+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

La saint Barthélémy, les vrais faits 3c/4

[…] La lettre de Catherine de Médicis à Strozzi est bien moins vraie que celle de d’Orthez à Charles IX : celle-ci pouvait être une réponse à un commandement verbal, porté par quelqu’un, comme La Mole, Mareuil ou Perat ; au lieu que l’autre n’a pas même pour elle la vraisemblance. Il ne faut pas oublier qu’on a voulu en tirer la preuve de la préméditation du massacre, établir qu’il était résolu depuis longtemps, et qu’il devait être exécuté le même jour dans tout le royaume.

Strozzi rôdait autour de La Rochelle pour tâcher de la surprendre ; cette ville était une des quatre accordées aux calvinistes[48] et celle de toutes qui donnait le plus d’inquiétude à cause des secours étrangers qu’elle pouvait recevoir par mer ; mais, plus elle était suspecte à la cour, plus elle suspectait ses intentions et ses démarches : ainsi les Rochellois se gardaient par eux-mêmes, de façon à ne laisser à Strozzi que des espérances fort incertaines de les surprendre. Dans cette situation des choses, que Catherine de Médicis n’ignorait pas, on veut qu’elle ait écrit à cet officier la lettre suivante : « Strozzi, je vous avertis que cejourd’hui, 24 août, l’amiral et tous les huguenots qui étaient ici ont été tués, partant avisez diligemment à vous rendre maître de La Rochelle, et faites aux huguenots qui vous tomberont entre les mains le même que nous avons fait à ceux-ci ; gardez-vous bien d’y faire faute, autant que craignez de déplaire au Roi, Monsieur mon fils, et à moi. Signé : CATHERINE. »

Beaucoup de raisons combattent la réalité de cette lettre ; aucun historien français n’en a parlé ; Brantôme même, qui était alors à Brouage avec Strozzi, l’a ignorée. Un seul écrivain suspect la rapporte sans preuve, et l’auteur des Hommes illustres, qui s’en sert, semble être honteux de l’avoir puisée dans cette source, puisqu’il n’ose pas la citer. Il s’aperçoit sans doute qu’il a pris confiance dans une pièce que tous les écrivains qui l’avaient précédé, soit calvinistes ou catholiques, ont rejetée, ayant pu la tirer comme lui d’un ouvrage imprimé dès 1576[49]. Mais ces considérations sont les moindres motifs capables de faire regarder cette pièce comme apocryphe ; elle est bien plus suspecte aux critiques par l’époque de son envoi que par sa propre existence. En effet, il serait possible que Catherine de Médicis eût écrit cette lettre à Strozzi dans le moment qu’on massacrait les huguenots à Paris ; mais, il est inconcevable qu’elle l’ait écrite plusieurs mois auparavant, comme si elle voyait de si loin le succès d’une entreprise que mille circonstances pouvaient déranger. Pour écrire avec ce ton de confiance, et six mois d’avance, que le 24 du mois d’août l’amiral et tous les huguenots qui étaient à Paris avaient été tués, il fallait qu’elle fût assurée – que la reine Jeanne d’Albret consentirait au mariage de son fils (Henri de Navarre) avec Marguerite de Valois, – qu’elle viendrait aux noces malgré sa répugnance pour une ville dont les habitants aimaient les Guises et détestaient les huguenots, – que 16 pape Pie V, qui ne voulut jamais accorder la dispense, mourrait, – que Grégoire XIII se prêterait mieux que son prédécesseur aux bonnes vues de Charles IX, – que Coligny et tous les huguenots seraient assez fous pour prendre confiance dans les belles démonstrations d’amitié du roi, – que l’amiral mépriserait tous les avis qui lui venaient de La Rochelle et des autres parties du royaume, – qu’un assassin maladroit et trop pressé ne viendrait pas déranger toutes les mesures en devançant de lui-même l’heure marquée pour mettre à mort ce chef de parti, – que le coup d’arquebuse, non prévu dans ce système par la reine, et tiré par Maurevert, n’aurait pas fait prendre les armes ou la fuite aux huguenots, – que les sages conseils du vidame de Chartres et ses funestes pressentiments seraient rejetés avec mépris par Teligni, et qu’il supposerait à ce qu’on transportât son beau-père au moins dans le faubourg Saint-Germain, d’où il aurait pu échapper au meurtre, – que la reine elle-même, en écrivant plusieurs mois avant le jour marqué pour le massacre, était sûre que sa lettre ne tomberait pas dans les mains des huguenots, soit par infidélité, imprudence, cas fortuit, ou même par la mort de Strozzi.

Eh ! combien d’autres accidents eussent pu déranger l’exécution d’une entreprise dont on avait pu, sans doute, souhaiter le moment, mais non pas le préparer et le fixer à la minute, de façon que le succès en fût infaillible. Il est donc absurde de dire que Catherine de Médicis envoya à Strozzi, plusieurs mois avant celui d’août, un paquet contenant deux lettres, dont l’une, cachetée, ne devait être ouverte que le 24, jour du massacre. Et comme les faits sont aussi indivisibles en histoire que les aveux en justice, dès lors qu’on affirme que la lettre de la reine a été envoyée à Strozzi quelques mois avant la Saint-Barthélemy, et qu’elle contenait des choses dont l’évènement ne pouvait être assuré, disposé ni prévu définitivement par aucune puissance humaine, il faut se déterminer à rejeter cet acte comme faux et controuvé.

Si, après ce qu’on vient de lire, il restait encore des personnes attachées à l’opinion de ceux qui ont regardé la journée de la Saint-Barthélemy comme une trame ourdie de longue main, et comme une mine qui devait jouer partout au même instant, une réflexion très simple achèvera de les désabuser.

Cette sanglante tragédie, résolue depuis longtemps, ainsi que quelques-uns le veulent, supposait de la part de Catherine de Médicis et de son conseil, des dispositions certaines et uniformes, qui auraient réussi au moins dans quelques villes. Or, il n’y en a pas une où l’action se soit passée le même jour qu’à Paris. Le massacre eut lieu à Meaux le lundi 25 août, à La Charité le 26, à Orléans le 27, à Saumur et Angers le 29, à Lyon le 30, à Troyes le 2 septembre, à Bourges le 14, à Rouen le 17, à Romans le 20, à Toulouse le 23, à Bordeaux le 3 octobre. À la vue de ces différentes dates, on ne saurait s’empêcher de convenir que ce n’était pas la peine de prendre des mesures de si bonne heure et de risquer d’éventer la mine, ou d’en tourner l’effet contre soi-même, en la chargeant plusieurs mois avant qu’elle dût jouer. Eh ! comment croire que les ordres ont été donnés partout le même jour, dès qu’ils n’ont été exécutés, en aucun lieu, dans le temps fixé pour cette catastrophe. Il n’y avait pas pour s’y opposer un comte de Tende à Orléans, un comte de Charny à Saumur, Angers et Troyes, un Saint-Herem à Bourges, un Tannegui-le-Veneur à Rouen, un Gardes à La Charité, un Mandelot à Toulouse, un d’Orthez à Bordeaux. Il faut donc s’aveugler pour ne pas voir, dans ces différentes époques du massacre, la ruine du système d’une préméditation concertée, et dans l’acharnement des meurtriers, le seul effet de la licence effrénée, au lieu de l’exécution d’un ordre antérieur et général dont on ne trouve aucune preuve. Qu’on jette les yeux, une seconde fois, sur les dates de ces tristes évènements, qu’on fasse en même temps attention aux différentes distances qu’il y a, de la capitale, aux lieux où ils se sont passés, et l’on verra que, semblables aux flots d’un torrent qui déborde, ils se sont étendus successivement de proche en proche, et ont inondé de sang les pays où celui des catholiques criait le plus vengeance[50]; sans qu’il fût besoin pour cela d’ordre supérieur ou d’impulsion étrangère.

La haine qui séparait les deux partis, le tort que les calvinistes avaient fait aux catholiques, les inimitiés particulières, la cupidité générale, une sorte de fureur que le démon des guerres civiles avait soufflée sur les Français, en changeant les mœurs de la nation la plus humaine, suffisaient pour produire ces funestes effets, et Charles IX devait moins s’occuper des moyens d’assurer un grand carnage, que de ceux de le prévenir. Aussi le vit-on écrire aux gouverneurs des provinces, dès que l’amiral fut blessé, qu’il ferait bonne, briève et rigoureuse justice de cet acte pernicieux[51], parce qu’il craignait que les huguenots ne se la fissent. Aussi, dès le jour même de la Saint-Barthélemy, prévint-il ses gouverneurs de ce qui s’était passé à Paris, le rejetant sur l’inimitié des deux maisons, et recommandant à ces officiers de donner ordre à la sûreté respective, parce qu’il avait sujet d’appréhender que ce malheur ne s’étendît et passât plus avant que Paris ; soit par le mauvais effet de l’exemple qui aurait entraîné les catholiques, soit par l’impression du ressentiment qui pouvait les animer contre les huguenots, soit par le droit cruel des représailles qui eût pu faire fondre ceux-ci sur les autres. Les temps nous ont conservé si peu de ces monuments, que nous avons cru devoir placer ici une lettre de Charles IX à un gouverneur[52] ; on ne pourra guère la lire, sans se détacher du préjugé dans lequel tout le monde semble s’être fortifié ; pour accuser ce roi et son conseil, d’avoir eu le dessein, d’avoir formé le plan de faire périr en un jour tous les huguenots.

« M. de Joyeuse, vous avez entendu ce que je vous écrivis avant-hier de la blessure de l’Amiral, et que j’étais après à faire tout ce qui m’était possible pour la vérification du fait et châtiment des coupables, à quoi il ne s’est rien oublié. Depuis, il est advenu que ceux de la maison de Guise, et les autres seigneurs et gentilshommes qui leur adhèrent, et n’ont pas petite part en cette ville, comme chacun sait, ayant su certainement que les amis dudit Amiral voulaient poursuivre sur eux la vengeance de cette blessure pour les soupçonner, à cette cause et occasion, se sont si fort émus cette nuit passée, qu’entre les uns et les autres, a été passée une grande et lamentable sédition, ayant été forcé le corps de garde, qui avait été ordonné à l’entour de la maison dudit Amiral, lui tué avec quelques gentilshommes : comme qu’il a été aussi massacré d’autres en plusieurs endroits de la ville. Ce qui a été mené avec une telle furie, qu’il n’a été possible d’y mettre le remède tel qu’on eût pu désirer, ayant eu assez à faire à employer mes gardes et autres forces pour me tenir le plus fort en ce château du Louvre, pour après faire donner ordre par toute la ville à l’ap[p]aisement de la sédition, qui est à cette heure amortie, grâces à Dieu : étant advenue par la querelle particulière qui est, de longtemps y a, entre ces deux maisons : de laquelle ayant toujours prévu qu’il succéderait quelque mauvais effet, j’avais fait ci-devant tout ce qui m’était possible pour l’ap[p]aiser, ainsi que chacun sait, n’y ayant en ceci rien de la rompure (rupture) de l’édit de pacification, lequel je veux être entretenu autant que jamais. Et d’autant qu’il est grandement à craindre que telle exécution, ne soulève mes sujets les uns contre les autres, et ne se fassent de grands massacres par les villes de mon royaume, en quoi j’aurais un merveilleux regret, – je vous prie faire publier et entendre par tous les lieux et endroits de votre gouvernement, que chacun ait à demeurer en repos, et se contenir en sa maison, ne (ni) prendre les armes, ni s’offenser les uns contre les autres, sur peine de la vie ; et faisant garder et soigneusement observer mon édit de pacification : à ces fins et pour faire punir les contrevenants, et courir sur ceux qui se voudraient émouvoir et contrevenir, à ma volonté, vous pourrez tant de vos amis de mes ordonnances, qu’autres, qui avertissant les capitaines et gouverneurs des villes et châteaux de votre gouvernement, prendre garde à la conservation et sûreté de leurs places, de telle sorte qu’il n’en advienne faute, m’avertissant au plus tôt de l’ordre que vous y aurez donné, et comme toutes choses se passeront en l’étendue de votre gouvernement. Priant le Créateur vous avoir, M. de Joyeuse, en sa sainte et digne garde. Escript à Paris le 24 août 1572. Signé, Charles, et au-dessous, Fizier. »

On voit, par cette lettre, que le roi en avait écrit une au même gouverneur, le 22 août, à l’occasion de la blessure de l’Amiral ; cette attention, qui fut commune pour tous les commandants des provinces, a peut-être induit en erreur les historiens contemporains. Trompés par la multitude de courriers dépêchés de tous côtés, la plupart ont cru qu’ils étaient porteurs de mandements pour exterminer les huguenots, quand ils ne couraient que pour empêcher qu’on ne massacrât les catholiques ; et voilà le fondement le plus apparent sur lequel a pu se former l’opinion commune des ordres de faire périr les huguenots ; mais, une conjecture n’est pas une preuve, surtout lorsqu’elle est détruite par les faits.

Si la reine n’a pas pu, sans une révélation, écrire à Strozzi, quelques mois avant le massacre : « Je vous avertis que cejourd’hui 24 août, l’Amiral et tous les huguenots qui étaient ici, ont été tués », et que cette lettre ne soit pas une pièce fabriquée ; elle n’a été écrite que le jour même du massacre, et alors il n’y a plus d’arrangement antérieur ; elle est l’ouvrage du moment. Catherine de Médicis regardant les Rochellois comme les sujets les plus insolents à cause de leur force, les plus dangereux à cause de leur position ; il est possible qu’au moment où tout respirait le meurtre dans Paris, la fureur qui était partie du cabinet de la reine, y fût encore et excitât son conseil contre les Rochellois. Si le gouverneur d’Orléans envoya son domestique à la cour pour en connaître les intentions, il n’en avait donc pas encore reçu l’ordre de faire main-basse sur les huguenots ; si les habitants de Bourges envoyèrent Mareuil, qui revint sans ordre, il est évident qu’on ne leur en avait jamais envoyé à cet égard. Si La Mole en porta un verbal au comte de Tende, et peut-être même fabriqué par ce méchant homme, il était postérieur à des lettres toutes contraires écrites directement par le roi à ce gouverneur, ce qui détruit l’idée d’un commandement antérieur. Si, à l’arrivée de Dauxerre, porteur d’ordre, et sur ses instances, Mandelot se lavant les mains des meurtres, lui dit : « Mon ami, ce que tu lies, soit lié » ; c’est une preuve que ce gouverneur n’en avait reçu jusque-là, que pour mettre les huguenots en sûreté, et non à mort.

Nous ajouterons contre l’opinion presque reçue, ou plutôt contre la supposition des ordres, que si Charles IX en eût donné, on ne se serait pas avisé de faire le semblant de les désavouer par des lettres, puisque ce roi n’avait pas rougi de convenir de ceux de Paris en plein parlement et dans les cours étrangères ; que si les meurtres commis dans les provinces étaient émanés de la volonté du monarque, on n’en aurait pas confié le soin à « quelques écoliers batteurs de pavé et autres garnements », à Toulouse ; on n’en aurait pas recherché les auteurs à Lyon et à Rouen.

Concluons donc que la proscription ne regardait que l’Amiral et ceux qui pouvaient le venger, ou perpétuer les troubles ; « n’ayant été résolu que la mort des chefs ou factieux ». Que les horreurs ne devaient pas sortir de l’enceinte de Paris, « le roi ayant fait entendre par plusieurs lettres, qu’il n’entendait que cette exécution passât outre et s’étendit plus avant », et que si, malgré ces précautions, les meurtres se répandirent de la capitale dans plusieurs villes, ce fut « parce que le bruit qui se répandit par tout le royaume de ce qui s’était passé à Paris, excita les catholiques de beaucoup de villes à agir de même » […]

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4 commentaires sur “La saint Barthélémy, les vrais faits 3c/4

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  2. +++Yesus Kristus azu+++
    16 juillet 2014

    48. Les autres étaient Nîmes, Montauban et La Charité.

    49. Cet ouvrage est intitulé : Mémoires de l’État de la France sous Charles IX, cités plus haut.

    50. On doit remarquer, qu’à l’exception de Nîmes, presque toutes les villes où les huguenots avaient commis des meurtres sont celles où ils ont été les plus maltraités à la Saint-Barthélemy.

    51. D’Aubigné, t. II, livre I.

    52. Cette lettre est extraite des Registres du Présidial de Nîmes.

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