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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’inquisition : les temps, les causes, les faits 5/7

L’INQUISITION EN ESPAGNE

[…] Lorsqu’on s’insurge contre l’Inquisition, c’est l’Inquisition d’Espagne que l’on vise. On ne parle pas trop de la toute première Inquisition, dans le Nord de l’Italie et dans le Midi de la France. Elle eut pourtant une période d’activité qui se prolongea durant tout un long siècle.

Serrés de très près, traqués de toutes parts, les Nihilistes doctrinaires du Moyen Âge, Cathares et autres, finirent par être domptés. La masse, prudente et avisée, sous le coup de la grâce ou de la peur, passa par la porte large ouverte des conversions ; un bon nombre furent emprisonnés ou bannis ; on supprima les obstinés, les irréductibles ; les autres rentrèrent sous terre, dans le mystère de leurs Loges plus secrètes que jamais.

L’Inquisition, semble-t-il, avait fini sa tâche.

On n’en avait vu, dans le Nord, que de rares et fugitives apparitions dont aucune ne mérite d’être retenue : car le fameux procès des Templiers, en 1312, ne peut guère passer pour un procès d’Inquisition et l’infâme tribunal de Rouen qui, payé par l’Angleterre pour assassiner Jeanne d’Arc, prit les allures de Saint Office, n’en fut qu’une pitoyable parodie[70].

Vers la fin du XIVe siècle, on pouvait donc croire que l’Inquisition, qui sommeillait depuis longtemps, allait s’éteindre pour toujours, lorsque tout à coup, au déclin du XVe siècle, ou la vit renaître et fonctionner en Espagne, avec plus de vigueur que jamais, contre les Mores et surtout contre les Juifs, ou plutôt contre les convertis relaps, de race juive ou arabe. Et il ne faudrait peut-être pas chercher ailleurs les raisons de cette rancune tenace, inexplicable, anormale, contre l’Inquisition espagnole : elle a touché aux Juifs !

Les évènements tragiques ne manquent pas, certes, dans l’histoire des peuples, plus ensanglantés encore que celui-là ; il y en a de pires, moins lointains et plus récents qui ont atteint, non pas de vagues étrangers, mais nous-mêmes : ils ne soulèvent plus les passions populaires. Les jeunes générations n’épousent ni facilement ni longtemps les indignations et les colères des générations précédentes. Chaque siècle a trop à faire de panser ses plaies pour gémir indéfiniment sur les misères du passé. Où en serions-nous si chaque goutte de sang versé, dans les luttes d’autrefois, engendrait ces haines implacables que le temps n’apaise pas et que rien n’assouvit jamais !

Ces ressentiments sournois et irréductibles ne sont pas dans notre tempérament. Les races latines sont impressionnables, ardentes, passionnées, mais mobiles, généreuses, promptes à l’action et trop tôt lassées. Elles s’enflamment aisément ; elles oublient plus vite encore.

Nous n’avons pas pu porter seulement pendant vingt-cinq ans, nous autres, après la catastrophe de 70, l’idée de revanche, ni le deuil farouche de la Patrie mutilée. Et, à côté de nous, les Russes, les Slaves, ont déjà tendu la main au Japon.

La race juive, au contraire, est tellement homogène, d’une si parfaite cohésion, si fortement ancrée dans son type, que rien n’a pu l’entamer et qu’elle reste debout, identique toujours à elle-même, après quarante siècles, comme un être fantastique que la mort n’aurait osé frapper et qui survivrait à toutes les générations : elle a tout vu et elle n’a rien oublié, du mal surtout qu’on lui a fait. Et alors, en dépit du temps et de la distance, hier comme aujourd’hui, chaque Juif étant solidaire de tous les Juifs, Israël, dans la mesure de sa puissance, intrigue, se remue, s’agite pour entraîner le monde entier dans ses inimitiés et l’associer à ses vengeances.

Sur ce point, rien ne peut nous faire mieux comprendre ce qui s’est passé autrefois que ce qui se passe aujourd’hui sous nos yeux.

Avant d’aborder l’histoire de l’Inquisition en Espagne, il ne sera pas inutile d’examiner l’instrument en détail, pour voir dans quel esprit les Papes l’avaient conçu et de quelle façon il devait fonctionner ; nous rappellerons ensuite les motifs qui ont déterminé les rois d’Espagne à s’en servir ; nous dirons quel usage ils en ont fait.

I

Les tribunaux d’Inquisition ne peuvent point être confondus avec les autres. C’étaient des tribunaux spéciaux, institués dans un but particulier et adaptés à ce but. Tout en prenant figure de tribunaux ordinaires, ils devaient, dans la pensée des Papes, sous l’appareil sévère de la justice humaine, s’inspirer de l’esprit miséricordieux du tribunal de la pénitence.

Les Inquisiteurs avaient mission de poursuivre le crime d’hérésie, et, en même temps charge d’âmes.

Ils étaient juges et, en quelque sorte, confesseurs. À l’inverse des magistrats civils, qui ne se soucient pas de ce que pense l’inculpé, mais s’inquiètent uniquement de ce qu’il a fait, ils voulaient atteindre le délit et guérir la conscience[71].

Bien que l’hérétique justiciable de l’inquisition ne soit pas celui qui adhère, dans son for intérieur, à une doctrine hétérodoxe, mais celui qui fait publiquement acte d’hérésie, il n’en est pas moins vrai que le délit externe est intimement lié à l’état d’âme et qu’avec cette préoccupation d’ausculter la conscience pour obtenir une conversion avant de punir le délit, la liberté du juge se trouvait extrêmement gênée, dans son office public, par les scrupules de son ministère apostolique[72].

Cette double fonction était aussi complexe que délicate.

La souplesse, dont avait besoin le prêtre pour toucher à l’âme, s’accommodait mal des prescriptions étroites, rigides et minutieuses de la procédure. Et l’on fut amené, par la force et la nature même des choses, à conférer à l’Inquisiteur un pouvoir en quelque sorte discrétionnaire, pour laisser au confesseur une plus grande latitude.

Il y avait là assurément un danger ; car, pour qu’une pareille autorité ne dégénérât pas en abus, il aurait fallu, aux hommes qui en étaient dépositaires, une science toujours éminente et une vertu à toute épreuve.Le Saint-Siège avait pris toutes les précautions possibles. Après les Abbés de Cîteaux, le choix des moines mendiants, fils de S. Dominique et de S. François, était sage.

Outre qu’ils étaient très populaires et respectés partout, on était fondé à croire que leurs vieux les prémuniraient contre les séductions de l’ambition et de la cupidité ; que les franchises de l’Ordre garantiraient leur indépendance vis-à-vis des pouvoirs civils et que leur qualité d’étrangers les soustrairait aux influences locales[73].

On ne prenait que des religieux éprouvés, qualifiés par leur expérience et leur savoir. On allait jusqu’à se méfier des mérites précoces, en fixant à quarante ans un minimum d’âge[74], afin qu’aux autres vertus vînt s’ajouter plus sûrement la maturité du jugement.

Dominicains et Franciscains se partagèrent d’abord la charge. Plus tard, elle incomba toute aux Dominicains[75].

Ils y mirent tant de courage et tant de zèle, qu’on les appela, en jouant sur les mots, les Chiens du Seigneur : Dominicani, Domini canesUne fresque d’Orcagna[76] les représente ainsi, dans l’église de Santa-Maria-Novella, à Florence, étranglant des loups qui figurent les hérétiques.

À part quelques indignes que l’histoire a justement flétris, comme Conrad de Marbourg, en Allemagne, Robert le bougre, Torquemada, Deza, Valdès…, la plupart firent grande figure de magistrats. Fiers devant les puissants, impassibles sous la menace, ils portèrent sans fléchir le poids de ce redoutable ministère. Ils y risquaient leur vie. On ne compte pas ceux qui furent massacrés[77]. L’Église en a canonisé plusieurs.

L’Inquisiteur, débarquant dans la province pour laquelle il avait délégation, présentait d’abord les Lettres qui l’accréditaient au Prince et à l’Évêque, pour requérir aide et protection : car toutes les autorités locales, ecclésiastiques et civiles, étaient au service de l’inquisition[78].

Puis, il constituait son tribunal : deux assesseurs, l’évêque du lieu toujours, c’était de droit, et, généralement, le Prieur du couvent ; un notaire qui devait consigner toutes les dépositions par écrit et tenir les archives[79] ; les prud’hommes, viri probi, pris sur place, qui répondaient de la moralité des témoins et contrôlaient les témoignages ; des jurisconsultes experts, laïcs ou ecclésiastiques, qui furent parfois très nombreux, 25, 30, jusqu’à 50 et plus, ébauche de notre jury moderne.

Avant toute action judiciaire, il y avait le temps de grâce, publié dans toutes les églises par les curés, qui durait d’ordinaire trente jours, quelquefois deux, trois et quatre mois[80], remplis par les exercices d’une longue mission.

Tout hérétique qui spontanément venait se dénoncer et abjurer, n’encourait aucune pénalité, sauf, en certains cas, quelques pénitences canoniques.

Il est à remarquer que, pendant ce répit, les hérétiques obstinés pouvaient parfaitement soustraire leurs biens aux risques de la confiscation, en les liquidant eux-mêmes.

Le temps de grâce écoulé, plus de rémission : la justice suivait son cours. Sommation avait été faite à tous et à chacun d’avoir à se présenter à l’Inquisiteur pour lui signaler les loups et les brebis galeuses. Et, à faire ainsi causer tout le monde, on recueillait pas mal de renseignements. Les aveux des uns, les dénonciations des autres, la rumeur publique finissaient par tirer de l’ombre les vrais coupables.

L’Inquisition avait sa police, les familiers, fonctionnaires subalternes que le peuple redoutait, parce que, forts de l’immunité qui les couvrait, ils se montraient indiscrets et violents ; et, comme le fait d’entraver l’action du Saint-Office était un délit très grave et mal défini[81], la moindre querelle avec ces gens-là pouvait mener très loin.

Une première information, l’enquête qui se poursuivait secrètement par les commissaires, aboutissait rarement à la preuve ; on arrivait à établir la suspicion et rien de plus.

On cherchait, on provoquait des témoignages. Sur ce point, la procédure inquisitoriale s’écartait du droit commun. Alors que les autres tribunaux déclaraient irrecevable le témoignage d’un hérétique ou d’un excommunié, l’Inquisition l’admettait : c’était souvent le seul moyen de percer le mystère dont la secte s’enveloppait[82]. On ne faisait pas connaître à l’accusé les témoins qui déposaient contre lui ; on lui communiquait les dépositions, mais sans livrer les noms. La crainte trop justifiée des représailles avait imposé cette réserve.

Malgré les précautions prises, des témoins furent assassinés[83]. En Espagne surtout, ces vendetta sauvages étaient fatales, car l’Inquisition poursuivait l’hérésie, en haut comme en bas de l’échelle sociale, sans s’incliner jamais devant la qualité ou la situation de l’hérétique ; elle citait à sa barre des Princes et des Seigneurs, des Évêques aussi bien que les petites gens ; et, lorsqu’il s’agissait de puissants personnages ou seulement de quelques bourgeois influents, les témoins n’auraient jamais pu parler sans s’exposer à de terribles vengeances[84].

On avait tout fait pour rétablir l’équilibre en faveur de l’accusé. On lui demandait d’abord la liste de ses ennemis déclarés, qui étaient récusés a priori. Les prud’hommes qui résidaient dans la localité et pouvaient se rendre compte, étaient appelés à donner leur appréciation sur les témoins. Tandis qu’on devait suspendre le jugement tant qu’il restait à entendre un témoin à décharge, fût-il en Amérique, Torquemada défend de le différer pour attendre un témoin à charge[85]. Un code particulièrement rigoureux contre le faux témoignage invitait les déposants à compter leurs paroles et à les peser, car c’était la loi du talion, jusqu’à la peine de mort inclusivement[86]. Enfin, le moindre vice de forme, dans la procédure, entraînait la nullité du jugement, au bénéfice de l’accusé[87].

Cité à comparaître, l’inculpé devait se présenter ; sinon on l’arrêtait. Mais l’Inquisition réagissait déjà contre un abus qui subsiste encore dans notre législation du XXe siècle : elle n’admettait pas la prison préventive[88].

S’il avouait, la cause était entendue : le juge s’effaçait devant le confesseur et le pénitent subissait une pénitence qui pouvait être très sévère, comme l’étaient alors les pénitences canoniques, mais, de même ordre.Le plus souvent, il niait. C’était la lutte.

L’accusé n’était pas dénué de tous les moyens de défense, comme on l’a dit.

Sans doute, dans les premiers temps, la jurisprudence semble bien lui refuser un avocat[89], qu’on lui accorde bientôt, – les documents en font foi – quand les dangers de compromission disparurent. En Espagne, cela devint tout de suite la règle[90]. Mais, au début, personne n’aurait consenti à plaider pour un hérétique, au risque de se faire suspecter soi-même d’hérésie.

Il pouvait récuser l’Inquisiteur[91], qui devait alors confier l’affaire à son vicaire.

Il jouissait du droit d’appel ; et, ces appels furent si nombreux en cour de Rome que l’action des Inquisiteurs en était paralysée et qu’ils s’en plaignirent[92].

Non seulement il était libre de se justifier, mais on le mettait formellement en demeure de le faire.

Lorsqu’on avait la certitude morale de tenir un sectaire avéré et qu’il s’obstinait à nier, le juge, obsédé par le désir de muer ce coupable en pénitent, s’obstinait, lui aussi, à le faire avouer. La conscience angoissée par cette alternative ou de perdre une âme en condamnant avant d’avoir converti ou de relâcher, par un non-lieu, un loup dans la bergerie, il tentait l’impossible pour arracher des aveux : la prison cellulaire[93], des délais prolongés, tout, à tel point que, partant de ce principe, indiscutable après tout, que le mal du corps n’est rien en comparaison de la damnation, il en concluait que, si le chirurgien était autorisé à traiter ses patients, sur le vif, et sans anesthésiques alors, par le fer et le feu, lui, devait avoir le droit d’infliger au criminel le traitement de la douleur, pour son bien, en vue de la vie éternelle[94]. Il ne sut pas résister à la tentation d’emprunter au pouvoir séculier le suprême moyen, insensé, barbare, mais d’un usage quotidien dans tous les tribunaux civils : la torture.

La torture appartenait, en effet, à la justice séculière. La Papauté lui avait toujours fermé la porte des tribunaux ecclésiastiques. Le droit canonique ne la connaissait pas. Sur les instances des inquisiteurs, vraisemblablement, Innocent IV, en 1252, l’autorisa, uniquement dans la cause d’hérésie, par une dérogation expresse à la discipline de l’Église et avec des restrictions très positives[95] : jamais au gré de l’Inquisiteur, ni en sa présence, mais par le ministère du bras séculier, dans des cas prévus et déterminés[96], à la dernière extrémité seulement, du consentement de l’Évêque[97], et de telle façon que le patient n’en restât jamais estropié.

Tout aveu obtenu par la douleur était nul, s’il n’était réitéré hors de la chambre de torture et vingt-quatre heures après[98].

En France, à s’en rapporter du moins aux documents, il ne semble pas que l’Inquisition ait abusé de la torture. Certains auteurs, sans le prouver autrement, prétendent que les documents, sur ce point, sont d’un mutisme suspect. De fait, on ne relève que trois cas certains dans les dossiers qui nous restent du Languedoc, où pourtant le Saint-Office ne chôma point[99]Bernard Gui, le grand Inquisiteur de Toulouse, en parle à plusieurs reprises dans ses Instructions, mais ses jugements la mentionnent rarement et son collègue de l’Aragon, N. Eymeric, dont le Directoire fait autorité, recommande de ne recourir à la question qu’avec la plus grande circonspection : il la condamne comme inefficace et trompeuse[100].

L’Inquisiteur ne jugeait pas tout seul. Non seulement l’affaire était mise en délibéré devant le tribunal : tous les jugements relatent l’intervention des assesseurs, des jurisconsultes experts, mais l’Évêque diocésain devait être consulté[101]. Il ressort des procès-verbaux que les causes étaient étudiées avec soin, puisqu’on y relate souvent l’avis de chacun des conseillers.

Les décisions étaient prises, semble-t-il, à la majorité des voix, l’Inquisiteur ayant voix prépondérante, en cas de partage ; et, la plupart du temps, il s’en rapportait à l’évêque[102].

Toujours soucieuse de sa double mission, réduire l’hérésie et sauver l’hérétique, l’Inquisition, à l’encontre de la justice civile, faisait état du repentir. Elle se réservait de remettre ou de commuer les peines. Ce n’était pas un droit acquis au coupable, mais une faculté laissée au juge. Les adoucissements de peines n’étaient pas rares : le nombre des rechutes en est la preuve[103].

Les sentences étaient graduées, selon les cas : dans le code purement pénitentiel, depuis l’offrande d’un cierge jusqu’à la très onéreuse réquisition de la Croisade ; aussi bien que dans le code pénal : l’amende[104], les verges, la rouelle[105], la prison[106] (la confiscation des biens[107]), le bannissement et l’abandon au bras séculier, la rélaxation, qui entraînait, à peu près fatalement, la peine de mort[108]En Espagne, les sentences de mort étaient soumises à la révision d’une Cour Suprême[109].

Seuls, vraiment, les impénitents irréductibles en arrivaient à cette extrémité ; et encore leur accordait-on de longs répits pour leur laisser le temps de se convertir. On les gardait en prison, on les visitait, on les exhortait régulièrement[110]. Enfin, jusqu’à la dernière minute, sur le bûcher, l’abjuration était admise ; et, sauf pour les relaps, l’exécution n’avait pas lieu[111].

On ne précipitait pas les exécutions. On attendait, pour grouper un certain nombre d’affaires ; et, deux ou trois fois l’an, on organisait une manifestation extraordinaire, annoncée d’avance, qui comportait deux parties : à l’église, une prédication solennelle suivie de l’abjuration et de la réconciliation des pénitents ; puis, sur la place publique où une estrade était dressée, la proclamation des sentences pour les condamnés et l’excommunication de ceux qui devaient être livrés au bras séculier[112].

En Espagne, ces démonstrations sensationnelles s’appelaient l’auto da fé, l’acte de foi.

Friands de lise en scène et d’émotions fortes, les Espagnols, si passionnés encore pour leurs sanglantes corridas qui font passer, dans les veines, à l’abri du danger, le frisson voluptueux de la peur, couraient en foule aux autodafés.

L’exécution n’avait lieu que le lendemain, ou plus tard, et par les soins de l’autorité civile. C’est donc une grossière erreur que de confondre, comme le font journellement des plumes fantaisistes ou malhonnêtes, l’autodafé avec le bûcher. On n’a jamais tué ni brûlé dans un autodafé[113].

Sans aller plus avant, on peut déjà juger l’Inquisition pontificale.

Elle a été cela. Les Papes ont voulu qu’elle fût cela, et rien que cela : c’est-à-dire que, dégagée des tares et des abus qui sont le fait de la politique et des passions humaines, bien loin d’avoir le moindre trait commun avec la furie démente et sanguinaire qui légalisa, en 1793, les massacres de la Terreur, elle marque, aux yeux de ceux qui raisonnent et qui pensent, un progrès notable, dans le sens de l’équité, sur la procédure et les pratiques judiciaires de l’époque[114] ; au point que les Templiers, aux prises avec la justice royale, mieux placés que nous ne pouvons l’être pour comparer, souhaitaient d’avoir affaire à elle[115].

Elle a été cela. Les Papes ont dû tolérer qu’elle fût cela, et tout cela ; mais, pour minime que soit la part qu’on y laissa à la torture, il nous déplaît qu’on l’y ait introduite.Encore faut-il tenir compte des mœurs et des idées du temps.

Tout le monde s’accorde, aujourd’hui, à trouver odieux les traitements infligés jadis aux criminels : tout le monde, autrefois, les trouvait naturels.

Ces petits-fils de barbares, plus chrétiens par la tête que par le cœur, énergiques, violents jusque dans leurs jeux, durs à eux-mêmes, méprisaient la souffrance. Ils se défendaient de la pitié comme d’une faiblesse. Ils aimaient à frapper de grands coups, ne craignaient pas d’en recevoir.

Les codes punissaient beaucoup plus sévèrement le vol que les blessures, même graves. On faisait bon marché de sa vie et de celle des autres : mélange de rudesse et de foi ; rudesse de soldat, toute en force, qu’avait déjà bien adoucie la religion, mais mal endormie et prompte au réveil, même chez les meilleurs, sous l’afflux soudain d’impulsions ataviques.

Dans cet ordre de choses contingentes, l’Église ne devance pas les siècles. Elle marche avec eux, en essayant de les amender. Elle travaille, sans répit, à la réforme des mœurs, dans la mesure où l’humanité en a besoin, dans la mesure aussi où l’humanité peut le supporter.

Elle n’a pas aboli l’esclavage en un jour. Elle a eu fort à faire pour discipliner l’humeur batailleuse des Francs, des Goths et des Germains. Il lui a fallu du temps et de la patience pour transformer le reître brutal en chevalier chrétien[116].

Elle a incliné, tant et sitôt qu’elle l’a pu, vers plus d’équité et plus de douceur, la justice féodale.

Or, c’est précisément à l’époque où elle allait avoir enfin raison de ces errements bizarres et cruels qu’on appelait les ordalies ou jugement de Dieu[117], que la torture, tombée peu à peu en désuétude depuis le Ve siècle, était rentrée, par une autre porte, dans les prétoires du Moyen Âge, à la remorque du vieux droit païen de Rome et sous l’influence des légistes, qui y trouvaient un système plus méthodique et plus sûr d’information.

Les malfaiteurs, brigands de métier ou routiers sans solde, étaient nombreux et hardis ; la police mal organisée, débordée et impuissante.

Les criminalistes s’inquiétaient plutôt de renforcer les pénalités que de les mitiger : on remplaça ces violentes épreuves des ordalies, par l’épreuve de la Question ; et, moins préoccupés des formalités de la procédure que du but à atteindre, les magistrats s’efforçaient d’enrayer la criminalité, en effrayant, par la torture des criminels, le monde des escarpes et des malandrins, assez dur à émouvoir.

On escomptait l’effroi des préparatifs. Souvent, en effet, la seule vue des instruments déliait les langues.

On n’alléguait pas, au civil, pour excuser ces rigueurs, le bien spirituel du patient, mais la chance qu’on lui offrait d’éviter la mort, s’il n’avouait pas. On prétendait lui imposer le moindre mal pour lui épargner le pire. Et les intéressés paraissent bien l’avoir compris ainsi, car il y avait des écoles d’endurcissement où ils s’entraînaient entre eux à l’endurance, en s’appliquant mutuellement la question.

Quoi qu’il en soit des théories ou des préjugés, c’est un fait que la torture sévissait dans tous les États d’Europe.

L’Italie et l’Allemagne en usèrent avec un acharnement qui dépasse tout ce qu’on a fait en France. En Espagne, elle a été à peine interrompue. L’Angleterre, qui n’y vint officiellement que sous Henri VIII, l’employa même contre les témoins[118].

Donc, puisque ces instruments de torture, qu’on retrouve dans les musées, constituaient le mobilier courant des tribunaux civils et des cours de justice, puisqu’ils ont été fabriqués par le pouvoir séculier pour les malfaiteurs de droit commun, c’est un mensonge, une imposture de les étaler, cyniquement, dans les exhibitions foraines, sous l’étiquette exclusive de l’Inquisition et de les présenter, par l’image ou par le livre, avec des airs indignés, comme l’arsenal tout spécial de l’Église contre l’hérétique, pour faire croire au peuple que, de tous les tribunaux, celui-là seul s’en serait servi qui en a le moins usé.

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4 commentaires sur “L’inquisition : les temps, les causes, les faits 5/7

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    7 octobre 2014

    NOTES

    70. Engagée violemment par le coup de force de Philippe le Bel, en 1307, l’affaire des Templiers, qui fut jugée, en 1312, par le Concile de Vienne, déborde le cadre de la procédure inquisitoriale (Cf. BOUTARIC, « Les Templiers », Revue des Questions historiques, 1871-72, T. XXI).
    Quant au tribunal de Rouen, la réponse cynique de Cauchon à Jeanne d’Arc : « Le Roi d’Angleterre m’a ordonné de faire votre procès, je le ferai » (Cf. DUNAND, T. III, p. 4), suffirait à le disqualifier. Les efforts que l’on fit pour amener l’Inquisiteur de France à y déléguer au moins son vicaire et le rôle effacé qu’il y joua ne sauvèrent même pas les apparences. Au contraire, l’Inquisition prit en mains la cause de la réhabilitation, et Jean Bréhal, le Grand Inquisiteur, fut l’âme du second procès (Cf. H. DUNAND, Jeanne d’Arc, T. III, p. 22, 624. – AYROLES, La Pucelle devant l’Église de son temps, 237, 530, 551, 621, 646…). – P. BELON. Jehan Brehal, grand Inquisiteur de France et la réhabilitation de Jeanne d’Arc. – H. DEBOUT, B. Jeanne d’Arc, T. II, p. 471-811.

    71. « Il n’y avait, pour les fautes des hommes, que deux sortes de tribunaux en vigueur : les tribunaux civils et les tribunaux de la pénitence chrétienne. L’inconvénient de ceux-ci était de n’atteindre que les pécheurs apportant volontairement l’aveu de leurs fautes ; l’inconvénient de ceux-là, qui avaient la force en main, était de ne posséder aucune puissance sur le cœur des coupables, de les frapper d’une vindicte sans miséricorde. Entre ces tribunaux, le pape voulut établir un tribunal intermédiaire, un tribunal qui pût pardonner, modifier la peine même prononcée, engendrer le remords dans le criminel et faire suivre, pas à pas, le remords par la bonté ; un tribunal qui changeât le supplice en pénitence… et n’abandonnât ses justiciables au bras fatal de la justice humaine qu’à la dernière extrémité : ce tribunal exécrable, c’est l’Inquisition ; non pas l’Inquisition espagnole corrompue par le despotisme des rois d’Espagne, mais l’Inquisition telle que les Papes l’avaient conçue, telle qu’après beaucoup d’essais et d’efforts, ils l’ont enfin réalisée, en 1542, dans la Congrégation du Saint-Office » (LACORDAIRE, Mémoire pour le rétablissement en France de l’Ordre des Frères Prêcheurs. Cf. Mélanges, p. 167).
    « Quel est le tribunal en Europe, autre que l’Inquisition, qui absout le coupable lorsqu’il se repent et confesse son repentir ? » (Cf.Journal des Débats, du 17 septembre 1805).

    72. Bernard GUI. Practica, IVa P. fo 120 et seq. (DOUAIS, 218).

    73. « Aux yeux du public du XIIIe siècle, l’organisation de l’Inquisition confiée aux enfants de S. Dominique, parut un remède tout naturel et même inévitable aux maux dont cette époque était affligée » (H. LEA, Op. cit., T. 1, p. 363).

    74. Cf. H. LEA, Op. cit., I, 315-423.

    75. Cf. HÉFÉLÉ. Ximenès, p. 279. – EYMERIC, 535.

    76. ORCAGNA, peintre florentin, auteur d’une partie des fresques du Campo Santo de Pise.

    77. Rien que dans l’histoire de LEA, qui est loin de les mentionner tous, on en relève une trentaine : en 1208, Pierre de Castelnau (T. 1, p. 145 ; – en 1232, Pierre de Planetis à Urgel et deux autres dans le Languedoc (II, 14) ; – en 1233, Conrad Thors et deux autres en Hongrie (II, 353-409) ; Berthold, de Coire (II, 415) ; – en 1234, un inquisiteur est jeté dans le Tarn à Albi (DOAT, XXXI, 29 ; – en 1238, Pierre de Cadirete, en Navarre (II, 201) ; – en 1242, neuf, à Avignonnet (II, 41) ; deux, en Aragon (II, 198) ; – en 1252, Pierre de Vérone (S. Pierre martyr), à Côme (II, 215-257) ; – en 1260, Bernard de Traversera (II, 198) ; François de Toulouse ; – en 1321, Pierre Pascal et un autre, à Montoison (II, 177) ; – en 1341, Jean de Schwienitz (II, 518) ; – en 1349, un, à Tournay (II, 458) ; – en 1375, trois, en Piémont (II, 311) ; – en 1485, Pierre Arbues, à Saragosse (HÉFÉLÉ, Op. cit., 305).

    78. LLORENTE, Histoire critique de l’Inquisition d’Espagne, T. I, p, 113.

    79 L’Inquisition accumulait ainsi dans ses archives un ensemble d’informations, de notes de police que les divers tribunaux se communiquaient réciproquement, d’une région à l’autre ; en sorte que les suspects une lois dépistés ne pouvaient guère se dérober, même par la fuite, sans être tout de suite signalés et saisis ; car, partout l’Inquisition renseignée veillait (Cf. II. LEA, Op. cit., 1, 428).

    80. LLORENTE, I, 115, 152, 237.

    81. Bernard GUI. Practica, IVa P. f° 110 (DOUAIS, 199).

    82. Cf. Bulle Cousuluit, d’Alexandre IV. – EYMERIC, Directorium. App. p. 40. – VACANDARD, Op. cit., p. 149.

    83. Cf. LEA. Op. cit., I, 438. – TANON, Histoire des tribunaux de l’Inquisition en France, p. 390.

    84. Quand Boniface VIII (Bulle Ut commissi vobis officii) exigea que les noms fussent communiqués, à l’Évêque toujours, et même à l’accusé, il excepta les cas où il y aurait péril à le faire. Cette réserve prouve bien que l’entorse faite jusqu’alors au droit n’avait point été un encouragement à la délation, mais uniquement une mesure de protection pour les témoins, en face de familles influentes et vindicatives. Le statut de Torquemada (1481) dit formellement : « On s’est convaincu qu’en faisant connaître les noms des témoins, on exposait ceux-ci à de grands dangers et à de graves dommages, tant dans leurs personnes que dans leurs biens, comme l’expérience l’a prouvé ; et l’on voit encore des hérétiques tuer, blesser ou maltraiter ceux qui ont déposé contre eux (HÉFÉLÉ.Ximenés, p. 340. – Cf. Bernard GUI, Practica, IVa P. f° 104 (DOUAIS, 189-190).

    85. LLORENTE, 1, 220-222.

    86. Décret de Léon X, du 14 Décembre 1518. – Cf. LEA, Op. cit., I, 498.

    87. « Les formes décrétées par la procédure inquisitoriale devaient être suivies avec une rigueur minutieuse. La moindre irrégularité entraînait la nullité en faveur de l’accusé… Elles ne furent pas toujours observées, grâce à l’atmosphère brillante des passions surexcitées par la guerre civile et religieuse des Albigeois, en France, et des Maures, en Espagne. Mais ce n’est pas dans nos temps de révolution qu’on peut s’étonner de ce que les passions égarent souvent la justice » (DU BOYS, Droit criminel en France. T. I, p. 91).

    88. On n’incarcérait pas sur la simple prévention, mais seulement quand la culpabilité était moralement établie. Les plus rigides inquisiteurs d’Espagne déclarent que « personne ne peut être mis en prison que son crime ne soit constaté » (Statuts de Torquemada. Art. 3).

    89. Bernard GUI. Practica, IVa P. fo 106 (DOUAIS, 190).

    90. Décret d’INNOCENT III. Si adversus vos. – EYMERIC, 99, 446. – Ordonnance de Valdès, art. 23.

    91. LLORENTE, I, 117.

    92. EYMERIC, 453. – LLORENTE, I, 117.

    93. On visitait le condamné dans sa prison : l’Inquisiteur, puis des hommes sûrs, les viri probi, quelquefois ses parents pour l’exhorter, le prêcher, l’amener à se convertir. – EYMERIC, 507, 515-516. – DOUAIS, Op. cit.
    « On n’en venait jamais à l’exécution du condamné, dit LLORENTE, sans avoir travaillé pendant longtemps à le convertir, par tous les moyens que la prudence pouvait suggérer. Après avoir assuré sa détention, on permettait et on faisait même en sorte que ses parents, ses amis, ses compatriotes, les ecclésiastiques, les gens connus par leurs lumières, fussent admis dans la prison pour s’entretenir avec lui. L’Évêque lui-même et l’Inquisiteur s’y rendaient pour l’exhorter » (T. I, p. 123).

    94. « Plus la foi était vive, moins on tenait à la vie, pour soi et pour les autres. Le régime des austérités monastiques prouve que l’on ne se ménageait pas. On en arrivait à justifier les supplices de la question par le désir même de sauver les hérétiques de la damnation éternelle ; et la mentalité du Moyen Âge permettait ainsi d’associer, dans les mêmes âmes, cette dureté de cœur, ces rigueurs de la justice avec une charité réelle pour le prochain égaré que l’on voulait à tout prix convertir ». – H. LEA, Op. cit., I, 271.

    95. Bulle Ad extirpanda, 25 mai 1252, renouvelée et confirmée, le 30 novembre 1259, par Alexandre IV, et le 3 nov. 1265, par Clément IV.

    96. Le travail de l’Inquisition, recherches, poursuites, extirpation de l’hérésie, était rendu si difficile par la dissimulation et la ruse des hérétiques, par la crainte qu’ils inspiraient à tout le monde, par l’intimidation des témoins, que la torture pouvait être appliquée au condamné pour obtenir la dénonciation des complices.

    97. Décret, Multorum querela, de Clément V.

    98. H. LEA, I, 480.

    99. DOUAIS, Op. cit., p. 176.

    100. EYMERIC, Directorium, 481.

    101. Bulle d’Innocent IV, du 17 juillet 1254. Bulle Eo quod, de Benoît XI, du 2 mars 1304. – H. LEA, Op. cit., t. I, p. 438.

    102. DOAT, Documents relatifs à l’Inquisition, t. XXIII, p. 137, 140, 167, 170, t. XXVIII, p. 3, 8, 43, 56, 67. – DOUAIS, Op.cit., p. 243. – Bernard GUI, 83, 84.

    103. Cf. Registre du greffier de l’Inquisition de Carcassonne, passim. – DOUAIS, p. 233. – Bernard GUI, 50, 53.

    104 Pendant longtemps, les Inquisiteurs, en leur qualité de moines mendiants, ne devaient pas imposer d’amendes. Ils le firent et l’on transigea en les obligeant à les appliquer, de concert avec l’Évêque, à l’entretien des prisons. (H. LEA, Op. cit., I, 532.)

    105. Ces marques infamantes, de diverses grandeurs, des croix jaunes surtout, étaient très redoutées, parce qu’elles provoquaient les railleries du public et souvent ses colères. On les portait longtemps. (H. LEA, Op. cit., I, 529.)

    106. Il appert du Registre du greffier de l’Inquisition de Carcassonne que les prisonniers pouvaient assez facilement sortir de prison, pour un temps, sous caution. Cf. DOUAIS. L’Inquisition, p. 233.

    107. L’acte de saisie dépendait du pouvoir séculier, au profit du fisc. L’Inquisition n’avait rien à y voir. En France, la confiscation était bien souvent, devant les tribunaux civils, connexe à la peine de mort. C’était un moyen pour l’État d’alimenter son budget. (H. LEA, I, 567).

    108. « Condamnés par l’Église, qu’ils soient abandonnés au jugement séculier, pour subir la peine qui leur est due » (Décret. Lib. V.De heræticis. – Tit. VII, c. 15).
    Dans les derniers temps de l’Inquisition, en Espagne, on étranglait le condamné avant d’allumer le bûcher. Lorsqu’on connut la poudre, on lui suspendait au cou un sac de poudre pour abréger ses souffrances. (H. LEA, I, 621.)

    109. Cf. HÉFÉLÉ, Op. cit., p. 339. – LLORENTE (I, 320) avoue que, depuis le milieu du XIIIe siècle, toutes les sentences de l’Inquisition ont été bénignes.

    110. EYMERIC, Directorium, 515-516.

    111. Bernard GUI, Practica, IVa P. fo 120 (DOUAIS, 220). – La conversion in extremis ne procurait aux relaps qu’une simple atténuation de peine : ils n’étaient pas brûlés vifs ; on les étranglait avant d’allumer le bûcher.

    112. Le fameux San benito que portaient, dans ces lugubres cérémonies, non seulement les condamnés à mort, mais encore ceux qui avaient encouru une pénitence canonique, n’était pas infamant comme la rouelle ; c’était tout simplement l’ancien habit des pénitents, le sac et la corde (sacco bendito), dont parlent déjà les prophètes et les psaumes (IS., XX, 2. XXII, 12, JOB, XVI, 16, JON., III, 5. PS.XXIX, 2). – HÉFÉLÉ, Op. cit., 355. – LLORENTE I, 326), mais qui avait subi déjà quelques transformations pour le distinguer de la robe monastique. Aux temps de l’Inquisition, il n’avait plus la forme de sac : c’était plutôt une sorte de scapulaire sur lequel on cousait de grandes croix de diverses couleurs, selon les cas.

    113. Cf. HÉFÉLÉ, Op. cit., 346.

    114. J. GUIRAUD, dans son Histoire partiale et histoire vraie, résume ainsi son jugement : « On représente l’Inquisition comme un tribunal redoutable où l’accusé n’avait pas de défenseur, était soumis aux pires tortures et finalement condamné presque toujours aux châtiments les plus barbares. Or, les textes nous démontrent que les tribunaux de l’Inquisition donnaient aux inculpés des garanties inconnues, à la même époque, des juridictions civiles et que son code pénal et ses sentences témoignaient d’une indulgence que l’on aurait vainement demandée, au même moment, aux autres tribunaux. » (Cf. p. 293.)

    115. Cf. CANTU, Histoire universelle, t. XI, ch. 6. – F. NICOLAY, Histoire des croyances, t. III, p. 153.

    116. Cf. BALMÈS. Le Protestantisme comparé au Catholicisme, T. I, ch. XVI et suiv. (Esclavage), T. II, c. XXXI (Trêve de Dieu). – G. KURTH. Les origines de la civilisation moderne, T. II, p. 124.

    117. Les ordalies sont d’origine païenne. Elles nous sont arrivées par les Germains, et les populations du haut Moyen Âge, dont la foi était encore tout embrumée des superstitions de la veille, ne purent se résoudre à répudier cet héritage des ancêtres.
    Ces recours systématiques à la divinité pour éclairer la justice humaine s’inspiraient évidemment d’une pensée religieuse, mais faussée dans l’application ; car, à mettre ainsi Dieu en demeure d’intervenir, au moyen de rites ridicules ou barbares, on ne l’honore point : on le tente.
    L’Église, au début, a dû fermer les yeux et tolérer ces coutumes invétérées qu’elle n’aurait pu abolir du premier coup.
    Que des Évêques et, des Abbés, Seigneurs féodaux, et, à ce titre, Magistrats, aient partagé, sur ce point, l’erreur de leur temps, c’est incontestable. Mais, si ces pratiques ont été sanctionnées par les Princes, il est faux qu’elles aient jamais reçu l’approbation de l’Église, c’est-à-dire des Papes ou des Conciles généraux.
    Dès le IXe siècle, Étienne V les condamne (Decret. Grat., C. II, quest. V, c. XX) ; au XIe, Alexandre II les interdit (Recueil des hist., T. XV, p. 103) ; au XIIe, c’est Alexandre III ; puis, au XIIIe, Lucius III, Célestin III (Decret. Tit. XXXIV, c. VIII – Decret. Gregor. IX, L. V, T. XXXV, ch. I). Innocent III déplore l’inutilité de ces condamnations (Ibid., ch. II). Le IVe Concile de Latran y insiste encore (MANSI, T. XXII, p. 100).
    Il nous reste, au XXe siècle, avec le duel, vestige du combat judiciaire qui subsista jusqu’au XVIe siècle, cette expression populaire pour attester la vérité : « J’en mettrais ma main au feu ! »

    118. Cf. A. ESMEIN. Hist. de la procédure criminelle en France, p. 284, 293, 316.

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