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« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

L’inquisition : les causes, le temps, les faits 4/7

LA CROISADE DES ALBIGEOIS (fin)

V

[…] La guerre qui se prolongea longtemps encore, avec des répits et des missions, celle de S. Antoine de Padoue entre autres, (1125), avait porté un coup sérieux aux Cathares. La ruine de la puissante Maison de Toulouse leur enlevait un solide appui.

Toujours malfaisante, mais plus circonspecte, la Secte se tapit un moment dans l’ombre des sociétés secrètes et poursuivit sournoisement sa besogne de désagrégation sociale. Elle n’était pas vaincue. Le feu couvait sous la cendre pour se rallumer bientôt. L’Église et l’État restaient sur la défensive.

Parallèlement à ces évènements, peu à peu, dans tous les pays contaminés, une législation s’était formée, si bien qu’au XIIIe siècle, partout, les lois civiles punissaient de mort le crime d’hérésie, ou, plus exactement, les hérétiques en tant qu’anarchistes.

Seulement, par cela même qu’ils se cachaient, on en vint à les rechercher. Ce fut le principe de l’Inquisition, qui suppléait à l’insuffisance de l’accusation devant laquelle on reculait, par crainte de représailles.

D’autre part, les excès de certaines Cours seigneuriales trop précipitées et trop violentes, qui sévissaient à tort et à travers, sur les moindres suspicions d’hérésie, firent sentir à l’Église la nécessité de s’interposer et d’instituer une enquête canonique préalable qui mettrait les juges civils à l’abri de ces erreurs.

Il y avait bien, sur place, l’Évêque, inquisiteur d’office, chargé de veiller sur la doctrine et de poursuivre l’hérésie ; mais, indolence ou timidité, pour n’avoir pas d’embarras, certains évêques sommeillaient tandis que d’autres étaient débordés.

Toutes ces raisons, la préoccupation aussi de barrer la route aux empiétements de l’Empereur Frédéric II, sur ce terrain de l’hérésie[53], déterminèrent Grégoire IX, en 1233, à juxtaposer à l’Officialité diocésaine pour l’appuyer, la renforcer, la suppléer à l’occasion, un tribunal spécial confié à des légats, délégués directs du pape, étrangers au pays, plus indépendants, moins accessibles aux influences locales, qui provoquerait et dirigerait les recherches – d’où le nom d’Inquisition – et statuerait, après examen, avec plus de compétence que les juges laïques, sur le fait d’hérésie[54].

Et, alors, quand le Pouvoir civil recevait, des mains du juge ecclésiastique, cet hérétique avéré et obstiné, il le traitait en criminel de droit commun qu’il était et lui appliquait, non le Code pénal de l’Église, qui ne comporta jamais la peine de mort, mais son code à lui, le Code pénal de l’État.

Il y avait donc deux puissances agissant chacune dans sa sphère, deux juridictions très distinctes, avec des attributions différentes, deux juges, et, par conséquent, deux sentences : l’une ecclésiastique qui portait sur la doctrine et déclarait l’inculpé hérétique ; l’autre civile qui châtiait le coupable, non parce qu’il était en désaccord avec l’Église, mais parce qu’il était révolté contre l’État.

Le juge séculier n’était pas mandataire de l’Église ; il n’exécutait pas le jugement de l’Inquisition. Il ne relevait que de l’État ; il avait pleine autorité pour appliquer ou non la peine capitale, au nom de l’État.

Voilà le principe ; voilà l’esprit premier de l’Inquisition ! Nous en étudierons le mécanisme à propos de l’inquisition espagnole.

Si les choses en étaient restées là, l’Église n’aurait point à répondre de ce qu’a fait l’État.Mais les papes du XIIIe siècle, Innocent IV, Urbain IV, Clément IV, sont allés plus loin.

Sans modifier le caractère de l’Institution, sans étendre la compétence du juge ecclésiastique, en respectant toujours la distinction des deux juridictions, par-dessus la tête des Inquisiteurs, ils ont enjoint à la Justice séculière d’appliquer les justes lois et de condamner[55]Inutile de biaiser. Le fait est indiscutable : détourner la tête pour ne point le voir serait aussi maladroit que malhonnête.

Ces papes ont donc, de ce chef, leur part de responsabilité dans la mise à mort des hérétiques.De là à improuver leur attitude, il y a loin. Car, pour blâmer, il faudrait établir, non pas qu’ils ont pris cette initiative, mais qu’ils ont eu tort de la prendre.

Regardons-y de près : car là est le point le plus délicat de toute cette affaire.

Dans l’antiquité chrétienne, tout en sévissant, par des peines canoniques, contre l’hérésie, et sans réprouver les sanctions plus rigoureuses des codes politiques, l’Église a répugné à l’emploi de la force[56] ; car, tandis que, dans la Société civile, la répression vise l’ordre public par le châtiment des criminels, dans l’Église, elle vise, avec la préservation de la foi, la conversion de l’hérétique.

Elle s’applique à convaincre, plutôt qu’à contraindre.

Elle n’a jamais recouru au bras séculier pour imposer l’Évangile aux infidèles[57]Elle interdit même aux prêtres de baptiser un enfant contre le gré des parents[58]. Et, si les Papes ont fait appel à l’épée des Croisés, c’était moins en tant que Chefs spirituels de l’Église, qu’à titre de tuteurs de la Chrétienté, tantôt pour repousser l’Islam qui menaçait du dehors, tantôt pour étouffer au dedans un foyer d’anarchie.

Au XIe siècle  et au commencement du XIIe, ce n’est pas l’Église qui a conseillé ces lynchages d’hérétiques, dont nous avons parlé plus haut. Ce n’est point assez de dire qu’elle s’est tenue à l’écart : elle les a blâmés ; elle s’y est opposée.

Plus tard, il est vrai, les désapprobations furent moins énergiques. Il y eut un fléchissement. La violence du sentiment populaire surexcité en proportion de la malfaisance des hérétiques forçait la main aux autorités. Les Évêques, Seigneurs féodaux, se virent obligés, comme le furent les Princes, de tolérer ces exécutions et même de les ratifier, parce que l’usage, vieux déjà d’un siècle et demi, avait, à leurs yeux, force de loi.

Bien loin donc que ce soit l’influence de l’Église qui ait déterminé la coutume, c’est l’usage établi qui a pesé sur les Évêques.

À la fin du XIIe siècle, tous les conciles qui se font les échos du pays inquiet et mécontent, pressent les pouvoirs publics d’édicter des peines afflictives contre les Cathares ; mais aucun ne réclame la peine de mort[59], soit qu’ils ne jugent pas cette rigueur extrême indispensable encore, soit plutôt que l’esprit de mansuétude les retienne toujours.

Innocent III lui-même intervient dans le même sens, sans parler, lui non plus, de la peine de mort[60].

Mais le courant parti d’en bas, le verdict populaire, fut plus puissant. Il a fini par l’emporter. C’était dans les mœurs. Un beau jour, la législation a dû sanctionner la coutume : pour la France, ordonnances royales de Louis VIII en 1226, de la Régence, sous Louis IX en 1228[61].

En Italie où les Cathares, exploitant les difficultés de l’Église en lutte avec l’Empire, s’étaient créé de fortes positions, les papes sont plus tolérants qu’on ne l’est partout ailleurs, parce que c’est l’esprit de l’Église. Alors que partout on allume des bûchers, ils s’en tiennent, dans leurs États, aux peines canoniques.

Bien plus, sous leur influence directe, une première législation fut établie, en Allemagne, par Frédéric Ier et Frédéric II, pour toutes les terres d’Empire où le peuple, comme en France, lynchait les hérétiques : elle ne comportait pas la peine de mort. Elle marquait, par conséquent, un arrêt, un recul sur l’usage déjà séculaire des bûchers[62].

C’est ce même Frédéric II, en lutte ouverte avec le Pape, qui, tout à coup, dans une impulsion de zèle, ou plutôt par habileté politique, – c’était un fin renard, – pour donner le change, car il était sujet à caution, d’une orthodoxie fort douteuse, de mœurs suspectes, excommunié, c’est lui qui, en 1224, de sa propre initiative, « auctoritate nostra », fit entrer dans un code, pour la première fois, avant les rois de France, la peine de mort pour le crime d’hérésie[63]. Il est donc bien avéré que cette législation criminelle n’est pas l’ouvre de l’Église et que l’on peut faire l’histoire de la peine de mort contre l’hérésie, sans rencontrer l’Inquisition.

L’Inquisition n’est venue qu’après, comme une réplique, vraisemblablement, à cette initiative inquiétante de Frédéric II. Elle a trouvé la puissance séculière, l’État, en possession de cette législation.

Elle opère à côté, dans une voie parallèle. Sa sentence est toute doctrinale. Elle est au bout de sa mission et de sa compétence lorsqu’elle s’est prononcée sur le fait de la culpabilité. Elle passe alors la main au juge civil, qui détermine et applique la peine.

Les choses ainsi mises au point, la situation s’éclaire d’autant, et ce qui semblait, de prime abord, étrange, paraît déjà moins insolite.

Ces lois sévères étaient-elles légitimes, oui ou non ? Tout est là.

Quand l’Église, conciles, évêques, théologiens protestaient contre la mise à mort des Cathares révolutionnaires, ce n’était pas au nom de la justice, c’était au nom de la charité chrétienne.

Tant qu’elle ne se trouva point en face d’une législation officiellement établie, l’Église avait pleine liberté pour faire prévaloir ses préférences ; et elle n’y a pas manqué. Mais, quand les Chefs d’État eurent légiféré, en vertu de leur pouvoir légitime, sur une question qui intéressait directement l’ordre public, dès lors que ces lois n’étaient ni injustes en principe, ni excessives en droit strict – et elles ne l’étaient pas, car de simples malfaiteurs infiniment moins dangereux que les Cathares, comme les incendiaires et les faux monnayeurs, étaient punis de la même peine – l’Église fut obligée de s’incliner devant le fait accompli.

Elle n’était plus libre.

D’ailleurs, il y allait de l’existence même de la société chrétienne. Il faut bien supprimer les criminels, pour protéger les honnêtes gens[64] ; tuer les loups, pour sauvegarder le troupeau ! car le salut de la collectivité est intimement lié au châtiment des anarchistes : on ampute au malade un membre gangrené, pour lui sauver la vie.

Pourquoi, chez nous, en plein XXe siècle, malgré le sentimentalisme maladif de notre époque, en dépit du vent qui souffle, alors que tous les esprits sont férus de libéralisme et qu’on prône à grands cris la tolérance, pourquoi, naguère, le pays a-t-il protesté si violemment contre l’inertie du chef de l’État qui abusait du droit de grâce ? pourquoi les Chambres françaises, en 1909, sous la pression de l’opinion, ont-elles exigé, par leur vote, que la guillotine fasse impitoyablement son œuvre de mort ? C’est évidemment parce qu’on a estimé cette rigueur indispensable à la sécurité publique.

C’est pour le même motif qu’au Moyen Âge on a frappé les hérétiques.

Considérant qu’en raison des circonstances, il fallait agir vigoureusement, qu’il y avait urgence à le faire, et n’ayant plus sous la main qu’une législation qui condamnait à mort[65], législation légitime qu’ils ne pouvaient récuser sans dénier à l’État le droit de se défendre, les papes firent taire leurs répugnances et en prirent leur parti[66].

Ils veillèrent, eux aussi, à ce que les Chefs d’État ne faiblissent pas. Ils leur rappelèrent qu’ils avaient reçu de Dieu, avec l’autorité, le glaive pour s’en servir ; que c’était non seulement leur droit, mais leur mission et leur devoir[67].

Leur conscience leur commanda d’aller jusque-là.

Les papes des âges précédents ne l’avaient pas fait. Ceux qui viendront après eux ne le feront pas : question d’opportunité, qu’il ne nous est pas possible d’apprécier sainement, à sept ou huit siècles de distance. Nous sommes d’un autre monde. Et, faute de pouvoir nous faire un jugement direct et personnel, nous en sommes réduits à nous en rapporter au témoignage éclairé des contemporains.

Quand nous savons, par ailleurs, que ces papes furent de mœurs pures, d’idées larges, que leur pontificat fut fécond et qu’ils ont fait grande figure dans l’histoire ; quand nous les sentons appuyés par l’opinion de leur temps ; quand nous voyons les esprits les plus graves, les plus pondérés, des hommes comme S. Thomas d’Aquin, S. Louis, S. Raymond de Pennafort, les approuver, les seconder activement, comme leurs prédécesseurs avaient été approuvés et secondés, dans la même lutte, par S. Bernard, S. Dominique, S. Antoine de Padoue, nous sommes bien forcés de convenir qu’ils devaient tout de même avoir raison[68]. C’est du simple bon sens.

L’Église n’avait pas changé de sentiment, mais elle avait dû modifier sa tactique[69].

La mère la plus douce, le père le plus débonnaire ne sont-ils pas contraints, parfois, de comprimer, pour un temps, la tendresse dans leur cœur et de châtier l’enfant rebelle dont la conduite est un outrage et un danger pour la famille ; car, se taire alors, ne serait plus de la bonté, mais de la complicité et de la faiblesse ?

L’Église donc a connu ces heures tragiques. Elle a vu se dresser contre elle des enfants dévoyés qui s’acharnaient à perdre leurs frères et à dilapider le bien de famille – car, on l’oublie trop, si l’infidèle, le païen, le Juif ne sont pas de l’Église, l’hérétique, lui, appartient à l’Église, par son baptême ; il est sujet de l’Église ; enfant dénaturé, mais enfant de l’Église ; l’Église garde sur lui tous ses droits ; et, par conséquent, l’obligation d’obéir à l’Église le suit jusque dans sa révolte. Il est, vis à vis d’elle, dans la situation du déserteur vis à vis de l’armée, sous le coup toujours des lois militaires, – l’Église donc a connu ces heures tragiques. Elle a sévi, dans l’intérêt supérieur de la Religion, pour défendre la foi, pour se défendre elle-même ; elle a sévi, dans l’intérêt de la république chrétienne du Moyen Âge, pour la protéger ; elle a sévi, dans l’intérêt des égarés, pour les amender et sauver ceux qui pouvaient être sauvés ; elle a sévi, pour ne pas trahir sa mission, pour ne point pactiser avec le mal.

Et, sans même recourir au vieux principe, cher aux gouvernements humains, des nécessités de salut public, qui domine toutes les lois, excuse et justifie, en politique, tous les expédients, suprema lex salus populi, j’ai le droit de conclure, il me semble, qu’en ces temps difficiles, comme elle a pu, gênée par les circonstances ou mal servie par les hommes, l’Église, en toute rigueur de justice, a rempli sa tâche : elle a fait son devoir ! […]

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7 commentaires sur “L’inquisition : les causes, le temps, les faits 4/7

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  2. +++Yesus Kristus azu+++
    20 juillet 2014

    NOTES.

    53 Cf. infra, note 63.

    54- Il est difficile d’assigner une date précise à la fondation de l’Inquisition. À la mort d’Innocent III, l’organisme judiciaire que mit sur pied Grégoire IX était déjà ébauché. Cf. TANON, Histoire des tribunaux de l’Inquisition, p. 173. – EYMERIC, Directorium. 2apars, p. 129.
    – H. Ch. LEA reconnaît que « l’Inquisition n’a pas été arbitrairement conçue ni imposée par l’ambition ou le fanatisme de l’Église ; mais qu’elle est l’aboutissement normal, naturel et presque nécessaire des forces en action au XIIIe siècle » (Tome I, préface, p.XXIX). Il avoue qu’ « au milieu de ces efforts confus et irréguliers pour supprimer l’hérésie, il était naturel que le Saint-Siège intervînt et cherchât à établir un système uniforme en vue de l’accomplissement de cette grande tache. On a seulement lieu de s’étonner, dit-il, qu’il ait tellement tardé à le faire et qu’il l’ait fait d’abord si timidement » (T. I, p. 371).

    55. INNOC. PP. IV. Cum adversus, 30 novembre 1243 (Magnum bullarium. Ed. Luxembourg, T. 1, p. 83). – Ad extirpanda, 15mai 1252. – URBAIN, PP. IV. Licet ex omnibus, 20 mars 1262 (Ibid. T. 1, p. 122). – CLÉMENT. PP. IV. Ad extirpanda, 3 nov. 1265 et 18 Janvier 1266 (Ibid., T. I, p. 140-141). – Cf. VACANDARD, Op. cit., 172.

    56. 1° L’Église, en tant que Société complète, indépendante, autonome, a, tout aussi bien et mieux que l’État, tous les droits nécessaires à sa conservation et à sa défense ; par conséquent, non seulement le pouvoir de faire les lois, mais encore de les sanctionner par des pénalités efficaces, spirituelles et temporelles.
    2° Il n’est pas admissible de restreindre ce droit coercitif de l’Église à la contrainte morale, ni même aux sanctions purement spirituelles. (Conc. Trid., SESS. VII, c. xiv. SESS. XXV, c. III. De reform. – BENOÎT XIV. – PIE VI. – PIE IX, Syllabus § V. 4, 42 ;Encycl. Quanta Cura. – LÉON XIII, Encycl. Immortale Dei. – S. THOM., 2a 2ae Q. XI, art. 3. – LIBERATORE, Droit public de l’Église. T. IV, n° 146. – L. CHOUPIN., Nouv. Rev. théologique, Sept. 1909, p. 333. – BALMÈS, Le Protestantisme comparé au Catholicisme. T. II, p. 145-164.
    3° Ces pénalités temporelles peuvent-elles aller jusqu’à la peine de mort ? En droit strict, quand on le concède sans hésitation à l’État, on ne voit pas en vertu de quel principe, ni pour quelle raison on contesterait ce pouvoir à l’Église. Cependant tous les auteurs ne le lui accordent pas, si on l’entend du droit d’exécution. Les plus autorisés reconnaissent, en principe, à l’Église le droit de décréter la peine capitale, avec cette réserve, qu’elle devrait recourir au bras séculier pour l’exécuter.
    En fait, la peine de mort n’est pas et n’a jamais été dans le Code pénal de l’Église.
    Quand la nécessité l’y oblige, l’Église recourt au bras séculier ; car, non seulement l’État peut et doit punir, pour son propre compte, lorsque le délit religieux constitue un délit de droit commun, et l’Église a qualité pour lui rappeler sa mission et son devoir ; mais, dans une Société catholique, l’Église peut exiger de l’État qu’il exécute le jugement ecclésiastique.

    57. On objecte souvent la conversion forcée des Saxons, par Charlemagne. L’Église n’y est pour rien. Estimant que ses frontières de l’Est ne seraient pas gardées tant que les Saxons ne seraient pas chrétiens, Charlemagne leur a imposé le catholicisme. Il a peut-être agi en politique avisé, mais la nécessité politique ne justifie pas ce procédé d’apostolat. Eu tout cas, le fait reste à son actif.

    58. S. THOM., Sum. Theol. 2a 2ae, q. x, art. 12.

    59. Il est faux que, plus tard, les Conciles d’Arles (1234) et de Béziers (1246) aient édicté eux-mêmes, comme l’ont prétendu quelques historiens, la peine de mort. Ils y font une allusion expresse en rappelant les lois existantes ; mais, à cette époque, ils n’avaient ni raison, ni prétexte pour légiférer, puisque les Ordonnances royales de Louis VIII et de Louis IX étaient en vigueur (Cf. H. MAILLET, L’Église et la répression sanglante de l’hérésie, p. 102).

    60. « Dans la législation d’Innocent III, comme dans ses lettres, il n’est nullement question de la mort pour les hérétiques. S’il parle de recourir au glaive, il n’entend par là que l’emploi de la force nécessaire aux mesures d’expulsion et d’expropriation. Ce code, qui nous paraît à nous si impitoyable, constituait donc, relativement aux habitudes des contemporains, un progrès dans le sens humanitaire. Il régularisait, et, par le fait, adoucissait la coutume répressive en matière d’hérésie » (Cf. LUCHAIRE, Op. cit., p. 57. – VACANDARD,Op. cit., p. 74).

    61. Cf. Ordonnances des Roys de France, T. XII, p, 319-320.

    62. Ordonnances de Frédéric Ier, en 1184, et de Frédéric II, en 1220, élaborées de concert avec les papes Lucius III et Honorius III. – H. MAILLET, Op. cit.

    63. Du fait que la Constitution de Frédéric II a été transcrite sur le Registre des Lettres pontificales, quelques auteurs, J. Havet entre autres (Op. cit., p. 602) ont inféré que Grégoire IX avait inspiré et approuvé les Ordonnances de l’Empereur et qu’il les avait imposées à tous les princes chrétiens.
    Cette conclusion n’est pas fondée. (Cf. H. MAILLET, Op. cit., p. 66, 85.)
    Que l’insertion de ce document dans les Archives diplomatiques du Saint-Siège soit autre chose qu’une pratique courante de Chancellerie, c’est possible et même vraisemblable. Mais, bien loin que le Pape ait été de connivence avec l’Empereur, il semble plutôt qu’il y ait eu entre eux, sur ce terrain, opposition et rivalité.
    L’Empereur avait très habilement exploité cette affaire contre Grégoire IX. Il s’était engagé à fond, plus loin que le Pape, dans la répression de l’hérésie, pour avoir les bénéfices des résultats et s’imposer ensuite au Saint-Siège comme pacificateur et sauveur de la Chrétienté. Mais le Pape ne pouvait tolérer une pareille intrusion du pouvoir séculier en une matière aussi délicate, car l’Empereur en serait arrivé, bientôt et fatalement, en évoquant à son tribunal les crimes d’hérésie, à s’ériger en juge de la doctrine.
    Très habilement donc, le Pape barra la route à l’Empereur, en créant ce juge-délégué permanent qui agissait partout au nom du Saint-Siège et qui seul était compétent pour l’enquête doctrinale. Eu sorte que ce serait pour déjouer la politique astucieuse de Frédéric II que la Papauté aurait substitué à l’Inquisition épiscopale, réorganisée déjà par Innocent III et à la rigueur suffisante, l’Inquisition pontificale.
    Mais, pour défendre son droit, le Pape ne pouvait pas nier celui de l’Empereur ; ni, sous prétexte de lui soustraire le jugement doctrinal, l’empêcher d’intervenir au criminel.
    L’Empire était une puissance avec laquelle la Papauté devait compter.
    L’eût-il voulu, que Grégoire IX était, dans la circonstance, fort embarrassé pour désavouer la législation mise sur pied par Frédéric II. Il dut respecter cette sanction légitime de l’État. Il accepta donc, comme un fait, le code impérial. Mais, entre l’Empereur et lui, pour bien marquer la délimitation des pouvoirs, il mit l’Inquisition. (Cf. Mgr DOUAIS, l’Inquisition, ch. v, p. 82-141.)

    64. Aujourd’hui, au XXe siècle, dans notre société laïque, fille de la Révolution, élevée à l’école des grands principes de Fraternité Universelle, un pur Cathare, un hérétique Albigeois du Moyen âge, un Manichéen convaincu et militant ne serait pas toléré. Rien qu’en raison de ses doctrines, il serait passible de la Cour d’assises ; car, pas plus qu’autrefois, l’État moderne ne tolère les associations internationales de malfaiteurs.
    « Le premier devoir d’un Gouvernement est de résister, non seulement au mal, mais à son principe ; non seulement au désordre, mais aux passions et aux idées qui enfantent le désordre » (GUIZOT, Discours au Parlement, 1831).

    65. « Quand on songe que cette législation émanait d’un libre-penseur, on conçoit quelle était alors la pression de l’opinion publique à laquelle Frédéric II n’osait pas résister » (H Ch. LEA, T. I, p. 370).

    66. L. CHOUPIN. La responsabilité de l’Église (Cf. Nouvelle revue théologique. Septembre et Octobre 1909).

    67. C’est la doctrine de S. Paul : « Ce n’est pas en vain que le Chef d’État porte le glaive. Il est ministre de Dieu pour châtier celui qui fait mal » (Rom. XIII, 4). – S. THOM. Sum. théol., 2a 2ae, q. X et XI.

    68. H. LEA, parlant de S. Dominique, de S. François d’Assise, de S. Bonaventure et de S. Louis, « types dont l’humanité peut être fière », dit-il, reconnaît qu’ils « n’ont pas été mus, dans leur intransigeance contre l’hérésie, par l’appétit du gain, la soif du sang, ni l’orgueil du pouvoir, mais par le sentiment de ce qu’ils croyaient être leur devoir » ; et qu’« en agissant comme ils l’ont fait, ils ont été les interprètes de l’opinion publique, telle qu’elle s’affirma presque sans contradiction, depuis le XIIIe jusqu’au XVIIe siècle » (Cf. Op. cit., T. I, p. 265).

    69- La même évolution s’est faite dans l’esprit de S. Augustin aux prises avec les hérétiques de l’Afrique du Nord. Il a eu deux manières ; et son exemple aide à comprendre comment et pourquoi l’Église a dû, elle aussi, au XIIIe siècle, changer d’attitude.
    Il est d’abord d’une mansuétude excessive ; puis il finit par recourir à la force pour mater les Donatistes.
    Pendant un temps, il ne veut compter que sur la discussion. Il espère les convaincre, les ramener par la persuasion. Il est contrarié du zèle des magistrats civils. Il leur écrit lettres sur lettres pour les adjurer de se montrer plus tolérants. Si atroces que soient les crimes des hérétiques, il n’admet pas qu’on les châtie impitoyablement, sans avoir tout tenté pour les convertir. « C’est une prière d’Évêque que je vous fait, écrit-il aux juges, un conseil et même un commandement ! » Il va jusqu’à les menacer de les dénoncer à l’Empereur. – C’est sa première manière. – Mais effrayé, à la fin, des ravages que commettent les Donatistes, sans que ses prédications, ses controverses obtiennent le moindre résultat, il est contraint de faire appel au bras séculier pour mettre à la raison ces forcenés. Il avait failli périr lui-même sous leurs coups.
    Il a donc totalement changé de sentiment ; et, sans aller, jusqu’à réclamer lui-même la peine de mort, il en arrive à l’excuser, estimant qu’il est encore préférable de livrer quelques misérables au bûcher que de laisser ces fanatiques saccager la Société. (Cf. S. AUG. Retract. Lib. II. c. 5. – Ep. 23. 50. 121. 133. 131. 132. 143. 158. 159. – In Joan. Tract. XI. c. 15. – Ep. 185 ad Bonifacium ;25-204 ad Donatum, etc.)

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