+†+Yesus Kristus azu+†+

« Il n’est pour l’âme aliment plus suave que la connaissance de la vérité » (Lactance)

Qu’est-ce que la Sainte Tradition ?

Tout sur l’autorité de la Tradition: cliquer ici

Texte de Mark Shea, Président de www.catholicexchange.com


    Quelque chose de merveilleux se passe. Beaucoup de nos frères évangéliques se mettent à apprécier l’enseignement catholique séculaire selon lequel l’Écriture Sainte est la partie écrite, et non pas la totalité, de la Sainte Tradition qui nous a été léguée par les Apôtres avec l’autorité du Christ lui-même. De plus en plus, ils commencent à saisir l’idée que, bien que l’Écriture est suffisante (comme Paul l’indique en 2 Timothée 3 : 16), il existe une distinction entre suffisance matérielle et formelle.

Quelle est la différence entre suffisance matérielle et suffisance formelle ? C’est la différence qui existe entre avoir un tas de briques suffisant pour construire une maison et avoir une maison en briques. L’enseignement catholique dit que la Sainte Tradition Écrite (appelée l’Écriture ) est matériellement suffisante : toutes les briques nécessaires pour construire ses doctrines sont là, dans l’Écriture. Toutefois, parce que certaines choses dans l’Écriture sont implicites plutôt qu’explicites, d’autres matériaux que l’Écriture ont été transmis par les Apôtres. Ces autres matériaux forment la Sainte Tradition qui n’est pas écrite (laquelle est le mortier qui maintient les briques de la Tradition Écrite ensemble, dans le bon ordre et la bonne position) et le Magistère ou autorité enseignante de l’Église (qui est la truelle dans la main du Maître d’œuvre). Prises ensemble, ces trois choses sont formellement suffisantes pour connaître la vérité révélée de Dieu.

Mais bien que ce paradigme éloigne d’une interprétation par la Bible seule de la révélation, ce changement ne se fait pas sans difficulté, tant les confusions abondent. La première d’entre elles est simplement la question de savoir, précisément, ce qu’est cette Sainte Tradition. À quoi ressemble-t-elle ?

Pour commencer à répondre à cette question, il nous faut commencer avec l’expérience humaine ordinaire et d’abord s’interroger : qu’est-ce qu’une tradition ? Essentiellement, la tradition est une chose transmise d’une génération à la suivante. C’est précisément la signification du mot biblique utilisé pour tradition : paradosis. De plus, nous faisons la distinction entre les traditions avec un T majuscule et celles avec un t minuscule même dans la culture séculière et populaire. Les traditions avec un t minuscule expriment quelque chose d’une culture (comme la dinde de l’Action de Grâce), et cependant elles peuvent être enlevées sans endommager irrémédiablement cet héritage (bien que leur retrait se fasse sentir – comme vous le dira tout soldat qui aura pour toute nourriture de l’Action de Grâce qu’un bâtonnet de dinde surgelé avec une purée de patates déshydratées dans la tente du mess…). Certaines traditions avec un t minuscule (comme lever les verres aux nouveaux mariés) sont très anciennes et largement répandues. Certaines (comme aux feux d’artifice du 4 juillet) sont assez récentes et peuvent n’être confinées qu’à une seule culture. Certaines ont une signification religieuse (comme les couronnes de l’Avent), certaines sont justes des coutumes enracinées (comme les bougies d’anniversaire). La culture humaine est immergée dans un océan de traditions allant d’envoyer du riz aux mariés à la salutation du drapeau, aux soirées étudiantes pour arroser le bac, aux retours à la douche froide du lundi matin. Et comme telles, personne ne craint ces choses si profondément humaines.

Cependant, la tradition est plus que la simple accumulation des traditions avec un t minuscule. Ce n’est même pas juste de petites habitudes. C’est aussi une manière d’être, de penser et de voir qui influence puissamment (et souvent inconsciemment) nos vies et même notre relation à Dieu. Les Américains, par exemple, ont une longue tradition républicaine et une méfiance innée envers les rois et les princes qui évoquent la Magna Carta ce qui colore nos opinions bien plus profondément que la simple tradition des pétards du 4 juillet. Comparée à la tradition avec un t minuscule des feux d’artifices, la Tradition de la Liberté est une Tradition avec un grand T dans un esprit américain. C’est le moteur de chaque chose, de la Révolution américaine à la guerre civile, aux protestations contre le Vietnam. Son emprise écrasante peut difficilement être surestimée, précisément parce que cette emprise est largement inconsciente. C’est pourquoi le soldat de tout à l’heure peut endurer la privation d’une dinde pour l’Action de Grâce, mais peut encore plus détester une Action de grâces sans représentation d’autorité sur la Liberté.

Maintenant, la distinction entre tradition avec un T minuscule et tradition avec un T majuscule demeure vraie dans le domaine du sacré, selon l’enseignement catholique. C’est-à-dire, comme l’enseigne l’Église, qu’il y a des aspects de la vie chrétienne qui nous sont principalement transmis, pas tant à travers l’Écriture, qu’à travers la tradition. Une partie de cette tradition, dit l’Église, est avec un t minuscule : cierges, chants favoris, styles de prière, dévotions populaires, livres préférés, anciens et précieux rites comme les chants de Noël, la nourriture comme le pain béni ou les oeufs de Pâques, des légendes ou des milliards d’autres ornements semblables de la vie de la foi. Tous sont des expressions de la culture humaine ordinaire. Cependant, quand un événement vient à bousculer, aucune de ces petites traditions vitales et vivantes, quelle qu’elles soient, ne sont essentielles à la Foi. Plutôt que telle légende, mon père et ma mère auraient très bien pu en raconter une autre, de même trempe, sans pour autant avoir mutilé ma foi.

Mais s’ils avaient négligé de nous dire que Jésus est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas créé, mon père et ma mère auraient failli à nous transmettre non pas une tradition, mais la Tradition avec un grand T. Car, comme l’Église l’indique clairement, la Sainte Tradition (comme distincte des traditions humaines citées au-dessus) ne peut être négligée qu’au prix d’une mutilation radicale de la foi chrétienne. Et à cause de cela les catholiques insistent sur le fait que la Sainte Tradition (tant écrite que non écrite) ne vient ni de la créativité humaine, ni d’une légende, mais des Apôtres eux-mêmes. Elle ne doit donc pas être altérée par addition, ni par soustraction d’aucune sorte. Car la différence ici entre les traditions et la Tradition est la différence entre les coutumes des hommes et la Révélation de Dieu.

Arrivés là, nous commençons à faire face à un problème délicat. Car à peine les mots « ne doivent donc pas être altérés par addition, ni par soustraction d’aucune sorte » sont-ils sortis de la bouche du catholique que les catholiques semblent ajouter de nouvelles doctrines de Foi en pleine lumière du jour disant : « Elles ont toujours été là » (Comme par exemple, les définitions du XIXe et du XXe siècles de l’Immaculée Conception, l’Infaillibilité papale, et de l’Assomption de Marie).

En réponse, le chrétien évangélique, perplexe, fait marche arrière dans son intérêt croissant pour la Sainte Tradition, comme si elle était le fruit dans la main d’Ève : « Attendez un instant », s’écrit-il, « Que se passe-t-il ici ? C’est quoi le piège ? Si ces doctrines sont là depuis toujours, alors où donc est l’Immaculée Conception de Marie dans l’Écriture et pourquoi n’est-elle pas devenue un enseignement de l’Église avant 1854 ? »

Quand les catholiques répondent :

« cette vérité, et cette règle de Morale sont contenues dans les Livres écrits, et dans la Tradition non-écrite ; qui ayant été reçues par les Apôtres, de la bouche de Jésus-Christ même, ou ayant été laissées par les mêmes Apôtres, à qui le Saint- Esprit les a dictées, sont parvenues comme de main en main, jusqu’à nous » (Concile de Trente, Décret des Écritures canoniques : Denziger 783 [1501])

Cela ne dissipe en rien la suspicion qu’ils en ont. Car une telle réponse ressemble à : « Bien, donc l’Immaculée Conception n’est pas dans l’Écriture. C’est dans, hum…, la Tradition ! Ouais ! C’est le truc ! La Tradition ! ».

Et ainsi, beaucoup de gens (même ceux qui glissent vers le paradigme d’une fragile croyance dans la Tradition) luttent encore avec la vague impression (erronée) que les catholiques tiennent la Tradition pour une révélation séparée, secrète, et parallèle transmise d’évêque à évêque lors d’une cérémonie secrète de transmission par laquelle tous les évêques passeraient dans la chambre ténébreuse des Initiations située sous le Vatican (genre : « Psst ! Marie est Immaculée, toujours vierge et a été enlevée au Ciel, faites passer ! ») et divulguée par l’Église quand Rome estime que c’est le bon moment pour informer les gens ordinaires sur les bancs d’église.

La dissonance crée par : a) la logique initiale de l’argument des catholiques en faveur de la Sainte Tradition (arguments, comme par exemple : nous ne pouvons pas connaître quel est le canon de l’Écriture en dehors de la Sainte Tradition), et b) cette absurde impression d’une « Tradition » séparée, secrète et parallèle, peut souvent créer une réelle crise spirituelle dans l’âme du chrétien évangélique qui cherche en direction de l’Église catholique. La peur instinctive au coeur du chrétien évangélique que l’Ensemble de la Chose Sainte « Tradition » soit une Énorme Erreur – peur qu’une erreur grave, primordiale ait été faite quelque part, peut-être dans les idées d’une personne, peut-être très tôt dans l’histoire du christianisme, peut-être en plusieurs endroits.

En effet, certains de nos amis fondamentalistes réagissent à cette dissonance en rejetant absolument la Sainte Tradition et mettent à la place une prétendue « authentique Église cachée des chrétiens de la Bible-seule » qui était confinée au silence par l’Apostasie de masse de la fin de l’ère apostolique. C’était, « cette Église cachée » qui préserva l’Évangile à travers un millénaire et demi des erreurs d’avant la Réforme, erreurs dans lesquelles l’Église des écrivains tels que Clément de Rome, Irénée, Polycarpe, Basile et tous les autres pères semblaient catholiques mais en réalité ne l’étaient pas. La théorie continue disant que ce sont les documents de cette Église catholique « déchue » que nous lisons quand nous lisons leurs œuvres. Les vrais chrétiens étaient ailleurs, conservant vivante la vraie flamme.

La difficulté, avec cette théorie, c’est que ce qu’elle tient pour christianisme authentique n’est rien d’autre qu’une absurde révélation séparée, secrète et parallèle dont elle taxe la sainte tradition catholique à la manière dont elle accuse l’Église de le faire… Car, malgré les nombreux péchés de ses membres, nous savons au moins ce que cette prétendue Église catholique apostate fut pendant 1,500 ans. Ses traces écrites montrent clairement qu’elle s’occupait à défendre l’Écriture contre les gens qui voulaient les détruire, préservant la doctrine de la Trinité contre les assauts de l’Arianisme, convoquant des Conciles oecuméniques et tranchant de cruciales questions concernant la personne et l’oeuvre de Jésus-Christ, supportant les attaques des invasions de l’Islam et des Vikings, établissant les règles de la loi du Moyen-âge européen, entreprenant de nombreuses missions d’évangélisation à travers le monde, plaçant la lecture de l’Écriture Sainte dans toutes ses liturgies et prières, renouvelant les arts et les sciences ainsi que la philosophie, inspirant des saints tels que Thomas d’Aquin, François d’Assise, Catherine de Sienne, et Thérèse d’Avila, bâtissant des hôpitaux et des universités, évangélisant le nouveau monde et travaillant énergiquement à toutes sortes de choses commandées par l’Évangile.

Cependant, si une Église existait dans un univers séparé, secret et parallèle, cette prétendue « Église cachée des vrais chrétiens », elle, pendant un millénaire et demi, n’a absolument rien fait, pas même l’exploit de laisser quelque part une trace dans les anales de l’histoire. Certains diront que c’est parce que cette trace de « l’Église cachée » a été occultée par les catholiques, qui gagnèrent la bataille et réécrirent les livres d’histoire. Mais le problème de cette affirmation, c’est qu’à la différence des autres groupes auxquels l’Église s’opposa (tels que gnosticisme, arianisme, sabellianisme, manichéisme, modalisme, paulicianisme, les bogomiles, les Albigeois, et une foule d’autres mouvements) nous n’avons pas même une trace d’opposition à « l’Église cachée » par la prétendue Église catholique apostate. De tous ces groupes que combattit l’Église, il n’y a que cette « Église cachée » qui n’attira aucune attention d’aucun catholique, pas même celle d’être appelés hérétiques. Et ce serait la Cité sur la colline qui ne peut-être cachée ? Ce serait la compagnie des saints « brillants comme des étoiles » quand ils apportent la parole de vie ?

Très bien donc, la théorie de « l’Église cachée » n’est ni biblique, ni historique ni même de bon sens. Y a-t-il donc d’autres manières de considérer l’apparente contradiction entre une Sainte Tradition catholique qui « ne change pas » et cependant qui semble toujours être en train de changer ?

Bien sûr. Et la première étape est de réaliser que la Sainte Tradition n’est pas une révélation séparée, secrète, et parallèle. En effet, c’est précisément cette vue de la Tradition que l’Église a toujours condamnée comme l’essence, non du christianisme, mais du gnosticisme. C’est pour cela qu’Irénée écrit dans « Contre les Hérésies » (vers 180 après J.C.) :

 » Car si les Apôtres avaient connu des mystères cachés qu’ils avaient secrètement enseignés à une élite au détriment des autres, ils les auraient transmis particulièrement à qui ils confiaient les mêmes églises. Car sûrement ils auraient voulu que chacun d’eux, et leurs successeurs soient parfaits et sans reproches, pour ceux à qui ils transmirent leur autorité. « 

Donc, si l’Église ne voit pas la Sainte Tradition comme séparée, secrète et parallèle à l’Écriture, alors, comment la comprend-t-elle ?

La Sainte Tradition est la vérité du Christ, vivante et croissante, contenue pas seulement dans l’Écriture, mais dans la doctrine ordinaire, la vie ordinaire et le culte ordinaire de l’Église. C’est pour cela que la Tradition qui ne change pas peut sembler avoir tant changé. Car cette doctrine, cette vie et ce culte ordinaires de l’Église est quelque chose de vivant – une vérité qui fut plantée comme la graine de moutarde au premier siècle à Jérusalem et qui n’a pas cessé de grandir depuis – comme notre Seigneur l’a prophétisée en Marc 4 : 30-32. La plante ne ressemble pas à la graine, mais elle est plus « moutarde » que jamais ! Et c’est un sujet biblique, comme nous le découvrons quand nous considérons la controverse sur la circoncision en Actes 15.

Bien sur, l’Église commença comme secte entièrement juive. Son Seigneur était un juif, les Apôtres étaient tous des juifs, les premiers milliers de convertis étaient des juifs et la seule Bible qu’elle avait quand les païens commencèrent à entrer dans l’Église, c’était les Écritures juives. Comme délégués de la prétendue « Église cachée » fondée uniquement sur la Bible, assistant au Concile de Jérusalem, essayons de résoudre la question de savoir s’il faut circoncire les païens qui veulent rejoindre le Peuple de l’Alliance. Que dit l’Écriture ?

Elle dit que l’Alliance de la circoncision est « une alliance éternelle » (Genèse 17 : 7). Elle dit que les patriarches Moïse et les Prophètes sont circoncis. Elle dit que la circoncision est enjointe, non seulement aux descendants d’Abraham, mais à chaque mâle qui veut se joindre au Peuple de l’Alliance (Exode 12 : 48). Pause ! Pas d’exception. Plus encore, en faisant un tour de table nous constatons que les Apôtres et les anciens sont tous circoncis et que le Seigneur Jésus qu’ils annoncent était circoncis (Luc 2 : 21). Et Jésus lui-même dit que pas un iota, pas un point de la loi ne passera jamais (Matthieu 5 : 18) tandis qu’il est silencieux comme une pierre sur l’exemption des gentils de l’immémoriale nécessité de la circoncision pour tous ceux qui veulent se joindre au Peuple de Dieu.

Ainsi, le Concile se réunit, et à la lumière de tous ces enseignements scripturaires évidents, déclare …

….que la circoncision des gentils est contre la volonté de Dieu qui ne change pas.

Soudainement, toute l’histoire devient incroyablement catholique, n’est-ce pas ? Alors la Tradition Apostolique changea-t-elle l’Écriture ou pas ?

Aucunement. Elle a simplement agit comme une lentille et concentré les rayons de lumière de l’Écriture de sorte qu’une chose qui jusqu’ici était cachée est maintenant visible. Car, malgré les apparences, les définitions dogmatiques de l’Église n’ apparaissent pas soudainement sans aucune relation avec l’Écriture. Plutôt, elles assemblent la révélation scripturaire qui est matériellement suffisante, avec le mortier de la Sainte Tradition. Et cette Tradition n’est pas séparée, secrète et parallèle à l’Écriture, mais la doctrine, la vie et le culte ordinaires de l’Église. Dans le cas du Concile de Jérusalem, l’enseignement habituel des Apôtres incluait le commandement du Christ, alors non encore écrit, de prêcher l’Évangile au monde entier (Mathieu 28 : 19). Il incluait aussi la connaissance ordinaire de la révélation mystique donnée à Pierre par le Saint-Esprit, connaissance qui n’était pas encore écrite (« N’appelle pas impur ce que Dieu a déclaré pur »[Actes 10 : 15]). Il incluait l’expérience de Paul et Barnabé dans la prédication aux gentils (Actes 15 : 12). C’est à travers la Tradition que Jacques lit l’Écriture et voit dans l’Écriture, non un juge ou une quelconque « règle suprême de la foi », mais un témoin de la décision de l’Église en Concile qui fait autorité. Car il ne dit pas « nous sommes d’accord avec le prophète Amos » mais plutôt que les mots du prophète « s’accordent avec » le Concile (Actes 15 : 15). En bref, le Concile place l’Église sur le siège du juge et l’Écriture sur le banc des témoins, tenant sa révélation non de l’Écriture seule, mais de la Sainte Tradition et de l’autorité magistérielle des Apôtres, en accord avec l’Écriture. Ainsi les briques matériellement suffisantes de la révélation de l’Ancien Testament, dont nous pensions qu’elles étaient faites pour construire une synagogue, ont été empilées et cimentées avec la Tradition Apostolique par les truelles de l’autorité magistérielle de l’Église, s’avérèrent faire une cathédrale à la place.

Le Concile biblique, comme l’Église catholique actuelle, replaçant l’Écriture dans le contexte de la Tradition et de l’autorité magistérielle et apostolique, parle avec l’autorité apostolique et déclare : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé… » (Actes 15 : 29). Ainsi le Concile biblique, comme l’Église catholique actuelle, développe une doctrine qui, pour un œil de chrétien qui ne voit que par la Bible seule apparaît annuler catégoriquement l’Écriture, et qui cependant, à regarder de plus près, s’avère lui conférer sa valeur (Romains 3 : 31).

« Mais cela ne signifie-t-il pas que l’Église croit en une révélation qui continue comme les Mormons ? » Non. L’Église croit en la Sainte Tradition, pas en une Sainte Nouvelle Révélation. C’est de la nature même de la Sainte Tradition d’être une chose transmise depuis les Apôtres, et pas d’être une chose forgée par dessus plus tard. Et une des vérités fondamentales de la Sainte Tradition est qu’ « il n’y a plus à attendre de nouvelle Révélation officielle avant l’apparition dans la gloire, de Notre-Seigneur Jésus-Christ »( Concile Vatican II, Constitution Dogmatique sur la Révélation Divine,4).

Et voilà l’ironie. Car ce dogme, qui est le coeur des préoccupations des chrétiens évangéliques sur la Révélation, est virtuellement invisible dans l’Écriture en dehors de la doctrine, la vie et le culte ordinaires de l’Église. Après tout, aucun verset de l’Écriture ne stipule que la Révélation s’est terminée après la mort du dernier des Apôtres. Plutôt, quelques versets (comme le commandement de Paul à Timothée de garder ce qui lui a été confié) peuvent être considérés comme un lointain témoin de cet enseignement à la lumière de la Sainte Tradition préservée dans l’Église.

Cette façon de voir l’Écriture à la lumière de la Sainte Tradition est absolument cruciale à comprendre, parce que l’échec à la saisir explique un nombre considérable d’incompréhensions. Les chrétiens évangéliques qui ont reçu (le plus souvent sans le réaliser) une paire de lentilles de contact colorées par la Tradition que la Révélation est terminée peuvent « voir » que cette Tradition (= de la clôture de la Révélation) est sous-entendue dans le commandement de Paul à Timothée. Cependant, nous ne dérivons pas notre doctrine de l’Écriture. Plutôt, nous la voyons refléter dans celle-ci. Mais puisque les chrétiens évangéliques n’ ont pas reçu les lentilles de contact comprenant la Tradition de la Virginité Perpétuelle de Marie, ils sont incapables de la voir reflétée dedans. Au contraire, ils imaginent que cette doctrine est arrivée suite à un colloque catholique sur la Bible disant : « Voyons. Quelle est l’interprétation la plus tordue et extrême que nous pourrions avoir de Matthieu 1 : 25 aujourd’hui ? Et ! Et si nous disions que Marie est restée perpétuellement Vierge ? »

En réalité cependant, l’Église voit la Virginité Perpétuelle de Marie reflétée dans l’Écriture de la même manière que le Concile de Jérusalem a vu l‘exemption de la Circoncision reflétée en Amos et que les chrétiens évangéliques voient la fin de la Révélation Publique reflétée dans le commandement de Saint-Paul à Timothée. L’Église ne s’assied pas pour dériver le dogme d’une lecture torturée de quelques textes isolés de l’Écriture. Plutôt, elle replace l’Écriture dans le contexte de la Tradition transmise par les Apôtres et l’office d’interprétation des évêques qui en dérive.

Dans ce contexte, nous découvrons un témoignage implicite, pas explicite, de cette doctrine, tandis que les versets qui semblent parler des frères de Jésus ou des relations de Marie et Joseph après la naissance du Christ peuvent facilement être comprises dans un sens compatible avec sa virginité perpétuelle. Nous découvrons par exemple, que la mention des « frères » de Jésus pouvait signifier « cousins » dans les milieux juifs du premier siècle. Nous trouvons que Mathieu 1 : 25 n’implique pas nécessairement quelque chose sur les relations sexuelles ultérieures de Marie avec Joseph, plus que « Mikal n’eut pas d’enfant jusqu’au jour de sa mort » n’implique que Mikal ait eu des enfants après sa mort. Nous découvrons aussi Marie – une femme fiancée- étonnée de la proclamation de Gabriel « Tu enfanteras un Fils ». C’est une chose étrange pour une fiancée d’être étonnée par cela. Après tout, une femme fiancée peut attendre et espérer porter plusieurs enfants… À moins qu’elle n’ait déjà décidé de rester vierge même après le mariage. Alors, oui, elle peut être étonnée de cette prophétie.

Nous trouvons aussi que le Nouveau Testament identifie subtilement Marie à l’Arche de l’Alliance, où reposait la présence du Seigneur. Luc 1 : 35 parle de la puissance du Très-Haut « couvrant de son ombre » Marie, exactement comme la Shekhina « avait couvert de son ombre » l’Arche (Nombre 9 : 15). Jean fait la même chose dans le livre de l’Apocalypse, juxtaposant l’Arche (Apocalypse 11 : 9) à une image de la Femme revêtue du soleil et qui donne naissance à « l’enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer » (Apocalypse 12 : 5). La connexion entre Marie et l’Arche, une fois établie grâce à la Sainte Tradition, est difficile à ne pas voir. Connaissant l’identité de « l’enfant mâle » de Marie, ce serait une relation mentale aisée pour quelque juif pieu de penser immédiatement à elle comme à une seconde sorte d’Arche.

Et bien, un tel juif pieu fut un certain Joseph de Nazareth qui, après son rêve (Matthieu 1 : 23) connaissait l’identité de « l’enfant mâle » de Marie. Il savait aussi, comme juif imprégné par l’Ancien Testament, ce qui arrive aux gens qui touchent l’Arche sans autorisation (2 Samuel 6 : 6-8). Il devient alors psychologiquement probable que Joseph, sachant ce qu’il savait, ait choisi le célibat dans cette situation plutôt inhabituelle. Et ainsi, en bref, la Sainte Tradition de la Virginité Perpétuelle de Marie, comme la Sainte Tradition de la Clôture de la Révélation Publique, s’avère expliquer l’Écriture de manière inattendue, mais cependant satisfaisante. C’est la raison pour laquelle l’Église du sixième siècle connaît et définit (au Second Concile de Constantinople) que Marie est Toujours Vierge bien que cela ne soit pas écrit dans le Nouveau Testament plus explicitement que les mots « Après la mort des Apôtres, il n’y aura plus de nouvelle révélation ». Car le Second Concile de Constantinople, connaissant ce que le Concile de Jérusalem savait, agit comme le Concile de Jérusalem le fit : agissant à la lumière de la Tradition Apostolique selon laquelle Marie était Toujours Vierge. L’Église lit l’Écriture conformément à cela et voit que la Tradition y est reflétée.

Donc, en résumé, la Tradition est transmise « de vive voix et par lettre » II Thessaloniciens 2:15. Dans l’Écriture, encore aujourd’hui, « la Tradition Sacrée et la Sainte Écriture constituent l’unique dépôt sacré de la Parole de Dieu » de sorte que la Bible est une partie, pas la totalité, de la paradosis apostolique. Dans l’Écriture, encore aujourd’hui, la Bible est matériellement, mais pas formellement, suffisante pour révéler la plénitude de l’Évangile du Christ. Dans l’Écriture, encore aujourd’hui, tant la Tradition écrite que celle non écrite viennent du Christ et sont faites par lui pour rester inséparablement unis comme l’hydrogène et l’oxygène fusionnés forment la molécule d’eau ou comme les paroles et la mélodie forment une seule et même chanson. Dans l’Écriture, encore aujourd’hui, l’aspect non écrit de la Tradition Sainte n’est pas celui d’une quelconque révélation séparée, secrète et parallèle, mais la doctrine, la vie et le culte ordinaires de l’Église entière. Dans l’Écriture, encore aujourd’hui, cette Tradition croît comme la graine de moutarde et, par conséquent, devient toujours plus plante de moutarde, pas moins. Dans l’Écriture, encore aujourd’hui, l’Église en Concile s’assied à la place du juge et écoute les témoignages de l’Écriture à la lumière de la Tradition pour discerner comment définir plus précisément et au mieux cette Tradition.

Et tout cela parce que dans l’Écriture, encore aujourd’hui, tant Tradition écrite que non écrite, nous vient par le Corps de Celui Qui est la Vérité : l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique que Paul appelle « la Plénitude de Celui qui remplit tout, en toute chose » et « colonne et support de la Vérité » (Éphésiens 1 :22 ; 1 Timothée 3 :15). Car dans l’Écriture, encore aujourd’hui, la Tradition Sainte – la doctrine, la vie et le culte apostoliques ordinaires transmis à nous tant sous forme écrite que non écrite – et l’autorité magistérielle de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique sont inséparablement unis comme le Père, le Fils, et l’Esprit Saint.

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Un commentaire sur “Qu’est-ce que la Sainte Tradition ?

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