain de la prise de Grenade, fut embarrassé de ses bras, de ses épées, nous dirions presque de sa piété. Dans son existence, la victoire avait introduit une solution de continuité. Il s’ennuyait de n’avoir plus à vaincre ; habitué à lutter pour vivre, il ne pouvait plus vivre sans lutter. Alors, sur les ruines de la Chevalerie, que sa victoire même rendait superflue, trois types surgirent : Don Quichotte, qui ne pouvait croire le combat fini et qui provoquait des moulins à vent à défaut de Maures, jusqu’à ce que Cervantès eût rappelé l’Espagne au bon sens ; Fernand Cortez, qui cherchait au-delà des mers une occasion d’aventure et des infidèles à convertir ; enfin, Ignace de Loyola. Entre la chevalerie du Moyen Âge et la Compagnie de Jésus, il existe une sorte de filiation ; et, pour créer son ordre, le blessé de Pampelune n’eut point à dépouiller le vieil homme, il n’eut qu’à le continuer » (Cf. G. GOYAU, Les Papes et la civilisation, éd. DIDOT, p. 148).

    122 LLORENTE, I, 334.

    123 L’apostolat de S. Vincent Ferrier fut particulièrement fructueux en Espagne, en ce temps-là (1398-1400 ; 1408-1415).

    124 DE NERVO, Isabelle la Catholique, p. 300.

    125 J. H. MARIÉJOL, Op. cit., 53-58. – C. BRIAND, Histoire d’Espagne, T. II, p. 125.

    126 Cf. Leg. Wisigothor., L XII, tit. 2 et 3. – Conciles d’Elvire (303) ; 3e, 6e, 10e et 17e de Tolède (589, 633, 656, 694). – Décrets cités par BALMÈS, Op. cit., T. I, p. 395. – HÉFÉLÉ, Ximenès, p. 281.

    127 DE NERVO, Isabelle la Catholique, p. 164, 169, 295.

    128 « Dans aucun pays de l’Europe, le système de commerce sans scrupules et l’usure impitoyable dont ces dangereux étrangers ont la spécialité, n’avaient causé autant de désastres que sur le sol fertile de l’Espagne : de là de nombreuses persécutions, au milieu desquelles les Juifs n’avaient eu souvent le choix qu’entre la mort ou le baptême. Aussi se trouva-t-il bientôt en Espagne un grand nombre de convertis qui n’avaient de chrétien que le nom. Les Juifs masqués constituaient un danger infiniment plus grand que ceux qui restaient franchement attachés à leur religion (PASTOR, Histoire des Papes, T. IV, p. 369).
    – « Si les Juifs absorbaient une grande partie de la fortune nationale et du commerce de l’Espagne, les Judaïsants (Maraños) niellaient en péril, à la fois, la nationalité espagnole et la religion chrétienne. En effet, à l’abri derrière leur masque, ils parvenaient tantôt à se glisser dans une foule d’offices ecclésiastiques, parfois même à se hisser sur un siège épiscopal, tantôt à revêtir les plus hautes fonctions civiles, ou à s’introduire par le mariage dans tontes les familles nobles ; et, toujours, situations ou richesses devenaient un instrument uniquement employé pour le triomphe du Judaïsme sur la nationalité espagnole et sur la religion chrétienne » (HÉFÉLÉ,Ximenès, p. 277). – Cf. BALMÈS, Le protestantisme comparé au catholicisme, T. II, ch. XXXI, p. 175.

    129 Rome a toujours été hospitalière aux Juifs ; c’était leur ville de refuge. Dans maintes circonstances, le Saint-Siège est intervenu pour les défendre : S. Grégoire le Grand, au VIIe siècle ; – Nicolas II, Alexandre II, par deux fois ; particulièrement pour féliciter les Évêques d’Espagne de les avoir protégés, dans des émeutes populaires (DELARC, Grégoire VII, T. II, p. 395) ; – Urbain II défendit de profaner leurs cimetières ; Alexandre III fit respecter leurs synagogues ; Honorius III veilla à ce qu’on ne les confondît pas avec les Cathares (HÉFÉLÉ, 283) ; – Innocent III, à l’exemple de ses prédécesseurs Calixte II, Eugène III, Clément III, les prit sous sa protection et interdit, toutes violences pour les convertir (LUCHAIRE, La Croisade des Albigeois) ; – Grégoire IX s’interposa en leur faveur, en France, en Allemagne, en Espagne (ROHRBACHER, T. VII, p. 278, VIII, p. 34) ; Innocent IV, Nicolas III, Clément V et Clément VI en firent autant (ROHRBACHER, T. VIII, p. 572) ; – Martin V leur donna le droit d’avoir un assesseur juif à l’Inquisition dans tous les jugements où ils étaient en cause (LEA, T. II, 563) ; Nicolas V les soutint en Espagne. Pie II prit des mesures pour qu’on ne baptisât point, contre leur gré, leurs enfants ; il réclama pour eux le repos du samedi (PASTOR, Histoire des Papes, III, p. 269).
    La bienveillance des Papes d’Avignon avait fait de cette ville un centre juif important (H. Lucien BRUN, La Condition des Juifs en France depuis 1789. Intr. 26). Alexandre VI fit si bon accueil, à Rome, aux bannis d’Espagne que la communauté juive de Rome, redoutant que sa tranquillité ne tût troublée par ces réfugiés malheureux, tenta d’obtenir du pape, à prix d’or, qu’il leur fermât les portes. Le pape fut tellement outré de cet égoïsme qu’il faillit expulser les occupants pour faire place aux proscrits sans asile (GAFFRE,Inquisition et Inquisitions, p 66. H. Lucien BRUN, Op. cit., Introd. 27) ; – Clément VII en 1533, Paul III en 1535, plaidèrent leur cause en Portugal (HÉFÉLÉ, Ximenès, p. 302) ; – Clément XII revendiqua la liberté d’éducation pour leurs enfants, etc.
    Lorsqu’en 1807, le Grand Sanhédrin, reconstitué par Napoléon, put se réunir à Paris, pour la première fois depuis la ruine du Temple de Jérusalem, les Juifs se souvinrent de tout ce que les Papes avaient fait pour eux à travers les âges. Ils votèrent une adresse de remerciement au Saint-Siège consignée au procès-verbal, pour qu’elle demeure à jamais comme un témoignage authentique de la gratitude des Israélites » (DRUMONT, La France juive, T. I, p. 307. – J. LÉMANN, Entrée des Israélites dans la Société française,p. 160-200). Les Juifs d’aujourd’hui semblent bien l’avoir oublié.
    – Dans sa législation restrictive du droit des Juifs, l’Église n’a pas eu d’autre but que de parer aux inconvénients d’une tolérance excessive, dont les populations chrétiennes auraient eu à pâtir. Elle se résume en ces quelques articles :
    1° Liberté du culte juif, inviolabilité des synagogues et des cimetières, sous la réserve que les Juifs respecteraient extérieurement les dimanches et fêtes catholiques et fermeraient leurs maisons le Vendredi-Saint.
    2° Incapacité de posséder ou d’hériter le sol, à cause des titres et privilèges attachés à la terre, au Moyen Âge ; en vue aussi des accaparements.
    3° Obligation d’habiter un quartier spécial et de porter un signe extérieur, pour tenir les chrétiens en garde contre l’éternel usurier ; pénalités sévères contre l’usure.
    4° Interdiction des charges et fonctions publiques qui leur donneraient autorité ou influence sur les chrétiens : enseignement, magistrature, médecine, grades dans l’armée, etc.
    5° Défense d’employer à leur service des chrétiens, et réciproquement, à cause du péril de la foi dans l’intimité de la vie domestique (Cf. DUBALLET. Droit can. Principes. T. II, ch. III, p. 310).

    130 J. H. MARIÉJOL, Op. cit., p. 40, 44.

    131 Cette heure finit toujours par sonner dans l’histoire des Juifs : c’est la malédiction des déicides qui retombe sur la tête de leurs enfants : « Sanguis ejus super nos et super filios nostros ! » – « Quelles vertus ou quels vices, écrit l’un d’eux, valurent au Juif cette universelle inimitié ? Pourquoi fut-il tour à tour maltraité et haï par les Alexandrins et par les Romains, par les Persans et par les Arabes, par les Turcs et par les nations chrétiennes ? Parce que, partout et jusqu’à nos jours, le Juif fut un être insociable » (Bernard LAZARE, L’Antisémitisme).

    132 LLORENTE, I, 189.

    133 2. La question des meurtres rituels a fait l’objet de discussions passionnées. Le Dr Imbert Gourbeyre, qui l’a étudiée tout spécialement, établit, dans l’Univers du 30 septembre 1897, à propos d’un ouvrage du P. Constant, Les Juifs devant l’Église et l’histoire, où elle est longuement traitée, qu’au XIIe siècle on relève 7 meurtres rituels ; 41 au XIIIe ; 12 au XIVe ; 28 au XVe ; 21 auXVIe ; 13 aux XVIIe et XVIIIe et 48 au XIXe. Parmi les petites victimes, il en cite 15 que l’Église a mises sur les autels, canonisées ou béatifiées, entre autres, le jeune enfant de la Guardia. S. Christophe.
    Les Bollandistes, à la date du 19 avril (S. Werner), résument en ces termes la question : « En tous temps, les Juifs ont voué une haine implacable au Christ et aux chrétiens… ; ils attirent en secret les enfants chrétiens et les massacrent sans pitié, de préférence à l’époque de la Pâque juive ou dans les jours de la Semaine Sainte » ; en mars ou avril, dans les 2/3 des cas. Bollandistes, Acta Sanctorum, 25 mars (S. Richard), 19 avril (S. Werner), 20 avril (S. Albert). – LLORENTE, T. I, chap. VIII. – Cf. Le mystère du sang chez les Juifs de tous les temps. Paris, SAVINE, 1889. – E. DRUMONT. La France juive, T. II, p. 382. – La Civitta cattolica, 1eravril 1882. – ROHRBACHER. Histoire de l’Église, T. VII ; p. 163. T. VIII, p. 196, 300, 302. T. IX, p. 376.
    – A. LEROY-BEAULIEU, dans son livre Israël et les Nations, conteste l’authenticité de tous ces faits.

    134 DE NERVO. Op. cit., p. 296.

    135 LLORENTE dit 800 000 (I-261). PRESCOTT, très hostile, réduit ce chiffre à 170 000 : FERRÉRAS et BERNALDEZ (Chronique), contemporains du fait, donnent la même évaluation : à peu près 30 000 familles, qui passèrent en Portugal, dans le midi de la France (H. Lucien BRUN, Op. cit., Introd. p. 21) et dans l’Afrique du Nord. Les Juifs du Maroc, d’Algérie et de Tunisie sont, pour la plupart, les petits-fils de ces proscrits du XVe siècle.

    136 LLORENTE, I, 446, 451.

    137 LLORENTE, IV, 53.

    138 La Reine Isabelle hésita longtemps, ne s’y résigna qu’à son corps défendant et en retarda tant qu’elle put l’organisation (Cf. DENERVO, Op. cit., p. 170).

    139 Cf. PASTOR, Histoire des Papes, T. IV, p. 375.

    140 DE NERVO, Op. cit., p. 153.

    141 J. H. MARIÉJOL, Op. cit., p. 259-309.

    142 SPITTLER, historien protestant, écrit que l’Inquisition a été, entre les mains des rois, un instrument dont ils se sont servis pour asseoir le despotisme sur les ruines des grandes libertés nationales. Le nouveau Tribunal était purement royal ; tout y tendait au profit des rois et non au bien de l’Église » (Cf. REUSS, Instructions pour les tribunaux de l’Inquisition d’Espagne. Préface).

    [143] En 1229, le Concile de Toulouse prescrit des règlements sages et débonnaires pour les prisons. (VACANDARD, p. 169.)
    1239. – Grégoire IX destitue et condamne à la prison perpétuelle l’Inquisiteur Robert le Bougre, ancien cathare, pour ses cruautés. (TANON, p. 117. – VACANDARD, p. 221).
    1249. – Innocent IV blâme les Inquisiteurs pour exactions au détriment des convertis ; réprime les familiers qui rançonnent le peuple (LEA, I, p. 433-532) ; délègue ses pouvoirs aux Généraux des Dominicains et des Franciscains pour révoquer les Inquisiteurs coupables (LEA, I, 392). – Eugène IV (1439), Sixte IV (1474), Jean XXII, Martin V, renouvellent cette délégation (LEA, I, 393). – Sixte IV, en 1479, ordonne que toutes les plaintes formulées contre les Inquisiteurs soient transmises à leurs supérieurs majeurs, qui ont mandat pour punir (Bulle Sacri, Juillet 1479).
    1268. – Clément IV écrit au roi de Navarre qu’il ne doit point imiter le roi de France, Louis IX, dans ses rigueurs.
    1297. – Boniface VIII interdit les confiscations préventives. – Jean XXII y revient en 1327 (LEA, I, 583 – n, 291).
    1306. – Clément V délègue deux Cardinaux pour inspecter les prisons du Midi : révocations de gardiens, libérations de détenus, réformes du régime, sévères reproches aux Inquisiteurs (VIDAL, Un inquisiteur jugé par ses victimes, p. 18-37 – DOAT, T. XXXIV, p. 4. – DOUAIS, Doc. II, 304 – LEA, I, 433-474) ; – 1311, proteste contre des abus d’autorité envers des catholiques (LEA, I, 512) ; contre les rigueurs de la torture ; exige le consentement de l’Évêque (DOUAIS, Doc. II, 307) ; dénonce les trafics financiers de certains Inquisiteurs (LEA, I, 539) ; décrète l’excommunication ipso facto pour poursuites injustifiées (LEA, I, 392).
    1312. – Le Concile de Vienne sévit contre l’Inquisiteur de Carcassonne et restreint ses pouvoirs (VIDAL, p. 38).
    1317. – Jean XXII insiste sur les abus de la torture (LEA, Éd. angl. I, 383).
    1337. – Benoît XII s’insurge contre la vénalité des juges et charge son légat de procéder aux révocations nécessaires, etc., etc.

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